{"id":4921,"date":"2026-09-11T14:40:35","date_gmt":"2026-09-11T14:40:35","guid":{"rendered":"http:\/\/french.arabpsychology.com\/experiments\/experience-neurogenese-antidepresseurs-rene-hen\/"},"modified":"2026-09-11T14:40:35","modified_gmt":"2026-09-11T14:40:35","slug":"experience-neurogenese-antidepresseurs-rene-hen","status":"publish","type":"psych_experiment","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_experiment=experience-neurogenese-antidepresseurs-rene-hen","title":{"rendered":"L&rsquo;exp\u00e9rience sur la neurogen\u00e8se et les antid\u00e9presseurs &#8211; Ren\u00e9 Hen"},"content":{"rendered":"<p>Pendant plusieurs d\u00e9cennies, la psychiatrie biologique a \u00e9volu\u00e9 sous l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie conceptuelle du mod\u00e8le monoaminergique. Selon cette perspective r\u00e9ductionniste, les troubles de l&rsquo;humeur, et plus particuli\u00e8rement le trouble d\u00e9pressif caract\u00e9ris\u00e9, d\u00e9coulaient principalement d&rsquo;un d\u00e9ficit quantitatif en neurotransmetteurs s\u00e9rotoninergiques, noradr\u00e9nergiques ou dopaminergiques au sein de la fente synaptique. Si cette th\u00e9orie a permis l&rsquo;av\u00e8nement des premi\u00e8res g\u00e9n\u00e9rations d&rsquo;antid\u00e9presseurs \u2014 des inhibiteurs de la monoamine oxydase aux antid\u00e9presseurs tricycliques, puis aux inhibiteurs s\u00e9lectifs de la recapture de la s\u00e9rotonine (<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/books\/NBK554406\/\">ISRS<\/a>) \u2014, elle s&rsquo;est rapidement heurt\u00e9e \u00e0 un paradoxe temporel et neurobiologique insoluble : alors que la recapture synaptique des monoamines est inhib\u00e9e quelques heures seulement apr\u00e8s l&rsquo;ingestion de la mol\u00e9cule, la r\u00e9solution des sympt\u00f4mes affectifs et cognitifs exige syst\u00e9matiquement une administration chronique de plusieurs semaines, voire de plusieurs mois.<\/p>\n<p>Cette discordance fondamentale a impos\u00e9 un changement radical de paradigme \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990. Les neurosciences modernes ont d\u00e9laiss\u00e9 l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une simple \u00ab tuyauterie chimique \u00bb pour explorer les m\u00e9canismes complexes de la plasticit\u00e9 structurale et de la r\u00e9organisation des r\u00e9seaux neuronaux. Au c\u0153ur de cette r\u00e9volution conceptuelle se trouve la d\u00e9couverte de la neurogen\u00e8se adulte au sein du gyrus dent\u00e9 de l&rsquo;hippocampe, une structure limbique cruciale pour la r\u00e9gulation \u00e9motionnelle, la m\u00e9moire contextuelle et la r\u00e9ponse adaptative au stress. L&rsquo;observation d&rsquo;un ralentissement de cette prolif\u00e9ration cellulaire sous l&rsquo;effet d&rsquo;un stress chronique et, inversement, de sa stimulation par un traitement antid\u00e9presseur prolong\u00e9 a conduit \u00e0 la formulation de la s\u00e9duisante \u00ab hypoth\u00e8se neurog\u00e9nique de la d\u00e9pression \u00bb.<\/p>\n<p>Toutefois, une corr\u00e9lation, aussi \u00e9troite soit-elle, ne saurait constituer une preuve de causalit\u00e9. Il aura fallu attendre 2003 et la publication de travaux r\u00e9volutionnaires men\u00e9s par l&rsquo;\u00e9quipe du professeur Ren\u00e9 Hen \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Columbia pour que ce verrou \u00e9pist\u00e9mologique saute. En combinant des approches g\u00e9n\u00e9tiques de pointe, des irradiations cibl\u00e9es aux rayons X et des batteries de tests comportementaux raffin\u00e9s, l&rsquo;\u00e9quipe d&rsquo;Hen et son premier auteur Luca Santarelli ont apport\u00e9 la toute premi\u00e8re d\u00e9monstration formelle et directe : la gen\u00e8se de nouveaux neurones dans l&rsquo;hippocampe adulte n&rsquo;est pas un simple \u00e9piph\u00e9nom\u00e8ne biologique, mais une condition m\u00e9canique <em>sine qua non<\/em> \u00e0 l&rsquo;expression des effets th\u00e9rapeutiques des antid\u00e9presseurs. Cet article propose une analyse exhaustive de cette exp\u00e9rience s\u00e9minale, de ses pr\u00e9misses historiques \u00e0 ses r\u00e9percussions contemporaines sur la psychiatrie mol\u00e9culaire.<\/p>\n<h2>1. Contexte historique et \u00e9mergence de l&rsquo;hypoth\u00e8se neurog\u00e9nique de la d\u00e9pression<\/h2>\n<h3>1.1 Les limites explicatives de l&rsquo;hypoth\u00e8se monoaminergique classique<\/h3>\n<p>L&rsquo;hypoth\u00e8se monoaminergique de la d\u00e9pression a trouv\u00e9 son assise dans les ann\u00e9es 1960 gr\u00e2ce aux observations cliniques fortuites issues de la pharmacologie de l&rsquo;\u00e9poque. La d\u00e9couverte des propri\u00e9t\u00e9s thymoanaleptiques de l&rsquo;iproniazide, initialement d\u00e9velopp\u00e9e pour le traitement de la tuberculose, et de l&rsquo;imipramine, un d\u00e9riv\u00e9 dibenzaz\u00e9pine synth\u00e9tis\u00e9 comme antipsychotique potentiel, a conduit des chercheurs comme Joseph Schildkraut et Alec Coppen \u00e0 postuler que la d\u00e9pression r\u00e9sultait d&rsquo;une d\u00e9pl\u00e9tion fonctionnelle des monoamines centrales, notamment la noradr\u00e9naline et la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/books\/NBK545168\/\">s\u00e9rotonine<\/a> (5-HT). Ce mod\u00e8le a fourni une grille de lecture intuitive, stimulant le d\u00e9veloppement d&rsquo;agents pharmacologiques de plus en plus sp\u00e9cifiques, culminant \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980 avec l&rsquo;introduction de la fluox\u00e9tine.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, la communaut\u00e9 neuroscientifique a rapidement \u00e9t\u00e9 confront\u00e9e \u00e0 ce que la litt\u00e9rature nomme le \u00ab paradoxe temporel \u00bb (ou <em>therapeutic lag<\/em>). Sur le plan pharmacodynamique, le blocage des transporteurs membranaires tels que le SERT (transporteur de la s\u00e9rotonine) ou le NET (transporteur de la noradr\u00e9naline) se produit dans un intervalle de quelques minutes \u00e0 quelques heures apr\u00e8s l&rsquo;administration de la mol\u00e9cule. Cette action imm\u00e9diate entra\u00eene une accumulation massive et mesurable de neurotransmetteurs dans l&rsquo;espace extracellulaire. Pourtant, chez les patients, l&rsquo;am\u00e9lioration thymique et la r\u00e9mission des sympt\u00f4mes anxio-d\u00e9pressifs ne se manifestent g\u00e9n\u00e9ralement qu&rsquo;apr\u00e8s trois \u00e0 six semaines de traitement continu. De plus, une proportion consid\u00e9rable de patients \u2014 environ un tiers \u2014 pr\u00e9sente une r\u00e9sistance th\u00e9rapeutique r\u00e9fractaire \u00e0 toute modulation monoaminergique directe.<\/p>\n<p>Cette discordance a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 les insuffisances intrins\u00e8ques des mod\u00e8les pharmacologiques r\u00e9ductionnistes. Si l&rsquo;augmentation de la concentration synaptique de s\u00e9rotonine constituait le m\u00e9canisme th\u00e9rapeutique direct, l&rsquo;efficacit\u00e9 clinique devrait \u00eatre quasi instantan\u00e9e. D\u00e8s lors, il est devenu \u00e9pist\u00e9mologiquement imp\u00e9ratif d&rsquo;\u00e9mettre l&rsquo;hypoth\u00e8se que la hausse initiale des monoamines ne repr\u00e9sente qu&rsquo;un signal d\u00e9clencheur primaire. Ce stimulus pr\u00e9coce amorcerait des cascades de transduction intracellulaire lentes et complexes, aboutissant ultimement \u00e0 des modifications durables de l&rsquo;expression g\u00e9nique, de la morphologie neuronale et de la plasticit\u00e9 synaptique \u00e0 long terme. La qu\u00eate de ces substrats structuraux a ainsi orient\u00e9 le regard de la psychiatrie biologique vers les m\u00e9canismes cellulaires de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration du syst\u00e8me nerveux central.<\/p>\n<h3>1.2 La d\u00e9couverte de la neurogen\u00e8se adulte chez les mammif\u00e8res<\/h3>\n<p>Pendant pr\u00e8s d&rsquo;un si\u00e8cle, la neurobiologie est rest\u00e9e inf\u00e9od\u00e9e au dogme formul\u00e9 par Santiago Ram\u00f3n y Cajal au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, affirmant que dans les centres adultes, les voies nerveuses sont fix\u00e9es, termin\u00e9es et immuables, et que tout neurone d\u00e9truit est d\u00e9finitivement irrempla\u00e7able. Ce postulat de l&rsquo;impossibilit\u00e9 de g\u00e9n\u00e9rer de nouveaux neurones dans le parenchyme c\u00e9r\u00e9bral mature des mammif\u00e8res a longtemps \u00e9touff\u00e9 les tentatives de r\u00e9\u00e9valuation anatomique.<\/p>\n<p>Les premi\u00e8res br\u00e8ches dans ce consensus ont \u00e9t\u00e9 ouvertes dans les ann\u00e9es 1960 par Joseph Altman \u00e0 l&rsquo;Institut de technologie du Massachusetts (MIT). Utilisant l&rsquo;autoradiographie \u00e0 la thymidine triti\u00e9e \u2014 un nucl\u00e9oside radiomarqu\u00e9 qui s&rsquo;incorpore dans l&rsquo;ADN des cellules en phase de division cellulaire \u2014, Altman a document\u00e9 la naissance de nouvelles cellules nerveuses chez le rat adulte, localis\u00e9es principalement dans le bulbe olfactif et le gyrus dent\u00e9 de l&rsquo;hippocampe. Malgr\u00e9 la rigueur de ses publications, ses travaux ont \u00e9t\u00e9 accueillis avec un scepticisme \u00e9crasant par ses pairs, qui attribuaient ces signaux \u00e0 des cellules gliales ou \u00e0 des art\u00e9facts techniques. Au cours des ann\u00e9es 1970 et 1980, Michael Kaplan a r\u00e9examin\u00e9 ces observations gr\u00e2ce \u00e0 la microscopie \u00e9lectronique, confirmant sans ambigu\u00eft\u00e9 la nature ultrastructurale neuronale (pr\u00e9sence d&rsquo;axones, de dendrites et de contacts synaptiques) de ces cellules nouvellement g\u00e9n\u00e9r\u00e9es, mais la r\u00e9sistance dogmatique persistait au sein des cercles neuroanatomiques orthodoxes.<\/p>\n<p>Le tournant paradigmatique s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9 au tournant du XXIe si\u00e8cle sous l&rsquo;impulsion de m\u00e9thodologies modernes d&rsquo;immunohistochimie combinatoire et de microscopie confocale. L&rsquo;\u00e9tude fondatrice men\u00e9e par <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/nm1198_1313\">Peter Eriksson, Fred Gage et leurs collaborateurs en 1998<\/a> a apport\u00e9 la preuve irr\u00e9futable de la neurogen\u00e8se hippocampique chez l&rsquo;\u00eatre humain adulte. En examinant des tissus c\u00e9r\u00e9braux post-mortem de patients atteints de cancer ayant re\u00e7u de la bromod\u00e9soxyuridine (BrdU) \u00e0 des fins de diagnostic oncologique, ils ont identifi\u00e9 des cellules doublement marqu\u00e9es pour la BrdU et des marqueurs neuronaux sp\u00e9cifiques comme NeuN dans la zone sous-granulaire (ZSG) du gyrus dent\u00e9. Cette d\u00e9couverte a \u00e9tabli d\u00e9finitivement que l&rsquo;hippocampe adulte conserve une niche neurog\u00e9nique active, dot\u00e9e de cellules souches neurales capables de prolif\u00e9ration, de migration et de diff\u00e9renciation fonctionnelle.<\/p>\n<h3>1.3 La convergence conceptuelle entre stress, atrophie hippocampique et d\u00e9pression<\/h3>\n<p>Parall\u00e8lement \u00e0 l&rsquo;identification de la neurogen\u00e8se adulte, la neuropsychiatrie clinique a accumul\u00e9 des donn\u00e9es concordantes soulignant la vuln\u00e9rabilit\u00e9 extr\u00eame de l&rsquo;hippocampe face aux agressions environnementales chroniques. Les avanc\u00e9es en imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM) volum\u00e9trique ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une diminution bilat\u00e9rale significative du volume hippocampique chez les patients souffrant de d\u00e9pression r\u00e9currente non trait\u00e9e ou d&rsquo;\u00e9tats de stress post-traumatique (ESPT), une atrophie corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 la dur\u00e9e et au nombre des \u00e9pisodes d\u00e9pressifs majeurs.<\/p>\n<p>Sur le plan physiologique, ce ph\u00e9nom\u00e8ne s&rsquo;articule avec le d\u00e9r\u00e8glement de l&rsquo;axe hypothalamo-hypophyso-surr\u00e9nalien (<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/books\/NBK541120\/\">axe HPA<\/a>). Lors d&rsquo;un stress chronique, l&rsquo;hypers\u00e9cr\u00e9tion prolong\u00e9e de corticotropine-releasing hormone (CRH) et d&rsquo;adr\u00e9nocorticotrophine (ACTH) induit une lib\u00e9ration massive de glucocortico\u00efdes par la corticosurr\u00e9nale (le cortisol chez l&rsquo;humain, la corticost\u00e9rone chez les rongeurs). L&rsquo;hippocampe, structure qui h\u00e9berge la plus forte densit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale en r\u00e9cepteurs aux glucocortico\u00efdes (GR) et aux min\u00e9ralocortico\u00efdes (MR), subit un assaut neurotoxique caract\u00e9ris\u00e9 par une r\u00e9traction dendritique majeure, une perte d&rsquo;\u00e9pines synaptiques, une excitotoxicit\u00e9 glutamatergique et une inhibition drastique de la prolif\u00e9ration des cellules prog\u00e9nitrices dans la zone sous-granulaire.<\/p>\n<p>Ces \u00e9l\u00e9ments convergents ont permis \u00e0 Ronald Duman, Elizabeth Gould et leurs collaborateurs de formaliser, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990, \u00ab l&rsquo;hypoth\u00e8se neurog\u00e9nique de la d\u00e9pression \u00bb. Selon cette th\u00e9orie, les sympt\u00f4mes d\u00e9pressifs r\u00e9sulteraient, au moins en partie, d&rsquo;une alt\u00e9ration de la plasticit\u00e9 neuronale et d&rsquo;un tarissement de la neurogen\u00e8se hippocampique induits par le stress chronique. \u00c0 l&rsquo;inverse, l&rsquo;administration prolong\u00e9e d&rsquo;agents antid\u00e9presseurs stimulerait la neurogen\u00e8se adulte, restaurant l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 architecturale et la connectivit\u00e9 synaptique du gyrus dent\u00e9. Cependant, ce mod\u00e8le demeurait purement corr\u00e9latif : la neurogen\u00e8se \u00e9tait-elle un simple sous-produit biologique de l&rsquo;action antid\u00e9pressive, ou formait-elle la cha\u00eene causale obligatoire sans laquelle la gu\u00e9rison clinique \u00e9tait impossible ? C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 cette question fondamentale que Ren\u00e9 Hen et son \u00e9quipe allaient apporter une r\u00e9ponse exp\u00e9rimentale d\u00e9finitive.<\/p>\n<h2>2. Profil scientifique et parcours acad\u00e9mique du professeur Ren\u00e9 Hen<\/h2>\n<h3>2.1 Formation et orientations de recherche \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Columbia<\/h3>\n<p>Le parcours scientifique de Ren\u00e9 Hen illustre une fertilisation crois\u00e9e entre l&rsquo;\u00e9cole de biologie mol\u00e9culaire europ\u00e9enne et l&rsquo;environnement translationnel des grandes institutions nord-am\u00e9ricaines. Form\u00e9 initialement en France, Ren\u00e9 Hen effectue son doctorat au Laboratoire de G\u00e9n\u00e9tique Mol\u00e9culaire des Eucaryotes (LGME) du CNRS \u00e0 Strasbourg, sous la direction de Pierre Chambon, l&rsquo;un des p\u00e8res de la biologie mol\u00e9culaire moderne. Dans cet environnement d&rsquo;\u00e9lite, il acquiert une rigueur m\u00e9thodologique sans faille ax\u00e9e sur la manipulation des acides nucl\u00e9iques, l&rsquo;analyse des facteurs de transcription et les m\u00e9canismes de r\u00e9gulation g\u00e9n\u00e9tique.<\/p>\n<p>Conscient que la fronti\u00e8re des sciences du vivant se d\u00e9place vers l&rsquo;\u00e9tude des fonctions c\u00e9r\u00e9brales sup\u00e9rieures, Ren\u00e9 Hen effectue une transition strat\u00e9gique vers les neurosciences mol\u00e9culaires en rejoignant les \u00c9tats-Unis. Il s&rsquo;\u00e9tablit au sein du campus m\u00e9dical de l&rsquo;Universit\u00e9 Columbia \u00e0 New York, affili\u00e9 au prestigieux D\u00e9partement de Psychiatrie et au <em>New York State Psychiatric Institute<\/em>, ainsi qu&rsquo;au D\u00e9partement de Pharmacologie. Il y fonde un laboratoire pionnier dont la mission centrale consiste \u00e0 d\u00e9crypter les bases g\u00e9n\u00e9tiques, cellulaires et comportementales des troubles anxieux et de l&rsquo;humeur.<\/p>\n<p>\u00c0 Columbia, Hen s&rsquo;impose rapidement comme un ma\u00eetre d&rsquo;\u0153uvre de la g\u00e9n\u00e9tique inverse appliqu\u00e9e \u00e0 la neurobiologie comportementale. D\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, son laboratoire exploite la technologie \u00e9mergente des cellules souches embryonnaires murines pour g\u00e9n\u00e9rer des mod\u00e8les de souris g\u00e9n\u00e9tiquement modifi\u00e9es (\u00ab knock-out \u00bb et transg\u00e9niques). L&rsquo;approche d\u00e9velopp\u00e9e par Hen se distingue par sa nature profond\u00e9ment int\u00e9grative : il ne s&rsquo;agit pas uniquement de caract\u00e9riser une mol\u00e9cule <em>in vitro<\/em>, mais de cartographier de mani\u00e8re continue l&rsquo;effet d&rsquo;une mutation g\u00e9n\u00e9tique cibl\u00e9e depuis la signalisation intracellulaire et la physiologie synaptique jusqu&rsquo;aux ph\u00e9notypes comportementaux les plus subtils.<\/p>\n<h3>2.2 L&rsquo;exploration fonctionnelle des r\u00e9cepteurs 5-HT1A<\/h3>\n<p>Au c\u0153ur de la recherche de Ren\u00e9 Hen figure le syst\u00e8me s\u00e9rotoninergique, et plus particuli\u00e8rement la dissection pharmacog\u00e9n\u00e9tique des sous-types de r\u00e9cepteurs \u00e0 la s\u00e9rotonine. Parmi ceux-ci, le r\u00e9cepteur <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/gene\/3350\">5-HT1A<\/a> a tr\u00e8s t\u00f4t capt\u00e9 son attention en raison de sa distribution biphasique unique et de son implication intime dans l&rsquo;\u00e9tiologie de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 et de la d\u00e9pression. Le r\u00e9cepteur 5-HT1A est \u00e0 la fois un autor\u00e9cepteur somatodendritique exprim\u00e9 sur les neurones s\u00e9rotoninergiques des noyaux du raph\u00e9 (o\u00f9 il exerce une r\u00e9troaction inhibitrice n\u00e9gative sur le taux de d\u00e9charge cellulaire) et un h\u00e9t\u00e9ror\u00e9cepteur postsynaptique massivement exprim\u00e9 dans les structures limbiques, notamment l&rsquo;hippocampe, le septum lat\u00e9ral et le cortex pr\u00e9frontal.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin des ann\u00e9es 1990, le laboratoire de Hen d\u00e9veloppe des souris d\u00e9ficientes pour le g\u00e8ne codant le r\u00e9cepteur 5-HT1A (souris 5-HT1A KO). Ces animaux pr\u00e9sentent un ph\u00e9notype anxieux prononc\u00e9 et reproductible dans divers paradigmes \u00e9thologiques, d\u00e9montrant que ce r\u00e9cepteur joue un r\u00f4le indispensable dans le calibrage des circuits c\u00e9r\u00e9braux gouvernant l&rsquo;\u00e9motivit\u00e9. Plus remarquable encore, en mettant au point des syst\u00e8mes transg\u00e9niques conditionnels spatio-temporels (utilisant le syst\u00e8me tet-off ou des promoteurs tissu-sp\u00e9cifiques), Hen et ses collaborateurs parviennent \u00e0 dissocier les fonctions d\u00e9veloppementales des fonctions r\u00e9gulatrices \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte. Ils mettent ainsi en \u00e9vidence l&rsquo;existence d&rsquo;une \u00ab fen\u00eatre critique \u00bb au d\u00e9but du d\u00e9veloppement postnatal durant laquelle l&rsquo;absence de r\u00e9cepteurs 5-HT1A entra\u00eene une vuln\u00e9rabilit\u00e9 anxieuse irr\u00e9versible \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte, m\u00eame si l&rsquo;expression du r\u00e9cepteur est restaur\u00e9e ult\u00e9rieurement.<\/p>\n<p>Ces travaux am\u00e8nent Ren\u00e9 Hen \u00e0 identifier l&rsquo;hippocampe comme le r\u00e9cepteur et l&rsquo;int\u00e9grateur principal des modulations s\u00e9rotoninergiques requises pour dissiper les \u00e9tats anxio-d\u00e9pressifs. Compte tenu du fait que les r\u00e9cepteurs 5-HT1A sont hautement enrichis dans les couches cellulaires du gyrus dent\u00e9 et de la r\u00e9gion Ammonienne (CA1, CA3), et que l&rsquo;administration d&rsquo;agonistes 5-HT1A stimule la division cellulaire, son \u00e9quipe a logiquement \u00e9mis l&rsquo;hypoth\u00e8se que la machinerie neurog\u00e9nique de la zone sous-granulaire constituait l&rsquo;effecteur cellulaire direct par lequel le syst\u00e8me s\u00e9rotoninergique module l&rsquo;humeur et orchestre la r\u00e9mission th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<h2>3. Le cadre m\u00e9thodologique de l&rsquo;exp\u00e9rience princeps de 2003 (Science)<\/h2>\n<h3>3.1 Conception g\u00e9n\u00e9rale du protocole exp\u00e9rimental Hen-Santarelli<\/h3>\n<p>En 2003, une \u00e9tude historique est publi\u00e9e dans les pages de la revue <em>Science<\/em> sous le titre <em>\u00ab Requirement of Hippocampal Neurogenesis for the Behavioral Effects of Antidepressants \u00bb<\/em> (<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.science.org\/doi\/10.1126\/science.1083328\">Santarelli et al., 2003<\/a>). Men\u00e9e sous la direction de Ren\u00e9 Hen, avec pour premier auteur Luca Santarelli, cette publication est le fruit d&rsquo;une collaboration internationale multidisciplinaire regroupant des biologistes mol\u00e9culaires, des neurophysiologistes, des radiobiologistes et des \u00e9thologistes comportementaux issus notamment de Columbia, de l&rsquo;Universit\u00e9 de Milan et de l&rsquo;Universit\u00e9 de Kyoto.<\/p>\n<p>Le dessein exp\u00e9rimental a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u pour trancher le d\u00e9bat sur la causalit\u00e9. Pour prouver que la neurogen\u00e8se adulte est <em>n\u00e9cessaire<\/em> aux effets th\u00e9rapeutiques des antid\u00e9presseurs, il fallait concevoir un protocole capable d&rsquo;abolir s\u00e9lectivement et de mani\u00e8re non l\u00e9tale la production de nouveaux neurones dans l&rsquo;hippocampe adulte, puis de soumettre les animaux ainsi trait\u00e9s \u00e0 des r\u00e9gimes d&rsquo;antid\u00e9presseurs chroniques et \u00e0 des \u00e9valuations comportementales standardis\u00e9es. Les chercheurs ont compar\u00e9 l&rsquo;effet de deux classes distinctes d&rsquo;antid\u00e9presseurs : un inhibiteur s\u00e9lectif de la recapture de la s\u00e9rotonine (la fluox\u00e9tine) et un antid\u00e9presseur tricyclique agissant principalement sur la recapture de la noradr\u00e9naline et de la s\u00e9rotonine (l&rsquo;imipramine).<\/p>\n<p>Le protocole int\u00e9grait scrupuleusement la dimension temporelle : les substances \u00e9taient administr\u00e9es soit en aigu (une injection unique ou sur quelques jours), soit de mani\u00e8re chronique (traitement continu dans l&rsquo;eau de boisson ou par injections quotidiennes pendant au moins 28 jours). Cette distinction \u00e9tait cruciale, car l&rsquo;hypoth\u00e8se de travail pr\u00e9disait que seuls les r\u00e9gimes chroniques induiraient une stimulation robuste de la neurogen\u00e8se et, simultan\u00e9ment, une am\u00e9lioration mesurable des profils \u00e9motionnels dans les tests d\u00e9pendants de cette plasticit\u00e9.<\/p>\n<h3>3.2 Le marquage cellulaire par la bromod\u00e9soxyuridine (BrdU)<\/h3>\n<p>Pour mesurer quantitativement la dynamique de la neurogen\u00e8se avec une pr\u00e9cision absolue, l&rsquo;\u00e9quipe a eu recours au marquage par la bromod\u00e9soxyuridine (BrdU). La <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pmc\/articles\/PMC3877540\/\">BrdU<\/a> est un analogue synth\u00e9tique de la thymidine qui s&rsquo;incorpore de mani\u00e8re covalente dans l&rsquo;ADN double brin des cellules exclusivement au cours de la phase S (synth\u00e8se) du cycle cellulaire mitotique. Une fois la mol\u00e9cule int\u00e9gr\u00e9e, elle est transmise aux cellules filles, constituant une balise permanente d\u00e9tectable par immunohistochimie.<\/p>\n<p>Le protocole de marquage a \u00e9t\u00e9 scind\u00e9 en deux paradigmes distincts pour dissocier deux processus biologiques fondamentaux :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9valuation de la prolif\u00e9ration cellulaire aigu\u00eb :<\/strong> Les animaux recevaient des injections de BrdU et \u00e9taient euthanasi\u00e9s 24 heures plus tard. Ce protocole court permet de quantifier le nombre exact de cellules qui se sont divis\u00e9es sous l&rsquo;influence directe du traitement pharmacologique.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9valuation de la survie et de la diff\u00e9renciation \u00e0 long terme :<\/strong> Les animaux recevaient de la BrdU au cours du traitement et n&rsquo;\u00e9taient sacrifi\u00e9s que 3 \u00e0 4 semaines apr\u00e8s les derni\u00e8res injections. Cela permettait d&rsquo;\u00e9valuer combien de ces nouvelles cellules s&rsquo;\u00e9taient maintenues dans le parenchyme et avaient achev\u00e9 leur parcours de maturation morphologique.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Pour confirmer la lign\u00e9e neuronale des cellules BrdU-positives et \u00e9carter tout art\u00e9fact li\u00e9 \u00e0 la gliogen\u00e8se (formation d&rsquo;astrocytes ou de microglie), l&rsquo;\u00e9quipe a employ\u00e9 des techniques d&rsquo;immunofluorescence multiple combin\u00e9e \u00e0 la microscopie confocale tridimensionnelle. Les cerveaux ont \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9s conjointement avec des anticorps dirig\u00e9s contre la BrdU et contre des prot\u00e9ines sp\u00e9cifiques : la doublecortine (DCX), un marqueur transitoire exprim\u00e9 par les neuroblastes immatures en migration, et NeuN (<em>Neuronal Nuclei<\/em>), une prot\u00e9ine nucl\u00e9aire sp\u00e9cifique des neurones matures. Enfin, la quantification des cellules marqu\u00e9es a \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9e \u00e0 l&rsquo;aide de m\u00e9thodes st\u00e9r\u00e9ologiques non biais\u00e9es (principe du fractionnateur optique) sur l&rsquo;ensemble de l&rsquo;axe rostro-caudal de la zone sous-granulaire du gyrus dent\u00e9, garantissant une rigueur math\u00e9matique et statistique incontestable.<\/p>\n<h2>4. La rupture paradigmatique : L&rsquo;invalidation causale par irradiation focale aux rayons X<\/h2>\n<h3>4.1 La technique d&rsquo;irradiation cibl\u00e9e de la zone sous-granulaire<\/h3>\n<p>L&rsquo;innovation technique et conceptuelle majeure apport\u00e9e par Ren\u00e9 Hen et ses collaborateurs a consist\u00e9 \u00e0 adapter une m\u00e9thode physique issue de la radiobiologie pour bloquer sp\u00e9cifiquement la division cellulaire : l&rsquo;irradiation focale aux rayons X \u00e0 faible dose. L&rsquo;un des \u00e9cueils majeurs des \u00e9tudes pr\u00e9c\u00e9dentes r\u00e9sidait dans l&rsquo;utilisation de mol\u00e9cules antimitotiques syst\u00e9miques, telles que la m\u00e9thylazoxym\u00e9thanol ac\u00e9tate (MAM) ou l&rsquo;hydroxyur\u00e9e. Ces agents de chimioth\u00e9rapie induisent une toxicit\u00e9 syst\u00e9mique s\u00e9v\u00e8re, des perturbations immunitaires p\u00e9riph\u00e9riques, des alt\u00e9rations gastro-intestinales et une l\u00e9thargie g\u00e9n\u00e9rale qui rendent toute interpr\u00e9tation des tests comportementaux totalement biais\u00e9e.<\/p>\n<p>Pour contourner cet obstacle, l&rsquo;\u00e9quipe a con\u00e7u un syst\u00e8me de blindage st\u00e9r\u00e9otaxique personnalis\u00e9 en plomb. Les souris \u00e9taient anesth\u00e9si\u00e9es et plac\u00e9es sous un collimateur radiologique d&rsquo;une pr\u00e9cision millim\u00e9trique. Le bouclier de plomb \u00e9pais prot\u00e9geait l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 du corps de l&rsquo;animal ainsi que la quasi-totalit\u00e9 de son enc\u00e9phale \u2014 y compris le bulbe olfactif, le cervelet et le cortex c\u00e9r\u00e9bral \u2014, ne laissant expos\u00e9e qu&rsquo;une fen\u00eatre cr\u00e2nienne \u00e9troite co\u00efncidant tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment avec la localisation anatomique bilat\u00e9rale de l&rsquo;hippocampe dorsal et ventral.<\/p>\n<p>Une dose fractionn\u00e9e de rayons X (trois irradiations focales de quelques Grays administr\u00e9es \u00e0 intervalles r\u00e9guliers) a \u00e9t\u00e9 d\u00e9livr\u00e9e. Cette irradiation cibl\u00e9e induit des cassures double brin de l&rsquo;ADN l\u00e9tales pour les cellules en cycle de division active sans affecter les cellules post-mitotiques quiescentes. L&rsquo;analyse immunohistochimique subs\u00e9quente a confirm\u00e9 le succ\u00e8s spectaculaire de la man\u0153uvre : une r\u00e9duction de plus de 85 % \u00e0 95 % du nombre de cellules BrdU-positives dans la zone sous-granulaire du gyrus dent\u00e9 chez les souris irradi\u00e9es par rapport aux souris soumises \u00e0 une proc\u00e9dure factice (<em>sham<\/em>). Des contr\u00f4les neurophysiologiques stricts ont v\u00e9rifi\u00e9 que l&rsquo;architecture laminaire globale de l&rsquo;hippocampe, l&rsquo;expression des r\u00e9cepteurs synaptiques, la potentialisation \u00e0 long terme dans les synapses matures de la voie perforante et l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de la substance blanche demeuraient intactes, garantissant l&rsquo;absence de l\u00e9sions tissulaires non sp\u00e9cifiques.<\/p>\n<h3>4.2 L&rsquo;approche g\u00e9n\u00e9tique compl\u00e9mentaire : La modulation des r\u00e9cepteurs 5-HT1A<\/h3>\n<p>Loin de s&rsquo;en tenir \u00e0 la seule approche physique par irradiation, l&rsquo;\u00e9quipe de Ren\u00e9 Hen a \u00e9tay\u00e9 sa d\u00e9monstration en int\u00e9grant un volet g\u00e9n\u00e9tique sophistiqu\u00e9 articul\u00e9 autour des souris d\u00e9ficientes pour le g\u00e8ne du r\u00e9cepteur 5-HT1A (souris 5-HT1A KO). Cette d\u00e9marche visait \u00e0 d\u00e9cortiquer la hi\u00e9rarchie mol\u00e9culaire en amont de l&rsquo;induction neurog\u00e9nique.<\/p>\n<p>Les chercheurs ont soumis des souris de type sauvage (WT) et des souris 5-HT1A knock-out \u00e0 des traitements chroniques \u00e0 la fluox\u00e9tine et \u00e0 l&rsquo;imipramine. Les r\u00e9sultats ont \u00e9t\u00e9 sans appel : chez les souris sauvages, l&rsquo;administration chronique de fluox\u00e9tine a provoqu\u00e9 une augmentation spectaculaire de la prolif\u00e9ration et de la survie neuronale dans la zone sous-granulaire, corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 une r\u00e9mission comportementale. En revanche, chez les souris 5-HT1A KO, la fluox\u00e9tine s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e incapable d&rsquo;accro\u00eetre la neurogen\u00e8se hippocampique et n&rsquo;a induit aucune am\u00e9lioration dans les \u00e9preuves \u00e9thologiques.<\/p>\n<p>De mani\u00e8re fascinante, l&rsquo;imipramine (l&rsquo;antid\u00e9presseur tricyclique dot\u00e9 d&rsquo;une composante noradr\u00e9nergique puissante) a r\u00e9ussi \u00e0 stimuler la neurogen\u00e8se et \u00e0 produire des effets anxiolytiques m\u00eame chez les souris priv\u00e9es de r\u00e9cepteurs 5-HT1A. Cette divergence a prouv\u00e9 que la voie s\u00e9rotoninergique d\u00e9pend formellement du r\u00e9cepteur 5-HT1A pour enclencher la machinerie neurog\u00e9nique, tandis que la voie noradr\u00e9nergique peut activer d&rsquo;autres relais r\u00e9cepteurs (comme les r\u00e9cepteurs b\u00eata-adr\u00e9nergiques). Mais surtout, le fait que ces deux classes th\u00e9rapeutiques convergent ultimement vers l&rsquo;amplification de la population de nouveaux neurones a consolid\u00e9 l&rsquo;universalit\u00e9 du m\u00e9canisme neurog\u00e9nique au sein de la pharmacop\u00e9e antid\u00e9pressive classique.<\/p>\n<h2>5. Batteries comportementales et tests \u00e9thologiques valid\u00e9s<\/h2>\n<h3>5.1 Le test de suppression de l&rsquo;alimentation par la nouveaut\u00e9 (Novelty-Suppressed Feeding)<\/h3>\n<p>Pour mesurer les modifications de l&rsquo;\u00e9tat affectif induites par les antid\u00e9presseurs, les tests comportementaux murins classiques pr\u00e9sentaient des limites m\u00e9thodologiques majeures. Ren\u00e9 Hen et Luca Santarelli se sont tourn\u00e9s vers un paradigme particuli\u00e8rement sensible et discriminant : le test de suppression de l&rsquo;alimentation par la nouveaut\u00e9 (<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/nprot.2008.73\">Novelty-Suppressed Feeding &#8211; NSF<\/a>).<\/p>\n<p>Le test NSF est fond\u00e9 sur l&rsquo;induction d&rsquo;un conflit motivationnel aigu entre deux pulsions antagonistes chez le rongeur :<\/p>\n<ol>\n<li>Une impulsion app\u00e9titive g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par une p\u00e9riode de privation alimentaire pr\u00e9alable (je\u00fbne de 24 heures).<\/li>\n<li>Une peur d&rsquo;\u00e9vitement n\u00e9ophobique induite par l&rsquo;exposition \u00e0 un nouvel environnement ouvert, spacieux et sous un \u00e9clairage z\u00e9nithal intense, conditions per\u00e7ues par le rongeur comme une menace directe de pr\u00e9dation.<\/li>\n<\/ol>\n<p>L&rsquo;animal est plac\u00e9 \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie d&rsquo;une ar\u00e8ne circulaire ou carr\u00e9e, au centre exact de laquelle est dispos\u00e9 un unique granul\u00e9 de nourriture sur une plate-forme blanche brillante. La variable mesur\u00e9e avec une haute pr\u00e9cision chronom\u00e9trique est la latence que met la souris \u00e0 s&rsquo;aventurer au centre et \u00e0 commencer \u00e0 ronger l&rsquo;aliment. Chez une souris anxio-d\u00e9pressive, cette latence est consid\u00e9rablement allong\u00e9e en raison d&rsquo;une inhibition comportementale exacerb\u00e9e.<\/p>\n<p>Ce qui rend le test NSF absolument capital dans le cadre de l&rsquo;\u00e9tude de Hen est sa pharmacologie pr\u00e9dictive unique : contrairement aux anxiolytiques de la classe des benzodiaz\u00e9pines, qui r\u00e9duisent la latence apr\u00e8s une administration aigu\u00eb unique, les antid\u00e9presseurs classiques (comme la fluox\u00e9tine) n&rsquo;exercent strictement aucun effet apr\u00e8s un traitement aigu ou subaigu. Il faut imp\u00e9rativement une administration chronique de 3 \u00e0 4 semaines pour observer une diminution statistiquement significative de la latence d&rsquo;ingestion. Ce d\u00e9lai correspond pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 la cin\u00e9tique d&rsquo;action clinique chez l&rsquo;\u00eatre humain ainsi qu&rsquo;au temps n\u00e9cessaire \u00e0 la maturation des n\u00e9oneurones. Enfin, pour contr\u00f4ler que le comportement n&rsquo;\u00e9tait pas alt\u00e9r\u00e9 par des variations m\u00e9taboliques de l&rsquo;app\u00e9tit ou une baisse de la faim, la quantit\u00e9 de nourriture consomm\u00e9e imm\u00e9diatement apr\u00e8s le test dans la cage d&rsquo;origine de l&rsquo;animal \u00e9tait scrupuleusement mesur\u00e9e, servant de variable de contr\u00f4le n\u00e9gatif.<\/p>\n<h3>5.2 Le mod\u00e8le de stress chronique impr\u00e9visible (CUMS)<\/h3>\n<p>Afin de valider la pertinence translationnelle de leurs observations face \u00e0 un \u00e9tat pathologique induit, l&rsquo;\u00e9quipe a associ\u00e9 le test NSF au mod\u00e8le exp\u00e9rimental de r\u00e9f\u00e9rence de la d\u00e9pression chez le rongeur : le protocole de stress chronique l\u00e9ger impr\u00e9visible (<em>Chronic Unpredictable Mild Stress<\/em> &#8211; CUMS).<\/p>\n<p>Ce paradigme cherche \u00e0 reproduire l&rsquo;\u00e9tiologie multifactorielle et chronique des \u00e9pisodes d\u00e9pressifs humains en exposant les souris, pendant plusieurs semaines cons\u00e9cutives, \u00e0 une s\u00e9quence al\u00e9atoire, stochastique et ininterrompue de stresseurs d&rsquo;intensit\u00e9 mod\u00e9r\u00e9e. Ces stresseurs incluent des inversions brutales du cycle jour\/nuit, des p\u00e9riodes de basculement de la cage, des bruits intermittents, des liti\u00e8res humides, des d\u00e9privations hydriques br\u00e8ves ou des odeurs de pr\u00e9dateurs. L&rsquo;impr\u00e9visibilit\u00e9 totale du protocole emp\u00eache toute habituation comportementale et induit progressivement chez l&rsquo;animal un effondrement de l&rsquo;\u00e9tat thymique, se manifestant par une anh\u00e9donie profonde, un d\u00e9sengagement motivationnel et une d\u00e9sorganisation des rythmes circadiens.<\/p>\n<p>Pour quantifier l&rsquo;anh\u00e9donie \u2014 sympt\u00f4me cardinal de la d\u00e9pression \u2014, l&rsquo;\u00e9quipe a mesur\u00e9 le test de pr\u00e9f\u00e9rence pour le saccharose. Les souris soumises au CUMS perdent leur attrait naturel pour une solution sucr\u00e9e face \u00e0 de l&rsquo;eau claire, traduisant une alt\u00e9ration des circuits du syst\u00e8me de r\u00e9compense. De m\u00eame, le \u00ab <em>splash test<\/em> \u00bb (consistant \u00e0 pulv\u00e9riser une solution concentr\u00e9e de saccharose sur le pelage de la souris) a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 pour \u00e9valuer les comportements de toilettage (<em>grooming<\/em>), indicateurs pr\u00e9cieux de l&rsquo;\u00e9tat de motivation et de soin personnel. Les r\u00e9sultats ont d\u00e9montr\u00e9 que le traitement chronique par la fluox\u00e9tine est capable d&rsquo;inverser totalement l&rsquo;anh\u00e9donie et les d\u00e9ficits d&rsquo;exploration g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par le CUMS, r\u00e9tablissant les niveaux de toilettage et la pr\u00e9f\u00e9rence pour le saccharose chez les animaux contr\u00f4les.<\/p>\n<h3>5.3 Les tests classiques de d\u00e9sespoir comportemental : Nage forc\u00e9e et suspension caudale<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9quipe a \u00e9galement confront\u00e9 ses hypoth\u00e8ses aux deux tests les plus couramment exploit\u00e9s dans l&rsquo;industrie pharmaceutique pour le criblage des mol\u00e9cules antid\u00e9pressives : le test de nage forc\u00e9e de Porsolt (<em>Forced Swim Test<\/em> &#8211; FST) et le test de suspension caudale (<em>Tail Suspension Test<\/em> &#8211; <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/nprot.2012.063\">TST<\/a>).<\/p>\n<p>Dans ces deux paradigmes, l&rsquo;animal est plac\u00e9 dans une situation d&rsquo;inconfort in\u00e9vitable : immerg\u00e9 dans un cylindre d&rsquo;eau sans possibilit\u00e9 d&rsquo;\u00e9chappatoire (FST) ou suspendu par l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 de sa queue au moyen d&rsquo;un ruban adh\u00e9sif (TST). La souris alterne des phases d&rsquo;agitation motrice vigoureuse visant \u00e0 fuir avec des \u00e9pisodes d&rsquo;immobilit\u00e9 compl\u00e8te, assimil\u00e9s \u00e0 une posture de d\u00e9sespoir comportemental et de r\u00e9signation passive face \u00e0 l&rsquo;inconfort. L&rsquo;administration d&rsquo;antid\u00e9presseurs r\u00e9duit significativement la dur\u00e9e totale de cette immobilit\u00e9, favorisant la persistance des comportements d&rsquo;\u00e9chappement.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, ces tests classiques souffraient d&rsquo;un \u00e9cueil conceptuel majeur aux yeux de Ren\u00e9 Hen : ils r\u00e9pondent de mani\u00e8re spectaculaire \u00e0 des doses aigu\u00ebs d&rsquo;antid\u00e9presseurs inject\u00e9es seulement 30 minutes avant l&rsquo;\u00e9preuve. Cette sensibilit\u00e9 aigu\u00eb d\u00e9connecte ces tests de la r\u00e9alit\u00e9 temporelle de l&rsquo;efficacit\u00e9 clinique humaine. En outre, lors des analyses sur les souris irradi\u00e9es, les effets de l&rsquo;imipramine dans le FST ont \u00e9t\u00e9 maintenus, indiquant que certaines r\u00e9ponses aigu\u00ebs m\u00e9di\u00e9es par une suractivation monoaminergique synaptique globale s&rsquo;affranchissent de la neurogen\u00e8se. Cette constatation a constitu\u00e9 un argument \u00e9pist\u00e9mologique d\u00e9cisif pour privil\u00e9gier le test NSF comme v\u00e9ritable marqueur des adaptations structurales lentes r\u00e9gissant la r\u00e9mission de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 et de la d\u00e9pression.<\/p>\n<h2>6. R\u00e9sultats fondamentaux et validation de la causalit\u00e9<\/h2>\n<h3>6.1 L&rsquo;abolition de la r\u00e9ponse th\u00e9rapeutique en l&rsquo;absence de nouveaux neurones<\/h3>\n<p>L&rsquo;intersection des techniques d&rsquo;irradiation aux rayons X, de pharmacologie chronique et de tests comportementaux a d\u00e9bouch\u00e9 sur le r\u00e9sultat phare de la publication de 2003, venant bouleverser la neurobiologie contemporaine. Chez les souris t\u00e9moins ayant subi une fausse irradiation (<em>sham-operated<\/em>), l&rsquo;administration chronique de fluox\u00e9tine ou d&rsquo;imipramine a induit, comme attendu, une r\u00e9duction significative et robuste de la latence \u00e0 s&rsquo;alimenter dans le test NSF, ainsi qu&rsquo;une r\u00e9version des d\u00e9ficits h\u00e9doniques induits par le stress chronique.<\/p>\n<p>En contraste absolu, chez les souris dont la zone sous-granulaire de l&rsquo;hippocampe avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9alablement irradi\u00e9e, le traitement chronique par la fluox\u00e9tine est rest\u00e9 totalement inop\u00e9rant. Malgr\u00e9 28 jours d&rsquo;impr\u00e9gnation continue par l&rsquo;antid\u00e9presseur, ces animaux pr\u00e9sentaient une latence d&rsquo;inhibition comportementale dans le NSF identique \u00e0 celle des animaux recevant un simple placebo salin. L&rsquo;effet th\u00e9rapeutique s&rsquo;est trouv\u00e9 purement et simplement aboli par la privation des prog\u00e9niteurs neuraux mitotiques. Cette incapacit\u00e9 de la fluox\u00e9tine \u00e0 exercer son action anxiolytique\/antid\u00e9pressive a fourni la preuve formelle et irr\u00e9futable que l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation des taux extracellulaires de s\u00e9rotonine et la d\u00e9sensibilisation subs\u00e9quente des autor\u00e9cepteurs sont physiologiquement inefficaces si elles ne sont pas relay\u00e9es par l&rsquo;int\u00e9gration fonctionnelle de nouveaux neurones dans le gyrus dent\u00e9.<\/p>\n<p>Pour dissiper l&rsquo;objection selon laquelle l&rsquo;irradiation aurait pu induire un dysfonctionnement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 des circuits limbiques, rendant les animaux incapables d&rsquo;exprimer un quelconque soulagement anxieux, Ren\u00e9 Hen a administr\u00e9 du chlordiaz\u00e9poxide (une benzodiaz\u00e9pine) \u00e0 des souris irradi\u00e9es. Le chlordiaz\u00e9poxide a diminu\u00e9 de fa\u00e7on identique la latence alimentaire chez les animaux irradi\u00e9s et chez les t\u00e9moins non irradi\u00e9s. Cette d\u00e9couverte magistrale a d\u00e9montr\u00e9 la double dissociation fonctionnelle :<\/p>\n<ul>\n<li>L&rsquo;architecture c\u00e9r\u00e9brale g\u00e9n\u00e9rale reste parfaitement capable de traiter et de manifester un signal anxiolytique ind\u00e9pendant de la neurogen\u00e8se (via les r\u00e9cepteurs GABA-A).<\/li>\n<li>La neurogen\u00e8se hippocampique constitue une exigence biologique sp\u00e9cifique et indispensable \u00e0 l&rsquo;action des mol\u00e9cules antid\u00e9pressives \u00e0 cin\u00e9tique lente.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>6.2 Sp\u00e9cificit\u00e9 mol\u00e9culaire selon les classes th\u00e9rapeutiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;exp\u00e9rience a \u00e9galement livr\u00e9 des enseignements cruciaux quant \u00e0 la sp\u00e9cificit\u00e9 des voies de signalisation engag\u00e9es par diff\u00e9rentes familles pharmacologiques. Si la fluox\u00e9tine a vu ses effets totalement annul\u00e9s aussi bien par l&rsquo;irradiation focale que chez les souris g\u00e9n\u00e9tiquement priv\u00e9es du r\u00e9cepteur 5-HT1A, l&rsquo;imipramine a quant \u00e0 elle r\u00e9v\u00e9l\u00e9 un profil d&rsquo;une subtile complexit\u00e9.<\/p>\n<p>Sous irradiation aux rayons X, les effets comportementaux chroniques de l&rsquo;imipramine dans le test NSF ont \u00e9t\u00e9 abolis avec la m\u00eame vigueur que ceux de la fluox\u00e9tine. Cela a prouv\u00e9 que, quelle que soit la classe th\u00e9rapeutique envisag\u00e9e \u2014 ISRS ou tricyclique \u2014 et ind\u00e9pendamment de l&rsquo;affinit\u00e9 initiale pour les syst\u00e8mes transporteurs de s\u00e9rotonine ou de noradr\u00e9naline, le point de convergence ultime et obligatoire pour la modification des ph\u00e9notypes d&rsquo;inhibition anxio-d\u00e9pressive r\u00e9side dans la prolif\u00e9ration et la maturation de nouveaux neurones au sein de la niche sous-granulaire.<\/p>\n<p>Cependant, chez les souris 5-HT1A KO non irradi\u00e9es, l&rsquo;imipramine conservait sa capacit\u00e9 \u00e0 stimuler la neurogen\u00e8se et \u00e0 induire une r\u00e9ponse comportementale positive dans le test NSF. Ces donn\u00e9es ont apport\u00e9 la preuve que le syst\u00e8me nerveux central dispose de multiples portes d&rsquo;entr\u00e9e pharmacologiques pour r\u00e9enclencher la machine neurog\u00e9nique de l&rsquo;hippocampe adulte. La s\u00e9rotonine mobilise pr\u00e9f\u00e9rentiellement les cascades coupl\u00e9es aux r\u00e9cepteurs 5-HT1A, tandis que la noradr\u00e9naline utilise des voies r\u00e9ceptrices alternatives (notamment les r\u00e9cepteurs adr\u00e9nergiques b\u00eata-3 et alpha-2). La publication de ces r\u00e9sultats dans <em>Science<\/em> par Santarelli, Hen et leurs coll\u00e8gues a constitu\u00e9 un v\u00e9ritable tournant disciplinaire, transformant l&rsquo;hypoth\u00e8se neurog\u00e9nique en un mod\u00e8le m\u00e9canistique valid\u00e9 et d\u00e9pla\u00e7ant la recherche de nouveaux m\u00e9dicaments vers le ciblage des niches cellulaires souches.<\/p>\n<h2>7. La chronobiologie neuronale : R\u00e9solution du paradoxe de latence des antid\u00e9presseurs<\/h2>\n<h3>7.1 Le cycle de maturation morphologique et fonctionnelle des cellules granulaires<\/h3>\n<p>L&rsquo;une des contributions les plus \u00e9l\u00e9gantes des d\u00e9couvertes de Ren\u00e9 Hen a \u00e9t\u00e9 de fournir enfin une explication cellulaire et biophysique satisfaisante au fameux \u00ab paradoxe temporel \u00bb de la psychiatrie : pourquoi les antid\u00e9presseurs mettent-ils des semaines \u00e0 agir cliniquement ? La r\u00e9ponse r\u00e9side dans la chronobiologie du d\u00e9veloppement des neurones n\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte (<em>adult-born granule cells<\/em> &#8211; <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pmc\/articles\/PMC3181997\/\">abGCs<\/a>).<\/p>\n<p>Le cheminement d&rsquo;une cellule souche neurale radiale (cellule de type 1) jusqu&rsquo;\u00e0 un neurone granulaire pleinement int\u00e9gr\u00e9 dans le circuit du gyrus dent\u00e9 est un processus d\u00e9veloppemental lent, hautement r\u00e9gul\u00e9, s&rsquo;\u00e9chelonnant sur environ 4 \u00e0 8 semaines. Ce continuum peut \u00eatre d\u00e9compos\u00e9 en plusieurs \u00e9tapes critiques :<\/p>\n<ol>\n<li><strong>Semaine 1 (Prolif\u00e9ration et sp\u00e9cification) :<\/strong> La cellule souche quiescente donne naissance \u00e0 des prog\u00e9niteurs \u00e0 amplification interm\u00e9diaire (cellules de type 2), qui prolif\u00e8rent vigoureusement avant d&rsquo;adopter un destin neuronal exclusif (cellules de type 3 ou neuroblastes). Ces cellules expriment des marqueurs pr\u00e9coces comme la nestine, Sox2 et la doublecortine (DCX).<\/li>\n<li><strong>Semaines 2 \u00e0 3 (Croissance et migration morphologique) :<\/strong> Les neuroblastes migrent de la zone sous-granulaire vers la couche de cellules granulaires, \u00e9mettant une tige dendritique principale qui traverse la couche granulaire pour atteindre la couche mol\u00e9culaire externe, o\u00f9 elle commence \u00e0 recevoir des aff\u00e9rences du cortex entorhinal. Simultan\u00e9ment, un axone (la fibre moussue) s&rsquo;allonge \u00e0 travers le hile du gyrus dent\u00e9 pour cibler la r\u00e9gion CA3 de l&rsquo;hippocampe.<\/li>\n<li><strong>Semaines 3 \u00e0 4 (Maturation fonctionnelle et synaptogen\u00e8se) :<\/strong> Les cellules immatures commencent \u00e0 former des \u00e9pines dendritiques fonctionnelles et \u00e0 \u00e9tablir des terminaisons synaptiques g\u00e9antes sur les neurones pyramidaux de CA3 et les interneurones locaux.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Cette chronologie cellulaire co\u00efncide remarquablement avec la cin\u00e9tique de la r\u00e9ponse th\u00e9rapeutique humaine. Un antid\u00e9presseur administr\u00e9 le premier jour active imm\u00e9diatement les cascades biochimiques stimulant la division des cellules pr\u00e9curseurs ; cependant, ces nouvelles cellules demeurent physiologiquement \u00ab silencieuses \u00bb vis-\u00e0-vis des r\u00e9seaux r\u00e9gulateurs de l&rsquo;humeur pendant les premi\u00e8res semaines. L&rsquo;att\u00e9nuation clinique des sympt\u00f4mes co\u00efncide tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment avec le moment o\u00f9 la cohorte neuronale stimul\u00e9e atteint son troisi\u00e8me stade de d\u00e9veloppement, acqu\u00e9rant les connexions synaptiques requises pour remodeler le flux d&rsquo;informations limbiques.<\/p>\n<h3>7.2 Propri\u00e9t\u00e9s \u00e9lectrophysiologiques uniques des neurones immatures<\/h3>\n<p>Les investigations ult\u00e9rieures men\u00e9es par le laboratoire de Hen, ainsi que par les \u00e9quipes d&rsquo;Alejandro Schinder et d&rsquo;Hongjun Song, ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que les neurones granulaires immatures \u00e2g\u00e9s de 4 \u00e0 6 semaines ne sont pas de simples r\u00e9pliques des neurones matures pr\u00e9existants : ils poss\u00e8dent des propri\u00e9t\u00e9s \u00e9lectrophysiologiques et plastiques exceptionnelles qui leur conf\u00e8rent un statut r\u00e9gulateur surdimensionn\u00e9 au sein du microcircuit hippocampique.<\/p>\n<p>Durant cette fen\u00eatre critique transitoire, les abGCs se caract\u00e9risent par une r\u00e9sistance membranaire d&rsquo;entr\u00e9e consid\u00e9rablement plus \u00e9lev\u00e9e et un seuil d&rsquo;excitabilit\u00e9 bien plus bas que celui des neurones granulaires matures. Cela signifie qu&rsquo;une stimulation synaptique minime, incapable d&rsquo;activer un neurone mature, suffit \u00e0 d\u00e9clencher des trains de potentiels d&rsquo;action chez le neurone immature. De surcro\u00eet, ces neurones immatures pr\u00e9sentent un seuil d&rsquo;induction de la plasticit\u00e9 synaptique \u00e0 long terme (<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/books\/NBK538185\/\">LTP<\/a>) drastiquement abaiss\u00e9, associ\u00e9 \u00e0 une amplitude de potentialisation bien sup\u00e9rieure, m\u00e9di\u00e9e par des r\u00e9cepteurs NMDA contenant la sous-unit\u00e9 GluN2B.<\/p>\n<p>Un autre ph\u00e9nom\u00e8ne biophysique fondamental concerne la signalisation du neurotransmetteur GABA. Durant les deux premi\u00e8res semaines de vie du jeune neurone, l&rsquo;expression \u00e9lev\u00e9e du co-transporteur chlorure NKCC1 (qui maintient une concentration intracellulaire d&rsquo;ions chlorure anormalement haute) fait que l&rsquo;activation des r\u00e9cepteurs GABA-A induit une sortie d&rsquo;anions et provoque une d\u00e9polarisation membranaire \u2014 le GABA agit donc temporairement comme un neurotransmetteur <em>excitateur<\/em>. Ce signal d\u00e9polarisant pr\u00e9coce est indispensable \u00e0 l&rsquo;insertion synaptique des r\u00e9cepteurs AMPA et \u00e0 la ramification dendritique. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;apr\u00e8s la troisi\u00e8me semaine, sous l&rsquo;induction du transporteur d&rsquo;extrusion de chlorure KCC2, que le GABA adopte son r\u00f4le hyperpolarisant mature.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 cette hyperexcitabilit\u00e9 et \u00e0 cette flexibilit\u00e9 synaptique exacerb\u00e9e, les nouveaux neurones fonctionnent comme de v\u00e9ritables \u00ab amplificateurs et filtres synaptiques \u00bb. Bien qu&rsquo;ils ne repr\u00e9sentent qu&rsquo;une fraction marginale (1 \u00e0 2 %) de la population totale des cellules du gyrus dent\u00e9, leur dynamisme physiologique leur permet de recruter massivement les interneurones inhibiteurs locaux \u00e0 parvalbumine et de moduler l&rsquo;excitabilit\u00e9 globale de l&rsquo;hippocampe, agissant comme un frein puissant sur l&rsquo;hyperexcitabilit\u00e9 pathologique sous-jacente aux \u00e9tats de stress et d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<h2>8. Circuiterie fonctionnelle : R\u00f4le du gyrus dent\u00e9 et r\u00e9gulation de l&rsquo;axe du stress<\/h2>\n<h3>8.1 La r\u00e9troaction n\u00e9gative sur l&rsquo;axe hypothalamo-hypophyso-surr\u00e9nalien (HPA)<\/h3>\n<p>Sur le plan syst\u00e9mique, l&rsquo;impact fonctionnel majeur des nouveaux neurones stimul\u00e9s par les antid\u00e9presseurs s&rsquo;exprime dans la normalisation de la boucle neuroendocrine du stress. Chez un individu d\u00e9pressif, l&rsquo;axe HPA est verrouill\u00e9 dans un \u00e9tat d&rsquo;hyperactivit\u00e9 chronique d\u00fb \u00e0 une faillite du m\u00e9canisme de r\u00e9troaction n\u00e9gative (<em>negative feedback<\/em>) normalement assur\u00e9 par l&rsquo;hippocampe. Cette d\u00e9faillance conduit \u00e0 une exposition syst\u00e9mique permanente et d\u00e9l\u00e9t\u00e8re aux glucocortico\u00efdes.<\/p>\n<p>L&rsquo;hippocampe est reli\u00e9 \u00e0 l&rsquo;hypothalamus par une voie polysynaptique inhibitrice : les projections glutamatergiques issues de la corne d&rsquo;Ammon (CA1 et subiculum) gagnent le lit du noyau de la strie terminale (BNST) et la zone p\u00e9ri-paraventriculaire, o\u00f9 elles activent des interneurones GABAergiques qui inhibent directement les neurones \u00e0 CRH du noyau paraventriculaire de l&rsquo;hypothalamus (PVN). La d\u00e9pl\u00e9tion neuronale et la perte d&rsquo;\u00e9pines dendritiques induites par le stress au sein du gyrus dent\u00e9 affaiblissent ce contr\u00f4le r\u00e9gulateur.<\/p>\n<p>Les travaux de Ren\u00e9 Hen ont d\u00e9montr\u00e9 que l&rsquo;int\u00e9gration fonctionnelle des cellules granulaires n\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte restaure directement le tonus inhibiteur hippocampique sur le noyau paraventriculaire hypothalamique. En se connectant aux neurones pyramidaux de CA3, les jeunes neurones r\u00e9enclenchent le flux excitateur n\u00e9cessaire \u00e0 la cha\u00eene inhibitrice hypothalamique. Chez les animaux irradi\u00e9s soumis \u00e0 un stress aigu, la corticost\u00e9rone plasmatique met un temps anormalement long \u00e0 revenir \u00e0 sa ligne de base. \u00c0 l&rsquo;inverse, chez les animaux trait\u00e9s chroniquement par antid\u00e9presseurs dont la neurogen\u00e8se est intacte, la cin\u00e9tique de r\u00e9sorption de la corticost\u00e9rone est parfaitement restaur\u00e9e, brisant la spirale neurotoxique entretenue par l&rsquo;hypercortisol\u00e9mie.<\/p>\n<h3>8.2 La s\u00e9paration des motifs mn\u00e9siques et la g\u00e9n\u00e9ralisation de la peur<\/h3>\n<p>Outre la r\u00e9gulation hormonale, les nouveaux neurones jouent un r\u00f4le fondamental dans une op\u00e9ration computationnelle complexe assur\u00e9e par le gyrus dent\u00e9 : la s\u00e9paration des motifs (<em>pattern separation<\/em>). Il s&rsquo;agit du processus cognitif par lequel le syst\u00e8me nerveux transforme des repr\u00e9sentations environnementales ou mn\u00e9siques qui se chevauchent largement en repr\u00e9sentations neuronales distinctes, stables et non confondues.<\/p>\n<p>Dans la pathologie d\u00e9pressive et les troubles anxieux majeurs, on observe un effondrement de cette capacit\u00e9 de discrimination contextuelle, se traduisant cliniquement par une \u00ab surg\u00e9n\u00e9ralisation de la peur \u00bb et une persistance des biais cognitifs aversifs. Le sujet d\u00e9pressif ou traumatis\u00e9 devient incapable de diff\u00e9rencier un environnement intrins\u00e8quement mena\u00e7ant (o\u00f9 a eu lieu un traumatisme) d&rsquo;un environnement neutre ou s\u00e9curisant qui partage de simples caract\u00e9ristiques sensorielles p\u00e9riph\u00e9riques avec le premier (comme un \u00e9clairage similaire ou un bruit de fond analogue). Cette faillite cognitive entretient un \u00e9tat d&rsquo;alerte et de d\u00e9tresse psychologique permanent.<\/p>\n<p>En employant des tests de conditionnement contextuel \u00e0 la peur o\u00f9 deux pi\u00e8ces exp\u00e9rimentales pr\u00e9sentent des variations spatiales infimes, Ren\u00e9 Hen et ses collaborateurs (<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/nature10287\">Sahay et al., 2011<\/a>) ont d\u00e9montr\u00e9 que :<\/p>\n<ul>\n<li>L&rsquo;ablation de la neurogen\u00e8se hippocampique emp\u00eache les animaux de distinguer deux contextes proches, entra\u00eenant une r\u00e9action d&rsquo;immobilit\u00e9 d\u00e9fensive (<em>freezing<\/em>) g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e et inappropri\u00e9e dans l&rsquo;environnement s\u00fbr.<\/li>\n<li>\u00c0 l&rsquo;inverse, l&rsquo;amplification g\u00e9n\u00e9tique ou pharmacologique de la neurogen\u00e8se am\u00e9liore spectaculairement la pr\u00e9cision de la s\u00e9paration des motifs, permettant \u00e0 l&rsquo;animal de restreindre sa peur au seul contexte o\u00f9 le stimulus aversif est r\u00e9ellement d\u00e9livr\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les nouveaux neurones soutiennent ainsi l&rsquo;extinction des r\u00e9ponses d&rsquo;effroi inadapt\u00e9es et conf\u00e8rent au cerveau la flexibilit\u00e9 cognitive n\u00e9cessaire pour r\u00e9interpr\u00e9ter sereinement les signaux environnementaux changeants.<\/p>\n<h3>8.3 La connectivit\u00e9 gyrus dent\u00e9-CA3 et la modulation de l&rsquo;humeur<\/h3>\n<p>Pour comprendre pleinement comment la neurogen\u00e8se transforme le statut thymique, il convient de diss\u00e9quer l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 fonctionnelle le long de l&rsquo;axe longitudinal de l&rsquo;hippocampe, traditionnellement scind\u00e9 entre ses p\u00f4les dorsal et ventral (chez le rongeur) ou post\u00e9rieur et ant\u00e9rieur (chez l&rsquo;\u00eatre humain) :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;hippocampe dorsal (post\u00e9rieur chez l&rsquo;humain) :<\/strong> Re\u00e7oit principalement des aff\u00e9rences visuo-spatiales et somatosensorielles via le cortex entorhinal m\u00e9dian, et est d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la navigation spatiale, \u00e0 la m\u00e9moire \u00e9pisodique et aux fonctions d&rsquo;encodage mn\u00e9sique strictes.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;hippocampe ventral (ant\u00e9rieur chez l&rsquo;humain) :<\/strong> Est intimement et directement interconnect\u00e9 avec les r\u00e9seaux de l&rsquo;\u00e9motion et du traitement de la valence h\u00e9donique, notamment le complexe amygdalien basolat\u00e9ral, le cortex pr\u00e9frontal ventrom\u00e9dian, l&rsquo;insula et le noyau accumbens.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les investigations men\u00e9es par Hen ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que si la neurogen\u00e8se adulte est distribu\u00e9e sur l&rsquo;ensemble du gyrus dent\u00e9, c&rsquo;est sp\u00e9cifiquement l&rsquo;int\u00e9gration des n\u00e9oneurones dans l&rsquo;hippocampe <em>ventral<\/em> qui est indispensable \u00e0 l&rsquo;action anxiolytique des antid\u00e9presseurs. Les axones de ces nouvelles cellules \u2014 les volumineuses fibres moussues \u2014 \u00e9tablissent des synapses modulaires avec les cellules pyramidales de la sous-r\u00e9gion CA3 ventrale, mais innervent \u00e9galement puissamment les interneurones GABAergiques exprimant la cholecystokinine (CCK) et la parvalbumine au sein de la couche plexiforme lucide.<\/p>\n<p>En stimulant cette inhibition r\u00e9trograde et ant\u00e9rograde dans CA3, les abGCs freinent l&#8217;emballement des signaux d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 qui transitent de CA3 vers l&rsquo;amygdale et le cortex pr\u00e9frontal. Cette r\u00e9gulation microcircuitale restaure l&rsquo;\u00e9quilibre excitation\/inhibition dans les voies de la valence \u00e9motionnelle n\u00e9gative, \u00e9teignant l&rsquo;hyperr\u00e9activit\u00e9 amygdalienne caract\u00e9ristique des patients d\u00e9pressifs et restaurant une prise de d\u00e9cision comportementale adapt\u00e9e face aux conflits d&rsquo;approche-\u00e9vitement.<\/p>\n<h2>9. Voies de signalisation intracellulaire et facteurs neurotrophiques<\/h2>\n<h3>9.1 L&rsquo;axe BDNF-TrkB et son interaction avec la neurogen\u00e8se<\/h3>\n<p>La d\u00e9couverte de la n\u00e9cessit\u00e9 fonctionnelle de la neurogen\u00e8se a ouvert un vaste chantier biochimique : identifier les messagers intracellulaires reliant la liaison initiale des monoamines \u00e0 leurs r\u00e9cepteurs membranaires jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;activation du cycle cellulaire dans les prog\u00e9niteurs neuraux. Au centre de ce r\u00e9seau r\u00e9gulateur se dresse de mani\u00e8re incontournable le facteur neurotrophique d\u00e9riv\u00e9 du cerveau (<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pmc\/articles\/PMC4697050\/\">BDNF<\/a>) et son r\u00e9cepteur catalytique \u00e0 haute affinit\u00e9, le r\u00e9cepteur \u00e0 activit\u00e9 tyrosine kinase B (TrkB).<\/p>\n<p>L&rsquo;administration chronique d&rsquo;antid\u00e9presseurs stimule l&rsquo;expression et la s\u00e9cr\u00e9tion de BDNF dans le parenchyme hippocampique par l&rsquo;interm\u00e9diaire de la cascade d\u00e9pendante de l&rsquo;AMP cyclique (AMPc). La liaison de la s\u00e9rotonine ou de la noradr\u00e9naline \u00e0 des r\u00e9cepteurs coupl\u00e9s aux prot\u00e9ines Gs (tels que les r\u00e9cepteurs 5-HT4, 5-HT7 ou b\u00eata-adr\u00e9nergiques) active l&rsquo;ad\u00e9nylyl cyclase, provoquant une \u00e9l\u00e9vation de l&rsquo;AMPc intracellulaire et l&rsquo;activation cons\u00e9cutive de la prot\u00e9ine kinase A (PKA). Cette kinase phosphoryle le facteur de transcription CREB (<em>cAMP Response Element-Binding Protein<\/em>) sur son r\u00e9sidu s\u00e9rine 133, induisant directement la transcription du g\u00e8ne codant le BDNF.<\/p>\n<p>Une fois lib\u00e9r\u00e9 dans le microenvironnement de la zone sous-granulaire, le BDNF homodim\u00e9rique se lie au r\u00e9cepteur membranaire TrkB situ\u00e9 sur les cellules prog\u00e9nitrices neurales et les cellules granulaires immatures. Cette liaison d\u00e9clenche une trans-autophosphorylation des r\u00e9sidus tyrosine du domaine intracellulaire de TrkB, activant de fa\u00e7on concomitante deux cascades majeures de signalisation :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La voie MAPK\/ERK (Mitogen-Activated Protein Kinase) :<\/strong> Essentielle pour la prolif\u00e9ration et la diff\u00e9renciation initiale des neuroblastes.<\/li>\n<li><strong>La voie PI3K\/Akt :<\/strong> Un r\u00e9gulateur puissant de la survie cellulaire qui inhibe la prot\u00e9ine pro-apoptotique Bad et phosphoryle la glycog\u00e8ne synthase kinase 3 b\u00eata (GSK-3\u03b2), emp\u00eachant l&rsquo;\u00e9limination pr\u00e9matur\u00e9e des jeunes neurones.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Pour d\u00e9montrer l&rsquo;interaction causale entre le BDNF et la neurogen\u00e8se sous antid\u00e9presseurs, des exp\u00e9riences men\u00e9es sur des souris h\u00e9t\u00e9rozygotes knock-out pour le BDNF (BDNF+\/-) ou exprimant une mutation ponctuelle dominante n\u00e9gative de TrkB ont \u00e9t\u00e9 conduites. Chez ces animaux, la fluox\u00e9tine s&rsquo;av\u00e8re incapable d&rsquo;augmenter la prolif\u00e9ration granulaire et perd toute efficacit\u00e9 dans les batteries comportementales (notamment le NSF). Le BDNF op\u00e8re ainsi comme un modulateur d&rsquo;acc\u00e8s indispensable, conditionnant la permissivit\u00e9 trophique de la niche neurog\u00e9nique hippocampique.<\/p>\n<h3>9.2 La voie canonique Wnt\/b\u00eata-cat\u00e9nine et les signaux \u00e9pig\u00e9n\u00e9tiques<\/h3>\n<p>Outre l&rsquo;axe BDNF-TrkB, les investigations contemporaines ont mis au jour le r\u00f4le fondamental de la voie canonique Wnt\/\u03b2-cat\u00e9nine dans le dialogue mol\u00e9culaire r\u00e9gissant la niche sous-granulaire. Dans cette niche, les cellules souches neurales ne r\u00e9sident pas de fa\u00e7on isol\u00e9e ; elles sont entour\u00e9es d&rsquo;un stroma nourricier compos\u00e9 de cellules endoth\u00e9liales vasculaires et surtout d&rsquo;astrocytes hautement sp\u00e9cialis\u00e9s.<\/p>\n<p>Sous l&rsquo;influence d&rsquo;un traitement antid\u00e9presseur chronique, les astrocytes hippocampiques s\u00e9cr\u00e8tent une panoplie de ligands morphog\u00e9n\u00e9tiques de la famille Wnt (particuli\u00e8rement Wnt3). La liaison de Wnt \u00e0 son complexe r\u00e9cepteur Frizzled\/LRP6 sur le prog\u00e9niteur neural inhibe le complexe de d\u00e9gradation multiprot\u00e9ique constitu\u00e9 par l&rsquo;axine, APC et la GSK-3\u03b2. Stabilis\u00e9e dans le cytoplasme, la \u03b2-cat\u00e9nine \u00e9chappe \u00e0 l&rsquo;ubiquitination et migre dans le noyau cellulaire, o\u00f9 elle s&rsquo;associe aux facteurs de transcription de la famille TCF\/LEF pour induire la transcription de g\u00e8nes pro-neurog\u00e9niques majeurs tels que <em>NeuroD1<\/em> et <em>Prox1<\/em>, deux r\u00e9gulateurs transcriptionnels cruciaux pour l&rsquo;engagement dans la lign\u00e9e de cellules granulaires.<\/p>\n<p>Simultan\u00e9ment, ces voies de transduction convergent vers le remodelage du paysage \u00e9pig\u00e9n\u00e9tique des cellules de la ZSG :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;ac\u00e9tylation des histones :<\/strong> L&rsquo;administration chronique d&rsquo;antid\u00e9presseurs augmente les niveaux d&rsquo;ac\u00e9tylation de l&rsquo;histone H3 et H4 au niveau des promoteurs des g\u00e8nes neurotrophiques, sous l&rsquo;effet d&rsquo;une diminution de l&rsquo;activit\u00e9 des histones d\u00e9sac\u00e9tylases (HDAC). Ce rel\u00e2chement de la chromatine permet l&rsquo;accessibilit\u00e9 permanente des machineries transcriptionnelles.<\/li>\n<li><strong>La r\u00e9gulation par les micro-ARN :<\/strong> Des micro-ARN non codants, tels que le miR-124 et le miR-137, sont transcrits de mani\u00e8re diff\u00e9rentielle sous l&rsquo;influence des ISRS, orchestrant une bascule entre l&rsquo;\u00e9tat de cellule souche prolif\u00e9rative et l&rsquo;arr\u00eat mitotique requis pour la maturation axonale et dendritique.<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;ensemble de ces cascades biochimiques confirme que la stimulation de la neurogen\u00e8se adulte par les antid\u00e9presseurs n&rsquo;est pas un \u00e9v\u00e9nement al\u00e9atoire, mais le r\u00e9sultat d&rsquo;une reprogrammation transcriptionnelle et \u00e9pig\u00e9n\u00e9tique concert\u00e9e au sein de la niche neurog\u00e9nique.<\/p>\n<h2>10. Controverses scientifiques, d\u00e9bats m\u00e9thodologiques et r\u00e9plications<\/h2>\n<h3>10.1 Les divergences selon les souches animales et les protocoles de stress<\/h3>\n<p>L&rsquo;accueil retentissant des travaux de Santarelli et al. (2003) a in\u00e9vitablement suscit\u00e9 des d\u00e9bats vigoureux et stimul\u00e9 de nombreuses tentatives de r\u00e9plication \u00e0 travers le monde. Tr\u00e8s rapidement, des laboratoires ind\u00e9pendants ont signal\u00e9 des divergences exp\u00e9rimentales, mettant en exergue le r\u00f4le critique du fond g\u00e9n\u00e9tique des animaux de laboratoire.<\/p>\n<p>Il est apparu que la d\u00e9pendance comportementale stricte envers la neurogen\u00e8se varie de mani\u00e8re sensible selon la souche murine utilis\u00e9e. Chez les souris de la souche 129\/SvEv (utilis\u00e9es dans l&rsquo;\u00e9tude princeps de Hen) ou les souris Balb\/c \u2014 caract\u00e9ris\u00e9es par une anxi\u00e9t\u00e9 basale tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9e et une grande vuln\u00e9rabilit\u00e9 au stress \u2014, le lien de causalit\u00e9 entre neurogen\u00e8se et r\u00e9ponse aux antid\u00e9presseurs dans le NSF s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9 particuli\u00e8rement robuste et reproductible. En revanche, chez les souris de la souche C57BL\/6, r\u00e9put\u00e9es plus r\u00e9silientes sur le plan \u00e9motionnel et dot\u00e9es d&rsquo;un taux basal de neurogen\u00e8se naturellement sup\u00e9rieur, certaines \u00e9tudes (notamment celles de David Holtzman et de David Cowen) ont rapport\u00e9 que les antid\u00e9presseurs pouvaient parfois exercer des effets anxiolytiques r\u00e9siduels dans le test NSF m\u00eame apr\u00e8s ablation par rayons X ou par des agents antimitotiques.<\/p>\n<p>Face \u00e0 ces donn\u00e9es contradictoires, Ren\u00e9 Hen et son \u00e9quipe ont r\u00e9pondu en conduisant des \u00e9tudes syst\u00e9matiques de comparaison. Ils ont d\u00e9montr\u00e9 que l&rsquo;exigence absolue de nouveaux neurones n&rsquo;est pas une v\u00e9rit\u00e9 dogmatique ind\u00e9pendante de l&rsquo;environnement : elle se r\u00e9v\u00e8le de mani\u00e8re pr\u00e9pond\u00e9rante lorsque les animaux sont soumis au pr\u00e9alable \u00e0 un \u00e9tat de stress chronique s\u00e9v\u00e8re (CUMS). Dans un \u00e9tat physiologique basal non stress\u00e9, un traitement antid\u00e9presseur peut parfois mobiliser d&rsquo;autres formes de plasticit\u00e9 synaptique corticale rapide pour modifier temporairement le comportement. Cependant, dans un cerveau dont l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 architecturale a \u00e9t\u00e9 lamin\u00e9e par le stress chronique, l&rsquo;int\u00e9gration de nouveaux neurones devient le levier indispensable sans lequel aucune restauration fonctionnelle p\u00e9renne n&rsquo;est permise.<\/p>\n<h3>10.2 Le grand d\u00e9bat sur l&rsquo;existence de la neurogen\u00e8se adulte chez l&rsquo;\u00eatre humain<\/h3>\n<p>Alors que la neurogen\u00e8se adulte chez les rongeurs, les oiseaux et les primates non humains faisait consensus, une controverse spectaculaire a secou\u00e9 la communaut\u00e9 scientifique internationale en 2018 avec la parution d&rsquo;un article retentissant dans la revue <em>Nature<\/em> par l&rsquo;\u00e9quipe d&rsquo;Arturo Alvarez-Buylla (<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/nature25975\">Sorrells et al., 2018<\/a>). En analysant des \u00e9chantillons post-mortem de cerveaux humains de f\u0153tus, d&rsquo;enfants et d&rsquo;adultes, ces chercheurs ont conclu que le taux de neurogen\u00e8se dans le gyrus dent\u00e9 humain chute de fa\u00e7on vertigineuse apr\u00e8s la petite enfance pour devenir ind\u00e9tectable ou extr\u00eamement rare \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte.<\/p>\n<p>Cette publication a d\u00e9clench\u00e9 une onde de choc, mena\u00e7ant de rel\u00e9guer des d\u00e9cennies de recherche fondamentale men\u00e9es chez le rongeur \u2014 y compris les travaux pionniers de Ren\u00e9 Hen \u2014 au rang de simple curiosit\u00e9 biologique non transposable \u00e0 notre esp\u00e8ce. Toutefois, la riposte scientifique a \u00e9t\u00e9 imm\u00e9diate et m\u00e9thodologiquement \u00e9crasante. Moins d&rsquo;un mois plus tard, la revue <em>Cell Stem Cell<\/em> publiait les r\u00e9sultats de l&rsquo;\u00e9quipe de <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.cell.com\/cell-stem-cell\/fulltext\/S1934-5909(18)30121-8\">Maura Boldrini et Ren\u00e9 Hen (Boldrini et al., 2018)<\/a>, d\u00e9montrant au contraire sans ambigu\u00eft\u00e9 la persistance d&rsquo;une neurogen\u00e8se robuste et continue tout au long de la vie adulte chez l&rsquo;\u00eatre humain, y compris chez des individus \u00e2g\u00e9s de plus de 70 ans.<\/p>\n<p>Ces divergences ont trouv\u00e9 leur explication dans des disparit\u00e9s m\u00e9thodologiques rigoureusement identifi\u00e9es :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le d\u00e9lai d&rsquo;autopsie (post-mortem interval &#8211; PMI) :<\/strong> Les prot\u00e9ines neuronales immatures comme la doublecortine (DCX) subissent une d\u00e9gradation prot\u00e9olytique enzymatique extr\u00eamement rapide dans les heures suivant le d\u00e9c\u00e8s. L&rsquo;\u00e9tude de Sorrells et al. incluait des tissus pr\u00e9sentant des d\u00e9lais post-mortem longs, parfois sup\u00e9rieurs \u00e0 48 heures.<\/li>\n<li><strong>Les protocoles de fixation tissulaire :<\/strong> L&rsquo;immersion prolong\u00e9e dans le paraformald\u00e9hyde masque les \u00e9pitopes antig\u00e9niques, emp\u00eachant leur liaison par les anticorps standard sans une \u00e9tape drastique et standardis\u00e9e de d\u00e9masquage thermique des antig\u00e8nes.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Des \u00e9tudes ult\u00e9rieures, notamment celles men\u00e9es par l&rsquo;\u00e9quipe de Maria Llorens-Mart\u00edn en Espagne (<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/s41591-019-0377-0\">Moreno-Jim\u00e9nez et al., 2019<\/a>), utilisant des tissus humains cryopr\u00e9serv\u00e9s avec un contr\u00f4le qualitatif rigoureux, ont d\u00e9finitivement confirm\u00e9 la pr\u00e9sence de dizaines de milliers de neurones immatures DCX-positifs dans le gyrus dent\u00e9 d&rsquo;adultes sains, tout en montrant une r\u00e9duction dramatique de ce r\u00e9servoir chez les patients atteints de la maladie d&rsquo;Alzheimer ou de troubles psychiatriques majeurs non trait\u00e9s. Le mod\u00e8le translationnel de Ren\u00e9 Hen en est sorti pleinement r\u00e9habilit\u00e9 et consolid\u00e9.<\/p>\n<h3>10.3 Neurogen\u00e8se requise versus plasticit\u00e9 synaptique globale<\/h3>\n<p>L&rsquo;autre axe de d\u00e9bat \u00e9pist\u00e9mologique a port\u00e9 sur la place relative de la neurogen\u00e8se par rapport aux autres composantes de la neuroplasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale. Aucun scientifique n&rsquo;envisage que la neurogen\u00e8se soit l&rsquo;unique m\u00e9canisme r\u00e9gissant l&rsquo;humeur humaine ; l&rsquo;enc\u00e9phale est un organe \u00e9minemment int\u00e9gr\u00e9 o\u00f9 de multiples \u00e9chelles de plasticit\u00e9 coexistent et s&rsquo;entrecroisent.<\/p>\n<p>Des chercheurs renomm\u00e9s, comme Ronald Duman ou Eero Castr\u00e9n, ont document\u00e9 les effets des antid\u00e9presseurs sur le remodelage des arbres dendritiques et la synaptogen\u00e8se dans le cortex pr\u00e9frontal m\u00e9dial et l&rsquo;hippocampe chez des neurones matures d\u00e9j\u00e0 \u00e9tablis, sans division cellulaire. Les antid\u00e9presseurs induisent une repousse rapide des \u00e9pines synaptiques de type \u00ab champignon \u00bb (<em>mushroom spines<\/em>) par l&rsquo;interm\u00e9diaire de la phosphorylation de TrkB et de l&rsquo;activation locale de la machinerie ribosomique synaptique. Les modifications morphologiques de ces neurones matures surviennent parfois dans des d\u00e9lais plus courts que ceux n\u00e9cessaires \u00e0 la maturation compl\u00e8te d&rsquo;un n\u00e9oneurone.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, le consensus scientifique contemporain s&rsquo;est r\u00e9align\u00e9 autour d&rsquo;une \u00ab th\u00e9orie int\u00e9gr\u00e9e de la neuroplasticit\u00e9 de r\u00e9seau \u00bb :<\/p>\n<ul>\n<li>La plasticit\u00e9 synaptique des circuits pr\u00e9existants assure les adaptations comportementales pr\u00e9coces et pr\u00e9pare le r\u00e9seau limbique.<\/li>\n<li>La neurogen\u00e8se adulte hippocampique agit comme une condition biologique <em>sine qua non<\/em> pour la stabilisation, la consolidation \u00e0 long terme et la p\u00e9rennisation de la r\u00e9mission \u00e9motionnelle, particuli\u00e8rement en ce qui concerne la d\u00e9sensibilisation au stress chronique et la flexibilit\u00e9 mn\u00e9sique contextuelle.<\/li>\n<\/ul>\n<p>La neurogen\u00e8se n&rsquo;exclut donc pas les autres formes de plasticit\u00e9 ; elle en constitue le socle structural et l&rsquo;ancrage d\u00e9finitif au sein de l&rsquo;hippocampe ventral.<\/p>\n<h2>11. Retomb\u00e9es translationnelles et d\u00e9veloppement de nouvelles th\u00e9rapeutiques<\/h2>\n<h3>11.1 Ciblage direct des voies pro-neurog\u00e9niques sans m\u00e9diation monoaminergique<\/h3>\n<p>La d\u00e9couverte de Ren\u00e9 Hen a imm\u00e9diatement red\u00e9fini les feuilles de route de l&rsquo;industrie pharmaceutique et des laboratoires de recherche acad\u00e9mique. Si la neurogen\u00e8se hippocampique constitue le pivot m\u00e9canique de la r\u00e9mission thymique, il devenait rationnel de contourner l&rsquo;interm\u00e9diaire monoaminergique classique pour concevoir des mol\u00e9cules capables de stimuler <em>directement<\/em> la prolif\u00e9ration et la diff\u00e9renciation des prog\u00e9niteurs neuraux, dans l&rsquo;espoir de s&rsquo;affranchir des effets secondaires s\u00e9rotoninergiques p\u00e9riph\u00e9riques (dysfonctions sexuelles, troubles gastro-intestinaux) et de r\u00e9duire la latence th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<p>Cette orientation a conduit \u00e0 des campagnes de criblage \u00e0 haut d\u00e9bit de banques chimiques pour identifier des agents pro-neurog\u00e9niques purs. Parmi les compos\u00e9s embl\u00e9matiques issus de cette dynamique figure le NSI-189, une mol\u00e9cule synth\u00e9tique d\u00e9riv\u00e9e de la benzylpip\u00e9razine d\u00e9velopp\u00e9e par Neuralstem. Dans les mod\u00e8les pr\u00e9cliniques, le NSI-189 stimule massivement la neurogen\u00e8se hippocampique <em>in vitro<\/em> et <em>in vivo<\/em> sans exercer aucune affinit\u00e9 pour les transporteurs de monoamines (SERT, NET ou DAT). \u00c9valu\u00e9 dans des essais cliniques de phase Ib et II chez des patients atteints de trouble d\u00e9pressif caract\u00e9ris\u00e9, le NSI-189 a montr\u00e9 des signaux prometteurs d&rsquo;efficacit\u00e9 clinique et cognitive, accompagn\u00e9s d&rsquo;une augmentation mesurable du volume hippocampique par IRM structurale, bien que son d\u00e9veloppement ult\u00e9rieur ait rencontr\u00e9 des d\u00e9fis d&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 statistique.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres voies pharmacologiques ciblent directement les acteurs mol\u00e9culaires de la niche :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Les agonistes non peptidiques de TrkB :<\/strong> Tels que le 7,8-dihydroxyflavone (7,8-DHF), capables de franchir la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique et de mimer l&rsquo;action neurotrophique du BDNF.<\/li>\n<li><strong>Les inhibiteurs de la GSK-3\u03b2 :<\/strong> Favorisant la translocation de la \u03b2-cat\u00e9nine et la prolif\u00e9ration des prog\u00e9niteurs.<\/li>\n<li><strong>Les mol\u00e9cules modulatrices de la niche vasculaire :<\/strong> Stimulant la s\u00e9cr\u00e9tion de VEGF (facteur de croissance de l&rsquo;endoth\u00e9lium vasculaire), qui favorise la formation coordonn\u00e9e de micro-vaisseaux et de cellules neurales.<\/li>\n<\/ul>\n<p>N\u00e9anmoins, cette pharmacologie de nouvelle g\u00e9n\u00e9ration se heurte \u00e0 un imp\u00e9ratif de s\u00e9curit\u00e9 oncologique absolu : une stimulation mitotique non cibl\u00e9e dans l&rsquo;organisme pr\u00e9sente un risque th\u00e9orique d&rsquo;instabilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique ou de prolif\u00e9ration n\u00e9oplasique, imposant un ciblage anatomique extr\u00eamement s\u00e9lectif de la niche sous-granulaire.<\/p>\n<h3>11.2 La k\u00e9tamine et les antid\u00e9presseurs \u00e0 action rapide face au mod\u00e8le de Hen<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9mergence spectaculaire au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie de la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/books\/NBK470357\/\">k\u00e9tamine<\/a> \u2014 un antagoniste des r\u00e9cepteurs glutamatergiques NMDA \u2014 et de son \u00e9nantiom\u00e8re l&rsquo;esk\u00e9tamine a suscit\u00e9 une refonte majeure de la pharmacologie psychiatrique. Capable d&rsquo;induire une r\u00e9mission clinique compl\u00e8te et une extinction des id\u00e9ations suicidaires en l&rsquo;espace de deux \u00e0 quatre heures seulement apr\u00e8s une perfusion sub-anesth\u00e9sique, la k\u00e9tamine a sembl\u00e9, de prime abord, contredire frontalement le mod\u00e8le de Hen : comment une gu\u00e9rison thymique peut-elle survenir en quelques heures s&rsquo;il faut des semaines pour g\u00e9n\u00e9rer un neurone mature ?<\/p>\n<p>Les investigations men\u00e9es pour r\u00e9soudre cette apparente contradiction ont permis de clarifier la temporalit\u00e9 respective des m\u00e9canismes cellulaires. L&rsquo;effet antid\u00e9presseur <em>aigu<\/em> de la k\u00e9tamine est rigoureusement ind\u00e9pendant de la division cellulaire mitotique de la zone sous-granulaire. Il repose sur un \u00ab sursaut glutamatergique \u00bb (<em>glutamate burst<\/em>) qui d\u00e9clenche une activation explosive de la voie de signalisation mTORC1 (<em>mammalian Target of Rapamycin Complex 1<\/em>) et une lib\u00e9ration imm\u00e9diate de BDNF au niveau des \u00e9pines synaptiques corticales, provoquant une synaptogen\u00e8se ultra-rapide en moins de 24 heures.<\/p>\n<p>Cependant, la suite de l&rsquo;histoire neurobiologique r\u00e9concilie magnifiquement les deux mod\u00e8les :<\/p>\n<ul>\n<li>L&rsquo;effet synaptique aigu d&rsquo;une perfusion unique de k\u00e9tamine est temporaire : chez la plupart des patients, les sympt\u00f4mes d\u00e9pressifs r\u00e9apparaissent au bout de 7 \u00e0 12 jours si le traitement n&rsquo;est pas renouvel\u00e9.<\/li>\n<li>Les travaux r\u00e9cents d\u00e9montrent que les perfusions r\u00e9p\u00e9t\u00e9es de k\u00e9tamine induisent, dans un second temps, une stimulation robuste et durable de la neurogen\u00e8se hippocampique par l&rsquo;interm\u00e9diaire de la cascade BDNF-TrkB et de l&rsquo;inhibition du r\u00e9cepteur NMDA sur les interneurones GABAergiques.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ainsi, la neurogen\u00e8se adulte n&rsquo;est pas requise pour l&rsquo;\u00e9tincelle th\u00e9rapeutique initiale ultrarapide de la k\u00e9tamine, mais elle r\u00e9\u00e9merge comme un garant indispensable de la p\u00e9rennisation et de la stabilisation \u00e0 long terme de la r\u00e9mission \u00e9motionnelle, formant une synergie s\u00e9quentielle parfaite entre synaptogen\u00e8se aigu\u00eb et neurogen\u00e8se chronique.<\/p>\n<h3>11.3 Interventions non pharmacologiques stimulant la neurogen\u00e8se<\/h3>\n<p>L&rsquo;h\u00e9ritage exp\u00e9rimental de Ren\u00e9 Hen ne s&rsquo;est pas circonscrit au seul champ de la pharmacoth\u00e9rapie mol\u00e9culaire. Ses d\u00e9couvertes ont fourni une grille de lecture m\u00e9canistique in\u00e9dite permettant de comprendre l&rsquo;efficacit\u00e9 remarquable d&rsquo;approches th\u00e9rapeutiques non pharmacologiques et comportementales longtemps qualifi\u00e9es d&#8217;empiriques.<\/p>\n<p>Parmi ces interventions, l&rsquo;exercice physique a\u00e9robie volontaire s&rsquo;impose comme l&rsquo;inducteur physiologique le plus puissant de la neurogen\u00e8se adulte chez les mammif\u00e8res. Des \u00e9tudes pionni\u00e8res men\u00e9es par Henriette van Praag et Fred Gage ont montr\u00e9 que des rongeurs ayant un acc\u00e8s libre \u00e0 une roue d&rsquo;exercice doublent, voire triplent leur taux de prolif\u00e9ration cellulaire dans la zone sous-granulaire. L&rsquo;effort physique stimule la production h\u00e9patique d&rsquo;IGF-1 (<em>Insulin-like Growth Factor 1<\/em>), la s\u00e9cr\u00e9tion musculaire de myokines (notamment l&rsquo;irisine qui active le BDNF c\u00e9r\u00e9bral) et la lib\u00e9ration d&rsquo;acide b\u00eata-hydroxybutyrate, induisant une vasodilatation et une expansion de la niche neurog\u00e9nique. Chez l&rsquo;\u00eatre humain, des essais cliniques randomis\u00e9s coupl\u00e9s \u00e0 l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique ont confirm\u00e9 que l&rsquo;exercice physique a\u00e9robie r\u00e9gulier augmente le volume du gyrus dent\u00e9 de 2 % sur un an et pr\u00e9vient le d\u00e9clin de l&rsquo;humeur.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres leviers environnementaux exercent une action synergique d\u00e9montr\u00e9e :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;enrichissement environnemental et la th\u00e9rapie cognitive :<\/strong> Si l&rsquo;exercice physique stimule principalement la prolif\u00e9ration mitotique, l&rsquo;exposition \u00e0 un environnement sensoriel complexe, l&rsquo;apprentissage de t\u00e2ches cognitives nouvelles et les th\u00e9rapies comportementales favorisent s\u00e9lectivement la <em>survie<\/em> et l&rsquo;int\u00e9gration synaptique \u00e0 long terme des neurones nouvellement g\u00e9n\u00e9r\u00e9s.<\/li>\n<li><strong>La r\u00e9gulation m\u00e9tabolique et le je\u00fbne intermittent :<\/strong> La restriction calorique mod\u00e9r\u00e9e active les sirtuines (SIRT1) et le BDNF, cr\u00e9ant un environnement protecteur contre l&rsquo;inflammation syst\u00e9mique et prot\u00e9geant les prog\u00e9niteurs de la s\u00e9nescence cellulaire pr\u00e9matur\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;axe microbiote-intestin-cerveau :<\/strong> Les m\u00e9tabolites bact\u00e9riens, tels que les acides gras \u00e0 cha\u00eene courte (ac\u00e9tate, butyrate), traversent la barri\u00e8re intestinale et modulent l&rsquo;\u00e9tat inflammatoire de la microglie hippocampique, r\u00e9gulant indirectement la viabilit\u00e9 des prog\u00e9niteurs de la ZSG.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces d\u00e9couvertes ont valid\u00e9 scientifiquement le mod\u00e8le biopsychosocial en psychiatrie : les psychoth\u00e9rapies structur\u00e9es, la r\u00e9adaptation physique et la pharmacologie antid\u00e9pressive ne s&rsquo;opposent pas, mais convergent biologiquement vers le m\u00eame effecteur structural : la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration des circuits du gyrus dent\u00e9.<\/p>\n<h2>12. Bilan \u00e9pist\u00e9mologique et port\u00e9e th\u00e9orique des d\u00e9couvertes de Ren\u00e9 Hen<\/h2>\n<h3>12.1 Transformation du regard psychiatrique sur les troubles de l&rsquo;humeur<\/h3>\n<p>L&rsquo;exp\u00e9rience historique men\u00e9e par Ren\u00e9 Hen et Luca Santarelli en 2003 a exerc\u00e9 un impact \u00e9pist\u00e9mologique comparable \u00e0 l&rsquo;av\u00e8nement des neurosciences de r\u00e9seaux. Elle a d\u00e9finitivement lib\u00e9r\u00e9 la psychiatrie biologique du carcan du mod\u00e8le du \u00ab d\u00e9s\u00e9quilibre chimique ponctuel \u00bb, une vulgarisation pharmacologique devenue un obstacle \u00e0 la compr\u00e9hension de la complexit\u00e9 mentale.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 cette d\u00e9monstration de causalit\u00e9 physique et g\u00e9n\u00e9tique, la d\u00e9pression majeure a \u00e9t\u00e9 reconceptualis\u00e9e non plus comme un manque d&rsquo;un neurom\u00e9diateur donn\u00e9 dans une synapse isol\u00e9e, mais comme une \u00ab pathologie de la plasticit\u00e9 neurale et de la connectivit\u00e9 des r\u00e9seaux limbiques \u00bb (<em>network plasticity disorder<\/em>). Dans cette optique, l&rsquo;\u00e9tat d\u00e9pressif traduit un enkystement fonctionnel du cerveau, une incapacit\u00e9 biologique \u00e0 remodeler ses connexions synaptiques pour faire face aux exigences changeantes de l&rsquo;environnement affectif et social.<\/p>\n<p>Sur le plan social et m\u00e9dical, ces travaux ont puissamment contribu\u00e9 \u00e0 la d\u00e9-stigmatisation des troubles psychiatriques. D\u00e9montrer de mani\u00e8re tangible, photographies confocales et courbes st\u00e9r\u00e9ologiques \u00e0 l&rsquo;appui, que la souffrance d\u00e9pressive s&rsquo;accompagne d&rsquo;une atrophie cellulaire r\u00e9elle dans l&rsquo;hippocampe, et que la r\u00e9mission clinique n\u00e9cessite la reconstitution physique d&rsquo;un tissu neuronal neuf, a conf\u00e9r\u00e9 \u00e0 la psychiatrie une assise cytologique et anatomique irr\u00e9futable. La maladie mentale a cess\u00e9 d&rsquo;\u00eatre per\u00e7ue comme une simple d\u00e9faillance morale ou un trouble psychologique immat\u00e9riel pour s&rsquo;affirmer comme une pathologie biologique dynamique, accessible \u00e0 la r\u00e9paration tissulaire et \u00e0 la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration cellulaire.<\/p>\n<h3>12.2 H\u00e9ritage durable et orientations futures des recherches de Ren\u00e9 Hen<\/h3>\n<p>Plus de deux d\u00e9cennies apr\u00e8s la publication princeps de 2003, l&rsquo;influence des travaux du laboratoire de Ren\u00e9 Hen demeure omnipr\u00e9sente dans les laboratoires de neurosciences du monde entier. Son \u00e9quipe \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Columbia continue de repousser les fronti\u00e8res technologiques en d\u00e9ployant d\u00e9sormais des outils d&rsquo;optog\u00e9n\u00e9tique, de chimiog\u00e9n\u00e9tique (DREADDs) et d&rsquo;imagerie calcique biphotonique sur des animaux vigiles et libres de leurs mouvements.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;implantation de micro-lentilles \u00e0 gradient d&rsquo;indice (GRIN) directement coupl\u00e9es \u00e0 des capteurs calciques (GCaMP) exprim\u00e9s exclusivement dans les neurones n\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte, Ren\u00e9 Hen et ses collaborateurs enregistrent aujourd&rsquo;hui en direct et en temps r\u00e9el le d\u00e9chargement de ces cellules lorsque l&rsquo;animal navigue dans des ar\u00e8nes d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 ou r\u00e9sout des t\u00e2ches de discrimination de m\u00e9moire. Ces donn\u00e9es r\u00e9v\u00e8lent avec une r\u00e9solution sans pr\u00e9c\u00e9dent comment ces cellules s&rsquo;activent pour r\u00e9primer des ensembles neuronaux pr\u00e9cis codant des souvenirs traumatiques dans l&rsquo;hippocampe ventral et l&rsquo;amygdale basolat\u00e9rale.<\/p>\n<p>Par ailleurs, les retomb\u00e9es de cette exp\u00e9rience princeps d\u00e9bordent largement le cadre de la seule d\u00e9pression de l&rsquo;adulte jeune :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le vieillissement c\u00e9r\u00e9bral pathologique :<\/strong> L&rsquo;\u00e9tude du tarissement de la niche sous-granulaire ouvre des pistes cruciales pour contrer le d\u00e9clin cognitif li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge et les stades pr\u00e9coces des maladies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives, particuli\u00e8rement la maladie d&rsquo;Alzheimer.<\/li>\n<li><strong>Le trouble de stress post-traumatique (ESPT) :<\/strong> La manipulation cibl\u00e9e de la neurogen\u00e8se est aujourd&rsquo;hui explor\u00e9e pour faciliter l&rsquo;extinction des souvenirs traumatiques ind\u00e9l\u00e9biles et pr\u00e9venir la r\u00e9surgence des flash-backs d&rsquo;effroi.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;addiction et les troubles de l&rsquo;usage des substances :<\/strong> Les m\u00e9canismes de neurogen\u00e8se hippocampique participent \u00e0 la r\u00e9initialisation des circuits de motivation et de r\u00e9compense d\u00e9tourn\u00e9s par la prise chronique de drogues d&rsquo;abus.<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;exp\u00e9rience de Ren\u00e9 Hen et Luca Santarelli de 2003 s&rsquo;affirme ainsi comme l&rsquo;un des classiques les plus f\u00e9conds de l&rsquo;histoire de la neurobiologie contemporaine : une d\u00e9monstration magistrale o\u00f9 l&rsquo;\u00e9l\u00e9gance du raisonnement exp\u00e9rimental a permis d&rsquo;\u00e9clairer l&rsquo;un des myst\u00e8res les plus intimes du cerveau humain \u2014 sa capacit\u00e9 permanente \u00e0 se reconstruire pour restaurer l&rsquo;\u00e9quilibre de l&rsquo;esprit.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Altman, J., &#038; Das, G. D. (1965). Autoradiographic and histological evidence of postnatal hippocampal neurogenesis in rats. <em>Journal of Comparative Neurology<\/em>, 124(3), 319\u2013335. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1002\/cne.901240303\">https:\/\/doi.org\/10.1002\/cne.901240303<\/a><\/li>\n<li>Boldrini, M., Fulmore, C. A., Tartt, A. N., Simeonova, L. N., Pavlova, M. N., Poposka, V., Rosoklija, G. B., Stankov, A., Arango, V., Dwork, A. J., Hen, R., &#038; Mann, J. J. (2018). Human hippocampal neurogenesis persists throughout aging. <em>Cell Stem Cell<\/em>, 22(4), 589\u2013599. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.stem.2018.03.015\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.stem.2018.03.015<\/a><\/li>\n<li>Duman, R. S., Malberg, J., Nakagawa, S., &#038; D&rsquo;Sa, C. (2000). Neuronal plasticity and survival in mood disorders. <em>Biological Psychiatry<\/em>, 48(8), 732\u2013739. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/s0006-3223(00)00935-5\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/s0006-3223(00)00935-5<\/a><\/li>\n<li>Eriksson, P. S., Perfilieva, E., Bj\u00f6rk-Eriksson, T., Alborn, A. M., Nordborg, C., Peterson, D. A., &#038; Gage, F. H. (1998). Neurogenesis in the adult human hippocampus. <em>Nature Medicine<\/em>, 4(11), 1313\u20131317. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/3305\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/3305<\/a><\/li>\n<li>Kaplan, M. S., &#038; Hinds, J. W. (1977). Neurogenesis in the adult rat: Electron microscopic analysis of light radioautographs. <em>Science<\/em>, 197(4308), 1092\u20131094. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.887941\">https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.887941<\/a><\/li>\n<li>Moreno-Jim\u00e9nez, E. P., Flor-Garc\u00eda, M., Terreros-Roncal, J., R\u00e1bano, A., Cafini, F., Pallas-Bazarra, N., \u00c1vila, J., &#038; Llorens-Mart\u00edn, M. (2019). Adult hippocampal neurogenesis is abundant in neurologically healthy subjects and drops sharply in patients with Alzheimer&rsquo;s disease. <em>Nature Medicine<\/em>, 25(4), 554\u2013560. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/s41591-019-0377-0\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/s41591-019-0377-0<\/a><\/li>\n<li>Sahay, A., Scobie, K. N., Hill, A. S., O&rsquo;Carroll, C. M., Kheirbek, M. A., Burghardt, N. S., Fenton, A. A., Dranovsky, A., &#038; Hen, R. (2011). Increasing adult hippocampal neurogenesis is sufficient to improve pattern separation. <em>Nature<\/em>, 472(7344), 466\u2013470. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/nature10287\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/nature10287<\/a><\/li>\n<li>Santarelli, L., Saxe, M., Gross, C., Surget, A., Battaglia, F., Dulawa, S., Weisstaub, N., Lee, J., Duman, R., Arancio, O., Belzung, C., &#038; Hen, R. (2003). Requirement of hippocampal neurogenesis for the behavioral effects of antidepressants. <em>Science<\/em>, 301(5634), 805\u2013809. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.1083328\">https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.1083328<\/a><\/li>\n<li>Schildkraut, J. J. (1965). The catecholamine hypothesis of affective disorders: A review of supporting evidence. <em>American Journal of Psychiatry<\/em>, 122(5), 509\u2013522. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1176\/ajp.122.5.509\">https:\/\/doi.org\/10.1176\/ajp.122.5.509<\/a><\/li>\n<li>Sorrells, S. F., Paredes, M. F., Cebrian-Silla, A., Sandoval, K., Qi, D., Kelley, K. W., James, D., Mayer, S., Chang, J., Auguste, K. I., Chang, E. F., Guti\u00e9rrez, A. J., Kriegstein, A. R., Mathern, G. W., Oldham, M. C., Huang, E. J., Garcia-Verdugo, J. M., Yang, Z., &#038; Alvarez-Buylla, A. (2018). Human hippocampal neurogenesis drops sharply in children to undetectable levels in adults. <em>Nature<\/em>, 555(7696), 377\u2013381. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/nature25975\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/nature25975<\/a><\/li>\n<li>van Praag, H., Christie, B. R., Sejnowski, T. J., &#038; Gage, F. H. (1999). Running enhances neurogenesis, learning, and long-term potentiation in mice. <em>Proceedings of the National Academy of Sciences<\/em>, 96(23), 13427\u201313431. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1073\/pnas.96.23.13427\">https:\/\/doi.org\/10.1073\/pnas.96.23.13427<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Analyse acad\u00e9mique approfondie de l&rsquo;exp\u00e9rience s\u00e9minale de Ren\u00e9 Hen reliant neurogen\u00e8se hippocampique adulte et efficacit\u00e9 th\u00e9rapeutique des antid\u00e9presseurs.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","template":"","categories":[459,6890],"tags":[6897,6522,4698,6521,6896],"class_list":["post-4921","psych_experiment","type-psych_experiment","status-publish","hentry","category-neurosciences","category-psychiatrie-biologique","tag-antidepresseurs","tag-gyrus-dente","tag-hippocampe","tag-neurogenese-adulte","tag-rene-hen"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_experiment\/4921","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_experiment"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_experiment"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4921"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_experiment\/4921\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4921"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4921"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4921"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}