{"id":4478,"date":"2026-09-11T08:35:55","date_gmt":"2026-09-11T08:35:55","guid":{"rendered":"http:\/\/french.arabpsychology.com\/experiments\/experience-transmission-chimique-jonction-neuromusculaire-henry-dale\/"},"modified":"2026-09-11T08:35:55","modified_gmt":"2026-09-11T08:35:55","slug":"experience-transmission-chimique-jonction-neuromusculaire-henry-dale","status":"publish","type":"psych_experiment","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_experiment=experience-transmission-chimique-jonction-neuromusculaire-henry-dale","title":{"rendered":"L&rsquo;exp\u00e9rience de la transmission chimique \u00e0 la jonction neuromusculaire &#8211; Henry Dale"},"content":{"rendered":"<p>Au confluent de la neurophysiologie, de la biophysique et de la pharmacologie g\u00e9n\u00e9rale, la question de la communication intercellulaire a constitu\u00e9 le d\u00e9fi intellectuel le plus \u00e2prement disput\u00e9 de la biologie du vingti\u00e8me si\u00e8cle. Longtemps domin\u00e9e par le postulat d&rsquo;une continuit\u00e9 physique ou d&rsquo;une propagation purement galvanique de l&rsquo;influx nerveux, la communaut\u00e9 scientifique se heurtait \u00e0 des \u00e9nigmes exp\u00e9rimentales insolubles : comment un signal \u00e9lectrique pouvait-il franchir une discontinuit\u00e9 anatomique avec un retard mesurable, ne se propager que dans une seule direction et susciter, selon les tissus cibles, soit une excitation vigoureuse, soit une inhibition absolue ? C&rsquo;est au c\u0153ur de cette aporie que s&rsquo;est d\u00e9ploy\u00e9e l&rsquo;\u0153uvre magistrale de <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Henry_Hallett_Dale\">Sir Henry Hallett Dale<\/a>, dont les investigations rigoureuses ont transform\u00e9 notre compr\u00e9hension du syst\u00e8me nerveux moteur en substituant au mod\u00e8le du conducteur m\u00e9tallique la r\u00e9alit\u00e9 infiniment plus subtile de la m\u00e9diation humorale.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9lucidation de la transmission neuro-effectrice \u00e0 la plaque motrice du muscle stri\u00e9 squelettique repr\u00e9sente un changement de paradigme fondamental. Si les travaux d&rsquo;Otto Loewi avaient \u00e9tabli d\u00e8s 1921 le caract\u00e8re chimique de l&rsquo;inhibition cardiaque m\u00e9di\u00e9e par le syst\u00e8me nerveux autonome v\u00e9g\u00e9tatif, la transposition de ce concept \u00e0 la musculature volontaire rapide suscitait un scepticisme universel. Les imp\u00e9ratifs temporels de la contraction squelettique, s&rsquo;exprimant \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de la milliseconde, semblaient incompatibles avec les processus lents de la s\u00e9cr\u00e9tion, de la diffusion et de l&rsquo;inactivation enzymatique d&rsquo;une mol\u00e9cule chimique. Pour surmonter ce dogme \u00e9lectrophysiologique d\u00e9fendu par les figures les plus \u00e9minentes de l&rsquo;\u00e9poque, il fallut toute la rigueur m\u00e9thodologique, l&rsquo;ing\u00e9niosit\u00e9 technique et la clairvoyance conceptuelle de Dale et de ses collaborateurs au sein du <em>National Institute for Medical Research<\/em> de Londres.<\/p>\n<p>\u00c0 travers la mise au point de perfusions vasculaires d&rsquo;organes isol\u00e9s, l&rsquo;application de bio-essais d&rsquo;une sensibilit\u00e9 alors in\u00e9gal\u00e9e et l&rsquo;utilisation judicieuse d&rsquo;agents pharmacologiques tels que l&rsquo;\u00e9s\u00e9rine et le curare, Henry Dale a administr\u00e9 en 1936 la preuve irr\u00e9futable que l&rsquo;ac\u00e9tylcholine constitue le m\u00e9diateur physiologique exclusif de la jonction neuromusculaire. Ce m\u00e9moire magistral examine la gen\u00e8se, le d\u00e9roulement exp\u00e9rimental, les controverses \u00e9pist\u00e9mologiques et les prolongements contemporains de cette d\u00e9couverte fondamentale, r\u00e9compens\u00e9e par le prix Nobel de physiologie ou m\u00e9decine, qui jeta les fondations de la neurochimie moderne, de la pharmacologie des r\u00e9cepteurs et de la compr\u00e9hension mol\u00e9culaire de la transmission synaptique.<\/p>\n<h2>1. Contexte historique et \u00e9mergence de l&rsquo;hypoth\u00e8se chimique du syst\u00e8me nerveux<\/h2>\n<h3>1.1 Le d\u00e9bat historique entre transmission \u00e9lectrique et transmission chimique<\/h3>\n<p>\u00c0 l&rsquo;aube du XXe si\u00e8cle, la physiologie du syst\u00e8me nerveux demeurait tributaire des triomphes de l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie du XIXe si\u00e8cle, illustr\u00e9e par les travaux pionniers d&rsquo;Emil du Bois-Reymond, d&rsquo;Hermann von Helmholtz et de Julius Bernstein. La conception dominante envisageait le syst\u00e8me nerveux comme un vaste r\u00e9seau de c\u00e2bles t\u00e9l\u00e9graphiques au sein duquel l&rsquo;onde de d\u00e9polarisation, de nature bio\u00e9lectrique, se propageait sans rupture de continuit\u00e9 le long des axones pour stimuler directement les fibres musculaires ou les corps cellulaires adjacents. Cette vision r\u00e9ticulariste, ardemment d\u00e9fendue par Camillo Golgi, postulait une continuit\u00e9 protoplasmique g\u00e9n\u00e9rale, rendant caduque toute n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;un interm\u00e9diaire mat\u00e9riel ou humoral entre les \u00e9l\u00e9ments conducteurs.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9mergence triomphante de la th\u00e9orie neuronale, formalis\u00e9e par <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Santiago_Ram%C3%B3n_y_Cajal\">Santiago Ram\u00f3n y Cajal<\/a> \u00e0 l&rsquo;aide de la m\u00e9thode d&rsquo;impr\u00e9gnation argentique, porta un coup fatal \u00e0 l&rsquo;anatomie r\u00e9ticulaire. Cajal d\u00e9montra que les cellules nerveuses sont des unit\u00e9s morphologiques, g\u00e9n\u00e9tiques et fonctionnelles ind\u00e9pendantes, s\u00e9par\u00e9es par d&rsquo;infimes discontinuit\u00e9s spatiales. Lorsque Sir Charles Scott Sherrington introduisit en 1897 le concept fonctionnel de <em>synapse<\/em> pour d\u00e9signer ce lieu d&rsquo;articulation intercellulaire, la question physique de la travers\u00e9e de cette barri\u00e8re devint aigu\u00eb. L&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une propagation purement \u00e9lectrique se heurtait d&#8217;embl\u00e9e \u00e0 deux paradoxes physiologiques majeurs : le retard synaptique inh\u00e9rent au franchissement de la jonction et l&rsquo;unidirectionnalit\u00e9 absolue de l&rsquo;influx, formalis\u00e9e par la loi de conduction polaris\u00e9e vers l&rsquo;effecteur.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 ces contradictions manifestes, les \u00e9lectrophysiologistes de l&rsquo;\u00e9cole britannique et continentale opposaient une r\u00e9sistance farouche \u00e0 l&rsquo;hypoth\u00e8se chimique. Les calculs th\u00e9oriques fond\u00e9s sur la vitesse de diffusion passive des solut\u00e9s dans l&rsquo;eau semblaient d\u00e9montrer qu&rsquo;un m\u00e9diateur chimique ne pouvait diffuser, interagir avec sa membrane cible et \u00eatre \u00e9vacu\u00e9 \u00e0 une vitesse compatible avec les fr\u00e9quences de d\u00e9charge du syst\u00e8me moteur squelettique, lesquelles d\u00e9passent couramment cinquante hertz chez les mammif\u00e8res. Pour la majorit\u00e9 des biophysiciens, la transmission chimique, si elle existait, ne pouvait constituer qu&rsquo;une anomalie m\u00e9tabolique restreinte aux organes v\u00e9g\u00e9tatifs lents, tandis que la contraction musculaire volontaire exigeait le transfert fulgurant de charges \u00e9lectriques capacitives.<\/p>\n<h3>1.2 Les contributions pr\u00e9curseurs de Thomas Renton Elliott et John Newport Langley<\/h3>\n<p>Les pr\u00e9mices d&rsquo;une conceptualisation rigoureuse de la communication humorale synaptique virent le jour au sein du prestigieux laboratoire de physiologie de l&rsquo;Universit\u00e9 de Cambridge, sous l&rsquo;\u00e9gide de John Newport Langley. En \u00e9tudiant l&rsquo;action compar\u00e9e de la nicotine et du curare sur le muscle squelettique d&rsquo;amphibien, Langley formula en 1905 l&rsquo;hypoth\u00e8se r\u00e9volutionnaire de la \u00ab substance r\u00e9ceptrice \u00bb. Il observa que m\u00eame apr\u00e8s la section et la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence compl\u00e8te des axones moteurs, l&rsquo;application locale de nicotine d\u00e9clenchait toujours une contraction musculaire, laquelle pouvait \u00eatre bloqu\u00e9e de mani\u00e8re comp\u00e9titive par le curare. Langley en d\u00e9duisit avec une remarquable prescience que l&rsquo;excitabilit\u00e9 ne r\u00e9sidait pas dans le nerf lui-m\u00eame, mais dans des constituants chimiques sp\u00e9cialis\u00e9s intrins\u00e8ques \u00e0 la membrane musculaire : les r\u00e9cepteurs pharmacologiques.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, un jeune chercheur travaillant sous la direction de Langley, Thomas Renton Elliott, r\u00e9alisa en 1904 une s\u00e9rie d&rsquo;observations capitales sur les effets de l&rsquo;extrait de glandes surr\u00e9nales, r\u00e9cemment isol\u00e9 sous le nom d&rsquo;adr\u00e9naline. Elliott constata que les effets physiologiques de l&rsquo;adr\u00e9naline inject\u00e9e par voie intraveineuse reproduisaient fid\u00e8lement et point par point les manifestations observ\u00e9es lors de la stimulation \u00e9lectrique des nerfs sympathiques p\u00e9riph\u00e9riques sur les muscles lisses visc\u00e9raux et les vaisseaux sanguins. Dans un court rapport pr\u00e9liminaire soumis \u00e0 la <em>Physiological Society<\/em>, Elliott osa avancer l&rsquo;hypoth\u00e8se que l&rsquo;influx nerveux sympathique lib\u00e9rait de minuscules quantit\u00e9s d&rsquo;une substance similaire \u00e0 l&rsquo;adr\u00e9naline au contact direct de la cellule effectrice, agissant comme le vecteur chimique de l&rsquo;excitation.<\/p>\n<p>Cependant, les r\u00e9sistances institutionnelles, le scepticisme pesant de ses pairs et l&rsquo;autorit\u00e9 \u00e9crasante de Langley \u2014 qui privil\u00e9giait une interpr\u00e9tation ax\u00e9e sur la r\u00e9activit\u00e9 intrins\u00e8que des tissus plut\u00f4t que sur la lib\u00e9ration d&rsquo;un transmetteur \u2014 dissuad\u00e8rent Elliott de pers\u00e9v\u00e9rer. D\u00e9courag\u00e9 par le manque d&rsquo;enthousiasme de la communaut\u00e9 acad\u00e9mique, Elliott n&rsquo;inclut pas cette th\u00e8se audacieuse dans son m\u00e9moire d\u00e9finitif de 1905 et abandonna par la suite la recherche fondamentale pour se consacrer \u00e0 la m\u00e9decine clinique. N\u00e9anmoins, les fondations th\u00e9oriques \u00e9taient pos\u00e9es : la cellule r\u00e9ceptrice poss\u00e9dait des mol\u00e9cules d\u00e9di\u00e9es \u00e0 la reconnaissance pharmacologique, et les nerfs p\u00e9riph\u00e9riques semblaient contenir des substances capables de mimer l&rsquo;action du courant nerveux.<\/p>\n<h3>1.3 L&rsquo;influence d\u00e9terminante de l&rsquo;exp\u00e9rience de Loewi sur le nerf vague<\/h3>\n<p>Il fallut attendre l&rsquo;ann\u00e9e 1921 pour que l&rsquo;hypoth\u00e8se de la transmission humorale re\u00e7oive sa premi\u00e8re confirmation exp\u00e9rimentale irr\u00e9futable, gr\u00e2ce au protocole con\u00e7u par le pharmacologue austro-allemand <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Otto_Loewi\">Otto Loewi<\/a> \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Graz. Selon le r\u00e9cit l\u00e9gendaire consign\u00e9 par Loewi lui-m\u00eame, l&rsquo;id\u00e9e de ce dispositif lui apparut en r\u00eave au cours de la nuit pr\u00e9c\u00e9dant le dimanche de P\u00e2ques. Mettant en \u0153uvre une pr\u00e9paration d&rsquo;une simplicit\u00e9 m\u00e9thodologique d\u00e9sarmante, Loewi isola deux c\u0153urs de grenouille (<em>Rana esculenta<\/em>), mont\u00e9s dans des canules de Straub remplies d&rsquo;une solution de Ringer oxyg\u00e9n\u00e9e. Le premier c\u0153ur conservait son innervation parasympathique par le nerf vague, tandis que le second en \u00e9tait totalement d\u00e9pourvu.<\/p>\n<p>En stimulant \u00e9lectriquement le nerf vague du premier c\u0153ur, Loewi provoqua le ralentissement bradycardique attendu ainsi qu&rsquo;une diminution de la force contractile myocardique. Aussit\u00f4t apr\u00e8s, il pr\u00e9leva le liquide de perfusion baignant ce premier c\u0153ur pour le transf\u00e9rer directement dans la canule contenant le second c\u0153ur \u00e9nerv\u00e9. Sans qu&rsquo;aucune impulsion \u00e9lectrique n&rsquo;e\u00fbt \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9e \u00e0 ce dernier, le tissu myocardique ralentit ses battements et diminua son amplitude avec une cin\u00e9tique rigoureusement identique \u00e0 celle du premier organe. Loewi baptisa provisoirement la substance active diffusible pr\u00e9sente dans le perfusat la \u00ab <em>Vagusstoff<\/em> \u00bb (substance vagale). Dans une s\u00e9rie ult\u00e9rieure d&rsquo;exp\u00e9riences, il d\u00e9montra qu&rsquo;une stimulation du syst\u00e8me sympathique cardiaque lib\u00e9rait une substance distincte acc\u00e9l\u00e9ratrice, l&rsquo;\u00ab <em>Acceleransstoff<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9monstration magistrale prouvait hors de tout doute raisonnable que la m\u00e9diation synaptique au sein du syst\u00e8me nerveux autonome v\u00e9g\u00e9tatif \u00e9tait de nature humorale et chimique. L&rsquo;analyse physico-chimique de la <em>Vagusstoff<\/em> r\u00e9v\u00e9la rapidement ses similitudes structurales avec un ester d&rsquo;acide ac\u00e9tique de la choline, instable et susceptible d&rsquo;\u00eatre hydrolys\u00e9 par des est\u00e9rases tissulaires. Toutefois, les \u00e9lectrophysiologistes orthodoxes s&#8217;empress\u00e8rent de cantonner la port\u00e9e de cette d\u00e9couverte au domaine des organes visc\u00e9raux autonomes. Le muscle cardiaque, caract\u00e9ris\u00e9 par des potentiels d&rsquo;action prolong\u00e9s et des jonctions de contact diffuses, ne pouvait, selon eux, servir d&rsquo;\u00e9talon biologique pour appr\u00e9hender la contraction explosive, discr\u00e8te et hautement sp\u00e9cialis\u00e9e de la musculature squelettique volontaire.<\/p>\n<h2>2. Biographie intellectuelle et parcours scientifique de Sir Henry Hallett Dale<\/h2>\n<h3>2.1 Formation acad\u00e9mique et premiers travaux physiologiques<\/h3>\n<p>Sir Henry Hallett Dale naquit en 1875 \u00e0 Londres dans un environnement impr\u00e9gn\u00e9 par la rigueur intellectuelle de l&rsquo;\u00e9poque victorienne. Admis au <em>Trinity College<\/em> de Cambridge en 1894, il b\u00e9n\u00e9ficia de l&rsquo;enseignement des plus illustres figures de la biologie britannique. Sous la direction de Michael Foster, p\u00e8re fondateur de l&rsquo;\u00e9cole physiologique de Cambridge, mais \u00e9galement au contact direct de John Newport Langley et de Walter Holbrook Gaskell, Dale int\u00e9gra les standards m\u00e9thodologiques les plus exigeants de l&rsquo;analyse exp\u00e9rimentale quantitative des organes isol\u00e9s. Cette formation rigoureuse lui inculqua une m\u00e9fiance permanente envers les sp\u00e9culations th\u00e9oriques non \u00e9tay\u00e9es par des donn\u00e9es physico-chimiques indiscutables.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir compl\u00e9t\u00e9 ses \u00e9tudes m\u00e9dicales et obtenu ses dipl\u00f4mes cliniques \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital St Bartholomew de Londres, Dale r\u00e9alisa un stage de recherche formateur \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Francfort sous l&rsquo;\u00e9gide de Paul Ehrlich, le pionnier mondial de l&rsquo;immunologie et de la chimioth\u00e9rapie r\u00e9ceptologique. Cette immersion dans la pharmacologie allemande le sensibilisa aux relations structure-activit\u00e9 et \u00e0 la pr\u00e9cision st\u00e9r\u00e9ochimique r\u00e9gissant les interactions entre principes actifs et composantes protoplasmiques cellulaires. De retour en Angleterre, il travailla bri\u00e8vement au sein du laboratoire d&rsquo;Ernest Starling et William Bayliss au <em>University College London<\/em>, o\u00f9 il fut le t\u00e9moin direct de la d\u00e9couverte de la s\u00e9cr\u00e9tine en 1902, \u00e9v\u00e9nement qui consacra l&rsquo;av\u00e8nement des hormones et de la r\u00e9gulation chimique syst\u00e9mique.<\/p>\n<p>En 1904, Dale prit une d\u00e9cision qui suscita l&rsquo;incompr\u00e9hension de ses pairs acad\u00e9miques : il accepta le poste de pharmacologue au sein des laboratoires de recherche physiologique Wellcome (<em>Wellcome Physiological Research Laboratories<\/em>), une institution priv\u00e9e financ\u00e9e par l&rsquo;industriel Henry Wellcome. \u00c0 une \u00e9poque o\u00f9 le passage vers la recherche industrielle \u00e9tait souvent assimil\u00e9 \u00e0 un renoncement acad\u00e9mique, ce poste offrit en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 Dale une libert\u00e9 d&rsquo;investigation absolue, des moyens financiers consid\u00e9rables et l&rsquo;acc\u00e8s aux \u00e9quipements de synth\u00e8se chimique les plus modernes de l&rsquo;Empire britannique, lui permettant de structurer son vaste programme d&rsquo;investigation sur les amines et esters physiologiquement actifs.<\/p>\n<h3>2.2 Les recherches aux laboratoires Wellcome et la d\u00e9couverte de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine<\/h3>\n<p>D\u00e8s son installation chez Wellcome, Dale se vit confier l&rsquo;analyse pharmacologique approfondie de l&rsquo;ergot de seigle (<em>Claviceps purpurea<\/em>), un champignon parasite des c\u00e9r\u00e9ales utilis\u00e9 depuis des si\u00e8cles en obst\u00e9trique empirique mais dont la composition chimique demeurait une \u00e9nigme redoutable. En \u00e9troite collaboration avec le chimiste George Barger, Dale entreprit le fractionnement syst\u00e9matique des extraits d&rsquo;ergot. Cette recherche minutieuse aboutit \u00e0 l&rsquo;isolement et \u00e0 la caract\u00e9risation fonctionnelle de plusieurs mol\u00e9cules biog\u00e8nes de premier ordre, notamment l&rsquo;ergotoxine, mais surtout la tyramine et l&rsquo;histamine. L&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;histamine, en particulier, r\u00e9v\u00e9la ses puissantes propri\u00e9t\u00e9s vasoactives et bronchoconstrictrices, pr\u00e9figurant l&rsquo;\u00e9tude moderne des m\u00e9diateurs de l&rsquo;inflammation et du choc anaphylactique.<\/p>\n<p>C&rsquo;est au cours de ces travaux sur l&rsquo;ergot que Dale fit en 1913 une observation fortuite qui allait orienter l&rsquo;ensemble de son existence scientifique. En testant un lot particulier d&rsquo;extrait d&rsquo;ergot de seigle sur la pression art\u00e9rielle d&rsquo;un chat anesth\u00e9si\u00e9, il constata une chute tensionnelle d&rsquo;une violence inattendue, accompagn\u00e9e d&rsquo;un ralentissement cardiaque passager. Soup\u00e7onnant la pr\u00e9sence d&rsquo;un contaminant biologique exceptionnellement puissant, l&rsquo;\u00e9quipe parvint \u00e0 isoler une substance cristalline identifi\u00e9e en 1914 comme \u00e9tant l&rsquo;ac\u00e9tylcholine. Synth\u00e9tis\u00e9e pour la premi\u00e8re fois par Adolf von Baeyer en 1867 sans qu&rsquo;aucun r\u00f4le biologique ne lui e\u00fbt \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9, la mol\u00e9cule r\u00e9v\u00e9lait une activit\u00e9 pharmacologique stup\u00e9fiante : elle demeurait active \u00e0 des dilutions infinit\u00e9simales, d\u00e9passant de cent mille fois l&rsquo;efficacit\u00e9 de la choline ordinaire.<\/p>\n<p>Dans un article fondateur publi\u00e9 en 1914 dans le <em>Journal of Pharmacology and Experimental Therapeutics<\/em>, Dale d\u00e9crivit avec une minutie exemplaire le profil pharmacodynamique de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine. Il formula la distinction devenue classique entre deux grands types d&rsquo;actions :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Les actions muscariniques :<\/strong> reproduisant les effets de la muscarine, toxine issue de l&rsquo;amanite tue-mouches, caract\u00e9ris\u00e9es par des r\u00e9ponses visc\u00e9rales lentes (bradycardie, vasodilatation, hypers\u00e9cr\u00e9tion salivaire, bronchospasme) et inhib\u00e9es de mani\u00e8re comp\u00e9titive et sp\u00e9cifique par l&rsquo;alcalo\u00efde atropine.<\/li>\n<li><strong>Les actions nicotiniques :<\/strong> reproduisant les effets initiaux stimulants de la nicotine sur les ganglions du syst\u00e8me autonome et sur la musculature squelettique stri\u00e9e, totalement insensibles \u00e0 l&rsquo;atropine mais bloqu\u00e9es par de fortes concentrations de nicotine ou par le curare.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Avec une prescience admirable, Dale sugg\u00e9ra d\u00e8s 1914 que l&rsquo;ac\u00e9tylcholine pourrait bien constituer un r\u00e9gulateur physiologique endog\u00e8ne de l&rsquo;organisme animal, tout en reconnaissant qu&rsquo;il lui \u00e9tait alors impossible d&rsquo;apporter la preuve formelle de sa biosynth\u00e8se par les tissus des vert\u00e9br\u00e9s.<\/p>\n<h3>2.3 La formalisation conceptuelle de la neurotransmission et collaborations internationales<\/h3>\n<p>En 1928, Henry Dale franchit une nouvelle \u00e9tape en devenant le premier directeur du <em>National Institute for Medical Research<\/em> (NIMR) \u00e9tabli \u00e0 Mount Vernon, dans le quartier londonien de Hampstead. Dot\u00e9 d&rsquo;une autorit\u00e9 morale et scientifique immense, il transforma cet institut en un \u00e9picentre mondial de l&rsquo;investigation biom\u00e9dicale. Dale y r\u00e9unit une \u00e9quipe de jeunes chercheurs aux comp\u00e9tences compl\u00e9mentaires, cr\u00e9ant une atmosph\u00e8re de rigueur intellectuelle o\u00f9 chaque r\u00e9sultat \u00e9tait soumis \u00e0 une critique m\u00e9thodique intransigeante avant publication.<\/p>\n<p>Face \u00e0 la mont\u00e9e du nazisme en Allemagne, Dale mit l&rsquo;influence du NIMR au service de l&rsquo;accueil des scientifiques pers\u00e9cut\u00e9s d&rsquo;Europe centrale. Il accueillit notamment dans son laboratoire deux figures qui joueront un r\u00f4le d\u00e9cisif dans l&rsquo;\u00e9lucidation de la transmission neuromusculaire : le physiologiste et pharmacologue <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Wilhelm_Feldberg\">Wilhelm Feldberg<\/a>, expuls\u00e9 de l&rsquo;Institut de physiologie de Berlin en raison de ses origines juives, et la pharmacologue Marthe Vogt. Feldberg apportait avec lui une ma\u00eetrise in\u00e9gal\u00e9e des techniques de bio-essai sur organes isol\u00e9s et une connaissance approfondie de la pharmacologie de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine acquise aux c\u00f4t\u00e9s des meilleurs ma\u00eetres continentaux. Compl\u00e9t\u00e9e par George Lindor Brown, expert en enregistrements \u00e9lectrophysiologiques rapides, cette \u00e9quipe multidisciplinaire poss\u00e9dait l&rsquo;arsenal m\u00e9thodologique n\u00e9cessaire pour s&rsquo;attaquer au bastion r\u00e9put\u00e9 imprenable de la plaque motrice squelettique.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement \u00e0 ses recherches acad\u00e9miques, Dale joua un r\u00f4le d\u00e9terminant au sein de la Soci\u00e9t\u00e9 des Nations pour l&rsquo;\u00e9tablissement des \u00e9talons biologiques internationaux. \u00c0 une \u00e9poque o\u00f9 les m\u00e9dicaments d&rsquo;origine biologique (insuline, extraits hypophysaires, s\u00e9rums, vitamines) variaient consid\u00e9rablement en puissance selon les pr\u00e9parations industrielles, Dale imposa le recours \u00e0 des standards biologiques universels \u00e9talonn\u00e9s par des bio-essais rigoureux. Cette expertise de renomm\u00e9e mondiale dans la quantification pr\u00e9cise des substances actives \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle mol\u00e9culaire conf\u00e9ra aux travaux de son laboratoire sur l&rsquo;ac\u00e9tylcholine une cr\u00e9dibilit\u00e9 et une reproductibilit\u00e9 exp\u00e9rimentale qui firent l&rsquo;admiration de la communaut\u00e9 internationale.<\/p>\n<h2>3. Les fondements physiologiques de la jonction neuromusculaire<\/h2>\n<h3>3.1 Organisation anatomique et cytoarchitecture de la plaque motrice<\/h3>\n<p>La jonction neuromusculaire, ou plaque motrice, constitue la synapse p\u00e9riph\u00e9rique hautement sp\u00e9cialis\u00e9e qui assure le couplage fonctionnel entre l&rsquo;axone my\u00e9linis\u00e9 d&rsquo;un motoneurone alpha de la corne ant\u00e9rieure de la moelle \u00e9pini\u00e8re et une fibre musculaire stri\u00e9e squelettique. \u00c0 l&rsquo;approche de la surface musculaire, l&rsquo;axone moteur perd sa gaine de my\u00e9line et se ramifie en une arborisation terminale complexe de boutons synaptiques qui viennent se loger dans des d\u00e9pressions sur mesure de la membrane musculaire, d\u00e9sign\u00e9es sous le terme de goutti\u00e8res synaptiques primaires.<\/p>\n<p>La morphologie ultrastructurale de cette interface se caract\u00e9rise par la pr\u00e9sence de deux feuillets membranaires s\u00e9par\u00e9s par une <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Fente_synaptique\">fente synaptique<\/a> primaire d&rsquo;environ cinquante nanom\u00e8tres d&rsquo;\u00e9paisseur. La membrane musculaire sous-jacente pr\u00e9sente une cytoarchitecture remarquable, consistant en de multiples replis invagin\u00e9s appel\u00e9s fentes synaptiques secondaires. Cette disposition d\u00e9multiplie la surface de la membrane post-synaptique (sarcolemme) et permet une concentration spatiale prodigieuse d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments prot\u00e9iques effecteurs. L&rsquo;ensemble est scell\u00e9 par les prolongements des cellules de Schwann t\u00e9logliales, qui isolent le microenvironnement synaptique du milieu interstitiel environnant.<\/p>\n<p>La distribution macromol\u00e9culaire au sein de cette architecture est r\u00e9gie par une polarit\u00e9 stricte :<\/p>\n<ul>\n<li>Au sommet des cr\u00eates des replis secondaires post-synaptiques, directement en regard des zones actives pr\u00e9synaptiques d&rsquo;exocytose, se concentre une densit\u00e9 exceptionnelle de r\u00e9cepteurs nicotiniques de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine, atteignant pr\u00e8s de vingt mille mol\u00e9cules par microm\u00e8tre carr\u00e9.<\/li>\n<li>Dans le fond des replis secondaires se concentre une haute densit\u00e9 de canaux sodiques voltage-d\u00e9pendants, pr\u00eats \u00e0 convertir la d\u00e9polarisation locale en potentiel d&rsquo;action propag\u00e9.<\/li>\n<li>La lame basale synaptique, qui tapisse l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de la fente, retient dans son maillage de collag\u00e8ne et d&rsquo;agrine des formes t\u00e9tram\u00e9riques d&rsquo;ac\u00e9tylcholinest\u00e9rase, l&rsquo;enzyme charg\u00e9e de l&rsquo;hydrolyse du m\u00e9diateur.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette disposition ultrastructurale conf\u00e8re \u00e0 la jonction neuromusculaire une s\u00e9curit\u00e9 de transmission physiologique maximale, garantissant qu&rsquo;en conditions normales, chaque influx nerveux pr\u00e9synaptique d\u00e9clenche immanquablement la contraction de la cellule musculaire squelettique.<\/p>\n<h3>3.2 M\u00e9canique de l&rsquo;excitabilit\u00e9 membranaire pr\u00e9- et post-synaptique<\/h3>\n<p>La dynamique de la transmission motrice s&rsquo;amorce par la propagation saltatoire du potentiel d&rsquo;action le long de l&rsquo;axone my\u00e9linis\u00e9 du motoneurone. Lorsque cette onde de d\u00e9polarisation atteint la terminaison axonale amy\u00e9linique, l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation du potentiel membranaire entra\u00eene l&rsquo;ouverture synchronis\u00e9e des canaux calciques voltage-d\u00e9pendants \u00e0 haut seuil d&rsquo;activation, principalement de sous-type P\/Q (Cav2.1). L&rsquo;entr\u00e9e massive d&rsquo;ions calcium selon leur gradient \u00e9lectrochimique induit une micro-domaine calcique locale transitoire, o\u00f9 la concentration intracellulaire de Ca\u00b2\u207a passe de quelques dizaines de nanomoles \u00e0 plus de cent micromoles au contact imm\u00e9diat de la machinerie d&rsquo;exocytose.<\/p>\n<p>Ce signal calcique d\u00e9clenche la fusion ultra-rapide des v\u00e9sicules de stockage avec la membrane plasmique pr\u00e9synaptique au niveau des zones actives, lib\u00e9rant leur contenu mol\u00e9culaire dans la fente synaptique primaire. Les mol\u00e9cules d&rsquo;ac\u00e9tylcholine traversent la fente par diffusion libre en quelques dizaines de microsecondes pour se lier st\u0153chiom\u00e9triquement aux sites r\u00e9cepteurs post-synaptiques. La fixation de deux mol\u00e9cules d&rsquo;ac\u00e9tylcholine sur les sous-unit\u00e9s alpha du r\u00e9cepteur nicotinique provoque un changement de conformation allost\u00e9rique quasi instantan\u00e9, ouvrant un pore aqueux non s\u00e9lectif perm\u00e9able aux cations divalents et monovalents.<\/p>\n<p>Le flux entrant pr\u00e9dominant d&rsquo;ions sodium (Na\u207a), sup\u00e9rieur au flux sortant d&rsquo;ions potassium (K\u207a) en raison de la force \u00e9lectromotrice de repos de la cellule musculaire (environ -80 \u00e0 -90 mV), g\u00e9n\u00e8re un courant d\u00e9polarisant localis\u00e9 appel\u00e9 courant de plaque motrice. Ce courant engendre une variation du potentiel membranaire d\u00e9sign\u00e9e sous le nom de potentiel de plaque motrice (PPM). Le PPM est un potentiel gradu\u00e9, local et non r\u00e9g\u00e9n\u00e9ratif. Cependant, son amplitude d\u00e9passe largement le seuil d&rsquo;activation des canaux sodiques voltage-d\u00e9pendants nich\u00e9s dans les profondeurs des cryptes synaptiques. Le franchissement de ce seuil critique convertit instantan\u00e9ment le PPM en un potentiel d&rsquo;action musculaire propag\u00e9 le long du sarcolemme et du syst\u00e8me des tubules transverses (tubules T).<\/p>\n<h3>3.3 Propri\u00e9t\u00e9s contractiles du muscle squelettique stri\u00e9 sous contr\u00f4le neural<\/h3>\n<p>La physiologie musculaire stri\u00e9e squelettique se distingue radicalement de celle des muscles lisses et du myocarde par ses constantes de temps et sa dynamique d&rsquo;activation. Tandis que les fibres musculaires lisses du tractus gastro-intestinal ou de l&rsquo;arbre vasculaire se contractent lentement et de fa\u00e7on tonique, maintenant des \u00e9tats de tension soutenus avec des consommations \u00e9nerg\u00e9tiques r\u00e9duites, le muscle squelettique est con\u00e7u pour d\u00e9velopper des forces m\u00e9caniques phasiques explosives et des ajustements posturaux r\u00e9flexes ultrarapides. Le d\u00e9lai s\u00e9parant l&rsquo;arriv\u00e9e de l&rsquo;impulsion motrice \u00e0 la terminaison nerveuse et le d\u00e9but du raccourcissement sarcom\u00e9rique m\u00e9canique n&rsquo;exc\u00e8de pas quelques millisecondes.<\/p>\n<p>Ce couplage \u00e9lectrom\u00e9canique repose sur une cascade intracellulaire hautement synchronis\u00e9e :<\/p>\n<ul>\n<li>Le potentiel d&rsquo;action musculaire propag\u00e9 dans les tubules T active les r\u00e9cepteurs aux dihydropyridines (DHPR, canaux calciques de type L voltage-d\u00e9pendants), agissant comme des capteurs de voltage macromol\u00e9culaires.<\/li>\n<li>Par une interaction m\u00e9canique directe, ces capteurs provoquent l&rsquo;ouverture des r\u00e9cepteurs de la ryanodine (RyR1) situ\u00e9s dans la membrane du r\u00e9ticulum sarcoplasmique.<\/li>\n<li>La lib\u00e9ration massive d&rsquo;ions Ca\u00b2\u207a dans le sarcoplasme entra\u00eene leur fixation sur la troponine C, levant l&rsquo;inhibition st\u00e9rique exerc\u00e9e par la tropomyosine sur les filaments d&rsquo;actine et autorisant l&rsquo;interaction cyclique des ponts d&rsquo;union de myosine (th\u00e9orie des filaments glissants).<\/li>\n<\/ul>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9ment cette fulgurance de la r\u00e9ponse musculaire stri\u00e9e qui nourrissait le scepticisme persistant des \u00e9lectrophysiologistes face \u00e0 l&rsquo;hypoth\u00e8se de la transmission chimique. Dans les ann\u00e9es 1930, le probl\u00e8me th\u00e9orique pos\u00e9 par les biophysiciens \u00e9tait sans appel : comment un m\u00e9canisme chimique impliquant la s\u00e9cr\u00e9tion d&rsquo;un fluide, sa dispersion thermique \u00e0 travers un espace extracellulaire et sa capture par des r\u00e9cepteurs mol\u00e9culaires pouvait-il s&rsquo;op\u00e9rer sans introduire une latence incompatible avec les imp\u00e9ratifs des r\u00e9flexes moteurs spinaux et la t\u00e9tanisation musculaire \u00e0 haute fr\u00e9quence ? Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette objection p\u00e9remptoire, il ne suffisait plus de formuler des hypoth\u00e8ses \u00e9l\u00e9gantes ; il fallait apporter la d\u00e9monstration mat\u00e9rielle directe de la pr\u00e9sence et du r\u00f4le causal du m\u00e9diateur au sein m\u00eame de la synapse motrice.<\/p>\n<h2>4. La controverse \u00ab Soupe contre \u00c9tincelle \u00bb (Soups vs Sparks)<\/h2>\n<h3>4.1 Les arguments de John Carew Eccles et de l&rsquo;\u00e9cole \u00e9lectrophysiologiste<\/h3>\n<p>Au cours des ann\u00e9es 1930, le monde des neurosciences fut le th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;une controverse intellectuelle retentissante, pass\u00e9e \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9 sous l&rsquo;appellation suggestive de querelle de la \u00ab <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Synaptic_transmission#History\">Soupe contre l&rsquo;\u00c9tincelle<\/a> \u00bb (<em>Soups vs Sparks<\/em>). Le camp des \u00e9lectriciens (les <em>Sparks<\/em>) \u00e9tait men\u00e9 avec une vigueur dialectique redoutable par le jeune et brillant neurophysiologiste australien <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/John_Carew_Eccles\">John Carew Eccles<\/a>, disciple pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de Sir Charles Sherrington \u00e0 Oxford. Fort des r\u00e9cents d\u00e9veloppements de l&rsquo;\u00e9lectronique de mesure \u2014 notamment l&rsquo;oscilloscope \u00e0 rayons cathodiques introduit par Erlanger et Gasser \u2014, Eccles disposait d&rsquo;un pouvoir d&rsquo;analyse temporelle in\u00e9dit lui permettant d&rsquo;enregistrer des \u00e9v\u00e9nements \u00e9lectriques \u00e0 la fraction de milliseconde pr\u00e8s.<\/p>\n<p>L&rsquo;argumentation d&rsquo;Eccles reposait sur la stricte continuit\u00e9 temporelle observ\u00e9e entre l&rsquo;arriv\u00e9e du front d&rsquo;onde axonal et l&rsquo;apparition de l&rsquo;onde de d\u00e9polarisation musculaire. Selon son mod\u00e8le, le potentiel d&rsquo;action pr\u00e9synaptique engendrait des courants locaux (courants de d\u00e9marcation de Fick ou courants de c\u00e2ble) qui traversaient la fente synaptique par couplage capacitatif passif pour d\u00e9polariser directement le sarcolemme musculaire sous-jacent. Pour Eccles, le retard synaptique n&rsquo;\u00e9tait que le reflet d&rsquo;une r\u00e9sistance \u00e9lectrique accrue au niveau de la membrane post-synaptique et de son temps de charge capacitif, et non le t\u00e9moin d&rsquo;une r\u00e9action chimique lente.<\/p>\n<p>Eccles et ses partisans contestaient violemment l&rsquo;efficacit\u00e9 enzymatique postul\u00e9e par les pharmacologistes. Ils soutenaient qu&rsquo;aucune enzyme connue dans le r\u00e8gne biologique ne poss\u00e9dait une vitesse catalytique suffisante pour hydrolyser des millions de mol\u00e9cules de m\u00e9diateur chimique en moins d&rsquo;une milliseconde afin de permettre \u00e0 la synapse de r\u00e9cup\u00e9rer avant l&rsquo;arriv\u00e9e de l&rsquo;influx suivant lors d&rsquo;une d\u00e9charge motrice t\u00e9tanique. Pour les biophysiciens d&rsquo;Oxford, l&rsquo;ac\u00e9tylcholine identifi\u00e9e par l&rsquo;\u00e9quipe de Dale ne repr\u00e9sentait qu&rsquo;un \u00e9piph\u00e9nom\u00e8ne m\u00e9tabolique, un d\u00e9chet biochimique d&rsquo;accompagnement ou, tout au plus, une substance trophique modulant la r\u00e9activit\u00e9 membranaire \u00e0 long terme, mais totalement incapable de v\u00e9hiculer l&rsquo;impulsion motrice \u00e9l\u00e9mentaire.<\/p>\n<h3>4.2 La position de Henry Dale et des pharmacologistes<\/h3>\n<p>Face \u00e0 cette h\u00e9g\u00e9monie de l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie, Henry Dale et les partisans de la transmission chimique (les <em>Soups<\/em>) oppos\u00e8rent une d\u00e9fense m\u00e9thodique, articul\u00e9e autour de la logique physiologique et des anomalies insurmontables du mod\u00e8le \u00e9lectrique pur. Dale arguait avec insistance que l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 axonale \u00e9tait incapable d&rsquo;expliquer les propri\u00e9t\u00e9s s\u00e9lectives et directionnelles de la transmission synaptique. Si la propagation du signal \u00e9tait purement capacitive, pourquoi les courants d&rsquo;action musculaires, consid\u00e9rablement plus puissants que les infimes potentiels axonaux, ne franchissaient-ils jamais la synapse de mani\u00e8re r\u00e9trograde pour exciter l&rsquo;axone moteur (loi de la conduction unidirectionnelle) ?<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, le ph\u00e9nom\u00e8ne de l&rsquo;inhibition synaptique, clairement identifi\u00e9 dans les centres nerveux et les organes p\u00e9riph\u00e9riques, demeurait une \u00e9nigme totale pour les \u00e9lectriciens. Un courant \u00e9lectrique oscillant ou d\u00e9polarisant ne pouvait, par sa simple pr\u00e9sence physique, induire un arr\u00eat imm\u00e9diat de l&rsquo;activit\u00e9 cellulaire ou une hyperpolarisation sans faire appel \u00e0 des hypoth\u00e8ses g\u00e9om\u00e9triques alambiqu\u00e9es et ind\u00e9montrables. En revanche, le mod\u00e8le humoral apportait une explication simple, unitaire et chimiquement \u00e9l\u00e9gante : l&rsquo;existence de substances chimiques distinctes ou d&rsquo;un m\u00eame m\u00e9diateur agissant sur des sous-types r\u00e9cepteurs coupl\u00e9s \u00e0 des effecteurs diff\u00e9rents permettait d&rsquo;engendrer aussi bien une excitation brutale qu&rsquo;une inhibition profonde.<\/p>\n<p>Dale refusait de capituler devant l&rsquo;argument de la lenteur enzymatique. S&rsquo;appuyant sur les donn\u00e9es biochimiques relatives aux est\u00e9rases sanguines et tissulaires, il soutenait que la cellule neuromusculaire disposait d&rsquo;un dispositif catalytique hautement optimis\u00e9 par l&rsquo;\u00e9volution, capable d&rsquo;inactiver l&rsquo;ac\u00e9tylcholine \u00e0 une vitesse incommensurablement plus \u00e9lev\u00e9e que celle observ\u00e9e dans les solutions d&rsquo;exp\u00e9rimentation standard. Pour Dale, l&rsquo;impulsion nerveuse \u00e9lectrique n&rsquo;\u00e9tait que le d\u00e9clencheur pr\u00e9synaptique lib\u00e9rant un quantum transitoire d&rsquo;une mol\u00e9cule d&rsquo;action locale, laquelle transmettait chimiquement le message avant d&rsquo;\u00eatre imm\u00e9diatement annihil\u00e9e par voie enzymatique.<\/p>\n<h3>4.3 Les limites techniques et th\u00e9oriques initiales de la d\u00e9monstration chimique<\/h3>\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1930, l&rsquo;affrontement entre les deux \u00e9coles demeurait bloqu\u00e9 dans une impasse \u00e9pist\u00e9mologique en raison des limitations technologiques des deux c\u00f4t\u00e9s du d\u00e9bat. Pour apporter la preuve d\u00e9finitive de sa th\u00e9orie, Henry Dale faisait face \u00e0 des d\u00e9fis m\u00e9thodologiques consid\u00e9rables qui semblaient alors presque insurmontables :<\/p>\n<ul>\n<li>L&rsquo;absence totale de microscopie \u00e9lectronique (qui ne sera appliqu\u00e9e \u00e0 la biologie synaptique que dans les ann\u00e9es 1950) condamnait la morphologie \u00e0 une vision optique floue, incapable de trancher d\u00e9finitivement l&rsquo;existence d&rsquo;un espace intercellulaire r\u00e9el de cinquante nanom\u00e8tres ou d&rsquo;une continuit\u00e9 protoplasmique synaptique.<\/li>\n<li>La quantit\u00e9 d&rsquo;ac\u00e9tylcholine pr\u00e9sum\u00e9e lib\u00e9r\u00e9e lors d&rsquo;une seule secousse musculaire \u00e9tait infinit\u00e9simale, se situant bien en de\u00e7\u00e0 des seuils de d\u00e9tection de la chimie analytique quantitative de l&rsquo;\u00e9poque (spectrophotom\u00e9trie ou chromatographie).<\/li>\n<li>La pr\u00e9sence ubiquitaire d&rsquo;est\u00e9rases tissulaires hautement actives d\u00e9truisait l&rsquo;ester de choline quasi instantan\u00e9ment d\u00e8s sa lib\u00e9ration dans les tissus vivants, rendant sa capture dans le milieu interstitiel ou le sang eff\u00e9rent impossible en conditions physiologiques normales.<\/li>\n<li>L&rsquo;architecture vasculaire des muscles squelettiques des mammif\u00e8res rendait l&rsquo;isolement exp\u00e9rimental complexe, toute manipulation m\u00e9canique risquant d&rsquo;endommager les terminaisons nerveuses ou d&rsquo;induire une anoxie tissulaire l\u00e9tale.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Conscient de ces contraintes extr\u00eames, Henry Dale comprit que seule la conjonction d&rsquo;une pr\u00e9paration chirurgicale innovante, de l&rsquo;inhibition pharmacologique s\u00e9lective des enzymes de d\u00e9gradation et du recours \u00e0 des capteurs biologiques hypersensibles permettrait de lever l&rsquo;hypoth\u00e8que th\u00e9orique qui pesait sur la transmission humorale motrice.<\/p>\n<h2>5. La m\u00e9thodologie exp\u00e9rimentale pionni\u00e8re de Henry Dale (1936)<\/h2>\n<h3>5.1 Pr\u00e9paration tissulaire et protocole de perfusion vasculaire<\/h3>\n<p>Le point d&rsquo;orgue exp\u00e9rimental qui allait trancher d\u00e9finitivement la controverse survint en 1936 avec la publication, dans le <em>Journal of Physiology<\/em>, de l&rsquo;article princeps sign\u00e9 par Henry Dale, Wilhelm Feldberg et Marthe Vogt : \u00ab <em>Release of acetylcholine at voluntary motor nerve endings<\/em> \u00bb. Pour r\u00e9aliser ce tour de force, les trois chercheurs mirent au point un protocole chirurgical d&rsquo;une rigueur absolue, utilisant principalement des chats, mais \u00e9galement des chiens et des grenouilles, anesth\u00e9si\u00e9s au chloralose ou \u00e0 l&rsquo;\u00e9ther.<\/p>\n<p>La pr\u00e9paration exp\u00e9rimentale reposait sur la perfusion vasculaire isol\u00e9e d&rsquo;un muscle squelettique stri\u00e9 choisi pour son innervation univoque et sa vascularisation individualisable : le muscle grand dorsal (<em>latissimus dorsi<\/em>) ou les muscles gastrocn\u00e9mien et quadriceps de mammif\u00e8re. Dale et ses collaborateurs ligatur\u00e8rent scrupuleusement tous les vaisseaux collat\u00e9raux afin d&rsquo;isoler enti\u00e8rement le lit vasculaire musculaire de la circulation g\u00e9n\u00e9rale syst\u00e9mique de l&rsquo;animal. L&rsquo;art\u00e8re principale nourrici\u00e8re du muscle \u00e9tait cath\u00e9t\u00e9ris\u00e9e et perfus\u00e9e artificiellement au moyen d&rsquo;une solution saline de Locke-Ringer soigneusement \u00e9quilibr\u00e9e en \u00e9lectrolytes, tamponn\u00e9e et satur\u00e9e d&rsquo;oxyg\u00e8ne pur (100 % O\u2082).<\/p>\n<p>Une pr\u00e9caution chirurgicale et physiologique d&rsquo;une importance capitale consistait \u00e0 \u00e9liminer toute contamination possible du syst\u00e8me nerveux autonome sympathique ou parasympathique. Les chercheurs proc\u00e9d\u00e8rent \u00e0 la sympathectomie chirurgicale pr\u00e9alable des animaux plusieurs semaines avant l&rsquo;exp\u00e9rience d\u00e9finitive, laissant aux fibres postganglionnaires le temps de d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer compl\u00e8tement. Par cons\u00e9quent, lors de l&rsquo;exp\u00e9rimentation, les troncs nerveux innervant le muscle perfus\u00e9 \u00e9taient rigoureusement d\u00e9barrass\u00e9s de tout axone visc\u00e9ral v\u00e9g\u00e9tatif : ils ne contenaient exclusivement que les axones my\u00e9linis\u00e9s des motoneurones alpha et les fibres sensorielles proprioceptives aff\u00e9rentes.<\/p>\n<h3>5.2 Stimulation \u00e9lectrique s\u00e9lective du nerf moteur squelettique<\/h3>\n<p>L&rsquo;activation de la pr\u00e9paration s&rsquo;op\u00e9rait par l&rsquo;interm\u00e9diaire d&rsquo;\u00e9lectrodes de platine mont\u00e9es sur des supports isol\u00e9s et positionn\u00e9es d\u00e9licatement sous les racines ventrales motrices isol\u00e9es au niveau lombaire ou sous le tronc du nerf sciatique d\u00e9nud\u00e9. Dale et ses coll\u00e8gues appliquaient des chocs \u00e9lectriques calibr\u00e9s, g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par des bobines d&rsquo;induction ou des stimulateurs \u00e0 d\u00e9charge de condensateurs, d\u00e9livrant des stimuli de voltage supramaximal et de dur\u00e9e rigoureusement contr\u00f4l\u00e9e (de l&rsquo;ordre de la milliseconde).<\/p>\n<p>Le protocole imposait une surveillance concomitante de l&rsquo;\u00e9tat fonctionnel du syst\u00e8me effecteur :<\/p>\n<ul>\n<li>Le tendon d&rsquo;insertion du muscle squelettique \u00e9tait sectionn\u00e9 et reli\u00e9 directement \u00e0 un myographe isom\u00e9trique ou isotonique \u00e0 levier inscripteur, permettant de tracer sur un cylindre enregistreur enfum\u00e9 la courbe des contractions m\u00e9caniques synchrones.<\/li>\n<li>Cette disposition garantissait que chaque train d&rsquo;impulsions \u00e9lectriques nerveuses provoquait effectivement une r\u00e9ponse contractile robuste de l&rsquo;organe, t\u00e9moignant de l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 physiologique intacte des jonctions neuromusculaires soumises \u00e0 la perfusion saline.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les exp\u00e9rimentateurs prirent soin d&rsquo;\u00e9viter tout artefact de diffusion de courant. Les \u00e9lectrodes de stimulation \u00e9taient plac\u00e9es \u00e0 une distance physique consid\u00e9rable du corps musculaire afin d&rsquo;exclure formellement toute stimulation directe du parenchyme musculaire squelettique par \u00e9chappement de courant \u00e9lectrique. De plus, pour r\u00e9pondre pr\u00e9ventivement aux critiques des \u00e9lectrophysiologistes, des stimulations antidromiques et des stimulations directes du muscle curaris\u00e9 ou \u00e9nerv\u00e9 furent programm\u00e9es dans les s\u00e9ries t\u00e9moins.<\/p>\n<h3>5.3 Techniques de bio-essai et d&rsquo;\u00e9chantillonnage de l&rsquo;effluent liquidien<\/h3>\n<p>La canulation veineuse de la veine poplit\u00e9e ou f\u00e9morale drainant le sang ou le liquide de perfusion du muscle stri\u00e9 permettait de recueillir goutte \u00e0 goutte l&rsquo;effluent liquidien sortant du lit capillaire musculaire. L&rsquo;\u00e9chantillonnage s&rsquo;effectuait par fractions chronom\u00e9tr\u00e9es de quelques millilitres au cours de trois p\u00e9riodes physiologiques distinctes :<\/p>\n<ol>\n<li>Une p\u00e9riode de repos musculaire de plusieurs minutes pr\u00e9c\u00e9dant toute stimulation ;<\/li>\n<li>Une p\u00e9riode de stimulation nerveuse motrice soutenue induisant une t\u00e9tanisation m\u00e9canique vigoureuse du muscle ;<\/li>\n<li>Une p\u00e9riode de r\u00e9cup\u00e9ration faisant imm\u00e9diatement suite \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat des stimuli \u00e9lectriques.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Pour mesurer la quantit\u00e9 infinit\u00e9simale de m\u00e9diateur chimique potentiellement pr\u00e9sent dans ces fractions de liquide, les m\u00e9thodes de la chimie analytique \u00e9taient totalement impuissantes. Dale fit alors appel \u00e0 l&rsquo;arsenal des bio-essais physiologiques diff\u00e9rentiels, une discipline dont il \u00e9tait le ma\u00eetre incontest\u00e9. Le liquide recueilli \u00e9tait imm\u00e9diatement test\u00e9 en parall\u00e8le sur des pr\u00e9parations biologiques r\u00e9ceptrices vivantes \u00e9talonn\u00e9es, dot\u00e9es d&rsquo;une sensibilit\u00e9 pharmacologique extr\u00eame \u00e0 l&rsquo;ac\u00e9tylcholine :<\/p>\n<ul>\n<li>Le muscle dorsal de sangsue (<em>Hirudo medicinalis<\/em>), diss\u00e9qu\u00e9 longitudinalement, suspendu dans un bain d&rsquo;organe isol\u00e9 et sensibilis\u00e9 de mani\u00e8re drastique par l&rsquo;\u00e9s\u00e9rine, capable de se contracter de fa\u00e7on proportionnelle en r\u00e9ponse \u00e0 des concentrations d&rsquo;ac\u00e9tylcholine de l&rsquo;ordre d&rsquo;un nanogramme par litre (10\u207b\u00b9\u00b2 g\/mL) ;<\/li>\n<li>Le muscle droit de l&rsquo;abdomen de grenouille (<em>rectus abdominis<\/em>), pr\u00e9sentant une r\u00e9ponse contracturante lente gradu\u00e9e reproductible ;<\/li>\n<li>La pression art\u00e9rielle d&rsquo;un chat anesth\u00e9si\u00e9 et \u00e9visc\u00e9r\u00e9, o\u00f9 l&rsquo;injection veineuse d&rsquo;ac\u00e9tylcholine induit une d\u00e9pression vasomotrice instantan\u00e9e reproductible au picogramme pr\u00e8s.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette m\u00e9thodologie coupl\u00e9e conf\u00e9rait au dispositif de Dale un seuil de r\u00e9solution quantitatif et qualitatif sans \u00e9quivalent dans l&rsquo;histoire de la physiologie.<\/p>\n<h2>6. Isolement et identification de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine \u00e0 la synapse motrice<\/h2>\n<h3>6.1 Utilisation de l&rsquo;\u00e9s\u00e9rine (physostigmine) pour inhiber la d\u00e9gradation enzymatique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9l\u00e9ment strat\u00e9gique sans lequel toute l&rsquo;entreprise exp\u00e9rimentale de 1936 se serait sold\u00e9e par un \u00e9chec total r\u00e9side dans l&rsquo;utilisation m\u00e9thodique de l&rsquo;\u00e9s\u00e9rine, \u00e9galement connue sous le nom de physostigmine. Cet alcalo\u00efde naturel extrait de la f\u00e8ve de Calabar (<em>Physostigma venenosum<\/em>) avait \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9 dans les ann\u00e9es 1920 comme un inhibiteur puissant et r\u00e9versible de l&rsquo;enzyme responsable de la destruction physiologique de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine, la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ac%C3%A9tylcholinest%C3%A9rase\">cholinest\u00e9rase<\/a> tissulaire.<\/p>\n<p>Henry Dale avait compris que l&rsquo;\u00e9chec des exp\u00e9rimentateurs ant\u00e9rieurs \u00e0 d\u00e9tecter l&rsquo;ac\u00e9tylcholine dans le sang veineux musculaire tenait \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 catabolique foudroyante de cette enzyme membranaire. Au niveau de la fente synaptique, l&rsquo;ac\u00e9tylcholinest\u00e9rase hydrolyse la mol\u00e9cule d&rsquo;ac\u00e9tylcholine en acide ac\u00e9tique et en choline libre en une fraction minime de milliseconde, r\u00e9duisant la dur\u00e9e de vie du m\u00e9diateur au temps strictement requis pour activer les r\u00e9cepteurs post-synaptiques et pr\u00e9venant toute diffusion intacte vers la circulation syst\u00e9mique.<\/p>\n<p>En ajoutant syst\u00e9matiquement de l&rsquo;\u00e9s\u00e9rine (\u00e0 des concentrations de l&rsquo;ordre de 10\u207b\u2076 \u00e0 10\u207b\u2075 g\/mL) au liquide de perfusion de Locke irriguant le muscle squelettique, Dale, Feldberg et Vogt r\u00e9alis\u00e8rent une manipulation d&rsquo;une \u00e9l\u00e9gance conceptuelle parfaite : ils inhib\u00e8rent comp\u00e9titivement l&rsquo;ac\u00e9tylcholinest\u00e9rase synaptique. D\u00e8s lors, le m\u00e9diateur chimique lib\u00e9r\u00e9 lors du passage de l&rsquo;influx nerveux ne pouvait plus \u00eatre hydrolys\u00e9 sur place ; il \u00e9chappait au microenvironnement de la fente, diffusait dans l&rsquo;espace interstitiel p\u00e9rivasculaire et passait dans le lit capillaire o\u00f9 il \u00e9tait emport\u00e9 par le courant de perfusion pour \u00eatre collect\u00e9 \u00e0 la sortie de la canule veineuse.<\/p>\n<h3>6.2 Preuve de la pr\u00e9sence d&rsquo;ac\u00e9tylcholine dans le perfusat musculaire stimul\u00e9<\/h3>\n<p>Les r\u00e9sultats exp\u00e9rimentaux obtenus par Dale, Feldberg et Vogt furent d&rsquo;une clart\u00e9 lumineuse et r\u00e9fut\u00e8rent instantan\u00e9ment les th\u00e8ses purement \u00e9lectriques. Dans les fractions d&rsquo;effluent collect\u00e9es pendant la p\u00e9riode de repos musculaire initial (en pr\u00e9sence d&rsquo;\u00e9s\u00e9rine), le bio-essai sur le muscle de sangsue n&rsquo;indiquait aucune trace de substance active, ou tout au plus une activit\u00e9 basale infinit\u00e9simale \u00e0 la limite du seuil de sensibilit\u00e9.<\/p>\n<p>D\u00e8s que la stimulation \u00e9lectrique du nerf moteur d\u00e9butait, entra\u00eenant la contraction t\u00e9tanique du muscle stri\u00e9, le perfusat veineux subissait une modification spectaculaire : il devenait intens\u00e9ment actif sur les tissus d&rsquo;essai. L&rsquo;application de ce liquide sur la pr\u00e9paration de sangsue provoquait une contracture vigoureuse et proportionnelle, tandis que son injection dans la circulation du chat anesth\u00e9si\u00e9 d\u00e9clenchait une baisse de pression art\u00e9rielle majeure. Lorsque la stimulation nerveuse cessait, la teneur de l&rsquo;effluent en principe actif s&rsquo;effondrait rapidement pour regagner son niveau de silence quasi total.<\/p>\n<p>Pour d\u00e9montrer avec une rigueur absolue que la substance ainsi recueillie n&rsquo;\u00e9tait autre que l&rsquo;ac\u00e9tylcholine pure et non un m\u00e9tabolite inerte ou une autre amine tissulaire (comme l&rsquo;histamine ou l&rsquo;ad\u00e9nosine), l&rsquo;\u00e9quipe de Dale soumit l&rsquo;effluent actif \u00e0 une s\u00e9rie d&rsquo;\u00e9preuves pharmacologiques crois\u00e9es intransigeantes :<\/p>\n<ul>\n<li>L&rsquo;\u00e9bullition de l&rsquo;effluent en milieu mod\u00e9r\u00e9ment alcalin d\u00e9truisait compl\u00e8tement son activit\u00e9 biologique sur la sangsue, une instabilit\u00e9 chimique caract\u00e9ristique des esters de la choline ;<\/li>\n<li>L&rsquo;adjonction de sang frais h\u00e9parin\u00e9 (contenant de la vraie cholinest\u00e9rase non inhib\u00e9e) au perfusat entra\u00eenait l&rsquo;inactivation biologique compl\u00e8te de l&rsquo;\u00e9chantillon en quelques minutes \u00e0 temp\u00e9rature corporelle ;<\/li>\n<li>L&rsquo;effet d\u00e9presseur tensionnel du liquide sur le syst\u00e8me cardiovasculaire du chat \u00e9tait aboli par l&rsquo;atropine, prouvant qu&rsquo;il s&rsquo;agissait bien d&rsquo;une action de nature cholinergique muscarinique typique.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>6.3 Comparaison quantitative de la lib\u00e9ration au repos et lors de la t\u00e9tanisation<\/h3>\n<p>L&rsquo;investigation de Dale, Feldberg et Vogt ne se limita point \u00e0 une identification qualitative ; elle s&rsquo;attacha \u00e0 \u00e9tablir une corr\u00e9lation quantitative rigoureuse entre le r\u00e9gime d&rsquo;activit\u00e9 nerveuse et le taux d&rsquo;ac\u00e9tylcholine lib\u00e9r\u00e9. Leurs dosages r\u00e9v\u00e9l\u00e8rent que la quantit\u00e9 d&rsquo;ac\u00e9tylcholine recueillie augmentait de mani\u00e8re lin\u00e9aire avec la fr\u00e9quence des chocs de stimulation appliqu\u00e9s au nerf moteur, atteignant des pics consid\u00e9rables lors de stimulations t\u00e9tanisantes prolong\u00e9es comprises entre vingt et cinquante hertz.<\/p>\n<p>Afin de clore d\u00e9finitivement la controverse avec Eccles, qui soutenait que l&rsquo;ac\u00e9tylcholine d\u00e9tect\u00e9e pouvait provenir non pas des terminaisons nerveuses motrices, mais de la masse contractile musculaire elle-m\u00eame sous l&rsquo;effet du m\u00e9tabolisme de contraction, Dale et ses collaborateurs ex\u00e9cut\u00e8rent deux exp\u00e9riences t\u00e9moins d\u00e9cisives :<\/p>\n<ol>\n<li>Dans un premier protocole, ils r\u00e9alis\u00e8rent la section chirurgicale du nerf sciatique plusieurs semaines avant la perfusion, laissant le temps aux terminaisons axonales motrices de subir une d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence wall\u00e9rienne compl\u00e8te, attest\u00e9e par la perte de toute excitabilit\u00e9 nerveuse. Ils stimul\u00e8rent ensuite le tissu musculaire stri\u00e9 directement au moyen d&rsquo;\u00e9lectrodes massives ins\u00e9r\u00e9es dans le muscle pour provoquer de violentes contractions m\u00e9caniques. Dans ces conditions de d\u00e9nervation motrice, la contraction musculaire directe ne lib\u00e9ra <em>absolument aucune quantit\u00e9 d\u00e9tectable d&rsquo;ac\u00e9tylcholine<\/em> dans le liquide veineux de perfusion, m\u00eame en pr\u00e9sence de fortes concentrations d&rsquo;\u00e9s\u00e9rine.<\/li>\n<li>Dans un second protocole, ils maintinrent le nerf moteur intact, mais paralys\u00e8rent compl\u00e8tement la r\u00e9ponse m\u00e9canique du muscle par l&rsquo;administration locale de curare. La stimulation \u00e9lectrique du nerf continuait d&rsquo;induire la lib\u00e9ration d&rsquo;une quantit\u00e9 d&rsquo;ac\u00e9tylcholine identique dans le perfusat, bien que le muscle demeur\u00e2t parfaitement immobile et silencieux.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Ces donn\u00e9es irr\u00e9futables apportaient la preuve exp\u00e9rimentale d\u00e9cisive : l&rsquo;ac\u00e9tylcholine provenait exclusivement des terminaisons terminales du nerf moteur et sa s\u00e9cr\u00e9tion constituait la cause causale primaire de la transmission synaptique, et non une cons\u00e9quence accessoire de la contraction musculaire.<\/p>\n<h2>7. D\u00e9monstration de l&rsquo;action mim\u00e9tique et pharmacologique de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine<\/h2>\n<h3>7.1 L&rsquo;injection intra-art\u00e9rielle directe d&rsquo;ac\u00e9tylcholine et la contraction musculaire<\/h3>\n<p>Bien que la lib\u00e9ration d&rsquo;ac\u00e9tylcholine par le nerf moteur f\u00fbt d\u00e9sormais d\u00e9montr\u00e9e, les \u00e9lectrophysiologistes de l&rsquo;\u00e9cole d&rsquo;Oxford continu\u00e8rent d&rsquo;objecter que l&rsquo;application exog\u00e8ne d&rsquo;ac\u00e9tylcholine en solution dans un bain musculaire ne reproduisait pas la secousse musculaire rapide d&rsquo;un r\u00e9flexe moteur, mais n&rsquo;induisait qu&rsquo;une lente contracture prolong\u00e9e. Pour lever cette derni\u00e8re objection biophysique, Henry Dale, assist\u00e9 par George Lindor Brown et Wilhelm Feldberg, con\u00e7ut une nouvelle prouesse exp\u00e9rimentale en 1936 : la technique de l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/16994793\/\">injection intra-art\u00e9rielle rapproch\u00e9e<\/a> (<em>close arterial injection<\/em>).<\/p>\n<p>Les chercheurs ins\u00e9r\u00e8rent une micro-canule directement dans la petite art\u00e8re nourrici\u00e8re d&rsquo;un muscle squelettique de mammif\u00e8re (le muscle gastrocn\u00e9mien de chat ou le muscle droit interne), \u00e0 quelques millim\u00e8tres seulement de son entr\u00e9e dans le tissu. Par cette voie, ils inject\u00e8rent en une fraction infime de seconde (au moyen d&rsquo;une seringue sp\u00e9ciale \u00e0 ressort) un minuscule bolus liquidien de solution saline contenant une quantit\u00e9 infime d&rsquo;ac\u00e9tylcholine pure (de l&rsquo;ordre de un \u00e0 dix microgrammes), sans interrompre la circulation d&rsquo;irrigation.<\/p>\n<p>Le r\u00e9sultat fut saisissant : l&rsquo;arriv\u00e9e brutale du bolus d&rsquo;ac\u00e9tylcholine dans le lit capillaire d\u00e9clencha instantan\u00e9ment une secousse musculaire m\u00e9canique br\u00e8ve, synchronis\u00e9e et explosive, accompagn\u00e9e d&rsquo;une onde \u00e9lectromyographique biphasique de grande amplitude capt\u00e9e par l&rsquo;oscilloscope. L&rsquo;enregistrement oscillographique r\u00e9v\u00e9lait une cin\u00e9tique de d\u00e9polarisation et une force de contraction rigoureusement superposables \u00e0 celles induites par un potentiel d&rsquo;action moteur physiologique conduit par le nerf sciatique. Brown, Dale et Feldberg d\u00e9montraient ainsi que si le m\u00e9diateur est appliqu\u00e9 de mani\u00e8re synchrone et rapide sur les r\u00e9cepteurs de la plaque motrice avant que l&rsquo;est\u00e9rase ne le d\u00e9grade, il reproduit fid\u00e8lement et dans toute sa dynamique l&rsquo;effet de l&rsquo;impulsion nerveuse naturelle.<\/p>\n<h3>7.2 Action bloquante du curare : antagonisme comp\u00e9titif des r\u00e9cepteurs<\/h3>\n<p>L&rsquo;utilisation du curare dans les protocoles exp\u00e9rimentaux de Dale apporta une pierre angulaire suppl\u00e9mentaire \u00e0 l&rsquo;\u00e9difice de la th\u00e9orie de la transmission chimique. Le curare, ce poison de chasse s\u00e9culaire extrait de lianes amazoniennes telles que <em>Chondrodendron tomentosum<\/em> et dont l&rsquo;alcalo\u00efde actif principal fut isol\u00e9 sous le nom de <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Tubocurarine\">d-tubocurarine<\/a>, \u00e9tait connu depuis les travaux de Claude Bernard pour abolir l&rsquo;excitabilit\u00e9 neuro-musculaire sans alt\u00e9rer la conductibilit\u00e9 de l&rsquo;axone moteur ni la contractilit\u00e9 propre du sarcom\u00e8re musculaire.<\/p>\n<p>Dale et ses collaborateurs r\u00e9examin\u00e8rent le m\u00e9canisme d&rsquo;action de ce poison d&rsquo;un point de vue quantitatif et mol\u00e9culaire :<\/p>\n<ul>\n<li>En perfusant un muscle squelettique stri\u00e9 avec une solution de Locke contenant du curare, ils constat\u00e8rent que la stimulation du nerf moteur n&rsquo;engendrait plus aucune r\u00e9ponse m\u00e9canique ni aucun potentiel de plaque motrice musculaire.<\/li>\n<li>Simultan\u00e9ment, le dosage de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine dans l&rsquo;effluent veineux d\u00e9montrait que la quantit\u00e9 de transmetteur lib\u00e9r\u00e9e par les terminaisons axonales en r\u00e9ponse \u00e0 la stimulation \u00e9lectrique demeurait <em>absolument intacte<\/em>.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette observation d\u00e9montrait avec une \u00e9l\u00e9gance lumineuse que le curare n&rsquo;agissait aucunement sur la terminaison pr\u00e9synaptique ni sur le processus de s\u00e9cr\u00e9tion du m\u00e9diateur, mais ciblait exclusivement la face post-synaptique de la jonction. Le curare bloquait la transmission en occupant les substances r\u00e9ceptrices identifi\u00e9es jadis par Langley, emp\u00eachant st\u00e9riquement et de mani\u00e8re comp\u00e9titive l&rsquo;ac\u00e9tylcholine lib\u00e9r\u00e9e de se lier \u00e0 ses sites actifs et d&rsquo;ouvrir le canal ionique conducteur. L&rsquo;antagonisme pharmacologique parfait entre l&rsquo;ac\u00e9tylcholine et le curare fournissait la preuve conceptuelle irr\u00e9futable que la synapse motrice reposait sur un m\u00e9canisme de reconnaissance st\u00e9r\u00e9ochimique ligand-r\u00e9cepteur.<\/p>\n<h3>7.3 Diff\u00e9renciation fondamentale entre actions nicotiniques et muscariniques<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse compar\u00e9e des effets pharmacologiques permit \u00e0 Henry Dale d&rsquo;ancrer d\u00e9finitivement la plaque motrice au sein d&rsquo;une taxonomie mol\u00e9culaire universelle. Dale prouva que les r\u00e9cepteurs de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine situ\u00e9s au niveau de la membrane post-synaptique du muscle stri\u00e9 squelettique \u00e9taient exclusivement de nature <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/R%C3%A9cepteur_nicotinique_de_l%27ac%C3%A9tylcholine\">nicotinique<\/a>, partageant les m\u00eames propri\u00e9t\u00e9s pharmacodynamiques fondamentales que les synapses ganglionnaires du syst\u00e8me nerveux autonome, mais diff\u00e9rant radicalement des r\u00e9cepteurs muscariniques des effecteurs autonomes postganglionnaires parasympathiques (comme le n\u0153ud sino-auriculaire cardiaque ou les sphincters lisses visc\u00e9raux).<\/p>\n<p>Cette divergence pharmacologique fut corrobor\u00e9e par des \u00e9preuves pharmacologiques d&rsquo;une pr\u00e9cision absolue :<\/p>\n<ul>\n<li>L&rsquo;application d&rsquo;atropine, bloquant s\u00e9lectif universel des r\u00e9cepteurs muscariniques, laissait la transmission synaptique neuromusculaire squelettique parfaitement indemne, n&rsquo;affectant ni le potentiel de plaque motrice ni la force contractile de la secousse musculaire ;<\/li>\n<li>\u00c0 l&rsquo;inverse, l&rsquo;application de nicotine reproduisait l&rsquo;action excitatrice initiale de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine avant de provoquer, \u00e0 plus forte dose, une d\u00e9sensibilisation prolong\u00e9e et un blocage de la transmission synaptique ;<\/li>\n<li>La d-tubocurarine et plus tard les d\u00e9riv\u00e9s de synth\u00e8se tels que le gallamine ou le d\u00e9cam\u00e9thonium manifestaient une affinit\u00e9 sp\u00e9cifique pour ce site nicotinique musculaire.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Dale forgeait ainsi les bases de la classification des r\u00e9cepteurs cellulaires, d\u00e9montrant qu&rsquo;une m\u00eame mol\u00e9cule r\u00e9gulatrice endog\u00e8ne \u2014 l&rsquo;ac\u00e9tylcholine \u2014 pouvait d\u00e9clencher des r\u00e9ponses physiologiques diam\u00e9tralement oppos\u00e9es et gouvern\u00e9es par des cin\u00e9tiques temporelles dissemblables en fonction de la structure prot\u00e9ique intrins\u00e8que du r\u00e9cepteur pr\u00e9sent sur la membrane cellulaire cible.<\/p>\n<h2>8. \u00c9tablissement des crit\u00e8res formels de la neurotransmission chimique<\/h2>\n<h3>8.1 Synth\u00e8se et pr\u00e9sence pr\u00e9synaptique du m\u00e9diateur<\/h3>\n<p>L&rsquo;ensemble des donn\u00e9es exp\u00e9rimentales recueillies par Henry Dale et ses contemporains permit de d\u00e9gager une structure \u00e9pist\u00e9mologique stricte pour la validation scientifique de toute substance candidate au statut de neurotransmetteur. Le premier crit\u00e8re cardinal stipule que le m\u00e9diateur putatif, de m\u00eame que l&rsquo;ensemble des pr\u00e9curseurs m\u00e9taboliques et des enzymes indispensables \u00e0 sa biosynth\u00e8se, doivent \u00eatre physiquement pr\u00e9sents \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du neurone pr\u00e9synaptique consid\u00e9r\u00e9, et plus particuli\u00e8rement concentr\u00e9s au sein de ses terminaisons axonales terminales.<\/p>\n<p>Dans le cas de la synapse motrice, les travaux ult\u00e9rieurs confirm\u00e8rent point par point les pr\u00e9dictions de Dale :<\/p>\n<ul>\n<li>Le motoneurone synth\u00e9tise en continu dans son p\u00e9ricaryon et son axoplasme l&rsquo;ac\u00e9tylcholine gr\u00e2ce \u00e0 une enzyme constitutive sp\u00e9cialis\u00e9e, la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Choline_ac%C3%A9tyltransf%C3%A9rase\">choline ac\u00e9tyltransf\u00e9rase<\/a> (ChAT), identifi\u00e9e par David Nachmansohn dans les ann\u00e9es 1940.<\/li>\n<li>Cette enzyme transf\u00e8re de mani\u00e8re catalytique un groupement ac\u00e9tyle de la coenzyme A mitochondriale (ac\u00e9tyl-CoA) sur une mol\u00e9cule de choline libre d&rsquo;origine alimentaire ou issue du recyclage synaptique :<br \/>\n    <br \/><em>Ac\u00e9tyl-CoA + Choline &rarr; Ac\u00e9tylcholine + Coenzyme A<\/em><\/li>\n<li>Le m\u00e9diateur synth\u00e9tis\u00e9 est ensuite transport\u00e9 activement et compartiment\u00e9 au sein de v\u00e9sicules synaptiques hautement denses gr\u00e2ce au transporteur v\u00e9siculaire de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine (VAChT), \u00e0 l&rsquo;abri de la d\u00e9gradation par les est\u00e9rases intracytoplasmiques.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8.2 Lib\u00e9ration d\u00e9pendante de la stimulation nerveuse<\/h3>\n<p>Le second crit\u00e8re fondamental exige que la substance active soit lib\u00e9r\u00e9e dans le milieu extracellulaire de la fente synaptique en r\u00e9ponse directe \u00e0 l&rsquo;invasion de la terminaison axonale par un potentiel d&rsquo;action, et que cette lib\u00e9ration s&rsquo;effectue dans des proportions quantitatives rigoureusement corr\u00e9l\u00e9es \u00e0 l&rsquo;intensit\u00e9 et \u00e0 la fr\u00e9quence de la stimulation physiologique.<\/p>\n<p>Les exp\u00e9riences de 1936 avaient parfaitement valid\u00e9 ce comportement :<\/p>\n<ul>\n<li>En l&rsquo;absence d&rsquo;influx nerveux, la lib\u00e9ration basale d&rsquo;ac\u00e9tylcholine demeure ind\u00e9tectable par les bio-essais macroscopiques ;<\/li>\n<li>D\u00e8s l&rsquo;application d&rsquo;un train d&rsquo;impulsions \u00e9lectriques motrices, la lib\u00e9ration s&rsquo;op\u00e8re de mani\u00e8re explosive et cesse instantan\u00e9ment \u00e0 la disparition de la d\u00e9polarisation axonale ;<\/li>\n<li>Il fut d\u00e9montr\u00e9 plus tard que cette lib\u00e9ration synaptique est une fonction d\u00e9pendante absolue de la pr\u00e9sence d&rsquo;ions calcium (Ca\u00b2\u207a) dans le milieu extracellulaire : si l&rsquo;on perfuse un muscle isol\u00e9 avec une solution de Locke d\u00e9pourvue de Ca\u00b2\u207a ou enrichie en magn\u00e9sium (Mg\u00b2\u207a), la d\u00e9polarisation \u00e9lectrique de l&rsquo;axone moteur est parfaitement pr\u00e9serv\u00e9e mais la lib\u00e9ration d&rsquo;ac\u00e9tylcholine est totalement abolie, entra\u00eenant une paralysie synaptique compl\u00e8te.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8.3 Mim\u00e9tisme d&rsquo;action exog\u00e8ne et m\u00e9canisme d&rsquo;inactivation enzymatique<\/h3>\n<p>Les troisi\u00e8me et quatri\u00e8me crit\u00e8res formels de la neurotransmission chimique concernent respectivement l&rsquo;identit\u00e9 pharmacologique et la cin\u00e9tique de clairance du signal :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le crit\u00e8re d&rsquo;identit\u00e9 d&rsquo;action (mim\u00e9tisme) :<\/strong> L&rsquo;application exog\u00e8ne directe de la substance candidate au contact des r\u00e9cepteurs de la membrane post-synaptique doit reproduire en tous points les modifications \u00e9lectrophysiologiques et m\u00e9caniques engendr\u00e9es par la stimulation nerveuse physiologique endog\u00e8ne. Dale et Brown ont d\u00e9montr\u00e9 ce mim\u00e9tisme absolu par la technique des injections intra-art\u00e9rielles rapproch\u00e9es d&rsquo;ac\u00e9tylcholine, g\u00e9n\u00e9rant des potentiels de plaque motrice et des secousses contractiles indiscernables de ceux induits par l&rsquo;influx axonal. De plus, les agents pharmacologiques bloquants (curare) ou potentialisateurs (\u00e9s\u00e9rine) doivent moduler l&rsquo;action de la substance appliqu\u00e9e artificiellement et celle de la stimulation nerveuse avec une constante d&rsquo;affinit\u00e9 rigoureusement identique.<\/li>\n<li><strong>Le crit\u00e8re de terminaison rapide de l&rsquo;action :<\/strong> Il doit exister un m\u00e9canisme biologique de clairance ou d&rsquo;inactivation sp\u00e9cifique d&rsquo;une efficacit\u00e9 temporelle extr\u00eame, capable d&rsquo;\u00e9liminer le m\u00e9diateur de la fente synaptique pour restaurer l&rsquo;excitabilit\u00e9 membranaire de repos. \u00c0 la jonction neuromusculaire, ce r\u00f4le est d\u00e9volu \u00e0 l&rsquo;ac\u00e9tylcholinest\u00e9rase (AChE) ancr\u00e9e dans la lame basale synaptique, l&rsquo;une des enzymes les plus catalytiquement parfaites connues de la biochimie, dont le turnover permet d&rsquo;hydrolyser chaque mol\u00e9cule d&rsquo;ac\u00e9tylcholine en moins de cent microsecondes, pr\u00e9venant toute d\u00e9sensibilisation pathologique des r\u00e9cepteurs nicotiniques.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>9. Le principe de Dale : formulation, interpr\u00e9tations et limites<\/h2>\n<h3>9.1 D\u00e9finition \u00e9pist\u00e9mologique et \u00e9nonc\u00e9 d&rsquo;origine par John Eccles<\/h3>\n<p>Au-del\u00e0 de la d\u00e9monstration exp\u00e9rimentale de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine motrice, les r\u00e9flexions de Henry Dale ont donn\u00e9 naissance \u00e0 un concept fondamental de la neurobiologie th\u00e9orique, baptis\u00e9 ult\u00e9rieurement \u00ab <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Dale%27s_principle\">principe de Dale<\/a> \u00bb. L&rsquo;origine historique de cette formulation remonte \u00e0 une conf\u00e9rence comm\u00e9morative prononc\u00e9e par Dale en 1935 \u00e0 New York (les <em>William Henry Welch Lectures<\/em>), o\u00f9 il s&rsquo;interrogeait sur l&rsquo;organisation biochimique des neurones primaires et sur la nature des substances lib\u00e9r\u00e9es \u00e0 leurs diff\u00e9rentes extr\u00e9mit\u00e9s.<\/p>\n<p>Dale posa la question suivante : si un neurone sensoriel p\u00e9riph\u00e9rique lib\u00e8re un m\u00e9diateur chimique particulier au niveau de sa terminaison cutan\u00e9e pour d\u00e9clencher une r\u00e9action vasomotrice axonale (le r\u00e9flexe d&rsquo;axone vasodilatateur), ce m\u00eame neurone n&rsquo;utilise-t-il pas obligatoirement la m\u00eame identit\u00e9 chimique \u00e0 sa synapse centrale dans la corne dorsale de la moelle \u00e9pini\u00e8re ? Dale sugg\u00e9rait que l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 m\u00e9tabolique du neurone, d\u00e9rivant d&rsquo;un cytoplasme commun unifi\u00e9 par le soma cellulaire, imposait une identit\u00e9 biochimique uniforme \u00e0 l&rsquo;ensemble de ses prolongements p\u00e9riph\u00e9riques.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ironiquement son vieil adversaire, John Carew Eccles, qui formalisa explicitement cette id\u00e9e sous la d\u00e9nomination dogmatique de \u00ab principe de Dale \u00bb en 1954. Dans sa formulation popularis\u00e9e par Eccles, le principe fut r\u00e9sum\u00e9 par l&rsquo;aphorisme c\u00e9l\u00e8bre : \u00ab <em>Un neurone, un neurotransmetteur<\/em> \u00bb. Sous cette forme condens\u00e9e, le principe postulait qu&rsquo;une cellule nerveuse donn\u00e9e synth\u00e9tise et lib\u00e8re la m\u00eame et unique substance m\u00e9diatrice \u00e0 chacune de ses terminaisons axonales synaptiques, sans possibilit\u00e9 de s\u00e9gr\u00e9gation fonctionnelle diff\u00e9rentielle.<\/p>\n<h3>9.2 Application neuronale : uniformit\u00e9 chimique des terminaisons axonales<\/h3>\n<p>Dans l&rsquo;architecture du syst\u00e8me nerveux telle que con\u00e7ue par Dale, ce principe servit de catalyseur \u00e0 une simplification taxonomique majeure de la neuroanatomie fonctionnelle. Dale proposa lui-m\u00eame la nomenclature devenue universelle pour d\u00e9signer les syst\u00e8mes neuronaux en fonction de leur \u00e9quipement biochimique sous-jacent :<\/p>\n<ul>\n<li>Les fibres nerveuses synth\u00e9tisant et lib\u00e9rant l&rsquo;ac\u00e9tylcholine furent baptis\u00e9es <strong>cholinergiques<\/strong> (motoneurones somatiques, fibres autonomes pr\u00e9-ganglionnaires, fibres parasympathiques post-ganglionnaires) ;<\/li>\n<li>Les fibres nerveuses utilisant des cat\u00e9cholamines (noradr\u00e9naline, adr\u00e9naline) furent qualifi\u00e9es d&rsquo;<strong>adr\u00e9nergiques<\/strong> (fibres postganglionnaires du syst\u00e8me sympathique thoraco-lombaire).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette distinction binaire permit de rationaliser l&rsquo;organisation anatomique et pharmacologique du syst\u00e8me nerveux des vert\u00e9br\u00e9s. Elle d\u00e9montrait que l&rsquo;effet physiologique n&rsquo;\u00e9tait pas cod\u00e9 de mani\u00e8re mystique dans la structure physique du nerf, mais proc\u00e9dait de l&rsquo;interaction exclusive entre une signature chimique pr\u00e9synaptique uniforme et un \u00e9quipement macromol\u00e9culaire r\u00e9cepteur sp\u00e9cifique sur la cellule r\u00e9ceptrice. La terminaison axonale du motoneurone alpha \u00e9tait ainsi reconnue comme un arch\u00e9type cholinergique pur, utilisant l&rsquo;ac\u00e9tylcholine \u00e0 chaque ramification terminale venant au contact de chaque fibre musculaire constitutive de son unit\u00e9 motrice.<\/p>\n<h3>9.3 R\u00e9\u00e9valuations contemporaines face \u00e0 la co-transmission et aux neuropeptides<\/h3>\n<p>L&rsquo;av\u00e8nement des m\u00e9thodes d&rsquo;immunohistochimie, de microscopie confocale et de biologie mol\u00e9culaire dans le dernier tiers du XXe si\u00e8cle a conduit la neurobiologie contemporaine \u00e0 r\u00e9\u00e9valuer et \u00e0 nuancer la formulation rigide introduite par Eccles. Les travaux pionniers de Tomas H\u00f6kfelt et de Geoffrey Burnstock ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l&rsquo;existence universelle de la <strong>co-transmission chimique<\/strong> au sein des synapses centrales et p\u00e9riph\u00e9riques du syst\u00e8me nerveux.<\/p>\n<p>Il est d\u00e9sormais formellement \u00e9tabli qu&rsquo;un m\u00eame neurone peut synth\u00e9tiser, stocker et lib\u00e9rer simultan\u00e9ment plusieurs substances neuroactives :<\/p>\n<ul>\n<li>Un neurotransmetteur classique \u00e0 bas poids mol\u00e9culaire (tel que l&rsquo;ac\u00e9tylcholine, le glutamate ou le GABA) stock\u00e9 dans de petites v\u00e9sicules synaptiques claires (40-50 nm) ;<\/li>\n<li>Un ou plusieurs neuropeptides modulateurs (comme le peptide reli\u00e9 au g\u00e8ne de la calcitonine ou CGRP, le neuropeptide Y, la substance P ou le VIP) s\u00e9questr\u00e9s dans de grandes v\u00e9sicules \u00e0 c\u0153ur dense (80-120 nm) ;<\/li>\n<li>Des nucl\u00e9otides r\u00e9gulateurs, principalement l&rsquo;ad\u00e9nosine triphosphate (ATP), co-stock\u00e9 dans les v\u00e9sicules d&rsquo;ac\u00e9tylcholine et co-lib\u00e9r\u00e9 lors de l&rsquo;exocytose.<\/li>\n<\/ul>\n<p>\u00c0 la jonction neuromusculaire squelettique elle-m\u00eame, le motoneurone lib\u00e8re conjointement avec l&rsquo;ac\u00e9tylcholine des quantit\u00e9s significatives d&rsquo;ATP et de CGRP, lesquels jouent des r\u00f4les trophiques indispensables pour r\u00e9guler l&rsquo;expression g\u00e9nique des r\u00e9cepteurs nicotiniques post-synaptiques et moduler la cin\u00e9tique de recaptation de la choline. Toutefois, comme l&rsquo;ont soulign\u00e9 plusieurs \u00e9pist\u00e9mologues des neurosciences, cette d\u00e9couverte ne d\u00e9truit nullement la pens\u00e9e originelle d&rsquo;Henry Dale. Ce dernier n&rsquo;avait jamais postul\u00e9 l&rsquo;unicit\u00e9 monomol\u00e9culaire absolue de la v\u00e9sicule synaptique, mais bien <em>l&rsquo;uniformit\u00e9 m\u00e9tabolique et fonctionnelle du r\u00e9pertoire biochimique<\/em> d&rsquo;un neurone donn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ensemble de ses connexions synaptiques.<\/p>\n<h2>10. R\u00e9percussions \u00e9pist\u00e9mologiques et le prix Nobel de physiologie ou m\u00e9decine de 1936<\/h2>\n<h3>10.1 L&rsquo;attribution conjointe du prix Nobel \u00e0 Henry Dale et Otto Loewi<\/h3>\n<p>Le couronnement acad\u00e9mique des travaux sur la transmission chimique synaptique intervint avec une c\u00e9l\u00e9rit\u00e9 remarquable. En octobre 1936, quelques mois seulement apr\u00e8s la publication des m\u00e9moires d\u00e9cisifs de Dale sur la jonction neuromusculaire, l&rsquo;Assembl\u00e9e Nobel de l&rsquo;Institut Karolinska de Stockholm d\u00e9cida de d\u00e9cerner le <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nobelprize.org\/prizes\/medicine\/1936\/summary\/\">prix Nobel de physiologie ou m\u00e9decine<\/a> conjointement \u00e0 Sir Henry Hallett Dale et \u00e0 Otto Loewi \u00ab <em>pour leurs d\u00e9couvertes relatives \u00e0 la transmission chimique des impulsions nerveuses<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>Cette attribution bivalente consacrait la remarquable convergence exp\u00e9rimentale entre deux d\u00e9marches scientifiques compl\u00e9mentaires :<\/p>\n<ul>\n<li>Otto Loewi avait \u00e9tabli le concept princeps de la m\u00e9diation humorale sur les structures visc\u00e9rales lentes du syst\u00e8me nerveux autonome v\u00e9g\u00e9tatif d&rsquo;amphibien en 1921 ;<\/li>\n<li>Henry Dale avait bris\u00e9 les fronti\u00e8res physiologiques en d\u00e9montrant la r\u00e9alit\u00e9 mat\u00e9rielle de cette transmission par l&rsquo;ac\u00e9tylcholine au niveau des effecteurs musculaires stri\u00e9s squelettiques rapides chez les mammif\u00e8res sup\u00e9rieurs en 1936.<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;impact de cette r\u00e9compense internationale r\u00e9sonna bien au-del\u00e0 des laboratoires de physiologie. Alors que l&rsquo;Europe sombrait inexorablement dans les t\u00e9n\u00e8bres du fascisme et de l&rsquo;antis\u00e9mitisme, ce prix unissait un scientifique britannique \u00e9tabli au sommet des institutions imp\u00e9riales et un chercheur juif autrichien attach\u00e9 \u00e0 son universit\u00e9 provinciale de Graz. Lorsque Loewi fut arr\u00eat\u00e9 par la Gestapo lors de l&rsquo;annexion de l&rsquo;Autriche (Anschluss) en 1938, d\u00e9pouill\u00e9 de ses biens et jet\u00e9 en prison, c&rsquo;est l&rsquo;intervention publique courageuse, l&rsquo;autorit\u00e9 morale et le soutien financier personnel d&rsquo;Henry Dale qui permirent d&rsquo;obtenir la lib\u00e9ration de son ami et son exil salvateur vers le Royaume-Uni puis les \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<h3>10.2 R\u00e9conciliation exp\u00e9rimentale avec John Eccles et triomphe du paradigme chimique<\/h3>\n<p>L&rsquo;attribution du prix Nobel ne marqua pas la cessation imm\u00e9diate des hostilit\u00e9s th\u00e9oriques avec John Eccles, qui s&rsquo;obstina \u00e0 d\u00e9fendre son mod\u00e8le \u00e9lectrique pendant encore pr\u00e8s d&rsquo;une d\u00e9cennie. La conversion intellectuelle spectaculaire d&rsquo;Eccles constitue l&rsquo;une des pages les plus nobles et les plus exemplaires de l&rsquo;\u00e9thique scientifique contemporaine. Fortement influenc\u00e9 par la philosophie des sciences de Karl Popper \u2014 qui venait de publier <em>La Logique de la d\u00e9couverte scientifique<\/em> et dont Eccles devint un disciple passionn\u00e9 en Nouvelle-Z\u00e9lande \u2014, le chercheur d\u00e9cida de formuler une exp\u00e9rience cruciale destin\u00e9e \u00e0 falsifier de mani\u00e8re d\u00e9cisive l&rsquo;hypoth\u00e8se chimique dans les synapses centrales de la moelle \u00e9pini\u00e8re.<\/p>\n<p>En 1951, b\u00e9n\u00e9ficiant des micro\u00e9lectrodes de verre intracellulaires ultra-fines mises au point par Gilbert Ling et Ralph Gerard, Eccles et ses collaborateurs parvinrent pour la premi\u00e8re fois \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;un motoneurone spinal vivant chez le chat et \u00e0 enregistrer les variations du potentiel de membrane au cours de l&rsquo;inhibition synaptique pr\u00e9sum\u00e9e directe. Les enregistrements r\u00e9v\u00e9l\u00e8rent sans ambigu\u00eft\u00e9 une hyperpolarisation membranaire active \u2014 le potentiel postsynaptique inhibiteur (PPSI) \u2014 dont l&rsquo;inversion par injection d&rsquo;ions chlorure ne pouvait s&rsquo;expliquer par aucun mod\u00e8le de champ \u00e9lectrique passif, mais exigeait imp\u00e9rativement une augmentation transitoire de la conductance membranaire d\u00e9clench\u00e9e par un m\u00e9diateur chimique sp\u00e9cifique (qui sera identifi\u00e9 plus tard comme \u00e9tant la glycine).<\/p>\n<p>Avec une int\u00e9grit\u00e9 intellectuelle admirable, Eccles reconnut publiquement et sans d\u00e9tours l&rsquo;invalidit\u00e9 de ses propres th\u00e9ories \u00e9lectriques ant\u00e9rieures. Il embrassa avec passion le paradigme chimique de Dale, consacrant la fin de sa carri\u00e8re \u00e0 diss\u00e9quer la biophysique des synapses excitatrices et inhibitrices centrales, travaux qui lui vaudront \u00e0 son tour le prix Nobel en 1963. La confrontation dialectique entre Dale et Eccles n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 une vaine querelle d&rsquo;ego, mais le puissant moteur heuristique ayant contraint les pharmacologistes \u00e0 \u00e9lever leurs preuves exp\u00e9rimentales \u00e0 un niveau de rigueur quantitative in\u00e9gal\u00e9 dans l&rsquo;histoire de la biologie.<\/p>\n<h3>10.3 R\u00e9volution de la pharmacologie et de la neurochimie moderne<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9lucidation de l&rsquo;exp\u00e9rience neuromusculaire de 1936 m\u00e9tamorphosa la pharmacologie d&rsquo;une science observationnelle et empirique en une discipline mol\u00e9culaire d\u00e9ductive moderne. En \u00e9tablissant que la fonction synaptique repose sur une cascade mat\u00e9rielle comprenant la biosynth\u00e8se d&rsquo;un transmetteur, son stockage v\u00e9siculaire, son exocytose, sa diffusion, sa liaison st\u00e9r\u00e9osp\u00e9cifique \u00e0 un r\u00e9cepteur et son inactivation catalytique, Henry Dale a forg\u00e9 la grille de lecture conceptuelle qui sous-tend encore l&rsquo;ensemble de la pharmacologie th\u00e9rapeutique contemporaine.<\/p>\n<p>Cette avanc\u00e9e majeure permit le d\u00e9veloppement rationnel de classes enti\u00e8res de m\u00e9dicaments essentiels :<\/p>\n<ul>\n<li>Les inhibiteurs de l&rsquo;ac\u00e9tylcholinest\u00e9rase r\u00e9versibles et irr\u00e9versibles ;<\/li>\n<li>Les bloquants neuromusculaires curarisants non d\u00e9polarisants et d\u00e9polarisants utilis\u00e9s en anesth\u00e9siologie chirurgicale ;<\/li>\n<li>Les agonistes et antagonistes s\u00e9lectifs des sous-types de r\u00e9cepteurs nicotiniques et muscariniques.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Parall\u00e8lement, ces d\u00e9couvertes ont donn\u00e9 naissance \u00e0 la neurochimie comme champ autonome de recherche. Les biochimistes se sont affranchis de la conception du cerveau comme un bloc monolithique d&rsquo;axones conducteurs pour l&rsquo;envisager comme un organe hautement m\u00e9tabolique, fractionn\u00e9 en territoires chimiquement d\u00e9finis, r\u00e9gul\u00e9s par des cascades de neurotransmetteurs peptidiques, monoaminergiques et acides amin\u00e9s, ouvrant la voie \u00e0 la r\u00e9volution de la psychopharmacologie des ann\u00e9es 1950.<\/p>\n<h2>11. Prolongements modernes : de la biochimie ultrastructurale \u00e0 la biologie mol\u00e9culaire<\/h2>\n<h3>11.1 Visualisation ultrastructurale des v\u00e9sicules synaptiques et travaux de Katz<\/h3>\n<p>Le paradigme ouvert par Henry Dale connut son apog\u00e9e biophysique dans les ann\u00e9es 1950 sous l&rsquo;impulsion de son plus \u00e9minent successeur intellectuel, Sir <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Bernard_Katz\">Bernard Katz<\/a>, travaillant au <em>University College London<\/em>. En appliquant des techniques d&rsquo;\u00e9lectrophysiologie intracellulaire \u00e0 haute r\u00e9solution sur la plaque motrice de grenouille, Katz et Paul Fatt firent en 1952 une d\u00e9couverte fondamentale : en l&rsquo;absence de toute stimulation \u00e9lectrique du nerf moteur, la membrane post-synaptique pr\u00e9sente des fluctuations spontan\u00e9es et al\u00e9atoires du potentiel de repos de faible amplitude (environ 0,5 millivolt), baptis\u00e9es potentiels miniatures de plaque motrice (PMPM).<\/p>\n<p>Katz d\u00e9montra avec brio que le potentiel de plaque motrice physiologique \u00e9voqu\u00e9 par un influx nerveux pr\u00e9synaptique r\u00e9sulte de la d\u00e9charge synchronis\u00e9e d&rsquo;un nombre entier de ces unit\u00e9s fonctionnelles de base \u00e9l\u00e9mentaires, formulant la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Quantal_release\">th\u00e9orie quantique de la lib\u00e9ration des neurotransmetteurs<\/a> :<\/p>\n<ul>\n<li>Chaque quantum \u00e9l\u00e9mentaire correspond \u00e0 la lib\u00e9ration unitaire d&rsquo;un paquet mol\u00e9culaire d&rsquo;ac\u00e9tylcholine ;<\/li>\n<li>La pr\u00e9sence de Ca\u00b2\u207a extracellulaire contr\u00f4le la probabilit\u00e9 de lib\u00e9ration quantique (m = n &times; p, o\u00f9 <em>n<\/em> est le nombre de quanta disponibles et <em>p<\/em> la probabilit\u00e9 d&rsquo;exocytose unitaire).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Presque simultan\u00e9ment, l&rsquo;application de la microscopie \u00e9lectronique \u00e0 la biologie par George Palade et Eduardo De Robertis apporta la contrepartie structurale directe \u00e0 la th\u00e9orie statistique de Katz et aux pr\u00e9dictions m\u00e9taboliques de Dale. Pour la premi\u00e8re fois, la fente synaptique de cinquante nanom\u00e8tres fut rendue visible, r\u00e9v\u00e9lant au sein du bouton terminal axonal une accumulation prodigieuse de microv\u00e9sicules sph\u00e9riques d&rsquo;environ quarante \u00e0 cinquante nanom\u00e8tres de diam\u00e8tre : les <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/V%C3%A9sicule_synaptique\">v\u00e9sicules synaptiques<\/a>. Chaque v\u00e9sicule repr\u00e9sentait l&rsquo;incarnation physique directe d&rsquo;un quantum d&rsquo;ac\u00e9tylcholine, contenant approximativement cinq mille \u00e0 dix mille mol\u00e9cules du transmetteur d\u00e9couvert par Henry Dale.<\/p>\n<h3>11.2 Clonage et caract\u00e9risation biophysique du r\u00e9cepteur nicotinique<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration mol\u00e9culaire de la synapse motrice s&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ra de mani\u00e8re spectaculaire dans les ann\u00e9es 1970 avec l&rsquo;isolement biochimique de la \u00ab substance r\u00e9ceptrice \u00bb postul\u00e9e par Langley soixante-dix ans plus t\u00f4t. Pour surmonter la raret\u00e9 relative des r\u00e9cepteurs au sein des muscles squelettiques ordinaires, les chercheurs se tourn\u00e8rent vers les organes \u00e9lectriques de poissons marins (la torpille marbr\u00e9e, <em>Torpedo marmorata<\/em>, et l&rsquo;anguille \u00e9lectrique, <em>Electrophorus electricus<\/em>), des tissus embryologiquement d\u00e9riv\u00e9s de la plaque motrice musculaire et pr\u00e9sentant une densit\u00e9 de r\u00e9cepteurs nicotiniques plusieurs milliers de fois sup\u00e9rieure \u00e0 celle des mammif\u00e8res.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;utilisation de ligands toxiques de tr\u00e8s haute affinit\u00e9 isol\u00e9s du venin de serpents \u00e9lapid\u00e9s, principalement l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Alpha-bungarotoxine\">&alpha;-bungarotoxine<\/a> issue de <em>Bungarus multicinctus<\/em>, les \u00e9quipes men\u00e9es par <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Jean-Pierre_Changeux\">Jean-Pierre Changeux<\/a> \u00e0 l&rsquo;Institut Pasteur de Paris et par Shosaku Numa au Japon parvinrent \u00e0 purifier, s\u00e9quencer et cloner pour la premi\u00e8re fois un r\u00e9cepteur de neurotransmetteur chimiod\u00e9pendant :<\/p>\n<ul>\n<li>Le r\u00e9cepteur nicotinique musculaire est une glycoprot\u00e9ine h\u00e9t\u00e9ropentam\u00e9rique transmembranaire d&rsquo;une masse mol\u00e9culaire d&rsquo;environ 290 kilodaltons, organis\u00e9e selon une st\u0153chiom\u00e9trie &alpha;2&beta;&gamma;&delta; chez l&#8217;embryon (&alpha;2&beta;&epsilon;&delta; chez l&rsquo;adulte) ;<\/li>\n<li>Les cinq sous-unit\u00e9s d\u00e9limitent un pore aqueux central dont la paroi est tapiss\u00e9e d&rsquo;anneaux d&rsquo;acides amin\u00e9s charg\u00e9s n\u00e9gativement, conf\u00e9rant au canal sa s\u00e9lectivit\u00e9 cationique stricte pour le sodium et le potassium ;<\/li>\n<li>Les deux sous-unit\u00e9s alpha portent chacune un site de liaison de haute affinit\u00e9 pour l&rsquo;ac\u00e9tylcholine.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les \u00e9tudes structurales ult\u00e9rieures men\u00e9es par Nigel Unwin par cryomicroscopie \u00e9lectronique ont confirm\u00e9 les mod\u00e8les de transition allost\u00e9rique concert\u00e9e propos\u00e9s par Monod, Wyman et Changeux. La fixation coop\u00e9rative de deux mol\u00e9cules d&rsquo;ac\u00e9tylcholine induit une rotation m\u00e9canique d&rsquo;un dixi\u00e8me de nanom\u00e8tre des h\u00e9lices transmembranaires M2, ouvrant la porte hydrophobe du canal en moins de vingt microsecondes et concr\u00e9tisant au niveau sub-nanom\u00e9trique l&rsquo;action pharmacologique d\u00e9couverte par Dale un demi-si\u00e8cle plus t\u00f4t.<\/p>\n<h3>11.3 R\u00e9gulation du recyclage v\u00e9siculaire et machinerie SNARE<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension moderne de la synapse motrice culmine dans la dissection de la machinerie mol\u00e9culaire contr\u00f4lant l&rsquo;exocytose et l&rsquo;endocytose v\u00e9siculaire pr\u00e9synaptique, r\u00e9compens\u00e9e par le prix Nobel attribu\u00e9 \u00e0 James Rothman, Randy Schekman et Thomas S\u00fcdhof en 2013. Le franchissement de la barri\u00e8re membranaire pr\u00e9synaptique par l&rsquo;ac\u00e9tylcholine ne repose pas sur une simple rupture m\u00e9canique, mais sur l&rsquo;assemblage hyper-ordonn\u00e9 d&rsquo;un complexe de prot\u00e9ines membranaires universelles d\u00e9nomm\u00e9 complexe SNARE :<\/p>\n<ul>\n<li>La synaptobr\u00e9vine (ou VAMP), int\u00e9gr\u00e9e dans la membrane de la v\u00e9sicule synaptique (v-SNARE) ;<\/li>\n<li>La syntaxine-1 et la prot\u00e9ine SNAP-25, ancr\u00e9es dans la membrane plasmique pr\u00e9synaptique (t-SNARE).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces prot\u00e9ines s&rsquo;associent pour former un faisceau hyper-stable de quatre h\u00e9lices alpha qui agit comme un treuil mol\u00e9culaire (fermeture \u00e9clair st\u00e9r\u00e9ochimique), rapprochant \u00e9troitement la bicouche phospholipidique v\u00e9siculaire de la membrane plasmique dans un \u00e9tat de pr\u00e9-fusion (<em>priming<\/em>). La lib\u00e9ration du frein d&rsquo;exocytose est op\u00e9r\u00e9e par une prot\u00e9ine v\u00e9siculaire additionnelle agissant comme le capteur de calcium biologique universel : la <strong>synaptotagmine-1<\/strong>. La liaison coop\u00e9rative de cinq ions Ca\u00b2\u207a sur ses domaines cytoplasmiques C2 induit son insertion dans la membrane et d\u00e9clenche l&rsquo;ouverture compl\u00e8te du pore de fusion en moins de cent microsecondes.<\/p>\n<p>Aussit\u00f4t apr\u00e8s la lib\u00e9ration de leur contenu en ac\u00e9tylcholine, les composants membranaires des v\u00e9sicules synaptiques sont internalis\u00e9s par un m\u00e9canisme d&rsquo;endocytose clathrine-d\u00e9pendante assist\u00e9 par la dynamine, puis recharg\u00e9s en ac\u00e9tylcholine fra\u00eechement resynth\u00e9tis\u00e9e gr\u00e2ce au gradient \u00e9lectrochimique de protons g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par une ATPase vacuolaire (V-ATPase). Ce recyclage local ultrarapide, s&rsquo;effectuant en circuit ferm\u00e9 en une trentaine de secondes, garantit la p\u00e9rennit\u00e9 du stock v\u00e9siculaire du motoneurone m\u00eame sous des r\u00e9gimes de t\u00e9tanisation motrice prolong\u00e9e, r\u00e9solvant d\u00e9finitivement le dilemme de la soutenabilit\u00e9 de la transmission chimique pos\u00e9 lors des d\u00e9bats de 1936.<\/p>\n<h2>12. Implications pour la psychopathologie, la neuropsychologie et la m\u00e9decine<\/h2>\n<h3>12.1 Physiopathologie de la myasth\u00e9nie grave et des syndromes myasth\u00e9niques<\/h3>\n<p>Les retomb\u00e9es cliniques directes de l&rsquo;\u00e9lucidation de la transmission cholinergique \u00e0 la jonction neuromusculaire ont transform\u00e9 la neurologie diagnostique et th\u00e9rapeutique. Le mod\u00e8le par excellence de cette application m\u00e9dicale est constitu\u00e9 par la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Myasth%C3%A9nie\">myasth\u00e9nie grave<\/a> (<em>myasthenia gravis<\/em>), une affection neurologique invalidante caract\u00e9ris\u00e9e par une faiblesse musculaire fluctuante s&rsquo;aggravant \u00e0 l&rsquo;effort et s&rsquo;am\u00e9liorant au repos, pouvant mettre en jeu le pronostic vital par paralysie des muscles respiratoires.<\/p>\n<p>D\u00e8s 1934, inspir\u00e9e par les travaux pr\u00e9curseurs de Dale sur l&rsquo;ac\u00e9tylcholine et l&rsquo;\u00e9s\u00e9rine, la neurologue \u00e9cossaise Mary Walker eut l&rsquo;intuition g\u00e9niale d&rsquo;administrer de la physostigmine, puis de la n\u00e9ostigmine, \u00e0 une patiente atteinte de myasth\u00e9nie grabataire. L&rsquo;effet fut miraculeux : en quelques minutes, la patiente recouvrit une motricit\u00e9 volontaire normale et put s&rsquo;alimenter seule. Cette \u00e9preuve th\u00e9rapeutique historique, connue sous le nom de \u00ab miracle de Saint-Alfege \u00bb, fournit la premi\u00e8re validation clinique spectaculaire de la th\u00e9orie cholinergique.<\/p>\n<p>Les investigations modernes ont d\u00e9finitivement \u00e9lucid\u00e9 la physiopathologie immunitaire de la myasth\u00e9nie :<\/p>\n<ul>\n<li>Il s&rsquo;agit d&rsquo;une maladie auto-immune acquise dans laquelle le syst\u00e8me immunitaire de l&rsquo;h\u00f4te synth\u00e9tise des auto-anticorps dirig\u00e9s contre les r\u00e9cepteurs nicotiniques musculaires (anti-AChR dans 85 % des cas) ou contre des prot\u00e9ines organisatrices de la plaque motrice telles que la kinase sp\u00e9cifique du muscle (anti-MuSK) ou LRP4.<\/li>\n<li>Ces anticorps provoquent le blocage st\u00e9rique des sites de liaison du m\u00e9diateur, l&rsquo;endocytose acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e des r\u00e9cepteurs par r\u00e9ticulation crois\u00e9e et la destruction lytique des replis secondaires post-synaptiques par activation du syst\u00e8me du compl\u00e9ment.<\/li>\n<li>Le traitement symptomatique de premi\u00e8re ligne repose toujours directement sur les inhibiteurs r\u00e9versibles de l&rsquo;ac\u00e9tylcholinest\u00e9rase (pyridostigmine), h\u00e9ritiers directs de l&rsquo;\u00e9s\u00e9rine de Dale, qui prolongent la demi-vie du transmetteur dans la fente synaptique pour compenser la baisse critique du nombre de r\u00e9cepteurs fonctionnels.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>12.2 R\u00f4le des syst\u00e8mes cholinergiques centraux dans les fonctions cognitives et la d\u00e9mence<\/h3>\n<p>Si Henry Dale consacra l&rsquo;essentiel de son \u00e9nergie exp\u00e9rimentale \u00e0 la synapse motrice p\u00e9riph\u00e9rique, ses concepts ont trouv\u00e9 leur r\u00e9sonance la plus profonde dans l&rsquo;exploration du syst\u00e8me nerveux central et des substrats neurobiologiques des fonctions cognitives sup\u00e9rieures. Les projections cholinergiques t\u00e9lenc\u00e9phaliques prennent leur origine au sein d&rsquo;amas nucl\u00e9aires sp\u00e9cialis\u00e9s du t\u00e9lenc\u00e9phale basal : le noyau basal de Meynert, le noyau du septum m\u00e9dian et les noyaux de la bandelette diagonale de Broca, qui projettent massivement sur l&rsquo;ensemble du n\u00e9ocortex et de la formation hippocampique.<\/p>\n<p>L&rsquo;ac\u00e9tylcholine centrale joue un r\u00f4le physiologique de premier ordre dans les processus d&rsquo;attention s\u00e9lective, de plasticit\u00e9 synaptique (potentialisation \u00e0 long terme) et d&rsquo;encodage de la m\u00e9moire \u00e9pisodique :<\/p>\n<ul>\n<li>En 1976, Peter Davies et A.J.F. Maloney ont formul\u00e9 l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Cholinergic_hypothesis\">hypoth\u00e8se cholinergique<\/a> de la maladie d&rsquo;Alzheimer, apr\u00e8s avoir d\u00e9montr\u00e9 une d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence \u00e9lective massive des neurones du noyau basal de Meynert et un effondrement de plus de 80 % de l&rsquo;activit\u00e9 de la choline ac\u00e9tyltransf\u00e9rase (ChAT) corticale chez les patients d\u00e9c\u00e9d\u00e9s de cette forme de d\u00e9mence neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative.<\/li>\n<li>L&rsquo;effondrement de la transmission cholinergique centrale perturbe la modulation des oscillations th\u00eata hippocampiques, rendant impossible la consolidation mn\u00e9sique normale.<\/li>\n<li>Cette d\u00e9couverte a conduit \u00e0 la synth\u00e8se et \u00e0 l&rsquo;homologation des seuls traitements pharmacologiques symptomatiques actuellement valid\u00e9s dans la maladie d&rsquo;Alzheimer mod\u00e9r\u00e9e : les inhibiteurs de l&rsquo;ac\u00e9tylcholinest\u00e9rase \u00e0 passage central (don\u00e9p\u00e9zil, rivastigmine, galantamine), dont le m\u00e9canisme d&rsquo;action mol\u00e9culaire d\u00e9coule rigoureusement des principes \u00e9nonc\u00e9s par Dale en 1936.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Par ailleurs, les \u00e9tats confusionnels aigus (<em>delirium<\/em>) observ\u00e9s chez les patients \u00e2g\u00e9s ou en soins intensifs r\u00e9sultent fr\u00e9quemment d&rsquo;une d\u00e9compensation cholinergique centrale aigu\u00eb, souvent d\u00e9clench\u00e9e ou aggrav\u00e9e de mani\u00e8re iatrog\u00e8ne par des m\u00e9dicaments dot\u00e9s de propri\u00e9t\u00e9s anticholinergiques centrales collat\u00e9rales (neuroleptiques s\u00e9datifs, antid\u00e9presseurs tricycliques, antihistaminiques de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration).<\/p>\n<h3>12.3 Applications th\u00e9rapeutiques et toxines neuromusculaires en neuropsychiatrie<\/h3>\n<p>Les toxines et mol\u00e9cules pharmacologiques ciblant la synapse neuromusculaire identifi\u00e9es lors des controverses historiques ont trouv\u00e9 des applications m\u00e9dicales cruciales en anesth\u00e9sie, en r\u00e9animation et en psychiatrie interventionnelle :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Les myorelaxants et curarisants :<\/strong> La synth\u00e8se de d\u00e9riv\u00e9s du curare a r\u00e9volutionn\u00e9 l&rsquo;anesth\u00e9sie g\u00e9n\u00e9rale en autorisant le rel\u00e2chement musculaire complet des parois abdominales et du diaphragme \u00e0 des doses d&rsquo;anesth\u00e9siques g\u00e9n\u00e9raux non toxiques. En psychiatrie, l&rsquo;utilisation de curarisants \u00e0 action ultrarapide (succinylcholine) au cours de l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Sismoth%C3%A9rapie\">\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie<\/a> (sismoth\u00e9rapie) a transform\u00e9 ce traitement des d\u00e9pressions m\u00e9lancoliques s\u00e9v\u00e8res et de la catatonie, pr\u00e9venant toute contraction musculaire convulsive violente et \u00e9liminant tout risque de fracture ost\u00e9oarticulaire tout en pr\u00e9servant l&rsquo;activit\u00e9 convulsive c\u00e9r\u00e9brale th\u00e9rapeutique pure.<\/li>\n<li><strong>La toxine botulique :<\/strong> Produite par la bact\u00e9rie ana\u00e9robie <em>Clostridium botulinum<\/em>, la toxine botulique repr\u00e9sente le poison biologique le plus l\u00e9tal connu de l&rsquo;humanit\u00e9 (sa dose l\u00e9tale 50 se situe aux alentours d&rsquo;un nanogramme par kilogramme). La neurotoxine p\u00e9n\u00e8tre de fa\u00e7on s\u00e9lective dans les terminaisons axonales motrices cholinergiques par endocytose et clive de mani\u00e8re prot\u00e9olytique sp\u00e9cifique les composants du complexe SNARE (SNAP-25 pour les s\u00e9rotypes A et E ; synaptobr\u00e9vine pour les s\u00e9rotypes B, D, F, G), inhibant totalement l&rsquo;exocytose d&rsquo;ac\u00e9tylcholine. Exploit\u00e9e en th\u00e9rapeutique \u00e0 doses infinit\u00e9simales localis\u00e9es, elle constitue le traitement de r\u00e9f\u00e9rence des dystonies focales, du bl\u00e9pharospasme, du torticolis spasmodique, de la spasticit\u00e9 musculaire cons\u00e9cutive aux accidents vasculaires c\u00e9r\u00e9braux et de certaines formes d&rsquo;hyperhidrose rebelle.<\/li>\n<li><strong>Les agents neurotoxiques organophosphor\u00e9s :<\/strong> Con\u00e7us initialement comme insecticides agricoles puis d\u00e9riv\u00e9s en armes chimiques de destruction massive (sarin, soman, tabun, VX), les organophosphor\u00e9s se lient de mani\u00e8re covalente au site actif s\u00e9rine de l&rsquo;ac\u00e9tylcholinest\u00e9rase, bloquant son action de mani\u00e8re quasi irr\u00e9versible par un ph\u00e9nom\u00e8ne dit de \u00ab vieillissement chimique \u00bb. L&rsquo;accumulation massive et continue d&rsquo;ac\u00e9tylcholine non d\u00e9grad\u00e9e au niveau de l&rsquo;ensemble des synapses cholinergiques de l&rsquo;organisme d\u00e9clenche le redoutable <em>syndrome cholinergique aigu<\/em> : hypers\u00e9cr\u00e9tions bronchiques, laryngospasme, bradycardie extr\u00eame, fasciculations musculaires g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es conduisant \u00e0 une paralysie respiratoire flasque compl\u00e8te et des convulsions centrales mortelles. La prise en charge toxicologique d&rsquo;urgence de ces intoxications massives repose pr\u00e9cis\u00e9ment sur la logique pharmacologique antagoniste \u00e9tablie par Henry Dale : l&rsquo;administration de doses massives d&rsquo;atropine pour saturer et bloquer les r\u00e9cepteurs muscariniques visc\u00e9raux, coupl\u00e9e \u00e0 des r\u00e9activateurs enzymatiques de la classe des oximes (pralidoxime) capables de r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer l&rsquo;ac\u00e9tylcholinest\u00e9rase avant son vieillissement mol\u00e9culaire irr\u00e9versible.<\/li>\n<\/ul>\n<p>De la paillasse de laboratoire de Hampstead aux blocs op\u00e9ratoires et aux services de r\u00e9animation modernes, l&rsquo;exp\u00e9rience de la transmission chimique \u00e0 la jonction neuromusculaire men\u00e9e par Sir Henry Dale demeure ainsi l&rsquo;un des jalons les plus \u00e9clatants et les plus f\u00e9conds de l&rsquo;histoire de la biologie exp\u00e9rimentale. En d\u00e9montrant avec une rigueur inattaquable que le fluide mat\u00e9riel de la chimie gouverne la dynamique invisible du syst\u00e8me moteur, Dale a non seulement r\u00e9solu l&rsquo;\u00e9nigme s\u00e9culaire de la contraction musculaire volontaire, mais a \u00e9galement ouvert l&rsquo;\u00e8re triomphante de la m\u00e9decine mol\u00e9culaire et de la neuropharmacologie moderne.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Brown, G. L., Dale, H. H., &amp; Feldberg, W. (1936). Reactions of the normal mammalian muscle to acetylcholine and to eserine. <em>The Journal of Physiology<\/em>, 87(4), 394\u2013424. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1113\/jphysiol.1936.sp003415\">https:\/\/doi.org\/10.1113\/jphysiol.1936.sp003415<\/a><\/li>\n<li>Changeux, J. P. (2012). The nicotinic acetylcholine receptor: the founding model of an allosteric membrane protein. <em>Annual Review of Pharmacology and Toxicology<\/em>, 52, 1\u201324. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1146\/annurev-pharmtox-010611-134659\">https:\/\/doi.org\/10.1146\/annurev-pharmtox-010611-134659<\/a><\/li>\n<li>Dale, H. H. (1914). The action of certain esters and ethers of choline, and their relation to muscarine. <em>Journal of Pharmacology and Experimental Therapeutics<\/em>, 6(2), 147\u2013190. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/jpet.aspetjournals.org\/content\/6\/2\/147\">https:\/\/jpet.aspetjournals.org\/content\/6\/2\/147<\/a><\/li>\n<li>Dale, H. H. (1935). Pharmacology and nerve-endings (Walter Ernest Dixon Memorial Lecture). <em>Proceedings of the Royal Society of Medicine<\/em>, 28(3), 319\u2013332. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1177\/003591573502800330\">https:\/\/doi.org\/10.1177\/003591573502800330<\/a><\/li>\n<li>Dale, H. H., Feldberg, W., &amp; Vogt, M. (1936). Release of acetylcholine at voluntary motor nerve endings. <em>The Journal of Physiology<\/em>, 86(4), 353\u2013380. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1113\/jphysiol.1936.sp003371\">https:\/\/doi.org\/10.1113\/jphysiol.1936.sp003371<\/a><\/li>\n<li>Davies, P., &amp; Maloney, A. J. (1976). Selective loss of central cholinergic neurons in Alzheimer&rsquo;s disease. <em>The Lancet<\/em>, 308(8000), 1403. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(76)91936-X\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(76)91936-X<\/a><\/li>\n<li>Eccles, J. C. (1953). <em>The Neurophysiological Basis of Mind: The Principles of Neurobiology<\/em>. Oxford: Clarendon Press.<\/li>\n<li>Eccles, J. C. (1964). <em>The Physiology of Synapses<\/em>. Berlin, Heidelberg, New York: Springer-Verlag. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/978-3-642-99863-8\">https:\/\/doi.org\/10.1007\/978-3-642-99863-8<\/a><\/li>\n<li>Elliott, T. R. (1905). The action of adrenaline. <em>The Journal of Physiology<\/em>, 32(5\u20136), 401\u2013467. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1113\/jphysiol.1905.sp001093\">https:\/\/doi.org\/10.1113\/jphysiol.1905.sp001093<\/a><\/li>\n<li>Feldberg, W. (1977). The early history of synaptic and neuromuscular transmission by acetylcholine: personal reminiscences. In <em>The Pursuit of Nature: Informal Essays on the History of Physiology<\/em> (pp. 65\u201383). Cambridge: Cambridge University Press.<\/li>\n<li>Katz, B. (1966). <em>Nerve, Muscle, and Synapse<\/em>. New York: McGraw-Hill.<\/li>\n<li>Katz, B., &amp; Miledi, R. (1965). The measurement of synaptic delay, and the time course of acetylcholine release at the neuromuscular junction. <em>Proceedings of the Royal Society of London. Series B. Biological Sciences<\/em>, 161(985), 483\u2013495. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1098\/rspb.1965.0016\">https:\/\/doi.org\/10.1098\/rspb.1965.0016<\/a><\/li>\n<li>Langley, J. N. (1905). On the reaction of cells and of nerve-endings to certain poisons, chiefly as regards the reaction of striated muscle to nicotine and to curari. <em>The Journal of Physiology<\/em>, 33(4\u20135), 374\u2013413. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1113\/jphysiol.1905.sp001128\">https:\/\/doi.org\/10.1113\/jphysiol.1905.sp001128<\/a><\/li>\n<li>Loewi, O. (1921). \u00dcber humorale \u00dcbertragbarkeit der Herznervenwirkung. I. Mitteilung. <em>Pfl\u00fcgers Archiv f\u00fcr die gesamte Physiologie des Menschen und der Tiere<\/em>, 189(1), 239\u2013242. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/BF01738910\">https:\/\/doi.org\/10.1007\/BF01738910<\/a><\/li>\n<li>S\u00fcdhof, T. C. (2013). Neurotransmitter release: the last millisecond in the life of a synaptic vesicle. <em>Neuron<\/em>, 80(3), 675\u2013690. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.neuron.2013.10.022\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.neuron.2013.10.022<\/a><\/li>\n<li>Tansey, E. M. (1995). Sir Henry Dale and autopharmacology: the role of the Wellcome Physiological Research Laboratories, 1904\u20131914. <em>Medical History. Supplement<\/em>, 15, 1\u2013166. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/8649249\/\">https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/8649249\/<\/a><\/li>\n<li>Valenstein, E. S. (2005). <em>The War of the Soups and the Sparks: The Discovery of Neurotransmitters and the Dispute Over How Nerves Communicate<\/em>. New York: Columbia University Press.<\/li>\n<li>Walker, M. B. (1934). Treatment of myasthenia gravis with physostigmine. <em>The Lancet<\/em>, 223(5779), 1200\u20131201. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(00)94294-6\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(00)94294-6<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Analyse acad\u00e9mique approfondie de l&rsquo;exp\u00e9rience historique de Henry Dale prouvant la transmission chimique par l&rsquo;ac\u00e9tylcholine \u00e0 la jonction neuromusculaire.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","template":"","categories":[4520,2411],"tags":[6360,6409,6410,6411,6382],"class_list":["post-4478","psych_experiment","type-psych_experiment","status-publish","hentry","category-histoire-des-neurosciences","category-psychophysiologie","tag-acetylcholine","tag-henry-dale","tag-jonction-neuromusculaire","tag-neurobiologie","tag-transmission-chimique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_experiment\/4478","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_experiment"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_experiment"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4478"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_experiment\/4478\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4478"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4478"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4478"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}