{"id":5792,"date":"2026-09-16T02:52:56","date_gmt":"2026-09-16T02:52:56","guid":{"rendered":"http:\/\/french.arabpsychology.com\/experiments\/efficacite-etudes-electroconvulsivotherapie-ugo-cerletti-lucio-bini\/"},"modified":"2026-09-16T02:52:56","modified_gmt":"2026-09-16T02:52:56","slug":"efficacite-etudes-electroconvulsivotherapie-ugo-cerletti-lucio-bini","status":"publish","type":"psych_experiment","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_experiment=efficacite-etudes-electroconvulsivotherapie-ugo-cerletti-lucio-bini","title":{"rendered":"L&rsquo;efficacit\u00e9 des \u00e9tudes sur l&rsquo;\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie &#8211; Ugo Cerletti et Lucio Bini"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019av\u00e8nement de l\u2019\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1930 constitue l&rsquo;une des ruptures \u00e9pist\u00e9mologiques et cliniques les plus fondamentales de la psychiatrie moderne. Con\u00e7ue et mise en \u0153uvre pour la premi\u00e8re fois \u00e0 Rome par le neurologue Ugo Cerletti et son collaborateur le psychiatre Lucio Bini, cette approche th\u00e9rapeutique a radicalement transform\u00e9 la prise en charge des affections psychiatriques majeures, jusqu&rsquo;alors largement tributaires d&rsquo;une structure asilaire marqu\u00e9e par l&rsquo;impuissance th\u00e9rapeutique. Loin de surgir de mani\u00e8re isol\u00e9e, cette innovation s\u2019inscrit dans un courant de recherches biologiques dites \u00ab somatiques \u00bb qui cherchaient fr\u00e9n\u00e9tiquement \u00e0 extraire la psychiatrie de son carcan purement nosographique et descriptif pour lui conf\u00e9rer une assise physiopathologique rigoureuse et reproductible.<\/p>\n<p>La trajectoire scientifique de Cerletti et Bini se distingue par une articulation remarquable entre l\u2019investigation neuropathologique fondamentale, l\u2019exp\u00e9rimentation animale m\u00e9thodique et une ing\u00e9nierie biom\u00e9dicale pionni\u00e8re. En concevant le premier appareil sp\u00e9cifiquement \u00e9talonn\u00e9 pour d\u00e9livrer un courant transcr\u00e2nien capable d&rsquo;induire une crise convulsive g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e sans engager le pronostic vital du patient, le tandem romain a offert \u00e0 la m\u00e9decine une alternative technique s\u00e9curis\u00e9e et mesurable face aux th\u00e9rapeutiques chimiques convulsivantes de l&rsquo;\u00e9poque, dont le maniement demeurait p\u00e9rilleux et terrifiant. Cet article propose une exploration exhaustive de la gen\u00e8se de l\u2019\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie, de l&rsquo;\u00e9valuation rigoureuse de son efficacit\u00e9 clinique \u00e0 travers les d\u00e9cennies, de ses soubassements neurobiologiques et de son h\u00e9ritage persistant au sein des neurosciences contemporaines.<\/p>\n<p>\u00c0 travers une analyse d\u00e9taill\u00e9e des protocoles originaux de l&rsquo;\u00e9cole de Rome, des s\u00e9ries cliniques princeps et des r\u00e9\u00e9valuations contemporaines fond\u00e9es sur les crit\u00e8res de la m\u00e9decine bas\u00e9e sur des preuves, nous examinerons comment une intuition exp\u00e9rimentale n\u00e9e dans les abattoirs de Rome est devenue l\u2019une des interventions les plus puissantes, les plus \u00e9tudi\u00e9es et paradoxalement les plus controvers\u00e9es de l\u2019histoire de la m\u00e9decine. Cette r\u00e9trospective critique permet de mesurer l&rsquo;impact durable des travaux de Cerletti et Bini sur la compr\u00e9hension des m\u00e9canismes de plasticit\u00e9 neuronale et sur le d\u00e9veloppement des th\u00e9rapeutiques de neurostimulation actuelles.<\/p>\n<h2>1. Contexte historique et \u00e9mergence de l&rsquo;\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie \u00e0 Rome<\/h2>\n<h3>1.1 Le paysage psychiatrique des ann\u00e9es 1930 et les th\u00e9rapies somatiques<\/h3>\n<p>Au cours des ann\u00e9es 1930, la psychiatrie europ\u00e9enne traverse une crise paradigmatique profonde. Les asiles d&rsquo;ali\u00e9n\u00e9s sont surpeupl\u00e9s d&rsquo;individus atteints d&rsquo;affections chroniques consid\u00e9r\u00e9es comme incurables, notamment la d\u00e9mence pr\u00e9coce \u2014 th\u00e9oris\u00e9e par Emil Kraepelin et rebaptis\u00e9e plus tard schizophr\u00e9nie par Eugen Bleuler \u2014 ainsi que les formes catatoniques et les m\u00e9lancolies stuporeuses. Les th\u00e9rapeutiques disponibles sont alors dramatiquement limit\u00e9es : l&rsquo;isolement, les contentions physiques, l&rsquo;hydroth\u00e9rapie ti\u00e8de ou prolong\u00e9e, et une s\u00e9dation pharmacologique grossi\u00e8re reposant principalement sur les bromures, le chloral et les premiers d\u00e9riv\u00e9s barbituriques \u00e0 l&rsquo;instar du v\u00e9ronal. Ces interventions ne visent qu&rsquo;\u00e0 contr\u00f4ler l&rsquo;agitation motrice ou \u00e0 att\u00e9nuer les paroxysmes anxieux, sans jamais modifier le cours \u00e9volutif sous-jacent de la pathologie mentale.<\/p>\n<p>Face \u00e0 cet \u00e9chec institutionnel, les cliniques universitaires europ\u00e9ennes deviennent le th\u00e9\u00e2tre d\u2019une r\u00e9volution biologique. Le postulat selon lequel les maladies mentales rel\u00e8vent d&rsquo;alt\u00e9rations organiques c\u00e9r\u00e9brales mesurables et modifiables incite les chercheurs \u00e0 concevoir des interventions physiques drastiques, qualifi\u00e9es ult\u00e9rieurement de th\u00e9rapies h\u00e9ro\u00efques. La malariath\u00e9rapie mise au point par Julius Wagner-Jauregg en 1917 pour traiter la paralysie g\u00e9n\u00e9rale li\u00e9e \u00e0 la neurosyphilis \u2014 r\u00e9compens\u00e9e par le prix Nobel en 1927 \u2014 fournit la preuve empirique qu&rsquo;une perturbation somatique syst\u00e9mique majeure peut entra\u00eener la r\u00e9gression de troubles psychiatriques s\u00e9v\u00e8res. Cette d\u00e9couverte catalyse l&rsquo;exploration de nouvelles approches visant \u00e0 modifier l&rsquo;hom\u00e9ostasie c\u00e9r\u00e9brale par des chocs biologiques contr\u00f4l\u00e9s.<\/p>\n<p>C&rsquo;est au c\u0153ur de cette effervescence que la Clinique des maladies mentales et nerveuses de l&rsquo;Universit\u00e9 royale de Rome, situ\u00e9e Viale dell&rsquo;Universit\u00e0, acquiert une r\u00e9putation d&rsquo;excellence sous la direction du professeur Ugo Cerletti. Neurologue et histopathologiste r\u00e9put\u00e9, form\u00e9 aupr\u00e8s de sommit\u00e9s telles que Franz Nissl, Alois Alzheimer et Camillo Golgi, Cerletti poss\u00e8de une ma\u00eetrise m\u00e9thodologique rigoureuse de l&rsquo;architecture microstructurale du syst\u00e8me nerveux central. \u00c0 Rome, il s&rsquo;entoure de collaborateurs talentueux, parmi lesquels \u00e9merge la figure du jeune m\u00e9decin et assistant Lucio Bini. Bini combine une solide formation clinique en neurobiologie avec une curiosit\u00e9 singuli\u00e8re pour les applications de la physique et de l&rsquo;\u00e9lectrotechnique naissante \u00e0 la m\u00e9decine. Leurs parcours crois\u00e9s scellent l\u2019alliance indispensable entre la pr\u00e9cision anatomo-clinique et l\u2019ing\u00e9nierie physique requise pour transformer une th\u00e9orie sp\u00e9culative en un acte th\u00e9rapeutique reproductible.<\/p>\n<h3>1.2 Les th\u00e9rapies convulsivantes ant\u00e9rieures comme fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L\u2019av\u00e8nement de l\u2019\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie ne saurait \u00eatre dissoci\u00e9 des th\u00e9rapies biologiques qui l&rsquo;ont imm\u00e9diatement pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e au cours de cette m\u00eame d\u00e9cennie. En 1933, le psychiatre viennois Manfred Sakel introduit l&rsquo;<a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pmc\/articles\/PMC1477759\/\">insulinoth\u00e9rapie<\/a>, commun\u00e9ment appel\u00e9e cure de Sakel ou th\u00e9rapie par coma insulinique. En administrant des doses massives d&rsquo;insuline \u00e0 des patients schizophr\u00e8nes, Sakel d\u00e9clenche des comas hypoglyc\u00e9miques profonds, souvent accompagn\u00e9s de myoclonies et de convulsions. L\u2019interruption du coma par perfusion glucos\u00e9e intraveineuse ou gavage gastrique est r\u00e9guli\u00e8rement suivie d&rsquo;une am\u00e9lioration frappante du contact affectif et d&rsquo;une s\u00e9dation spectaculaire des \u00e9tats psychotiques aigus. N\u00e9anmoins, la technique de Sakel s&rsquo;av\u00e8re extr\u00eamement p\u00e9rilleuse : le taux de mortalit\u00e9 oscille entre 1 et 5 %, les comas prolong\u00e9s irr\u00e9versibles sont fr\u00e9quents, et le protocole r\u00e9clame une mobilisation continue de personnel soignant d\u00e9di\u00e9.<\/p>\n<p>Presque simultan\u00e9ment, le neuropsychiatre hongrois Ladislas von Meduna d\u00e9veloppe une hypoth\u00e8se audacieuse fond\u00e9e sur l&rsquo;observation anatomo-clinique et statistique. Meduna formule l&rsquo;existence d&rsquo;un pr\u00e9tendu \u00ab antagonisme biologique \u00bb mutuel entre la schizophr\u00e9nie et l&rsquo;\u00e9pilepsie. Observant que les patients \u00e9pileptiques souffrent rarement de schizophr\u00e9nie et que la survenue de crises comitiales spontan\u00e9es chez des schizophr\u00e8nes co\u00efncide parfois avec une r\u00e9mission temporaire de leur d\u00e9lire, Meduna postule qu&rsquo;en d\u00e9clenchant artificiellement des crises d&rsquo;\u00e9pilepsie g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, il est possible de \u00ab purger \u00bb le cerveau de ses alt\u00e9rations schizophr\u00e9niques. D\u00e8s 1934, Meduna injecte par voie intramusculaire puis intraveineuse du camphre, puis un agent chimique soluble, le pentyl\u00e8net\u00e9trazole, commercialis\u00e9 sous le nom de Cardiazol ou M\u00e9trazol.<\/p>\n<p>Si la m\u00e9thode de Meduna confirme la valeur th\u00e9rapeutique de la convulsion \u00e9pileptiforme g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, son utilisation clinique r\u00e9v\u00e8le d&rsquo;immenses \u00e9cueils. L&rsquo;injection intraveineuse de Cardiazol s&rsquo;accompagne d&rsquo;une latence d&rsquo;action angoissante, s&rsquo;\u00e9tendant sur vingt \u00e0 quarante-cinq secondes, durant laquelle le patient, pleinement conscient, \u00e9prouve une terreur indicible d&rsquo;an\u00e9antissement et d&rsquo;asphyxie imminente avant que l&rsquo;acc\u00e8s convulsif ne se d\u00e9clenche. De surcro\u00eet, le contr\u00f4le du seuil \u00e9pileptog\u00e8ne par voie chimique est hautement al\u00e9atoire : des doses massives entra\u00eenent des \u00e9tats de mal convulsif r\u00e9fractaires, tandis que des doses sous-liminaires induisent des \u00e9tats cr\u00e9pusculaires de panique motrice sans crise r\u00e9solutive. D\u00e8s lors, la communaut\u00e9 m\u00e9dicale se met en qu\u00eate d&rsquo;une m\u00e9thode physique d&rsquo;induction qui soit imm\u00e9diate, reproductible, mesurable et exempte de la terreur psychologique g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par les agents chimiques.<\/p>\n<h3>1.3 Les premiers postulats scientifiques d&rsquo;Ugo Cerletti<\/h3>\n<p>Ugo Cerletti ne s&rsquo;int\u00e9resse pas initialement \u00e0 la th\u00e9rapie convulsivante pour ses seules vertus psychiatriques pratiques, mais pour des consid\u00e9rations neuropathologiques et physiopathologiques fondamentales. Depuis ses travaux ant\u00e9rieurs men\u00e9s \u00e0 G\u00eanes, il s&#8217;emploie \u00e0 \u00e9tudier exp\u00e9rimentalement l&rsquo;\u00e9pilepsie et ses r\u00e9percussions sur la morphologie des neurones et de la glie. Il utilise le courant \u00e9lectrique comme agent inducteur chez l&rsquo;animal d\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 1930, afin de g\u00e9n\u00e9rer des acc\u00e8s comitiaux standardis\u00e9s et de pr\u00e9lever ensuite les tissus c\u00e9r\u00e9braux pour en examiner les alt\u00e9rations histologiques au microscope optique. Cerletti constate tr\u00e8s t\u00f4t que les chocs \u00e9lectriques appliqu\u00e9s au cr\u00e2ne de chiens d\u00e9clenchent des crises mimant parfaitement le grand mal \u00e9pileptique sans provoquer les d\u00e9faillances vasculaires syst\u00e9miques observ\u00e9es avec les poisons convulsivants.<\/p>\n<p>Face au retentissement des travaux de Meduna sur le Cardiazol, Cerletti op\u00e8re une transposition intellectuelle majeure. Il fait l&rsquo;hypoth\u00e8se que l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 constitue le stimulus physique id\u00e9al : elle ne laisse aucun r\u00e9sidu toxique dans l&rsquo;organisme, son action est instantan\u00e9e, son intensit\u00e9 et sa dur\u00e9e peuvent \u00eatre calibr\u00e9es au milli\u00e8me de seconde pr\u00e8s, et elle contourne la toxicit\u00e9 h\u00e9patique et r\u00e9nale inh\u00e9rente aux drogues inject\u00e9es. Cerletti \u00e9met alors une hypoth\u00e8se biologique originale : la convulsion n&rsquo;est pas simplement une d\u00e9charge bio\u00e9lectrique anarchique, mais une r\u00e9action d&rsquo;adaptation somatique extr\u00eame qui stimule des m\u00e9canismes vitaux d&rsquo;auto-pr\u00e9servation au sein du syst\u00e8me nerveux central.<\/p>\n<p>Cette r\u00e9flexion conduit Cerletti \u00e0 conceptualiser l&rsquo;\u00e9lectrochoc comme le vecteur d&rsquo;une r\u00e9gulation neurobiologique profonde. Il postule que la crise convulsive contraint le tissu c\u00e9r\u00e9bral \u00e0 lib\u00e9rer des substances humorales d\u00e9fensives de haute valeur r\u00e9paratrice, substances qu&rsquo;il baptisera ult\u00e9rieurement les \u00ab acroagonines \u00bb (du grec <em>acros<\/em>, extr\u00eame, et <em>agon<\/em>, lutte). Ainsi, la th\u00e9rapeutique \u00e9lectrique est d&#8217;embl\u00e9e pens\u00e9e par le ma\u00eetre de Rome non comme une caut\u00e9risation ou une destruction l\u00e9sionnelle, mais comme une sollicitation neurohumorale massive destin\u00e9e \u00e0 r\u00e9initialiser les circuits neuronaux d\u00e9sorganis\u00e9s par la psychose.<\/p>\n<h2>2. La phase exp\u00e9rimentale pr\u00e9clinique de Lucio Bini et le mod\u00e8le animal<\/h2>\n<h3>2.1 Les exp\u00e9rimentations pr\u00e9liminaires aux abattoirs de Rome<\/h3>\n<p>Avant d&rsquo;envisager la moindre tentative chez l&rsquo;\u00eatre humain, Cerletti et Bini doivent surmonter un obstacle dogmatique majeur : l&rsquo;opinion m\u00e9dicale quasi-unanime de l&rsquo;\u00e9poque consid\u00e8re que le passage direct d&rsquo;un courant \u00e9lectrique \u00e0 travers le cr\u00e2ne est invariablement mortel, en raison du risque supr\u00eame d&rsquo;arr\u00eat respiratoire irr\u00e9versible ou de fibrillation ventriculaire d&rsquo;origine r\u00e9flexe. Les premi\u00e8res exp\u00e9rimentations men\u00e9es au laboratoire de la clinique romaine sur des chiens confirment ce danger : lorsque les \u00e9lectrodes sont appliqu\u00e9es selon un axe bouche-anus ou t\u00eate-pattes, le courant traverse la cage thoracique et le myocarde, provoquant une l\u00e9talit\u00e9 cardiaque \u00e9lev\u00e9e.<\/p>\n<p>Conscient de cette impasse, Cerletti apprend fortuitement que les abattoirs municipaux de Rome (situ\u00e9s dans le quartier du Testaccio) utilisent une m\u00e9thode \u00e9lectrique pour insensibiliser les porcs avant de les saigner. Accompagn\u00e9 de Lucio Bini et de leurs assistants Ferdinando Accornero et Lamberto Longhi, Cerletti se rend sur place pour observer minutieusement le processus. Ils d\u00e9couvrent que les ouvriers appliquent des pinces munies d&rsquo;\u00e9ponges imbib\u00e9es d&rsquo;eau sal\u00e9e directement sur les tempes des animaux, d\u00e9livrant un courant alternatif du r\u00e9seau urbain de l&rsquo;ordre de 100 volts pendant quelques secondes. Les porcs ne meurent pas du choc \u00e9lectrique : ils perdent instantan\u00e9ment connaissance, pr\u00e9sentent une crise d&rsquo;\u00e9pilepsie tonicoclonique typique, entrent dans un \u00e9tat de narcose post-critique compl\u00e8te, et la mort n&rsquo;intervient que parce que les bouchers proc\u00e8dent imm\u00e9diatement \u00e0 l&rsquo;exsanguination.<\/p>\n<p>Cette observation directe constitue la preuve empirique cruciale que le tandem attendait. Bini et Cerletti n\u00e9gocient l&rsquo;autorisation d&rsquo;effectuer des relev\u00e9s biom\u00e9triques pr\u00e9cis sur place. Ils mesurent la r\u00e9sistance cutan\u00e9e et tissulaire cr\u00e2nienne des animaux, calculent la densit\u00e9 de courant traversant les lobes c\u00e9r\u00e9braux et surveillent la reprise respiratoire spontan\u00e9e lorsque l&rsquo;abattage n&rsquo;est pas effectu\u00e9. Les animaux soumis \u00e0 cette stimulation transcr\u00e2nienne bitemporale exclusive r\u00e9cup\u00e8rent leur \u00e9tat de veille normal en l&rsquo;espace de quelques minutes sans la moindre s\u00e9quelle fonctionnelle apparente. Bini conclut que l&rsquo;innocuit\u00e9 cardiaque d\u00e9pend exclusivement du trajet anatomique du flux \u00e9lectrique : tant que le vecteur vectoriel relie les deux r\u00e9gions temporales sans traverser l&rsquo;axe cardio-pulmonaire, le danger de fibrillation myocardique directe est \u00e9cart\u00e9.<\/p>\n<h3>2.2 Le d\u00e9veloppement du premier appareil \u00e9lectrom\u00e9dical par Lucio Bini<\/h3>\n<p>Fort de ces donn\u00e9es animales rassurantes, Lucio Bini s&rsquo;attelle \u00e0 la construction du premier prototype d&rsquo;appareil \u00e9lectroconvulsivateur dans les ateliers de la clinique romaine en 1938. Bini rejette les dispositifs rudimentaires et dangereux branch\u00e9s directement sur le secteur \u00e9lectrique sans r\u00e9gulation fine. Il con\u00e7oit une machine int\u00e9gr\u00e9e, ins\u00e9r\u00e9e dans un coffret de bois rigide, comprenant des composants de mesure \u00e9lectrotechnique de haute pr\u00e9cision pour l&rsquo;\u00e9poque : un transformateur variable, un rh\u00e9ostat \u00e0 curseur pour doser finement la tension, un voltm\u00e8tre \u00e0 aiguille amortie et un amp\u00e8rem\u00e8tre thermique permettant de quantifier le courant d\u00e9bit\u00e9.<\/p>\n<p>Le saut qualitatif op\u00e9r\u00e9 par Bini repose sur deux innovations d&rsquo;ing\u00e9nierie indispensables \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 du sujet :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le chronom\u00e8tre m\u00e9canique de pr\u00e9cision :<\/strong> Bini int\u00e8gre un relais temporisateur \u00e9lectrom\u00e9canique capable de d\u00e9livrer des impulsions \u00e9lectriques dont la dur\u00e9e est strictement fractionn\u00e9e, param\u00e9trable de 0,05 \u00e0 0,5 seconde. Cette limitation temporelle emp\u00eache tout \u00e9chauffement thermique local du tissu c\u00e9r\u00e9bral par effet Joule.<\/li>\n<li><strong>Le circuit pr\u00e9alable de mesure d&rsquo;imp\u00e9dance :<\/strong> L&rsquo;appareil dispose d&rsquo;un sous-circuit auxiliaire aliment\u00e9 par une tension minime non convulsivante (quelques microamp\u00e8res sous 10 \u00e0 12 volts). Avant chaque d\u00e9livrance de d\u00e9charge th\u00e9rapeutique, l&rsquo;op\u00e9rateur envoie ce micro-courant pour mesurer la r\u00e9sistance transcr\u00e2nienne globale du patient. Si la r\u00e9sistance ohmique est trop \u00e9lev\u00e9e \u2014 souvent en raison d&rsquo;un mauvais contact cutan\u00e9 \u2014, l&rsquo;appareil alerte le clinicien, \u00e9vitant ainsi des br\u00fblures \u00e9pidermiques et assurant que la dose d&rsquo;\u00e9nergie d\u00e9livr\u00e9e sera ad\u00e9quate.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les param\u00e8tres sont initialement calibr\u00e9s pour d\u00e9livrer une onde sinuso\u00efdale alternative standard de 50 Hertz, avec une tension r\u00e9glable entre 70 et 120 volts. Les \u00e9lectrodes terminales consistent en deux disques m\u00e9talliques mont\u00e9s sur une pince \u00e9lastique en forme d&rsquo;arceau, recouverts d&rsquo;un bandage textile satur\u00e9 de s\u00e9rum physiologique hypertonique afin d&rsquo;abaisser l&rsquo;imp\u00e9dance cutan\u00e9e \u00e0 moins de 1000 ohms. Le dispositif de Bini, baptis\u00e9 plus tard <em>Apparecchio di Bini-Cerletti<\/em>, pose les fondations mat\u00e9rielles universelles de l&rsquo;\u00e9lectrophysioth\u00e9rapie moderne.<\/p>\n<h3>2.3 L&rsquo;analyse histologique post-exp\u00e9rimentale du tissu c\u00e9r\u00e9bral<\/h3>\n<p>Avant d&rsquo;autoriser le moindre essai sur un patient humain, Cerletti, fid\u00e8le \u00e0 sa discipline de neuropathologiste, exige une \u00e9valuation microscopique exhaustive du parenchyme c\u00e9r\u00e9bral chez l&rsquo;animal. Des cohortes de chiens et de porcs sont soumises \u00e0 des s\u00e9ries r\u00e9p\u00e9t\u00e9es de d\u00e9charges \u00e9lectriques transcr\u00e2niennes, \u00e0 des tensions volontairement supraliminaires exc\u00e9dant les seuils pr\u00e9vus pour l&rsquo;homme, avec une p\u00e9riodicit\u00e9 quotidienne sur plusieurs semaines. Les animaux sont ensuite sacrifi\u00e9s par fixation intravasculaire pour \u00e9viter les art\u00e9facts autolytiques post-mortem.<\/p>\n<p>Cerletti et ses assistants proc\u00e8dent \u00e0 des coupes s\u00e9ri\u00e9es du cortex c\u00e9r\u00e9bral, de l&rsquo;hippocampe, des noyaux gris centraux et du tronc c\u00e9r\u00e9bral, en utilisant les impr\u00e9gnations argentiques de Golgi et de Cajal ainsi que la coloration de Nissl. L&rsquo;examen minutieux ne r\u00e9v\u00e8le aucune l\u00e9sion destructive irr\u00e9versible : il n&rsquo;y a ni n\u00e9crose neuronale en foyer, ni gliose cicatricielle expansive, ni micro-h\u00e9morragies p\u00e9t\u00e9chiales diffuses. Les seuls remaniements observ\u00e9s aux doses th\u00e9rapeutiques consistent en une congestion vasculaire transitoire et une turgescence astrocytaire r\u00e9versible, caract\u00e9ristiques d&rsquo;une r\u00e9ponse \u0153d\u00e9mateuse b\u00e9nigne comparable \u00e0 celle observ\u00e9e apr\u00e8s un exercice physique \u00e9puisant.<\/p>\n<p>Ces constatations histologiques fournissent la validation anatomo-pathologique fondamentale qui manquait aux th\u00e9rapeutiques physiques ant\u00e9rieures. Cerletti a d\u00e9sormais la certitude exp\u00e9rimentale que l&rsquo;induction \u00e9lectrique de convulsions, \u00e0 condition d&rsquo;\u00eatre strictement dos\u00e9e dans le temps et en voltage, pr\u00e9serve l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 cytoarchitectonique du tissu c\u00e9r\u00e9bral. La marge de s\u00e9curit\u00e9 th\u00e9rapeutique appara\u00eet consid\u00e9rablement plus large que celle du Cardiazol, qui induisait fr\u00e9quemment des micro-infarctus c\u00e9r\u00e9braux en raison des spasmes vasculaires violents et de l&rsquo;hypoxie prolong\u00e9e. Le protocole clinique pour le passage \u00e0 l&rsquo;homme est alors r\u00e9dig\u00e9 et soumis \u00e0 l&rsquo;approbation du corps m\u00e9dical de l&rsquo;Institut universitaire de Rome.<\/p>\n<h2>3. La premi\u00e8re application clinique humaine d&rsquo;avril 1938 et ses r\u00e9sultats<\/h2>\n<h3>3.1 Le cas princeps du patient Enrico X<\/h3>\n<p>L&rsquo;opportunit\u00e9 de proc\u00e9der au premier essai clinique se pr\u00e9sente au d\u00e9but du printemps 1938. La police ferroviaire de Rome interpelle dans la gare de Termini un homme d&rsquo;environ quarante ans, d\u00e9pourvu de papiers d&rsquo;identit\u00e9, errant de mani\u00e8re incoh\u00e9rente sur les voies ferr\u00e9es et montant dans les wagons sans destination pr\u00e9cise. Confi\u00e9 aux services psychiatriques de la clinique universitaire de Rome pour observation l\u00e9gale, l&rsquo;homme est admis sous le nom d&#8217;emprunt d&rsquo;\u00ab Enrico X \u00bb \u2014 identifi\u00e9 par la suite comme \u00e9tant Enrico Caviglioni, un ing\u00e9nieur milanais de 39 ans.<\/p>\n<p>L&rsquo;observation clinique d\u00e9taill\u00e9e documente un tableau psychiatrique gravissime d&rsquo;allure schizophr\u00e9nique. Le patient se trouve dans un \u00e9tat d&rsquo;h\u00e9b\u00e9tude catatonique entrecoup\u00e9 de bouff\u00e9es d\u00e9lirantes de pers\u00e9cution et de d\u00e9lires d&rsquo;influence mystique et t\u00e9l\u00e9pathique. Son discours est constitu\u00e9 d&rsquo;un jargon n\u00e9ologique presque incompr\u00e9hensible, marqu\u00e9 par un mutisme partiel, une st\u00e9r\u00e9otypie gestuelle continue et un d\u00e9sint\u00e9r\u00eat affectif total vis-\u00e0-vis de son environnement. Les tentatives de contact verbal se heurtent \u00e0 une hostilit\u00e9 r\u00e9ticente ou \u00e0 des r\u00e9ponses imp\u00e9n\u00e9trables. Toutes les approches s\u00e9datives usuelles et les th\u00e9rapies d&rsquo;apaisement restent infructueuses sur ce tableau install\u00e9 de longue date.<\/p>\n<p>Sur la base de ces crit\u00e8res diagnostiques, le patient est consid\u00e9r\u00e9 comme un candidat repr\u00e9sentatif pour le protocole exp\u00e9rimental de l&rsquo;\u00e9quipe de Cerletti. Durant plusieurs jours, Enrico X fait l&rsquo;objet d&rsquo;un bilan somatique rigoureux : examen cardiologique complet, auscultation pleuro-pulmonaire, mesure r\u00e9p\u00e9t\u00e9e de la pression art\u00e9rielle et examens s\u00e9rologiques pour \u00e9liminer une \u00e9ventuelle neurosyphilis. Son \u00e9tat somatique g\u00e9n\u00e9ral \u00e9tant jug\u00e9 robuste, l&rsquo;autorisation m\u00e9dicale interne est accord\u00e9e pour proc\u00e9der \u00e0 la premi\u00e8re induction \u00e9lectrique transcr\u00e2nienne contr\u00f4l\u00e9e.<\/p>\n<h3>3.2 D\u00e9roulement technique et clinique de la premi\u00e8re s\u00e9ance<\/h3>\n<p>La date historique est fix\u00e9e au 11 avril 1938 (ou selon certains comptes rendus aux premiers jours de mai 1938). L&rsquo;exp\u00e9rience se d\u00e9roule dans une salle de consultation de la Clinique des maladies nerveuses et mentales de Rome, en pr\u00e9sence d&rsquo;un cercle restreint compos\u00e9 de Cerletti, Bini, Accornero, Longhi et de quelques infirmiers qualifi\u00e9s. Le patient Enrico X est \u00e9tendu sur une table d&rsquo;examen rigide en d\u00e9cubitus dorsal, les v\u00eatements desserr\u00e9s. Ses tempes sont soigneusement d\u00e9graiss\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9ther, puis deux compresses imbib\u00e9es d&rsquo;une solution de chlorure de sodium sont appliqu\u00e9es sym\u00e9triquement de part et d&rsquo;autre des r\u00e9gions temporales, maintenues par les \u00e9lectrodes m\u00e9talliques mont\u00e9es sur l&rsquo;arceau de Bini.<\/p>\n<p>Bini proc\u00e8de \u00e0 la mesure de la r\u00e9sistance transcr\u00e2nienne, qui indique une valeur optimale avoisinant les 900 ohms. Adoptant une prudence maximale, l&rsquo;\u00e9quipe choisit d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment une stimulation sous-liminaire pour cette premi\u00e8re d\u00e9charge : la tension est r\u00e9gl\u00e9e \u00e0 80 volts et le chronom\u00e8tre \u00e9lectrom\u00e9canique calibr\u00e9 sur une dur\u00e9e extr\u00eamement br\u00e8ve de 0,1 seconde. Cerletti actionne le commutateur. Le patient pr\u00e9sente un soubresaut musculaire instantan\u00e9 du tronc, les yeux s&rsquo;\u00e9carquillent, le corps se raidit une fraction de seconde, puis le rel\u00e2chement s&rsquo;installe. Le malade ne perd pas connaissance, ne d\u00e9veloppe pas de crise convulsive, respire normalement et esquisse un regard surpris. Aucune convulsion motrice n&rsquo;ayant eu lieu, la d\u00e9charge est jug\u00e9e inefficace sur le plan de l&rsquo;induction comitiale.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une br\u00e8ve concertation au cours de laquelle certains collaborateurs sugg\u00e8rent de diff\u00e9rer l&rsquo;essai au lendemain de crainte d&rsquo;un effet cumulatif impr\u00e9vu, Cerletti d\u00e9cide de r\u00e9it\u00e9rer l&rsquo;op\u00e9ration imm\u00e9diatement en augmentant les param\u00e8tres physiques. La tension est port\u00e9e \u00e0 110 volts et la dur\u00e9e du passage du courant fix\u00e9e \u00e0 0,2 seconde. D\u00e8s la fermeture du circuit, la r\u00e9ponse est fulgurante : le patient subit une perte de connaissance imm\u00e9diate sans le moindre cri de panique. Une phase tonique massive s&rsquo;installe, caract\u00e9ris\u00e9e par une apn\u00e9e compl\u00e8te, une flexion des membres sup\u00e9rieurs et une extension t\u00e9tanique des membres inf\u00e9rieurs durant environ douze secondes. Elle est imm\u00e9diatement relay\u00e9e par une phase clonique violente et synchronis\u00e9e, rythm\u00e9e par des secousses bilat\u00e9rales des quatre membres et des muscles faciaux durant environ quarante secondes, accompagn\u00e9e d&rsquo;une hypersalivation et d&rsquo;une cyanose p\u00e9ri-buccale transitoire. La crise s&rsquo;ach\u00e8ve par un stertor respiratoire profond, marquant l&rsquo;entr\u00e9e dans le coma post-critique r\u00e9solutif.<\/p>\n<p>Au bout de quelques minutes, le patient ouvre les yeux, s&rsquo;assoit lentement sur la table d&rsquo;examen sans assistance et regarde les m\u00e9decins d&rsquo;un air calme et pos\u00e9. Interrog\u00e9 par Cerletti, Enrico X, qui \u00e9tait demeur\u00e9 totalement mutique et inaccessible depuis son admission, r\u00e9pond de mani\u00e8re claire et articul\u00e9e \u00e0 plusieurs questions d&rsquo;orientation \u00e9l\u00e9mentaire. Il d\u00e9clare ne conserver aucun souvenir douloureux ni aucune angoisse de la proc\u00e9dure, exprimant simplement une vague impression de sommeil profond. La faisabilit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie humaine vient d&rsquo;\u00eatre inaugur\u00e9e.<\/p>\n<h3>3.3 Conclusions imm\u00e9diates et impact sur le protocole de recherche<\/h3>\n<p>Le succ\u00e8s technique et l&rsquo;innocuit\u00e9 biologique imm\u00e9diate de cette premi\u00e8re s\u00e9ance provoquent un enthousiasme immense au sein de l&rsquo;\u00e9quipe romaine, temp\u00e9r\u00e9 toutefois par la rigueur scientifique inflexible impos\u00e9e par Cerletti. Celui-ci refuse toute conclusion h\u00e2tive quant \u00e0 la gu\u00e9rison miraculeuse du patient sur une seule intervention. Enrico X est inclus dans une s\u00e9rie th\u00e9rapeutique programm\u00e9e, pr\u00e9voyant l&rsquo;administration de deux \u00e0 trois s\u00e9ances hebdomadaires jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;obtention d&rsquo;une stabilisation clinique p\u00e9renne.<\/p>\n<p>Au fil des s\u00e9ances successives \u2014 Enrico X en recevra au total une dizaine \u2014, les soignants observent une transformation spectaculaire de son \u00e9tat mental. Le d\u00e9lire de pers\u00e9cution s&rsquo;efface progressivement, les st\u00e9r\u00e9otypies catatoniques r\u00e9gressent enti\u00e8rement et le patient r\u00e9cup\u00e8re une coh\u00e9rence conceptuelle et \u00e9motionnelle ad\u00e9quate. \u00c0 la fin de la cure, le malade est capable de retracer son identit\u00e9 r\u00e9elle, d&rsquo;\u00e9voquer sa profession d&rsquo;ing\u00e9nieur, d&rsquo;\u00e9crire des lettres structur\u00e9es \u00e0 sa famille et de participer activement \u00e0 la vie collective du service. Il sera formellement lib\u00e9r\u00e9 de la clinique romaine quelques mois plus tard, r\u00e9ins\u00e9r\u00e9 socialement et professionnellement dans la r\u00e9gion de Milan, constituant le premier cas document\u00e9 de r\u00e9mission schizophr\u00e9nique majeure induite par l&rsquo;\u00e9lectrochoc.<\/p>\n<p>Le 28 mai 1938, Cerletti et Bini pr\u00e9sentent officiellement les r\u00e9sultats de leurs travaux et la description technique de leur m\u00e9thode devant la prestigieuse Acad\u00e9mie royale de m\u00e9decine de Rome (<em>Reale Accademia Medica di Roma<\/em>). La communication, intitul\u00e9e sobrement <em>\u00ab L&rsquo;Elettroshock \u00bb<\/em>, fait sensation. Elle d\u00e9montre sans \u00e9quivoque la sup\u00e9riorit\u00e9 op\u00e9rationnelle de la stimulation \u00e9lectrique sur les m\u00e9thodes chimiques : absence de toxicit\u00e9 organique, disparition de la d\u00e9tresse psychologique pr\u00e9alable v\u00e9cue avec le Cardiazol, pr\u00e9cision instrumentale du stimulus et reproductibilit\u00e9 absolue de la crise comitiale th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<h2>4. Param\u00e8tres \u00e9lectrophysiologiques et standardisation des protocoles par Bini<\/h2>\n<h3>4.1 La caract\u00e9risation de la dynamique du seuil convulsivant<\/h3>\n<p>D\u00e8s les premiers mois d&rsquo;exp\u00e9rimentation clinique syst\u00e9matique, Lucio Bini comprend que l&rsquo;\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie ne peut reposer sur une prescription empirique aveugle d&rsquo;\u00e9nergie \u00e9lectrique. L&rsquo;\u00e9quipe de Rome se focalise sur la dynamique fine du seuil convulsivant (ou seuil \u00e9pileptog\u00e8ne), c&rsquo;est-\u00e0-dire la quantit\u00e9 minimale d&rsquo;\u00e9nergie n\u00e9cessaire pour franchir la barri\u00e8re neuronale et d\u00e9clencher une crise motrice auto-entretenue et g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e \u00e0 l&rsquo;ensemble du cortex c\u00e9r\u00e9bral. Les \u00e9tudes de Bini r\u00e9v\u00e8lent que ce seuil varie consid\u00e9rablement d&rsquo;un individu \u00e0 l&rsquo;autre, sous l&rsquo;influence de variables biom\u00e9caniques et constitutionnelles telles que :<\/p>\n<ul>\n<li>L&rsquo;\u00e9paisseur et la densit\u00e9 min\u00e9rale de la bo\u00eete cr\u00e2nienne ;<\/li>\n<li>Le degr\u00e9 d&rsquo;hydratation tissulaire et la r\u00e9sistance cutan\u00e9e du cuir chevelu ;<\/li>\n<li>L&rsquo;\u00e2ge du sujet, le seuil s&rsquo;\u00e9levant nettement chez les patients \u00e2g\u00e9s en raison de modifications de l&rsquo;excitabilit\u00e9 membranaire ;<\/li>\n<li>Le sexe et la prise concomitante \u00e9ventuelle d&rsquo;agents s\u00e9datifs r\u00e9siduels.<\/li>\n<\/ul>\n<p>De surcro\u00eet, Bini met en \u00e9vidence un ph\u00e9nom\u00e8ne neurophysiologique fondamental : au cours d&rsquo;une m\u00eame cure d&rsquo;\u00e9lectrochocs, le seuil convulsif s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve de mani\u00e8re quasi-lin\u00e9aire au fil des s\u00e9ances successives. Pour induire une crise de dur\u00e9e \u00e9quivalente \u00e0 la septi\u00e8me s\u00e9ance qu&rsquo;\u00e0 la premi\u00e8re, il devient souvent n\u00e9cessaire d&rsquo;augmenter la tension d\u00e9livr\u00e9e de 10 \u00e0 30 volts ou d&rsquo;accro\u00eetre la dur\u00e9e d&rsquo;impulsion de quelques centi\u00e8mes de seconde. L&rsquo;\u00e9quipe romaine d\u00e9montre que si le stimulus d\u00e9livr\u00e9 est sous-liminaire, il n&rsquo;engendre qu&rsquo;une d\u00e9charge abortive ou une absence transitoire (\u00ab petit mal \u00e9lectrique \u00bb), d\u00e9nu\u00e9e de toute efficacit\u00e9 th\u00e9rapeutique sur les sympt\u00f4mes psychiatriques, tout en risquant de d\u00e9sorganiser temporairement le rythme bio\u00e9lectrique c\u00e9r\u00e9bral.<\/p>\n<p>Bini et Cerletti insistent sur le fait que la dur\u00e9e de la crise motrice constitue le t\u00e9moin biologique de l&rsquo;efficacit\u00e9 de la d\u00e9charge. En dessous d&rsquo;une dur\u00e9e critique de vingt \u00e0 vingt-cinq secondes de paroxysme tonicoclonique g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9, l&rsquo;effet th\u00e9rapeutique sur la r\u00e9gulation de l&rsquo;humeur et du d\u00e9lire n&rsquo;est pas enclench\u00e9 de mani\u00e8re optimale. La standardisation du protocole implique donc d&rsquo;ajuster l&rsquo;\u00e9nergie au plus pr\u00e8s du seuil individuel pour obtenir une convulsion clinique compl\u00e8te exc\u00e9dant trente secondes, tout en \u00e9vitant les doses excessivement supraliminaires susceptibles d&rsquo;accro\u00eetre inutilement la confusion mentale post-critique.<\/p>\n<h3>4.2 L&rsquo;optimisation du positionnement des \u00e9lectrodes<\/h3>\n<p>Le positionnement anatomique des \u00e9lectrodes sur la bo\u00eete cr\u00e2nienne repr\u00e9sente l&rsquo;un des objets d&rsquo;investigation technique les plus rigoureux de Lucio Bini. Dans le montage original de 1938, l&rsquo;arceau c\u00e9phalique applique les deux disques m\u00e9talliques de mani\u00e8re sym\u00e9trique sur les r\u00e9gions temporales droite et gauche, pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 mi-distance entre le canthus externe de l&rsquo;\u0153il et le tragus de l&rsquo;oreille, un peu au-dessus de l&rsquo;arcade zygomatique. Ce montage dit \u00ab bitemporal bilat\u00e9ral \u00bb s&rsquo;impose d&#8217;embl\u00e9e comme la r\u00e9f\u00e9rence universelle de l&rsquo;\u00e9cole romaine.<\/p>\n<p>Ce choix strat\u00e9gique r\u00e9pond \u00e0 deux imp\u00e9ratifs neurophysiologiques majeurs. D&rsquo;une part, il permet de diriger le vecteur de densit\u00e9 de courant \u00e0 travers les lobes frontaux et temporaux, ainsi que vers les structures limbiques et dienc\u00e9phaliques sous-jacentes (notamment l&rsquo;hippocampe, l&rsquo;amygdale et l&rsquo;hypothalamus), que Cerletti soup\u00e7onne d&rsquo;\u00eatre les v\u00e9ritables m\u00e9diateurs de la r\u00e9gulation psychique. D&rsquo;autre part, en maintenant un axe horizontal et ant\u00e9rieur strict, ce montage minimise la diffusion passive du courant vers la fosse post\u00e9rieure et le bulbe rachidien, prot\u00e9geant ainsi directement les centres v\u00e9g\u00e9tatifs cardiorespiratoires vitaux contre une sid\u00e9ration \u00e9lectrique directe.<\/p>\n<p>Pour assurer une interface \u00e9lectrique parfaite et pr\u00e9venir toute br\u00fblure cutan\u00e9e superficielle, Bini affine m\u00e9ticuleusement la pr\u00e9paration locale. Il pr\u00e9conise l&rsquo;\u00e9limination des s\u00e9cr\u00e9tions s\u00e9bac\u00e9es par friction alcoolis\u00e9e ou \u00e9th\u00e9r\u00e9e, suivie de l&rsquo;interposition de disques de flanelle ou d&rsquo;\u00e9ponges \u00e9paisses imbib\u00e9es d&rsquo;une solution satur\u00e9e de chlorure de sodium (\u00e0 20 ou 30 %), ou plus tard de p\u00e2tes conductrices \u00e9lectrolytiques. Bini esquisse d\u00e9j\u00e0 dans ses notes cliniques l&rsquo;int\u00e9r\u00eat th\u00e9orique de montages fronto-temporaux ou asym\u00e9triques pour tenter de moduler la trajectoire du champ \u00e9lectrique, bien que le montage bitemporal sym\u00e9trique demeure le gold standard incontest\u00e9 de l&rsquo;\u00e9poque.<\/p>\n<h3>4.3 La cin\u00e9tique des ondes \u00e9lectriques utilis\u00e9es<\/h3>\n<p>L&rsquo;appareil con\u00e7u par Bini en 1938 utilise le courant alternatif civil standard \u00e0 onde sinuso\u00efdale, oscillant \u00e0 une fr\u00e9quence de 50 Hz en Europe (60 Hz dans d&rsquo;autres r\u00e9gions). Ce choix initial \u00e9tait dict\u00e9 par des contraintes pratiques d&rsquo;approvisionnement en composants \u00e9lectrotechniques et par la facilit\u00e9 de transformation du r\u00e9seau \u00e9lectrique de distribution urbaine. Dans cette configuration, le courant inverse sa polarit\u00e9 cent fois par seconde, d\u00e9crivant une sinuso\u00efde continue durant les fractions de seconde s\u00e9lectionn\u00e9es par la minuterie.<\/p>\n<p>Toutefois, sur le plan biophysique, Lucio Bini per\u00e7oit tr\u00e8s t\u00f4t les limites et l&rsquo;inefficience relative du courant sinuso\u00efdal classique. Il souligne dans ses trait\u00e9s que la majeure partie de l&rsquo;\u00e9nergie d\u00e9livr\u00e9e par une onde sinuso\u00efdale est purement \u00ab gaspill\u00e9e \u00bb sur le plan de la d\u00e9polarisation membranaire. En effet, seule la phase ascendante rapide de l&rsquo;onde \u00e9lectrique provoque l&rsquo;ouverture des canaux sodiques voltage-d\u00e9pendants des neurones n\u00e9cessaires pour franchir le seuil d&rsquo;excitation cellulaire ; le sommet arrondi de la sinuso\u00efde et sa phase descendante ne font qu&rsquo;injecter des millicoulombs suppl\u00e9mentaires dans le parenchyme c\u00e9r\u00e9bral sans accro\u00eetre l&rsquo;efficacit\u00e9 \u00e9pileptog\u00e8ne, contribuant principalement \u00e0 la dispersion thermique et aux perturbations m\u00e9taboliques post-critiques.<\/p>\n<p>Bini engage alors des r\u00e9flexions pionni\u00e8res sur la cin\u00e9tique des ondes, sugg\u00e9rant que l&rsquo;utilisation d&rsquo;impulsions br\u00e8ves rectangulaires ou interrompues permettrait d&rsquo;abaisser consid\u00e9rablement l&rsquo;\u00e9nergie totale requise pour induire la convulsion. Il commence \u00e0 mesurer la quantit\u00e9 d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 d\u00e9livr\u00e9e non plus simplement en volts bruts, mais en charge \u00e9lectrique cumul\u00e9e (quantifi\u00e9e en millicoulombs, <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"Q = I \\times t\">$Q = I \\times t$<\/span>) et en travail \u00e9nerg\u00e9tique (en Joules). Ces travaux th\u00e9oriques de l&rsquo;\u00e9cole de Rome pr\u00e9figurent avec plusieurs d\u00e9cennies d&rsquo;avance la transition technologique majeure vers les g\u00e9n\u00e9rateurs d&rsquo;ondes puls\u00e9es ultra-br\u00e8ves qui red\u00e9finiront la s\u00e9curit\u00e9 cognitive de l&rsquo;ECT dans la seconde moiti\u00e9 du vingti\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<h2>5. L&rsquo;\u00e9valuation de l&rsquo;efficacit\u00e9 clinique dans la schizophr\u00e9nie selon Cerletti et Bini<\/h2>\n<h3>5.1 Les r\u00e9sultats document\u00e9s sur les formes aigu\u00ebs et catatoniques<\/h3>\n<p>Conform\u00e9ment aux th\u00e9ories d&rsquo;origine de von Meduna, Cerletti et Bini orientent initialement leurs investigations th\u00e9rapeutiques vers le traitement de la schizophr\u00e9nie. D\u00e8s la publication de leurs premi\u00e8res cohortes de patients suivis \u00e0 Rome entre 1938 et 1942, un sch\u00e9ma clinique net et reproductible se d\u00e9gage. L&rsquo;\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie d\u00e9montre une efficacit\u00e9 remarquable, rapide et spectaculaire dans les formes aigu\u00ebs de la maladie, et plus particuli\u00e8rement dans le sous-type catatonique.<\/p>\n<p>Les patients enferm\u00e9s dans une stupeur catatonique profonde \u2014 caract\u00e9ris\u00e9e par un mutisme absolu, un refus alimentaire obstin\u00e9 imposant l&rsquo;alimentation ent\u00e9rale par sonde, une catalepsie avec flexibilit\u00e9 cireuse et une immobilit\u00e9 motrice totale \u2014 r\u00e9pondent de fa\u00e7on quasi-imm\u00e9diate au traitement. Souvent d\u00e8s la deuxi\u00e8me ou troisi\u00e8me s\u00e9ance d&rsquo;\u00e9lectrochoc, la stupeur se l\u00e8ve : les malades recommencent \u00e0 s&rsquo;alimenter spontan\u00e9ment, reprennent contact avec le personnel soignant et verbalisent leurs pens\u00e9es. De m\u00eame, les \u00e9tats d&rsquo;agitation catatonique furieuse, marqu\u00e9s par des acc\u00e8s de violence motrice incoercible mettant en jeu le pronostic vital par \u00e9puisement cardiovasculaire, sont jugul\u00e9s avec une promptitude qu&rsquo;aucun traitement pharmacologique de l&rsquo;\u00e9poque ne pouvait esp\u00e9rer atteindre.<\/p>\n<p>Dans les bouff\u00e9es psychotiques aigu\u00ebs et les d\u00e9lires parano\u00efdes de d\u00e9but r\u00e9cent (\u00e9voluant depuis moins de six \u00e0 douze mois), l&rsquo;\u00e9quipe de Cerletti rapporte des taux de r\u00e9mission clinique compl\u00e8te ou d&rsquo;am\u00e9lioration tr\u00e8s significative oscillant entre 50 et 70 %. Les hallucinations auditives et les id\u00e9es d\u00e9lirantes de pers\u00e9cution s&rsquo;estompent \u00e0 mesure que progresse la cure, les patients d\u00e9veloppant une prise de distance critique vis-\u00e0-vis de leurs productions psychotiques ant\u00e9rieures. Ces r\u00e9sultats d\u00e9passent largement les taux de r\u00e9mission spontan\u00e9e historiquement document\u00e9s dans les asiles psychiatriques europ\u00e9ens pour des populations cliniques comparables.<\/p>\n<h3>5.2 Les limites th\u00e9rapeutiques observ\u00e9es dans les formes chroniques et h\u00e9b\u00e9phr\u00e9niques<\/h3>\n<p>Avec une int\u00e9grit\u00e9 intellectuelle salu\u00e9e par leurs contemporains, Ugo Cerletti et Lucio Bini ne tardent pas \u00e0 documenter avec pr\u00e9cision les \u00e9checs et les limites intrins\u00e8ques de leur propre m\u00e9thode face aux formes insidieuses et prolong\u00e9es de la pathologie schizophr\u00e9nique. L&rsquo;\u00e9valuation syst\u00e9matique des cohortes de malades hospitalis\u00e9s depuis de nombreuses ann\u00e9es au sein du grand complexe asilaire de Santa Maria della Piet\u00e0 \u00e0 Rome r\u00e9v\u00e8le un pronostic beaucoup plus sombre.<\/p>\n<p>Chez les patients pr\u00e9sentant une h\u00e9b\u00e9phr\u00e9nie chronique install\u00e9e, marqu\u00e9e par une dissociation id\u00e9ique profonde, un \u00e9moussement affectif irr\u00e9versible, une bizarrerie comportementale inv\u00e9t\u00e9r\u00e9e et un retrait social autistique, l&rsquo;\u00e9lectrochoc ne procure le plus souvent que des s\u00e9dations symptomatiques \u00e9ph\u00e9m\u00e8res. Si les d\u00e9charges convulsives parviennent \u00e0 r\u00e9duire temporairement l&rsquo;agressivit\u00e9 impulsive ou l&rsquo;angoisse psychotique floride, elles s&rsquo;av\u00e8rent impuissantes \u00e0 restaurer les facult\u00e9s cognitives r\u00e9siduelles ou \u00e0 inverser le cours du d\u00e9ficit de l&rsquo;accordance affective.<\/p>\n<p>De plus, Cerletti souligne le risque substantiel de rechute pr\u00e9coce chez les schizophr\u00e8nes chroniques une fois la s\u00e9rie de s\u00e9ances interrompue. En l&rsquo;absence de traitement d&rsquo;entretien \u2014 dont la logistique \u00e9tait alors embryonnaire \u2014, nombre de ces patients r\u00e9gressent vers leur \u00e9tat de d\u00e9sorganisation initiale dans les trois \u00e0 six mois suivant la cure. Ces constats am\u00e8nent l&rsquo;\u00e9cole de Rome \u00e0 temp\u00e9rer les espoirs initiaux d&rsquo;une \u00e9radication universelle de la schizophr\u00e9nie : l&rsquo;\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre une th\u00e9rapeutique symptomatique de haute puissance sur les paroxysmes d\u00e9lirants et affectifs aigus, mais non un rem\u00e8de causal capable de r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer le substrat neuropsychique des \u00e9tats d\u00e9ficitaires terminaux.<\/p>\n<h3>5.3 La m\u00e9thodologie d&rsquo;\u00e9valuation des r\u00e9missions dans les publications de Rome<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse des monographies et des articles publi\u00e9s par Ugo Cerletti et Lucio Bini entre 1938 et la fin des ann\u00e9es 1940 met en lumi\u00e8re une m\u00e9thodologie d&rsquo;\u00e9valuation clinique qui, bien que pr\u00e9curseure pour l&rsquo;\u00e9poque, doit \u00eatre comprise dans le contexte historique pr\u00e9c\u00e9dant l&rsquo;introduction des essais contr\u00f4l\u00e9s randomis\u00e9s en double aveugle. L&rsquo;\u00e9quipe de Rome d\u00e9veloppe des \u00e9chelles de gradation descriptive empirique reposant sur quatre niveaux fondamentaux :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>R\u00e9mission compl\u00e8te (ou gu\u00e9rison sociale) :<\/strong> Disparition totale des sympt\u00f4mes d\u00e9lirants et hallucinatoires, retour \u00e0 une pleine lucidit\u00e9 critique, reprise de l&rsquo;activit\u00e9 socioprofessionnelle ant\u00e9rieure sans d\u00e9ficit perceptible.<\/li>\n<li><strong>Am\u00e9lioration substantielle :<\/strong> Att\u00e9nuation majeure du d\u00e9lire et normalisation du comportement, permettant une sortie d&rsquo;asile et un retour dans le milieu familial sous supervision bienveillante.<\/li>\n<li><strong>Am\u00e9lioration partielle ou symptomatique :<\/strong> Apaisement de l&rsquo;angoisse motrice et de l&rsquo;agressivit\u00e9, facilitant les soins d&rsquo;hygi\u00e8ne et la vie asilaire, sans lev\u00e9e r\u00e9elle de la dissociation psychotique.<\/li>\n<li><strong>\u00c9chec th\u00e9rapeutique complet :<\/strong> Persistance inchang\u00e9e du tableau clinique psychiatrique apr\u00e8s une cure compl\u00e8te de douze \u00e0 quinze convulsions.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les publications de l&rsquo;institut de Rome s&rsquo;appuient sur un suivi longitudinal de plusieurs centaines de dossiers cliniques minutieusement archiv\u00e9s. Les investigateurs s&rsquo;attachent \u00e0 consigner la cin\u00e9tique de reprise de poids somatique, la normalisation des cycles veille-sommeil et la r\u00e9activit\u00e9 \u00e9motionnelle lors d&rsquo;entretiens structur\u00e9s r\u00e9guliers. Il convient cependant de souligner, avec le recul de l&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie contemporaine, les biais inh\u00e9rents \u00e0 cette premi\u00e8re vague d&rsquo;\u00e9tudes : \u00e9valuation men\u00e9e en ouvert par les cliniciens m\u00eames qui administraient le traitement, absence de groupe contr\u00f4le trait\u00e9 par placebo ou convulsion simul\u00e9e, et absence d&rsquo;\u00e9chelles psychom\u00e9triques standardis\u00e9es ind\u00e9pendantes, ces instruments n&rsquo;ayant vu le jour que des d\u00e9cennies plus tard.<\/p>\n<h2>6. L&rsquo;efficacit\u00e9 de la m\u00e9thode dans les troubles de l&rsquo;humeur et la m\u00e9lancolie<\/h2>\n<h3>6.1 La d\u00e9couverte fortuite de la sensibilit\u00e9 extr\u00eame des d\u00e9pressions s\u00e9v\u00e8res<\/h3>\n<p>Bien que l&rsquo;\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie ait \u00e9t\u00e9 conceptuellement con\u00e7ue pour r\u00e9futer et gu\u00e9rir la schizophr\u00e9nie en vertu du paradigme convulsivant h\u00e9rit\u00e9 de Meduna, les observations cliniques conduites \u00e0 Rome d\u00e9bouchent rapidement sur une d\u00e9couverte fortuite qui va r\u00e9orienter pour toujours le champ d&rsquo;application de la technique : la sensibilit\u00e9 extraordinaire, presque imm\u00e9diate, des \u00e9tats d\u00e9pressifs majeurs et des m\u00e9lancolies stuporeuses \u00e0 la convulsion \u00e9lectrique.<\/p>\n<p>Cerletti et Bini appliquent l&rsquo;\u00e9lectrochoc \u00e0 des patients pr\u00e9sentant des tableaux cliniques \u00e9tiquet\u00e9s alors de \u00ab psychose maniaco-d\u00e9pressive \u00bb (au sens de Kraepelin) ou de \u00ab m\u00e9lancolie d&rsquo;involution \u00bb survenant \u00e0 la cinquantaine. D\u00e8s les premi\u00e8res administrations, les praticiens constatent une diff\u00e9rence spectaculaire de r\u00e9activit\u00e9 par rapport aux troubles schizophr\u00e9niques. Les sympt\u00f4mes cardinaux de la d\u00e9pression psychotique s&rsquo;effondrent avec une c\u00e9l\u00e9rit\u00e9 inattendue : l&rsquo;inhibition psychomotrice douloureuse c\u00e8de, l&rsquo;angoisse existentielle d\u00e9vastatrice se dissout, et les id\u00e9es d\u00e9lirantes de ruine, d&rsquo;indignit\u00e9, de culpabilit\u00e9 incurable ou de n\u00e9gation corporelle (syndrome de Cotard) disparaissent compl\u00e8tement.<\/p>\n<p>Plus fondamentalement encore, Cerletti met en \u00e9vidence l&rsquo;effet anti-suicidaire d&rsquo;urgence absolu procur\u00e9 par l&rsquo;\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie. Des malades hant\u00e9s de mani\u00e8re obs\u00e9dante par des pulsions d&rsquo;autolyse violentes, n\u00e9cessitant une contention physique continue de chaque instant pour pr\u00e9server leur vie, recouvrent d\u00e8s la troisi\u00e8me ou quatri\u00e8me d\u00e9charge un attachement vital et un apaisement \u00e9motionnel complet. Cette observation am\u00e8ne rapidement l&rsquo;\u00e9cole de Rome, imit\u00e9e par l&rsquo;ensemble des psychiatres europ\u00e9ens, \u00e0 red\u00e9finir la m\u00e9lancolie stuporeuse et d\u00e9lirante comme l&rsquo;indication reine et prioritaire de l&rsquo;\u00e9lectrochoc, devan\u00e7ant son application historique dans la schizophr\u00e9nie.<\/p>\n<h3>6.2 L&rsquo;analyse comparative des taux de r\u00e9ponse clinique<\/h3>\n<p>Les donn\u00e9es quantitatives cumul\u00e9es par Lucio Bini et ses collaborateurs au d\u00e9but des ann\u00e9es 1940 objectivent une sup\u00e9riorit\u00e9 statistique \u00e9crasante du traitement dans les troubles de l&rsquo;humeur par rapport \u00e0 toutes les alternatives th\u00e9rapeutiques alors existantes. Alors que dans la schizophr\u00e9nie globale le taux d&rsquo;am\u00e9lioration substantielle tourne autour de 50 \u00e0 60 %, les cohortes trait\u00e9es pour d\u00e9pression m\u00e9lancolique affichent de fa\u00e7on constante des taux de r\u00e9ponse clinique et de r\u00e9mission compl\u00e8te exc\u00e9dant les 80, voire 85 %.<\/p>\n<p>Ces r\u00e9sultats bouleversent l&rsquo;\u00e9conomie interne et le fonctionnement d\u00e9mographique des h\u00f4pitaux psychiatriques de l&rsquo;\u00e9poque :<\/p>\n<ul>\n<li>La dur\u00e9e moyenne d&rsquo;hospitalisation pour les acc\u00e8s m\u00e9lancoliques, qui s&rsquo;\u00e9tendait auparavant sur de longs mois voire plusieurs ann\u00e9es d&rsquo;alitement mortif\u00e8re, est r\u00e9duite \u00e0 une p\u00e9riode de trois \u00e0 six semaines.<\/li>\n<li>La mortalit\u00e9 globale par d\u00e9nutrition, escarres de d\u00e9cubitus, infections intercurrentes et surtout par suicide abouti s&rsquo;effondre de mani\u00e8re drastique au sein des services d&rsquo;admission psychiatrique.<\/li>\n<li>Les \u00e9tudes comparatives men\u00e9es face aux cures prolong\u00e9es de sommeil barbiturique (m\u00e9thode de Dauerschlaf de Klaesi) d\u00e9montrent la supr\u00e9matie de l&rsquo;ECT, tant en termes d&rsquo;efficacit\u00e9 curative que d&rsquo;innocuit\u00e9 somatique, les comas barbituriques entra\u00eenant une mortalit\u00e9 iatrog\u00e8ne toxique non n\u00e9gligeable.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Par ailleurs, Cerletti et Bini rel\u00e8vent une diff\u00e9rence fondamentale dans la p\u00e9rennit\u00e9 du r\u00e9sultat th\u00e9rapeutique. Contrairement aux schizophr\u00e8nes chroniques dont les r\u00e9missions demeurent fragiles et soumises aux rechutes, les patients m\u00e9lancoliques ayant r\u00e9pondu \u00e0 une cure d&rsquo;ECT consolident leur r\u00e9mission sur le long terme de fa\u00e7on remarquablement stable, recouvrant int\u00e9gralement leur personnalit\u00e9 pr\u00e9morbide d\u00e8s la fin de l&rsquo;\u00e9pisode d\u00e9pressif aigu.<\/p>\n<h3>6.3 Le traitement des \u00e9tats maniaques aigus<\/h3>\n<p>L&rsquo;autre versant des troubles de l&rsquo;humeur, \u00e0 savoir la manie aigu\u00eb d\u00e9lirante ou la fureur maniaque, fait \u00e9galement l&rsquo;objet d&rsquo;\u00e9valuations rigoureuses par Lucio Bini. La manie grave repr\u00e9sente \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque une urgence vitale redoutable : l&rsquo;agitation psychomotrice incessante, l&rsquo;insomnie totale sur plusieurs jours cons\u00e9cutifs, la logorrh\u00e9e incoercible et la d\u00e9shydratation aigu\u00eb m\u00e8nent fr\u00e9quemment les patients \u00e0 un \u00e9tat d&rsquo;\u00e9puisement cardiovasculaire terminal connu sous le nom d&rsquo;acc\u00e8s maniaque mortel de Bell.<\/p>\n<p>Bini d\u00e9veloppe des sch\u00e9mas d&rsquo;administration rapproch\u00e9s sp\u00e9cifiquement adapt\u00e9s au contr\u00f4le de l&rsquo;hyperactivit\u00e9 maniaque d\u00e9brid\u00e9e. Contrairement au rythme standard de deux \u00e0 trois s\u00e9ances hebdomadaires r\u00e9serv\u00e9 aux d\u00e9pressions, Bini pr\u00e9conise dans la manie aigu\u00eb l&rsquo;application d&rsquo;\u00e9lectrochocs quotidiens, voire de deux s\u00e9ances au cours de la m\u00eame journ\u00e9e durant les quarante-huit premi\u00e8res heures. Ce protocole intensif, qualifi\u00e9 plus tard d&rsquo;\u00e9lectrochoc de d\u00e9sescalade, permet d&rsquo;induire un \u00e9tat de s\u00e9dation post-ictale profonde et d&rsquo;interrompre instantan\u00e9ment le cercle vicieux de l&rsquo;excitation motrice et de la fuite des id\u00e9es.<\/p>\n<p>Les r\u00e9sultats rapport\u00e9s documentent une stabilisation rapide de la logorrh\u00e9e expansive, une reprise imm\u00e9diate de la prise alimentaire et une restauration du sommeil physiologique d\u00e8s les premi\u00e8res s\u00e9ances. Une fois la phase critique d&rsquo;\u00e9puisement physique neutralis\u00e9e, le rythme des s\u00e9ances est espac\u00e9 selon le sch\u00e9ma habituel afin de consolider l&rsquo;euthymie. L&rsquo;\u00e9quipe de Rome \u00e9tablit ainsi que l&rsquo;\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie constitue un r\u00e9gulateur bipolaire universel d&rsquo;une polyvalence in\u00e9gal\u00e9e, capable de r\u00e9primer simultan\u00e9ment les deux p\u00f4les extr\u00eames et oppos\u00e9s du spectre thymique d\u00e9r\u00e9gul\u00e9.<\/p>\n<h2>7. Th\u00e9ories m\u00e9canistiques et neurobiologiques formul\u00e9es par Ugo Cerletti<\/h2>\n<h3>7.1 La doctrine de l&rsquo;acroagonine et de la r\u00e9action d&rsquo;urgence biologique<\/h3>\n<p>Obs\u00e9d\u00e9 par le d\u00e9sir de comprendre pourquoi et comment le passage d&rsquo;un courant \u00e9lectrique transcr\u00e2nien est capable de dissiper la folie, Ugo Cerletti formule une th\u00e9orie biologique originale qui dominera la seconde moiti\u00e9 de sa carri\u00e8re scientifique : la doctrine des <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/18868625\/\">acroagonines<\/a>. Rejetant les explications purement psychologiques ou psychanalytiques de l&rsquo;\u00e9poque qui voyaient dans l&rsquo;\u00e9lectrochoc une punition corporelle culpabilisante ou une reviviscence symbolique de la mort et de la renaissance, Cerletti cherche une r\u00e9ponse strictement humorale et biochimique.<\/p>\n<p>Cerletti fait l&rsquo;hypoth\u00e8se que la convulsion comitiale g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e confronte temporairement le parenchyme c\u00e9r\u00e9bral \u00e0 un \u00e9tat m\u00e9tabolique extr\u00eame, voisin des limites de la viabilit\u00e9 biologique (anoxie relative transitoire, consommation maximale d&rsquo;ad\u00e9nosine triphosphate, d\u00e9polarisation neuronale globale). Selon sa vision, pour \u00e9chapper \u00e0 cette agonie cellulaire apparente, le cerveau r\u00e9agit en synth\u00e9tisant instantan\u00e9ment et massivement des substances endog\u00e8nes de haute valeur vitale destin\u00e9es \u00e0 d\u00e9fendre l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 du tissu nerveux contre l&rsquo;an\u00e9antissement. Ces mol\u00e9cules de la lutte ultime sont baptis\u00e9es <em>acroagonines<\/em>.<\/p>\n<p>Pour d\u00e9montrer exp\u00e9rimentalement cette th\u00e9orie, Cerletti met en place des protocoles audacieux : il soumet des porcs \u00e0 des s\u00e9ries d&rsquo;\u00e9lectrochocs r\u00e9p\u00e9t\u00e9s, extrait imm\u00e9diatement leurs cerveaux apr\u00e8s la convulsion, pr\u00e9pare des suspensions et des \u00e9mulsions broy\u00e9es de ce tissu c\u00e9r\u00e9bral \u00ab \u00e9lectrochoqu\u00e9 \u00bb, puis injecte ces extraits par voie parent\u00e9rale \u00e0 des patients psychiatriques n&rsquo;ayant jamais re\u00e7u d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 directe. Cerletti rapporte des am\u00e9liorations cliniques notables chez certains sujets ainsi trait\u00e9s, affirmant que les principes th\u00e9rapeutiques curatifs de l&rsquo;ECT sont des substances chimiques stables v\u00e9hicul\u00e9es par voie humorale. Bien que la nature biochimique exacte des acroagonines n&rsquo;ait pu \u00eatre isol\u00e9e \u00e0 son \u00e9poque, cette conception visionnaire anticipe de fa\u00e7on saisissante la d\u00e9couverte moderne des facteurs de lib\u00e9ration neurotrophiques et des neuropeptides de protection c\u00e9r\u00e9brale induits par la crise \u00e9pileptique.<\/p>\n<h3>7.2 Les modifications v\u00e9g\u00e9tatives et neuroendocriniennes induites<\/h3>\n<p>Outre l&rsquo;hypoth\u00e8se des acroagonines, les travaux de l&rsquo;\u00e9cole de Rome portent une attention soutenue aux remaniements v\u00e9g\u00e9tatifs et endocriniens observables chez les patients soumis \u00e0 l&rsquo;\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie. Bini et Cerletti identifient que la d\u00e9charge \u00e9lectrique ne se limite pas \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement cortical p\u00e9riph\u00e9rique, mais qu&rsquo;elle recrute puissamment l&rsquo;\u00e9tage sous-cortical dienc\u00e9phalique, et plus singuli\u00e8rement les centres r\u00e9gulateurs hypothalamiques.<\/p>\n<p>Durant et imm\u00e9diatement apr\u00e8s la crise comitiale, les auteurs d\u00e9crivent une temp\u00eate autonome caract\u00e9ris\u00e9e par une d\u00e9charge massive du syst\u00e8me nerveux sympathique (tachycardie, pouss\u00e9e hypertensive transitoire, mydriase bilat\u00e9rale, hyperglyc\u00e9mie de stress), imm\u00e9diatement relay\u00e9e par un rebond parasympathique marqu\u00e9 par une hypers\u00e9cr\u00e9tion salivaire, une bradycardie post-critique et une vasodilatation p\u00e9riph\u00e9rique. Cette stimulation profonde des structures v\u00e9g\u00e9tatives profondes entra\u00eene une r\u00e9gulation progressive des fonctions physiologiques de base qui sont syst\u00e9matiquement d\u00e9r\u00e9gl\u00e9es dans la d\u00e9pression m\u00e9lancolique et la stupeur catatonique.<\/p>\n<p>Cerletti corr\u00e8le particuli\u00e8rement l&rsquo;efficacit\u00e9 th\u00e9rapeutique avec la restauration du fonctionnement neuroendocrinien hypothalamo-hypophysaire. Il documente avec une pr\u00e9cision minutieuse la reprise de l&rsquo;app\u00e9tit, la r\u00e9activation des s\u00e9cr\u00e9tions digestives et surtout une prise de poids somatique rapide et constante chez les patients en phase de r\u00e9mission. L&rsquo;\u00e9cole italienne rel\u00e8ve que l&rsquo;apparition d&rsquo;un gain pond\u00e9ral stable de plusieurs kilogrammes au cours des deux premi\u00e8res semaines de traitement constitue le marqueur pronostique le plus fiable d&rsquo;une sortie p\u00e9renne de l&rsquo;\u00e9pisode m\u00e9lancolique, signifiant la reprogrammation biologique des centres dienc\u00e9phaliques de l&rsquo;hom\u00e9ostasie vitale.<\/p>\n<h3>7.3 Les remaniements de l&rsquo;\u00e9lectrog\u00e9n\u00e8se c\u00e9r\u00e9brale<\/h3>\n<p>L&rsquo;essor de l&rsquo;<a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/books\/NBK384485\/\">\u00e9lectroenc\u00e9phalographie<\/a> clinique (EEG), d\u00e9velopp\u00e9e par Hans Berger \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1920, fournit \u00e0 Cerletti et Bini un outil d&rsquo;objectivation physique inestimable pour observer les traces neurophysiologiques laiss\u00e9es par l&rsquo;\u00e9lectrochoc au sein de l&rsquo;\u00e9corce c\u00e9r\u00e9brale. L&rsquo;\u00e9quipe romaine est parmi les premi\u00e8res au monde \u00e0 enregistrer des trac\u00e9s EEG longitudinaux avant, pendant et apr\u00e8s chaque s\u00e9ance de convulsion th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<p>Ces enregistrements r\u00e9v\u00e8lent des alt\u00e9rations \u00e9lectrog\u00e9n\u00e9tiques s\u00e9quentielles hautement st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es :<\/p>\n<ul>\n<li>Dans la phase post-critique imm\u00e9diate, les trac\u00e9s d\u00e9montrent un aplatissement complet de l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9lectrique, suivi de l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une activit\u00e9 lente continue de grande amplitude, constitu\u00e9e d&rsquo;ondes delta (1 \u00e0 3 Hz) et th\u00eata diffuses, sym\u00e9triques sur les deux h\u00e9misph\u00e8res.<\/li>\n<li>\u00c0 mesure que les s\u00e9ances se succ\u00e8dent, ce ralentissement bio\u00e9lectrique de base persiste au-del\u00e0 des crises, formant un rythme lent r\u00e9siduel continu sur l&rsquo;ensemble du scalp.<\/li>\n<li>Apr\u00e8s l&rsquo;arr\u00eat complet de la cure, les ondes lentes r\u00e9gressent progressivement sur une p\u00e9riode de quelques semaines pour c\u00e9der la place \u00e0 une r\u00e9organisation parfaite du rythme alpha physiologique de repos (8 \u00e0 12 Hz), souvent plus ample et mieux synchronis\u00e9 que sur les trac\u00e9s pr\u00e9morbides d\u00e9sorganis\u00e9s par l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 ou le d\u00e9lire.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cerletti et Bini interpr\u00e8tent ce ralentissement transitoire post-ictal non comme une l\u00e9sion destructrice, mais comme un \u00e9tat fonctionnel de \u00ab repos cortical th\u00e9rapeutique \u00bb impos\u00e9 aux r\u00e9seaux de neurones. Selon cette vision dynamique, la d\u00e9charge \u00e9pileptique massive brise les circuits de r\u00e9troaction pathologique et les foyers de r\u00e9verb\u00e9ration synaptique entretenus par le d\u00e9lire ou l&rsquo;angoisse obsessionnelle, permettant \u00e0 l&rsquo;\u00e9lectrog\u00e9n\u00e8se c\u00e9r\u00e9brale de se reconstruire sur un mode physiologique r\u00e9initialis\u00e9.<\/p>\n<h2>8. Analyse critique de la tol\u00e9rance, des complications et des effets secondaires<\/h2>\n<h3>8.1 Les perturbations cognitives et mn\u00e9siques imm\u00e9diates et diff\u00e9r\u00e9es<\/h3>\n<p>D\u00e8s leurs premi\u00e8res s\u00e9ries de publications, Ugo Cerletti et Lucio Bini abordent avec transparence la question des alt\u00e9rations cognitives induites par l&rsquo;\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie, effet secondaire cardinal qui alimentera les d\u00e9bats m\u00e9dicaux et \u00e9thiques tout au long de l&rsquo;histoire de la technique. Les auteurs d\u00e9crivent avec minutie la phase de confusion mentale post-critique imm\u00e9diate, au cours de laquelle le patient pr\u00e9sente une d\u00e9sorientation temporo-spatiale fluctuante, une h\u00e9b\u00e9tude attentionnelle et une lenteur id\u00e9ique durant vingt \u00e0 quarante minutes suivant le r\u00e9veil comateux.<\/p>\n<p>Plus complexe est la question des d\u00e9ficits mn\u00e9siques, que Bini cat\u00e9gorise avec une rigueur s\u00e9miologique exemplaire. Il individualise :<\/p>\n<ul>\n<li>Une <strong>amn\u00e9sie r\u00e9trograde<\/strong> variable, portant sur les \u00e9v\u00e9nements survenus dans les heures ou les jours pr\u00e9c\u00e9dant imm\u00e9diatement le choc \u00e9lectrique, englobant de fa\u00e7on constante l&rsquo;oubli complet de la proc\u00e9dure elle-m\u00eame, ce qui \u00e9vite au sujet tout traumatisme psychologique li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;intervention ;<\/li>\n<li>Une <strong>amn\u00e9sie ant\u00e9rograde<\/strong> transitoire, se manifestant au fur et \u00e0 mesure de l&rsquo;accumulation des s\u00e9ances par une difficult\u00e9 d&rsquo;apprentissage de nouvelles informations et une labilit\u00e9 de la m\u00e9moire de fixation \u00e0 court terme.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Un vif d\u00e9bat th\u00e9orique \u00e9merge alors au sein de l&rsquo;\u00e9cole de Rome. Certains cliniciens \u00e9mettent l&rsquo;hypoth\u00e8se provocatrice que l&rsquo;amn\u00e9sie pourrait \u00eatre le moteur m\u00eame de la gu\u00e9rison psychiatrique, le patient \u00ab oubliant \u00bb son d\u00e9lire ou ses motifs de tristesse m\u00e9lancolique. Cerletti s&rsquo;oppose formellement \u00e0 cette interpr\u00e9tation r\u00e9ductionniste, d\u00e9montrant que les patients gu\u00e9ris de leur d\u00e9pression r\u00e9cup\u00e8rent la totalit\u00e9 de leurs comp\u00e9tences mn\u00e9siques et intellectuelles quelques semaines apr\u00e8s l&rsquo;arr\u00eat de la cure, sans que les id\u00e9es d\u00e9lirantes ne r\u00e9apparaissent pour autant. Des \u00e9valuations psychom\u00e9triques rudimentaires men\u00e9es \u00e0 la clinique de Rome confirment le caract\u00e8re strictement r\u00e9versible de ces atteintes mn\u00e9siques chez l&rsquo;immense majorit\u00e9 des sujets trait\u00e9s.<\/p>\n<h3>8.2 Les complications ost\u00e9oarticulaires de l&rsquo;\u00e9poque non modifi\u00e9e<\/h3>\n<p>Le tribut physique le plus lourd pay\u00e9 par les patients au cours de la premi\u00e8re d\u00e9cennie d&rsquo;utilisation de l&rsquo;\u00e9lectrochoc d\u00e9coule de son application dite \u00ab non modifi\u00e9e \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire d\u00e9livr\u00e9e sur un sujet vigile, sans anesth\u00e9sie g\u00e9n\u00e9rale pr\u00e9alable et sans relaxation pharmacologique des muscles squelettiques. Lors de la phase tonique initiale, la contraction t\u00e9tanique simultan\u00e9e et ultra-puissante de l&rsquo;ensemble des groupes musculaires de l&rsquo;organisme exerce des contraintes biom\u00e9caniques titanesques sur la charpente osseuse et articulaire.<\/p>\n<p>La complication la plus redoutable et la plus fr\u00e9quente de cette \u00e8re initiale r\u00e9side dans les tassements et fractures vert\u00e9brales, localis\u00e9s \u00e9lectivement au niveau du rachis dorsal moyen (entre les vert\u00e8bres D4 et D8). Les \u00e9tudes radiologiques r\u00e9trospectives syst\u00e9matiques men\u00e9es \u00e0 la suite des travaux de Rome r\u00e9v\u00e8lent une incidence sous-estim\u00e9e de micro-tassements trab\u00e9culaires du corps vert\u00e9bral pouvant atteindre 10 \u00e0 30 % des patients trait\u00e9s de mani\u00e8re non prot\u00e9g\u00e9e, bien que ces fractures demeurent le plus souvent b\u00e9nignes sur le plan neurologique et asymptomatiques \u00e0 long terme. Des luxations articulaires, principalement scapulo-hum\u00e9rales (\u00e9paules) et temporo-mandibulaires (m\u00e2choires), ainsi que des fractures des cols f\u00e9moraux sont occasionnellement d\u00e9plor\u00e9es lors de mouvements cloniques non synchronis\u00e9s.<\/p>\n<p>Consciente de ce p\u00e9ril physique, l&rsquo;\u00e9quipe de Cerletti \u00e9labore des protocoles de contention manuelle rigoureux pour amortir l&rsquo;impact de la d\u00e9charge motrice. Les infirmiers sont form\u00e9s \u00e0 maintenir fermement les articulations des \u00e9paules et des hanches du patient sur un plan de couchage dur mais capitonn\u00e9, la colonne vert\u00e9brale \u00e9tant positionn\u00e9e en hyper-extension mod\u00e9r\u00e9e par un coussin plac\u00e9 sous la courbure dorsale pour pr\u00e9venir l&rsquo;\u00e9crasement des plateaux vert\u00e9braux ant\u00e9rieurs. Un bouchon buccal semi-rigide en caoutchouc est syst\u00e9matiquement introduit entre les arcades dentaires pour pr\u00e9venir les morsures s\u00e9v\u00e8res de la langue et les fractures dentaires. Ces mesures palliatives att\u00e9nuent les risques sans toutefois \u00e9liminer totalement l&rsquo;al\u00e9a orthop\u00e9dique intrins\u00e8que \u00e0 la convulsion non modifi\u00e9e.<\/p>\n<h3>8.3 La s\u00e9curit\u00e9 cardiovasculaire et la mortalit\u00e9 globale<\/h3>\n<p>En d\u00e9pit de la violence spectaculaire du paroxysme convulsif moteur, les donn\u00e9es \u00e9pid\u00e9miologiques et cliniques publi\u00e9es par Ugo Cerletti et Lucio Bini \u00e9tablissent d&#8217;embl\u00e9e la s\u00e9curit\u00e9 somatique globale impressionnante de l&rsquo;\u00e9lectrochoc comparativement aux m\u00e9thodes d&rsquo;induction biologique concurrentes. L&rsquo;analyse statistique des milliers de s\u00e9ances conduites sous l&rsquo;\u00e9gide de la clinique romaine entre 1938 et 1945 d\u00e9montre un taux de mortalit\u00e9 op\u00e9ratoire direct inf\u00e9rieur \u00e0 1 pour 10 000 s\u00e9ances, un chiffre exceptionnellement bas pour la m\u00e9decine des ann\u00e9es 1930.<\/p>\n<p>Sur le plan cardiovasculaire, Bini documente l&rsquo;existence d&rsquo;une asystolie ou d&rsquo;un arr\u00eat sinusal transitoire survenant imm\u00e9diatement apr\u00e8s la coupure du courant \u00e9lectrique, durant une fraction de seconde \u00e0 quelques secondes, cons\u00e9cutif \u00e0 l&rsquo;hypertonie vagale centrale. Cet arr\u00eat fugace est invariablement relay\u00e9 par une reprise vigoureuse du rythme cardiaque sous forme d&rsquo;une tachycardie sinusale r\u00e9actionnelle puissante. Les complications rythmiques fatales demeurent rarissimes, survenant presque exclusivement chez des patients porteurs de cardiopathies coronariennes isch\u00e9miques m\u00e9connues ou d&rsquo;an\u00e9vrysmes de l&rsquo;aorte thoracique vuln\u00e9rables aux pouss\u00e9es hypertensives d&rsquo;effort.<\/p>\n<p>Cette marge de s\u00e9curit\u00e9 permet \u00e0 Cerletti de dresser un parall\u00e8le saisissant avec les statistiques de l&rsquo;\u00e9poque concernant la cure de Sakel et le Cardiazol :<\/p>\n<ul>\n<li>L&rsquo;insulinoth\u00e9rapie de Sakel pr\u00e9sentait une mortalit\u00e9 reconnue de 1 \u00e0 2 %, imputable \u00e0 l&rsquo;\u0153d\u00e8me c\u00e9r\u00e9bral irr\u00e9versible et aux d\u00e9faillances m\u00e9taboliques syst\u00e9miques.<\/li>\n<li>Le Cardiazol de Meduna provoquait des collapsus vasculaires aigus, des \u00e9tats de mal convulsif incontr\u00f4lables et un \u00e9puisement vital bien sup\u00e9rieur.<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;\u00e9cole de Rome d\u00e9gage de cette exp\u00e9rience les premi\u00e8res contre-indications absolues \u00e0 l&rsquo;administration de l&rsquo;ECT : l&rsquo;infarctus du myocarde r\u00e9cent, l&rsquo;hypertension intracr\u00e2nienne avec risque d&rsquo;engagement c\u00e9r\u00e9bral et les an\u00e9vrysmes vasculaires majeurs.<\/p>\n<h2>9. Diffusion internationale et r\u00e9plication empirique des travaux de l&rsquo;\u00e9cole de Rome<\/h2>\n<h3>9.1 L&rsquo;introduction pr\u00e9coce de la technique en France et en Europe occidentale<\/h3>\n<p>D\u00e8s la seconde moiti\u00e9 de l&rsquo;ann\u00e9e 1938 et tout au long de l&rsquo;ann\u00e9e 1939, la nouvelle de la d\u00e9couverte romaine se propage avec une rapidit\u00e9 fulgurante au sein de la communaut\u00e9 neuropsychiatrique internationale, en d\u00e9pit du contexte g\u00e9opolitique troubl\u00e9 \u00e0 la veille de la Seconde Guerre mondiale. Ugo Cerletti et Lucio Bini multiplient les d\u00e9monstrations cliniques et les conf\u00e9rences \u00e0 travers l&rsquo;Europe pour diffuser les plans de leur appareil et exposer leur protocole m\u00e9thodologique.<\/p>\n<p>En France, l&rsquo;accueil de la m\u00e9thode est particuli\u00e8rement pr\u00e9coce et enthousiaste. Des ali\u00e9nistes et neurologues renomm\u00e9s, \u00e0 l&rsquo;instar de Paul Delmas-Marsalet \u00e0 Bordeaux ou de Georges Daum\u00e9zon et Jean Delay \u00e0 Paris, adoptent la technique d\u00e8s 1939-1940. Delmas-Marsalet con\u00e7oit rapidement son propre mod\u00e8le d&rsquo;\u00e9lectroconvulsivateur artisanal, tandis que Delay, au centre psychiatrique Sainte-Anne, valide rigoureusement les conclusions de Cerletti sur la m\u00e9lancolie et commence \u00e0 explorer les modifications \u00e9lectroenc\u00e9phalographiques induites par la m\u00e9thode. Les comptes rendus publi\u00e9s dans les <em>Annales M\u00e9dico-Psychologiques<\/em> confirment point par point l&rsquo;efficacit\u00e9 spectaculaire sur les d\u00e9pressions stuporeuses et la catatonie.<\/p>\n<p>Simultan\u00e9ment, des cliniques en Suisse (notamment sous l&rsquo;impulsion de Max M\u00fcller), en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas reproduisent les r\u00e9sultats de Rome avec une fid\u00e9lit\u00e9 m\u00e9thodologique absolue. L&rsquo;industrie biom\u00e9dicale naissante s&#8217;empare des plans techniques de Bini pour fabriquer \u00e0 grande \u00e9chelle les premiers appareils commerciaux standardis\u00e9s, permettant une diffusion d\u00e9mocratique du traitement hors des cercles universitaires d&rsquo;\u00e9lite, au b\u00e9n\u00e9fice imm\u00e9diat de milliers de malades intern\u00e9s au fond des asiles provinciaux europ\u00e9ens.<\/p>\n<h3>9.2 Lothar Kalinowsky et l&rsquo;exportation du mod\u00e8le aux \u00c9tats-Unis<\/h3>\n<p>L&rsquo;exportation et l&rsquo;expansion massive de l&rsquo;\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie sur le continent am\u00e9ricain sont indissociables de la trajectoire d&rsquo;un collaborateur direct d&rsquo;Ugo Cerletti : le neurologue et psychiatre d&rsquo;origine allemande <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pmc\/articles\/PMC1071477\/\">Lothar Kalinowsky<\/a>. Ayant fui le r\u00e9gime nazi pour trouver refuge \u00e0 la clinique de Rome, Kalinowsky assiste personnellement aux premi\u00e8res exp\u00e9riences pr\u00e9cliniques et aux applications humaines de 1938 aux c\u00f4t\u00e9s de Cerletti et Bini.<\/p>\n<p>Face \u00e0 la mont\u00e9e des tensions en Italie fasciste et \u00e0 l&rsquo;adoption des lois raciales, Kalinowsky \u00e9migre en 1939 vers la Grande-Bretagne puis s&rsquo;installe d\u00e9finitivement \u00e0 New York en 1940. Attach\u00e9 au New York State Psychiatric Institute et \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Columbia, Kalinowsky introduit la m\u00e9thode de Rome dans le monde anglo-saxon. En f\u00e9vrier 1940, il r\u00e9alise la premi\u00e8re d\u00e9monstration officielle de l&rsquo;\u00e9lectrochoc aux \u00c9tats-Unis, utilisant un appareil fid\u00e8lement r\u00e9pliqu\u00e9 d&rsquo;apr\u00e8s les instructions pr\u00e9cises transmises par Lucio Bini.<\/p>\n<p>L&rsquo;impact de Kalinowsky sur la psychiatrie am\u00e9ricaine est colossal. Il publie une s\u00e9rie d&rsquo;articles fondateurs documentant la remarquable efficacit\u00e9 du traitement sur de vastes cohortes institutionnelles dans les grands h\u00f4pitaux d&rsquo;\u00c9tat new-yorkais (tels que Pilgrim State Hospital). Kalinowsky cosigne ult\u00e9rieurement des trait\u00e9s de r\u00e9f\u00e9rence universels sur les th\u00e9rapies de choc somatiques, servant de garant scientifique et de promoteur infatigable de la rigueur de l&rsquo;\u00e9cole de Rome \u00e0 travers tout le continent am\u00e9ricain durant les d\u00e9cennies 1940 et 1950.<\/p>\n<h3>9.3 La comparaison des donn\u00e9es d&rsquo;efficacit\u00e9 entre centres internationaux<\/h3>\n<p>\u00c0 partir du milieu des ann\u00e9es 1940, l&rsquo;accumulation de s\u00e9ries cliniques ind\u00e9pendantes issues d&rsquo;institutions hospitali\u00e8res r\u00e9parties sur l&rsquo;ensemble des continents permet d&rsquo;\u00e9tablir les premi\u00e8res synth\u00e8ses m\u00e9trologiques globales de la psychiatrie biologique. Ces donn\u00e9es d&rsquo;efficacit\u00e9 font ressortir une constance et une reproductibilit\u00e9 statistique remarquables, transcendant les fronti\u00e8res g\u00e9ographiques et les particularismes nosographiques locaux.<\/p>\n<p>Partout o\u00f9 l&rsquo;\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie est administr\u00e9e selon les param\u00e8tres \u00e9lectrophysiologiques formalis\u00e9s par Bini, les taux de succ\u00e8s convergent :<\/p>\n<ul>\n<li>Dans la m\u00e9lancolie d\u00e9lirante et la psychose maniaco-d\u00e9pressive, les taux de r\u00e9mission compl\u00e8te ou substantielle s&rsquo;\u00e9tablissent uniform\u00e9ment entre 80 et 90 % dans les s\u00e9ries am\u00e9ricaines, britanniques, fran\u00e7aises et scandinaves.<\/li>\n<li>Dans les formes aigu\u00ebs et catatoniques de la schizophr\u00e9nie, les taux d&rsquo;interruption du paroxysme se stabilisent autour de 60 \u00e0 70 %.<\/li>\n<li>Dans la manie aigu\u00eb, l&rsquo;efficacit\u00e9 s\u00e9dative et r\u00e9solutive d\u00e9passe r\u00e9guli\u00e8rement 75 %.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces revues syst\u00e9matiques pionni\u00e8res confirment de mani\u00e8re empirique incontestable que l&rsquo;\u00e9lectrochoc surpasse en efficacit\u00e9 brute, en rapidit\u00e9 d&rsquo;action et en s\u00e9curit\u00e9 op\u00e9ratoire l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 des m\u00e9thodes physiques et chimiques ant\u00e9rieures. L&rsquo;Organisation mondiale de la Sant\u00e9 et les principales soci\u00e9t\u00e9s savantes de neuropsychiatrie consacrent formellement l&rsquo;ECT comme le traitement de r\u00e9f\u00e9rence absolue des d\u00e9pressions psychotiques s\u00e9v\u00e8res et des urgences catatoniques, parachevant le triomphe acad\u00e9mique de l&rsquo;intuition de Cerletti et Bini.<\/p>\n<h2>10. \u00c9volution vers l&rsquo;ECT modifi\u00e9e et raffinements techniques post-Bini<\/h2>\n<h3>10.1 L&rsquo;adjonction de la curarisation et de l&rsquo;anesth\u00e9sie g\u00e9n\u00e9rale<\/h3>\n<p>En d\u00e9pit de son efficacit\u00e9 clinique irr\u00e9futable, l&rsquo;\u00e9lectrochoc de la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration souffre d&rsquo;un handicap majeur : la violence physique de la convulsion musculaire motrice et l&rsquo;appr\u00e9hension psychologique li\u00e9e au souvenir des contractions par le patient avant la perte de connaissance. La m\u00e9tamorphose de la technique vers ce que l&rsquo;on nomme l&rsquo;\u00ab ECT modifi\u00e9e \u00bb constitue l&rsquo;avanc\u00e9e d\u00e9cisive qui \u00e9l\u00e8ve la proc\u00e9dure au rang d&rsquo;acte m\u00e9dico-chirurgical moderne hautement s\u00e9curis\u00e9.<\/p>\n<p>D\u00e8s 1940, le m\u00e9decin am\u00e9ricain Abram Elting Bennett introduit l&rsquo;utilisation pr\u00e9-proc\u00e9durale du curare naturel (l&rsquo;extrait de d-tubocurarine) pour neutraliser le risque de fractures et de traumatismes osseux. Le curare agit en bloquant de fa\u00e7on r\u00e9versible la transmission synaptique au niveau des r\u00e9cepteurs nicotiniques de la plaque motrice neuromusculaire : le cerveau subit la crise comitiale th\u00e9rapeutique compl\u00e8te sans que celle-ci ne puisse se propager aux muscles p\u00e9riph\u00e9riques squelettiques. Toutefois, le maniement d\u00e9licat de la d-tubocurarine et le risque de paralysie respiratoire r\u00e9siduelle prolong\u00e9e freinent sa diffusion g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p>La r\u00e9volution d\u00e9finitive intervient au d\u00e9but des ann\u00e9es 1950 avec l&rsquo;av\u00e8nement simultan\u00e9 de deux innovations pharmacologiques d&rsquo;anesth\u00e9siologie :<\/p>\n<ul>\n<li>La d\u00e9couverte du suxam\u00e9thonium (succinylcholine), un myorelaxant d\u00e9polarisant \u00e0 action ultra-courte, dont la d\u00e9gradation enzymatique rapide assure une paralysie musculaire totale et parfaitement r\u00e9versible en l&rsquo;espace de trois \u00e0 cinq minutes ;<\/li>\n<li>L&rsquo;utilisation de barbituriques d&rsquo;anesth\u00e9sie g\u00e9n\u00e9rale intraveineuse d&rsquo;action ultra-courte (notamment le thiopental, puis ult\u00e9rieurement le m\u00e9thohexital ou le propofol).<\/li>\n<\/ul>\n<p>D\u00e9sormais, l&rsquo;acte d&rsquo;ECT modifi\u00e9e s&rsquo;effectue sous s\u00e9dation g\u00e9n\u00e9rale compl\u00e8te, en pr\u00e9sence continue d&rsquo;un m\u00e9decin anesth\u00e9siste-r\u00e9animateur, avec ventilation artificielle contr\u00f4l\u00e9e au masque \u00e0 oxyg\u00e8ne pur \u00e0 100 %. La terreur psychologique pr\u00e9alable et le risque de complications ost\u00e9oarticulaires sont d\u00e9finitivement et int\u00e9gralement \u00e9radiqu\u00e9s de la pratique contemporaine.<\/p>\n<h3>10.2 L&rsquo;apport de la stimulation unilat\u00e9rale non dominante<\/h3>\n<p>Si la curarisation r\u00e9sout int\u00e9gralement l&rsquo;al\u00e9a squelettique, l&rsquo;attention des chercheurs se focalise d\u00e8s lors sur la r\u00e9duction des effets secondaires cognitifs r\u00e9siduels, au premier rang desquels figurent l&rsquo;amn\u00e9sie r\u00e9trograde et la d\u00e9sorientation post-ictale inh\u00e9rentes au montage bitemporal sym\u00e9trique originellement con\u00e7u par Bini. Dans les ann\u00e9es 1950 et 1960, les travaux de pionniers tels que Theseus Friedman et Derek Lancaster d\u00e9montrent qu&rsquo;il n&rsquo;est pas imp\u00e9ratif de stimuler sym\u00e9triquement les deux h\u00e9misph\u00e8res c\u00e9r\u00e9braux pour d\u00e9clencher une convulsion th\u00e9rapeutique g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e bilat\u00e9rale.<\/p>\n<p>Ils introduisent le montage dit \u00ab unilat\u00e9ral non dominant \u00bb (le plus souvent unilat\u00e9ral droit chez les sujets droitiers), o\u00f9 les deux \u00e9lectrodes de stimulation sont appliqu\u00e9es sur la m\u00eame face lat\u00e9rale du cr\u00e2ne, g\u00e9n\u00e9ralement sur l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re droit. Cette g\u00e9om\u00e9trie d&rsquo;application vectorielle permet de diriger l&rsquo;essentiel de la densit\u00e9 du champ \u00e9lectrique \u00e0 travers le cortex non dominant pour les fonctions linguistiques, \u00e9pargnant ainsi de mani\u00e8re substantielle l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re gauche o\u00f9 si\u00e8gent les structures majeures du langage et de la m\u00e9moire s\u00e9mantique verbale (hippocampe gauche, lobe temporal dominant).<\/p>\n<p>Les essais cliniques comparatifs ult\u00e9rieurs confirment que le montage unilat\u00e9ral droit, sous r\u00e9serve d&rsquo;utiliser une \u00e9nergie supraliminaire ad\u00e9quate (cinq \u00e0 six fois le seuil convulsivant), procure une efficacit\u00e9 antid\u00e9pressive rigoureusement superposable \u00e0 celle du montage bitemporal de Cerletti, tout en r\u00e9duisant de fa\u00e7on spectaculaire les plaintes mn\u00e9siques post-op\u00e9ratoires et en raccourcissant le d\u00e9lai de r\u00e9cup\u00e9ration de la lucidit\u00e9 apr\u00e8s le r\u00e9veil anesth\u00e9sique.<\/p>\n<h3>10.3 La transition d\u00e9finitive vers le courant \u00e0 impulsions ultra-br\u00e8ves<\/h3>\n<p>Le raffinement ultime apport\u00e9 \u00e0 l&rsquo;h\u00e9ritage \u00e9lectrotechnique de Lucio Bini r\u00e9side dans l&rsquo;abandon mondial progressif de l&rsquo;onde sinuso\u00efdale alternative de 50 Hz au profit de courants \u00e0 impulsions rectangulaires br\u00e8ves (<em>brief pulse<\/em>) et ultra-br\u00e8ves (<em>ultrabrief pulse<\/em>). Cette \u00e9volution parach\u00e8ve la r\u00e9flexion th\u00e9orique initi\u00e9e par Bini lui-m\u00eame sur le gaspillage \u00e9nerg\u00e9tique de l&rsquo;onde continue.<\/p>\n<p>Les g\u00e9n\u00e9rateurs informatis\u00e9s contemporains (tels que les appareils Thymatron ou MECTA) ne d\u00e9livrent plus une onde sinuso\u00efdale fluide, mais un train d&rsquo;ondes rectangulaires unidirectionnelles ou bidirectionnelles dont la largeur d&rsquo;impulsion est calibr\u00e9e entre 0,25 et 1 milliseconde (voire moins de 0,3 ms pour les impulsions ultra-br\u00e8ves). Cette cin\u00e9tique permet de cibler avec une exactitude physique parfaite la constante de temps de d\u00e9polarisation de la membrane des neurones c\u00e9r\u00e9braux (chronaxie membranaire), induisant la crise \u00e9pileptog\u00e8ne avec une d\u00e9pense \u00e9nerg\u00e9tique totale (en millicoulombs et en Joules) divis\u00e9e par un facteur de trois \u00e0 cinq par rapport aux appareils historiques de Rome.<\/p>\n<p>Cette \u00e9conomie drastique d&rsquo;\u00e9nergie inject\u00e9e dans le tissu c\u00e9r\u00e9bral minimise consid\u00e9rablement la dispersion thermique parenchymateuse et la d\u00e9synchronisation m\u00e9tabolique globale. Il en r\u00e9sulte une pr\u00e9servation cognitive incomparablement sup\u00e9rieure : les perturbations mn\u00e9siques et les \u00e9pisodes confusionnels post-proc\u00e9duraux sont r\u00e9duits \u00e0 leur expression minimale, permettant \u00e0 l&rsquo;ECT moderne d&rsquo;\u00eatre administr\u00e9e avec un niveau de tol\u00e9rance et de s\u00e9curit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale que les concepteurs de 1938 ne pouvaient qu&rsquo;esp\u00e9rer th\u00e9oriquement.<\/p>\n<h2>11. Controverses soci\u00e9tales, antipsychiatrie et r\u00e9\u00e9valuation pharmacologique<\/h2>\n<h3>11.1 L&rsquo;av\u00e8nement de la psychopharmacologie dans les ann\u00e9es 1950<\/h3>\n<p>Le milieu des ann\u00e9es 1950 marque un tournant sismique dans l&rsquo;histoire de la psychiatrie avec la d\u00e9couverte fortuite des premiers psychotropes de synth\u00e8se. En 1952, Jean Delay et Pierre Deniker mettent en \u00e9vidence les propri\u00e9t\u00e9s neuroleptiques de la chlorpromazine (Largactil), suivie peu apr\u00e8s par la d\u00e9couverte des premiers antid\u00e9presseurs modernes : l&rsquo;iproniazide (inhibiteur de la monoamine oxydase) et l&rsquo;imipramine (antid\u00e9presseur tricyclique d\u00e9couvert par Roland Kuhn en 1957). L&rsquo;apparition de comprim\u00e9s simples d&rsquo;administration, peu on\u00e9reux et capables d&rsquo;apaiser le d\u00e9lire ou de stimuler l&rsquo;humeur sans n\u00e9cessiter d&rsquo;induction convulsive, modifie radicalement les pratiques institutionnelles.<\/p>\n<p>Une euphorie pharmacologique s&#8217;empare de la psychiatrie : nombreux sont les cliniciens qui proph\u00e9tisent alors la disparition pure et simple de l&rsquo;\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie, rel\u00e9gu\u00e9e au rang de curiosit\u00e9 historique d&rsquo;une \u00e9poque primitive. L&rsquo;usage de l&rsquo;ECT conna\u00eet de fait un d\u00e9clin significatif dans les ann\u00e9es 1960 et 1970, son indication \u00e9tant massivement supplant\u00e9e en premi\u00e8re intention par les cocktails m\u00e9dicamenteux de la nouvelle industrie pharmaceutique.<\/p>\n<p>Cependant, l&rsquo;\u00e9preuve des d\u00e9cennies r\u00e9v\u00e8le rapidement les limites intrins\u00e8ques de la r\u00e9volution pharmacologique. Une proportion substantielle de patients souffrant de d\u00e9pressions s\u00e9v\u00e8res (environ 30 %) pr\u00e9sente une r\u00e9sistance av\u00e9r\u00e9e \u00e0 plusieurs lignes d&rsquo;antid\u00e9presseurs bien conduits (d\u00e9pressions pharmacor\u00e9sistantes). De surcro\u00eet, le d\u00e9lai d&rsquo;action des mol\u00e9cules orales (deux \u00e0 quatre semaines au minimum) s&rsquo;av\u00e8re incompatible avec l&rsquo;urgence vitale des \u00e9tats suicidaires imm\u00e9diats ou des catatonies d\u00e9shydratantes. Les essais comparatifs directs men\u00e9s d\u00e8s les ann\u00e9es 1960 et confirm\u00e9s par les grandes m\u00e9ta-analyses contemporaines d\u00e9montrent que l&rsquo;ECT conserve une sup\u00e9riorit\u00e9 d&rsquo;efficacit\u00e9 brute et une rapidit\u00e9 de r\u00e9mission qu&rsquo;aucune mol\u00e9cule chimique n&rsquo;est jamais parvenue \u00e0 \u00e9galer, repositionnant la m\u00e9thode comme la strat\u00e9gie supr\u00eame de recours et d&rsquo;urgence.<\/p>\n<h3>11.2 Les attaques du mouvement de l&rsquo;antipsychiatrie et la perception publique<\/h3>\n<p>Parall\u00e8lement au d\u00e9ploiement de la pharmacologie, l&rsquo;\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie devient, \u00e0 partir de la fin des ann\u00e9es 1960, la cible privil\u00e9gi\u00e9e du mouvement international de l&rsquo;<a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.britannica.com\/topic\/anti-psychiatry\">antipsychiatrie<\/a> port\u00e9 par des figures telles que Thomas Szasz, Ronald Laing, David Cooper et Franco Basaglia en Italie. Les contestataires n&rsquo;attaquent pas seulement l&rsquo;efficacit\u00e9 empirique du traitement, mais d\u00e9noncent la psychiatrie asilaire institutionnelle comme un instrument d&rsquo;oppression sociopolitique et de contr\u00f4le social des d\u00e9viances comportementales.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9lectrochoc est alors \u00e9rig\u00e9 en symbole par excellence de la violence psychiatrique coercitive. On lui reproche d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9, dans certains asiles d\u00e9grad\u00e9s et surpeupl\u00e9s, \u00e0 des fins disciplinaires ou r\u00e9pressives pour soumettre des patients agit\u00e9s, au m\u00e9pris des indications purement nosographiques et du cadre \u00e9thique rigoureux initialement fix\u00e9s par Ugo Cerletti. Cette image punitive et d\u00e9shumanisante est massivement amplifi\u00e9e par la culture populaire, la litt\u00e9rature et le cin\u00e9ma, dont l&rsquo;incarnation la plus marquante demeure l&rsquo;adaptation cin\u00e9matographique du roman de Ken Kesey, <em>Vol au-dessus d&rsquo;un nid de coucou<\/em> (Milo\u0161 Forman, 1975), qui immortalise une repr\u00e9sentation terrifiante, d\u00e9form\u00e9e et non modifi\u00e9e de la proc\u00e9dure, grav\u00e9e de fa\u00e7on ind\u00e9l\u00e9bile dans l&rsquo;inconscient collectif.<\/p>\n<p>La stigmatisation soci\u00e9tale qui en d\u00e9coule entra\u00eene de violentes r\u00e9actions politiques et l\u00e9gislatives. Dans plusieurs pays et juridictions (notamment en Italie avec la loi Basaglia de 1978 fermant les h\u00f4pitaux psychiatriques, ou dans certains \u00c9tats am\u00e9ricains comme la Californie), la pratique de l&rsquo;ECT est s\u00e9v\u00e8rement restreinte, voire temporairement bannie, privant transitoirement de nombreux patients m\u00e9lancoliques d&rsquo;une th\u00e9rapeutique salvatrice sous la pression d&rsquo;un militantisme id\u00e9ologique d\u00e9connect\u00e9 des r\u00e9alit\u00e9s cliniques.<\/p>\n<h3>11.3 La r\u00e9silience de la m\u00e9thode fond\u00e9e sur les preuves empiriques<\/h3>\n<p>Face \u00e0 cette temp\u00eate sociopolitique sans pr\u00e9c\u00e9dent, la communaut\u00e9 m\u00e9dicale r\u00e9agit en appliquant \u00e0 l&rsquo;\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie les crit\u00e8res d&rsquo;\u00e9valuation m\u00e9thodologique les plus draconiens de la jeune m\u00e9decine fond\u00e9e sur les preuves (<em>Evidence-Based Medicine<\/em>). Entre la fin des ann\u00e9es 1970 et les ann\u00e9es 1990, plusieurs pays, au premier rang desquels la Grande-Bretagne avec les c\u00e9l\u00e8bres essais multicentriques du Medical Research Council (MRC), mettent en place des protocoles d&rsquo;\u00e9valuation contr\u00f4l\u00e9s contre \u00e9lectrochoc simul\u00e9 (<em>sham ECT<\/em>).<\/p>\n<p>Dans ces essais en double aveugle rigoureux, tous les patients sont anesth\u00e9si\u00e9s et curaris\u00e9s de fa\u00e7on identique, les \u00e9lectrodes sont positionn\u00e9es sur le cr\u00e2ne, mais le courant \u00e9lectrique n&rsquo;est envoy\u00e9 que dans le groupe actif, le groupe contr\u00f4le ne recevant aucune d\u00e9charge. Les r\u00e9sultats de ces \u00e9tudes publi\u00e9es dans <em>The Lancet<\/em> et le <em>British Journal of Psychiatry<\/em> apportent la d\u00e9monstration scientifique irr\u00e9futable de la r\u00e9alit\u00e9 de l&rsquo;action biologique du traitement : le taux de r\u00e9mission dans le groupe recevant la convulsion r\u00e9elle d\u00e9passe les 70 \u00e0 80 %, alors qu&rsquo;il s&rsquo;effondre \u00e0 moins de 25 \u00e0 30 % dans le groupe sham ECT (effet placebo anesth\u00e9sique). La crise convulsive g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e s&rsquo;impose sans \u00e9quivoque comme le m\u00e9diateur causal obligatoire du b\u00e9n\u00e9fice psychiatrique.<\/p>\n<p>Ces preuves scientifiques indiscutables conduisent les agences sanitaires les plus strictes au monde \u2014 notamment l&rsquo;American Psychiatric Association (APA) et le National Institute for Health and Care Excellence (NICE) britannique \u2014 \u00e0 promulguer des lignes directrices claires r\u00e9affirmant l&rsquo;ECT comme le traitement de choix des d\u00e9pressions s\u00e9v\u00e8res avec caract\u00e9ristiques psychotiques, des m\u00e9lancolies r\u00e9sistantes et de la catatonie. La renaissance contemporaine de la technique repose sur des cadres r\u00e9glementaires stricts, imposant un consentement \u00e9clair\u00e9 formalis\u00e9 et une tra\u00e7abilit\u00e9 anesth\u00e9sique exemplaire, r\u00e9habilitant pleinement l&rsquo;h\u00e9ritage novateur d&rsquo;Ugo Cerletti et Lucio Bini.<\/p>\n<h2>12. L&rsquo;h\u00e9ritage scientifique d&rsquo;Ugo Cerletti et Lucio Bini dans la psychiatrie contemporaine<\/h2>\n<h3>12.1 La relecture moderne des m\u00e9canismes neurobiologiques de Cerletti<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration des soubassements neurobiologiques de l&rsquo;\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie \u00e0 l&rsquo;aune des technologies actuelles de neuro-imagerie fonctionnelle et de biologie mol\u00e9culaire offre une r\u00e9sonance spectaculaire aux intuitions conceptuelles formul\u00e9es par Ugo Cerletti au milieu du vingti\u00e8me si\u00e8cle. La doctrine romanesque mais visionnaire de l&rsquo;\u00ab acroagonine \u00bb trouve aujourd&rsquo;hui sa traduction scientifique exacte dans les cascades biochimiques de la neuroplasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale.<\/p>\n<p>Les recherches modernes ont d\u00e9montr\u00e9 que la crise convulsive d\u00e9clenche une lib\u00e9ration massive et imm\u00e9diate de facteurs neurotrophiques centraux, au tout premier rang desquels le facteur neurotrophique d\u00e9riv\u00e9 du cerveau ou <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pmc\/articles\/PMC4386927\/\">BDNF<\/a> (<em>Brain-Derived Neurotrophic Factor<\/em>), ainsi que du facteur de croissance de l&rsquo;endoth\u00e9lium vasculaire (VEGF). L&rsquo;ECT stimule puissamment la neurogen\u00e8se hippocampique au sein du gyrus dent\u00e9 et favorise la synaptogen\u00e8se arborescente, contrecarrant directement l&rsquo;atrophie dendritique et la toxicit\u00e9 cellulaire induites par l&rsquo;impr\u00e9gnation prolong\u00e9e d&rsquo;hypercortisol\u00e9mie li\u00e9e au stress d\u00e9pressif majeur.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, les \u00e9tudes d&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) d\u00e9montrent que l&rsquo;ECT op\u00e8re une v\u00e9ritable r\u00e9initialisation de la connectivit\u00e9 fonctionnelle globale du syst\u00e8me nerveux central. Le traitement normalise l&rsquo;hyper-connectivit\u00e9 pathologique caract\u00e9risant le r\u00e9seau du mode par d\u00e9faut (<em>Default Mode Network<\/em>, DMN), r\u00e9seau impliqu\u00e9 dans les ruminations int\u00e9rieures d\u00e9pressives et l&rsquo;auto-d\u00e9pr\u00e9ciation st\u00e9rile du m\u00e9lancolique. La convulsion de Cerletti se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre un inducteur physique maximal d&rsquo;expression g\u00e9nique r\u00e9paratrice et un modulateur fondamental des r\u00e9cepteurs s\u00e9rotoninergiques, dopaminergiques et glutamatergiques du cerveau humain.<\/p>\n<h3>12.2 L&rsquo;influence sur les nouvelles th\u00e9rapeutiques de neurostimulation<\/h3>\n<p>L&rsquo;audace pionni\u00e8re de Lucio Bini dans la manipulation du champ \u00e9lectrique c\u00e9r\u00e9bral constitue la matrice originelle qui a inspir\u00e9 l&rsquo;ensemble des technologies de neuromodulation et de neurostimulation non invasives et invasives apparues au cours des trois derni\u00e8res d\u00e9cennies. L&rsquo;\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie a ouvert la voie \u00e0 une nouvelle compr\u00e9hension du cerveau pens\u00e9 non plus seulement comme une soupe chimique complexe gouvern\u00e9e par des neurotransmetteurs, mais comme un r\u00e9seau bio\u00e9lectrique plastique modulable par des stimuli physiques cibl\u00e9s.<\/p>\n<p>Cette filiation directe se manifeste \u00e0 travers l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une panoplie d&rsquo;outils th\u00e9rapeutiques innovants :<\/p>\n<ul>\n<li>La stimulation magn\u00e9tique transcr\u00e2nienne r\u00e9p\u00e9titive (rTMS), qui utilise des champs magn\u00e9tiques puls\u00e9s pour moduler l&rsquo;excitabilit\u00e9 du cortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral sans induire de convulsion comitiale, offrant une alternative non invasive ambulatoire pour les d\u00e9pressions mod\u00e9r\u00e9ment r\u00e9sistantes ;<\/li>\n<li>La magn\u00e9toconvulsivoth\u00e9rapie (MST), synth\u00e8se directe de la m\u00e9thode de Cerletti et de la physique magn\u00e9tique, utilisant des bobines magn\u00e9tiques de tr\u00e8s haute puissance pour induire une crise convulsive th\u00e9rapeutique hautement focalis\u00e9e sur le cortex pr\u00e9frontal superficiel, en \u00e9pargnant les structures temporales profondes pour \u00e9liminer tout effet ind\u00e9sirable mn\u00e9sique ;<\/li>\n<li>La stimulation du nerf vague (VNS) et la stimulation c\u00e9r\u00e9brale profonde (DBS), approches neurochirurgicales implantables ciblant les circuits fronto-striataux de l&rsquo;humeur dans les troubles r\u00e9fractaires majeurs.<\/li>\n<\/ul>\n<p>En d\u00e9pit de cette floraison technologique sophistiqu\u00e9e, l&rsquo;\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie demeure, en termes d&rsquo;amplitude de r\u00e9ponse et d&rsquo;efficacit\u00e9 brute imm\u00e9diate, le \u00ab gold standard \u00bb absolu auquel toutes les nouvelles modalit\u00e9s de neurostimulation doivent continuellement se mesurer.<\/p>\n<h3>12.3 Bilan \u00e9pist\u00e9mologique de la d\u00e9couverte de 1938<\/h3>\n<p>Le recul historique conf\u00e8re \u00e0 la d\u00e9couverte d&rsquo;Ugo Cerletti et Lucio Bini une dimension \u00e9pist\u00e9mologique exemplaire dans l&rsquo;histoire universelle de la m\u00e9decine. Elle symbolise la transition d\u00e9cisive d&rsquo;une psychiatrie asilaire purement nosologique, descriptive et passive, cantonn\u00e9e \u00e0 classifier le d\u00e9clin psychique des ali\u00e9n\u00e9s, vers une m\u00e9decine d&rsquo;intervention biologique active et courageuse, capable de modifier organiquement le fonctionnement c\u00e9r\u00e9bral pour arracher les patients \u00e0 l&rsquo;an\u00e9antissement mental.<\/p>\n<p>La trajectoire du bin\u00f4me Cerletti-Bini offre une le\u00e7on m\u00e9thodologique p\u00e9renne : l&rsquo;union harmonieuse entre une curiosit\u00e9 clinique audacieuse affranchie des dogmes d&rsquo;incurabilit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9poque, une rigueur exp\u00e9rimentale pr\u00e9alable sans concession chez l&rsquo;animal et une pr\u00e9occupation constante de l&rsquo;\u00e9talonnage physique et s\u00e9curitaire du dispositif d&rsquo;ing\u00e9nierie m\u00e9dicale. Cette rigueur initiale a permis \u00e0 l&rsquo;\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie de traverser les temp\u00eates id\u00e9ologiques, les condamnations de l&rsquo;antipsychiatrie et les vagues successives de la concurrence pharmacologique sans jamais \u00eatre balay\u00e9e.<\/p>\n<p>Pr\u00e8s d&rsquo;un si\u00e8cle apr\u00e8s l&rsquo;admission d&rsquo;Enrico X dans la clinique romaine du Viale dell&rsquo;Universit\u00e0, l&rsquo;\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie continue quotidiennement, dans les centres hospitaliers universitaires du monde entier, de sauver des milliers de vies de l&rsquo;issue fatale du suicide m\u00e9lancolique et de l&rsquo;enferment catatonique. L&rsquo;\u0153uvre commune du neurologue histopathologiste Ugo Cerletti et du clinicien \u00e9lectrophysiologiste Lucio Bini s&rsquo;inscrit ainsi parmi les contributions biom\u00e9dicales les plus salvatrices et les plus durables du vingti\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p>Accornero, F. (1988). Testimonianza oculare sulla scoperta dell&rsquo;elettroshock. <em>Rivista di Psichiatria<\/em>, 23(1), 1-14.<\/p>\n<p>American Psychiatric Association. (2001). <em>The practice of electroconvulsive therapy: Recommendations for treatment, training, and privileging<\/em> (2e \u00e9d.). American Psychiatric Publishing. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.books.9780890426814\">https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.books.9780890426814<\/a><\/p>\n<p>Bennett, A. E. (1940). Preventing traumatic complications in convulsive shock therapy by curare. <em>The Journal of the American Medical Association<\/em>, 114(4), 322-324. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1001\/jama.1940.02810040034008\">https:\/\/doi.org\/10.1001\/jama.1940.02810040034008<\/a><\/p>\n<p>Bini, L. (1938). Le apparecchiature per l&rsquo;elettroshock. <em>Rivista Sperimentale di Freniatria e Medicina Legale delle Alienazioni Mentali<\/em>, 62, 461-468.<\/p>\n<p>Bini, L. (1940). Experimental researches on epileptic attacks induced by the electric current. <em>American Journal of Psychiatry<\/em>, 96(S1), 143-144. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1176\/ajp.96.S1.143\">https:\/\/doi.org\/10.1176\/ajp.96.S1.143<\/a><\/p>\n<p>Cerletti, U. (1940). L&rsquo;Elettroshock. <em>Rivista Sperimentale di Freniatria e Medicina Legale delle Alienazioni Mentali<\/em>, 64(2), 209-310.<\/p>\n<p>Cerletti, U. (1950). Old and new information about electroshock. <em>American Journal of Psychiatry<\/em>, 107(2), 87-94. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1176\/ajp.107.2.87\">https:\/\/doi.org\/10.1176\/ajp.107.2.87<\/a><\/p>\n<p>Cerletti, U. (1952). Nouvelles \u00e9tudes sur l&rsquo;\u00e9lectrochoc : Les acroagonines. <em>L&rsquo;\u00c9ph\u00e9m\u00e9ride M\u00e9dicale<\/em>, 5, 23-38.<\/p>\n<p>Cerletti, U., &amp; Bini, L. (1938). L&rsquo;Elettroshock. <em>Bollettino e Memorie della Reale Accademia Medica di Roma<\/em>, 64, 136-138.<\/p>\n<p>Delay, J., &amp; Deniker, P. (1952). Le traitement des psychoses par une m\u00e9thode neurolytique d\u00e9riv\u00e9e de l&rsquo;hibernoth\u00e9rapie. <em>Actes du Congr\u00e8s des M\u00e9decins Ali\u00e9nistes et Neurologistes de France et des Pays de Langue Fran\u00e7aise<\/em>, 50, 497-502.<\/p>\n<p>Delmas-Marsalet, P. (1943). <em>Electro-choc et th\u00e9rapeutiques nouvelles en neuropsychiatrie<\/em>. J.B. Bailli\u00e8re et Fils.<\/p>\n<p>Endler, E. D. (1988). The origins of electroconvulsive therapy (ECT). <em>Convergences<\/em>, 24(2), 5-18.<\/p>\n<p>Fink, M. (1979). <em>Convulsive therapy: Theory and practice<\/em>. Raven Press.<\/p>\n<p>Fink, M. (2001). Ugo Cerletti 1877\u20131963. <em>American Journal of Psychiatry<\/em>, 158(5), 696. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.ajp.158.5.696\">https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.ajp.158.5.696<\/a><\/p>\n<p>Friedman, E., &amp; Wilcox, P. H. (1942). Electrostimulated convulsive shock therapy: Technical aspects. <em>The Journal of Nervous and Mental Disease<\/em>, 96(1), 56-63. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1097\/00005053-194207000-00005\">https:\/\/doi.org\/10.1097\/00005053-194207000-00005<\/a><\/p>\n<p>Kalinowsky, L. B. (1939). Electric-convulsion therapy in schizophrenia. <em>The Lancet<\/em>, 234(6067), 1232-1233. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(00)76483-3\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(00)76483-3<\/a><\/p>\n<p>Kalinowsky, L. B., &amp; Hoch, P. H. (1946). <em>Shock treatments and other somatic procedures in psychiatry<\/em>. Grune &amp; Stratton.<\/p>\n<p>Lancaster, N. P., Steinert, R. R., &amp; Frost, I. (1958). Unilateral electro-convulsive therapy. <em>Journal of Mental Science<\/em>, 104(434), 221-227. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1192\/bjp.104.434.221\">https:\/\/doi.org\/10.1192\/bjp.104.434.221<\/a><\/p>\n<p>Meduna, L. (1935). Versuche \u00fcber die biologische Beeinflussung des Ablaufes der Schizophrenie: Campher- und Cardiazolkr\u00e4mpfe. <em>Zeitschrift f\u00fcr die gesamte Neurologie und Psychiatrie<\/em>, 152(1), 235-262. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/BF02865700\">https:\/\/doi.org\/10.1007\/BF02865700<\/a><\/p>\n<p>National Institute for Health and Care Excellence. (2003). <em>Guidance on the use of electroconvulsive therapy<\/em> (Technology Appraisal Guidance TA59). NICE. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nice.org.uk\/guidance\/ta59\">https:\/\/www.nice.org.uk\/guidance\/ta59<\/a><\/p>\n<p>Passione, R. (2004). Italian psychiatry in an international context: Ugo Cerletti and the case of electroshock. <em>History of Psychiatry<\/em>, 15(1), 83-104. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1177\/0957154X04039353\">https:\/\/doi.org\/10.1177\/0957154X04039353<\/a><\/p>\n<p>Passione, R. (2007). <em>Ugo Cerletti: Il padre dell&rsquo;elettroshock<\/em>. Carocci Editore.<\/p>\n<p>Sackeim, H. A., Prudic, J., Devanand, D. P., Kiersky, J. E., Fitzsimons, L., Moody, B. J., McElhiney, M. C., Coleman, E. A., &amp; Settembrino, J. M. (1993). Effects of stimulus intensity and electrode placement on the efficacy and cognitive effects of electroconvulsive therapy. <em>The New England Journal of Medicine<\/em>, 328(12), 839-846. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1056\/NEJM199303253281204\">https:\/\/doi.org\/10.1056\/NEJM199303253281204<\/a><\/p>\n<p>Sackeim, H. A., Dillingham, K. E., Prudic, J., Cooper, T., McCall, W. V., Rosenquist, P., Isenberg, K., Garcia, K., Mulsant, B. H., &amp; Haskett, R. F. (2009). Effect of concomitant pharmacotherapy on electroconvulsive therapy outcomes: Short-term efficacy and adverse effects. <em>Archives of General Psychiatry<\/em>, 66(7), 729-737. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1001\/archgenpsychiatry.2009.74\">https:\/\/doi.org\/10.1001\/archgenpsychiatry.2009.74<\/a><\/p>\n<p>Shorter, E., &amp; Healy, D. (2007). <em>Shock therapy: A history of electroconvulsive treatment in mental illness<\/em>. Rutgers University Press. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.36019\/9780813543970\">https:\/\/doi.org\/10.36019\/9780813543970<\/a><\/p>\n<p>The UK ECT Review Group. (2003). Efficacy and safety of electroconvulsive therapy in depressive disorders: A systematic review and meta-analysis. <em>The Lancet<\/em>, 361(9360), 799-808. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(03)12705-5\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(03)12705-5<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Analyse acad\u00e9mique approfondie des \u00e9tudes cliniques pionni\u00e8res d&rsquo;Ugo Cerletti et Lucio Bini sur l&rsquo;efficacit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie en psychiatrie.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","template":"","categories":[7555,6890],"tags":[7659,7660,7658,7661,7657],"class_list":["post-5792","psych_experiment","type-psych_experiment","status-publish","hentry","category-histoire-de-la-psychiatrie","category-psychiatrie-biologique","tag-electroconvulsivotherapie","tag-histoire-de-la-psychiatrie","tag-lucio-bini","tag-troubles-de-lhumeur","tag-ugo-cerletti"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_experiment\/5792","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_experiment"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_experiment"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5792"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_experiment\/5792\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5792"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5792"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5792"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}