{"id":4522,"date":"2026-09-11T09:06:11","date_gmt":"2026-09-11T09:06:11","guid":{"rendered":"http:\/\/french.arabpsychology.com\/experiments\/experience-stimulation-electrique-cortex-chien-hitzig-fritsch\/"},"modified":"2026-09-11T09:06:11","modified_gmt":"2026-09-11T09:06:11","slug":"experience-stimulation-electrique-cortex-chien-hitzig-fritsch","status":"publish","type":"psych_experiment","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_experiment=experience-stimulation-electrique-cortex-chien-hitzig-fritsch","title":{"rendered":"L&rsquo;exp\u00e9rience de stimulation \u00e9lectrique du cortex du chien &#8211; Eduard Hitzig et Gustav Fritsch"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;histoire de la neurologie moderne et des neurosciences fondamentales s&rsquo;est construite sur une succession de ruptures conceptuelles, dont l&rsquo;une des plus spectaculaires et f\u00e9condes s&rsquo;est produite au cours du printemps 1870 dans un appartement berlinois. Jusqu&rsquo;alors domin\u00e9e par une vision holiste et unitaire du cerveau, solidement ancr\u00e9e dans l&rsquo;autorit\u00e9 incontest\u00e9e de physiologistes comme <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Pierre_Flourens\">Pierre Flourens<\/a>, la communaut\u00e9 scientifique internationale consid\u00e9rait la substance corticale comme un tissu totalement insensible, inexcitable et fonctionnellement homog\u00e8ne. Cette conception m\u00e9taphysique et exp\u00e9rimentale postulait que les facult\u00e9s intellectuelles, la volont\u00e9 et l&rsquo;initiation des actes moteurs r\u00e9sidaient de mani\u00e8re diffuse dans les h\u00e9misph\u00e8res c\u00e9r\u00e9braux, sans qu&rsquo;aucune r\u00e9gion anatomique sp\u00e9cifique ne p\u00fbt \u00eatre assign\u00e9e \u00e0 une commande somatique particuli\u00e8re.<\/p>\n<p>C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment ce dogme centenaire que deux jeunes m\u00e9decins prussiens, l&rsquo;ali\u00e9niste <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Eduard_Hitzig\">Eduard Hitzig<\/a> et l&rsquo;anatomiste <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Gustav_Fritsch\">Gustav Fritsch<\/a>, ont fait voler en \u00e9clats par une s\u00e9rie d&rsquo;exp\u00e9riences d&rsquo;une audace m\u00e9thodologique remarquable. En appliquant des impulsions de courant galvanique faible directement sur la surface expos\u00e9e du cortex c\u00e9r\u00e9bral de chiens vivants, ils mirent en \u00e9vidence, avec une clart\u00e9 irr\u00e9futable, la gen\u00e8se de mouvements musculaires distincts, pr\u00e9cis\u00e9ment reproductibles et strictement controlat\u00e9raux. Pour la toute premi\u00e8re fois dans l&rsquo;histoire des sciences biom\u00e9dicales, l&rsquo;existence de centres moteurs corticaux \u00e9lectriquement r\u00e9actifs et topographiquement circonscrits passait du statut de sp\u00e9culation philosophique ou de d\u00e9duction anatomo-clinique indirecte \u00e0 celui de fait physiologique d\u00e9montrable <em>in vivo<\/em>.<\/p>\n<p>Leur m\u00e9moire princeps, intitul\u00e9 <em>\u00ab Ueber die elektrische Erregbarkeit des Grosshirns \u00bb<\/em> (De l&rsquo;excitabilit\u00e9 \u00e9lectrique du cerveau) et publi\u00e9 en 1870, ne s&rsquo;est pas content\u00e9 d&rsquo;inaugurer la cartographie motrice n\u00e9ocorticale : il a red\u00e9fini l&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie de l&rsquo;esprit, jet\u00e9 les bases mat\u00e9rielles du localisationnisme c\u00e9r\u00e9bral moderne, pr\u00e9par\u00e9 l&rsquo;av\u00e8nement de la neurochirurgie fonctionnelle et ouvert la voie qui m\u00e8nera, un si\u00e8cle plus tard, \u00e0 la stimulation c\u00e9r\u00e9brale profonde et aux interfaces cerveau-machine. Cet article se propose d&rsquo;examiner dans le d\u00e9tail la gen\u00e8se, le d\u00e9roulement, les implications m\u00e9thodologiques et la port\u00e9e historique immense de cette exp\u00e9rience fondatrice de la neurophysiologie contemporaine.<\/p>\n<h2>1. Le contexte \u00e9pist\u00e9mologique et scientifique de la neurophysiologie au XIXe si\u00e8cle<\/h2>\n<h3>1.1 Le dogme de l&rsquo;inexcitabilit\u00e9 du cortex c\u00e9r\u00e9bral<\/h3>\n<p>Au cours de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle, la physiologie exp\u00e9rimentale de l&rsquo;enc\u00e9phale est \u00e9cras\u00e9e par la figure tut\u00e9laire de Marie-Jean-Pierre Flourens, secr\u00e9taire perp\u00e9tuel de l&rsquo;Acad\u00e9mie des sciences de Paris et disciple admir\u00e9 de Georges Cuvier. \u00c0 travers ses c\u00e9l\u00e8bres travaux de vivisection sur les pigeons, les lapins et les chiens, Flourens avait d\u00e9velopp\u00e9 le concept d&rsquo;action commune et d&rsquo;\u00e9quipotentialit\u00e9 des h\u00e9misph\u00e8res c\u00e9r\u00e9braux. Selon sa formule devenue c\u00e9l\u00e8bre, \u00ab toutes les sensations, toutes les perceptions et toutes les volitions occupent concurremment le m\u00eame si\u00e8ge dans ces organes ; la facult\u00e9 de sentir, de percevoir et de vouloir n&rsquo;est qu&rsquo;une facult\u00e9 essentiellement une \u00bb. Pour Flourens, l&rsquo;excision progressive du tissu c\u00e9r\u00e9bral entra\u00eenait un affaiblissement graduel et sym\u00e9trique de l&rsquo;ensemble des facult\u00e9s intellectuelles et motrices sans jamais provoquer la paralysie s\u00e9lective d&rsquo;un membre particulier, jusqu&rsquo;au seuil critique o\u00f9 l&rsquo;animal sombrait dans un \u00e9tat de stupeur v\u00e9g\u00e9tative indiff\u00e9renci\u00e9e.<\/p>\n<p>Cette th\u00e9orie holiste s&rsquo;appuyait sur une s\u00e9rie d&rsquo;\u00e9checs m\u00e9thodologiques patents. De nombreux exp\u00e9rimentateurs avant 1870 \u2014 parmi lesquels Albrecht von Haller au XVIIIe si\u00e8cle, Fran\u00e7ois Magendie, Luigi Rolando, ainsi que Flourens lui-m\u00eame \u2014 avaient soumis le cortex c\u00e9r\u00e9bral \u00e0 diverses stimulations m\u00e9caniques (piq\u00fbres de scalpel, pincements, dilac\u00e9rations), thermiques (fers chauff\u00e9s au rouge) et chimiques (acides concentr\u00e9s). Dans l&rsquo;ensemble de ces protocoles, le parenchyme c\u00e9r\u00e9bral s&rsquo;\u00e9tait r\u00e9v\u00e9l\u00e9 totalement muet : l&rsquo;animal ne manifestait aucune douleur apparente, ne sursautait point et n&rsquo;\u00e9mettait aucune contraction musculaire. Les tentatives pr\u00e9coces d&rsquo;\u00e9lectrisation des h\u00e9misph\u00e8res \u00e0 l&rsquo;aide de bouteilles de Leyde ou d&rsquo;appareils \u00e0 \u00e9tincelles statiques s&rsquo;\u00e9taient sold\u00e9es soit par l&rsquo;absence de r\u00e9ponse motrice, soit par des convulsions \u00e9pileptiformes g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es dues \u00e0 un foudroyage \u00e9lectrique massif et d\u00e9sordonn\u00e9, masquant toute s\u00e9lectivit\u00e9 anatomique.<\/p>\n<p>Ces constatations n\u00e9gatives r\u00e9p\u00e9t\u00e9es avaient fini par forger un v\u00e9ritable dogme d&rsquo;\u00e9cole : le cortex \u00e9tait fondamentalement anesth\u00e9sique et inexcitable. Il \u00e9tait admis dans les trait\u00e9s de m\u00e9decine les plus autoris\u00e9s que l&rsquo;\u00e9corce grise n&rsquo;intervenait d&rsquo;aucune mani\u00e8re dans les actes r\u00e9flexes ou les d\u00e9clenchements moteurs, mais constituait le sanctuaire immarcescible de la pens\u00e9e et de la conscience morale, entit\u00e9s r\u00e9put\u00e9es trop nobles et indivisibles pour s&rsquo;abaisser \u00e0 une quelconque segmentation m\u00e9canique. L&rsquo;investigation physique directe du cerveau par l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 \u00e9tait d\u00e8s lors jug\u00e9e st\u00e9rile, voire insens\u00e9e par l&rsquo;orthodoxie acad\u00e9mique europ\u00e9enne.<\/p>\n<h3>1.2 L&rsquo;\u00e9mergence des th\u00e9ories de localisation c\u00e9r\u00e9brale<\/h3>\n<p>En marge de ce consensus acad\u00e9mique officiel, des l\u00e9zardes conceptuelles commenc\u00e8rent \u00e0 fissurer l&rsquo;\u00e9difice unitaire au milieu du si\u00e8cle. Le mouvement initial, bien que lourdement discr\u00e9dit\u00e9 par ses d\u00e9rives charlatanesques, trouva son origine dans l&rsquo;organologie de Franz Joseph Gall. Bien que la phr\u00e9nologie pr\u00e9tendant d\u00e9duire les penchants moraux et intellectuels \u00e0 partir de la palpation des bosses cr\u00e2niennes e\u00fbt \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9e par l&rsquo;acad\u00e9mie, Gall avait formul\u00e9 une intuition r\u00e9volutionnaire : le cerveau n&rsquo;est pas un organe unique mais un agr\u00e9gat d&rsquo;organes distincts sous-tendant des fonctions psychiques particuli\u00e8res. D\u00e9barrass\u00e9e de son outillage cranioscopique fallacieux, l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une compartimentation c\u00e9r\u00e9brale subsistait dans l&rsquo;esprit de cliniciens h\u00e9t\u00e9rodoxes.<\/p>\n<p>La rupture \u00e9pist\u00e9mologique d\u00e9cisive intervint en 1861 lors de la m\u00e9morable communication de <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Paul_Broca\">Paul Broca<\/a> devant la Soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;Anthropologie de Paris. En autopsiant le cerveau de son c\u00e9l\u00e8bre patient Leborgne \u2014 surnomm\u00e9 \u00ab Tan-Tan \u00bb en raison de la seule syllabe qu&rsquo;il parvenait encore \u00e0 articuler \u2014, Broca d\u00e9montra qu&rsquo;une l\u00e9sion circonscrite de la troisi\u00e8me circonvolution frontale inf\u00e9rieure gauche entra\u00eenait une abolition sp\u00e9cifique du langage articul\u00e9 (aph\u00e9mie), sans paralysie de la langue ni d\u00e9ficit global de l&rsquo;intelligence. Pour la premi\u00e8re fois, la preuve anatomo-pathologique rigoureuse venait attester qu&rsquo;une fonction cognitive hautement complexe et un acte moteur coordonn\u00e9 d\u00e9pendaient d&rsquo;un territoire cortical strictement individualis\u00e9.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, en Angleterre, le jeune neurologue <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/John_Hughlings_Jackson\">John Hughlings Jackson<\/a> \u00e9tudiait avec minutie les convulsions unilat\u00e9rales d\u00e9butant de fa\u00e7on invariable par un segment corporel pr\u00e9cis (comme le pouce ou le coin des l\u00e8vres) pour s&rsquo;\u00e9tendre progressivement au reste du corps selon une marche st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e \u2014 affection qui portera bient\u00f4t le nom d&rsquo;\u00e9pilepsie jacksonienne. Jackson d\u00e9duisit de cette s\u00e9miologie clinique que la convulsion r\u00e9sultait d&rsquo;une \u00ab d\u00e9charge excessive, soudaine et d\u00e9sordonn\u00e9e \u00bb de cellules nerveuses situ\u00e9es dans les circonvolutions c\u00e9r\u00e9brales bordant le sillon central. Il postula avec une clairvoyance g\u00e9niale l&rsquo;existence d&rsquo;une v\u00e9ritable cartographie somatotopique au sein du n\u00e9ocortex, o\u00f9 chaque groupe de muscles devait \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9 de fa\u00e7on ordonn\u00e9e. Cependant, ses th\u00e8ses purement d\u00e9ductives manquaient encore de la sanction absolue de la preuve exp\u00e9rimentale directe.<\/p>\n<h3>1.3 Le d\u00e9veloppement de l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie moderne<\/h3>\n<p>L&rsquo;essor de l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie au sein des universit\u00e9s germaniques dans les ann\u00e9es 1840-1860 apporta les fondements instrumentaux et conceptuels indispensables pour renouveler l&rsquo;approche de la mati\u00e8re vivante. Sous l&rsquo;impulsion de Johannes Peter M\u00fcller et surtout de son brillant \u00e9l\u00e8ve <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Emil_du_Bois-Reymond\">Emil du Bois-Reymond<\/a>, la doctrine du fluide vital fut balay\u00e9e au profit d&rsquo;une physique rigoureuse des potentiels bio\u00e9lectriques. En 1848, avec la publication de ses <em>Untersuchungen \u00fcber thierische Elektricit\u00e4t<\/em>, du Bois-Reymond d\u00e9montra l&rsquo;existence de courants de repos dans les nerfs et les muscles et prouva que l&rsquo;influx nerveux se manifeste sous la forme d&rsquo;une onde d&rsquo;oscillation \u00e9lectrique n\u00e9gative \u2014 le futur potentiel d&rsquo;action.<\/p>\n<p>Dans le m\u00eame temps, les appareils de production et de mesure de l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 connaissaient des perfectionnements techniques majeurs. Deux types de courants \u00e9taient d\u00e9sormais \u00e0 la disposition des physiologistes :<\/p>\n<ul>\n<li>Le <strong>courant galvanique continu<\/strong>, issu des piles chimiques invent\u00e9es par Alessandro Volta et perfectionn\u00e9es par John Frederic Daniell et Robert Bunsen, fournissant un flux d&rsquo;\u00e9lectrons stable, de faible voltage et hautement modulable.<\/li>\n<li>Le <strong>courant faradique<\/strong> ou courant d&rsquo;induction alternatif, d\u00e9couvert par Michael Faraday et op\u00e9rationnalis\u00e9 par l&rsquo;appareil \u00e0 chariot d&rsquo;Emil du Bois-Reymond et d&rsquo;Ernst von Br\u00fccke, produisant des trains d&rsquo;ondes br\u00e8ves \u00e0 haute fr\u00e9quence, particuli\u00e8rement aptes \u00e0 t\u00e9taniser les fibres musculaires.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Dans le domaine m\u00e9dical, l&rsquo;\u00e9lectroth\u00e9rapie connut un engouement sans pr\u00e9c\u00e9dent, notamment sous l&rsquo;impulsion de Guillaume Duchenne de Boulogne, qui employait le courant induit pour cartographier les muscles de la face et d\u00e9terminer l&rsquo;action isol\u00e9e de chaque faisceau moteur p\u00e9riph\u00e9rique. L&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;\u00e9tendre ces stimulations \u00e9lectriques des nerfs p\u00e9riph\u00e9riques vers les centres n\u00e9vralgiques les plus \u00e9lev\u00e9s de l&rsquo;organisme humain et animal commen\u00e7ait \u00e0 germer dans l&rsquo;esprit d&rsquo;une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de praticiens form\u00e9s aux imp\u00e9ratifs conjoints de la clinique et de la biophysique de laboratoire.<\/p>\n<h2>2. Les trajectoires biographiques d&rsquo;Eduard Hitzig et Gustav Fritsch<\/h2>\n<h3>2.1 Eduard Hitzig : Du clinicien ali\u00e9niste \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rimentateur<\/h3>\n<p>Eduard Hitzig naquit \u00e0 Berlin en 1838 au sein d&rsquo;une illustre famille de juristes et d&rsquo;architectes prussiens. Apr\u00e8s de solides \u00e9tudes de m\u00e9decine poursuivies \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Berlin et \u00e0 celle de Wurtzbourg, il re\u00e7ut l&rsquo;enseignement des plus grandes figures acad\u00e9miques de son temps, au premier rang desquelles figuraient le pathologiste Rudolf Virchow et le physiologiste Emil du Bois-Reymond. D&rsquo;abord orient\u00e9 vers la m\u00e9decine interne, il se tourna rapidement vers la neuropsychiatrie, exer\u00e7ant comme m\u00e9decin adjoint au sein de plusieurs asiles d&rsquo;ali\u00e9n\u00e9s de la r\u00e9gion berlinoise, notamment \u00e0 la Maison de Sant\u00e9 de Sch\u00f6neberg.<\/p>\n<p>Au contact quotidien des malades souffrant de d\u00e9mence paralytique, de m\u00e9lancolie et de n\u00e9vroses graves, Hitzig d\u00e9veloppa une attention clinique aigu\u00eb pour les d\u00e9r\u00e8glements de la motricit\u00e9 volontaire et les ph\u00e9nom\u00e8nes d&rsquo;alt\u00e9ration du tonus musculaire. Convaincu que les troubles mentaux reposaient sur des alt\u00e9rations somatiques mesurables du tissu nerveux central, il refusa l&rsquo;approche purement sp\u00e9culative de la psychiatrie romantique allemande. D\u00e8s les ann\u00e9es 1860, anim\u00e9 par les courants positivistes de l&rsquo;\u00e9poque, il chercha \u00e0 explorer l&rsquo;utilisation th\u00e9rapeutique des courants galvaniques faibles dans le traitement des c\u00e9phal\u00e9es, des paralysies hyst\u00e9riques et des affections vestibulaires, inaugurant ainsi les balbutiements de ce qui deviendrait la stimulation transcr\u00e2nienne.<\/p>\n<p>Cette activit\u00e9 de cabinet m\u00e9dical le mit en pr\u00e9sence de ph\u00e9nom\u00e8nes physiologiques troublants qu&rsquo;il fut incapable d&rsquo;expliquer par les th\u00e9ories r\u00e9gnantes de Flourens. D&rsquo;un temp\u00e9rament pugnace, m\u00e9thodique et volontiers intransigeant, Hitzig comprit rapidement que seule une d\u00e9marche de vivisection men\u00e9e avec une pr\u00e9cision chirurgicale permettrait de trancher le dilemme qui opposait ses constatations cliniques \u00e0 l&rsquo;orthodoxie de la physiologie acad\u00e9mique.<\/p>\n<h3>2.2 Gustav Fritsch : L&rsquo;anatomiste, anthropologue et explorateur<\/h3>\n<p>Gustav Fritsch, n\u00e9 \u00e0 Cottbus en 1838, incarnait une figure scientifique compl\u00e9mentaire mais fort diff\u00e9rente par sa sensibilit\u00e9 et son itin\u00e9raire. \u00c9l\u00e8ve lui aussi de l&rsquo;Universit\u00e9 de Berlin, il se sp\u00e9cialisa tr\u00e8s t\u00f4t dans l&rsquo;anatomie microscopique et l&rsquo;histologie compar\u00e9e des vert\u00e9br\u00e9s. Dot\u00e9 d&rsquo;une dext\u00e9rit\u00e9 chirurgicale exceptionnelle et d&rsquo;un sens aigu de l&rsquo;observation morphologique, Fritsch s&rsquo;\u00e9tait rapidement fait remarquer au sein de l&rsquo;Institut d&rsquo;Anatomie de Berlin par la pr\u00e9cision de ses dissections et la clart\u00e9 de ses pr\u00e9parations microscopiques.<\/p>\n<p>Son esprit d&rsquo;aventure l&rsquo;avait conduit, entre 1863 et 1866, \u00e0 mener une vaste exp\u00e9dition scientifique en Afrique australe. Au cours de ce p\u00e9riple, il avait r\u00e9alis\u00e9 d&rsquo;importantes \u00e9tudes ethnographiques, anthropologiques et g\u00e9ographiques, tout en perfectionnant ses talents de photographe scientifique naissant. \u00c0 son retour en Prusse, il publia des monographies salu\u00e9es sur les populations indig\u00e8nes et les poissons \u00e9lectriques, s&rsquo;int\u00e9ressant particuli\u00e8rement aux organes \u00e9lectriques de la torpille et du gymnote \u2014 un sujet qui le sensibilisa au plus haut point \u00e0 la production biologique d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 et \u00e0 son r\u00f4le dans la commande des tissus vivants.<\/p>\n<p>Nomm\u00e9 assistant \u00e0 l&rsquo;Institut d&rsquo;Anatomie de Berlin sous la direction de Karl Bogislaus Reichert, Fritsch apportait \u00e0 la recherche une ma\u00eetrise technique irr\u00e9prochable des instruments d&rsquo;optique, une connaissance encyclop\u00e9dique de l&rsquo;angio-architectonie et de la cytoarchitectonie c\u00e9r\u00e9brales, ainsi qu&rsquo;une habilet\u00e9 manuelle hors du commun pour pr\u00e9server l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 vasculaire des organes diss\u00e9qu\u00e9s.<\/p>\n<h3>2.3 La synergie intellectuelle et la gen\u00e8se d&rsquo;une collaboration historique<\/h3>\n<p>La rencontre entre Eduard Hitzig et Gustav Fritsch eut lieu \u00e0 Berlin vers la fin des ann\u00e9es 1860, au sein des cercles m\u00e9dicaux gravitant autour de la Soci\u00e9t\u00e9 M\u00e9dicale de Berlin. Les deux hommes partageaient un \u00e2ge identique \u2014 la trentaine pr\u00e9coce \u2014, une formation intellectuelle impr\u00e9gn\u00e9e du mat\u00e9rialisme scientifique de l&rsquo;\u00e9cole de Berlin et un rejet visc\u00e9ral des sp\u00e9culations a priori qui encombraient encore la psychologie et la physiologie de l&rsquo;\u00e9poque.<\/p>\n<p>Leur collaboration repr\u00e9senta un alliage m\u00e9thodologique id\u00e9al. Hitzig apportait les questionnements n\u00e9s de son exercice clinique, la curiosit\u00e9 pour l&rsquo;\u00e9lectroth\u00e9rapie et la conception th\u00e9orique du protocole de stimulation ; Fritsch fournissait la rigueur op\u00e9ratoire, le doigt\u00e9 anatomique indispensable \u00e0 la tr\u00e9panation sans effusion de sang toxique pour les tissus, et une connaissance fine de la morphologie des scissures et circonvolutions du cerveau des mammif\u00e8res. Conscients de s&rsquo;attaquer \u00e0 l&rsquo;un des plus grands dogmes de leur discipline, ils unirent leurs efforts dans la plus stricte discr\u00e9tion afin de mettre \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve l&rsquo;hypoth\u00e8se de l&rsquo;excitabilit\u00e9 \u00e9lectrique corticale.<\/p>\n<h2>3. Les observations pr\u00e9liminaires et l&rsquo;\u00e9tincelle exp\u00e9rimentale<\/h2>\n<h3>3.1 Les exp\u00e9riences cliniques fortuites de Hitzig sur des sujets humains<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tincelle qui mena directement \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience de 1870 jaillit d&rsquo;une constatation clinique tout \u00e0 fait fortuite r\u00e9alis\u00e9e par Hitzig quelques ann\u00e9es auparavant. Alors qu&rsquo;il servait comme m\u00e9decin militaire pendant la guerre austro-prussienne de 1866 ou soignait des patients priv\u00e9s atteints d&rsquo;affections neurologiques chroniques \u00e0 Berlin, Hitzig utilisa la galvanisation de l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 c\u00e9phalique. Il appliquait deux \u00e9lectrodes m\u00e9talliques de surface impr\u00e9gn\u00e9es d&rsquo;eau sal\u00e9e sur les r\u00e9gions masto\u00efdiennes ou temporales post\u00e9rieures de sujets humains conscients.<\/p>\n<p>\u00c0 sa grande surprise, d\u00e8s que le circuit \u00e9lectrique \u00e9tait ferm\u00e9 par un faible courant continu, les sujets ne ressentaient pas seulement une sensation de vertige ou de go\u00fbt m\u00e9tallique dans la bouche, mais pr\u00e9sentaient de fa\u00e7on invariable des mouvements oculaires r\u00e9flexes involuntarily coordonn\u00e9s : des d\u00e9viations conjugu\u00e9es lentes ou des saccades nystagmiques dirig\u00e9es vers l&rsquo;un des p\u00f4les de stimulation. En inversant la polarit\u00e9 du courant, la direction du mouvement oculaire s&rsquo;inversait de mani\u00e8re syst\u00e9matique.<\/p>\n<p>Alors que ses confr\u00e8res attribuaient commun\u00e9ment ces mouvements oculaires \u00e0 une stimulation r\u00e9flexe des branches du nerf trijumeau cutan\u00e9 ou \u00e0 une excitation directe des r\u00e9cepteurs labyrinthiques de l&rsquo;oreille interne, Hitzig formula une d\u00e9duction audacieuse. Analysant la g\u00e9om\u00e9trie de p\u00e9n\u00e9tration des lignes de champ \u00e9lectrique \u00e0 travers la vo\u00fbte cr\u00e2nienne, il acquit la conviction intime que le courant traversait la bo\u00eete osseuse et venait exciter directement des masses nerveuses c\u00e9r\u00e9brales situ\u00e9es \u00e0 la base des h\u00e9misph\u00e8res ou au niveau du cortex pari\u00e9to-occipital, provoquant par voie centrale la d\u00e9viation des globes oculaires.<\/p>\n<h3>3.2 La formulation de l&rsquo;hypoth\u00e8se de travail<\/h3>\n<p>Fort de ces observations humaines, Hitzig refusa de se ranger \u00e0 la conclusion unanime selon laquelle la substance grise des h\u00e9misph\u00e8res c\u00e9r\u00e9braux \u00e9tait totalement anesth\u00e9sique et inerte. Il postula que les \u00e9checs cuisants des physiologistes ant\u00e9rieurs d\u00e9coulaient de deux erreurs m\u00e9thodologiques r\u00e9dhibitoires :<\/p>\n<ol>\n<li>L&#8217;emploi de stimulations m\u00e9caniques ou chimiques destructrices, qui broyaient le neuropile avant m\u00eame que toute transmission synaptique ou conduction coh\u00e9rente ne p\u00fbt s&rsquo;\u00e9tablir.<\/li>\n<li>L&rsquo;utilisation de d\u00e9charges \u00e9lectriques disproportionn\u00e9es, qui t\u00e9tanisaient l&rsquo;ensemble du syst\u00e8me nerveux ou plongeaient l&rsquo;animal dans le coma sans permettre la discrimination spatiale des r\u00e9ponses.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Hitzig \u00e9mit l&rsquo;hypoth\u00e8se r\u00e9volutionnaire que si l&rsquo;on utilisait un courant galvanique continu d&rsquo;une intensit\u00e9 infinit\u00e9simale, juste au seuil de la perception physiologique, et si ce courant \u00e9tait appliqu\u00e9 de fa\u00e7on rigoureusement focalis\u00e9e sur un cortex intact et sainement vascularis\u00e9, on verrait appara\u00eetre des r\u00e9actions motrices localis\u00e9es. Il convainquit Gustav Fritsch d&rsquo;engager sans attendre des exp\u00e9rimentations de vivisection sur le grand mammif\u00e8re afin de lever le voile sur cette \u00e9nigme anatomique.<\/p>\n<h2>4. Le dispositif exp\u00e9rimental et le cadre op\u00e9ratoire de 1870<\/h2>\n<h3>4.1 Le cadre mat\u00e9riel de l&rsquo;exp\u00e9rimentation domestique<\/h3>\n<p>L&rsquo;un des aspects les plus fascinants de cette d\u00e9couverte r\u00e9side dans les conditions mat\u00e9rielles extr\u00eamement modestes dans lesquelles elle fut r\u00e9alis\u00e9e. En ce d\u00e9but d&rsquo;ann\u00e9e 1870, Hitzig et Fritsch ne disposaient pas d&rsquo;une chaire professorale ni d&rsquo;un laboratoire officiel d\u00e9di\u00e9 \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rimentation neurophysiologique \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Berlin. L&rsquo;Institut d&rsquo;Anatomie de Reichert ne voyait pas d&rsquo;un bon \u0153il ce genre d&rsquo;exp\u00e9riences de physiologie vivante, per\u00e7ues comme trop bruyantes, sanglantes et p\u00e9riph\u00e9riques par rapport \u00e0 l&rsquo;anatomie descriptive classique.<\/p>\n<p>Les deux chercheurs durent par cons\u00e9quent improviser leur th\u00e9\u00e2tre op\u00e9ratoire au domicile personnel d&rsquo;Eduard Hitzig, situ\u00e9 dans la Kronenstrasse \u00e0 Berlin. C&rsquo;est sur la table de cuisine de l&rsquo;appartement de Hitzig que fut mont\u00e9 le dispositif de vivisection. Les contraintes \u00e9taient consid\u00e9rables : l&rsquo;\u00e9clairage reposait sur la lumi\u00e8re naturelle tamis\u00e9e des fen\u00eatres ou sur des lampes \u00e0 p\u00e9trole ; l&rsquo;a\u00e9ration devait \u00eatre constamment maintenue pour dissiper les vapeurs \u00e9th\u00e9r\u00e9es d&rsquo;anesth\u00e9siques ; la propret\u00e9 chirurgicale devait \u00eatre m\u00e9ticuleusement assur\u00e9e au milieu d&rsquo;un environnement domestique pour \u00e9viter la contamination pr\u00e9matur\u00e9e des plaies op\u00e9ratoires.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est que dans un second temps, une fois les premiers r\u00e9sultats indubitables obtenus et pr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 un cercle restreint de confr\u00e8res \u00e9bahis, que Karl Reichert consentit \u00e0 leur ouvrir les portes de quelques salles de l&rsquo;Institut d&rsquo;Anatomie de Berlin pour y achever les s\u00e9ries de contre-\u00e9preuves et formaliser les protocoles de confirmation.<\/p>\n<h3>4.2 Le mod\u00e8le animal et les consid\u00e9rations op\u00e9ratoires<\/h3>\n<p>Le choix de l&rsquo;animal exp\u00e9rimental rev\u00eatait une importance strat\u00e9gique absolue. D\u00e9laissant les rongeurs, les lapins et les grenouilles utilis\u00e9s par Flourens et Marshall Hall \u2014 dont le cerveau lissenc\u00e9phale offrait peu de rep\u00e8res anatomiques stables et dont la motricit\u00e9 restait domin\u00e9e par des automatismes spinaux massifs \u2014, Fritsch et Hitzig opt\u00e8rent d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment pour le chien domestique (<em>Canis lupus familiaris<\/em>). Le chien pr\u00e9sentait des atouts majeurs :<\/p>\n<ul>\n<li>Un volume enc\u00e9phalique suffisamment d\u00e9velopp\u00e9 pour autoriser des manipulations chirurgicales fines sans collapsus imm\u00e9diat.<\/li>\n<li>Un cortex hautement gyrenc\u00e9phale, pourvu de scissures et de circonvolutions constantes permettant un rep\u00e9rage anatomique topographique reproductible d&rsquo;un sp\u00e9cimen \u00e0 l&rsquo;autre.<\/li>\n<li>Un r\u00e9pertoire comportemental et moteur riche, diff\u00e9renci\u00e9, o\u00f9 la dissociation entre mouvements des membres, du cou et de la face \u00e9tait imm\u00e9diatement d\u00e9celable par un clinicien exerc\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<p>La question de l&rsquo;anesth\u00e9sie repr\u00e9sentait un dilemme technique redoutable. Administr\u00e9 \u00e0 trop forte dose, le chloroforme abolissait toute r\u00e9flectivit\u00e9 centrale et \u00e9teignait l&rsquo;excitabilit\u00e9 des cellules corticales, comme ils ne tard\u00e8rent pas \u00e0 le constater lors de leurs premiers essais avort\u00e9s. Administr\u00e9 trop l\u00e9g\u00e8rement, l&rsquo;animal se d\u00e9battait, faussant la pr\u00e9cision millim\u00e9trique de l&rsquo;application des \u00e9lectrodes et induisant des mouvements art\u00e9factuels de douleur. Les deux exp\u00e9rimentateurs mirent au point une technique de titration d&rsquo;anesth\u00e9sie par inhalation mesur\u00e9e de chloroforme, permettant de maintenir l&rsquo;animal dans un \u00e9tat d&rsquo;analg\u00e9sie suffisant pour \u00e9liminer la souffrance op\u00e9ratoire lors de l&rsquo;incision du scalp et de la tr\u00e9panation, tout en laissant le chien revenir \u00e0 un palier de narcose superficielle au moment o\u00f9 d\u00e9butait la stimulation \u00e9lectrique proprement dite. L&rsquo;animal \u00e9tait en outre fermement maintenu sur une planche \u00e0 contention anatomique afin d&rsquo;isoler sans la moindre \u00e9quivoque les contractions provoqu\u00e9es par le courant de tout mouvement d&rsquo;origine posturale ou r\u00e9flexe.<\/p>\n<h3>4.3 L&rsquo;acte chirurgical de tr\u00e9panation<\/h3>\n<p>L&rsquo;acte op\u00e9ratoire ex\u00e9cut\u00e9 par Fritsch t\u00e9moignait d&rsquo;une virtuosit\u00e9 technique exceptionnelle pour l&rsquo;\u00e9poque. La premi\u00e8re \u00e9tape consistait en une incision longitudinale des t\u00e9guments cr\u00e2niens, suivie de la r\u00e9traction soign\u00e9e des muscles temporaux. Fritsch proc\u00e9dait ensuite \u00e0 une craniectomie lat\u00e9rale \u00e9tendue \u00e0 l&rsquo;aide de tr\u00e9pans circulaires, de gouges et de pinces de Liston, en prenant un soin extr\u00eame \u00e0 ne pas d\u00e9chirer la dure-m\u00e8re ni les sinus veineux sous-jacents, particuli\u00e8rement volumineux et vuln\u00e9rables chez le chien.<\/p>\n<p>L&rsquo;h\u00e9mostase \u00e9tait une pr\u00e9occupation constante. \u00c0 une \u00e9poque o\u00f9 l&rsquo;\u00e9lectrocoagulation n&rsquo;existait pas, le moindre saignement diffus des tranches osseuses ou de la diplo\u00e9 risquait d&rsquo;inonder la surface c\u00e9r\u00e9brale. Le sang stagnant aurait imm\u00e9diatement court-circuit\u00e9 les courants \u00e9lectriques appliqu\u00e9s ou provoqu\u00e9 une isch\u00e9mie focale par compression, an\u00e9antissant l&rsquo;excitabilit\u00e9 m\u00e9tabolique des neurones pyramidaux. Fritsch tamponnait chaque suintement \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;\u00e9ponges fines pr\u00e9alablement st\u00e9rilis\u00e9es \u00e0 l&rsquo;eau bouillie et appliquait une compression douce sur les bords osseux.<\/p>\n<p>Une fois l&rsquo;os retir\u00e9 sur une large fen\u00eatre pari\u00e9to-frontale, la dure-m\u00e8re \u00e9tait d\u00e9coup\u00e9e d\u00e9licatement \u00e0 la pointe fine d&rsquo;un bistouri pour exposer la pie-m\u00e8re translucide et les circonvolutions sous-jacentes. Les tissus \u00e9taient continuellement humect\u00e9s d&rsquo;une solution saline ti\u00e9die afin de pr\u00e9server l&rsquo;hydratation de la convexit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale et de maintenir la temp\u00e9rature physiologique du n\u00e9ocortex pendant toute la dur\u00e9e de la s\u00e9ance exp\u00e9rimentale.<\/p>\n<h2>5. L&rsquo;instrumentation et la m\u00e9thodologie de stimulation \u00e9lectrique<\/h2>\n<h3>5.1 La source d&rsquo;alimentation et le choix du courant galvanique<\/h3>\n<p>Le choix de l&rsquo;agent \u00e9lectrique constitua l&rsquo;un des traits de g\u00e9nie de Fritsch et Hitzig. Alors que les physiologistes de l&rsquo;\u00e9cole anglaise et fran\u00e7aise privil\u00e9giaient souvent les bobines d&rsquo;induction de Ruhmkorff ou les d\u00e9charges brusques de condensateurs, Fritsch et Hitzig d\u00e9cid\u00e8rent d&rsquo;utiliser exclusivement un <strong>courant galvanique continu<\/strong> issu d&rsquo;une batterie de piles de Daniell. La pile de Daniell, invent\u00e9e en 1836, reposait sur une r\u00e9action d&rsquo;oxydor\u00e9duction entre le cuivre et le zinc plongeant dans des solutions de sulfate de cuivre et d&rsquo;acide sulfurique dilu\u00e9 ; elle offrait l&rsquo;immense avantage de d\u00e9livrer une force \u00e9lectromotrice remarquablement stable d&rsquo;environ 1,1 volt par \u00e9l\u00e9ment, exempte des fluctuations brutales des piles primitives.<\/p>\n<p>Le circuit comprenait un rh\u00e9ostat \u00e0 curseur permettant de moduler l&rsquo;intensit\u00e9 du courant avec une granularit\u00e9 tr\u00e8s fine, ainsi qu&rsquo;un commutateur m\u00e9canique manuel servant d&rsquo;interrupteur pour fermer ou ouvrir le circuit instantan\u00e9ment. Hitzig avait compris que ce n&rsquo;\u00e9tait pas le passage prolong\u00e9 d&rsquo;un courant continu qui excitait les fibres et corps neuronaux sans dommage \u2014 un courant permanent risquant de provoquer une \u00e9lectrolyse destructive des prot\u00e9ines tissulaires aux p\u00f4les \u2014, mais bien le moment pr\u00e9cis de la rupture ou de l&rsquo;\u00e9tablissement du circuit (loi de Du Bois-Reymond). Ils travaill\u00e8rent donc par impulsions br\u00e8ves d&rsquo;une fraction de seconde, \u00e0 des tensions minimales ne d\u00e9passant pas quelques volts.<\/p>\n<h3>5.2 La conception des \u00e9lectrodes de stimulation<\/h3>\n<p>Pour \u00e9viter la dispersion incontr\u00f4l\u00e9e du courant \u00e0 travers le parenchyme c\u00e9r\u00e9bral, Fritsch et Hitzig rejet\u00e8rent cat\u00e9goriquement les \u00e9lectrodes monopolaires volumineuses ou les larges plaques m\u00e9talliques. Ils con\u00e7urent une paire d&rsquo;\u00e9lectrodes bipolaires en fil de platine d&rsquo;une finesse in\u00e9dite. Ces deux tiges m\u00e9talliques \u00e9taient r\u00e9unies \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;un manche isolant en \u00e9bonite, mais leurs pointes distales demeuraient s\u00e9par\u00e9es par un \u00e9cartement rigide et microscopique ne mesurant pas plus de deux \u00e0 trois millim\u00e8tres.<\/p>\n<p>Les extr\u00e9mit\u00e9s des pointes de platine \u00e9taient soigneusement arrondies et \u00e9mouss\u00e9es afin de ne pas percer la pie-m\u00e8re ni dilac\u00e9rer le cortex superficiel lors du contact. En maintenant les deux p\u00f4les (anode et cathode) \u00e0 une distance aussi resserr\u00e9e, les lignes de champ \u00e9lectrique \u00e9taient contraintes de se refermer dans une boucle spatiale extr\u00eamement superficielle et \u00e9troite, circonscrite \u00e0 quelques millim\u00e8tres cubes de tissu n\u00e9ocortical. Cette ing\u00e9nieuse configuration physique emp\u00eachait le courant de plonger en profondeur vers les noyaux gris centraux ou le tronc c\u00e9r\u00e9bral, \u00e9liminant ainsi le risque d&rsquo;artefacts d&rsquo;activation sous-corticale indirecte.<\/p>\n<h3>5.3 La standardisation du stimulus exp\u00e9rimental<\/h3>\n<p>\u00c0 une \u00e9poque o\u00f9 les amp\u00e8rem\u00e8tres et les voltm\u00e8tres de pr\u00e9cision de laboratoire n&rsquo;\u00e9taient pas encore standardis\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle industrielle, Fritsch et Hitzig recoururent \u00e0 une m\u00e9thode d&rsquo;\u00e9talonnage physiologique empirique mais d&rsquo;une rigueur absolue : le test gustatif lingual. Avant d&rsquo;appliquer les pointes de platine sur le cerveau expos\u00e9 du chien, Hitzig posait syst\u00e9matiquement les deux \u00e9lectrodes sur le bout de sa propre langue et fermait le commutateur.<\/p>\n<p>Le crit\u00e8re d&rsquo;intensit\u00e9 retenu \u00e9tait le suivant : le courant devait \u00eatre modul\u00e9 de telle sorte qu&rsquo;il provoqu\u00e2t une sensation de piq\u00fbre acide tr\u00e8s distincte mais non douloureuse, tout juste perceptible sur les papilles linguales humaines, sans d\u00e9clencher la moindre contraction spasmodique des muscles de la langue. C&rsquo;\u00e9tait l\u00e0 la signature d&rsquo;un courant physiologiquement actif au niveau membranaire mais incapable d&rsquo;induire des br\u00fblures tissulaires ou des arcs \u00e9lectriques destructeurs. Une fois ce seuil minimal calibr\u00e9, les pointes \u00e9taient pos\u00e9es avec une pression constante et minimale \u00e0 la surface du n\u00e9ocortex canin, et les coordonn\u00e9es anatomiques \u00e9taient scrupuleusement not\u00e9es par rapport aux scissures de rep\u00e8re.<\/p>\n<h2>6. Les r\u00e9sultats fondamentaux : La d\u00e9couverte des centres moteurs corticaux<\/h2>\n<h3>6.1 La d\u00e9monstration indiscutable de l&rsquo;excitabilit\u00e9 corticale<\/h3>\n<p>D\u00e8s les premi\u00e8res s\u00e9ries d&rsquo;essais men\u00e9es au printemps 1870, le verdict exp\u00e9rimental \u00e9clata avec une \u00e9vidence lumineuse. Lorsque les \u00e9lectrodes \u00e9taient appliqu\u00e9es sur une r\u00e9gion bien sp\u00e9cifique de la convexit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale ant\u00e9rieure du chien et que le circuit \u00e9tait ferm\u00e9 par une br\u00e8ve impulsion galvanique, l&rsquo;animal manifestait instantan\u00e9ment des contractions musculaires nettes, franches, vigoureuses et parfaitement coordonn\u00e9es. Le mythe de l&rsquo;inexcitabilit\u00e9 du cortex c\u00e9r\u00e9bral venait de s&rsquo;effondrer sur une table de cuisine.<\/p>\n<p>Plus remarquable encore : cette excitabilit\u00e9 n&rsquo;\u00e9tait pas diffuse. En d\u00e9pla\u00e7ant les \u00e9lectrodes vers la r\u00e9gion pari\u00e9to-occipitale ou vers les zones les plus ant\u00e9rieures du lobe frontal, les m\u00eames stimulations \u00e9lectriques demeuraient sans aucun effet moteur observable. Les deux exp\u00e9rimentateurs d\u00e9montr\u00e8rent ainsi qu&rsquo;il existait une partition fonctionnelle fondamentale de la convexit\u00e9 de l&rsquo;enc\u00e9phale :<\/p>\n<ul>\n<li>Une <strong>r\u00e9gion motrice excitable<\/strong>, situ\u00e9e dans la moiti\u00e9 ant\u00e9rieure des h\u00e9misph\u00e8res, au voisinage imm\u00e9diat d&rsquo;une scissure transversale majeure nomm\u00e9e le <em>sulcus cruciatus<\/em> (sillon crois\u00e9).<\/li>\n<li>Une <strong>r\u00e9gion totalement muette \u00e0 la stimulation motrice<\/strong>, occupant les deux tiers post\u00e9rieurs de la vo\u00fbte n\u00e9ocorticale.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>6.2 La controlat\u00e9ralit\u00e9 rigoureuse de la r\u00e9ponse motrice<\/h3>\n<p>L&rsquo;observation la plus constante et la plus frappante concernait la lat\u00e9ralisation anatomique des r\u00e9ponses musculaires. Chaque fois que l&rsquo;\u00e9lectrode \u00e9tait pos\u00e9e sur l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re c\u00e9r\u00e9bral droit, les mouvements d\u00e9clench\u00e9s affectaient de fa\u00e7on absolue et exclusive la moiti\u00e9 gauche du corps de l&rsquo;animal. Inversement, la stimulation de l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re gauche commandait l&rsquo;h\u00e9micorps droit.<\/p>\n<p>Ce r\u00e9sultat apportait la preuve physiologique directe et irr\u00e9futable du croisement des voies motrices de la motilit\u00e9 volontaire. L&rsquo;anatomie macroscopique avait d\u00e9j\u00e0 identifi\u00e9 la d\u00e9cussation des pyramides bulbaires depuis les travaux de Fran\u00e7ois Pourfour du Petit au XVIIIe si\u00e8cle, mais nul n&rsquo;avait encore \u00e9t\u00e9 en mesure de prouver que cette d\u00e9cussation reliait fonctionnellement le cortex c\u00e9r\u00e9bral sup\u00e9rieur aux motoneurones de la moelle \u00e9pini\u00e8re controlat\u00e9rale. Fritsch et Hitzig d\u00e9montraient que l&rsquo;ordre moteur initi\u00e9 \u00e9lectriquement au niveau de l&rsquo;\u00e9corce c\u00e9r\u00e9brale parcourait un faisceau descendant ininterrompu qui croisait la ligne m\u00e9diane avant d&rsquo;innerver les masses musculaires p\u00e9riph\u00e9riques cibl\u00e9es.<\/p>\n<h3>6.3 La cartographie somatotopique inaugurale<\/h3>\n<p>Au-del\u00e0 de la d\u00e9couverte globale de l&rsquo;excitabilit\u00e9 et de la controlat\u00e9ralit\u00e9, Fritsch et Hitzig accomplirent l&rsquo;exploit de dresser la toute premi\u00e8re carte somatotopique de l&rsquo;\u00e9corce c\u00e9r\u00e9brale d&rsquo;un mammif\u00e8re. En explorant m\u00e9thodiquement le gyrus sigmo\u00efde qui entoure le <em>sulcus cruciatus<\/em>, ils identifi\u00e8rent cinq foyers moteurs distincts, dont l&rsquo;excitation d\u00e9clenchait invariablement le mouvement du m\u00eame groupe musculaire isol\u00e9 :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Centre 1 :<\/strong> Situ\u00e9 dans la portion la plus m\u00e9diale et post\u00e9rieure du gyrus sigmo\u00efde, commandant la contraction des muscles cervicaux et provoquant la rotation et l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation de la t\u00eate et du cou.<\/li>\n<li><strong>Centre 2 :<\/strong> L\u00e9g\u00e8rement plus lat\u00e9ral, gouvernant l&rsquo;extension et la protraction de la patte ant\u00e9rieure controlat\u00e9rale.<\/li>\n<li><strong>Centre 3 :<\/strong> Adjacent au pr\u00e9c\u00e9dent, provoquant la flexion et la r\u00e9traction de cette m\u00eame patte ant\u00e9rieure.<\/li>\n<li><strong>Centre 4 :<\/strong> Localis\u00e9 un peu en arri\u00e8re, contr\u00f4lant les mouvements d&rsquo;adduction et de flexion de la patte post\u00e9rieure controlat\u00e9rale.<\/li>\n<li><strong>Centre 5 :<\/strong> Situ\u00e9 plus ventralement sur la convexit\u00e9 lat\u00e9rale inf\u00e9rieure, commandant les muscles de la face, provoquant des mouvements de la m\u00e2choire, l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation de la commissure labiale et des contractions palp\u00e9brales.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette distribution somatotopique \u00e9tait d&rsquo;une telle fid\u00e9lit\u00e9 qu&rsquo;en d\u00e9pla\u00e7ant les pointes de platine d&rsquo;\u00e0 peine deux millim\u00e8tres, les chercheurs voyaient cesser l&rsquo;extension de la patte ant\u00e9rieure pour observer la flexion du membre ou la secousse de la face. L&rsquo;ordre spatial du corps physique se retrouvait projet\u00e9 sur la surface g\u00e9om\u00e9trique du manteau cortical.<\/p>\n<h2>7. La m\u00e9thode des l\u00e9sions d&rsquo;ablation : Contre-\u00e9preuve et double dissociation<\/h2>\n<h3>7.1 Le principe exp\u00e9rimental de la l\u00e9sion cibl\u00e9e<\/h3>\n<p>En scientifiques rigoureux impr\u00e9gn\u00e9s des canons m\u00e9thodologiques de Claude Bernard, Fritsch et Hitzig savaient qu&rsquo;une excitation positive ne suffisait pas \u00e0 elle seule pour affirmer qu&rsquo;un territoire anatomique constituait le centre indispensable d&rsquo;une fonction. Il fallait imp\u00e9rativement administrer la contre-\u00e9preuve : d\u00e9montrer que la destruction s\u00e9lective du foyer excitable entra\u00eenait la perte sp\u00e9cifique de la motricit\u00e9 command\u00e9e par ce m\u00eame foyer, tout en pr\u00e9servant les autres fonctions de l&rsquo;animal.<\/p>\n<p>Ils mirent donc au point un protocole chirurgical d&rsquo;ablation corticale focalis\u00e9e. Apr\u00e8s avoir rep\u00e9r\u00e9 par stimulation \u00e9lectrique le foyer pr\u00e9cis r\u00e9gissant les mouvements de la patte ant\u00e9rieure chez un chien vigoureux, ils proc\u00e9daient, \u00e0 l&rsquo;aide de scalpels lanc\u00e9ol\u00e9s ultra-fins et de petites curettes \u00e9mouss\u00e9es, \u00e0 l&rsquo;excision superficielle de cette seule pastille de substance grise, sur une \u00e9paisseur de un \u00e0 deux millim\u00e8tres, en prenant soin d&rsquo;\u00e9pargner les fibres blanches sous-jacentes et les noyaux stri\u00e9s profonds. L&rsquo;animal \u00e9tait ensuite sutur\u00e9, ranim\u00e9 et maintenu en observation post-op\u00e9ratoire prolong\u00e9e pendant plusieurs semaines au domicile de Hitzig.<\/p>\n<h3>7.2 Les manifestations s\u00e9miologiques cons\u00e9cutives \u00e0 l&rsquo;ablation<\/h3>\n<p>Les r\u00e9sultats de cette contre-\u00e9preuve furent spectaculaires et confirm\u00e8rent point par point les donn\u00e9es de la stimulation :<\/p>\n<ul>\n<li>D\u00e8s le r\u00e9veil de l&rsquo;animal, une par\u00e9sie s\u00e9lective et s\u00e9v\u00e8re se manifestait au niveau de la patte ant\u00e9rieure oppos\u00e9e \u00e0 l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re op\u00e9r\u00e9.<\/li>\n<li>L&rsquo;animal \u00e9tait incapable de poser sa patte \u00e0 plat sur le sol : le membre fl\u00e9chissait sous le poids du corps, les coussinets dorsaux frottant sur le plancher (ph\u00e9nom\u00e8ne de \u00ab knuckling \u00bb).<\/li>\n<li>Lors de la marche, le chien tr\u00e9buchait fr\u00e9quemment du c\u00f4t\u00e9 controlat\u00e9ral, incapable d&rsquo;ajuster le placement spatial de son membre ant\u00e9rieur l\u00e9s\u00e9.<\/li>\n<li>Toutes les autres fonctions motrices et sensorielles demeuraient intactes : le membre post\u00e9rieur marchait normalement, la face n&rsquo;\u00e9tait pas d\u00e9vi\u00e9e, la d\u00e9glutition et la vision \u00e9taient conserv\u00e9es, et l&rsquo;animal reconnaissait parfaitement son environnement.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Il ne s&rsquo;agissait donc en aucun cas d&rsquo;un affaiblissement intellectuel g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 ou d&rsquo;une stupeur psychique comme l&rsquo;avait toujours d\u00e9crit Flourens apr\u00e8s ses destructions indiscrimin\u00e9es, mais bien d&rsquo;un d\u00e9ficit focalis\u00e9, strictement limit\u00e9 au groupe musculaire dont le centre cortical venait d&rsquo;\u00eatre extirp\u00e9.<\/p>\n<h3>7.3 L&rsquo;interpr\u00e9tation th\u00e9orique du d\u00e9ficit : Paralysie motrice ou perte sensorimotrice<\/h3>\n<p>L&rsquo;observation minutieuse du comportement des chiens op\u00e9r\u00e9s amena Eduard Hitzig \u00e0 formuler une analyse conceptuelle d&rsquo;une modernit\u00e9 stup\u00e9fiante. Hitzig remarqua que l&rsquo;animal ne pr\u00e9sentait pas une paralysie flasque totale telle qu&rsquo;on pouvait l&rsquo;observer apr\u00e8s la section d&rsquo;un tronc nerveux p\u00e9riph\u00e9rique ou de la corne ant\u00e9rieure de la moelle \u00e9pini\u00e8re. Le membre pouvait encore \u00eatre mobilis\u00e9 lors de r\u00e9flexes spinaux \u00e9l\u00e9mentaires (retrait \u00e0 la piq\u00fbre) ou au cours de mouvements automatiques de grattage.<\/p>\n<p>Le d\u00e9ficit se manifestait principalement lorsque l&rsquo;animal tentait d&rsquo;ex\u00e9cuter un mouvement intentionnel orient\u00e9 ou lorsqu&rsquo;il devait ajuster la position de sa patte dans l&rsquo;espace. Hitzig d\u00e9crivit ce ph\u00e9nom\u00e8ne comme une perte du \u00ab sens musculaire \u00bb (<em>Muskelbewusstsein<\/em>) ou de la repr\u00e9sentation mentale de la posture du membre. Il comprit que le centre cortical n&rsquo;\u00e9tait pas une simple borne t\u00e9l\u00e9graphique motrice brute, mais une aire d&rsquo;int\u00e9gration sensorimotrice complexe o\u00f9 les aff\u00e9rences proprioceptives fusionnaient avec la commande de la volont\u00e9 pour ordonner le mouvement final coordonn\u00e9. Cette vision avant-gardiste posait les bases du concept moderne de boucle sensorimotrice pari\u00e9to-frontale.<\/p>\n<h2>8. La publication princeps de 1870 : \u00ab Ueber die elektrische Erregbarkeit des Grosshirns \u00bb<\/h2>\n<h3>8.1 La structure et le contenu du m\u00e9moire scientifique<\/h3>\n<p>Au d\u00e9but de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1870, Gustav Fritsch et Eduard Hitzig consign\u00e8rent l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de leurs d\u00e9couvertes dans un volumineux m\u00e9moire destin\u00e9 aux <em>Archiv f\u00fcr Anatomie, Physiologie und wissenschaftliche Medicin<\/em>, la prestigieuse revue \u00e9dit\u00e9e par Karl Bogislaus Reichert et Emil du Bois-Reymond. L&rsquo;article, intitul\u00e9 <em>\u00ab Ueber die elektrische Erregbarkeit des Grosshirns \u00bb<\/em>, s&rsquo;ouvrait par une revue critique d\u00e9vastatrice des th\u00e8ses de Pierre Flourens, d\u00e9montrant point par point les failles m\u00e9thodologiques qui avaient \u00e9gar\u00e9 la physiologie fran\u00e7aise pendant pr\u00e8s d&rsquo;un demi-si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Le corps du m\u00e9moire fournissait une description quasi clinique de chaque exp\u00e9rience :<\/p>\n<ul>\n<li>D\u00e9tail du montage \u00e9lectrique et nature des piles chimiques employ\u00e9es.<\/li>\n<li>Mesure de l&rsquo;\u00e9cartement des \u00e9lectrodes de platine et protocole de calibrage lingual.<\/li>\n<li>Cartes sch\u00e9matiques dessin\u00e9es par Gustav Fritsch illustrant avec une grande pr\u00e9cision la configuration anatomique du cerveau du chien et l&#8217;emplacement exact des foyers moteurs num\u00e9rot\u00e9s autour du sillon crois\u00e9.<\/li>\n<li>Comptes rendus d&rsquo;autopsies v\u00e9rifiant la profondeur des l\u00e9sions d&rsquo;ablation et certifiant l&rsquo;absence d&rsquo;endommagement des structures sous-corticales.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8.2 L&rsquo;affirmation d&rsquo;une nouvelle conception de l&rsquo;organisation c\u00e9r\u00e9brale<\/h3>\n<p>Dans la conclusion th\u00e9orique de leur m\u00e9moire, Fritsch et Hitzig formul\u00e8rent une profession de foi scientifique qui allait marquer l&rsquo;acte de naissance de la neurologie moderne. Ils affirm\u00e8rent avec force :<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab Il est prouv\u00e9 sans le moindre doute que, contrairement aux assertions de Flourens et de tous ceux qui l&rsquo;ont suivi, l&rsquo;\u00e9corce des h\u00e9misph\u00e8res c\u00e9r\u00e9braux n&rsquo;est ni homog\u00e8ne dans ses fonctions, ni inexcitable par des stimulus physiques. Elle contient au contraire des centres moteurs s\u00e9par\u00e9s et circonscrits, dont l&rsquo;excitation d\u00e9clenche des mouvements distincts du c\u00f4t\u00e9 oppos\u00e9 du corps, et dont la destruction abolit la capacit\u00e9 d&rsquo;ex\u00e9cuter ces m\u00eames mouvements de mani\u00e8re volontaire. \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ils appelaient solennellement la communaut\u00e9 scientifique internationale \u00e0 abandonner le mod\u00e8le m\u00e9taphysique de l&rsquo;\u00e2me c\u00e9r\u00e9brale indivisible pour embrasser une \u00e9tude analytique, exp\u00e9rimentale et r\u00e9solument mat\u00e9rialiste des diff\u00e9rentes circonvolutions du n\u00e9ocortex.<\/p>\n<h2>9. Controverses, objections m\u00e9thodologiques et d\u00e9bats contemporains<\/h2>\n<h3>9.1 L&rsquo;objection de la diffusion physique du courant \u00e9lectrique<\/h3>\n<p>L&rsquo;accueil r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 la publication de 1870 fut loin d&rsquo;\u00eatre unanime. Les partisans de la tradition holiste et de l&rsquo;orthodoxie flourensienne mont\u00e8rent imm\u00e9diatement au cr\u00e9neau pour contester la validit\u00e9 des conclusions de Fritsch et Hitzig. L&rsquo;objection technique la plus redoutable formul\u00e9e \u00e0 Paris et dans plusieurs universit\u00e9s allemandes portait sur le ph\u00e9nom\u00e8ne physique de la <strong>diffusion du courant<\/strong> (<em>current spread<\/em>).<\/p>\n<p>Des physiologistes sceptiques affirm\u00e8rent que le cortex c\u00e9r\u00e9bral demeurait bel et bien insensible et inexcitable en lui-m\u00eame, et que les contractions musculaires observ\u00e9es n&rsquo;\u00e9taient que l&rsquo;effet d&rsquo;une d\u00e9rivation physique des lignes de courant \u00e9lectrique \u00e0 travers la substance blanche jusqu&rsquo;aux v\u00e9ritables centres moteurs sous-corticaux : le corps stri\u00e9 (noyau caud\u00e9 et putamen) ou les p\u00e9doncules c\u00e9r\u00e9braux du tronc de l&rsquo;enc\u00e9phale. Selon cette vision conservatrice, les \u00e9lectrodes de Hitzig et Fritsch n&rsquo;auraient fait qu&rsquo;allumer indirectement le striatum \u00e0 distance \u00e0 travers la couche corticale conductrice.<\/p>\n<p>Fritsch et Hitzig r\u00e9pliqu\u00e8rent avec une argumentation exp\u00e9rimentale imparable :<\/p>\n<ul>\n<li>Si le courant diffusait passivement vers le striatum sous-jacent, comment expliquer qu&rsquo;en d\u00e9pla\u00e7ant les \u00e9lectrodes de seulement deux millim\u00e8tres sur la surface corticale, on pass\u00e2t instantan\u00e9ment du mouvement du membre ant\u00e9rieur \u00e0 celui de la face ou \u00e0 une absence totale de r\u00e9ponse motrice ? Une diffusion volumique aurait provoqu\u00e9 des r\u00e9ponses floues et indiff\u00e9renci\u00e9es.<\/li>\n<li>Pourquoi la stimulation de la r\u00e9gion pari\u00e9to-occipitale, pourtant situ\u00e9e \u00e0 une distance comparable des masses grises profondes, demeurait-elle absolument muette \u00e0 des intensit\u00e9s de courant identiques ou sup\u00e9rieures ?<\/li>\n<li>Enfin, la destruction exclusive de la pellicule superficielle de mati\u00e8re grise par leurs curettes fines suffisait \u00e0 \u00e9teindre d\u00e9finitivement la r\u00e9ponse motrice de cette zone, alors m\u00eame que le tissu c\u00e9r\u00e9bral sous-jacent demeurait physiquement conducteur du courant \u00e9lectrique. Le cortex \u00e9tait donc bien le g\u00e9n\u00e9rateur biologique de l&rsquo;influx.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>9.2 La rivalit\u00e9 m\u00e9thodologique : Courant galvanique versus courant faradique<\/h3>\n<p>\u00c0 peine les d\u00e9bats sur l&rsquo;excitabilit\u00e9 s&rsquo;apaisaient-ils qu&rsquo;une controverse technique majeure \u00e9clata avec le physiologiste \u00e9cossais <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/David_Ferrier_(neurologue)\">David Ferrier<\/a>. Travaillant \u00e0 Londres, Ferrier s&rsquo;\u00e9tait empress\u00e9 de r\u00e9pliquer les exp\u00e9riences de 1870, mais en substituant au courant galvanique continu de Fritsch et Hitzig le <strong>courant faradique induit<\/strong> (courant alternatif d&rsquo;induction d\u00e9livr\u00e9 par les bobines de Du Bois-Reymond).<\/p>\n<p>Ferrier affirmait que le courant faradique \u00e9tait infiniment sup\u00e9rieur : il permettait de maintenir une stimulation rythm\u00e9e sans polariser les \u00e9lectrodes et d\u00e9clenchait des mouvements plus spectaculaires, plus faciles \u00e0 cartographier chez les mammif\u00e8res. Hitzig r\u00e9pliqua vivement dans une s\u00e9rie de pamphlets acad\u00e9miques, arguant que le courant faradique, par ses d\u00e9charges oscillatoires brutales et sa haute fr\u00e9quence, diffusait beaucoup plus largement dans les tissus, provoquait un \u00e9chauffement local destructeur et risquait d&rsquo;induire des crises d&rsquo;\u00e9pilepsie partielle faussant la d\u00e9limitation fine des centres moteurs.<\/p>\n<p>Cette rivalit\u00e9 m\u00e9thodologique, bien que rude sur le plan rh\u00e9torique, poussa les deux camps \u00e0 un raffinement technologique permanent dans la fabrication d&rsquo;\u00e9lectrodes blind\u00e9es, le contr\u00f4le des temps de stimulation et la mesure des tensions appliqu\u00e9es, hissant la neurophysiologie au rang de discipline scientifique d&rsquo;une pr\u00e9cision microm\u00e9trique.<\/p>\n<h3>9.3 La r\u00e9sistance id\u00e9ologique du paradigme holiste<\/h3>\n<p>Au-del\u00e0 des aspects purement techniques, la d\u00e9couverte de Fritsch et Hitzig heurtait frontalement des convictions philosophiques et religieuses s\u00e9culaires. Accepter que la motricit\u00e9, et potentiellement la pens\u00e9e, r\u00e9sult\u00e2t de l&rsquo;activit\u00e9 juxtapos\u00e9e de fragments de mati\u00e8re c\u00e9r\u00e9brale excitable semblait menacer le dogme de l&rsquo;indivisibilit\u00e9 de l&rsquo;\u00e2me humaine et de la libert\u00e9 du vouloir.<\/p>\n<p>Le repr\u00e9sentant le plus tenace de cette r\u00e9sistance au sein du monde germanique fut le physiologiste strasbourgeois <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Friedrich_Goltz\">Friedrich Goltz<\/a>. \u00c0 l&rsquo;aide de puissants jets d&rsquo;eau sous pression projet\u00e9s \u00e0 travers des orifices de tr\u00e9panation (m\u00e9thode de lavage c\u00e9r\u00e9bral), Goltz d\u00e9truisait d&rsquo;immenses portions de n\u00e9ocortex chez des chiens sans toucher aux structures profondes. Il exhibait ensuite des animaux qui, bien qu&rsquo;h\u00e9b\u00e9t\u00e9s et intellectuellement d\u00e9grad\u00e9s, parvenaient encore \u00e0 trotter, \u00e0 aboyer, \u00e0 s&rsquo;alimenter et \u00e0 \u00e9viter des obstacles.<\/p>\n<p>Pour Goltz, ces chiens amput\u00e9s de larges portions d&rsquo;aires motrices prouvaient que le cerveau fonctionnait comme un tout et que les th\u00e9ories de localisation n&rsquo;\u00e9taient que des illusions d&rsquo;exp\u00e9rimentateurs abus\u00e9s par des artefacts op\u00e9ratoires. Il fallut plus de deux d\u00e9cennies d&rsquo;affrontements acad\u00e9miques \u2014 dont le c\u00e9l\u00e8bre congr\u00e8s international de m\u00e9decine de Londres en 1881 o\u00f9 David Ferrier pr\u00e9senta ses singes h\u00e9mipl\u00e9giques face aux chiens de Goltz \u2014 pour que la communaut\u00e9 m\u00e9dicale abandonne d\u00e9finitivement le holisme radical de Flourens et Goltz au profit du localisationnisme cortical inaugur\u00e9 par Fritsch et Hitzig.<\/p>\n<h2>10. Les r\u00e9plications et l&rsquo;extension des travaux aux primates : L&rsquo;impact de David Ferrier<\/h2>\n<h3>10.1 L&rsquo;expansion des cartographies motrices au r\u00e8gne des primates<\/h3>\n<p>L&rsquo;onde de choc provoqu\u00e9e par le m\u00e9moire de 1870 franchit la mer du Nord pour atteindre le laboratoire de recherche de l&rsquo;asile d&rsquo;ali\u00e9n\u00e9s de West Riding, dans le Yorkshire, o\u00f9 \u0153uvrait le jeune m\u00e9decin \u00e9cossais David Ferrier. Fascin\u00e9 par les \u00e9crits de John Hughlings Jackson sur l&rsquo;\u00e9pilepsie et galvanis\u00e9 par la d\u00e9couverte de Fritsch et Hitzig, Ferrier entreprit d&rsquo;\u00e9tendre la m\u00e9thode de stimulation \u00e9lectrique au mod\u00e8le animal le plus proche de l&rsquo;\u00eatre humain : les primates non humains (notamment les macaques et les babouins).<\/p>\n<p>\u00c0 partir de 1873, Ferrier accomplit un saut qualitatif d\u00e9cisif :<\/p>\n<ul>\n<li>Il d\u00e9montra que la r\u00e9gion motrice chez le singe occupait le <strong>gyrus pr\u00e9central<\/strong>, situ\u00e9 imm\u00e9diatement en avant de la scissure de Rolando (sillon central), confirmant l&rsquo;homologie anatomique avec le sillon crois\u00e9 du chien.<\/li>\n<li>Il dressa une carte motrice d&rsquo;une richesse stup\u00e9fiante, parvenant \u00e0 isoler non seulement les mouvements des membres et de la t\u00eate, mais les mouvements individualis\u00e9s des doigts, la pr\u00e9hension du pouce, la mimique faciale, les mouvements d&rsquo;ouverture et de fermeture de la bouche, ainsi que les mouvements des paupi\u00e8res et des oreilles.<\/li>\n<li>Il identifia les premiers centres sensoriels corticaux (visuel dans le lobe occipital et auditif dans le lobe temporal sup\u00e9rieur), consacrant le principe d&rsquo;une organisation modulaire int\u00e9grale du n\u00e9ocortex des primates.<\/li>\n<\/ul>\n<p>La publication en 1876 du chef-d&rsquo;\u0153uvre de Ferrier, <em>The Functions of the Brain<\/em>, mondialisa d\u00e9finitivement le paradigme inaugur\u00e9 sur la table de cuisine de Hitzig, transformant une exp\u00e9rience berlinoise sur le chien en une loi universelle de la biologie des mammif\u00e8res sup\u00e9rieurs.<\/p>\n<h3>10.2 L&rsquo;appropriation clinique par John Hughlings Jackson et Jean-Martin Charcot<\/h3>\n<p>Les r\u00e9sultats de Fritsch et Hitzig apport\u00e8rent un triomphe posthume ou contemporain aux plus grands cliniciens de la neurologie humaine. \u00c0 Londres, John Hughlings Jackson vit dans les trac\u00e9s cartographiques de 1870 la confirmation exp\u00e9rimentale absolue de ses d\u00e9ductions cliniques sur la \u00ab marche jacksonienne \u00bb. Les crises convulsives partant du pouce pour gagner le bras puis la face n&rsquo;\u00e9taient plus des myst\u00e8res physiologiques : elles correspondaient tout simplement \u00e0 la propagation de l&rsquo;onde de d\u00e9charge \u00e9lectrique de cellule \u00e0 cellule le long de la bande motrice pr\u00e9centrale, telle que Fritsch et Hitzig l&rsquo;avaient balis\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00c0 Paris, \u00e0 l&rsquo;H\u00f4pital de la Salp\u00eatri\u00e8re, le grand <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Jean-Martin_Charcot\">Jean-Martin Charcot<\/a> et son collaborateur Charles Bouchard s&#8217;empar\u00e8rent imm\u00e9diatement de ces donn\u00e9es exp\u00e9rimentales pour refonder la neurologie clinique sur le socle des corr\u00e9lations anatomo-cliniques. Charcot int\u00e9gra la cartographie motrice dans son enseignement magistral, d\u00e9montrant que l&rsquo;examen s\u00e9miologique du patient (paralysie faciale centrale, monopl\u00e9gie brachiale, signe de Babinski naissant) permettait de d\u00e9duire avec une pr\u00e9cision math\u00e9matique la localisation d&rsquo;un foyer h\u00e9morragique ou d&rsquo;un ramollissement isch\u00e9mique au sein de la bande rolandique de l&rsquo;\u00e9corce c\u00e9r\u00e9brale humaine.<\/p>\n<p>La motricit\u00e9 humaine perdait son statut d&rsquo;abstraction psychologique pour devenir une m\u00e9canique corporelle lisible, localisable et diagnostiquable \u00e0 travers la grille d&rsquo;analyse fournie par l&rsquo;exp\u00e9rimentation animale de 1870.<\/p>\n<h3>10.3 La controverse de priorit\u00e9 et les divergences ult\u00e9rieures entre Fritsch et Hitzig<\/h3>\n<p>Comme bien des collaborations scientifiques de g\u00e9nie scell\u00e9es dans l&rsquo;urgence de la jeunesse, l&rsquo;association entre Eduard Hitzig et Gustav Fritsch ne surv\u00e9cut pas longtemps \u00e0 leur triomphe commun. D\u00e8s les ann\u00e9es qui suivirent la publication de leur m\u00e9moire princeps, des divergences d&rsquo;int\u00e9r\u00eats intellectuels et des tensions d&rsquo;amour-propre apparurent entre les deux hommes.<\/p>\n<p>Gustav Fritsch, fid\u00e8le \u00e0 sa passion premi\u00e8re pour l&rsquo;anatomie morphologique, la microscopie compar\u00e9e et l&rsquo;anthropologie, d\u00e9laissa progressivement la physiologie c\u00e9r\u00e9brale active. Il consacra la suite de sa prestigieuse carri\u00e8re acad\u00e9mique \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude histologique de la r\u00e9tine des vert\u00e9br\u00e9s, \u00e0 la structure des organes \u00e9lectriques des poissons marins et \u00e0 des exp\u00e9ditions ethnographiques, occupant la chaire d&rsquo;anatomie compar\u00e9e de l&rsquo;Universit\u00e9 de Berlin sans jamais revendiquer bruyamment le premier r\u00f4le dans la r\u00e9volution de 1870.<\/p>\n<p>Eduard Hitzig, en revanche, fit de la d\u00e9fense et de l&rsquo;approfondissement de leur d\u00e9couverte le combat d&rsquo;une vie enti\u00e8re. Nomm\u00e9 directeur de l&rsquo;asile d&rsquo;ali\u00e9n\u00e9s de Burgh\u00f6lzli et professeur de psychiatrie \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Zurich en 1875, puis titulaire de la chaire de neuropsychiatrie \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Halle, Hitzig continua de publier d&rsquo;innombrables monographies exp\u00e9rimentales sur le cortex. Jaloux de sa r\u00e9putation et bless\u00e9 par les pr\u00e9tentions ult\u00e9rieures de David Ferrier ou de physiologistes italiens comme Luigi Luciani, Hitzig eut parfois tendance, dans ses \u00e9crits tardifs, \u00e0 s&rsquo;attribuer l&rsquo;initiative exclusive de l&rsquo;id\u00e9e princeps de l&rsquo;excitabilit\u00e9, rel\u00e9guant Fritsch au r\u00f4le d&rsquo;un simple ex\u00e9cutant technique de tr\u00e9panation.<\/p>\n<p>Cette pol\u00e9mique feutr\u00e9e, entretenue par des correspondances acad\u00e9miques am\u00e8res, n&rsquo;effa\u00e7a cependant jamais la reconnaissance historique conjointe de la communaut\u00e9 m\u00e9dicale, qui a consacr\u00e9 pour l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 le bin\u00f4me indissociable \u00ab Fritsch et Hitzig \u00bb comme les p\u00e8res fondateurs de la cartographie motrice.<\/p>\n<h2>11. Cons\u00e9quences \u00e9pist\u00e9mologiques et naissance de la neuropsychologie moderne<\/h2>\n<h3>11.1 L&rsquo;av\u00e8nement du paradigme modulaire de l&rsquo;esprit<\/h3>\n<p>L&rsquo;impact de l&rsquo;exp\u00e9rience de 1870 d\u00e9passe infiniment le cadre strict de la neuroanatomie descriptive : elle a provoqu\u00e9 un s\u00e9isme \u00e9pist\u00e9mologique majeur dans la philosophie de l&rsquo;esprit et la psychologie scientifique naissante. En \u00e9tablissant que des parcelles distinctes de mati\u00e8re corticale commandent des fonctions motrices individualis\u00e9es, Fritsch et Hitzig ont port\u00e9 un coup fatal \u00e0 la vision cart\u00e9sienne d&rsquo;une \u00e2me unitaire, immat\u00e9rielle et non \u00e9tendue dans l&rsquo;espace.<\/p>\n<p>\u00c0 la conception d&rsquo;un enc\u00e9phale agissant \u00ab d&rsquo;une mani\u00e8re une et indivisible \u00bb succ\u00e9da le paradigme de l&rsquo;organisation modulaire. L&rsquo;esprit humain n&rsquo;apparaissait plus comme une substance \u00e9th\u00e9r\u00e9e planant au-dessus d&rsquo;un substrat passif, mais comme une architecture computationnelle biologique compos\u00e9e de modules sp\u00e9cialis\u00e9s, interconnect\u00e9s par des r\u00e9seaux de fibres blanches d&rsquo;association. Cette vision r\u00e9ductionniste et physicaliste posa les fondements th\u00e9oriques sur lesquels s&rsquo;\u00e9rigeront plus tard la neuropsychologie cognitive, les mod\u00e8les connexionnistes de Carl Wernicke et, au XXe si\u00e8cle, les th\u00e9ories de la modularit\u00e9 de l&rsquo;esprit d\u00e9velopp\u00e9es par Jerry Fodor.<\/p>\n<h3>11.2 La r\u00e9conciliation entre physiologie exp\u00e9rimentale et psychologie<\/h3>\n<p>Avant 1870, une fronti\u00e8re infranchissable s\u00e9parait la psychologie \u2014 domaine r\u00e9serv\u00e9 des philosophes id\u00e9alistes et des m\u00e9taphysiciens s&rsquo;appuyant sur l&rsquo;introspection \u2014 de la physiologie, confin\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude des organes de la nutrition, de la circulation sanguine et des r\u00e9flexes p\u00e9riph\u00e9riques simples. Les h\u00e9misph\u00e8res c\u00e9r\u00e9braux formaient une <em>terra incognita<\/em> interdite \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rimentateur sous peine d&rsquo;accusation de profanation mat\u00e9rialiste.<\/p>\n<p>En introduisant le courant galvanique sous la dure-m\u00e8re et en d\u00e9clenchant un mouvement qui imitait \u00e0 s&rsquo;y m\u00e9prendre l&rsquo;action de la volont\u00e9 motrice, Fritsch et Hitzig ont jet\u00e9 une passerelle indestructible entre la biophysique et les \u00e9tats mentaux. L&rsquo;acte volontaire d&rsquo;un mammif\u00e8re s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 r\u00e9ductible \u00e0 des processus biophysicochimiques mesurables, localisables et manipulables exp\u00e9rimentalement. Cette perc\u00e9e l\u00e9gitima pleinement l&rsquo;exp\u00e9rimentation animale comme voie d&rsquo;acc\u00e8s royale \u00e0 la compr\u00e9hension des rouages de la psych\u00e9 humaine, ouvrant la voie \u00e0 la psychologie exp\u00e9rimentale de Wilhelm Wundt \u00e0 Leipzig et \u00e0 la neurophysiologie des r\u00e9flexes conditionn\u00e9s d&rsquo;Ivan Pavlov \u00e0 Saint-P\u00e9tersbourg.<\/p>\n<h3>11.3 La naissance de la neurochirurgie fonctionnelle<\/h3>\n<p>L&rsquo;application la plus directe et la plus spectaculaire des d\u00e9couvertes de 1870 s&rsquo;est manifest\u00e9e dans le champ de la chirurgie. Jusqu&rsquo;\u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle, la tr\u00e9panation n&rsquo;\u00e9tait pratiqu\u00e9e qu&rsquo;en cas d&rsquo;extr\u00eame urgence traumatique (fractures ouvertes du cr\u00e2ne, embarrures, h\u00e9matomes extra-duraux massifs visibles de l&rsquo;ext\u00e9rieur) ; ouvrir la t\u00eate pour retirer une l\u00e9sion interne non visible \u00e0 l&rsquo;\u0153il nu \u00e9tait impensable et universellement sanctionn\u00e9 par la mort septique du patient.<\/p>\n<p>La cartographie pr\u00e9cise des aires motrices \u00e9tablie par Fritsch et Hitzig, puis affin\u00e9e par Ferrier, permit un basculement r\u00e9volutionnaire : la naissance de la <strong>localisation chirurgicale c\u00e9r\u00e9brale<\/strong>. Guid\u00e9s par les principes d&rsquo;antisepsie de Joseph Lister et par les coordonn\u00e9es topographiques de la bande motrice :<\/p>\n<ul>\n<li>En 1879, le chirurgien \u00e9cossais <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/William_Macewen\">William Macewen<\/a> r\u00e9alisa la premi\u00e8re ablation r\u00e9ussie d&rsquo;un m\u00e9ningiome intracr\u00e2nien chez une jeune fille, guid\u00e9 uniquement par la pr\u00e9sence de spasmes convulsifs de la face et du bras, sans aucun signe ext\u00e9rieur de tumeur cr\u00e2nienne.<\/li>\n<li>Le 25 novembre 1884, \u00e0 Londres, le chirurgien Rickman Godlee et le m\u00e9decin Hughes Bennett retir\u00e8rent avec succ\u00e8s une tumeur gliomateuse intra-c\u00e9r\u00e9brale chez un patient dont le si\u00e8ge de la l\u00e9sion avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9duit au millim\u00e8tre pr\u00e8s \u00e0 partir de la paralysie de son pouce et de sa main, en appliquant les cartes motrices animales \u00e0 l&rsquo;anatomie cr\u00e2nienne humaine.<\/li>\n<\/ul>\n<p>La bo\u00eete cr\u00e2nienne cessait d&rsquo;\u00eatre un tombeau inviolable pour devenir un champ op\u00e9ratoire navigable et curable, directement adoss\u00e9 aux d\u00e9couvertes de la vivisection berlinoise.<\/p>\n<h2>12. Post\u00e9rit\u00e9 et h\u00e9ritage contemporain dans les neurosciences cognitives<\/h2>\n<h3>12.1 De l&rsquo;homonculus de Wilder Penfield aux micro-stimulations intracorticales<\/h3>\n<p>La filiation directe unissant les exp\u00e9riences pionni\u00e8res de 1870 aux neurosciences du XXe si\u00e8cle trouve son incarnation la plus c\u00e9l\u00e8bre dans les travaux du neurochirurgien canado-am\u00e9ricain <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Wilder_Penfield\">Wilder Penfield<\/a> \u00e0 l&rsquo;Institut Neurologique de Montr\u00e9al dans les ann\u00e9es 1930 \u00e0 1950. Op\u00e9rant sous anesth\u00e9sie locale des patients \u00e9veill\u00e9s atteints d&rsquo;\u00e9pilepsie r\u00e9fractaire, Penfield utilisa une sonde de stimulation \u00e9lectrique bipolaire \u2014 descendante directe de celle de Fritsch et Hitzig \u2014 pour cartographier le cortex pr\u00e9central et postcentral avant d&rsquo;effectuer les r\u00e9sections tissulaires.<\/p>\n<p>Penfield en tira sa c\u00e9l\u00e8bre repr\u00e9sentation de l&rsquo;<strong>homonculus moteur<\/strong> (le petit homme dans le cerveau), formalisant de mani\u00e8re d\u00e9finitive la distorsion somatotopique : une main gigantesque et une bouche immense surrepr\u00e9sent\u00e9es dans le cortex en raison de la densit\u00e9 des fibres nerveuses n\u00e9cessaires \u00e0 la motricit\u00e9 fine et \u00e0 la phonation, contrastant avec un tronc et des membres inf\u00e9rieurs r\u00e9duits \u00e0 de modestes segments. Ce chef-d&rsquo;\u0153uvre de la neurologie clinique contemporaine n&rsquo;\u00e9tait que le prolongement direct et la cons\u00e9cration humaine des cinq foyers moteurs canins d\u00e9limit\u00e9s un demi-si\u00e8cle plus t\u00f4t dans la Kronenstrasse.<\/p>\n<p>Dans la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, la m\u00e9thodologie de stimulation franchit un nouveau palier d&rsquo;extr\u00eame pr\u00e9cision gr\u00e2ce aux techniques de <strong>micro-stimulation intracorticale (ICMS)<\/strong> mises au point par Vernon Mountcastle et Hiroshi Asanuma. En introduisant des micro\u00e9lectrodes de tungst\u00e8ne d&rsquo;un diam\u00e8tre inf\u00e9rieur \u00e0 un micron \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur m\u00eame des diff\u00e9rentes couches cytoarchitectoniques du cortex (notamment la couche V renfermant les volumineux corps cellulaires des cellules pyramidales de Betz), les neurophysiologistes purent d\u00e9montrer l&rsquo;organisation en colonnes verticales du cortex moteur, confirmant que chaque micromodule cortical r\u00e9git des synergies musculaires dynamiques plut\u00f4t que des muscles isol\u00e9s.<\/p>\n<h3>12.2 Les technologies modernes d&rsquo;exploration et de neuromodulation<\/h3>\n<p>L&rsquo;h\u00e9ritage de Fritsch et Hitzig innerve aujourd&rsquo;hui l&rsquo;ensemble des technologies de neuromodulation non invasives et invasives utilis\u00e9es en neurologie et en psychiatrie contemporaines :<\/p>\n<ul>\n<li>La <strong>stimulation magn\u00e9tique transcr\u00e2nienne (TMS)<\/strong>, mise au point par Anthony Barker en 1985, utilise des impulsions de champ magn\u00e9tique focalis\u00e9es pour induire des micro-courants \u00e9lectriques indolores \u00e0 travers la bo\u00eete cr\u00e2nienne humaine intacte. En positionnant la bobine de TMS au-dessus du cortex moteur primaire, le m\u00e9decin contemporain fait bouger le pouce ou le pied du patient \u00e9veill\u00e9 avec la m\u00eame rigueur somatotopique que celle observ\u00e9e par Hitzig sur son premier mod\u00e8le canin, autorisant l&rsquo;exploration fonctionnelle des voies pyramidales et le traitement de la d\u00e9pression s\u00e9v\u00e8re.<\/li>\n<li>La <strong>stimulation transcr\u00e2nienne \u00e0 courant continu (tDCS)<\/strong> constitue la descendante directe et \u00e9pur\u00e9e de la galvanisation originale de Hitzig, appliquant des courants de un \u00e0 deux milliamp\u00e8res sur le scalp pour moduler l&rsquo;excitabilit\u00e9 des r\u00e9seaux neuronaux sous-jacents.<\/li>\n<li>La <strong>stimulation c\u00e9r\u00e9brale profonde (DBS)<\/strong>, initi\u00e9e dans sa forme moderne par Alim-Louis Benabid pour le traitement de la maladie de Parkinson et des dystonies, applique des courants \u00e9lectriques chroniques \u00e0 haute fr\u00e9quence au c\u0153ur des circuits des ganglions de la base et du thalamus, incarnant la victoire absolue de l&rsquo;ing\u00e9nierie bio\u00e9lectrique sur les affections neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives.<\/li>\n<li>Enfin, l&rsquo;<strong>optog\u00e9n\u00e9tique<\/strong> et les <strong>ultrasons focalis\u00e9s de haute intensit\u00e9 (FUS)<\/strong> repr\u00e9sentent l&rsquo;aboutissement ultime de cette qu\u00eate de s\u00e9lectivit\u00e9 spatio-temporelle, permettant d&rsquo;activer ou d&rsquo;inhiber par la lumi\u00e8re des sous-populations neuronales sp\u00e9cifiques g\u00e9n\u00e9tiquement cibl\u00e9es sans l\u00e9ser le tissu environnant.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>12.3 Les interfaces cerveau-machine et le d\u00e9codage moteur contemporain<\/h3>\n<p>La trajectoire scientifique inaugur\u00e9e par le chien de Fritsch et Hitzig atteint son z\u00e9nith contemporain dans le d\u00e9veloppement fulgurant des <strong>interfaces cerveau-machine (ICM)<\/strong> et de la neuroprosth\u00e9tique motrice. Aujourd&rsquo;hui, des r\u00e9seaux de micro\u00e9lectrodes en silicium (comme le c\u00e9l\u00e8bre <em>Utah Array<\/em>) sont implant\u00e9s directement dans le cortex moteur primaire de patients t\u00e9trapl\u00e9giques atteints de l\u00e9sions m\u00e9dullaires hautes ou de scl\u00e9rose lat\u00e9rale amyotrophique.<\/p>\n<p>Les signaux bio\u00e9lectriques g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par l&rsquo;intention du mouvement \u2014 c&rsquo;est-\u00e0-dire pr\u00e9cis\u00e9ment cette d\u00e9charge d&rsquo;influx que Fritsch et Hitzig avaient identifi\u00e9e comme prenant naissance dans la substance grise \u2014 sont capt\u00e9s, num\u00e9ris\u00e9s et d\u00e9cod\u00e9s en temps r\u00e9el par des algorithmes d&rsquo;apprentissage profond. Ces impulsions sont alors traduites en commandes cin\u00e9matiques permettant \u00e0 des patients totalement paralys\u00e9s de man\u0153uvrer des bras robotis\u00e9s avec une dext\u00e9rit\u00e9 fluide, de contr\u00f4ler des exosquelettes ou de saisir des pens\u00e9es textuelles sur un \u00e9cran \u00e0 des vitesses approchant la frappe manuelle.<\/p>\n<p>Un si\u00e8cle et demi s\u00e9pare la table d&rsquo;op\u00e9ration de fortune de la Kronenstrasse berlinoise de nos salles de r\u00e9habilitation neuro-ing\u00e9nierique ultra-connect\u00e9es. Pourtant, le principe fondamental qui rend possible la restauration de la motricit\u00e9 chez un bless\u00e9 m\u00e9dullaire du XXIe si\u00e8cle demeure strictement inchang\u00e9 : la conviction mat\u00e9rielle et d\u00e9montrable que le mouvement de nos corps et l&rsquo;expression de notre volont\u00e9 sont \u00e9crits dans la partition \u00e9lectrique de notre \u00e9corce c\u00e9r\u00e9brale, une m\u00e9lodie neuronale dont Gustav Fritsch et Eduard Hitzig furent les tout premiers \u00e0 d\u00e9chiffrer les notes fondamentales.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p>Barker, A. T., Jalinous, R., &amp; Freeston, I. L. (1985). Non-invasive magnetic stimulation of human motor cortex. <em>The Lancet<\/em>, 325(8437), 1106-1107. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(85)92413-4\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(85)92413-4<\/a><\/p>\n<p>Broca, P. (1861). Remarques sur le si\u00e8ge de la facult\u00e9 du langage articul\u00e9, suivies d&rsquo;une observation d&rsquo;aph\u00e9mie (perte de la parole). <em>Bulletins de la Soci\u00e9t\u00e9 Anatomique de Paris<\/em>, 36, 330-357.<\/p>\n<p>Du Bois-Reymond, E. (1848). <em>Untersuchungen \u00fcber thierische Elektricit\u00e4t<\/em>. Reimer.<\/p>\n<p>Ferrier, D. (1873). Experimental researches in cerebral physiology and pathology. <em>West Riding Lunatic Asylum Medical Reports<\/em>, 3, 30-96.<\/p>\n<p>Ferrier, D. (1876). <em>The functions of the brain<\/em>. Smith, Elder &amp; Co. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/12984-000\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/12984-000<\/a><\/p>\n<p>Flourens, P. (1842). <em>Recherches exp\u00e9rimentales sur les propri\u00e9t\u00e9s et les fonctions du syst\u00e8me nerveux dans les animaux vert\u00e9br\u00e9s<\/em> (2e \u00e9d.). J.-B. Bailli\u00e8re.<\/p>\n<p>Fritsch, G., &amp; Hitzig, E. (1870). Ueber die elektrische Erregbarkeit des Grosshirns. <em>Archiv f\u00fcr Anatomie, Physiologie und wissenschaftliche Medicin<\/em>, 37, 300-332.<\/p>\n<p>Goltz, F. (1881). Ueber die Verrichtungen des Grosshirns. <em>Pfl\u00fcgers Archiv f\u00fcr die gesamte Physiologie des Menschen und der Tiere<\/em>, 26(1), 1-49. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/BF01628135\">https:\/\/doi.org\/10.1007\/BF01628135<\/a><\/p>\n<p>Hitzig, E. (1874). <em>Untersuchungen \u00fcber das Gehirn: Abhandlungen physiologischen und pathologischen Inhalts<\/em>. Hirschwald.<\/p>\n<p>Jackson, J. H. (1870). A study of convulsions. <em>Transactions of the St. Andrews Medical Graduates&rsquo; Association<\/em>, 3, 162-204.<\/p>\n<p>Penfield, W., &amp; Boldrey, E. (1937). Somatic motor and sensory representation in the cerebral cortex of man as studied by electrical stimulation. <em>Brain<\/em>, 60(4), 389-443. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/brain\/60.4.389\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/brain\/60.4.389<\/a><\/p>\n<p>Taylor, C. S., &amp; Gross, C. G. (2003). Twitches versus movements: A story of motor cortex. <em>The Neuroscientist<\/em>, 9(5), 332-342. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1177\/1073858403256037\">https:\/\/doi.org\/10.1177\/1073858403256037<\/a><\/p>\n<p>Tyler, K. L., &amp; Malessa, R. (2000). The centenary of the death of Eduard Hitzig (1838\u20131907): The pioneer of cortical stimulation. <em>Neurology<\/em>, 54(4), 983-983. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1212\/WNL.54.4.983\">https:\/\/doi.org\/10.1212\/WNL.54.4.983<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Analyse historique et neurophysiologique de l&rsquo;exp\u00e9rience pionni\u00e8re de stimulation corticale chez le chien men\u00e9e en 1870 par Eduard Hitzig et Gustav Fritsch.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","template":"","categories":[1516,46],"tags":[6460,6457,6458,6461,6459],"class_list":["post-4522","psych_experiment","type-psych_experiment","status-publish","hentry","category-histoire-de-la-psychologie","category-neuropsychologie","tag-cortex-moteur","tag-eduard-hitzig","tag-gustav-fritsch","tag-histoire-des-neurosciences","tag-stimulation-corticale"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_experiment\/4522","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_experiment"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_experiment"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4522"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_experiment\/4522\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4522"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4522"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4522"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}