{"id":5377,"date":"2026-09-11T19:21:38","date_gmt":"2026-09-11T19:21:38","guid":{"rendered":"http:\/\/french.arabpsychology.com\/experiments\/experience-theorie-deux-facteurs-evitement-o-hobart-mowrer\/"},"modified":"2026-09-11T19:21:38","modified_gmt":"2026-09-11T19:21:38","slug":"experience-theorie-deux-facteurs-evitement-o-hobart-mowrer","status":"publish","type":"psych_experiment","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_experiment=experience-theorie-deux-facteurs-evitement-o-hobart-mowrer","title":{"rendered":"L&rsquo;exp\u00e9rience de la th\u00e9orie des deux facteurs de l&rsquo;\u00e9vitement &#8211; O. Hobart Mowrer"},"content":{"rendered":"<p>Au c\u0153ur de l&rsquo;histoire de la psychologie exp\u00e9rimentale et des th\u00e9ories de l&rsquo;apprentissage, l&rsquo;\u00e9nigme du comportement d&rsquo;\u00e9vitement a longtemps constitu\u00e9 une aporie th\u00e9orique majeure pour le paradigme b\u00e9havioriste naissant. Comment un organisme vivant peut-il apprendre, de mani\u00e8re stable et extraordinairement durable, \u00e0 ex\u00e9cuter une action motrice complexe en r\u00e9ponse \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement aversif qui, pr\u00e9cis\u00e9ment gr\u00e2ce \u00e0 cette action, ne se produit jamais ? Dans le cadre strict du conditionnement op\u00e9rant ou de la loi de l&rsquo;effet, l&rsquo;absence d&rsquo;un stimulus physique tangible semblait incapable d&rsquo;exercer une force causale r\u00e9troactive sur le comportement de l&rsquo;animal. Pour r\u00e9soudre cette contradiction fondamentale, le psychologue am\u00e9ricain <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Orval_Hobart_Mowrer\">Orval Hobart Mowrer<\/a> a propos\u00e9, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1930 et au cours de la d\u00e9cennie suivante, une synth\u00e8se conceptuelle audacieuse : la th\u00e9orie des deux facteurs (ou th\u00e9orie bifactorielle de l&rsquo;\u00e9vitement).<\/p>\n<p>Cette th\u00e9orie a marqu\u00e9 une rupture \u00e9pist\u00e9mologique d\u00e9cisive en articulant au sein d&rsquo;une m\u00eame architecture dynamique deux traditions exp\u00e9rimentales jusqu&rsquo;alors distinctes, voire rivales : le conditionnement r\u00e9pondant d&rsquo;origine pavlovienne et le conditionnement instrumental d&rsquo;inspiration thorndikienne et skinn\u00e9rienne. En pla\u00e7ant l&rsquo;affect d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 ou de peur au centre du m\u00e9canisme explicatif, non pas comme une entit\u00e9 mentaliste inv\u00e9rifiable mais en tant que r\u00e9ponse \u00e9motionnelle conditionn\u00e9e mesurable et pulsion interne acquise, Mowrer a non seulement apport\u00e9 une r\u00e9ponse parcimonieuse au paradoxe de l&rsquo;\u00e9vitement, mais il a \u00e9galement jet\u00e9 les bases scientifiques de la psychopathologie comportementale contemporaine. Ses travaux ont fourni l&rsquo;\u00e9chafaudage conceptuel qui allait plus tard permettre la mod\u00e9lisation et le traitement rationnel des phobies, du trouble panique et du trouble obsessionnel-compulsif.<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sent article propose une analyse approfondie, rigoureuse et exhaustive de l&rsquo;exp\u00e9rience et du mod\u00e8le d&rsquo;O. Hobart Mowrer. \u00c0 travers l&rsquo;examen d\u00e9taill\u00e9 de son contexte historico-scientifique, de l&rsquo;architecture technique de la bo\u00eete de navette (<em>shuttlebox<\/em>), des dynamiques respectives du conditionnement classique et du renforcement n\u00e9gatif, nous explorerons la mani\u00e8re dont cette th\u00e9orie a surmont\u00e9 le paradoxe du renforcement par le vide. Nous aborderons ensuite les critiques th\u00e9oriques et empiriques qui ont conduit \u00e0 son raffinement, les r\u00e9interpr\u00e9tations cognitives et \u00e9cologiques ult\u00e9rieures, ainsi que ses prolongements th\u00e9rapeutiques majeurs dans les th\u00e9rapies comportementales et cognitives, jusqu&rsquo;\u00e0 ses r\u00e9sonances actuelles dans les neurosciences computationnelles de la peur.<\/p>\n<h2>1. Introduction et contexte historico-scientifique des travaux d&rsquo;O. Hobart Mowrer<\/h2>\n<h3>1.1 Le paysage b\u00e9havioriste du milieu du XXe si\u00e8cle<\/h3>\n<p>Le paysage de la psychologie acad\u00e9mique am\u00e9ricaine des ann\u00e9es 1930 et 1940 \u00e9tait domin\u00e9 par une volont\u00e9 forcen\u00e9e d&rsquo;\u00e9riger l&rsquo;\u00e9tude des faits psychiques au rang de science naturelle rigoureuse. Rejetant les d\u00e9rives de l&rsquo;introspectionnisme titchen\u00e9rien et le fonctionnalisme sp\u00e9culatif, le <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/behaviorism\/\">b\u00e9haviorisme m\u00e9thodologique<\/a> s&rsquo;\u00e9tait impos\u00e9 comme le paradigme h\u00e9g\u00e9monique. Deux grandes figures structuraient alors le champ th\u00e9orique : d&rsquo;une part, l&rsquo;h\u00e9ritage d&rsquo;Ivan Pavlov, dont les protocoles de conditionnement r\u00e9pondant d\u00e9montraient comment des r\u00e9flexes physiologiques pouvaient \u00eatre assujettis \u00e0 des stimuli environnementaux arbitraires par contigu\u00eft\u00e9 temporelle ; d&rsquo;autre part, les travaux de Clark L. Hull, qui d\u00e9veloppait un syst\u00e8me n\u00e9ob\u00e9havioriste hypoth\u00e9tico-d\u00e9ductif ambitieux et formaliste, cherchant \u00e0 quantifier les forces de l&rsquo;habitude (<em>habit strength<\/em>) et la r\u00e9duction des besoins biologiques primaires (<em>drive reduction<\/em>).<\/p>\n<p>Cependant, ce panorama intellectuel se heurtait \u00e0 des limites conceptuelles consid\u00e9rables d\u00e8s lors qu&rsquo;il s&rsquo;agissait de rendre compte des conduites complexes gouvern\u00e9es par la peur et l&rsquo;anticipation du danger. Les th\u00e9ories purement monistes du comportement, qu&rsquo;elles fussent strictement pavloviennes ou exclusivement op\u00e9rantes selon les formulations pr\u00e9liminaires de B.F. Skinner, s&rsquo;av\u00e9raient r\u00e9ductrices. Le r\u00e9flexologue pavlovien peinait \u00e0 expliquer comment une r\u00e9ponse motrice arbitraire et coordonn\u00e9e pouvait \u00e9merger sans stimulus inconditionnel d\u00e9clencheur direct, tandis que le partisan du renforcement instrumental peinait \u00e0 identifier le moteur motivationnel d&rsquo;une action stabilis\u00e9e en l&rsquo;absence de r\u00e9compense biologique positive tangible.<\/p>\n<p>Face \u00e0 ces impasses m\u00e9thodologiques, la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;int\u00e9grer des variables m\u00e9diatrices internes, sans pour autant r\u00e9introduire les spectres du mentalisme non mesurable, s&rsquo;est impos\u00e9e \u00e0 l&rsquo;avant-garde des chercheurs. C&rsquo;est dans ce terreau fertile que s&rsquo;est d\u00e9ploy\u00e9e la trajectoire acad\u00e9mique d&rsquo;Orval Hobart Mowrer. Form\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Johns Hopkins, puis actif \u00e0 l&rsquo;Institute of Human Relations de l&rsquo;Universit\u00e9 Yale \u2014 un foyer intellectuel exceptionnel o\u00f9 la psychanalyse freudienne \u00e9tait confront\u00e9e \u00e0 la rigueur m\u00e9thodologique du n\u00e9ob\u00e9haviorisme hullien \u2014, Mowrer a c\u00f4toy\u00e9 des esprits novateurs tels que John Dollard, Neal Miller et Robert Sears. Plus tard, lors de sa chaire professorale \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de l&rsquo;Illinois, Mowrer a poursuivi avec t\u00e9nacit\u00e9 l&rsquo;objectif d&rsquo;op\u00e9rationnaliser les dynamiques affectives, faisant dialoguer les exigences du laboratoire animal avec les urgences de la clinique psychopathologique.<\/p>\n<h3>1.2 L&rsquo;\u00e9mergence de la question de l&rsquo;\u00e9vitement en psychologie exp\u00e9rimentale<\/h3>\n<p>Au sein des laboratoires de psychologie compar\u00e9e, l&rsquo;investigation des r\u00e9actions d\u00e9fensives a rapidement mis en \u00e9vidence une distinction conceptuelle fondamentale, mais fr\u00e9quemment brouill\u00e9e dans les observations informelles : la fronti\u00e8re entre le comportement d&rsquo;\u00e9chappement (<em>escape behavior<\/em>) et le comportement d&rsquo;\u00e9vitement (<em>avoidance behavior<\/em>). L&rsquo;\u00e9chappement ne pose pas de d\u00e9fi th\u00e9orique majeur au cadre b\u00e9havioriste orthodoxe : un animal plac\u00e9 sur une grille \u00e9lectrifi\u00e9e ressent une douleur intense (stimulus inconditionnel aversif) qui d\u00e9clenche une d\u00e9charge locomotrice d\u00e9sorganis\u00e9e ; d\u00e8s lors qu&rsquo;un saut par-dessus une barri\u00e8re interrompt physiquement le passage du courant, la cessation de la stimulation douloureuse agit imm\u00e9diatement comme un renfor\u00e7ateur direct selon la <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.britannica.com\/science\/law-of-effect\">loi de l&rsquo;effet de Thorndike<\/a>.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9vitement, en revanche, constituait une authentique \u00e9nigme exp\u00e9rimentale. Dans ce protocole, si l&rsquo;animal r\u00e9pond promptement \u00e0 un signal pr\u00e9curseur (par exemple une tonalit\u00e9 acoustique ou une lumi\u00e8re), le choc \u00e9lectrique n&rsquo;est absolument pas d\u00e9livr\u00e9. D\u00e8s lors, une question \u00e9pist\u00e9mologique embarrassante surgit : qu&rsquo;est-ce qui renforce et maintient cette r\u00e9ponse motrice au fil des centaines d&rsquo;essais successifs ? Si le renforcement d\u00e9pend d&rsquo;un changement environnemental contingent \u00e0 la r\u00e9ponse, comment l&rsquo;absence d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement douloureux peut-elle constituer une entit\u00e9 stimulatrice causale ? En l&rsquo;absence de choc, il semblait n&rsquo;y avoir aucun stimulus aversif inconditionnel direct susceptible de motiver ou de consolider l&rsquo;action de franchissement.<\/p>\n<p>C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment pour dissoudre cette impasse que Mowrer a r\u00e9dig\u00e9 son article princeps de 1939 intitul\u00e9 <em>A stimulus-response analysis of anxiety and its role as a reinforcing agent<\/em>, publi\u00e9 dans la <em>Psychological Review<\/em>. Cet article posait les prol\u00e9gom\u00e8nes d&rsquo;un basculement paradigmatique, formalis\u00e9 et \u00e9tendu ult\u00e9rieurement dans sa publication canonique de 1947, <em>On the dual nature of learning\u2014a re-interpretation of \u00ab\u00a0conditioning\u00a0\u00bb and \u00ab\u00a0problem-solving\u00a0\u00bb<\/em>. Mowrer y avan\u00e7ait la th\u00e8se r\u00e9volutionnaire selon laquelle le comportement d&rsquo;\u00e9vitement n&rsquo;est pas directement renforc\u00e9 par la non-apparition du choc physique futur, mais par l&rsquo;interruption imm\u00e9diate d&rsquo;un \u00e9tat interne aversif pr\u00e9sent, suscit\u00e9 par le conditionnement pavlovien pr\u00e9alable du signal d&rsquo;alerte.<\/p>\n<h2>2. Les fondements th\u00e9oriques : L&rsquo;articulation du conditionnement classique et op\u00e9rant<\/h2>\n<h3>2.1 Le conditionnement r\u00e9pondant comme gen\u00e8se de l&rsquo;affect aversif<\/h3>\n<p>Le premier pilier de la th\u00e9orie bifactorielle repose explicitement sur les m\u00e9canismes du conditionnement classique pavlovien (ou r\u00e9pondant). Pour Mowrer, la premi\u00e8re phase logique et chronologique du processus d&rsquo;\u00e9vitement implique l&rsquo;\u00e9tablissement d&rsquo;une association \u00e9troite et contingente entre un stimulus initialement neutre (SN) \u2014 tel qu&rsquo;un son sinuso\u00efdal ou l&rsquo;illumination soudaine d&rsquo;un compartiment exp\u00e9rimental \u2014 et un stimulus inconditionnel aversif (SI), typiquement une stimulation \u00e9lectrique podale d&rsquo;intensit\u00e9 mod\u00e9r\u00e9e \u00e0 forte d\u00e9livr\u00e9e via les barreaux m\u00e9talliques d&rsquo;une cage.<\/p>\n<p>Par l&rsquo;effet de la contigu\u00eft\u00e9 spatio-temporelle et de la r\u00e9p\u00e9tition s\u00e9quentielle o\u00f9 le stimulus neutre pr\u00e9c\u00e8de syst\u00e9matiquement le choc, une modification fonctionnelle radicale s&rsquo;op\u00e8re : le stimulus neutre se m\u00e9tamorphose en un stimulus conditionnel (SC). Toutefois, la r\u00e9ponse conditionn\u00e9e (RC) ainsi produite ne se limite pas \u00e0 un simple mouvement moteur r\u00e9flexe de retrait de la patte. Elle engage une reconfiguration massive, v\u00e9g\u00e9tative et somatique de l&rsquo;organisme, caract\u00e9ris\u00e9e par une activation du syst\u00e8me nerveux sympathique, une acc\u00e9l\u00e9ration de la fr\u00e9quence cardiaque, une lib\u00e9ration cat\u00e9cholaminergique et une augmentation de la tension musculaire globale.<\/p>\n<p>Cette r\u00e9ponse globale est d\u00e9finie op\u00e9rationnellement par Mowrer comme une r\u00e9ponse \u00e9motionnelle conditionn\u00e9e (REC), couramment d\u00e9sign\u00e9e sous les vocables d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 ou de peur conditionn\u00e9e. Il est capital de souligner que, dans l&rsquo;optique mowrerienne, cette anxi\u00e9t\u00e9 n&rsquo;a rien d&rsquo;un concept m\u00e9taphysique n\u00e9buleux ; elle constitue un \u00e9tat organique visc\u00e9ral et central, objectivement quantifiable par des indices psychophysiologiques, et dot\u00e9 de propri\u00e9t\u00e9s stimulantes internes hautement aversives pour le sujet exp\u00e9rimental.<\/p>\n<h3>2.2 Le conditionnement instrumental comme moteur de l&rsquo;action<\/h3>\n<p>Le second pilier de l&rsquo;\u00e9difice mowrerien sollicite les pr\u00e9ceptes du conditionnement op\u00e9rant ou instrumental. Tandis que le premier facteur pavlovien est responsable de la gen\u00e8se de l&rsquo;affect aversif, il demeure par lui-m\u00eame incapable d&rsquo;expliquer la directionnalit\u00e9 et la plasticit\u00e9 de l&rsquo;action motrice complexe. Un animal t\u00e9tanis\u00e9 par la peur pavlovienne ne fait, au d\u00e9part, que manifester des r\u00e9actions automatiques ou d\u00e9sordonn\u00e9es qui ne constituent pas en soi un \u00e9vitement adapt\u00e9.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ici qu&rsquo;intervient la loi de l&rsquo;effet formul\u00e9e initialement par Edward Thorndike, r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9e dans le contexte du contr\u00f4le aversif. L&rsquo;organisme en proie \u00e0 la d\u00e9tresse somatovectrice g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par le stimulus conditionnel d&rsquo;alarme engage une s\u00e9rie de comportements exploratoires ou de fuite. D\u00e8s lors que l&rsquo;un de ces mouvements moteurs \u2014 par exemple, franchir une barri\u00e8re centrale ou abaisser un levier sp\u00e9cifique \u2014 permet d&rsquo;interrompre l&rsquo;exposition au stimulus conditionnel, cet acte instrumental engendre une modification critique de l&rsquo;\u00e9tat interne : la disparition imm\u00e9diate du signal anxiog\u00e8ne met fin \u00e0 l&rsquo;activation \u00e9motionnelle aversive.<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse motrice d&rsquo;\u00e9vitement est ainsi rigoureusement s\u00e9lectionn\u00e9e, consolid\u00e9e et grav\u00e9e dans le r\u00e9pertoire comportemental de l&rsquo;individu par ses cons\u00e9quences fonctionnelles imm\u00e9diates. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une d\u00e9monstration \u00e9clatante d&rsquo;ind\u00e9pendance fonctionnelle relative entre les deux syst\u00e8mes : le syst\u00e8me nerveux autonome sous-tend l&rsquo;apprentissage pavlovien de la peur involontaire, tandis que le syst\u00e8me nerveux squelettique et moteur est recrut\u00e9 par le conditionnement instrumental pour ex\u00e9cuter l&rsquo;action volontaire de sauvegarde.<\/p>\n<h2>3. Le paradigme exp\u00e9rimental original de Mowrer : Dispositif et m\u00e9thodologie<\/h2>\n<h3>3.1 L&rsquo;architecture de la bo\u00eete de navette (shuttlebox)<\/h3>\n<p>Pour mettre \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve empirique les pr\u00e9dictions d\u00e9duites de son mod\u00e8le \u00e0 deux facteurs, Mowrer a perfectionn\u00e9 et standardis\u00e9 un appareil de laboratoire qui allait devenir l\u00e9gendaire dans les annales de la psychologie animale : la bo\u00eete de navette, ou <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.sciencedirect.com\/topics\/neuroscience\/shuttle-box\">shuttlebox<\/a>. Cet appareil exp\u00e9rimental se compose fondamentalement d&rsquo;un caisson parall\u00e9l\u00e9pip\u00e9dique rigide, divis\u00e9 en deux compartiments de dimensions strictement sym\u00e9triques et identiques, reli\u00e9s entre eux par une ouverture centrale munie ou non d&rsquo;un seuil r\u00e9glable que le sujet doit enjamber.<\/p>\n<p>Le plancher des deux compartiments est constitu\u00e9 d&rsquo;une grille de tiges m\u00e9talliques conductrices en acier inoxydable, espac\u00e9es de mani\u00e8re \u00e0 emp\u00eacher l&rsquo;animal de s&rsquo;y soustraire sans entraver sa locomotion. Ce dispositif est reli\u00e9 \u00e0 un g\u00e9n\u00e9rateur de courant \u00e9lectrique alternatif ou continu r\u00e9gul\u00e9, \u00e9quip\u00e9 d&rsquo;un brouilleur de polarit\u00e9 (<em>scrambler<\/em>) destin\u00e9 \u00e0 emp\u00eacher le sujet exp\u00e9rimental d&rsquo;\u00e9viter le choc en posant ses pattes sur des barreaux de m\u00eame polarit\u00e9. Cette grille d\u00e9livre le stimulus inconditionnel primaire : une d\u00e9charge \u00e9lectrique br\u00e8ve mais intens\u00e9ment aversive, calibr\u00e9e en milliamp\u00e8res pour induire une motivation d&rsquo;\u00e9chappement sans causer de l\u00e9sion tissulaire incapacitante.<\/p>\n<p>Chaque compartiment est en outre pourvu d&rsquo;un arsenal de stimuli sensoriels contr\u00f4l\u00e9s par des relais \u00e9lectrom\u00e9caniques de pr\u00e9cision : des haut-parleurs \u00e9mettant un signal sonore d&rsquo;intensit\u00e9 et de fr\u00e9quence d\u00e9finies (g\u00e9n\u00e9ralement un bourdonnement ou un son pur) et des ampoules d\u00e9livrant des flashs lumineux calibr\u00e9s. Ces inducteurs sensoriels, plac\u00e9s sym\u00e9triquement de part et d&rsquo;autre de la cloison, constituent les stimuli conditionnels pr\u00e9dictifs dont le minutage est rigoureusement synchronis\u00e9 avec l&rsquo;armement de la grille \u00e9lectrique.<\/p>\n<h3>3.2 Le protocole exp\u00e9rimental type et ses phases<\/h3>\n<p>L&rsquo;administration d&rsquo;une exp\u00e9rience princeps d&rsquo;\u00e9vitement selon le protocole de Mowrer ob\u00e9it \u00e0 une s\u00e9quenciation m\u00e9thodologique rigoureuse, standardis\u00e9e \u00e0 travers trois phases exp\u00e9rimentales distinctes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La phase d&rsquo;habituation :<\/strong> Le sujet d&rsquo;exp\u00e9rience (le plus souvent un rat de souche albinos ou un canid\u00e9) est introduit librement dans la bo\u00eete de navette pendant une p\u00e9riode de repos prolong\u00e9e. Durant cette phase, aucun choc \u00e9lectrique ni signal d&rsquo;alarme n&rsquo;est activ\u00e9. L&rsquo;exp\u00e9rimentateur mesure le taux de franchissement exploratoire spontan\u00e9 d&rsquo;un compartiment \u00e0 l&rsquo;autre afin d&rsquo;\u00e9tablir un niveau de base (<em>baseline<\/em>) de l&rsquo;activit\u00e9 motrice g\u00e9n\u00e9rale de l&rsquo;animal et de dissiper la n\u00e9ophobie initiale induite par le dispositif exp\u00e9rimental.<\/li>\n<li><strong>La phase d&rsquo;\u00e9chappement :<\/strong> Lors des premiers essais d&rsquo;entra\u00eenement, le stimulus neutre est d\u00e9clench\u00e9, imm\u00e9diatement ou presque imm\u00e9diatement suivi par la mise sous tension de la grille \u00e9lectrique. L&rsquo;animal, pris de panique sous l&rsquo;effet de la douleur physique directe, court de fa\u00e7on d\u00e9sordonn\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 franchir la barri\u00e8re s\u00e9paratrice. Le fait d&rsquo;atteindre le compartiment adjacent inactif coupe instantan\u00e9ment le courant et le signal. L&rsquo;animal apprend ainsi de fa\u00e7on purement instrumentale que la r\u00e9ponse de fuite motrice supprime la douleur physique.<\/li>\n<li><strong>La phase d&rsquo;\u00e9vitement :<\/strong> Un intervalle temporel fixe (g\u00e9n\u00e9ralement compris entre 5 et 10 secondes) est d\u00e9sormais introduit entre le d\u00e9but du signal conditionnel (son ou lumi\u00e8re) et l&rsquo;activation effective de la grille \u00e9lectrique. Si le sujet franchit l&rsquo;obstacle avant l&rsquo;expiration de ce compte \u00e0 rebours, deux cons\u00e9quences simultan\u00e9es se produisent : le signal d&rsquo;avertissement est imm\u00e9diatement d\u00e9sactiv\u00e9 et l&rsquo;apparition programm\u00e9e de la d\u00e9charge \u00e9lectrique est enti\u00e8rement annul\u00e9e pour cet essai.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Au fil des r\u00e9p\u00e9titions exp\u00e9rimentales, les observateurs rel\u00e8vent une r\u00e9gularit\u00e9 frappante : les latences de r\u00e9ponse de l&rsquo;animal se raccourcissent de fa\u00e7on spectaculaire. Le sujet ne tarde plus \u00e0 subir la d\u00e9charge pour fuir ; il se met \u00e0 sauter d\u00e8s les premi\u00e8res fractions de seconde suivant l&rsquo;\u00e9mission du signal sonore. L&rsquo;animal atteint d\u00e8s lors un crit\u00e8re de ma\u00eetrise comportementale rigoureux (par exemple, dix ou vingt franchissements pr\u00e9ventifs cons\u00e9cutifs sans subir le moindre choc), stabilisant un patron d&rsquo;\u00e9vitement actif quasi parfait.<\/p>\n<h3>3.3 Les variables ind\u00e9pendantes et d\u00e9pendantes mesur\u00e9es<\/h3>\n<p>La validit\u00e9 scientifique du paradigme exp\u00e9rimental de Mowrer repose sur une quantification math\u00e9matique scrupuleuse des param\u00e8tres environnementaux et comportementaux en jeu. Parmi les variables ind\u00e9pendantes syst\u00e9matiquement manipul\u00e9es par les exp\u00e9rimentateurs figure en tout premier lieu la dur\u00e9e de l&rsquo;intervalle interstimulus (ISI), c&rsquo;est-\u00e0-dire le laps de temps s\u00e9parant l&rsquo;amorce du stimulus conditionnel et le d\u00e9clenchement potentiel du stimulus inconditionnel. Si cet intervalle est excessivement court (inf\u00e9rieur \u00e0 une seconde), le temps de traitement sensori-moteur de l&rsquo;animal s&rsquo;av\u00e8re insuffisant pour articuler la r\u00e9ponse instrumentale complexe, limitant l&rsquo;apprentissage \u00e0 de simples r\u00e9flexes d&rsquo;\u00e9chappement. S&rsquo;il est excessivement long, l&rsquo;association de contigu\u00eft\u00e9 pavlovienne entre le signal et le choc s&rsquo;\u00e9tiole consid\u00e9rablement.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres variables ind\u00e9pendantes capitales englobent l&rsquo;intensit\u00e9 du courant \u00e9lectrique (mesur\u00e9e en fractions de milliamp\u00e8res), la saillance perceptuelle du stimulus pr\u00e9dictif (d\u00e9cibels du signal acoustique ou luminance de l&rsquo;\u00e9clairage), ainsi que les caract\u00e9ristiques morphologiques de l&rsquo;obstacle interm\u00e9diaire (hauteur de la haie, pr\u00e9sence ou absence d&rsquo;une porte guillotine automatis\u00e9e). Chacune de ces variations modifie drastiquement la dynamique temporelle de l&rsquo;acquisition comportementale.<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 des variables d\u00e9pendantes, les laboratoires consignent avec une grande rigueur :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La latence de r\u00e9ponse :<\/strong> Le temps pr\u00e9cis, mesur\u00e9 en centi\u00e8mes de seconde au moyen de chronographes \u00e9lectrom\u00e9caniques, s&rsquo;\u00e9coulant entre l&rsquo;apparition du stimulus conditionnel et l&rsquo;engagement effectif du corps de l&rsquo;animal dans le compartiment oppos\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Le taux de r\u00e9ussite \u00e0 l&rsquo;\u00e9vitement :<\/strong> Le pourcentage d&rsquo;essais au cours desquels le sujet parvient \u00e0 interrompre le signal sonore avant l&rsquo;application de la stimulation aversive, sur des blocs standardis\u00e9s d&rsquo;essais journaliers.<\/li>\n<li><strong>La r\u00e9sistance \u00e0 l&rsquo;extinction :<\/strong> Le nombre total de r\u00e9ponses d&rsquo;\u00e9vitement successives que l&rsquo;animal continue d&rsquo;ex\u00e9cuter avec obstination d\u00e8s lors que le circuit de la grille a \u00e9t\u00e9 d\u00e9finitivement d\u00e9connect\u00e9 \u00e0 son insu, de sorte qu&rsquo;aucune stimulation douloureuse ne surviendrait m\u00eame en cas d&rsquo;omission du comportement de franchissement.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>4. Premier facteur : L&rsquo;acquisition de la peur par conditionnement pavlovien<\/h2>\n<h3>4.1 La dynamique temporelle de l&rsquo;appariement SC-SI<\/h3>\n<p>L&rsquo;efficacit\u00e9 op\u00e9rationnelle du premier facteur th\u00e9oris\u00e9 par Mowrer d\u00e9pend de la pr\u00e9cision temporelle de l&rsquo;<a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/books\/NBK470321\/\">appariement pavlovien<\/a> entre le stimulus neutre et l&rsquo;\u00e9lectrostimulation podale aversive. Les donn\u00e9es exp\u00e9rimentales issues des laboratoires n\u00e9ob\u00e9havioristes ont rapidement mis en lumi\u00e8re le fait que la proc\u00e9dure de conditionnement diff\u00e9r\u00e9 (<em>delay conditioning<\/em>) \u2014 dans laquelle le stimulus d&rsquo;avertissement persiste de fa\u00e7on ininterrompue jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e en action du choc \u2014 engendre une acquisition de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 conditionn\u00e9e consid\u00e9rablement plus rapide et stable que les protocoles de conditionnement de trace (<em>trace conditioning<\/em>), o\u00f9 un silence s\u00e9pare l&rsquo;extinction du signal de la d\u00e9livrance de la d\u00e9charge.<\/p>\n<p>Sur le plan neuro-v\u00e9g\u00e9tatif, cette synchronisation pr\u00e9coce induit une cascade physiologique imm\u00e9diate. L&rsquo;exposition r\u00e9p\u00e9t\u00e9e au bin\u00f4me SC-SI transforme le signal d&rsquo;alarme en un d\u00e9clencheur direct d&rsquo;une r\u00e9action d&rsquo;alerte g\u00e9n\u00e9rale. D\u00e8s l&rsquo;apparition du signal acoustique, et bien avant que le moindre courant \u00e9lectrique ne traverse la grille m\u00e9tallique, l&rsquo;animal subit une activation massive de son axe sympathique : vasoconstriction p\u00e9riph\u00e9rique p\u00e9riph\u00e9rique, pilo\u00e9rection, lib\u00e9ration acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e d&rsquo;adr\u00e9naline et de noradr\u00e9naline m\u00e9dullo-surr\u00e9naliennes, et \u00e9l\u00e9vation marqu\u00e9e de la pression art\u00e9rielle.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation empirique de cette peur conditionn\u00e9e a fait l&rsquo;objet de v\u00e9rifications m\u00e9thodologiques ing\u00e9nieuses, notamment par l&rsquo;interm\u00e9diaire de la mesure de la r\u00e9ponse \u00e9motionnelle conditionn\u00e9e (REC) introduite par Estes et Skinner en 1941. En d\u00e9montrant qu&rsquo;un stimulus d&rsquo;avertissement appari\u00e9 \u00e0 un choc est capable de supprimer instantan\u00e9ment un comportement operant positif pr\u00e9existant (tel que l&rsquo;appui sur un levier pour obtenir de l&rsquo;eau ou de la nourriture), les exp\u00e9rimentateurs ont apport\u00e9 la preuve mat\u00e9rielle irr\u00e9futable que le signal sonore engendre bel et bien un \u00e9tat interne n\u00e9gatif autonome et d\u00e9bilitant, ind\u00e9pendamment de toute action motrice d&rsquo;\u00e9vitement.<\/p>\n<h3>4.2 Le statut motivationnel de la peur conditionn\u00e9e<\/h3>\n<p>Dans la construction conceptuelle d&rsquo;O. Hobart Mowrer, profond\u00e9ment impr\u00e9gn\u00e9e de la m\u00e9tath\u00e9orie de Clark Hull, la peur conditionn\u00e9e se voit conf\u00e9rer un statut \u00e9pist\u00e9mologique capital : celui de pulsion secondaire acquise (<em>acquired or secondary drive<\/em>). Contrairement aux pulsions biologiques primaires inn\u00e9es, telles que la faim, la soif, la douleur physique brute ou le besoin d&rsquo;hom\u00e9othermie, la peur acquise est le r\u00e9sultat exclusif d&rsquo;un apprentissage perceptif ant\u00e9rieur. Elle partage n\u00e9anmoins avec les pulsions primaires la propri\u00e9t\u00e9 fondamentale de susciter une tension interne aversive intense qui pousse l&rsquo;organisme \u00e0 agir de fa\u00e7on dynamique pour en obtenir le soulagement.<\/p>\n<p>Mowrer postule formellement que l&rsquo;intensit\u00e9 de cette pulsion acquise est une fonction math\u00e9matique directe de la vigueur de l&rsquo;association pavlovienne \u00e9tablie lors des premiers contacts aversifs. Plus le choc inconditionnel initial a \u00e9t\u00e9 d&rsquo;une intensit\u00e9 physique \u00e9lev\u00e9e et associ\u00e9 de mani\u00e8re pr\u00e9dictive et sans ambigu\u00eft\u00e9 au stimulus conditionnel, plus la charge motivationnelle port\u00e9e par ce signal d&rsquo;alarme est puissante. L&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 cesse d\u00e8s lors d&rsquo;\u00eatre un \u00e9piph\u00e9nom\u00e8ne passif pour devenir le vecteur \u00e9nerg\u00e9tique premier de tout le r\u00e9pertoire comportemental ult\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Cette dynamique motivationnelle est amplifi\u00e9e par le ph\u00e9nom\u00e8ne universel du gradient de g\u00e9n\u00e9ralisation du stimulus, document\u00e9 \u00e0 la suite des d\u00e9couvertes pavloviennes. L&rsquo;\u00e9tat aversif de peur ne reste pas confin\u00e9 \u00e0 la fr\u00e9quence acoustique exacte ou \u00e0 la longueur d&rsquo;onde lumineuse pr\u00e9cise utilis\u00e9es lors du conditionnement initial. Il diffuse le long d&rsquo;un gradient de similarit\u00e9 perceptuelle : plus un nouveau stimulus environnemental partage de caract\u00e9ristiques spectrales ou spatiales avec le signal de danger originel, plus il est susceptible d&rsquo;activer la pulsion secondaire de peur et d&rsquo;enclencher les cascades motivationnelles associ\u00e9es, d\u00e9montrant ainsi la propension expansive intrins\u00e8que des syst\u00e8mes d&rsquo;alerte d\u00e9fensifs de l&rsquo;organisme.<\/p>\n<h2>5. Deuxi\u00e8me facteur : Le renforcement n\u00e9gatif et le conditionnement instrumental<\/h2>\n<h3>5.1 Le m\u00e9canisme central de la r\u00e9duction de la pulsion (drive reduction)<\/h3>\n<p>D\u00e8s lors que le premier facteur a dot\u00e9 le stimulus environnemental d&rsquo;un pouvoir anxiog\u00e8ne autonome, le d\u00e9cor exp\u00e9rimental est plant\u00e9 pour l&rsquo;intervention du second facteur : l&rsquo;apprentissage instrumental via le renforcement n\u00e9gatif. Il convient d&rsquo;\u00e9carter d&#8217;embl\u00e9e une confusion terminologique r\u00e9currente : le renforcement n\u00e9gatif ne d\u00e9signe en aucun cas une punition, mais d\u00e9finit au contraire le processus rigoureux par lequel la probabilit\u00e9 d&rsquo;occurrence d&rsquo;un comportement moteur augmente en raison de la soustraction, de l&rsquo;att\u00e9nuation ou de l&rsquo;interruption imm\u00e9diate d&rsquo;un stimulus aversif.<\/p>\n<p>Dans la th\u00e9orie bifactorielle, l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement renfor\u00e7ateur primaire n&rsquo;est autre que la cessation subite du stimulus conditionnel g\u00e9n\u00e9rateur de panique. Au moment pr\u00e9cis o\u00f9 l&rsquo;animal dans la <em>shuttlebox<\/em> enjambe le seuil s\u00e9parateur et atterrit dans le compartiment contigu, ses pattes activent un micro-contacteur qui coupe instantan\u00e9ment le signal sonore strident ou la lumi\u00e8re mena\u00e7ante. Ce basculement physique entra\u00eene une chute brutale de la r\u00e9ponse \u00e9motionnelle conditionn\u00e9e au niveau somatique. C&rsquo;est ce soulagement visc\u00e9ral imm\u00e9diat \u2014 d\u00e9sign\u00e9 dans le lexique hullien sous le terme de r\u00e9duction de la pulsion (<em>drive reduction<\/em>) \u2014 qui assure la fixation mn\u00e9sique et la consolidation synaptique du mouvement de saut qui vient d&rsquo;avoir lieu.<\/p>\n<p>La puissance explicative de ce m\u00e9canisme est consid\u00e9rable : elle d\u00e9montre que pour maintenir une conduite d&rsquo;\u00e9vitement extr\u00eamement active et p\u00e9renne au cours de centaines d&rsquo;essais, l&rsquo;animal n&rsquo;a plus le moindre besoin d&rsquo;entrer en contact direct avec la stimulation \u00e9lectrique podale. D\u00e8s lors que l&rsquo;interruption du signal d&rsquo;avertissement suffit \u00e0 provoquer la chute de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 conditionn\u00e9e, le comportement instrumental puise son carburant renfor\u00e7ateur dans la dissipation de l&rsquo;affect aversif actuel, rendant l&rsquo;absence physique du choc inconditionnel secondaire sur le plan imm\u00e9diat de la causalit\u00e9 op\u00e9rante.<\/p>\n<h3>5.2 La transition fonctionnelle de l&rsquo;\u00e9chappement \u00e0 l&rsquo;\u00e9vitement actif<\/h3>\n<p>L&rsquo;observation longitudinale des trajectoires d&rsquo;apprentissage en laboratoire illustre une remarquable transition cin\u00e9tique et fonctionnelle au sein de l&rsquo;organisme, qui passe progressivement du statut de fuyard r\u00e9actif \u00e0 celui de gestionnaire pr\u00e9ventif de son environnement. Durant les phases matricielles de l&rsquo;exp\u00e9rience, le r\u00e9pertoire comportemental de l&rsquo;animal est domin\u00e9 par l&rsquo;\u00e9chappement pur : confront\u00e9 \u00e0 la douleur inconditionnelle physique de la grille \u00e9lectrifi\u00e9e, il s&rsquo;\u00e9chappe pour faire cesser la br\u00fblure de ses coussinets plantaires.<\/p>\n<p>Toutefois, en vertu de l&rsquo;installation sous-jacente du premier facteur pavlovien, le signal d&rsquo;avertissement acquiert une valeur de menace de plus en plus intol\u00e9rable. L&rsquo;animal commence alors \u00e0 fuir non plus le choc inconditionnel, mais le stimulus conditionnel lui-m\u00eame. La transition vers l&rsquo;\u00e9vitement actif s&rsquo;op\u00e8re au moment pr\u00e9cis o\u00f9 le saut protecteur est d\u00e9clench\u00e9 avant l&rsquo;activation mat\u00e9rielle du courant \u00e9lectrique. Sur le plan s\u00e9miotique et comportemental, l&rsquo;\u00e9vitement n&rsquo;est donc rien d&rsquo;autre qu&rsquo;un comportement d&rsquo;\u00e9chappement anticip\u00e9 \u00e0 un signal anxiog\u00e8ne.<\/p>\n<p>Cette r\u00e9organisation fonctionnelle s&rsquo;accompagne d&rsquo;une cin\u00e9tique d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration frappante des temps de r\u00e9action. Les latences de franchissement, initialement \u00e9tal\u00e9es sur plusieurs secondes d&rsquo;agitation erratique, chutent selon une courbe d&rsquo;apprentissage exponentielle caract\u00e9ristique pour se stabiliser \u00e0 des valeurs ultracourtes, fr\u00f4lant les limites du temps de conduction neuromusculaire du sujet. La r\u00e9ponse motrice est devenue une habitude consolid\u00e9e, grav\u00e9e par la r\u00e9p\u00e9tition sans faille d&rsquo;une cha\u00eene causale ferm\u00e9e : alarme sensorielle, embrasement \u00e9motionnel conditionn\u00e9, saut salvateur, terminaison du signal, effondrement de la peur, renforcement de la r\u00e9ponse motrice.<\/p>\n<h2>6. Le paradoxe de l&rsquo;\u00e9vitement et sa r\u00e9solution th\u00e9orique par Mowrer<\/h2>\n<h3>6.1 L&rsquo;\u00e9nigme de l&rsquo;absence apparente de renfor\u00e7ateur<\/h3>\n<p>Pour mesurer la port\u00e9e de la perc\u00e9e intellectuelle accomplie par Mowrer, il est indispensable de se replonger dans l&rsquo;impasse \u00e9pist\u00e9mologique majeure que constituait alors le comportement d&rsquo;\u00e9vitement pour les th\u00e9oriciens de la psychologie objective. Dans un cadre strictement moniste op\u00e9rant, le comportement est r\u00e9gi par ses cons\u00e9quences directes : un pigeon picore un disque parce que cet acte est suivi par l&rsquo;administration d&rsquo;un grain de ma\u00efs ; un rongeur presse un levier parce que cette action interrompt un froid glacial. Dans tous les cas orthodoxes, le renfor\u00e7ateur est une pr\u00e9sence physique mat\u00e9rielle \u2014 l&rsquo;apparition d&rsquo;un stimulus app\u00e9titif ou la disparition d&rsquo;un stimulus aversif actif.<\/p>\n<p>Or, dans l&rsquo;\u00e9vitement actif stabilis\u00e9, quel est l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement qui succ\u00e8de \u00e0 l&rsquo;ex\u00e9cution de la r\u00e9ponse motrice ? La r\u00e9ponse litt\u00e9rale et objective est : <em>absolument rien<\/em>. L&rsquo;animal saute la barri\u00e8re, et le monde ext\u00e9rieur reste parfaitement inchang\u00e9 dans son \u00e9tat de non-choc. L&rsquo;animal \u00e9vite un \u00e9v\u00e9nement qui n&rsquo;a pas lieu. S&rsquo;interrogeant d&rsquo;un point de vue scientifique, comment le \u00ab n\u00e9ant \u00bb, une non-occurrence, un \u00e9v\u00e9nement virtuel qui ne s&rsquo;est pas produit et n&rsquo;allait peut-\u00eatre pas se produire, pourrait-il poss\u00e9der une puissance de r\u00e9troaction causale r\u00e9trograde sur un comportement physique ?<\/p>\n<p>Admettre que l&rsquo;\u00e9vitement est motiv\u00e9 par la \u00ab pr\u00e9vention d&rsquo;un choc futur \u00bb mena\u00e7ait de faire basculer la psychologie scientifique dans les orni\u00e8res du finalisme et de la t\u00e9l\u00e9ologie aristot\u00e9licienne, o\u00f9 l&rsquo;effet futur deviendrait la cause pr\u00e9sente de l&rsquo;action \u2014 une h\u00e9r\u00e9sie m\u00e9thodologique inacceptable pour les positivistes de l&rsquo;\u00e9poque. De plus, cela brouillait la distinction formelle indispensable entre le renforcement positif par r\u00e9compense et le m\u00e9canisme tr\u00e8s sp\u00e9cifique du renforcement par soulagement ou \u00e9chappement \u00e0 un agent d&rsquo;oppression.<\/p>\n<h3>6.2 La solution mowrerienne : La peur comme lien causal interm\u00e9diaire<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9l\u00e9gance de la solution formul\u00e9e par O. Hobart Mowrer r\u00e9side dans un tour de passe-passe m\u00e9caniste rigoureusement l\u00e9gitime : la r\u00e9introduction d&rsquo;un m\u00e9diateur interne observable de mani\u00e8re inf\u00e9rentielle et physiologique, venant r\u00e9habiliter la causalit\u00e9 efficiente imm\u00e9diate. Mowrer balaie toute lecture t\u00e9l\u00e9ologique : l&rsquo;animal ne saute pas dans le but d&rsquo;\u00e9viter un choc futur ; il saute \u00e0 l&rsquo;instant pr\u00e9sent pour \u00e9chapper \u00e0 la peur intol\u00e9rable que provoque en lui le signal acoustique ou visuel en cours.<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse \u00e9motionnelle conditionn\u00e9e (REC) joue ici le r\u00f4le de cha\u00eenon causal interm\u00e9diaire (<em>mediating response<\/em>). Par cette translation th\u00e9orique lumineuse, Mowrer red\u00e9finit rigoureusement le comportement d&rsquo;\u00e9vitement : fonctionnellement, l&rsquo;\u00e9vitement actif n&rsquo;est pas un \u00e9vitement de l&rsquo;avenir, mais un <strong>\u00e9chappement r\u00e9ussi au pr\u00e9sent<\/strong>. L&rsquo;organisme fuit une stimulation aversive conditionn\u00e9e qui le violente hic et nunc. Le v\u00e9ritable renfor\u00e7ateur n&rsquo;est donc pas la non-survenue du choc \u00e9lectrique \u00e0 venir (qui n&rsquo;est qu&rsquo;un artifice chronom\u00e9trique ext\u00e9rieur configur\u00e9 par l&rsquo;exp\u00e9rimentateur), mais la cessation tangible et imm\u00e9diate de l&rsquo;inducteur conditionn\u00e9 de frayeur.<\/p>\n<p>Par cette formulation, Mowrer op\u00e8re une transformation conceptuelle majeure : il m\u00e9tamorphose un \u00e9v\u00e9nement n\u00e9gatif en creux (le non-choc) en un \u00e9v\u00e9nement physique plein et positif : l&rsquo;interruption du signal d&rsquo;avertissement suivie de la d\u00e9sactivation brutale de l&rsquo;angoisse visc\u00e9rale. Le principe de la causalit\u00e9 ant\u00e9rograde, respectant la fl\u00e8che du temps thermodynamique et physiologique, est ainsi int\u00e9gralement sauv\u00e9 : la cause pr\u00e9c\u00e8de imm\u00e9diatement son effet, et la bo\u00eete noire b\u00e9havioriste se dote d&rsquo;une dynamique psychophysiologique op\u00e9rationnalisable et v\u00e9rifiable en laboratoire.<\/p>\n<h2>7. Analyse m\u00e9thodologique critique des protocoles exp\u00e9rimentaux de Mowrer<\/h2>\n<h3>7.1 Validit\u00e9 interne et contr\u00f4le exp\u00e9rimental<\/h3>\n<p>Bien que le paradigme de Mowrer ait constitu\u00e9 une avanc\u00e9e m\u00e9thodologique retentissante, sa r\u00e9plication scrupuleuse dans les d\u00e9cennies suivantes a forc\u00e9 les psychologues exp\u00e9rimentateurs \u00e0 analyser d&rsquo;un \u0153il critique sa validit\u00e9 interne et les potentiels biais d&rsquo;interpr\u00e9tation inh\u00e9rents \u00e0 la bo\u00eete de navette. Le premier d\u00e9fi m\u00e9thodologique a concern\u00e9 l&rsquo;isolement des r\u00e9ponses pseudo-conditionn\u00e9es. Dans des appareils o\u00f9 les chocs \u00e9lectriques sont violents, l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;hyperexcitabilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale et de sensibilisation sensori-motrice de l&rsquo;animal peut suffire \u00e0 induire des franchissements brusques \u00e0 la moindre variation sensorielle soudaine, simulant un apprentissage associatif l\u00e0 o\u00f9 ne r\u00e8gne qu&rsquo;une activation asp\u00e9cifique du tronc c\u00e9r\u00e9bral.<\/p>\n<p>Un autre probl\u00e8me de contr\u00f4le a r\u00e9sid\u00e9 dans l&rsquo;impact m\u00e9connu des signaux de proprioception d\u00e9coulant du mouvement moteur lui-m\u00eame. Lorsque l&rsquo;animal franchit l&rsquo;obstacle central, la cha\u00eene de r\u00e9troactions kinesth\u00e9siques, le changement de posture et l&rsquo;atterrissage sur un sol exempt d&rsquo;indices aversifs constituent une constellation de stimuli r\u00e9aff\u00e9rents extr\u00eamement saillants. Ces stimuli de r\u00e9troaction motrice peuvent agir comme des m\u00e9diateurs internes non comptabilis\u00e9s, venant fausser la corr\u00e9lation exclusive entre la simple coupure du son par l&rsquo;interrupteur et la dynamique r\u00e9elle du soulagement interne.<\/p>\n<p>Enfin, la question de l&rsquo;homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 et de l&rsquo;interf\u00e9rence motrice a soulev\u00e9 des d\u00e9bats techniques consid\u00e9rables. Les courants \u00e9lectriques d\u00e9livr\u00e9s par les grilles m\u00e9talliques des ann\u00e9es 1940 manquaient parfois de lin\u00e9arit\u00e9 ; l&rsquo;animal pouvait adopter des postures de t\u00e9tanie musculaire, de contorsion ou de cabrement emp\u00eachant physiquement la locomotion dirig\u00e9e. Pour valider l&rsquo;existence du conditionnement bifactoriel, il a fallu concevoir des g\u00e9n\u00e9rateurs \u00e0 courant constant et des brouilleurs perfectionn\u00e9s, afin d&rsquo;\u00e9liminer toute interf\u00e9rence m\u00e9canique entre la douleur corporelle et l&rsquo;ex\u00e9cution motrice requise.<\/p>\n<h3>7.2 Limites des dispositifs de type navette<\/h3>\n<p>L&rsquo;utilisation massive du dispositif \u00e0 double compartiment a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 des limites intrins\u00e8ques tenant \u00e0 la nature m\u00eame de la morphologie comportementale de l&rsquo;animal. La principale source de complication r\u00e9side dans le t\u00e9lescopage entre les imp\u00e9ratifs de la t\u00e2che instrumentale et les r\u00e9actions d\u00e9fensives inn\u00e9es s\u00e9lectionn\u00e9es par l&rsquo;\u00e9volution. Face \u00e0 un pr\u00e9dateur ou \u00e0 une menace environnementale majeure, un rongeur ne dispose pas initialement d&rsquo;une propension naturelle \u00e0 trotter docilement d&rsquo;une zone g\u00e9ographique \u00e0 une autre : son r\u00e9pertoire phylog\u00e9n\u00e9tique privil\u00e9gie l&rsquo;immobilisation adaptative de stupeur (<em>freezing<\/em>) ou la fuite balistique aveugle.<\/p>\n<p>Dans la bo\u00eete de navette, si le signal sonore conditionn\u00e9 d\u00e9clenche une r\u00e9action pavlovienne massive de gel postural (<em>freezing<\/em>), l&rsquo;animal se retrouve biologiquement incapable de produire la r\u00e9ponse instrumentale de locomotion n\u00e9cessaire \u00e0 l&rsquo;\u00e9vitement. Le conditionnement du premier facteur inhibe activement l&rsquo;\u00e9mergence du second facteur, confrontant l&rsquo;exp\u00e9rimentateur \u00e0 un \u00e9chec apparent de l&rsquo;apprentissage qui ne d\u00e9coule pas d&rsquo;une absence d&rsquo;encodage mn\u00e9sique, mais d&rsquo;un verrouillage moteur phylog\u00e9n\u00e9tique comp\u00e9titif.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, les chercheurs ont rapidement identifi\u00e9 une diff\u00e9rence architecturale cruciale entre les dispositifs d&rsquo;\u00e9vitement unidirectionnel et bidirectionnel :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9vitement unidirectionnel :<\/strong> L&rsquo;animal est toujours plac\u00e9 dans le compartiment A dangereux, et doit imp\u00e9rativement s&rsquo;enfuir vers le compartiment B, qui demeure perp\u00e9tuellement s\u00e9curis\u00e9 et n&rsquo;est jamais \u00e9lectrifi\u00e9. Dans cette configuration, l&rsquo;acquisition est fulgurante, souvent acquise en moins de dix essais.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9vitement bidirectionnel (shuttlebox classique de Mowrer) :<\/strong> Le compartiment B, qui a servi de refuge s\u00e9curis\u00e9 \u00e0 l&rsquo;essai 1, devient le compartiment de d\u00e9part \u00e9lectrifi\u00e9 \u00e0 l&rsquo;essai 2. L&rsquo;animal doit d\u00e8s lors franchir la barri\u00e8re pour retourner pr\u00e9cis\u00e9ment dans l&rsquo;espace physique o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 \u00e9lectrocut\u00e9 quelques minutes auparavant.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ce protocole bidirectionnel cr\u00e9e un puissant conflit d&rsquo;\u00e9vitement-\u00e9vitement (<em>avoidance-avoidance conflict<\/em>). Des indices contextuels statiques (odeurs f\u00e9cales, r\u00e9manence thermique, textures des parois) persistent dans les deux compartiments et se chargent secondairement d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 conditionn\u00e9e r\u00e9siduelle. L&rsquo;animal est ainsi somm\u00e9 de fuir un danger localis\u00e9 en se pr\u00e9cipitant vers un lieu tout aussi suspect, ce qui complique et ralentit l&rsquo;acquisition du comportement d&rsquo;\u00e9vitement actif et contraint la validit\u00e9 \u00e9cologique des observations recueillies par Mowrer.<\/p>\n<h2>8. \u00c9volution, critiques et r\u00e9visions de la th\u00e9orie bifactorielle<\/h2>\n<h3>8.1 L&rsquo;exp\u00e9rience critique de Solomon et Wynne (1953)<\/h3>\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1950, Richard Solomon et Lyman Wynne ont entrepris \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Harvard une s\u00e9rie d&rsquo;exp\u00e9riences historiques visant \u00e0 sonder la r\u00e9sistance \u00e0 l&rsquo;extinction du comportement d&rsquo;\u00e9vitement chez les canid\u00e9s, dans des conditions particuli\u00e8rement rigoureuses. Utilisant une bo\u00eete de navette \u00e0 grande \u00e9chelle munie d&rsquo;une porte guillotine et d&rsquo;un choc \u00e9lectrique t\u00e9tanisant, les chercheurs ont mis en lumi\u00e8re des ph\u00e9nom\u00e8nes empiriques qui ont \u00e9branl\u00e9 les postulats centraux du mod\u00e8le initial de Mowrer.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s un entra\u00eenement intensif, les chiens de <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/psycnet.apa.org\/record\/1954-07173-001\">Solomon et Wynne<\/a> atteignaient un niveau de performance o\u00f9 ils sautaient syst\u00e9matiquement d\u00e8s l&rsquo;apparition du signal lumineux ou sonore, \u00e9vitant absolument toutes les stimulations \u00e9lectriques. Les exp\u00e9rimentateurs ont alors d\u00e9branch\u00e9 d\u00e9finitivement le g\u00e9n\u00e9rateur de choc. Selon la th\u00e9orie bifactorielle stricte, la cessation d&rsquo;application du stimulus inconditionnel (SI) aurait d\u00fb rapidement enclencher une extinction pavlovienne : expos\u00e9 au signal d&rsquo;alarme (SC) sans jamais plus subir le choc \u00e9lectrique (absence de SI), l&rsquo;animal aurait d\u00fb voir sa peur conditionn\u00e9e s&rsquo;\u00e9tioler, entra\u00eenant la disparition progressive du renfor\u00e7ateur instrumental (la r\u00e9duction de peur) et l&rsquo;effondrement cons\u00e9cutif du comportement de saut.<\/p>\n<p>Le r\u00e9sultat observ\u00e9 fut tout autre : les sujets ont continu\u00e9 \u00e0 sauter inlassablement \u00e0 chaque pr\u00e9sentation du signal, certains ex\u00e9cutant plus de six cents essais cons\u00e9cutifs sans l&rsquo;ombre d&rsquo;une amorce d&rsquo;extinction. Plus troublant encore pour la th\u00e9orie de Mowrer : \u00e0 mesure que la r\u00e9ponse motrice s&rsquo;automatisait, les manifestations autonomiques et somatiques manifestes de la peur (salivation abondante, tachycardie, tremblements, g\u00e9missements, d\u00e9f\u00e9cation) s&rsquo;estompaient compl\u00e8tement. L&rsquo;animal sautait avec une aisance motrice d\u00e9concertante, le regard calme et le rythme cardiaque remarquablement stable, d\u00e9montrant la p\u00e9rennit\u00e9 ind\u00e9finie d&rsquo;une r\u00e9ponse d&rsquo;\u00e9vitement sans qu&rsquo;aucun signe d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 pr\u00e9alable observable ne vienne la motiver.<\/p>\n<p>Face \u00e0 ce paradoxe de l&rsquo;\u00e9vitement sans peur mesurable, Solomon et Wynne ont formul\u00e9 l&rsquo;hypoth\u00e8se du principe de conservation de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 (<em>anxiety conservation principle<\/em>). Ils ont postul\u00e9 que le saut s&rsquo;ex\u00e9cutait avec une latence si extraordinairement br\u00e8ve que l&rsquo;animal coupait le signal d&rsquo;avertissement bien avant que la r\u00e9action \u00e9motionnelle visc\u00e9rale du tronc c\u00e9r\u00e9bral et du syst\u00e8me sympathique n&rsquo;ait eu le temps temporel de s&#8217;embraser. De ce fait, l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 n&rsquo;\u00e9tait pas dissip\u00e9e par extinction, mais demeurait virtuellement \u00ab congel\u00e9e \u00bb ou prot\u00e9g\u00e9e de l&rsquo;extinction, le comportement moteur anticipant chronom\u00e9triquement l&rsquo;\u00e9mergence m\u00eame de l&rsquo;affect qui \u00e9tait cens\u00e9 le g\u00e9n\u00e9rer.<\/p>\n<h3>8.2 L&rsquo;\u00e9vitement sans signal d&rsquo;avertissement de Sidman (1953)<\/h3>\n<p>La m\u00eame ann\u00e9e, Murray Sidman portait un coup encore plus rude aux exigences architecturales du mod\u00e8le de Mowrer en concevant le protocole d&rsquo;\u00e9vitement op\u00e9rant libre ou \u00e9vitement non signal\u00e9 (<em>unsignaled or Sidman avoidance<\/em>). Dans ce dispositif, un animal (g\u00e9n\u00e9ralement un rat) est plac\u00e9 dans une cage de Skinner munie d&rsquo;un levier et d&rsquo;une grille \u00e9lectrifi\u00e9e, sans qu&rsquo;aucun son, lumi\u00e8re ou indice environnemental ext\u00e9rieur ne vienne l&rsquo;avertir de l&rsquo;imminence d&rsquo;une d\u00e9charge \u00e9lectrique.<\/p>\n<p>Le protocole est exclusivement programm\u00e9 sur la base de deux coordonn\u00e9es temporelles diff\u00e9rentielles :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;intervalle Choc-Choc (intervalle S-S, pour <em>Shock-Shock<\/em>) :<\/strong> En l&rsquo;absence totale de r\u00e9ponse motrice sur le levier, l&rsquo;appareil d\u00e9livre automatiquement une br\u00e8ve d\u00e9charge \u00e9lectrique \u00e0 des intervalles temporels r\u00e9guliers et fixes (par exemple, toutes les 15 secondes).<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;intervalle R\u00e9ponse-Choc (intervalle R-S, pour <em>Response-Shock<\/em>) :<\/strong> Chaque pression exerc\u00e9e par l&rsquo;animal sur le levier a pour cons\u00e9quence de r\u00e9initialiser l&rsquo;horloge interne du programmateur, retardant le prochain choc de la dur\u00e9e int\u00e9grale de cet intervalle (par exemple, 30 secondes).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Si l&rsquo;animal appuie r\u00e9guli\u00e8rement sur le levier avant que les 30 secondes ne soient \u00e9coul\u00e9es, il parvient \u00e0 diff\u00e9rer ind\u00e9finiment la survenue de toute stimulation aversive et peut passer des heures dans la cage sans subir la moindre d\u00e9charge. Or, dans le protocole de Sidman, il n&rsquo;existe aucun stimulus conditionnel physique discret (aucun avertisseur sonore ou visuel) susceptible d&rsquo;\u00eatre coup\u00e9 pour enclencher la r\u00e9duction de pulsion th\u00e9oris\u00e9e par Mowrer. Comment expliquer cet apprentissage sans le premier facteur pavlovien explicite ?<\/p>\n<p>Les n\u00e9ob\u00e9havioristes fid\u00e8les \u00e0 Mowrer ont tent\u00e9 de sauver la th\u00e9orie des deux facteurs en introduisant la notion hautement sp\u00e9culative de stimuli temporels internes ou de proprioception proprioceptive d&rsquo;attente. Selon cette adaptation ad hoc, le passage du temps lui-m\u00eame, corr\u00e9l\u00e9 aux modifications biochimiques et vestibulaires de l&rsquo;\u00e9tat organique de veille, servirait d&rsquo;inducteur conditionnel interne de d\u00e9tresse (<em>trace conditioning<\/em> temporel). Au fur et \u00e0 mesure que les secondes s&rsquo;\u00e9coulent apr\u00e8s un appui, l&rsquo;accumulation de ces signaux int\u00e9roceptifs ferait grimper la peur de l&rsquo;animal, transformant l&rsquo;appui sur le levier en une fuite de l&rsquo;\u00e9coulement anxiog\u00e8ne de la dur\u00e9e. Bien que th\u00e9oriquement ing\u00e9nieuse, cette extension mena\u00e7ait d&rsquo;affaiblir le falsificationnisme m\u00e9thodologique de la th\u00e9orie en postulant des stimuli conditionn\u00e9s invisibles et non directement manipulables.<\/p>\n<h3>8.3 Les signaux de s\u00e9curit\u00e9 et le mod\u00e8le de Rescorla et Lolordo<\/h3>\n<p>Une r\u00e9vision th\u00e9orique majeure et particuli\u00e8rement \u00e9l\u00e9gante de la th\u00e9orie bifactorielle a \u00e9t\u00e9 formul\u00e9e \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960 par Robert Rescorla et Vincent Lolordo, r\u00e9orientant le regard des chercheurs de la peur vers son antith\u00e8se fonctionnelle : le signal de s\u00e9curit\u00e9. S&rsquo;appuyant sur les d\u00e9couvertes r\u00e9centes concernant l&rsquo;inhibition conditionn\u00e9e pavlovienne, ces auteurs ont red\u00e9fini la dynamique de l&rsquo;\u00e9vitement en ne se focalisant plus uniquement sur les inducteurs de d\u00e9tresse (stimuli excitateurs de la peur), mais sur les stimuli corr\u00e9l\u00e9s de fa\u00e7on statistiquement fiable \u00e0 l&rsquo;absence ou au r\u00e9pit du choc \u00e9lectrique.<\/p>\n<p>Dans cette mod\u00e9lisation novatrice, tout indice sensoriel \u2014 qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de la vision du compartiment refuge oppos\u00e9, de la r\u00e9troaction proprioceptive issue du saut par-dessus la barri\u00e8re ou d&rsquo;un son sp\u00e9cifique accompagnant la p\u00e9riode r\u00e9fractaire de repos post-\u00e9vitement \u2014 devient un stimulus inhibiteur conditionn\u00e9 de la peur (not\u00e9 SC- ou signal de s\u00e9curit\u00e9). Sur le plan psychologique, un signal de s\u00e9curit\u00e9 signale activement \u00e0 l&rsquo;organisme que la contingence aversive est provisoirement suspendue, d\u00e9clenchant un \u00e9tat \u00e9motionnel antagonistement oppos\u00e9 \u00e0 l&rsquo;angoisse : le r\u00e9confort ou la relaxation conditionn\u00e9e.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, le comportement d&rsquo;\u00e9vitement n&rsquo;est plus simplement propuls\u00e9 en amont par la pouss\u00e9e r\u00e9pulsive de la peur (renforcement n\u00e9gatif classique), mais il est \u00e9galement attir\u00e9 en aval par la valeur de renforcement positif secondaire que procurent les signaux de s\u00e9curit\u00e9. L&rsquo;animal n&rsquo;ex\u00e9cute pas seulement une fuite hors de la terreur g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par le stimulus d&rsquo;alarme ; il cherche activement \u00e0 se placer au contact des indices environnementaux et proprioceptifs qui lui garantissent la protection et le soulagement. Cette th\u00e9orie des signaux de s\u00e9curit\u00e9 a permis de r\u00e9concilier de nombreuses donn\u00e9es paradoxales en expliquant pourquoi des animaux continuaient \u00e0 r\u00e9pondre vigoureusement en l&rsquo;absence apparente d&rsquo;une peur visc\u00e9rale violente : la recherche active de s\u00e9curit\u00e9 et la r\u00e9troaction s\u00e9curisante constituent un moteur motivationnel autonome et stable \u00e0 long terme.<\/p>\n<h2>9. Alternatives cognitives et mod\u00e8les contemporains de l&rsquo;\u00e9vitement<\/h2>\n<h3>9.1 La th\u00e9orie cognitive des attentes de Bolles, Seligman et Johnston<\/h3>\n<p>L&rsquo;essor de la r\u00e9volution cognitive en psychologie \u00e0 partir des ann\u00e9es 1970 a provoqu\u00e9 un r\u00e9examen critique d\u00e9vastateur des pr\u00e9misses m\u00e9canistes sous-jacentes \u00e0 la th\u00e9orie de Mowrer. Des th\u00e9oriciens tels que Robert Bolles, Martin Seligman et James Johnston ont soutenu que le lexique de la r\u00e9duction de pulsion (<em>drive reduction<\/em>) et de l&rsquo;associationnisme aveugle \u00e9tait inad\u00e9quat et superflu pour expliquer l&rsquo;\u00e9vitement instrumentalis\u00e9. Ils ont propos\u00e9 de substituer aux pulsions organiques secondaires des structures mentales fond\u00e9es sur des syst\u00e8mes d&rsquo;attentes cognitives (<em>expectancies<\/em>).<\/p>\n<p>Dans ce cadre cognitiviste, l&rsquo;apprentissage de l&rsquo;\u00e9vitement ne consiste pas en une gravure automatique de synapses sous l&rsquo;effet du soulagement somatique, mais en l&rsquo;acquisition et la confirmation de deux propositions repr\u00e9sentationnelles simultan\u00e9es au sujet des lois de contingence du monde :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;attente aversive conditionnelle :<\/strong> \u00ab Si je n&rsquo;ex\u00e9cute pas la r\u00e9ponse d&rsquo;\u00e9vitement motrice (R0), alors le stimulus inconditionnel aversif sera in\u00e9vitablement d\u00e9livr\u00e9 (SI) \u00bb.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;attente de s\u00e9curit\u00e9 conditionnelle :<\/strong> \u00ab Si j&rsquo;ex\u00e9cute imm\u00e9diatement la r\u00e9ponse d&rsquo;\u00e9vitement motrice d\u00e9sign\u00e9e (R1), alors le choc aversif ne sera pas d\u00e9livr\u00e9 (non-SI) \u00bb.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette red\u00e9finition balaie le besoin imp\u00e9rieux de postuler une peur visc\u00e9rale continue pour soutenir l&rsquo;action. Une fois que ces deux attentes sont solidement form\u00e9es et stabilis\u00e9es dans l&rsquo;appareil cognitif de l&rsquo;animal, la survenue du signal d&rsquo;avertissement active simplement l&rsquo;\u00e9valuation rationnelle du risque : l&rsquo;individu choisit d&rsquo;ex\u00e9cuter R1 pr\u00e9cis\u00e9ment parce que l&rsquo;attente associ\u00e9e (la pr\u00e9servation de l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 corporelle) poss\u00e8de une valeur de d\u00e9sirabilit\u00e9 infiniment sup\u00e9rieure \u00e0 l&rsquo;alternative de l&rsquo;inaction. Le comportement devient t\u00e9l\u00e9ologiquement orient\u00e9 vers un but (<em>goal-directed behavior<\/em>) plut\u00f4t que contraint par une machinerie m\u00e9canique aveugle.<\/p>\n<p>Cette approche th\u00e9orique permet en outre d&rsquo;\u00e9lucider de fa\u00e7on magistrale la fameuse r\u00e9sistance \u00e0 l&rsquo;extinction mise en \u00e9vidence par Solomon et Wynne. Chaque fois que l&rsquo;animal saute avec succ\u00e8s, l&rsquo;attente \u00ab Si j&rsquo;ex\u00e9cute l&rsquo;action, je ne serai pas bless\u00e9 \u00bb est syst\u00e9matiquement <em>confirm\u00e9e<\/em> par les faits observables. Mais paradoxalement, l&rsquo;organisme ne se donne jamais l&rsquo;opportunit\u00e9 environnementale de tester et de r\u00e9futer l&rsquo;attente rivale (\u00ab Si je reste passif, le choc va me frapper \u00bb) ! Le comportement d&rsquo;\u00e9vitement op\u00e8re ainsi comme un filtre \u00e9pist\u00e9mique \u00e9tanche : en emp\u00eachant la non-survenue du choc en \u00e9tat de passivit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre constat\u00e9e, l&rsquo;\u00e9vitement prot\u00e8ge les croyances catastrophistes de toute invalidation empirique.<\/p>\n<h3>9.2 La th\u00e9orie des r\u00e9actions d\u00e9fensives sp\u00e9cifiques \u00e0 l&rsquo;esp\u00e8ce de Robert Bolles<\/h3>\n<p>Parall\u00e8lement au tournant cognitif, le psychologue \u00e9volutionniste <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/psycnet.apa.org\/record\/1970-13658-001\">Robert Bolles<\/a> a formul\u00e9 en 1970 une critique radicale de nature \u00e9thologique \u00e0 l&rsquo;encontre de la th\u00e9orie bifactorielle de Mowrer, connue sous le nom de th\u00e9orie des r\u00e9actions d\u00e9fensives sp\u00e9cifiques \u00e0 l&rsquo;esp\u00e8ce (<em>Species-Specific Defense Reactions<\/em>, ou SSDR). Bolles reprochait \u00e0 Mowrer, ainsi qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ensemble des n\u00e9ob\u00e9havioristes de laboratoire, d&rsquo;avoir abord\u00e9 l&rsquo;animal comme une <em>tabula rasa<\/em> mall\u00e9able dont n&rsquo;importe quel comportement arbitraire pouvait \u00eatre arbitrairement s\u00e9lectionn\u00e9 par le renforcement op\u00e9rant.<\/p>\n<p>Bolles rappelle que dans le milieu naturel impitoyable o\u00f9 r\u00e9gnent les lois de la s\u00e9lection darwinienne, une proie pourchass\u00e9e par un pr\u00e9dateur ne dispose d&rsquo;aucun d\u00e9lai pour apprendre pas \u00e0 pas, par essais, erreurs et renforcements graduels, les gestes ad\u00e9quats de sa survie : le moindre \u00e9chec initial entra\u00eene la mort imm\u00e9diate. L&rsquo;\u00e9volution biologique a donc pr\u00e9-c\u00e2bl\u00e9 dans le syst\u00e8me nerveux central de chaque esp\u00e8ce animale un r\u00e9pertoire inn\u00e9, rigide et restreint de r\u00e9actions d\u00e9fensives sp\u00e9cifiques face au danger aigu. Chez le rongeur, ces patrons d&rsquo;action fixes se r\u00e9sument quasi exclusivement \u00e0 trois options phylog\u00e9n\u00e9tiques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La fuite active (<em>fleeing<\/em>) :<\/strong> Locomotion panique, galop d\u00e9brid\u00e9, bondissement vertical aveugle vers l&rsquo;ext\u00e9rieur.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;immobilisation tonique de stupeur (<em>freezing<\/em>) :<\/strong> Suspension totale de tout mouvement visible \u00e0 l&rsquo;exception de la respiration, r\u00e9duction de la silhouette corporelle pour tromper les pr\u00e9dateurs visuels.<\/li>\n<li><strong>Le combat d\u00e9fensif ou l&rsquo;enfouissement (<em>fighting\/burying<\/em>) :<\/strong> Agressivit\u00e9 r\u00e9flexe face au contact physique ou projection de liti\u00e8re pour \u00e9riger une barri\u00e8re mat\u00e9rielle face \u00e0 la menace.<\/li>\n<\/ul>\n<p>\u00c0 la lumi\u00e8re du mod\u00e8le des SSDR, la rapidit\u00e9 ou l&rsquo;\u00e9chec d&rsquo;un apprentissage d&rsquo;\u00e9vitement dans un appareil exp\u00e9rimental ne d\u00e9pend nullement de subtiles dynamiques de r\u00e9duction de pulsion mowrerienne, mais de l&rsquo;harmonie ou du conflit entre la t\u00e2che exig\u00e9e par l&rsquo;exp\u00e9rimentateur et le r\u00e9pertoire phylog\u00e9n\u00e9tique inn\u00e9 de l&rsquo;animal. Si le dispositif exp\u00e9rimental requiert une r\u00e9ponse motrice congruente avec une SSDR (comme courir dans un couloir ou sauter une haie, ce qui mime la fuite naturelle), l&rsquo;\u00e9vitement est acquis de fa\u00e7on foudroyante en un ou deux essais seulement. En revanche, si l&rsquo;exp\u00e9rimentateur exige de l&rsquo;animal un comportement arbitraire non d\u00e9fensif \u2014 comme presser d\u00e9licatement un levier avec la patte, faire tourner une roue ou se toiletter la face \u2014, l&rsquo;apprentissage d&rsquo;\u00e9vitement s&rsquo;av\u00e8re effroyablement laborieux, voire totalement impossible, la peur pavlovienne d\u00e9clenchant un gel postural ou une d\u00e9charge locomotrice incompatible avec la motricit\u00e9 fine impos\u00e9e.<\/p>\n<h2>10. Implications cliniques : Psychopathologie des troubles anxieux et phobiques<\/h2>\n<h3>10.1 La gen\u00e8se et le maintien des phobies sp\u00e9cifiques<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 les r\u00e9visions th\u00e9oriques impos\u00e9es par l&rsquo;\u00e9thologie et le cognitivisme, le mod\u00e8le des deux facteurs de Mowrer a constitu\u00e9 la cl\u00e9 de vo\u00fbte historique sur laquelle s&rsquo;est \u00e9difi\u00e9e la psychiatrie computationnelle et la psychopathologie comportementale des troubles anxieux. Son application la plus directe et la plus limpide concerne l&rsquo;\u00e9tiologie et la ph\u00e9nom\u00e9nologie clinique des phobies sp\u00e9cifiques (zoophobies, claustrophobie, phobie des hauteurs ou du sang).<\/p>\n<p>Le premier facteur mowrerien mod\u00e9lise fid\u00e8lement l&rsquo;amorce de la phobie : \u00e0 la suite d&rsquo;une exp\u00e9rience de vie traumatique directe (par exemple, une morsure violente inflig\u00e9e par un chien dans l&rsquo;enfance) ou indirecte par transmission vicariante et modelage social, un stimulus environnemental initialement neutre (la silhouette ou l&rsquo;aboiement d&rsquo;un canid\u00e9) se trouve instantan\u00e9ment appari\u00e9 \u00e0 une terreur inconditionnelle massive (la douleur physique, l&rsquo;impuissance respiratoire, l&rsquo;effroi). La silhouette du chien devient un stimulus conditionnel dot\u00e9 de la propri\u00e9t\u00e9 de d\u00e9clencher un paroxysme neuro-v\u00e9g\u00e9tatif de d\u00e9tresse (la r\u00e9ponse \u00e9motionnelle conditionn\u00e9e).<\/p>\n<p>Cependant, des millions d&rsquo;individus subissent des frayeurs ponctuelles sans pour autant d\u00e9velopper une phobie enkyst\u00e9e qui empoisonne leur existence durant des d\u00e9cennies. C&rsquo;est ici que le second facteur de Mowrer d\u00e9voile toute sa puissance psychopathologique : le probl\u00e8me clinique ne r\u00e9side pas dans l&rsquo;acquisition initiale de la peur, mais dans l&rsquo;organisation structurale de l&rsquo;<strong>\u00e9vitement actif syst\u00e9matique<\/strong>. L&rsquo;individu phobique, d\u00e8s qu&rsquo;il anticipe ou aper\u00e7oit au loin l&rsquo;objet mena\u00e7ant, change imm\u00e9diatement de trottoir, refuse d&rsquo;entrer dans un parc ou annule un voyage. En ex\u00e9cutant ce comportement instrumental d&rsquo;\u00e9chappement anticip\u00e9, il fait chuter instantan\u00e9ment son angoisse naissante, consolidant d&rsquo;un point de vue op\u00e9rant la r\u00e9ponse d&rsquo;\u00e9vitement.<\/p>\n<p>La cons\u00e9quence tragique de ce cycle auto-renforc\u00e9 est le verrouillage herm\u00e9tique de la pathologie. En fuyant perp\u00e9tuellement le stimulus conditionnel avant d&rsquo;avoir pu v\u00e9rifier qu&rsquo;aucun dommage r\u00e9el ne survient, le patient phobique se prive structurellement de la seule opportunit\u00e9 biologique capable de gu\u00e9rir son trouble : l&rsquo;exposition prolong\u00e9e au signal sans choc, condition sine qua non de l&rsquo;extinction pavlovienne naturelle. L&rsquo;\u00e9vitement agit comme une forteresse comportementale prot\u00e9geant la phobie contre toute mise \u00e0 jour par l&rsquo;exp\u00e9rience.<\/p>\n<h3>10.2 Le trouble obsessionnel-compulsif (TOC)<\/h3>\n<p>L&rsquo;une des transpositions cliniques les plus remarquables du mod\u00e8le de Mowrer a \u00e9t\u00e9 accomplie dans la conceptualisation du trouble obsessionnel-compulsif, initialement formalis\u00e9e par des cliniciens comportementalistes visionnaires tels que Victor Meyer et Isaac Marks dans les ann\u00e9es 1960 et 1970. Avant cette perc\u00e9e th\u00e9orique, le TOC \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme une n\u00e9vrose intrapsychique inextricable, rebelle \u00e0 toute forme d&rsquo;intervention psychologique cibl\u00e9e.<\/p>\n<p>L&rsquo;analyse fonctionnelle inspir\u00e9e de la th\u00e9orie bifactorielle d\u00e9compose l&rsquo;architecture du TOC avec une clart\u00e9 m\u00e9canique foudroyante :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le facteur 1 (L&rsquo;obsession comme stimulus anxiog\u00e8ne) :<\/strong> Une pens\u00e9e intrusive spontan\u00e9e, une image mentale blasph\u00e9matoire ou un contact sensoriel avec un \u00e9l\u00e9ment jug\u00e9 souill\u00e9 (une poign\u00e9e de porte, des fluides corporels) joue le r\u00f4le fonctionnel d&rsquo;un stimulus conditionnel hautement anxiog\u00e8ne. Par des m\u00e9canismes de conditionnement s\u00e9mantique, de vuln\u00e9rabilit\u00e9 biologique ou d&rsquo;\u00e9ducation morale rigoriste, l&rsquo;intrusion mentale d\u00e9clenche imm\u00e9diatement un \u00e9tat d&rsquo;angoisse intol\u00e9rable, de culpabilit\u00e9 aigu\u00eb ou un sentiment visc\u00e9ral de p\u00e9ril imminent (la r\u00e9ponse \u00e9motionnelle conditionn\u00e9e).<\/li>\n<li><strong>Le facteur 2 (La compulsion comme \u00e9vitement instrumental actif) :<\/strong> Face \u00e0 ce tourment interne, le patient se sent irr\u00e9pressiblement contraint d&rsquo;accomplir une action st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e motrice ou mentale : se laver les mains vingt fois d&rsquo;affil\u00e9e selon un ordre g\u00e9om\u00e9trique rigide, v\u00e9rifier frantically les serrures de la maison ou r\u00e9citer int\u00e9rieurement une suite de pri\u00e8res conjuratoires.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette r\u00e9ponse compulsive n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que l&rsquo;analogue clinique exact du saut par-dessus la barri\u00e8re dans la <em>shuttlebox<\/em> de laboratoire : elle parvient \u00e0 court terme \u00e0 r\u00e9duire l&rsquo;angoisse d\u00e9clench\u00e9e par l&rsquo;obsession. D\u00e8s lors, le m\u00e9canisme de renforcement n\u00e9gatif par r\u00e9duction de pulsion op\u00e8re avec une efficacit\u00e9 d\u00e9vastatrice. Le rituel est puissamment grav\u00e9 dans le cerveau du patient en tant qu&rsquo;instrument exclusif de salut psychique. Le malade s&rsquo;enferme dans une spirale infernale o\u00f9 les obsessions se multiplient tandis que le r\u00e9pertoire compulsif s&rsquo;alourdit, l&rsquo;\u00e9vitement permanent interdisant toute r\u00e9\u00e9valuation cognitive de la dangerosit\u00e9 r\u00e9elle de la pens\u00e9e intrusive originelle.<\/p>\n<h3>10.3 L&rsquo;\u00e9tat de stress post-traumatique (ESPT) et l&rsquo;agoraphobie<\/h3>\n<p>Dans le domaine de l&rsquo;\u00e9tat de stress post-traumatique (ESPT) cons\u00e9cutif \u00e0 des violences extr\u00eames, des attentats terroristes ou des catastrophes technologiques, la th\u00e9orie de Mowrer permet d&rsquo;\u00e9clairer la dynamique envahissante des sympt\u00f4mes d&rsquo;\u00e9vitement. Lors de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement matriciel traumatique, la terreur de mort et la douleur constituent des stimuli inconditionnels d&rsquo;une magnitude inou\u00efe, qui s&rsquo;associent par contigu\u00eft\u00e9 pavlovienne \u00e0 l&rsquo;ensemble du faisceau sensoriel contemporain de l&rsquo;agression : odeurs de carburant, tonalit\u00e9 de voix particuli\u00e8re, luminosit\u00e9 cr\u00e9pusculaire ou bruits soudains de claquement.<\/p>\n<p>Par un processus d&rsquo;hyperg\u00e9n\u00e9ralisation massive, ces indices environnementaux deviennent des d\u00e9clencheurs conditionn\u00e9s induisant des reviviscences neurobiologiques d&rsquo;une d\u00e9tresse sid\u00e9rante (flashbacks, tachycardie paroxystique). Pour tenter de juguler cette souffrance intol\u00e9rable, le sujet traumatis\u00e9 d\u00e9veloppe un arsenal d&rsquo;\u00e9vitements actifs et passifs tentaculaires : claustracion \u00e0 domicile, refus d&#8217;emprunter certains axes routiers, isolement relationnel, usage anxiolytique de substances s\u00e9datives. Cet \u00e9vitement exp\u00e9rientiel \u00e9rige une barri\u00e8re infranchissable qui paralyse le traitement \u00e9motionnel et cognitif int\u00e9grateur du souvenir traumatique.<\/p>\n<p>Un m\u00e9canisme fonctionnel rigoureusement isomorphe est \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre dans le d\u00e9veloppement de l&rsquo;agoraphobie cons\u00e9cutive \u00e0 un trouble panique. Les premiers \u00e9pisodes d&rsquo;attaques de panique (d\u00e9charges adr\u00e9nergiques massives d&rsquo;origine int\u00e9roceptive) agissent comme des chocs inconditionnels int\u00e9rieurs. Les lieux g\u00e9ographiques dans lesquels ces attaques se sont manifest\u00e9es (galeries marchandes surpeupl\u00e9es, rames de m\u00e9tro souterraines, tunnels autoroutiers) sont imm\u00e9diatement conditionn\u00e9s comme des signaux d&rsquo;avertissement hautement anxiog\u00e8nes. En fuyant et en \u00e9vitant dor\u00e9navant ces espaces publics, l&rsquo;individu fait baisser temporairement sa peur de mourir ou de perdre la raison, mais paie ce soulagement imm\u00e9diat d&rsquo;une restriction d\u00e9vastatrice de son p\u00e9rim\u00e8tre de libert\u00e9 existentielle.<\/p>\n<h2>11. Applications th\u00e9rapeutiques : L&rsquo;exposition avec pr\u00e9vention de la r\u00e9ponse<\/h2>\n<h3>11.1 Les bases exp\u00e9rimentales de l&rsquo;extinction de l&rsquo;\u00e9vitement<\/h3>\n<p>L&rsquo;immense m\u00e9rite historique de la th\u00e9orie bifactorielle de Mowrer ne r\u00e9side pas seulement dans sa capacit\u00e9 \u00e0 mod\u00e9liser la pathogen\u00e8se des troubles anxieux, mais dans le fait qu&rsquo;elle a fourni la feuille de route exp\u00e9rimentale exacte pour concevoir leur traitement rationnel et curatif. Si l&rsquo;\u00e9vitement persiste ind\u00e9finiment parce que le sujet interrompt le signal d&rsquo;alarme avant que l&rsquo;extinction pavlovienne ne puisse accomplir son \u0153uvre biologique, la solution technique d\u00e9coule logiquement de cette pr\u00e9misse : il devient imp\u00e9ratif d&rsquo;interdire physiquement la fuite motrice pour contraindre l&rsquo;organisme \u00e0 une exposition prolong\u00e9e au signal sans choc.<\/p>\n<p>Dans les laboratoires de psychologie exp\u00e9rimentale des ann\u00e9es 1950 et 1960, des chercheurs comme Baum et Page ont d\u00e9velopp\u00e9 une proc\u00e9dure exp\u00e9rimentale d\u00e9cisive chez le rongeur : la technique du blocage de r\u00e9ponse (<em>response blocking<\/em>) ou immersion forc\u00e9e (<em>flooding<\/em>). Le protocole consiste \u00e0 placer l&rsquo;animal pr\u00e9alablement conditionn\u00e9 dans la bo\u00eete de navette, \u00e0 abaisser une vitre transparente ou une grille rigide au niveau du seuil interm\u00e9diaire pour obstruer compl\u00e8tement l&rsquo;acc\u00e8s au compartiment oppos\u00e9, puis \u00e0 d\u00e9clencher le stimulus d&rsquo;avertissement sonore continu en ayant pris soin de d\u00e9connecter d\u00e9finitivement le choc \u00e9lectrique.<\/p>\n<p>Les premi\u00e8res minutes d&rsquo;une telle exp\u00e9rience sont \u00e9prouvantes \u00e0 observer : le rongeur, pi\u00e9g\u00e9 face au signal mena\u00e7ant, manifeste une panique motrice paroxystique, se cabre fr\u00e9n\u00e9tiquement contre la vitre et d\u00e9f\u00e8que sous l&rsquo;effet de l&rsquo;orage sympathique. Cependant, au fur et \u00e0 mesure que les minutes s&rsquo;\u00e9gr\u00e8nent sans que la vitre ne se l\u00e8ve et sans qu&rsquo;aucun choc \u00e9lectrique ne vienne frapper ses pattes, une bascule psychophysiologique in\u00e9vitable s&rsquo;op\u00e8re : le syst\u00e8me nerveux autonome s&rsquo;\u00e9puise, la lib\u00e9ration d&rsquo;ac\u00e9tylcholine prend le pas sur la temp\u00eate cat\u00e9cholaminergique, la r\u00e9ponse de panique s&rsquo;affaisse et l&rsquo;animal finit par s&rsquo;apaiser et explorer calmement le plancher. Une fois la cloison rouverte ult\u00e9rieurement, l&rsquo;animal ne cherche m\u00eame plus \u00e0 fuir : la r\u00e9ponse \u00e9motionnelle conditionn\u00e9e a \u00e9t\u00e9 d\u00e9finitivement d\u00e9sactiv\u00e9e par extinction pavlovienne directe, entra\u00eenant l&rsquo;effondrement d\u00e9finitif de l&rsquo;habitude motrice d&rsquo;\u00e9vitement.<\/p>\n<h3>11.2 L&rsquo;exposition avec pr\u00e9vention de la r\u00e9ponse (EPR) en th\u00e9rapie comportementale<\/h3>\n<p>La translation clinique directe de cette m\u00e9thodologie de laboratoire a donn\u00e9 naissance \u00e0 l&rsquo;une des armes th\u00e9rapeutiques les plus puissantes et les plus rigoureusement valid\u00e9es de la psychiatrie moderne : l&rsquo;<a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.psychiatry.org\/patients-families\/obsessive-compulsive-disorder\/what-is-obsessive-compulsive-disorder\">Exposition avec Pr\u00e9vention de la R\u00e9ponse (EPR)<\/a>, conceptualis\u00e9e par Victor Meyer en 1966 et perfectionn\u00e9e par Edna Foa pour le traitement de pointe du trouble obsessionnel-compulsif et des phobies s\u00e9v\u00e8res.<\/p>\n<p>Le protocole d&rsquo;EPR reproduit avec une fid\u00e9lit\u00e9 chirurgicale les contingences du d\u00e9mant\u00e8lement bifactoriel :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;exposition prolong\u00e9e au stimulus anxiog\u00e8ne :<\/strong> Le patient souffrant d&rsquo;obsessions de contamination est invit\u00e9, en collaboration \u00e9troite avec le th\u00e9rapeute, \u00e0 poser d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment ses mains sur une surface per\u00e7ue comme dangereuse (par exemple le sol d&rsquo;un h\u00f4pital ou une cuvette de toilettes publiques), r\u00e9activant imm\u00e9diatement l&rsquo;angoisse visc\u00e9rale massive (facteur 1 de Mowrer).<\/li>\n<li><strong>La pr\u00e9vention stricte de la r\u00e9ponse compulsive :<\/strong> Il est formellement interdit au patient d&rsquo;avoir recours \u00e0 son rituel d&rsquo;\u00e9vitement ou de neutralisation habituel : interdiction formelle de se laver les mains, d&rsquo;utiliser du gel hydroalcoolique ou de solliciter une r\u00e9assurance verbale pendant plusieurs heures (blocage exp\u00e9rimental du facteur 2 de Mowrer).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ce protocole met fin au renforcement n\u00e9gatif toxique. Confront\u00e9 \u00e0 l&rsquo;absence de rituel, le patient traverse dans un premier temps une courbe d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 ascensionnelle vertigineuse. Mais sous l&rsquo;effet de la prolongation de l&rsquo;exposition sans catastrophe cons\u00e9cutive, le syst\u00e8me nerveux finit par exp\u00e9rimenter le ph\u00e9nom\u00e8ne universel de l&rsquo;habituation physiologique : apr\u00e8s 45 \u00e0 90 minutes de confrontation ininterrompue, l&rsquo;angoisse chute spontan\u00e9ment de plus de la moiti\u00e9 de son pic initial. Simultan\u00e9ment, sur le plan cognitif, la croyance catastrophiste (\u00ab Si je ne me lave pas les mains imm\u00e9diatement, je vais contracter une septic\u00e9mie mortelle \u00bb) subit une invalidation empirique absolue : le patient constate de visu qu&rsquo;il est rest\u00e9 souill\u00e9 sans qu&rsquo;aucun drame biologique ne se produise.<\/p>\n<h3>11.3 D\u00e9veloppements contemporains et th\u00e9rapies de troisi\u00e8me vague<\/h3>\n<p>Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, l&rsquo;h\u00e9ritage clinique de Mowrer a \u00e9t\u00e9 r\u00e9examin\u00e9 et enrichi \u00e0 la lumi\u00e8re des th\u00e9rapies cognitives et comportementales dites de \u00ab troisi\u00e8me vague \u00bb, et tout particuli\u00e8rement par la <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/contextualscience.org\/act\">Th\u00e9rapie d&rsquo;Acceptation et d&rsquo;Engagement (ACT)<\/a> d\u00e9velopp\u00e9e par Steven C. Hayes. L&rsquo;ACT a \u00e9largi la focale de l&rsquo;\u00e9vitement comportemental observable pour cibler ce qu&rsquo;elle d\u00e9signe comme l&rsquo;<strong>\u00e9vitement exp\u00e9rientiel<\/strong> : la propension universelle de l&rsquo;\u00eatre humain moderne \u00e0 lutter d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment contre ses propres \u00e9v\u00e9nements int\u00e9rieurs d\u00e9sagr\u00e9ables (pens\u00e9es anxieuses, \u00e9motions de tristesse, sensations corporelles de panique) et \u00e0 fuir les situations de vie qui les r\u00e9activent.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;optique de la troisi\u00e8me vague, le pi\u00e8ge psychopathologique d\u00e9crit par Mowrer ne r\u00e9side pas tant dans la pr\u00e9sence de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 pavlovienne originelle que dans l&rsquo;\u00e9nergie colossale investie par l&rsquo;individu dans la fuite instrumentale de son propre monde \u00e9motionnel. D\u00e8s lors, l&rsquo;objectif th\u00e9rapeutique n&rsquo;est plus l&rsquo;\u00e9radication m\u00e9canique ou la baisse obligatoire du niveau de stress physiologique (recherche d&rsquo;une habituation passive), mais le d\u00e9veloppement d&rsquo;une flexibilit\u00e9 psychologique accrue \u00e0 travers l&rsquo;acceptation \u00e9motionnelle bienveillante.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, les neurosciences cognitives de l&rsquo;apprentissage ont profond\u00e9ment r\u00e9vis\u00e9 le concept m\u00eame d&rsquo;extinction gr\u00e2ce aux travaux exp\u00e9rimentaux pionniers de Michelle Craske sur l&rsquo;<em>apprentissage inhibiteur<\/em> (<em>inhibitory learning<\/em>). Contrairement \u00e0 ce que postulait na\u00efvement l&rsquo;ancien paradigme, l&rsquo;extinction n&rsquo;efface jamais la trace mn\u00e9sique originelle de la peur : elle consiste en la cr\u00e9ation active d&rsquo;une <strong>nouvelle trace mn\u00e9sique de s\u00e9curit\u00e9 comp\u00e9titive<\/strong> (\u00ab Le stimulus SC pr\u00e9dit d\u00e9sormais l&rsquo;absence de danger \u00bb) qui vient inhiber par voie descendante le souvenir traumatique initial. L&rsquo;exposition moderne n&rsquo;a donc plus pour but de calmer le sujet par \u00e9puisement, mais d&rsquo;optimiser la \u00ab violation des attentes catastrophiques \u00bb (<em>expectancy violation<\/em>) en maximisant la surprise cognitive et la vari\u00e9t\u00e9 des contextes environnementaux d&rsquo;apprentissage.<\/p>\n<h2>12. Synth\u00e8se \u00e9pist\u00e9mologique et h\u00e9ritage contemporain en neurosciences comportementales<\/h2>\n<h3>12.1 Les substrats neurobiologiques des deux facteurs<\/h3>\n<p>L&rsquo;un des hommages les plus \u00e9clatants rendus \u00e0 la sagacit\u00e9 intellectuelle d&rsquo;O. Hobart Mowrer provient de la neurobiologie contemporaine des syst\u00e8mes de la peur et de la d\u00e9cision, qui a spectaculairement confirm\u00e9 sur le plan anatomique la dualit\u00e9 fonctionnelle qu&rsquo;il avait postul\u00e9e de mani\u00e8re purement conceptuelle au moyen de ses bo\u00eetes de navette.<\/p>\n<p>Les investigations neurobiologiques men\u00e9es notamment par <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.cns.nyu.edu\/ledoux\/\">Joseph LeDoux<\/a> ont permis d&rsquo;identifier avec une pr\u00e9cision atomique le substrat c\u00e9r\u00e9bral du <strong>premier facteur pavlovien<\/strong> : le complexe nucl\u00e9aire amygdalien, et plus particuli\u00e8rement le noyau basolat\u00e9ral de l&rsquo;amygdale (BLA). C&rsquo;est au sein des synapses de cette structure limbique que convergent les voies aff\u00e9rentes thalamiques et corticales relayant les signaux sensoriels neutres du son ou de la lumi\u00e8re, et les voies nociceptives spino-thalamiques relayant la douleur du choc \u00e9lectrique podal. La plasticit\u00e9 synaptique d\u00e9pendante des r\u00e9cepteurs NMDA qui s&rsquo;y d\u00e9ploie sous-tend la potentialisation \u00e0 long terme responsable de la transformation du signal neutre en signal de d\u00e9tresse. Le noyau central de l&rsquo;amygdale (CeA) projette ensuite massivement vers le tronc c\u00e9r\u00e9bral et l&rsquo;hypothalamus pour commander la lib\u00e9ration d&rsquo;hormones de stress et les r\u00e9actions autonomiques de panique.<\/p>\n<p>Le <strong>second facteur instrumental<\/strong>, en revanche, mobilise une circuiterie t\u00e9l\u00e9enc\u00e9phalique enti\u00e8rement distincte, structur\u00e9e autour des boucles cortico-striatales et du syst\u00e8me de r\u00e9compense m\u00e9solimbique. Lorsque l&rsquo;animal amorce le mouvement de fuite salvateur, l&rsquo;interruption du signal de terreur et la lib\u00e9ration de dopamine dans le striatum ventral (notamment le noyau accumbens) encodent l&rsquo;erreur de pr\u00e9diction positive li\u00e9e au soulagement soudain. Les donn\u00e9es d&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale fonctionnelle confirment que le soulagement d&rsquo;une menace partage exactement les m\u00eames signatures biochimiques et neuronales que la r\u00e9ception d&rsquo;une r\u00e9compense biologique app\u00e9titive directe, validant de mani\u00e8re neurochimique la th\u00e8se du renforcement n\u00e9gatif par cessation de l&rsquo;oppression.<\/p>\n<p>Enfin, l&rsquo;arbitrage supr\u00eame entre la persistance de l&rsquo;\u00e9vitement et l&rsquo;extinction adaptative est sous le contr\u00f4le \u00e9troit du cortex pr\u00e9frontal ventrom\u00e9dian (vmPFC) et du cortex cingulaire ant\u00e9rieur. Le cortex pr\u00e9frontal ventrom\u00e9dian envoie des projections glutamatergiques cibl\u00e9es vers les cellules intercalaires GABAergiques de l&rsquo;amygdale pour \u00e9teindre activement les feux de la peur conditionn\u00e9e lorsque les signaux de s\u00e9curit\u00e9 confirment que l&rsquo;environnement est redevenu pacifi\u00e9, fournissant ainsi la base neuro-anatomique exacte de l&rsquo;inhibition cognitive de la panique.<\/p>\n<h3>12.2 Bilan historique et actualit\u00e9 de la contribution de Mowrer<\/h3>\n<p>\u00c0 l&rsquo;heure d&rsquo;\u00e9tablir le bilan historique de la contribution d&rsquo;Orval Hobart Mowrer, force est de constater que son \u0153uvre d\u00e9passe infiniment le cadre strict d&rsquo;une querelle d&rsquo;\u00e9coles propre au n\u00e9ob\u00e9haviorisme am\u00e9ricain du si\u00e8cle dernier. En osant introduire l&rsquo;affect mesurable de la peur au titre d&rsquo;agent causal interm\u00e9diaire au sein d&rsquo;une m\u00e9thodologie comportementale intransigeante, Mowrer a accompli le d\u00e9senclavement historique de la psychologie scientifique : il a d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;on pouvait \u00e9tudier la complexit\u00e9 des tourments \u00e9motionnels sans renoncer \u00e0 la quantification exp\u00e9rimentale la plus stricte.<\/p>\n<p>Le paradigme de la th\u00e9orie des deux facteurs a jet\u00e9 une passerelle conceptuelle d&rsquo;une solidit\u00e9 inalt\u00e9rable entre deux continents cognitifs autrefois antagonistes : l&rsquo;univers des automatismes r\u00e9flexes involontaires r\u00e9gis par les contingences visc\u00e9rales de l&rsquo;environnement, et l&rsquo;univers des actions motrices dirig\u00e9es vers un but, orient\u00e9es par l&rsquo;arbitrage instrumental de leurs cons\u00e9quences. Ce faisant, Mowrer a offert aux g\u00e9n\u00e9rations futures de chercheurs le mod\u00e8le paradigmatique sans lequel la constitution de la psychologie clinique scientifique et le d\u00e9ploiement plan\u00e9taire des th\u00e9rapies comportementales et cognitives n&rsquo;auraient sans doute pas pu voir le jour avec une telle rigueur.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui encore, \u00e0 l&rsquo;\u00e8re de l&rsquo;optog\u00e9n\u00e9tique, de la mod\u00e9lisation math\u00e9matique par apprentissage par renforcement (<em>reinforcement learning<\/em>) et de la psychiatrie computationnelle, l&rsquo;intuition fondatrice de Mowrer continue d&rsquo;irriguer les protocoles de recherche les plus sophistiqu\u00e9s. Comprendre comment un \u00eatre vivant apprend \u00e0 anticiper le malheur, comment il s&rsquo;enferme dans des conduites de sauvegarde devenues obsol\u00e8tes, et comment il peut r\u00e9apprendre la libert\u00e9 d&rsquo;action en affrontant d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment les ombres du danger, demeure l&rsquo;un des plus nobles d\u00e9fis scientifiques de notre temps. En r\u00e9solvant l&rsquo;\u00e9nigme de l&rsquo;\u00e9vitement actif, O. Hobart Mowrer n&rsquo;a pas seulement r\u00e9dig\u00e9 un chapitre m\u00e9morable de la psychologie exp\u00e9rimentale : il a d\u00e9cod\u00e9 l&rsquo;une des dynamiques les plus universelles, les plus tragiques et les plus fascinantes de la condition animale et humaine.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Baum, M. (1970). Extinction of avoidance responding through response prevention (flooding) in normal and sympathectomized rats. <em>Journal of Comparative and Physiological Psychology<\/em>, 71(1), 169\u2013174. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0028960\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0028960<\/a><\/li>\n<li>Bolles, R. C. (1970). Species-specific defense reactions and avoidance learning. <em>Psychological Review<\/em>, 77(1), 32\u201348. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0028589\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0028589<\/a><\/li>\n<li>Bolles, R. C. (1972). The avoidance learning problem. Dans G. H. Bower (dir.), <em>The Psychology of Learning and Motivation<\/em> (Vol. 6, p. 97\u2013145). Academic Press. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0079-7421(08)60384-8\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0079-7421(08)60384-8<\/a><\/li>\n<li>Craske, M. G., Treanor, M., Conway, C. C., Zbozinek, T., &amp; Vervliet, B. (2014). Maximizing exposure therapy: An inhibitory learning approach. <em>Behaviour Research and Therapy<\/em>, 58, 10\u201323. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.brat.2014.04.006\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.brat.2014.04.006<\/a><\/li>\n<li>Estes, W. K., &amp; Skinner, B. F. (1941). Some quantitative properties of anxiety. <em>Journal of Experimental Psychology<\/em>, 29(5), 390\u2013400. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0062283\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0062283<\/a><\/li>\n<li>Foa, E. B., &amp; Kozak, M. J. (1986). Emotional processing of fear: Exposure to corrective information. <em>Psychological Bulletin<\/em>, 99(1), 20\u201335. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0033-2909.99.1.20\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0033-2909.99.1.20<\/a><\/li>\n<li>Hayes, S. C., Strosahl, K. D., &amp; Wilson, K. G. (2011). <em>Acceptance and Commitment Therapy: The Process and Practice of Mindful Change<\/em> (2e \u00e9d.). Guilford Press.<\/li>\n<li>Hull, C. L. (1943). <em>Principles of Behavior: An Introduction to Behavior Theory<\/em>. Appleton-Century-Crofts.<\/li>\n<li>LeDoux, J. E. (2000). Emotion circuits in the brain. <em>Annual Review of Neuroscience<\/em>, 23(1), 155\u2013184. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1146\/annurev.neuro.23.1.155\">https:\/\/doi.org\/10.1146\/annurev.neuro.23.1.155<\/a><\/li>\n<li>Meyer, V. (1966). Modification of expectations in cases with obsessional rituals. <em>Behaviour Research and Therapy<\/em>, 4(4), 273\u2013280. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0005-7967(66)90023-4\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0005-7967(66)90023-4<\/a><\/li>\n<li>Mowrer, O. H. (1939). A stimulus-response analysis of anxiety and its role as a reinforcing agent. <em>Psychological Review<\/em>, 46(6), 553\u2013565. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0054288\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0054288<\/a><\/li>\n<li>Mowrer, O. H. (1947). On the dual nature of learning\u2014a re-interpretation of \u00ab\u00a0conditioning\u00a0\u00bb and \u00ab\u00a0problem-solving\u00a0\u00bb. <em>Harvard Educational Review<\/em>, 17(2), 102\u2013148.<\/li>\n<li>Mowrer, O. H. (1956). Two-factor learning theory reconsidered, with special reference to secondary reinforcement and the concept of habit. <em>Psychological Review<\/em>, 63(2), 114\u2013128. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0040613\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0040613<\/a><\/li>\n<li>Mowrer, O. H. (1960). <em>Learning Theory and Behavior<\/em>. John Wiley &amp; Sons. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/10802-000\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/10802-000<\/a><\/li>\n<li>Rescorla, R. A., &amp; LoLordo, V. M. (1965). Inhibition of avoidance behavior. <em>Journal of Comparative and Physiological Psychology<\/em>, 59(3), 406\u2013412. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0022055\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0022055<\/a><\/li>\n<li>Seligman, M. E., &amp; Johnston, L. J. (1973). A cognitive theory of avoidance learning. Dans F. J. McGuigan &amp; D. B. Lumsden (dir.), <em>Contemporary Approaches to Conditioning and Learning<\/em> (p. 69\u2013110). V. H. Winston &amp; Sons.<\/li>\n<li>Sidman, M. (1953). Avoidance conditioning with brief shock and no warning signal. <em>Science<\/em>, 118(3058), 157\u2013158. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.118.3058.157\">https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.118.3058.157<\/a><\/li>\n<li>Solomon, R. L., &amp; Wynne, L. C. (1953). Traumatic avoidance learning: Acquisition in normal dogs. <em>Psychological Monographs: General and Applied<\/em>, 67(4), 1\u201319. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0093644\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0093644<\/a><\/li>\n<li>Solomon, R. L., &amp; Wynne, L. C. (1954). Traumatic avoidance learning: The principles of anxiety conservation and partial irreversibility. <em>Psychological Review<\/em>, 61(6), 353\u2013385. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0054540\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0054540<\/a><\/li>\n<li>Thorndike, E. L. (1911). <em>Animal Intelligence: Experimental Studies<\/em>. Macmillan.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Analyse acad\u00e9mique approfondie de la th\u00e9orie des deux facteurs de l&rsquo;\u00e9vitement formul\u00e9e par O. 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