{"id":7099,"date":"2026-09-16T16:37:18","date_gmt":"2026-09-16T16:37:18","guid":{"rendered":"http:\/\/french.arabpsychology.com\/experiments\/metacognition-macaques-dauphins-etudes-david-smith\/"},"modified":"2026-09-16T16:37:18","modified_gmt":"2026-09-16T16:37:18","slug":"metacognition-macaques-dauphins-etudes-david-smith","status":"publish","type":"psych_experiment","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_experiment=metacognition-macaques-dauphins-etudes-david-smith","title":{"rendered":"Les \u00e9tudes sur la m\u00e9tacognition chez les macaques et les dauphins &#8211; David Smith"},"content":{"rendered":"<p>Pendant des si\u00e8cles, la philosophie occidentale et les sciences balbutiantes de l&rsquo;esprit ont maintenu une fronti\u00e8re herm\u00e9tique entre l&rsquo;\u00eatre humain, dou\u00e9 de raison et de r\u00e9flexivit\u00e9, et le reste du r\u00e8gne animal, rel\u00e9gu\u00e9 au statut d&rsquo;automates biologiques mus par de simples r\u00e9flexes et des m\u00e9canismes d&rsquo;apprentissage associatif aveugles. De la doctrine cart\u00e9sienne de l&rsquo;animal-machine aux formulations les plus orthodoxes du b\u00e9haviorisme skinn\u00e9rien, l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;un non-humain puisse non seulement conna\u00eetre son environnement, mais \u00e9galement \u00e9valuer l&rsquo;\u00e9tat m\u00eame de ses propres connaissances semblait relever de la pure projection anthropomorphique ou de l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie m\u00e9thodologique. L&rsquo;introspection, cette capacit\u00e9 de l&rsquo;esprit \u00e0 se prendre lui-m\u00eame pour objet d&rsquo;analyse, constituait le sanctuaire inviolable de l&rsquo;exceptionnalisme humain, le pivot central sur lequel s&rsquo;articulaient la conscience ph\u00e9nom\u00e9nale et l&rsquo;agentivit\u00e9 morale.<\/p>\n<p>Le tournant du XXIe si\u00e8cle a pourtant vu s&rsquo;effondrer ces certitudes anthropocentriques sous l&rsquo;effet d&rsquo;une r\u00e9volution exp\u00e9rimentale men\u00e9e au c\u0153ur des laboratoires de psychologie compar\u00e9e. Au centre de cette mutation paradigmatique se dressent les travaux pionniers du professeur J. David Smith et de ses collaborateurs. En concevant des protocoles d&rsquo;une rigueur math\u00e9matique et psychophysique in\u00e9dite, Smith a relev\u00e9 un d\u00e9fi m\u00e9thodologique longtemps jug\u00e9 insurmontable : interroger l&rsquo;architecture interne de la certitude et du doute chez des sujets d\u00e9pourvus de parole articul\u00e9e. \u00c0 travers l&rsquo;observation syst\u00e9matique du comportement de deux lign\u00e9es phylog\u00e9n\u00e9tiquement distinctes mais dot\u00e9es d&rsquo;une enc\u00e9phalisation exceptionnelle \u2014 les grands dauphins (<em>Tursiops truncatus<\/em>) et les macaques rh\u00e9sus (<em>Macaca mulatta<\/em>) \u2014, ces recherches ont produit les premi\u00e8res preuves irr\u00e9futables de processus m\u00e9tacognitifs authentiques chez l&rsquo;animal.<\/p>\n<p>Cet article propose une analyse approfondie et exhaustive de l&rsquo;\u00e9difice conceptuel et empirique b\u00e2ti par J. David Smith. En retra\u00e7ant l&rsquo;itin\u00e9raire qui va de l&rsquo;\u00e9laboration du paradigme de la r\u00e9ponse d&rsquo;incertitude jusqu&rsquo;aux cartographies neurophysiologiques des circuits de la d\u00e9cision, nous explorerons comment l&rsquo;\u00e9tude des \u00e9tats de doute chez le dauphin et le singe a transform\u00e9 notre compr\u00e9hension de l&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;esprit. Au-del\u00e0 des pol\u00e9miques comportementalistes sur le renforcement direct, ces donn\u00e9es nous contraignent \u00e0 repenser les origines phylog\u00e9n\u00e9tiques de la conscience r\u00e9flexive et \u00e0 red\u00e9finir la place de la subjectivit\u00e9 animale dans le concert des sciences cognitives contemporaines.<\/p>\n<h2>1. Introduction aux travaux fondateurs de J. David Smith sur la m\u00e9tacognition animale<\/h2>\n<h3>1.1 Le contexte historique de la psychologie compar\u00e9e et le probl\u00e8me de l&rsquo;acc\u00e8s conscient<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la psychologie compar\u00e9e a longtemps \u00e9t\u00e9 travers\u00e9e par une m\u00e9fiance visc\u00e9rale \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de toute tentative d&rsquo;attribuer des \u00e9tats mentaux internes aux animaux. Sous l&rsquo;influence dominante du b\u00e9haviorisme radical th\u00e9oris\u00e9 par John B. Watson et <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pmc\/articles\/PMC1473025\/\">B.F. Skinner<\/a>, la psychologie scientifique du XXe si\u00e8cle s&rsquo;est donn\u00e9 pour mandat d&rsquo;expurger l&rsquo;analyse comportementale de tout vocabulaire mentaliste. Les notions d&rsquo;intentionnalit\u00e9, de repr\u00e9sentation mentale ou de conscience \u00e9taient qualifi\u00e9es de fictions explicatives non observables, rel\u00e9gu\u00e9es dans la fameuse \u00ab bo\u00eete noire \u00bb. L&rsquo;apprentissage animal \u00e9tait alors exclusivement appr\u00e9hend\u00e9 \u00e0 travers le prisme du conditionnement classique pavlovien et du renforcement op\u00e9rant, r\u00e9duisant l&rsquo;organisme \u00e0 un syst\u00e8me d&rsquo;associations m\u00e9caniques entre stimuli environnementaux et r\u00e9ponses motrices adaptatives.<\/p>\n<p>Cette h\u00e9g\u00e9monie \u00e9pist\u00e9mologique a commenc\u00e9 \u00e0 vaciller \u00e0 la fin du si\u00e8cle avec l&rsquo;av\u00e8nement de l&rsquo;\u00e9thologie cognitive promue par Donald Griffin, et la transition progressive vers une psychologie cognitive compar\u00e9e. Les chercheurs ont \u00e9t\u00e9 confront\u00e9s \u00e0 des anomalies comportementales que les lois simples de l&rsquo;associationnisme peinaient \u00e0 expliquer : utilisation flexible d&rsquo;outils, apprentissage social par \u00e9mulation, ou encore navigation spatiale fond\u00e9e sur des cartes cognitives. Toutefois, un bastion conceptuel r\u00e9sistait avec une vigueur particuli\u00e8re : celui de la r\u00e9flexivit\u00e9 cognitive et de la conscience de soi. Alors que des tests d&rsquo;auto-reconnaissance sp\u00e9culaire initi\u00e9s par Gordon Gallup sugg\u00e9raient une forme de conscience corporelle chez les grands singes, la question de l&rsquo;acc\u00e8s conscient aux contenus informationnels du cerveau demeurait une \u00e9nigme empirique inaccessible.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me de l&rsquo;acc\u00e8s conscient r\u00e9sidait dans l&rsquo;absence apparente de marqueurs comportementaux objectifs permettant de distinguer une r\u00e9ponse cognitive directe d&rsquo;une \u00e9valuation subjective de cette m\u00eame r\u00e9ponse. Chez l&rsquo;\u00eatre humain, l&rsquo;introspection est classiquement attest\u00e9e par le rapport verbal : l&rsquo;individu exprime spontan\u00e9ment son incertitude en d\u00e9clarant \u00ab je ne sais pas \u00bb ou \u00ab je ne suis pas s\u00fbr \u00bb. En l&rsquo;absence de langage articul\u00e9, comment d\u00e9montrer qu&rsquo;un animal ne fait pas que traiter de l&rsquo;information environnementale, mais surveille activement la pr\u00e9cision ou la lacune de son propre traitement ? C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment pour d\u00e9passer cette aporie fondamentale que les chercheurs ont d\u00fb inventer de nouveaux paradigmes exp\u00e9rimentaux capables d&rsquo;objectiver les \u00e9tats subjectifs internes sans verser dans l&rsquo;anthropomorphisme anecdotique.<\/p>\n<h3>1.2 La trajectoire scientifique de J. David Smith et la gen\u00e8se de ses hypoth\u00e8ses<\/h3>\n<p>Form\u00e9 aux carrefours exigeants de la psychophysique et de la psychologie cognitive humaine, <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.buffalo.edu\/cas\/psychology\/faculty\/smith.html\">J. David Smith<\/a> a d\u00e9velopp\u00e9 une sensibilit\u00e9 m\u00e9thodologique particuli\u00e8re pour la quantification rigoureuse des seuils perceptifs et des dynamiques d\u00e9cisionnelles. \u00c9loign\u00e9 des pr\u00e9jug\u00e9s id\u00e9ologiques tant du b\u00e9haviorisme r\u00e9ductionniste que de l&rsquo;\u00e9thologie romantique, Smith s&rsquo;est int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 la fa\u00e7on dont les sujets humains et non humains naviguent au sein d&rsquo;environnements sensoriels ambigus, l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;information disponible ne permet pas de d\u00e9terminer avec certitude l&rsquo;action optimale \u00e0 engager. Sa vision reposait sur une intuition audacieuse : si les m\u00e9canismes de surveillance m\u00e9tacognitive constituent une adaptation \u00e9volutive fondamentale pour optimiser la survie sous contrainte d&rsquo;incertitude, ils ne sauraient \u00eatre apparus <em>ex nihilo<\/em> avec l&rsquo;\u00e9mergence du langage verbal chez l&rsquo;homme moderne.<\/p>\n<p>L&rsquo;ambition de Smith consistait \u00e0 concevoir un mod\u00e8le exp\u00e9rimental formel permettant d&rsquo;interroger la \u00ab surveillance m\u00e9tacognitive \u00bb (<em>metacognitive monitoring<\/em>) chez l&rsquo;animal en neutralisant toute m\u00e9diation linguistique. L&rsquo;hypoth\u00e8se centrale formul\u00e9e par Smith et son \u00e9quipe postulait que certains vert\u00e9br\u00e9s sup\u00e9rieurs poss\u00e8dent des architectures d\u00e9cisionnelles \u00e0 plusieurs niveaux : lorsqu&rsquo;ils sont confront\u00e9s \u00e0 une t\u00e2che cognitive complexe, ces animaux ne g\u00e9n\u00e9reraient pas simplement une r\u00e9ponse dirig\u00e9e vers l&rsquo;objet ext\u00e9rieur, mais \u00e9mettraient une m\u00e9ta-\u00e9valuation relative \u00e0 la fiabilit\u00e9 de leur propre \u00e9tat cognitif interne. Cette \u00e9valuation se traduirait par la d\u00e9tection d&rsquo;un \u00e9tat subjectif de doute ou d&rsquo;incertitude, utilisable de mani\u00e8re adaptative pour r\u00e9guler l&rsquo;action ult\u00e9rieure.<\/p>\n<p>L&rsquo;impact \u00e9pist\u00e9mologique des premi\u00e8res publications de J. David Smith au milieu des ann\u00e9es 1990 a \u00e9t\u00e9 sismique pour la communaut\u00e9 scientifique internationale. En publiant ses premiers r\u00e9sultats obtenus chez le dauphin en 1995, puis chez le macaque au tournant des ann\u00e9es 2000, Smith ne s&rsquo;est pas content\u00e9 d&rsquo;apporter des donn\u00e9es comportementales novatrices : il a offert un cadre op\u00e9ratoire r\u00e9futable au sens popp\u00e9rien. Ses travaux ont contraint la psychologie animale \u00e0 abandonner ses r\u00e9flexes de rejet dogmatique des concepts mentalistes, amor\u00e7ant un dialogue fructueux entre la psychophysique sensorielle, les neurosciences computationnelles et la philosophie contemporaine de l&rsquo;esprit.<\/p>\n<h3>1.3 D\u00e9finition op\u00e9rationnelle de la m\u00e9tacognition appliqu\u00e9e aux mod\u00e8les non humains<\/h3>\n<p>Pour soustraire le concept de m\u00e9tacognition aux glissements s\u00e9mantiques et aux accusations de sp\u00e9culation philosophique, il \u00e9tait imp\u00e9ratif d&rsquo;en \u00e9tablir une d\u00e9finition op\u00e9rationnelle rigoureuse, applicable au laboratoire animal. Dans sa formulation la plus g\u00e9n\u00e9rale, la m\u00e9tacognition est traditionnellement d\u00e9finie comme \u00ab la connaissance sur sa propre connaissance \u00bb ou, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, la cognition qui porte sur des processus cognitifs pr\u00e9alables. Dans le cadre des sciences comportementales compar\u00e9es, cette notion implique une distinction th\u00e9orique fondamentale entre deux niveaux hi\u00e9rarchiques distincts : la cognition dite de premier ordre et la cognition de second ordre (ou m\u00e9ta-cognition).<\/p>\n<p>La cognition de premier ordre englobe l&rsquo;ensemble des op\u00e9rations mentales engag\u00e9es directement dans l&rsquo;interaction avec le monde physique : percevoir un stimulus, m\u00e9moriser une s\u00e9quence d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements, cat\u00e9goriser des formes ou s\u00e9lectionner une trajectoire motrice. Ces processus traitent des repr\u00e9sentations directes de l&rsquo;environnement ext\u00e9rieur. En revanche, la cognition de second ordre prend pour objet d&rsquo;analyse les processus de premier ordre eux-m\u00eames. Elle ne traite pas du signal sensoriel brut, mais de l&rsquo;\u00e9tat fonctionnel du syst\u00e8me perceptif ou mn\u00e9sique : l&rsquo;information mn\u00e9sique est-elle suffisamment intacte pour r\u00e9pondre avec succ\u00e8s ? Le signal sensoriel est-il trop d\u00e9grad\u00e9 pour autoriser une discrimination fiable ? La m\u00e9tacognition implique donc un double m\u00e9canisme fonctionnel indissociable : la surveillance (<em>monitoring<\/em>), qui \u00e9value en continu l&rsquo;efficience des processus internes, et le contr\u00f4le ex\u00e9cutif (<em>control<\/em>), qui ajuste le comportement manifeste en fonction des r\u00e9sultats de cette surveillance.<\/p>\n<p>Dans les protocoles exp\u00e9rimentaux mis en place par Smith, cette op\u00e9rationnalisation exige d&rsquo;isoler m\u00e9ticuleusement les r\u00e9ponses perceptives directes des r\u00e9ponses r\u00e9gul\u00e9es par l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;incertitude. Il ne suffit pas qu&rsquo;un animal modifie sa cadence de travail ou manifeste des signes v\u00e9g\u00e9tatifs d&rsquo;h\u00e9sitation pour conclure \u00e0 la m\u00e9tacognition. L&rsquo;attribution d&rsquo;un \u00e9tat m\u00e9tacognitif authentique requiert la d\u00e9monstration que le sujet utilise une r\u00e9ponse sp\u00e9cifique, d\u00e9di\u00e9e \u00e0 l&rsquo;expression de son incertitude, pr\u00e9cis\u00e9ment lorsque ses capacit\u00e9s cognitives de premier ordre atteignent leurs limites op\u00e9rationnelles. Cette r\u00e9ponse doit \u00eatre d\u00e9ploy\u00e9e de mani\u00e8re strat\u00e9gique, transf\u00e9rable \u00e0 de nouveaux contextes sans apprentissage associatif pr\u00e9alable, et d\u00e9coupl\u00e9e des caract\u00e9ristiques physiques superficielles des stimuli pr\u00e9sent\u00e9s.<\/p>\n<h2>2. Les fondements th\u00e9oriques de la m\u00e9tacognition : De l&rsquo;humain \u00e0 l&rsquo;animal<\/h2>\n<h3>2.1 Le mod\u00e8le classique de Nelson et Narens appliqu\u00e9 aux esp\u00e8ces animales<\/h3>\n<p>L&rsquo;assise th\u00e9orique des recherches sur la m\u00e9tacognition trouve sa formulation la plus influente dans les travaux fondateurs de <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0079-7421(08)60529-9\">Thomas O. Nelson et Louis Narens (1990)<\/a>. Ce mod\u00e8le structural postule une organisation hi\u00e9rarchique bipartite de l&rsquo;architecture cognitive, articul\u00e9e autour de deux niveaux distincts mais en communication constante : le \u00ab niveau objet \u00bb (<em>object-level<\/em>) et le \u00ab m\u00e9ta-niveau \u00bb (<em>meta-level<\/em>). Le niveau objet contient les repr\u00e9sentations cognitives primaires g\u00e9n\u00e9r\u00e9es lors du traitement des t\u00e2ches perceptives, motrices ou m\u00e9morielles directes. Le m\u00e9ta-niveau h\u00e9berge quant \u00e0 lui une m\u00e9ta-repr\u00e9sentation dynamique, c&rsquo;est-\u00e0-dire un mod\u00e8le interne continuellement mis \u00e0 jour de l&rsquo;\u00e9tat et du fonctionnement du niveau objet.<\/p>\n<p>Ce mod\u00e8le formalise deux flux d&rsquo;informations bidirectionnels qui r\u00e9gissent la dynamique m\u00e9tacognitive :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le flux ascendant de surveillance (<em>monitoring<\/em>) :<\/strong> Le niveau objet transmet en temps r\u00e9el des indices sur son \u00e9tat de fonctionnement vers le m\u00e9ta-niveau. Ce processus donne naissance chez l&rsquo;humain \u00e0 des \u00e9tats ph\u00e9nom\u00e9nologiques subjectifs tels que le sentiment de savoir (<em>feeling-of-knowing<\/em>), les jugements de facilit\u00e9 d&rsquo;apprentissage (<em>judgments-of-learning<\/em>) ou les sentiments d&rsquo;incertitude face \u00e0 une d\u00e9cision imminente.<\/li>\n<li><strong>Le flux descendant de contr\u00f4le ex\u00e9cutif (<em>control<\/em>) :<\/strong> En retour, le m\u00e9ta-niveau exerce une action r\u00e9gulatrice sur le niveau objet en modifiant ses param\u00e8tres de fonctionnement, en interrompant un traitement vou\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec, en prolongeant la recherche mn\u00e9sique ou en modifiant la strat\u00e9gie motrice globale.<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;adaptation de ce cadre conceptuel anthropocentrique \u00e0 des esp\u00e8ces priv\u00e9es d&rsquo;expression linguistique a constitu\u00e9 le tour de force th\u00e9orique de J. David Smith. Chez l&rsquo;animal, la verbalisation du m\u00e9ta-niveau est absente par d\u00e9finition. Toutefois, la structure relationnelle d\u00e9crite par Nelson et Narens demeure fonctionnellement transposable : il suffit de doter l&rsquo;animal d&rsquo;un effecteur comportemental explicite (comme un levier ou une ic\u00f4ne d\u00e9di\u00e9e) directement coupl\u00e9 au flux de contr\u00f4le descendant. Si l&rsquo;animal active cet effecteur sp\u00e9cifiquement lorsque le flux de surveillance ascendant signale une instabilit\u00e9 ou une insuffisance informationnelle au niveau objet, l&rsquo;existence d&rsquo;une telle boucle hi\u00e9rarchique se trouve empiriquement d\u00e9montr\u00e9e.<\/p>\n<h3>2.2 Le probl\u00e8me \u00e9pineux de l&rsquo;anthropomorphisme et le rasoir d&rsquo;Ockham<\/h3>\n<p>L&rsquo;investigation des fonctions cognitives sup\u00e9rieures chez les animaux se heurte in\u00e9vitablement \u00e0 deux \u00e9cueils m\u00e9thodologiques sym\u00e9triques : l&rsquo;anthropomorphisme na\u00eff, consistant \u00e0 projeter inconsid\u00e9r\u00e9ment des \u00e9tats de conscience humaine sur des conduites animales \u00e9l\u00e9mentaires, et l&rsquo;anthropod\u00e9ni (concept forg\u00e9 par Frans de Waal), qui refuse <em>a priori<\/em> d&rsquo;admettre toute continuit\u00e9 mentale entre l&rsquo;humain et les autres esp\u00e8ces. Dans cette ar\u00e8ne \u00e9pist\u00e9mologique, le <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/parsimony\/\">rasoir d&rsquo;Ockham<\/a> et le canon de Lloyd Morgan imposent une contrainte aust\u00e8re : une action ne doit jamais \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme relevant d&rsquo;une fonction psychologique sup\u00e9rieure si elle peut \u00eatre expliqu\u00e9e par une facult\u00e9 situ\u00e9e plus bas sur l&rsquo;\u00e9chelle psychologique.<\/p>\n<p>Face \u00e0 ce principe de parcimonie, les sceptiques ont imm\u00e9diatement oppos\u00e9 une lecture strictement associative aux premiers indices d&rsquo;h\u00e9sitation ou d&rsquo;\u00e9chappement observ\u00e9s chez l&rsquo;animal. Selon cette grille de lecture m\u00e9caniste, ce qui ressemble \u00e0 une \u00e9valuation consciente de l&rsquo;incertitude pourrait simplement r\u00e9sulter de cha\u00eenes de conditionnement op\u00e9rant complexes, o\u00f9 des configurations de stimuli ext\u00e9rieurs renforcent automatiquement des comportements moteurs sp\u00e9cifiques. Si un animal s&rsquo;abstient de r\u00e9pondre face \u00e0 un stimulus difficile, est-ce parce qu&rsquo;il \u00ab sait qu&rsquo;il ne sait pas \u00bb, ou simplement parce que la configuration physique ambigu\u00eb du stimulus a acquis, au fil des essais pr\u00e9alables, une valeur aversive conditionn\u00e9e due \u00e0 des punitions ou \u00e0 l&rsquo;absence de r\u00e9compenses ant\u00e9rieures ?<\/p>\n<p>Pour neutraliser ces explications par d\u00e9faut et d\u00e9samorcer le pi\u00e8ge de la pseudo-m\u00e9tacognition associative, Smith a \u00e9labor\u00e9 une approche comparative fond\u00e9e sur la recherche de signatures comportementales convergentes entre l&rsquo;humain et l&rsquo;animal. En soumettant des sujets humains et des animaux \u00e0 des t\u00e2ches psychophysiques strictement isomorphes, Smith a pu comparer directement la topologie de leurs courbes de r\u00e9ponse, leurs cin\u00e9tiques de latence et leurs ajustements d\u00e9cisionnels. Lorsque l&rsquo;analyse statistique r\u00e9v\u00e8le une identit\u00e9 fonctionnelle parfaite entre les courbes de calibration m\u00e9tacognitive de l&rsquo;homme (qui verbalise son doute) et celles du macaque ou du dauphin, le recours \u00e0 deux explications distinctes \u2014 une interpr\u00e9tation cognitive pour l&rsquo;humain et une explication associative pour l&rsquo;animal \u2014 devient une violation du principe de parcimonie lui-m\u00eame.<\/p>\n<h3>2.3 Diff\u00e9renciation entre conscience r\u00e9flexive et processus automatiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;un des d\u00e9fis conceptuels majeurs relev\u00e9s par J. David Smith r\u00e9side dans la dissociation entre les processus de discrimination sensorielle automatiques et l&rsquo;\u00e9valuation m\u00e9tacognitive de la difficult\u00e9. Dans une t\u00e2che psychophysique standard, un syst\u00e8me biologique peut ex\u00e9cuter des discriminations fines gr\u00e2ce \u00e0 des circuits neuronaux c\u00e2bl\u00e9s qui r\u00e9pondent m\u00e9caniquement aux contrastes physiques. Une machine de tri optique s\u00e9pare des pi\u00e8ces d\u00e9fectueuses d&rsquo;un flux industriel sans poss\u00e9der la moindre notion de ce qu&rsquo;est une erreur ; elle applique une fonction de transfert math\u00e9matique aveugle. De la m\u00eame fa\u00e7on, un animal peut pr\u00e9senter un taux d&rsquo;erreur croissant \u00e0 mesure qu&rsquo;un stimulus s&rsquo;approche de son seuil diff\u00e9rentiel absolu, sans pour autant \u00e9prouver la moindre repr\u00e9sentation interne de son propre \u00e9tat de d\u00e9faillance perceptive.<\/p>\n<p>La distinction critique repose sur la source des indices qui gouvernent la d\u00e9cision finale. Dans un syst\u00e8me automatique de premier ordre, le comportement est pilot\u00e9 de mani\u00e8re exog\u00e8ne par les caract\u00e9ristiques physiques des stimuli environnementaux (longueur d&rsquo;onde, intensit\u00e9 acoustique, contraste visuel). Dans un syst\u00e8me m\u00e9tacognitif, la d\u00e9cision d&rsquo;agir ou de suspendre son action est gouvern\u00e9e de mani\u00e8re endog\u00e8ne par des signaux internes d&rsquo;\u00e9valuation de la performance. Ces indices internes de doute constituent une \u00ab proprioception cognitive \u00bb : le syst\u00e8me mesure l&rsquo;\u00e9tat de conflit au sein de ses propres r\u00e9seaux neuronaux de d\u00e9cision, la dispersion de ses traces mn\u00e9siques ou le temps d&rsquo;int\u00e9gration de l&rsquo;information sensorielle.<\/p>\n<p>La signature infaillible d&rsquo;une authentique m\u00e9tacognition r\u00e9flexive par opposition aux automatismes de bas niveau r\u00e9side d\u00e8s lors dans la flexibilit\u00e9 adaptative face \u00e0 des contextes in\u00e9dits. Un m\u00e9canisme automatique conditionn\u00e9 est rigide : il s&rsquo;effondre d\u00e8s lors que les param\u00e8tres physiques de l&rsquo;environnement changent, ou lorsque les d\u00e9lais de r\u00e9ponse sont modifi\u00e9s. En revanche, un sujet dot\u00e9 d&rsquo;une surveillance m\u00e9tacognitive est capable de transf\u00e9rer instantan\u00e9ment sa strat\u00e9gie de gestion du doute \u00e0 une t\u00e2che sensorielle totalement nouvelle, sur laquelle il ne dispose d&rsquo;aucun historique de renforcement direct. C&rsquo;est cette capacit\u00e9 d&rsquo;abstraction fonctionnelle du sentiment d&rsquo;incertitude qui permet de franchir le seuil s\u00e9parant le r\u00e9flexe computationnel de la r\u00e9flexivit\u00e9 mentale.<\/p>\n<h2>3. Le paradigme exp\u00e9rimental de la r\u00e9ponse d&rsquo;incertitude<\/h2>\n<h3>3.1 Architecture g\u00e9n\u00e9rale du test de discrimination sensorielle<\/h3>\n<p>Pour mettre en \u00e9vidence la surveillance de l&rsquo;incertitude de mani\u00e8re irr\u00e9futable, J. David Smith a mis au point une architecture exp\u00e9rimentale fond\u00e9e sur la psychophysique classique, adapt\u00e9e aux contraintes cognitives et motrices des sujets non humains. Le protocole repose sur la pr\u00e9sentation successive de stimuli dispos\u00e9s le long d&rsquo;un continuum physique parfaitement quantifi\u00e9 et calibr\u00e9. Ce continuum peut concerner diff\u00e9rentes dimensions sensorielles \u00e9l\u00e9mentaires : la fr\u00e9quence d&rsquo;une onde acoustique pure, la luminosit\u00e9 d&rsquo;un panneau \u00e9clair\u00e9, la longueur spatiale d&rsquo;une ligne ou, de mani\u00e8re encore plus robuste, la densit\u00e9 surfacique de pixels distribu\u00e9s sur un \u00e9cran cathodique puis num\u00e9rique.<\/p>\n<p>Dans la configuration canonique \u00e0 choix forc\u00e9, l&rsquo;animal est confront\u00e9 \u00e0 deux options de r\u00e9ponse principales, mat\u00e9rialis\u00e9es par des manipulateurs physiques ou des cibles visuelles tactiles. Chaque manipulateur est associ\u00e9 conventionnellement \u00e0 l&rsquo;un des deux extr\u00eames du continuum physique :<\/p>\n<ul>\n<li>L&rsquo;option \u00ab A \u00bb est correcte pour les stimuli situ\u00e9s dans la zone basse du continuum (ex. : sons graves, motifs clairsem\u00e9s).<\/li>\n<li>L&rsquo;option \u00ab B \u00bb est correcte pour les stimuli situ\u00e9s dans la zone haute du continuum (ex. : sons aigus, motifs denses).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Lorsque les stimuli pr\u00e9sent\u00e9s sont tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9s l&rsquo;un de l&rsquo;autre sur l&rsquo;\u00e9chelle physique, le niveau de discrimination est maximal : l&rsquo;animal s\u00e9lectionne l&rsquo;option ad\u00e9quate avec une pr\u00e9cision proche de 100 %, caract\u00e9ris\u00e9e par des latences motrices tr\u00e8s courtes.<\/p>\n<p>La complexification strat\u00e9gique du protocole intervient lors de l&rsquo;introduction progressive de stimuli ambigus, positionn\u00e9s pr\u00e9cis\u00e9ment au voisinage imm\u00e9diat du seuil perceptif de discrimination du sujet, \u00e0 l&rsquo;exact point de transition psychophysique (le point d&rsquo;\u00e9galisation subjective). \u00c0 ce stade critique, l&rsquo;information sensorielle brute devient insuffisante pour trancher de mani\u00e8re cat\u00e9gorique entre A et B. L&rsquo;animal se trouve plong\u00e9 dans une zone de conflit perceptif intense o\u00f9 la probabilit\u00e9 stochastique d&rsquo;\u00e9mettre une erreur culmine. Le dispositif exp\u00e9rimental consigne simultan\u00e9ment avec une r\u00e9solution temporelle fine les pourcentages de choix, les temps de r\u00e9action, les h\u00e9sitations motrices et les trajectoires spatiales des effecteurs comportementaux.<\/p>\n<h3>3.2 L&rsquo;introduction de la touche d&rsquo;\u00e9chappement ou d&rsquo;abstention (&lsquo;Uncertainty Response&rsquo;)<\/h3>\n<p>L&rsquo;innovation m\u00e9thodologique de J. David Smith a consist\u00e9 \u00e0 affranchir l&rsquo;animal du carcan du choix binaire forc\u00e9 en int\u00e9grant une troisi\u00e8me voie d\u00e9cisionnelle : l&rsquo;option d&rsquo;incertitude ou touche d&rsquo;\u00e9chappement (<em>uncertainty response<\/em>, not\u00e9e UR). Ce manipulateur suppl\u00e9mentaire (un levier distinct ou une ic\u00f4ne visuelle sp\u00e9cifique sur \u00e9cran) permet au sujet de s&rsquo;abstenir de trancher entre les cat\u00e9gories A et B lorsqu&rsquo;il juge la discrimination trop incertaine ou p\u00e9rilleuse. L&rsquo;utilisation de cette option ne constitue pas une r\u00e9ponse perceptive de plus sur le continuum sensoriel, mais une m\u00e9ta-r\u00e9ponse sur le statut m\u00eame de la d\u00e9cision en cours.<\/p>\n<p>Pour que cette touche d&rsquo;\u00e9chappement r\u00e9v\u00e8le une dynamique m\u00e9tacognitive authentique, la structure de distribution des renforcements doit \u00eatre rigoureusement calibr\u00e9e et asym\u00e9trique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Succ\u00e8s direct (Choix A ou B correct) :<\/strong> Obtention d&rsquo;une r\u00e9compense app\u00e9titive \u00e0 haute valeur (ex. : boulette de nourriture app\u00e9tente, poisson entier, gorg\u00e9e de jus sucr\u00e9).<\/li>\n<li><strong>Erreur directe (Choix A ou B incorrect) :<\/strong> Absence de r\u00e9compense et d\u00e9clenchement d&rsquo;un temps mort punitif (<em>timeout<\/em>) de plusieurs secondes, durant lequel l&rsquo;\u00e9cran devient noir ou les leviers sont r\u00e9tract\u00e9s, immobilisant l&rsquo;animal et r\u00e9duisant son taux global de gain temporel.<\/li>\n<li><strong>Recours \u00e0 l&rsquo;\u00e9chappement (Option UR) :<\/strong> Absence de punition par temps mort, permettant le passage imm\u00e9diat \u00e0 l&rsquo;essai suivant (qui offre une probabilit\u00e9 renouvel\u00e9e de succ\u00e8s), ou octroi d&rsquo;une r\u00e9compense garantie mais de faible magnitude (ex. : une demi-ration ou une boulette de go\u00fbt neutre).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette contingence cr\u00e9e un arbitrage \u00e9conomique subtil, analysable \u00e0 travers le formalisme de la <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/decision-theory\/\">th\u00e9orie classique de la d\u00e9cision<\/a>. Lorsque la certitude perceptive de l&rsquo;animal est \u00e9lev\u00e9e, la valeur attendue d&rsquo;un choix cat\u00e9goriel (A ou B) surpasse largement la valeur modeste ou neutre de l&rsquo;\u00e9chappement. En revanche, lorsque le sujet est dans un \u00e9tat d&rsquo;incertitude maximale, la probabilit\u00e9 d&rsquo;erreur grimpe vers 50 %, ce qui fait chuter la valeur attendue du choix direct en dessous de celle de l&rsquo;\u00e9chappement en raison du co\u00fbt temporel du temps mort. La touche d&rsquo;\u00e9chappement fonctionne d\u00e8s lors comme un outil de gestion strat\u00e9gique du risque d\u00e9cisionnel, pilot\u00e9 par la conscience qu&rsquo;a le sujet de sa probabilit\u00e9 d&rsquo;\u00e9chec imminente.<\/p>\n<h3>3.3 Formalisation des crit\u00e8res statistiques de validation m\u00e9tacognitive<\/h3>\n<p>L&rsquo;existence d&rsquo;une v\u00e9ritable surveillance m\u00e9tacognitive ne saurait \u00eatre postul\u00e9e \u00e0 partir de simples observations anecdotiques d&rsquo;utilisation de l&rsquo;option d&rsquo;incertitude ; elle exige une validation math\u00e9matique et statistique selon trois crit\u00e8res formels rigoureux d\u00e9finis par Smith :<\/p>\n<p>Le premier crit\u00e8re est la morphologie de la courbe de distribution des r\u00e9ponses d&rsquo;\u00e9chappement. Si l&rsquo;animal comprend et utilise l&rsquo;option d&rsquo;incertitude pour r\u00e9guler ses \u00e9tats de doute, la probabilit\u00e9 d&rsquo;activation de la touche UR en fonction de la position du stimulus sur le continuum physique doit \u00e9pouser une fonction unimodale en forme de cloche gaussienne invers\u00e9e. L&rsquo;utilisation de l&rsquo;\u00e9chappement doit \u00eatre quasi nulle aux bornes extr\u00eames (o\u00f9 la certitude est absolue) et progresser de mani\u00e8re continue pour atteindre son paroxysme statistique exactement au point d&rsquo;inflexion perceptif, l\u00e0 o\u00f9 les fonctions psychom\u00e9triques des choix A et B se croisent \u00e0 50 %.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me crit\u00e8re, absolument capital, est le gain de performance conditionnelle induit par le filtrage m\u00e9tacognitif. Si la touche d&rsquo;incertitude permet r\u00e9ellement au sujet d&rsquo;\u00e9liminer les essais sur lesquels son syst\u00e8me perceptif est pris en d\u00e9faut, la performance globale sur les essais conserv\u00e9s (o\u00f9 l&rsquo;animal choisit volontairement de discriminer entre A et B) doit \u00eatre significativement sup\u00e9rieure \u00e0 la performance th\u00e9orique attendue en situation de choix binaire forc\u00e9. L&rsquo;animal qui \u00ab sait ce qu&rsquo;il ne sait pas \u00bb retranche s\u00e9lectivement de son \u00e9chantillon d&rsquo;essais les \u00e9v\u00e9nements \u00e0 fort potentiel d&rsquo;erreur, provoquant un redressement artificiel mais substantiel de son pourcentage d&rsquo;exactitude sur le reste de la session.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me crit\u00e8re implique la sensibilit\u00e9 param\u00e9trique aux modifications de la structure des co\u00fbts. En faisant varier exp\u00e9rimentalement la dur\u00e9e du temps mort punitif ou la magnitude des r\u00e9compenses sans modifier les caract\u00e9ristiques des stimuli physiques, l&rsquo;exp\u00e9rimentateur doit observer un d\u00e9placement plastique imm\u00e9diat du seuil d&rsquo;utilisation de l&rsquo;\u00e9chappement. Plus la punition li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;erreur est s\u00e9v\u00e8re, plus l&rsquo;animal doit \u00e9largir sa fen\u00eatre d&rsquo;utilisation de la touche d&rsquo;incertitude pour prot\u00e9ger son taux de gain. L&rsquo;int\u00e9gration de ces donn\u00e9es dans le cadre de la th\u00e9orie de la d\u00e9tection du signal (<em>Signal Detection Theory<\/em>) permet d&rsquo;exclure les mod\u00e8les stochastiques al\u00e9atoires et d&rsquo;attester l&rsquo;op\u00e9ration d&rsquo;un m\u00e9ta-jugement d\u00e9cisionnel optimis\u00e9.<\/p>\n<h2>4. L&rsquo;\u00e9tude pionni\u00e8re chez le grand dauphin (Tursiops truncatus) : Natua et la discrimination auditive<\/h2>\n<h3>4.1 Dispositif exp\u00e9rimental et m\u00e9thodologie appliqu\u00e9e au dauphin Natua<\/h3>\n<p>L&rsquo;acte de naissance empirique de la m\u00e9tacognition animale a eu lieu au milieu des ann\u00e9es 1990 dans les bassins de recherche de l&rsquo;\u00e9pik\u00e9phale marin, gr\u00e2ce aux travaux de J. David Smith, Raymond Schull et Robert Washburn men\u00e9s en collaboration \u00e9troite avec le laboratoire de biologie marine de Kewalo Basin \u00e0 Hawa\u00ef. Le sujet exp\u00e9rimental \u00e9tait un grand dauphin m\u00e2le adulte nomm\u00e9 Natua (<em>Tursiops truncatus<\/em>), d\u00e9j\u00e0 hautement entra\u00een\u00e9 aux t\u00e2ches acoustiques complexes. Le choix de cette esp\u00e8ce n&rsquo;\u00e9tait pas fortuit : les c\u00e9tac\u00e9s odontoc\u00e8tes poss\u00e8dent un syst\u00e8me auditif ultrasophistiqu\u00e9 coupl\u00e9 \u00e0 une capacit\u00e9 d&rsquo;\u00e9cholocalisation remarquable, soutenu par un enc\u00e9phale dont le coefficient d&rsquo;enc\u00e9phalisation rivalise avec celui des primates non humains les plus \u00e9volu\u00e9s.<\/p>\n<p>Le dispositif exp\u00e9rimental consistait en une t\u00e2che de discrimination psychophysique sous-marine portant sur la hauteur tonale de signaux acoustiques sinuso\u00efdaux continus diffus\u00e9s par un hydrophone immerg\u00e9. L&rsquo;animal \u00e9tait plac\u00e9 face \u00e0 une station d&rsquo;essai immerg\u00e9e comportant trois leviers de r\u00e9ponse en plastique actionnables par le rostre :<\/p>\n<ul>\n<li>Un levier lat\u00e9ral gauche signalant les sons de basse fr\u00e9quence (calibr\u00e9s sur un son de r\u00e9f\u00e9rence absolu de 1200 Hz).<\/li>\n<li>Un levier lat\u00e9ral droit r\u00e9serv\u00e9 aux sons de haute fr\u00e9quence (d\u00e9finis par une valeur standard de 2100 Hz).<\/li>\n<li>Un levier central sur\u00e9lev\u00e9, servant d&rsquo;option d&rsquo;incertitude ou touche d&rsquo;\u00e9chappement.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Le protocole op\u00e9ratoire imposait \u00e0 Natua de s&rsquo;approcher d&rsquo;une station d&rsquo;immobilit\u00e9 pour d\u00e9clencher l&rsquo;\u00e9mission d&rsquo;un signal acoustique d&rsquo;une dur\u00e9e de 2,5 secondes. Le son pouvait \u00eatre une basse fr\u00e9quence pure (1200 Hz), une haute fr\u00e9quence pure (2100 Hz) ou, de mani\u00e8re al\u00e9atoire et intercal\u00e9e, une fr\u00e9quence interm\u00e9diaire s&rsquo;\u00e9chelonnant sur un gradient continu (par exemple, 1400 Hz, 1800 Hz, 2050 Hz, 2090 Hz). Pour \u00e9viter tout ph\u00e9nom\u00e8ne de sati\u00e9t\u00e9 ou de d\u00e9rive motivationnelle, Natua \u00e9tait r\u00e9compens\u00e9 pour chaque choix correct par un poisson d\u00e9congel\u00e9, tandis qu&rsquo;une r\u00e9ponse erron\u00e9e entra\u00eenait un temps mort sans poisson, accompagn\u00e9 du rappel visuel de l&rsquo;instructeur. Le choix du levier d&rsquo;incertitude n&rsquo;octroyait aucune r\u00e9compense directe, mais mettait fin imm\u00e9diatement \u00e0 l&rsquo;essai en cours et d\u00e9clenchait l&rsquo;\u00e9mission automatique d&rsquo;un son d&rsquo;essai suivant, garantissant l&rsquo;absence de toute p\u00e9nalit\u00e9 temporelle.<\/p>\n<h3>4.2 Comportements observ\u00e9s au seuil de discrimination acoustique<\/h3>\n<p>Les r\u00e9sultats obtenus avec Natua ont sid\u00e9r\u00e9 la communaut\u00e9 des psychologues comparatistes. D\u00e8s les premi\u00e8res sessions d&rsquo;introduction de la touche d&rsquo;incertitude, le dauphin a manifest\u00e9 une utilisation \u00e9minemment rationnelle du troisi\u00e8me levier. Lorsque les fr\u00e9quences diffus\u00e9es \u00e9taient tranch\u00e9es (1200 Hz ou 2100 Hz), le dauphin fon\u00e7ait directement sur le levier correspondant avec une exactitude oscillant entre 98 % et 100 %, sans solliciter le levier central. En revanche, \u00e0 mesure que l&rsquo;ordinateur s\u00e9lectionnait des fr\u00e9quences se rapprochant de la fronti\u00e8re perceptuelle (notamment dans la zone critique situ\u00e9e entre 2070 Hz et 2095 Hz), le taux d&rsquo;activation du levier d&rsquo;\u00e9chappement a augment\u00e9 de mani\u00e8re spectaculaire, culminant exactement au point d&rsquo;inflexion psychophysique o\u00f9 la discrimination devenait quasi impossible.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 des simples m\u00e9triques d&rsquo;appui sur les leviers, l&rsquo;analyse vid\u00e9o minutieuse a mis en \u00e9vidence des modifications comportementales qualitatives fascinantes chez Natua lors des essais ambigus. Alors que les essais faciles donnaient lieu \u00e0 des trajectoires balistiques, directes et rapides, les essais situ\u00e9s au seuil limite d\u00e9clenchaient un ralentissement moteur prononc\u00e9. Le dauphin s&rsquo;arr\u00eatait \u00e0 mi-distance des leviers, oscillait son rostre de gauche \u00e0 droite dans un mouvement pendulaire lent (semblant comparer le signal interne de r\u00e9f\u00e9rence aux repr\u00e9sentations m\u00e9moris\u00e9es), \u00e9mettait des trains de clics d&rsquo;\u00e9cholocalisation exploratoires ou des vocalisations particuli\u00e8res, avant de rebrousser chemin pour appuyer d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment sur la touche d&rsquo;incertitude.<\/p>\n<p>La puissance probante de cette exp\u00e9rience a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cupl\u00e9e lorsque Smith a compar\u00e9 directement les patrons de r\u00e9ponse de Natua avec ceux de sujets humains volontaires soumis au m\u00eame gradient fr\u00e9quentiel transpos\u00e9 sur une interface informatique. La superposition des courbes psychom\u00e9triques de choix cat\u00e9goriel et d&rsquo;\u00e9chappement entre le dauphin et l&rsquo;humain a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 un parall\u00e9lisme morphologique saisissant. Les fonctions de probabilit\u00e9 \u00e9taient indiscernables : le dauphin ajustait son comportement face au doute perceptif avec une pr\u00e9cision psychophysique identique \u00e0 celle manifest\u00e9e par des \u00eatres humains guid\u00e9s par leur sentiment conscient d&rsquo;ignorance.<\/p>\n<h3>4.3 Implications des r\u00e9sultats marins sur l&rsquo;ind\u00e9pendance phylog\u00e9n\u00e9tique de la m\u00e9tacognition<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude de Natua publi\u00e9e en 1995 a port\u00e9 un coup fatal \u00e0 l&rsquo;une des hypoth\u00e8ses les plus profond\u00e9ment ancr\u00e9es dans la pens\u00e9e \u00e9volutionniste : celle selon laquelle la m\u00e9tacognition serait l&rsquo;apanage exclusif de la lign\u00e9e des primates, \u00e9mergeant tardivement comme un sous-produit d\u00e9riv\u00e9 de la complexification du cortex pr\u00e9frontal anthropo\u00efde. Les c\u00e9tac\u00e9s et les primates ont diverg\u00e9 d&rsquo;un anc\u00eatre commun placentaire il y a environ 65 \u00e0 95 millions d&rsquo;ann\u00e9es. L&rsquo;histoire phylog\u00e9n\u00e9tique de leurs architectures c\u00e9r\u00e9brales a suivi des trajectoires radicalement divergentes, comme l&rsquo;atteste l&rsquo;organisation neuroanatomique singuli\u00e8re du n\u00e9ocortex des c\u00e9tac\u00e9s.<\/p>\n<p>Cette divergence d\u00e9montre de fa\u00e7on \u00e9clatante que la m\u00e9tacognition repr\u00e9sente un cas d&rsquo;\u00e9cole de <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nature.com\/subjects\/convergent-evolution\">convergence \u00e9volutive<\/a>. Sous la pression de contraintes \u00e9cologiques et sociales partag\u00e9es \u2014 la n\u00e9cessit\u00e9 de prendre des d\u00e9cisions critiques en milieu fluide, bruit\u00e9 ou instable, la chasse coordonn\u00e9e et la gestion d&rsquo;alliances sociales mouvantes \u2014, des substrats neurobiologiques radicalement diff\u00e9rents ont converg\u00e9 vers une m\u00eame solution computationnelle : l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;un niveau fonctionnel de second ordre capable d&rsquo;interroger la fiabilit\u00e9 des repr\u00e9sentations de premier ordre. L&rsquo;enc\u00e9phalisation massive des c\u00e9tac\u00e9s s&rsquo;est ainsi vue l\u00e9gitim\u00e9e comme le si\u00e8ge de processus cognitifs d&rsquo;une profondeur insoup\u00e7onn\u00e9e, dynamitant les approches restrictives qui r\u00e9servaient la pens\u00e9e r\u00e9flexive aux seuls porteurs d&rsquo;un cortex pr\u00e9frontal granulaire typiquement simien.<\/p>\n<p>Ces d\u00e9couvertes ont \u00e9galement transform\u00e9 l&rsquo;\u00e9thologie et la psychologie des mammif\u00e8res marins en ouvrant un chantier empirique qui allait s&rsquo;\u00e9tendre aux t\u00e2ches de m\u00e9moire et d&rsquo;attention partag\u00e9e. En montrant qu&rsquo;un c\u00e9tac\u00e9 poss\u00e8de la lucidit\u00e9 fonctionnelle de d\u00e9clarer son incapacit\u00e9 \u00e0 discriminer un stimulus pour maximiser ses gains \u00e0 long terme, J. David Smith a hiss\u00e9 l&rsquo;esprit marin au rang de partenaire privil\u00e9gi\u00e9 pour d\u00e9crypter les m\u00e9canismes fondamentaux de la d\u00e9cision rationnelle et de l&rsquo;introspection compar\u00e9e.<\/p>\n<h2>5. Les recherches sur le macaque rh\u00e9sus (Macaca mulatta) : T\u00e2ches visuelles et paradigmes d&rsquo;\u00e9cran tactile<\/h2>\n<h3>5.1 La t\u00e2che de densit\u00e9 de pixels : Conception et param\u00e9trage technique<\/h3>\n<p>Fort des perc\u00e9es m\u00e9thodologiques obtenues dans le milieu marin, J. David Smith et ses collaborateurs ont concentr\u00e9 une part pr\u00e9pond\u00e9rante de leurs investigations ult\u00e9rieures sur un mod\u00e8le animal embl\u00e9matique des neurosciences cognitives : le macaque rh\u00e9sus (<em>Macaca mulatta<\/em>). Pour tester les facult\u00e9s d&rsquo;auto-surveillance de ce primate de l&rsquo;Ancien Monde, Smith a con\u00e7u une t\u00e2che automatis\u00e9e devenue c\u00e9l\u00e8bre sous le nom de paradigme de densit\u00e9 de pixels (<em>Sparse-Dense Task<\/em>). Install\u00e9s confortablement dans une cabine insonoris\u00e9e devant un \u00e9cran d&rsquo;ordinateur ou un \u00e9cran tactile haute r\u00e9solution, les singes manipulaient une manette de jeu ou pointaient directement l&rsquo;\u00e9cran avec leurs doigts pour indiquer leurs choix.<\/p>\n<p>Le protocole technique repose sur la g\u00e9n\u00e9ration dynamique, au centre de l&rsquo;\u00e9cran, d&rsquo;une bo\u00eete rectangulaire contenant une matrice de points lumineux (pixels). Le niveau de remplissage de cette bo\u00eete varie continuellement entre deux \u00e9tats p\u00f4les :<\/p>\n<ul>\n<li>Un \u00e9tat \u00ab Clairsem\u00e9 \u00bb (<em>Sparse<\/em>), par exemple d\u00e9fini par 60 pixels illumin\u00e9s de fa\u00e7on al\u00e9atoire.<\/li>\n<li>Un \u00e9tat \u00ab Dense \u00bb (<em>Dense<\/em>), contenant par exemple 295 pixels allum\u00e9s.<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;animal a pour instruction op\u00e9rationnelle de classer le stimulus pr\u00e9sent\u00e9 en s\u00e9lectionnant soit une ic\u00f4ne \u00ab S \u00bb (pour Sparse) situ\u00e9e dans un coin sup\u00e9rieur de l&rsquo;\u00e9cran, soit une ic\u00f4ne \u00ab D \u00bb (pour Dense) \u00e0 l&rsquo;angle oppos\u00e9. Entre ces deux extr\u00eames, l&rsquo;algorithme g\u00e9n\u00e8re des densit\u00e9s interm\u00e9diaires incr\u00e9mentielles selon un pas fixe de quelques pixels (100, 120, 150, 175, 178, 180 pixels, etc.).<\/p>\n<p>Ce paradigme neutralise scrupuleusement les raccourcis perceptifs p\u00e9riph\u00e9riques. Pour emp\u00eacher les macaques de m\u00e9moriser des configurations d&rsquo;images statiques ou de \u00ab patrons visuels \u00bb fig\u00e9s, l&#8217;emplacement g\u00e9om\u00e9trique des pixels au sein de la matrice est recalcul\u00e9 de mani\u00e8re stochastique \u00e0 chaque milliseconde d&rsquo;essai : le stimulus \u00ab vibre \u00bb en une mosa\u00efque scintillante dont seule la quantit\u00e9 globale de lumi\u00e8re int\u00e9gr\u00e9e est constante. De surcro\u00eet, la luminance globale et le contraste sont calibr\u00e9s pour interdire l&rsquo;utilisation d&rsquo;indices simples de brillance globale. Au bas de l&rsquo;\u00e9cran tr\u00f4ne en permanence une ic\u00f4ne sp\u00e9cifique en forme d&rsquo;\u00e9toile ou de point d&rsquo;interrogation : la touche d&rsquo;incertitude.<\/p>\n<h3>5.2 Performance m\u00e9tacognitive et transfert adaptatif chez le singe<\/h3>\n<p>Les donn\u00e9es accumul\u00e9es aupr\u00e8s de plusieurs cohortes de macaques rh\u00e9sus ont confirm\u00e9 avec une clart\u00e9 remarquable l&rsquo;existence d&rsquo;une surveillance m\u00e9tacognitive sophistiqu\u00e9e chez le primate. Confront\u00e9s au continuum de densit\u00e9, les singes ont reproduit fid\u00e8lement le profil de r\u00e9ponse observ\u00e9 chez l&rsquo;humain et le dauphin :<\/p>\n<ul>\n<li>Pour les matrices tr\u00e8s clairsem\u00e9es ou extr\u00eamement denses, le recours \u00e0 la touche d&rsquo;incertitude est inexistant, le macaque choisissant avec une quasi-infaillibilit\u00e9 les ic\u00f4nes S ou D correspondantes.<\/li>\n<li>\u00c0 mesure que la densit\u00e9 s&rsquo;approche du point d&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 maximale (le point o\u00f9 l&rsquo;\u0153il h\u00e9site \u00e0 qualifier le motif de clairsem\u00e9 ou de dense), les singes d\u00e9laissent les ic\u00f4nes de premier ordre pour s\u00e9lectionner massivement l&rsquo;ic\u00f4ne d&rsquo;incertitude.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Le point culminant de cette d\u00e9monstration exp\u00e9rimentale a r\u00e9sid\u00e9 dans les tests de <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0096-3445.126.2.139\">transfert adaptatif<\/a> imm\u00e9diat sans r\u00e9apprentissage. Dans une s\u00e9rie d&rsquo;exp\u00e9riences cruciales orchestr\u00e9es par Smith, Shields et Washburn, une fois que les macaques ont ma\u00eetris\u00e9 l&rsquo;usage fonctionnel de la touche d&rsquo;incertitude sur la t\u00e2che de densit\u00e9 de pixels, les exp\u00e9rimentateurs ont brutalement chang\u00e9 la modalit\u00e9 perceptive. Les singes ont \u00e9t\u00e9 plac\u00e9s sans transition devant une t\u00e2che de comparaison de longueurs de segments spatiaux, ou une t\u00e2che de discrimination de teintes de couleurs primaires.<\/p>\n<p>Si la touche d&rsquo;incertitude avait \u00e9t\u00e9 conditionn\u00e9e \u00e0 des configurations sp\u00e9cifiques de pixels (comme le soutenaient les contradicteurs comportementalistes), les animaux auraient d\u00fb pr\u00e9senter un effondrement complet de leur performance et r\u00e9apprendre par de multiples essais d&rsquo;erreur la relation entre le nouveau stimulus et la touche d&rsquo;\u00e9chappement. Les macaques ont au contraire transf\u00e9r\u00e9 instantan\u00e9ment l&rsquo;usage strat\u00e9gique de l&rsquo;ic\u00f4ne d&rsquo;incertitude aux nouveaux stimuli ambigus, d\u00e8s les tout premiers blocs d&rsquo;essais. Cette prouesse comportementale d\u00e9montre de mani\u00e8re d\u00e9cisive que le signal qui pousse le singe \u00e0 presser la touche d&rsquo;\u00e9chappement n&rsquo;\u00e9mane pas d&rsquo;un attribut physique externe de l&rsquo;\u00e9cran, mais de la perception interne de son propre \u00e9tat d&rsquo;ind\u00e9cision, un concept m\u00e9tacognitif abstrait et supramodal.<\/p>\n<h3>5.3 L&rsquo;importance de la r\u00e9tention m\u00e9morielle : Le paradigme du diff\u00e9r\u00e9 (Delayed Matching to Sample)<\/h3>\n<p>Pour approfondir la nature des \u00e9tats cognitifs surveill\u00e9s par le primate, Smith et d&rsquo;autres chercheurs de pointe (notamment Robert Hampton) ont \u00e9tendu l&rsquo;exploration du champ de la perception imm\u00e9diate vers celui de la m\u00e9moire : c&rsquo;est l&rsquo;av\u00e8nement des \u00e9tudes sur la m\u00e9tam\u00e9moire. Dans un paradigme d&rsquo;appariement diff\u00e9r\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9chantillon (<em>Delayed Matching to Sample<\/em> &#8211; DMTS), le macaque est d&rsquo;abord expos\u00e9 bri\u00e8vement \u00e0 une image cible (par exemple, la photographie d&rsquo;un objet naturel). L&rsquo;image dispara\u00eet ensuite pendant un intervalle de r\u00e9tention variable (allant de 1 seconde \u00e0 plusieurs dizaines de secondes), durant lequel la m\u00e9moire de travail du sujet s&rsquo;estompe progressivement.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;issue de cet intervalle de r\u00e9tention, le singe ne se voit pas imm\u00e9diatement pr\u00e9senter les images de test. On lui offre au pr\u00e9alable un choix m\u00e9ta-d\u00e9cisionnel entre deux options :<\/p>\n<ul>\n<li>Accepter le test de m\u00e9moire (l&rsquo;animal sera confront\u00e9 \u00e0 l&rsquo;image cible m\u00e9lang\u00e9e \u00e0 des distracteurs ; s&rsquo;il r\u00e9ussit, il obtient une grosse r\u00e9compense, s&rsquo;il \u00e9choue, il subit un long temps mort).<\/li>\n<li>D\u00e9cliner le test en pressant l&rsquo;ic\u00f4ne d&rsquo;incertitude (ce qui procure une r\u00e9compense de secours garantie mais modeste, ou le passage direct \u00e0 l&rsquo;essai suivant).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les r\u00e9sultats ont d\u00e9montr\u00e9 une corr\u00e9lation param\u00e9trique directe entre la d\u00e9gradation temporelle de la trace mn\u00e9sique et la propension du singe \u00e0 d\u00e9cliner le test. Lorsque le d\u00e9lai de r\u00e9tention \u00e9tait court (1 \u00e0 3 secondes), les macaques acceptaient l&rsquo;\u00e9preuve dans la quasi-totalit\u00e9 des cas et obtenaient des taux de succ\u00e8s proches de 100 %. Lorsque le d\u00e9lai \u00e9tait artificiellement \u00e9tir\u00e9 (jusqu&rsquo;\u00e0 60 secondes ou plus), la probabilit\u00e9 de d\u00e9cliner le test augmentait de concert avec la baisse objective de fid\u00e9lit\u00e9 de la m\u00e9moire.<\/p>\n<p>De fa\u00e7on plus spectaculaire encore, lors des essais o\u00f9 les singes choisissaient activement d&rsquo;affronter le test apr\u00e8s un d\u00e9lai long, leur performance d&rsquo;exactitude \u00e9tait consid\u00e9rablement plus \u00e9lev\u00e9e que lors des essais contr\u00f4les o\u00f9 le test leur \u00e9tait impos\u00e9 sans possibilit\u00e9 de d\u00e9clin. Cela atteste formellement que le macaque est capable d&rsquo;\u00ab introspecter \u00bb la vivacit\u00e9 ou la vacuit\u00e9 de sa propre trace mn\u00e9sique avant m\u00eame d&rsquo;\u00eatre confront\u00e9 aux options de choix, illustrant un authentique sentiment de savoir (<em>feeling-of-knowing<\/em>) r\u00e9trospectif et prospectif.<\/p>\n<h2>6. D\u00e9bats m\u00e9thodologiques : M\u00e9tacognition v\u00e9ritable contre conditionnement op\u00e9rant<\/h2>\n<h3>6.1 La critique comportementaliste et le mod\u00e8le d&rsquo;aversion au risque<\/h3>\n<p>L&rsquo;interpr\u00e9tation mentaliste et m\u00e9tacognitive des donn\u00e9es recueillies par J. David Smith n&rsquo;a pas manqu\u00e9 de susciter de vives r\u00e9sistances au sein de l&rsquo;\u00e9cole n\u00e9o-b\u00e9havioriste et de la psychologie animale orthodoxe. Des chercheurs chevronn\u00e9s tels que Peter Killeen, Sara Shettleworth ou encore Robert Hampton \u00e0 ses d\u00e9buts, ont m\u00e9thodiquement cherch\u00e9 \u00e0 d\u00e9montrer que les conduites d&rsquo;\u00e9chappement observ\u00e9es chez le macaque et le dauphin pouvaient th\u00e9oriquement s&rsquo;expliquer sans faire intervenir le moindre concept d&rsquo;ordre sup\u00e9rieur ou de \u00ab m\u00e9ta-niveau \u00bb. L&rsquo;enjeu \u00e9pist\u00e9mologique \u00e9tait de taille : d\u00e9fendre la suffisance du conditionnement associatif direct contre l&rsquo;intrusion des \u00e9tats de conscience dans les mod\u00e8les de cognition animale.<\/p>\n<p>La critique comportementaliste s&rsquo;est principalement articul\u00e9e autour de la th\u00e9orie du stimulus discriminatif compos\u00e9 et de l&rsquo;aversion au risque d&rsquo;erreur :<\/p>\n<ul>\n<li>Dans un test de densit\u00e9 de pixels, les stimuli ambigus (par exemple 150 pixels) constituent des configurations perceptives physiques objectives au m\u00eame titre que les extr\u00eames (60 ou 295 pixels).<\/li>\n<li>L&rsquo;animal pourrait simplement apprendre par renforcement direct une association triple : \u00ab Si c&rsquo;est tr\u00e8s clairsem\u00e9, presser S ; si c&rsquo;est tr\u00e8s dense, presser D ; si c&rsquo;est moyennement dense, presser la touche d&rsquo;\u00e9chappement \u00bb.<\/li>\n<li>L&rsquo;ic\u00f4ne d&rsquo;incertitude ne serait alors qu&rsquo;une troisi\u00e8me r\u00e9ponse discriminative de premier ordre, r\u00e9agissant \u00e0 un stimulus de classe interm\u00e9diaire.<\/li>\n<\/ul>\n<p>De surcro\u00eet, le mod\u00e8le de la valence aversive postulait que les stimuli proches du seuil provoquent un conflit sensoriel g\u00e9n\u00e9rateur d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 physiologique ou d&rsquo;inconfort chez l&rsquo;animal, en raison de l&rsquo;historique d&rsquo;erreurs et de punitions r\u00e9p\u00e9t\u00e9es qui y sont attach\u00e9es. Dans cette perspective, la s\u00e9lection de l&rsquo;\u00e9chappement ne refl\u00e9terait pas une \u00e9valuation r\u00e9flexive du type \u00ab je ne sais pas \u00bb, mais une simple conduite d&rsquo;\u00e9vitement conditionn\u00e9 : l&rsquo;animal fuirait l&rsquo;\u00e9tat physique aversif induit par l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 pour choisir la ligne de moindre r\u00e9sistance comportementale.<\/p>\n<h3>6.2 La question du renforcement primaire et secondaire dans les protocoles de choix<\/h3>\n<p>Pour approfondir leur r\u00e9quisitoire, les d\u00e9tracteurs des conclusions m\u00e9tacognitives ont point\u00e9 du doigt les ambigu\u00eft\u00e9s structurelles inh\u00e9rentes aux programmes de renforcement mis en \u0153uvre par Smith. Dans les premiers protocoles, l&rsquo;activation de la r\u00e9ponse d&rsquo;\u00e9chappement conduisait fr\u00e9quemment soit \u00e0 une r\u00e9compense de faible valeur, soit \u00e0 l&rsquo;avancement imm\u00e9diat vers un nouvel essai potentiellement r\u00e9mun\u00e9rateur. De fait, l&rsquo;option d&rsquo;\u00e9chappement se trouvait investie d&rsquo;une valeur de renforcement primaire ou secondaire directe.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me de la contingence directe r\u00e9side dans la difficult\u00e9 d&rsquo;isoler la certitude subjective du calcul d&rsquo;utilit\u00e9 \u00e9conomique pure :<\/p>\n<ul>\n<li>Si l&rsquo;animal apprend que presser un bouton central offre un taux de renforcement garanti de 100 % (m\u00eame minime), son choix peut \u00eatre mod\u00e9lis\u00e9 comme un comportement d&rsquo;arbitrage de type \u00ab fourrageur optimal \u00bb gouvern\u00e9 par le ratio co\u00fbt\/b\u00e9n\u00e9fice environnemental.<\/li>\n<li>Le sujet \u00e9valuerait non pas ses \u00e9tats de connaissance internes, mais la probabilit\u00e9 statistique externe de recevoir de la nourriture en fonction de signaux environnementaux discrets.<\/li>\n<li>L&rsquo;apprentissage par renforcement classique (<em>Reinforcement Learning<\/em>) excelle \u00e0 r\u00e9soudre ce type d&rsquo;\u00e9quations stochastiques \u00e0 travers des algorithmes de type Q-learning ou acteur-critique sans jamais faire r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un m\u00e9ta-niveau d\u00e9cisionnel.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les critiques ont soutenu que pour prouver la m\u00e9tacognition, il \u00e9tait indispensable de concevoir des protocoles o\u00f9 la r\u00e9ponse d&rsquo;\u00e9chappement ne procure absolument aucun gain direct, ou mieux encore, o\u00f9 le co\u00fbt de l&rsquo;incertitude est modul\u00e9 de fa\u00e7on \u00e0 ce qu&rsquo;aucune r\u00e8gle associative statique ne puisse suffire \u00e0 stabiliser le comportement sans une surveillance dynamique en ligne.<\/p>\n<h3>6.3 Les contre-mod\u00e8les computationnels d\u00e9velopp\u00e9s pour tester la parcimonie<\/h3>\n<p>Face \u00e0 ces contestations, le d\u00e9bat s&rsquo;est d\u00e9plac\u00e9 sur le terrain de la mod\u00e9lisation math\u00e9matique et computationnelle. Plusieurs \u00e9quipes de th\u00e9oriciens sceptiques ont d\u00e9velopp\u00e9 des r\u00e9seaux de neurones artificiels et des mod\u00e8les de renforcement associatif (fond\u00e9s notamment sur les \u00e9quations de Rescorla-Wagner ou des architectures connexionnistes sans couches hi\u00e9rarchiques de m\u00e9ta-niveau) pour tenter de r\u00e9pliquer les donn\u00e9es publi\u00e9es par Smith.<\/p>\n<p>Ces simulations informatiques ont montr\u00e9 que des r\u00e9seaux de neurones simples \u00e0 propagation avant (<em>feed-forward networks<\/em>), dot\u00e9s de connexions synaptiques modifiables par renforcement diff\u00e9rentiel, \u00e9taient effectivement capables de produire des courbes d&rsquo;\u00e9chappement en forme de cloche sur un continuum de stimuli statiques. L&rsquo;argument de la parcimonie semblait alors pencher du c\u00f4t\u00e9 des sceptiques : si un algorithme d&rsquo;association \u00e9l\u00e9mentaire d\u00e9nu\u00e9 de toute subjectivit\u00e9 peut tracer la m\u00eame courbe qu&rsquo;un macaque, pourquoi invoquer la pr\u00e9sence d&rsquo;une m\u00e9tacognition complexe ?<\/p>\n<p>C&rsquo;est ici que les limites des contre-mod\u00e8les computationnels sont apparues au grand jour. J. David Smith et ses coll\u00e8gues mod\u00e9lisateurs ont soumis ces m\u00eames r\u00e9seaux de neurones aux conditions critiques des exp\u00e9riences de transfert :<\/p>\n<ul>\n<li>Lorsqu&rsquo;on modifiait brusquement les dimensions des stimuli ou qu&rsquo;on inversait les polarit\u00e9s de contingence, les mod\u00e8les strictement associatifs \u00e9taient totalement incapables de reproduire la flexibilit\u00e9 adaptative imm\u00e9diate des singes.<\/li>\n<li>Les r\u00e9seaux artificiels devaient traverser des centaines, voire des milliers d&rsquo;it\u00e9rations d&rsquo;apprentissage laborieuses pour reconstruire leurs poids synaptiques face \u00e0 de nouvelles dimensions perceptives.<\/li>\n<li>Les macaques et les dauphins de Smith r\u00e9ajustaient quant \u00e0 eux leur seuil d&rsquo;incertitude d\u00e8s le premier essai, d\u00e9montrant une dissociation fonctionnelle irr\u00e9conciliable avec les mod\u00e8les de conditionnement sans m\u00e9ta-niveau.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>7. Contr\u00f4les empiriques et r\u00e9futation des explications associatives simples<\/h2>\n<h3>7.1 L&rsquo;introduction des essais pi\u00e8ges et des paradigmes de s\u00e9lection pr\u00e9alable de l&rsquo;information<\/h3>\n<p>Pour apporter une r\u00e9futation d\u00e9finitive aux hypoth\u00e8ses de conditionnement par stimulus interm\u00e9diaire, J. David Smith et son \u00e9quipe ont con\u00e7u des variations m\u00e9thodologiques ing\u00e9nieuses, parmi lesquelles figurent les paradigmes de recherche proactive d&rsquo;information (<em>information-seeking paradigms<\/em>) et l&rsquo;introduction d&rsquo;essais pi\u00e8ges. L&rsquo;objectif \u00e9tait de d\u00e9connecter temporellement le choix de l&rsquo;\u00e9chappement de la pr\u00e9sence physique imm\u00e9diate du stimulus ambigu.<\/p>\n<p>Dans ces dispositifs avanc\u00e9s, l&rsquo;animal est plac\u00e9 dans une situation o\u00f9 l&rsquo;information n\u00e9cessaire pour r\u00e9soudre la t\u00e2che est initialement masqu\u00e9e ou inaccessible :<\/p>\n<ul>\n<li>Par exemple, une bo\u00eete opaque virtuelle sur l&rsquo;\u00e9cran dissimule la cible, mais l&rsquo;animal se voit offrir une ic\u00f4ne \u00ab \u0153il \u00bb ou \u00ab cam\u00e9ra \u00bb sur laquelle il peut choisir de cliquer pour lever le masque avant d&rsquo;\u00e9mettre sa r\u00e9ponse.<\/li>\n<li>Si l&rsquo;animal clique sur cette ic\u00f4ne, il paye un co\u00fbt modique (un bref d\u00e9lai temporel), mais obtient la certitude visuelle n\u00e9cessaire pour d\u00e9crocher la r\u00e9compense principale.<\/li>\n<li>Si l&rsquo;animal agit sous le coup d&rsquo;une pure routine op\u00e9rante aveugle, il devrait solliciter l&rsquo;ic\u00f4ne de recherche d&rsquo;information de mani\u00e8re al\u00e9atoire ou m\u00e9canique \u00e0 chaque essai.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les macaques ont d\u00e9montr\u00e9 une \u00e9conomie comportementale parfaite : ils ne sollicitent activement la recherche d&rsquo;information que lorsqu&rsquo;ils se trouvent en \u00e9tat de d\u00e9ficit informationnel absolu. Si la cible leur a \u00e9t\u00e9 bri\u00e8vement montr\u00e9e avant d&rsquo;\u00eatre masqu\u00e9e, ils s&rsquo;abstiennent d&rsquo;activer l&rsquo;ic\u00f4ne de recherche et vont droit au but. D\u00e8s lors qu&rsquo;un d\u00e9lai suffisant a effac\u00e9 leur m\u00e9moire de travail, ils choisissent proactivement de s&rsquo;informer avant d&rsquo;agir. L&rsquo;animal ne r\u00e9agit donc pas passivement \u00e0 une propri\u00e9t\u00e9 stimulante de l&rsquo;environnement : il \u00e9value son manque interne d&rsquo;information et prend l&rsquo;initiative d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e d&rsquo;y rem\u00e9dier.<\/p>\n<h3>7.2 Le test d&rsquo;asym\u00e9trie phylog\u00e9n\u00e9tique : Les singes du Nouveau Monde (Capucins)<\/h3>\n<p>L&rsquo;une des d\u00e9monstrations les plus \u00e9l\u00e9gantes et d\u00e9cisives de la sp\u00e9cificit\u00e9 des processus m\u00e9tacognitifs a \u00e9merg\u00e9 d&rsquo;une comparaison phylog\u00e9n\u00e9tique inattendue men\u00e9e par J. David Smith, Michael Beran et leurs coll\u00e8gues : l&rsquo;administration des m\u00eames protocoles d&rsquo;incertitude \u00e0 des singes capucins bruns (<em>Sapajus apella<\/em> ou <em>Cebus apella<\/em>), des primates du Nouveau Monde (Platyrrhiniens) r\u00e9put\u00e9s pour leur extraordinaire intelligence pratique et leur dext\u00e9rit\u00e9 manuelle.<\/p>\n<p>Les r\u00e9sultats de cette \u00e9tude crois\u00e9e ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une asym\u00e9trie phylog\u00e9n\u00e9tique spectaculaire :<\/p>\n<ul>\n<li>Alors que les macaques rh\u00e9sus (Catarrhiniens) et les dauphins adoptent spontan\u00e9ment et avec brio l&rsquo;utilisation adaptative de la touche d&rsquo;incertitude en cloche au seuil de discrimination, les singes capucins ont syst\u00e9matiquement \u00e9chou\u00e9 \u00e0 utiliser l&rsquo;\u00e9chappement de mani\u00e8re m\u00e9tacognitive dans les paradigmes standards.<\/li>\n<li>Les capucins ont utilis\u00e9 la touche d&rsquo;incertitude soit de mani\u00e8re purement stochastique, soit en la traitant comme une r\u00e9ponse aberrante, sans jamais la centrer pr\u00e9f\u00e9rentiellement sur leur zone d&rsquo;erreur maximale.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cet \u00e9chec des capucins a constitu\u00e9 l&rsquo;argument le plus d\u00e9vastateur contre les d\u00e9tracteurs comportementalistes de Smith. En effet, les capucins poss\u00e8dent des capacit\u00e9s d&rsquo;apprentissage par conditionnement op\u00e9rant rigoureusement identiques, voire sup\u00e9rieures dans certains contextes, \u00e0 celles des macaques rh\u00e9sus. Si l&rsquo;utilisation de la touche d&rsquo;incertitude n&rsquo;\u00e9tait le fruit que d&rsquo;un simple apprentissage associatif de bas niveau fond\u00e9 sur des gradients de renforcement, les capucins auraient d\u00fb ma\u00eetriser la t\u00e2che avec la m\u00eame facilit\u00e9 d\u00e9concertante que les macaques. Leur incapacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9ployer cette strat\u00e9gie prouve que la t\u00e2che sollicite une architecture neurocognitive de second ordre singuli\u00e8re, partag\u00e9e par les cercopith\u00e9cid\u00e9s, les homino\u00efdes et les delphinid\u00e9s, mais absente ou structurellement brid\u00e9e chez les primates du Nouveau Monde.<\/p>\n<h3>7.3 Dissociation temporelle et post-d\u00e9cisionnelle du contr\u00f4le de certitude<\/h3>\n<p>Pour dissiper d\u00e9finitivement l&rsquo;objection selon laquelle la touche d&rsquo;incertitude ne serait qu&rsquo;une r\u00e9action d&rsquo;\u00e9vitement moteur face \u00e0 un conflit visuel imm\u00e9diat, Smith et d&rsquo;autres laboratoires (comme ceux d&rsquo;Howard Terraces et de Christopher Hampton) ont instaur\u00e9 des paradigmes de confiance post-d\u00e9cisionnelle ou de paris r\u00e9troactifs (<em>post-decision wagering<\/em>). Dans cette configuration inspir\u00e9e de l&rsquo;\u00e9conomie exp\u00e9rimentale humaine, le d\u00e9roulement tempologique de l&rsquo;essai est dissoci\u00e9 en deux phases \u00e9tanches :<\/p>\n<p>Dans un premier temps, l&rsquo;animal est contraint d&rsquo;effectuer son choix perceptif ou mn\u00e9sique de premier ordre sans disposer d&rsquo;aucune touche d&rsquo;\u00e9chappement : il doit obligatoirement cliquer sur S ou sur D. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;une fois son choix enregistr\u00e9 et l&rsquo;image disparue de l&rsquo;\u00e9cran qu&rsquo;intervient la phase de m\u00e9ta-\u00e9valuation. Deux nouvelles cibles apparaissent : une cible \u00ab petit pari \u00bb (assurant un gain minime en cas de succ\u00e8s, mais sans punition en cas d&rsquo;erreur) et une cible \u00ab gros pari \u00bb (octroyant une r\u00e9compense substantielle si le choix initial \u00e9tait correct, mais d\u00e9clenchant un lourd temps mort punitif si le choix initial \u00e9tait faux).<\/p>\n<p>Dans ce dispositif, la m\u00e9ta-d\u00e9cision s&rsquo;effectue sur un \u00e9cran totalement vierge de tout stimulus perceptif ambigu :<\/p>\n<ul>\n<li>Les macaques ont manifest\u00e9 une calibration de pari rigoureuse : ils s\u00e9lectionnent le \u00ab gros pari \u00bb quasi syst\u00e9matiquement lorsqu&rsquo;ils viennent de poser un choix facile et correct.<\/li>\n<li>Ils se replient strat\u00e9giquement sur le \u00ab petit pari \u00bb s\u00e9curis\u00e9 lorsqu&rsquo;ils viennent de commettre une erreur ou d&rsquo;\u00e9mettre un choix sur un stimulus hautement difficile.<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;ad\u00e9quation des paris s&rsquo;est maintenue m\u00eame en diff\u00e9rant le feedback de renforcement de plusieurs secondes. Ce r\u00e9sultat d\u00e9montre sans \u00e9quivoque que le singe conserve une repr\u00e9sentation interne explicite de la qualit\u00e9 de sa propre d\u00e9cision motrice pass\u00e9e, validant l&rsquo;existence d&rsquo;une surveillance m\u00e9tacognitive post-d\u00e9cisionnelle d\u00e9coupl\u00e9e des stimuli environnementaux primaires.<\/p>\n<h2>8. La neurobiologie sous-jacente de la surveillance m\u00e9tacognitive chez les primates<\/h2>\n<h3>8.1 Le cortex pr\u00e9frontal dorso-lat\u00e9ral et le cortex orbitofrontal dans le monitoring d&rsquo;erreur<\/h3>\n<p>La validation comportementale \u00e9clatante des paradigmes de J. David Smith a ouvert la voie \u00e0 l&rsquo;exploration des fondements neuroanatomiques et \u00e9lectrophysiologiques de la m\u00e9tacognition. Chez le macaque rh\u00e9sus, l&rsquo;appareil c\u00e9r\u00e9bral d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la prise de d\u00e9cision et \u00e0 la surveillance de l&rsquo;action s&rsquo;articule autour d&rsquo;un r\u00e9seau interconnect\u00e9 au sommet duquel tr\u00f4ne le <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/books\/NBK11154\/\">cortex pr\u00e9frontal<\/a>. Des enregistrements par micro\u00e9lectrodes de l&rsquo;activit\u00e9 unitaire de neurones individuels chez des singes accomplissant des t\u00e2ches d&rsquo;incertitude ont mis en lumi\u00e8re une sp\u00e9cialisation fonctionnelle d&rsquo;une pr\u00e9cision remarquable.<\/p>\n<p>Au sein du cortex pr\u00e9frontal dorso-lat\u00e9ral (dlPFC), les neurophysiologistes ont identifi\u00e9 des populations neuronales dont les profils de d\u00e9charge ne codent ni pour la couleur ou la position des cibles visuelles, ni pour la trajectoire cin\u00e9matique du bras. L&rsquo;activit\u00e9 de ces neurones refl\u00e8te directement le degr\u00e9 d&rsquo;incertitude subjective du primate face au probl\u00e8me pos\u00e9 : leur fr\u00e9quence de d\u00e9charge s&rsquo;intensifie proportionnellement \u00e0 la proximit\u00e9 du stimulus avec le seuil critique d&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9. Concomitamment, le cortex orbitofrontal (OFC) traite la composante d&rsquo;utilit\u00e9 esp\u00e9r\u00e9e et d&rsquo;\u00e9valuation du risque \u00e9conomique, calculant en temps r\u00e9el la divergence entre le gain escompt\u00e9 et le risque de p\u00e9nalit\u00e9 encouru.<\/p>\n<p>Le cortex cingulaire ant\u00e9rieur (ACC) joue pour sa part un r\u00f4le pivot dans la d\u00e9tection en ligne du conflit d\u00e9cisionnel. Lorsque deux voies motrices concurrentes (choisir S ou choisir D) re\u00e7oivent des niveaux d&rsquo;activation synaptique quasi identiques en raison du bruit sensoriel, l&rsquo;ACC \u00e9met un signal d&rsquo;alarme computationnel. Chez le macaque comme chez l&rsquo;humain, cette zone s&#8217;embrase pr\u00e9cis\u00e9ment lorsque le syst\u00e8me est sur le point d&rsquo;\u00e9mettre une r\u00e9ponse erron\u00e9e ou h\u00e9site longuement. L&rsquo;ACC relaie cette information critique vers les aires motrices suppl\u00e9mentaires et le dlPFC pour commander la suspension de l&rsquo;action directe et commuter le comportement vers la s\u00e9lection de la r\u00e9ponse d&rsquo;\u00e9chappement.<\/p>\n<h3>8.2 L\u00e9sions cibl\u00e9es, inactivations pharmacologiques et alt\u00e9rations m\u00e9tacognitives<\/h3>\n<p>Pour \u00e9tablir la causalit\u00e9 directe entre ces structures pr\u00e9frontales et l&rsquo;op\u00e9ration de surveillance m\u00e9tacognitive, les chercheurs ont recouru \u00e0 des protocoles de l\u00e9sions cibl\u00e9es et d&rsquo;inactivations pharmacologiques r\u00e9versibles. En injectant par micro-seringues du muscimol (un agoniste puissant des r\u00e9cepteurs GABA bloquant temporairement l&rsquo;activit\u00e9 neuronale locale) dans des aires pr\u00e9frontales pr\u00e9cises de macaques entra\u00een\u00e9s aux paradigmes de Smith, des \u00e9quipes de neurobiologistes ont provoqu\u00e9 des dissociations fonctionnelles majeures.<\/p>\n<p>L&rsquo;inactivation unilat\u00e9rale ou bilat\u00e9rale de portions sp\u00e9cifiques de l&rsquo;aire 9\/46 du cortex pr\u00e9frontal dorso-lat\u00e9ral a engendr\u00e9 un d\u00e9ficit saisissant et hautement instructif :<\/p>\n<ul>\n<li>La performance de discrimination visuelle de premier ordre des singes est demeur\u00e9e fondamentalement intacte (ils continuaient \u00e0 classer correctement les stimuli faciles S et D avec une pr\u00e9cision inchang\u00e9e).<\/li>\n<li>En revanche, leur capacit\u00e9 d&rsquo;auto-\u00e9valuation m\u00e9tacognitive s&rsquo;est compl\u00e8tement effondr\u00e9e.<\/li>\n<li>Les animaux sont devenus incapables de solliciter la touche d&rsquo;incertitude lors des essais ambigus, se remettant \u00e0 commettre des erreurs massives sur les stimuli seuils en persistant dans des choix forc\u00e9s catastrophiques.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/cognitive-science\/#DoubDiss\">double dissociation neurologique<\/a> apporte une confirmation irr\u00e9futable \u00e0 la th\u00e9orie hi\u00e9rarchique de Nelson et Narens : la machinerie neuronale qui effectue la discrimination perceptive de premier ordre (localis\u00e9e principalement dans le cortex visuel extrastri\u00e9 et le cortex inf\u00e9rotemporal) est physiquement distincte et dissociable des circuits de second ordre h\u00e9berg\u00e9s dans le cortex frontal qui \u00e9valuent la fiabilit\u00e9 de cette discrimination. La m\u00e9tacognition n&rsquo;est pas une simple propri\u00e9t\u00e9 \u00e9mergente diffuse du traitement sensoriel ; elle requiert l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 d&rsquo;une couche computationnelle sup\u00e9rieure sp\u00e9cialis\u00e9e.<\/p>\n<h3>8.3 Les corr\u00e9lats \u00e9lectrophysiologiques du sentiment de certitude<\/h3>\n<p>Les investigations men\u00e9es par des pionniers des neurosciences de la d\u00e9cision comme Michael Shadlen ont permis de descendre jusqu&rsquo;aux m\u00e9canismes cellulaires de l&rsquo;accumulation de preuves neurales et du sentiment de certitude. Dans des t\u00e2ches de d\u00e9cision visuelle \u00e0 cin\u00e9tique de points mobiles (<em>Random Dot Motion Task<\/em>), les neurones du cortex pari\u00e9tal post\u00e9rieur \u2014 et particuli\u00e8rement de l&rsquo;aire intrapari\u00e9tale lat\u00e9rale (LIP) \u2014 fonctionnent comme de v\u00e9ritables int\u00e9grateurs stochastiques d&rsquo;information.<\/p>\n<p>La dynamique temporelle de ces neurones illustre concr\u00e8tement le mod\u00e8le de diffusion avec d\u00e9rive (<em>Drift Diffusion Model<\/em>) :<\/p>\n<ul>\n<li>D\u00e8s l&rsquo;apparition du stimulus, la fr\u00e9quence de d\u00e9charge des neurones de l&rsquo;aire LIP augmente \u00e0 mesure que les preuves sensorielles s&rsquo;accumulent en faveur de l&rsquo;une des directions de mouvement.<\/li>\n<li>Lorsque le taux de d\u00e9charge franchit un seuil critique d&rsquo;activation, la d\u00e9cision motrice saccadique est irr\u00e9vocablement d\u00e9clench\u00e9e.<\/li>\n<li>Si le stimulus est clair, la pente d&rsquo;accumulation est abrupte, le seuil est franchi rapidement et la d\u00e9charge neuronale r\u00e9siduelle post-d\u00e9cisionnelle est massive, traduisant un haut niveau de certitude subjective.<\/li>\n<li>Si le stimulus est hautement bruit\u00e9, la d\u00e9charge oscille laborieusement sans parvenir \u00e0 atteindre le seuil dans les d\u00e9lais impartis.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Dans ce sch\u00e9ma biophysique, la r\u00e9ponse d&rsquo;\u00e9chappement formalis\u00e9e par David Smith s&rsquo;int\u00e8gre comme un coupe-circuit dynamique. Si, au terme d&rsquo;un temps d&rsquo;int\u00e9gration imparti, l&rsquo;accumulation de preuves neurales dans l&rsquo;aire LIP reste pi\u00e9g\u00e9e sous un niveau de confiance plancher, le signal de doute g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par la non-convergence des r\u00e9seaux pari\u00e9to-frontaux d\u00e9clenche l&rsquo;orientation de l&rsquo;attention vers l&rsquo;effecteur d&rsquo;incertitude. Le sentiment ph\u00e9nom\u00e9nologique de certitude ou d&rsquo;h\u00e9sitation trouve ainsi son ancrage direct dans les constantes de temps et les attracteurs dynamiques des assembl\u00e9es synaptiques du cortex des primates.<\/p>\n<h2>9. \u00c9volution compar\u00e9e de la cognition : Primates, c\u00e9tac\u00e9s et divergences phylog\u00e9n\u00e9tiques<\/h2>\n<h3>9.1 Convergence \u00e9volutive entre l&rsquo;architecture c\u00e9r\u00e9brale des c\u00e9tac\u00e9s et des primates<\/h3>\n<p>L&rsquo;observation de comp\u00e9tences m\u00e9tacognitives hautement convergentes chez le macaque et le grand dauphin invite \u00e0 une r\u00e9flexion approfondie sur les lois de l&rsquo;\u00e9volution c\u00e9r\u00e9brale. L&rsquo;anc\u00eatre commun aux c\u00e9tartiodactyles et aux primates \u00e9tait un petit mammif\u00e8re terrestre lissenc\u00e9phale, dot\u00e9 d&rsquo;un cerveau modeste et d&rsquo;un r\u00e9pertoire comportemental \u00e9l\u00e9mentaire. L&rsquo;\u00e9mergence ind\u00e9pendante, au sein de ces deux lign\u00e9es, d&rsquo;un cerveau g\u00e9ant caract\u00e9ris\u00e9 par un indice de gyration corticale extr\u00eame t\u00e9moigne de pressions s\u00e9lectives partag\u00e9es ayant conduit \u00e0 une duplication des \u00e9tages hi\u00e9rarchiques de traitement de l&rsquo;information.<\/p>\n<p>Pourtant, d&rsquo;un point de vue cytoarchitectonique, le cortex des c\u00e9tac\u00e9s s&rsquo;av\u00e8re radicalement dissemblable de celui des primates :<\/p>\n<ul>\n<li>Le n\u00e9ocortex du grand dauphin est d\u00e9pourvu de la couche granulaire IV typique, qui joue un r\u00f4le capital dans la r\u00e9ception et l&rsquo;int\u00e9gration des projections thalamiques chez les primates.<\/li>\n<li>Le cerveau des delphinid\u00e9s pr\u00e9sente une organisation paralaminaire particuli\u00e8re, caract\u00e9ris\u00e9e par une couche marginale tr\u00e8s \u00e9paisse et une densit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e de neurones g\u00e9ants dans la couche V.<\/li>\n<li>En contrepartie, le syst\u00e8me paralimbique et le lobe insulaire des c\u00e9tac\u00e9s connaissent un d\u00e9veloppement hypertrophi\u00e9 sans \u00e9quivalent chez les vert\u00e9br\u00e9s terrestres.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces disparit\u00e9s anatomiques prouvent qu&rsquo;il n&rsquo;existe pas de \u00ab voie unique \u00bb impos\u00e9e par la nature pour fabriquer de la r\u00e9flexivit\u00e9 cognitive. Deux substrats neurobiologiques radicalement diff\u00e9rents peuvent impl\u00e9menter les m\u00eames fonctions computationnelles de second ordre. Ce constat valide l&rsquo;hypoth\u00e8se de l&rsquo;\u00e9cologie cognitive : les contraintes impos\u00e9es par la vie en soci\u00e9t\u00e9s fluides et complexes (soci\u00e9t\u00e9s fission-fusion), o\u00f9 chaque individu doit sans cesse anticiper, r\u00e9agir et adapter ses strat\u00e9gies face \u00e0 des partenaires et comp\u00e9titeurs impr\u00e9visibles, constituent le moteur principal ayant forg\u00e9 l&rsquo;aptitude \u00e0 surveiller la validit\u00e9 de ses propres \u00e9tats de jugement.<\/p>\n<h3>9.2 La discontinuit\u00e9 \u00e9volutive au sein de l&rsquo;ordre des primates<\/h3>\n<p>L&rsquo;un des enseignements les plus fascinants des travaux comparatifs conduits \u00e0 la suite de ceux de David Smith est la mise en \u00e9vidence d&rsquo;une v\u00e9ritable ligne de fracture au sein m\u00eame de l&rsquo;ordre des primates. Longtemps, la vision \u00e9volutionniste dominante postulait une gradation lin\u00e9aire et continue des aptitudes cognitives le long de l&rsquo;arbre g\u00e9n\u00e9alogique des primates, les prosimiens pr\u00e9c\u00e9dant les singes du Nouveau Monde, eux-m\u00eames suivis des singes de l&rsquo;Ancien Monde puis des grands singes anthropo\u00efdes.<\/p>\n<p>Les donn\u00e9es exp\u00e9rimentales sur la m\u00e9tacognition ont pulv\u00e9ris\u00e9 cette vision graduelle simpliste :<\/p>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Groupe Taxonomique<\/th>\n<th>Esp\u00e8ces Repr\u00e9sentatives<\/th>\n<th>Capacit\u00e9 M\u00e9tacognitive Explicite<\/th>\n<th>Architecture C\u00e9r\u00e9brale Associ\u00e9e<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td><strong>Hominid\u00e9s<\/strong><\/td>\n<td>Humains, Chimpanz\u00e9s (<em>Pan troglodytes<\/em>)<\/td>\n<td>Pleine, transf\u00e9rable, prospective et r\u00e9trospective<\/td>\n<td>Cortex pr\u00e9frontal granulaire hyperd\u00e9velopp\u00e9 (aires 10, 46, 47)<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Cercopith\u00e9cid\u00e9s (Ancien Monde)<\/strong><\/td>\n<td>Macaques rh\u00e9sus (<em>Macaca mulatta<\/em>), Babouins<\/td>\n<td>Robuste, transf\u00e9rable, gestion de l&rsquo;incertitude<\/td>\n<td>Cortex pr\u00e9frontal granulaire \u00e9tendu, r\u00e9seaux fronto-pari\u00e9taux matures<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Platyrrhiniens (Nouveau Monde)<\/strong><\/td>\n<td>Capucins (<em>Sapajus apella<\/em>), Singes-\u00e9cureuils<\/td>\n<td>Absente ou s\u00e9v\u00e8rement limit\u00e9e aux protocoles assist\u00e9s<\/td>\n<td>Moindre expansion relative du cortex pr\u00e9frontal dorso-lat\u00e9ral<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>Cette discontinuit\u00e9 \u00e9volutive sugg\u00e8re que l&rsquo;architecture neurocognitive sous-tendant la surveillance m\u00e9tacognitive explicite a \u00e9merg\u00e9 chez les primates anthropo\u00efdes catarrhiniens apr\u00e8s leur s\u00e9paration d&rsquo;avec les platyrrhiniens, il y a environ 35 \u00e0 40 millions d&rsquo;ann\u00e9es. Bien que des d\u00e9bats m\u00e9thodologiques r\u00e9cents sugg\u00e8rent que des protocoles \u00e9cologiques simplifi\u00e9s (d\u00e9pourvus de temps mort punitif) pourraient permettre aux capucins d&rsquo;exprimer des formes embryonnaires de suivi de l&rsquo;incertitude, la facilit\u00e9 d\u00e9concertante avec laquelle les macaques manipulent le doute abstrait demeure une signature distinctive propre \u00e0 la radiation des primates de l&rsquo;Ancien Monde.<\/p>\n<h3>9.3 La m\u00e9tacognition chez d&rsquo;autres taxons : Oiseaux et rongeurs sous la loupe comparative<\/h3>\n<p>L&rsquo;onde de choc des d\u00e9couvertes de David Smith sur le dauphin et le macaque a naturellement incit\u00e9 d&rsquo;autres \u00e9quipes de recherche \u00e0 \u00e9tendre l&rsquo;administration de ces paradigmes \u00e0 d&rsquo;autres taxons animaux r\u00e9put\u00e9s pour leur plasticit\u00e9 comportementale, notamment les oiseaux et les rongeurs. Chez les rongeurs, les travaux men\u00e9s sur des rats de laboratoire (<em>Rattus norvegicus<\/em>) plac\u00e9s face \u00e0 des t\u00e2ches de discrimination de dur\u00e9es temporelles ont suscit\u00e9 d&rsquo;\u00e2pres controverses. Bien que certaines \u00e9tudes aient rapport\u00e9 une baisse des choix lorsque la dur\u00e9e du son est m\u00e9diane, beaucoup d&rsquo;auteurs consid\u00e8rent que les rats recourent principalement \u00e0 des heuristiques d&rsquo;\u00e9vitement conditionn\u00e9 sans manifester la flexibilit\u00e9 de transfert supramodal typique des macaques.<\/p>\n<p>Chez les oiseaux, le tableau comparatif s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9 particuli\u00e8rement cliv\u00e9 :<\/p>\n<ul>\n<li>Les pigeons (<em>Columba livia<\/em>), pourtant capables d&rsquo;exploits d&rsquo;apprentissage visuel et de cat\u00e9gorisation statistique prodigieux, ont \u00e9chou\u00e9 de mani\u00e8re spectaculaire \u00e0 faire preuve d&rsquo;une v\u00e9ritable m\u00e9tacognition dans les t\u00e2ches de densit\u00e9 de pixels adapt\u00e9es de Smith. Ils persistent \u00e0 r\u00e9pondre au hasard sur les stimuli les plus difficiles sans solliciter la touche d&rsquo;incertitude de fa\u00e7on s\u00e9lective.<\/li>\n<li>\u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9, la famille des corvid\u00e9s (geais buissonniers, corbeaux cal\u00e9doniens, corbeaux freux), dot\u00e9e d&rsquo;un nidopallium r\u00e9tro-infundibulaire extr\u00eamement dense en neurones, a manifest\u00e9 des comp\u00e9tences d&rsquo;auto-surveillance de la m\u00e9moire et d&rsquo;ajustement prospectif rivalisant avec celles des primates sup\u00e9rieurs.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces donn\u00e9es confirment l&rsquo;extraordinaire singularit\u00e9 biologique des r\u00e9sultats pionniers de David Smith. Loin d&rsquo;\u00eatre une facult\u00e9 uniform\u00e9ment diss\u00e9min\u00e9e dans le monde animal, la m\u00e9tacognition \u00e9merge comme une sp\u00e9cialisation cognitive de haut vol, r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 des organismes dot\u00e9s de configurations neurales tr\u00e8s sp\u00e9cifiques capables de soutenir des repr\u00e9sentations r\u00e9cursives de second ordre.<\/p>\n<h2>10. Les limites de la m\u00e9tacognition animale : Surveillance explicite contre implicite<\/h2>\n<h3>10.1 M\u00e9tacognition implicite vs m\u00e9tacognition explicite et d\u00e9clarative<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 l&rsquo;accumulation impressionnante de preuves comportementales en faveur d&rsquo;un monitoring interne chez le dauphin et le macaque, la communaut\u00e9 des sciences cognitives s&rsquo;est engag\u00e9e dans une r\u00e9flexion critique salutaire quant aux limites r\u00e9elles de ces facult\u00e9s non humaines. Au c\u0153ur de ce d\u00e9bat r\u00e9side la distinction th\u00e9orique fondamentale entre m\u00e9tacognition implicite (proc\u00e9durale ou de premier ordre fonctionnel) et m\u00e9tacognition explicite (d\u00e9clarative ou authentiquement m\u00e9ta-repr\u00e9sentationnelle), th\u00e9oris\u00e9e notamment par des philosophes de l&rsquo;esprit tels que Jo\u00eblle Proust ou Peter Carruthers.<\/p>\n<p>La m\u00e9tacognition implicite se d\u00e9finit comme une r\u00e9gulation dynamique de l&rsquo;action en boucle ferm\u00e9e, guid\u00e9e par des signaux d&rsquo;affects \u00e9pist\u00e9miques (tels que le sentiment de fluidit\u00e9 de traitement sensoriel ou la sensation visc\u00e9rale d&rsquo;effort cognitif). Ces signaux affectifs internes suffisent \u00e0 orienter l&rsquo;animal vers la solution de moindre co\u00fbt \u00e9nerg\u00e9tique sans exiger qu&rsquo;il formule une pens\u00e9e propositionnelle sur son propre esprit. L&rsquo;animal n&rsquo;a pas besoin de se repr\u00e9senter conceptuellement : \u00ab Je suis un sujet qui poss\u00e8de une croyance fausse au sujet de cette image \u00bb ; il lui suffit d&rsquo;\u00e9prouver un \u00e9tat d&rsquo;inconfort d\u00e9cisionnel pour d\u00e9vier son bras vers l&rsquo;ic\u00f4ne de secours.<\/p>\n<p>La m\u00e9tacognition explicite, en revanche, implique l&rsquo;acc\u00e8s conscient \u00e0 des m\u00e9ta-repr\u00e9sentations d\u00e9claratives propositionnelles, manipulables dans le cadre d&rsquo;un raisonnement abstrait et communicables \u00e0 des tiers. C&rsquo;est le sanctuaire qui demeure intimement li\u00e9 au langage chez l&rsquo;\u00eatre humain. Sur ce point, J. David Smith lui-m\u00eame a toujours conserv\u00e9 une posture de grande lucidit\u00e9 et de prudence scientifique : tout en d\u00e9montrant sans ambigu\u00eft\u00e9 que le macaque et le dauphin op\u00e8rent bien au-del\u00e0 des simples r\u00e9flexes associatifs, il a reconnu que les donn\u00e9es actuelles ne permettent pas de certifier que l&rsquo;animal dispose d&rsquo;une th\u00e9orie d\u00e9clarative de sa propre subjectivit\u00e9 au sens d&rsquo;un discours int\u00e9rieur ph\u00e9nom\u00e9nologiquement articul\u00e9.<\/p>\n<h3>10.2 Le lien fonctionnel entre th\u00e9orie de l&rsquo;esprit (ToM) et m\u00e9tacognition<\/h3>\n<p>L&rsquo;une des \u00e9nigmes les plus d\u00e9battues de la psychologie cognitive contemporaine concerne la relation fonctionnelle et \u00e9volutive reliant la m\u00e9tacognition (la surveillance de son propre esprit) et la <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/folkpsych-theory\/\">th\u00e9orie de l&rsquo;esprit<\/a> (<em>Theory of Mind<\/em> &#8211; ToM, la capacit\u00e9 d&rsquo;attribuer des \u00e9tats mentaux, des croyances et des intentions \u00e0 autrui). Deux hypoth\u00e8ses antagonistes s&rsquo;affrontent traditionnellement dans la litt\u00e9rature th\u00e9orique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le mod\u00e8le de l&rsquo;extrospection premi\u00e8re :<\/strong> La m\u00e9tacognition ne serait qu&rsquo;une int\u00e9riorisation seconde de la th\u00e9orie de l&rsquo;esprit. L&rsquo;individu d\u00e9velopperait d&rsquo;abord l&rsquo;aptitude \u00e0 surveiller et d\u00e9coder le comportement d&rsquo;autrui pour des imp\u00e9ratifs sociaux, avant d&rsquo;appliquer cette grille de lecture psychologique \u00e0 ses propres processus internes.<\/li>\n<li><strong>Le mod\u00e8le de l&rsquo;introspection premi\u00e8re (d\u00e9fendu par Smith) :<\/strong> La m\u00e9tacognition constitue le pr\u00e9curseur phylog\u00e9n\u00e9tique et ontog\u00e9n\u00e9tique indispensable de la th\u00e9orie de l&rsquo;esprit. Il est fonctionnellement n\u00e9cessaire d&rsquo;\u00eatre capable d&rsquo;enregistrer et de discriminer ses propres \u00e9tats d&rsquo;incertitude ou de savoir avant de pouvoir, par projection analogique ou simulation, d\u00e9duire l&rsquo;ignorance ou la croyance chez un cong\u00e9n\u00e8re.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les donn\u00e9es empiriques recueillies chez les macaques rh\u00e9sus apportent un soutien \u00e9clatant \u00e0 la primaut\u00e9 \u00e9volutive de la m\u00e9tacognition. En effet, alors que les macaques manifestent des comp\u00e9tences m\u00e9tacognitives d&rsquo;une sophistication exemplaire dans les t\u00e2ches de doute perceptif et mn\u00e9sique, ils \u00e9chouent de mani\u00e8re constante aux \u00e9preuves formelles de th\u00e9orie de l&rsquo;esprit (comme le test de fausse croyance ou la compr\u00e9hension de la perspective visuelle complexe d&rsquo;autrui), des aptitudes qui n&rsquo;\u00e9mergent v\u00e9ritablement que chez les chimpanz\u00e9s et les humains. Cette asym\u00e9trie d\u00e9montre que la m\u00e9tacognition d&rsquo;auto-surveillance a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de plusieurs millions d&rsquo;ann\u00e9es l&rsquo;\u00e9mergence des capacit\u00e9s d&rsquo;attribution mentale \u00e0 autrui sur l&rsquo;arbre phylog\u00e9n\u00e9tique des primates.<\/p>\n<h3>10.3 Capacit\u00e9s de planification temporelle prospective et voyage mental chez l&rsquo;animal<\/h3>\n<p>Une autre fronti\u00e8re majeure d\u00e9limitant les capacit\u00e9s m\u00e9tacognitives des animaux r\u00e9side dans l&rsquo;axe temporel de la d\u00e9cision. Les paradigmes exp\u00e9rimentaux con\u00e7us par David Smith explorent principalement une m\u00e9tacognition synchrone ou \u00e0 horizon temporel imm\u00e9diat : l&rsquo;\u00e9valuation de la certitude porte sur un stimulus actuellement per\u00e7u ou disparu depuis quelques dizaines de secondes, en vue d&rsquo;une action \u00e0 r\u00e9aliser hic et nunc.<\/p>\n<p>La question se pose avec acuit\u00e9 lorsqu&rsquo;on cherche \u00e0 d\u00e9terminer si l&rsquo;animal peut s&rsquo;engager dans une m\u00e9tacognition prospective \u00e0 long terme, intimement li\u00e9e au concept de voyage mental dans le temps (<em>chronesthesia<\/em>) et \u00e0 la m\u00e9moire \u00e9pisodique :<\/p>\n<ul>\n<li>Un macaque est-il capable d&rsquo;anticiper aujourd&rsquo;hui son \u00e9tat d&rsquo;ignorance de demain et de mettre en place une strat\u00e9gie d&rsquo;apprentissage pr\u00e9alable pour y pallier ?<\/li>\n<li>Les exp\u00e9riences conduites sur les primates et les corvid\u00e9s r\u00e9v\u00e8lent d&rsquo;importantes contraintes d&rsquo;horizon temporel : si certains singes anthropo\u00efdes s\u00e9lectionnent des outils en pr\u00e9vision d&rsquo;une t\u00e2che ult\u00e9rieure, leur capacit\u00e9 \u00e0 \u00e9valuer prospectivement leurs besoins d&rsquo;information futurs demeure embryonnaire.<\/li>\n<li>L&rsquo;animal excelle \u00e0 g\u00e9rer le doute dans le pr\u00e9sent op\u00e9rationnel continu, mais peine \u00e0 projeter de fa\u00e7on r\u00e9flexive des sc\u00e9narios contrefactuels complexes dans un avenir abstrait et d\u00e9tach\u00e9 des \u00e9tats motivationnels imm\u00e9diats.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>11. Implications \u00e9pist\u00e9mologiques pour l&rsquo;\u00e9tude de la conscience animale et de l&rsquo;esprit<\/h2>\n<h3>11.1 Le passage de la cognition aveugle \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience ph\u00e9nom\u00e9nale<\/h3>\n<p>L&rsquo;apport des travaux de J. David Smith ne se cantonne pas au p\u00e9rim\u00e8tre technique de la psychophysique compar\u00e9e ; il bouscule les fondations m\u00eames de l&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie de l&rsquo;esprit et de la philosophie de la conscience. Durant des d\u00e9cennies, les philosophes fonctionnalistes et les th\u00e9oriciens de la conscience ont exploit\u00e9 le ph\u00e9nom\u00e8ne neuropsychologique de la \u00ab vision aveugle \u00bb (<em>blindsight<\/em>) comme argument pour dissocier traitement de l&rsquo;information et subjectivit\u00e9. Des patients c\u00e9r\u00e9brol\u00e9s\u00e9s au niveau du cortex visuel primaire peuvent deviner avec une pr\u00e9cision statistique remarquable l&rsquo;orientation d&rsquo;un faisceau lumineux projet\u00e9 dans leur champ aveugle, tout en affirmant sinc\u00e8rement ne \u00ab rien voir du tout \u00bb. Leur syst\u00e8me cognitif calcule de l&rsquo;information de premier ordre, mais leur conscience d&rsquo;acc\u00e8s en est exclue.<\/p>\n<p>La m\u00e9tacognition objectiv\u00e9e chez le dauphin et le macaque constitue le contre-pied absolu de la vision aveugle :<\/p>\n<ul>\n<li>Un sujet qui utilise de mani\u00e8re modul\u00e9e la r\u00e9ponse d&rsquo;\u00e9chappement ne fonctionne pas en mode \u00ab aveugle \u00bb. S&rsquo;il fonctionnait comme un automate sans acc\u00e8s, il traiterait les stimuli du seuil de mani\u00e8re m\u00e9canique, essuyant des \u00e9checs sans jamais modifier sa trajectoire d&rsquo;action.<\/li>\n<li>La d\u00e9cision de refuser l&rsquo;\u00e9preuve implique n\u00e9cessairement que l&rsquo;organisme dispose d&rsquo;un rapport fonctionnel direct avec son propre \u00e9tat sensoriel : il \u00ab ressent \u00bb l&rsquo;insuffisance du signal.<\/li>\n<li>Cette lecture rejoint la d\u00e9finition de la <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/consciousness\/#AccPheCon\">conscience d&rsquo;acc\u00e8s<\/a> (<em>access consciousness<\/em>) forg\u00e9e par Ned Block : une repr\u00e9sentation est consciente au sens de l&rsquo;acc\u00e8s si elle est rendue disponible pour le contr\u00f4le global de l&rsquo;action, le raisonnement et le choix ex\u00e9cutif.<\/li>\n<\/ul>\n<p>En d\u00e9montrant que les \u00e9tats d&rsquo;incertitude chez l&rsquo;animal acc\u00e8dent \u00e0 ce niveau sup\u00e9rieur de diffusion ex\u00e9cutive globale (faisant \u00e9cho \u00e0 la th\u00e9orie de l&rsquo;espace de travail neuronal global de Stanislas Dehaene et Jean-Pierre Changeux), les recherches de Smith ont achev\u00e9 de disqualifier le cart\u00e9sianisme de l&rsquo;animal-machine. Elles imposent de reconna\u00eetre l&rsquo;existence d&rsquo;une vie int\u00e9rieure subjective chez ces esp\u00e8ces, dot\u00e9e d&rsquo;une texture ph\u00e9nom\u00e9nale faite de transitions gradu\u00e9es entre l&rsquo;\u00e9vidence, le soup\u00e7on et la perplexit\u00e9.<\/p>\n<h3>11.2 La place des \u00e9tudes de Smith dans la D\u00e9claration de Cambridge sur la conscience<\/h3>\n<p>L&rsquo;accumulation irr\u00e9sistible de ces donn\u00e9es exp\u00e9rimentales a culmin\u00e9 le 7 juillet 2012 lors de la proclamation historique de la <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fcmconference.org\/img\/CambridgeDeclarationOnConsciousness.pdf\">D\u00e9claration de Cambridge sur la conscience<\/a>. Sign\u00e9e par un consortium international de neurobiologistes, de sp\u00e9cialistes des neurosciences computationnelles et d&rsquo;\u00e9thologues cognitifs de premier plan (en pr\u00e9sence du physicien Stephen Hawking), ce document officiel a act\u00e9 le consensus scientifique mondial :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab L&rsquo;absence de n\u00e9ocortex ne semble pas emp\u00eacher un organisme de faire l&rsquo;exp\u00e9rience d&rsquo;\u00e9tats affectifs. Des preuves convergentes indiquent que les animaux non humains poss\u00e8dent les substrats neuroanatomiques, neurochimiques et neurophysiologiques des \u00e9tats de conscience, ainsi que la capacit\u00e9 d&rsquo;exhiber des comportements intentionnels. Par cons\u00e9quent, la force des preuves montre que les humains ne sont pas les seuls \u00e0 poss\u00e9der les substrats neurologiques qui g\u00e9n\u00e8rent la conscience. Les animaux non humains, comprenant tous les mammif\u00e8res et les oiseaux, et de nombreuses autres cr\u00e9atures, incluant les pieuvres, poss\u00e8dent ces substrats neurologiques. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Dans le corpus scientifique qui a rendu possible cette d\u00e9claration institutionnelle majeure, les \u00e9tudes de J. David Smith sur le grand dauphin Natua et les macaques rh\u00e9sus figurent au premier rang des citations probantes. Les donn\u00e9es sur la surveillance m\u00e9tacognitive ont constitu\u00e9 la cl\u00e9 de vo\u00fbte permettant de franchir le pas entre l&rsquo;affect brut (partag\u00e9 par la plupart des vert\u00e9br\u00e9s) et la r\u00e9flexivit\u00e9 d\u00e9cisionnelle sup\u00e9rieure. Cette reconnaissance formelle a eu des r\u00e9percussions consid\u00e9rables sur le plan \u00e9thique et juridique, contribuant \u00e0 red\u00e9finir le statut de l&rsquo;animal dans les codes civils de plusieurs nations et conduisant \u00e0 un encadrement beaucoup plus strict de l&rsquo;exp\u00e9rimentation biom\u00e9dicale sur les primates non humains et les c\u00e9tac\u00e9s.<\/p>\n<h3>11.3 Contributions aux sciences cognitives g\u00e9n\u00e9rales et \u00e0 l&rsquo;intelligence artificielle<\/h3>\n<p>L&rsquo;h\u00e9ritage conceptuel des travaux de Smith s&rsquo;\u00e9tend bien au-del\u00e0 de la zoologie et de la primatologie : il innerve aujourd&rsquo;hui les segments les plus avanc\u00e9s de la mod\u00e9lisation computationnelle et de l&rsquo;<a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/s41586-021-03819-2\">intelligence artificielle contemporaine<\/a>. L&rsquo;un des \u00e9cueils structurels majeurs des mod\u00e8les d&rsquo;apprentissage profond actuels (<em>Deep Learning<\/em> et grands mod\u00e8les de langage) r\u00e9side dans leur manque de calibration m\u00e9tacognitive : ces r\u00e9seaux peuvent produire des r\u00e9ponses tragiquement aberrantes (\u00ab hallucinations \u00bb) avec un niveau de confiance statistique interne affich\u00e9 de 99 %.<\/p>\n<p>Les architectures d\u00e9cisionnelles hi\u00e9rarchiques mises en lumi\u00e8re par Smith chez le dauphin et le macaque servent d\u00e9sormais de mod\u00e8les d&rsquo;inspiration pour le d\u00e9veloppement d&rsquo;agents d&rsquo;intelligence artificielle robustes :<\/p>\n<ul>\n<li>En int\u00e9grant une couche explicite de m\u00e9ta-\u00e9valuation de second ordre inspir\u00e9e des circuits fronto-striataux du singe, les concepteurs dotent les algorithmes de d\u00e9cision autonome de m\u00e9canismes de repli (<em>fail-safe<\/em>) et de \u00ab touches d&rsquo;incertitude computationnelles \u00bb.<\/li>\n<li>De tels syst\u00e8mes apprennent \u00e0 mesurer la dispersion de leurs propres distributions d&rsquo;entropie informationnelle avant d&rsquo;engager une action critique (par exemple dans le pilotage de v\u00e9hicules autonomes ou le diagnostic m\u00e9dical automatis\u00e9).<\/li>\n<li>Ces mod\u00e8les s&rsquo;articulent harmonieusement avec la th\u00e9orie du cerveau bay\u00e9sien et du codage pr\u00e9dictif (<em>predictive processing<\/em>) d\u00e9velopp\u00e9e par Karl Friston, o\u00f9 la m\u00e9tacognition est appr\u00e9hend\u00e9e comme l&rsquo;estimation continue de la pr\u00e9cision des erreurs de pr\u00e9diction descendantes.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>12. Perspectives futures et h\u00e9ritage des recherches de David Smith en psychologie compar\u00e9e<\/h2>\n<h3>12.1 Innovations m\u00e9thodologiques contemporaines : Optog\u00e9n\u00e9tique et eye-tracking immersif<\/h3>\n<p>L&rsquo;h\u00e9ritage de J. David Smith se perp\u00e9tue \u00e0 travers l&rsquo;arsenal technologique sophistiqu\u00e9 des neurosciences contemporaines. L\u00e0 o\u00f9 les premi\u00e8res \u00e9tudes de Smith s&rsquo;appuyaient sur la mesure des temps de latence et des trajectoires de manettes de jeu, les laboratoires d&rsquo;aujourd&rsquo;hui traquent la gen\u00e8se du doute \u00e0 des \u00e9chelles spatiales et temporelles infinit\u00e9simales. L&rsquo;<a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/nmeth.f.324\">optog\u00e9n\u00e9tique<\/a> permet d\u00e9sormais, chez des mod\u00e8les animaux g\u00e9n\u00e9tiquement modifi\u00e9s, d&rsquo;activer ou d&rsquo;\u00e9teindre par des impulsions lumineuses cibl\u00e9es des sous-populations sp\u00e9cifiques d&rsquo;interneurones pr\u00e9frontaux pendant des fen\u00eatres de quelques millisecondes correspondant tr\u00e8s exactement \u00e0 la phase d&rsquo;h\u00e9sitation mentale.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, l&rsquo;oculom\u00e9trie haute fr\u00e9quence (<em>eye-tracking<\/em> immersif) coupl\u00e9e \u00e0 la pupillom\u00e9trie offre une lecture continue, dynamique et strictement non invasive des \u00e9tats internes de certitude. L&rsquo;analyse des micro-saccades oculaires et des oscillations du diam\u00e8tre pupillaire chez le macaque et les c\u00e9tac\u00e9s permet de d\u00e9tecter le vacillement de la certitude bien avant que le moindre geste moteur ne soit esquiss\u00e9 vers un effecteur. De surcro\u00eet, l&rsquo;introduction de casques ou d&rsquo;\u00e9crans de r\u00e9alit\u00e9 virtuelle st\u00e9r\u00e9oscopique permet de plonger les sujets au sein d&rsquo;environnements \u00e9cologiques virtuels complexes simulant des sc\u00e8nes de chasse ou de pr\u00e9dation, mesurant comment la m\u00e9tacognition op\u00e8re non plus dans le confinement d&rsquo;une bo\u00eete de test, mais sous les contraintes r\u00e9alistes de la survie en milieu naturel.<\/p>\n<h3>12.2 Questions non r\u00e9solues et nouveaux horizons comparatifs<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 les pas de g\u00e9ant accomplis en trois d\u00e9cennies d&rsquo;investigations, de vastes territoires demeurent inexplor\u00e9s sur la carte de la m\u00e9tacognition animale. Le front de recherche le plus audacieux concerne aujourd&rsquo;hui les embranchements des invert\u00e9br\u00e9s, et tout particuli\u00e8rement les c\u00e9phalopodes (pieuvres, seiches). Dot\u00e9s d&rsquo;un syst\u00e8me nerveux g\u00e9ant et d\u00e9centralis\u00e9 comptant plus de 500 millions de neurones organis\u00e9s selon une g\u00e9om\u00e9trie radicalement \u00e9trang\u00e8re \u00e0 celle des vert\u00e9br\u00e9s, les poulpes manifestent une flexibilit\u00e9 d&rsquo;utilisation d&rsquo;outils et une plasticit\u00e9 d&rsquo;apprentissage ph\u00e9nom\u00e9nales. Sont-ils capables d&rsquo;auto-surveiller leurs \u00e9tats d&rsquo;ind\u00e9cision ? Des protocoles adapt\u00e9s inspir\u00e9s des travaux de Smith sont actuellement en cours de conception dans plusieurs stations marines internationales pour tester si la pieuvre sait qu&rsquo;elle ne sait pas.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres questions fondamentales interpellent les chercheurs contemporains :<\/p>\n<ul>\n<li>Quels sont les d\u00e9terminants g\u00e9n\u00e9tiques et \u00e9pig\u00e9n\u00e9tiques pr\u00e9cis r\u00e9gissant le c\u00e2blage synaptique des boucles m\u00e9ta-d\u00e9cisionnelles ?<\/li>\n<li>Existe-t-il une m\u00e9tacognition collective ou distribu\u00e9e au sein des groupes sociaux ? Comment le doute individuel d&rsquo;un leader s&rsquo;agr\u00e8ge-t-il aux certitudes de la troupe pour stabiliser le choix de d\u00e9placement d&rsquo;un banc de dauphins ou d&rsquo;une troupe de babouins ?<\/li>\n<li>Comment le vieillissement c\u00e9r\u00e9bral normal et les pathologies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives alt\u00e8rent-ils s\u00e9lectivement les capacit\u00e9s m\u00e9tacognitives par rapport aux fonctions cognitives de premier ordre chez les primates \u00e2g\u00e9s ?<\/li>\n<\/ul>\n<h3>12.3 Bilan de l&rsquo;h\u00e9ritage intellectuel de David Smith<\/h3>\n<p>En dressant le bilan de plus de trente ann\u00e9es d&rsquo;effervescence scientifique, la trajectoire intellectuelle de J. David Smith s&rsquo;impose comme l&rsquo;une des aventures les plus f\u00e9condes de la psychologie contemporaine. En abordant la question imm\u00e9moriale de la conscience animale non par le verbe sp\u00e9culatif, mais par l&rsquo;aust\u00e8re \u00e9l\u00e9gance de la mod\u00e9lisation math\u00e9matique et du contr\u00f4le psychophysique, Smith a d\u00e9sarm\u00e9 les scepticismes id\u00e9ologiques et arrach\u00e9 la m\u00e9tacognition aux brumes de la m\u00e9taphysique pure.<\/p>\n<p>Ses travaux ont apport\u00e9 la confirmation la plus \u00e9clatante du principe de continuit\u00e9 \u00e9volutive \u00e9nonc\u00e9 par Charles Darwin dans <em>L&rsquo;Origine des esp\u00e8ces<\/em> et <em>La Filiation de l&rsquo;homme<\/em> : les facult\u00e9s mentales humaines ne diff\u00e8rent de celles des vert\u00e9br\u00e9s sup\u00e9rieurs que par degr\u00e9, et non par nature de rupture ontologique. Le macaque rh\u00e9sus ajustant son regard sur son \u00e9cran tactile et le dauphin Natua suspendant son \u00e9lan face \u00e0 son hydrophone dans les eaux hawa\u00efennes ne sont plus per\u00e7us comme des automates asservis au renforcement op\u00e9rant, mais comme les pionniers de notre propre \u00e9veil r\u00e9flexif.<\/p>\n<p>En nous tendant ce miroir exp\u00e9rimental par-del\u00e0 les barri\u00e8res des esp\u00e8ces, David Smith a d\u00e9finitivement transform\u00e9 notre regard sur la vie int\u00e9rieure des animaux. Il nous a l\u00e9gu\u00e9 une certitude m\u00e9thodologique in\u00e9branlable : pour sonder les abysses de la conscience, la science n&rsquo;a pas n\u00e9cessairement besoin que les sujets parlent ; il lui suffit d&rsquo;apprendre \u00e0 \u00e9couter avec une rigueur infinie la musique silencieuse de leur doute.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Block, N. (1995). On a confusion about a function of consciousness. <em>Behavioral and Brain Sciences<\/em>, 18(2), 227\u2013247. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1017\/S0140525X00038188\">https:\/\/doi.org\/10.1017\/S0140525X00038188<\/a><\/li>\n<li>Carruthers, P. (2009). Meta-cognition in animals: A defense of higher-order thoughts. <em>Philosophy of Science<\/em>, 76(5), 1130\u20131142. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1086\/605809\">https:\/\/doi.org\/10.1086\/605809<\/a><\/li>\n<li>Dehaene, S., &amp; Changeux, J. P. (2011). Experimental and theoretical approaches to conscious processing. <em>Neuron<\/em>, 70(2), 200\u2013227. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.neuron.2011.03.018\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.neuron.2011.03.018<\/a><\/li>\n<li>Hampton, R. R. (2001). Rhesus monkeys know when they remember. <em>Proceedings of the National Academy of Sciences<\/em>, 98(9), 5359\u20135362. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1073\/pnas.071600998\">https:\/\/doi.org\/10.1073\/pnas.071600998<\/a><\/li>\n<li>Kiani, R., &amp; Shadlen, M. N. (2009). Representation of confidence associated with a decision by neurons in the frontal eye field. <em>Science<\/em>, 324(5928), 759\u2013764. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.1169405\">https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.1169405<\/a><\/li>\n<li>Low, P., Panksepp, J., Reiss, D., Edelman, D., Van Swinderen, B., &amp; Koch, C. (2012). <em>The Cambridge Declaration on Consciousness<\/em>. Cambridge, UK. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fcmconference.org\/img\/CambridgeDeclarationOnConsciousness.pdf\">https:\/\/fcmconference.org\/img\/CambridgeDeclarationOnConsciousness.pdf<\/a><\/li>\n<li>Nelson, T. O., &amp; Narens, L. (1990). Metamemory: A theoretical framework and new findings. In G. H. Bower (Ed.), <em>The Psychology of Learning and Motivation<\/em> (Vol. 26, pp. 125\u2013173). Academic Press. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0079-7421(08)60529-9\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0079-7421(08)60529-9<\/a><\/li>\n<li>Proust, J. (2013). <em>The Philosophy of Metacognition: Mental Agency and Self-Awareness<\/em>. Oxford University Press. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/acprof:oso\/9780199602162.001.0001\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/acprof:oso\/9780199602162.001.0001<\/a><\/li>\n<li>Shields, W. E., Smith, J. D., &amp; Washburn, D. A. (1997). Uncertain responses by humans and rhesus monkeys (<em>Macaca mulatta<\/em>) in a psychophysical same-different task. <em>Journal of Experimental Psychology: General<\/em>, 126(2), 147\u2013164. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0096-3445.126.2.147\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0096-3445.126.2.147<\/a><\/li>\n<li>Smith, J. D. (2009). The study of animal metacognition. <em>Trends in Cognitive Sciences<\/em>, 13(9), 389\u2013396. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.tics.2009.06.009\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.tics.2009.06.009<\/a><\/li>\n<li>Smith, J. D., Beran, M. J., Redford, J. S., &amp; Washburn, D. A. (2006). Dissociating uncertainty judgments and reinforcement associations: An investigation of capuchin monkeys&rsquo; (<em>Cebus apella<\/em>) uncertainty monitoring. <em>Journal of Experimental Psychology: General<\/em>, 135(2), 282\u2013297. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0096-3445.135.2.282\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0096-3445.135.2.282<\/a><\/li>\n<li>Smith, J. D., Schull, J., Strote, J., McGee, K., Egnor, R., &amp; Erb, L. (1995). The uncertain response in the bottlenosed dolphin (<em>Tursiops truncatus<\/em>). <em>Journal of Experimental Psychology: General<\/em>, 124(4), 391\u2013408. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0096-3445.124.4.391\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0096-3445.124.4.391<\/a><\/li>\n<li>Smith, J. D., Shields, W. E., &amp; Washburn, D. A. (2003). The substance of animal mind: The animal metacognition paradigm. <em>Behavioral and Brain Sciences<\/em>, 26(3), 317\u2013339. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1017\/S0140525X03000080\">https:\/\/doi.org\/10.1017\/S0140525X03000080<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Analyse acad\u00e9mique approfondie des recherches de J. 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