{"id":19194,"date":"2026-10-21T17:58:19","date_gmt":"2026-10-21T17:58:19","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=abasie-trouble-marche"},"modified":"2026-10-21T17:58:19","modified_gmt":"2026-10-21T17:58:19","slug":"abasie-trouble-marche","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=abasie-trouble-marche","title":{"rendered":"Abasie : L&rsquo;\u00e9nigme clinique de la marche"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;incapacit\u00e9 motrice soudaine sans d\u00e9ficit musculaire direct constitue l&rsquo;un des paradoxes les plus fascinants de la neurologie et de la neuropsychiatrie clinique. Face \u00e0 un patient capable de bouger parfaitement ses membres inf\u00e9rieurs en d\u00e9cubitus mais incapable d&rsquo;esquisser un pas debout, le praticien se heurte aux myst\u00e8res de l&rsquo;int\u00e9gration sensorimotrice et de la conversion somatomorphe.<\/p>\n<h2>Abasie<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;<strong>abasie<\/strong> d\u00e9signe l&rsquo;incapacit\u00e9 partielle ou totale de marcher, r\u00e9sultant d&rsquo;un d\u00e9faut de coordination motrice, d&rsquo;une alt\u00e9ration des automatismes locomoteurs ou d&rsquo;une perturbation psychog\u00e8ne, sans qu&rsquo;il n&rsquo;existe de paralysie musculaire \u00e9l\u00e9mentaire, de d\u00e9ficit sensitif primaire ni d&rsquo;alt\u00e9ration musculosquelettique sous-jacente.<\/p>\n<p>Sur le plan s\u00e9miologique, le sujet atteint d&rsquo;abasie conserve une force motrice intacte lorsqu&rsquo;il est examin\u00e9 en position allong\u00e9e ou assise. Les mouvements analytiques de flexion, d&rsquo;extension et de rotation des segments jambiers s&rsquo;effectuent sans r\u00e9sistance pathologique ni faiblesse intrins\u00e8que notable. Cependant, d\u00e8s que le patient tente d&rsquo;adopter la posture \u00e9rig\u00e9e et d&rsquo;engager la marche, le programme d&rsquo;initiation et de propulsion locomotrice \u00e9choue, entra\u00eenant une incoordination s\u00e9v\u00e8re, un blocage kin\u00e9sique ou un comportement d&rsquo;\u00e9vitement moteur prononc\u00e9.<\/p>\n<p>Dans la nosographie contemporaine, l&rsquo;abasie est tr\u00e8s fr\u00e9quemment associ\u00e9e \u00e0 l&rsquo;astasie \u2014 l&rsquo;inaptitude \u00e0 maintenir la station debout \u2014 formant le tableau clinique classique de l&rsquo;astasie-abasie. Bien qu&rsquo;elle puisse relever d&rsquo;une atteinte organique focale touchant les structures fronto-sous-corticales ou c\u00e9r\u00e9belleuses, elle est embl\u00e9matique des manifestations neurologiques fonctionnelles, o\u00f9 la composante psychologique et neuropsychiatrique joue un r\u00f4le \u00e9tiopathog\u00e9nique d\u00e9terminant.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le vocable \u00ab abasie \u00bb provient directement du grec ancien. Il est form\u00e9 par l&rsquo;adjonction du pr\u00e9fixe privatif <em>a-<\/em> (\u1f00-), signifiant \u00ab absence de \u00bb, \u00ab d\u00e9faut de \u00bb ou \u00ab sans \u00bb, et du substantif <em>basis<\/em> (\u03b2\u03ac\u03c3\u03b9\u03c2), qui renvoie \u00e0 la \u00ab marche \u00bb, au \u00ab pas \u00bb, au \u00ab pi\u00e9destal \u00bb ou au fait d&rsquo;avancer pas \u00e0 pas, lui-m\u00eame d\u00e9riv\u00e9 du verbe <em>bainein<\/em> (\u03b2\u03b1\u03af\u03bd\u03b5\u03b9\u03bd, signifiant \u00ab marcher \u00bb ou \u00ab aller \u00bb).<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction formelle du terme dans le lexique m\u00e9dical international remonte \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle, p\u00e9riode faste de la neurologie clinique fran\u00e7aise sous l&rsquo;impulsion de l&rsquo;\u00e9cole de la Salp\u00eatri\u00e8re. C&rsquo;est le m\u00e9decin et neuropathologiste <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Paul_Blocq\">Paul Blocq<\/a> qui, en collaboration avec <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Jean-Martin_Charcot\">Jean-Martin Charcot<\/a>, a formalis\u00e9 l&rsquo;entit\u00e9 morbide en 1888 \u00e0 travers la description princeps de l&rsquo;\u00ab astasie-abasie \u00bb, isolant ainsi ce trouble de la d\u00e9marche des paralysies spinales et p\u00e9riph\u00e9riques classiques.<\/p>\n<p>Le terme a \u00e9t\u00e9 rapidement adopt\u00e9 dans la litt\u00e9rature m\u00e9dicale germanophone et anglophone (sous la forme <em>abasia<\/em>), conservant son acception \u00e9tymologique litt\u00e9rale d&rsquo;\u00ab impossibilit\u00e9 de poser le pas \u00bb ou d&rsquo;\u00ab absence de d\u00e9marche fonctionnelle \u00bb.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, le mot se prononce \/a.ba.zi\/ en fran\u00e7ais standard. Le substantif est du genre f\u00e9minin : on parlera d&rsquo;\u00ab une abasie \u00bb ou de \u00ab l&rsquo;abasie \u00bb.<\/p>\n<p>Il s&#8217;emploie principalement comme nom commun singulier dans les observations cliniques. Les formes d\u00e9riv\u00e9es comprennent l&rsquo;adjectif \u00ab abasique \u00bb (qualifiant le trouble ou le sujet : \u00ab une d\u00e9marche abasique \u00bb, \u00ab un patient abasique \u00bb). Le terme appara\u00eet le plus souvent au sein de locutions compos\u00e9es ou modifi\u00e9es par des adjectifs s\u00e9miologiques d\u00e9crivant la morphologie du pas, telles que \u00ab abasie tr\u00e9pidante \u00bb, \u00ab abasie chor\u00e9iforme \u00bb, \u00ab abasie paralytique \u00bb ou le syntagme consacr\u00e9 <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Astasie-abasie\">astasie-abasie<\/a>.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Comprendre l&rsquo;abasie exige de diss\u00e9quer la physiologie complexe de la locomotion humaine. La marche n&rsquo;est pas une simple succession de contractions musculaires volontaires ; elle constitue un comportement hautement hi\u00e9rarchis\u00e9 impliquant des g\u00e9n\u00e9rateurs de motifs spinaux (<em>central pattern generators<\/em>), modul\u00e9s par les centres locomoteurs du tronc c\u00e9r\u00e9bral (notamment la r\u00e9gion locomotrice m\u00e9senc\u00e9phalique), le cervelet, les noyaux gris centraux et des boucles cortico-sous-corticales int\u00e9grant le cortex moteur suppl\u00e9mentaire, le cortex pr\u00e9frontal et le syst\u00e8me limbique.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;abasie, cette synergie fonctionnelle complexe est rompue \u00e0 un niveau sp\u00e9cifique de programmation ou d&rsquo;ex\u00e9cution non volontaire. Le paradoxe de l&rsquo;abasie r\u00e9side dans la dissociation automatico-volontaire invers\u00e9e ou dissoci\u00e9e : la force segmentaire (mesur\u00e9e par l&rsquo;\u00e9chelle du <em>Medical Research Council<\/em>) est pr\u00e9serv\u00e9e, les r\u00e9flexes ost\u00e9otendineux sont physiologiques ou coh\u00e9rents, et l&rsquo;absence de l\u00e9sion pyramidale destructrice aigu\u00eb peut \u00eatre v\u00e9rifi\u00e9e. Pourtant, lors de la mise en charge podale, le cerveau ne parvient plus \u00e0 recruter le patron moteur de la marche.<\/p>\n<p>Les fronti\u00e8res conceptuelles de l&rsquo;abasie s&rsquo;articulent autour de deux grands registres : l&rsquo;abasie organique (souvent li\u00e9e \u00e0 des l\u00e9sions des lobes frontaux, de l&rsquo;hydroc\u00e9phalie \u00e0 pression normale ou d&rsquo;accidents vasculaires lacunaires sous-corticaux) et l&rsquo;abasie psychog\u00e8ne ou fonctionnelle. Dans la premi\u00e8re, il s&rsquo;agit d&rsquo;une apraxie de la marche : les commandes motrices \u00e9l\u00e9mentaires existent, mais la formulation conceptuelle du geste locomoteur est d\u00e9structur\u00e9e. Dans la seconde, int\u00e9gr\u00e9e aujourd&rsquo;hui parmi les <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_neurologique_fonctionnel\">troubles neurologiques fonctionnels<\/a> (ou troubles de conversion), le syst\u00e8me de traitement central subit une interf\u00e9rence cognitive et affective : l&rsquo;attention excessive port\u00e9e au mouvement et l&rsquo;inhibition motrice anormale bloquent l&rsquo;acc\u00e8s aux automatismes sous-corticaux.<\/p>\n<p>L&rsquo;abasie fonctionnelle illustre de fa\u00e7on magistrale le mod\u00e8le bay\u00e9sien du cerveau pr\u00e9dictif. Le cerveau g\u00e9n\u00e8re des pr\u00e9dictions (<em>priors<\/em>) concernant l&rsquo;instabilit\u00e9 ou l&rsquo;incapacit\u00e9 de marcher, souvent d\u00e9clench\u00e9es par un \u00e9v\u00e9nement physique mineur (entorse, chute b\u00e9nigne, malaise) ou un stress psychosocial majeur. Ces croyances pr\u00e9dictives court-circuitent les aff\u00e9rences sensorielles r\u00e9elles, cr\u00e9ant une impression subjective d&rsquo;incomp\u00e9tence motrice insurmontable, objectiv\u00e9e par des comportements posturaux spectaculaires et incoh\u00e9rents.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>La trajectoire historique de l&rsquo;abasie est intrins\u00e8quement li\u00e9e \u00e0 la naissance de la neurologie moderne et de la psychanalyse. Durant le premier tiers du XIXe si\u00e8cle, les praticiens confondaient r\u00e9guli\u00e8rement ces troubles de la marche avec des affections tab\u00e9tiques, des my\u00e9lites chroniques ou des par\u00e9sies p\u00e9riph\u00e9riques. L&rsquo;absence de substrat anatomique post-mortem observable laissait la m\u00e9decine d\u00e9sarm\u00e9e.<\/p>\n<p>Le tournant fondamental survient en 1888 \u00e0 Paris. Paul Blocq, sous l&rsquo;\u00e9gide de Jean-Martin Charcot \u00e0 l&rsquo;H\u00f4pital de la Piti\u00e9-Salp\u00eatri\u00e8re, publie sa monographie retentissante d\u00e9crivant onze cas d&rsquo;individus incapables de se tenir debout ou de marcher malgr\u00e9 une force musculaire parfaite en position assise ou couch\u00e9e. Charcot et Blocq reconnaissent dans ce ph\u00e9nom\u00e8ne une affection dynamicofonctionnelle, qu&rsquo;ils rattachent principalement \u00e0 l&rsquo;hyst\u00e9rie de conversion ou \u00e0 des n\u00e9vroses traumatiques cons\u00e9cutives \u00e0 des frayeurs ou des chocs \u00e9motionnels intenses.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, Joseph Babinski affine le diagnostic diff\u00e9rentiel. Il insiste sur la suggestibilit\u00e9 du trouble et s&rsquo;attache \u00e0 distinguer les anomalies neurologiques authentiques (organiques) des manifestations qu&rsquo;il regroupe sous le concept de \u00ab pithiatisme \u00bb (troubles curables par la persuasion). Pour Babinski, la d\u00e9marche abasique fonctionnelle se caract\u00e9rise par son caract\u00e8re baroque, variable et th\u00e9\u00e2tral, souvent disproportionn\u00e9 par rapport aux anomalies retrouv\u00e9es lors de l&rsquo;examen neurologique standardis\u00e9.<\/p>\n<p>Durant les Premi\u00e8re et Seconde Guerres mondiales, le concept conna\u00eet un regain d&rsquo;int\u00e9r\u00eat dramatique sous la forme des \u00ab n\u00e9vroses de guerre \u00bb ou \u00ab chocs d&rsquo;obus \u00bb (<em>shell shock<\/em>). Des milliers de soldats, indemnes de blessures balistiques directes, d\u00e9veloppent des d\u00e9marches abasiques s\u00e9v\u00e8res, tremblantes ou reptiliennes \u00e0 la suite des bombardements intenses dans les tranch\u00e9es. Les psychiatres et neurologues militaires documentent ces tableaux comme des m\u00e9canismes inconscients d&rsquo;inhibition motrice face \u00e0 un stress l\u00e9tal intol\u00e9rable.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e8re contemporaine, marqu\u00e9e par l&rsquo;\u00e9mergence des neurosciences cognitives et de l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf), l&rsquo;abasie psychog\u00e8ne a \u00e9t\u00e9 d\u00e9stigmatis\u00e9e. Elle a quitt\u00e9 le champ d\u00e9suet de \u00ab l&rsquo;hyst\u00e9rie \u00bb pour \u00eatre r\u00e9int\u00e9gr\u00e9e dans le cadre scientifique rigoureux des troubles neurologiques fonctionnels, caract\u00e9ris\u00e9s par un dysfonctionnement des r\u00e9seaux de connectivit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale plut\u00f4t que par une simulation consciente.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Sur le plan psychopathologique et psychodynamique, l&rsquo;abasie d&rsquo;origine fonctionnelle a longtemps \u00e9t\u00e9 interpr\u00e9t\u00e9e \u00e0 travers le prisme de la th\u00e9orie freudienne de la conversion somatomorphe. Dans ce paradigme, un conflit psychique intraitable \u2014 souvent li\u00e9 \u00e0 une pulsion inacceptable, \u00e0 une angoisse existentielle de s\u00e9paration ou \u00e0 une d\u00e9tresse morale indicible \u2014 est refoul\u00e9 hors du champ de la conscience. L&rsquo;\u00e9nergie psychique refoul\u00e9e se \u00ab convertit \u00bb alors en un sympt\u00f4me somatique symbolique : l&rsquo;incapacit\u00e9 d&rsquo;avancer dans la vie, le refus d&rsquo;aller de l&rsquo;avant ou la r\u00e9gression corporelle vers un \u00e9tat de d\u00e9pendance protecteur (b\u00e9n\u00e9fice primaire et b\u00e9n\u00e9fice secondaire).<\/p>\n<p>En neurosciences cognitives, les mod\u00e8les contemporains privil\u00e9gient l&rsquo;approche des r\u00e9seaux et l&rsquo;inf\u00e9rence active. Le mod\u00e8le sensorimoteur postule que l&rsquo;abasie fonctionnelle r\u00e9sulte d&rsquo;une anomalie du \u00ab filtrage attentionnel \u00bb et du \u00ab sentiment d&rsquo;agentivit\u00e9 \u00bb (<em>sense of agency<\/em>). Normalement, la marche humaine s&rsquo;ex\u00e9cute de fa\u00e7on semi-automatique : focaliser l&rsquo;attention consciente sur le d\u00e9roul\u00e9 du pied alt\u00e8re la fluidit\u00e9 motrice chez tout individu sain. Chez le sujet abasique, une hyperattention s\u00e9lective et anxieuse port\u00e9e aux membres inf\u00e9rieurs d\u00e9clenche un dysfonctionnement de la boucle cortico-striatale, parasitant l&rsquo;action des centres moteurs sous-corticaux.<\/p>\n<p>Des \u00e9tudes en imagerie fonctionnelle c\u00e9r\u00e9brale d\u00e9montrent une hypoactivation du cortex moteur primaire et de l&rsquo;aire motrice suppl\u00e9mentaire lors des intentions motrices, corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 une hyperactivit\u00e9 anormale de l&rsquo;amygdale et du cortex cingulaire ant\u00e9rieur. Cette hyperconnectivit\u00e9 limbico-motrice traduit une interf\u00e9rence directe des structures c\u00e9r\u00e9brales de l&rsquo;\u00e9motion et de la menace sur les circuits effecteurs du mouvement.<\/p>\n<p>Sur le versant purement neurologique et cognitif, la th\u00e9orie de l&rsquo;apraxie frontale locomotrice (ou abasie organique) met en jeu l&rsquo;alt\u00e9ration de la programmation kin\u00e9tique globale. Ici, la l\u00e9sion ou le dysfonctionnement interrompt les voies unissant le cortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral et les noyaux de la base, privant le sujet de la m\u00e9moire proc\u00e9durale n\u00e9cessaire pour s\u00e9quencer l&rsquo;initiation et l&rsquo;alternance fluide des pas.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des tableaux cliniques d&rsquo;abasie a conduit les auteurs \u00e0 distinguer plusieurs sous-types morphologiques et \u00e9tiopathog\u00e9niques pr\u00e9cis :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Abasie paralytique :<\/strong> Le patient pr\u00e9sente une impression d&rsquo;effondrement complet des jambes d\u00e8s la mise debout. Les membres inf\u00e9rieurs se d\u00e9robent de fa\u00e7on spectaculaire comme s&rsquo;ils \u00e9taient d\u00e9pourvus de tonus, bien que le tonus musculaire segmentaire soit parfaitement normal en d\u00e9cubitus.<\/li>\n<li><strong>Abasie tr\u00e9pidante ou spastique :<\/strong> La tentative d&rsquo;avancer provoque un tremblement postural grossier, anarchique et de grande amplitude dans les deux jambes, mimant une spasticit\u00e9 s\u00e9v\u00e8re qui dispara\u00eet totalement d\u00e8s que le patient est assis ou soutenu fermement.<\/li>\n<li><strong>Abasie chor\u00e9iforme ou bizarre :<\/strong> La locomotion s&rsquo;accompagne de contorsions extravagantes du tronc et des bras, d&rsquo;oscillations asym\u00e9triques impr\u00e9visibles et de mouvements pseudo-ath\u00e9tosiques, le patient r\u00e9alisant des acrobaties posturales surprenantes pour \u00e9viter la chute.<\/li>\n<li><strong>Abasie avec enrayage cin\u00e9tique (apraxie de la marche) :<\/strong> Typiquement observ\u00e9e dans les syndromes frontaux et vasculaires, cette forme se manifeste par une sensation de \u00ab pieds coll\u00e9s au sol \u00bb (<em>freezing<\/em> ou magn\u00e9tisme podal), o\u00f9 le patient \u00e9prouve une incapacit\u00e9 absolue \u00e0 d\u00e9coller les semelles du plancher pour initier la marche, alors que les mouvements de p\u00e9dalage sont faciles en position couch\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Abasie par anxi\u00e9t\u00e9 posturale (staso-basophobie) :<\/strong> Peur panique de la chute conduisant \u00e0 un raidissement musculaire global, une r\u00e9tropulsion axiale majeure et un refus actif d&rsquo;avancer d\u00e8s que le contact avec un support stable est interrompu.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et illustrations cliniques<\/h3>\n<p>Pour illustrer la s\u00e9miologie riche de l&rsquo;abasie, deux vignettes cliniques embl\u00e9matiques permettent de confronter la forme fonctionnelle et la forme apraxique organique :<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : Abasie fonctionnelle post-traumatique.<\/strong> Une jeune femme de 28 ans est admise en service de neurologie apr\u00e8s avoir d\u00e9velopp\u00e9 brutalement une incapacit\u00e9 totale \u00e0 marcher \u00e0 la suite d&rsquo;un accrochage routier sans gravit\u00e9 corporelle. \u00c0 l&rsquo;examen clinique au lit, la force musculaire segmentaire est cot\u00e9e \u00e0 5\/5 sur tous les groupes musculaires des cuisses, jambes et pieds. Les r\u00e9flexes ost\u00e9otendineux sont vifs mais sym\u00e9triques, sans signe de Babinski. Lorsqu&rsquo;on lui demande de se lever, elle tremble des deux jambes, chancelle et s&rsquo;affaisse dans les bras de l&rsquo;examinateur avec une th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 marqu\u00e9e, sans jamais se faire mal. Fait notable, si les soignants la soutiennent par la taille en d\u00e9tournant son attention par une conversation engageante, elle parvient \u00e0 esquisser quelques pas rythm\u00e9s sur la pointe des pieds, r\u00e9v\u00e9lant une variabilit\u00e9 motrice typique d&rsquo;une <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Abasie\">abasie<\/a> psychog\u00e8ne.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : Abasie apraxique d&rsquo;origine vasculaire.<\/strong> Un homme de 74 ans, hypertendu de longue date, consulte pour une d\u00e9t\u00e9rioration progressive de la marche sur plusieurs mois. L&rsquo;examen moteur analytique au lit ne r\u00e9v\u00e8le aucune paralysie, mais une l\u00e9g\u00e8re hypertonie oppositionnelle des membres inf\u00e9rieurs. D\u00e8s qu&rsquo;il tente de marcher, il reste immobile, le tronc pench\u00e9 vers l&rsquo;avant, pi\u00e9tinant sur place de fa\u00e7on inefficace sans r\u00e9ussir \u00e0 faire avancer ses pieds (\u00ab marche \u00e0 petits pas \u00bb avec magn\u00e9tisme podal). Les \u00e9preuves de coordination au lit (talon-genou) sont r\u00e9ussies. L&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale par IRM met en \u00e9vidence une leucoara\u00efose p\u00e9riventriculaire s\u00e9v\u00e8re avec lacunes isch\u00e9miques sous-corticales frontales, confirmant une abasie organique par dysconnexion fronto-striatale.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation et diagnostic<\/h3>\n<p>La d\u00e9marche diagnostique face \u00e0 une abasie requiert une rigueur s\u00e9miologique exemplaire pour discriminer une pathologie neurologique structurelle aigu\u00eb d&rsquo;un trouble neurologique fonctionnel.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation repose avant tout sur un examen neurologique syst\u00e9matique en position couch\u00e9e, assise, puis debout. Le clinicien recherche m\u00e9ticuleusement des \u00ab signes positifs \u00bb d&rsquo;incoh\u00e9rence interne propres aux troubles fonctionnels :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le signe de Hoover :<\/strong> Lors de l&rsquo;extension de la hanche par\u00e9tique contre r\u00e9sistance, la main de l&rsquo;examinateur plac\u00e9e sous le talon oppos\u00e9 ressent une pression involontaire synchronis\u00e9e normale (restauration du mouvement automatique).<\/li>\n<li><strong>La variabilit\u00e9 attentionnelle :<\/strong> L&rsquo;incoordination ou le tremblement abasique diminue ou dispara\u00eet lorsque le patient est distrait par des t\u00e2ches de calcul mental ou de poursuite visuelle.<\/li>\n<li><strong>La discordance motrice :<\/strong> Pr\u00e9servation paradoxale de man\u0153uvres motrices complexes (marcher \u00e0 reculons, sautiller sur un pied, patiner, danser) alors que la marche conventionnelle en avant est impossible.<\/li>\n<li><strong>La man\u0153uvre de funambule invers\u00e9e :<\/strong> Chancellement constant d&rsquo;une amplitude spectaculaire sans aucune chute r\u00e9elle contre le sol (pr\u00e9servation miraculeuse de l&rsquo;\u00e9quilibre r\u00e9flexe d&rsquo;\u00e9vitement).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Sur le plan paraclinique, l&rsquo;IRM c\u00e9r\u00e9brale et m\u00e9dullaire constitue l&rsquo;examen de choix pour \u00e9liminer une my\u00e9lopathie compressive, un accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral capsulaire ou sous-cortical, une scl\u00e9rose en plaques, une hydroc\u00e9phalie \u00e0 pression normale ou une tumeur du lobe frontal. Des bilans \u00e9lectroneuromyographiques (ENMG) et biologiques (dosage de vitamine B12, bilan inflammatoire) sont syst\u00e9matiquement conduits en l&rsquo;absence de signes \u00e9vidents de conversion fonctionnelle.<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence pratique<\/h3>\n<p>La reconnaissance pr\u00e9cise de l&rsquo;abasie rev\u00eat une importance cruciale dans plusieurs sp\u00e9cialit\u00e9s m\u00e9dicales, au premier rang desquelles la neurologie, la psychiatrie, la g\u00e9riatrie et la m\u00e9decine de r\u00e9\u00e9ducation (MPR).<\/p>\n<p>En contexte g\u00e9riatrique, l&rsquo;abasie s&rsquo;articule souvent avec le redoutable \u00ab syndrome de d\u00e9sadaptation psychomotrice \u00bb (ou syndrome post-chute). Chez la personne \u00e2g\u00e9e vuln\u00e9rable, une chute banale peut d\u00e9clencher un d\u00e9sapprentissage brutal des ajustements posturaux, se traduisant par une abasie anxiog\u00e8ne avec r\u00e9tropulsion s\u00e9v\u00e8re. Une prise en charge kin\u00e9sith\u00e9rapique pr\u00e9coce ax\u00e9e sur la verticalisation, le transfert de poids et la s\u00e9curisation psychologique est imp\u00e9rative pour \u00e9viter l&rsquo;alitement d\u00e9finitif et le d\u00e9clin cognitif rapide.<\/p>\n<p>Dans le domaine des troubles neurologiques fonctionnels, la prise en charge a \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment transform\u00e9e au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie. La communication du diagnostic au patient constitue la pierre angulaire th\u00e9rapeutique. Il ne s&rsquo;agit plus de dire au patient \u00ab vous n&rsquo;avez rien, c&rsquo;est dans la t\u00eate \u00bb, mais de lui expliquer avec empathie que \u00ab le mat\u00e9riel c\u00e9r\u00e9bral (hardware) est intact, mais le logiciel de commande motrice (software) est temporairement bloqu\u00e9 ou d\u00e9synchronis\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p>Le traitement de l&rsquo;abasie fonctionnelle associe une physioth\u00e9rapie sp\u00e9cialis\u00e9e \u2014 exploitant les mouvements automatiques (tapis roulant avec suspension de poids, marche \u00e0 reculons, r\u00e9alit\u00e9 virtuelle motrice) tout en d\u00e9tournant la focalisation cognitive \u2014 et des psychoth\u00e9rapies cognitivo-comportementales (TCC) cibl\u00e9es sur la gestion de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 de performance et le traitement des facteurs d\u00e9clenchants traumatiques.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>La recherche contemporaine s&rsquo;appuie massivement sur la neuro-imagerie fonctionnelle et la stimulation non invasive pour \u00e9lucider la physiopathologie de l&rsquo;abasie fonctionnelle et apraxique.<\/p>\n<p>Les travaux novateurs de cliniciens-chercheurs tels que Jon Stone et Alan Carson (Universit\u00e9 d&rsquo;\u00c9dimbourg) ont largement transform\u00e9 la compr\u00e9hension empirique des troubles moteurs fonctionnels. Leurs \u00e9tudes d&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) d\u00e9montrent une alt\u00e9ration significative de la connectivit\u00e9 entre l&rsquo;aire motrice suppl\u00e9mentaire (SMA) et le cortex pr\u00e9frontal ventrom\u00e9dian, sugg\u00e9rant que les patients abasiques subissent un \u00e9chec de l&rsquo;initiation de l&rsquo;action plut\u00f4t qu&rsquo;une absence de volont\u00e9 motrice.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, les \u00e9tudes de Vuilleumier et al. (Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve) ont mis en lumi\u00e8re le r\u00f4le central des interactions amygdalo-striatales anormales. Lorsque des patients pr\u00e9sentant des troubles fonctionnels de la marche pr\u00e9parent un mouvement, l&rsquo;activit\u00e9 de l&rsquo;amygdale s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve de fa\u00e7on inappropri\u00e9e, inhibant le r\u00e9seau locomoteur striato-thalamo-cortical. Ces donn\u00e9es corroborent empiriquement la notion selon laquelle des circuits affectifs inconscients exercent un \u00ab veto \u00bb moteur pathologique sur l&rsquo;automatisme locomoteur.<\/p>\n<p>Dans le domaine th\u00e9rapeutique, des essais cliniques randomis\u00e9s contr\u00f4l\u00e9s (comme l&rsquo;essai Physio4FMD) ont d\u00e9montr\u00e9 la sup\u00e9riorit\u00e9 d&rsquo;une r\u00e9\u00e9ducation kin\u00e9sith\u00e9rapique neuro-fonctionnelle sp\u00e9cifique par rapport aux exercices conventionnels, objectivant une r\u00e9cup\u00e9ration de la marche chez plus de 65 \u00e0 70 % des patients pris en charge pr\u00e9cocement.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression clinique et l&rsquo;incidence apparente de l&rsquo;abasie sont profond\u00e9ment modul\u00e9es par les cadres socioculturels et les syst\u00e8mes de repr\u00e9sentation du corps en d\u00e9tresse.<\/p>\n<p>Au XIXe si\u00e8cle en Europe occidentale, les pr\u00e9sentations d&rsquo;abasie \u00e9taient hautement spectaculaires, th\u00e9\u00e2tralis\u00e9es et abondamment d\u00e9crites chez les femmes jeunes institutionnalis\u00e9es dans les asiles parisiens ou viennois, refl\u00e9tant une \u00e9poque o\u00f9 l&rsquo;expression directe de la d\u00e9tresse \u00e9motionnelle f\u00e9minine \u00e9tait \u00e9touff\u00e9e par des normes soci\u00e9tales rigides. Durant les conflits arm\u00e9s du XXe si\u00e8cle, ce m\u00eame trouble s&rsquo;est manifest\u00e9 chez les jeunes conscrits masculins sous forme de paralysies et d&rsquo;abasies stuporeuses dans les tranch\u00e9es, offrant un exutoire involontaire \u00e0 la terreur face au carnage industriel.<\/p>\n<p>Dans les pays industrialis\u00e9s contemporains, l&rsquo;abasie fonctionnelle s&rsquo;exprime plus discr\u00e8tement, prenant souvent le masque de boiteries atypiques, d&rsquo;instabilit\u00e9s posturales chroniques ou d&rsquo;incapacit\u00e9s d&rsquo;initiation motrice calqu\u00e9es sur des diagnostics neurologiques populaires (suspicion de scl\u00e9rose en plaques ou de maladie de Parkinson). La diffusion d&rsquo;informations m\u00e9dicales via Internet et les r\u00e9seaux sociaux a \u00e9galement favoris\u00e9 l&rsquo;\u00e9mergence de grappes \u00e9pid\u00e9miques locales de troubles fonctionnels de la d\u00e9marche chez des adolescents, soulignant la perm\u00e9abilit\u00e9 de ces sympt\u00f4mes aux m\u00e9canismes d&rsquo;imitation et de contagion psychosociale.<\/p>\n<p>Dans les soci\u00e9t\u00e9s non occidentales ou traditionnelles, l&rsquo;incapacit\u00e9 de marcher sans l\u00e9sion physique \u00e9vidente est fr\u00e9quemment conceptualis\u00e9e \u00e0 travers le prisme d&rsquo;attaques spirituelles, de mal\u00e9dictions de sorcellerie ou de possession ancestrale. La r\u00e9solution de l&rsquo;abasie y passe souvent par des rituels de gu\u00e9rison communautaires, d\u00e9montrant la puissance th\u00e9rapeutique de la suggestion et de la restauration du lien symbolique avec le groupe social.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de l&rsquo;abasie est jalonn\u00e9e de controverses diagnostiques et \u00e9thiques tenaces, au centre desquelles figure le spectre de l&rsquo;erreur m\u00e9dicale.<\/p>\n<p>La critique principale adress\u00e9e aux praticiens concerne le risque de diagnostic erron\u00e9 de trouble psychog\u00e8ne face \u00e0 des pathologies organiques rares ou d\u00e9butantes. Des affections telles que la dystonie dopa-sensible (maladie de Segawa), l&rsquo;ataxie \u00e9pisodique, les syndromes paran\u00e9oplasiques avec anticorps anti-Yo ou anti-Hu, la scl\u00e9rose lat\u00e9rale amyotrophique \u00e0 d\u00e9but pseudopolyn\u00e9vritique, ou encore des enc\u00e9phalites auto-immunes peuvent initialement se manifester par des d\u00e9marches atypiques sans anomalies \u00e9videntes aux premiers examens standards. Cataloguer h\u00e2tivement un patient comme souffrant d&rsquo;une \u00ab abasie fonctionnelle \u00bb sans avoir r\u00e9p\u00e9t\u00e9 l&rsquo;examen clinique et pouss\u00e9 les explorations d&rsquo;imagerie peut retarder dramatiquement un traitement \u00e9tiologique salvateur.<\/p>\n<p>Une seconde controverse r\u00e9side dans la distinction t\u00e9nue entre le trouble neurologique fonctionnel (authentique, non d\u00e9lib\u00e9r\u00e9, source de souffrance) et la simulation (production intentionnelle de sympt\u00f4mes en vue d&rsquo;un b\u00e9n\u00e9fice financier ou m\u00e9dico-l\u00e9gal imm\u00e9diat). Bien que la plupart des cliniciens s&rsquo;accordent sur le caract\u00e8re involontaire de l&rsquo;abasie fonctionnelle, l&rsquo;absence de biomarqueur s\u00e9rique ou radiologique univoque laisse une zone d&rsquo;ombre difficile \u00e0 trancher lors des expertises judiciaires apr\u00e8s un accident de la voie publique ou du travail.<\/p>\n<p>Enfin, le dualisme cart\u00e9sien historique opposant st\u00e9rilement \u00ab organique \u00bb et \u00ab psychog\u00e8ne \u00bb fait aujourd&rsquo;hui l&rsquo;objet d&rsquo;un rejet unanime dans la litt\u00e9rature scientifique. L&rsquo;abasie d\u00e9montre que tout trouble \u00ab fonctionnel \u00bb poss\u00e8de un substrat neurobiologique objectivable dans la plasticit\u00e9 et la connectivit\u00e9 synaptique, rendant obsol\u00e8te la dichotomie classique entre corps et esprit.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions nosologiques<\/h3>\n<p>Pour \u00e9viter toute ambigu\u00eft\u00e9 dans la terminologie m\u00e9dicale et neuropsychiatrique, il convient de distinguer l&rsquo;abasie de concepts voisins :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Astasie :<\/strong> D\u00e9signe sp\u00e9cifiquement l&rsquo;incapacit\u00e9 de maintenir la station debout, souvent corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 l&rsquo;abasie mais s\u00e9miologiquement distincte (l&rsquo;abasie concerne sp\u00e9cifiquement la dynamique de la marche).<\/li>\n<li><strong>Ataxie :<\/strong> Trouble de la coordination des mouvements d&rsquo;origine c\u00e9r\u00e9belleuse, vestibulaire ou proprioceptive (sensitive). Contrairement \u00e0 l&rsquo;abasie fonctionnelle, l&rsquo;ataxie s&rsquo;accompagne d&rsquo;anomalies objectives et invariables aux \u00e9preuves analytiques (dysm\u00e9trie index-nez, hypotonie, \u00e9preuve de Romberg positive non modifi\u00e9e par la distraction).<\/li>\n<li><strong>Apraxie de la marche :<\/strong> Perte de l&rsquo;utilisation motrice des membres inf\u00e9rieurs pour la locomotion par l\u00e9sion corticale frontale ou sous-corticale, sans faiblesse motrice \u00e9l\u00e9mentaire. C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9quivalent organique l\u00e9sionnel de certaines formes d&rsquo;abasie.<\/li>\n<li><strong>Dysbasie :<\/strong> Terme g\u00e9n\u00e9rique d\u00e9signant toute alt\u00e9ration, difficult\u00e9 ou anomalie de la marche, qu&rsquo;elle soit due \u00e0 une claudication vasculaire, une boiterie antalgique, une spasticit\u00e9 ou une douleur ost\u00e9o-articulaire, sans incapacit\u00e9 totale de marcher.<\/li>\n<li><strong>Basophobie (staso-basophobie) :<\/strong> Phobie sp\u00e9cifique caract\u00e9ris\u00e9e par une angoisse extr\u00eame et incontr\u00f4lable de la station \u00e9rig\u00e9e et de la marche, souvent secondaire \u00e0 des ant\u00e9c\u00e9dents traumatiques de chutes chez les sujets \u00e2g\u00e9s.<\/li>\n<li><strong>Parapar\u00e9sie \/ Parapl\u00e9gie :<\/strong> Faiblesse musculaire partielle ou paralysie totale des deux membres inf\u00e9rieurs caus\u00e9e par une l\u00e9sion neurologique centrale (m\u00e9dullaire) ou p\u00e9riph\u00e9rique av\u00e9r\u00e9e.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>L&rsquo;abasie demeure l&rsquo;une des pr\u00e9sentations cliniques les plus captivantes de la s\u00e9miologie neuromotrice :<\/p>\n<ul>\n<li>Elle se d\u00e9finit par l&rsquo;impossibilit\u00e9 de marcher en l&rsquo;absence de toute paralysie motrice \u00e9l\u00e9mentaire en position couch\u00e9e.<\/li>\n<li>Historiquement formalis\u00e9e par Paul Blocq et Jean-Martin Charcot en 1888, elle s&rsquo;inscrit au carrefour de la neurologie et de la psychiatrie.<\/li>\n<li>Ses \u00e9tiologies se scindent entre atteintes neurologiques organiques (apraxie frontale locomotrice, hydroc\u00e9phalie, l\u00e9sions lacunaires) et troubles neurologiques fonctionnels (troubles de conversion).<\/li>\n<li>Le diagnostic repose sur la recherche s\u00e9miologique de signes positifs d&rsquo;incoh\u00e9rence interne, d&rsquo;une grande variabilit\u00e9 lors de la distraction cognitive et du signe de Hoover.<\/li>\n<li>Sa prise en charge moderne repose sur l&rsquo;annonce bienveillante du diagnostic, une physioth\u00e9rapie neurologique cibl\u00e9e sur les automatismes et les th\u00e9rapies cognitivo-comportementales.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Blocq, P. (1888). Sur une affection caract\u00e9ris\u00e9e par de l&rsquo;astasie et de l&rsquo;abasie. <em>Archives de Neurologie<\/em>, 15(43), 187-211.<\/li>\n<li>Charcot, J.-M. (1888). <em>Le\u00e7ons sur les maladies du syst\u00e8me nerveux faites \u00e0 la Salp\u00eatri\u00e8re<\/em>. Progr\u00e8s M\u00e9dical.<\/li>\n<li>Edwards, M. J., Adams, R. A., Brown, H., Pare\u00e9s, I., &#038; Friston, K. J. (2012). A Bayesian account of &lsquo;hysteria&rsquo;. <em>Brain<\/em>, 135(11), 3495-3512. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/brain\/aws129\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/brain\/aws129<\/a><\/li>\n<li>Nutt, J. G., Marsden, C. D., &#038; Thompson, P. D. (1993). Human walking and higher-level gait disorders, particularly apraxia of gait. <em>Neurology<\/em>, 43(1), 268-279. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1212\/wnl.43.1_part_1.268\">https:\/\/doi.org\/10.1212\/wnl.43.1_part_1.268<\/a><\/li>\n<li>Stone, J., &#038; Carson, A. (2011). Functional neurologic disorders. <em>Continuum (Minneap Minn)<\/em>, 17(3), 618-633. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1212\/01.CON.0000399072.76624.dc\">https:\/\/doi.org\/10.1212\/01.CON.0000399072.76624.dc<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;abasie d\u00e9signe l&rsquo;incapacit\u00e9 de marcher en l&rsquo;absence de paralysie musculaire \u00e9l\u00e9mentaire. D\u00e9couvrez sa s\u00e9miologie, son histoire et sa prise en charge.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[1045,476,30796],"tags":[30797,30800,30798,479,30801,30799],"class_list":["post-19194","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neurologie","category-psychiatrie","category-troubles-fonctionnels","tag-abasie","tag-apraxie-de-la-marche","tag-astasie-abasie","tag-psychiatrie","tag-semiologie-neurologique","tag-trouble-neurologique-fonctionnel"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19194","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19194\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=19194"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=19194"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=19194"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}