{"id":5221,"date":"2026-09-11T18:01:54","date_gmt":"2026-09-11T18:01:54","guid":{"rendered":"http:\/\/french.arabpsychology.com\/experiments\/experiences-theorie-reduction-pulsions-labyrinthe-clark-hull\/"},"modified":"2026-09-11T18:01:54","modified_gmt":"2026-09-11T18:01:54","slug":"experiences-theorie-reduction-pulsions-labyrinthe-clark-hull","status":"publish","type":"psych_experiment","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_experiment=experiences-theorie-reduction-pulsions-labyrinthe-clark-hull","title":{"rendered":"Les exp\u00e9riences de la th\u00e9orie de la r\u00e9duction des pulsions (course en labyrinthe) &#8211; Clark Hull"},"content":{"rendered":"<p>Au c\u0153ur du XXe si\u00e8cle, la psychologie scientifique a \u00e9t\u00e9 le th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;une qu\u00eate \u00e9pist\u00e9mologique d&rsquo;une envergure sans pr\u00e9c\u00e9dent : celle de transformer l&rsquo;\u00e9tude du comportement animal et humain en une science exacte, r\u00e9gie par des axiomes math\u00e9matiques aussi universels et rigoureux que les lois de la m\u00e9canique newtonienne. Au centre n\u00e9vralgique de cette ambition d\u00e9mesur\u00e9e se dresse la figure de <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/behaviorism\/\">Clark Leonard Hull<\/a> (1884\u20131952). Psychologue th\u00e9oricien d&rsquo;une rigueur absolue, Hull a d\u00e9velopp\u00e9 au sein de l&rsquo;Universit\u00e9 Yale une doctrine monumentale connue sous le nom de n\u00e9o-b\u00e9haviorisme hypoth\u00e9tico-d\u00e9ductif, articul\u00e9e autour de sa c\u00e9l\u00e8bre <strong>th\u00e9orie de la r\u00e9duction des pulsions<\/strong> (<em>Drive Reduction Theory<\/em>).<\/p>\n<p>Pour soumettre son imposante architecture conceptuelle \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve de la r\u00e9futation exp\u00e9rimentale, Hull et ses collaborateurs ont fait du labyrinthe d&rsquo;apprentissage \u2013 sous toutes ses d\u00e9clinaisons g\u00e9om\u00e9triques, du couloir droit au labyrinthe complexe \u00e0 embranchements multiples \u2013 le r\u00e9acteur exp\u00e9rimental privil\u00e9gi\u00e9 de leur laboratoire. Dans ces d\u00e9dales de bois et de m\u00e9tal minutieusement standardis\u00e9s, des cohortes de rats de laboratoire (<em>Rattus norvegicus<\/em>), soumis \u00e0 des r\u00e9gimes de privation drastiques, ont couru des millions de m\u00e8tres sous le regard d&rsquo;observateurs chronom\u00e9trant chaque fraction de seconde et comptabilisant chaque h\u00e9sitation motrice. La course en labyrinthe n&rsquo;\u00e9tait pas un simple jeu d&rsquo;adresse animale ; elle incarnait la mat\u00e9rialisation empirique des tensions m\u00e9taboliques internes, de la formation des habitudes neurales et des m\u00e9canismes r\u00e9gulateurs de la survie biologique.<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sent article propose une exploration approfondie de cette \u00e9pop\u00e9e scientifique, technique et th\u00e9orique. De l&rsquo;\u00e9laboration de postulats formels reliant le potentiel de r\u00e9action \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de besoin biologique, jusqu&rsquo;aux affrontements \u00e9piques contre les th\u00e8ses cognitivistes d&rsquo;Edward Tolman, nous analyserons comment les exp\u00e9riences de course en labyrinthe de Hull ont fa\u00e7onn\u00e9 les paradigmes de l&rsquo;apprentissage contemporain, tout en laissant une empreinte ind\u00e9l\u00e9bile sur les neurosciences comportementales et la mod\u00e9lisation computationnelle du renforcement.<\/p>\n<h2>1. Introduction historique et fondements \u00e9pist\u00e9mologiques du n\u00e9o-b\u00e9haviorisme de Clark Hull<\/h2>\n<h3>1.1 L&rsquo;\u00e9mergence du n\u00e9o-b\u00e9haviorisme face au b\u00e9haviorisme classique watsonien<\/h3>\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1930, le b\u00e9haviorisme originellement formul\u00e9 par John B. Watson en 1913 montrait des signes manifestes d&rsquo;essoufflement th\u00e9orique. La formule watsonienne classique, fond\u00e9e sur un associationnisme p\u00e9riph\u00e9rique strict reliant directement un stimulus environnemental observable (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"S\">$S$<\/span>) \u00e0 une r\u00e9ponse musculaire ou glandulaire (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"R\">$R$<\/span>), peinait \u00e0 rendre compte de l&rsquo;incontestable variabilit\u00e9 du comportement chez des organismes plac\u00e9s dans des conditions environnementales rigoureusement identiques. Deux rats confront\u00e9s au m\u00eame carrefour d&rsquo;un labyrinthe pouvaient en effet bifurquer dans des directions oppos\u00e9es ou courir \u00e0 des v\u00e9locit\u00e9s radicalement dissemblables selon la dur\u00e9e de leur privation nutritive ant\u00e9rieure. Cette discordance ph\u00e9nom\u00e9nologique exigeait une r\u00e9vision profonde de l&rsquo;\u00e9difice b\u00e9havioriste.<\/p>\n<p>C&rsquo;est dans cette br\u00e8che \u00e9pist\u00e9mologique que s&rsquo;est engouffr\u00e9 le n\u00e9o-b\u00e9haviorisme. Sous l&rsquo;impulsion de th\u00e9oriciens comme Clark Hull et Edward Tolman, la psychologie scientifique a int\u00e9gr\u00e9 des <em>variables interm\u00e9diaires<\/em> (ou intervenantes) situ\u00e9es au sein de l&rsquo;organisme (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"S \\rightarrow O \\rightarrow R\">$S \\rightarrow O \\rightarrow R$<\/span>). Contrairement aux concepts mentalistes de la psychologie introspectionniste du XIXe si\u00e8cle, ces variables internes n&rsquo;\u00e9taient pas con\u00e7ues comme des \u00e9tats d&rsquo;\u00e2me subjectifs ou des entit\u00e9s immat\u00e9rielles, mais comme des construits hypoth\u00e9tiques fonctionnels, logiquement ancr\u00e9s dans des conditions pr\u00e9alables observables (les variables d&rsquo;entr\u00e9e) et traduisibles en comportements quantifiables (les variables de sortie).<\/p>\n<p>Cette mutation th\u00e9orique s&rsquo;est nourrie de l&rsquo;influence d\u00e9terminante du <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/logical-empiricism\/\">positivisme logique<\/a> du Cercle de Vienne et de l&rsquo;op\u00e9rationnalisme de Percy Bridgman. Hull a fait sienne l&rsquo;exigence d&rsquo;une m\u00e9thode hypoth\u00e9tico-d\u00e9ductive int\u00e9grale : le comportement devait \u00eatre d\u00e9riv\u00e9 de postulats fondamentaux par voie de d\u00e9duction logique et d&rsquo;\u00e9quations math\u00e9matiques, chaque terme th\u00e9orique devant \u00eatre rattach\u00e9 sans ambigu\u00eft\u00e9 \u00e0 des op\u00e9rations de mesure objectives. \u00c9tabli au sein du prestigieux <em>Institute of Human Relations<\/em> de l&rsquo;Universit\u00e9 Yale \u00e0 partir de 1929, Hull a f\u00e9d\u00e9r\u00e9 autour de lui une constellation de chercheurs talentueux \u2013 parmi lesquels Kenneth Spence, Neal Miller, O. Hobart Mowrer et Robert Sears \u2013 avec la ferme ambition d&rsquo;\u00e9riger les lois fondamentales du comportement au m\u00eame rang d&rsquo;universalit\u00e9 que les lois de la physique gravitationnelle.<\/p>\n<h3>1.2 La vision m\u00e9caniste et biologique de l&rsquo;organisme vivant<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9difice th\u00e9orique de Clark Hull repose sur une ontologie profond\u00e9ment m\u00e9caniste et biologicaliste. L&rsquo;organisme animal n&rsquo;est pas appr\u00e9hend\u00e9 comme une entit\u00e9 dou\u00e9e d&rsquo;intentions conscientes ou de finalit\u00e9 m\u00e9taphysique, mais comme un automate physico-chimique complexe, auto-entretenu et soumis aux imp\u00e9ratifs inexorables de la survie darwinienne. Dans cette perspective, la machine biologique est en perp\u00e9tuelle lutte contre l&rsquo;entropie de son milieu interne.<\/p>\n<p>Hull a puis\u00e9 le substrat physiologique de sa pens\u00e9e dans les travaux pionniers de Walter Cannon sur l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.britannica.com\/science\/homeostasis\">hom\u00e9ostasie<\/a>. Selon Cannon, les organismes sup\u00e9rieurs disposent de m\u00e9canismes d&rsquo;autor\u00e9gulation physiologique visant \u00e0 maintenir constants les param\u00e8tres vitaux de leur milieu int\u00e9rieur (glyc\u00e9mie, vol\u00e9mie, temp\u00e9rature, \u00e9quilibre \u00e9lectrolytique). D\u00e8s lors qu&rsquo;une rupture hom\u00e9ostatique intervient \u2013 par exemple, un d\u00e9ficit tissulaire en glucose ou une chute de la pression osmotique \u2013, l&rsquo;organisme subit un d\u00e9s\u00e9quilibre interne critique. Hull postule que ce besoin biologique brut engendre une activation g\u00e9n\u00e9rale de l&rsquo;appareil locomoteur de l&rsquo;animal : la dynamique comportementale n&rsquo;est autre que la tentative m\u00e9canique de l&rsquo;automate pour retrouver sa stabilit\u00e9 physico-chimique perdue.<\/p>\n<p>Ce mat\u00e9rialisme sans compromis impose un d\u00e9terminisme absolu. Tout apprentissage, toute r\u00e9orientation spatiale, toute modulation de la vitesse de course dans un labyrinthe d\u00e9coule de forces physiques et physiologiques sous-jacentes. Pour Hull, l&rsquo;action est d\u00e9termin\u00e9e par une cascade causale o\u00f9 l&rsquo;\u00e9nergie m\u00e9tabolique est canalis\u00e9e dans des voies neurales pr\u00e9cises, pr\u00e9existantes ou acquises, excluant tout recours \u00e0 une t\u00e9l\u00e9ologie non r\u00e9ductible \u00e0 des interactions m\u00e9caniques.<\/p>\n<h3>1.3 Origine des paradigmes exp\u00e9rimentaux de labyrinthe en psychologie compar\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour soumettre cette m\u00e9canique comportementale \u00e0 une investigation empirique contr\u00f4l\u00e9e, le recours au labyrinthe s&rsquo;est impos\u00e9 comme une \u00e9vidence historique et m\u00e9thodologique. Introduit en psychologie animale par Willard Small au tout d\u00e9but du XXe si\u00e8cle \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Clark \u2013 inspir\u00e9 par le c\u00e9l\u00e8bre labyrinthe v\u00e9g\u00e9tal de Hampton Court \u2013, le dispositif fut rapidement perfectionn\u00e9 par John Watson, Harvey Carr et Robert Yerkes pour mesurer l&rsquo;apprentissage spatial chez les rongeurs.<\/p>\n<p>Le labyrinthe pr\u00e9sentait des vertus exp\u00e9rimentales incomparables pour le projet hullien. En premier lieu, il offrait une cl\u00f4ture physique herm\u00e9tique permettant de soustraire l&rsquo;animal aux contingences environnementales al\u00e9atoires du milieu naturel. En second lieu, il convertissait le probl\u00e8me de l&rsquo;intelligence et de la m\u00e9moire en param\u00e8tres g\u00e9om\u00e9triques et chronom\u00e9triques hautement quantifiables : le nombre d&rsquo;erreurs (choix d&rsquo;impasses), la vitesse de course moyenne, le temps d&rsquo;h\u00e9sitation aux carrefours et la latence au d\u00e9marrage. Enfin, le labyrinthe permettait d&rsquo;\u00e9liminer l&rsquo;arbitraire de l&rsquo;interpr\u00e9tation humaine gr\u00e2ce \u00e0 des syst\u00e8mes de mesure automatis\u00e9s ou standardis\u00e9s, transformant l&rsquo;apprentissage en une courbe math\u00e9matique continue traduisant l&rsquo;\u00e9volution des connexions sensorimotrices sous l&rsquo;effet du renforcement.<\/p>\n<h2>2. Les concepts fondamentaux de la th\u00e9orie de la r\u00e9duction des pulsions (Drive Reduction Theory)<\/h2>\n<h3>2.1 D\u00e9finition et nature de la pulsion (Drive, D)<\/h3>\n<p>Le pilier central du syst\u00e8me conceptuel de Hull r\u00e9side dans la distinction imp\u00e9rative entre le <em>besoin biologique<\/em> (<em>Need<\/em>) et l&rsquo;\u00e9tat psychologique ou motivationnel de <strong>pulsion<\/strong> (<em>Drive<\/em>, symbolis\u00e9 par la lettre <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"D\">$D$<\/span>). Alors que le besoin correspond \u00e0 une rupture objective de l&rsquo;hom\u00e9ostasie tissulaire (une privation d&rsquo;eau entra\u00eenant une d\u00e9pl\u00e9tion cellulaire, ou une carence calorique r\u00e9duisant le substrat m\u00e9tabolique disponible), la pulsion constitue l&rsquo;\u00e9manation fonctionnelle de ce besoin sur le syst\u00e8me nerveux central. Le besoin biologique g\u00e9n\u00e8re des stimuli internes aversifs intenses \u2013 les stimuli de pulsion ou <em>drive stimuli<\/em> (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"S_D\">$S_D$<\/span>) \u2013, comme les contractions gastriques ou la s\u00e9cheresse pharyng\u00e9e, qui activent l&rsquo;organisme dans sa globalit\u00e9.<\/p>\n<p>Un aspect fondamental de la th\u00e9orisation de Hull est que la pulsion primaire poss\u00e8de une nature purement non sp\u00e9cifique et non directionnelle. La pulsion n&rsquo;indique pas \u00e0 l&rsquo;animal o\u00f9 aller ni quelle r\u00e9ponse motrice adopter ; elle agit comme un amplificateur \u00e9nerg\u00e9tique aveugle, un moteur interne qui dynamise l&rsquo;ensemble des structures d&rsquo;action de l&rsquo;organisme. Qu&rsquo;elle provienne de la faim, de la soif, de la douleur thermique ou de la privation sexuelle, l&rsquo;\u00e9nergie pulsionnelle s&rsquo;agr\u00e8ge en un r\u00e9servoir commun qui vient multiplier l&rsquo;efficacit\u00e9 d&rsquo;\u00e9vocation de n&rsquo;importe quel r\u00e9flexe ou habitude motrice disponible.<\/p>\n<p>En outre, l&rsquo;\u00e9tat de pulsion est visc\u00e9ralement aversif. L&rsquo;organisme en \u00e9tat de privation m\u00e9tabolique prolong\u00e9e subit une tension sensorielle et physiologique p\u00e9nible. C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;urgence d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 cette stimulation interne aversive qui constitue le moteur premier de l&rsquo;activit\u00e9 exploratoire et motrice de l&rsquo;animal dans son environnement.<\/p>\n<h3>2.2 La force de l&rsquo;habitude (Habit Strength, sHr) et le m\u00e9canisme de renforcement<\/h3>\n<p>Si la pulsion fournit la puissance motrice du comportement, elle ne saurait en d\u00e9finir l&rsquo;orientation spatiale ni la structure coordonn\u00e9e. Cette fonction structurante revient \u00e0 un second concept cl\u00e9 : la <strong>force de l&rsquo;habitude<\/strong> (<em>Habit Strength<\/em>), formellement not\u00e9e <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"_sH_r\">$_sH_r$<\/span>. Ce construit repr\u00e9sente la solidit\u00e9 de la connexion associative \u00e9tablie dans le syst\u00e8me nerveux entre un stimulus environnemental donn\u00e9 (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"S\">$S$<\/span>) et une r\u00e9ponse comportementale sp\u00e9cifique (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"R\">$R$<\/span>).<\/p>\n<p>Selon le postulat central de Hull, la force de l&rsquo;habitude cro\u00eet de mani\u00e8re continue et cumulative en fonction directe du nombre d&rsquo;essais renforc\u00e9s (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"N\">$N$<\/span>). Chaque fois qu&rsquo;une r\u00e9ponse motrice \u00e9mise en pr\u00e9sence d&rsquo;un complexe de stimuli environnementaux pr\u00e9cis permet \u00e0 l&rsquo;animal d&rsquo;atteindre un \u00e9tat de renforcement \u2013 c&rsquo;est-\u00e0-dire une r\u00e9duction effective de la tension pulsionnelle \u2013, la trace mn\u00e9sique liant ce stimulus \u00e0 cette r\u00e9ponse motrice s&rsquo;en trouve physiquement consolid\u00e9e. Dans les premi\u00e8res formulations de Hull, cette habitude est postul\u00e9e comme un \u00e9tat permanent et quasi ind\u00e9l\u00e9bile : l&rsquo;habitude ne r\u00e9gresse pas d&rsquo;elle-m\u00eame, elle est simplement masqu\u00e9e par des ph\u00e9nom\u00e8nes d&rsquo;inhibition concurrente lors des phases de non-r\u00e9compense.<\/p>\n<p>Cette relation associative est soumise \u00e0 un gradient de contigu\u00eft\u00e9 temporelle rigoureux. Plus l&rsquo;\u00e9mission de la r\u00e9ponse motrice est temporellement proche de la survenue du renfor\u00e7ateur r\u00e9ducteur de pulsion, plus le gain d&rsquo;habitude pour cette connexion est important. Ce principe explique pourquoi les derniers virages effectu\u00e9s juste avant l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la nourriture dans un labyrinthe sont appris beaucoup plus promptement et fid\u00e8lement que les premiers virages amorc\u00e9s \u00e0 la sortie de la bo\u00eete de d\u00e9part.<\/p>\n<h3>2.3 Le postulat de renforcement primaire par r\u00e9duction de la pulsion<\/h3>\n<p>Le couronnement th\u00e9orique du syst\u00e8me de Hull r\u00e9side dans sa d\u00e9finition stricte, radicalement physicaliste, du renforcement primaire. Rejetant cat\u00e9goriquement toute explication h\u00e9doniste ou mentaliste fond\u00e9e sur le \u00ab plaisir subjectif \u00bb, la \u00ab satisfaction \u00bb thordikienne ou la \u00ab volont\u00e9 \u00bb, Hull postule que tout <strong>renforcement primaire<\/strong> consiste exclusivement en la diminution rapide d&rsquo;un \u00e9tat de tension pulsionnelle ou, de fa\u00e7on plus imm\u00e9diate, en la r\u00e9duction des stimuli de pulsion internes (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"S_D\">$S_D$<\/span>) qui lui sont associ\u00e9s :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Si une r\u00e9action motrice est suivie de fa\u00e7on temporellement contingente par une baisse de la stimulation aversive issue d&rsquo;une pulsion biologique, la probabilit\u00e9 que ce stimulus \u00e9voque \u00e0 nouveau cette r\u00e9ponse lors des occurrences ult\u00e9rieures s&rsquo;en trouve m\u00e9caniquement augment\u00e9e. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Cette perspective op\u00e8re une r\u00e9duction de la psychologie \u00e0 la physiologie \u00e9nerg\u00e9tique. La nourriture n&rsquo;est pas renfor\u00e7ante parce qu&rsquo;elle poss\u00e8de une saveur agr\u00e9able, mais parce que son ingestion d\u00e9clenche des cascades int\u00e9roceptives et biochimiques qui neutralisent les signaux d&rsquo;alarme du manque m\u00e9tabolique. Corr\u00e9lativement, le ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;extinction comportementale \u2013 lorsque l&rsquo;animal cesse progressivement d&#8217;emprunter un bras de labyrinthe apr\u00e8s la suppression de la mangeoire \u2013 n&rsquo;est pas le r\u00e9sultat d&rsquo;un \u00ab oubli \u00bb ou d&rsquo;un calcul rationnel, mais la cons\u00e9quence m\u00e9canique directe de l&rsquo;absence de r\u00e9duction pulsionnelle cons\u00e9cutive \u00e0 l&rsquo;action motrice, laissant le champ libre \u00e0 l&rsquo;accumulation de forces inhibitrices.<\/p>\n<h2>3. La formalisation math\u00e9matique du comportement : variables interm\u00e9diaires et \u00e9quations<\/h2>\n<h3>3.1 L&rsquo;architecture des variables ind\u00e9pendantes, interm\u00e9diaires et d\u00e9pendantes<\/h3>\n<p>L&rsquo;originalit\u00e9 \u00e9pist\u00e9mologique de Hull r\u00e9side dans sa tentative sans pr\u00e9c\u00e9dent d&rsquo;organiser l&rsquo;ensemble du comportement au sein d&rsquo;une matrice math\u00e9matique articulant trois strates conceptuelles herm\u00e9tiquement imbriqu\u00e9es : les variables ind\u00e9pendantes d&rsquo;entr\u00e9e, les variables interm\u00e9diaires inobservables et les variables d\u00e9pendantes de sortie.<\/p>\n<p>Les <em>variables d&rsquo;entr\u00e9e<\/em> (input) sont des grandeurs physiques directement manipulables et mesurables par l&rsquo;exp\u00e9rimentateur dans son laboratoire :<\/p>\n<ul>\n<li>Le temps de privation (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"h\">$h$<\/span>), exprim\u00e9 en heures d&rsquo;abstinence alimentaire ou hydrique avant l&rsquo;essai ;<\/li>\n<li>Le nombre d&rsquo;essais pr\u00e9alables ayant fait l&rsquo;objet d&rsquo;un renforcement effectif (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"N\">$N$<\/span>) ;<\/li>\n<li>L&rsquo;amplitude ou le poids physique de la r\u00e9compense d\u00e9livr\u00e9e (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"w\">$w$<\/span>), par exemple la masse en grammes de pastilles alimentaires ;<\/li>\n<li>Le d\u00e9lai temporel (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\\Delta t\">$\\Delta t$<\/span>) s\u00e9parant l&rsquo;ex\u00e9cution de la r\u00e9ponse motrice de l&rsquo;acc\u00e8s effectif \u00e0 la substance nutritive.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces param\u00e8tres physiques alimentent un r\u00e9seau de <em>variables interm\u00e9diaires<\/em> d\u00e9duites, qui constituent les rouages du syst\u00e8me nerveux fonctionnel : la pulsion (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"D\">$D$<\/span>), la force de l&rsquo;habitude (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"_sH_r\">$_sH_r$<\/span>), la valeur de motivation incitatrice (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"K\">$K$<\/span>) et, en r\u00e9sultante finale, le <strong>potentiel d&rsquo;\u00e9vocation<\/strong> ou potentiel de r\u00e9action (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"_sE_r\">$_sE_r$<\/span>).<\/p>\n<p>Enfin, ce potentiel d&rsquo;\u00e9vocation se d\u00e9charge \u00e0 travers des <em>variables de sortie<\/em> (output) strictement comportementales et mesurables au millim\u00e8tre ou au centi\u00e8me de seconde pr\u00e8s :<\/p>\n<ul>\n<li>La vitesse de locomotion du sujet (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"St\">$St$<\/span>), mesur\u00e9e en centim\u00e8tres par seconde \u00e0 travers les couloirs du labyrinthe ;<\/li>\n<li>La latence de d\u00e9part (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"St_r\">$St_r$<\/span>), c&rsquo;est-\u00e0-dire le d\u00e9lai entre l&rsquo;ouverture de la porte guillotine et le franchissement complet de la sortie de la bo\u00eete de d\u00e9part ;<\/li>\n<li>Le pourcentage d&rsquo;erreurs commises aux intersections du dispositif ;<\/li>\n<li>La r\u00e9sistance \u00e0 l&rsquo;extinction (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"n\">$n$<\/span>), mat\u00e9rialis\u00e9e par le nombre d&rsquo;essais successifs non r\u00e9compens\u00e9s avant l&rsquo;abandon total de la course.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>3.2 L&rsquo;\u00e9quation centrale du potentiel d&rsquo;\u00e9vocation (sEr)<\/h3>\n<p>Au c\u0153ur de la machinerie algorithmique de Hull tr\u00f4ne l&rsquo;\u00e9quation fondamentale d\u00e9finissant le potentiel d&rsquo;\u00e9vocation de la r\u00e9ponse (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"_sE_r\">$_sE_r$<\/span>), qui mesure la tendance nette de l&rsquo;organisme \u00e0 \u00e9mettre une r\u00e9ponse comportementale sp\u00e9cifique. Dans sa formulation cardinale de 1943, cette relation s&rsquo;exprime sous une forme r\u00e9solument multiplicative :<\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 1.2em; font-weight: bold; margin: 25px 0;\">\n    <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"_sE_r = _sH_r \\times D\">$_sE_r = _sH_r \\times D$<\/span>\n<\/p>\n<p>Cette relation multiplicative emporte des cons\u00e9quences th\u00e9oriques capitales pour l&rsquo;interpr\u00e9tation des exp\u00e9riences en labyrinthe. Si un rat a parcouru des centaines de fois un labyrinthe et pr\u00e9sente une habitude motrice parfaitement ancr\u00e9e (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\\text{valeur \u00e9lev\u00e9e de } _sH_r\">$\\text{valeur \u00e9lev\u00e9e de } _sH_r$<\/span>), mais qu&rsquo;il est plac\u00e9 dans le dispositif imm\u00e9diatement apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre nourri jusqu&rsquo;\u00e0 sati\u00e9t\u00e9 absolue (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"D = 0\">$D = 0$<\/span>), le produit s&rsquo;annule :<\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-style: italic;\">\n    Si <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"D = 0\">$D = 0$<\/span>, alors <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"_sE_r = 0\">$_sE_r = 0$<\/span>, et l&rsquo;animal demeure immobile dans la bo\u00eete de d\u00e9part.\n<\/p>\n<p>Inversement, un rat affam\u00e9 depuis quarante-huit heures (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"D\">$D$<\/span> maximal) plac\u00e9 pour la toute premi\u00e8re fois dans un dispositif in\u00e9dit n&rsquo;a acquis aucune habitude sp\u00e9cifique quant aux virages \u00e0 effectuer (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"_sH_r = 0\">$_sH_r = 0$<\/span>). Bien que son agitation motrice soit vigoureuse, il est incapable d&rsquo;ex\u00e9cuter la s\u00e9quence de choix requise pour atteindre le but : le potentiel d&rsquo;\u00e9vocation de la r\u00e9ponse orient\u00e9e est rigoureusement nul.<\/p>\n<p>Toutefois, le comportement r\u00e9el observ\u00e9 dans les labyrinthes est rarement le reflet brut de ce potentiel th\u00e9orique. Hull a donc d\u00fb int\u00e9grer des facteurs antagonistes soustractifs. Chaque action motrice engendre en effet une fatigue physique temporaire, qualifi\u00e9e d&rsquo;<strong>inhibition r\u00e9active<\/strong> (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"I_r\">$I_r$<\/span>). Lorsque cette inhibition r\u00e9active dissipe son potentiel aversif lors d&rsquo;un temps de repos, ce soulagement renforce l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;inaction, g\u00e9n\u00e9rant une <strong>inhibition conditionn\u00e9e<\/strong> (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"_sI_r\">$_sI_r$<\/span>). Le potentiel d&rsquo;\u00e9vocation effectif (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"_s\\bar{E}_r\">$_s\\bar{E}_r$<\/span>) devient alors :<\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 1.1em; font-weight: bold; margin: 25px 0;\">\n    <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"_s\\bar{E}_r = (_sH_r \\times D) - (I_r + _sI_r)\">$_s\\bar{E}_r = (_sH_r \\times D) &#8211; (I_r + _sI_r)$<\/span>\n<\/p>\n<p>Pour qu&rsquo;une r\u00e9ponse motrice franchisse le seuil de l&rsquo;action observable, ce potentiel effectif doit encore surpasser un seuil physiologique de r\u00e9action (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"_sL_r\">$_sL_r$<\/span>), tout en subissant les fluctuations al\u00e9atoires momentan\u00e9es du syst\u00e8me nerveux, postul\u00e9es sous le nom d&rsquo;<strong>oscillation comportementale<\/strong> (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"_sO_r\">$_sO_r$<\/span>).<\/p>\n<h3>3.3 Rigueur quantitative et critique du formalisme d\u00e9ductif<\/h3>\n<p>L&rsquo;ambition affich\u00e9e par Hull dans son chef-d&rsquo;\u0153uvre de 1943, <em>Principles of Behavior<\/em>, \u00e9tait explicitement de concevoir des <em>Principia Mathematica<\/em> de la psychologie. S&rsquo;appuyant sur des s\u00e9ries de r\u00e9gressions non lin\u00e9aires, Hull a formalis\u00e9 l&rsquo;accroissement de la force de l&rsquo;habitude en fonction du nombre d&rsquo;essais renforc\u00e9s par le biais d&rsquo;une courbe exponentielle n\u00e9gative asymptotique :<\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 1.1em; font-style: italic; margin: 25px 0;\">\n    <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"_sH_r = M - M \\cdot 10^{-i \\cdot N} = M(1 - 10^{-i \\cdot N}) = 1 - e^{-k \\cdot N}\">$_sH_r = M &#8211; M \\cdot 10^{-i \\cdot N} = M(1 &#8211; 10^{-i \\cdot N}) = 1 &#8211; e^{-k \\cdot N}$<\/span>\n<\/p>\n<p>Dans cette mod\u00e9lisation math\u00e9matique, <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"M\">$M$<\/span> repr\u00e9sente l&rsquo;asymptote physiologique maximale de l&rsquo;apprentissage (normalis\u00e9e \u00e0 1 ou 100), <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"N\">$N$<\/span> le nombre absolu d&rsquo;occurrences de renforcement, et <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"i\">$i$<\/span> ou <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"k\">$k$<\/span> une constante de vitesse empirique d\u00e9pendant de l&rsquo;esp\u00e8ce animale et de la nature de la t\u00e2che motrice.<\/p>\n<p>Cette sophistication algorithmique sans \u00e9quivalent a suscit\u00e9 de vives controverses \u00e9pist\u00e9mologiques au sein de la communaut\u00e9 scientifique. Nombre de ses contemporains ont d\u00e9nonc\u00e9 une parodie de rigueur physique masquant un arbitraire statistique criant. Pour que ses \u00e9quations correspondent aux donn\u00e9es de vitesse relev\u00e9es dans les couloirs de labyrinthes, Hull et ses disciples \u00e9taient contraints d&rsquo;ajuster sans cesse des constantes num\u00e9riques empiriques <em>ad hoc<\/em> (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"k, i, a\">$k, i, a$<\/span>). Cette sur-param\u00e9trisation fragilise la port\u00e9e d\u00e9ductive du syst\u00e8me : la formule ne pr\u00e9dit pas le comportement futur \u00e0 partir de principes universels <em>a priori<\/em>, elle ajuste r\u00e9trospectivement ses courbures pour absorber les anomalies des trac\u00e9s exp\u00e9rimentaux bruts.<\/p>\n<h2>4. L&rsquo;appareil exp\u00e9rimental : morphologie des labyrinthes et instrumentation<\/h2>\n<h3>4.1 Conception et typologie des labyrinthes exp\u00e9rimentaux chez Hull<\/h3>\n<p>La validation empirique des d\u00e9ductions math\u00e9matiques de Clark Hull reposait sur une infrastructure exp\u00e9rimentale d&rsquo;une rigueur quasi industrielle. Loin des dispositifs h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes des premiers pionniers de la psychologie animale, le laboratoire de Hull \u00e0 Yale a standardis\u00e9 les morphologies spatiales pour isoler pr\u00e9cis\u00e9ment des variables \u00e9l\u00e9mentaires uniques.<\/p>\n<p>Le <strong>labyrinthe lin\u00e9aire droit<\/strong> (<em>straight runway<\/em>) constituait l&rsquo;appareil de base pour mesurer la v\u00e9locit\u00e9 pure et l&rsquo;intensit\u00e9 du potentiel d&rsquo;\u00e9vocation en l&rsquo;absence de choix directionnel. D&rsquo;une longueur variant g\u00e9n\u00e9ralement entre 2 et 6 m\u00e8tres pour une largeur d&rsquo;une dizaine de centim\u00e8tres, ce couloir permettait de quantifier l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration continue de la course en fonction de la proximit\u00e9 spatiale de la mangeoire, isolant la cin\u00e9tique motrice de tout biais de d\u00e9cision.<\/p>\n<p>Le <strong>labyrinthe en T<\/strong> (<em>T-maze<\/em>) et son pendant \u00e0 angles plus doux, le <strong>labyrinthe en Y<\/strong>, repr\u00e9sentaient les briques \u00e9l\u00e9mentaires de l&rsquo;\u00e9tude de la d\u00e9cision motrice. L&rsquo;animal, apr\u00e8s avoir franchi un couloir de d\u00e9part rectiligne commun, se heurtait \u00e0 une bifurcation orthogonale imposant un choix dichotomique irr\u00e9versible : tourner \u00e0 gauche ou \u00e0 droite. L&rsquo;un des bras menait \u00e0 une bo\u00eete garnie de nourriture tandis que l&rsquo;autre d\u00e9bouchait sur un cul-de-sac vide ou sur une impasse obscure.<\/p>\n<p>Enfin, pour simuler des apprentissages s\u00e9quentiels plus complexes, Hull concevait des <strong>labyrinthes \u00e0 choix multiples<\/strong>, combinant des cha\u00eenes successives d&#8217;embranchements en T. Chaque intersection constituait un point nodal o\u00f9 devaient s&rsquo;exprimer des forces d&rsquo;habitudes antagonistes. La hauteur des parois de bois (g\u00e9n\u00e9ralement 25 \u00e0 30 centim\u00e8tres) et la largeur des couloirs (10 \u00e0 12 centim\u00e8tres) \u00e9taient calibr\u00e9es pour contraindre l&rsquo;animal \u00e0 progresser selon un axe strictement unidimensionnel, emp\u00eachant tout demi-tour inopin\u00e9 qui aurait fauss\u00e9 l&rsquo;enregistrement chronom\u00e9trique de la trajectoire motrice.<\/p>\n<h3>4.2 Contr\u00f4le environnemental et \u00e9limination des variables parasites<\/h3>\n<p>Pour satisfaire aux imp\u00e9ratifs du positivisme logique, la course en labyrinthe devait s&rsquo;affranchir de toute interf\u00e9rence sensorielle incontr\u00f4l\u00e9e susceptible d&rsquo;induire des apprentissages parasites chez l&rsquo;animal. Les rongeurs disposant d&rsquo;un syst\u00e8me olfactif extr\u00eamement sensible et d&rsquo;une acuit\u00e9 acoustique fine dans les ultrasons, le laboratoire de Yale appliquait des protocoles de blindage sensoriel drastiques.<\/p>\n<p>Les dispositifs \u00e9taient fr\u00e9quemment enferm\u00e9s dans des caissons insonoris\u00e9s, baign\u00e9s par une lumi\u00e8re tamis\u00e9e et diffuse afin de pr\u00e9venir toute asym\u00e9trie lumineuse qui aurait pu guider la course du rongeur. Pour \u00e9liminer les traces de ph\u00e9romones ou les r\u00e9sidus d&rsquo;urine laiss\u00e9s par les cong\u00e9n\u00e8res des cohortes pr\u00e9c\u00e9dentes \u2013 susceptibles d&rsquo;orienter spontan\u00e9ment le choix du sujet \u2013, les planchers des labyrinthes \u00e9taient recouverts de linol\u00e9um lavable syst\u00e9matiquement d\u00e9sinfect\u00e9 \u00e0 l&rsquo;alcool ou frott\u00e9s avec des solutions neutralisantes \u00e0 base de cr\u00e9osote entre chaque essai. Certains exp\u00e9rimentateurs saupoudraient les couloirs d&rsquo;une fine couche de sciure de bois continuellement brass\u00e9e.<\/p>\n<p>L&rsquo;instrumentation de la bo\u00eete de d\u00e9part (<em>start box<\/em>) et de la bo\u00eete de but (<em>goal box<\/em>) illustre cette qu\u00eate de reproductibilit\u00e9 absolue. La bo\u00eete de d\u00e9part \u00e9tait dot\u00e9e de portes \u00e0 guillotine m\u00e9talliques \u00e0 d\u00e9clenchement silencieux ou \u00e0 sol\u00e9no\u00efdes \u00e9lectriques, \u00e9vitant tout sursaut de stupeur chez l&rsquo;animal lors de la lib\u00e9ration. L&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la mangeoire au sein de la bo\u00eete de but \u00e9tait parfois dissimul\u00e9 derri\u00e8re un rideau de feutre opaque pour forcer le rat \u00e0 ex\u00e9cuter l&rsquo;ensemble de la trajectoire motrice avant de pouvoir percevoir visuellement la pr\u00e9sence physique de la nourriture.<\/p>\n<h3>4.3 Le mod\u00e8le animal : standardisation du rat albinos (Rattus norvegicus)<\/h3>\n<p>L&rsquo;acteur privil\u00e9gi\u00e9 de cette qu\u00eate nomoth\u00e9tique \u00e9tait presque invariablement le rat albinos (<em>Rattus norvegicus<\/em>), principalement issu de lign\u00e9es pures s\u00e9lectionn\u00e9es dans les \u00e9levages Wistar ou Sprague-Dawley. Ce choix n&rsquo;\u00e9tait en rien anodin : il r\u00e9pondait \u00e0 l&rsquo;imp\u00e9ratif biologique de minimiser au maximum la variance g\u00e9n\u00e9tique interindividuelle afin que les diff\u00e9rences comportementales puissent \u00eatre attribu\u00e9es sans ambigu\u00eft\u00e9 aux seules manipulations des variables ind\u00e9pendantes (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"h, N, w\">$h, N, w$<\/span>).<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e2ge des rongeurs (g\u00e9n\u00e9ralement fix\u00e9 entre 90 et 120 jours, au pic de leur vigueur physique adulte), leur sexe (tr\u00e8s majoritairement des m\u00e2les pour \u00e9carter les variations cycliques de la r\u00e9activit\u00e9 motrice induites par l&rsquo;\u0153strus chez les femelles) et leur statut sanitaire faisaient l&rsquo;objet d&rsquo;un suivi scrupuleux. Les animaux \u00e9taient log\u00e9s dans des animaleries thermo-r\u00e9gul\u00e9es et soumises \u00e0 des cycles jour\/nuit artificiels r\u00e9guliers.<\/p>\n<p>Toutefois, l&rsquo;usage de ce mod\u00e8le animal impliquait de composer avec l&rsquo;\u00e9thologie fondamentale des rongeurs murins. Les rats pr\u00e9sentent naturellement une thigmotaxie marqu\u00e9e \u2013 la propension biologique inn\u00e9e \u00e0 longer les parois verticales pour \u00e9viter la pr\u00e9dation en terrain d\u00e9couvert \u2013 et une vive n\u00e9ophobie face aux environnements non familiers. Hull devait concevoir des phases pr\u00e9alables d&rsquo;habituation rigoureuses pour s&rsquo;assurer que les latences observ\u00e9es aux d\u00e9buts des essais traduisaient bien la force de l&rsquo;habitude en construction (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"_sH_r\">$_sH_r$<\/span>) et non des r\u00e9actions de panique ou de sid\u00e9ration motrice li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 de nouveaut\u00e9.<\/p>\n<h2>5. Protocoles exp\u00e9rimentaux : manipulation de la privation et induction de la pulsion<\/h2>\n<h3>5.1 R\u00e9gimes de privation hydrique et alimentaire<\/h3>\n<p>Pour calibrer exp\u00e9rimentalement la variable ind\u00e9pendante de pulsion (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"D\">$D$<\/span>), Clark Hull et ses assistants soumettaient les animaux \u00e0 des programmes de privation m\u00e9tabolique standardis\u00e9s. L&rsquo;hypoth\u00e8se de travail imposait d&rsquo;\u00e9tablir une corr\u00e9lation param\u00e9trique directe entre la dur\u00e9e objective de la privation et l&rsquo;amplitude de l&rsquo;\u00e9tat de besoin biologique r\u00e9percut\u00e9 sous forme d&rsquo;\u00e9nergie pulsionnelle.<\/p>\n<p>Les protocoles classiques instauraient des paliers de privation temporelle \u00e9chelonn\u00e9s \u00e0 12, 24, 48 et parfois 72 heures sans acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;alimentation solide ou \u00e0 l&rsquo;eau de boisson. L&rsquo;animal \u00e9tait ensuite imm\u00e9diatement transf\u00e9r\u00e9 dans le labyrinthe pour une s\u00e9rie d&rsquo;essais. Cependant, la privation brute en heures induisait une variabilit\u00e9 li\u00e9e au m\u00e9tabolisme de base propre \u00e0 chaque rongeur. Tr\u00e8s rapidement, les \u00e9quipes de Yale ont donc adopt\u00e9 un protocole plus rigoureux : le maintien des animaux \u00e0 un pourcentage fixe de leur <em>poids corporel de r\u00e9f\u00e9rence<\/em> mesur\u00e9 lors d&rsquo;une phase pr\u00e9alable d&rsquo;alimentation libre (<em>ad libitum<\/em>).<\/p>\n<p>Les sujets exp\u00e9rimentaux \u00e9taient ainsi stabilis\u00e9s \u00e0 85 %, voire 80 % de leur poids normal au moyen de rations caloriques quotidiennes infinit\u00e9simales calcul\u00e9es au gramme pr\u00e8s, administr\u00e9es g\u00e9n\u00e9ralement une demi-heure apr\u00e8s la conclusion de la session exp\u00e9rimentale du jour. Les rongeurs \u00e9taient pes\u00e9s sur des balances de pr\u00e9cision avant chaque introduction dans le labyrinthe. Cette m\u00e9thodologie garantissait un niveau d&rsquo;activation pulsionnelle homog\u00e8ne et constant tout au long des semaines d&rsquo;apprentissage, tout en surveillant les signes cliniques d&rsquo;\u00e9puisement morbide pour \u00e9viter que l&rsquo;inhibition physique li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;affaiblissement g\u00e9n\u00e9ral n&rsquo;ob\u00e8re la locomotion de l&rsquo;animal.<\/p>\n<h3>5.2 L&rsquo;entra\u00eenement pr\u00e9liminaire et l&rsquo;accoutumance au dispositif<\/h3>\n<p>Aucun rongeur n&rsquo;\u00e9tait plong\u00e9 dans un labyrinthe complexe sans une phase pr\u00e9paratoire minutieuse appel\u00e9e <em>pr\u00e9-dressage<\/em> (ou <em>magazine training<\/em>). Placer brutalement un rat affam\u00e9 dans un d\u00e9dale inconnu d\u00e9clenche imm\u00e9diatement des comportements d&rsquo;affolement, de d\u00e9f\u00e9cation abondante, de toilettage compulsif ou de prostration thigmotaxique, des r\u00e9actions aversives \u00e9tiquet\u00e9es par Hull sous le concept d&rsquo;inhibition \u00e9motionnelle concurrente.<\/p>\n<p>Durant plusieurs jours cons\u00e9cutifs, l&rsquo;animal \u00e9tait d&rsquo;abord plac\u00e9 quotidiennement dans la bo\u00eete de but isol\u00e9e, o\u00f9 il trouvait une abondance de nourriture dans la coupelle, apprenant ainsi \u00e0 associer ce lieu clos et ses caract\u00e9ristiques g\u00e9om\u00e9triques \u00e0 l&rsquo;ingestion calorique imm\u00e9diate. Parall\u00e8lement, les rongeurs \u00e9taient manipul\u00e9s quotidiennement \u00e0 mains nues par l&rsquo;exp\u00e9rimentateur (proc\u00e9dure d&rsquo;<em>handling<\/em>) afin de dissiper l&rsquo;agressivit\u00e9 et la terreur caus\u00e9es par le contact humain.<\/p>\n<p>Dans un second temps, les animaux \u00e9taient autoris\u00e9s \u00e0 explorer librement un couloir neutre sans cul-de-sac pour s&rsquo;accoutumer au bruit d&rsquo;ouverture des portes \u00e0 guillotine m\u00e9talliques. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;au terme de ce pr\u00e9-dressage, lorsque la latence de consommation de la pastille dans la bo\u00eete de but tombait en de\u00e7\u00e0 d&rsquo;une ou deux secondes apr\u00e8s l&rsquo;introduction du sujet, que les v\u00e9ritables sessions d&rsquo;essais en labyrinthe commen\u00e7aient. L&rsquo;exp\u00e9rimentation \u00e9tait men\u00e9e \u00e0 heure fixe chaque jour afin de neutraliser les effets parasites du rythme circadien sur la faim.<\/p>\n<h3>5.3 Variations param\u00e9triques du renforcement en fin de parcours<\/h3>\n<p>L&rsquo;autre versant de la manipulation exp\u00e9rimentale r\u00e9sidait dans l&rsquo;alt\u00e9ration chirurgicale de la nature et de la cin\u00e9tique de la r\u00e9compense distribu\u00e9e dans la bo\u00eete de but. Hull cherchait \u00e0 d\u00e9terminer comment l&rsquo;amplitude physique du renfor\u00e7ateur influen\u00e7ait la vitesse d&rsquo;ascension de la courbe d&rsquo;apprentissage (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"_sH_r\">$_sH_r$<\/span>) ou la performance globale observ\u00e9e (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"_sE_r\">$_sE_r$<\/span>).<\/p>\n<p>La <strong>quantit\u00e9 physique de la r\u00e9compense<\/strong> \u00e9tait manipul\u00e9e en faisant varier la masse des pastilles nutritives (<em>food pellets<\/em>) : des groupes de rongeurs recevaient des doses de 20 milligrammes, tandis que d&rsquo;autres b\u00e9n\u00e9ficiaient de rations de 200 milligrammes ou de plusieurs grammes de pur\u00e9e nutritive humidifi\u00e9e. De mani\u00e8re analogue, la <strong>qualit\u00e9 nutritive<\/strong> \u00e9tait modifi\u00e9e en substituant aux granul\u00e9s d&rsquo;alimentation ordinaire des solutions concentr\u00e9es en dextrose ou en saccharose.<\/p>\n<p>Une attention exp\u00e9rimentale maniaque fut port\u00e9e au <strong>d\u00e9lai temporel de renforcement<\/strong>. Dans des dispositifs \u00e9quip\u00e9s de sas d&rsquo;arr\u00eat temporaire dans la bo\u00eete terminale, l&rsquo;exp\u00e9rimentateur bloquait le rat pendant des intervalles variables \u2013 de 1 \u00e0 30 secondes \u2013 entre l&rsquo;ach\u00e8vement de sa course motrice et l&rsquo;abaissement de l&rsquo;opercule prot\u00e9geant la mangeoire. Les donn\u00e9es d\u00e9montraient de fa\u00e7on \u00e9clatante une d\u00e9croissance quasi hyperbolique de l&rsquo;efficacit\u00e9 de l&rsquo;apprentissage \u00e0 mesure que le d\u00e9lai augmentait : pass\u00e9 un intervalle de quelques dizaines de secondes sans renforcement imm\u00e9diat, la formation de l&rsquo;habitude motrice <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"_sH_r\">$_sH_r$<\/span> devenait quasi ind\u00e9tectable chez l&rsquo;animal na\u00eff, corroborant l&rsquo;axiome d&rsquo;une contigu\u00eft\u00e9 temporelle imp\u00e9rative entre la r\u00e9ponse terminale et la d\u00e9charge de la pulsion.<\/p>\n<h2>6. Analyse cin\u00e9tique de la course en labyrinthe : latences, vitesse et gradient de but<\/h2>\n<h3>6.1 La th\u00e9orie du gradient de but (Goal Gradient Hypothesis)<\/h3>\n<p>L&rsquo;une des contributions th\u00e9oriques les plus brillantes et empiriquement robustes issues du laboratoire de Clark Hull est la formulation en 1932 de l&rsquo;<strong>hypoth\u00e8se du gradient de but<\/strong> (<em>Goal Gradient Hypothesis<\/em>). Observant des rongeurs progressant le long d&rsquo;un long couloir rectiligne vers une bo\u00eete de nourriture, Hull constata un ph\u00e9nom\u00e8ne cin\u00e9tique saisissant : au lieu de maintenir une v\u00e9locit\u00e9 constante, les rats acc\u00e9l\u00e9raient de mani\u00e8re progressive et spectaculaire \u00e0 mesure qu&rsquo;ils se rapprochaient spatialement du but final.<\/p>\n<p>Hull interpr\u00e9ta ce ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e0 travers le prisme de sa th\u00e9orie de l&rsquo;association contigu\u00eb. Le stimulus r\u00e9ducteur de tension (la nourriture) est dispens\u00e9 au point terminal de la trajectoire. D\u00e8s lors, les connexions stimulus-r\u00e9ponse op\u00e9rant dans les derniers segments du parcours b\u00e9n\u00e9ficient d&rsquo;un intervalle temporel minimal avec la r\u00e9duction de la pulsion ; elles sont donc dot\u00e9es d&rsquo;une force d&rsquo;habitude (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"_sH_r\">$_sH_r$<\/span>) substantiellement plus \u00e9lev\u00e9e que les connexions associ\u00e9es aux stimuli de d\u00e9but de parcours, \u00e9loign\u00e9es de plusieurs secondes ou minutes de la r\u00e9compense :<\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-style: italic; margin: 20px 0;\">\n    <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"_sE_r(\\text{fin}) &gt; _sE_r(\\text{milieu}) &gt; _sE_r(\\text{d\u00e9but})\">$_sE_r(\\text{fin}) > _sE_r(\\text{milieu}) > _sE_r(\\text{d\u00e9but})$<\/span>\n<\/p>\n<p>Cette sup\u00e9riorit\u00e9 du potentiel d&rsquo;\u00e9vocation se traduit m\u00e9caniquement par une augmentation de la v\u00e9locit\u00e9 locomotrice (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"St\">$St$<\/span>) de l&rsquo;animal. Hull formalisa math\u00e9matiquement cette dynamique : l&rsquo;attraction cin\u00e9tique du but d\u00e9cro\u00eet de mani\u00e8re logarithmique ou exponentielle en fonction inverse de la distance spatio-temporelle s\u00e9parant l&rsquo;organisme de la r\u00e9compense. Cette formulation \u00e9l\u00e9gante permettait d&rsquo;expliquer non seulement l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration terminale des rongeurs, mais \u00e9galement leur obstination accrue et la force de traction physique exerc\u00e9e par les rats lorsqu&rsquo;ils \u00e9taient attach\u00e9s \u00e0 un petit harnais reli\u00e9 \u00e0 un dynamom\u00e8tre au fil de leur approche du but.<\/p>\n<h3>6.2 Mesures de latence de d\u00e9part et segmentation des temps de passage<\/h3>\n<p>Pour d\u00e9cortiquer cette dynamique cin\u00e9tique avec une exactitude clinique, les chercheurs de Yale ont d\u00e9laiss\u00e9 les chronom\u00e8tres manuels au profit d&rsquo;enregistreurs kymographiques et de barri\u00e8res \u00e0 cellules photo\u00e9lectriques dispos\u00e9es \u00e0 intervalles r\u00e9guliers le long des parois du labyrinthe. Le franchissement d&rsquo;un faisceau infrarouge par le corps du rat coupait un circuit \u00e9lectrique, inscrivant une marque ind\u00e9l\u00e9bile sur un tambour rotatif tapiss\u00e9 de papier noirci \u00e0 la suie.<\/p>\n<p>L&rsquo;analyse fine de ces enregistrements a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une corr\u00e9lation n\u00e9gative quasi parfaite entre la dur\u00e9e pr\u00e9alable de la privation m\u00e9tabolique (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"h\">$h$<\/span>) et le <strong>temps de latence de d\u00e9part<\/strong> (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"St_r\">$St_r$<\/span>) : un rat affam\u00e9 depuis 48 heures bondissait hors de la bo\u00eete de d\u00e9part en une fraction de seconde apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation de la guillotine, alors qu&rsquo;un animal mod\u00e9r\u00e9ment priv\u00e9 h\u00e9sitait plusieurs dizaines de secondes, reniflant l&rsquo;encadrement de la porte avant de s&rsquo;\u00e9lancer.<\/p>\n<p>De m\u00eame, la segmentation du labyrinthe en tron\u00e7ons m\u00e9triques a mis en \u00e9vidence la disparition graduelle des micro-comportements d&rsquo;h\u00e9sitation. Lors des premiers essais d&rsquo;apprentissage, l&rsquo;animal ralentissait syst\u00e9matiquement \u00e0 chaque intersection, marquant des pauses exploratoires prolong\u00e9es et tournant la t\u00eate alternativement vers le bras ouvert et vers le cul-de-sac \u2013 un ph\u00e9nom\u00e8ne que Tolman d\u00e9signera sous le terme d&rsquo;essais et erreurs vicariants (<em>vicarious trial and error<\/em>, VTE). Sous l&rsquo;effet de la r\u00e9p\u00e9tition renforc\u00e9e, ces oscillations comportementales \u00e9taient litt\u00e9ralement \u00e9cras\u00e9es par le potentiel d&rsquo;\u00e9vocation dominant de la trajectoire correcte, transformant la course en une trajectoire motrice d&rsquo;un seul tenant, balistique et ininterrompue.<\/p>\n<h3>6.3 \u00c9limination des erreurs et hi\u00e9rarchie de famille de r\u00e9ponses habituelles<\/h3>\n<p>Dans un labyrinthe \u00e0 embranchements multiples, la mesure cardinale de l&rsquo;apprentissage demeurait le taux d&rsquo;\u00e9limination des erreurs, une \u00ab erreur \u00bb \u00e9tant rigoureusement d\u00e9finie comme l&rsquo;introduction du museau ou du corps entier du rongeur au-del\u00e0 de la ligne d&rsquo;entr\u00e9e d&rsquo;une impasse (<em>blind alley<\/em>). Les courbes d&rsquo;erreurs dress\u00e9es par Hull montraient une baisse hyperbolique rapide : en l&rsquo;espace de 15 \u00e0 30 essais, les incursions dans les culs-de-sac tombaient quasiment \u00e0 z\u00e9ro.<\/p>\n<p>Pour rendre compte formellement de cette s\u00e9lection m\u00e9canique de la trajectoire optimale parmi une infinit\u00e9 de trajectoires motrices possibles, Hull a forg\u00e9 le concept de <strong>hi\u00e9rarchie de famille de r\u00e9ponses habituelles<\/strong> (<em>habit family hierarchy<\/em>). Face \u00e0 un carrefour spatial, l&rsquo;animal dispose d&rsquo;un \u00e9ventail de r\u00e9ponses motrices potentielles hi\u00e9rarchis\u00e9es selon leur potentiel d&rsquo;\u00e9vocation respectif (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"_sE_{r1} &gt; _sE_{r2} &gt; _sE_{r3}\">$_sE_{r1} > _sE_{r2} > _sE_{r3}$<\/span>).<\/p>\n<p>Lorsqu&rsquo;un rongeur bifurque dans un cul-de-sac, il se heurte \u00e0 une cloison aveugle : aucun renfor\u00e7ateur n&rsquo;est pr\u00e9sent, ce qui prolonge l&rsquo;\u00e9tat aversif de privation tout en imposant un surcro\u00eet de travail musculaire st\u00e9rile. Ce co\u00fbt physique et cette absence de r\u00e9duction pulsionnelle g\u00e9n\u00e8rent imm\u00e9diatement de l&rsquo;inhibition r\u00e9active (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"I_r\">$I_r$<\/span>) et de l&rsquo;extinction sur la connexion motrice fautive. Le potentiel d&rsquo;\u00e9vocation de la r\u00e9ponse erron\u00e9e chute donc brutalement. D\u00e8s que ce potentiel tombe en de\u00e7\u00e0 de celui de la r\u00e9ponse alternative concurrente (virer dans le bras ouvert), cette derni\u00e8re prend m\u00e9caniquement le pas sur la premi\u00e8re au sein de la hi\u00e9rarchie motrice. L&rsquo;apprentissage spatial n&rsquo;est donc rien d&rsquo;autre que l&rsquo;\u00e9lagage m\u00e9canique des branches motrices improductives par l&rsquo;inhibition et la consolidation pr\u00e9f\u00e9rentielle de la trajectoire la plus courte vers la r\u00e9duction du besoin.<\/p>\n<h2>7. Pulsions secondaires et renforcement conditionn\u00e9 dans l&rsquo;apprentissage spatial<\/h2>\n<h3>7.1 Gen\u00e8se et fonctionnement des pulsions acquises (Acquired Drives)<\/h3>\n<p>L&rsquo;un des d\u00e9fis conceptuels les plus redoutables pour la th\u00e9orie de Clark Hull consistait \u00e0 expliquer pourquoi des animaux continuaient \u00e0 apprendre ou \u00e0 naviguer vigoureusement dans des environnements exp\u00e9rimentaux alors m\u00eame qu&rsquo;aucune pulsion biologique primaire directe n&rsquo;\u00e9tait imm\u00e9diatement r\u00e9duite \u00e0 chaque instant. Pour surmonter cet \u00e9cueil sans abandonner son dogme hom\u00e9ostatique, Hull, \u00e9paul\u00e9 par Neal Miller et O. Hobart Mowrer, a \u00e9labor\u00e9 le concept de <strong>pulsions acquises<\/strong> ou pulsions secondaires (<em>Acquired Drives<\/em>).<\/p>\n<p>Selon cette th\u00e8se, un stimulus neutre (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"S\">$S$<\/span>) appari\u00e9 de fa\u00e7on r\u00e9p\u00e9t\u00e9e \u00e0 l&rsquo;activation douloureuse ou violente d&rsquo;une pulsion primaire \u2013 par exemple un choc \u00e9lectrique plantaire administr\u00e9 via une grille m\u00e9tallique au sol \u2013 finit par acqu\u00e9rir par simple conditionnement classique des propri\u00e9t\u00e9s motivationnelles intrins\u00e8ques. Le stimulus environnemental devient alors capable de d\u00e9clencher \u00e0 lui seul un \u00e9tat d&rsquo;activation \u00e9motionnelle interne hautement aversif : <strong>la peur<\/strong> (ou l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 conditionn\u00e9e).<\/p>\n<p>Dans les exp\u00e9riences c\u00e9l\u00e8bres de Miller (1948) men\u00e9es sur des dispositifs \u00e0 deux compartiments (blanc et noir), des rats recevaient des d\u00e9charges \u00e9lectriques dans la bo\u00eete blanche. Par la suite, m\u00eame en l&rsquo;absence totale de tout nouveau choc \u00e9lectrique, les rongeurs plac\u00e9s dans la bo\u00eete blanche exhibaient une agitation motrice f\u00e9brile et apprenaient spontan\u00e9ment des r\u00e9ponses complexes \u2013 comme faire tourner une roue ou abaisser un levier \u2013 dont le seul effet \u00e9tait d&rsquo;ouvrir la porte leur permettant de s&rsquo;enfuir vers la bo\u00eete noire. Pour Hull et Miller, la d\u00e9monstration \u00e9tait irr\u00e9futable : la peur fonctionnait exactement comme une pulsion primaire (elle fournissait l&rsquo;\u00e9nergie motrice), et sa dissipation imm\u00e9diate lors de l&rsquo;acc\u00e8s au compartiment s\u00e9curis\u00e9 constituait une r\u00e9duction effective de pulsion, agissant comme un renforcement primaire authentique.<\/p>\n<h3>7.2 Les renfor\u00e7ateurs secondaires dans la navigation en labyrinthe<\/h3>\n<p>Par sym\u00e9trie avec les pulsions acquises, le syst\u00e8me hullien a int\u00e9gr\u00e9 la notion de <strong>renforcement secondaire<\/strong> (ou conditionn\u00e9). Tout stimulus environnemental neutre qui se trouve temporellement associ\u00e9 de fa\u00e7on intime et r\u00e9p\u00e9t\u00e9e \u00e0 la r\u00e9duction d&rsquo;une pulsion primaire acquiert la capacit\u00e9 d&rsquo;agir transitoirement comme un renfor\u00e7ateur autonome.<\/p>\n<p>Dans le contexte sp\u00e9cifique de la course en labyrinthe, la bo\u00eete de but (avec la couleur distincte de ses parois, l&rsquo;odeur r\u00e9siduelle de ses compartiments, la texture m\u00e9tallique de son plancher et l&rsquo;\u00e9clat de sa coupelle) pr\u00e9c\u00e8de et accompagne imm\u00e9diatement l&rsquo;ingestion calorique r\u00e9ductrice de faim. Ces indices environnementaux deviennent ainsi des renfor\u00e7ateurs secondaires d&rsquo;une puissance consid\u00e9rable. Lorsqu&rsquo;un rat n\u00e9gocie un virage d\u00e9cisif au milieu d&rsquo;un d\u00e9dale complexe et p\u00e9n\u00e8tre dans un couloir dont les caract\u00e9ristiques physiques ressemblent \u00e0 celles de la bo\u00eete finale, la simple perception de ces signaux engendre une diminution partielle de la tension motivationnelle interne.<\/p>\n<p>Cette propri\u00e9t\u00e9 explique comment un rongeur peut apprendre des segments entiers de parcours situ\u00e9s loin du but ultime : chaque segment est renforc\u00e9 de proche en proche par les stimuli du segment suivant. Toutefois, la th\u00e9orie de Hull impose une restriction fondamentale \u00e0 ce m\u00e9canisme : les renfor\u00e7ateurs secondaires ne poss\u00e8dent aucune autonomie fonctionnelle permanente. Si un rat est contraint d&rsquo;\u00e9voluer de mani\u00e8re r\u00e9p\u00e9t\u00e9e dans un labyrinthe o\u00f9 les indices de la bo\u00eete de but ne sont plus jamais suivis de nourriture r\u00e9elle, leur pouvoir de renforcement s&rsquo;\u00e9rode in\u00e9luctablement sous l&rsquo;effet de l&rsquo;extinction exp\u00e9rimentale, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que la performance motrice s&rsquo;effondre d\u00e9finitivement.<\/p>\n<h3>7.3 Cha\u00eenage comportemental et r\u00e9ponses anticipatrices de but (rg-sg)<\/h3>\n<p>L&rsquo;une des inventions th\u00e9oriques les plus subtiles et audacieuses de Clark Hull pour pr\u00e9server son \u00e9difice strictement m\u00e9caniste tout en rendant compte de l&rsquo;apparente intentionnalit\u00e9 du comportement animal est le concept de <strong>r\u00e9ponse fractionnelle anticipatrice de but<\/strong>, symbolis\u00e9e par le complexe <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"r_g - s_g\">$r_g &#8211; s_g$<\/span>.<\/p>\n<p>Face \u00e0 un animal qui traverse un labyrinthe complexe sans marquer d&rsquo;h\u00e9sitation, un observateur na\u00eff a tendance \u00e0 affirmer que \u00ab l&rsquo;animal court parce qu&rsquo;il <em>sait<\/em> o\u00f9 est la nourriture et qu&rsquo;il <em>veut<\/em> l&rsquo;atteindre \u00bb. Pour Hull, ce recours \u00e0 la t\u00e9l\u00e9ologie mentale constituait une h\u00e9r\u00e9sie scientifique impardonnable. L&rsquo;organisme ne peut \u00eatre pouss\u00e9 que par le pr\u00e9sent physique imm\u00e9diat ; il ne saurait \u00eatre attir\u00e9 par un futur non encore advenu. Comment donc expliquer que l&rsquo;animal semble guid\u00e9 par la perspective du but lointain ?<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse r\u00e9side dans la m\u00e9canique du conditionnement classique :<\/p>\n<ul>\n<li>Dans la bo\u00eete de but, l&rsquo;animal ex\u00e9cute la r\u00e9ponse inconditionn\u00e9e de consommation (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"R_G\">$R_G$<\/span>) : m\u00e2chonner, saliver, ing\u00e9rer.<\/li>\n<li>Certaines composantes de cette r\u00e9ponse de but globale ne requi\u00e8rent pas la pr\u00e9sence physique de l&rsquo;aliment pour \u00eatre \u00e9mises : ce sont les r\u00e9ponses fractionnelles de but (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"r_g\">$r_g$<\/span>), telles que les micro-mouvements mandibulaires ou la s\u00e9cr\u00e9tion salivaire.<\/li>\n<li>Sous l&rsquo;effet des centaines d&rsquo;associations temporelles lors de la travers\u00e9e du labyrinthe, ces petites r\u00e9ponses fractionnelles (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"r_g\">$r_g$<\/span>) se d\u00e9tachent du point terminal pour \u00eatre conditionn\u00e9es aux stimuli rencontr\u00e9s tout au long du parcours, y compris d\u00e8s la bo\u00eete de d\u00e9part.<\/li>\n<li>Ces contractions musculaires internes (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"r_g\">$r_g$<\/span>) produisent \u00e0 leur tour des sensations proprioceptives et kinesth\u00e9siques internes (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"s_g\">$s_g$<\/span>).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ce stimulus proprioceptif int\u00e9rieur <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"s_g\">$s_g$<\/span> sert alors de guide moteur physique continu le long de la cha\u00eene comportementale. Le rat n&rsquo;a besoin d&rsquo;aucun concept mental de \u00ab repr\u00e9sentation du but \u00bb : son corps produit m\u00e9caniquement ses propres micro-stimuli guides \u00e0 chaque pas. Hull r\u00e9ussissait ainsi le tour de force d&rsquo;expliquer le comportement dirig\u00e9 vers un but \u00e0 travers une cha\u00eene physique causale strictement ant\u00e9rograde, sans jamais faire intervenir la moindre conscience cognitive chez l&rsquo;animal.<\/p>\n<h2>8. La confrontation th\u00e9orique majeure : Hull face \u00e0 Edward Tolman et l&rsquo;apprentissage latent<\/h2>\n<h3>8.1 Le paradigme de l&rsquo;apprentissage latent de Tolman et Honzik (1930)<\/h3>\n<p>Le mod\u00e8le hullien, fond\u00e9 sur l&rsquo;axiome in\u00e9branlable que l&rsquo;apprentissage ne peut avoir lieu sans r\u00e9duction effective d&rsquo;une pulsion, s&rsquo;est heurt\u00e9 de plein fouet \u00e0 une s\u00e9rie d&rsquo;objections exp\u00e9rimentales magistrales orchestr\u00e9es par son grand rival de l&rsquo;Universit\u00e9 de Californie \u00e0 Berkeley, <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/behaviorism\/#PurpBeha\">Edward Chace Tolman<\/a>. La plus d\u00e9vastatrice de ces attaques empiriques demeure le paradigme de l&rsquo;<strong>apprentissage latent<\/strong>, immortalis\u00e9 par la c\u00e9l\u00e8bre exp\u00e9rience de Tolman et Charles Honzik publi\u00e9e en 1930.<\/p>\n<p>Le protocole de Tolman et Honzik comparait trois cohortes distinctes de rats plac\u00e9s dans un labyrinthe \u00e0 14 carrefours complexes comportant de nombreux culs-de-sac :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Groupe 1 (Renforc\u00e9 de mani\u00e8re constante) :<\/strong> Les rats trouvaient de la nourriture dans la bo\u00eete de but \u00e0 l&rsquo;issue de chaque essai quotidien. Leurs courbes d&rsquo;erreurs d\u00e9clinaient de fa\u00e7on r\u00e9guli\u00e8re et continue au fil des jours.<\/li>\n<li><strong>Groupe 2 (Jamais renforc\u00e9) :<\/strong> Les rats parcouraient le labyrinthe sans jamais trouver la moindre pitance dans la bo\u00eete finale. Leurs performances ne s&rsquo;am\u00e9lioraient que tr\u00e8s superficiellement ; ils continuaient \u00e0 explorer paresseusement les impasses, commettant un nombre d&rsquo;erreurs tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 et fluctuant.<\/li>\n<li><strong>Groupe 3 (Renforcement tardif) :<\/strong> Durant les dix premiers jours de l&rsquo;exp\u00e9rimentation, ces rats \u00e9taient trait\u00e9s exactement comme le groupe non r\u00e9compens\u00e9 : aucune nourriture ne les attendait au but, et leur taux d&rsquo;erreurs demeurait m\u00e9diocre. Mais au onzi\u00e8me jour, de la nourriture fut subitement introduite dans la bo\u00eete de but.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les pr\u00e9dictions du syst\u00e8me de Hull \u00e9taient formelles : n&rsquo;ayant b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&rsquo;aucune r\u00e9duction de pulsion pendant les dix premiers jours (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"N = 0\">$N = 0$<\/span>), les rats du Groupe 3 ne devaient avoir accumul\u00e9 aucune force d&rsquo;habitude (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"_sH_r = 0\">$_sH_r = 0$<\/span>). D\u00e8s l&rsquo;introduction de la nourriture au jour 11, leur vitesse d&rsquo;apprentissage aurait d\u00fb commencer son ascension graduelle \u00e0 partir de z\u00e9ro, calquant la pente observ\u00e9e chez le Groupe 1 lors de ses premiers jours d&rsquo;essais.<\/p>\n<p>Le r\u00e9sultat exp\u00e9rimental fut un coup de tonnerre pour le n\u00e9o-b\u00e9haviorisme m\u00e9caniste : d\u00e8s le douzi\u00e8me jour \u2013 soit imm\u00e9diatement apr\u00e8s un <em>unique<\/em> essai r\u00e9compens\u00e9 \u2013, le nombre d&rsquo;erreurs du Groupe 3 s&rsquo;effondra verticalement, rejoignant instantan\u00e9ment et surpassant m\u00eame les performances du groupe renforc\u00e9 depuis le d\u00e9but. Les rongeurs avaient manifestement appris l&rsquo;architecture spatiale compl\u00e8te du labyrinthe durant les dix jours sans r\u00e9compense, mais ce savoir demeurait <em>latent<\/em>, ne se traduisant en performance motrice spectaculaire que sous l&rsquo;impulsion d&rsquo;une incitation alimentaire. L&rsquo;apprentissage avait ind\u00e9niablement eu lieu sans aucune r\u00e9duction de pulsion.<\/p>\n<h3>8.2 Cartes cognitives contre cha\u00eenes de connexions stimulus-r\u00e9ponse<\/h3>\n<p>Pour Edward Tolman, l&rsquo;apprentissage latent disqualifiait d\u00e9finitivement l&rsquo;associationnisme p\u00e9riph\u00e9rique et m\u00e9caniste de Hull. Tolman affirmait que le rat n&rsquo;apprend pas des s\u00e9quences rigides de mouvements musculaires r\u00e9gies par des \u00e9quations \u00e9nerg\u00e9tiques, mais acquiert une structure de connaissances organis\u00e9e sur l&rsquo;environnement : une <strong>carte cognitive<\/strong> (<em>cognitive map<\/em>). L&rsquo;animal enregistre des relations de signification entre les stimuli spatiaux (\u00ab tel couloir m\u00e8ne \u00e0 telle bifurcation \u00bb) ind\u00e9pendamment de tout renforcement biologique.<\/p>\n<p>Loin de capituler face \u00e0 ces \u00e9vidences ph\u00e9nom\u00e9nologiques, Hull et ses disciples de Yale ont oppos\u00e9 une r\u00e9sistance th\u00e9orique f\u00e9roce. Pour sauver le postulat de la r\u00e9duction des pulsions, Hull a soutenu que les rats non r\u00e9compens\u00e9s du Groupe 3 de Tolman subissaient en r\u00e9alit\u00e9 de multiples <em>micro-renforcements hom\u00e9ostatiques<\/em> inaper\u00e7us de l&rsquo;exp\u00e9rimentateur. L&rsquo;animal extrait de sa cage de confinement et plac\u00e9 dans un couloir sombre subit une pulsion aversive d&rsquo;origine \u00e9motionnelle ou exploratoire ; le simple fait de progresser le long des parois, d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 l&rsquo;impasse ou d&rsquo;atteindre la bo\u00eete finale (qui le soustrait \u00e0 la manipulation humaine) entra\u00eene une micro-baisse d&rsquo;activation n\u00e9gative suffisante pour consolider subrepticement l&rsquo;habitude motrice <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"_sH_r\">$_sH_r$<\/span>.<\/p>\n<p>En outre, Hull r\u00e9interpr\u00e9tait les cartes cognitives de Tolman \u00e0 travers sa machinerie de r\u00e9ponses fractionnelles anticipatrices (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"r_g - s_g\">$r_g &#8211; s_g$<\/span>). Ce que Tolman qualifiait d&rsquo;\u00ab attente cognitive \u00bb n&rsquo;\u00e9tait pour Hull qu&rsquo;une boucle sensorimotrice proprioceptive interne parfaitement m\u00e9canique, dispensant la psychologie d&rsquo;avoir recours \u00e0 un \u00ab fant\u00f4me dans la machine \u00bb ou \u00e0 une quelconque conscience spatiale cartographique.<\/p>\n<h3>8.3 Le grand d\u00e9bat \u00ab Lieu contre R\u00e9ponse \u00bb (Place learning vs. Response learning)<\/h3>\n<p>La controverse entre l&rsquo;\u00e9cole de Hull (Yale) et l&rsquo;\u00e9cole de Tolman (Berkeley) a culmin\u00e9 lors d&rsquo;une c\u00e9l\u00e8bre joute exp\u00e9rimentale \u00e9tal\u00e9e sur pr\u00e8s de deux d\u00e9cennies : le d\u00e9bat sur l&rsquo;<strong>apprentissage de lieu contre l&rsquo;apprentissage de r\u00e9ponse<\/strong> (<em>Place vs. Response learning<\/em>).<\/p>\n<p>Le dispositif embl\u00e9matique \u00e9tait le <strong>labyrinthe en croix<\/strong> (<em>cross maze<\/em>). L&rsquo;animal pouvait \u00eatre introduit soit par le bras Sud, soit par le bras Nord. Deux bras lat\u00e9raux (Est et Ouest) servaient d&rsquo;\u00e9chappatoires, l&rsquo;un contenant de la nourriture. Deux hypoth\u00e8ses s&rsquo;affrontaient frontalement :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La th\u00e9orie de la r\u00e9ponse motrice (Hull) :<\/strong> L&rsquo;apprentissage consiste \u00e0 acqu\u00e9rir une habitude musculaire kinesth\u00e9sique st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e (ex. : \u00ab ex\u00e9cuter une contraction musculaire vers la droite \u00bb sous l&rsquo;impulsion du stimulus au carrefour).<\/li>\n<li><strong>La th\u00e9orie du lieu spatial (Tolman) :<\/strong> L&rsquo;apprentissage consiste \u00e0 rep\u00e9rer la localisation g\u00e9ographique absolue de la nourriture dans la pi\u00e8ce (ex. : \u00ab la nourriture se trouve vers la fen\u00eatre Est \u00bb), quelle que soit la chor\u00e9graphie motrice n\u00e9cessaire pour y parvenir.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Pour trancher, les exp\u00e9rimentateurs entra\u00eenaient des rats \u00e0 partir du bras Sud avec la nourriture plac\u00e9e dans le bras Est : pour r\u00e9ussir, l&rsquo;animal devait invariablement tourner \u00e0 droite. Une fois l&rsquo;apprentissage stabilis\u00e9, le rat \u00e9tait soumis au test critique : il \u00e9tait introduit par le bras oppos\u00e9, au Nord. S&rsquo;il avait appris une <em>r\u00e9ponse motrice<\/em> (th\u00e8se de Hull), il devait r\u00e9p\u00e9ter son r\u00e9flexe musculaire et tourner \u00e0 sa droite (atterrissant ainsi dans le bras Ouest, vide). S&rsquo;il avait acquis la notion d&rsquo;un <em>lieu<\/em> (th\u00e8se de Tolman), il devait corriger sa trajectoire corporelle et tourner \u00e0 sa gauche pour se diriger physiquement vers le bras Est o\u00f9 se trouvait la nourriture.<\/p>\n<p>Les r\u00e9sultats exp\u00e9rimentaux men\u00e9s dans les ann\u00e9es 1940 par Tolman, Ritchie et Kalish ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que les rongeurs apprenaient beaucoup plus promptement \u00e0 s&rsquo;orienter vers un <em>lieu<\/em> qu&rsquo;\u00e0 ex\u00e9cuter une r\u00e9ponse motrice aveugle, \u00e0 condition que la pi\u00e8ce exp\u00e9rimentale f\u00fbt riche en rep\u00e8res visuels distaux (fen\u00eatres, affiches murales, source lumineuse asym\u00e9trique). En revanche, lorsque le labyrinthe \u00e9tait totalement isol\u00e9 dans une obscurit\u00e9 compl\u00e8te ou entour\u00e9 de rideaux circulaires uniformes privant l&rsquo;animal de tout indice spatial distal, les rongeurs basculaient sur un apprentissage de pure <em>r\u00e9ponse motrice proprioceptive<\/em>, validant temporairement les \u00e9quations hulliennes. Cette confrontation a ainsi mis en lumi\u00e8re la remarquable plasticit\u00e9 du comportement animal, tout en infligeant un d\u00e9menti cinglant \u00e0 la pr\u00e9tention de Hull d&rsquo;assujettir toute navigation spatiale \u00e0 un simple cha\u00eenage de r\u00e9flexes musculaires.<\/p>\n<h2>9. R\u00e9futations empiriques et failles conceptuelles de la r\u00e9duction hom\u00e9ostatique<\/h2>\n<h3>9.1 L&rsquo;effet de la saccharine et des renfor\u00e7ateurs non nutritifs<\/h3>\n<p>Le postulat central selon lequel le renforcement d\u00e9coule exclusivement de la restauration de l&rsquo;\u00e9quilibre hom\u00e9ostatique m\u00e9tabolique \u2013 c&rsquo;est-\u00e0-dire de la suppression d&rsquo;un d\u00e9ficit tissulaire objectif \u2013 a re\u00e7u son coup d&rsquo;arr\u00eat le plus d\u00e9cisif avec les c\u00e9l\u00e8bres exp\u00e9riences de Fred Sheffield et J. Douglas Roby en 1950 sur l&rsquo;<strong>effet de la saccharine<\/strong>.<\/p>\n<p>Sheffield et Roby ont introduit des rats priv\u00e9s d&rsquo;alimentation dans un couloir d&rsquo;apprentissage menant \u00e0 une bo\u00eete de but contenant une solution aqueuse d&rsquo;un \u00e9dulcorant de synth\u00e8se acalorique : la saccharine sodique. La saccharine poss\u00e8de un pouvoir sucrant intense pour les r\u00e9cepteurs gustatifs du rongeur, mais elle est totalement d\u00e9nu\u00e9e de valeur \u00e9nerg\u00e9tique ; elle ne fournit aucune calorie, ne contient aucun glucide m\u00e9tabolisable et traverse le tractus digestif sans \u00eatre assimil\u00e9e par l&rsquo;organisme. Selon la logique stricte de Hull, la consommation de saccharine ne peut r\u00e9duire en aucune mani\u00e8re l&rsquo;\u00e9tat de besoin biologique tissulaire d&rsquo;un animal affam\u00e9 (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"D\">$D$<\/span> reste inchang\u00e9 au niveau cellulaire).<\/p>\n<p>Pourtant, les r\u00e9sultats ont d\u00e9montr\u00e9 que les rats apprenaient \u00e0 courir \u00e0 une vitesse spectaculaire le long du labyrinthe pour la seule r\u00e9compense d&rsquo;ing\u00e9rer quelques gouttes de cette solution \u00e9dulcor\u00e9e. Le renforcement \u00e9tait massif, robuste et r\u00e9sistant \u00e0 l&rsquo;extinction. Sheffield d\u00e9montra ult\u00e9rieurement des r\u00e9sultats analogues chez des rongeurs m\u00e2les autoris\u00e9s \u00e0 r\u00e9aliser une copulation incompl\u00e8te (interrompue avant l&rsquo;\u00e9jaculation), montrant que l&rsquo;\u00e9mission du comportement consommatoire lui-m\u00eame, associ\u00e9 \u00e0 une excitation nerveuse intense, \u00e9tait hautement renfor\u00e7ante sans qu&rsquo;intervienne la moindre d\u00e9charge de tension hom\u00e9ostatique physiologique. Ces donn\u00e9es \u00e9tablissaient de fa\u00e7on indiscutable que la stimulation sensorielle et l&rsquo;activit\u00e9 nerveuse p\u00e9riph\u00e9rique suffisaient \u00e0 induire l&rsquo;apprentissage sans qu&rsquo;une v\u00e9ritable r\u00e9duction du besoin tissulaire sous-jacent ne soit n\u00e9cessaire.<\/p>\n<h3>9.2 L&rsquo;exploration spontan\u00e9e et la recherche de stimulation sensorielle<\/h3>\n<p>Une seconde faille conceptuelle majeure dans la th\u00e9orie de Hull est apparue \u00e0 travers l&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;<strong>exploration spontan\u00e9e<\/strong>. Dans le mod\u00e8le de la r\u00e9duction des pulsions, un organisme enti\u00e8rement rassasi\u00e9, abreuv\u00e9 et maintenu \u00e0 temp\u00e9rature thermoneutre ne poss\u00e8de plus aucune pulsion active (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"D = 0\">$D = 0$<\/span>). Selon les \u00e9quations de Hull, son potentiel d&rsquo;\u00e9vocation global (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"_sE_r\">$_sE_r$<\/span>) doit \u00eatre nul ; l&rsquo;automate animal devrait donc sombrer dans une immobilit\u00e9 totale afin d&rsquo;\u00e9conomiser son \u00e9nergie m\u00e9tabolique.<\/p>\n<p>Or, la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9thologique observ\u00e9e en laboratoire contredisait frontalement ce postulat hom\u00e9ostatique :<\/p>\n<ul>\n<li>Les rongeurs plac\u00e9s dans des labyrinthes complexes sans aucune privation pr\u00e9alable passent de longues p\u00e9riodes \u00e0 fureter, \u00e0 s&rsquo;introduire d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment dans des bras encore inexplor\u00e9s et \u00e0 renifler les parois sans y trouver la moindre nourriture.<\/li>\n<li>Dans des exp\u00e9riences c\u00e9l\u00e8bres men\u00e9es par K. C. Montgomery en 1953, des rats plac\u00e9s dans des dispositifs en T ou en Y choisissaient pr\u00e9f\u00e9rentiellement les bras nouveaux et inconnus plut\u00f4t que les bras familiers, manifestant une v\u00e9ritable \u00ab pulsion d&rsquo;exploration \u00bb spontan\u00e9e.<\/li>\n<li>De mani\u00e8re encore plus spectaculaire, Harry Harlow d\u00e9montrait \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 du Wisconsin que de jeunes singes rh\u00e9sus r\u00e9solvaient avec pers\u00e9v\u00e9rance des casse-t\u00eates m\u00e9caniques complexes sans recevoir aucune r\u00e9compense alimentaire ou liquide, l&rsquo;opportunit\u00e9 m\u00eame de manipuler le puzzle constituant son propre moteur motivationnel.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Loin de chercher syst\u00e9matiquement \u00e0 abaisser leurs tensions stimulatoires vers un \u00e9tat d&rsquo;inertie minimal (hom\u00e9ostasie n\u00e9gative), les organismes vivants manifestent un besoin inn\u00e9 d&rsquo;accro\u00eetre leur niveau d&rsquo;activation sensorielle et de stimulation corticale lorsque l&rsquo;environnement devient monotone, ruinant le caract\u00e8re universel de l&rsquo;axiome r\u00e9ducteur de Hull.<\/p>\n<h3>9.3 L&rsquo;auto-stimulation intracr\u00e2nienne d&rsquo;Olds et Milner (1954)<\/h3>\n<p>Le coup de gr\u00e2ce port\u00e9 \u00e0 l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie de la th\u00e9orie de la r\u00e9duction hom\u00e9ostatique des pulsions est survenu en 1954 avec la d\u00e9couverte r\u00e9volutionnaire de James Olds et Peter Milner \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 McGill : l&rsquo;<strong>auto-stimulation intracr\u00e2nienne<\/strong> (<em>Intracranial Self-Stimulation<\/em>, ICSS).<\/p>\n<p>En implantant chirurgicalement des micro-\u00e9lectrodes m\u00e9talliques dans diverses structures sous-corticales de rongeurs (notamment au niveau du septum et du faisceau m\u00e9dian du t\u00e9lenc\u00e9phale) et en reliant ces \u00e9lectrodes \u00e0 une p\u00e9dale dans une bo\u00eete op\u00e9rante, Olds et Milner d\u00e9couvrirent l&rsquo;existence de zones c\u00e9r\u00e9brales dont la stimulation \u00e9lectrique directe constituait le renfor\u00e7ateur le plus puissant jamais observ\u00e9 en psychologie exp\u00e9rimentale. Les rats apprenaient instantan\u00e9ment \u00e0 presser le levier \u00e0 des cadences fr\u00e9n\u00e9tiques pouvant atteindre plusieurs milliers d&rsquo;occurrences par heure, ignorant la nourriture alors qu&rsquo;ils \u00e9taient affam\u00e9s, n\u00e9gligeant leurs cong\u00e9n\u00e8res du sexe oppos\u00e9 et allant jusqu&rsquo;\u00e0 traverser des grilles \u00e9lectrifi\u00e9es infligeant des chocs intenses aux pattes pour aller actionner le contacteur.<\/p>\n<p>Cette observation pulv\u00e9risait le sch\u00e9ma hullien : l&rsquo;impulsion \u00e9lectrique c\u00e9r\u00e9brale ne r\u00e9duisait aucun besoin biologique ; au contraire, elle injectait directement un surcro\u00eet massif d&rsquo;excitation \u00e9lectrique au sein des voies dopaminergiques m\u00e9solimbiques. Le renforcement n&rsquo;\u00e9tait donc pas l&rsquo;extinction hom\u00e9ostatique d&rsquo;une tension m\u00e9tabolique, mais l&rsquo;activation neurochimique directe de circuits neuronaux sp\u00e9cialis\u00e9s dans l&rsquo;attribution de valeur biologique et h\u00e9donique. D\u00e8s la fin des ann\u00e9es 1950, la r\u00e9duction des pulsions de Hull cessait d&rsquo;\u00eatre le paradigme h\u00e9g\u00e9monique de la motivation.<\/p>\n<h2>10. L&rsquo;\u00e9volution du syst\u00e8me hullien : la r\u00e9vision de Kenneth Spence et la motivation incitatrice<\/h2>\n<h3>10.1 L&rsquo;introduction formelle de la valeur incitatrice (Incentive Motivation, K)<\/h3>\n<p>Face \u00e0 l&rsquo;accumulation des anomalies empiriques issues des labyrinthes, le syst\u00e8me th\u00e9orique de Clark Hull a d\u00fb subir de profondes mutations structurelles. Le principal artisan de ce sauvetage th\u00e9orique fut son plus brillant disciple et successeur \u00e0 la t\u00eate du n\u00e9o-b\u00e9haviorisme formel : <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.britannica.com\/biography\/Kenneth-Wartinbee-Spence\">Kenneth W. Spence<\/a>.<\/p>\n<p>Spence mit en lumi\u00e8re une faiblesse fatale dans la formule cardinale <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"_sE_r = _sH_r \\times D\">$_sE_r = _sH_r \\times D$<\/span>. Dans cette \u00e9quation originelle, la taille, le volume et la saveur physique de la r\u00e9compense distribu\u00e9e au but \u00e9taient postul\u00e9s comme modulant uniquement la vitesse d&rsquo;accroissement de la force de l&rsquo;habitude (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"_sH_r\">$_sH_r$<\/span>). Or, des s\u00e9ries d&rsquo;exp\u00e9riences d\u00e9montraient que si l&rsquo;on modifiait brusquement l&rsquo;amplitude de la r\u00e9compense chez un rongeur ayant d\u00e9j\u00e0 atteint son niveau d&rsquo;apprentissage asymptotique maximal, sa vitesse de course changeait de fa\u00e7on quasi instantan\u00e9e, bien trop vite pour qu&rsquo;une quelconque habitude neurale n&rsquo;ait eu le temps de se reconstruire.<\/p>\n<p>Pour int\u00e9grer ces donn\u00e9es, Spence et Hull ont introduit une nouvelle variable interm\u00e9diaire majeure : la <strong>motivation incitatrice<\/strong> (<em>Incentive Motivation<\/em>, formellement symbolis\u00e9e par la lettre <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"K\">$K$<\/span>). La variable <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"K\">$K$<\/span> repr\u00e9sentait la valeur attractive environnementale exerc\u00e9e par le renfor\u00e7ateur sur l&rsquo;organisme. Le syst\u00e8me math\u00e9matique op\u00e9ra alors une transition \u00e9pist\u00e9mologique cruciale : le comportement n&rsquo;\u00e9tait plus seulement \u00ab pouss\u00e9 \u00bb de l&rsquo;int\u00e9rieur par les carences somatiques de l&rsquo;organisme (th\u00e9ories dites <em>push<\/em> fond\u00e9es sur la pulsion <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"D\">$D$<\/span>), il \u00e9tait \u00e9galement \u00ab tir\u00e9 \u00bb de l&rsquo;ext\u00e9rieur par l&rsquo;attractivit\u00e9 sensorielle des stimuli de renforcement pr\u00e9sents dans l&rsquo;environnement (th\u00e9ories dites <em>pull<\/em> fond\u00e9es sur l&rsquo;incitation <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"K\">$K$<\/span>).<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9quation du potentiel d&rsquo;\u00e9vocation connut plusieurs reformulations successives au sein de l&rsquo;\u00e9cole de Yale et de l&rsquo;Iowa. Hull proposa une formulation multiplicative complexe :<\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 1.1em; font-weight: bold; margin: 25px 0;\">\n    <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"_sE_r = _sH_r \\times D \\times K \\times V\">$_sE_r = _sH_r \\times D \\times K \\times V$<\/span>\n<\/p>\n<p>o\u00f9 <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"V\">$V$<\/span> repr\u00e9sentait le dynamisme de l&rsquo;intensit\u00e9 du stimulus conditionn\u00e9. Spence, quant \u00e0 lui, privil\u00e9giait une formulation additive entre les composantes motivationnelles internes et externes, mod\u00e9lisant le potentiel effectif sous la forme :<\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 1.1em; font-weight: bold; margin: 25px 0;\">\n    <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"_sE_r = _sH_r \\times (D + K)\">$_sE_r = _sH_r \\times (D + K)$<\/span>\n<\/p>\n<p>Cette modification math\u00e9matique permettait d&rsquo;expliquer pourquoi un animal m\u00eame faiblement priv\u00e9 (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"D\">$D$<\/span> bas) pouvait n\u00e9anmoins galoper \u00e0 vive allure dans un labyrinthe si la r\u00e9compense promise au bout du parcours \u00e9tait d&rsquo;une exceptionnelle valeur incitatrice (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"K\">$K$<\/span> tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9, comme une friandise hautement concentr\u00e9e en sucre).<\/p>\n<h3>10.2 L&rsquo;effet Crespi (1942) : contrastes de renforcement positifs et n\u00e9gatifs<\/h3>\n<p>La formalisation d\u00e9finitive de la motivation incitatrice <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"K\">$K$<\/span> d\u00e9coule d&rsquo;une s\u00e9rie d&rsquo;exp\u00e9riences rest\u00e9es c\u00e9l\u00e8bres sous le nom d&rsquo;<strong>effet Crespi<\/strong>, publi\u00e9es par le psychologue Leo P. Crespi en 1942.<\/p>\n<p>Crespi entra\u00eenait trois groupes de rats affam\u00e9s \u00e0 courir dans un couloir droit standardis\u00e9, chaque groupe recevant une quantit\u00e9 diff\u00e9rente de nourriture au point terminal :<\/p>\n<ul>\n<li>Le groupe \u00e0 <em>faible r\u00e9compense<\/em> ne recevait qu&rsquo;une seule pastille alimentaire minuscule (1 pelote) ;<\/li>\n<li>Le groupe \u00e0 <em>r\u00e9compense moyenne<\/em> recevait 16 pastilles ;<\/li>\n<li>Le groupe \u00e0 <em>forte r\u00e9compense<\/em> b\u00e9n\u00e9ficiait d&rsquo;un festin de 64 ou 256 pastilles.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Comme on pouvait s&rsquo;y attendre, apr\u00e8s une vingtaine d&rsquo;essais stabilis\u00e9s, la vitesse de course des trois cohortes refl\u00e9tait fid\u00e8lement l&rsquo;amplitude de la ration : les rats recevant 64 pastilles couraient \u00e0 une allure fulgurante, tandis que les rats ne recevant qu&rsquo;une pastille trottinaient lentement le long du couloir.<\/p>\n<p>C&rsquo;est alors que Crespi op\u00e9ra la manipulation exp\u00e9rimentale critique : au vingti\u00e8me essai, il modifia brutalement les r\u00e8gles du jeu pour les groupes extr\u00eames, en ramenant uniform\u00e9ment la r\u00e9compense de tous les animaux \u00e0 16 pastilles :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le contraste positif (effet d&rsquo;\u00e9l\u00e8vement \/ <em>elation effect<\/em>) :<\/strong> Les rats initialement habitu\u00e9s \u00e0 recevoir 1 seule pastille et d\u00e9couvrant soudainement 16 pastilles ont manifest\u00e9 une acc\u00e9l\u00e9ration ph\u00e9nom\u00e9nale de leur vitesse de course d\u00e8s l&rsquo;essai suivant. Fait capital : ils ne se sont pas content\u00e9s d&rsquo;atteindre le niveau de vitesse ordinaire du groupe nourri \u00e0 16 pastilles, ils ont couru temporairement <em>plus vite<\/em> que les animaux ayant toujours b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de 16 pastilles.<\/li>\n<li><strong>Le contraste n\u00e9gatif (effet de d\u00e9pression \/ <em>depression effect<\/em>) :<\/strong> Inversement, les rats choy\u00e9s avec 64 pastilles qui se sont vus subitement rationn\u00e9s \u00e0 16 pastilles ont connu un effondrement dramatique de leur v\u00e9locit\u00e9 motrice. Leur vitesse est tomb\u00e9e bien en dessous de celle du groupe t\u00e9moin \u00e0 16 pastilles, certains animaux marquant des temps d&rsquo;arr\u00eat prolong\u00e9s devant la bo\u00eete de but, inspectant la mangeoire avec une agressivit\u00e9 visible ou refusant de s&rsquo;\u00e9lancer de la bo\u00eete de d\u00e9part.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette d\u00e9couverte \u00e9tait incompatible avec la conception originelle de l&rsquo;habitude (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"_sH_r\">$_sH_r$<\/span>) formul\u00e9e par Hull. Une habitude motrice, cens\u00e9e s&rsquo;accro\u00eetre de fa\u00e7on infinit\u00e9simale et permanente au fil des r\u00e9p\u00e9titions par simple r\u00e9duction du besoin, ne pouvait pas plonger ou exploser verticalement en l&rsquo;espace d&rsquo;un seul essai de course. Crespi apportait la d\u00e9monstration formelle de l&rsquo;existence de processus d&rsquo;\u00e9valuation cognitive et affective r\u00e9troactive : l&rsquo;animal compare la r\u00e9alit\u00e9 pr\u00e9sente de la r\u00e9compense \u00e0 ses attentes pr\u00e9alables, et cette discordance \u00e9motionnelle (d\u00e9ception ou soulagement) module instantan\u00e9ment la motivation incitatrice <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"K\">$K$<\/span>.<\/p>\n<h3>10.3 L&rsquo;ouvrage posthume de Hull (1952) : A Behavior System<\/h3>\n<p>Confront\u00e9 \u00e0 ces assauts th\u00e9oriques et exp\u00e9rimentaux r\u00e9p\u00e9t\u00e9s, Clark Hull a consacr\u00e9 les derni\u00e8res ann\u00e9es de son existence \u2013 alors que sa sant\u00e9 \u00e9tait lourdement alt\u00e9r\u00e9e par les s\u00e9quelles d&rsquo;une poliomy\u00e9lite contract\u00e9e dans sa jeunesse et par de multiples accidents vasculaires coronariens \u2013 \u00e0 une r\u00e9vision monumentale de son \u0153uvre. Ce travail hercul\u00e9en a culmin\u00e9 dans la publication en 1952, l&rsquo;ann\u00e9e m\u00eame de sa mort, de son ultime grand trait\u00e9 : <em>A Behavior System<\/em>.<\/p>\n<p>Cet ouvrage t\u00e9moigne d&rsquo;un effort path\u00e9tique et fascinant de sauvetage conceptuel. Pour absorber l&rsquo;apprentissage latent, les effets de contraste de Crespi, les donn\u00e9es de l&rsquo;exploration spontan\u00e9e et les particularit\u00e9s de l&rsquo;inhibition conditionn\u00e9e, Hull a \u00e9t\u00e9 contraint de complexifier son mod\u00e8le math\u00e9matique de mani\u00e8re vertigineuse. Le nombre de postulats fondamentaux est pass\u00e9 de seize \u00e0 dix-huit, flanqu\u00e9s d&rsquo;une armada de corollaires, de th\u00e9or\u00e8mes d\u00e9duits et d&rsquo;\u00e9quations auxiliaires int\u00e9grant plus d&rsquo;une vingtaine de variables interm\u00e9diaires nouvelles.<\/p>\n<p>Mais cette fuite en avant math\u00e9matique s&rsquo;est faite au d\u00e9triment de l&rsquo;\u00e9l\u00e9gance et de la parcimonie pr\u00e9dictive du syst\u00e8me. L&rsquo;\u00e9difice hullien est devenu une gigantesque m\u00e9canique scolastique, un syst\u00e8me d&rsquo;\u00e9picycles ptol\u00e9ma\u00efque o\u00f9 chaque contradiction exp\u00e9rimentale nouvelle \u00e9tait colmat\u00e9e par l&rsquo;ajout d&rsquo;un param\u00e8tre math\u00e9matique suppl\u00e9mentaire. Lorsque la r\u00e9volution cognitiviste a pris son essor \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1950, emmen\u00e9e par Noam Chomsky, Jerome Bruner et George Miller, la cath\u00e9drale n\u00e9o-b\u00e9havioriste de Hull s&rsquo;est effondr\u00e9e sous son propre poids th\u00e9orique, laissant la place \u00e0 une psychologie du traitement de l&rsquo;information focalis\u00e9e sur les repr\u00e9sentations internes, la computation et les m\u00e9moires modulaires.<\/p>\n<h2>11. H\u00e9ritage m\u00e9thodologique et retomb\u00e9es sur les neurosciences comportementales<\/h2>\n<h3>11.1 L&rsquo;\u00e9volution des dispositifs de labyrinthe dans la recherche moderne<\/h3>\n<p>Si le dogme doctrinaire de la r\u00e9duction hom\u00e9ostatique des pulsions a \u00e9t\u00e9 invalid\u00e9 dans sa forme litt\u00e9rale, la machinerie m\u00e9thodologique forg\u00e9e par Clark Hull et perfectionn\u00e9e dans les d\u00e9dales de Yale a essaim\u00e9 \u00e0 travers l&rsquo;ensemble des sciences comportementales contemporaines. Le paradigme du labyrinthe a connu des mutations technologiques majeures, s&rsquo;imposant comme le standard incontournable de la pharmacologie, de la toxicologie et de l&rsquo;\u00e9tude neurophysiologique de la m\u00e9moire spatiale.<\/p>\n<p>Le <strong>labyrinthe aquatique de Morris<\/strong> (<em>Morris water maze<\/em>), con\u00e7u par Richard Morris en 1981, constitue l&rsquo;h\u00e9ritier aquatique direct du couloir hullien. Plong\u00e9 dans une piscine circulaire d&rsquo;eau opacifi\u00e9e par du latex ou de la craie, le rongeur doit localiser une plateforme de secours invisible immerg\u00e9e sous la surface. L&rsquo;absence totale de tout couloir physique \u00e9limine les r\u00e9flexes kinesth\u00e9siques aveugles, contraignant l&rsquo;animal \u00e0 s&rsquo;orienter exclusivement par triangulation trigonom\u00e9trique sur des rep\u00e8res visuels distaux situ\u00e9s dans la pi\u00e8ce, fournissant un test d&rsquo;une sensibilit\u00e9 incomparable pour \u00e9valuer l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 fonctionnelle de l&rsquo;hippocampe.<\/p>\n<p>Le <strong>labyrinthe en \u00e9toile \u00e0 huit bras<\/strong> (<em>Radial Arm Maze<\/em>), d\u00e9velopp\u00e9 par David Olton en 1976, permet quant \u00e0 lui de dissocier de mani\u00e8re rigoureuse deux formes cardinales de m\u00e9moire : la m\u00e9moire de r\u00e9f\u00e9rence (apprendre une fois pour toutes quels bras ne contiennent jamais de nourriture, un processus assimilable \u00e0 l&rsquo;habitude <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"_sH_r\">$_sH_r$<\/span> hullienne) et la m\u00e9moire de travail (se rappeler au cours d&rsquo;un m\u00eame essai quel bras a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 visit\u00e9 et vid\u00e9 afin de ne pas y retourner, un processus purement cognitif). Enfin, le <strong>labyrinthe en croix sur\u00e9lev\u00e9<\/strong> (<em>Elevated Plus Maze<\/em>) exploite directement l&rsquo;antagonisme postul\u00e9e par Hull entre l&rsquo;exploration spontan\u00e9e et l&rsquo;inhibition phobique des espaces ouverts pour mesurer objectivement le profil anxiolytique de nouvelles mol\u00e9cules th\u00e9rapeutiques.<\/p>\n<h3>11.2 L&rsquo;influence sur les th\u00e9ories de l&rsquo;apprentissage contemporaines<\/h3>\n<p>La tentative de Hull de math\u00e9matiser l&rsquo;association entre stimuli et r\u00e9ponses a jet\u00e9 les fondations algorithmiques des mod\u00e8les d&rsquo;apprentissage les plus influents du dernier demi-si\u00e8cle. Le c\u00e9l\u00e8bre <strong>mod\u00e8le de Rescorla-Wagner<\/strong> (1972) sur le conditionnement pavlovien constitue la descendance directe des \u00e9quations asymptotiques d&rsquo;accroissement de la force de l&rsquo;habitude :<\/p>\n<p style=\"text-align: center; font-size: 1.1em; font-style: italic; margin: 25px 0;\">\n    <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\\Delta V_A = \\alpha_A \\cdot \\beta \\cdot (\\lambda - V_{\\text{total}})\">$\\Delta V_A = \\alpha_A \\cdot \\beta \\cdot (\\lambda &#8211; V_{\\text{total}})$<\/span>\n<\/p>\n<p>Ce mod\u00e8le stipule que l&rsquo;apprentissage (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\\Delta V\">$\\Delta V$<\/span>) est fonction directe de l&rsquo;\u00e9cart math\u00e9matique entre la valeur maximale pr\u00e9dite du renfor\u00e7ateur (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"lambda\">$lambda$<\/span>) et l&rsquo;attente associative accumul\u00e9e (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"V_{\\text{total}}\">$V_{\\text{total}}$<\/span>). Cette formalisation n&rsquo;est autre que la traduction computationnelle moderne de la saturation asymptotique th\u00e9oris\u00e9e par Hull dans ses <em>Principles of Behavior<\/em>.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, le concept hullien d&rsquo;association graduelle et de cha\u00eenage s\u00e9quentiel irrigue directement les architectures de l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/connectionism\/\">intelligence artificielle contemporaine<\/a>. Les algorithmes d&rsquo;apprentissage par renforcement (<em>Reinforcement Learning<\/em>), \u00e0 la base des succ\u00e8s r\u00e9cents de l&rsquo;apprentissage profond (comme l&rsquo;algorithme d&rsquo;apprentissage par diff\u00e9rence temporelle ou <em>Temporal Difference Learning<\/em> \/ TD-Learning con\u00e7u par Richard Sutton et Andrew Barto), reposent sur l&rsquo;attribution de valeurs num\u00e9riques \u00e0 des \u00e9tats interm\u00e9diaires situ\u00e9s entre le point de d\u00e9part et le point de r\u00e9compense d&rsquo;une t\u00e2che s\u00e9quentielle. Ce principe d&rsquo;actualisation de la valeur des \u00e9tapes interm\u00e9diaires par r\u00e9tro-propagation du succ\u00e8s terminal constitue la transposition computationnelle exacte de l&rsquo;hypoth\u00e8se du gradient de but et des boucles de r\u00e9troaction sensorimotrices <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"r_g - s_g\">$r_g &#8211; s_g$<\/span> formul\u00e9es par Clark Hull dans les ann\u00e9es 1930.<\/p>\n<p>Enfin, la d\u00e9couverte par Wolfram Schultz et ses collaborateurs \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990 des <strong>signaux d&rsquo;erreur de pr\u00e9diction de r\u00e9compense<\/strong> (<em>Reward Prediction Error<\/em>, RPE) g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par les neurones dopaminergiques de l&rsquo;aire tegmentale ventrale (ATV) a apport\u00e9 un substrat neurophysiologique stup\u00e9fiant \u00e0 ces mod\u00e9lisations : lorsque le r\u00e9sultat d&rsquo;une action motrice est sup\u00e9rieur aux attentes de l&rsquo;animal, une bouff\u00e9e phasique de dopamine consolide synaptiquement les connexions sensorimotrices au sein du striatum, r\u00e9incarnant au c\u0153ur des circuits c\u00e9r\u00e9braux le m\u00e9canisme d&rsquo;estampillage de l&rsquo;habitude postul\u00e9e par le n\u00e9o-b\u00e9haviorisme.<\/p>\n<h3>11.3 La r\u00e9habilitation moderne des \u00e9tats de besoin dans la neurobiologie motivationnelle<\/h3>\n<p>Paradoxalement, alors que la psychologie cognitive classique avait rel\u00e9gu\u00e9 la th\u00e9orie de la r\u00e9duction des pulsions au cimeti\u00e8re des th\u00e9ories d\u00e9su\u00e8tes, les neurosciences mol\u00e9culaires contemporaines ont op\u00e9r\u00e9 une r\u00e9habilitation fascinante des \u00e9tats de besoin somatiques dans le contr\u00f4le central de l&rsquo;apprentissage et de la prise de d\u00e9cision motrice.<\/p>\n<p>La cartographie d\u00e9taill\u00e9e des r\u00e9seaux neuronaux de l&rsquo;hypothalamus lat\u00e9ral et du noyau arqu\u00e9 a mis en lumi\u00e8re la fa\u00e7on dont des signaux biochimiques circulants de privation \u2013 les peptides orexig\u00e8nes comme la ghr\u00e9line s\u00e9cr\u00e9t\u00e9e par l&rsquo;estomac vide, ou anorexig\u00e8nes comme la leptine produite par les adipocytes \u2013 agissent directement sur les circuits de la r\u00e9compense m\u00e9solimbique. La ghr\u00e9line ne se contente pas de d\u00e9clencher l&rsquo;app\u00e9tit visc\u00e9ral : elle p\u00e9n\u00e8tre dans le syst\u00e8me nerveux central et vient sensibiliser les r\u00e9cepteurs dopaminergiques de l&rsquo;aire tegmentale ventrale et du noyau accumbens, amplifiant m\u00e9caniquement la saillance motivationnelle (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"K\">$K$<\/span>) des stimuli associ\u00e9s \u00e0 la nourriture.<\/p>\n<p>Cette r\u00e9gulation neurobiologique fait \u00e9cho aux travaux s\u00e9minaux de Kent Berridge \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 du Michigan sur la dissociation fondamentale entre l&rsquo;\u00e9valuation h\u00e9donique subjective d&rsquo;une r\u00e9compense (le plaisir sensoriel ou <strong>\u00ab liking \u00bb<\/strong>, d\u00e9pendant de sous-syst\u00e8mes opio\u00efdes diss\u00e9min\u00e9s dans des points chauds h\u00e9doniques corticaux et sous-corticaux) et la propulsion motivationnelle motrice vers cette r\u00e9compense (l&rsquo;attribution d&rsquo;une incitation imp\u00e9rative ou <strong>\u00ab wanting \u00bb<\/strong>, orchestr\u00e9e par le flux dopaminergique m\u00e9solimbique). L&rsquo;\u00e9tat de privation hom\u00e9ostatique de l&rsquo;organisme n&rsquo;accro\u00eet pas n\u00e9cessairement le plaisir buccal provoqu\u00e9 par le sucre, mais il amplifie massivement le \u00ab wanting \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;\u00e9nergie motrice avec laquelle le rongeur franchira les couloirs du labyrinthe pour l&rsquo;obtenir. L&rsquo;intuition de Hull selon laquelle le m\u00e9tabolisme tissulaire contr\u00f4le la puissance du moteur d&rsquo;action comportemental trouve ainsi, dans la neurobiologie du XXIe si\u00e8cle, une \u00e9clatante r\u00e9sonance mat\u00e9rialiste.<\/p>\n<h2>12. Synth\u00e8se critique et port\u00e9e \u00e9pist\u00e9mologique des travaux de Clark Hull<\/h2>\n<h3>12.1 Bilan critique de la d\u00e9marche d\u00e9ductive-hypoth\u00e9tique en psychologie<\/h3>\n<p>Avec le recul historique, l&rsquo;entreprise intellectuelle de Clark Hull se r\u00e9v\u00e8le comme l&rsquo;une des tentatives les plus grandioses et les plus instructives d&rsquo;axiomatisation totale d&rsquo;une science humaine. L&rsquo;ambition de d\u00e9river l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de la psychologie d&rsquo;un syst\u00e8me compact de d\u00e9finitions et d&rsquo;\u00e9quations math\u00e9matiques calqu\u00e9es sur la g\u00e9om\u00e9trie d&rsquo;Euclide ou la dynamique de Newton a impos\u00e9 un standard de rigueur m\u00e9thodologique sans \u00e9quivalent dans les laboratoires de psychologie animale du monde entier.<\/p>\n<p>Cependant, cette d\u00e9marche \u00e9tait vici\u00e9e \u00e0 sa racine par une illusion \u00e9pist\u00e9mologique fondamentale : l&rsquo;illusion d&rsquo;une math\u00e9matisation pr\u00e9matur\u00e9e. Contrairement \u00e0 la physique galil\u00e9enne ou newtonienne, qui reposait sur des concepts fondamentaux d\u00e9j\u00e0 solidement stabilis\u00e9s par des mesures physiques directes (la masse, l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration, la force gravitationnelle), la psychologie des ann\u00e9es 1930 \u00e9tait une science biologique \u00e9mergente dont les entit\u00e9s fondamentales \u00e9taient encore largement conjecturales. Hull a plaqu\u00e9 un appareil algorithmique sophistiqu\u00e9 sur des concepts \u2013 comme la pulsion (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"D\">$D$<\/span>) ou l&rsquo;habitude (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"_sH_r\">$_sH_r$<\/span>) \u2013 dont l&rsquo;ancrage empirique demeurait pr\u00e9caire.<\/p>\n<p>Il en est r\u00e9sult\u00e9 un pi\u00e8ge redoutable d&rsquo;herm\u00e9tisme conceptuel et de circularit\u00e9 logique. Comment d\u00e9finissait-on l&rsquo;amplitude de la pulsion ? Par le nombre d&rsquo;heures de privation impos\u00e9 \u00e0 l&rsquo;animal. Comment prouvait-on l&rsquo;efficacit\u00e9 du renforcement ? Par la r\u00e9duction de cette m\u00eame pulsion. Comment justifiait-on les \u00e9carts impr\u00e9vus sur la vitesse de course ? Par l&rsquo;invocation r\u00e9trospective de coefficients d&rsquo;inhibition r\u00e9active ou d&rsquo;oscillations comportementales inobservables. En voulant pr\u00e9munir son syst\u00e8me contre toute contestation empirique \u00e0 coups de param\u00e8tres correctifs, Hull a fini par \u00e9difier une machine th\u00e9orique quasi infalsifiable au sens popp\u00e9rien, pr\u00e9cipitant son d\u00e9clin face \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;approches cognitives plus pragmatiques et modulaires.<\/p>\n<h3>12.2 Hull, pr\u00e9curseur m\u00e9connu des sciences cognitives computationnelles<\/h3>\n<p>Pour autant, r\u00e9duire Clark Hull \u00e0 un artisan dogmatique d&rsquo;une impasse associationniste serait une erreur historique monumentale. Par son exigence absolue d&rsquo;objectivit\u00e9, son rejet virulent de tout homoncule int\u00e9rieur et son attachement visc\u00e9ral \u00e0 une explication mat\u00e9rialiste de l&rsquo;action, Hull doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un pr\u00e9curseur direct et visionnaire de la <strong>mod\u00e9lisation computationnelle de l&rsquo;esprit<\/strong>.<\/p>\n<p>Bien avant que la cybern\u00e9tique de Norbert Wiener et les r\u00e9seaux de neurones formels de Warren McCulloch et Walter Pitts ne voient le jour dans les ann\u00e9es 1940, Hull concevait d\u00e9j\u00e0 le cerveau comme un automate physique capable de simuler des op\u00e9rations logiques et intentionnelles \u00e0 travers des boucles de r\u00e9troaction physiques (les m\u00e9canismes <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"r_g - s_g\">$r_g &#8211; s_g$<\/span>). Hull a d&rsquo;ailleurs consacr\u00e9 une part m\u00e9connue de sa jeunesse de chercheur \u00e0 construire de v\u00e9ritables machines \u00e9lectrom\u00e9caniques en fer-blanc et circuits \u00e0 relais pour prouver qu&rsquo;un agr\u00e9gat purement mat\u00e9riel pouvait exhiber les propri\u00e9t\u00e9s formelles du r\u00e9flexe conditionn\u00e9 pavlovien.<\/p>\n<p>Dans ses tentatives h\u00e9ro\u00efques pour \u00e9liminer la t\u00e9l\u00e9ologie na\u00efve et expliquer comment la mati\u00e8re inanim\u00e9e ou biologique s&rsquo;organise m\u00e9caniquement pour poursuivre un but adaptatif, Clark Leonard Hull a trac\u00e9 les lignes de force des sciences cognitives et computationnelles contemporaines. En faisant courir des rats priv\u00e9s de nourriture dans les couloirs sym\u00e9triques de ses labyrinthes de Yale, le ma\u00eetre du n\u00e9o-b\u00e9haviorisme ne cherchait pas seulement \u00e0 percer les myst\u00e8res de la locomotion murine : il posait les premi\u00e8res pierres d&rsquo;une science int\u00e9grale de la d\u00e9cision, du renforcement et de l&rsquo;apprentissage automatique qui, aujourd&rsquo;hui encore, fa\u00e7onne notre compr\u00e9hension du cerveau et des algorithmes intelligents.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Cannon, W. B. (1932). <em>The Wisdom of the Body<\/em>. W. W. Norton &#038; Company.<\/li>\n<li>Crespi, L. P. (1942). Quantitative variation of incentive and performance in the white rat. <em>The American Journal of Psychology<\/em>, 55(4), 467\u2013517. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.2307\/1417120\">https:\/\/doi.org\/10.2307\/1417120<\/a><\/li>\n<li>Harlow, H. F. (1950). Learning and satiation of response in intrinsically motivated complex puzzle performance by monkeys. <em>Journal of Comparative and Physiological Psychology<\/em>, 43(4), 289\u2013294. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0058114\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0058114<\/a><\/li>\n<li>Hull, C. L. (1932). The goal gradient hypothesis and maze learning. <em>Psychological Review<\/em>, 39(1), 25\u201343. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0072640\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0072640<\/a><\/li>\n<li>Hull, C. L. (1943). <em>Principles of Behavior: An Introduction to Behavior Theory<\/em>. Appleton-Century-Crofts.<\/li>\n<li>Hull, C. L. (1952). <em>A Behavior System: An Introduction to Behavior Theory Concerning the Individual Organism<\/em>. Yale University Press.<\/li>\n<li>Miller, N. E. (1948). Studies of fear as an acquirable drive: I. Fear as motivation and fear-reduction as reinforcement in the learning of new responses. <em>Journal of Experimental Psychology<\/em>, 38(1), 89\u2013101. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0058455\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0058455<\/a><\/li>\n<li>Montgomery, K. C. (1953). The effect of the hunger and thirst drives upon exploratory behavior. <em>Journal of Comparative and Physiological Psychology<\/em>, 46(5), 315\u2013319. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0054707\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0054707<\/a><\/li>\n<li>Morris, R. G. (1981). Spatial localization does not require the presence of local cues. <em>Learning and Motivation<\/em>, 12(2), 239\u2013260. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0023-9690(81)90020-5\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0023-9690(81)90020-5<\/a><\/li>\n<li>Olds, J., &#038; Milner, P. (1954). Positive reinforcement produced by electrical stimulation of septal area and other regions of rat brain. <em>Journal of Comparative and Physiological Psychology<\/em>, 47(6), 419\u2013427. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0058775\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0058775<\/a><\/li>\n<li>Olton, D. S., &#038; Samuelson, R. J. (1976). Remembrance of places passed: Spatial memory in rats. <em>Journal of Experimental Psychology: Animal Behavior Processes<\/em>, 2(2), 97\u2013116. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0097-7403.2.2.97\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0097-7403.2.2.97<\/a><\/li>\n<li>Rescorla, R. A., &#038; Wagner, A. R. (1972). A theory of Pavlovian conditioning: Variations in the effectiveness of reinforcement and nonreinforcement. In A. H. Black &#038; W. F. Prokasy (Eds.), <em>Classical Conditioning II: Current Research and Theory<\/em> (pp. 64\u201399). Appleton-Century-Crofts.<\/li>\n<li>Schultz, W., Dayan, P., &#038; Montague, P. R. (1997). A neural substrate of prediction and reward. <em>Science<\/em>, 275(5306), 1593\u20131599. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.275.5306.1593\">https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.275.5306.1593<\/a><\/li>\n<li>Sheffield, F. D., &#038; Roby, T. B. (1950). Reward value of a non-nutritive sweet taste. <em>Journal of Comparative and Physiological Psychology<\/em>, 43(6), 471\u2013481. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0062828\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0062828<\/a><\/li>\n<li>Small, W. S. (1901). Experimental study of the mental processes of the rat. II. <em>The American Journal of Psychology<\/em>, 12(2), 206\u2013239. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.2307\/1412534\">https:\/\/doi.org\/10.2307\/1412534<\/a><\/li>\n<li>Spence, K. W. (1956). <em>Behavior Theory and Conditioning<\/em>. Yale University Press.<\/li>\n<li>Tolman, E. C. (1948). Cognitive maps in rats and men. <em>Psychological Review<\/em>, 55(4), 189\u2013208. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0061626\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0061626<\/a><\/li>\n<li>Tolman, E. C., &#038; Honzik, C. H. (1930). Introduction and removal of reward, and maze performance in rats. <em>University of California Publications in Psychology<\/em>, 4(19), 257\u2013275.<\/li>\n<li>Tolman, E. C., Ritchie, B. F., &#038; Kalish, D. (1946). Studies in spatial learning. II. Place learning versus response learning. <em>Journal of Experimental Psychology<\/em>, 36(3), 221\u2013229. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0060262\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0060262<\/a><\/li>\n<li>Watson, J. B. (1913). Psychology as the behaviorist views it. <em>Psychological Review<\/em>, 20(2), 158\u2013177. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0074420\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0074420<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Analyse acad\u00e9mique approfondie des exp\u00e9riences de labyrinthe de Clark Hull et des fondements de la th\u00e9orie n\u00e9o-b\u00e9havioriste de r\u00e9duction des pulsions.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","template":"","categories":[1516,7119,3538],"tags":[7120,7122,7123,7124,7121],"class_list":["post-5221","psych_experiment","type-psych_experiment","status-publish","hentry","category-histoire-de-la-psychologie","category-psychologie-cognitive-et-apprentissage","category-psychologie-comportementale","tag-clark-hull","tag-labyrinthe-experimental","tag-neo-behaviorisme","tag-psychologie-animale","tag-theorie-de-reduction-des-pulsions"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_experiment\/5221","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_experiment"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_experiment"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5221"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_experiment\/5221\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5221"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5221"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5221"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}