{"id":19162,"date":"2026-10-21T17:00:05","date_gmt":"2026-10-21T17:00:05","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=tache-a-non-b"},"modified":"2026-10-21T17:00:05","modified_gmt":"2026-10-21T17:00:05","slug":"tache-a-non-b","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=tache-a-non-b","title":{"rendered":"T\u00e2che A-non-B : Aux sources de la cognition infantile"},"content":{"rendered":"<p>Pourquoi un nourrisson de dix mois cherche-t-il obstin\u00e9ment un jouet l\u00e0 o\u00f9 il l&rsquo;a pr\u00e9c\u00e9demment trouv\u00e9, alors m\u00eame qu&rsquo;il vient de voir de ses propres yeux l&rsquo;objet \u00eatre dissimul\u00e9 \u00e0 un tout autre endroit ? Ce comportement fascinant, connu sous le nom d&rsquo;erreur A-non-B, constitue l&rsquo;une des \u00e9nigmes les plus f\u00e9condes et \u00e9tudi\u00e9es de la psychologie du d\u00e9veloppement moderne. Au croisement des th\u00e9ories constructivistes de l&rsquo;intelligence, des neurosciences cognitives et de la mod\u00e9lisation dynamique de l&rsquo;action, ce paradigme exp\u00e9rimental \u00e9claire d&rsquo;une lumi\u00e8re fondamentale la mani\u00e8re dont l&rsquo;esprit humain apprend \u00e0 coordonner perception, m\u00e9moire, action motrice et contr\u00f4le inhibiteur.<\/p>\n<h2>La T\u00e2che A-non-B : Paradigme et Erreur D\u00e9veloppementale<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La <strong>t\u00e2che A-non-B<\/strong> (ou t\u00e2che de recherche A-non-B) est un protocole exp\u00e9rimental con\u00e7u pour \u00e9valuer la compr\u00e9hension de la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Permanence_de_l%27objet\">permanence de l&rsquo;objet<\/a>, la m\u00e9moire de travail spatiale et le contr\u00f4le ex\u00e9cutif chez les nourrissons \u00e2g\u00e9s g\u00e9n\u00e9ralement de 7 \u00e0 12 mois. Dans cette \u00e9preuve, un objet attrayant est cach\u00e9 de mani\u00e8re r\u00e9p\u00e9t\u00e9e \u00e0 un emplacement A sous les yeux du b\u00e9b\u00e9 qui parvient \u00e0 le r\u00e9cup\u00e9rer avec succ\u00e8s, avant d&rsquo;\u00eatre ensuite dissimul\u00e9 sous un emplacement alternatif B tout aussi visible.<\/p>\n<p>L&rsquo;<strong>erreur A-non-B<\/strong> d\u00e9signe le comportement paradoxal et pers\u00e9v\u00e9rant par lequel l&rsquo;enfant, confront\u00e9 au d\u00e9placement de l&rsquo;objet vers le nouvel emplacement B, persiste \u00e0 chercher la cible sous l&#8217;emplacement A o\u00f9 ses actions ant\u00e9rieures ont \u00e9t\u00e9 couronn\u00e9es de succ\u00e8s. Cette d\u00e9faillance syst\u00e9matique ne rel\u00e8ve pas d&rsquo;un simple d\u00e9faut d&rsquo;acuit\u00e9 visuelle, mais r\u00e9v\u00e8le une \u00e9tape charni\u00e8re de l&rsquo;architecture cognitive, caract\u00e9ris\u00e9e par une dissociation temporaire entre la repr\u00e9sentation perceptive de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement et la capacit\u00e9 motrice \u00e0 inhiber une r\u00e9ponse dominante pr\u00e9alablement renforc\u00e9e.<\/p>\n<p>Sur le plan d\u00e9veloppemental, la r\u00e9ussite \u00e0 cette t\u00e2che marque la transition vers une compr\u00e9hension objective de l&rsquo;espace et des objets ind\u00e9pendamment des actions corporelles imm\u00e9diates du sujet. Elle t\u00e9moigne de l&rsquo;\u00e9mergence progressive de l&rsquo;inhibition pr\u00e9frontale et de l&rsquo;int\u00e9gration multimodale des syst\u00e8mes sensoriels et moteurs au cours de la premi\u00e8re ann\u00e9e de vie.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression \u00ab A-non-B \u00bb est la traduction directe de la formulation anglo-saxonne <em>\u00ab A-not-B \u00bb<\/em>, elle-m\u00eame forg\u00e9e pour formaliser les observations princeps du psychologue et \u00e9pist\u00e9mologue suisse <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Jean_Piaget\">Jean Piaget<\/a>. Dans ses \u00e9crits s\u00e9minaux r\u00e9dig\u00e9s en fran\u00e7ais, notamment dans son ouvrage de 1937 intitul\u00e9 <em>La construction du r\u00e9el chez l&rsquo;enfant<\/em>, Piaget parlait initialement de \u00ab la recherche de l&rsquo;objet disparu au stade IV \u00bb ou de \u00ab l&rsquo;erreur typique du sous-stade 4 de la p\u00e9riode sensori-motrice \u00bb.<\/p>\n<p>Les lettres \u00ab A \u00bb et \u00ab B \u00bb ont \u00e9t\u00e9 introduites dans la litt\u00e9rature scientifique internationale pour d\u00e9signer de fa\u00e7on op\u00e9ratoire les coordonn\u00e9es spatiales des deux r\u00e9ceptacles ou caches utilis\u00e9s au cours du protocole exp\u00e9rimental. La lettre A symbolise le premier foyer d&rsquo;enfouissement (l&#8217;emplacement initial d&rsquo;habituation et de renforcement du sch\u00e8me moteur), tandis que la lettre B repr\u00e9sente le second r\u00e9ceptacle o\u00f9 l&rsquo;objet est transf\u00e9r\u00e9. La particule n\u00e9gative \u00ab non-B \u00bb (not-B) souligne l&rsquo;anomalie logique du comportement observ\u00e9 : l&rsquo;enfant choisit d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment l&rsquo;alternative A \u00e0 l&rsquo;exclusion de B, bien que les indices sensoriels d\u00e9signent sans ambigu\u00eft\u00e9 le r\u00e9ceptacle B.<\/p>\n<p>Le vocable est ainsi pass\u00e9 du statut de simple description clinique piag\u00e9tienne \u00e0 celui de construit th\u00e9orique standardis\u00e9 au sein de la psychologie cognitive, de la neuropsychologie et de l&rsquo;\u00e9thologie cognitive compar\u00e9e.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais, le terme se prononce phon\u00e9tiquement \/ta\u0283 a n\u0254\u0303 be\/. Sur le plan morphosyntaxique, il s&rsquo;agit d&rsquo;une locution nominale f\u00e9minine compos\u00e9e, d\u00e9signant l&rsquo;\u00e9preuve exp\u00e9rimentale (\u00ab la t\u00e2che A-non-B \u00bb). Lorsqu&rsquo;elle qualifie le biais comportemental lui-m\u00eame, elle adopte \u00e9galement le genre f\u00e9minin : \u00ab l&rsquo;erreur A-non-B \u00bb.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e, on rencontre occasionnellement les graphies \u00ab t\u00e2che A-pas-B \u00bb, \u00ab paradigme A-non-B \u00bb ou \u00ab \u00e9preuve A-non-B \u00bb. Au pluriel, la forme canonique reste invari\u00e9e pour les lettres rep\u00e8res : \u00ab les t\u00e2ches A-non-B \u00bb ou \u00ab les erreurs A-non-B \u00bb. Le terme est majoritairement employ\u00e9 comme compl\u00e9ment de d\u00e9termination dans des contextes tels que \u00ab l&rsquo;effet d&rsquo;interf\u00e9rence dans l&rsquo;\u00e9preuve A-non-B \u00bb ou \u00ab la pers\u00e9v\u00e9ration motrice lors de la t\u00e2che A-non-B \u00bb.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender la port\u00e9e de la t\u00e2che A-non-B, il convient d&rsquo;en d\u00e9composer la dynamique comportementale et cognitive. Le paradigme s&rsquo;articule traditionnellement en deux phases successives. Dans un premier temps, l&rsquo;exp\u00e9rimentateur attire l&rsquo;attention du nourrisson avec un stimulus attrayant (un hochet, une balle color\u00e9e ou un jouet sonore), puis le dissimule sous une cache A (par exemple, un tissu ou une coupelle opaque situ\u00e9e \u00e0 gauche). L&rsquo;enfant est invit\u00e9 \u00e0 tendre la main et \u00e0 saisir l&rsquo;objet. Cette s\u00e9quence est r\u00e9it\u00e9r\u00e9e plusieurs fois (g\u00e9n\u00e9ralement de deux \u00e0 quatre essais), de fa\u00e7on \u00e0 ancrer un sch\u00e8me sensori-moteur efficace : voir le jouet dispara\u00eetre en A, \u00e9tendre le bras vers A, soulever l&rsquo;\u00e9cran protecteur et r\u00e9cup\u00e9rer la r\u00e9compense.<\/p>\n<p>Vient ensuite la phase critique de transposition, dite \u00ab phase B \u00bb. Sous le regard attentif du nourrisson, l&rsquo;exp\u00e9rimentateur prend l&rsquo;objet, l&rsquo;agite doucement pour s&rsquo;assurer que le regard de l&rsquo;enfant est parfaitement capt\u00e9, puis le d\u00e9pose sous une seconde cache identique B (situ\u00e9e par exemple \u00e0 droite), avant d&rsquo;attendre un court d\u00e9lai de latence (de 1 \u00e0 10 secondes selon l&rsquo;\u00e2ge du sujet). Lib\u00e9r\u00e9 de la retenue temporaire impos\u00e9e par l&rsquo;adulte, le b\u00e9b\u00e9 entre 8 et 10 mois tourne son regard et dirige ses mains non pas vers B, mais pr\u00e9cis\u00e9ment vers la cache A. Il retire le couvercle en A et manifeste souvent une surprise ou une d\u00e9sorientation manifeste lorsqu&rsquo;il constate l&rsquo;absence du jouet.<\/p>\n<p>Ce ph\u00e9nom\u00e8ne soul\u00e8ve une interrogation profonde sur la nature des repr\u00e9sentations infantiles. L&rsquo;enfant ne commet pas cette m\u00e9prise parce qu&rsquo;il n&rsquo;a pas vu le mouvement : de nombreuses \u00e9tudes de suivi oculaire (eye-tracking) ont d\u00e9montr\u00e9 que son regard suit fid\u00e8lement le trajet de l&rsquo;objet jusqu&rsquo;\u00e0 la cache B. L&rsquo;erreur traduit une rupture entre l&rsquo;information visuelle actualis\u00e9e et la programmation motrice. Le nourrisson semble \u00eatre prisonnier d&rsquo;une habitude motrice corporelle r\u00e9cemment forg\u00e9e qui supplante la connaissance d\u00e9clarative ou spatiale de la r\u00e9alit\u00e9 objective.<\/p>\n<p>L&rsquo;espace n&rsquo;est pas encore, \u00e0 ce stade du d\u00e9veloppement, un milieu homog\u00e8ne, g\u00e9om\u00e9trique et invariant dans lequel les objets se d\u00e9placent ind\u00e9pendamment du corps propre de l&rsquo;enfant. Selon l&rsquo;analyse conceptuelle classique, l&rsquo;objet demeure pour le jeune nourrisson \u00ab une chose-\u00e0-disposition-d-une-action-particuli\u00e8re \u00bb. Le fait de retrouver le jouet en A est consid\u00e9r\u00e9 par le b\u00e9b\u00e9 non pas comme la d\u00e9couverte d&rsquo;un corps mat\u00e9riel situ\u00e9 en un lieu ind\u00e9pendant, mais comme l&rsquo;accomplissement r\u00e9ussi d&rsquo;un rituel sensori-moteur global : \u00ab regarder en A et tendre le bras vers A produit la r\u00e9apparition de l&rsquo;objet \u00bb.<\/p>\n<p>Enfin, l&rsquo;erreur A-non-B s&rsquo;estompe spontan\u00e9ment au fil de la maturation neurologique et de l&rsquo;exp\u00e9rience active. Vers l&rsquo;\u00e2ge de 12 mois environ, les enfants r\u00e9solvent classiquement la t\u00e2che sans h\u00e9sitation, parvenant \u00e0 orienter imm\u00e9diatement leur pr\u00e9hension vers le compartiment B, m\u00eame apr\u00e8s l&rsquo;introduction d&rsquo;un d\u00e9lai temporel prolong\u00e9.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la t\u00e2che A-non-B d\u00e9bute dans les ann\u00e9es 1930 dans le cadre des observations naturalistes men\u00e9es par Jean Piaget au sein de son laboratoire genevois. En observant minutieusement ses trois propres enfants \u2014 Laurent, Lucienne et Jacqueline \u2014, Piaget consigne avec une rigueur ph\u00e9nom\u00e9nologique remarquable les \u00e9tapes franchies par l&rsquo;intelligence humaine au stade sensori-moteur (de 0 \u00e0 2 ans). Il formalise l&rsquo;erreur A-non-B comme le sympt\u00f4me caract\u00e9ristique du \u00ab sous-stade 4 \u00bb (coordination des sch\u00e8mes secondaires, situ\u00e9 approximativement entre 8 et 12 mois).<\/p>\n<p>Pour Piaget, cette observation empirique fournit la preuve irr\u00e9futable que le concept de permanence de l&rsquo;objet n&rsquo;est pas inn\u00e9, mais r\u00e9sulte d&rsquo;une lente gen\u00e8se constructive. Au sous-stade 3 (4 \u00e0 8 mois), l&rsquo;enfant ne recherche m\u00eame pas un objet compl\u00e8tement cach\u00e9. Au sous-stade 4, l&rsquo;objet acquiert un d\u00e9but de permanence, mais celle-ci demeure captive de l&rsquo;action motrice pratique de l&rsquo;enfant, g\u00e9n\u00e9rant la pers\u00e9v\u00e9ration en A. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;au sous-stade 5 (12 \u00e0 18 mois) que l&rsquo;enfant ma\u00eetrisera les d\u00e9placements visibles successifs, avant d&rsquo;acc\u00e9der au sous-stade 6 (18 \u00e0 24 mois) o\u00f9 la repr\u00e9sentation mentale permet de d\u00e9duire des d\u00e9placements invisibles.<\/p>\n<p>Durant les ann\u00e9es 1970 et 1980, le paradigme quitte le cadre purement observationnel pour devenir un instrument de laboratoire standardis\u00e9. Des chercheurs comme Henry Wellman, David Cross et Karen Bartsch publient des m\u00e9ta-analyses exhaustives portant sur des centaines de variations exp\u00e9rimentales. Ils confirment la robustesse universelle de l&rsquo;effet, tout en d\u00e9montrant que la probabilit\u00e9 d&rsquo;erreur fluctue consid\u00e9rablement selon des param\u00e8tres pr\u00e9cis : la dur\u00e9e du d\u00e9lai de r\u00e9tention, la distance physique s\u00e9parant les deux caches, la distinctivit\u00e9 visuelle des couvercles et le nombre d&rsquo;essais pr\u00e9alables en A.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin des ann\u00e9es 1980, la psychologue et neuroscientifique Adele Diamond insuffle un renouveau paradigmatique majeur. S&rsquo;appuyant sur des travaux men\u00e9s chez le jeune primate non humain et chez des patients adultes c\u00e9r\u00e9brol\u00e9s\u00e9s, Diamond formule l&rsquo;hypoth\u00e8se r\u00e9volutionnaire selon laquelle l&rsquo;erreur A-non-B ne d\u00e9coule pas d&rsquo;une absence de concept abstrait de l&rsquo;objet, mais de l&rsquo;immaturit\u00e9 structurelle du <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cortex_pr%C3%A9frontal\">cortex pr\u00e9frontal<\/a> dorsolat\u00e9ral, si\u00e8ge conjoint de la m\u00e9moire de travail spatiale et de la r\u00e9gulation inhibitrice.<\/p>\n<p>Au tournant du XXIe si\u00e8cle, une seconde rupture th\u00e9orique majeure \u00e9merge avec les travaux d&rsquo;Esther Thelen, Linda Smith et John Spencer. Adoptant la th\u00e9orie des syst\u00e8mes dynamiques incarn\u00e9s, ces auteurs d\u00e9montrent que de simples modifications posturales (comme asseoir ou mettre l&rsquo;enfant debout entre les phases A et B) suffisent \u00e0 faire dispara\u00eetre instantan\u00e9ment l&rsquo;erreur A-non-B, remettant en cause l&rsquo;existence d&rsquo;une repr\u00e9sentation mentale purement symbolique au profit d&rsquo;un couplage dynamique et continu entre corps, perception et environnement.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Quatre grands cadres paradigmatiques s&rsquo;affrontent et se compl\u00e8tent pour rendre compte des m\u00e9canismes sous-jacents \u00e0 la t\u00e2che A-non-B :<\/p>\n<p><strong>Le mod\u00e8le constructiviste piag\u00e9tien :<\/strong> Dans cette approche d&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie g\u00e9n\u00e9tique, l&rsquo;action est la source de toute connaissance. Le b\u00e9b\u00e9 ne distingue pas encore son propre acte moteur des propri\u00e9t\u00e9s intrins\u00e8ques du monde mat\u00e9riel. L&rsquo;objet n&rsquo;est pas encore dou\u00e9 d&rsquo;une existence substantielle, permanente et autonome dans un cadre spatio-temporel ind\u00e9pendant du moi. Pour le nourrisson du sous-stade 4, la r\u00e9apparition de la balle fait partie int\u00e9grante du sch\u00e8me de \u00ab tendre la main vers le linge A \u00bb. L&rsquo;erreur est une manifestation directe de cet \u00e9gocentrisme radical du sch\u00e8me sensori-moteur.<\/p>\n<p><strong>Le mod\u00e8le neurocognitif des fonctions ex\u00e9cutives :<\/strong> Port\u00e9e par Adele Diamond, cette perspective conceptualise la t\u00e2che A-non-B comme un d\u00e9fi direct lanc\u00e9 aux <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Fonctions_%C3%A9x%C3%A9cutives\">fonctions ex\u00e9cutives<\/a> en d\u00e9veloppement pr\u00e9coce. La r\u00e9solution r\u00e9ussie de l&rsquo;\u00e9preuve repose sur deux composantes neurobiologiques interd\u00e9pendantes : d&rsquo;une part, la <em>m\u00e9moire de travail<\/em>, n\u00e9cessaire pour maintenir active la localisation B pendant le d\u00e9lai impos\u00e9 ; d&rsquo;autre part, le <em>contr\u00f4le inhibiteur<\/em>, indispensable pour r\u00e9primer la commande motrice dominante (tendre la main vers A) renforc\u00e9e par les r\u00e9p\u00e9titions pr\u00e9c\u00e9dentes. Le cortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral n&rsquo;ayant pas atteint un seuil suffisant de my\u00e9linisation et de densit\u00e9 synaptique avant l&rsquo;\u00e2ge de 12 mois, l&rsquo;inhibition faiblit d\u00e8s qu&rsquo;un d\u00e9lai de quelques secondes s\u00e9pare la dissimulation de l&rsquo;autorisation de chercher.<\/p>\n<p><strong>La th\u00e9orie des syst\u00e8mes dynamiques et de la cognition incarn\u00e9e :<\/strong> D\u00e9velopp\u00e9e par Thelen, Sch\u00f6ner, Scheier et Smith, cette approche rejette l&rsquo;id\u00e9e de concepts mentaux statiques ou de \u00ab modules \u00bb pr\u00e9frontaux isol\u00e9s. Elle mod\u00e9lise le comportement du nourrisson comme une trajectoire \u00e9mergente issue de l&rsquo;interaction permanente entre plusieurs champs d&rsquo;activation : la trace motrice r\u00e9siduelle des actions ant\u00e9rieures, les indices visuels imm\u00e9diats de l&rsquo;environnement, l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;\u00e9veil et la posture corporelle. Selon ce mod\u00e8le de champ dynamique, l&rsquo;erreur A-non-B n&rsquo;est pas le reflet d&rsquo;un d\u00e9ficit conceptuel, mais un \u00e9tat d&rsquo;attraction transitoire d&rsquo;un syst\u00e8me dynamique complexe qui privil\u00e9gie temporairement la trace motrice stable en A face \u00e0 une information visuelle r\u00e9cente en B encore instable.<\/p>\n<p><strong>Le mod\u00e8le connexionniste et computationnel :<\/strong> Yuko Munakata et James McClelland ont d\u00e9velopp\u00e9 des r\u00e9seaux de neurones artificiels simulant la t\u00e2che A-non-B. Ces mod\u00e8les postulent une comp\u00e9tition entre des repr\u00e9sentations \u00ab latentes \u00bb (ancr\u00e9es dans les connexions synaptiques lentes r\u00e9sultant de la r\u00e9p\u00e9tition en A) et des repr\u00e9sentations \u00ab actives \u00bb (port\u00e9es par des patrons d&rsquo;activation neuronale rapide et transitoire codant la vision de B). Lorsque les repr\u00e9sentations actives sont fragiles ou soumises \u00e0 un d\u00e9lai de d\u00e9gradation temporelle, les traces synaptiques latentes l&#8217;emportent m\u00e9caniquement, guidant la main vers l&#8217;emplacement A.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La d\u00e9composition syst\u00e9matique des param\u00e8tres de la t\u00e2che A-non-B permet d&rsquo;isoler les leviers d\u00e9terminants du comportement de pers\u00e9v\u00e9ration :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La phase d&rsquo;habituation et de renforcement en A :<\/strong> Nombre d&rsquo;essais durant lesquels l&rsquo;objet est dissimul\u00e9 et r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 en A (g\u00e9n\u00e9ralement de deux \u00e0 quatre essais cons\u00e9cutifs). Plus le nombre d&rsquo;essais r\u00e9ussis en A est \u00e9lev\u00e9, plus la trace motrice et attentionnelle est puissante, augmentant statistiquement la fr\u00e9quence de l&rsquo;erreur lors du passage en B.<\/li>\n<li><strong>Le d\u00e9lai de r\u00e9tention (latence temporelle) :<\/strong> Intervalle de temps ins\u00e9r\u00e9 artificiellement entre la disparition de l&rsquo;objet en B et le moment o\u00f9 l&rsquo;enfant est autoris\u00e9 \u00e0 tendre la main. Chez les nourrissons de 7 \u00e0 8 mois, un d\u00e9lai de 2 secondes suffit \u00e0 provoquer l&rsquo;erreur. \u00c0 9-10 mois, un d\u00e9lai de 5 \u00e0 7 secondes est requis pour observer la pers\u00e9v\u00e9ration, illustrant le d\u00e9ploiement graduel de la m\u00e9moire de travail spatiale.<\/li>\n<li><strong>La saillance perceptive des r\u00e9ceptacles :<\/strong> Degr\u00e9 de ressemblance visuelle ou spatiale entre les caches A et B. L&rsquo;utilisation d&rsquo;\u00e9crans de couleurs, de motifs ou de textures tr\u00e8s diff\u00e9renci\u00e9s r\u00e9duit significativement l&rsquo;erreur A-non-B chez les nourrissons plus jeunes.<\/li>\n<li><strong>La modalit\u00e9 de r\u00e9ponse (gestuelle versus visuelle) :<\/strong> Distinction cruciale entre la recherche manuelle (reaching) et la fixation oculaire (looking). De nombreuses exp\u00e9riences r\u00e9v\u00e8lent une dissociation perceptivo-motrice : l&rsquo;enfant dirige son regard vers B tout en tendant sa main vers A, r\u00e9v\u00e9lant que l&rsquo;erreur s&rsquo;exprime prioritairement \u00e0 travers l&rsquo;effecteur manuel.<\/li>\n<li><strong>Le contexte postural et proprioceptif :<\/strong> Orientation du corps de l&rsquo;enfant dans l&rsquo;espace. Le simple fait de modifier la position du nourrisson (le faire pivoter de 90 degr\u00e9s ou le mettre debout) entre l&rsquo;essai A et l&rsquo;essai B dissout la trace motrice \u00e9gocentrique et r\u00e9tablit une recherche correcte en B.<\/li>\n<li><strong>La nature du stimulus cible :<\/strong> Attractivit\u00e9, valeur affective ou familiarit\u00e9 du stimulus dissimul\u00e9 (par exemple, le jouet favori du b\u00e9b\u00e9 versus un objet g\u00e9om\u00e9trique neutre, ou encore le visage de la m\u00e8re).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p><strong>Cas clinique standard : Le nourrisson de 9 mois en laboratoire<\/strong><br \/>Julien, \u00e2g\u00e9 de 9 mois et 10 jours, est assis sur les genoux de son p\u00e8re face \u00e0 une petite table sur laquelle reposent deux cavit\u00e9s identiques creus\u00e9es \u00e0 \u00e9gale distance de l&rsquo;axe m\u00e9dian, recouvertes chacune d&rsquo;un carr\u00e9 de feutrine grise. L&rsquo;exp\u00e9rimentatrice captive l&rsquo;attention de Julien avec un petit canard en plastique jaune qui couine. Elle d\u00e9pose ostensiblement le canard dans le puits de gauche (emplacement A) et rabat la feutrine. Julien tend aussit\u00f4t le bras gauche, \u00e9carte la feutrine et attrape le canard avec un large sourire. L&rsquo;op\u00e9ration est r\u00e9p\u00e9t\u00e9e deux fois avec un plein succ\u00e8s.<\/p>\n<p>Pour le quatri\u00e8me essai (l&rsquo;essai de permutation vers B), l&rsquo;exp\u00e9rimentatrice attire \u00e0 nouveau le regard de Julien, agite le canard, puis le place lentement dans le puits de droite (emplacement B) sous les yeux \u00e9carquill\u00e9s du b\u00e9b\u00e9. Elle recouvre le puits de droite avec la seconde feutrine identique, puis retient doucement les mains de Julien pendant un d\u00e9lai de cinq secondes. D\u00e8s que les mains sont rel\u00e2ch\u00e9es, Julien ne manifeste aucune h\u00e9sitation : son bras gauche part avec force vers le puits A. Il soul\u00e8ve la feutrine de gauche, regarde le fond vide du puits, marque un temps d&rsquo;arr\u00eat, plonge sa main plus profond\u00e9ment, puis commence \u00e0 s&rsquo;agiter en fixant l&rsquo;exp\u00e9rimentatrice, d\u00e9concert\u00e9 par l&rsquo;absence du jouet.<\/p>\n<p><strong>Cas de dissociation visuo-motrice (\u00ab Le regard qui sait, la main qui se trompe \u00bb)<\/strong><br \/>Camille, \u00e2g\u00e9e de 10 mois, est soumise au m\u00eame protocole \u00e9quip\u00e9 d&rsquo;un syst\u00e8me de capture oculaire rapide. Lors du premier essai en B, pendant les 4 secondes de d\u00e9lai, ses yeux restent obstin\u00e9ment riv\u00e9s sur la cache B de droite. M\u00eame au moment pr\u00e9cis o\u00f9 ses mains sont lib\u00e9r\u00e9es, la fixation oculaire de Camille ne quitte pas le couvercle de droite. Pourtant, de mani\u00e8re presque autonome, son bras droit franchit la ligne m\u00e9diane pour aller saisir la couverture de gauche en A. Ce cas illustre de mani\u00e8re spectaculaire le d\u00e9couplage entre le syst\u00e8me perceptif visuel dorsal\/ventral et la commande motrice sous-corticale ou striatale non inhib\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Cas de manipulation posturale<\/strong><br \/>Dans une variante men\u00e9e selon les principes des syst\u00e8mes dynamiques, un nourrisson pers\u00e9v\u00e9rant en A est soulev\u00e9 d\u00e9licatement par son parent et mis debout sur ses pieds imm\u00e9diatement avant la pr\u00e9sentation de l&rsquo;essai B. Le simple changement de proprioception articulaire et d&rsquo;angle de vis\u00e9e rompt le couplage dynamique stabilis\u00e9 lors des essais en A. Le b\u00e9b\u00e9 tend alors imm\u00e9diatement la main vers la cache B, triomphant de l&rsquo;erreur.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>La passation rigoureuse de la t\u00e2che A-non-B requiert un protocole standardis\u00e9 strict afin d&rsquo;isoler valablement les processus ex\u00e9cutifs de simples facteurs confusionnels (distraction, fatigue, pr\u00e9f\u00e9rence manuelle lat\u00e9rale). Les crit\u00e8res m\u00e9thodologiques de r\u00e9f\u00e9rence comprennent :<\/p>\n<p><strong>La standardisation spatiale :<\/strong> La table d&rsquo;\u00e9valuation doit comporter deux r\u00e9ceptacles encastr\u00e9s ou deux bo\u00eetes identiques situ\u00e9es \u00e0 une distance fixe (g\u00e9n\u00e9ralement 20 \u00e0 30 cm d&rsquo;intervalle), dispos\u00e9es sym\u00e9triquement par rapport au plan sagittal m\u00e9dian de l&rsquo;enfant, \u00e0 une port\u00e9e de bras ais\u00e9ment accessible sans que le nourrisson n&rsquo;ait \u00e0 basculer le buste de mani\u00e8re d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Le calibrage du d\u00e9lai de r\u00e9tention :<\/strong> L&rsquo;administration d\u00e9bute classiquement par un d\u00e9lai nul (0 seconde) pour valider la motricit\u00e9 de base et l&rsquo;attention visuelle. Si l&rsquo;enfant r\u00e9ussit, le d\u00e9lai est incr\u00e9ment\u00e9 de mani\u00e8re adaptative par pas de 2 ou 3 secondes (m\u00e9thode de l&rsquo;escalier). On note le \u00ab d\u00e9lai seuil \u00bb \u00e0 partir duquel l&rsquo;enfant bascule dans l&rsquo;erreur syst\u00e9matique.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;\u00e9valuation des fixations oculaires (paradigme de transgression des attentes) :<\/strong> En couplant la t\u00e2che \u00e0 des techniques de poursuite oculaire ou \u00e0 des mesures de temps de regard pr\u00e9f\u00e9rentiel (m\u00e9thode popularis\u00e9e par Ren\u00e9e Baillargeon), les chercheurs enregistrent si le nourrisson regarde plus longuement une sc\u00e8ne o\u00f9 l&rsquo;objet r\u00e9appara\u00eet miraculeusement en A apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 cach\u00e9 en B, ce qui trahit une surprise cognitive face \u00e0 une violation des lois physiques, d\u00e9montrant la possession d&rsquo;une attente repr\u00e9sentative implicite.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;imagerie fonctionnelle et l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie :<\/strong> Les mesures par spectroscopie proche infrarouge fonctionnelle (fNIRS) et par \u00e9lectroenc\u00e9phalographie (EEG) \u00e0 haute densit\u00e9 chez le nourrisson permettent d&rsquo;\u00e9valuer l&rsquo;activation h\u00e9modynamique et la synchronisation des ondes th\u00eata et gamma au niveau des aires frontales et pari\u00e9tales pendant l&rsquo;intervalle de r\u00e9tention. Les variations de puissance du rythme cardiaque sont \u00e9galement exploit\u00e9es comme indice du niveau d&rsquo;effort attentionnel consenti.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Bien qu&rsquo;originellement con\u00e7ue comme un outil d&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie g\u00e9n\u00e9tique fondamentale, la t\u00e2che A-non-B a trouv\u00e9 des applications majeures dans plusieurs champs disciplinaires :<\/p>\n<p><strong>D\u00e9pistage et neurop\u00e9diatrie d\u00e9veloppementale :<\/strong> La trajectoire temporelle de disparition de l&rsquo;erreur A-non-B sert d&rsquo;indicateur sensible de la maturation fonctionnelle du syst\u00e8me nerveux central. Des retards persistants de r\u00e9solution au-del\u00e0 de 12 \u00e0 14 mois sont fr\u00e9quemment document\u00e9s chez des enfants n\u00e9s grands pr\u00e9matur\u00e9s, des enfants expos\u00e9s <em>in utero<\/em> \u00e0 des toxiques neurod\u00e9presseurs (alcool, opiac\u00e9s) ou des enfants pr\u00e9sentant des l\u00e9sions c\u00e9r\u00e9brales p\u00e9rinatales pr\u00e9coces touchant les circuits cortico-striataux.<\/p>\n<p><strong>Mod\u00e8les cliniques de troubles neurod\u00e9veloppementaux :<\/strong> Des protocoles d\u00e9riv\u00e9s de la t\u00e2che A-non-B sont administr\u00e9s d\u00e8s la petite enfance dans le cadre d&rsquo;\u00e9tudes longitudinales sur le trouble du spectre de l&rsquo;autisme (TSA) et le trouble du d\u00e9ficit de l&rsquo;attention avec ou sans hyperactivit\u00e9 (TDAH). Les anomalies pr\u00e9coces dans la flexibilit\u00e9 cognitive et l&rsquo;inhibition motrice lors de ces \u00e9preuves constituent des endoph\u00e9notypes pr\u00e9coces pr\u00e9cieux pour la d\u00e9tection pr\u00e9coce des troubles ex\u00e9cutifs.<\/p>\n<p><strong>Psychologie compar\u00e9e et \u00e9thologie cognitive :<\/strong> La t\u00e2che A-non-B a \u00e9t\u00e9 adapt\u00e9e pour \u00e9valuer les capacit\u00e9s cognitives de nombreuses esp\u00e8ces animales. Les grands singes (chimpanz\u00e9s, bonobos) et certains canid\u00e9s domestiques (chiens) r\u00e9solvent brillamment la t\u00e2che, tandis que d&rsquo;autres mammif\u00e8res ou oiseaux commettent des pers\u00e9v\u00e9rations analogues \u00e0 celles des nourrissons humains. Ces \u00e9tudes \u00e9clairent l&rsquo;\u00e9volution phylog\u00e9n\u00e9tique des lobes frontaux et l&rsquo;influence de la domestication sur la sensibilit\u00e9 aux indices communicatifs humains.<\/p>\n<p><strong>Ergonomie des interfaces et robotique d\u00e9veloppementale :<\/strong> En intelligence artificielle et en robotique bio-inspir\u00e9e, la reproduction de l&rsquo;erreur A-non-B dans des architectures computationnelles neuromorphiques sert de banc d&rsquo;essai pour cr\u00e9er des robots capables d&rsquo;apprendre \u00e0 interagir avec des objets du monde r\u00e9el par le biais d&rsquo;un couplage continu de capteurs et d&rsquo;actionneurs physiques.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>La litt\u00e9rature scientifique d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la t\u00e2che A-non-B compte des centaines d&rsquo;\u00e9tudes princeps. Parmi les avanc\u00e9es empiriques les plus d\u00e9terminantes, on peut souligner :<\/p>\n<p><strong>Les travaux d&rsquo;Adele Diamond (1985, 1990) :<\/strong> Dans une s\u00e9rie d&rsquo;\u00e9tudes longitudinales devenues des classiques incontournables, Diamond a suivi des nourrissons de 6 \u00e0 12 mois semaine apr\u00e8s semaine. Elle a \u00e9tabli que le d\u00e9lai de r\u00e9tention n\u00e9cessaire pour provoquer l&rsquo;erreur A-non-B augmente de fa\u00e7on remarquablement lin\u00e9aire \u00e0 raison d&rsquo;environ 2 secondes par mois d&rsquo;\u00e2ge (passant de moins de 2 secondes \u00e0 7 mois et demi \u00e0 plus de 10 secondes \u00e0 12 mois). Diamond a parall\u00e8lement d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;une l\u00e9sion s\u00e9lective du cortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral chez le macaque rh\u00e9sus adulte r\u00e9introduit exactement la m\u00eame erreur comportementale que celle observ\u00e9e chez le nourrisson humain na\u00eff.<\/p>\n<p><strong>La m\u00e9ta-analyse de Wellman, Cross et Bartsch (1986) :<\/strong> Portant sur plus de 30 \u00e9tudes publi\u00e9es et 100 conditions exp\u00e9rimentales, cette synth\u00e8se statistique majeure a d\u00e9montr\u00e9 que la pers\u00e9v\u00e9ration n&rsquo;est pas un artefact de laboratoire. Elle a mis en \u00e9vidence trois facteurs universels pr\u00e9dictifs de l&rsquo;erreur : l&rsquo;\u00e2ge du sujet (d\u00e9clin constant de l&rsquo;erreur avec l&rsquo;\u00e2ge), la longueur du d\u00e9lai d&rsquo;attente (corr\u00e9lation positive avec l&rsquo;erreur) et le nombre de r\u00e9ceptacles disponibles (l&rsquo;augmentation du nombre de bo\u00eetes alternatives au-del\u00e0 de deux tend \u00e0 disperser les erreurs de recherche tout en maintenant un taux \u00e9lev\u00e9 d&rsquo;\u00e9checs en B).<\/p>\n<p><strong>La r\u00e9volution dynamique de Thelen et al. (2001) :<\/strong> Dans une publication fondamentale parue dans <em>Behavioral and Brain Sciences<\/em>, Esther Thelen et ses coll\u00e8gues ont apport\u00e9 des preuves empiriques spectaculaires d\u00e9montrant que l&rsquo;erreur A-non-B peut se produire sans m\u00eame cacher le moindre objet ! En attirant simplement l&rsquo;attention de l&rsquo;enfant vers le couvercle A par des tapotements r\u00e9p\u00e9t\u00e9s, puis vers le couvercle B, ils ont obtenu les m\u00eames taux de pers\u00e9v\u00e9ration manuelle en A. Cette d\u00e9couverte a prouv\u00e9 que le comportement est largement r\u00e9gi par la dynamique d&rsquo;amor\u00e7age moteur et d&rsquo;orientation attentionnelle, ind\u00e9pendamment de toute repr\u00e9sentation cach\u00e9e d&rsquo;un objet substantiel.<\/p>\n<p><strong>Le mod\u00e8le hi\u00e9rarchique de Marcovitch et Zelazo (1999) :<\/strong> Ces auteurs ont d\u00e9velopp\u00e9 un cadre unificateur conciliant les approches connexionnistes et ex\u00e9cutives. Ils ont d\u00e9montr\u00e9 par des s\u00e9ries empiriques que la performance \u00e0 la t\u00e2che d\u00e9pend du rapport quantitatif entre les essais r\u00e9ussis en A et les essais de bascule vers B, l&rsquo;inhibition n&rsquo;\u00e9tant recrut\u00e9e que lorsque la repr\u00e9sentation consciente de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement B parvient \u00e0 dominer l&rsquo;accumulation probabiliste des traces sensori-motrices p\u00e9riph\u00e9riques.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>Une question fondamentale pos\u00e9e par les \u00e9pist\u00e9mologues du d\u00e9veloppement est celle de l&rsquo;universalit\u00e9 de la t\u00e2che A-non-B. L&rsquo;erreur traduit-elle un invariant de l&rsquo;ontogen\u00e8se c\u00e9r\u00e9brale humaine ou un sous-produit des pratiques de pu\u00e9riculture occidentales individualistes et s\u00e9dentaires ?<\/p>\n<p>Les recherches transculturelles men\u00e9es en Afrique subsaharienne, en Am\u00e9rique du Sud et en Asie rurale ont confirm\u00e9 que la transition d\u00e9veloppementale du sous-stade 4 au sous-stade 5 se retrouve dans toutes les populations humaines \u00e9tudi\u00e9es. Tous les nourrissons de la plan\u00e8te traversent une p\u00e9riode o\u00f9 ils commettent l&rsquo;erreur A-non-B avant de la surmonter.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, des variations fines dans le calendrier d&rsquo;apparition et de r\u00e9solution ont \u00e9t\u00e9 document\u00e9es. Des \u00e9tudes men\u00e9es aupr\u00e8s de communaut\u00e9s o\u00f9 le portage ventral ou dorsal continu est la norme (par exemple chez les m\u00e8res Kung San du d\u00e9sert du Kalahari ou certaines populations d&rsquo;Afrique centrale) ont rapport\u00e9 une \u00e9mergence plus pr\u00e9coce des capacit\u00e9s de pr\u00e9hension et une r\u00e9solution plus rapide de la t\u00e2che A-non-B comparativement aux moyennes occidentales. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne est attribu\u00e9 \u00e0 la stimulation proprioceptive, vestibulaire et motrice intense d\u00e9coulant des mouvements maternels quotidiens, qui acc\u00e9l\u00e8re la my\u00e9linisation des voies sensori-motrices et la maturation pr\u00e9frontale associ\u00e9e.<\/p>\n<p>Par ailleurs, la fa\u00e7on dont l&rsquo;adulte interagit socialement pendant l&rsquo;\u00e9preuve introduit des modulations culturelles. Dans les cultures o\u00f9 l&rsquo;apprentissage passe massivement par l&rsquo;observation silencieuse plut\u00f4t que par la communication verbale et le contact oculaire soutenu (indices ostensifs), le profil de pers\u00e9v\u00e9ration peut diff\u00e9rer, r\u00e9v\u00e9lant la perm\u00e9abilit\u00e9 de la t\u00e2che aux conventions de transmission sociale.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Le statut \u00e9pist\u00e9mologique de la t\u00e2che A-non-B a suscit\u00e9 d&rsquo;\u00e2pres controverses scientifiques qui continuent d&rsquo;animer les sciences cognitives contemporaines :<\/p>\n<p><strong>La querelle de la comp\u00e9tence versus la performance :<\/strong> Initi\u00e9 par Ren\u00e9e Baillargeon et Elizabeth Spelke, le courant \u00ab nativiste \u00bb ou cognitiviste pr\u00e9coce a vivement critiqu\u00e9 l&rsquo;interpr\u00e9tation piag\u00e9tienne de l&rsquo;erreur A-non-B. En utilisant des dispositifs o\u00f9 l&rsquo;enfant n&rsquo;a pas besoin de manipuler physiquement les objets mais doit simplement regarder des \u00e9crans (paradigme de transgression de l&rsquo;attente), ces chercheuses ont affirm\u00e9 que les b\u00e9b\u00e9s poss\u00e8dent d\u00e8s l&rsquo;\u00e2ge de 3 \u00e0 4 mois une compr\u00e9hension sophistiqu\u00e9e de la permanence et de la solidit\u00e9 des objets physiques. Selon cette critique, la t\u00e2che A-non-B piag\u00e9tienne est une \u00e9preuve inad\u00e9quate qui sous-estime tragiquement les comp\u00e9tences conceptuelles du b\u00e9b\u00e9 parce qu&rsquo;elle lui impose une charge motrice et ex\u00e9cutive trop complexe.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;hypoth\u00e8se du biais communicatif ostensif (Top\u00e1l et al., 2008) :<\/strong> Une controverse fascinante a \u00e9merg\u00e9 des travaux de J\u00f3zsef Top\u00e1l et de son \u00e9quipe. Ces auteurs ont soutenu que l&rsquo;erreur A-non-B chez les b\u00e9b\u00e9s humains n&rsquo;est ni un probl\u00e8me de m\u00e9moire ni une faiblesse motrice, mais un artefact issu de la sensibilit\u00e9 singuli\u00e8re du petit humain \u00e0 la p\u00e9dagogie naturelle. Dans la condition exp\u00e9rimentale standard, l&rsquo;exp\u00e9rimentateur regarde l&rsquo;enfant dans les yeux, sourit et lui parle (\u00ab Regarde, Julien ! \u00bb). Pour l&rsquo;enfant, ces signaux ostensifs signifient que l&rsquo;adulte ne r\u00e9alise pas une action anecdotique, mais lui transmet une r\u00e8gle culturelle g\u00e9n\u00e9rique et p\u00e9renne : \u00ab Cet objet appartient \u00e0 l&#8217;emplacement A \u00bb. Lorsque l&rsquo;adulte d\u00e9place ensuite l&rsquo;objet en B de mani\u00e8re clandestine ou non-ostensive (sans contact oculaire), le taux d&rsquo;erreur chute spectaculairement. Cette interpr\u00e9tation socio-communicative reste vigoureusement d\u00e9battue par les tenants des mod\u00e8les neurod\u00e9veloppementaux classiques.<\/p>\n<p><strong>Les limites \u00e9cologiques du dispositif exp\u00e9rimental :<\/strong> Des chercheurs en cognition \u00e9cologique soulignent que la t\u00e2che A-non-B place le nourrisson dans une situation artificielle hautement contrainte : assis, immobile face \u00e0 une table, soumis \u00e0 des r\u00e8gles arbitraires impos\u00e9es par un inconnu. Dans son environnement \u00e9cologique naturel de reptation ou de marche \u00e0 quatre pattes, le jeune enfant explore l&rsquo;espace par des d\u00e9placements globaux de l&rsquo;ensemble de son corps, contexte dans lequel les pers\u00e9v\u00e9rations manuelles statiques observ\u00e9es en laboratoire perdent souvent de leur acuit\u00e9.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour \u00e9viter toute confusion taxonomique, il importe de distinguer la t\u00e2che A-non-B de plusieurs concepts voisins :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Permanence de l&rsquo;objet :<\/strong> Croyance cognitive fondamentale selon laquelle les entit\u00e9s mat\u00e9rielles continuent d&rsquo;exister dans le monde m\u00eame lorsqu&rsquo;elles \u00e9chappent \u00e0 notre champ de perception directe. La t\u00e2che A-non-B est le test historique utilis\u00e9 pour \u00e9valuer l&rsquo;un des stades de construction de cette permanence, mais le concept de permanence est plus vaste et transcende cette \u00e9preuve sp\u00e9cifique.<\/li>\n<li><strong>Pers\u00e9v\u00e9ration motrice :<\/strong> Tendance g\u00e9n\u00e9rale et involontaire \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter une action motrice ant\u00e9rieurement efficace face \u00e0 une situation nouvelle requ\u00e9rant une adaptation. L&rsquo;erreur A-non-B est une forme particuli\u00e8re de pers\u00e9v\u00e9ration motrice spatialement localis\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Test de tri de cartes du Wisconsin (WCST) :<\/strong> Instrument neuropsychologique \u00e9valuant la flexibilit\u00e9 cognitive et la pers\u00e9v\u00e9ration chez l&rsquo;enfant d&rsquo;\u00e2ge scolaire et l&rsquo;adulte. Bien que le WCST \u00e9value des fonctions ex\u00e9cutives pr\u00e9frontales homologues (capacit\u00e9 \u00e0 inhiber une r\u00e8gle ancienne au profit d&rsquo;une r\u00e8gle nouvelle), il s&rsquo;adresse \u00e0 des fonctions cognitives symboliques complexes, alors que la t\u00e2che A-non-B op\u00e8re au niveau sensori-moteur \u00e9l\u00e9mentaire.<\/li>\n<li><strong>\u00c9preuve des d\u00e9placements invisibles (sous-stade 6 piag\u00e9tien) :<\/strong> \u00c9preuve dans laquelle un objet est cach\u00e9 dans une bo\u00eete ferm\u00e9e, puis cette bo\u00eete est gliss\u00e9e sous un tissu o\u00f9 l&rsquo;objet est abandonn\u00e9 sans que l&rsquo;enfant ne voie le transfert direct. Cette t\u00e2che explore l&rsquo;inf\u00e9rence repr\u00e9sentative d\u00e9ductive, un niveau cognitif sup\u00e9rieur \u00e0 la simple alternance visible A-non-B du sous-stade 4.<\/li>\n<li><strong>Inhibition comportementale :<\/strong> Trait de temp\u00e9rament ou processus neurobiologique g\u00e9n\u00e9ral consistant \u00e0 freiner une r\u00e9action pulsionnelle, motrice ou \u00e9motionnelle. Le contr\u00f4le inhibiteur est un ingr\u00e9dient n\u00e9cessaire pour r\u00e9ussir la t\u00e2che A-non-B, mais il ne r\u00e9sume pas \u00e0 lui seul l&rsquo;ensemble des dynamiques spatiales et mn\u00e9siques mobilis\u00e9es par l&rsquo;\u00e9preuve.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>La t\u00e2che A-non-B demeure l&rsquo;un des protocoles exp\u00e9rimentaux les plus embl\u00e9matiques et formateurs de la psychologie contemporaine. Son apparente simplicit\u00e9 op\u00e9ratoire dissimule une complexit\u00e9 th\u00e9orique sans \u00e9gale qui a nourri les plus intenses d\u00e9bats sur la structure de l&rsquo;esprit humain au cours du si\u00e8cle \u00e9coul\u00e9.<\/p>\n<p>Sur le plan d\u00e9veloppemental, la transition observ\u00e9e entre 8 et 12 mois ne refl\u00e8te pas une simple acquisition binaire (\u00ab comprendre \u00bb ou \u00ab ne pas comprendre \u00bb la permanence d&rsquo;une chose), mais t\u00e9moigne de l&rsquo;int\u00e9gration progressive et d\u00e9licate de multiples syst\u00e8mes fonctionnels : la m\u00e9moire de travail spatiale, la programmation motrice guid\u00e9e par la vision, la posture corporelle, et surtout l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;un puissant contr\u00f4le inhibiteur relay\u00e9 par la maturation du cortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral.<\/p>\n<p>Que l&rsquo;on interpr\u00e8te ce ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e0 la lumi\u00e8re de l&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie g\u00e9n\u00e9tique piag\u00e9tienne, de la neurobiologie d\u00e9veloppementale, des r\u00e9seaux connexionnistes, des syst\u00e8mes dynamiques incarn\u00e9s ou de la p\u00e9dagogie ostensive sociale, l&rsquo;erreur A-non-B offre une fen\u00eatre exceptionnelle sur le moment exact o\u00f9 l&rsquo;\u00eatre humain commence \u00e0 s&rsquo;\u00e9manciper du d\u00e9terminisme de ses actions imm\u00e9diates pour s&rsquo;ouvrir \u00e0 une repr\u00e9sentation objective, autonome et ordonn\u00e9e de l&rsquo;Univers.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Baillargeon, R. (1987). Object permanence in 3\u00bd- and 4\u00bd-month-old infants. <em>Developmental Psychology<\/em>, 23(5), 655\u2013664. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0012-1649.23.5.655\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0012-1649.23.5.655<\/a><\/li>\n<li>Diamond, A. (1985). Development of the ability to use recall to guide action, as indicated by infants&rsquo; performance on AB. <em>Child Development<\/em>, 56(4), 868\u2013883. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.2307\/1130101\">https:\/\/doi.org\/10.2307\/1130101<\/a><\/li>\n<li>Marcovitch, S., &amp; Zelazo, P. D. (1999). The A-not-B error: Results of a meta-analysis. <em>Monographs of the Society for Research in Child Development<\/em>, 64(4), 1\u2013129. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/1540-5834.00045\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/1540-5834.00045<\/a><\/li>\n<li>Piaget, J. (1937). <em>La construction du r\u00e9el chez l&rsquo;enfant<\/em>. Delachaux &amp; Niestl\u00e9.<\/li>\n<li>Thelen, E., Sch\u00f6ner, G., Scheier, C., &amp; Smith, L. B. (2001). The dynamics of embodiment: A field theory of infant perseverative reaching. <em>Behavioral and Brain Sciences<\/em>, 24(1), 1\u201386. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1017\/s0140525x01003910\">https:\/\/doi.org\/10.1017\/s0140525x01003910<\/a><\/li>\n<li>Top\u00e1l, J., Gergely, G., Mikl\u00f3si, \u00c1., Erd\u0151hegyi, \u00c1., &amp; Csibra, G. (2008). Infants&rsquo; perseverative search errors are induced by pragmatic misinterpretation. <em>Science<\/em>, 321(5897), 1831\u20131834. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.1161437\">https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.1161437<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La t\u00e2che A-non-B, con\u00e7ue par Jean Piaget, est un paradigme fondamental explorant la permanence de l&rsquo;objet, la m\u00e9moire de travail et le contr\u00f4le inhibiteur pr\u00e9frontal chez le nourrisson.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[46,127,1486],"tags":[5761,5779,1949,5759,5947,5780,30732],"class_list":["post-19162","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neuropsychologie","category-psychologie-du-developpement","category-sciences-cognitives","tag-developpement-cognitif","tag-erreur-a-non-b","tag-fonctions-executives","tag-jean-piaget","tag-nourrisson","tag-permanence-de-lobjet","tag-tache-a-non-b"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19162","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19162\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=19162"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=19162"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=19162"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}