{"id":19183,"date":"2026-10-21T17:38:39","date_gmt":"2026-10-21T17:38:39","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=aamr-american-association-on-mental-retardation"},"modified":"2026-10-21T17:38:39","modified_gmt":"2026-10-21T17:38:39","slug":"aamr-american-association-on-mental-retardation","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=aamr-american-association-on-mental-retardation","title":{"rendered":"AAMR : Aux racines du handicap mental"},"content":{"rendered":"<p>Fond\u00e9e \u00e0 la fin du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, l&rsquo;AAMR a profond\u00e9ment r\u00e9volutionn\u00e9 la compr\u00e9hension scientifique, psychom\u00e9trique et \u00e9thique des limitations cognitives chez l&rsquo;\u00eatre humain. En substituant progressivement \u00e0 un mod\u00e8le m\u00e9dical d\u00e9ficitaire une approche multidimensionnelle ax\u00e9e sur le fonctionnement adaptatif et l&rsquo;\u00e9cologie des soutiens, cette organisation a red\u00e9fini les paradigmes de l&rsquo;\u00e9valuation clinique contemporaine.<\/p>\n<h2>L&rsquo;AAMR (American Association on Mental Retardation)<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;<strong>AAMR<\/strong> (sigle d&rsquo;<em>American Association on Mental Retardation<\/em>, d\u00e9sign\u00e9e depuis 2007 sous le nom d&rsquo;American Association on Intellectual and Developmental Disabilities ou <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.aaidd.org\">AAIDD<\/a>) est une organisation scientifique et professionnelle interdisciplinaire de r\u00e9f\u00e9rence mondiale fond\u00e9e en 1876, pionni\u00e8re dans l&rsquo;\u00e9tude, la nosologie et l&rsquo;accompagnement des personnes pr\u00e9sentant une d\u00e9ficience intellectuelle. Elle a formalis\u00e9 les d\u00e9finitions diagnostiques, les crit\u00e8res cliniques et les \u00e9chelles d&rsquo;\u00e9valuation qui r\u00e9gissent la compr\u00e9hension globale du <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Handicap_mental\">handicap mental<\/a>.<\/p>\n<p>Dans le discours psychologique et \u00e9ducatif, l&rsquo;AAMR d\u00e9signe \u00e9galement le cadre th\u00e9orique et diagnostique \u00e9nonc\u00e9 dans ses manuels successifs de classification clinique. Ce cadre stipule que le handicap n&rsquo;est pas un trait intrins\u00e8que immuable log\u00e9 exclusivement dans l&rsquo;individu, mais l&rsquo;expression d&rsquo;une inad\u00e9quation dynamique entre les capacit\u00e9s personnelles et les exigences de l&rsquo;environnement social. Cette approche privil\u00e9gie l&rsquo;identification syst\u00e9matique des intensit\u00e9s de soutien n\u00e9cessaires pour am\u00e9liorer l&rsquo;autonomie et la participation soci\u00e9tale.<\/p>\n<p>En outre, l&rsquo;association a \u00e9tabli le triptyque diagnostique internationalement reconnu : un fonctionnement intellectuel significativement inf\u00e9rieur \u00e0 la moyenne, des limitations concourantes dans le <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Comportement_adaptatif\">comportement adaptatif<\/a> \u00e0 travers plusieurs domaines conceptuels, sociaux et pratiques, et une apparition document\u00e9e durant la p\u00e9riode d\u00e9veloppementale. Cette conceptualisation a influenc\u00e9 les classifications internationales majeures telles que la CIM de l&rsquo;Organisation mondiale de la sant\u00e9 et le manuel diagnostique <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Diagnostic_and_Statistical_Manual_of_Mental_Disorders\">DSM<\/a>.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le sigle <strong>AAMR<\/strong> provient de l&rsquo;anglais \u00ab American Association on Mental Retardation \u00bb. Le mot \u00ab association \u00bb d\u00e9rive du latin m\u00e9di\u00e9val <em>associatio<\/em>, \u00e9voquant l&rsquo;union, le regroupement et la mise en commun de comp\u00e9tences au service d&rsquo;un id\u00e9al scientifique ou caritatif. L&rsquo;adjectif \u00ab mental \u00bb tire ses racines du latin classique <em>mentalis<\/em>, d\u00e9riv\u00e9 de <em>mens<\/em> (l&rsquo;esprit, l&rsquo;intellect, la facult\u00e9 de penser). Le terme \u00ab retardation \u00bb proc\u00e8de du verbe latin <em>retardare<\/em>, form\u00e9 du pr\u00e9fixe <em>re-<\/em> (marquant l&rsquo;arri\u00e8re ou l&rsquo;inhibition) et de <em>tardus<\/em> (lent, pesant).<\/p>\n<p>Historiquement, l&rsquo;expression \u00ab retard mental \u00bb (<em>mental retardation<\/em>) a \u00e9t\u00e9 introduite au milieu du vingti\u00e8me si\u00e8cle pour remplacer des vocables jug\u00e9s p\u00e9joratifs et stigmatisants, tels qu&rsquo;\u00ab idiotie \u00bb, d\u00e9riv\u00e9 du grec <em>idi\u014dt\u0113s<\/em> (personne priv\u00e9e, profane, incapable), \u00ab imb\u00e9cillit\u00e9 \u00bb, d\u00e9riv\u00e9 du latin <em>imbecillus<\/em> (faible, sans b\u00e2ton d&rsquo;appui), et \u00ab d\u00e9bilit\u00e9 mentale \u00bb. L&rsquo;objectif initial \u00e9tait purement p\u00e9dagogique et d\u00e9veloppemental : postuler que l&rsquo;enfant ne pr\u00e9sentait pas une d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence morale, mais un rythme d&rsquo;apprentissage ralenti par rapport \u00e0 ses pairs d&rsquo;\u00e2ge chronologique identique.<\/p>\n<p>Cependant, par un m\u00e9canisme r\u00e9current d&rsquo;usure s\u00e9mantique en psychopathologie, le terme \u00ab retard \u00bb s&rsquo;est charg\u00e9 au fil des d\u00e9cennies d&rsquo;une forte connotation n\u00e9gative. C&rsquo;est pourquoi, lors d&rsquo;un vote historique de ses membres en 2006 (appliqu\u00e9 le 1er janvier 2007), l&rsquo;AAMR a abjur\u00e9 cette terminologie pour devenir l&rsquo;AAIDD, adoptant d\u00e9finitivement la locution \u00ab d\u00e9ficience intellectuelle et troubles du d\u00e9veloppement \u00bb (<em>intellectual and developmental disabilities<\/em>).<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En contexte francophone, <strong>AAMR<\/strong> se prononce couramment lettre par lettre : \/a.a.em.\u025b\u0281\/ (ah-ah-em-air). En milieu anglophone, les professionnels l&rsquo;\u00e9pelaient de fa\u00e7on similaire : \/e\u026a.e\u026a.\u025bm.\u0251\u02d0r\/. Sur le plan grammatical, AAMR est un nom propre f\u00e9minin singulier employ\u00e9 sans ou avec l&rsquo;article d\u00e9fini : \u00ab l&rsquo;AAMR \u00bb. L&rsquo;usage du f\u00e9minin r\u00e9sulte de l&rsquo;accord avec le substantif sous-jacent fran\u00e7ais \u00ab association \u00bb.<\/p>\n<p>Lorsqu&rsquo;il est employ\u00e9 comme modificateur ou \u00e9pith\u00e8te pour d\u00e9signer les directives de l&rsquo;association, le terme devient invariable : \u00ab les crit\u00e8res AAMR \u00bb, \u00ab le syst\u00e8me AAMR-1992 \u00bb, \u00ab la d\u00e9finition AAMR de 2002 \u00bb. L&#8217;emploi d&rsquo;adjectifs d\u00e9riv\u00e9s demeure exceptionnel ; les auteurs et cliniciens privil\u00e9gientsyst\u00e9matiquement la forme de compl\u00e9ment du nom (\u00ab \u00e9manant de l&rsquo;AAMR \u00bb, \u00ab selon la nomenclature de l&rsquo;AAMR \u00bb).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>L&rsquo;apport conceptuel de l&rsquo;AAMR \u00e0 la psychologie clinique et \u00e0 la psychopathologie du d\u00e9veloppement repose sur une rupture \u00e9pist\u00e9mologique majeure : le passage d&rsquo;une vision essentialiste et m\u00e9dicale de la d\u00e9ficience \u00e0 une compr\u00e9hension bio-psycho-sociale et contextuelle. Durant la premi\u00e8re moiti\u00e9 du vingti\u00e8me si\u00e8cle, l&rsquo;arri\u00e9ration \u00e9tait con\u00e7ue comme une entit\u00e9 nosologique rigide, d\u00e9termin\u00e9e par une anomalie organique ou g\u00e9n\u00e9tique, et mesur\u00e9e unilat\u00e9ralement par un chiffre de quotient intellectuel issu de tests standardis\u00e9s.<\/p>\n<p>Sous l&rsquo;\u00e9gide de l&rsquo;AAMR, particuli\u00e8rement \u00e0 partir de son manuel r\u00e9volutionnaire de 1992 dirig\u00e9 par Ruth Luckasson et ses collaborateurs, cette conception statique a \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9e au profit d&rsquo;un mod\u00e8le fonctionnel et \u00e9cologique. La d\u00e9ficience n&rsquo;est plus per\u00e7ue comme un \u00e9tat absolu qui r\u00e9sume l&rsquo;identit\u00e9 de l&rsquo;individu, mais comme le r\u00e9sultat d&rsquo;interactions complexes entre ses comp\u00e9tences intrins\u00e8ques, les environnements dans lesquels il \u00e9volue, et le niveau de soutien que la soci\u00e9t\u00e9 met \u00e0 sa disposition. Le diagnostic ne vise plus \u00e0 exclure, mais \u00e0 programmer des r\u00e9ponses \u00e9ducatives et sociales personnalis\u00e9es.<\/p>\n<p>Ce mod\u00e8le conceptuel articule l&rsquo;\u00e9valuation autour de cinq dimensions fondamentales : les capacit\u00e9s intellectuelles, le comportement adaptatif (conceptuel, social et pratique), la participation, les interactions et les r\u00f4les sociaux, la sant\u00e9 (physique, mentale et facteurs \u00e9tiologiques), et le contexte environnemental (incluant le microsyst\u00e8me, le m\u00e9sosyst\u00e8me et le macrosyst\u00e8me d\u00e9finis par Urie Bronfenbrenner). Les fronti\u00e8res du concept sont nettes : le trouble doit obligatoirement se manifester avant l&rsquo;\u00e2ge adulte (fix\u00e9 \u00e0 18 ans dans les classifications traditionnelles de l&rsquo;AAMR, \u00e9tendu \u00e0 22 ans dans les versions les plus r\u00e9centes de l&rsquo;AAIDD), diff\u00e9renciant ainsi la d\u00e9ficience intellectuelle d\u00e9veloppementale des d\u00e9mences ou d\u00e9t\u00e9riorations cognitives acquises \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge m\u00fbr cons\u00e9cutivement \u00e0 des traumatismes ou pathologies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives.<\/p>\n<p>Le paradigme de l&rsquo;AAMR \u00e9nonce \u00e9galement des postulats \u00e9pist\u00e9mologiques contraignants : toute limitation dans les comp\u00e9tences pr\u00e9sentes doit \u00eatre \u00e9valu\u00e9e dans le cadre de milieux communautaires typiques pour les pairs de m\u00eame \u00e2ge et de m\u00eame culture ; l&rsquo;\u00e9valuation valide doit tenir compte de la diversit\u00e9 culturelle, linguistique et des modalit\u00e9s de communication ; des limitations coexistent souvent avec des points forts remarquables chez le m\u00eame sujet ; et, principe fondamental, la description des limitations n&rsquo;a de l\u00e9gitimit\u00e9 que si elle conduit \u00e0 \u00e9tablir un profil de besoins de soutien qui, d\u00e9ploy\u00e9 de mani\u00e8re personnalis\u00e9e sur une dur\u00e9e ad\u00e9quate, favorise invariablement l&rsquo;am\u00e9lioration du fonctionnement individuel.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de l&rsquo;AAMR est indissociable de l&rsquo;\u00e9mergence de la psychiatrie d\u00e9veloppementale et de la psychologie scientifique moderne. Fond\u00e9e le 6 juin 1876 \u00e0 Elwyn, en Pennsylvanie, lors d&rsquo;une r\u00e9union de directeurs d&rsquo;\u00e9tablissements asilaires sous l&rsquo;impulsion d&rsquo;\u00c9douard S\u00e9guin, Isaac Kerlin et Hervey Wilbur, l&rsquo;institution s&rsquo;intitulait originellement l&rsquo;\u00ab Association of Medical Officers of American Institutions for Idiotic and Feeble-Minded Persons \u00bb. \u00c9douard S\u00e9guin, m\u00e9decin fran\u00e7ais \u00e9migr\u00e9 aux \u00c9tats-Unis et disciple de Jean Itard (c\u00e9l\u00e8bre pour ses travaux aupr\u00e8s de Victor de l&rsquo;Aveyron), en fut le premier pr\u00e9sident, insufflant d\u00e8s le d\u00e9part une confiance in\u00e9branlable dans l&rsquo;\u00e9ducabilit\u00e9 des fonctions sensori-motrices et intellectuelles.<\/p>\n<p>En 1906, l&rsquo;entit\u00e9 change de nom pour devenir l&rsquo;\u00ab American Association for the Study of the Feeble-Minded \u00bb. Cette p\u00e9riode co\u00efncide avec l&rsquo;av\u00e8nement des premiers tests psychom\u00e9triques standardis\u00e9s \u00e9labor\u00e9s par Alfred Binet et Th\u00e9odore Simon en France, traduits et adapt\u00e9s aux \u00c9tats-Unis par Henry Goddard et Lewis Terman. Malheureusement, durant les premi\u00e8res d\u00e9cennies du vingti\u00e8me si\u00e8cle, l&rsquo;association a \u00e9t\u00e9 travers\u00e9e par le courant eug\u00e9niste alors dominant, cautionnant temporairement des mesures de s\u00e9gr\u00e9gation institutionnelle et de st\u00e9rilisation involontaire, une p\u00e9riode sombre que l&rsquo;organisation r\u00e9pudiera fermement apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale.<\/p>\n<p>En 1933, l&rsquo;organisation s&rsquo;ouvre d\u00e9cisivement aux psychologues, \u00e9ducateurs, juristes et sociologues, devenant l&rsquo;\u00ab American Association on Mental Deficiency \u00bb (AAMD). En 1959, sous la direction de Rick Heber, l&rsquo;AAMD publie un manuel de terminologie et de classification fondamental, introduisant officiellement la n\u00e9cessit\u00e9 de combiner deux param\u00e8tres distincts : un niveau d&rsquo;efficience intellectuelle globale mesur\u00e9 par un <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Quotient_intellectuel\">quotient intellectuel<\/a> inf\u00e9rieur \u00e0 un certain seuil, et une alt\u00e9ration constat\u00e9e de la conduite adaptative. Ce seuil intellectuel, initialement plac\u00e9 \u00e0 un \u00e9cart-type sous la moyenne (QI inf\u00e9rieur \u00e0 85), fut ramen\u00e9 en 1973 par Herbert Grossman \u00e0 deux \u00e9carts-types (QI inf\u00e9rieur \u00e0 70-75) pour \u00e9viter la stigmatisation disproportionn\u00e9e de minorit\u00e9s socioculturelles d\u00e9favoris\u00e9es.<\/p>\n<p>En 1987, l&rsquo;AAMD adopte le nom d&rsquo;<strong>AAMR<\/strong> (<em>American Association on Mental Retardation<\/em>). La d\u00e9cennie 1990 marque un tournant paradigmatique avec la publication de la 9e \u00e9dition du manuel de classification (1992), suivie par la 10e \u00e9dition (2002). L&rsquo;AAMR d\u00e9laisse alors les cat\u00e9gories traditionnelles de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 fond\u00e9es sur les tranches de QI (l\u00e9ger, moyen, grave, profond) pour introduire un syst\u00e8me bas\u00e9 sur l&rsquo;intensit\u00e9 des besoins de soutien. Enfin, le 1er janvier 2007, couronnant l&rsquo;\u00e9volution conceptuelle vers le respect des droits de la personne, l&rsquo;AAMR abandonne d\u00e9finitivement le vocable de \u00ab retard mental \u00bb pour devenir l&rsquo;<strong>AAIDD<\/strong> (<em>American Association on Intellectual and Developmental Disabilities<\/em>).<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Les mod\u00e8les port\u00e9s par l&rsquo;AAMR reposent sur l&rsquo;int\u00e9gration de trois grands courants th\u00e9oriques des sciences humaines et du comportement : la psychom\u00e9trie diff\u00e9rentielle, l&rsquo;\u00e9cologie du d\u00e9veloppement humain et le paradigme fonctionnel des soutiens. La psychom\u00e9trie classique fournit les outils quantitatifs rigoureux permettant de situer l&rsquo;individu sur une courbe normale de distribution des habilet\u00e9s cognitives g\u00e9n\u00e9rales, int\u00e9grant les marges d&rsquo;erreur de mesure, les intervalles de confiance et l&rsquo;effet Flynn.<\/p>\n<p>Le second pilier th\u00e9orique est la th\u00e9orie \u00e9cologique des syst\u00e8mes d&rsquo;Urie Bronfenbrenner. L&rsquo;AAMR soutient que le comportement humain n&rsquo;\u00e9mane pas du seul cerveau de l&rsquo;individu, mais r\u00e9sulte de transactions permanentes entre la personne et ses milieux imm\u00e9diats (la famille, l&rsquo;\u00e9cole, le lieu de travail), interconnect\u00e9s au macrosyst\u00e8me social, politique et l\u00e9gislatif. Le handicap n&rsquo;existe que dans le d\u00e9calage relationnel entre la structure d&rsquo;un environnement donn\u00e9 et les r\u00e9pertoires comportementaux de la personne ; modifier ou adapter l&rsquo;environnement revient ainsi directement \u00e0 att\u00e9nuer le handicap.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me fondement est le paradigme des soutiens (<em>Supports Paradigm<\/em>), articul\u00e9 notamment par Robert Schalock et James Thompson. Ce cadre postule que l&rsquo;\u00e9valuation des capacit\u00e9s intellectuelles et adaptatives n&rsquo;a de pertinence th\u00e9orique et th\u00e9rapeutique que si elle permet d&rsquo;identifier la nature, la dur\u00e9e, la fr\u00e9quence et le type de ressources d&rsquo;assistance n\u00e9cessaires. En fournissant des aides appropri\u00e9es (\u00e9ducatives, techniques, financi\u00e8res ou humaines), on modifie durablement la trajectoire adaptative du sujet, am\u00e9liorant sa qualit\u00e9 de vie per\u00e7ue et son autod\u00e9termination.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La doctrine \u00e9labor\u00e9e par l&rsquo;AAMR articule le diagnostic et l&rsquo;intervention autour de composantes d\u00e9finies avec pr\u00e9cision, rompant avec les simples classifications unidimensionnelles :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le fonctionnement intellectuel g\u00e9n\u00e9ral :<\/strong> D\u00e9fini comme la capacit\u00e9 mentale globale comprenant le raisonnement logique, la r\u00e9solution de probl\u00e8mes, la planification, la pens\u00e9e abstraite, la compr\u00e9hension d&rsquo;id\u00e9es complexes et l&rsquo;apprentissage par l&rsquo;exp\u00e9rience. Le crit\u00e8re op\u00e9rationnel correspond \u00e0 un score standardis\u00e9 situ\u00e9 \u00e0 au moins deux \u00e9carts-types sous la moyenne de la population g\u00e9n\u00e9rale (approximativement un score de QI inf\u00e9rieur ou \u00e9gal \u00e0 70-75, compte tenu de l&rsquo;erreur standard de mesure).<\/li>\n<li><strong>Le comportement adaptatif :<\/strong> D\u00e9fini comme l&rsquo;ensemble des habilet\u00e9s conceptuelles, sociales et pratiques apprises par les personnes pour fonctionner dans leur vie quotidienne. L&rsquo;AAMR exige un score d\u00e9ficiitaire (au moins deux \u00e9carts-types sous la moyenne) dans au moins l&rsquo;un des trois domaines g\u00e9n\u00e9raux ou sur un score composite global :\n<ul>\n<li><em>Habilet\u00e9s conceptuelles :<\/em> Langage r\u00e9ceptif et expressif, lecture, \u00e9criture, concepts mon\u00e9taires et autodirection temporelle.<\/li>\n<li><em>Habilet\u00e9s sociales :<\/em> Comp\u00e9tences interpersonnelles, sens des responsabilit\u00e9s sociales, estime de soi, cr\u00e9dulit\u00e9 (vuln\u00e9rabilit\u00e9 \u00e0 la manipulation), ing\u00e9nuit\u00e9, capacit\u00e9 \u00e0 suivre les r\u00e8gles et \u00e0 \u00e9viter la victimisation.<\/li>\n<li><em>Habilet\u00e9s pratiques :<\/em> Activit\u00e9s de la vie quotidienne (repas, habillage, hygi\u00e8ne), activit\u00e9s instrumentales (pr\u00e9paration des repas, entretien du logis, utilisation des transports en commun, prise de m\u00e9dicaments), s\u00e9curit\u00e9 personnelle et comp\u00e9tences professionnelles.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>La p\u00e9riode d\u00e9veloppementale :<\/strong> L&rsquo;apparition des limitations intellectuelles et adaptatives doit se manifester durant la phase de d\u00e9veloppement de l&rsquo;\u00eatre humain, initialement fix\u00e9e avant 18 ans par l&rsquo;AAMR.<\/li>\n<li><strong>Les niveaux d&rsquo;intensit\u00e9 des soutiens :<\/strong> Rempla\u00e7ant les anciens sous-types d\u00e9ficitaires, cette typologie classe les exigences d&rsquo;intervention requises par la personne :\n<ul>\n<li><em>Intermittent :<\/em> Soutien fourni \u00e0 court terme ou sur une base \u00e9pisodique, lors de p\u00e9riodes de transition ou de crises de vie (ex. perte d&rsquo;un emploi, deuil).<\/li>\n<li><em>Limit\u00e9 :<\/em> Soutien r\u00e9gulier dans le temps, mais circonscrit \u00e0 un domaine pr\u00e9cis ou pendant une dur\u00e9e restreinte (ex. apprentissage intensif d&rsquo;un itin\u00e9raire en transport urbain).<\/li>\n<li><em>\u00c9tendu :<\/em> Soutien constant, r\u00e9gulier (quotidien) dans au moins un environnement sp\u00e9cifique (milieu professionnel ou r\u00e9sidentiel) sans limite de temps programm\u00e9e.<\/li>\n<li><em>G\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 (ou omnipr\u00e9sent) :<\/em> Soutien continu, d&rsquo;\u00e9lev\u00e9e intensit\u00e9 dans tous les environnements et potentiellement vital (soins m\u00e9dicaux constants, assistance totale aux activit\u00e9s physiologiques de base).<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer la mise en \u0153uvre clinique des crit\u00e8res de l&rsquo;AAMR, examinons la situation d&rsquo;Alexandre, un jeune homme de 19 ans. Lors d&rsquo;un bilan psychologique r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole secondaire, Alexandre obtient un score composite de QI de 64 \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;intelligence de Wechsler (WAIS-IV). Selon le mod\u00e8le m\u00e9dical strict ant\u00e9rieur, Alexandre aurait simplement \u00e9t\u00e9 \u00e9tiquet\u00e9 d&rsquo;\u00ab arri\u00e9r\u00e9 mental l\u00e9ger \u00bb sans directive d&rsquo;action concr\u00e8te.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;approche pr\u00f4n\u00e9e par l&rsquo;AAMR, l&rsquo;\u00e9quipe pluridisciplinaire d\u00e9ploie une \u00e9valuation rigoureuse de ses comp\u00e9tences adaptatives \u00e0 l&rsquo;aide de l&rsquo;\u00c9chelle des comportements adaptatifs de Vineland (VABS-3). Les r\u00e9sultats r\u00e9v\u00e8lent un score standardis\u00e9 tr\u00e8s bas dans le domaine conceptuel (score de 62, avec de s\u00e9v\u00e8res difficult\u00e9s de gestion budg\u00e9taire et d&rsquo;abstraction temporelle) et une grande cr\u00e9dulit\u00e9 sociale qui l&rsquo;expose \u00e0 la manipulation par ses pairs. En revanche, son domaine pratique est relativement pr\u00e9serv\u00e9 (score de 78) : Alexandre sait cuisiner des repas simples, g\u00e9rer son hygi\u00e8ne et effectuer des t\u00e2ches m\u00e9nag\u00e8res avec minutie.<\/p>\n<p>Plut\u00f4t que d&rsquo;isoler Alexandre dans une structure d&rsquo;h\u00e9bergement m\u00e9dicalis\u00e9e, le mod\u00e8le de l&rsquo;AAMR prescrit une cartographie de soutiens sur mesure. Un soutien <em>limit\u00e9<\/em> est mis en place pour lui enseigner la lecture du solde de son compte bancaire via une application num\u00e9rique simplifi\u00e9e ; un soutien <em>intermittent<\/em> d&rsquo;un travailleur social est instaur\u00e9 pour r\u00e9guler ses contrats l\u00e9gaux et le pr\u00e9server de la fraude ; tandis qu&rsquo;aucun soutien substantiel n&rsquo;est exig\u00e9 pour les gestes de la vie quotidienne \u00e0 domicile. Gr\u00e2ce \u00e0 ces ajustements, Alexandre parvient \u00e0 vivre en colocation supervis\u00e9e et \u00e0 exercer un travail semi-autonome dans une p\u00e9pini\u00e8re horticole.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>La pratique m\u00e9thodologique instaur\u00e9e par l&rsquo;AAMR exige une d\u00e9marche \u00e9valuative standardis\u00e9e et multidimensionnelle, reposant sur des instruments psychom\u00e9triques aux qualit\u00e9s de fid\u00e9lit\u00e9 et de validit\u00e9 \u00e9tablies. Pour le fonctionnement intellectuel, l&rsquo;AAMR recommande l&rsquo;administration individuelle de batteries cognitives g\u00e9n\u00e9rales \u00e9talonn\u00e9es sur la population de r\u00e9f\u00e9rence (telles que le WISC pour les enfants, le WAIS pour les adultes, ou les \u00c9chelles d&rsquo;intelligence Stanford-Binet). Les examinateurs doivent imp\u00e9rativement int\u00e9grer l&rsquo;intervalle de confiance \u00e0 95 %, reconnaissant qu&rsquo;un QI observ\u00e9 de 68 avec une marge d&rsquo;erreur de \u00b1 5 points couvre une plage oscillant de 63 \u00e0 73.<\/p>\n<p>Pour mesurer le comportement adaptatif, l&rsquo;AAMR a elle-m\u00eame d\u00e9velopp\u00e9 des outils de standardisation mondiaux, notamment l&rsquo;<em>Adaptive Behavior Scale<\/em> (ABS), compl\u00e9t\u00e9e ensuite par l&rsquo;<em>Adaptive Behavior Assessment System<\/em> (ABAS) et les \u00e9chelles de Vineland. Ces instruments ne reposent pas sur une s\u00e9ance de passation d&rsquo;\u00e9preuves directes avec le patient, mais sur des entrevues semi-structur\u00e9es ou des questionnaires d\u00e9taill\u00e9s soumis \u00e0 des r\u00e9pondants privil\u00e9gi\u00e9s qui connaissent intimement le sujet (parents, \u00e9ducateurs, tuteurs).<\/p>\n<p>Enfin, pour op\u00e9rationnaliser sa rupture th\u00e9orique avec l&rsquo;\u00e9tiologie brute, l&rsquo;association a con\u00e7u la <em>Supports Intensity Scale<\/em> (SIS, \u00c9chelle d&rsquo;intensit\u00e9 des soutiens). Contrairement aux tests classiques qui \u00e9valuent ce que la personne ne sait pas faire, la SIS \u00e9value l&rsquo;intensit\u00e9 de l&rsquo;assistance humaine requise par la personne pour accomplir 85 activit\u00e9s de la vie courante regroup\u00e9es en plusieurs domaines de vie (vie \u00e0 la maison, vie en soci\u00e9t\u00e9, apprentissages, travail, sant\u00e9 et s\u00e9curit\u00e9, d\u00e9fense de ses droits). Cet outil transforme les r\u00e9sultats de l&rsquo;\u00e9valuation en un v\u00e9ritable plan de services individualis\u00e9.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Les syst\u00e8mes \u00e9labor\u00e9s par l&rsquo;AAMR d\u00e9passent tr\u00e8s largement le cadre de la psychom\u00e9trie de laboratoire pour transformer concr\u00e8tement les politiques publiques, les pratiques juridiques et les dispositifs d&rsquo;inclusion sociale :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Politiques d&rsquo;\u00e9ducation inclusive :<\/strong> En substitution aux mod\u00e8les asilaires ou de classes sp\u00e9cialis\u00e9es d&rsquo;\u00e9viction, l&rsquo;approche AAMR sert de socle l\u00e9gislatif (notamment sous la loi am\u00e9ricaine IDEA et les lois europ\u00e9ennes d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des droits) pour concevoir des Projets Personnalis\u00e9s de Scolarisation (PPS). L&rsquo;\u00e9l\u00e8ve est int\u00e9gr\u00e9 en classe ordinaire, accompagn\u00e9 d&rsquo;am\u00e9nagements raisonnables et de personnel d&rsquo;appui (comme les AESH en France).<\/li>\n<li><strong>Arr\u00eats judiciaires fondamentaux :<\/strong> La d\u00e9finition du retard mental de l&rsquo;AAMR a jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9terminant devant la Cour supr\u00eame des \u00c9tats-Unis dans le c\u00e9l\u00e8bre arr\u00eat <em>Atkins c. Virginia<\/em> (2002). La Cour s&rsquo;est express\u00e9ment appuy\u00e9e sur les crit\u00e8res diagnostiques de l&rsquo;AAMR pour juger inconstitutionnelle l&rsquo;application de la peine de mort aux individus pr\u00e9sentant une d\u00e9ficience intellectuelle, estimant qu&rsquo;en raison de leurs limitations cognitives et adaptatives, leur degr\u00e9 de culpabilit\u00e9 morale est irr\u00e9ductiblement amoindri.<\/li>\n<li><strong>Attribution des prestations et allocations sociales :<\/strong> Les organismes gouvernementaux et d\u00e9partementaux de gestion du handicap (comme les MDPH en France) utilisent la logique des soutiens introduite par l&rsquo;AAMR pour \u00e9valuer l&rsquo;\u00e9ligibilit\u00e9 aux aides humaines, mat\u00e9rielles et financi\u00e8res, en refusant d\u00e9sormais de conditionner l&rsquo;acc\u00e8s aux droits \u00e0 un chiffre unique de QI.<\/li>\n<li><strong>Insertion professionnelle en milieu ordinaire :<\/strong> Le mod\u00e8le promeut le principe de \u00ab l&#8217;emploi avec soutien \u00bb (<em>supported employment<\/em>), consistant \u00e0 placer l&rsquo;adulte d&rsquo;abord en entreprise puis \u00e0 lui fournir l&rsquo;entra\u00eenement et l&rsquo;accompagnement n\u00e9cessaires directement sur le poste de travail, renversant le paradigme traditionnel d&rsquo;entra\u00eenement pr\u00e9alable ind\u00e9fini en milieu prot\u00e9g\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>La litt\u00e9rature scientifique a abondamment d\u00e9montr\u00e9 la validit\u00e9 conceptuelle et clinique des syst\u00e8mes d\u00e9velopp\u00e9s par l&rsquo;AAMR. Les recherches de Robert Schalock, James Thompson et Michael Wehmeyer ont mis en \u00e9vidence que le quotient intellectuel seul pr\u00e9sente une faible valeur pr\u00e9dictive quant au degr\u00e9 d&rsquo;autonomie quotidienne et de succ\u00e8s r\u00e9sidentiel d&rsquo;un individu. En r\u00e9alit\u00e9, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9valuation fine du comportement adaptatif et des besoins de soutien qui corr\u00e8le le plus robustement avec la r\u00e9ussite de l&rsquo;int\u00e9gration sociale.<\/p>\n<p>Des \u00e9tudes empiriques longitudinales, notamment celles document\u00e9es dans l&rsquo;<em>American Journal on Intellectual and Developmental Disabilities<\/em> (la revue phare de l&rsquo;organisation), ont montr\u00e9 que l&rsquo;alignement m\u00e9thodique des soutiens sur les besoins identifi\u00e9s via la SIS induit une r\u00e9duction statistiquement significative des troubles graves du comportement. En intervenant sur les barri\u00e8res environnementales et communicationnelles plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 grand renfort de surm\u00e9dication s\u00e9dative, les comportements de d\u00e9fi (agressivit\u00e9, auto-mutilation) r\u00e9gressent de mani\u00e8re substantielle.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, les investigations m\u00e9triques men\u00e9es sur l&rsquo;\u00e9chelle SIS \u00e0 travers plus de vingt pays (dont les travaux francophones d&rsquo;Alain Roy et coll\u00e8gues au Qu\u00e9bec) ont confirm\u00e9 l&rsquo;invariance structurelle de la mesure des soutiens, d\u00e9montrant que la hi\u00e9rarchisation des besoins de soutien constitue un construit universel, reproductible et ind\u00e9pendant des sp\u00e9cificit\u00e9s administratives nationales.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;application transculturelle des crit\u00e8res de l&rsquo;AAMR impose une prudence clinique constante. Les habilet\u00e9s exig\u00e9es pour t\u00e9moigner d&rsquo;un \u00ab comportement adaptatif \u00bb r\u00e9ussi d\u00e9pendent intimement des normes, valeurs et structures d&rsquo;une communaut\u00e9 donn\u00e9e. Dans une soci\u00e9t\u00e9 fortement urbanis\u00e9e et num\u00e9ris\u00e9e, savoir g\u00e9rer une application bancaire sur smartphone ou d\u00e9chiffrer un r\u00e9seau ferroviaire complexe est une condition <em>sine qua non<\/em> de l&rsquo;autonomie adaptative. Dans des environnements ruraux ou traditionnels, l&rsquo;autonomie repose davantage sur des t\u00e2ches agricoles communautaires, la solidarit\u00e9 familiale \u00e9largie et la transmission orale.<\/p>\n<p>L&rsquo;AAMR a insist\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t sur le risque de surdiagnostic chez les enfants issus de minorit\u00e9s ethniques ou socioculturelles d\u00e9favoris\u00e9es d\u00e8s lors que l&rsquo;\u00e9valuation utilise des tests psychom\u00e9triques occidentalis\u00e9s. Un score d\u00e9ficient \u00e0 une \u00e9preuve verbale standardis\u00e9e ne refl\u00e8te souvent qu&rsquo;une ma\u00eetrise imparfaite de la langue dominante ou un d\u00e9ficit de stimulation scolaire institutionnelle, et non une d\u00e9ficience intellectuelle cong\u00e9nitale.<\/p>\n<p>Pour pr\u00e9venir ces biais ethnocentriques, les directives de l&rsquo;AAMR rappellent que l&rsquo;\u00e9valuateur doit imp\u00e9rativement conduire son observation \u00ab au sein de l&rsquo;environnement culturel habituel de l&rsquo;individu \u00bb et choisir des \u00e9talonnages linguistiques rigoureusement adapt\u00e9s, au risque sinon de commettre de graves erreurs diagnostiques et d&rsquo;enfreindre la d\u00e9ontologie psychologique.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 son leadership \u00e9vident, l&rsquo;AAMR a travers\u00e9 des pol\u00e9miques th\u00e9oriques majeures au cours de son histoire. La controverse la plus virulente a \u00e9clat\u00e9 en 1992 lors de l&rsquo;abandon r\u00e9solu des quatre niveaux classiques de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 du retard mental (l\u00e9ger, mod\u00e9r\u00e9, s\u00e9v\u00e8re, profond). Une frange importante de psychiatres, de psychologues cliniciennes et d&rsquo;\u00e9pid\u00e9miologistes a reproch\u00e9 \u00e0 l&rsquo;AAMR de cr\u00e9er une confusion nosologique en gommant ces distinctions quantitatives. L&rsquo;American Psychiatric Association (APA), dans son manuel DSM-IV publi\u00e9 en 1994, a d&rsquo;ailleurs refus\u00e9 de suivre totalement l&rsquo;AAMR sur ce point, maintenant les coupures traditionnelles par tranches de QI jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;av\u00e8nement du DSM-5 en 2013.<\/p>\n<p>Une autre critique r\u00e9currente concerne la faisabilit\u00e9 \u00e9conomique de l&rsquo;approche par les soutiens. Les gestionnaires de sant\u00e9 publique soulignent parfois que le mod\u00e8le id\u00e9al de l&rsquo;AAMR suppose des ressources financi\u00e8res et humaines quasi illimit\u00e9es pour r\u00e9pondre \u00e0 tous les besoins individualis\u00e9s d\u00e9tect\u00e9s, ce qui se heurte frontalement aux contraintes budg\u00e9taires r\u00e9elles des syst\u00e8mes m\u00e9dico-sociaux.<\/p>\n<p>Enfin, sur le plan strictement m\u00e9trique, la conceptualisation du \u00ab comportement adaptatif \u00bb a longtemps fait l&rsquo;objet de d\u00e9bats. La d\u00e9pendance de cette mesure vis-\u00e0-vis des r\u00e9ponses donn\u00e9es par des tiers (parents ou soignants) introduit un risque in\u00e9luctable de subjectivit\u00e9 : surprotection parentale sous-estimant les comp\u00e9tences de l&rsquo;enfant, ou au contraire d\u00e9ni des difficult\u00e9s surestimant l&rsquo;autonomie de celui-ci.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour assurer une parfaite rigueur conceptuelle, il convient de distinguer l&rsquo;AAMR et ses construits de plusieurs notions corollaires :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>AAIDD (American Association on Intellectual and Developmental Disabilities) :<\/strong> Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une organisation distincte ou rivale, mais du successeur direct de l&rsquo;AAMR depuis le 1er janvier 2007. L&rsquo;AAIDD perp\u00e9tue et affine les principes diagnostiques et m\u00e9thodologiques \u00e9tablis par l&rsquo;AAMR.<\/li>\n<li><strong>Retard mental (Mental Retardation) vs D\u00e9ficience intellectuelle (Intellectual Disability) :<\/strong> \u00ab Retard mental \u00bb est l&rsquo;appellation nosologique historique port\u00e9e par l&rsquo;AAMR jusqu&rsquo;en 2006. \u00ab D\u00e9ficience intellectuelle \u00bb est le vocable contemporain adopt\u00e9 pour \u00e9radiquer la charge p\u00e9jorative du mot \u00ab retard \u00bb tout en d\u00e9signant la m\u00eame r\u00e9alit\u00e9 clinique.<\/li>\n<li><strong>D\u00e9mence et troubles neurocognitifs acquis :<\/strong> Alors que la d\u00e9ficience d\u00e9finie par l&rsquo;AAMR prend obligatoirement naissance durant la p\u00e9riode d\u00e9veloppementale initiale (avant 18 ou 22 ans), la d\u00e9mence survient chez une personne ayant pr\u00e9alablement d\u00e9velopp\u00e9 un fonctionnement cognitif normal avant de subir un d\u00e9clin pathologique r\u00e9sultant d&rsquo;une l\u00e9sion ou d&rsquo;une maladie neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative.<\/li>\n<li><strong>Troubles sp\u00e9cifiques des apprentissages (\u00ab Troubles Dys \u00bb) :<\/strong> La dyslexie, dysorthographie ou dyscalculie impliquent des d\u00e9ficits circonscrits \u00e0 un domaine acad\u00e9mique d\u00e9termin\u00e9, chez des individus pr\u00e9sentant une intelligence globale rigoureusement normale, contrairement \u00e0 la limitation cognitive g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e caract\u00e9ristique des crit\u00e8res de l&rsquo;AAMR.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>L&rsquo;AAMR (d\u00e9sormais AAIDD) a \u00e9t\u00e9 le moteur intellectuel et scientifique de la plus profonde transformation de la psychologie du handicap du vingti\u00e8me si\u00e8cle. Les points cl\u00e9s \u00e0 retenir sont :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Un triptyque diagnostique clair :<\/strong> Un d\u00e9ficit intellectuel significatif (QI inf\u00e9rieur \u00e0 70-75), des limitations concourantes dans au moins un domaine de comp\u00e9tence adaptative (conceptuel, social, pratique), et une apparition durant la p\u00e9riode de d\u00e9veloppement.<\/li>\n<li><strong>Un virage \u00e9cologique fondamental :<\/strong> Le handicap n&rsquo;est plus per\u00e7u comme un d\u00e9ficit inh\u00e9rent \u00e0 l&rsquo;individu, mais comme la r\u00e9sultante de l&rsquo;interaction entre les capacit\u00e9s individuelles et les sollicitations de l&rsquo;environnement.<\/li>\n<li><strong>Le mod\u00e8le novateur des soutiens :<\/strong> L&rsquo;abandon de l&rsquo;\u00e9tiquetage stigmatisant au profit d&rsquo;un profil d&rsquo;intensit\u00e9 des aides requises (intermittent, limit\u00e9, \u00e9tendu, g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9), concr\u00e9tis\u00e9 par l&rsquo;\u00e9laboration de la <em>Supports Intensity Scale<\/em> (SIS).<\/li>\n<li><strong>Un impact soci\u00e9tal et juridique universel :<\/strong> Des cons\u00e9quences majeures sur la d\u00e9sali\u00e9nation institutionnelle, l&rsquo;inclusion scolaire, le droit p\u00e9nal international et la promotion active de l&rsquo;autod\u00e9termination des personnes en situation de handicap.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>American Association on Mental Retardation. (1992). <em>Mental retardation: Definition, classification, and systems of supports<\/em> (9th ed.). AAMR. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.aaidd.org\">https:\/\/www.aaidd.org<\/a><\/li>\n<li>American Association on Mental Retardation. (2002). <em>Mental retardation: Definition, classification, and systems of supports<\/em> (10th ed.). AAMR. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.aaidd.org\">https:\/\/www.aaidd.org<\/a><\/li>\n<li>Luckasson, R., Borthwick-Duffy, S., Buntinx, W. H. E., Coulter, D. L., Craig, E. M., Reeve, A., Schalock, R. L., Snell, M. E., Spreat, S., Tass\u00e9, M. J., &amp; Verdugo, M. A. (2002). <em>Mental retardation: Definition, classification, and systems of supports<\/em> (10th ed.). American Association on Mental Retardation. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.aaidd.org\">https:\/\/www.aaidd.org<\/a><\/li>\n<li>Schalock, R. L., Borthwick-Duffy, S., Bradley, V. J., Buntinx, W. H. E., Coulter, D. L., Craig, E. M., Gomez, S. C., Lachapelle, Y., Luckasson, R., Reeve, A., Snell, M. E., Spreat, S., Tass\u00e9, M. J., Thompson, J. R., Verdugo, M. A., &amp; Wehmeyer, M. L. (2010). <em>Intellectual disability: Definition, classification, and systems of supports<\/em> (11th ed.). American Association on Intellectual and Developmental Disabilities. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.aaidd.org\">https:\/\/www.aaidd.org<\/a><\/li>\n<li>Thompson, J. R., Bryant, B. R., Campbell, E. M., Craig, E. M., Hughes, C. M., Rotholz, D. A., Schalock, R. L., Silverman, W. P., Tass\u00e9, M. J., &amp; Wehmeyer, M. L. (2004). <em>Supports Intensity Scale (SIS): Users manual<\/em>. American Association on Mental Retardation. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.aaidd.org\">https:\/\/www.aaidd.org<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez l&rsquo;AAMR (American Association on Mental Retardation) : son histoire depuis 1876, ses crit\u00e8res diagnostiques, le mod\u00e8le des soutiens et son impact sur la d\u00e9ficience intellectuelle.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[30771,3,10441],"tags":[27802,30772,18314,1612,30773,16,27367],"class_list":["post-19183","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-handicap-et-education-specialisee","category-psychologie-clinique","category-psychopathologie-du-developpement","tag-aaidd","tag-aamr","tag-comportement-adaptatif","tag-deficience-intellectuelle","tag-modele-des-soutiens","tag-psychometrie","tag-retard-mental"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19183","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19183\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=19183"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=19183"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=19183"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}