{"id":5214,"date":"2026-09-11T17:58:47","date_gmt":"2026-09-11T17:58:47","guid":{"rendered":"http:\/\/french.arabpsychology.com\/experiments\/experience-apprentissage-un-seul-essai-guthrie-horton-chats-boite-puzzle\/"},"modified":"2026-09-11T17:58:47","modified_gmt":"2026-09-11T17:58:47","slug":"experience-apprentissage-un-seul-essai-guthrie-horton-chats-boite-puzzle","status":"publish","type":"psych_experiment","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_experiment=experience-apprentissage-un-seul-essai-guthrie-horton-chats-boite-puzzle","title":{"rendered":"L&rsquo;exp\u00e9rience d&rsquo;apprentissage en un seul essai (chats dans la bo\u00eete \u00e0 puzzle) &#8211; Edwin Guthrie et George Horton"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;histoire de la psychologie exp\u00e9rimentale et des th\u00e9ories de l&rsquo;apprentissage est jalonn\u00e9e de controverses fondamentales quant \u00e0 la nature intime de la modification comportementale. Au c\u0153ur du vingti\u00e8me si\u00e8cle, alors que le paradigme b\u00e9havioriste s&rsquo;imposait comme la grille de lecture dominante du vivant, la question des m\u00e9canismes sous-tendant l&rsquo;acquisition de nouvelles conduites a cristallis\u00e9 des oppositions \u00e9pist\u00e9mologiques irr\u00e9conciliables. Entre les partisans d&rsquo;une s\u00e9lection graduelle des r\u00e9ponses par leurs cons\u00e9quences h\u00e9doniques ou biologiques et les architectes de syst\u00e8mes logico-math\u00e9matiques complexes r\u00e9gis par la r\u00e9duction des pulsions, une voix singuli\u00e8re s&rsquo;est \u00e9lev\u00e9e pour proposer une simplification th\u00e9orique radicale : celle d&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.britannica.com\/biography\/Edwin-Ray-Guthrie\">Edwin Ray Guthrie<\/a>. Pour ce penseur h\u00e9t\u00e9rodoxe de l&rsquo;universit\u00e9 de Washington, l&rsquo;apprentissage ne requ\u00e9rait ni renforcement, ni plaisir, ni r\u00e9p\u00e9tition laborieuse pour forger une connexion associative, mais relevait d&rsquo;une propri\u00e9t\u00e9 fondamentale de la mati\u00e8re vivante : l&rsquo;association par contigu\u00eft\u00e9 temporelle pure, \u00e9tablie instantan\u00e9ment d\u00e8s le premier essai.<\/p>\n<p>Afin de soumettre cette hypoth\u00e8se audacieuse au verdict implacable des faits empiriques, Guthrie s&rsquo;est associ\u00e9 au psychologue comparatif George Horton au cours des ann\u00e9es 1930 et 1940. Ensemble, ils ont con\u00e7u un protocole d&rsquo;une inventivit\u00e9 technique remarquable, mobilisant une bo\u00eete \u00e0 probl\u00e8me sp\u00e9cifiquement adapt\u00e9e aux f\u00e9lins et incorporant l&rsquo;un des premiers dispositifs de documentation photographique st\u00e9r\u00e9oscopique automatis\u00e9e de l&rsquo;histoire des sciences du comportement. En observant m\u00e9thodiquement les mani\u00e8res idiosyncrasiques, \u00e9tranges et invariablement st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es dont des chats domestiques parvenaient \u00e0 actionner un m\u00e9canisme de lib\u00e9ration, Guthrie et Horton ont cru isoler la preuve mat\u00e9rielle et visuelle que l&rsquo;organisme animal apprend l&rsquo;exact mouvement qu&rsquo;il vient d&rsquo;accomplir, scellant l&rsquo;alliance du stimulus et de la r\u00e9ponse en un unique et d\u00e9finitif \u00e9clair temporel. Cette \u00e9tude, immortalis\u00e9e dans leur monographie de 1946 intitul\u00e9e <em>Cats in a Puzzle Box<\/em>, constitue un sommet m\u00e9thodologique et th\u00e9orique du b\u00e9haviorisme non-renforcementaliste.<\/p>\n<p>Pourtant, la port\u00e9e scientifique de cette recherche d\u00e9passe largement la simple querelle d&rsquo;\u00e9cole de son \u00e9poque. Elle soul\u00e8ve des questions m\u00e9tath\u00e9oriques d&rsquo;une modernit\u00e9 \u00e9clatante sur la distinction entre mouvements microscopiques et actes molaires, sur la nature des traces mn\u00e9siques et sur les pi\u00e8ges interpr\u00e9tatifs qui guettent l&rsquo;exp\u00e9rimentateur lorsqu&rsquo;il confond les r\u00e9gularit\u00e9s induites par un protocole avec les pr\u00e9dispositions \u00e9thologiques propres \u00e0 une esp\u00e8ce. Des d\u00e9cennies plus tard, la r\u00e9\u00e9valuation critique men\u00e9e par Moore et Stuttard, ainsi que les formalisations computationnelles de la th\u00e9orie de l&rsquo;\u00e9chantillonnage de stimuli, ont redonn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience de la bo\u00eete \u00e0 puzzle une place centrale dans les d\u00e9bats contemporains des sciences cognitives et de la neurobiologie synaptique. Le pr\u00e9sent article se propose d&rsquo;examiner dans toute sa profondeur historique, conceptuelle et technique cette exp\u00e9rience charni\u00e8re, afin d&rsquo;en restituer la rigueur, les paradoxes et la vertigineuse f\u00e9condit\u00e9 \u00e9pist\u00e9mologique.<\/p>\n<h2>1. Contexte historique et fondements \u00e9pist\u00e9mologiques de la th\u00e9orie de la contigu\u00eft\u00e9<\/h2>\n<h3>1.1 Le paysage b\u00e9havioriste des ann\u00e9es 1930 et 1940<\/h3>\n<p>L&rsquo;essor de la psychologie scientifique am\u00e9ricaine durant l&rsquo;entre-deux-guerres est indissociable du triomphe du <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/behaviorism\/\">b\u00e9haviorisme<\/a>, mouvement initi\u00e9 avec fracas par John B. Watson en 1913. Cependant, d\u00e8s l&rsquo;or\u00e9e des ann\u00e9es 1930, le b\u00e9haviorisme na\u00eff et programmatique des origines a c\u00e9d\u00e9 la place \u00e0 une phase de sophistication conceptuelle que les historiens des sciences qualifient d&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or du n\u00e9o-b\u00e9haviorisme. Cette p\u00e9riode a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par une qu\u00eate fr\u00e9n\u00e9tique et hautement comp\u00e9titive visant \u00e0 \u00e9laborer une th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale, exhaustive et universelle de l&rsquo;apprentissage. Les psychologues de cette \u00e9poque ne se contentaient plus de proclamer que l&rsquo;esprit \u00e9tait une bo\u00eete noire inaccessible ; ils ambitionnaient d&rsquo;\u00e9dicter les lois formelles permettant de pr\u00e9dire et de contr\u00f4ler le comportement de n&rsquo;importe quel organisme vivant avec une pr\u00e9cision math\u00e9matique comparable \u00e0 celle de la m\u00e9canique newtonienne.<\/p>\n<p>Ce paysage acad\u00e9mique \u00e9tait domin\u00e9 par trois g\u00e9ants th\u00e9oriques dont les visions du monde s&rsquo;affrontaient vigoureusement au sein des revues sp\u00e9cialis\u00e9es et des colloques universitaires. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, Clark L. Hull, \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Yale, d\u00e9ployait un \u00e9difice th\u00e9orique colossal, le syst\u00e8me hypoth\u00e9tico-d\u00e9ductif, structur\u00e9 autour de postulats math\u00e9matis\u00e9s et centr\u00e9 sur la notion de r\u00e9duction des pulsions biologiques internes (<em>drive reduction<\/em>). Pour Hull, une connexion entre un stimulus et une r\u00e9ponse ne pouvait s&rsquo;imprimer dans le syst\u00e8me nerveux que si l&rsquo;organisme b\u00e9n\u00e9ficiait d&rsquo;une diminution concomitante d&rsquo;un \u00e9tat de tension biologique, tel que la faim ou la soif. \u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9 de cette vision m\u00e9caniste et mol\u00e9culaire, Edward C. Tolman, \u00e0 Berkeley, d\u00e9fendait un b\u00e9haviorisme intentionnel (<em>purposive behaviorism<\/em>). Tolman soutenait que les organismes n&rsquo;apprennent pas de simples connexions musculaires aveugles, mais d\u00e9veloppent des structures de connaissances globales, des cartes cognitives (<em>cognitive maps<\/em>) et des attentes relatives aux relations structurales de l&rsquo;environnement, sans que le renforcement imm\u00e9diat soit n\u00e9cessaire \u00e0 la simple acquisition cognitive.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement \u00e0 ces approches, <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.bfskinner.org\/\">Burrhus Frederic Skinner<\/a> posait les jalons de l&rsquo;analyse exp\u00e9rimentale du comportement, rejetant les th\u00e9ories formelles au profit d&rsquo;un fonctionnalisme descriptif rigoureux. Skinner mettait en lumi\u00e8re le conditionnement op\u00e9rant, processus par lequel la fr\u00e9quence d&rsquo;\u00e9mission d&rsquo;une classe de r\u00e9ponses est r\u00e9gie de mani\u00e8re probabiliste par les contingences de renforcement qui lui succ\u00e8dent imm\u00e9diatement. Au milieu de ce concert de th\u00e9orisations complexes, o\u00f9 s&rsquo;accumulaient variables interm\u00e9diaires, \u00e9tats pulsionnels quantifi\u00e9s et gradients de renforcement, s&rsquo;est fait jour un besoin imp\u00e9rieux de simplification. Plusieurs \u00e9pist\u00e9mologues et m\u00e9thodologistes appelaient de leurs v\u0153ux une doctrine parcimonieuse, capable d&rsquo;unifier l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des donn\u00e9es exp\u00e9rimentales sous la banni\u00e8re d&rsquo;un principe explicatif unique, d\u00e9barrass\u00e9 de tout postulat motivationnel superflu.<\/p>\n<h3>1.2 La rupture radicale initi\u00e9e par Edwin Ray Guthrie<\/h3>\n<p>C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment dans cette br\u00e8che \u00e9pist\u00e9mologique que s&rsquo;est engouffr\u00e9 Edwin Ray Guthrie, philosophe de formation devenu psychologue \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Washington \u00e0 Seattle. Guthrie a incarn\u00e9 l&rsquo;une des postures critiques les plus audacieuses de toute l&rsquo;histoire de la psychologie am\u00e9ricaine. Dot\u00e9 d&rsquo;une tournure d&rsquo;esprit profond\u00e9ment sceptique et pragmatique, il voyait dans les \u00e9laborations th\u00e9oriques de ses pairs contemporains une accumulation inutile d&rsquo;entit\u00e9s hypoth\u00e9tiques non observables et de tautologies d\u00e9guis\u00e9es en explications causales. Son geste th\u00e9orique initial a consist\u00e9 en un rejet cat\u00e9gorique et intransigeant de la loi de l&rsquo;effet, formul\u00e9e pour la premi\u00e8re fois par Edward L. Thorndike \u00e0 la fin du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, selon laquelle les comportements suivis d&rsquo;un \u00e9tat de satisfaction sont estamp\u00e9s dans l&rsquo;organisme, tandis que ceux suivis d&rsquo;un d\u00e9sagr\u00e9ment sont \u00e9limin\u00e9s.<\/p>\n<p>Guthrie a contest\u00e9 vigoureusement la l\u00e9gitimit\u00e9 scientifique de cette loi de l&rsquo;effet. Pour lui, le concept d&rsquo;\u00ab \u00e9tat de satisfaction \u00bb n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un r\u00e9sidu anthropomorphique, subjectif et t\u00e9l\u00e9ologique qui n&rsquo;expliquait rien en soi : il postulait une causalit\u00e9 invers\u00e9e dans laquelle un \u00e9v\u00e9nement ult\u00e9rieur (la consommation d&rsquo;une boulette de nourriture ou le soulagement d&rsquo;une privation) semblait r\u00e9troagir dans le pass\u00e9 pour consolider une r\u00e9ponse motrice qui avait d\u00e9j\u00e0 cess\u00e9 d&rsquo;exister. De m\u00eame, Guthrie a d\u00e9ni\u00e9 tout r\u00f4le causal constructif \u00e0 la r\u00e9duction de la pulsion ch\u00e8re \u00e0 Clark Hull. Il a soutenu que ni la motivation biologique, ni la valeur affective de la cons\u00e9quence, ni l&rsquo;approbation ext\u00e9rieure n&rsquo;\u00e9taient des conditions requises pour que l&rsquo;apprentissage advienne au sein de l&rsquo;architecture neuro-comportementale.<\/p>\n<p>\u00c0 la place de cette constellation de facteurs h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes, Guthrie a pos\u00e9 un axiome d&rsquo;une d\u00e9sarmante simplicit\u00e9 : l&rsquo;affirmation d&rsquo;un principe unique, universel et invariant fond\u00e9 sur la contigu\u00eft\u00e9 spatio-temporelle pure. Selon cette perspective moniste, le seul et unique ingr\u00e9dient n\u00e9cessaire pour qu&rsquo;un comportement soit associ\u00e9 \u00e0 une situation stimulatrice est que le patron de stimuli et le patron de contractions musculaires coexistent au m\u00eame instant pr\u00e9cis. L&rsquo;esprit ou le syst\u00e8me nerveux ne trie pas les comportements en fonction de leur utilit\u00e9 future ou de leur valeur de survie ; il enregistre m\u00e9caniquement ce que l&rsquo;organisme est en train de faire en pr\u00e9sence d&rsquo;un complexe sensoriel donn\u00e9. L&rsquo;apprentissage est donc un fait physique direct, imm\u00e9diat et inconditionnel, d\u00e9coulant de la dynamique d&rsquo;activation simultan\u00e9e des r\u00e9cepteurs sensoriels et des effecteurs moteurs.<\/p>\n<h3>1.3 La collaboration avec George Horton et l&rsquo;ambition empirique<\/h3>\n<p>Bien que la clart\u00e9 conceptuelle et l&rsquo;\u00e9l\u00e9gance rh\u00e9torique des \u00e9crits th\u00e9oriques de Guthrie \u2013 notamment expos\u00e9es dans son ouvrage majeur de 1935, <em>The Psychology of Learning<\/em> \u2013 aient suscit\u00e9 un int\u00e9r\u00eat consid\u00e9rable, sa th\u00e9orie souffrait d&rsquo;un d\u00e9ficit m\u00e9thodologique criant aux yeux de la communaut\u00e9 scientifique : elle reposait essentiellement sur des d\u00e9ductions logiques, des anecdotes d&rsquo;observation quotidienne et des r\u00e9interpr\u00e9tations critiques des donn\u00e9es recueillies par d&rsquo;autres chercheurs. Ses d\u00e9tracteurs n&rsquo;h\u00e9sitaient pas \u00e0 qualifier son syst\u00e8me de brillante vue de l&rsquo;esprit d\u00e9pourvue d&rsquo;ancrage exp\u00e9rimental direct. Conscient de cette vuln\u00e9rabilit\u00e9 empirique, Guthrie a compris la n\u00e9cessit\u00e9 imp\u00e9rieuse de soumettre son postulat central de la contigu\u00eft\u00e9 et sa d\u00e9duction corollaire la plus controvers\u00e9e \u2013 l&rsquo;apprentissage complet en un seul essai \u2013 \u00e0 une d\u00e9monstration en laboratoire irr\u00e9futable et contr\u00f4l\u00e9e.<\/p>\n<p>Pour mener \u00e0 bien cette entreprise, Guthrie a forg\u00e9 une alliance \u00e9troite avec le chercheur exp\u00e9rimentaliste George P. Horton. Horton poss\u00e9dait une expertise m\u00e9thodologique pointue dans la manipulation des dispositifs de laboratoire et dans l&rsquo;observation minutieuse du comportement animal. Ensemble, ils ont entrepris de concevoir une situation d&rsquo;exp\u00e9rimentation capable de transcender les limitations inh\u00e9rentes aux bo\u00eetes \u00e0 \u00e9nigmes classiques de Thorndike. Thorndike mesurait principalement la latence temporelle globale d&rsquo;\u00e9chappement, une mesure quantitative brute qui masquait la micro-structure motrice de l&rsquo;animal. Guthrie et Horton voulaient au contraire acc\u00e9der \u00e0 la topographie exacte du comportement : voir avec une pr\u00e9cision chirurgicale quels mouvements musculaires pr\u00e9cis \u00e9taient ex\u00e9cut\u00e9s \u00e0 la milliseconde pr\u00e8s o\u00f9 la bo\u00eete s&rsquo;ouvrait.<\/p>\n<p>Leur projet a d\u00e9bouch\u00e9 sur l&rsquo;une des investigations empiriques les plus minutieuses de l&rsquo;\u00e9poque, culminant avec la publication s\u00e9minale en 1946 de la monographie intitul\u00e9e <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/psycnet.apa.org\/record\/1947-01306-000\"><em>Cats in a Puzzle Box<\/em><\/a>. Cette \u00e9tude ne visait rien de moins qu&rsquo;\u00e0 fournir une preuve mat\u00e9rielle, visible et reproductible, que l&rsquo;acquisition d&rsquo;une habitude motrice ne proc\u00e8de pas par un rabotage graduel d&rsquo;erreurs ou par une accumulation d&rsquo;effets de plaisir, mais par l&rsquo;ancrage instantan\u00e9 d&rsquo;une posture sp\u00e9cifique contigu\u00eb \u00e0 l&rsquo;interruption de la situation-probl\u00e8me. Horton a apport\u00e9 \u00e0 cette collaboration la rigueur op\u00e9ratoire et l&rsquo;ing\u00e9niosit\u00e9 technique indispensables pour transformer l&rsquo;intuition philosophique de Guthrie en une s\u00e9rie d&rsquo;archives photographiques d&rsquo;une nettet\u00e9 jusqu&rsquo;alors in\u00e9gal\u00e9e.<\/p>\n<h2>2. Le postulat central : La loi de l&rsquo;association par contigu\u00eft\u00e9<\/h2>\n<h3>2.1 Formulation formelle de la loi de Guthrie<\/h3>\n<p>Le syst\u00e8me th\u00e9orique d&rsquo;Edwin Guthrie se distingue dans l&rsquo;histoire de la psychologie par son caract\u00e8re formellement unitaire. Contrairement aux approches \u00e9clectiques qui multiplient les r\u00e8gles d&rsquo;apprentissage pour rendre compte de la diversit\u00e9 apparente des ph\u00e9nom\u00e8nes psychologiques, Guthrie a concentr\u00e9 l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de sa doctrine dans un \u00e9nonc\u00e9 synth\u00e9tique immuable, \u00e9rig\u00e9 au rang de loi fondamentale de l&rsquo;association :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Une combinaison de stimuli ayant accompagn\u00e9 un mouvement tendra, lors de sa r\u00e9apparition, \u00e0 \u00eatre suivie de ce m\u00eame mouvement. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Cette formulation, d&rsquo;une sobri\u00e9t\u00e9 trompeuse, renferme une r\u00e9volution conceptuelle. Elle postule qu&rsquo;il n&rsquo;existe aucun interm\u00e9diaire psychologique, \u00e9motionnel, motivationnel ou h\u00e9donique s&rsquo;interposant entre la stimulation sensorielle et la r\u00e9ponse musculaire. La relation associative est un couplage direct, physique et d\u00e9terministe. Dans l&rsquo;ontologie de Guthrie, le stimulus n&rsquo;est pas une entit\u00e9 abstraite ou un simple objet isol\u00e9 (comme une sonnette ou une lumi\u00e8re g\u00e9om\u00e9trique), mais un patron complexe, holistique et multidimensionnel comprenant l&rsquo;ensemble des aff\u00e9rences environnementales externes capt\u00e9es par les organes des sens, combin\u00e9es aux micro-stimulations internes provenant de l&rsquo;\u00e9tat organique de l&rsquo;animal.<\/p>\n<p>De m\u00eame, le concept de mouvement est d\u00e9fini de mani\u00e8re strictement mol\u00e9culaire : il s&rsquo;agit d&rsquo;une contraction musculaire observable ou d&rsquo;une d\u00e9charge glandulaire mesurable, et non d&rsquo;une action t\u00e9l\u00e9ologique orient\u00e9e vers un but g\u00e9n\u00e9ral. La loi de la contigu\u00eft\u00e9 \u00e9nonce simplement que chaque fois que le syst\u00e8me sensoriel est activ\u00e9 selon une certaine configuration spatio-temporelle au moment pr\u00e9cis o\u00f9 des motoneurones activent une s\u00e9rie de faisceaux musculaires, le r\u00e9tablissement de cette m\u00eame configuration sensorielle r\u00e9activera in\u00e9vitablement les m\u00eames effecteurs moteurs. La cause de la r\u00e9apparition du mouvement r\u00e9side exclusivement dans la synchronie temporelle pass\u00e9e, sans qu&rsquo;intervienne le moindre calcul pr\u00e9dictif de la part de l&rsquo;organisme.<\/p>\n<h3>2.2 Le principe du tout-ou-rien dans l&rsquo;association<\/h3>\n<p>De cette loi cardinale de contigu\u00eft\u00e9 d\u00e9coule une cons\u00e9quence logique majeure qui a suscit\u00e9 une vive incr\u00e9dulit\u00e9 parmi les psychologues associationnistes : le principe de l&rsquo;apprentissage en tout-ou-rien (<em>all-or-none learning<\/em>). Pour Guthrie, l&rsquo;association n&rsquo;est pas une force myst\u00e9rieuse qui s&rsquo;accumulerait de mani\u00e8re incr\u00e9mentale \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;une couche de vernis superpos\u00e9e couche apr\u00e8s couche par la r\u00e9p\u00e9tition. Une liaison associative entre une constellation donn\u00e9e de stimuli et une r\u00e9ponse motrice \u00e9l\u00e9mentaire atteint son intensit\u00e9 maximale et d\u00e9finitive d\u00e8s sa premi\u00e8re et unique occurrence contigu\u00eb. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;\u00e9tats interm\u00e9diaires de connexion : soit la liaison existe \u00e0 cent pour cent de son potentiel, soit elle n&rsquo;existe pas.<\/p>\n<p>Ce postulat heuristique mettait \u00e0 bas le mod\u00e8le dominant de la courbe d&rsquo;apprentissage progressive, mise en avant par Edward Thorndike, Clark Hull et, plus tard, les th\u00e9oriciens formalistes du conditionnement. Ces derniers observaient que lorsqu&rsquo;un sujet apprend un labyrinthe ou une comp\u00e9tence motrice, le temps d&rsquo;ex\u00e9cution diminue graduellement et le taux de succ\u00e8s s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve lentement sur des dizaines d&rsquo;essais cons\u00e9cutifs. Pour Guthrie, cette progression continue n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;une illusion statistique issue d&rsquo;une moyenne calcul\u00e9e sur des populations de r\u00e9ponses h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes, ou le reflet de la complexit\u00e9 de l&rsquo;environnement, mais ne d\u00e9crivait en rien la r\u00e9alit\u00e9 neurophysiologique sous-jacente.<\/p>\n<p>Au niveau de l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment de base du syst\u00e8me nerveux, l&rsquo;apprentissage ne progresse pas : il bascule instantan\u00e9ment d&rsquo;un \u00e9tat \u00e0 un autre. Si un stimulus \u00e9l\u00e9mentaire <em>S1<\/em> est pr\u00e9sent pendant que le muscle <em>M1<\/em> se contracte, l&rsquo;association <em>S1-M1<\/em> est scell\u00e9e de mani\u00e8re irr\u00e9vocable. Si, lors d&rsquo;un essai ult\u00e9rieur, le comportement semble diff\u00e9rent ou imparfait, ce n&rsquo;est pas parce que la trace associative <em>S1-M1<\/em> s&rsquo;est affaiblie, mais parce que la configuration des stimuli a l\u00e9g\u00e8rement vari\u00e9, activant d&rsquo;autres \u00e9l\u00e9ments stimulants <em>S2<\/em> ou <em>S3<\/em> associ\u00e9s \u00e0 d&rsquo;autres contractions musculaires. L&rsquo;apprentissage est donc discret, unaire et binaire par essence.<\/p>\n<h3>2.3 Le r\u00f4le paradoxal de la r\u00e9compense dans le syst\u00e8me de Guthrie<\/h3>\n<p>L&rsquo;une des contributions les plus vertigineuses de Guthrie r\u00e9side dans sa r\u00e9interpr\u00e9tation radicale de la fonction de la r\u00e9compense ou du renfor\u00e7ateur. Dans la th\u00e9orie conventionnelle thorndikienne ou skinn\u00e9rienne, la r\u00e9compense poss\u00e8de une puissance causalement r\u00e9troactive ou s\u00e9lective : l&rsquo;obtention de nourriture renforce, consolide ou r\u00e9tablit la probabilit\u00e9 d&rsquo;occurrence de la r\u00e9ponse pr\u00e9c\u00e9dente. Pour Guthrie, cette proposition est une impossibilit\u00e9 physique \u00e9l\u00e9mentaire, une violation de la fl\u00e8che du temps. Comment un \u00e9v\u00e9nement physique post\u00e9rieur (l&rsquo;ingestion d&rsquo;aliment) pourrait-il influencer une connexion nerveuse qui s&rsquo;est activ\u00e9e quelques secondes plus t\u00f4t et qui a d\u00e9j\u00e0 termin\u00e9 sa transmission synaptique ?<\/p>\n<p>Guthrie propose une explication alternative d&rsquo;une \u00e9l\u00e9gance conceptuelle d\u00e9sarmante : la r\u00e9compense n&rsquo;agit pas en renfor\u00e7ant la bonne r\u00e9ponse, mais en modifiant abruptement et radicalement le contexte de stimulation de l&rsquo;animal. Lorsque le chat affam\u00e9 parvient \u00e0 ouvrir la porte d&rsquo;une bo\u00eete \u00e0 puzzle et bondit \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur pour consommer un morceau de poisson, l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la nourriture et l&rsquo;\u00e9vasion changent instantan\u00e9ment la totalit\u00e9 de son champ perceptif. \u00c0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la bo\u00eete, l&rsquo;animal \u00e9tait submerg\u00e9 par les signaux visuels, olfactifs et tactiles de l&rsquo;enceinte close ; sit\u00f4t dehors, ces signaux cessent d&rsquo;agir sur ses r\u00e9cepteurs sensoriels pour \u00eatre remplac\u00e9s par les stimuli de la libert\u00e9 et de l&rsquo;assiette alimentaire.<\/p>\n<p>Ce changement brutal d&rsquo;environnement a pour effet m\u00e9canique de pr\u00e9server la derni\u00e8re r\u00e9ponse \u00e9mise dans la bo\u00eete de toute interf\u00e9rence r\u00e9troactive. Si l&rsquo;animal restait confin\u00e9 \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de l&rsquo;enceinte apr\u00e8s avoir actionn\u00e9 le levier d&rsquo;ouverture, il continuerait d&rsquo;explorer la bo\u00eete et finirait par associer de nouveaux mouvements (gratter la paroi, se coucher, faire sa toilette) aux stimuli internes de la cage, effa\u00e7ant ainsi l&rsquo;association initiale. En lib\u00e9rant l&rsquo;animal, la r\u00e9compense met fin \u00e0 la situation-probl\u00e8me et fige la derni\u00e8re r\u00e9ponse motrice. Elle prot\u00e8ge ainsi la connexion contigu\u00eb tout juste form\u00e9e contre tout apprentissage concurrent ult\u00e9rieur. La r\u00e9compense n&rsquo;est pas un agent de consolidation, mais un simple bouclier temporel \u00e9vitant le d\u00e9sapprentissage.<\/p>\n<h2>3. Le dispositif exp\u00e9rimental de la bo\u00eete \u00e0 puzzle de Guthrie et Horton<\/h2>\n<h3>3.1 Architecture et caract\u00e9ristiques structurelles de la bo\u00eete<\/h3>\n<p>Afin de soumettre leur mod\u00e8le de contigu\u00eft\u00e9 \u00e0 une \u00e9preuve exp\u00e9rimentale d\u00e9cisive, Edwin Guthrie et George Horton ont con\u00e7u un appareil de laboratoire d&rsquo;une pr\u00e9cision m\u00e9canique et spatiale sans pr\u00e9c\u00e9dent. S&rsquo;inspirant librement des bo\u00eetes de Thorndike, ils ont toutefois apport\u00e9 des modifications structurelles capitales destin\u00e9es \u00e0 \u00e9liminer les ambigu\u00eft\u00e9s motrices inh\u00e9rentes aux dispositifs de leur pr\u00e9d\u00e9cesseur. La chambre exp\u00e9rimentale se pr\u00e9sentait sous la forme d&rsquo;un parall\u00e9l\u00e9pip\u00e8de rectangulaire robuste, mesurant environ 90 centim\u00e8tres de longueur, 75 centim\u00e8tres de largeur et 60 centim\u00e8tres de hauteur. Trois de ses parois \u00e9taient construites en bois plein peint de couleur neutre afin de limiter les sollicitations visuelles p\u00e9riph\u00e9riques, tandis que la paroi frontale \u00e9tait constitu\u00e9e d&rsquo;une vitre transparente permettant une observation directe et panoramique de l&rsquo;int\u00e9rieur.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9l\u00e9ment d&rsquo;ing\u00e9nierie le plus remarquable r\u00e9sidait dans le m\u00e9canisme de d\u00e9clenchement d&rsquo;\u00e9chappement. Au centre g\u00e9om\u00e9trique du plancher de la bo\u00eete s&rsquo;\u00e9levait un poteau vertical en bois d&rsquo;environ 40 centim\u00e8tres de hauteur et de quelques centim\u00e8tres de diam\u00e8tre, mont\u00e9 sur un joint universel souple dissimul\u00e9 sous le plancher. Ce poteau \u00e9tait pourvu d&rsquo;une sensibilit\u00e9 omnidirectionnelle absolue : une inclinaison infinit\u00e9simale de la tige \u2013 d&rsquo;\u00e0 peine quelques millim\u00e8tres dans n&rsquo;importe quelle direction de l&rsquo;espace \u00e0 360 degr\u00e9s \u2013 suffisait pour fermer un circuit \u00e9lectrique sous basse tension. Ce circuit actionnait un \u00e9lectroaimant qui lib\u00e9rait instantan\u00e9ment une porte battante \u00e0 ressort situ\u00e9e \u00e0 l&rsquo;une des extr\u00e9mit\u00e9s de la bo\u00eete, cr\u00e9ant une ouverture imm\u00e9diate vers l&rsquo;ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Cette conception omnidirectionnelle \u00e9tait r\u00e9volutionnaire. Contrairement aux p\u00e9dales plates ou aux ficelles \u00e0 tirer des bo\u00eetes de Thorndike, qui imposaient souvent un type d&rsquo;action motrice tr\u00e8s sp\u00e9cifique (un appui vers le bas ou une traction vers l&rsquo;avant), le poteau central de Guthrie et Horton pouvait \u00eatre d\u00e9clench\u00e9 par une infinit\u00e9 de comportements corporels distincts. Un chat pouvait le faire basculer en le poussant de la patte ant\u00e9rieure, en le heurtant de la t\u00eate, en le brossant de l&rsquo;\u00e9paule, en s&rsquo;asseyant contre sa base, ou m\u00eame en reculant sa croupe ou sa queue contre le bois. Le dispositif laissait ainsi une libert\u00e9 cin\u00e9matique totale \u00e0 l&rsquo;animal, condition sine qua non pour observer si des patrons moteurs hautement singuliers et non st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s a priori allaient n\u00e9anmoins se figer sous l&rsquo;effet de la contigu\u00eft\u00e9.<\/p>\n<h3>3.2 L&rsquo;innovation photographique comme m\u00e9thode d&rsquo;enregistrement objectif<\/h3>\n<p>L&rsquo;apport le plus novateur et avant-gardiste de Horton dans cette entreprise r\u00e9side dans l&rsquo;int\u00e9gration de la technologie photographique automatis\u00e9e au protocole comportemental. Conscient que l&rsquo;\u0153il humain est sujet \u00e0 des biais de projection, \u00e0 des illusions perceptives et \u00e0 une incapacit\u00e9 physiologique \u00e0 saisir les d\u00e9tails microscopiques d&rsquo;un mouvement fugace, Horton a con\u00e7u un syst\u00e8me st\u00e9r\u00e9oscopique de prise de vue coupl\u00e9 directement au m\u00e9canisme d&rsquo;ouverture. Un appareil photographique grand format \u00e9tait positionn\u00e9 devant la paroi vitr\u00e9e, braqu\u00e9 en permanence sur le poteau d\u00e9clencheur et sur la zone d&rsquo;action de la bo\u00eete.<\/p>\n<p>Ce dispositif \u00e9tait reli\u00e9 \u00e9lectriquement au poteau central : \u00e0 la milliseconde pr\u00e9cise o\u00f9 le poteau s&rsquo;inclinait et fermait le circuit de l&rsquo;\u00e9lectroaimant d\u00e9clencheur de la porte, un commutateur activait simultan\u00e9ment un syst\u00e8me de flash lumineux \u00e0 haute vitesse et lib\u00e9rait l&rsquo;obturateur de l&rsquo;appareil photographique. De cette mani\u00e8re, l&rsquo;enregistrement photographique \u00e9tait totalement d\u00e9synchronis\u00e9 de toute intervention humaine subjective. L&rsquo;animal se prenait pour ainsi dire lui-m\u00eame en photo \u00e0 l&rsquo;instant exact et exclusif o\u00f9 son corps produisait l&rsquo;impulsion physique lib\u00e9ratrice.<\/p>\n<p>Cette technique a permis d&rsquo;obtenir une collection impressionnante de plusieurs centaines de plaques photographiques figeant la topographie posturale des sujets d&rsquo;\u00e9tude avec une fid\u00e9lit\u00e9 anatomique absolue. Sur chaque clich\u00e9 apparaissaient l&rsquo;orientation de l&rsquo;axe rachidien du f\u00e9lin, l&rsquo;angle exact d&rsquo;inflexion de chaque articulation, la position relative de ses quatre pattes, l&rsquo;orientation de ses vibrisses et la cambrure de sa queue. Pour la premi\u00e8re fois dans l&rsquo;histoire des sciences du comportement, les chercheurs disposaient d&rsquo;un archivage visuel mat\u00e9riel, incontestable et quantifiable de chaque micro-mouvement ayant imm\u00e9diatement pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 l&rsquo;\u00e9chappement et la r\u00e9compense.<\/p>\n<h3>3.3 Le contr\u00f4le rigoureux des variables environnementales<\/h3>\n<p>Afin de garantir que les r\u00e9gularit\u00e9s observ\u00e9es ne puissent \u00eatre imput\u00e9es \u00e0 des perturbations ext\u00e9rieures parasites, Guthrie et Horton ont soumis leur installation \u00e0 un ensemble de contr\u00f4les m\u00e9thodologiques particuli\u00e8rement stricts. La bo\u00eete d&rsquo;exp\u00e9rimentation \u00e9tait install\u00e9e dans une pi\u00e8ce d\u00e9di\u00e9e, soigneusement isol\u00e9e des bruits du b\u00e2timent et soumise \u00e0 une insonorisation relative afin d&#8217;emp\u00eacher que des stimuli auditifs soudains (claquements de porte, pas dans le couloir) ne viennent distraire l&rsquo;animal ou provoquer des r\u00e9actions de sursaut ind\u00e9sirables venant r\u00e9initialiser sa posture sensorimotrice.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9clairage de la pi\u00e8ce et de la bo\u00eete \u00e9tait maintenu \u00e0 une intensit\u00e9 rigoureusement constante d&rsquo;une session \u00e0 l&rsquo;autre, \u00e9vitant les ombres mouvantes qui auraient pu servir de signaux contextuels fluctuants pour le syst\u00e8me visuel hypersensible du f\u00e9lin. L&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la r\u00e9compense \u00e9tait standardis\u00e9 de fa\u00e7on g\u00e9om\u00e9trique : d\u00e8s que la trappe d&rsquo;\u00e9chappement s&rsquo;ouvrait, l&rsquo;animal franchissait le seuil et trouvait, \u00e0 une distance fixe de quelques centim\u00e8tres, une petite coupelle de porcelaine contenant une portion millim\u00e9tr\u00e9e de saumon frais. L&#8217;emplacement de la nourriture n&rsquo;\u00e9tait jamais modifi\u00e9, assurant une trajectoire d&rsquo;\u00e9vasion invariant une fois la porte ouverte.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, les exp\u00e9rimentateurs prenaient soin de se dissimuler derri\u00e8re des \u00e9crans opaques ou de demeurer immobiles et silencieux pendant toute la dur\u00e9e des essais, de sorte qu&rsquo;aucune influence humaine directe ou aucun indice involontaire \u2013 ce que l&rsquo;on qualifiera plus tard d&rsquo;effet \u00ab Hans le malin \u00bb (<em>Clever Hans effect<\/em>) \u2013 ne vienne guider le f\u00e9lin vers le levier ou modifier la cadence de ses r\u00e9ponses. Le dispositif formait ainsi un microcosme ferm\u00e9, autor\u00e9gul\u00e9 et d\u00e9terministe o\u00f9 seules devaient entrer en ligne de compte les interactions physiques entre l&rsquo;organisme animal et l&rsquo;architecture spatiale du puzzle.<\/p>\n<h2>4. Protocole op\u00e9ratoire et d\u00e9roulement m\u00e9thodologique des essais<\/h2>\n<h3>4.1 S\u00e9lection et pr\u00e9paration des sujets d&rsquo;\u00e9tude<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9chantillonnage de l&rsquo;exp\u00e9rience de Guthrie et Horton a repos\u00e9 sur une cohorte diversifi\u00e9e d&rsquo;environ une cinquantaine de chats domestiques (<em>Felis catus<\/em>), d&rsquo;\u00e2ges et de sexes vari\u00e9s. Le crit\u00e8re pr\u00e9dominant de s\u00e9lection \u00e9tait leur na\u00efvet\u00e9 absolue quant aux t\u00e2ches de laboratoire : aucun d&rsquo;entre eux n&rsquo;avait jamais \u00e9t\u00e9 expos\u00e9 auparavant \u00e0 des appareils de conditionnement op\u00e9rant, \u00e0 des bo\u00eetes \u00e0 puzzle ou \u00e0 des protocoles exp\u00e9rimentaux d&rsquo;apprentissage. Contrairement aux pratiques alors en vigueur dans les laboratoires de Clark Hull ou de B. F. Skinner, o\u00f9 les rats albinos ou les pigeons \u00e9taient soumis \u00e0 une privation de nourriture draconienne \u2013 atteignant parfois une perte de 20 \u00e0 30 % de leur poids corporel initial pour exacerber artificiellement leur pulsion de faim \u2013, Guthrie et Horton ont d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment \u00e9vit\u00e9 tout r\u00e9gime de famine extr\u00eame.<\/p>\n<p>Leur positionnement th\u00e9orique rendait une telle violence biologique inutile : si l&rsquo;apprentissage proc\u00e8de de la simple contigu\u00eft\u00e9 associative et non de la r\u00e9duction quantitative d&rsquo;un besoin hom\u00e9ostatique intense, un f\u00e9lin mod\u00e9r\u00e9ment motiv\u00e9 par l&rsquo;attrait gustatif du saumon \u00e9tait parfaitement \u00e0 m\u00eame d&rsquo;associer des mouvements aux configurations d&rsquo;indices de l&rsquo;enceinte. Les sujets \u00e9taient maintenus dans des conditions de chatterie standards, nourris \u00e0 des heures r\u00e9guli\u00e8res, et simplement test\u00e9s \u00e0 des moments o\u00f9 ils acceptaient volontiers une friandise sans manifester de d\u00e9tresse physiologique. Avant d&rsquo;engager la phase exp\u00e9rimentale proprement dite, chaque chat traversait une phase d&rsquo;habituation douce destin\u00e9e \u00e0 d\u00e9samorcer toute panique ou tout comportement d&rsquo;agitation d\u00e9sorganis\u00e9e. Les chats \u00e9taient d&rsquo;abord autoris\u00e9s \u00e0 manger du saumon directement dans la coupelle externe, puis \u00e0 explorer bri\u00e8vement la bo\u00eete ouverte, garantissant ainsi que leur conduite ult\u00e9rieure ne refl\u00e9terait pas un \u00e9tat d&rsquo;angoisse panique face \u00e0 un milieu totalement inconnu.<\/p>\n<h3>4.2 Proc\u00e9dure s\u00e9quentielle de chaque essai individuel<\/h3>\n<p>Le protocole op\u00e9ratoire appliqu\u00e9 \u00e0 chaque essai individuel r\u00e9pondait \u00e0 un rituel d&rsquo;une r\u00e9gularit\u00e9 absolue. Chaque s\u00e9ance d\u00e9butait par l&rsquo;introduction de l&rsquo;animal au sommet de la bo\u00eete \u00e0 puzzle par une trappe sup\u00e9rieure sp\u00e9cialement am\u00e9nag\u00e9e, manipul\u00e9e sans heurt par l&rsquo;op\u00e9rateur. D\u00e8s que les quatre pattes de l&rsquo;animal touchaient le plancher en bois et que la trappe d&rsquo;acc\u00e8s \u00e9tait referm\u00e9e sans bruit, un chronom\u00e8tre manuel ou automatique \u00e9tait enclench\u00e9 pour enregistrer la latence exacte d&rsquo;\u00e9chappement, c&rsquo;est-\u00e0-dire le temps \u00e9coul\u00e9 en secondes entre l&rsquo;instant de l&rsquo;enfermement et l&rsquo;activation du m\u00e9canisme d&rsquo;ouverture.<\/p>\n<p>D\u00e8s son introduction, l&rsquo;animal disposait d&rsquo;une libert\u00e9 totale de d\u00e9ambulation au sein de l&rsquo;habitacle. L&rsquo;exp\u00e9rimentateur s&rsquo;abstenait de toute intervention. Pendant cette phase d&rsquo;attente, l&rsquo;animal d\u00e9ployait divers comportements exploratoires, fl\u00e2nant, observant l&rsquo;environnement, inspectant les coins ou la vitre frontale. D\u00e8s que, par le hasard de ses mouvements ou par l&rsquo;ex\u00e9cution d&rsquo;une routine \u00e9tablie, une partie quelconque du corps du chat entrait en collision avec le poteau vertical central avec une force suffisante pour l&rsquo;incliner de quelques degr\u00e9s, le circuit \u00e9lectrique se fermait instantan\u00e9ment. Cette fermeture d\u00e9clenchait de fa\u00e7on synchrone le flash photographique, l&rsquo;obturateur de la chambre noire et la d\u00e9connexion du loquet de la porte battante.<\/p>\n<p>La porte s&rsquo;ouvrant vers l&rsquo;ext\u00e9rieur avec un d\u00e9clic m\u00e9canique sonore caract\u00e9ristique, l&rsquo;animal franchissait alors la sortie \u00e0 son propre rythme pour acc\u00e9der \u00e0 la coupelle de saumon situ\u00e9e juste au pied du seuil. D\u00e8s qu&rsquo;il avait consomm\u00e9 sa bouch\u00e9e de poisson \u2013 ce qui ne prenait que quelques secondes \u2013, il \u00e9tait doucement retir\u00e9 de la zone de r\u00e9compense par l&rsquo;exp\u00e9rimentateur et plac\u00e9 dans une bo\u00eete de repos temporaire jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;essai suivant. L&rsquo;ensemble des param\u00e8tres (latence, orientation au d\u00e9part, succ\u00e8s) \u00e9tait scrupuleusement consign\u00e9 sur un carnet de laboratoire parall\u00e8lement au num\u00e9ro d&rsquo;identification de la plaque photographique correspondante.<\/p>\n<h3>4.3 Fr\u00e9quence et espacement des \u00e9preuves<\/h3>\n<p>Afin d&rsquo;\u00e9valuer la stabilit\u00e9 des associations motrices et leur r\u00e9sistance au passage du temps, Guthrie et Horton ont introduit une diversit\u00e9 intentionnelle dans l&rsquo;agencement temporel des s\u00e9ances exp\u00e9rimentales. Pour certains f\u00e9lins, les essais s&rsquo;encha\u00eenaient selon un rythme mass\u00e9, avec des intervalles inter-essais courts de seulement quelques minutes (de deux \u00e0 cinq minutes de r\u00e9pit entre deux plong\u00e9es dans la bo\u00eete). Pour d&rsquo;autres groupes, les chercheurs imposaient un protocole d&rsquo;essais distribu\u00e9s, espa\u00e7ant les passages d&rsquo;une heure, voire de vingt-quatre heures enti\u00e8res entre chaque essai.<\/p>\n<p>Cette variation temporelle syst\u00e9matique poursuivait un objectif \u00e9pist\u00e9mologique crucial : v\u00e9rifier si la trace motrice form\u00e9e lors de l&rsquo;\u00e9chappement pr\u00e9c\u00e9dent conservait sa pr\u00e9cision topographique int\u00e9grale apr\u00e8s une interruption prolong\u00e9e de la stimulation. L&rsquo;accumulation des s\u00e9ries d&rsquo;essais a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement dense, de nombreux chats subissant individuellement entre 30 et plus de 60 essais successifs r\u00e9partis sur plusieurs semaines d&rsquo;exp\u00e9rimentation. Les r\u00e9sultats ont \u00e9t\u00e9 document\u00e9s sous la forme de profils s\u00e9quentiels complets, permettant de retracer l&rsquo;\u00e9volution de la posture de chaque sujet depuis son premier contact aveugle avec la machine jusqu&rsquo;\u00e0 la stabilisation compl\u00e8te de sa routine motrice.<\/p>\n<h2>5. Observations empiriques : L&rsquo;\u00e9mergence des st\u00e9r\u00e9otypies motrices<\/h2>\n<h3>5.1 L&rsquo;idiosyncrasie frappante des patrons de r\u00e9ponse<\/h3>\n<p>Lorsque Guthrie et Horton ont d\u00e9pouill\u00e9 leurs s\u00e9ries de clich\u00e9s et analys\u00e9 les protocoles descriptifs, le premier fait marquant qui s&rsquo;est impos\u00e9 \u00e0 leur regard a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 spectaculaire des solutions motrices adopt\u00e9es d&rsquo;un individu \u00e0 l&rsquo;autre, conjugu\u00e9e \u00e0 une coh\u00e9rence intra-individuelle absolue. Contrairement \u00e0 ce que l&rsquo;on aurait pu imaginer dans un cadre darwinien d&rsquo;optimisation rationnelle des gestes, les chats n&rsquo;ont absolument pas converg\u00e9 vers une r\u00e9ponse motrice unique, standard ou \u00ab logique \u00bb, comme le fait de pousser le poteau avec la patte avant droite de fa\u00e7on \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Au contraire, chaque chat a d\u00e9velopp\u00e9 sa propre cin\u00e9matique, hautement personnalis\u00e9e, insolite et parfois m\u00eame anatomiquement acrobatique. Ainsi, le chat r\u00e9pertori\u00e9 sous le num\u00e9ro \u00ab A \u00bb a inaugur\u00e9 une m\u00e9thode consistant \u00e0 s&rsquo;approcher du poteau par la droite, \u00e0 tourner le dos \u00e0 la tige d&rsquo;\u00e9chappement, puis \u00e0 faire reculer fermement sa croupe et l&rsquo;arri\u00e8re de son flanc gauche contre le bois jusqu&rsquo;\u00e0 ce que son poids corporel fasse vaciller le support. Un autre sujet, le chat \u00ab C \u00bb, a appris \u00e0 actionner le levier en se frottant vigoureusement la joue droite et le cou le long de la tige, dans un mouvement h\u00e9lico\u00efdal descendant. D&rsquo;autres animaux mordillaient le poteau, s&rsquo;\u00e9croulaient d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment de tout leur long sur le plancher \u00e0 sa base, ou donnaient une s\u00e9rie de coups saccad\u00e9s avec l&rsquo;arri\u00e8re du jarret.<\/p>\n<p>Cette prodigieuse variabilit\u00e9 inter-sujets constituait pour les auteurs une indication pr\u00e9cieuse : la bo\u00eete \u00e0 puzzle ne guidait ni n&rsquo;imposait la forme de la r\u00e9ponse. La t\u00e2che n&rsquo;induisait pas une solution universelle t\u00e9l\u00e9ologique. Chaque chat d\u00e9couvrait sa r\u00e9ponse par une rencontre fortuite entre sa propre posture corporelle et le d\u00e9clencheur \u00e0 un instant <em>T<\/em>, et cette idiosyncrasie initiale semblait se cristalliser de mani\u00e8re d\u00e9finitive pour devenir la signature gestuelle exclusive de cet individu sp\u00e9cifique.<\/p>\n<h3>5.2 La fixation quasi photographique du comportement<\/h3>\n<p>Le ph\u00e9nom\u00e8ne empirique le plus saisissant document\u00e9 par Guthrie et Horton r\u00e9side dans la constance immuable avec laquelle chaque chat r\u00e9p\u00e9tait son patron moteur lors des essais ult\u00e9rieurs. Une fois qu&rsquo;un individu avait fortuitement provoqu\u00e9 l&rsquo;inclinaison du poteau et l&rsquo;ouverture cons\u00e9cutive de la porte par un mouvement d\u00e9termin\u00e9, ce mouvement semblait se r\u00e9p\u00e9ter d&rsquo;un bloc, avec une pr\u00e9cision g\u00e9om\u00e9trique que les auteurs ont compar\u00e9e \u00e0 celle d&rsquo;un film rejou\u00e9 en boucle.<\/p>\n<p>Les donn\u00e9es ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une absence quasi totale d&rsquo;optimisation ergonomique du mouvement \u00e0 travers les essais r\u00e9p\u00e9t\u00e9s. Dans un cadre th\u00e9orique strictement fond\u00e9 sur la s\u00e9lection par les cons\u00e9quences utilitaires, on se serait attendu \u00e0 ce qu&rsquo;un animal ayant d\u00e9clench\u00e9 la porte lors du premier essai par un mouvement complexe, \u00e9puisant et inefficient (comme faire un tour complet sur soi-m\u00eame avant d&rsquo;\u00e9craser le poteau avec son train arri\u00e8re) \u00e9limine progressivement les composantes superflues pour n&rsquo;en conserver que le geste le plus court et le plus direct. Or, les chats de Guthrie et Horton persistaient \u00e0 exhiber l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de la s\u00e9quence motrice bizarre, conservant sur des dizaines d&rsquo;essais cons\u00e9cutifs des postures incongrues et des gestes manifestement parasites d&rsquo;un point de vue fonctionnel.<\/p>\n<p>L&rsquo;animal semblait incapable de \u00ab comprendre \u00bb intellectuellement quel micro-segment pr\u00e9cis de son corps causait la lib\u00e9ration m\u00e9canique. Il r\u00e9activait simplement l&rsquo;ensemble global de la configuration motrice qu&rsquo;il occupait au moment de la rupture de situation. Si lors de l&rsquo;essai initial, le chat avait la t\u00eate pench\u00e9e \u00e0 quarante-cinq degr\u00e9s vers le haut, l&rsquo;oreille gauche rabattue et la queue fouettant le vide au moment du d\u00e9clic, cette m\u00eame configuration posturale globale se retrouvait fid\u00e8lement reproduite lors des essais subs\u00e9quents, attestant d&rsquo;une fixation m\u00e9canique et non s\u00e9lective de la r\u00e9ponse.<\/p>\n<h3>5.3 L&rsquo;analyse comparative des clich\u00e9s photographiques s\u00e9quentiels<\/h3>\n<p>L&rsquo;apport probant des clich\u00e9s st\u00e9r\u00e9oscopiques automatis\u00e9s est apparu avec \u00e9clat lors de l&rsquo;analyse comparative des plaques photographiques prises \u00e0 des jours d&rsquo;intervalle. En superposant par transparence g\u00e9om\u00e9trique les n\u00e9gatifs d&rsquo;un m\u00eame chat captur\u00e9s lors d&rsquo;essais successifs, Guthrie et Horton ont pu d\u00e9montrer une concordance spatiale stup\u00e9fiante des lignes anatomiques de l&rsquo;animal. La distance entre les griffes et la base du poteau, la courbure exacte de la colonne vert\u00e9brale, la hauteur des \u00e9paules par rapport au sol et m\u00eame l&rsquo;angle des coussinets plantaires se superposaient presque au millim\u00e8tre pr\u00e8s.<\/p>\n<p>L&rsquo;image ci-dessous illustre l&rsquo;appareil exp\u00e9rimental con\u00e7u pour ces sessions, mettant en lumi\u00e8re l&rsquo;architecture ferm\u00e9e de la bo\u00eete et son poteau d\u00e9clencheur :<\/p>\n<p>Dans la monographie de 1946, les auteurs ont publi\u00e9 de multiples planches montrant des s\u00e9quences chronologiques de trois, quatre ou cinq essais cons\u00e9cutifs pour un m\u00eame f\u00e9lin. L&rsquo;observateur le plus averti \u00e9tait incapable de distinguer un clich\u00e9 de l&rsquo;essai num\u00e9ro 12 d&rsquo;un clich\u00e9 de l&rsquo;essai num\u00e9ro 35, tant l&rsquo;alignement des membres et l&rsquo;attitude corporelle globale \u00e9taient rigoureusement identiques. Cette immortalisation de la position de la queue, point\u00e9e vers le ciel selon un angle invariable, et de l&rsquo;orientation pr\u00e9cise du museau offrait une preuve mat\u00e9rielle tangible que le comportement n&rsquo;\u00e9tait pas guid\u00e9 par une intention floue ou par une repr\u00e9sentation cognitive abstraite de la t\u00e2che (\u00ab faire basculer le b\u00e2ton \u00bb), mais par une st\u00e9r\u00e9otypie neuromotrice rigide scell\u00e9e dans le tissu sensorimoteur du f\u00e9lin.<\/p>\n<h2>6. L&rsquo;apprentissage en un seul essai d\u00e9montr\u00e9 par les donn\u00e9es empiriques<\/h2>\n<h3>6.1 La preuve de l&rsquo;association instantan\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour Guthrie et Horton, les donn\u00e9es photographiques et chronom\u00e9triques de leur exp\u00e9rience apportaient la preuve d\u00e9finitive de leur th\u00e8se la plus controvers\u00e9e : l&rsquo;apprentissage se produit dans son int\u00e9gralit\u00e9 en un seul essai (<em>one-trial learning<\/em>). Les archives empiriques d\u00e9montraient de fa\u00e7on \u00e9clatante qu&rsquo;il n&rsquo;y avait pas d&rsquo;\u00e9limination lente et graduelle des mouvements erron\u00e9s sur une \u00e9chelle continue, comme le pr\u00e9voyaient les th\u00e9ories du renforcement progressif de Thorndike et Hull. D\u00e8s le premier essai o\u00f9 un mouvement particulier parvenait \u00e0 faire basculer le poteau d&rsquo;\u00e9chappement, ce mouvement devenait, <em>ipso facto<\/em>, l&rsquo;habitude motrice dominante de l&rsquo;animal pour cette situation.<\/p>\n<p>Dans de multiples cas document\u00e9s, un chat manifestait lors de son tout premier contact avec la bo\u00eete une s\u00e9rie de t\u00e2tonnements exploratoires d\u00e9sordonn\u00e9s. Puis, soudainement, au cours de cette d\u00e9ambulation, un geste sp\u00e9cifique (par exemple, heurter le poteau avec la hanche en tentant de se faufiler le long de la paroi) provoquait le d\u00e9clic salvateur et la porte s&rsquo;ouvrait. D\u00e8s l&rsquo;essai num\u00e9ro 2, r\u00e9introduit dans l&rsquo;enceinte, l&rsquo;animal ne recommen\u00e7ait pas son exploration erratique de l&rsquo;essai pr\u00e9c\u00e9dent : il se dirigeait quasi imm\u00e9diatement vers la zone du poteau et reproduisait la man\u0153uvre corporelle de la hanche observ\u00e9e \u00e0 la toute fin de l&rsquo;essai 1. L&rsquo;apprentissage \u00e9tait donc instantan\u00e9, complet et op\u00e9rant d&#8217;embl\u00e9e.<\/p>\n<p>Ce r\u00e9sultat portait un coup th\u00e9orique majeur \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e que la pratique r\u00e9p\u00e9t\u00e9e sert \u00e0 \u00ab creuser \u00bb ou \u00e0 consolider une trace neuronale comme on approfondit un sillon dans un champ. Le premier couplage temporel effectif entre le complexe de stimuli de la bo\u00eete et la d\u00e9charge motrice lib\u00e9ratrice suffisait pour sceller la liaison associative \u00e0 son intensit\u00e9 maximale possible. Les essais subs\u00e9quents ne servaient pas \u00e0 rendre l&rsquo;apprentissage plus fort, mais simplement \u00e0 confirmer que la m\u00eame r\u00e9ponse continuait d&rsquo;\u00eatre d\u00e9clench\u00e9e tant que la configuration de stimulation demeurait invariante.<\/p>\n<h3>6.2 Le m\u00e9canisme de l&rsquo;\u00e9chappement comme rupture de stimulus<\/h3>\n<p>Cette d\u00e9monstration empirique de l&rsquo;apprentissage en un coup a permis \u00e0 Guthrie d&rsquo;asseoir d\u00e9finitivement son explication m\u00e9caniste du r\u00f4le de l&rsquo;\u00e9chappement. Pourquoi le chat n&rsquo;apprenait-il pas les dizaines d&rsquo;autres mouvements qu&rsquo;il avait ex\u00e9cut\u00e9s \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la bo\u00eete durant les dix minutes ayant pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 l&rsquo;actionnement du levier (comme renifler les barreaux, gratter le sol ou regarder le plafond) ? Pourquoi seule la toute derni\u00e8re action motrice \u00e9tait-elle retenue et reproduite lors de l&rsquo;essai suivant ?<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse r\u00e9side dans le concept de rupture de stimulus (<em>stimulus termination<\/em>). Durant toute la dur\u00e9e o\u00f9 l&rsquo;animal grattait les coins ou tournait en rond, la situation de stimulation interne \u00e0 la bo\u00eete demeurait pr\u00e9sente et persistante. Par cons\u00e9quent, chaque nouveau geste venait imm\u00e9diatement \u00e9craser, dissoudre et remplacer l&rsquo;association form\u00e9e par le geste pr\u00e9c\u00e9dent : renifler le sol effa\u00e7ait le fait de regarder le plafond, car ces deux mouvements \u00e9taient associ\u00e9s successivement \u00e0 la m\u00eame configuration visuelle g\u00e9n\u00e9rale de l&rsquo;habitacle ferm\u00e9. L&rsquo;animal \u00e9tait pris dans un cycle permanent d&rsquo;apprentissage et de d\u00e9sapprentissage continus par interf\u00e9rence r\u00e9troactive imm\u00e9diate.<\/p>\n<p>En revanche, au moment pr\u00e9cis o\u00f9 le corps du chat touchait le poteau vertical et provoquait l&rsquo;inclinaison de ce dernier, la porte battante basculait instantan\u00e9ment sous l&rsquo;effet de l&rsquo;\u00e9lectroaimant. \u00c0 cette micro-seconde pr\u00e9cise, l&rsquo;\u00e9chappement d\u00e9butait : l&rsquo;ouverture cr\u00e9ait un appel d&rsquo;air, une trou\u00e9e lumineuse nouvelle et offrait un passage imm\u00e9diat vers la coupelle de nourriture. D\u00e8s cet instant, l&rsquo;animal quittait la bo\u00eete. Les stimuli sp\u00e9cifiques de l&rsquo;int\u00e9rieur de la bo\u00eete ferm\u00e9e ont ainsi disparu subitement de son champ perceptif. N&rsquo;\u00e9tant plus expos\u00e9 \u00e0 ces stimuli, le f\u00e9lin ne pouvait plus \u00e9mettre de nouveaux mouvements en leur pr\u00e9sence, ce qui rendait impossible tout nouvel apprentissage concurrent. La derni\u00e8re r\u00e9ponse motrice \u00e9mise en pr\u00e9sence des stimuli de la bo\u00eete ferm\u00e9e \u00e9tait donc m\u00e9caniquement pr\u00e9serv\u00e9e, prot\u00e9g\u00e9e contre toute interf\u00e9rence, et demeurait la seule connexion disponible lorsque l&rsquo;animal \u00e9tait r\u00e9introduit dans la bo\u00eete lors de l&rsquo;essai suivant.<\/p>\n<h3>6.3 L&rsquo;interpr\u00e9tation de la variabilit\u00e9 r\u00e9siduelle<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 l&rsquo;extr\u00eame st\u00e9r\u00e9otypie constat\u00e9e sur les clich\u00e9s photographiques, les donn\u00e9es montraient occasionnellement des d\u00e9viations : certains essais voyaient le chat modifier l\u00e9g\u00e8rement son approche, h\u00e9siter, ou m\u00eame \u00e9chouer temporairement \u00e0 reproduire sa posture habituelle. Les critiques de Guthrie n&rsquo;ont pas manqu\u00e9 de pointer ces fluctuations pour remettre en cause le caract\u00e8re tout-ou-rien de son principe de contigu\u00eft\u00e9, arguant qu&rsquo;une th\u00e9orie d\u00e9terministe ne pouvait tol\u00e9rer la moindre exception.<\/p>\n<p>Guthrie et Horton ont r\u00e9pondu \u00e0 cette objection par une rigueur analytique imparable, en s&rsquo;appuyant sur leur d\u00e9finition du stimulus en tant que constellation dynamique et non en tant qu&rsquo;entit\u00e9 statique. Ils ont soulign\u00e9 qu&rsquo;il \u00e9tait physiquement impossible pour un exp\u00e9rimentateur d&rsquo;introduire un animal vivant dans une bo\u00eete de fa\u00e7on rigoureusement identique au millim\u00e8tre et \u00e0 la seconde pr\u00e8s d&rsquo;un essai \u00e0 l&rsquo;autre. La position des pattes du chat au moment o\u00f9 il \u00e9tait l\u00e2ch\u00e9 \u00e0 travers la trappe sup\u00e9rieure variait toujours de quelques degr\u00e9s ; son orientation initiale, la direction de son regard, la position de ses moustaches au contact de l&rsquo;air ou l&rsquo;\u00e9tat de r\u00e9pl\u00e9tion de sa vessie constituaient autant de micro-variables fluctuantes.<\/p>\n<p>Ces micro-stimuli externes et ces signaux proprioceptifs internes diff\u00e9rents modifiaient subtilement le complexe stimulant initial. Si le patron de stimuli <em>S<\/em> n&rsquo;\u00e9tait pas rigoureusement identique au patron <em>S<\/em> de l&rsquo;essai pr\u00e9c\u00e9dent, la loi de contigu\u00eft\u00e9 stipule que ce sont d&rsquo;autres mouvements, associ\u00e9s ant\u00e9rieurement \u00e0 ces variantes, qui doivent se manifester. La variabilit\u00e9 r\u00e9siduelle du comportement n&rsquo;\u00e9tait donc nullement le signe d&rsquo;une faiblesse ou d&rsquo;une d\u00e9gradation de la trace associative, mais r\u00e9sultait m\u00e9caniquement de la variabilit\u00e9 in\u00e9vitable des conditions de stimulation de d\u00e9part. D\u00e8s lors que l&rsquo;animal retrouvait, au cours de son d\u00e9placement dans l&rsquo;habitacle, la constellation de stimuli exacte ayant accompagn\u00e9 l&rsquo;\u00e9chappement r\u00e9ussi, la st\u00e9r\u00e9otypie motrice r\u00e9apparaissait imm\u00e9diatement dans toute son inflexibilit\u00e9.<\/p>\n<h2>7. La distinction fondamentale entre actes et mouvements<\/h2>\n<h3>7.1 D\u00e9finition conceptuelle du mouvement selon Guthrie<\/h3>\n<p>Pour dissiper les malentendus persistants entourant sa th\u00e9orie de l&rsquo;apprentissage en un seul essai et pour r\u00e9pondre aux accusations de simplification excessive, Edwin Guthrie a formalis\u00e9 une distinction \u00e9pist\u00e9mologique capitale qui constitue la cl\u00e9 de vo\u00fbte de son syst\u00e8me : la dichotomie entre le mouvement et l&rsquo;acte. Cette distinction, souvent m\u00e9connue de ses contemporains, est indispensable pour saisir comment une loi associative binaire microscopique peut rendre compte de la fluidit\u00e9 et de la complexit\u00e9 adaptative des conduites macroscopiques.<\/p>\n<p>Dans la terminologie guthrienne, le <em>mouvement<\/em> (<em>movement<\/em>) repr\u00e9sente l&rsquo;unit\u00e9 \u00e9l\u00e9mentaire et indivisible du comportement. Il se d\u00e9finit sur un plan strictement physiologique et m\u00e9canique comme une contraction coordonn\u00e9e de groupes musculaires sp\u00e9cifiques ou une s\u00e9cr\u00e9tion glandulaire discr\u00e8te, provoqu\u00e9e directement par un influx nerveux en r\u00e9ponse \u00e0 une configuration sensorielle pr\u00e9cise. Un mouvement n&rsquo;a pas de finalit\u00e9 intrins\u00e8que, de sens herm\u00e9neutique ou de but adaptatif : lever la patte ant\u00e9rieure droite \u00e0 un angle de trente degr\u00e9s, tourner le globe oculaire vers la gauche ou fl\u00e9chir les vert\u00e8bres lombaires sont des mouvements. C&rsquo;est \u00e0 ce niveau atomique et microscopique, et \u00e0 ce niveau exclusivement, que s&rsquo;applique sans restriction la loi de l&rsquo;association par contigu\u00eft\u00e9 et le principe de l&rsquo;apprentissage en un seul essai. Un stimulus d\u00e9termin\u00e9 se lie \u00e0 un mouvement musculaire d\u00e9termin\u00e9 en une seule et unique conjonction spatio-temporelle.<\/p>\n<h3>7.2 D\u00e9finition conceptuelle de l&rsquo;acte et de l&rsquo;habilet\u00e9<\/h3>\n<p>\u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9 du mouvement se situe la notion d&rsquo;<em>acte<\/em> (<em>act<\/em>). Pour Guthrie, l&rsquo;acte rel\u00e8ve du niveau d&rsquo;analyse molaire ou macroscopique. Un acte n&rsquo;est pas un mouvement unique, mais un r\u00e9sultat objectif, un accomplissement ou une transformation de l&rsquo;environnement physique que l&rsquo;on nomme g\u00e9n\u00e9ralement par un verbe d&rsquo;action orient\u00e9 vers une fin : \u00ab ouvrir une porte \u00bb, \u00ab appuyer sur un levier \u00bb, \u00ab taper une lettre sur un clavier \u00bb, \u00ab jouer du piano \u00bb ou \u00ab s&rsquo;\u00e9chapper d&rsquo;une bo\u00eete \u00e0 puzzle \u00bb. Un acte se caract\u00e9rise par une plasticit\u00e9 topographique remarquable : il peut \u00eatre r\u00e9alis\u00e9 au moyen d&rsquo;une infinit\u00e9 de combinaisons motrices totalement diff\u00e9rentes. On peut ouvrir une porte en la poussant de la main droite, de la main gauche, de l&rsquo;\u00e9paule, du pied, ou m\u00eame avec la hanche si l&rsquo;on porte un paquet volumineux.<\/p>\n<p>Une <em>habilet\u00e9<\/em> (<em>skill<\/em>) n&rsquo;est rien d&rsquo;autre qu&rsquo;une constellation complexe et int\u00e9gr\u00e9e d&rsquo;actes multiples permettant d&rsquo;atteindre un r\u00e9sultat \u00e9cologique constant en d\u00e9pit des variations permanentes du milieu physique. Parce que le monde r\u00e9el n&rsquo;est jamais deux fois identique \u2013 la position des objets change, la distance varie, l&rsquo;adh\u00e9rence du sol fluctue, les postures de d\u00e9part sont infinies \u2013, un organisme ne peut pas survivre en ne poss\u00e9dant qu&rsquo;un unique mouvement associ\u00e9 \u00e0 un stimulus fixe. L&rsquo;habilet\u00e9 exige que l&rsquo;organisme dispose d&rsquo;un r\u00e9pertoire gigantesque de mouvements distincts capables de conduire au m\u00eame r\u00e9sultat global dans une multiplicit\u00e9 de contextes perceptifs h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes.<\/p>\n<p>Le tableau ci-dessous r\u00e9sume cette distinction structurante qui permet de comprendre l&rsquo;architecture du mod\u00e8le de Guthrie :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Mouvement :<\/strong> Contraction musculaire sp\u00e9cifique, unit\u00e9 physiologique \u00e9l\u00e9mentaire, directement coupl\u00e9 \u00e0 une configuration stimulatrice pr\u00e9cise, s&rsquo;apprend en <em>un seul essai<\/em> selon une dynamique du tout-ou-rien.<\/li>\n<li><strong>Acte :<\/strong> R\u00e9sultat macroscopique ou accomplissement externe (ex. : \u00ab sortir de la bo\u00eete \u00bb), compos\u00e9 d&rsquo;une multitude h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne de mouvements diff\u00e9rents, s&rsquo;am\u00e9liore progressivement \u00e0 travers l&rsquo;accumulation d&rsquo;essais.<\/li>\n<li><strong>Habilet\u00e9 :<\/strong> R\u00e9pertoire \u00e9tendu d&rsquo;actes permettant d&rsquo;atteindre un but adaptatif sous des conditions environnementales hautement variables, n\u00e9cessitant une <em>pratique r\u00e9p\u00e9t\u00e9e<\/em> pour associer des mouvements \u00e0 chaque variation contextuelle.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>7.3 La r\u00e9solution du paradoxe de la pratique et de la r\u00e9p\u00e9tition<\/h3>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 cette clarification conceptuelle, Guthrie a pu r\u00e9soudre ce qui apparaissait aux yeux de ses adversaires comme le paradoxe fatal de sa th\u00e9orie : si l&rsquo;on apprend r\u00e9ellement tout en un seul coup d\u00e8s le premier essai, pourquoi l&rsquo;apprentissage d&rsquo;une t\u00e2che complexe n\u00e9cessite-t-il des centaines d&rsquo;heures de pratique et de r\u00e9p\u00e9tition acharn\u00e9e ? Pourquoi le joueur de tennis, le dactylographe ou le pianiste doivent-ils r\u00e9p\u00e9ter leurs gammes et leurs gestes ind\u00e9finiment avant d&rsquo;atteindre la ma\u00eetrise experte ?<\/p>\n<p>La solution offerte par Guthrie est d&rsquo;une remarquable limpidit\u00e9 logique : la pratique ne sert absolument pas \u00e0 \u00ab renforcer \u00bb ou \u00e0 sur-apprendre une connexion associative unique d\u00e9j\u00e0 \u00e9tablie au niveau maximal. La pratique est rendue n\u00e9cessaire par l&rsquo;infinie vari\u00e9t\u00e9 du monde sensible. Pour ma\u00eetriser une habilet\u00e9 motrice \u2013 comme taper sur les touches d&rsquo;une machine \u00e0 \u00e9crire \u2013, le sujet doit apprendre \u00e0 frapper la bonne lettre non seulement lorsqu&rsquo;il regarde droit devant lui, mais aussi lorsqu&rsquo;il est assis de travers, lorsqu&rsquo;il est fatigu\u00e9, lorsque la lumi\u00e8re est tamis\u00e9e, lorsque ses mains sont froides ou lorsqu&rsquo;il discute en m\u00eame temps avec un coll\u00e8gue. Chaque micro-variation de l&rsquo;\u00e9tat interne de l&rsquo;organisme et chaque changement de l&rsquo;angle visuel repr\u00e9sente une configuration de stimuli enti\u00e8rement nouvelle, qui requiert son propre apprentissage en un essai pour \u00eatre coupl\u00e9e au mouvement musculaire appropri\u00e9.<\/p>\n<p>Par cons\u00e9quent, la fameuse courbe d&rsquo;apprentissage continue, descendante pour le temps et ascendante pour la pr\u00e9cision, n&rsquo;est rien d&rsquo;autre qu&rsquo;un artefact statistique ou la somme cumulative de milliers de petits apprentissages \u00e9l\u00e9mentaires discrets de type \u00ab un stimulus, une contraction, un essai \u00bb. Chaque essai suppl\u00e9mentaire n&rsquo;ajoute pas de force \u00e0 la liaison pr\u00e9existante ; il \u00e9largit le champ des stimuli d\u00e9clencheurs capables d&rsquo;activer la cha\u00eene motrice souhait\u00e9e. L&rsquo;expertise motrice ne traduit pas une consolidation mystique de la trace mn\u00e9sique, mais l&rsquo;accumulation d&rsquo;une vaste biblioth\u00e8que d&rsquo;associations unitaires pr\u00eates \u00e0 se d\u00e9clencher face \u00e0 n&rsquo;importe quelle configuration contingente de l&rsquo;environnement.<\/p>\n<h2>8. Guthrie contre Thorndike, Skinner et Hull : Les grandes controverses th\u00e9oriques<\/h2>\n<h3>8.1 La confrontation avec le connexionnisme de Thorndike<\/h3>\n<p>L&rsquo;exp\u00e9rimentation de la bo\u00eete \u00e0 puzzle f\u00e9line constituait une r\u00e9ponse directe et frontale au connexionnisme originel d&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.britannica.com\/biography\/Edward-L-Thorndike\">Edward Lee Thorndike<\/a>. Lorsque Thorndike publia sa c\u00e9l\u00e8bre monographie <em>Animal Intelligence<\/em> en 1898, il affirma que ses chats s&rsquo;\u00e9chappaient de leurs bo\u00eetes par un processus de s\u00e9lection graduelle fond\u00e9 sur les essais et erreurs (<em>trial and error<\/em>), couronn\u00e9 par l&rsquo;op\u00e9ration de la fameuse \u00ab loi de l&rsquo;effet \u00bb. Selon Thorndike, les impulsions motrices qui ne m\u00e8nent \u00e0 aucune satisfaction sont progressivement supprim\u00e9es ou estamp\u00e9es (<em>stamped out<\/em>), tandis que l&rsquo;impulsion motrice qui conduit \u00e0 la lib\u00e9ration et \u00e0 la satisfaction alimentaire est durablement imprim\u00e9e (<em>stamped in<\/em>) dans les connexions nerveuses par l&rsquo;\u00e9tat h\u00e9donique qui s&rsquo;ensuit.<\/p>\n<p>Guthrie a contest\u00e9 cette ontologie point par point. Premi\u00e8rement, il consid\u00e9rait que l&rsquo;utilisation du concept d&rsquo;\u00ab \u00e9tat de satisfaction \u00bb (<em>satisfier<\/em>) introduisait une dimension psychologisante inacceptable dans une d\u00e9marche scientifique objective. Thorndike \u00e9tait incapable de d\u00e9finir la satisfaction autrement que par le comportement m\u00eame de l&rsquo;animal cherchant \u00e0 atteindre ou \u00e0 conserver cet \u00e9tat, cr\u00e9ant un raisonnement circulaire. Deuxi\u00e8mement, Guthrie refusait d&rsquo;attribuer \u00e0 la nourriture le pouvoir d&rsquo;agir r\u00e9trospectivement sur une synapse nerveuse. Pour Guthrie, l&rsquo;animal de Thorndike ne s\u00e9lectionnait pas sa r\u00e9ponse parce qu&rsquo;elle \u00e9tait suivie de plaisir, mais simplement parce que la sortie de la bo\u00eete mettait fin aux stimuli de celle-ci, figeant la derni\u00e8re r\u00e9ponse \u00e9mise.<\/p>\n<p>Guthrie a pouss\u00e9 la r\u00e9interpr\u00e9tation des r\u00e9sultats de Thorndike plus loin encore : il a d\u00e9montr\u00e9 que les courbes d&rsquo;apprentissage progressives obtenues par son pr\u00e9d\u00e9cesseur \u00e9taient le produit d&rsquo;un protocole m\u00e9thodologique imparfait. Dans les bo\u00eetes de Thorndike, les m\u00e9canismes \u00e9taient souvent instables, les ficelles pendaient de fa\u00e7on l\u00e2che et les loquets offraient des r\u00e9sistances m\u00e9caniques inconstantes. De ce fait, un chat pouvait ex\u00e9cuter le bon mouvement sans que la porte ne s&rsquo;ouvre imm\u00e9diatement, ce qui l&rsquo;obligeait \u00e0 continuer d&rsquo;explorer et entra\u00eenait l&rsquo;\u00e9crasement de la connexion par interf\u00e9rence. C&rsquo;est le manque de sensibilit\u00e9 et de rigueur m\u00e9canique de la bo\u00eete de Thorndike qui g\u00e9n\u00e9rait l&rsquo;illusion d&rsquo;une \u00e9limination graduelle des erreurs ; d\u00e8s lors qu&rsquo;un appareil sensible et fiable \u00e9tait utilis\u00e9 \u2013 comme le poteau omnidirectionnel de Guthrie et Horton \u2013, l&rsquo;apprentissage sautait aux yeux dans sa pleine instantan\u00e9it\u00e9.<\/p>\n<h3>8.2 La divergence avec le mod\u00e8le op\u00e9rant de B. F. Skinner<\/h3>\n<p>Avec l&rsquo;ascension fulgurante de B. F. Skinner dans les ann\u00e9es 1930 et la th\u00e9orisation du conditionnement op\u00e9rant dans <em>The Behavior of Organisms<\/em> (1938), une autre opposition \u00e9pist\u00e9mologique majeure s&rsquo;est dessin\u00e9e. Skinner concevait l&rsquo;op\u00e9rant comme une classe fonctionnelle de r\u00e9ponses identifi\u00e9es par leur effet sur l&rsquo;environnement, sans se soucier des mouvements musculaires sp\u00e9cifiques ayant produit cette cons\u00e9quence. Pour Skinner, peu importait qu&rsquo;un rat abaisse le levier avec sa patte avant droite, sa patte gauche, son museau ou sa queue : tant que le commutateur \u00e9tait activ\u00e9 et que la boulette de nourriture tombait, la r\u00e9ponse appartenait \u00e0 la m\u00eame classe op\u00e9rante. La variable d\u00e9pendante reine du skinn\u00e9risme \u00e9tait le taux de r\u00e9ponse (<em>rate of response<\/em>), mesur\u00e9 par le cumulateur graphique.<\/p>\n<p>Guthrie voyait dans cette abstraction fonctionnelle une r\u00e9gression descriptive inadmissible. Il reprochait \u00e0 Skinner de sacrifier la r\u00e9alit\u00e9 physique et anatomique de l&rsquo;organisme sur l&rsquo;autel de la mod\u00e9lisation statistique. Pour Guthrie, il n&rsquo;existe pas de \u00ab classe op\u00e9rante \u00bb d\u00e9sincarn\u00e9e ; il n&rsquo;y a que des contractions musculaires concr\u00e8tes et sp\u00e9cifiques s&rsquo;articulant \u00e0 un instant pr\u00e9cis avec des stimuli pr\u00e9cis. En ne mesurant que le taux global de pression sur le levier, Skinner occultait la v\u00e9ritable substance du comportement : la topographie motrice exacte. Les photographies de Guthrie et Horton visaient pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 r\u00e9tablir cette v\u00e9rit\u00e9 physique en montrant que l&rsquo;animal ne r\u00e9alise pas une \u00ab fonction \u00bb abstraite, mais reproduit fid\u00e8lement une posture corporelle microscopique d\u00e9termin\u00e9e.<\/p>\n<p>En outre, Guthrie r\u00e9futait la dichotomie rigide \u00e9tablie par Skinner entre le conditionnement r\u00e9pondant (pavlovien, involontaire, fond\u00e9 sur la contigu\u00eft\u00e9) et le conditionnement op\u00e9rant (skinn\u00e9rien, volontaire, r\u00e9gi par les cons\u00e9quences). Pour Guthrie, cette fronti\u00e8re \u00e9tait artificielle et chim\u00e9rique. Il n&rsquo;y avait \u00e0 ses yeux qu&rsquo;une seule et unique forme d&rsquo;apprentissage dans tout le r\u00e8gne animal : l&rsquo;association par contigu\u00eft\u00e9. Tout comportement qualifi\u00e9 d&rsquo;\u00ab op\u00e9rant \u00bb n&rsquo;\u00e9tait pour lui qu&rsquo;une vaste cha\u00eene de r\u00e9ponses r\u00e9pondantes d\u00e9clench\u00e9es par des stimuli proprioceptifs et ext\u00e9roceptifs s\u00e9quentiels. En \u00e9liminant la contingence de renforcement en tant que force t\u00e9l\u00e9ologique, Guthrie ramenait Skinner au sein d&rsquo;une m\u00e9canique purement r\u00e9flexologique g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e.<\/p>\n<h3>8.3 Le duel conceptuel avec la formalisation de Clark Hull<\/h3>\n<p>L&rsquo;affrontement le plus technique et le plus f\u00e9roce a toutefois oppos\u00e9 Guthrie au syst\u00e8me n\u00e9o-b\u00e9havioriste de Clark L. Hull. Hull avait construit une th\u00e9orie colossale d&rsquo;inspiration d\u00e9ductive, enrichie par des formules math\u00e9matiques complexes truff\u00e9es de param\u00e8tres exponentiels. Au c\u0153ur de son mod\u00e8le se trouvaient deux variables interm\u00e9diaires cardinales : la force de l&rsquo;habitude (not\u00e9e <em>sHr<\/em>), qui croissait de fa\u00e7on asymptotique et continue \u00e0 chaque essai de renforcement, et la r\u00e9duction de la pulsion biologique (<em>drive reduction<\/em>, <em>D<\/em>), sans laquelle aucun apprentissage ne pouvait avoir lieu. Pour Hull, la r\u00e9p\u00e9tition du renforcement \u00e9tait le ciment quantitatif indispensable \u00e0 la mont\u00e9e en puissance de l&rsquo;habitude motrice.<\/p>\n<p>Guthrie s&rsquo;est insurg\u00e9 contre cette prolif\u00e9ration d&rsquo;\u00e9quations math\u00e9matiques qu&rsquo;il jugeait sp\u00e9culatives et pseudo-pr\u00e9cises, les qualifiant d&rsquo;\u00e9chafaudages th\u00e9oriques masquant l&rsquo;absence d&rsquo;explication causale r\u00e9elle. Pourquoi postuler une fonction asymptotique continue pour d\u00e9crire un ph\u00e9nom\u00e8ne que l&rsquo;on peut observer se fixer en un seul essai si l&rsquo;on prend soin d&rsquo;observer les bons mouvements ? Guthrie rejetait l&rsquo;id\u00e9e m\u00eame que la pulsion (la faim, la soif) soit une variable d&rsquo;apprentissage : la pulsion n&rsquo;\u00e9tait pour lui rien de plus qu&rsquo;une source intense et persistante de stimulations internes (les contractions de l&rsquo;estomac affam\u00e9, la s\u00e9cheresse de la gorge) qui poussaient l&rsquo;organisme \u00e0 bouger sans cesse jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;un nouveau complexe de stimuli vienne interrompre cette agitation.<\/p>\n<p>Face au syst\u00e8me tentaculaire de Hull, Guthrie a brandi l&rsquo;arme \u00e9pist\u00e9mologique du <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/ockham\/\">rasoir d&rsquo;Ockham<\/a>. Pourquoi encombrer la science psychologique d&rsquo;interm\u00e9diaires non observables tels que le potentiel d&rsquo;excitation effectif, le potentiel de r\u00e9action oscillatoire ou l&rsquo;inhibition r\u00e9actionnelle, alors qu&rsquo;un seul principe mat\u00e9riel \u2013 la contigu\u00eft\u00e9 spatio-temporelle \u2013 suffit \u00e0 rendre compte de l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 des donn\u00e9es exp\u00e9rimentales ? L\u00e0 o\u00f9 Hull b\u00e2tissait un \u00e9difice baroque d&rsquo;une infinie complexit\u00e9 formelle, Guthrie d\u00e9fendait une \u00e9l\u00e9gance minimaliste d&rsquo;une audace absolue, faisant reposer l&rsquo;ensemble de l&rsquo;\u00e9difice comportemental sur l&rsquo;\u00e9tincelle de la simultan\u00e9it\u00e9 physique.<\/p>\n<h2>9. La r\u00e9\u00e9valuation critique contemporaine : L&rsquo;exp\u00e9rience de Moore et Stuttard (1979)<\/h2>\n<h3>9.1 Le protocole de r\u00e9plication et les nouvelles anomalies observ\u00e9es<\/h3>\n<p>Pendant plus de trois d\u00e9cennies, l&rsquo;exp\u00e9rience de la bo\u00eete \u00e0 puzzle de Guthrie et Horton a figur\u00e9 en bonne place dans tous les manuels de r\u00e9f\u00e9rence de psychologie de l&rsquo;apprentissage comme l&rsquo;une des d\u00e9monstrations les plus \u00e9l\u00e9gantes et les plus rigoureusement document\u00e9es de la fixation comportementale par contigu\u00eft\u00e9. Elle semblait incarner le triomphe de la m\u00e9thode objective sur les pr\u00e9jug\u00e9s th\u00e9oriques. Pourtant, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970, une onde de choc \u00e9pist\u00e9mologique allait \u00e9branler cet \u00e9difice historique avec la publication, dans la prestigieuse revue <em>Science<\/em>, d&rsquo;une \u00e9tude de r\u00e9plication men\u00e9e par deux psychologues et \u00e9thologues de l&rsquo;universit\u00e9 Dalhousie au Canada : Bruce R. Moore et Susan Stuttard.<\/p>\n<p>Moore et Stuttard (1979) ont entrepris de reproduire fid\u00e8lement l&rsquo;exp\u00e9rience originelle de 1946 en reconstruisant une bo\u00eete \u00e0 puzzle aux dimensions et aux caract\u00e9ristiques identiques, incluant le poteau vertical central mont\u00e9 sur joint flexible et des syst\u00e8mes de cam\u00e9ras modernes. Cependant, anim\u00e9s par une exigence m\u00e9thodologique propre \u00e0 l&rsquo;\u00e9thologie cognitive \u00e9mergente, ils ont introduit une s\u00e9rie de conditions de contr\u00f4le qui faisaient cruellement d\u00e9faut au protocole de Guthrie et Horton. Ils ont notamment test\u00e9 des chats dans la bo\u00eete en faisant varier syst\u00e9matiquement la pr\u00e9sence physique ou l&rsquo;absence totale de l&rsquo;exp\u00e9rimentateur humain \u00e0 proximit\u00e9 de la cage vitr\u00e9e, tout en examinant la cin\u00e9matique des animaux dans des contextes o\u00f9 la nourriture n&rsquo;\u00e9tait pas fournie ou lorsque l&rsquo;activation du poteau n&rsquo;ouvrait aucune issue.<\/p>\n<p>Les r\u00e9sultats obtenus par Moore et Stuttard ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 des anomalies stup\u00e9fiantes qui allaient bouleverser l&rsquo;interpr\u00e9tation historique du travail de Guthrie et Horton. Les chats de la r\u00e9plication manifestaient exactement les m\u00eames comportements bizarres, st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s et idiosyncrasiques d\u00e9crits en 1946 : ils frottaient leur croupe, faisaient des mouvements de torsion le long du poteau, \u00e9crasaient leur flanc contre le bois et semblaient reproduire la posture avec une fid\u00e9lit\u00e9 photographique. Mais le point de rupture r\u00e9sidait dans le fait que les chats manifestaient ces exactes m\u00eames conduites st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es m\u00eame lorsqu&rsquo;ils n&rsquo;\u00e9taient soumis \u00e0 aucune t\u00e2che d&rsquo;apprentissage, m\u00eame lorsque le poteau n&rsquo;\u00e9tait reli\u00e9 \u00e0 aucun loquet d&rsquo;ouverture et m\u00eame en l&rsquo;absence absolue de r\u00e9compense alimentaire, pourvu qu&rsquo;un observateur humain se tienne visible derri\u00e8re la vitre d&rsquo;observation.<\/p>\n<h3>9.2 La r\u00e9interpr\u00e9tation \u00e9thologique : Le frottement de flanc social<\/h3>\n<p>L&rsquo;explication apport\u00e9e par Moore et Stuttard a mis en lumi\u00e8re un biais d&rsquo;interpr\u00e9tation anthropomorphique et fonctionnaliste fondamental dans lequel Guthrie et Horton \u00e9taient tomb\u00e9s sans le savoir. Les mouvements \u00e9tranges et r\u00e9p\u00e9titifs immortalis\u00e9s sur les plaques st\u00e9r\u00e9oscopiques de 1946 ne relevaient pas d&rsquo;une association motrice arbitraire forg\u00e9e en un essai par la contigu\u00eft\u00e9 physique, mais appartenaient tout simplement au r\u00e9pertoire comportemental inn\u00e9 et naturel de la communication f\u00e9line : le frottement social ou marquage tactile (<em>head-rubbing<\/em> et <em>flank-rubbing<\/em>).<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;\u00e9thologie du chat domestique (<em>Felis catus<\/em>), le comportement de frottement de la t\u00eate, des babines, du flanc et de la croupe contre des objets verticaux pro\u00e9minents \u2013 en particulier des arbres, des poteaux ou les jambes d&rsquo;un partenaire social \u2013 est un comportement instinctif affiliatif, un patron d&rsquo;action fixe (<em>fixed action pattern<\/em>) hautement ritualis\u00e9 servant \u00e0 d\u00e9poser des ph\u00e9romones s\u00e9cr\u00e9t\u00e9es par les glandes s\u00e9bac\u00e9es faciales et caudales. Ce comportement est d\u00e9clench\u00e9 de fa\u00e7on inn\u00e9e par des stimuli signaux tr\u00e8s pr\u00e9cis, au premier rang desquels figure l&rsquo;apparition d&rsquo;un \u00eatre familier, en l&rsquo;occurrence l&rsquo;exp\u00e9rimentateur humain.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;exp\u00e9rience originelle de Guthrie et Horton, bien que les chercheurs tentassent de rester immobiles, ils \u00e9taient n\u00e9anmoins pr\u00e9sents dans la pi\u00e8ce, visibles \u00e0 travers la paroi vitr\u00e9e frontale. En voyant l&rsquo;exp\u00e9rimentateur, le chat enferm\u00e9 \u00e9tait pouss\u00e9 par son programme biologique \u00e0 initier une s\u00e9quence de salutation sociale et de marquage ph\u00e9romonal. Le poteau vertical, tr\u00f4nant au centre de l&rsquo;habitacle, constituait le seul et unique support physique saillant sur lequel l&rsquo;animal pouvait d\u00e9charger cette impulsion instinctive. Le chat se frottait donc spontan\u00e9ment contre le poteau, d\u00e9clenchant fortuitement le m\u00e9canisme ultra-sensible. Guthrie et Horton avaient ainsi pris un comportement de courtoisie f\u00e9line ancestrale pour la preuve \u00e9clatante d&rsquo;une loi g\u00e9n\u00e9rale de l&rsquo;apprentissage par contigu\u00eft\u00e9 :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Les comportements st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s observ\u00e9s dans la bo\u00eete \u00e0 puzzle ne sont pas des habitudes motrices forg\u00e9es par un apprentissage en un coup, mais l&rsquo;expression de patrons \u00e9thologiques inn\u00e9s de salutation sociale r\u00e9orient\u00e9s vers le poteau en pr\u00e9sence de l&rsquo;observateur. \u00bb \u2014 Moore &#038; Stuttard (1979)<\/p><\/blockquote>\n<h3>9.3 La controverse m\u00e9thodologique persistante<\/h3>\n<p>La publication de Moore et Stuttard a port\u00e9 un coup d\u00e9vastateur \u00e0 la l\u00e9gende de l&rsquo;exp\u00e9rience de Guthrie et Horton, conduisant de nombreux manuels contemporains \u00e0 retirer la monographie de 1946 de leurs chapitres consacr\u00e9s aux d\u00e9monstrations exp\u00e9rimentales solides de l&rsquo;apprentissage associatif. Pour beaucoup, la bo\u00eete \u00e0 puzzle \u00e9tait devenue le symbole supr\u00eame des pi\u00e8ges de l&rsquo;illusion op\u00e9rante : l&rsquo;exp\u00e9rimentateur enferme un animal dans une enceinte artificielle, projette ses propres hypoth\u00e8ses th\u00e9oriques sur ses r\u00e9actions, et m\u00e9conna\u00eet l&rsquo;histoire \u00e9volutive et \u00e9thologique de l&rsquo;esp\u00e8ce qu&rsquo;il pr\u00e9tend \u00e9tudier.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, une controverse m\u00e9thodologique subtile persiste parmi les historiens des sciences du comportement. Plusieurs commentateurs ont fait valoir que la r\u00e9\u00e9valuation \u00e9thologique de Moore et Stuttard, si elle disqualifie l&rsquo;interpr\u00e9tation des comportements de frottement de joue et de flanc, ne balaie pas d&rsquo;un revers de main l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 des observations de Guthrie et Horton. Dans les archives de 1946 figurent en effet des clich\u00e9s de chats ayant d\u00e9velopp\u00e9 des conduites qui ne rel\u00e8vent en rien du r\u00e9pertoire inn\u00e9 de salutation f\u00e9line, telles que heurter le poteau avec la semelle de la patte arri\u00e8re en se penchant vers l&rsquo;avant, s&rsquo;\u00e9crouler de dos ou ex\u00e9cuter un coup de griffe invers\u00e9.<\/p>\n<p>Il demeure donc plausible qu&rsquo;un authentique apprentissage par contigu\u00eft\u00e9 se soit superpos\u00e9 ou combin\u00e9 aux sch\u00e8mes comportementaux inn\u00e9s de l&rsquo;animal. M\u00eame si le r\u00e9pertoire instinctif fournissait la mati\u00e8re premi\u00e8re motrice des comportements observ\u00e9s, la stabilisation ultra-pr\u00e9cise de certaines postures individuelles bizarres \u00e0 travers les essais pose encore des questions th\u00e9oriques passionnantes. La controverse Guthrie-Horton versus Moore-Stuttard demeure aujourd&rsquo;hui l&rsquo;un des cas d&rsquo;\u00e9cole les plus fascinants de l&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie de la psychologie, rappelant que l&rsquo;objectivit\u00e9 m\u00e9canique d&rsquo;un appareil photographique ne garantit en rien l&rsquo;immunit\u00e9 contre les biais d&rsquo;interpr\u00e9tation th\u00e9orique.<\/p>\n<h2>10. Le r\u00f4le des stimuli proprioceptifs et la cha\u00eene s\u00e9quentielle des mouvements<\/h2>\n<h3>10.1 Les stimuli produits par le mouvement (Movement-Produced Stimuli)<\/h3>\n<p>L&rsquo;un des apports conceptuels les plus sophistiqu\u00e9s de la pens\u00e9e d&rsquo;Edwin Guthrie \u2013 indispensable pour comprendre comment son mod\u00e8le \u00e9chappe au reproche de simplisme atomiste \u2013 est sa th\u00e9orisation des stimuli produits par le mouvement (<em>movement-produced stimuli<\/em>, ou MPS). Guthrie avait parfaitement conscience qu&rsquo;un intervalle de plusieurs secondes ou minutes pouvait s&rsquo;\u00e9couler entre le moment o\u00f9 l&rsquo;animal \u00e9tait introduit dans la bo\u00eete et le moment o\u00f9 il touchait enfin le poteau de lib\u00e9ration. Comment expliquer, dans le strict cadre d&rsquo;une contigu\u00eft\u00e9 imm\u00e9diate, que des stimuli ext\u00e9rieurs initiaux puissent influencer des r\u00e9ponses motrices diff\u00e9r\u00e9es dans le temps sans postuler de myst\u00e9rieuses traces mn\u00e9siques cognitives ?<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse r\u00e9side dans la boucle proprioceptive continue du corps vivant. Pour Guthrie, l&rsquo;organisme ne r\u00e9agit pas uniquement aux signaux visuels ou auditifs \u00e9manant de son environnement externe : chaque fois qu&rsquo;un muscle se contracte ou qu&rsquo;une articulation fl\u00e9chit, cette contraction active m\u00e9caniquement des propriocepteurs internes (fuseaux neuromusculaires, organes tendineux de Golgi, r\u00e9cepteurs articulaires). Cette activation proprioceptive g\u00e9n\u00e8re instantan\u00e9ment un afflux massif de sensations kinesth\u00e9siques internes. Ces signaux proprioceptifs constituent des stimuli \u00e0 part enti\u00e8re, des stimuli produits par le mouvement m\u00eame de l&rsquo;organisme.<\/p>\n<p>Ces MPS fonctionnent comme des ponts temporels microscopiques au sein du syst\u00e8me nerveux. Un premier stimulus externe d\u00e9clenche une premi\u00e8re contraction musculaire ; cette contraction g\u00e9n\u00e8re imm\u00e9diatement des stimuli proprioceptifs internes qui deviennent \u00e0 leur tour les stimuli d\u00e9clencheurs de la contraction musculaire suivante, et ainsi de suite. L&rsquo;animal tisse lui-m\u00eame, par sa propre cin\u00e9matique corporelle, la trame des stimulations qui guident la succession fluide de ses actions motrices. La distance temporelle entre le stimulus externe de d\u00e9part et l&rsquo;action finale d&rsquo;\u00e9chappement est ainsi combl\u00e9e par une cha\u00eene ininterrompue de couplages contigus stimulus-r\u00e9ponse-stimulus.<\/p>\n<h3>10.2 L&rsquo;organisation s\u00e9quentielle des comportements complexes<\/h3>\n<p>Cette th\u00e9orisation des cha\u00eenes de MPS a permis \u00e0 Guthrie de proposer un mod\u00e8le purement m\u00e9caniste de l&rsquo;organisation s\u00e9quentielle des comportements complexes, devan\u00e7ant de plusieurs d\u00e9cennies les approches modernes de la coordination motrice en robotique et en neurophysiologie. Lorsqu&rsquo;un chat p\u00e9n\u00e8tre dans la bo\u00eete \u00e0 puzzle, il n&rsquo;\u00e9labore pas un plan d&rsquo;action d&rsquo;ensemble : son comportement se d\u00e9ploie \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;une suite de dominos kinesth\u00e9siques parfaitement imbriqu\u00e9s.<\/p>\n<p>Le d\u00e9roulement d&rsquo;une telle routine s\u00e9quentielle peut \u00eatre sch\u00e9matis\u00e9 \u00e0 travers la succession des transitions suivantes :<\/p>\n<ol>\n<li>Le stimulus environnemental de d\u00e9part (vue du plancher et des parois de la bo\u00eete ferm\u00e9e) d\u00e9clenche une posture d&rsquo;avanc\u00e9e de la patte ant\u00e9rieure droite.<\/li>\n<li>La tension musculaire de cette patte g\u00e9n\u00e8re un retour proprioceptif sp\u00e9cifique (<em>MPS-1<\/em>).<\/li>\n<li>Ce <em>MPS-1<\/em>, en vertu de la contigu\u00eft\u00e9 ant\u00e9rieure, d\u00e9clenche l&rsquo;abaissement de l&rsquo;\u00e9paule et l&rsquo;orientation de la t\u00eate vers le poteau central.<\/li>\n<li>Le mouvement du cou produit de nouveaux influx internes (<em>MPS-2<\/em>) qui provoquent la rotation du train arri\u00e8re et l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation de la croupe.<\/li>\n<li>Le recul du bassin (<em>MPS-3<\/em>) am\u00e8ne la hanche en contact physique direct avec le poteau en bois, fermant le circuit \u00e9lectrique d&rsquo;ouverture.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Ce mod\u00e8le rend parfaitement compte de la rigidit\u00e9 et de l&rsquo;automatisation implacable des habitudes motrices observ\u00e9es dans les photographies de 1946. Une fois que la cha\u00eene proprioceptive est forg\u00e9e par un premier succ\u00e8s contigu, l&rsquo;animal n&rsquo;a plus besoin de \u00ab penser \u00bb ou de surveiller visuellement son environnement : la compl\u00e9tion d&rsquo;un maillon moteur s\u00e9cr\u00e8te m\u00e9caniquement les stimuli requis pour allumer le maillon suivant. Le comportement se d\u00e9roule comme une m\u00e9lodie cin\u00e9tique rigide, imperm\u00e9able aux sollicitations secondaires pourvu que la s\u00e9quence ne soit pas physiquement interrompue.<\/p>\n<h3>10.3 La rupture des cha\u00eenes comportementales<\/h3>\n<p>Une pr\u00e9diction d\u00e9cisive d\u00e9coule de cette mod\u00e9lisation s\u00e9quentielle : si le comportement complexe repose sur une cha\u00eene lin\u00e9aire de stimuli proprioceptifs auto-g\u00e9n\u00e9r\u00e9s, l&rsquo;introduction de la moindre perturbation physique impr\u00e9vue au cours de la s\u00e9quence doit provoquer l&rsquo;effondrement imm\u00e9diat de l&rsquo;ensemble de la cha\u00eene motrice. Guthrie a consacr\u00e9 de multiples observations cliniques et de laboratoire \u00e0 v\u00e9rifier cette propri\u00e9t\u00e9 de vuln\u00e9rabilit\u00e9 structurelle.<\/p>\n<p>Dans la bo\u00eete \u00e0 puzzle f\u00e9line, si un bruit soudain et bref retentissait \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur au moment exact o\u00f9 le chat amor\u00e7ait son pivotement vers le poteau, ou si l&rsquo;angle d&rsquo;entr\u00e9e \u00e9tait artificiellement alt\u00e9r\u00e9 par un obstacle temporaire sur le plancher, l&rsquo;animal ne se contentait pas d&rsquo;ajuster souplement sa trajectoire : il s&rsquo;arr\u00eatait net, semblait totalement d\u00e9sorient\u00e9, et retombait dans un \u00e9tat de d\u00e9ambulation exploratoire al\u00e9atoire similaire \u00e0 celui d&rsquo;un sujet totalement novice. La distraction sonore ou le micro-d\u00e9placement spatial avait inject\u00e9 de nouveaux stimuli sensoriels incompatibles, brisant la coh\u00e9rence de la cha\u00eene kinesth\u00e9sique interne.<\/p>\n<p>Ne recevant plus le <em>MPS<\/em> attendu \u00e0 la suite du geste interrompu, le syst\u00e8me moteur ne disposait plus du signal d\u00e9clencheur pour ex\u00e9cuter le maillon suivant (le contact de la hanche contre le levier). L&rsquo;animal devait alors errer dans la bo\u00eete jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il se retrouve par hasard dans une posture et face \u00e0 un angle visuel capables de r\u00e9enclencher le premier maillon de la cha\u00eene motrice habituelle. Cette fragilit\u00e9 des automatismes face aux interruptions inattendues a fourni une confirmation frappante du fait que l&rsquo;organisme animal ne poursuit pas un but abstrait, mais ex\u00e9cute une partition physiologique hautement vuln\u00e9rable au moindre accroc du flux sensoriel.<\/p>\n<h2>11. Th\u00e9orie de l&rsquo;oubli, de l&rsquo;extinction et de la modification des habitudes<\/h2>\n<h3>11.1 L&rsquo;extinction repens\u00e9e : L&rsquo;absence de d\u00e9sapprentissage passif<\/h3>\n<p>L&rsquo;une des ruptures th\u00e9oriques les plus radicales op\u00e9r\u00e9es par Edwin Guthrie vis-\u00e0-vis des dogmes psychologiques dominants de son si\u00e8cle concerne sa conception de l&rsquo;oubli et de l&rsquo;extinction comportementale. Dans la psychologie traditionnelle, qu&rsquo;elle soit associationniste, pavlovienne ou hullienne, l&rsquo;oubli \u00e9tait g\u00e9n\u00e9ralement con\u00e7u comme un processus passif d&rsquo;\u00e9rosion ou d&rsquo;affadissement temporel : avec le passage du temps, la trace mn\u00e9sique (l&rsquo;engramme synaptique) s&rsquo;effa\u00e7ait lentement, \u00e0 l&rsquo;image d&rsquo;une empreinte de pas effac\u00e9e par le vent. De m\u00eame, l&rsquo;extinction d&rsquo;un r\u00e9flexe conditionn\u00e9 \u00e9tait per\u00e7ue comme un affaiblissement progressif de la liaison ou comme l&rsquo;accumulation d&rsquo;une substance inhibitrice interne.<\/p>\n<p>Guthrie a balay\u00e9 cette vision avec une fermet\u00e9 intransigeante : pour lui, le d\u00e9sapprentissage passif n&rsquo;existe tout simplement pas dans la nature. Une association contigu\u00eb \u00e9tablie entre un stimulus et une r\u00e9ponse motrice est, sur le plan structurel, permanente et \u00e9ternelle. Le simple \u00e9coulement du temps, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de jours, de mois ou d&rsquo;ann\u00e9es, n&rsquo;a absolument aucun pouvoir de d\u00e9gradation sur une trace associative si aucun nouvel \u00e9v\u00e9nement d&rsquo;apprentissage n&rsquo;est venu s&rsquo;y superposer. Si un organisme plac\u00e9 devant un stimulus familier ne produit plus la r\u00e9ponse apprise autrefois, ce n&rsquo;est jamais parce qu&rsquo;il a \u00ab oubli\u00e9 \u00bb cette r\u00e9ponse, mais toujours parce qu&rsquo;il a appris une <em>autre<\/em> r\u00e9ponse incompatible en pr\u00e9sence de ce m\u00eame stimulus.<\/p>\n<p>L&rsquo;oubli n&rsquo;est donc rien d&rsquo;autre qu&rsquo;un apprentissage concurrent, une forme active d&rsquo;inhibition r\u00e9troactive ou proactive. De la m\u00eame fa\u00e7on, l&rsquo;extinction d&rsquo;un comportement op\u00e9rant ou r\u00e9pondant n&rsquo;est pas la disparition de l&rsquo;habitude : c&rsquo;est l&rsquo;acquisition rigoureuse d&rsquo;une nouvelle habitude d&rsquo;\u00e9vitement ou d&rsquo;inhibition. Lorsqu&rsquo;on cesse de r\u00e9compenser un animal dans une bo\u00eete ou lorsqu&rsquo;on pr\u00e9sente le son de Pavlov sans la viande, l&rsquo;animal ne reste pas inerte : il commence \u00e0 manifester des signes de frustration, regarde ailleurs, se gratte, se d\u00e9tourne ou tente de fuir. Ces nouveaux mouvements se couplent imm\u00e9diatement au stimulus d\u00e9clencheur par contigu\u00eft\u00e9. L&rsquo;extinction n&rsquo;est pas la mort de l&rsquo;ancienne liaison, mais son \u00e9touffement m\u00e9canique par une liaison plus r\u00e9cente et mutuellement exclusive.<\/p>\n<h3>11.2 Les trois m\u00e9thodes de rupture d&rsquo;habitudes selon Guthrie<\/h3>\n<p>Fid\u00e8le \u00e0 son pragmatisme op\u00e9rationnel, Guthrie a tir\u00e9 de sa th\u00e9orie de la contigu\u00eft\u00e9 et de l&rsquo;apprentissage concurrent des applications concr\u00e8tes pour la modification du comportement humain et animal. Puisqu&rsquo;une habitude ne peut \u00eatre d\u00e9truite par la simple volont\u00e9, par la privation temporelle ou par le raisonnement intellectuel, la seule fa\u00e7on de s&rsquo;en d\u00e9barrasser consiste \u00e0 trouver un moyen de forcer l&rsquo;organisme \u00e0 \u00e9mettre une r\u00e9ponse radicalement diff\u00e9rente en pr\u00e9sence des stimuli qui d\u00e9clenchaient l&rsquo;ancienne habitude ind\u00e9sirable. Dans <em>The Psychology of Learning<\/em>, Guthrie formalise trois m\u00e9thodes canoniques pour briser une habitude :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La m\u00e9thode du seuil (<em>Threshold Method<\/em>) :<\/strong> Cette technique consiste \u00e0 identifier le stimulus environnemental d\u00e9clencheur de l&rsquo;habitude d\u00e9viante et \u00e0 l&rsquo;introduire dans le champ perceptif de l&rsquo;organisme \u00e0 une intensit\u00e9 tellement infime qu&rsquo;elle se situe en dessous du seuil critique d&rsquo;\u00e9vocation de la mauvaise r\u00e9ponse. Puisque le comportement ind\u00e9sirable n&rsquo;est pas d\u00e9clench\u00e9, l&rsquo;organisme \u00e9met une r\u00e9ponse calme ou neutre en pr\u00e9sence de ce micro-stimulus. L&rsquo;intensit\u00e9 du signal est ensuite augment\u00e9e par paliers imperceptibles, associant \u00e0 chaque micro-incr\u00e9ment la nouvelle r\u00e9ponse d&rsquo;inhibition, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que le stimulus atteigne sa pleine puissance sans jamais avoir r\u00e9activ\u00e9 l&rsquo;ancienne conduite. C&rsquo;est l&rsquo;anc\u00eatre direct de la d\u00e9sensibilisation syst\u00e9matique contemporaine.<\/li>\n<li><strong>La m\u00e9thode de la fatigue ou de l&rsquo;\u00e9puisement (<em>Fatigue Method<\/em>) :<\/strong> Cette approche consiste \u00e0 pr\u00e9senter le stimulus d\u00e9clencheur de mani\u00e8re continue et contraignante, for\u00e7ant l&rsquo;organisme \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter l&rsquo;habitude motrice ind\u00e9sirable encore et encore, sans interruption possible, jusqu&rsquo;au point d&rsquo;\u00e9puisement physique et musculaire le plus complet. Lorsque la fatigue musculaire emp\u00eache d\u00e9finitivement l&rsquo;ex\u00e9cution du comportement, l&rsquo;organisme finit par s&rsquo;arr\u00eater, s&rsquo;affaisser ou adopter une posture de repos en pr\u00e9sence persistante du stimulus. \u00c0 cet instant pr\u00e9cis, la r\u00e9ponse de non-action se lie de fa\u00e7on contigu\u00eb au signal, brisant la domination de l&rsquo;ancien r\u00e9flexe.<\/li>\n<li><strong>La m\u00e9thode du stimulus incompatible (<em>Incompatible Stimulus Method<\/em>) :<\/strong> Consid\u00e9r\u00e9e par Guthrie comme la plus robuste, elle repose sur l&rsquo;introduction conjointe du stimulus d\u00e9clencheur de l&rsquo;habitude et d&rsquo;un second stimulus externe d&rsquo;une puissance biologique telle qu&rsquo;il rend l&rsquo;ex\u00e9cution de l&rsquo;ancienne r\u00e9ponse physiquement impossible, tout en contraignant l&rsquo;organisme \u00e0 d\u00e9ployer une r\u00e9ponse antinomique. Par exemple, pour emp\u00eacher un chien de poursuivre les poules, on peut attacher fermement un poulet mort autour de son cou : chaque tentative de bondir ou de secouer la t\u00eate provoque un inconfort m\u00e9canique direct et une posture d&rsquo;\u00e9vitement qui s&rsquo;associe instantan\u00e9ment \u00e0 la vue et \u00e0 l&rsquo;odeur du volatile.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>11.3 Applications pratiques au contr\u00f4le comportemental et clinique<\/h3>\n<p>Ces formulations th\u00e9oriques, issues des observations r\u00e9alis\u00e9es sur les chats dans leur bo\u00eete \u00e0 puzzle, ont trouv\u00e9 des prolongements spectaculaires dans les approches cliniques des troubles anxieux, des phobies et des compulsions motrices. Dans l&rsquo;optique guthrienne, une phobie n&rsquo;est pas le sympt\u00f4me d&rsquo;un conflit intrapsychique inconscient ou d&rsquo;un traumatisme enfoui dans les limbes de la m\u00e9moire, mais une simple habitude motrice et autonome de fuite li\u00e9e par contigu\u00eft\u00e9 temporelle \u00e0 un indice environnemental particulier (la vue d&rsquo;une araign\u00e9e, l&rsquo;enfermement dans un espace clos, la foule).<\/p>\n<p>Le traitement clinique rationnel d\u00e9coule directement de ce postulat : pour gu\u00e9rir un patient, il ne sert \u00e0 rien de lui faire raconter son enfance ou de lui expliquer rationnellement que l&rsquo;araign\u00e9e est inoffensive. La seule intervention th\u00e9rapeutique efficace consiste \u00e0 placer le sujet dans le contexte de stimulation phobog\u00e8ne tout en le contraignant physiquement, physiologiquement ou comportementalement \u00e0 ex\u00e9cuter une r\u00e9ponse de relaxation musculaire profonde ou d&rsquo;immobilit\u00e9 contr\u00f4l\u00e9e. D\u00e8s que le syst\u00e8me neuromusculaire produit la d\u00e9tente en pr\u00e9sence de l&rsquo;indice mena\u00e7ant, l&rsquo;apprentissage en un seul coup s&rsquo;op\u00e8re et la boucle phobique est neutralis\u00e9e.<\/p>\n<p>De m\u00eame, Guthrie a appliqu\u00e9 ses principes \u00e0 l&rsquo;ergonomie du travail et \u00e0 l&rsquo;architecture industrielle. Pour \u00e9liminer les erreurs humaines r\u00e9currentes commises par les ouvriers ou les pilotes lors de la manipulation de commandes complexes, il a d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;il \u00e9tait inutile de recourir \u00e0 des sanctions punitives ou \u00e0 des consignes verbales abstraites. Il fallait r\u00e9am\u00e9nager physiquement l&rsquo;espace de travail et la disposition des manettes de telle sorte que les stimuli proprioceptifs et visuels g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par une premi\u00e8re action conduisent naturellement et m\u00e9caniquement la main de l&rsquo;op\u00e9rateur vers le levier correct suivant, \u00e9liminant par contigu\u00eft\u00e9 spatiale toute possibilit\u00e9 physique d&rsquo;engager une s\u00e9quence erron\u00e9e.<\/p>\n<h2>12. H\u00e9ritage scientifique et r\u00e9sonances contemporaines en sciences cognitives<\/h2>\n<h3>12.1 L&rsquo;influence sur les mod\u00e8les computationnels et la th\u00e9orie de l&rsquo;\u00e9chantillonnage de stimuli<\/h3>\n<p>Si la th\u00e9orie d&rsquo;Edwin Guthrie a pu souffrir, du vivant de son auteur, d&rsquo;un d\u00e9ficit de formalisation math\u00e9matique par rapport \u00e0 l&rsquo;armada alg\u00e9brique d\u00e9ploy\u00e9e par Clark Hull, son intuition centrale a n\u00e9anmoins donn\u00e9 naissance \u00e0 l&rsquo;un des courants computationnels les plus f\u00e9conds de la seconde moiti\u00e9 du vingti\u00e8me si\u00e8cle : la th\u00e9orie de l&rsquo;\u00e9chantillonnage de stimuli (<em>Stimulus Sampling Theory<\/em>, ou SST), formul\u00e9e \u00e0 partir de 1950 par son disciple brillant <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.psychologicalscience.org\/observer\/william-k-estes-1919-2011\">William K. Estes<\/a>.<\/p>\n<p>Estes a compris que l&rsquo;apparente contradiction entre l&rsquo;apprentissage en tout-ou-rien au niveau microscopique et les courbes d&rsquo;acquisition continues au niveau macroscopique pouvait \u00eatre r\u00e9solue avec une \u00e9l\u00e9gance formelle math\u00e9matique absolue en mod\u00e9lisant le stimulus non comme une entit\u00e9 monolithique, mais comme une population immense de micro-\u00e9l\u00e9ments discrets ou d&rsquo;indices sensoriels atomiques (<em>stimulus elements<\/em>). Lors de chaque essai exp\u00e9rimental, l&rsquo;organisme ne capte qu&rsquo;un sous-ensemble al\u00e9atoire de cette population d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments \u2013 il proc\u00e8de \u00e0 un \u00ab \u00e9chantillonnage \u00bb (<em>sampling<\/em>). Chaque micro-\u00e9l\u00e9ment pr\u00e9sent dans l&rsquo;\u00e9chantillon au moment de la r\u00e9ponse s&rsquo;associe alors instantan\u00e9ment, en un seul essai, selon la loi pure de contigu\u00eft\u00e9 de Guthrie, \u00e0 l&rsquo;action motrice \u00e9mise.<\/p>\n<p>Au fil des essais successifs, la proportion d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments du stimulus global associ\u00e9s \u00e0 la r\u00e9ponse correcte augmente de mani\u00e8re probabiliste et asymptotique. Estes a ainsi r\u00e9ussi le tour de force de r\u00e9concilier math\u00e9matiquement le postulat du saut binaire unitaire de Guthrie avec la r\u00e9alit\u00e9 des courbes d&rsquo;apprentissage lisses document\u00e9es par Thorndike et Hull. Cette formalisation de l&rsquo;apprentissage par contigu\u00eft\u00e9 probabiliste au sein de populations discr\u00e8tes d&rsquo;unit\u00e9s d&rsquo;information a constitu\u00e9 l&rsquo;un des ponts conceptuels majeurs menant directement aux premi\u00e8res architectures de r\u00e9seaux neuronaux artificiels, aux mod\u00e8les connexionnistes distribu\u00e9s et aux algorithmes modernes d&rsquo;apprentissage statistique supervis\u00e9.<\/p>\n<h3>12.2 Les correspondances avec la plasticit\u00e9 synaptique hebbienne<\/h3>\n<p>L&rsquo;h\u00e9ritage \u00e9pist\u00e9mologique de l&rsquo;exp\u00e9rience de Guthrie et Horton r\u00e9sonne avec une force tout aussi \u00e9clatante au sein des neurosciences mol\u00e9culaires et de la neurophysiologie contemporaine. En 1949, le neuropsychologue canadien <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.mcgill.ca\/psychology\/about\/history\">Donald O. Hebb<\/a> formulait dans son chef-d&rsquo;\u0153uvre <em>The Organization of Behavior<\/em> son c\u00e9l\u00e8bre postulat d&rsquo;apprentissage synaptique, r\u00e9sum\u00e9 ult\u00e9rieurement par le c\u00e9l\u00e8bre aphorisme de Carla Shatz : <em>\u00ab cells that fire together wire together \u00bb<\/em> (les neurones qui s&rsquo;activent ensemble se connectent ensemble).<\/p>\n<p>Le postulat hebbien n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que la transposition neurobiologique directe de la loi de l&rsquo;association par contigu\u00eft\u00e9 formul\u00e9e par Guthrie quinze ans plus t\u00f4t : si un axone d&rsquo;une cellule <em>A<\/em> est suffisamment proche pour exciter une cellule <em>B<\/em> et participe de mani\u00e8re r\u00e9p\u00e9t\u00e9e ou persistante \u00e0 son d\u00e9clenchement, un processus de croissance ou une modification m\u00e9tabolique intervient au niveau synaptique pour renforcer l&rsquo;efficacit\u00e9 de <em>A<\/em> sur <em>B<\/em>. Aucune notion de plaisir synaptique, de r\u00e9compense morale ou de satisfaction globale du cerveau n&rsquo;est requise ; la seule co\u00efncidence temporelle des d\u00e9charges \u00e9lectriques pr\u00e9synaptiques et postsynaptiques suffit \u00e0 modifier physiquement le circuit.<\/p>\n<p>Cette intuition partag\u00e9e a trouv\u00e9 sa confirmation biologique d\u00e9finitive dans les ann\u00e9es 1970 avec la d\u00e9couverte de la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/books\/NBK10878\/\">potentialisation \u00e0 long terme<\/a> (<em>Long-Term Potentiation<\/em>, ou LTP) au sein des synapses hippocampiques, m\u00e9di\u00e9e par les r\u00e9cepteurs glutamatergiques NMDA. Les r\u00e9cepteurs NMDA fonctionnent dans les cellules pyramidales comme de v\u00e9ritables d\u00e9tecteurs de co\u00efncidence mol\u00e9culaire : ils ne s&rsquo;ouvrent pour laisser entrer les ions calcium inducteurs de plasticit\u00e9 que si la lib\u00e9ration pr\u00e9synaptique de neurotransmetteur co\u00efncide \u00e0 la milliseconde pr\u00e8s avec une d\u00e9polarisation postsynaptique massive de la membrane. Plus fascinant encore, certaines formes de plasticit\u00e9 synaptique hippocampique et corticale sont capables de se verrouiller en un seul train de stimulation \u00e9lectrique \u00e0 haute fr\u00e9quence (<em>one-shot LTP<\/em>), mat\u00e9rialisant sur le plan biochimique la r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;un apprentissage binaire, complet et instantan\u00e9 d\u00e8s le premier essai, tel que les chats de Guthrie et Horton l&rsquo;avaient jadis pr\u00e9figur\u00e9 sur leurs plaques photographiques.<\/p>\n<h3>12.3 Bilan \u00e9pist\u00e9mologique de l&rsquo;exp\u00e9rience de Guthrie et Horton<\/h3>\n<p>\u00c0 l&rsquo;aune de ce parcours historique et th\u00e9orique s\u00e9culaire, comment juger aujourd&rsquo;hui la valeur \u00e9pist\u00e9mologique de la bo\u00eete \u00e0 puzzle f\u00e9line d&rsquo;Edwin Guthrie et George Horton ? Cette recherche magistrale de 1946 demeure un chef-d&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;honn\u00eatet\u00e9 scientifique brute, de rigueur documentaire et d&rsquo;ing\u00e9niosit\u00e9 m\u00e9thodologique. En refusant les artifices de la mod\u00e9lisation abstraite pour braquer l&rsquo;\u0153il m\u00e9canique de l&rsquo;appareil photographique sur la mat\u00e9rialit\u00e9 la plus fine du comportement corporel, Guthrie et Horton ont rappel\u00e9 \u00e0 la communaut\u00e9 des sciences de l&rsquo;esprit que l&rsquo;apprentissage est d&rsquo;abord un fait physique, incarn\u00e9 dans des muscles, des os, des trajectoires et des contigu\u00eft\u00e9s spatio-temporelles tangibles.<\/p>\n<p>Certes, l&rsquo;histoire a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 la faille \u00e9thologique de leur dispositif : en ignorant les dispositions comportementales inn\u00e9es du chat domestique face \u00e0 l&rsquo;humain, les auteurs ont sans doute pris des rituels de salutation ph\u00e9romonale pour des associations motrices vierges g\u00e9n\u00e9r\u00e9es ex nihilo par le hasard des rencontres avec le poteau. Mais ce faux pas herm\u00e9neutique, loin de r\u00e9duire leur \u0153uvre \u00e0 n\u00e9ant, a constitu\u00e9 une formidable le\u00e7on \u00e9pist\u00e9mologique pour les g\u00e9n\u00e9rations futures de chercheurs, pr\u00e9cipitant le dialogue indispensable entre le b\u00e9haviorisme exp\u00e9rimental de laboratoire et l&rsquo;\u00e9thologie comparative de terrain.<\/p>\n<p>Edwin Ray Guthrie conserve une place imp\u00e9rissable au panth\u00e9on de la psychologie scientifique. Son refus cat\u00e9gorique des explications t\u00e9l\u00e9ologiques, sa traque impitoyable des variables interm\u00e9diaires superflues, son audace \u00e0 proclamer que le vivant apprend en un seul coup et sa d\u00e9monstration \u00e9clatante du r\u00f4le de la r\u00e9compense comme protectrice temporelle du comportement font de sa th\u00e9orie de la contigu\u00eft\u00e9 un mod\u00e8le de beaut\u00e9 conceptuelle. La bo\u00eete \u00e0 puzzle et ses chats fig\u00e9s pour l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9clat du flash st\u00e9r\u00e9oscopique continueront d&rsquo;interroger notre regard de chercheur sur les liens indissolubles qui unissent l&rsquo;instant, le mouvement et la m\u00e9moire.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Estes, W. K. (1950). Toward a statistical theory of learning. <em>Psychological Review<\/em>, 57(2), 94\u2013107. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0058559\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0058559<\/a><\/li>\n<li>Guthrie, E. R. (1930). Conditioning as a principle of learning. <em>Psychological Review<\/em>, 37(5), 412\u2013428. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0072172\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0072172<\/a><\/li>\n<li>Guthrie, E. R. (1935). <em>The Psychology of Learning<\/em>. Harper &#038; Brothers.<\/li>\n<li>Guthrie, E. R. (1940). Association and the law of effect. <em>Psychological Review<\/em>, 47(2), 127\u2013148. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0061283\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0061283<\/a><\/li>\n<li>Guthrie, E. R., &#038; Horton, G. P. (1946). <em>Cats in a puzzle box<\/em>. Rinehart &#038; Company. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/psycnet.apa.org\/record\/1947-01306-000\">https:\/\/psycnet.apa.org\/record\/1947-01306-000<\/a><\/li>\n<li>Hebb, D. O. (1949). <em>The Organization of Behavior: A Neuropsychological Theory<\/em>. John Wiley &#038; Sons.<\/li>\n<li>Hull, C. L. (1943). <em>Principles of Behavior: An Introduction to Behavior Theory<\/em>. Appleton-Century-Crofts.<\/li>\n<li>Moore, B. R., &#038; Stuttard, S. (1979). Dr. Guthrie and Felis domesticus; or: Tripping over the cat. <em>Science<\/em>, 205(4410), 1031\u20131033. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.472733\">https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.472733<\/a><\/li>\n<li>Skinner, B. F. (1938). <em>The Behavior of Organisms: An Experimental Analysis<\/em>. Appleton-Century-Crofts.<\/li>\n<li>Thorndike, E. L. (1898). Animal intelligence: An experimental study of the associative processes in animals. <em>The Psychological Review: Monograph Supplements<\/em>, 2(4), i\u2013109. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0092987\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0092987<\/a><\/li>\n<li>Tolman, E. C. (1932). <em>Purposive Behavior in Animals and Men<\/em>. Century Company.<\/li>\n<li>Watson, J. B. (1913). Psychology as the behaviorist views it. <em>Psychological Review<\/em>, 20(2), 158\u2013177. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0074428\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0074428<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Analyse acad\u00e9mique d\u00e9taill\u00e9e de l&rsquo;exp\u00e9rience d&rsquo;apprentissage en un seul essai d&rsquo;Edwin Guthrie et George Horton et de la th\u00e9orie de la contigu\u00eft\u00e9 comportementale.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","template":"","categories":[1516,7112],"tags":[7115,4657,7113,7114,7116],"class_list":["post-5214","psych_experiment","type-psych_experiment","status-publish","hentry","category-histoire-de-la-psychologie","category-theories-de-lapprentissage","tag-apprentissage-en-un-seul-essai","tag-behaviorisme","tag-edwin-guthrie","tag-george-horton","tag-theorie-de-la-contiguite"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_experiment\/5214","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_experiment"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_experiment"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5214"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_experiment\/5214\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5214"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5214"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5214"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}