{"id":4704,"date":"2026-09-11T12:03:49","date_gmt":"2026-09-11T12:03:49","guid":{"rendered":"http:\/\/french.arabpsychology.com\/experiments\/experience-decouverte-cellules-grille-moser\/"},"modified":"2026-09-11T12:03:49","modified_gmt":"2026-09-11T12:03:49","slug":"experience-decouverte-cellules-grille-moser","status":"publish","type":"psych_experiment","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_experiment=experience-decouverte-cellules-grille-moser","title":{"rendered":"L&rsquo;exp\u00e9rience de d\u00e9couverte des cellules de grille &#8211; May-Britt Moser et Edvard Moser"},"content":{"rendered":"<p>La question de savoir comment les organismes vivants appr\u00e9hendent, repr\u00e9sentent et parcourent l&rsquo;espace physique constitue l&rsquo;une des interrogations les plus profondes et durables de la philosophie naturelle, de la psychologie cognitive et des neurosciences contemporaines. Longtemps cantonn\u00e9e aux sp\u00e9culations m\u00e9taphysiques sur la nature de l&rsquo;espace con\u00e7u comme une intuition pure <em>a priori<\/em> de la sensibilit\u00e9 selon la formule d&rsquo;Emmanuel Kant, la gen\u00e8se d&rsquo;un rep\u00e8re spatial interne a trouv\u00e9, au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies, un ancrage empirique sans pr\u00e9c\u00e9dent au c\u0153ur des microcircuits du t\u00e9lenc\u00e9phale des mammif\u00e8res. L&rsquo;identification d&rsquo;une architecture neuronale d\u00e9di\u00e9e \u00e0 l&rsquo;orientation et \u00e0 la m\u00e9trique de l&rsquo;environnement a boulevers\u00e9 notre compr\u00e9hension des m\u00e9canismes par lesquels le cerveau construit une r\u00e9alit\u00e9 g\u00e9om\u00e9trique manipulable par la cognition.<\/p>\n<p>Au c\u0153ur de cette r\u00e9volution neuroscientifique se trouve l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e intellectuelle et exp\u00e9rimentale men\u00e9e par les neurobiologistes norv\u00e9giens <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nobelprize.org\/prizes\/medicine\/2014\/may-britt-moser\/facts\/\">May-Britt Moser<\/a> et <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nobelprize.org\/prizes\/medicine\/2014\/edvard-moser\/facts\/\">Edvard Moser<\/a>, conjointement avec leurs collaborateurs de l&rsquo;Universit\u00e9 norv\u00e9gienne de sciences et de technologie (NTNU) \u00e0 Trondheim. Leurs travaux ont culmin\u00e9 en 2005 avec la d\u00e9couverte retentissante des <strong>cellules de grille<\/strong> (<em>grid cells<\/em>) dans le cortex entorhinal m\u00e9dial. Cette avanc\u00e9e fondamentale a apport\u00e9 la preuve de l&rsquo;existence d&rsquo;une grille m\u00e9trique universelle, p\u00e9riodique et remarquablement autonome au sein du tissu c\u00e9r\u00e9bral, permettant \u00e0 l&rsquo;animal d&rsquo;\u00e9valuer les distances, de calculer des vecteurs de d\u00e9placement et de cartographier son monde avec une pr\u00e9cision quasi cristallographique.<\/p>\n<p>Cet article propose une exploration exhaustive et rigoureuse de cette d\u00e9couverte historique. En retra\u00e7ant la filiation th\u00e9orique depuis les intuitions fondatrices du b\u00e9haviorisme h\u00e9t\u00e9rodoxe et l&rsquo;identification pionni\u00e8re des cellules de lieu hippocampiques, jusqu&rsquo;aux mod\u00e8les computationnels de r\u00e9seaux d&rsquo;attracteurs continus et aux implications cliniques pour la maladie d&rsquo;Alzheimer, nous analyserons pas \u00e0 pas le protocole exp\u00e9rimental de 2005, la g\u00e9om\u00e9trie fonctionnelle des d\u00e9charges neuronales, ainsi que les bouleversements \u00e9pist\u00e9mologiques suscit\u00e9s par la mise au jour de ce v\u00e9ritable syst\u00e8me de positionnement global biologique.<\/p>\n<h2>1. Introduction historique et fondements th\u00e9oriques de la navigation spatiale<\/h2>\n<h3>1.1 La notion de carte cognitive d&rsquo;Edward Tolman et la psychologie spatiale<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la repr\u00e9sentation spatiale dans les sciences computationnelles et cognitives modernes trouve sa premi\u00e8re formulation empirique rigoureuse dans l&rsquo;article s\u00e9minal d&rsquo;Edward Tolman publi\u00e9 en 1948, intitul\u00e9 <em>Cognitive Maps in Rats and Men<\/em>. \u00c0 une \u00e9poque o\u00f9 la psychologie exp\u00e9rimentale \u00e9tait presque exclusivement domin\u00e9e par le b\u00e9haviorisme radical de John Watson et de B.F. Skinner \u2014 qui r\u00e9duisait l&rsquo;ensemble des conduites animales \u00e0 des cha\u00eenes st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es de stimuli et de r\u00e9ponses motrices conditionn\u00e9es \u2014, Tolman osa postuler l&rsquo;existence d&rsquo;un niveau d&rsquo;organisation interm\u00e9diaire. Ses exp\u00e9riences sur l&rsquo;apprentissage latent et la r\u00e9orientation spontan\u00e9e dans des labyrinthes complexes d\u00e9montr\u00e8rent que les rongeurs n&rsquo;apprenaient pas simplement des s\u00e9quences de virages musculaires (\u00ab tourner \u00e0 droite, puis \u00e0 gauche \u00bb), mais acqu\u00e9raient une vue d&rsquo;ensemble de l&rsquo;agencement structural de l&rsquo;ar\u00e8ne.<\/p>\n<p>Tolman forgea ainsi le concept de <strong>carte cognitive<\/strong> (<em>cognitive map<\/em>), conceptualis\u00e9e comme un mod\u00e8le interne et unifi\u00e9 des relations g\u00e9om\u00e9triques entre les diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments de l&rsquo;environnement physique. Cette repr\u00e9sentation mentale permettait \u00e0 l&rsquo;animal d&#8217;emprunter des raccourcis in\u00e9dits lorsqu&rsquo;une trajectoire famili\u00e8re \u00e9tait obstru\u00e9e, manifestant une flexibilit\u00e9 comportementale incompatible avec les th\u00e9ories m\u00e9canistes de renforcement stimulus-r\u00e9ponse. Cependant, l&rsquo;hypoth\u00e8se de Tolman demeura longtemps une abstraction th\u00e9orique, d\u00e9pourvue de tout ancrage anatomique ou cellulaire pr\u00e9cis. Il manquait \u00e0 cette vision psychologique le substrat biologique capable de supporter les calculs trigonom\u00e9triques, la conversion des signaux sensoriels et la conservation d&rsquo;une m\u00e9trique interne r\u00e9gissant l&rsquo;exploration spatiale.<\/p>\n<h3>1.2 La d\u00e9couverte des cellules de lieu par John O&rsquo;Keefe en 1971<\/h3>\n<p>La mat\u00e9rialisation neurobiologique de l&rsquo;hypoth\u00e8se tolmanienne s&rsquo;est produite plus de deux d\u00e9cennies plus tard, gr\u00e2ce aux travaux fondateurs de <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nobelprize.org\/prizes\/medicine\/2014\/john-okeefe\/facts\/\">John O&rsquo;Keefe<\/a> et de son \u00e9tudiant Jonathan Dostrovsky \u00e0 l&rsquo;University College de Londres (UCL). En utilisant des micro\u00e9lectrodes m\u00e9talliques pour enregistrer l&rsquo;activit\u00e9 unitaire de neurones individuels chez des rats se d\u00e9pla\u00e7ant librement dans une bo\u00eete d&rsquo;exp\u00e9rimentation, O&rsquo;Keefe et Dostrovsky d\u00e9couvrirent dans la formation hippocampique dorsale une classe de cellules pyramidales aux propri\u00e9t\u00e9s in\u00e9dites : les <strong>cellules de lieu<\/strong> (<em>place cells<\/em>).<\/p>\n<p>Chacune de ces cellules, localis\u00e9e principalement dans les sous-champs CA1 et CA3 de l&rsquo;hippocampe, d\u00e9chargeait massivement lorsque l&rsquo;animal se trouvait dans une r\u00e9gion sp\u00e9cifique et restreinte de l&rsquo;espace, appel\u00e9e le \u00ab champ de lieu \u00bb (<em>place field<\/em>), tout en restant virtuellement silencieuse en dehors de cette zone. Dans leur monographie canonique de 1978, <em>The Hippocampus as a Cognitive Map<\/em>, John O&rsquo;Keefe et Lynn Nadel formalis\u00e8rent l&rsquo;id\u00e9e que l&rsquo;hippocampe constituait la structure physique de la carte cognitive th\u00e9oris\u00e9e par Tolman. N\u00e9anmoins, en d\u00e9pit de leur r\u00f4le ind\u00e9niable dans la signalisation d&rsquo;une localisation contextuelle, les cellules de lieu pr\u00e9sentaient une \u00e9nigme th\u00e9orique majeure : \u00e9tant discontinues, sp\u00e9cifiques \u00e0 un environnement donn\u00e9 et d\u00e9pourvues de r\u00e9gularit\u00e9 p\u00e9riodique intrins\u00e8que, elles ne permettaient pas d&rsquo;expliquer comment le cerveau mesurait les distances absolues, quantifiait les vitesses de d\u00e9placement ou calculait des vecteurs directionnels dans le vide sensoriel.<\/p>\n<h3>1.3 Les \u00e9nigmes non r\u00e9solues du cortex entorhinal<\/h3>\n<p>La question de l&rsquo;origine computationnelle des cellules de lieu devint rapidement le probl\u00e8me central de la neurophysiologie spatiale. D&rsquo;un point de vue anatomique, l&rsquo;hippocampe ne re\u00e7oit pas directement les flux sensoriels primaires ; il constitue le sommet d&rsquo;une vaste hi\u00e9rarchie corticale dont la porte d&rsquo;entr\u00e9e majeure est le <strong>cortex entorhinal<\/strong>, situ\u00e9 sur la face m\u00e9diale du lobe temporal. Les voies perforantes et alv\u00e9aires acheminent des flux massifs d&rsquo;informations depuis les couches superficielles (II et III) du cortex entorhinal vers le gyrus dent\u00e9 et les aires CA3 et CA1 de la corne d&rsquo;Ammon.<\/p>\n<p>Pendant de nombreuses ann\u00e9es, la communaut\u00e9 scientifique a suppos\u00e9 que l&rsquo;information spatiale \u00e9tait construite de toutes pi\u00e8ces au sein m\u00eame des microcircuits r\u00e9currents de l&rsquo;hippocampe, \u00e0 partir de signaux hautement polysensoriels et perceptifs non structur\u00e9s spatialement provenant du cortex. Cependant, plusieurs anomalies exp\u00e9rimentales vinrent \u00e9branler ce paradigme. Des l\u00e9sions partielles ou s\u00e9lectives de diverses subdivisions hippocampiques n&rsquo;annulaient pas toujours la sp\u00e9cificit\u00e9 spatiale r\u00e9siduelle des r\u00e9ponses neuronales, et la manipulation des indices visuels d\u00e9montrait une stabilit\u00e9 surprenante du rep\u00e9rage spatial m\u00eame lorsque les aff\u00e9rences directes \u00e9taient alt\u00e9r\u00e9es. Il devenait indispensable de d\u00e9placer l&rsquo;investigation en amont de la boucle parahippocampique, pr\u00e9cis\u00e9ment au sein du <strong>cortex entorhinal m\u00e9dial<\/strong> (MEC), afin d&rsquo;\u00e9lucider la nature des signaux pr\u00e9-hippocampiques r\u00e9gissant l&rsquo;encodage de l&rsquo;espace.<\/p>\n<h2>2. Les pionniers : Parcours acad\u00e9mique et gen\u00e8se de la recherche des Moser<\/h2>\n<h3>2.1 Formation initiale \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 d&rsquo;Oslo sous la direction de Per Andersen<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9mergence des d\u00e9couvertes de May-Britt et Edvard Moser s&rsquo;enracine dans la tradition d&rsquo;excellence de l&rsquo;\u00e9cole neurophysiologique norv\u00e9gienne. Form\u00e9s initialement \u00e0 la psychologie \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 d&rsquo;Oslo au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, tous deux comprirent rapidement que l&rsquo;\u00e9lucidation des fonctions mentales sup\u00e9rieures n\u00e9cessitait un dialogue intime entre les paradigmes comportementaux rigoureux et les mesures \u00e9lectrophysiologiques directes du tissu c\u00e9r\u00e9bral. Ils sollicit\u00e8rent avec insistance l&rsquo;encadrement du professeur <strong>Per Andersen<\/strong>, sommit\u00e9 mondiale de la physiologie synaptique et pionnier des enregistrements sur coupes d&rsquo;hippocampe <em>in vitro<\/em>.<\/p>\n<p>Sous la f\u00e9rule exigeante d&rsquo;Andersen, les Moser apprirent les r\u00e8gles fondamentales de la rigueur m\u00e9thodologique, de l&rsquo;isolation du bruit \u00e9lectrique, de la microchirurgie st\u00e9r\u00e9otaxique et de la quantification fonctionnelle. Leurs premi\u00e8res recherches doctorales port\u00e8rent sur la dissection fonctionnelle de l&rsquo;axe longitudinal de l&rsquo;hippocampe, d\u00e9montrant que les fonctions spatiales et cognitives \u00e9taient pr\u00e9f\u00e9rentiellement m\u00e9di\u00e9es par les segments dorsaux (septaux), tandis que les fonctions \u00e9motionnelles et motivationnelles engageaient plut\u00f4t les segments ventraux (temporaux). Cette alliance pr\u00e9coce entre une sensibilit\u00e9 psychologique cognitive et une ma\u00eetrise technique de l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie <em>in vivo<\/em> constitua le socle m\u00e9thodologique qui caract\u00e9risa l&rsquo;ensemble de leur carri\u00e8re ult\u00e9rieure.<\/p>\n<h3>2.2 Les s\u00e9jours d\u00e9terminants aupr\u00e8s de Richard Morris et John O&rsquo;Keefe<\/h3>\n<p>D\u00e9sireux de perfectionner leur ma\u00eetrise des paradigmes spatiaux et de l&rsquo;enregistrement unitaire chez l&rsquo;animal \u00e9veill\u00e9 et vigile, May-Britt et Edvard Moser effectu\u00e8rent deux s\u00e9jours postdoctoraux d\u00e9cisifs \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger au milieu des ann\u00e9es 1990. Ils rejoignirent d&rsquo;abord le laboratoire de <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.ed.ac.uk\/integrative-physiology\/staff-profiles\/research-groups\/richard-morris\">Richard Morris<\/a> \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 d&rsquo;\u00c9dimbourg, inventeur du c\u00e9l\u00e8bre labyrinthe aquatique (<em>Morris water maze<\/em>), o\u00f9 ils perfectionn\u00e8rent les protocoles de dissociation entre m\u00e9moire spatiale et l\u00e9sions hippocampiques cibl\u00e9es.<\/p>\n<p>Par la suite, ils int\u00e9gr\u00e8rent le laboratoire de John O&rsquo;Keefe \u00e0 University College London. Ce stage au contact direct du d\u00e9couvreur des cellules de lieu fut un v\u00e9ritable catalyseur intellectuel. Les Moser y assimil\u00e8rent les subtilit\u00e9s de la micro-ing\u00e9nierie des \u00e9lectrodes mobiles, le tri manuel des potentiels d&rsquo;action et la synchronisation vid\u00e9o-cin\u00e9matique de l&rsquo;animal en mouvement. Ce compagnonnage scientifique direct permit au jeune couple de chercheurs d&rsquo;int\u00e9rioriser les enjeux \u00e9pist\u00e9mologiques profonds de la cartographie spatiale et de formuler l&rsquo;hypoth\u00e8se radicale qui allait orienter la suite de leurs travaux : pour comprendre comment les cellules de lieu se forment, il fallait enregistrer les neurones qui projettent directement sur elles depuis les aires parahippocampiques.<\/p>\n<h3>2.3 L&rsquo;\u00e9tablissement du laboratoire \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 NTNU de Trondheim<\/h3>\n<p>En 1996, l&rsquo;Universit\u00e9 norv\u00e9gienne de sciences et de technologie (NTNU), situ\u00e9e \u00e0 Trondheim, proposa \u00e0 May-Britt et Edvard Moser des postes professoraux afin de fonder leur propre laboratoire de neurosciences comportementales. Bien qu&rsquo;\u00e9loign\u00e9 des grands \u00e9picentres historiques des neurosciences anglo-saxonnes, cet environnement universitaire offrit aux chercheurs une autonomie totale et des ressources substantielles pour monter, <em>ex nihilo<\/em>, une infrastructure de recherche de pointe.<\/p>\n<p>Leur d\u00e9cision tactique fut de focaliser leurs efforts sur le <strong>cortex entorhinal m\u00e9dial (MEC)<\/strong> chez le rat. Ce choix repr\u00e9sentait un d\u00e9fi technique redoutable \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque : le MEC est situ\u00e9 dans la partie la plus post\u00e9rieure, basale et ventrale du cerveau des rongeurs, enserr\u00e9 sous des sinus veineux majeurs et prot\u00e9g\u00e9 par une courbure osseuse qui rendait l&rsquo;acc\u00e8s st\u00e9r\u00e9otaxique p\u00e9rilleux et instable pour des enregistrements chroniques de longue dur\u00e9e. En s&rsquo;entourant d&rsquo;une \u00e9quipe pluridisciplinaire d&rsquo;\u00e9tudiants motiv\u00e9s et d&rsquo;ing\u00e9nieurs \u2014 notamment Menno Witter pour l&rsquo;expertise neuroanatomique, et les doctorants Marianne Fyhn, Torkel Hafting et Sturla Molden \u2014, le laboratoire de Trondheim s&rsquo;attela m\u00e9thodiquement \u00e0 surmonter les contraintes m\u00e9caniques d&rsquo;implantation pour enregistrer, pour la premi\u00e8re fois avec une haute fid\u00e9lit\u00e9, les unit\u00e9s individuelles de cette structure \u00e9nigmatique.<\/p>\n<h2>3. Le protocole exp\u00e9rimental et le dispositif technique de 2005<\/h2>\n<h3>3.1 L&rsquo;implantation de micro\u00e9lectrodes dans le cortex entorhinal dorsom\u00e9dial<\/h3>\n<p>Le succ\u00e8s m\u00e9thodologique de l&rsquo;exp\u00e9rience historique de 2005 reposait sur le d\u00e9ploiement d&rsquo;un micro-dispositif miniaturis\u00e9 d&rsquo;enregistrement chronique : le microdrive \u00e0 <strong>t\u00e9trodes ajustables<\/strong>. Une t\u00e9trode est constitu\u00e9e de quatre filaments de fil de platine-iridium ou de tungst\u00e8ne torsad\u00e9s ensemble, dont les extr\u00e9mit\u00e9s d\u00e9nud\u00e9es pr\u00e9sentent un diam\u00e8tre individuel de l&rsquo;ordre de 12 \u00e0 17 microm\u00e8tres, \u00e9lectroplaqu\u00e9es avec de l&rsquo;or afin de r\u00e9duire leur imp\u00e9dance \u00e9lectrique autour de 200 \u00e0 500 kilo-ohms \u00e0 1 kHz.<\/p>\n<p>Sous anesth\u00e9sie profonde, les rats \u00e9taient fix\u00e9s sur un cadre st\u00e9r\u00e9otaxique de haute pr\u00e9cision. Une craniotomie millim\u00e9trique \u00e9tait r\u00e9alis\u00e9e au-dessus du sinus transverse, inclinant les t\u00e9trodes selon un angle pr\u00e9cis rostro-caudal afin de p\u00e9n\u00e9trer de mani\u00e8re optimale \u00e0 travers les couches laminaires II et III du cortex entorhinal m\u00e9dial dorsolat\u00e9ral. Le microdrive permettait d&rsquo;abaisser les t\u00e9trodes par paliers microscopiques de quelques dizaines de microm\u00e8tres par jour chez l&rsquo;animal vigile, garantissant un ratio signal sur bruit exceptionnel tout en \u00e9vitant d&rsquo;\u00e9craser le parenchyme c\u00e9r\u00e9bral. La confirmation histologique post-mortem, r\u00e9alis\u00e9e par coupes coronales ou sagittales color\u00e9es au violet de cr\u00e9syl (coloration de Nissl) ou par immunomarquage, permettait de reconstituer avec certitude la trajectoire de l&rsquo;\u00e9lectrode et de v\u00e9rifier que les neurones enregistr\u00e9s appartenaient bien aux couches superficielles du MEC.<\/p>\n<h3>3.2 L&rsquo;environnement exp\u00e9rimental en champ ouvert standardis\u00e9<\/h3>\n<p>L&rsquo;un des coups de g\u00e9nie m\u00e9thodologiques du groupe de Trondheim r\u00e9sida dans l&rsquo;augmentation radicale de la taille de l&rsquo;enceinte d&rsquo;exploration. Traditionnellement, les neurophysiologistes utilisaient de petites bo\u00eetes cylindriques ou carr\u00e9es de 50 \u00e0 60 centim\u00e8tres de c\u00f4t\u00e9 pour enregistrer les cellules de lieu hippocampiques. Or, dans des espaces aussi exigus, la structure globale des d\u00e9charges du cortex entorhinal apparaissait confuse, \u00e9tal\u00e9e ou semblable \u00e0 un bruit diffus non informatif.<\/p>\n<p>Les Moser con\u00e7urent une ar\u00e8ne standardis\u00e9e en champ ouvert (<em>open field<\/em>) de dimensions in\u00e9dites pour l&rsquo;\u00e9poque : une enceinte circulaire ou carr\u00e9e mesurant jusqu&rsquo;\u00e0 deux m\u00e8tres de c\u00f4t\u00e9, bord\u00e9e de parois noires uniformes d&rsquo;une cinquantaine de centim\u00e8tres de haut. Pour contraindre l&rsquo;animal \u00e0 explorer de mani\u00e8re homog\u00e8ne et continue l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de cette vaste surface, des miettes de c\u00e9r\u00e9ales au chocolat \u00e9taient dispers\u00e9es de mani\u00e8re pseudo-al\u00e9atoire sur le sol \u00e0 intervalles r\u00e9guliers. Le dispositif \u00e9tait plac\u00e9 dans une pi\u00e8ce isol\u00e9e des bruits ambiants, et le sol \u00e9tait nettoy\u00e9 m\u00e9ticuleusement entre les sessions pour \u00e9liminer toute trace d&rsquo;odeurs ou de rep\u00e8res olfactifs \u00e9gocentr\u00e9s susceptibles de biaiser le comportement exploratoire du rongeur. Une cam\u00e9ra num\u00e9rique infrarouge suspendue au plafond enregistrait en continu la position de deux diodes \u00e9lectroluminescentes (LED) de couleurs distinctes fix\u00e9es sur le bo\u00eetier pr\u00e9amplificateur mont\u00e9 sur la t\u00eate du rat, permettant un suivi cin\u00e9matique en temps r\u00e9el avec une r\u00e9solution spatiale sub-centim\u00e9trique et une fr\u00e9quence temporelle de 50 images par seconde.<\/p>\n<h3>3.3 L&rsquo;acquisition et le traitement des donn\u00e9es \u00e9lectrophysiologiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;acquisition des signaux bio\u00e9lectriques impliquait un syst\u00e8me de cha\u00eene d&rsquo;amplification diff\u00e9rentielle, de filtrage passe-bande (typiquement entre 600 Hz et 6 000 Hz pour isoler l&rsquo;activit\u00e9 des potentiels d&rsquo;action unitaires) et de num\u00e9risation \u00e0 haute fr\u00e9quence (32 \u00e0 40 kHz par canal). La discrimination des potentiels d&rsquo;action \u00e9mis par des cellules distinctes, couramment d\u00e9sign\u00e9e sous le terme de <strong>spike sorting<\/strong>, reposait sur une analyse g\u00e9om\u00e9trique multidimensionnelle des formes d&rsquo;ondes enregistr\u00e9es simultan\u00e9ment sur les quatre canaux de chaque t\u00e9trode.<\/p>\n<p>Les amplitudes maximales, les largeurs de pic et les composantes principales des potentiels d&rsquo;action \u00e9taient projet\u00e9es dans un espace orthogonal \u00e0 plusieurs dimensions. En identifiant des nuages de points isol\u00e9s (<em>clusters<\/em>) bien s\u00e9par\u00e9s du bruit de fond synaptique et des d\u00e9charges voisines, les exp\u00e9rimentateurs pouvaient attribuer avec un haut degr\u00e9 de certitude chaque potentiel d&rsquo;action \u00e0 un neurone individuel unique. Par la suite, l&rsquo;espace physique de l&rsquo;ar\u00e8ne \u00e9tait discr\u00e9tis\u00e9 en une matrice de pixels r\u00e9guliers (typiquement 2 \u00e0 3 cm de r\u00e9solution). Pour chaque pixel, le <strong>taux de d\u00e9charge<\/strong> moyen \u00e9tait calcul\u00e9 en divisant le nombre total de potentiels d&rsquo;action \u00e9mis dans ce pixel par le temps cumul\u00e9 pass\u00e9 par l&rsquo;animal dans cette zone, g\u00e9n\u00e9rant une carte thermique bidimensionnelle liss\u00e9e par un filtre gaussien.<\/p>\n<h2>4. La r\u00e9v\u00e9lation neurophysiologique : D\u00e9couverte des cellules de grille<\/h2>\n<h3>4.1 L&rsquo;observation d&rsquo;un motif de d\u00e9charge p\u00e9riodique in\u00e9dit<\/h3>\n<p>Lorsque les enregistrements au sein du cortex entorhinal dorsom\u00e9dial commenc\u00e8rent \u00e0 \u00eatre cartographi\u00e9s dans les grandes ar\u00e8nes de deux m\u00e8tres, les chercheurs observ\u00e8rent un ph\u00e9nom\u00e8ne qui stup\u00e9fia l&rsquo;ensemble de l&rsquo;\u00e9quipe et allait bouleverser l&rsquo;histoire des neurosciences. Contrairement aux cellules de lieu de l&rsquo;hippocampe, qui ne d\u00e9chargent que dans un seul et unique \u00eelot d&rsquo;espace au sein d&rsquo;une bo\u00eete, les unit\u00e9s du MEC pr\u00e9sentaient de multiples champs de d\u00e9charge distincts r\u00e9partis sur toute l&rsquo;\u00e9tendue de l&rsquo;ar\u00e8ne.<\/p>\n<p>Plus remarquable encore : ces champs de d\u00e9charge multiples n&rsquo;\u00e9taient ni distribu\u00e9s au hasard, ni d\u00e9sorganis\u00e9s. Au fur et \u00e0 mesure que le rat arpentait la surface de l&rsquo;enceinte, les zones d&rsquo;activation neuronale s&rsquo;allumaient avec une r\u00e9gularit\u00e9 spatiale d\u00e9concertante. Le neurone semblait s&rsquo;activer \u00e0 des intervalles de distance parfaitement m\u00e9triques. Quels que soient les m\u00e9andres de la trajectoire adopt\u00e9e par l&rsquo;animal \u2014 qu&rsquo;il traverse l&rsquo;ar\u00e8ne en diagonale, qu&rsquo;il longe les parois ou qu&rsquo;il effectue des zigzags erratiques \u2014, les potentiels d&rsquo;action \u00e9taient \u00e9mis invariablement lorsque le rat franchissait les sommets d&rsquo;un r\u00e9seau invisible mais rigoureusement structur\u00e9.<\/p>\n<h3>4.2 La caract\u00e9risation de la g\u00e9om\u00e9trie hexagonale et triangulaire<\/h3>\n<p>Afin de formaliser math\u00e9matiquement et d&rsquo;objectiver sans ambigu\u00eft\u00e9 la nature de cette p\u00e9riodicit\u00e9 spatiale, Torkel Hafting et Edvard Moser appliqu\u00e8rent aux cartes de taux de d\u00e9charge bidimensionnelles une analyse d&rsquo;<strong>autocorr\u00e9lation spatiale<\/strong> crois\u00e9e. Cette m\u00e9thode consiste \u00e0 corr\u00e9ler spatialement la carte de d\u00e9charge d&rsquo;un neurone avec elle-m\u00eame, en lui appliquant des translations incr\u00e9mentales selon les axes <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"x\">$x$<\/span> et <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"y\">$y$<\/span>.<\/p>\n<p>Le r\u00e9sultat de cette mod\u00e9lisation math\u00e9matique fit appara\u00eetre une figure g\u00e9om\u00e9trique d&rsquo;une puret\u00e9 \u00e9clatante : l&rsquo;autocorr\u00e9logramme r\u00e9v\u00e9lait un pic central entour\u00e9 d&rsquo;un anneau de six pics dispos\u00e9s \u00e0 \u00e9gale distance les uns des autres, s\u00e9par\u00e9s par des angles de 60 degr\u00e9s. Cette structure manifestait une sym\u00e9trie de rotation hexagonale d&rsquo;ordre 6. En d&rsquo;autres termes, les champs de d\u00e9charge du neurone formaient les n\u0153uds d&rsquo;un treillis r\u00e9gulier de triangles \u00e9quilat\u00e9raux, une configuration tessell\u00e9e identique \u00e0 l&rsquo;agencement le plus compact possible de sph\u00e8res dures dans un plan, ou \u00e0 la structure cristalline d&rsquo;un r\u00e9seau de Bravais en physique de la mati\u00e8re condens\u00e9e. Les chercheurs venaient d&rsquo;identifier la <strong>cellule de grille<\/strong> (<em>grid cell<\/em>).<\/p>\n<h3>4.3 La publication fondatrice dans la revue Nature en 2005<\/h3>\n<p>En ao\u00fbt 2005, la revue <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/nature03721\"><em>Nature<\/em> publia l&rsquo;article historique<\/a> sign\u00e9 par Torkel Hafting, Marianne Fyhn, Sturla Molden, May-Britt Moser et Edvard Moser, sous le titre laconique : <em>Microstructure of a spatial map in the entorhinal cortex<\/em>. La publication fit l&rsquo;effet d&rsquo;une d\u00e9flagration conceptuelle au sein de la communaut\u00e9 des neurosciences et des sciences cognitives.<\/p>\n<p>L&rsquo;article d\u00e9montrait que le cerveau des mammif\u00e8res ne se contentait pas d&rsquo;associer passivement des entr\u00e9es visuelles \u00e0 des lieux, mais engendrait de fa\u00e7on autonome et pr\u00e9coce une m\u00e9trique spatiale endog\u00e8ne universelle. Les cellules de grille fournissaient le syst\u00e8me de coordonn\u00e9es universel qui manquait \u00e0 la th\u00e9orie de Tolman et aux observations d&rsquo;O&rsquo;Keefe : une r\u00e8gle gradu\u00e9e interne, un papier millim\u00e9tr\u00e9 neuronal permettant d&rsquo;estimer en temps r\u00e9el les distances euclidiennes et les positions relatives au sein de n&rsquo;importe quel environnement. La d\u00e9couverte ouvrait la voie \u00e0 une formalisation physico-math\u00e9matique in\u00e9dite du fonctionnement des microcircuits du cortex.<\/p>\n<h2>5. Propri\u00e9t\u00e9s fonctionnelles et organisation topographique des cellules de grille<\/h2>\n<h3>5.1 L&rsquo;organisation modulaire et le gradient dorso-ventral de l&rsquo;\u00e9chelle spatiale<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude syst\u00e9matique du cortex entorhinal m\u00e9dial r\u00e9v\u00e9la rapidement que les cellules de grille ne poss\u00e9daient pas toutes les m\u00eames dimensions g\u00e9om\u00e9triques. En progressant le long de l&rsquo;axe longitudinal du MEC, depuis son p\u00f4le dorsal jusqu&rsquo;\u00e0 son extr\u00e9mit\u00e9 ventrale, May-Britt et Edvard Moser mirent en \u00e9vidence un gradient topographique continu et remarquable de l&rsquo;<strong>\u00e9chelle spatiale<\/strong> de la grille (la distance s\u00e9parant deux sommets cons\u00e9cutifs du r\u00e9seau hexagonal).<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 dorsale, les cellules de grille pr\u00e9sentent une \u00e9chelle tr\u00e8s fine, de l&rsquo;ordre de 30 centim\u00e8tres, avec des champs de d\u00e9charge tr\u00e8s \u00e9troits et denses. \u00c0 mesure que les \u00e9lectrodes descendent vers les territoires ventraux, la taille des champs et la distance entre eux s&rsquo;accroissent de mani\u00e8re spectaculaire, atteignant plusieurs m\u00e8tres au p\u00f4le ventral. Des travaux ult\u00e9rieurs ont d\u00e9montr\u00e9 que cette expansion n&rsquo;\u00e9tait pas strictement continue, mais organis\u00e9e en un nombre discret de <strong>modules anatomiques et fonctionnels<\/strong> (g\u00e9n\u00e9ralement 4 \u00e0 5 chez le rat). Au sein d&rsquo;un m\u00eame module, toutes les cellules partagent exactement la m\u00eame \u00e9chelle spatiale et la m\u00eame orientation g\u00e9om\u00e9trique. D&rsquo;un module au suivant, l&rsquo;\u00e9chelle cro\u00eet selon un facteur g\u00e9om\u00e9trique remarquablement constant d&rsquo;environ 1,4 (voisin de la racine carr\u00e9e de 2), une proportion math\u00e9matiquement optimale pour coder l&rsquo;espace sur une large \u00e9chelle tout en maintenant une r\u00e9solution fine, minimisant ainsi le nombre total de neurones requis selon la th\u00e9orie de l&rsquo;information.<\/p>\n<h3>5.2 La phase spatiale et l&rsquo;orientation de la grille<\/h3>\n<p>Pour d\u00e9finir compl\u00e8tement l&rsquo;\u00e9tat g\u00e9om\u00e9trique d&rsquo;une cellule de grille dans le plan, trois param\u00e8tres math\u00e9matiques ind\u00e9pendants sont requis :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9chelle spatiale (longueur d&rsquo;onde) :<\/strong> La distance m\u00e9trique entre les centres de d\u00e9charge adjacents.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;orientation de la grille :<\/strong> L&rsquo;angle form\u00e9 par les axes du r\u00e9seau hexagonal par rapport \u00e0 un axe de r\u00e9f\u00e9rence externe (tel qu&rsquo;une paroi de l&rsquo;ar\u00e8ne).<\/li>\n<li><strong>La phase spatiale bidimensionnelle :<\/strong> Le d\u00e9calage en coordonn\u00e9es <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"(x, y)\">$(x, y)$<\/span> des sommets de la grille par rapport \u00e0 une origine spatiale arbitraire.<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;analyse anatomique au sein d&rsquo;un m\u00eame module du MEC a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une propri\u00e9t\u00e9 fondamentale du r\u00e9seau : alors que l&rsquo;\u00e9chelle et l&rsquo;orientation sont \u00e9troitement partag\u00e9es par l&rsquo;ensemble des cellules voisines, la <strong>phase spatiale<\/strong> est quant \u00e0 elle distribu\u00e9e de mani\u00e8re homog\u00e8ne et al\u00e9atoire \u00e0 travers la population de neurones. Deux cellules enregistr\u00e9es sur la m\u00eame t\u00e9trode d\u00e9chargent selon le m\u00eame motif hexagonal et avec le m\u00eame espacement, mais leurs sommets respectifs sont d\u00e9cal\u00e9s dans l&rsquo;espace. Gr\u00e2ce \u00e0 cette translation de phase, \u00e0 chaque instant et en chaque point de l&rsquo;environnement physique, une combinaison unique et non ambigu\u00eb de neurones de grille est active, constituant un code de population d&rsquo;une densit\u00e9 repr\u00e9sentationnelle quasi infinie.<\/p>\n<h3>5.3 Invariance et ancrage visuel face aux rep\u00e8res externes<\/h3>\n<p>Une question cruciale r\u00e9sidait dans le degr\u00e9 de d\u00e9pendance de cette g\u00e9om\u00e9trie par rapport aux stimuli sensoriels de l&rsquo;environnement. Les exp\u00e9riences pionni\u00e8res des Moser ont apport\u00e9 une double r\u00e9ponse magistrale d\u00e9montrant la nature \u00e0 la fois intrins\u00e8que et ancr\u00e9e du syst\u00e8me.<\/p>\n<p>D&rsquo;une part, lorsque les lumi\u00e8res du laboratoire sont soudainement \u00e9teintes et que le rat continue d&rsquo;explorer l&rsquo;ar\u00e8ne dans l&rsquo;obscurit\u00e9 la plus compl\u00e8te, le motif hexagonal de d\u00e9charge persiste sans alt\u00e9ration de son \u00e9chelle ni de son orientation. Cela prouve de mani\u00e8re irr\u00e9futable que la grille ne r\u00e9sulte pas d&rsquo;un traitement visuel imm\u00e9diat en temps r\u00e9el, mais d&rsquo;une dynamique computationnelle interne au r\u00e9seau. D&rsquo;autre part, lorsque l&rsquo;on manipule un rep\u00e8re visuel polarisant saillant fix\u00e9 sur la paroi d&rsquo;une enceinte circulaire \u2014 par exemple en faisant pivoter une carte blanche de 45 ou 90 degr\u00e9s \u2014, le syst\u00e8me de grille effectue une rotation rigoureusement \u00e9quivalente. Les cellules de grille int\u00e8grent donc les informations perceptives distales pour calibrer et ancrer leur syst\u00e8me de coordonn\u00e9es par rapport au monde ext\u00e9rieur, tout en s&rsquo;alignant sur la g\u00e9om\u00e9trie des bordures physiques de l&rsquo;ar\u00e8ne pour annuler toute accumulation d&rsquo;erreurs au cours de l&rsquo;exploration.<\/p>\n<h2>6. M\u00e9canismes computationnels : Int\u00e9gration de chemin et mod\u00e8les th\u00e9oriques<\/h2>\n<h3>6.1 Le calcul de l&rsquo;odom\u00e9trie interne par int\u00e9gration de chemin<\/h3>\n<p>Le fait que les cellules de grille conservent leur p\u00e9riodicit\u00e9 m\u00e9trique dans l&rsquo;obscurit\u00e9 totale indique que le r\u00e9seau calcule la position de l&rsquo;animal par un m\u00e9canisme d&rsquo;<strong>int\u00e9gration de chemin<\/strong> (<em>path integration<\/em>) ou odom\u00e9trie interne. Ce processus de calcul vectoriel continu consiste \u00e0 int\u00e9grer temporellement les signaux cin\u00e9matiques de vitesse lin\u00e9aire et de direction angulaire du corps pour mettre \u00e0 jour en permanence le vecteur de position de l&rsquo;organisme par rapport \u00e0 son point de d\u00e9part :<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-math-display\" data-latex=\"\\vec{r}(t) = \\vec{r}(0) + \\int_0^t \\vec{v}(\\tau) , d\\tau\">$$\\vec{r}(t) = \\vec{r}(0) + \\int_0^t \\vec{v}(\\tau) , d\\tau$$<\/span><\/p>\n<p>Ce calcul computationnel colossal mobilise des entr\u00e9es proprioceptives issues des r\u00e9cepteurs musculaires et articulaires, des aff\u00e9rences vestibulaires provenant des canaux semi-circulaires et des organes otolithiques informant des acc\u00e9l\u00e9rations lin\u00e9aires et angulaires, ainsi que le flux optique g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par le d\u00e9filement visuel. Toutefois, tout syst\u00e8me int\u00e9grateur autonome bas\u00e9 uniquement sur des capteurs inertiels souffre in\u00e9luctablement d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne de <em>d\u00e9rive cumulative<\/em> du signal au fil du temps. Les cellules de grille ont pr\u00e9cis\u00e9ment pour fonction de convertir ces flux sensoriels continus et bruit\u00e9s en une m\u00e9trique discr\u00e8te et auto-correctrice, stabilis\u00e9e par des recalibrages sensoriels \u00e9pisodiques d\u00e8s que l&rsquo;animal rencontre une fronti\u00e8re physique ou un rep\u00e8re connu.<\/p>\n<h3>6.2 Les mod\u00e8les d&rsquo;interf\u00e9rence oscillatoire<\/h3>\n<p>Pour expliquer comment le cerveau peut physiquement engendrer une r\u00e9gularit\u00e9 spatiale hexagonale \u00e0 partir de signaux temporels de vitesse, deux grandes familles de mod\u00e8les th\u00e9oriques et computationnels se sont affront\u00e9es dans la litt\u00e9rature neuroscientifique. La premi\u00e8re est la th\u00e9orie de l&rsquo;<strong>interf\u00e9rence oscillatoire<\/strong>, formul\u00e9e initialement par Neil Burgess et John O&rsquo;Keefe.<\/p>\n<p>Ce mod\u00e8le repose sur l&rsquo;existence bien connue d&rsquo;une oscillation \u00e9lectrique collective majeure dans l&rsquo;hippocampe et le cortex entorhinal : le <strong>rythme th\u00eata<\/strong>, oscillant entre 4 et 12 Hz chez le rongeur. Selon cette hypoth\u00e8se, chaque cellule de grille agirait comme un d\u00e9modulateur d&rsquo;interf\u00e9rences entre un oscillateur de r\u00e9f\u00e9rence somatique stable \u00e0 fr\u00e9quence th\u00eata constante, et plusieurs oscillateurs membranaires dendritiques intrins\u00e8ques dont la fr\u00e9quence de r\u00e9sonance serait modul\u00e9e lin\u00e9airement par la vitesse et la direction du d\u00e9placement de l&rsquo;animal. Les interf\u00e9rences constructives et destructives entre ces ondes d&rsquo;oscillations sinuso\u00efdales produiraient des motifs de battement spatiaux p\u00e9riodiques. Si ce mod\u00e8le s\u00e9duisant expliquait avec une \u00e9l\u00e9gance math\u00e9matique la p\u00e9riodicit\u00e9 de phase et la pr\u00e9cession de phase th\u00eata observ\u00e9e exp\u00e9rimentalement, il s&rsquo;est heurt\u00e9 \u00e0 un obstacle empirique majeur : les chauves-souris frugivores \u00e9gyptiennes (<em>Rousettus aegyptianus<\/em>), chez lesquelles les Moser et Nachum Ulanovsky ont pourtant identifi\u00e9 des cellules de grille parfaites, naviguent sans pr\u00e9senter d&rsquo;oscillations th\u00eata membranaires continues, d\u00e9montrant que le rythme th\u00eata n&rsquo;est pas la condition <em>sine qua non<\/em> de la formation des grilles.<\/p>\n<h3>6.3 Les mod\u00e8les de r\u00e9seaux d&rsquo;attracteurs continus (CAN)<\/h3>\n<p>La seconde famille de mod\u00e8les, aujourd&rsquo;hui largement dominante et valid\u00e9e par une multitude d&rsquo;observations exp\u00e9rimentales, est celle des <strong>r\u00e9seaux d&rsquo;attracteurs continus<\/strong> (<em>Continuous Attractor Networks<\/em> ou CAN), propos\u00e9e et formalis\u00e9e notamment par Samsonovich, McNaughton, Ila Fiete et Nicolas Burak. Dans ce cadre computationnel, le motif hexagonal n&rsquo;\u00e9merge pas des propri\u00e9t\u00e9s oscillatoires isol\u00e9es d&rsquo;une cellule individuelle, mais constitue une propri\u00e9t\u00e9 \u00e9mergente collective d&rsquo;une population de neurones massivement interconnect\u00e9s au sein du cortex entorhinal m\u00e9dial.<\/p>\n<p>Les connexions synaptiques locales au sein de la couche II du MEC ob\u00e9issent \u00e0 une topologie d&rsquo;inhibition r\u00e9currente \u00e0 longue port\u00e9e de type \u00ab chapeau mexicain \u00bb (excitation locale tr\u00e8s restreinte entour\u00e9e d&rsquo;un anneau d&rsquo;inhibition synaptique puissante m\u00e9di\u00e9e par des interneurones GABAergiques \u00e0 parvalbumine). Cette architecture auto-organise l&rsquo;activit\u00e9 de la population sous la forme d&rsquo;une \u00ab bosse \u00bb (<em>bump<\/em>) stable d&rsquo;activation localis\u00e9e sur un collecteur neuronal ferm\u00e9 ayant la topologie d&rsquo;un tore bidimensionnel. Lorsque l&rsquo;animal se d\u00e9place dans l&rsquo;espace r\u00e9el, les signaux de vitesse et de direction de la t\u00eate d\u00e9placent dynamiquement cette bosse d&rsquo;activit\u00e9 sur le tore synaptique par le biais de connexions asym\u00e9triques. Le d\u00e9ploiement de cette dynamique de r\u00e9seau toro\u00efdal dans le plan physique infini g\u00e9n\u00e8re math\u00e9matiquement et spontan\u00e9ment un pavage triangulaire p\u00e9riodique \u00e0 sym\u00e9trie d&rsquo;ordre 6, remarquablement robuste face au bruit synaptique biologique.<\/p>\n<h2>7. Le r\u00e9seau parahippocampique \u00e9largi : Synergie des types cellulaires<\/h2>\n<h3>7.1 Les cellules de direction de la t\u00eate (Head Direction Cells)<\/h3>\n<p>Les cellules de grille n&rsquo;op\u00e8rent pas de mani\u00e8re isol\u00e9e au sein du cortex entorhinal ; elles s&rsquo;ins\u00e8rent dans un circuit int\u00e9gr\u00e9 de navigation hautement coop\u00e9ratif impliquant plusieurs classes de neurones sp\u00e9cialis\u00e9s. Le premier composant crucial de ce circuit est constitu\u00e9 par les <strong>cellules de direction de la t\u00eate<\/strong> (<em>head direction cells<\/em>), d\u00e9couvertes par James Ranck et Jeffrey Taube \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980 dans le postsubiculum et les noyaux thalamiques ant\u00e9rieurs.<\/p>\n<p>Ces neurones agissent comme une v\u00e9ritable boussole interne : ils d\u00e9chargent s\u00e9lectivement lorsque la t\u00eate de l&rsquo;animal pointe dans une direction azimutale sp\u00e9cifique par rapport au plan horizontal de l&rsquo;environnement, ind\u00e9pendamment de la position physique du corps et de son comportement moteur. Les cellules de direction de la t\u00eate projettent massivement sur les couches interm\u00e9diaires et profondes du cortex entorhinal m\u00e9dial (couches III et V), o\u00f9 l&rsquo;on trouve d&rsquo;ailleurs des neurones mixtes \u00ab grille <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\\times\">$\\times$<\/span> direction \u00bb. Ce signal d&rsquo;orientation absolue est indispensable pour orienter le syst\u00e8me d&rsquo;axes des cellules de grille et permettre au r\u00e9seau d&rsquo;attracteur continu d&rsquo;injecter la composante directionnelle du vecteur d\u00e9placement lors de l&rsquo;int\u00e9gration de chemin.<\/p>\n<h3>7.2 Les cellules de bordure (Border Cells)<\/h3>\n<p>En 2008, l&rsquo;\u00e9quipe de May-Britt et Edvard Moser franchit une \u00e9tape suppl\u00e9mentaire dans la caract\u00e9risation du r\u00e9seau en d\u00e9couvrant, aux c\u00f4t\u00e9s des cellules de grille dans le MEC, une nouvelle population cellulaire fonctionnelle : les <strong>cellules de bordure<\/strong> (<em>border cells<\/em> ou <em>boundary vector cells<\/em>), th\u00e9oris\u00e9es auparavant par Hartley et Burgess.<\/p>\n<p>Une cellule de bordure d\u00e9charge s\u00e9lectivement et exclusivement lorsque l&rsquo;animal se trouve \u00e0 proximit\u00e9 imm\u00e9diate d&rsquo;une fronti\u00e8re physique de l&rsquo;ar\u00e8ne d&rsquo;exploration (un mur, un rebord de table ou un obstacle s\u00e9parateur), et ce uniquement le long d&rsquo;une orientation cardinale sp\u00e9cifique (par exemple, le long de la paroi nord). Ces neurones jouent un r\u00f4le dynamique absolument vital : ils fournissent le signal g\u00e9om\u00e9trique correcteur indispensable pour stabiliser les cellules de grille. D\u00e8s que le rat entre en contact physique avec un mur, l&rsquo;activation synchrone des cellules de bordure recalibre la phase spatiale du r\u00e9seau d&rsquo;attracteurs, annulant instantan\u00e9ment la d\u00e9rive cumulative inh\u00e9rente aux calculs odom\u00e9triques de l&rsquo;int\u00e9gration de chemin.<\/p>\n<h3>7.3 Les cellules de vitesse (Speed Cells)<\/h3>\n<p>Pour que l&rsquo;int\u00e9gration de chemin fonctionne sur le plan trigonom\u00e9trique, le syst\u00e8me a imp\u00e9rativement besoin d&rsquo;un signal cin\u00e9matique quantifiant la vitesse instantan\u00e9e de progression du corps dans l&rsquo;espace. En 2015, Emilio Kropff et le couple Moser mirent en \u00e9vidence dans le MEC les <strong>cellules de vitesse<\/strong> (<em>speed cells<\/em>).<\/p>\n<p>Ces neurones pr\u00e9sentent une caract\u00e9ristique \u00e9lectrophysiologique remarquable : leur fr\u00e9quence de d\u00e9charge varie de fa\u00e7on rigoureusement lin\u00e9aire en fonction de la vitesse de locomotion instantan\u00e9e de l&rsquo;animal, que celui-ci marche lentement ou effectue une course rapide. Ce signal de vitesse est totalement invariant par rapport \u00e0 la localisation spatiale de l&rsquo;animal, \u00e0 la pr\u00e9sence de rep\u00e8res visuels ou \u00e0 l&rsquo;obscurit\u00e9. L&rsquo;identification des cellules de vitesse a permis de fermer formellement la boucle computationnelle du cortex entorhinal m\u00e9dial : ce dernier abrite l&rsquo;ensemble complet des param\u00e8tres vectoriels n\u00e9cessaires \u00e0 la navigation autonome \u2014 une boussole (cellules de direction), un compteur de vitesse (cellules de vitesse), des bornes topologiques (cellules de bordure) et une m\u00e9trique de projection spatiale (cellules de grille).<\/p>\n<h2>8. La transformation de l&rsquo;information entre cortex entorhinal et hippocampe<\/h2>\n<h3>8.1 La sommation des cellules de grille en cellules de lieu<\/h3>\n<p>La d\u00e9couverte des cellules de grille a fourni la pi\u00e8ce ma\u00eetresse qui manquait pour \u00e9lucider le m\u00e9canisme de formation des champs de d\u00e9charge des cellules de lieu de l&rsquo;hippocampe. D\u00e8s 2006, de nombreux mod\u00e8les computationnels ont propos\u00e9 que le champ unique d&rsquo;une cellule de lieu hippocampique r\u00e9sulte de la <strong>combinaison lin\u00e9aire additive<\/strong> d&rsquo;un ensemble de cellules de grille issues de diff\u00e9rents modules entorhinaux.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue math\u00e9matique, ce processus s&rsquo;apparente \u00e0 une transform\u00e9e de Fourier spatiale inverse. Si l&rsquo;on superpose plusieurs fonctions d&rsquo;ondes p\u00e9riodiques (les grilles hexagonales) poss\u00e9dant des \u00e9chelles spatiales divergentes et des phases distribu\u00e9es, les interf\u00e9rences ne seront constructives qu&rsquo;en un point unique de convergence dans l&rsquo;espace g\u00e9ographique de l&rsquo;ar\u00e8ne, tandis qu&rsquo;elles s&rsquo;annuleront partout ailleurs par interf\u00e9rence destructive ou par l&rsquo;action d&rsquo;une inhibition locale puissante au sein du gyrus dent\u00e9 ou de l&rsquo;aire CA3. Ce mod\u00e8le \u00e9l\u00e9gant rend compte du passage d&rsquo;un code spatial distribu\u00e9, invariant et universel dans le cortex entorhinal, \u00e0 une repr\u00e9sentation locale, contextuelle et hautement sp\u00e9cifique au sein du circuit hippocampique.<\/p>\n<h3>8.2 Le ph\u00e9nom\u00e8ne de remappage (Remapping) global et local<\/h3>\n<p>La plasticit\u00e9 compar\u00e9e de l&rsquo;hippocampe et du cortex entorhinal m\u00e9dial s&rsquo;illustre de fa\u00e7on spectaculaire lors des protocoles dits de <strong>remappage<\/strong> (<em>remapping<\/em>). Lorsque l&rsquo;on transf\u00e8re un animal d&rsquo;un environnement familier \u00e0 un environnement radicalement diff\u00e9rent (par exemple, d&rsquo;une ar\u00e8ne circulaire noire \u00e0 une bo\u00eete carr\u00e9e blanche), les cellules de lieu de l&rsquo;hippocampe r\u00e9organisent instantan\u00e9ment et totalement leur profil d&rsquo;activation : c&rsquo;est le <em>remappage global<\/em>, o\u00f9 d&rsquo;anciens neurones deviennent silencieux tandis que d&rsquo;autres s&rsquo;activent dans des localisations impr\u00e9visibles.<\/p>\n<p>Dans le cortex entorhinal m\u00e9dial, la r\u00e9ponse est fondamentalement distincte :<\/p>\n<ul>\n<li>Lors d&rsquo;un changement mineur de l&rsquo;environnement (changement de couleur des parois ou d&rsquo;odeur dans la m\u00eame pi\u00e8ce), les cellules de grille conservent exactement leur \u00e9chelle, leur orientation et leur phase spatiale, ne modifiant que l&rsquo;intensit\u00e9 de leur fr\u00e9quence de d\u00e9charge maximale : ce ph\u00e9nom\u00e8ne est qualifi\u00e9 de <strong>remappage de taux<\/strong> (<em>rate remapping<\/em>).<\/li>\n<li>Lors d&rsquo;un changement environnemental majeur (nouvelle pi\u00e8ce), le r\u00e9seau de cellules de grille subit une translation rigide : la phase et l&rsquo;orientation se d\u00e9calent de mani\u00e8re synchrone et identique pour toutes les cellules d&rsquo;un m\u00eame module, mais la p\u00e9riodicit\u00e9 hexagonale et l&rsquo;\u00e9chelle m\u00e9trique restent scrupuleusement conserv\u00e9es.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette dissociation d\u00e9montre que le cortex entorhinal pr\u00e9serve en permanence l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de la m\u00e9trique spatiale universelle, tandis que l&rsquo;hippocampe combine cette m\u00e9trique avec les composantes perceptives et \u00e9motionnelles pour former des m\u00e9moires \u00e9pisodiques contextuellement uniques et non chevauchantes.<\/p>\n<h3>8.3 Le r\u00f4le du cortex entorhinal lat\u00e9ral (LEC) : Dimension temporelle et objets<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender la m\u00e9moire \u00e9pisodique dans sa globalit\u00e9 \u2014 traditionnellement d\u00e9finie comme la rem\u00e9moration du \u00ab Quoi \u00bb, du \u00ab O\u00f9 \u00bb et du \u00ab Quand \u00bb \u2014, le cerveau mobilise une dualit\u00e9 anatomique fondamentale au niveau du cortex parahippocampique. Si le cortex entorhinal m\u00e9dial (MEC) prend en charge le \u00ab O\u00f9 \u00bb spatial par le biais des cellules de grille, de bordure et de direction, le <strong>cortex entorhinal lat\u00e9ral (LEC)<\/strong> assure quant \u00e0 lui l&rsquo;encodage du \u00ab Quoi \u00bb et du \u00ab Quand \u00bb.<\/p>\n<p>Les enregistrements r\u00e9alis\u00e9s dans le LEC ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 des neurones d\u00e9pourvus de p\u00e9riodicit\u00e9 spatiale, qui r\u00e9agissent s\u00e9lectivement \u00e0 la pr\u00e9sence d&rsquo;objets physiques individuels, \u00e0 des configurations odorantes sp\u00e9cifiques ou \u00e0 des rep\u00e8res \u00e9gocentr\u00e9s ponctuels. Plus fascinant encore, les travaux pionniers men\u00e9s par Albert Tsao dans le laboratoire des Moser en 2018 ont mis en \u00e9vidence dans le LEC une population de <strong>cellules de temps<\/strong> dont la dynamique d&rsquo;activation collective \u00e9volue de mani\u00e8re continue et unidirectionnelle \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle des secondes, des minutes et des heures d&rsquo;une exp\u00e9rience v\u00e9cue. C&rsquo;est la convergence anatomique synchrone, au sein des cellules pyramidales de l&rsquo;hippocampe, de la trame m\u00e9trique spatiale issue du MEC et de la trajectoire temporelle et objectale issue du LEC qui permet l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une m\u00e9moire \u00e9pisodique unifi\u00e9e dans l&rsquo;espace-temps.<\/p>\n<h2>9. Cons\u00e9cration scientifique : Le Prix Nobel de physiologie ou m\u00e9decine de 2014<\/h2>\n<h3>9.1 L&rsquo;hommage \u00e0 la d\u00e9couverte du &lsquo;GPS c\u00e9r\u00e9bral&rsquo;<\/h3>\n<p>Neuf ans seulement apr\u00e8s la publication de leur d\u00e9couverte retentissante dans <em>Nature<\/em>, May-Britt Moser et Edvard Moser furent couronn\u00e9s par la plus haute distinction scientifique internationale. Le 6 octobre 2014, l&rsquo;Assembl\u00e9e Nobel de l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.ki.se\/\">Institut Karolinska<\/a> d\u00e9cerna le <strong>Prix Nobel de physiologie ou m\u00e9decine<\/strong> conjointement \u00e0 John O&rsquo;Keefe (pour la moiti\u00e9 du prix) et au couple May-Britt et Edvard Moser (se partageant l&rsquo;autre moiti\u00e9).<\/p>\n<p>Dans ses attendus officiels, le comit\u00e9 Nobel salua la d\u00e9couverte de \u00ab cellules constituant un syst\u00e8me de positionnement dans le cerveau \u00bb, m\u00e9taphoris\u00e9 sous l&rsquo;appellation populaire de <em>GPS c\u00e9r\u00e9bral<\/em>. Ce prix consacrait la r\u00e9solution d&rsquo;une \u00e9nigme philosophique multis\u00e9culaire : la d\u00e9monstration empirique de la mani\u00e8re dont des assembl\u00e9es neuronales hautement sp\u00e9cialis\u00e9es collaborent pour construire une carte de l&rsquo;espace et calculer des coordonn\u00e9es d&rsquo;une sophistication g\u00e9om\u00e9trique inattendue. May-Britt Moser devenait ainsi la deuxi\u00e8me femme norv\u00e9gienne laur\u00e9ate d&rsquo;un prix Nobel, et le couple rejoignait le cercle extr\u00eamement restreint des \u00e9poux r\u00e9compens\u00e9s conjointement dans l&rsquo;histoire des sciences, aux c\u00f4t\u00e9s de Marie et Pierre Curie.<\/p>\n<h3>9.2 L&rsquo;impact \u00e9pist\u00e9mologique sur les neurosciences cognitives<\/h3>\n<p>L&rsquo;onde de choc provoqu\u00e9e par la d\u00e9couverte des cellules de grille d\u00e9passe largement le champ strict de l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie animale. Sur le plan \u00e9pist\u00e9mologique, ces travaux ont marqu\u00e9 un tournant fondamental dans la transition d&rsquo;une neurobiologie purement descriptive vers une <strong>neurophysiologie computationnelle de pr\u00e9cision<\/strong>.<\/p>\n<p>Pour la premi\u00e8re fois, des th\u00e9ories physiques sophistiqu\u00e9es \u2014 telles que les vari\u00e9t\u00e9s diff\u00e9rentielles, la th\u00e9orie des bifurcations, la sym\u00e9trie de jauge et les syst\u00e8mes dynamiques non lin\u00e9aires \u2014 trouvaient une instanciation biologique directe dans les d\u00e9charges de neurones corticaux. Les cellules de grille ont apport\u00e9 la preuve concr\u00e8te que le n\u00e9ocortex est capable d&rsquo;ex\u00e9cuter des transformations matricielles et topologiques complexes \u00e0 l&rsquo;aide de microcircuits r\u00e9currents locaux. Cette d\u00e9couverte a inspir\u00e9 une g\u00e9n\u00e9ration enti\u00e8re de chercheurs, red\u00e9finissant les standards de mod\u00e9lisation math\u00e9matique appliqu\u00e9e aux sciences du cerveau et unifiant la psychologie cognitive, la physique th\u00e9orique et la biologie cellulaire.<\/p>\n<h3>9.3 Validations et r\u00e9plications chez d&rsquo;autres taxons<\/h3>\n<p>La d\u00e9couverte originelle r\u00e9alis\u00e9e chez le rat blanc de laboratoire soulevait imm\u00e9diatement la question de sa g\u00e9n\u00e9ralisation au sein du vivant : s&rsquo;agissait-il d&rsquo;une sp\u00e9cialisation phylog\u00e9n\u00e9tique propre aux rongeurs fouisseurs ou d&rsquo;un principe d&rsquo;organisation universel propre \u00e0 l&rsquo;enc\u00e9phale des mammif\u00e8res ? Les ann\u00e9es qui suivirent la publication de 2005 apport\u00e8rent des confirmations \u00e9clatantes \u00e0 travers de multiples taxons.<\/p>\n<p>Des cellules de grille furent identifi\u00e9es chez la souris g\u00e9n\u00e9tiquement modifi\u00e9e, permettant l&rsquo;usage combin\u00e9 de l&rsquo;optog\u00e9n\u00e9tique pour diss\u00e9quer leurs microcircuits synaptiques. Des enregistrements historiques r\u00e9alis\u00e9s chez la chauve-souris par Nachum Ulanovsky d\u00e9montr\u00e8rent la pr\u00e9sence de cellules de grille fonctionnant sans rythme th\u00eata r\u00e9gulier, et ouvrirent la voie \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude de la navigation tridimensionnelle en vol libre. Enfin, l&rsquo;identification de d\u00e9charges p\u00e9riodiques similaires chez le primate non humain (macaque rh\u00e9sus) au cours de t\u00e2ches de balayage visuel libre confirma de mani\u00e8re \u00e9clatante l&rsquo;universalit\u00e9 phylog\u00e9n\u00e9tique de ce code m\u00e9trique au sein de l&rsquo;\u00e9volution des vert\u00e9br\u00e9s sup\u00e9rieurs.<\/p>\n<h2>10. Mise en \u00e9vidence et manifestations des cellules de grille chez l&rsquo;\u00eatre humain<\/h2>\n<h3>10.1 L&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) \u00e0 haute r\u00e9solution<\/h3>\n<p>La confirmation de l&rsquo;existence d&rsquo;un syst\u00e8me de cellules de grille dans le cerveau humain repr\u00e9sentait un d\u00e9fi m\u00e9thodologique consid\u00e9rable en raison du caract\u00e8re invasif de l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie unitaire. En 2010, Christian Doeller, Caswell Barry et Neil Burgess publi\u00e8rent dans la revue <em>Nature<\/em> une \u00e9tude pionni\u00e8re utilisant l&rsquo;<strong>imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf)<\/strong> \u00e0 haute r\u00e9solution spatiale pour sonder le cortex entorhinal de participants naviguant dans un environnement immersif de r\u00e9alit\u00e9 virtuelle.<\/p>\n<p>Bien que la r\u00e9solution d&rsquo;un voxel d&rsquo;IRMf (environ 1,5 \u00e0 2 mm\u00b3) englobe plusieurs centaines de milliers de neurones, les chercheurs exploit\u00e8rent une pr\u00e9diction g\u00e9om\u00e9trique audacieuse : si les cellules de grille partagent une orientation axiale coh\u00e9rente au sein d&rsquo;un m\u00eame module anatomique, la d\u00e9charge globale de la population devrait varier en fonction de l&rsquo;angle de d\u00e9placement du sujet. Ils mirent en \u00e9vidence une modulation sinuso\u00efdale du signal BOLD pr\u00e9sentant pr\u00e9cis\u00e9ment une <strong>sym\u00e9trie rotationnelle d&rsquo;ordre 6<\/strong> (une p\u00e9riodicit\u00e9 de 60 degr\u00e9s) dans le cortex entorhinal m\u00e9dial humain. L&rsquo;amplitude de ce signal de modulation hexagonale s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e directement corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9cision et aux performances des volontaires lors des tests de rappel de localisation et d&rsquo;int\u00e9gration de chemin, apportant la premi\u00e8re signature non invasive de ce r\u00e9seau chez l&rsquo;homme.<\/p>\n<h3>10.2 L&rsquo;\u00e9lectrophysiologie intracr\u00e2nienne chez les patients \u00e9pileptiques<\/h3>\n<p>La preuve directe et d\u00e9finitive de l&rsquo;existence de cellules de grille unitaires chez l&rsquo;\u00eatre humain fut apport\u00e9e en 2013 par l&rsquo;\u00e9quipe de Joshua Jacobs et Michael Kahana. Cette avanc\u00e9e fut rendue possible gr\u00e2ce \u00e0 la collaboration de patients souffrant d&rsquo;\u00e9pilepsie pharmacor\u00e9sistante s\u00e9v\u00e8re, hospitalis\u00e9s pour des \u00e9valuations pr\u00e9-chirurgicales n\u00e9cessitant l&rsquo;implantation temporaire d&rsquo;<strong>\u00e9lectrodes intracr\u00e2niennes profondes<\/strong> pour localiser les foyers \u00e9pileptog\u00e8nes.<\/p>\n<p>Au cours de s\u00e9ances exp\u00e9rimentales au chevet des patients, ces derniers pilotaient un joystick pour explorer une ar\u00e8ne virtuelle circulaire sur \u00e9cran d&rsquo;ordinateur. En enregistrant les signaux unitaires dans le cortex entorhinal, les chercheurs isol\u00e8rent des neurones individuels dont les champs de d\u00e9charge dessinaient sans ambigu\u00eft\u00e9 des motifs triangulaires et hexagonaux p\u00e9riodiques r\u00e9guliers identiques \u00e0 ceux d\u00e9crits chez le rat par les Moser. Cette d\u00e9monstration \u00e9lectrophysiologique directe combla d\u00e9finitivement le foss\u00e9 entre les mod\u00e8les rongeurs et la neurophysiologie humaine, prouvant que la machinerie cellulaire de l&rsquo;espace est conserv\u00e9e de mani\u00e8re quasi inchang\u00e9e \u00e0 travers les esp\u00e8ces.<\/p>\n<h3>10.3 L&rsquo;extension aux espaces conceptuels et s\u00e9mantiques abstraits<\/h3>\n<p>L&rsquo;une des d\u00e9couvertes les plus vertigineuses de la derni\u00e8re d\u00e9cennie sugg\u00e8re que le r\u00f4le des cellules de grille ne se limite pas \u00e0 la navigation g\u00e9ographique physique, mais constitue une matrice de projection universelle pour la <strong>pens\u00e9e conceptuelle abstraite<\/strong>. Dans une s\u00e9rie d&rsquo;\u00e9tudes publi\u00e9es \u00e0 partir de 2016 (notamment par Alexandra Constantinescu, Peter Gardenfors et Jacob Bellmund), des sujets humains ont \u00e9t\u00e9 entra\u00een\u00e9s \u00e0 naviguer non plus dans une ar\u00e8ne spatiale, mais au sein d&rsquo;un \u00ab espace d&rsquo;attributs \u00bb continu d\u00e9fini par deux dimensions non spatiales (par exemple, la longueur du cou et la longueur des pattes d&rsquo;oiseaux dessin\u00e9s sur \u00e9cran).<\/p>\n<p>Les enregistrements en IRMf ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que lorsque les volontaires modifiaient mentalement les caract\u00e9ristiques morphologiques de ces stimuli le long de ces deux axes continus, le cortex entorhinal g\u00e9n\u00e9rait la m\u00eame modulation sinuso\u00efdale hexagonale \u00e0 six volets caract\u00e9ristique des cellules de grille. Ce r\u00e9sultat r\u00e9volutionnaire indique que l&rsquo;architecture computationnelle d\u00e9couverte par May-Britt et Edvard Moser pour la g\u00e9olocalisation corporelle a \u00e9t\u00e9 coopt\u00e9e au cours de l&rsquo;\u00e9volution des primates pour cartographier les r\u00e9seaux s\u00e9mantiques, les hi\u00e9rarchies sociales, les liens logiques et la manipulation des concepts abstraits, fournissant un substrat biologique concret \u00e0 la spatialit\u00e9 intrins\u00e8que du langage et de la pens\u00e9e humaine.<\/p>\n<h2>11. Implications cliniques : Pathologies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives et biomarqueurs<\/h2>\n<h3>11.1 La vuln\u00e9rabilit\u00e9 s\u00e9lective du cortex entorhinal dans la maladie d&rsquo;Alzheimer<\/h3>\n<p>La d\u00e9couverte des cellules de grille a jet\u00e9 une lumi\u00e8re clinique d&rsquo;une port\u00e9e inestimable sur la compr\u00e9hension physiopathologique pr\u00e9coce de la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.who.int\/news-room\/fact-sheets\/detail\/dementia\">maladie d&rsquo;Alzheimer<\/a>. Depuis les travaux anatomopathologiques historiques d&rsquo;Heiko et Eva Braak (stadification de Braak), il est formellement \u00e9tabli que le cortex entorhinal et la r\u00e9gion transentorhinale constituent le site initial d&rsquo;accumulation des enchev\u00eatrements neurofibrillaires de <strong>prot\u00e9ine tau hyperphosphoryl\u00e9e<\/strong>, bien avant que la pathologie ne diffuse vers l&rsquo;hippocampe et le reste du n\u00e9ocortex associatif.<\/p>\n<p>Cette vuln\u00e9rabilit\u00e9 s\u00e9lective des couches superficielles du MEC explique cliniquement l&rsquo;un des sympt\u00f4mes inauguraux les plus universels et d\u00e9routants de la phase prodromale de la maladie : la <strong>d\u00e9sorientation spatiale<\/strong>. Les patients aux tout premiers stades se perdent dans des environnements familiers, peinent \u00e0 \u00e9valuer les distances ou ne parviennent plus \u00e0 recalculer un itin\u00e9raire direct lorsqu&rsquo;un chemin habituel est bloqu\u00e9. L&rsquo;effondrement pr\u00e9coce des microcircuits sous-tendant la m\u00e9trique hexagonale des cellules de grille prive le cerveau de son syst\u00e8me de coordonn\u00e9es de r\u00e9f\u00e9rence, provoquant la rupture fonctionnelle de la navigation bien avant l&rsquo;apparition de l&rsquo;amn\u00e9sie \u00e9pisodique r\u00e9trograde massive cons\u00e9cutive \u00e0 l&rsquo;atteinte hippocampique ult\u00e9rieure.<\/p>\n<h3>11.2 Les tests de navigation spatiale comme outils de diagnostic pr\u00e9coce<\/h3>\n<p>Face aux limites des tests neuropsychologiques traditionnels fond\u00e9s sur la m\u00e9morisation verbale de listes de mots \u2014 qui ne d\u00e9tectent la maladie qu&rsquo;\u00e0 un stade o\u00f9 les l\u00e9sions synaptiques hippocampiques et corticales sont d\u00e9j\u00e0 massives et irr\u00e9versibles \u2014, les cliniciens se sont empar\u00e9s des paradigmes d\u00e9riv\u00e9s des cellules de grille pour concevoir de nouveaux <strong>biomarqueurs fonctionnels non invasifs<\/strong>.<\/p>\n<p>Des protocoles d&rsquo;int\u00e9gration de chemin en r\u00e9alit\u00e9 virtuelle immersive (casques VR ou environnements simul\u00e9s) ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9s pour tester la capacit\u00e9 des sujets \u00e2g\u00e9s \u00e0 maintenir leur position m\u00e9trique sans indices visuels permanents. Les travaux men\u00e9s par Lukas Kunz, Nikolai Axmacher et leurs collaborateurs ont notamment d\u00e9montr\u00e9 que de jeunes adultes asymptomatiques porteurs de l&rsquo;all\u00e8le \u00e0 risque <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"varepsilon4\">$varepsilon4$<\/span> du g\u00e8ne de l&rsquo;<strong>apolipoprot\u00e9ine E (APOE-<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"varepsilon4\">$varepsilon4$<\/span>)<\/strong> pr\u00e9sentent d\u00e9j\u00e0 une r\u00e9duction significative de la modulation hexagonale de grille dans le cortex entorhinal, coupl\u00e9e \u00e0 des d\u00e9ficits subcliniques subtils dans l&rsquo;\u00e9valuation des distances virtuelles. Ces tests comportementaux de haute sensibilit\u00e9 permettent d&rsquo;identifier les individus \u00e0 haut risque neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratif des ann\u00e9es, voire des d\u00e9cennies, avant l&rsquo;\u00e9mergence des premiers d\u00e9ficits mn\u00e9siques d\u00e9tectables par les bilans conventionnels, ouvrant une fen\u00eatre d&rsquo;intervention th\u00e9rapeutique pr\u00e9ventive sans pr\u00e9c\u00e9dent.<\/p>\n<h3>11.3 Les mod\u00e8les d&rsquo;ing\u00e9nierie biom\u00e9dicale et r\u00e9habilitation cognitive<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploitation translationnelle de ces d\u00e9couvertes s&rsquo;\u00e9tend d\u00e9sormais aux interfaces num\u00e9riques et aux protocoles d&rsquo;ing\u00e9nierie cognitive. L&rsquo;initiative mondiale <em>Sea Hero Quest<\/em>, un jeu vid\u00e9o sur smartphone d\u00e9velopp\u00e9 en partenariat avec des chercheurs de University College London et de l&rsquo;Universit\u00e9 d&rsquo;East Anglia, a permis de recueillir les trajectoires de navigation de plus de quatre millions de participants \u00e0 travers le monde, constituant la plus vaste base de donn\u00e9es \u00e9pid\u00e9miologique sur la navigation spatiale humaine et \u00e9tablissant des courbes de r\u00e9f\u00e9rence universelles de d\u00e9clins m\u00e9triques li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, des approches de r\u00e9habilitation cognitive informatis\u00e9e ciblent sp\u00e9cifiquement la stimulation des r\u00e9seaux entorhinaux par des exercices quotidiens d&rsquo;odom\u00e9trie virtuelle. En neurochirurgie fonctionnelle, des essais pionniers \u00e9valuent la <strong>stimulation c\u00e9r\u00e9brale profonde (DBS)<\/strong> du cortex entorhinal et du fornix, cherchant \u00e0 r\u00e9initialiser les rythmes de synchronisation \u00e9lectrique locaux et \u00e0 restaurer la plasticit\u00e9 synaptique des circuits de grille d\u00e9grad\u00e9s chez les patients atteints de troubles cognitifs l\u00e9gers (MCI).<\/p>\n<h2>12. \u00c9volution m\u00e9thodologique, intelligence artificielle et perspectives futures<\/h2>\n<h3>12.1 Innovations techniques : Neuropixels, imagerie calcique et microscopie biphotonique<\/h3>\n<p>Quinze \u00e0 vingt ans apr\u00e8s l&rsquo;exp\u00e9rience fondatrice de 2005, les progr\u00e8s technologiques fulgurants ont propuls\u00e9 l&rsquo;\u00e9tude des cellules de grille dans une nouvelle \u00e8re m\u00e9thodologique. L&rsquo;av\u00e8nement des sondes d&rsquo;\u00e9lectrophysiologie en silicium de haute densit\u00e9, telles que les <strong>sondes Neuropixels<\/strong>, permet d\u00e9sormais d&rsquo;enregistrer simultan\u00e9ment l&rsquo;activit\u00e9 de plusieurs centaines, voire de milliers de neurones individuels \u00e0 travers l&rsquo;ensemble des couches laminaires du cortex entorhinal et de l&rsquo;hippocampe chez un m\u00eame animal vigile.<\/p>\n<p>Conjointement, le d\u00e9veloppement de l&rsquo;<strong>imagerie calcique in vivo par microscopie biphotonique<\/strong> chez la souris naviguant sur une sph\u00e8re flottante en r\u00e9alit\u00e9 virtuelle a lev\u00e9 le voile sur l&rsquo;organisation anatomique microscopique r\u00e9elle du r\u00e9seau. Ces techniques optiques ont permis de visualiser pour la premi\u00e8re fois la disposition spatiale physique des neurones de grille au sein du cortex, confirmant que des cellules pr\u00e9sentant des phases spatiales diff\u00e9rentes sont m\u00e9lang\u00e9es de mani\u00e8re intime dans le tissu, conform\u00e9ment aux pr\u00e9dictions des mod\u00e8les d&rsquo;attracteurs continus. De surcro\u00eet, les investigations contemporaines s&rsquo;attaquent d\u00e9sormais \u00e0 la cartographie tridimensionnelle volum\u00e9trique chez les animaux arboricoles ou en vol libre, r\u00e9v\u00e9lant des structures de d\u00e9charge anisotropes et posant des questions g\u00e9om\u00e9triques fascinantes sur l&rsquo;adaptation des r\u00e9seaux de pavage dans des espaces non euclidiens.<\/p>\n<h3>12.2 Convergence avec l&rsquo;intelligence artificielle et l&rsquo;apprentissage profond<\/h3>\n<p>L&rsquo;un des d\u00e9veloppements les plus spectaculaires issus des travaux des Moser r\u00e9side dans leur impact fertilisant sur l&rsquo;<strong>intelligence artificielle (IA)<\/strong> et l&rsquo;apprentissage par renforcement profond (<em>deep reinforcement learning<\/em>). En 2018, une \u00e9quipe de chercheurs de Google DeepMind dirig\u00e9e par Andrea Banino et Dharshan Kumaran a entra\u00een\u00e9 un r\u00e9seau de neurones r\u00e9currents artificiel \u00e0 r\u00e9soudre des t\u00e2ches complexes de localisation et d&rsquo;int\u00e9gration de chemin dans un espace virtuel.<\/p>\n<p>Sans que les concepteurs du r\u00e9seau n&rsquo;aient programm\u00e9 la moindre r\u00e8gle g\u00e9om\u00e9trique explicite dans le code algorithmique, des unit\u00e9s internes du r\u00e9seau de neurones ont spontan\u00e9ment d\u00e9velopp\u00e9 des champs de d\u00e9charge p\u00e9riodiques adoptant une <strong>sym\u00e9trie hexagonale triangulaire<\/strong> indiscernable des cellules de grille biologiques. Cette convergence math\u00e9matique r\u00e9trospective apporte une validation fondamentale : elle d\u00e9montre que le pavage hexagonal n&rsquo;est pas un accident de l&rsquo;\u00e9volution biologique, mais repr\u00e9sente la solution computationnelle optimale universelle dict\u00e9e par les lois de l&rsquo;alg\u00e8bre lin\u00e9aire et de l&rsquo;efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique pour tout syst\u00e8me (artificiel ou biologique) contraint de naviguer de mani\u00e8re autonome dans un espace bidimensionnel continu sans signaux externes constants.<\/p>\n<h3>12.3 Synth\u00e8se \u00e9pist\u00e9mologique et h\u00e9ritage intellectuel des Moser<\/h3>\n<p>L&rsquo;exp\u00e9rience pionni\u00e8re de 2005 et le corpus th\u00e9orique colossal \u00e9rig\u00e9 depuis lors par May-Britt et Edvard Moser au sein de l&rsquo;<strong>Institut Kavli pour les neurosciences des syst\u00e8mes<\/strong> \u00e0 Trondheim incarnent un changement de paradigme fondamental dans les sciences du vivant. Le laboratoire des Moser a d\u00e9montr\u00e9 avec \u00e9clat que le fonctionnement de l&rsquo;esprit ne peut \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9 ni par un localisationnisme r\u00e9ducteur isolant des \u00ab centres \u00bb c\u00e9r\u00e9braux sp\u00e9cialis\u00e9s, ni par un holisme n\u00e9buleux ignorant les sp\u00e9cificit\u00e9s cellulaires.<\/p>\n<p>En d\u00e9cryptant comment des populations de neurones coordonnent leurs dynamiques \u00e9mergentes pour mat\u00e9rialiser les formes g\u00e9om\u00e9triques de la pens\u00e9e, May-Britt et Edvard Moser ont transform\u00e9 une intuition philosophique sur l&rsquo;espace en une discipline biologique quantifiable, \u00e9l\u00e9gante et rigoureuse. L&rsquo;exp\u00e9rience de d\u00e9couverte des cellules de grille demeure, et restera sans nul doute dans l&rsquo;histoire universelle des sciences contemporaines, comme l&rsquo;un des accomplissements exp\u00e9rimentaux et th\u00e9oriques les plus \u00e9clatants jamais r\u00e9alis\u00e9s dans la qu\u00eate de l&rsquo;homme pour percer les myst\u00e8res de son propre esprit.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Banino, A., Barry, C., Uria, B., Blundell, C., Lillicrap, T., Mirowski, P., Pritzel, A., Chadwick, M. J., Degris, T., Modayil, J., Wayne, G., Soyer, H., Rao, R., Zhu, R., Goroshin, R., Wayne, V., Kumaran, D., &#038; Hassabis, D. (2018). Vector-based navigation using grid-like representations in artificial agents. <em>Nature<\/em>, 557(7705), 429\u2013433. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/s41586-018-0102-6\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/s41586-018-0102-6<\/a><\/li>\n<li>Bellmund, J. L., G\u00e4rdenfors, P., Norimoto, H., &#038; Doeller, C. F. (2018). Navigating cognition: Spatial codes for human thinking. <em>Science<\/em>, 362(6415), eaat6766. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.aat6766\">https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.aat6766<\/a><\/li>\n<li>Burak, Y., &#038; Fiete, I. R. (2009). Accurate path integration in continuous attractor network models of grid cells. <em>PLoS Computational Biology<\/em>, 5(2), e1000291. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1371\/journal.pcbi.1000291\">https:\/\/doi.org\/10.1371\/journal.pcbi.1000291<\/a><\/li>\n<li>Burgess, N., Barry, C., &#038; O&rsquo;Keefe, J. (2007). An oscillatory interference model of grid cell firing. <em>Hippocampus<\/em>, 17(9), 801\u2013812. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1002\/hipo.20327\">https:\/\/doi.org\/10.1002\/hipo.20327<\/a><\/li>\n<li>Constantinescu, A. O., O&rsquo;Reilly, J. X., &#038; Behrens, T. E. (2016). Organizing conceptual knowledge in humans with a gridlike code. <em>Science<\/em>, 352(6292), 1464\u20131468. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.aaf0941\">https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.aaf0941<\/a><\/li>\n<li>Doeller, C. F., Barry, C., &#038; Burgess, N. (2010). Evidence for grid cells in a human memory network. <em>Nature<\/em>, 463(7281), 657\u2013661. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/nature08704\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/nature08704<\/a><\/li>\n<li>Fyhn, M., Molden, S., Witter, M. P., Moser, E. I., &#038; Moser, M.-B. (2004). Spatial representation in the entorhinal cortex. <em>Science<\/em>, 305(5688), 1258\u20131264. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.1099901\">https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.1099901<\/a><\/li>\n<li>Hafting, T., Fyhn, M., Molden, S., Moser, M.-B., &#038; Moser, E. I. (2005). Microstructure of a spatial map in the entorhinal cortex. <em>Nature<\/em>, 436(7052), 801\u2013806. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/nature03721\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/nature03721<\/a><\/li>\n<li>Jacobs, J., Weidemann, C. T., Miller, J. F., Solway, A., Burke, J. F., Wei, X. X., Suthana, N., Sperling, M. R., Sharan, A. D., Fried, I., &#038; Kahana, M. J. (2013). Direct recordings of grid-like neuronal activity in human spatial navigation. <em>Nature Neuroscience<\/em>, 16(9), 1188\u20131190. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/nn.3466\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/nn.3466<\/a><\/li>\n<li>Kropff, E., Carmichael, J. E., Moser, M.-B., &#038; Moser, E. I. (2015). Speed cells in the medial entorhinal cortex. <em>Nature<\/em>, 523(7561), 419\u2013424. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/nature14622\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/nature14622<\/a><\/li>\n<li>Kunz, L., Schroeder, T. N., Lee, H., Montag, C., Lachmann, B., Sariyska, R., Reuter, M., Stirnberg, R., St\u00f6cker, T., Messing-Floeter, P. C., Fell, J., Doeller, C. F., &#038; Axmacher, N. (2015). Reduced grid-cell-like representations in adults at risk for Alzheimer&rsquo;s disease. <em>Science<\/em>, 350(6259), 430\u2013435. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.aac8128\">https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.aac8128<\/a><\/li>\n<li>Moser, E. I., Kropff, E., &#038; Moser, M.-B. (2008). Place cells, grid cells, and the brain&rsquo;s spatial representation system. <em>Annual Review of Neuroscience<\/em>, 31, 69\u201389. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1146\/annurev.neuro.31.061307.090723\">https:\/\/doi.org\/10.1146\/annurev.neuro.31.061307.090723<\/a><\/li>\n<li>Moser, M.-B., Rowland, D. C., &#038; Moser, E. I. (2015). Place cells, grid cells, and memory. <em>Cold Spring Harbor Perspectives in Medicine<\/em>, 5(2), a021808. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1101\/cshperspect.a021808\">https:\/\/doi.org\/10.1101\/cshperspect.a021808<\/a><\/li>\n<li>O&rsquo;Keefe, J., &#038; Dostrovsky, J. (1971). The hippocampus as a spatial map: Preliminary evidence from unit activity in the freely-moving rat. <em>Brain Research<\/em>, 34(1), 171\u2013175. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0006-8993(71)90358-1\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0006-8993(71)90358-1<\/a><\/li>\n<li>O&rsquo;Keefe, J., &#038; Nadel, L. (1978). <em>The Hippocampus as a Cognitive Map<\/em>. Oxford University Press.<\/li>\n<li>Solstad, T., Boccara, C. N., Kropff, E., Moser, M.-B., &#038; Moser, E. I. (2008). Representation of geometric borders in the entorhinal cortex. <em>Science<\/em>, 322(5909), 1865\u20131868. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.1166466\">https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.1166466<\/a><\/li>\n<li>Tolman, E. C. (1948). Cognitive maps in rats and men. <em>Psychological Review<\/em>, 55(4), 189\u2013208. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0061626\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0061626<\/a><\/li>\n<li>Tsao, A., Sugar, J., Lu, L., Wang, C., Knierim, J. J., Moser, M.-B., &#038; Moser, E. I. (2018). Integrating time from experience in the lateral entorhinal cortex. <em>Nature<\/em>, 561(7721), 57\u201362. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/s41586-018-0459-6\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/s41586-018-0459-6<\/a><\/li>\n<li>Yartsev, M. M., Witter, M. P., &#038; Ulanovsky, N. (2011). Grid cells without theta oscillations in the echolocating bat. <em>Nature<\/em>, 479(7371), 103\u2013107. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/nature10583\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/nature10583<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Analyse acad\u00e9mique approfondie de l&rsquo;exp\u00e9rience pionni\u00e8re des \u00e9poux Moser sur la d\u00e9couverte des cellules de grille et le syst\u00e8me de positionnement c\u00e9r\u00e9bral.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","template":"","categories":[459,647],"tags":[6644,6647,6646,6645,6648],"class_list":["post-4704","psych_experiment","type-psych_experiment","status-publish","hentry","category-neurosciences","category-psychologie-cognitive","tag-cellules-de-grille","tag-cortex-entorhinal","tag-edvard-moser","tag-may-britt-moser","tag-navigation-spatiale"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_experiment\/4704","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_experiment"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_experiment"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4704"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_experiment\/4704\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4704"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4704"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4704"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}