{"id":19203,"date":"2026-10-21T18:14:11","date_gmt":"2026-10-21T18:14:11","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=migraine-abdominale-quand-le-ventre-souffre"},"modified":"2026-10-21T18:14:11","modified_gmt":"2026-10-21T18:14:11","slug":"migraine-abdominale-quand-le-ventre-souffre","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=migraine-abdominale-quand-le-ventre-souffre","title":{"rendered":"Migraine abdominale : Quand le ventre souffre"},"content":{"rendered":"<p>La migraine abdominale repr&eacute;sente une entit&eacute; neurogastroent&eacute;rologique singuli&egrave;re, t&eacute;moignant de mani&egrave;re &eacute;loquente de l&rsquo;interconnexion &eacute;troite unissant le syst&egrave;me nerveux central et le tractus gastro-intestinal. Fr&eacute;quemment sous-diagnostiqu&eacute;e ou m&eacute;connue en pratique clinique courante, cette pathologie paroxystique touche pr&eacute;f&eacute;rentiellement l&rsquo;enfant et questionne les fronti&egrave;res traditionnelles s&eacute;parant la douleur p&eacute;diatrique visc&eacute;rale, la neurologie clinique et les troubles psychophysiologiques li&eacute;s au stress.<\/p>\n<h2>Migraine abdominale<\/h2>\n<h3>1. D&eacute;finition concise<\/h3>\n<p>La migraine abdominale est un trouble p&eacute;diatrique idiopathique et r&eacute;current caract&eacute;ris&eacute; par des &eacute;pisodes paroxystiques de douleur abdominale m&eacute;diane, p&eacute;riombilicale ou diffuse, d&rsquo;intensit&eacute; mod&eacute;r&eacute;e &agrave; s&eacute;v&egrave;re, persistant g&eacute;n&eacute;ralement entre deux et soixante-douze heures. Ces crises s&rsquo;accompagnent r&eacute;guli&egrave;rement de signes vasomoteurs et v&eacute;g&eacute;tatifs notables, tels que des naus&eacute;es, des vomissements, une p&acirc;leur marqu&eacute;e, une anorexie et, dans certains cas, une l&eacute;thargie inhabituelle, en l&rsquo;absence totale de l&eacute;sion structurelle, m&eacute;tabolique ou inflammatoire sous-jacente.<\/p>\n<p>Class&eacute;e formellement dans la troisi&egrave;me &eacute;dition de la Classification internationale des c&eacute;phal&eacute;es (<a href=\"https:\/\/ichd-3.org\/\">ICHD-3<\/a>) parmi les syndromes &eacute;pisodiques pouvant &ecirc;tre associ&eacute;s &agrave; la migraine, cette affection est &eacute;galement r&eacute;pertori&eacute;e au sein des crit&egrave;res de Rome IV des troubles d&rsquo;interaction intestin-cerveau. Entre les acc&egrave;s douloureux, l&rsquo;&eacute;tat de l&rsquo;enfant redevient rigoureusement normal, sans aucun sympt&ocirc;me r&eacute;siduel, soulignant le caract&egrave;re fonci&egrave;rement p&eacute;riodique et transitoire du dysfonctionnement.<\/p>\n<p>Dans le champ de la psychologie m&eacute;dicale et de la p&eacute;diatrie comportementale, la migraine abdominale est consid&eacute;r&eacute;e comme l&rsquo;un des arch&eacute;types de l&rsquo;expression somatique de la vuln&eacute;rabilit&eacute; neurov&eacute;g&eacute;tative. Bien que la douleur se loge int&eacute;gralement dans la sph&egrave;re abdominale, le m&eacute;canisme physiopathologique fondamental demeure intrins&egrave;quement migraineux, t&eacute;moignant d&rsquo;une susceptibilit&eacute; c&eacute;r&eacute;brale partag&eacute;e r&eacute;agissant aux stress environnementaux, &eacute;motionnels et hom&eacute;ostasiques.<\/p>\n<h3>2. &Eacute;tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le vocable &laquo; migraine &raquo; tire ses racines du grec ancien <em>h&ecirc;mikran&iacute;a<\/em> (&eta;&#956;&iota;&kappa;&rho;&alpha;&nu;&iota;&alpha;), compos&eacute; du pr&eacute;fixe <em>h&ecirc;mi-<\/em> signifiant &laquo; demi &raquo; et de <em>kran&iacute;on<\/em> d&eacute;signant le &laquo; cr&acirc;ne &raquo;, soulignant historiquement la nature unilat&eacute;rale habituelle de la c&eacute;phal&eacute;e. Ce terme a transmut&eacute; en bas latin sous la forme <em>hemicrania<\/em>, puis en latin vulgaire sous la forme <em>hemigranea<\/em>, avant de se fixer dans la langue fran&ccedil;aise d&egrave;s le XIIIe si&egrave;cle pour d&eacute;crire des douleurs paroxystiques p&eacute;riodiques de la t&ecirc;te.<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif &laquo; abdominale &raquo; d&eacute;rive directement du latin classique <em>abdomen<\/em>, un terme anatomique renvoyant &agrave; la cavit&eacute; ventrale, dont l&rsquo;&eacute;tymologie exacte demeure disput&eacute;e, oscillant entre le verbe <em>abdere<\/em> (&laquo; cacher &raquo;, &laquo; d&eacute;rober aux regards &raquo;) et un &eacute;largissement morphologique en lien avec les visc&egrave;res digestifs. L&rsquo;association syntagmatique de ces deux notions &mdash; associant un terme c&eacute;phalique &agrave; une r&eacute;gion sous-diaphragmatique &mdash; constitue un oxymore &eacute;tymologique qui t&eacute;moigne pr&eacute;cis&eacute;ment de la d&eacute;couverte clinique progressive de manifestations p&eacute;riph&eacute;riques d&rsquo;une perturbation neurologique centrale.<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction formelle du concept de <em>migraine abdominale<\/em> au sein de la nosographie p&eacute;diatrique moderne s&rsquo;est &eacute;tablie au d&eacute;cours du XXe si&egrave;cle, principalement sous l&rsquo;impulsion de cliniciens britanniques soucieux de diff&eacute;rencier les douleurs abdominales r&eacute;currentes non chirurgicales des syndromes digestifs organiques. Le terme a ainsi &eacute;t&eacute; forg&eacute; pour d&eacute;signer un tableau clinique o&ugrave; les marqueurs neurochimiques, v&eacute;g&eacute;tatifs et g&eacute;n&eacute;tiques de la crise migraineuse se projettent exclusivement dans l&rsquo;abdomen en l&rsquo;absence de toute c&eacute;phal&eacute;e inaugurale.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon&eacute;tique et morphosyntaxique fran&ccedil;ais, le syntagme se transcrit \/mi.&gamma;&epsilon;n ab.d&#596;.mi.nal\/ en alphabet phon&eacute;tique international. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un groupe nominal f&eacute;minin singulier constitu&eacute; du nom commun &laquo; migraine &raquo; et de l&rsquo;adjectif &eacute;pith&egrave;te relationnel &laquo; abdominale &raquo;, s&rsquo;accordant au f&eacute;minin pluriel sous la forme &laquo; migraines abdominales &raquo; (\/mi.&gamma;&epsilon;n(z) ab.d&#596;.mi.nal\/).<\/p>\n<p>L&rsquo;usage du terme exige une pr&eacute;cision rigoureuse : il ne doit pas &ecirc;tre employ&eacute; comme un synonyme vague de &laquo; maux de ventre de stress &raquo; ou de &laquo; dyspepsie fonctionnelle &raquo;, mais comme une d&eacute;signation syndromique standardis&eacute;e, adoss&eacute;e &agrave; des crit&egrave;res op&eacute;rationnels stricts &eacute;tablis par l&rsquo;<a href=\"https:\/\/www.who.int\/\">Organisation mondiale de la sant&eacute;<\/a> et la Soci&eacute;t&eacute; internationale des c&eacute;phal&eacute;es (IHS). Dans la litt&eacute;rature anglophone, on retrouve l&rsquo;&eacute;quivalent direct <em>abdominal migraine<\/em>.<\/p>\n<p>En pratique langagi&egrave;re m&eacute;dicale et psychologique, on observe parfois l&rsquo;utilisation d&rsquo;expressions voisines comme &laquo; &eacute;quivalent migraineux abdominal &raquo; ou &laquo; syndrome p&eacute;riodique p&eacute;diatrique &raquo;. Toutefois, l&rsquo;appellation &laquo; migraine abdominale &raquo; demeure la seule d&eacute;nomination diagnostique valid&eacute;e d&eacute;crivant de fa&ccedil;on sp&eacute;cifique la constellation st&eacute;r&eacute;otyp&eacute;e de douleur visc&eacute;rale m&eacute;diane, de naus&eacute;es et de p&acirc;leur paroxystique.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d&eacute;taill&eacute;e<\/h3>\n<p>La migraine abdominale se singularise par la p&eacute;riodicit&eacute; et la st&eacute;r&eacute;otypie quasi parfaite de ses manifestations cliniques. Chez un enfant par ailleurs en bonne sant&eacute;, la crise s&rsquo;installe souvent de mani&egrave;re insidieuse ou subite, se manifestant par une douleur intense, g&eacute;n&eacute;ralement d&eacute;crite comme sourde, lancinante ou spasmodique, localis&eacute;e pr&eacute;cis&eacute;ment au niveau p&eacute;riombilical, &eacute;pigastrique ou m&eacute;dian. Contrairement aux douleurs chirurgicales de l&rsquo;appendicite ou de la p&eacute;ritonite, la palpation abdominale ne met en &eacute;vidence aucune d&eacute;fense pari&eacute;tale r&eacute;elle, bien que l&rsquo;enfant puisse pr&eacute;senter une hyperalg&eacute;sie superficielle li&eacute;e &agrave; la sensibilisation centrale.<\/p>\n<p>L&rsquo;accompagnement v&eacute;g&eacute;tatif constitue la signature ph&eacute;nom&eacute;nologique de l&rsquo;&eacute;pisode. La p&acirc;leur cutan&eacute;e est particuli&egrave;rement frappante pour l&rsquo;entourage : l&rsquo;enfant prend soudainement un teint livide, cireux, souvent soulign&eacute; de cernes sombres p&eacute;ri-orbitaires. Cette vasoconstriction cutan&eacute;e s&rsquo;associe presque invariablement &agrave; une perte totale d&rsquo;app&eacute;tit (anorexie aigu&euml;), &agrave; des naus&eacute;es incapacitantes et &agrave; des vomissements r&eacute;it&eacute;r&eacute;s. Parfois, une photophobie, une phonophobie ou une envie irr&eacute;pressible de s&rsquo;isoler dans l&rsquo;obscurit&eacute; et le calme compl&egrave;tent le tableau, renfor&ccedil;ant la parent&eacute; indiscutable avec la crise migraineuse traditionnelle.<\/p>\n<p>La dur&eacute;e des acc&egrave;s varie g&eacute;n&eacute;ralement de deux &agrave; soixante-douze heures si aucun traitement abortif n&rsquo;est administr&eacute;. Un &eacute;l&eacute;ment s&eacute;miologique distinctif majeur r&eacute;side dans la terminaison fr&eacute;quente de la crise par une p&eacute;riode de sommeil profond et r&eacute;parateur. L&rsquo;enfant s&rsquo;endort &eacute;puis&eacute; et s&rsquo;&eacute;veille totalement lib&eacute;r&eacute; de ses sympt&ocirc;mes, reprenant ses activit&eacute;s ludiques et son alimentation habituelle comme si rien ne s&rsquo;&eacute;tait produit. Ces intervalles totalement libres de tout inconfort digestif sont indispensables pour &eacute;tablir le diagnostic positif et r&eacute;futer une maladie inflammatoire chronique de l&rsquo;intestin.<\/p>\n<p>Le retentissement psychologique et fonctionnel de ces crises r&eacute;p&eacute;t&eacute;es est consid&eacute;rable. En raison de l&rsquo;impr&eacute;visibilit&eacute; des &eacute;pisodes, l&rsquo;enfant d&eacute;veloppe r&eacute;guli&egrave;rement une anxi&eacute;t&eacute; d&rsquo;anticipation majeure, craignant qu&rsquo;un acc&egrave;s douloureux ne survienne en milieu scolaire ou lors d&rsquo;activit&eacute;s extra-scolaires. Les parents, d&eacute;concert&eacute;s par la violence des crises et la n&eacute;gativit&eacute; r&eacute;p&eacute;t&eacute;e des bilans compl&eacute;mentaires d&rsquo;imagerie et de biologie, exp&eacute;rimentent une d&eacute;tresse profonde, alimentant involontairement un climat intrafamilial d&rsquo;hypervigilance somatique.<\/p>\n<p>Sur le plan p&eacute;diatrique, la migraine abdominale est comprise comme une phase temporaire d&rsquo;un continuum neurod&eacute;veloppemental. Elle appara&icirc;t pr&eacute;f&eacute;rentiellement entre 3 et 10 ans, avec un pic diagnostique situ&eacute; autour de l&rsquo;&acirc;ge de 7 ans. Au fur et &agrave; mesure de la maturation c&eacute;r&eacute;brale et de l&rsquo;&eacute;volution hormonale &agrave; la pubert&eacute;, les &eacute;pisodes de douleurs abdominales s&rsquo;att&eacute;nuent ou disparaissent dans la majorit&eacute; des cas, pour faire place chez plus de 70 % des individus &agrave; des c&eacute;phal&eacute;es migraineuses classiques, avec ou sans aura, illustrant la notion fondamentale de maturation du substrat migraineux.<\/p>\n<h3>5. &Eacute;volution historique<\/h3>\n<p>La reconnaissance clinique des &eacute;quivalents migraineux extra-cr&acirc;niens plonge ses racines dans les observations minutieuses des m&eacute;decins du XIXe si&egrave;cle. En 1873, le m&eacute;decin britannique Edward Liveing publie son trait&eacute; s&eacute;minal <em>On Megrim, Sick-Headache, and Some Allied Disorders<\/em>, dans lequel il postule que la migraine n&rsquo;est pas uniquement un d&eacute;sordre vasculaire enc&eacute;phalique, mais une &laquo; temp&ecirc;te nerveuse &raquo; (&eacute;lectrique et v&eacute;g&eacute;tative) capable de d&eacute;charger son &eacute;nergie dans diff&eacute;rents territoires visc&eacute;raux et de susciter des paroxysmes digestifs violents isol&eacute;s.<\/p>\n<p>C&rsquo;est toutefois au p&eacute;diatre fran&ccedil;ais Jules Comby et &agrave; des auteurs britanniques comme George Frederic Still et Charles Wyllie que l&rsquo;on doit les premi&egrave;res descriptions formelles de la colique migraineuse chez l&rsquo;enfant au d&eacute;but du XXe si&egrave;cle. En 1922, George Wyllie &eacute;voque ouvertement la corr&eacute;lation &eacute;troite unissant les ant&eacute;c&eacute;dents maternels de migraine &agrave; des tableaux r&eacute;currents de gastro-ent&eacute;ralgie f&eacute;brile ou apyretique chez les jeunes enfants, forgeant progressivement le concept d&rsquo;&eacute;quivalent visc&eacute;ral migraineux.<\/p>\n<p>Durant les ann&eacute;es 1970 et 1980, le p&eacute;diatre britannique John B. Mortimer et ses coll&egrave;gues m&egrave;nent des &eacute;tudes &eacute;pid&eacute;miologiques rigoureuses d&eacute;montrant que les enfants pr&eacute;sentant ces &eacute;pisodes paroxystiques r&eacute;pondent favorablement aux m&ecirc;mes approches pharmacologiques que les c&eacute;phalalgiques et d&eacute;veloppent ult&eacute;rieurement des migraines cr&acirc;niennes &agrave; l&rsquo;adolescence. Ces travaux ont permis d&rsquo;extraire d&eacute;finitivement la migraine abdominale du cadre n&eacute;buleux des &laquo; douleurs abdominales r&eacute;currentes de nature psychog&egrave;ne &raquo; d&eacute;crites par John Apley en 1958, pour lui conf&eacute;rer un statut nosologique neurologique sp&eacute;cifique.<\/p>\n<p>L&rsquo;int&eacute;gration officielle de l&rsquo;affection dans la classification de la Soci&eacute;t&eacute; internationale des c&eacute;phal&eacute;es a marqu&eacute; un tournant &eacute;pist&eacute;mologique capital. Longtemps contest&eacute;e par les praticiens attach&eacute;s &agrave; la pr&eacute;sence indispensable d&rsquo;une douleur cr&acirc;nienne pour d&eacute;finir la migraine, l&rsquo;entit&eacute; a d&rsquo;abord &eacute;t&eacute; admise avec r&eacute;serve, puis pleinement consolid&eacute;e dans l&rsquo;ICHD-2 en 2004 et confirm&eacute;e dans l&rsquo;ICHD-3 en 2018. En parall&egrave;le, le consensus p&eacute;diatrique international sur les troubles fonctionnels digestifs a inclus la migraine abdominale au sein de ses crit&egrave;res successifs de Rome III puis de Rome IV, validant d&eacute;finitivement sa double appartenance neurogastroent&eacute;rologique.<\/p>\n<h3>6. Fondements th&eacute;oriques<\/h3>\n<p>La compr&eacute;hension th&eacute;orique de la migraine abdominale repose sur le mod&egrave;le de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Axe_intestin-cerveau\">axe intestin-cerveau<\/a> (axe c&eacute;r&eacute;bro-ent&eacute;rique), un r&eacute;seau de communication bidirectionnel intriquant &eacute;troitement le syst&egrave;me nerveux central, le syst&egrave;me nerveux ent&eacute;rique, le syst&egrave;me endocrinien et l&rsquo;immunit&eacute; muqueuse. Dans ce mod&egrave;le, la migraine abdominale est con&ccedil;ue comme une d&eacute;r&eacute;gulation transitoire des boucles de r&eacute;troaction r&eacute;gulant &agrave; la fois la nociception visc&eacute;rale et le tonus autonome vasomoteur sous l&rsquo;effet de d&eacute;clencheurs internes ou externes.<\/p>\n<p>Au c\u0153ur de la neurobiologie migraineuse figure le dysfonctionnement s&eacute;rotoninergique. La s&eacute;rotonine (5-hydroxytryptamine ou 5-HT) est synth&eacute;tis&eacute;e &agrave; plus de 90 % par les cellules ent&eacute;rochromaffines de la paroi digestive tout en occupant un r&ocirc;le neuromodulateur cl&eacute; dans le tronc c&eacute;r&eacute;bral et les noyaux du raph&eacute;. Une fluctuation brutale des concentrations plasmatiques et synaptiques de 5-HT entra&icirc;ne concomitamment une alt&eacute;ration de la motilit&eacute; intestinale, des spasmes visc&eacute;raux et une stimulation des voies p&eacute;riph&eacute;riques de la douleur, expliquant l&rsquo;efficacit&eacute; des ligands r&eacute;cepteurs s&eacute;rotoninergiques dans l&rsquo;avortement de certaines crises.<\/p>\n<p>Le syst&egrave;me trig&eacute;mino-vasculaire et les aff&eacute;rences vagales et spinothalamiques partagent &eacute;galement des m&eacute;diateurs neuropeptidiques identiques, au premier rang desquels figure le peptide reli&eacute; au g&egrave;ne de la calcitonine (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Peptide_reli%C3%A9_au_g%C3%A8ne_calcitonine\">CGRP<\/a>) et la substance P. La lib&eacute;ration paroxystique de ces substances pro-inflammatoires au niveau des plexus myent&eacute;riques provoque une inflammation neurog&egrave;ne locale st&eacute;rile, une hyperperm&eacute;abilit&eacute; capillaire et une hypersensibilit&eacute; visc&eacute;rale aigu&euml;, per&ccedil;ue par les structures c&eacute;r&eacute;brales comme une douleur m&eacute;diane p&eacute;n&eacute;trante.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue neuropsychologique et psychophysiologique, la th&eacute;orie de la vuln&eacute;rabilit&eacute; au stress propose que les enfants atteints de migraine abdominale pr&eacute;sentent un abaissement constitutionnel du seuil d&rsquo;excitabilit&eacute; limbique et hypothalamique. Face &agrave; une charge allostatique accrue (conflit familial, anxi&eacute;t&eacute; de performance scolaire, d&eacute;r&egrave;glement du rythme circadien, &eacute;puisement sensoriel), le tronc c&eacute;r&eacute;bral d&eacute;clenche une r&eacute;ponse neurov&eacute;g&eacute;tative massive. Cette d&eacute;charge autonome induit une stase gastrique aigu&euml; &mdash; se traduisant par des vomissements et des crampes &mdash; coupl&eacute;e &agrave; une vasoconstriction splanchnique et cutan&eacute;e, &agrave; l&rsquo;origine de la p&acirc;leur spectaculaire observ&eacute;e.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl&eacute;s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La caract&eacute;risation m&eacute;dicale de la migraine abdominale n&eacute;cessite l&rsquo;analyse syst&eacute;matique de dimensions symptomatiques sp&eacute;cifiques, permettant de diff&eacute;rencier cette affection des autres syndromes p&eacute;riodiques de l&rsquo;enfance :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Topographie et intensit&eacute; de la douleur :<\/strong> La douleur est essentiellement m&eacute;diane, p&eacute;riombilicale ou mal localis&eacute;e, rarement unilat&eacute;rale ou projet&eacute;e dans les fosses iliaques. Son intensit&eacute; entrave significativement la poursuite des activit&eacute;s ordinaires de l&rsquo;enfant.<\/li>\n<li><strong>Dur&eacute;e et cin&eacute;tique des crises :<\/strong> Les &eacute;pisodes se d&eacute;ploient sur une fen&ecirc;tre temporelle st&eacute;r&eacute;otyp&eacute;e allant de 2 &agrave; 72 heures sans traitement, s&eacute;par&eacute;s par des p&eacute;riodes asymptomatiques compl&egrave;tes s&rsquo;&eacute;talant sur plusieurs semaines ou mois.<\/li>\n<li><strong>Manifestations vasomotrices et cutan&eacute;es :<\/strong> Une p&acirc;leur faciale intense constitue le marqueur v&eacute;g&eacute;tatif le plus constant, parfois remplac&eacute;e ou suivie d&rsquo;un &eacute;ryth&egrave;me vasomoteur transitoire (&laquo; flushing &raquo;), refl&eacute;tant l&rsquo;instabilit&eacute; du syst&egrave;me nerveux autonome.<\/li>\n<li><strong>Troubles digestifs associ&eacute;s :<\/strong> L&rsquo;anorexie s&eacute;v&egrave;re, les naus&eacute;es constantes et les vomissements non bilieux r&eacute;p&eacute;t&eacute;s signent l&rsquo;arr&ecirc;t de la motilit&eacute; gastroduod&eacute;nale p&eacute;ri-critique.<\/li>\n<li><strong>Ph&eacute;nom&egrave;nes sensoriels et c&eacute;r&eacute;braux concomitants :<\/strong> Bien que la c&eacute;phal&eacute;e soit absente ou rel&eacute;gu&eacute;e au second plan, la photophobie, la phonophobie, une l&eacute;thargie et une r&eacute;activit&eacute; &eacute;motionnelle n&eacute;gative accompagnent fr&eacute;quemment l&rsquo;&eacute;pisode douloureux.<\/li>\n<li><strong>Spectre des syndromes &eacute;pisodiques p&eacute;diatriques :<\/strong> La migraine abdominale s&rsquo;int&egrave;gre dans un continuum incluant le syndrome de vomissements cycliques (o&ugrave; les &eacute;m&eacute;ses pr&eacute;dominent largement sur la douleur) et le torticolis paroxystique b&eacute;nin du nourrisson.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Consid&eacute;rons le cas clinique de Lucas, un jeune gar&ccedil;on &acirc;g&eacute; de 8 ans, &eacute;l&egrave;ve brillant mais d&rsquo;un temp&eacute;rament particuli&egrave;rement perfectionniste et anxieux. Depuis l&rsquo;&acirc;ge de 6 ans, Lucas pr&eacute;sente environ une fois par mois des acc&egrave;s subits o&ugrave; il cesse imm&eacute;diatement de jouer, se plaint d&rsquo;avoir &laquo; tr&egrave;s mal tout autour du nombril &raquo; et refuse toute nourriture. En l&rsquo;espace de trente minutes, son visage devient livide, des naus&eacute;es apparaissent, rapidement suivies de deux ou trois &eacute;pisodes de vomissements aqueux. Il supplie ses parents de tirer les rideaux de sa chambre, d&rsquo;&eacute;teindre toute source sonore et de le laisser s&rsquo;allonger sous sa couette. Apr&egrave;s six &agrave; huit heures de prostration entrecoup&eacute;es de somnolence, Lucas sombre dans un sommeil profond. Le lendemain matin, il se r&eacute;veille dispos, affam&eacute;, ne pr&eacute;sentant plus aucune douleur &agrave; la palpation abdominale, et peut se rendre &agrave; l&rsquo;&eacute;cole sans encombre.<\/p>\n<p>Avant d&rsquo;&ecirc;tre adress&eacute; en consultation p&eacute;diatrique sp&eacute;cialis&eacute;e, Lucas avait &eacute;t&eacute; conduit &agrave; quatre reprises aux urgences chirurgicales sous la suspicion d&rsquo;une appendicite aigu&euml; ou d&rsquo;une invagination intestinale. Les &eacute;chographies abdominales successives, les examens tomodensitom&eacute;triques, les analyses sanguines (prot&eacute;ine C-r&eacute;active, num&eacute;ration formule sanguine, lipas&eacute;mie) et les coprocultures &eacute;taient demeur&eacute;s strictement normaux. L&rsquo;enqu&ecirc;te anamn&eacute;stique d&eacute;taill&eacute;e a finalement r&eacute;v&eacute;l&eacute; que la m&egrave;re de Lucas souffrait d&rsquo;une s&eacute;v&egrave;re migraine catam&eacute;niale avec aura visuelle et que les crises du gar&ccedil;on survenaient presque syst&eacute;matiquement le vendredi soir apr&egrave;s une semaine de tension &eacute;colaire ou &agrave; la veille d&rsquo;un d&eacute;part en vacances, traduisant le classique ph&eacute;nom&egrave;ne de d&eacute;compression migraineuse.<\/p>\n<p>Un second exemple illustratif concerne Emma, 6 ans, qui d&eacute;veloppe des crises de douleurs abdominales accompagn&eacute;es d&rsquo;une somnolence d&eacute;concertante et d&rsquo;une p&acirc;leur cadav&eacute;rique apr&egrave;s des f&ecirc;tes d&rsquo;anniversaire o&ugrave; elle a consomm&eacute; du chocolat en quantit&eacute; importante, coupl&eacute; &agrave; un d&eacute;calage de son horaire de coucher. L&rsquo;intrication d&rsquo;un d&eacute;clencheur alimentaire riche en amines biog&egrave;nes, d&rsquo;une privation de sommeil et de l&rsquo;hyperstimulation sensorielle a pr&eacute;cipit&eacute; un orage v&eacute;g&eacute;tatif abdominal. L&rsquo;instauration d&rsquo;un calendrier des crises, coupl&eacute;e &agrave; une &eacute;viction des facteurs d&eacute;clenchants et &agrave; des s&eacute;ances de relaxation th&eacute;rapeutique, a permis de r&eacute;duire la fr&eacute;quence des &eacute;pisodes de plus de 80 %.<\/p>\n<h3>9. Mesure et &eacute;valuation<\/h3>\n<p>Le diagnostic de la migraine abdominale est exclusivement clinique et proc&egrave;de d&rsquo;une double d&eacute;marche : la validation de crit&egrave;res positifs stricts et l&rsquo;exclusion m&eacute;ticuleuse de diagnostics diff&eacute;rentiels organiques par des investigations paracliniques cibl&eacute;es. Selon la classification ICHD-3, le patient doit pr&eacute;senter au moins cinq crises r&eacute;pondant aux conditions suivantes :<\/p>\n<ul>\n<li>Douleur abdominale r&eacute;currente d&rsquo;intensit&eacute; mod&eacute;r&eacute;e &agrave; s&eacute;v&egrave;re, m&eacute;diane ou mal localis&eacute;e, &agrave; caract&egrave;re sourd ou t&eacute;r&eacute;brant, durant de 2 &agrave; 72 heures.<\/li>\n<li>Pr&eacute;sence d&rsquo;au moins deux sympt&ocirc;mes d&rsquo;accompagnement parmi : anorexie, naus&eacute;es, vomissements, ou p&acirc;leur cutan&eacute;e marqu&eacute;e.<\/li>\n<li>R&eacute;mission compl&egrave;te des sympt&ocirc;mes entre les acc&egrave;s paroxystiques.<\/li>\n<li>Absence d&rsquo;attribution des sympt&ocirc;mes &agrave; une autre affection m&eacute;dicale organique apr&egrave;s examen clinique appropri&eacute;.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les crit&egrave;res p&eacute;diatriques de Rome IV pour la migraine abdominale compl&egrave;tent cette approche en exigeant la survenue d&rsquo;au moins deux &eacute;pisodes sur une p&eacute;riode de six mois, entra&icirc;nant une rupture nette de l&rsquo;activit&eacute; normale de l&rsquo;enfant (absent&eacute;isme scolaire, incapacit&eacute; &agrave; jouer). L&rsquo;anamn&egrave;se familiale repr&eacute;sente un instrument d&rsquo;&eacute;valuation fondamental : la pr&eacute;sence de migraines av&eacute;r&eacute;es chez les parents au premier degr&eacute; constitue un &eacute;l&eacute;ment d&rsquo;orientation diagnostique de premier ordre.<\/p>\n<p>Sur le plan paraclinique, l&rsquo;&eacute;valuation doit &ecirc;tre raisonn&eacute;e afin de ne pas surm&eacute;dicaliser l&rsquo;enfant ni d&rsquo;accentuer son anxi&eacute;t&eacute;. Un bilan minimal comprend habituellement un h&eacute;mogramme, un dosage de la prot&eacute;ine C-r&eacute;active, une vitesse de s&eacute;dimentation, un bilan h&eacute;patique et pancr&eacute;atique, une analyse d&rsquo;urine et une &eacute;chographie abdominale r&eacute;alis&eacute;e id&eacute;alement en inter-critique ou au d&eacute;but de l&rsquo;acc&egrave;s. Des examens plus invasifs comme l&rsquo;endoscopie digestive haute ou la colonoscopie ne sont indiqu&eacute;s qu&rsquo;en pr&eacute;sence de signes d&rsquo;alerte (&laquo; drapeaux rouges &raquo;) : retard staturo-pond&eacute;ral, diarrh&eacute;e chronique, saignements digestifs ext&eacute;rioris&eacute;s, fi&egrave;vre inexpliqu&eacute;e, r&eacute;veils nocturnes par la douleur ou arthralgies p&eacute;riph&eacute;riques.<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence clinique et pratique<\/h3>\n<p>La d&eacute;tection pr&eacute;coce et la prise en charge de la migraine abdominale poss&egrave;dent des retomb&eacute;es majeures en sant&eacute; publique et en pratique p&eacute;diatrique p&eacute;rim&eacute;dicale. La premi&egrave;re application r&eacute;side dans la diminution spectaculaire des hospitalisations inutiles, des laparotomies ou c\u0153lioscopies blanches d&rsquo;urgence r&eacute;alis&eacute;es &agrave; tort pour suspicion d&rsquo;abdomen aigu chirurgical, ainsi que la pr&eacute;vention des actes d&rsquo;imagerie r&eacute;p&eacute;t&eacute;s (scanners pelviens ou abdominaux inutilement irradiants pour l&rsquo;enfant).<\/p>\n<p>La prise en charge th&eacute;rapeutique s&rsquo;organise selon un double axe prophylactique et symptomatique. Pour le traitement de la crise aigu&euml;, l&rsquo;isolement pr&eacute;coce dans une pi&egrave;ce sombre et silencieuse est primordial. L&rsquo;administration imm&eacute;diate d&rsquo;analg&eacute;siques simples (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Parac%C3%A9tamol\">parac&eacute;tamol<\/a> ou <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ibuprof%C3%A8ne\">ibuprof&egrave;ne<\/a>) d&egrave;s les premiers signes avant-coureurs, coupl&eacute;e si n&eacute;cessaire &agrave; des anti&eacute;m&eacute;tiques ou &agrave; des triptans oraux ou nasaux chez les enfants plus &acirc;g&eacute;s sous contr&ocirc;le m&eacute;dical sp&eacute;cialis&eacute;, peut juguler l&rsquo;attaque avant l&rsquo;installation de la gastropar&eacute;sie.<\/p>\n<p>Dans les formes s&eacute;v&egrave;res o&ugrave; les acc&egrave;s r&eacute;currents alt&egrave;rent la scolarit&eacute;, un traitement de fond m&eacute;dicamenteux peut &ecirc;tre discut&eacute; avec un neurop&eacute;diatre. Des mol&eacute;cules telles que la flunarizine, le propranolol, la cyproheptadine ou le topiramate ont montr&eacute; une r&eacute;duction significative du taux d&rsquo;attaques mensuelles. Parall&egrave;lement, l&rsquo;am&eacute;nagement des rythmes de vie (horaires de sommeil r&eacute;guliers, hydratation soutenue, suppression des je&ucirc;nes prolong&eacute;s et &eacute;viction des aliments d&eacute;clencheurs riches en glutamate, nitrates ou tyramine) constitue la pierre angulaire non pharmacologique de la stabilisation clinique.<\/p>\n<p>En psychologie clinique et scolaire, l&rsquo;&eacute;ducation th&eacute;rapeutique de l&rsquo;enfant et de sa famille est capitale. La d&eacute;diabolisation de la maladie, l&rsquo;explication neurobiologique claire et le recours &agrave; des interventions psychologiques telles que la th&eacute;rapie cognitivo-comportementale (TCC), l&rsquo;entra&icirc;nement &agrave; la relaxation musculaire progressive et le biofeedback permettent &agrave; l&rsquo;enfant de r&eacute;duire l&rsquo;hyperactivit&eacute; de son syst&egrave;me nerveux sympathique face au stress scolaire et d&rsquo;att&eacute;nuer l&rsquo;impact fonctionnel des crises.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn&eacute;es empiriques<\/h3>\n<p>Les investigations &eacute;pid&eacute;miologiques contemporaines &eacute;valuent la pr&eacute;valence de la migraine abdominale entre 1 % et 4 % au sein de la population p&eacute;diatrique g&eacute;n&eacute;rale, bien que certains registres sp&eacute;cialis&eacute;s de gastroent&eacute;rologie infantile rapportent que jusqu&rsquo;&agrave; 15 % des enfants &eacute;valu&eacute;s pour des douleurs abdominales r&eacute;currentes r&eacute;pondent rigoureusement aux crit&egrave;res diagnostiques de l&rsquo;ICHD-3. La distribution selon le sexe d&eacute;montre une l&eacute;g&egrave;re pr&eacute;dominance f&eacute;minine (ratio d&rsquo;environ 1,4 pour 1), qui s&rsquo;accentue consid&eacute;rablement lors du passage &agrave; la pubert&eacute; lors de la transition vers la migraine cr&acirc;nienne.<\/p>\n<p>Des travaux de cohorte longitudinaux men&eacute;s sur plusieurs d&eacute;cennies &mdash; notamment les &eacute;tudes de suivi pionni&egrave;res r&eacute;alis&eacute;es par Russell et collaborateurs &agrave; Aberdeen &mdash; ont d&eacute;montr&eacute; de fa&ccedil;on &eacute;clatante la trajectoire &eacute;volutive de cette pathologie. Les enfants diagnostiqu&eacute;s avec une migraine abdominale dans l&rsquo;enfance voient leurs douleurs ventrales s&rsquo;estomper &agrave; l&rsquo;adolescence, mais d&eacute;veloppent dans 65 % &agrave; 75 % des cas des c&eacute;phal&eacute;es migraineuses typiques &agrave; l&rsquo;&acirc;ge adulte, confirmant formellement l&rsquo;hypoth&egrave;se d&rsquo;un m&ecirc;me continuum neurophysiologique sous-jacent.<\/p>\n<p>Sur le plan neuro-imagerie fonctionnelle et de l&rsquo;&eacute;lectrophysiologie digestive, des &eacute;quipes de recherche ont mis en lumi&egrave;re des anomalies de la connectivit&eacute; c&eacute;r&eacute;brale au sein du r&eacute;seau du mode par d&eacute;faut (DMN) et des r&eacute;gions insulaires et cingulaires chez ces jeunes patients lors de l&rsquo;exposition &agrave; des stimuli nociceptifs ou &eacute;motionnels. Par ailleurs, des &eacute;tudes d&rsquo;&eacute;lectrogastrographie ont r&eacute;v&eacute;l&eacute; des &eacute;pisodes de tachygastrie et d&rsquo;arythmie gastrique s&eacute;v&egrave;re survenant de fa&ccedil;on synchrone avec l&rsquo;installation de la p&acirc;leur p&eacute;riph&eacute;rique, objectivant la perturbation de la commande motrice autonome.<\/p>\n<h3>12. Consid&eacute;rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>La reconnaissance, l&rsquo;interpr&eacute;tation et la prise en charge de la migraine abdominale varient substantiellement selon les aires culturelles et les syst&egrave;mes de soins m&eacute;dicaux. Dans de nombreuses soci&eacute;t&eacute;s occidentales o&ugrave; la m&eacute;decine somatique et la neurologie sont hautement sous-sp&eacute;cialis&eacute;es, le diagnostic demeure paradoxalement tardif en raison du r&eacute;flexe r&eacute;ductionniste consistant &agrave; rattacher toute douleur visc&eacute;rale &agrave; une pathologie gastro-intestinale exclusive ou &agrave; un trouble de conversion psychologique d&egrave;s lors que les examens se r&eacute;v&egrave;lent normaux.<\/p>\n<p>Dans diverses cultures non occidentales, le ventre est traditionnellement con&ccedil;u comme le r&eacute;ceptacle privil&eacute;gi&eacute; des &eacute;motions, de l&rsquo;&eacute;nergie vitale et des tensions interpersonnelles. Au sein de certains groupes culturels d&rsquo;Am&eacute;rique latine ou d&rsquo;Asie du Sud-Est, les sympt&ocirc;mes associant p&acirc;leur, naus&eacute;es et spasmes abdominaux chez l&rsquo;enfant sont volontiers interpr&eacute;t&eacute;s &agrave; travers le prisme de cat&eacute;gories nosologiques traditionnelles (telles que le &laquo; susto &raquo; ou des d&eacute;s&eacute;quilibres chaud-froid visc&eacute;raux), favorisant le recours &agrave; des th&eacute;rapeutiques populaires avant toute consultation biom&eacute;dicale.<\/p>\n<p>La pression acad&eacute;mique et sociale sp&eacute;cifique &agrave; certains environnements culturels hautement comp&eacute;titifs exerce &eacute;galement une influence majeure sur la cin&eacute;tique des crises. Dans plusieurs pays d&rsquo;Asie orientale et au sein des milieux favoris&eacute;s occidentaux, une recrudescence marqu&eacute;e des crises de migraine abdominale est document&eacute;e lors des p&eacute;riodes d&rsquo;examens ou de transitions scolaires critiques, soulignant combien l&rsquo;axe intestin-cerveau r&eacute;agit &agrave; la codification culturelle de la r&eacute;ussite, de l&rsquo;anxi&eacute;t&eacute; de performance et de l&rsquo;inhibition de la plainte verbale directe chez l&rsquo;enfant.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d&eacute;bats et limites<\/h3>\n<p>Le statut nosologique de la migraine abdominale a fait l&rsquo;objet de d&eacute;bats &acirc;pres et soutenus entre la communaut&eacute; des neurop&eacute;diatres et celle des gastroent&eacute;rologues d&rsquo;enfants. L&rsquo;une des controverses fondamentales r&eacute;side dans la difficult&eacute; th&eacute;orique d&rsquo;attribuer le terme de &laquo; migraine &raquo; &mdash; &eacute;tymologiquement et historiquement arrim&eacute; &agrave; la douleur c&eacute;phalique &mdash; &agrave; une affection dont la s&eacute;miologie principale est purement digestive et tronculaire. Certains auteurs ont longtemps plaid&eacute; pour une classification de ces crises au sein du spectre &eacute;largi du syndrome de l&rsquo;intestin irritable ou de la dyspepsie fonctionnelle.<\/p>\n<p>Une deuxi&egrave;me difficult&eacute; majeure r&eacute;side dans l&rsquo;&eacute;tanch&eacute;it&eacute; des fronti&egrave;res diagnostiques entre la migraine abdominale et le syndrome de vomissements cycliques (SVC). Bien que l&rsquo;ICHD-3 d&eacute;finisse la migraine abdominale par la pro&eacute;minence de la douleur et le SVC par la pr&eacute;pond&eacute;rance des acc&egrave;s &eacute;m&eacute;tiques violents r&eacute;currents, de nombreux jeunes patients pr&eacute;sentent un chevauchement clinique &eacute;troit, alternant au fil des mois crises douloureuses pures et acc&egrave;s de vomissements incoercibles. Pour plusieurs cliniciens, ces deux tableaux ne repr&eacute;sentent pas deux maladies distinctes, mais deux p&ocirc;les symptomatiques d&rsquo;un trouble fonctionnel unifi&eacute; li&eacute; &agrave; une canalopathie ou une anomalie m&eacute;tabolique mitochondriale partag&eacute;e.<\/p>\n<p>Enfin, le risque r&eacute;siduel d&rsquo;erreur diagnostique constitue une pr&eacute;occupation constante. Diagnostiquer pr&eacute;matur&eacute;ment une migraine abdominale sans r&eacute;p&eacute;ter l&rsquo;&eacute;valuation clinique dans le temps peut conduire &agrave; m&eacute;conna&icirc;tre des affections visc&eacute;rales rares mais graves, telles que des st&eacute;noses duod&eacute;nales intermittentes, un volvulus sur malrotation intestinale pass&eacute; inaper&ccedil;u, une lithiase v&eacute;siculaire chez l&rsquo;enfant, des porphyries h&eacute;patiques aigu&euml;s ou des ph&eacute;ochromocytomes. La vigilance clinique doit donc demeurer intacte face &agrave; toute modification du profil &eacute;volutif des acc&egrave;s.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Afin de pr&eacute;venir toute confusion diagnostique, il convient de diff&eacute;rencier soigneusement la migraine abdominale de plusieurs affections apparent&eacute;es du jeune patient :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Syndrome de vomissements cycliques (SVC) :<\/strong> Caract&eacute;ris&eacute; par des acc&egrave;s paroxystiques r&eacute;currents de naus&eacute;es et de vomissements s&eacute;v&egrave;res (jusqu&rsquo;&agrave; plusieurs fois par heure) durant de quelques heures &agrave; quelques jours, o&ugrave; la douleur abdominale est absente ou secondaire, contrairement &agrave; la migraine abdominale o&ugrave; la colique constitue le sympt&ocirc;me central.<\/li>\n<li><strong>Syndrome de l&rsquo;intestin irritable (SII) :<\/strong> Implique des douleurs abdominales chroniques associ&eacute;es &agrave; une perturbation du transit (constipation, diarrh&eacute;e ou alternance des deux), dont l&rsquo;&eacute;volution est g&eacute;n&eacute;ralement continue ou fluctuante sur plusieurs mois, sans les intervalles parfaitement asymptomatiques et les p&acirc;leurs brutales st&eacute;r&eacute;otyp&eacute;es de la migraine abdominale.<\/li>\n<li><strong>Dyspepsie fonctionnelle :<\/strong> Se concentre sur la r&eacute;gion &eacute;pigastrique avec pl&eacute;nitude postprandiale pr&eacute;coce et br&ucirc;lures gastriques li&eacute;es aux repas, sans l&rsquo;installation paroxystique globale, la l&eacute;thargie et la terminaison par le sommeil propres &agrave; la migraine.<\/li>\n<li><strong>&Eacute;pilepsie abdominale :<\/strong> Forme rarissime d&rsquo;&eacute;pilepsie focale temporale o&ugrave; les manifestations abdominales aigu&euml;s s&rsquo;accompagnent de ruptures de contact, d&rsquo;automatismes oro-faciaux et d&rsquo;anomalies &eacute;lectroenc&eacute;phalographiques paroxystiques sp&eacute;cifiques, absentes dans la migraine.<\/li>\n<li><strong>Douleur abdominale fonctionnelle de l&rsquo;enfance :<\/strong> Trouble caract&eacute;ris&eacute; par des douleurs abdominales fr&eacute;quentes sans caract&egrave;re paroxystique prononc&eacute;, &eacute;troitement corr&eacute;l&eacute;es aux contrari&eacute;t&eacute;s quotidiennes, d&eacute;pourvues de la p&acirc;leur cireuse soudaine et de l&rsquo;anorexie totale observ&eacute;es lors des crises migraineuses.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R&eacute;sum&eacute; et points cl&eacute;s<\/h3>\n<p>La migraine abdominale constitue une entit&eacute; pathologique bien r&eacute;elle, reconnue internationalement par les classifications neurologiques et gastroent&eacute;rologiques, t&eacute;moignant de la capacit&eacute; de la diath&egrave;se migraineuse &agrave; s&rsquo;ext&eacute;rioriser sous forme visc&eacute;rale chez le jeune enfant.<\/p>\n<p>Ses crit&egrave;res cardinaux reposent sur la p&eacute;riodicit&eacute; st&eacute;r&eacute;otyp&eacute;e de douleurs abdominales p&eacute;riombilicales mod&eacute;r&eacute;es &agrave; s&eacute;v&egrave;res durant de 2 &agrave; 72 heures, associ&eacute;es &agrave; une p&acirc;leur remarquable, des naus&eacute;es, une anorexie et des vomissements, s&eacute;par&eacute;es par des p&eacute;riodes de sant&eacute; rigoureusement normale et se concluant fr&eacute;quemment par un sommeil prolong&eacute;.<\/p>\n<p>Sous-tendue par des dysfonctionnements de l&rsquo;axe cerveau-intestin, une instabilit&eacute; s&eacute;rotoninergique et une hyperr&eacute;activit&eacute; autonome au stress, la migraine abdominale n&eacute;cessite une prise en charge globale : r&eacute;assurance familiale, &eacute;viction des d&eacute;clencheurs, analg&eacute;siques pr&eacute;coces, th&eacute;rapies cognitives et comportementales et, dans les cas invalidants, prophylaxie pharmacologique appropri&eacute;e.<\/p>\n<p>Enfin, son identification pr&eacute;coce &eacute;vite la multiplication d&rsquo;examens invasifs anxiog&egrave;nes et permet d&rsquo;anticiper la transition naturelle de l&rsquo;enfant vers des formes plus conventionnelles de c&eacute;phal&eacute;es migraineuses &agrave; l&rsquo;adolescence et &agrave; l&rsquo;&acirc;ge adulte.<\/p>\n<h2>R&eacute;f&eacute;rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Headache Classification Committee of the International Headache Society (IHS). (2018). The International Classification of Headache Disorders, 3rd edition. <em>Cephalalgia<\/em>, 38(1), 1-211. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1177\/0333102417738202\">https:\/\/doi.org\/10.1177\/0333102417738202<\/a><\/li>\n<li>Hyams, J. S., Di Lorenzo, C., Saps, M., Shulman, R. J., Staiano, A., &amp; van Tilburg, M. (2016). Functional Disorders: Children and Adolescents. <em>Gastroenterology<\/em>, 150(6), 1456-1468. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1053\/j.gastro.2016.02.015\">https:\/\/doi.org\/10.1053\/j.gastro.2016.02.015<\/a><\/li>\n<li>Mortimer, M. J., Kay, J., &amp; Jaron, A. (1993). Clinical epidemiology of childhood abdominal migraine in an urban general practice. <em>Developmental Medicine &amp; Child Neurology<\/em>, 35(3), 243-248. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1469-8749.1993.tb11630.x\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1469-8749.1993.tb11630.x<\/a><\/li>\n<li>Russell, G., Abu-Arafeh, I., &amp; Symon, D. N. (2002). Abdominal migraine: Evidence for existence and treatment options. <em>Pediatric Drugs<\/em>, 4(1), 1-8. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.2165\/00148581-200204010-00001\">https:\/\/doi.org\/10.2165\/00148581-200204010-00001<\/a><\/li>\n<li>van Tilburg, M. A., Runyan, D. K., &amp; Whitehead, W. E. (2015). Abdominal pain in children: Is abdominal migraine a distinct entity? <em>The Journal of Pediatrics<\/em>, 167(2), 221-223. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.jpeds.2015.05.006\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.jpeds.2015.05.006<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La migraine abdominale est un syndrome neurogastroent\u00e9rologique p\u00e9diatrique caract\u00e9ris\u00e9 par des crises paroxystiques de douleur abdominale m\u00e9diane accompagn\u00e9es de p\u00e2leur et de naus\u00e9es, r\u00e9v\u00e9lant la complexit\u00e9 de l&rsquo;axe intestin-cerveau.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[30821,21522,30820],"tags":[4159,12084,12640,30822,30824,30823],"class_list":["post-19203","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neuropediatrie","category-psychologie-medicale","category-troubles-somatoformes-et-fonctionnels","tag-axe-intestin-cerveau","tag-cephalee","tag-douleur-pediatrique","tag-migraine-abdominale","tag-somatisation-infantile","tag-troubles-fonctionnels-digestifs"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19203","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19203\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=19203"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=19203"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=19203"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}