{"id":4446,"date":"2026-09-11T08:15:24","date_gmt":"2026-09-11T08:15:24","guid":{"rendered":"http:\/\/french.arabpsychology.com\/experiments\/experience-coeur-grenouille-vagusstoff-otto-loewi\/"},"modified":"2026-09-11T08:15:24","modified_gmt":"2026-09-11T08:15:24","slug":"experience-coeur-grenouille-vagusstoff-otto-loewi","status":"publish","type":"psych_experiment","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_experiment=experience-coeur-grenouille-vagusstoff-otto-loewi","title":{"rendered":"L&rsquo;exp\u00e9rience du c\u0153ur de grenouille (d\u00e9couverte du Vagusstoff) &#8211; Otto Loewi"},"content":{"rendered":"<p>Au c\u0153ur de l&rsquo;histoire des neurosciences modernes, peu d&rsquo;exp\u00e9rimentations poss\u00e8dent la force d&rsquo;\u00e9vocation, la puret\u00e9 conceptuelle et l&rsquo;impact r\u00e9volutionnaire de celle r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 Graz au cours de la nuit de P\u00e2ques 1921 par le pharmacologue austro-am\u00e9ricain <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nobelprize.org\/prizes\/medicine\/1936\/loewi\/biographical\/\">Otto Loewi<\/a>. En d\u00e9montrant qu&rsquo;une impulsion nerveuse transmise le long du nerf vague ne communique pas son message au myocarde par une simple continuit\u00e9 \u00e9lectrique, mais par l&rsquo;interm\u00e9diaire d&rsquo;une substance chimique diffusible &mdash; initialement baptis\u00e9e <em>Vagusstoff<\/em> &mdash;, Loewi mit un terme \u00e0 plusieurs d\u00e9cennies de d\u00e9bats passionn\u00e9s et parfois acrimonieux sur la nature des communications cellulaires. Cette exp\u00e9rience du c\u0153ur de grenouille isol\u00e9 ne s&rsquo;est pas born\u00e9e \u00e0 \u00e9clairer le fonctionnement du syst\u00e8me nerveux autonome ; elle a inaugur\u00e9 l&rsquo;\u00e8re de la neuropharmacologie, refond\u00e9 la physiologie de la synapse et ouvert la voie \u00e0 la compr\u00e9hension contemporaine des m\u00e9canismes mol\u00e9culaires qui r\u00e9gissent l&rsquo;esprit, les \u00e9motions et l&rsquo;hom\u00e9ostasie somatique.<\/p>\n<p>Avant cette perc\u00e9e, la communaut\u00e9 scientifique \u00e9tait domin\u00e9e par une vision m\u00e9caniste et biophysique h\u00e9rit\u00e9e des pionniers de l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie du XIXe si\u00e8cle. Les influx nerveux \u00e9taient assimil\u00e9s \u00e0 des courants \u00e9lectriques circulant le long de c\u00e2bles conducteurs, et l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;une entit\u00e9 s\u00e9cr\u00e9toire puisse franchir le hiatus s\u00e9parant une terminaison nerveuse de sa cellule cible se heurtait \u00e0 des objections temporelles et th\u00e9oriques majeures. Loewi, combinant une intuition g\u00e9niale \u00e0 une ma\u00eetrise consomm\u00e9e des mod\u00e8les de perfusion d&rsquo;organes isol\u00e9s, r\u00e9ussit \u00e0 externaliser le signal neurochimique et \u00e0 administrer une preuve mat\u00e9rielle irr\u00e9futable de son existence. En recueillant le liquide baignant un c\u0153ur stimul\u00e9 pour l&rsquo;appliquer \u00e0 un c\u0153ur na\u00eff, il fit passer le message du premier au second sans le moindre contact anatomique ou \u00e9lectrique, mat\u00e9rialisant ainsi l&rsquo;impens\u00e9 conceptuel de son \u00e9poque.<\/p>\n<p>Le centenaire de cette d\u00e9couverte offre une perspective privil\u00e9gi\u00e9e pour examiner la trajectoire \u00e9pist\u00e9mologique d&rsquo;un paradigme scientifique en transformation. De l&rsquo;atmosph\u00e8re acad\u00e9mique de l&rsquo;Europe centrale d&rsquo;avant-guerre aux laboratoires de Cambridge, des premiers kymographes au noir de fum\u00e9e jusqu&rsquo;aux d\u00e9veloppements les plus r\u00e9cents de la neuropsychopharmacologie et de la th\u00e9orie polyvagale, l&rsquo;aventure du <em>Vagusstoff<\/em> &mdash; formellement identifi\u00e9 par la suite comme \u00e9tant l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/meshb.nlm.nih.gov\/record\/ui?ui=D000109\">ac\u00e9tylcholine<\/a> &mdash; illustre avec \u00e9clat comment un dispositif exp\u00e9rimental d&rsquo;une sobri\u00e9t\u00e9 d\u00e9sarmante peut bouleverser durablement notre compr\u00e9hension du vivant. L&rsquo;analyse d\u00e9taill\u00e9e de ce jalon historique permet d&rsquo;en saisir la gen\u00e8se m\u00e9thodologique, les fondements biochimiques, les controverses acharn\u00e9es et la post\u00e9rit\u00e9 intellectuelle continue.<\/p>\n<h2>1. Introduction historique et contexte scientifique au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle<\/h2>\n<h3>1.1 L&rsquo;\u00e9tat de la physiologie neuromusculaire \u00e0 l&rsquo;aube des ann\u00e9es 1920<\/h3>\n<p>Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, la physiologie exp\u00e9rimentale se trouve sous l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie presque absolue de la biophysique et de l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie naissante. Depuis les travaux fondateurs de Luigi Galvani, d&rsquo;Emil du Bois-Reymond et de Hermann von Helmholtz, le fonctionnement du syst\u00e8me nerveux est interpr\u00e9t\u00e9 \u00e0 travers le prisme de l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 animale. La propagation du potentiel d&rsquo;action le long des fibres nerveuses est con\u00e7ue comme un ph\u00e9nom\u00e8ne de d\u00e9polarisation membranaire rapide et transitoire, explicable par des flux ioniques locaux. Les savants mesurent d\u00e9sormais avec une pr\u00e9cision sans pr\u00e9c\u00e9dent la vitesse de conduction nerveuse et la chronaxie des tissus excitables. Les laboratoires de recherche europ\u00e9ens s&rsquo;\u00e9quipent d&rsquo;instruments d&rsquo;une sensibilit\u00e9 in\u00e9dite, au premier rang desquels figure le <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/120235a0\">galvanom\u00e8tre \u00e0 corde<\/a> d\u00e9velopp\u00e9 par Willem Einthoven en 1901. Cet instrument permet d&rsquo;enregistrer fid\u00e8lement les infimes variations de potentiel bio\u00e9lectrique g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par le myocarde et les nerfs p\u00e9riph\u00e9riques, renfor\u00e7ant la conviction que l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 constitue le langage universel et exclusif des tissus vivants.<\/p>\n<p>Cependant, cette instrumentation ultrasensible r\u00e9v\u00e8le paradoxalement ses propres limites conceptuelles d\u00e8s lors qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;analyser la zone d&rsquo;interface entre le nerf et l&rsquo;organe effecteur. Si le galvanom\u00e8tre \u00e0 corde saisit avec virtuosit\u00e9 la propagation continue du dip\u00f4le \u00e9lectrique le long d&rsquo;un axone ou \u00e0 travers la masse syncytiale du ventricule cardiaque, il demeure fondamentalement incapable de r\u00e9soudre les \u00e9v\u00e9nements submicroscopiques qui se produisent au niveau des terminaisons nerveuses terminales. Les chercheurs observent une alt\u00e9ration qualitative du signal lorsque l&rsquo;onde de d\u00e9polarisation atteint sa cible tissulaire : le passage d&rsquo;une excitation nerveuse ne produit pas syst\u00e9matiquement une excitation de l&rsquo;effecteur, mais peut provoquer une inhibition prolong\u00e9e, comme c&rsquo;est typiquement le cas lors de la stimulation du nerf pneumogastrique (nerf vague) sur le myocarde. Cette discordance fonctionnelle met en \u00e9chec le mod\u00e8le d&rsquo;un simple couplage capacitif ou \u00e9lectrotonique passif.<\/p>\n<p>Le manque de compr\u00e9hension des m\u00e9canismes de communication entre les terminaisons nerveuses du syst\u00e8me v\u00e9g\u00e9tatif &mdash; que John Newport Langley commence alors \u00e0 classifier sous le vocable de syst\u00e8me nerveux autonome &mdash; et les cellules musculaires ou glandulaires constitue une lacune flagrante de la biologie g\u00e9n\u00e9rale. Pour la majorit\u00e9 des physiologistes de l&rsquo;\u00e9poque, form\u00e9s aux \u00e9quations de Nernst et aux concepts de r\u00e9sistance tissulaire, l&rsquo;id\u00e9e que le courant \u00e9lectrique puisse \u00ab sauter \u00bb d&rsquo;une cellule \u00e0 l&rsquo;autre par induction directe demeure l&rsquo;hypoth\u00e8se de travail par d\u00e9faut, faute d&rsquo;une alternative m\u00e9caniste v\u00e9rifiable. Les cellules effectrices sont per\u00e7ues comme de simples prolongements physiques du circuit \u00e9lectrique nerveux, toute d\u00e9viation par rapport \u00e0 la r\u00e9ponse attendue \u00e9tant attribu\u00e9e \u00e0 d&rsquo;obscures propri\u00e9t\u00e9s de filtrage structural du cytoplasme ou de la membrane r\u00e9ceptrice.<\/p>\n<h3>1.2 La th\u00e9orie neuronale naissante et l&rsquo;\u00e9nigme synaptique<\/h3>\n<p>Sur le plan anatomique, les premi\u00e8res d\u00e9cennies du si\u00e8cle voient l&rsquo;affrontement d\u00e9cisif entre deux visions irr\u00e9conciliables de l&rsquo;architecture du syst\u00e8me nerveux : la th\u00e9orie r\u00e9ticulaire et la doctrine neuronale. Pendant de longues ann\u00e9es, Camillo Golgi a d\u00e9fendu l&rsquo;existence d&rsquo;un r\u00e9seau syncytial continu, un feutrage diffus d&rsquo;axones anastomos\u00e9s permettant une circulation sans entrave des influx nerveux dans l&rsquo;ensemble de l&rsquo;organisme. Cependant, les travaux magistraux de <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nobelprize.org\/prizes\/medicine\/1906\/cajal\/biographical\/\">Santiago Ram\u00f3n y Cajal<\/a>, utilisant avec une virtuosit\u00e9 in\u00e9gal\u00e9e la m\u00e9thode d&rsquo;impr\u00e9gnation argentique mise au point par Golgi lui-m\u00eame, apportent la preuve formelle de l&rsquo;individualit\u00e9 absolue des cellules nerveuses. Cajal d\u00e9montre que le syst\u00e8me nerveux est constitu\u00e9 d&rsquo;unit\u00e9s cellulaires contigu\u00ebs mais g\u00e9n\u00e9tiquement, morphologiquement et fonctionnellement discontinues : les neurones.<\/p>\n<p>Cette discontinuit\u00e9 anatomique, rapidement accept\u00e9e par la majorit\u00e9 des histologistes de pointe, pose d&#8217;embl\u00e9e un d\u00e9fi physiologique titanesque. Si les neurones ne sont pas reli\u00e9s par une continuit\u00e9 protoplasmique, comment le signal de nature \u00e9lectrique peut-il franchir le vide qui les s\u00e9pare ? C&rsquo;est le neurophysiologiste britannique <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nobelprize.org\/prizes\/medicine\/1932\/sherrington\/biographical\/\">Charles Scott Sherrington<\/a> qui, en 1897, forge le terme de \u00ab synapse \u00bb dans le <em>Textbook of Physiology<\/em> de Michael Foster pour d\u00e9signer cette zone fonctionnelle de contact intime entre deux \u00e9l\u00e9ments cellulaires. Sherrington d\u00e9duit l&rsquo;existence de la synapse non pas d&rsquo;une visualisation microscopique directe &mdash; celle-ci restant hors de port\u00e9e des microscopes optiques de l&rsquo;\u00e9poque &mdash;, mais de l&rsquo;analyse cin\u00e9tique des r\u00e9flexes spinaux : le temps n\u00e9cessaire \u00e0 un r\u00e9flexe est toujours nettement sup\u00e9rieur \u00e0 ce qu&rsquo;exigerait la simple conduction \u00e9lectrique le long des fibres nerveuses impliqu\u00e9es, ce qui sugg\u00e8re l&rsquo;existence d&rsquo;un \u00ab d\u00e9lai synaptique \u00bb irr\u00e9ductible.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9nigme synaptique devient d\u00e8s lors le probl\u00e8me central de la neurobiologie. Les physiologistes s&rsquo;interrogent sur la nature physique de ce franchissement : s&rsquo;agit-il d&rsquo;un champ \u00e9lectrique local si intense qu&rsquo;il d\u00e9polariserait la membrane post-synaptique par \u00e9tincelle ou induction, ou bien ce hiatus implique-t-il l&rsquo;intervention d&rsquo;un interm\u00e9diaire s\u00e9cr\u00e9toire, une substance chimique sp\u00e9cialis\u00e9e lib\u00e9r\u00e9e \u00e0 l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 de la terminaison axonale ? La premi\u00e8re hypoth\u00e8se s\u00e9duit les physiciens par son \u00e9l\u00e9gance et sa conformit\u00e9 aux lois \u00e9lectrodynamiques \u00e9tablies, tandis que la seconde appara\u00eet aux yeux de beaucoup comme une r\u00e9gression vers la vieille th\u00e9orie humorale de l&rsquo;Antiquit\u00e9, inutilement lente et biologiquement superflue.<\/p>\n<h3>1.3 Les pr\u00e9mices conceptuelles d&rsquo;une m\u00e9diation humorale<\/h3>\n<p>En d\u00e9pit de la domination intellectuelle des tenants de l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9, des voix dissidentes et des observations troublantes \u00e9mergent au sein de l&rsquo;\u00e9cole britannique de pharmacologie. \u00c0 Cambridge, John Newport Langley m\u00e8ne des exp\u00e9riences syst\u00e9matiques sur les effets de divers poisons v\u00e9g\u00e9taux sur les tissus v\u00e9g\u00e9tatifs. Il constate avec stup\u00e9faction que des substances chimiques telles que la nicotine et le curare sont capables d&rsquo;imiter ou de bloquer de mani\u00e8re s\u00e9lective les effets de la stimulation nerveuse sur les muscles stri\u00e9s ou les ganglions sympathiques. En 1905, pour expliquer comment la nicotine peut contracter un muscle m\u00eame apr\u00e8s la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence compl\u00e8te de ses fibres motrices, Langley avance le concept r\u00e9volutionnaire de \u00ab substance r\u00e9ceptive \u00bb (<em>receptive substance<\/em>). Il postule que la cellule effectrice poss\u00e8de \u00e0 sa surface des structures chimiques sp\u00e9cialis\u00e9es, capables de fixer sp\u00e9cifiquement des mol\u00e9cules r\u00e9gulatrices exog\u00e8nes ou endog\u00e8nes.<\/p>\n<p>Dans le m\u00eame sillage intellectuel, Thomas Renton Elliott, un jeune et brillant chercheur travaillant sous la direction de Langley, franchit un pas suppl\u00e9mentaire en 1904. \u00c9tudiant l&rsquo;action de l&rsquo;adr\u00e9naline &mdash; isol\u00e9e quelques ann\u00e9es auparavant de la m\u00e9dullo-surr\u00e9nale &mdash;, Elliott remarque que cette hormone reproduit point par point, tissu par tissu, l&rsquo;ensemble des effets d\u00e9clench\u00e9s par la stimulation des fibres nerveuses du syst\u00e8me orthosympathique. Il formule alors une hypoth\u00e8se audacieuse et visionnaire, consign\u00e9e dans une br\u00e8ve note aux <em>Proceedings of the Physiological Society<\/em> : l&rsquo;adr\u00e9naline ne serait-elle pas la substance physiologique s\u00e9cr\u00e9t\u00e9e par les terminaisons nerveuses sympathiques chaque fois qu&rsquo;elles sont activ\u00e9es par un influx nerveux ? L&rsquo;effet du nerf serait alors non pas \u00e9lectrique, mais m\u00e9di\u00e9 par cette lib\u00e9ration humorale locale.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 la puissance pr\u00e9dictive de l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;Elliott, la communaut\u00e9 acad\u00e9mique internationale r\u00e9agit avec une indiff\u00e9rence polie ou un scepticisme manifeste. Langley lui-m\u00eame, soucieux de rigueur m\u00e9thodologique et conscient de l&rsquo;absence de preuves physiques directes d\u00e9montrant qu&rsquo;un nerf intact puisse effectivement d\u00e9verser une telle substance lors de sa stimulation, se montre extr\u00eamement prudent et dissuade son \u00e9l\u00e8ve de poursuivre obstin\u00e9ment dans cette voie th\u00e9orique jug\u00e9e sp\u00e9culative. D&rsquo;autres chercheurs, tel Walter Ernest Dixon en 1906, suspectent que le nerf vague pourrait agir de la m\u00eame mani\u00e8re en lib\u00e9rant une substance muscarinique, mais \u00e9chouent \u00e0 apporter une d\u00e9monstration mat\u00e9rielle irr\u00e9futable. L&rsquo;absence de protocoles exp\u00e9rimentaux capables d&rsquo;isoler une telle s\u00e9cr\u00e9tion nerveuse <em>in situ<\/em> confine l&rsquo;hypoth\u00e8se chimique au statut de simple curiosit\u00e9 pharmacologique, laissant le paradigme bio\u00e9lectrique r\u00e9gner sans partage.<\/p>\n<h2>2. La controverse fondamentale : transmission \u00e9lectrique contre transmission chimique<\/h2>\n<h3>2.1 Le paradigme neuro-\u00e9lectrique dominant : l&rsquo;\u00e9cole des \u00ab sparks \u00bb<\/h3>\n<p>Durant les deux premi\u00e8res d\u00e9cennies du XXe si\u00e8cle, la physiologie est domin\u00e9e par ce que les historiens des sciences nommeront plus tard avec une pointe d&rsquo;ironie l&rsquo;\u00e9cole des \u00ab <em>sparks<\/em> \u00bb (les tenants de l&rsquo;\u00e9tincelle ou du courant \u00e9lectrique), oppos\u00e9e \u00e0 celle des \u00ab <em>soups<\/em> \u00bb (les partisans de la soupe biochimique ou de la m\u00e9diation humorale). Men\u00e9e par des figures imposantes de l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie mondiale comme John Carew Eccles &mdash; qui d\u00e9fendra la th\u00e9orie \u00e9lectrique avec acharnement jusqu&rsquo;\u00e0 sa remarquable conversion exp\u00e9rimentale \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1940 &mdash; et soutenue par les biophysiciens form\u00e9s aux math\u00e9matiques pures, cette \u00e9cole repose sur un postulat axiomatique : la transmission du signal \u00e0 travers la fente synaptique doit s&rsquo;effectuer de mani\u00e8re quasi instantan\u00e9e afin de pr\u00e9server l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 temporelle des actes moteurs et des r\u00e9flexes vitaux.<\/p>\n<p>Pour les partisans de l&rsquo;\u00e9cole \u00e9lectrique, l&rsquo;argument cin\u00e9tique est d\u00e9cisif. En mesurant la latence d&rsquo;un r\u00e9flexe de retrait chez la grenouille ou le mammif\u00e8re, les physiologistes constatent que le d\u00e9lai synaptique n&rsquo;exc\u00e8de gu\u00e8re quelques millisecondes. Une telle vitesse leur semble intrins\u00e8quement incompatible avec les lois physiques gouvernant la diffusion chimique. Selon leurs calculs, la synth\u00e8se locale, la s\u00e9cr\u00e9tion d&rsquo;un m\u00e9diateur dans le liquide interstitiel, sa diffusion thermique \u00e0 travers l&rsquo;espace synaptique, sa liaison \u00e0 une structure effectrice et son \u00e9limination ult\u00e9rieure prendraient un temps infiniment trop long pour \u00eatre compatibles avec la survie d&rsquo;un animal confront\u00e9 \u00e0 un pr\u00e9dateur. L&rsquo;\u00e9tincelle \u00e9lectrique, voyageant \u00e0 la vitesse de la lumi\u00e8re dans le conducteur ionique que constitue le milieu extracellulaire, demeure la seule explication thermodynamiquement et temporellement soutenable \u00e0 leurs yeux.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, les biophysiciens appliquent le principe de parcimonie scientifique (le rasoir d&rsquo;Ockham) : pourquoi la nature aurait-elle con\u00e7u un syst\u00e8me de transmission biochimique complexe, vuln\u00e9rable \u00e0 la d\u00e9gradation thermique et enzymatique, alors que le potentiel d&rsquo;action \u00e9lectrique dispose d\u00e9j\u00e0 de l&rsquo;\u00e9nergie n\u00e9cessaire pour franchir passivement les discontinuit\u00e9s cellulaires par effet capacitif ? Tout ph\u00e9nom\u00e8ne s\u00e9cr\u00e9toire associ\u00e9 \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 nerveuse est alors rejet\u00e9 comme un sous-produit m\u00e9tabolique tardif, un \u00e9piph\u00e9nom\u00e8ne d\u00e9nu\u00e9 de pertinence fonctionnelle directe dans le processus de transmission synaptique lui-m\u00eame.<\/p>\n<h3>2.2 L&rsquo;hypoth\u00e8se chimique \u00e9mergente : l&rsquo;\u00e9cole des \u00ab soups \u00bb<\/h3>\n<p>Face \u00e0 ce dogme biophysique solidement retranch\u00e9, le camp minoritaire des pharmacologues &mdash; les futurs adeptes des \u00ab <em>soups<\/em> \u00bb &mdash; consolide patiemment ses arguments \u00e0 partir de l&rsquo;observation rigoureuse des r\u00e9ponses tissulaires diff\u00e9rentielles. Leur principal cheval de bataille r\u00e9side dans l&rsquo;incapacit\u00e9 manifeste du mod\u00e8le \u00e9lectrique \u00e0 expliquer les ph\u00e9nom\u00e8nes d&rsquo;inhibition physiologique. Si la transmission synaptique consiste en une injection passive de charges \u00e9lectriques d\u00e9polarisantes de l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment pr\u00e9synaptique vers l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment postsynaptique, comment une telle onde de charge positive pourrait-elle induire une hyperpolarisation, c&rsquo;est-\u00e0-dire un arr\u00eat absolu de la contraction ou un silence \u00e9lectrique, comme celui observ\u00e9 lorsque le nerf vague inhibe le c\u0153ur ?<\/p>\n<p>En physique fondamentale, un courant qui entre dans un conducteur passif le charge toujours dans le m\u00eame sens ; imaginer qu&rsquo;un courant excitateur devienne spontan\u00e9ment inhibiteur \u00e0 la sortie d&rsquo;un axone sans m\u00e9canisme de transduction interm\u00e9diaire constitue une contradiction logique intol\u00e9rable pour les pharmacologues. En revanche, l&rsquo;action diff\u00e9rentielle de mol\u00e9cules chimiques permet de r\u00e9soudre cette aporie sans aucune gymnastique th\u00e9orique. Une substance donn\u00e9e peut parfaitement poss\u00e9der une structure mol\u00e9culaire qui, en interagissant avec des composantes sp\u00e9cifiques de la membrane, stabilise le potentiel de repos ou hyperpolarise la cellule, provoquant ainsi l&rsquo;inhibition, tandis qu&rsquo;une autre mol\u00e9cule poss\u00e9dera des propri\u00e9t\u00e9s st\u00e9r\u00e9ochimiques inverses induisant l&rsquo;excitation.<\/p>\n<p>Cette divergence cr\u00e9e une fracture \u00e9pist\u00e9mologique profonde entre deux disciplines aux cultures scientifiques radicalement distinctes. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, les physiologistes form\u00e9s \u00e0 la m\u00e9canique et aux circuits galvaniques m\u00e9prisent les \u00ab potions \u00bb des pharmacologues, qu&rsquo;ils accusent d&rsquo;injecter des artefacts toxiques d\u00e9naturant la physiologie normale des tissus. De l&rsquo;autre, les pharmacologues r\u00e9torquent que les biophysiciens ignorent la plasticit\u00e9 et la subtilit\u00e9 des architectures mol\u00e9culaires vivantes en voulant r\u00e9duire la cellule \u00e0 une simple ligne t\u00e9l\u00e9graphique inanim\u00e9e. Cette rivalit\u00e9 acad\u00e9mique paralyse le d\u00e9bat, chaque camp disposant d&rsquo;arguments th\u00e9oriques coh\u00e9rents sans qu&rsquo;aucun ne parvienne \u00e0 faire plier l&rsquo;autre par une exp\u00e9rience d\u00e9finitive.<\/p>\n<h3>2.3 L&rsquo;impasse m\u00e9thodologique ant\u00e9rieure \u00e0 1921<\/h3>\n<p>L&rsquo;impasse qui paralyse la neurophysiologie avant 1921 est avant tout de nature m\u00e9thodologique et technologique. Pour valider sans conteste l&rsquo;hypoth\u00e8se de la transmission chimique, il faudrait \u00eatre capable de d\u00e9montrer simultan\u00e9ment quatre conditions fondamentales :<\/p>\n<ul>\n<li>Que la substance postul\u00e9e est pr\u00e9sente dans les terminaisons nerveuses pr\u00e9synaptiques.<\/li>\n<li>Qu&rsquo;elle est effectivement lib\u00e9r\u00e9e au moment pr\u00e9cis o\u00f9 le nerf est travers\u00e9 par un train d&rsquo;impulsions physiologiques.<\/li>\n<li>Que son application exog\u00e8ne sur le tissu effecteur reproduit en tout point les effets biologiques de la stimulation nerveuse naturelle.<\/li>\n<li>Qu&rsquo;un syst\u00e8me de neutralisation rapide existe pour \u00e9vacuer la substance et mettre fin au signal.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Or, les moyens analytiques du d\u00e9but du si\u00e8cle rendent une telle d\u00e9monstration virtuellement impossible \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle microscopique. La fente synaptique &mdash; dont la largeur sera mesur\u00e9e plus tard par la microscopie \u00e9lectronique autour de 20 \u00e0 50 nanom\u00e8tres &mdash; constitue un micro-environnement totalement inaccessible aux micropipettes et aux m\u00e9thodes d&rsquo;\u00e9chantillonnage de l&rsquo;\u00e9poque. Toute tentative de broyage tissulaire pour extraire les principes actifs aboutit \u00e0 la lib\u00e9ration d&rsquo;une myriade d&rsquo;enzymes intracellulaires, d&rsquo;acides amin\u00e9s et de m\u00e9tabolites banals. Les sceptiques peuvent alors affirmer \u00e0 juste titre que la pr\u00e9sence d&rsquo;une mol\u00e9cule donn\u00e9e dans un filtrat d&rsquo;organe n&rsquo;est qu&rsquo;un d\u00e9chet n\u00e9crotique ou un artefact de d\u00e9gradation chimique cons\u00e9cutif au traumatisme de l&rsquo;extraction m\u00e9canique, sans lien avec une fonction de transmission physiologique.<\/p>\n<p>Le d\u00e9fi exp\u00e9rimental r\u00e9side donc dans l&rsquo;invention d&rsquo;un protocole permettant de recueillir une telle substance messag\u00e8re \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle macroscopique, sans endommager l&rsquo;organe, tout en garantissant que la substance mesur\u00e9e provient exclusivement de l&rsquo;activit\u00e9 physiologique normale des terminaisons nerveuses. Il faut concevoir un syst\u00e8me o\u00f9 le compos\u00e9 s\u00e9cr\u00e9t\u00e9 puisse diffuser dans un milieu aqueux physiologique en quantit\u00e9 suffisante pour \u00eatre d\u00e9tect\u00e9 non par des r\u00e9actifs chimiques encore trop peu sensibles, mais par un bio-essai d&rsquo;une sensibilit\u00e9 extr\u00eame : un autre tissu vivant r\u00e9cepteur. C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment cette quadrature m\u00e9thodologique qu&rsquo;Otto Loewi va r\u00e9soudre avec un coup d&rsquo;\u00e9clat exp\u00e9rimental sans \u00e9quivalent.<\/p>\n<h2>3. Biographie acad\u00e9mique et profil scientifique d&rsquo;Otto Loewi<\/h2>\n<h3>3.1 Formation m\u00e9dicale et ancrage dans la pharmacologie exp\u00e9rimentale<\/h3>\n<p>N\u00e9 le 25 mai 1873 \u00e0 Francfort-sur-le-Main dans une famille juive cultiv\u00e9e de commer\u00e7ants, Otto Loewi montre initialement un penchant prononc\u00e9 pour les sciences humaines et l&rsquo;histoire de l&rsquo;art. Sous la pression de son p\u00e8re, il s&rsquo;oriente n\u00e9anmoins vers les \u00e9tudes m\u00e9dicales en 1891, s&rsquo;inscrivant d&rsquo;abord \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Strasbourg &mdash; alors rattach\u00e9e \u00e0 l&rsquo;Empire allemand &mdash; puis \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Munich. \u00c0 Strasbourg, Loewi fr\u00e9quente des ma\u00eetres de stature internationale qui forgent son esprit critique. Il est profond\u00e9ment marqu\u00e9 par l&rsquo;enseignement du clinicien Bernhard Naunyn et surtout par celui d&rsquo;Oswald Schmiedeberg, universellement consid\u00e9r\u00e9 comme le p\u00e8re fondateur de la pharmacologie exp\u00e9rimentale moderne. Schmiedeberg enseigne que la pharmacologie n&rsquo;est pas un simple catalogue empirique de rem\u00e8des, mais l&rsquo;analyse rigoureuse des m\u00e9canismes fondamentaux par lesquels des entit\u00e9s chimiques pr\u00e9cises alt\u00e8rent le comportement physico-chimique du protoplasme vivant.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l&rsquo;obtention de son dipl\u00f4me de m\u00e9decine en 1896, avec une th\u00e8se consacr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;action de poisons cardiaques chez la grenouille, Loewi prend un poste d&rsquo;assistant clinicien \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital municipal de Francfort sous la direction de Carl von Noorden. Cependant, la r\u00e9alit\u00e9 clinique de l&rsquo;\u00e9poque le confronte brutalement \u00e0 l&rsquo;impuissance th\u00e9rapeutique de la m\u00e9decine face aux maladies infectieuses d\u00e9vastatrices telles que la tuberculose et la pneumonie. Boulevers\u00e9 par le taux de mortalit\u00e9 des jeunes adultes hospitalis\u00e9s et d\u00e9\u00e7u par le caract\u00e8re purement palliatif des prescriptions m\u00e9dicales, Loewi prend la d\u00e9cision de renoncer d\u00e9finitivement \u00e0 la pratique m\u00e9dicale au chevet des patients pour se vouer exclusivement \u00e0 la recherche en pharmacologie fondamentale.<\/p>\n<p>En 1898, il rejoint le r\u00e9put\u00e9 laboratoire de Hans Horst Meyer \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Marbourg. C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;il acquiert une virtuosit\u00e9 technique exceptionnelle dans la manipulation des organes isol\u00e9s et la biochimie nutritionnelle. Il publie des travaux remarqu\u00e9s d\u00e9montrant que les animaux peuvent synth\u00e9tiser leurs propres prot\u00e9ines \u00e0 partir d&rsquo;acides amin\u00e9s simples obtenus par d\u00e9gradation enzymatique pouss\u00e9e, contredisant le dogme de l&rsquo;obligation d&rsquo;ing\u00e9rer des prot\u00e9ines intactes. En 1909, sa r\u00e9putation de chercheur novateur et rigoureux lui vaut d&rsquo;\u00eatre nomm\u00e9 professeur titulaire et directeur de la chaire de pharmacologie \u00e0 l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.medunigraz.at\/\">Universit\u00e9 de Graz<\/a> en Autriche, poste qu&rsquo;il occupera pendant pr\u00e8s de trois d\u00e9cennies jusqu&rsquo;\u00e0 son expulsion tragique par le r\u00e9gime nazi en 1938.<\/p>\n<h3>3.2 L&rsquo;influence formatrice du s\u00e9jour en Grande-Bretagne<\/h3>\n<p>L&rsquo;ann\u00e9e 1902 marque un tournant d\u00e9cisif dans l&rsquo;\u00e9volution intellectuelle de Loewi. B\u00e9n\u00e9ficiant d&rsquo;un cong\u00e9 sabbatique, il traverse la Manche pour passer plusieurs mois de formation dans le prestigieux laboratoire d&rsquo;Ernest Starling et de William Bayliss \u00e0 l&rsquo;University College de Londres. L&rsquo;atmosph\u00e8re scientifique britannique est alors en pleine \u00e9bullition intellectuelle : c&rsquo;est l&rsquo;ann\u00e9e exacte o\u00f9 Starling et Bayliss d\u00e9couvrent la s\u00e9cr\u00e9tine, premi\u00e8re hormone jamais identifi\u00e9e, d\u00e9montrant qu&rsquo;un message biochimique circulant dans le flux sanguin peut r\u00e9guler \u00e0 distance et de mani\u00e8re coordonn\u00e9e la s\u00e9cr\u00e9tion pancr\u00e9atique, sans m\u00e9diation nerveuse centrale.<\/p>\n<p>C&rsquo;est au sein de ce laboratoire londonien que Loewi fait une rencontre qui va sceller son destin acad\u00e9mique et personnel : celle d&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nobelprize.org\/prizes\/medicine\/1936\/dale\/biographical\/\">Henry Hallett Dale<\/a>. Les deux jeunes savants nouent instantan\u00e9ment une amiti\u00e9 ind\u00e9fectible, nourrie par une admiration mutuelle et des temp\u00e9raments scientifiques parfaitement compl\u00e9mentaires. Alors que Dale apporte une rigueur m\u00e9thodologique implacable, une obsession de la puret\u00e9 chimique et une approche analytique m\u00e9thodique, Loewi se distingue par une imagination d\u00e9bordante, une intuition biologique fulgurante et un sens inn\u00e9 de la formulation conceptuelle globale.<\/p>\n<p>Durant ce s\u00e9jour, Loewi s&rsquo;impr\u00e8gne de l&rsquo;approche fonctionnaliste et de la tradition biochimique anglaise. Il d\u00e9couvre l&rsquo;\u00e9l\u00e9gance des protocoles de perfusion d&rsquo;organes d\u00e9velopp\u00e9s par Sydney Ringer et assiste aux discussions anim\u00e9es men\u00e9es par Langley et Elliott sur les \u00ab substances r\u00e9ceptrices \u00bb et l&rsquo;action de l&rsquo;adr\u00e9naline. Ces mois pass\u00e9s \u00e0 Londres transforment profond\u00e9ment le regard de Loewi : le syst\u00e8me nerveux ne lui appara\u00eet plus comme un ensemble de c\u00e2bles \u00e9lectriques fig\u00e9s, mais comme un syst\u00e8me dynamique et plastique o\u00f9 la chimie macromol\u00e9culaire et les interactions hormonales jouent un r\u00f4le de premier ordre. Cette fertilisation crois\u00e9e transmanche constituera le terreau fertile d&rsquo;o\u00f9 jaillira, pr\u00e8s de deux d\u00e9cennies plus tard, la d\u00e9couverte du <em>Vagusstoff<\/em>.<\/p>\n<h3>3.3 Recherches ant\u00e9rieures sur la contractilit\u00e9 cardiaque et le m\u00e9tabolisme<\/h3>\n<p>De retour sur le continent, puis \u00e0 Graz \u00e0 partir de 1909, Loewi consacre l&rsquo;essentiel de ses investigations physiologiques et pharmacologiques \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude de la dynamique cardiaque. Il choisit d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment de travailler sur le c\u0153ur de vert\u00e9br\u00e9s ectothermes, en particulier les batraciens. Ce mod\u00e8le biologique pr\u00e9sente l&rsquo;avantage exceptionnel de demeurer contractilement actif et physiologiquement viable pendant de longues heures \u00e0 temp\u00e9rature ambiante, pour peu qu&rsquo;il soit irrigu\u00e9 par une solution saline ad\u00e9quate. Loewi s&rsquo;attaque \u00e0 l&rsquo;analyse pharmacologique complexe des glucosides cardiotoniques, notamment la digitaline et la strophantine, cherchant \u00e0 comprendre par quels m\u00e9canismes biochimiques intimes ces substances am\u00e9liorent la force contractile (inotropisme) du myocarde insuffisant.<\/p>\n<p>Ses travaux l&rsquo;am\u00e8nent \u00e0 s&rsquo;int\u00e9resser de pr\u00e8s \u00e0 l&rsquo;\u00e9quilibre ionique du liquide extracellulaire. Il d\u00e9montre avec une minutie exemplaire que l&rsquo;action inotrope positive de la digitaline est indissociable de la concentration en ions calcium (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"Ca^{2+}\">$Ca^{2+}$<\/span>) dans le milieu de perfusion. Si le calcium est omis de la solution, la digitaline perd instantan\u00e9ment toute efficacit\u00e9 th\u00e9rapeutique ; inversement, une augmentation mod\u00e9r\u00e9e du calcium amplifie ses effets contractiles. De la m\u00eame fa\u00e7on, Loewi analyse la balance antagoniste permanente entre le calcium, agent de l&rsquo;excitation et de la contraction systolique, et le potassium (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"K^+\">$K^+$<\/span>), agent favorisant la relaxation diastolique et l&rsquo;arr\u00eat cardiaque en diastole lorsqu&rsquo;il est pr\u00e9sent en exc\u00e8s.<\/p>\n<p>Ces ann\u00e9es de recherche minutieuse conf\u00e8rent \u00e0 Otto Loewi une expertise exp\u00e9rimentale hors pair dans la technique de la canulation cardiaque selon la m\u00e9thode de Walther Straub. Il ma\u00eetrise \u00e0 la perfection le calibrage des volumes de perfusion, la stabilit\u00e9 des d\u00e9bits, la composition osmotique des solutions salines et la manipulation d\u00e9licate des fibres nerveuses du nerf vague et des cha\u00eenes sympathiques qui innervent le sinus veineux cardiaque. Loewi a accumul\u00e9 sans le savoir, au cours de ces dix-huit ann\u00e9es de travail de laboratoire m\u00e9ticuleux, tous les pr\u00e9requis techniques, physico-chimiques et physiologiques indispensables pour mener \u00e0 bien, le moment venu, l&rsquo;exp\u00e9rience cruciale qui allait immortaliser son nom.<\/p>\n<h2>4. L&rsquo;inspiration nocturne : la gen\u00e8se du protocole exp\u00e9rimental de Loewi<\/h2>\n<h3>4.1 Le r\u00e9cit du r\u00eave de la nuit de P\u00e2ques 1921<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire des sciences a retenu l&rsquo;\u00e9mergence du protocole de Loewi comme l&rsquo;une des anecdotes les plus c\u00e9l\u00e8bres et les plus fascinantes de la recherche biom\u00e9dicale. Le r\u00e9cit, minutieusement consign\u00e9 par Loewi lui-m\u00eame dans son autobiographie r\u00e9dig\u00e9e des d\u00e9cennies plus tard, se d\u00e9roule durant la nuit pr\u00e9c\u00e9dant le dimanche de P\u00e2ques de l&rsquo;ann\u00e9e 1921. Alors qu&rsquo;il dort profond\u00e9ment, le pharmacologue se r\u00e9veille soudainement avec la vision d&rsquo;une clart\u00e9 \u00e9blouissante d&rsquo;une exp\u00e9rience permettant d&rsquo;apporter enfin la preuve absolue de la transmission chimique des influx nerveux. Machinalement, encore embrum\u00e9 par le sommeil, il saisit un morceau de papier sur sa table de nuit, y griffonne \u00e0 la h\u00e2te quelques lignes d\u00e9crivant le protocole exp\u00e9rimental, puis se rendort paisiblement.<\/p>\n<p>Le lendemain matin \u00e0 six heures, au r\u00e9veil, Loewi se rem\u00e9more l&rsquo;extraordinaire illumination nocturne qui l&rsquo;a travers\u00e9. Il s&#8217;empare f\u00e9brilement de la feuille de papier, mais se heurte alors \u00e0 un drame intellectuel angoissant : son \u00e9criture nocturne, gribouill\u00e9e \u00e0 l&rsquo;aveugle, est totalement illisible. Durant toute la journ\u00e9e du dimanche de P\u00e2ques, Loewi s&rsquo;efforce d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment de d\u00e9chiffrer son propre hi\u00e9roglyphe, sollicitant sa m\u00e9moire avec une anxi\u00e9t\u00e9 croissante, mais en vain. L&rsquo;id\u00e9e semble s&rsquo;\u00eatre d\u00e9finitivement \u00e9vanouie dans les replis de son inconscient, laissant le savant dans un \u00e9tat d&rsquo;abattement et de frustration intellectuelle indicible.<\/p>\n<p>La providence scientifique se manifeste cependant la nuit suivante. \u00c0 trois heures du matin, dans la nuit du dimanche au lundi de P\u00e2ques, Loewi est r\u00e9veill\u00e9 en sursaut par le retour exact du m\u00eame r\u00eave. Cette fois, conscient de la fragilit\u00e9 de la trace mn\u00e9sique et refusant de courir le moindre risque, il ne prend m\u00eame pas le temps de chercher un crayon : il saute imm\u00e9diatement de son lit, s&rsquo;habille \u00e0 la h\u00e2te et parcourt dans l&rsquo;obscurit\u00e9 les rues d\u00e9sertes de Graz pour rejoindre sans attendre son laboratoire de l&rsquo;Institut de pharmacologie. \u00c0 cinq heures du matin, dans la solitude absolue de la paillasse universitaire, le dispositif exp\u00e9rimental est mont\u00e9, les grenouilles diss\u00e9qu\u00e9es, et l&rsquo;exp\u00e9rience princeps commence.<\/p>\n<h3>4.2 Analyse \u00e9pist\u00e9mologique : insight, inconscient et s\u00e9rendipit\u00e9<\/h3>\n<p>Le r\u00e9cit autobiographique de Loewi, bien que teint\u00e9 d&rsquo;une dimension romanesque indiscutable, offre un terrain d&rsquo;investigation fascinant pour l&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie et la psychologie de la d\u00e9couverte scientifique. Il convient de d\u00e9construire le mythe de la g\u00e9n\u00e9ration spontan\u00e9e de l&rsquo;id\u00e9e : l&rsquo;exp\u00e9rience de Loewi n&rsquo;a pas \u00e9merg\u00e9 <em>ex nihilo<\/em> du n\u00e9ant onirique d&rsquo;une nuit de printemps. Elle constitue l&rsquo;arch\u00e9type m\u00eame du ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;\u00ab <em>insight<\/em> \u00bb ou d&rsquo;illumination soudaine, tel que th\u00e9oris\u00e9 par le math\u00e9maticien Henri Poincar\u00e9 dans son analyse de la d\u00e9couverte en g\u00e9om\u00e9trie non euclidienne. Pour qu&rsquo;une illumination inconsciente se produise, elle doit \u00eatre pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e par de longues ann\u00e9es de maturation cognitive, de travail pr\u00e9paratoire rigoureux et de saturation mentale consciente du sujet d&rsquo;\u00e9tude.<\/p>\n<p>Loewi lui-m\u00eame reconna\u00eetra des ann\u00e9es plus tard un fait capital : en 1903, lors d&rsquo;une conversation informelle \u00e0 Cambridge avec le pharmacologue Walter Ernest Dixon &mdash; qui travaillait alors sur les extraits d&rsquo;organes et suspectait une transmission chimique &mdash;, Loewi avait \u00e9voqu\u00e9 la possibilit\u00e9 th\u00e9orique de recueillir une substance inhibitrice lib\u00e9r\u00e9e par le nerf vague en irriguant un c\u0153ur de grenouille. Cependant, \u00e0 cette \u00e9poque, son esprit ne poss\u00e9dait pas encore la maturit\u00e9 technique suffisante pour concevoir le montage fluidique pr\u00e9cis, et l&rsquo;id\u00e9e \u00e9tait rest\u00e9e enfouie, en latence dans sa m\u00e9moire \u00e9pisodique, pendant dix-sept ann\u00e9es cons\u00e9cutives. Le r\u00eave de P\u00e2ques 1921 n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 que le catalyseur biologique permettant l&rsquo;assemblage synaptique et conceptuel de fragments de connaissances pr\u00e9alablement dispers\u00e9s : la canulation de Straub, la pharmacologie des poisons v\u00e9g\u00e9tatifs, la biochimie des ions et la vieille discussion avec Dixon.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9pisode illustre \u00e9galement avec force la c\u00e9l\u00e8bre maxime de Louis Pasteur : \u00ab Dans les champs de l&rsquo;observation, le hasard ne favorise que les esprits pr\u00e9par\u00e9s \u00bb. Ce que l&rsquo;on qualifie souvent superficiellement de <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/scientific-discovery\/\">s\u00e9rendipit\u00e9<\/a> n&rsquo;est pas un accident chanceux survenant chez un profane, mais la capacit\u00e9 heuristique d&rsquo;un expert chevronn\u00e9 \u00e0 identifier instantan\u00e9ment la port\u00e9e r\u00e9volutionnaire d&rsquo;une configuration exp\u00e9rimentale in\u00e9dite. Loewi poss\u00e9dait la pr\u00e9paration m\u00e9thodologique indispensable pour ex\u00e9cuter imm\u00e9diatement ce que son inconscient avait synth\u00e9tis\u00e9 au cours de son sommeil.<\/p>\n<h3>4.3 La formalisation th\u00e9orique d&rsquo;un crit\u00e8re de preuve absolu<\/h3>\n<p>Au-del\u00e0 du folklore de l&rsquo;inspiration nocturne, la force intrins\u00e8que du protocole con\u00e7u par Loewi r\u00e9side dans son \u00e9l\u00e9gance logique implacable. Loewi formule mentalement ce qu&rsquo;un philosophe des sciences appellerait un \u00ab crit\u00e8re de d\u00e9marcation \u00bb ou un crit\u00e8re de preuve absolu, capable de trancher d\u00e9finitivement entre deux hypoth\u00e8ses mutuellement exclusives. Pour disqualifier sans appel le paradigme de la transmission neuro-\u00e9lectrique, il est indispensable de rompre toute possibilit\u00e9 mat\u00e9rielle de couplage \u00e9lectromagn\u00e9tique direct entre le nerf stimulateur et le tissu effecteur terminal.<\/p>\n<p>Le crit\u00e8re d&rsquo;externalisation pos\u00e9 par Loewi est le suivant : si le ralentissement cardiaque provoqu\u00e9 par l&rsquo;excitation du nerf vague est un ph\u00e9nom\u00e8ne strictement bio\u00e9lectrique (un courant circulant de proche en proche \u00e0 travers le myocarde), ce signal doit rester confin\u00e9 \u00e0 l&rsquo;espace intracellulaire ou p\u00e9ricellulaire imm\u00e9diat de l&rsquo;organe stimul\u00e9. Le liquide physiologique lavant les cavit\u00e9s de ce c\u0153ur ne doit alors subir aucune modification fonctionnelle. Si, en revanche, l&rsquo;inhibition repose sur une m\u00e9diation chimique humorale, le messager synth\u00e9tis\u00e9 et d\u00e9vers\u00e9 par les terminaisons axonales doit in\u00e9vitablement diffuser dans le milieu liquide environnant pour atteindre les r\u00e9cepteurs myocardiques. Par cons\u00e9quent, si l&rsquo;on transf\u00e8re ce liquide vers un second c\u0153ur isol\u00e9 &mdash; totalement ind\u00e9pendant du premier et d\u00e9nu\u00e9 de tout lien neuronal ou \u00e9lectrique avec celui-ci &mdash;, ce liquide doit obligatoirement induire sur le second c\u0153ur les m\u00eames alt\u00e9rations physiologiques que celles d\u00e9clench\u00e9es par l&rsquo;influx nerveux sur le premier.<\/p>\n<p>Ce protocole formalise avec une clart\u00e9 g\u00e9om\u00e9trique une hypoth\u00e8se nulle rigoureuse :<\/p>\n<ul>\n<li><em>Hypoth\u00e8se nulle (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"H_0\">$H_0$<\/span>) :<\/em> La transmission est purement \u00e9lectrique. Le liquide de perfusion issu du c\u0153ur donneur reste inerte ; son instillation dans le c\u0153ur receveur ne provoque aucune variation de l&rsquo;amplitude inotrope ni de la cadence chronotrope.<\/li>\n<li><em>Hypoth\u00e8se alternative (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"H_1\">$H_1$<\/span>) :<\/em> La transmission est m\u00e9di\u00e9e par une substance chimique soluble lib\u00e9r\u00e9e par les terminaisons nerveuses. Le liquide perfus\u00e9 acquiert une bioactivit\u00e9 sp\u00e9cifique et reproduit fid\u00e8lement la r\u00e9ponse physiologique sur le c\u0153ur receveur na\u00eff.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>5. Le dispositif exp\u00e9rimental du c\u0153ur de grenouille isol\u00e9<\/h2>\n<h3>5.1 Le mod\u00e8le biologique : le c\u0153ur de batracien<\/h3>\n<p>Le choix du mod\u00e8le animal rev\u00eat une importance critique dans la r\u00e9ussite de l&rsquo;exp\u00e9rience de Loewi. Travailler sur des c\u0153urs de mammif\u00e8res (comme le chien, le chat ou le lapin), bien que plus proches de la physiologie humaine, aurait confront\u00e9 le chercheur \u00e0 des contraintes techniques insurmontables pour l&rsquo;\u00e9poque : n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une oxyg\u00e9nation sous haute pression, maintien d&rsquo;une thermor\u00e9gulation stricte \u00e0 37 \u00b0C, vuln\u00e9rabilit\u00e9 extr\u00eame du tissu myocardique \u00e0 l&rsquo;isch\u00e9mie aigu\u00eb et sensibilit\u00e9 des transmetteurs \u00e0 une d\u00e9gradation enzymatique ultra-rapide favoris\u00e9e par la temp\u00e9rature corporelle \u00e9lev\u00e9e des hom\u00e9othermes.<\/p>\n<p>Loewi opte pour des grenouilles communes europ\u00e9ennes, principalement <em>Rana esculenta<\/em> (la grenouille verte) et <em>Rana temporaria<\/em> (la grenouille rousse). Le c\u0153ur des amphibiens anoures poss\u00e8de une anatomie particuli\u00e8rement avantageuse pour la physiologie exp\u00e9rimentale. Il est constitu\u00e9 de deux oreillettes et d&rsquo;un ventricule unique \u00e0 l&rsquo;architecture spongieuse et trab\u00e9cul\u00e9e, d\u00e9pourvu d&rsquo;une vascularisation coronarienne nourrici\u00e8re complexe comme celle des vert\u00e9br\u00e9s sup\u00e9rieurs. Les cardiomyocytes sont directement nourris par imbibition et diffusion \u00e0 partir du sang ou du liquide physiologique contenu \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur m\u00eame de la lumi\u00e8re des cavit\u00e9s cardiaques. Cette particularit\u00e9 anatomique garantit que toute mol\u00e9cule s\u00e9cr\u00e9t\u00e9e dans la lumi\u00e8re de la chambre cardiaque entre imm\u00e9diatement en contact intime avec l&rsquo;ensemble des cellules contractiles myocardiques.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, le c\u0153ur de batracien fait preuve d&rsquo;une extraordinaire rusticit\u00e9 m\u00e9tabolique. Capable de fonctionner en ana\u00e9robiose relative et tol\u00e9rant des temp\u00e9ratures ambiantes basses (12 \u00e0 18 \u00b0C), il continue de battre de fa\u00e7on autonome, vigoureuse et rythmique pendant de tr\u00e8s nombreuses heures apr\u00e8s son extraction compl\u00e8te du thorax de l&rsquo;animal, \u00e0 la condition expresse de baigner dans une solution saline chimiquement \u00e9quilibr\u00e9e. Enfin, les ramifications terminales du syst\u00e8me nerveux autonome &mdash; le nerf vague (parasympathique inhibiteur) et le nerf acc\u00e9l\u00e9rateur (sympathique excitateur), qui cheminent ensemble au sein du nerf vagosympathique de l&rsquo;amphibien &mdash; sont ais\u00e9ment identifiables et accessibles \u00e0 la dissection chirurgicale fine au niveau du sinus veineux de Keith et Flack.<\/p>\n<h3>5.2 La canule de Straub et l&rsquo;architecture fluidique<\/h3>\n<p>L&rsquo;appareillage physique mis en \u0153uvre par Loewi repose sur l&rsquo;utilisation ing\u00e9nieuse de la canule invent\u00e9e par son confr\u00e8re Walther Straub en 1910. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un tube de verre fin, cylindrique, calibr\u00e9, pr\u00e9sentant un r\u00e9tr\u00e9cissement conique \u00e0 sa base et se terminant par une collerette biseaut\u00e9e con\u00e7ue pour \u00eatre ins\u00e9r\u00e9e directement \u00e0 travers l&rsquo;aorte jusque dans la cavit\u00e9 ventriculaire du c\u0153ur de grenouille isol\u00e9. Une ligature au fil de soie vient enserrer fermement la paroi art\u00e9rielle autour de la collerette, assurant \u00e0 la fois l&rsquo;\u00e9tanch\u00e9it\u00e9 m\u00e9canique du syst\u00e8me et la fixation solide de l&rsquo;organe au support de laboratoire.<\/p>\n<p>Le montage exp\u00e9rimental de Loewi comprend deux canules de Straub ind\u00e9pendantes mont\u00e9es en parall\u00e8le, recevant chacune un c\u0153ur de batracien distinct :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le c\u0153ur donneur (C\u0153ur A) :<\/strong> diss\u00e9qu\u00e9 avec un soin extr\u00eame afin de pr\u00e9server intacte sa tige nerveuse vagosympathique bilat\u00e9rale, maintenue humidifi\u00e9e et pos\u00e9e d\u00e9licatement sur un jeu de fines \u00e9lectrodes en fil de platine reli\u00e9es \u00e0 une source de stimulation \u00e9lectrique.<\/li>\n<li><strong>Le c\u0153ur receveur (C\u0153ur B) :<\/strong> enti\u00e8rement d\u00e9nerv\u00e9 lors de la dissection chirurgicale, priv\u00e9 de tout lien neuronal avec l&rsquo;ext\u00e9rieur, servant de bio-d\u00e9tecteur passif pour tester la pr\u00e9sence de substances biologiquement actives dans le perfusat.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Le milieu liquide standardis\u00e9 utilis\u00e9 est une <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.britannica.com\/science\/Ringer-solution\">solution de Ringer<\/a> classique pour batraciens, formul\u00e9e de mani\u00e8re rigoureuse pour mimer la composition ionique de la lymphe d&rsquo;amphibien : chlorure de sodium (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"NaCl \\approx 6{,}5\\text{ g\/L}\">$NaCl \\approx 6{,}5\\text{ g\/L}$<\/span>), chlorure de potassium (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"KCl \\approx 0{,}14\\text{ g\/L}\">$KCl \\approx 0{,}14\\text{ g\/L}$<\/span>), chlorure de calcium (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"CaCl_2 \\approx 0{,}12\\text{ g\/L}\">$CaCl_2 \\approx 0{,}12\\text{ g\/L}$<\/span>) et bicarbonate de sodium (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"NaHCO_3 \\approx 0{,}2\\text{ g\/L}\">$NaHCO_3 \\approx 0{,}2\\text{ g\/L}$<\/span>) comme tampon de pH maintenu autour de 7,2 \u00e0 7,4. Chaque canule est remplie d&rsquo;un volume minimal et pr\u00e9cis\u00e9ment calibr\u00e9 de solution &mdash; g\u00e9n\u00e9ralement de l&rsquo;ordre de quelques centaines de microlitres (environ 1 mL au maximum) &mdash; afin d&rsquo;\u00e9viter toute dilution excessive des mol\u00e9cules chimiques s\u00e9cr\u00e9t\u00e9es lors de l&rsquo;activit\u00e9 nerveuse. Le va-et-vient rythmique des contractions ventriculaires assure un brassage hydrodynamique constant et homog\u00e8ne du liquide \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la canule.<\/p>\n<h3>5.3 L&rsquo;instrumentation de mesure m\u00e9cano-graphique<\/h3>\n<p>Pour enregistrer de mani\u00e8re objective, continue et quantifiable les r\u00e9ponses physiologiques des deux c\u0153urs, Loewi s&rsquo;appuie sur la technologie de pointe de la physiologie du XIXe si\u00e8cle : l&rsquo;enregistrement m\u00e9cano-graphique sur kymographe, une m\u00e9thodologie initi\u00e9e par Carl Ludwig. La pointe inf\u00e9rieure (apex) du ventricule de chaque c\u0153ur suspendu est connect\u00e9e, par l&rsquo;interm\u00e9diaire d&rsquo;un fil de soie microscopique et d&rsquo;une petite pince d&rsquo;argent atraumatique, \u00e0 un levier inscripteur articul\u00e9 et l\u00e9ger en aluminium ou en paille d&rsquo;avoine.<\/p>\n<p>Ce levier m\u00e9canique joue le r\u00f4le d&rsquo;un amplificateur m\u00e9canique de d\u00e9placement. \u00c0 chaque battement cardiaque, la systole ventriculaire tire verticalement sur le fil, ce qui fait s&rsquo;\u00e9lever le levier, tandis que la diastole permet son retour \u00e0 la ligne de base sous l&rsquo;effet d&rsquo;un contrepoids minuscule finement \u00e9quilibr\u00e9. L&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 terminale du levier porte une fine pointe m\u00e9tallique en laiton qui vient effleurer tangentiellement la surface d&rsquo;un cylindre rotatif recouvert d&rsquo;une feuille de papier blanc uniform\u00e9ment impr\u00e9gn\u00e9e de suie ou de noir de fum\u00e9e (le kymographe). Le cylindre tourne sur son axe \u00e0 une vitesse angulaire parfaitement calibr\u00e9e et constante, r\u00e9gul\u00e9e par un mouvement d&rsquo;horlogerie m\u00e9canique \u00e0 r\u00e9gulateur centrifuge.<\/p>\n<p>Au fur et \u00e0 mesure de la rotation du cylindre, le stylet grave une ligne blanche sinuso\u00efdale continue en d\u00e9capant la fine couche de suie d\u00e9pos\u00e9e sur le papier :<\/p>\n<ul>\n<li>L&rsquo;amplitude verticale des ondes oscillatoires mesure la force contractile du myocarde (l&rsquo;<em>inotropisme<\/em> cardiaque).<\/li>\n<li>L&rsquo;intervalle de temps s\u00e9parant deux pics cons\u00e9cutifs mesure la p\u00e9riode des battements, traduisant directement la cadence et la fr\u00e9quence cardiaque (le <em>chronotropisme<\/em>).<\/li>\n<li>La ligne de base enregistr\u00e9e lors des rel\u00e2chements ventriculaires traduit le degr\u00e9 de remplissage diastolique et le tonus myocardique r\u00e9siduel (le <em>tonotropisme<\/em>).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ce dispositif m\u00e9cano-graphique, bien que d\u00e9pourvu de toute \u00e9lectronique contemporaine, fournit un trac\u00e9 graphique permanent, ind\u00e9l\u00e9bile et infalsifiable de la dynamique contractile myocardique des deux organes en temps r\u00e9el.<\/p>\n<h2>6. L&rsquo;ex\u00e9cution de l&rsquo;exp\u00e9rience de 1921 et l&rsquo;observation princeps<\/h2>\n<h3>6.1 La phase de stimulation du c\u0153ur donneur<\/h3>\n<p>L&rsquo;exp\u00e9rience d\u00e9bute dans la p\u00e9nombre du laboratoire de Loewi par la mise en route du kymographe. Les deux c\u0153urs de grenouille isol\u00e9s, install\u00e9s sur leurs canules de Straub respectives, battent spontan\u00e9ment avec une remarquable r\u00e9gularit\u00e9 rythmique, tra\u00e7ant sur le cylindre noirci de magnifiques trains d&rsquo;ondes sinuso\u00efdales sym\u00e9triques d&rsquo;environ 30 \u00e0 40 battements par minute, caract\u00e9ristiques de la contractilit\u00e9 myog\u00e8ne du batracien \u00e0 temp\u00e9rature de laboratoire.<\/p>\n<p>Loewi commence alors la phase active en appliquant sur le nerf vague intact du c\u0153ur A (c\u0153ur donneur) une stimulation \u00e9lectrique calibr\u00e9e. Il utilise pour cela un chariot de Ruhmkorff reli\u00e9 \u00e0 des \u00e9lectrodes en fil de platine d\u00e9livrant des chocs faradiques r\u00e9p\u00e9t\u00e9s \u00e0 basse tension. Les param\u00e8tres de stimulation ont \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9s avec soin pour exciter pr\u00e9f\u00e9rentiellement les fibres pr\u00e9ganglionnaires vagales \u00e0 seuil d&rsquo;activation bas sans endommager physiquement le tronc nerveux. D\u00e8s les premi\u00e8res secondes de la stimulation \u00e9lectrique, le trac\u00e9 m\u00e9cano-graphique du c\u0153ur A subit une modification spectaculaire : l&rsquo;amplitude des contractions diminue brutalement, le rythme se ralentit de mani\u00e8re drastique, puis le ventricule cesse compl\u00e8tement de battre, demeurant fig\u00e9 en pleine relaxation diastolique. C&rsquo;est l&rsquo;inhibition vagale classique, bien connue des physiologistes depuis les travaux fondateurs des fr\u00e8res Eduard et Ernst Heinrich Weber en 1845.<\/p>\n<p>Au lieu d&rsquo;interrompre l&rsquo;excitation apr\u00e8s quelques secondes comme on le fait d&rsquo;ordinaire dans les d\u00e9monstrations de cours magistraux, Loewi maintient la stimulation \u00e9lectrique du nerf vague pendant une dur\u00e9e continue de plusieurs minutes (environ 5 \u00e0 15 minutes selon les essais). Son objectif tactique est d&rsquo;obtenir une saturation progressive du micro-volume de solution de Ringer baignant l&rsquo;int\u00e9rieur de la canule de Straub : si le nerf vague lib\u00e8re une substance chimique soluble pour intimer au myocarde l&rsquo;ordre de s&rsquo;arr\u00eater, cette substance doit s&rsquo;accumuler en concentration croissante au sein de la solution physiologique au fur et \u00e0 mesure que les influx nerveux se succ\u00e8dent le long de l&rsquo;axone.<\/p>\n<h3>6.2 Le transfert du perfusat et la r\u00e9ponse du c\u0153ur receveur<\/h3>\n<p>Vient alors le geste exp\u00e9rimental d\u00e9cisif, le moment d&rsquo;externalisation totale con\u00e7u lors de la nuit de P\u00e2ques. \u00c0 l&rsquo;aide d&rsquo;une petite pipette en verre st\u00e9rilis\u00e9e et pr\u00e9alablement ti\u00e9die, Loewi pr\u00e9l\u00e8ve avec une pr\u00e9caution m\u00e9ticuleuse l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 du liquide physiologique contenu \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la canule de Straub du c\u0153ur donneur A, liquide satur\u00e9 par de longues minutes d&rsquo;inhibition vagale continue.<\/p>\n<p>Il se tourne imm\u00e9diatement vers le montage jumeau portant le c\u0153ur B (le c\u0153ur receveur d\u00e9nerv\u00e9). Ce c\u0153ur t\u00e9moin continue de battre de mani\u00e8re vigoureuse et r\u00e9guli\u00e8re, son stylet inscrivant sur le kymographe des d\u00e9flexions amples et stables, attestant de sa parfaite vitalit\u00e9 physiologique. Loewi aspire le liquide de Ringer originel baignant le c\u0153ur B pour vider momentan\u00e9ment la canule, puis, dans le m\u00eame geste continu, instille dans cette canule le perfusat pr\u00e9lev\u00e9 sur le c\u0153ur A stimul\u00e9.<\/p>\n<p>Ce qui s&rsquo;inscrit alors sous les yeux \u00e9bahis du pharmacologue constitue un tournant irr\u00e9versible dans l&rsquo;histoire de la biologie. Apr\u00e8s une br\u00e8ve phase de latence hydrodynamique de quelques secondes &mdash; correspondant au temps requis pour que le liquide atteigne les trab\u00e9cules profondes du tissu ventriculaire &mdash;, le comportement contractile du c\u0153ur receveur B se m\u00e9tamorphose radicalement. Sans qu&rsquo;aucune stimulation \u00e9lectrique n&rsquo;ait \u00e9t\u00e9 d\u00e9livr\u00e9e, sans qu&rsquo;aucun nerf ne soit reli\u00e9 \u00e0 ses tissus, le c\u0153ur B commence \u00e0 ralentir spectaculairement sa cadence battement apr\u00e8s battement. L&rsquo;amplitude de ses contractions diminue de fa\u00e7on drastique jusqu&rsquo;\u00e0 devenir presque imperceptible, avant que le c\u0153ur ne s&rsquo;immobilise compl\u00e8tement en diastole pendant plusieurs dizaines de secondes, reproduisant dans les moindres d\u00e9tails morphologiques et cin\u00e9tiques l&rsquo;inhibition vagale subie par le c\u0153ur A.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s cette phase d&rsquo;arr\u00eat total, le c\u0153ur B commence lentement \u00e0 reprendre des battements tr\u00e8s faibles et tr\u00e8s espac\u00e9s, son amplitude se restaurant progressivement au fur et \u00e0 mesure que les contractions m\u00e9tabolisent ou \u00e9liminent l&rsquo;agent actif pr\u00e9sent dans la canule. L&rsquo;effet inhibiteur du perfusat est parfaitement r\u00e9versible : d\u00e8s que Loewi lave la canule du c\u0153ur B avec une nouvelle solution de Ringer fra\u00eeche non stimul\u00e9e, le c\u0153ur receveur retrouve instantan\u00e9ment sa fr\u00e9quence et sa force contractile initiales. La preuve est faite : l&rsquo;inhibition est transf\u00e9rable par voie liquide d&rsquo;un \u00eatre vivant \u00e0 un autre.<\/p>\n<h3>6.3 La confirmation de la m\u00e9diation humorale<\/h3>\n<p>L&rsquo;exp\u00e9rience d\u00e9montre avec une clart\u00e9 aveuglante que la transmission de l&rsquo;inhibition vagale n&rsquo;exige aucune continuit\u00e9 anatomique, aucun contact physique et aucune propagation de courant galvanique direct entre les cellules nerveuses \u00e9mettrices et le tissu cardiaque r\u00e9cepteur. Le lien fonctionnel a \u00e9t\u00e9 assur\u00e9 exclusivement par un interm\u00e9diaire mat\u00e9riel soluble v\u00e9hicul\u00e9 par le solvant aqueux de la pipette de transfert. Otto Loewi consigne ce r\u00e9sultat r\u00e9volutionnaire en qualifiant la mol\u00e9cule responsable sous l&rsquo;appellation descriptive et prudente de \u00ab <em>Vagusstoff<\/em> \u00bb (litt\u00e9ralement, la \u00ab substance du nerf vague \u00bb).<\/p>\n<p>Pour confirmer la solidit\u00e9 de sa d\u00e9couverte, Loewi r\u00e9p\u00e8te le protocole en inversant les conditions ou en testant des temps de stimulation variables. Il constate que l&rsquo;intensit\u00e9 de l&rsquo;inhibition subie par le c\u0153ur receveur B est rigoureusement proportionnelle \u00e0 la dur\u00e9e et \u00e0 la fr\u00e9quence de la stimulation faradique appliqu\u00e9e au nerf vague du c\u0153ur donneur A : quelques stimulations isol\u00e9es n&rsquo;engendrent qu&rsquo;un ralentissement transitoire sur le receveur, tandis qu&rsquo;une t\u00e9tanisation vagale prolong\u00e9e provoque un arr\u00eat diastolique profond et persistant. Il existe une relation dose-r\u00e9ponse indubitable entre l&rsquo;intensit\u00e9 de l&rsquo;influx nerveux et la quantit\u00e9 de m\u00e9diateur chimique accumul\u00e9e dans le perfusat.<\/p>\n<p>En formulant ses conclusions dans un article historique soumis en 1921 au <em>Pfl\u00fcgers Archiv f\u00fcr die gesamte Physiologie des Menschen und der Tiere<\/em>, Loewi affirme sans d\u00e9tour que le nerf vague n&rsquo;agit pas directement sur la m\u00e9canique contractile du muscle cardiaque par une d\u00e9charge \u00e9lectrique, mais qu&rsquo;il fonctionne \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;une micro-glande endocrine : les influx nerveux d\u00e9clenchent la s\u00e9cr\u00e9tion d&rsquo;une substance chimique sp\u00e9cifique au niveau des terminaisons nerveuses terminales, et c&rsquo;est cette substance, en se fixant sur les structures effectrices myocardiques, qui engendre le ralentissement et l&rsquo;arr\u00eat diastolique du c\u0153ur.<\/p>\n<h3>6.4 R\u00e9futation syst\u00e9matique des artefacts exp\u00e9rimentaux<\/h3>\n<p>Conscient de l&rsquo;avalanche de critiques que son annonce ne manquera pas de soulever au sein du camp des \u00e9lectrophysiologistes sceptiques, Loewi consacre les semaines suivantes \u00e0 ex\u00e9cuter une s\u00e9rie exhaustive de contr\u00f4les m\u00e9thodologiques destin\u00e9s \u00e0 r\u00e9futer un \u00e0 un tous les artefacts exp\u00e9rimentaux imaginables :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le contr\u00f4le des courants \u00e9lectriques parasites :<\/strong> Loewi v\u00e9rifie scrupuleusement que les chocs faradiques appliqu\u00e9s sur les \u00e9lectrodes en platine ne se propagent pas physiquement par conduction ionique \u00e0 travers la solution de Ringer jusqu&rsquo;au myocarde. En intercalant des ponts d&rsquo;isolement et en pla\u00e7ant des \u00e9lectrodes de d\u00e9rivation galvanom\u00e9trique dans le liquide, il prouve que le liquide pr\u00e9lev\u00e9 est totalement d\u00e9nu\u00e9 de potentiel \u00e9lectrique r\u00e9siduel au moment de son injection dans le c\u0153ur receveur.<\/li>\n<li><strong>Le contr\u00f4le des artefacts m\u00e9caniques et thermiques :<\/strong> Il d\u00e9montre que le simple fait de pr\u00e9lever le liquide \u00e0 la pipette et de le r\u00e9injecter &mdash; cr\u00e9ant des turbulences hydrodynamiques et de faibles variations locales de pression intraventriculaire &mdash; ne modifie en rien le trac\u00e9 du kymographe lorsque l&rsquo;on utilise une solution de Ringer issue d&rsquo;un c\u0153ur non stimul\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Le contr\u00f4le de l&rsquo;\u00e9quilibre osmotique et de l&rsquo;acidit\u00e9 :<\/strong> L&rsquo;activit\u00e9 m\u00e9tabolique intense d&rsquo;un c\u0153ur stimul\u00e9 pourrait th\u00e9oriquement alt\u00e9rer l&rsquo;osmolarit\u00e9 de la solution saline ou provoquer une lib\u00e9ration d&rsquo;acide lactique secondaire \u00e0 une hypoxie tissulaire, l&rsquo;acidose \u00e9tant connue pour d\u00e9primer la contractilit\u00e9 myocardique. Loewi mesure m\u00e9ticuleusement le pH de ses solutions et compense les \u00e9ventuelles variations par des syst\u00e8mes tampons appropri\u00e9s, d\u00e9montrant que le liquide stimul\u00e9 conserve son pouvoir inhibiteur intact m\u00eame lorsque son pH est rigoureusement identique \u00e0 celui d&rsquo;une solution de contr\u00f4le.<\/li>\n<li><strong>Le contr\u00f4le de la composition ionique :<\/strong> Sachant pertinemment par ses propres travaux ant\u00e9rieurs qu&rsquo;un exc\u00e8s d&rsquo;ions potassium (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"K^+\">$K^+$<\/span>) provoque l&rsquo;arr\u00eat cardiaque en diastole, Loewi s&rsquo;assure par des dosages microchimiques que la stimulation vagale ne s&rsquo;accompagne pas d&rsquo;une fuite passive massive de potassium intracellulaire dans la canule capable d&rsquo;expliquer l&rsquo;inhibition du c\u0153ur receveur.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Chacune de ces v\u00e9rifications exp\u00e9rimentales \u00e9limine une explication alternative, consolidant l&rsquo;hypoth\u00e8se centrale selon laquelle le principe inhibiteur transf\u00e9rable est une entit\u00e9 mol\u00e9culaire sp\u00e9cifique, active \u00e0 des concentrations traces infiniment plus faibles que celles des \u00e9lectrolytes ordinaires.<\/p>\n<h2>7. La nature et l&rsquo;identification biochimique du \u00ab Vagusstoff \u00bb<\/h2>\n<h3>7.1 Caract\u00e9risation physico-chimique pr\u00e9liminaire<\/h3>\n<p>Une fois l&rsquo;existence mat\u00e9rielle du <em>Vagusstoff<\/em> \u00e9tablie au-del\u00e0 de tout doute raisonnable, Otto Loewi s&rsquo;attelle \u00e0 la t\u00e2che hercul\u00e9enne d&rsquo;\u00e9lucider la structure mol\u00e9culaire et les propri\u00e9t\u00e9s physico-chimiques de cette substance myst\u00e9rieuse. La quantit\u00e9 absolue de mati\u00e8re s\u00e9cr\u00e9t\u00e9e par quelques dizaines de terminaisons vagales dans une canule de Straub est infinit\u00e9simale, bien en de\u00e7\u00e0 des seuils de d\u00e9tection des balances chimiques et des techniques spectrom\u00e9triques de l&rsquo;\u00e9poque. Loewi est contraint de pratiquer une biochimie indirecte, en soumettant le perfusat actif \u00e0 divers traitements physiques et chimiques pour observer la conservation ou l&rsquo;an\u00e9antissement de son activit\u00e9 biologique sur le c\u0153ur de grenouille test.<\/p>\n<p>Ses premiers constats r\u00e9v\u00e8lent l&rsquo;extr\u00eame labilit\u00e9 thermique de la substance. Si le liquide pr\u00e9lev\u00e9 sur le c\u0153ur A est vigoureusement bouilli pendant plusieurs minutes, son pouvoir inotrope n\u00e9gatif sur le c\u0153ur B diminue fortement ou dispara\u00eet, indiquant une mol\u00e9cule organique thermolabile. De surcro\u00eet, le <em>Vagusstoff<\/em> fait preuve d&rsquo;une sensibilit\u00e9 exacerb\u00e9e au potentiel hydrog\u00e8ne du milieu : conserv\u00e9 dans une solution neutre ou mod\u00e9r\u00e9ment acide (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"pH \\approx 4\\text{ \u00e0 }6\">$pH \\approx 4\\text{ \u00e0 }6$<\/span>), le compos\u00e9 conserve son activit\u00e9 inhibitrice pendant plusieurs heures, voire plusieurs jours s&rsquo;il est maintenu au froid ; en revanche, d\u00e8s que le milieu est rendu alcalin par addition de traces d&rsquo;hydroxyde de sodium (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"NaOH\">$NaOH$<\/span>), la substance s&rsquo;inactive de fa\u00e7on quasi instantan\u00e9e par saponification spontan\u00e9e.<\/p>\n<p>Cette instabilit\u00e9 chimique caract\u00e9ristique oriente imm\u00e9diatement les soup\u00e7ons de Loewi vers la famille des esters d&rsquo;alcools amin\u00e9s. D\u00e8s ses articles de 1921 et 1922 dans les <em>Pfl\u00fcgers Archiv<\/em>, Loewi \u00e9met l&rsquo;hypoth\u00e8se hardie que le <em>Vagusstoff<\/em> pourrait \u00eatre un ester instable de la choline, tr\u00e8s probablement l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/pubchem.ncbi.nlm.nih.gov\/compound\/Acetylcholine\">ac\u00e9tylcholine<\/a>, une mol\u00e9cule synth\u00e9tis\u00e9e en laboratoire par Adolf von Baeyer d\u00e8s 1867 mais dont la pr\u00e9sence naturelle au sein des tissus animaux n&rsquo;avait jamais encore \u00e9t\u00e9 formellement d\u00e9montr\u00e9e.<\/p>\n<h3>7.2 L&rsquo;identification de l&rsquo;inactivation enzymatique<\/h3>\n<p>L&rsquo;une des objections th\u00e9oriques les plus virulentes soulev\u00e9es par les tenants de la transmission \u00e9lectrique concernait la fin du signal synaptique : si une substance chimique hautement toxique et paralysante est lib\u00e9r\u00e9e dans la fente synaptique \u00e0 chaque battement cardiaque, pourquoi le c\u0153ur ne reste-t-il pas arr\u00eat\u00e9 ind\u00e9finiment ? Comment l&rsquo;organisme peut-il restaurer instantan\u00e9ment la r\u00e9ceptivit\u00e9 du myocarde pour permettre le battement suivant quelques dixi\u00e8mes de seconde plus tard ?<\/p>\n<p>Loewi apporte une r\u00e9ponse magistrale \u00e0 cette \u00e9nigme en d\u00e9couvrant un principe d&rsquo;inactivation enzymatique ultra-rapide. En r\u00e9alisant des exp\u00e9riences d&rsquo;incubation <em>in vitro<\/em>, il constate que lorsque le <em>Vagusstoff<\/em> &mdash; pr\u00e9lev\u00e9 sur un c\u0153ur donneur &mdash; est m\u00e9lang\u00e9 \u00e0 temp\u00e9rature ambiante avec un extrait aqueux obtenu par broyage m\u00e9canique de muscle cardiaque de grenouille, le liquide perd totalement et d\u00e9finitivement son activit\u00e9 biologique en l&rsquo;espace de quelques minutes. Si cet extrait myocardique broy\u00e9 est pr\u00e9alablement chauff\u00e9 \u00e0 100 \u00b0C (ce qui d\u00e9nature irr\u00e9versiblement les prot\u00e9ines), l&rsquo;incubation ne d\u00e9truit plus le <em>Vagusstoff<\/em>.<\/p>\n<p>Loewi en d\u00e9duit avec une remarquable clairance conceptuelle la pr\u00e9sence dans le tissu cardiaque d&rsquo;un catalyseur biologique thermolabile &mdash; une enzyme sp\u00e9cifique &mdash; dont la fonction physiologique exclusive est de cliver et d&rsquo;inactiver le <em>Vagusstoff<\/em> avec une cin\u00e9tique prodigieuse d\u00e8s qu&rsquo;il a rempli sa mission aupr\u00e8s des r\u00e9cepteurs membranaires. Il vient de poser les bases de la d\u00e9couverte de l&rsquo;ac\u00e9tylcholinest\u00e9rase. Cette trouvaille r\u00e9sout d\u00e9finitivement le paradoxe temporel : la rapidit\u00e9 de la signalisation nerveuse est pr\u00e9serv\u00e9e non pas en d\u00e9pit de la chimie, mais gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;efficacit\u00e9 d&rsquo;un m\u00e9canisme enzymatique de clairance charg\u00e9 d&rsquo;\u00e9purer en permanence la fente synaptique.<\/p>\n<h3>7.3 L&rsquo;action r\u00e9v\u00e9latrice de la physostigmine (\u00e9s\u00e9rine)<\/h3>\n<p>Pour prouver de fa\u00e7on irr\u00e9futable l&rsquo;existence de cette enzyme de d\u00e9gradation, Loewi fait appel \u00e0 un outil issu de la pharmacologie v\u00e9g\u00e9tale traditionnelle : la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/pubchem.ncbi.nlm.nih.gov\/compound\/Physostigmine\">physostigmine<\/a>, \u00e9galement connue sous le nom d&rsquo;\u00e9s\u00e9rine, un alcalo\u00efde extrait de la f\u00e8ve de Calabar (<em>Physostigma venenosum<\/em>), plante toxique d&rsquo;Afrique occidentale autrefois utilis\u00e9e dans les ordalies judiciaires. Les cliniciens savaient depuis longtemps que l&rsquo;\u00e9s\u00e9rine provoque un myosis pupillaire extr\u00eame et amplifie de mani\u00e8re prodigieuse les effets de la stimulation du nerf vague sur les visc\u00e8res, sans que l&rsquo;on comprenne le m\u00e9canisme d&rsquo;action intime de cette substance.<\/p>\n<p>Loewi con\u00e7oit une s\u00e9rie d&rsquo;exp\u00e9riences lumineuses :<\/p>\n<ul>\n<li>Il expose le broyat de myocarde cardiaque \u00e0 des concentrations infimes d&rsquo;\u00e9s\u00e9rine avant d&rsquo;y ajouter le <em>Vagusstoff<\/em>. L&rsquo;inactivation enzymatique habituelle est alors totalement bloqu\u00e9e : la substance conserve sa bioactivit\u00e9 inhibitrice int\u00e9grale pendant des heures au contact du tissu myocardique.<\/li>\n<li>Il traite le c\u0153ur receveur B par une dose trace d&rsquo;\u00e9s\u00e9rine avant d&rsquo;y instiller le perfusat issu du c\u0153ur A. L&rsquo;inhibition provoqu\u00e9e par le <em>Vagusstoff<\/em> devient alors consid\u00e9rablement plus profonde, et sa dur\u00e9e est prolong\u00e9e de fa\u00e7on spectaculaire.<\/li>\n<li>De la m\u00eame mani\u00e8re, si le c\u0153ur donneur A est lui-m\u00eame mis en pr\u00e9sence d&rsquo;\u00e9s\u00e9rine, une stimulation vagale minime &mdash; habituellement incapable d&rsquo;induire une r\u00e9ponse mesurable &mdash; suffit d\u00e9sormais \u00e0 saturer le liquide en <em>Vagusstoff<\/em> hautement stable.<\/li>\n<\/ul>\n<p>En d\u00e9montrant que la physostigmine agit comme un inhibiteur comp\u00e9titif sp\u00e9cifique de l&rsquo;enzyme responsable de la destruction du <em>Vagusstoff<\/em>, Loewi offre \u00e0 la pharmacologie l&rsquo;un de ses premiers m\u00e9canismes d&rsquo;action mol\u00e9culaire clairement caract\u00e9ris\u00e9s. Cette d\u00e9couverte fournit surtout aux chercheurs un levier d&rsquo;action exceptionnel : en stabilisant artificiellement le m\u00e9diateur chimique gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;\u00e9s\u00e9rine, il devient enfin possible de le manipuler, de le concentrer et de l&rsquo;isoler en quantit\u00e9 suffisante pour mener des analyses chimiques pouss\u00e9es.<\/p>\n<h3>7.4 La convergence avec les travaux de Dale sur l&rsquo;ac\u00e9tylcholine<\/h3>\n<p>Tandis qu&rsquo;Otto Loewi accumule les preuves physiologiques \u00e0 Graz, son ami Henry Hallett Dale m\u00e8ne \u00e0 Londres des investigations approfondies sur les d\u00e9riv\u00e9s de l&rsquo;ergot de seigle et les esters d&rsquo;alcaline. D\u00e8s 1914, Dale avait publi\u00e9 dans le <em>Journal of Pharmacology and Experimental Therapeutics<\/em> une \u00e9tude monumentale sur l&rsquo;action biologique de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine. Il avait \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment frapp\u00e9 par la puissance pharmacologique stup\u00e9fiante de ce compos\u00e9 de synth\u00e8se, capable de reproduire fid\u00e8lement tous les effets des stimulations parasympathiques \u00e0 des dilutions infinit\u00e9simales (de l&rsquo;ordre de <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"10^{-9}\">$10^{-9}$<\/span> ou <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"10^{-10}\\text{ g\/mL}\">$10^{-10}\\text{ g\/mL}$<\/span>), surpassant de loin l&rsquo;activit\u00e9 de la choline pure. Dale avait \u00e9galement not\u00e9 que l&rsquo;action de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine \u00e9tait extraordinairement br\u00e8ve dans l&rsquo;organisme, sugg\u00e9rant d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque l&rsquo;existence d&rsquo;une \u00ab est\u00e9rase \u00bb sanguine d\u00e9truisant la mol\u00e9cule avec une c\u00e9l\u00e9rit\u00e9 foudroyante.<\/p>\n<p>La rencontre entre les donn\u00e9es exp\u00e9rimentales de Loewi sur le <em>Vagusstoff<\/em> et les analyses pharmacologiques de Dale sur l&rsquo;ac\u00e9tylcholine produit une \u00e9tincelle scientifique d\u00e9cisive. Les deux mol\u00e9cules partagent une identit\u00e9 comportementale totale :<\/p>\n<ul>\n<li>Elles provoquent le m\u00eame arr\u00eat diastolique du myocarde de batracien.<\/li>\n<li>Leur action est instantan\u00e9ment bloqu\u00e9e et annul\u00e9e par l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/pubchem.ncbi.nlm.nih.gov\/compound\/Atropine\">atropine<\/a>.<\/li>\n<li>Leur effet biologique est massivement potentialis\u00e9 par l&rsquo;\u00e9s\u00e9rine.<\/li>\n<li>Elles subissent la m\u00eame d\u00e9composition rapide en milieu alcalin et r\u00e9sistent en milieu acide.<\/li>\n<\/ul>\n<p>En 1926, Loewi s&rsquo;associe \u00e0 son \u00e9l\u00e8ve Ernst Navratil pour comparer de mani\u00e8re syst\u00e9matique et quantitative les propri\u00e9t\u00e9s physiques, chimiques et enzymatiques du <em>Vagusstoff<\/em> naturel et de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine synth\u00e9tique. Leurs conclusions ne laissent plus place au moindre doute : le <em>Vagusstoff<\/em> n&rsquo;est autre que l&rsquo;ac\u00e9tylcholine endog\u00e8ne elle-m\u00eame. Quelques ann\u00e9es plus tard, en 1929, Dale et Harold Dudley parviennent enfin \u00e0 isoler physiquement pour la premi\u00e8re fois de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine pure \u00e0 partir de tissus spl\u00e9niques de mammif\u00e8res (rate de cheval et de b\u0153uf), confirmant d\u00e9finitivement que ce compos\u00e9 synth\u00e9tis\u00e9 par les chimistes un demi-si\u00e8cle plus t\u00f4t est un constituant physiologique naturel des organismes animaux.<\/p>\n<h2>8. L&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rateur et l&rsquo;\u00ab Acceleransstoff \u00bb : la composante sympathique<\/h2>\n<h3>8.1 L&rsquo;exploration du versant orthosympathique du syst\u00e8me autonome<\/h3>\n<p>L&rsquo;exp\u00e9rimentation historique de Loewi ne s&rsquo;est pas limit\u00e9e \u00e0 la mise en \u00e9vidence de la transmission parasympathique inhibitrice. Le syst\u00e8me nerveux autonome cardiaque chez l&rsquo;amphibien est caract\u00e9ris\u00e9 par une dualit\u00e9 fonctionnelle intime : le tronc vagosympathique renferme \u00e0 la fois des fibres vagales pr\u00e9ganglionnaires inhibitrices et des fibres sympathiques postganglionnaires motrices issues de la cha\u00eene paravert\u00e9brale, d\u00e9nomm\u00e9es \u00ab nerfs acc\u00e9l\u00e9rateurs \u00bb (<em>nervi accelerantes<\/em>).<\/p>\n<p>Stimuler le tronc nerveux global \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;\u00e9lectrodes faradiques engendre g\u00e9n\u00e9ralement une r\u00e9ponse mixte o\u00f9 pr\u00e9domine initialement l&rsquo;inhibition vagale en raison du seuil d&rsquo;excitabilit\u00e9 plus bas des fibres my\u00e9linis\u00e9es du vague. Cependant, si l&rsquo;on prend soin de diss\u00e9quer sp\u00e9cifiquement les contingents sympathiques au sortir de la moelle \u00e9pini\u00e8re ant\u00e9rieure, ou si l&rsquo;on applique de l&rsquo;atropine sur le c\u0153ur pour paralyser s\u00e9lectivement les terminaisons r\u00e9ceptrices vagales, la stimulation \u00e9lectrique d\u00e9clenche des effets diam\u00e9tralement oppos\u00e9s :<\/p>\n<ul>\n<li>Une acc\u00e9l\u00e9ration nette du rythme cardiaque : effet <em>chronotrope positif<\/em>.<\/li>\n<li>Une augmentation spectaculaire de la force et de l&rsquo;amplitude de chaque systole ventriculaire : effet <em>inotrope positif<\/em>.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Pouss\u00e9 par la coh\u00e9rence interne de son mod\u00e8le th\u00e9orique, Loewi se pose imm\u00e9diatement la question sym\u00e9trique : si l&rsquo;inhibition vagale est m\u00e9di\u00e9e par une substance chimique (le <em>Vagusstoff<\/em>), l&rsquo;excitation sympathique repose-t-elle sur le m\u00eame principe d&rsquo;une s\u00e9cr\u00e9tion neurohumorale antagoniste ?<\/p>\n<h3>8.2 La d\u00e9couverte de l&rsquo;\u00ab Acceleransstoff \u00bb<\/h3>\n<p>D\u00e8s l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1921, Loewi adapte son protocole \u00e0 deux c\u0153urs pour tester cette hypoth\u00e8se. Il soumet le c\u0153ur donneur A \u00e0 des stimulations \u00e9lectriques prolong\u00e9es orient\u00e9es vers les fibres sympathiques acc\u00e9l\u00e9ratrices. Le kymographe enregistre l&rsquo;amplification massive des excursions m\u00e9caniques du ventricule donneur et l&#8217;emballement progressif de sa cadence battante. Loewi recueille alors avec la m\u00eame dext\u00e9rit\u00e9 le liquide physiologique contenu dans la canule du c\u0153ur A et le transf\u00e8re directement dans la canule du c\u0153ur receveur B au repos.<\/p>\n<p>Le r\u00e9sultat confirme avec une rigueur absolue la g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 du m\u00e9canisme neurochimique : apr\u00e8s quelques instants de latence, le c\u0153ur B se met \u00e0 son tour \u00e0 battre de fa\u00e7on nettement plus rapide et consid\u00e9rablement plus vigoureuse. Les oscillations du stylet sur le noir de fum\u00e9e doublent d&rsquo;amplitude, attestant d&rsquo;un gain inotrope puissant, tandis que la fr\u00e9quence de d\u00e9charge du stimulateur myog\u00e8ne augmente de plusieurs dizaines de pour cent. Loewi vient de d\u00e9couvrir l&rsquo;existence d&rsquo;une seconde substance lib\u00e9r\u00e9e par voie nerveuse : l&rsquo;\u00ab <em>Acceleransstoff<\/em> \u00bb (la substance du nerf acc\u00e9l\u00e9rateur).<\/p>\n<p>Cette observation simultan\u00e9e conf\u00e8re \u00e0 la d\u00e9couverte de Loewi une port\u00e9e universelle. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une bizarrerie physiologique propre au nerf vague, mais d&rsquo;une loi g\u00e9n\u00e9rale gouvernant l&rsquo;organisation du syst\u00e8me nerveux v\u00e9g\u00e9tatif. La r\u00e9gulation hom\u00e9ostatique des visc\u00e8res ne r\u00e9sulte pas d&rsquo;un tiraillement de c\u00e2bles \u00e9lectriques antagonistes, mais d&rsquo;une v\u00e9ritable <em>balance neurov\u00e9g\u00e9tative humorale<\/em>, orchestr\u00e9e par le jeu subtil de deux messagers biochimiques oppos\u00e9s s\u00e9cr\u00e9t\u00e9s localement : le <em>Vagusstoff<\/em>, qui freine et apaise la fonction d&rsquo;organe, et l&rsquo;<em>Acceleransstoff<\/em>, qui la stimule et la mobilise pour l&rsquo;action.<\/p>\n<h3>8.3 L&rsquo;\u00e9lucidation tardive de la nature cat\u00e9cholaminergique<\/h3>\n<p>Si l&rsquo;identification de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine comme \u00e9tant le <em>Vagusstoff<\/em> fut achev\u00e9e de mani\u00e8re \u00e9clatante en quelques ann\u00e9es, l&rsquo;\u00e9lucidation de la nature mol\u00e9culaire de l&rsquo;<em>Acceleransstoff<\/em> se r\u00e9v\u00e9la singuli\u00e8rement plus ardue et sinueuse, s&rsquo;\u00e9tendant sur pr\u00e8s de trois d\u00e9cennies. Connaissant les propositions pionni\u00e8res faites par Thomas Renton Elliott en 1904, Otto Loewi postule initialement que l&rsquo;<em>Acceleransstoff<\/em> est tout simplement de l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/pubchem.ncbi.nlm.nih.gov\/compound\/Epinephrine\">adr\u00e9naline<\/a> pure. De fait, l&rsquo;adr\u00e9naline reproduit avec une fid\u00e9lit\u00e9 troublante l&rsquo;effet stimulant du perfusat sympathique sur le c\u0153ur isol\u00e9, et ses propri\u00e9t\u00e9s de fluorescence chimique et d&rsquo;oxydation correspondent aux premi\u00e8res analyses qualitatives men\u00e9es \u00e0 Graz.<\/p>\n<p>Cependant, des anomalies pharmacologiques embarrassantes ne tardent pas \u00e0 surgir lorsque les chercheurs comparent les effets de l&rsquo;excitation sympathique naturelle \u00e0 ceux d&rsquo;injections d&rsquo;adr\u00e9naline commerciale sur d&rsquo;autres organes (comme l&rsquo;ut\u00e9rus, l&rsquo;iris ou les vaisseaux sanguins p\u00e9riph\u00e9riques). Walter Bradford Cannon, physiologiste \u00e9minent de l&rsquo;Universit\u00e9 Harvard, propose au d\u00e9but des ann\u00e9es 1930 l&rsquo;existence de deux m\u00e9diateurs distincts, baptis\u00e9s \u00ab sympathine E \u00bb (pour l&rsquo;excitation) et \u00ab sympathine I \u00bb (pour l&rsquo;inhibition), postulant que l&rsquo;adr\u00e9naline se combine \u00e0 diff\u00e9rentes substances cellulaires pour produire ces effets divergents.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9nigme ne sera d\u00e9finitivement r\u00e9solue qu&rsquo;au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, gr\u00e2ce aux travaux m\u00e9ticuleux du physiologiste et pharmacologue su\u00e9dois <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nobelprize.org\/prizes\/medicine\/1970\/euler\/biographical\/\">Ulf von Euler<\/a>. En 1946, von Euler isole, caract\u00e9rise et d\u00e9montre au-del\u00e0 de toute ambigu\u00eft\u00e9 que le v\u00e9ritable neurotransmetteur lib\u00e9r\u00e9 par la grande majorit\u00e9 des fibres nerveuses sympathiques postganglionnaires chez les mammif\u00e8res n&rsquo;est pas l&rsquo;adr\u00e9naline m\u00e9thyl\u00e9e, mais son pr\u00e9curseur imm\u00e9diat non m\u00e9thyl\u00e9 : la <strong>noradr\u00e9naline<\/strong> (ou nor\u00e9pin\u00e9phrine). Chez la grenouille, animal utilis\u00e9 par Loewi, les terminaisons sympathiques s\u00e9cr\u00e8tent en r\u00e9alit\u00e9 un m\u00e9lange variable d&rsquo;adr\u00e9naline et de noradr\u00e9naline, expliquant la justesse relative de ses d\u00e9ductions initiales tout en r\u00e9v\u00e9lant la complexit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9volution biochimique du syst\u00e8me adr\u00e9nergique \u00e0 travers l&rsquo;arbre phylog\u00e9n\u00e9tique des vert\u00e9br\u00e9s.<\/p>\n<h2>9. La validation par Henry Dale et la cons\u00e9cration du prix Nobel de 1936<\/h2>\n<h3>9.1 L&rsquo;extension de la transmission chimique au syst\u00e8me somatique<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 l&rsquo;\u00e9clat des d\u00e9monstrations de Loewi sur le c\u0153ur de grenouille, le camp des \u00e9lectrophysiologistes retranch\u00e9s derri\u00e8re le mod\u00e8le des \u00ab <em>sparks<\/em> \u00bb refuse de s&rsquo;avouer vaincu. Des figures de premier plan affirment avec d\u00e9dain que la transmission chimique n&rsquo;est qu&rsquo;une exception \u00e9volutive confin\u00e9e au syst\u00e8me v\u00e9g\u00e9tatif autonome &mdash; un syst\u00e8me primitif, lent, impliqu\u00e9 dans la digestion et le m\u00e9tabolisme &mdash;, mais qu&rsquo;elle ne saurait en aucun cas s&rsquo;appliquer au syst\u00e8me nerveux somatique central ou \u00e0 la jonction neuromusculaire du muscle stri\u00e9 squelettique, o\u00f9 la commande motrice volontaire exige une pr\u00e9cision temporelle de l&rsquo;ordre de la milliseconde.<\/p>\n<p>C&rsquo;est \u00e0 cette seconde \u00e9tape critique que s&rsquo;attelle Henry Hallett Dale, d\u00e9sormais directeur du <em>National Institute for Medical Research<\/em> de Hampstead \u00e0 Londres. Disposant de moyens analytiques et financiers consid\u00e9rables, Dale r\u00e9unit autour de lui une \u00e9quipe de jeunes talents exceptionnels, parmi lesquels figurent Wilhelm Feldberg, George Lindor Brown et Marthe Vogt. Ensemble, ils con\u00e7oivent des montages exp\u00e9rimentaux de perfusion art\u00e9rielle ultrasensibles chez les mammif\u00e8res vivants (chiens, chats). Entre 1933 et 1936, l&rsquo;\u00e9quipe de Dale d\u00e9montre successivement :<\/p>\n<ul>\n<li>Que l&rsquo;ac\u00e9tylcholine est lib\u00e9r\u00e9e dans la fente synaptique de la <strong>jonction neuromusculaire<\/strong> lors de chaque stimulation d&rsquo;un nerf moteur spinal volontaire, d\u00e9clenchant la contraction de la plaque motrice du muscle stri\u00e9 squelettique.<\/li>\n<li>Que l&rsquo;ac\u00e9tylcholine assure la transmission synaptique ultra-rapide au sein de tous les <strong>ganglions autonomes<\/strong> (sympathiques comme parasympathiques), o\u00f9 les fibres pr\u00e9ganglionnaires transmettent leur influx aux corps cellulaires postganglionnaires.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces d\u00e9couvertes monumentales balayent les ultimes r\u00e9serves des sceptiques. La transmission neurochimique n&rsquo;est pas une curiosit\u00e9 visc\u00e9rale chez le batracien, mais le m\u00e9canisme fondamental universel par lequel le syst\u00e8me nerveux p\u00e9riph\u00e9rique des vert\u00e9br\u00e9s transmet l&rsquo;ordre moteur aux effecteurs, qu&rsquo;ils soient lisses, cardiaques ou stri\u00e9s squelettiques.<\/p>\n<h3>9.2 L&rsquo;\u00e9tablissement d&rsquo;une typologie pharmacologique novatrice<\/h3>\n<p>Pour mettre de l&rsquo;ordre dans la prolif\u00e9ration des donn\u00e9es et unifier le cadre th\u00e9orique de la neurobiologie, Henry Dale entreprend une refonte taxonomique compl\u00e8te de la physiologie nerveuse. S&rsquo;affranchissant des crit\u00e8res purement anatomiques &mdash; souvent trompeurs, puisque certaines fibres anatomiquement sympathiques s\u00e9cr\u00e8tent de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine (comme les fibres innervant les glandes sudoripares) &mdash;, Dale propose une classification fonctionnelle bas\u00e9e exclusivement sur la nature biochimique du messager lib\u00e9r\u00e9 \u00e0 la terminaison axonale :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Les neurones cholinergiques :<\/strong> neurones lib\u00e9rant de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine comme m\u00e9diateur synaptique (motoneurones spinaux, fibres pr\u00e9ganglionnaires autonomes, fibres parasympathiques postganglionnaires).<\/li>\n<li><strong>Les neurones adr\u00e9nergiques :<\/strong> neurones lib\u00e9rant des cat\u00e9cholamines (noradr\u00e9naline et adr\u00e9naline) au niveau de leurs synapses terminales (fibres sympathiques postganglionnaires).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Parall\u00e8lement, Dale affine la r\u00e9ceptologie naissante en exploitant une distinction fondamentale qu&rsquo;il avait lui-m\u00eame esquiss\u00e9e en 1914 au sujet des actions physiologiques pl\u00e9iotropes de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine. Il classe les r\u00e9cepteurs de ce neurotransmetteur en deux cat\u00e9gories fondamentales :<\/p>\n<ul>\n<li><em>Les effets muscariniques :<\/em> reproduits par la muscarine (poison de l&rsquo;amanite tue-mouches), bloqu\u00e9s s\u00e9lectivement par l&rsquo;atropine, pr\u00e9dominant sur les effecteurs visc\u00e9raux (c\u0153ur, muscles lisses, glandes exocrines). Ce sont ces effets que Loewi a observ\u00e9s sur le c\u0153ur de grenouille.<\/li>\n<li><em>Les effets nicotiniques :<\/em> reproduits par des doses faibles de nicotine, insensibles \u00e0 l&rsquo;atropine mais bloqu\u00e9s par le curare, op\u00e9rant au niveau de la plaque motrice musculaire et des relais ganglionnaires autonomes.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette distinction visionnaire, \u00e9tablie bien avant l&rsquo;av\u00e8nement du g\u00e9nie g\u00e9n\u00e9tique et de la biologie structurale, anticipe avec une exactitude stup\u00e9fiante la s\u00e9paration moderne entre les <strong>r\u00e9cepteurs coupl\u00e9s aux prot\u00e9ines G<\/strong> (m\u00e9tabotropes, comme les r\u00e9cepteurs muscariniques) et les <strong>canaux ioniques chimiod\u00e9pendants<\/strong> (ionotropes, comme les r\u00e9cepteurs nicotiniques pentam\u00e9riques).<\/p>\n<h3>9.3 Le prix Nobel de physiologie ou m\u00e9decine de 1936<\/h3>\n<p>L&rsquo;aboutissement institutionnel de cette \u00e9pop\u00e9e scientifique survient en octobre 1936, lorsque l&rsquo;Assembl\u00e9e Nobel de l&rsquo;Institut Karolinska de Stockholm d\u00e9cerne conjointement le <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nobelprize.org\/prizes\/medicine\/1936\/summary\/\">prix Nobel de physiologie ou m\u00e9decine<\/a> \u00e0 Otto Loewi et Sir Henry Hallett Dale \u00ab pour leurs d\u00e9couvertes relatives \u00e0 la transmission chimique des influx nerveux \u00bb (<em>for their discoveries relating to the chemical transmission of nerve impulses<\/em>).<\/p>\n<p>Cette attribution marque la victoire d\u00e9finitive du camp des \u00ab <em>soups<\/em> \u00bb sur celui des \u00ab <em>sparks<\/em> \u00bb et consacre un nouveau paradigme scientifique fondamental au sens de Thomas Kuhn. Dans leurs discours de r\u00e9ception officiels \u00e0 Stockholm, Loewi et Dale incarnent avec \u00e9l\u00e9gance la compl\u00e9mentarit\u00e9 de la recherche europ\u00e9enne de leur temps : Loewi rend un hommage vibrant \u00e0 l&rsquo;intuition m\u00e9thodologique et \u00e0 la simplicit\u00e9 de l&rsquo;exp\u00e9rimentation biologique sur organe vivant, tandis que Dale expose la puissance de la rigueur analytique, de la quantification biochimique et de la transposition aux mammif\u00e8res sup\u00e9rieurs.<\/p>\n<p>Toutefois, cette cons\u00e9cration intellectuelle survient dans un climat g\u00e9opolitique cr\u00e9pusculaire. Moins de deux ans apr\u00e8s son voyage triomphal \u00e0 Stockholm, le 11 mars 1938, les troupes hitl\u00e9riennes envahissent l&rsquo;Autriche lors de l&rsquo;<em>Anschluss<\/em>. Dans la nuit m\u00eame de l&rsquo;invasion, Otto Loewi, \u00e2g\u00e9 de 65 ans et titulaire du prix Nobel, est violemment arr\u00eat\u00e9 \u00e0 son domicile par les SA nazis et jet\u00e9 en prison \u00e0 Graz aux c\u00f4t\u00e9s de centaines de citoyens juifs. Il ne devra sa lib\u00e9ration physique, apr\u00e8s des mois de d\u00e9tention et d&rsquo;humiliations, qu&rsquo;\u00e0 une intervention internationale massive men\u00e9e par Dale aupr\u00e8s du gouvernement britannique, et au prix inf\u00e2me d&rsquo;un racket financier \u00e9tatique : le r\u00e9gime nazi le contraint \u00e0 transf\u00e9rer l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 du montant financier de son prix Nobel, d\u00e9pos\u00e9 dans une banque su\u00e9doise, sur un compte contr\u00f4l\u00e9 par le pouvoir nazi avant de l&rsquo;autoriser \u00e0 quitter le pays sans ses biens. R\u00e9fugi\u00e9 d&rsquo;abord en Angleterre aupr\u00e8s de Dale, puis exil\u00e9 aux \u00c9tats-Unis o\u00f9 il devient professeur de pharmacologie \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de New York (NYU), Loewi y poursuivra ses travaux et ses \u00e9crits jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort paisible en 1961, naturalis\u00e9 citoyen am\u00e9ricain.<\/p>\n<h2>10. R\u00e9percussions en neurophysiologie et en neuropharmacologie<\/h2>\n<h3>10.1 La m\u00e9tamorphose du concept de r\u00e9cepteur synaptique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9lucidation du r\u00f4le du <em>Vagusstoff<\/em> a agi comme le d\u00e9tonateur d&rsquo;une r\u00e9volution conceptuelle dans l&rsquo;analyse des r\u00e9cepteurs membranaires. L&rsquo;id\u00e9e autrefois abstraite de \u00ab substance r\u00e9ceptive \u00bb avanc\u00e9e par Langley s&rsquo;est mu\u00e9e, sous l&rsquo;impulsion des travaux de Loewi et Dale, en une discipline scientifique rigoureuse : la r\u00e9ceptologie cellulaire. Si un m\u00e9diateur lib\u00e9r\u00e9 en quantit\u00e9 infime est capable d&rsquo;ordonner \u00e0 une masse musculaire volumineuse de se rel\u00e2cher, cela implique que la membrane postsynaptique abrite des macromol\u00e9cules dou\u00e9es d&rsquo;une st\u00e9r\u00e9osp\u00e9cificit\u00e9 extraordinaire, capables de traduire une fixation chimique en une r\u00e9ponse physiologique majeure.<\/p>\n<p>Cette conceptualisation a ouvert la voie \u00e0 la pharmacologie mol\u00e9culaire du XXe si\u00e8cle. D\u00e8s lors que l&rsquo;on comprenait que la communication synaptique repose sur une interaction ligand-r\u00e9cepteur r\u00e9versible, la chimie pharmaceutique pouvait concevoir de mani\u00e8re rationnelle :<\/p>\n<ul>\n<li>Des <strong>agonistes de synth\u00e8se :<\/strong> mol\u00e9cules capables d&rsquo;imiter le m\u00e9diateur naturel en se fixant sur son r\u00e9cepteur pour d\u00e9clencher la cascade de transduction.<\/li>\n<li>Des <strong>antagonistes comp\u00e9titifs ou non comp\u00e9titifs :<\/strong> mol\u00e9cules capables d&rsquo;occuper le site de liaison sans activer le r\u00e9cepteur, bloquant ainsi l&rsquo;acc\u00e8s du transmetteur endog\u00e8ne (\u00e0 l&rsquo;image de l&rsquo;atropine pour les r\u00e9cepteurs muscariniques ou des curares pour les r\u00e9cepteurs nicotiniques).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Plusieurs d\u00e9cennies plus tard, la biochimie des prot\u00e9ines d&rsquo;\u00e9paulement et le clonage mol\u00e9culaire viendront mat\u00e9rialiser physiquement ces concepts en isolant et en cristallisant pour la premi\u00e8re fois le r\u00e9cepteur nicotinique de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine &mdash; extrait de l&rsquo;organe \u00e9lectrique de la raie torpille (<em>Torpedo marmorata<\/em>) par Jean-Pierre Changeux et son \u00e9quipe au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970 &mdash;, confirmant point par point les intuitions m\u00e9canistes forg\u00e9es par les p\u00e8res de la transmission humorale.<\/p>\n<h3>10.2 L&rsquo;essor de la th\u00e9orie v\u00e9siculaire et de l&rsquo;exocytose<\/h3>\n<p>La d\u00e9couverte de la nature chimique du transmetteur laissait b\u00e9ante une question fondamentale d&rsquo;ordre cytologique : o\u00f9 et sous quelle forme le m\u00e9diateur est-il emmagasin\u00e9 au sein de la terminaison axonale avant sa lib\u00e9ration ? La r\u00e9ponse allait \u00eatre apport\u00e9e au cours des ann\u00e9es 1950 par la conjonction de la microscopie \u00e9lectronique \u00e0 transmission et des analyses biophysiques quantitatives de <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nobelprize.org\/prizes\/medicine\/1970\/katz\/biographical\/\">Bernard Katz<\/a>, Paul Fatt et Jos\u00e9 del Castillo \u00e0 l&rsquo;University College de Londres.<\/p>\n<p>Les premi\u00e8res \u00e9lectronographies de synapses r\u00e9v\u00e8lent la pr\u00e9sence, au sein du cytoplasme pr\u00e9synaptique, d&rsquo;une abondance stup\u00e9fiante de minuscules organites sph\u00e9riques d\u00e9limit\u00e9s par une bicouche lipidique : les <strong>v\u00e9sicules synaptiques<\/strong>, d&rsquo;un diam\u00e8tre compris entre 40 et 50 nanom\u00e8tres. Parall\u00e8lement, en enregistrant les potentiels de plaque motrice miniature \u00e0 la jonction neuromusculaire en l&rsquo;absence de toute stimulation nerveuse, Katz d\u00e9montre la nature quantique de la lib\u00e9ration d&rsquo;ac\u00e9tylcholine. Chaque v\u00e9sicule contient un \u00ab paquet \u00bb mol\u00e9culaire calibr\u00e9 d&rsquo;environ 5 000 \u00e0 10 000 mol\u00e9cules d&rsquo;ac\u00e9tylcholine.<\/p>\n<p>Le lien entre l&rsquo;\u00e9lectrique et le chimique s&rsquo;\u00e9claire alors d&rsquo;une splendeur m\u00e9caniste in\u00e9dite :<\/p>\n<ul>\n<li>Le potentiel d&rsquo;action \u00e9lectrique d\u00e9polarise la membrane pr\u00e9synaptique.<\/li>\n<li>Cette d\u00e9polarisation ouvre des canaux calciques voltage-d\u00e9pendants, provoquant une entr\u00e9e massive et brutale d&rsquo;ions <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"Ca^{2+}\">$Ca^{2+}$<\/span> dans le cytoplasme terminal.<\/li>\n<li>L&rsquo;augmentation locale du calcium d\u00e9clenche la fusion des v\u00e9sicules synaptiques avec la membrane plasmique (m\u00e9canisme de l&rsquo;<em>exocytose<\/em> r\u00e9gul\u00e9 par le complexe prot\u00e9ique SNARE).<\/li>\n<li>Les quantas d&rsquo;ac\u00e9tylcholine sont d\u00e9vers\u00e9s par exocytose dans la fente synaptique, diffusent en quelques microsecondes \u00e0 travers les 20 nanom\u00e8tres du hiatus, et se lient \u00e0 leurs r\u00e9cepteurs cibles postsynaptiques.<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;\u00e9tincelle \u00e9lectrique pr\u00e9synaptique se trouve ainsi r\u00e9concili\u00e9e avec la soupe chimique : l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 est le signal d\u00e9clencheur de l&rsquo;exocytose, mais c&rsquo;est la chimie qui assure la travers\u00e9e vectorielle et le traitement de l&rsquo;information synaptique.<\/p>\n<h3>10.3 L&rsquo;identification progressive de la panoplie des neurotransmetteurs<\/h3>\n<p>Le triomphe de la validation du couple ac\u00e9tylcholine\/noradr\u00e9naline dans le syst\u00e8me nerveux p\u00e9riph\u00e9rique a servi de matrice intellectuelle pour l&rsquo;exploration du syst\u00e8me nerveux central. Durant les d\u00e9cennies 1950 \u00e0 1970, une arm\u00e9e de neurochimistes s&rsquo;attaque \u00e0 la complexit\u00e9 synaptique du cerveau des mammif\u00e8res, d\u00e9montrant que l&rsquo;enc\u00e9phale n&rsquo;est pas un bloc homog\u00e8ne, mais un archipel hautement diff\u00e9renci\u00e9 reposant sur une mosa\u00efque de neurotransmetteurs sp\u00e9cialis\u00e9s.<\/p>\n<p>L&rsquo;histoire de la neuropharmacologie voit alors l&rsquo;isolement successif des grandes familles de neurom\u00e9diateurs :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Les amines biog\u00e8nes :<\/strong> la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/pubchem.ncbi.nlm.nih.gov\/compound\/Dopamine\">dopamine<\/a>, identifi\u00e9e par Arvid Carlsson comme un m\u00e9diateur majeur des ganglions de la base et du contr\u00f4le moteur, dont le d\u00e9ficit provoque la maladie de Parkinson ; la s\u00e9rotonine (5-hydroxytryptamine), isol\u00e9e dans les noyaux du raph\u00e9 et impliqu\u00e9e dans la r\u00e9gulation de l&rsquo;humeur, du sommeil et de la douleur ; et l&rsquo;histamine c\u00e9r\u00e9brale.<\/li>\n<li><strong>Les acides amin\u00e9s neurotransmetteurs :<\/strong> le glutamate, identifi\u00e9 comme le principal m\u00e9diateur excitateur du syst\u00e8me nerveux central, moteur de la plasticit\u00e9 synaptique et de la m\u00e9moire par l&rsquo;interm\u00e9diaire des r\u00e9cepteurs NMDA et AMPA ; et l&rsquo;acide gamma-aminobutyrique (GABA), d\u00e9couvert comme le grand inhibiteur du cerveau, agissant \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;un frein physiologique universel pour emp\u00eacher l&#8217;emballement \u00e9pileptiforme des r\u00e9seaux neuronaux.<\/li>\n<li><strong>Les neuropeptides et m\u00e9diateurs non conventionnels :<\/strong> les endorphines et enk\u00e9phalines (morphines endog\u00e8nes), la substance P, le monoxyde d&rsquo;azote gazeux (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"NO\">$NO$<\/span>), et les endocannabino\u00efdes fonctionnant par r\u00e9tro-signalisation r\u00e9trograde postsynaptique.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Tous ces syst\u00e8mes de signalisation partagent les principes architecturaux que Loewi avait mis en lumi\u00e8re sur le modeste c\u0153ur de grenouille : synth\u00e8se compartiment\u00e9e, lib\u00e9ration sous d\u00e9pendance ionique, interaction r\u00e9ceptorielle sp\u00e9cifique et clairance m\u00e9tabolique ou recapture transmembranaire rapide.<\/p>\n<h2>11. Port\u00e9e \u00e9pist\u00e9mologique et implications pour la psychologie biologique contemporaine<\/h2>\n<h3>11.1 De la r\u00e9gulation v\u00e9g\u00e9tative \u00e0 la psycho-physiologie des \u00e9motions<\/h3>\n<p>En mat\u00e9rialisant physiquement l&rsquo;action du nerf vague par une substance chimique soluble, Otto Loewi a pos\u00e9 l&rsquo;un des premiers ponts scientifiques solides entre les \u00e9tats neurophysiologiques profonds de l&rsquo;organisme et la vie psychologique et affective. Le nerf vague constitue la voie motrice et sensitive principale de la division parasympathique. La d\u00e9couverte du <em>Vagusstoff<\/em> a permis de mod\u00e9liser avec pr\u00e9cision la mani\u00e8re dont le syst\u00e8me nerveux central traduit les signaux de s\u00e9curit\u00e9 ou de menace environnementale en alt\u00e9rations somatiques concr\u00e8tes au niveau du c\u0153ur, des poumons et du tractus gastro-intestinal.<\/p>\n<p>Dans la psychophysiologie moderne, le concept de <strong>tonus vagal<\/strong> est devenu un indicateur physiologique fondamental de l&rsquo;adaptabilit\u00e9 somatique et de la sant\u00e9 mentale. Mesur\u00e9 de fa\u00e7on non invasive par l&rsquo;analyse de la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.ahajournals.org\/doi\/10.1161\/01.CIR.93.5.1043\">variabilit\u00e9 de la fr\u00e9quence cardiaque<\/a> (VFC ou <em>Heart Rate Variability<\/em>), le tonus vagal refl\u00e8te la capacit\u00e9 de l&rsquo;activit\u00e9 cholinergique d&rsquo;origine vagale \u00e0 moduler, battement par battement, le rythme cardiaque en fonction des exigences de l&rsquo;environnement (notamment via l&rsquo;arythmie sinusale respiratoire). Un tonus vagal \u00e9lev\u00e9 &mdash; c&rsquo;est-\u00e0-dire une lib\u00e9ration tonique, agile et efficace d&rsquo;ac\u00e9tylcholine sur le n\u0153ud sino-auriculaire &mdash; est \u00e9troitement corr\u00e9l\u00e9 \u00e0 une grande flexibilit\u00e9 cognitive, \u00e0 une excellente r\u00e9gulation \u00e9motionnelle, \u00e0 une meilleure r\u00e9silience face au stress aigu et \u00e0 une pr\u00e9disposition accrue aux comportements pro-sociaux et \u00e0 l&#8217;empathie.<\/p>\n<p>Inversement, un effondrement de l&rsquo;action vagale cholinergique laisse le champ libre \u00e0 une hyperactivation sympathique chronique m\u00e9di\u00e9e par la noradr\u00e9naline, configuration d\u00e9l\u00e9t\u00e8re observ\u00e9e dans les \u00e9tats d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, le trouble de stress post-traumatique (TSPT), l&rsquo;\u00e9puisement professionnel (burn-out) et les \u00e9pisodes d\u00e9pressifs majeurs. Le <em>Vagusstoff<\/em> de Loewi est ainsi pass\u00e9 du statut de simple substance inotrope n\u00e9gative \u00e0 celui de m\u00e9diateur biochimique fondamental de l&rsquo;hom\u00e9ostasie affective et de la tranquillit\u00e9 corporelle.<\/p>\n<h3>11.2 La th\u00e9orie polyvagale et l&rsquo;int\u00e9gration corps-esprit<\/h3>\n<p>\u00c0 la fin du XXe si\u00e8cle, le neuroscientifique am\u00e9ricain Stephen Porges a profond\u00e9ment r\u00e9\u00e9valu\u00e9 l&rsquo;architecture et l&rsquo;\u00e9volution phylog\u00e9n\u00e9tique du syst\u00e8me cholinergique vagal en formulant sa <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pmc\/articles\/PMC3108032\/\">th\u00e9orie polyvagale<\/a>. Porges d\u00e9montre que le nerf vague des vert\u00e9br\u00e9s n&rsquo;est pas un tronc nerveux homog\u00e8ne, mais qu&rsquo;il est constitu\u00e9 de deux branches anatomiquement et \u00e9volutivement distinctes trouvant leur origine dans des noyaux bulbaires diff\u00e9rents du tronc c\u00e9r\u00e9bral :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le syst\u00e8me vagal dorsal (complexe vagal non my\u00e9linis\u00e9) :<\/strong> phylog\u00e9n\u00e9tiquement le plus archa\u00efque, issu du noyau moteur dorsal du vague, h\u00e9rit\u00e9 des vert\u00e9br\u00e9s primitifs et des reptiles. En r\u00e9ponse \u00e0 une menace mortelle per\u00e7ue comme insurmontable, ce syst\u00e8me d\u00e9clenche une inhibition massive, un ralentissement cardiaque extr\u00eame et un \u00e9tat de sid\u00e9ration motrice (\u00ab <em>freeze<\/em> \u00bb ou immobilisation r\u00e9flexe), similaire \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat cardiaque diastolique prolong\u00e9 provoqu\u00e9 exp\u00e9rimentalement par les stimulations massives de Loewi.<\/li>\n<li><strong>Le syst\u00e8me vagal ventral (complexe vagal my\u00e9linis\u00e9) :<\/strong> apparu tardivement chez les mammif\u00e8res, issu du noyau ambigu. Cette branche ventrale innerve le c\u0153ur supra-diaphragmatique, les bronches et les muscles de la face et du larynx impliqu\u00e9s dans la vocalisation, le regard et l&rsquo;expression faciale.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ce \u00ab vague ventral \u00bb agit comme un \u00ab frein vagal \u00bb (<em>vagal brake<\/em>) dynamique, capable de rel\u00e2cher instantan\u00e9ment ou d&rsquo;augmenter son \u00e9mission tonique d&rsquo;ac\u00e9tylcholine pour adapter la fr\u00e9quence cardiaque aux interactions sociales bienveillantes, sans avoir besoin d&rsquo;engager le co\u00fbt \u00e9nerg\u00e9tique massif du syst\u00e8me sympathique de combat ou de fuite. La th\u00e9orie polyvagale a trouv\u00e9 des applications cliniques profondes en psychoth\u00e9rapie somatique, dans la prise en charge des traumatismes complexes et dans la compr\u00e9hension de l&rsquo;autisme, illustrant comment l&rsquo;\u00e9lucidation de la m\u00e9diation biochimique du vague formul\u00e9e par Loewi en 1921 continue de fertiliser les mod\u00e8les contemporains de l&rsquo;interconnexion psycho-corporelle.<\/p>\n<h3>11.3 L&rsquo;impact sur la psychiatrie biologique et la neuropsychologie<\/h3>\n<p>L&rsquo;extension du mod\u00e8le neurochimique de Loewi aux r\u00e9seaux de l&rsquo;enc\u00e9phale a jet\u00e9 les bases conceptuelles de la psychiatrie biologique moderne. En validant l&rsquo;id\u00e9e que les fonctions physiologiques d\u00e9pendent d&rsquo;\u00e9quilibres st\u0153chiom\u00e9triques entre messagers chimiques diffusibles, l&rsquo;exp\u00e9rience de Graz a permis de concevoir les maladies mentales non plus comme des tares morales ou des dysfonctionnements m\u00e9caniques irr\u00e9versibles, mais comme des \u00ab dysfonctionnements neurochimiques \u00bb accessibles \u00e0 une pharmacoth\u00e9rapie cibl\u00e9e.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la neuropsychologie cognitive, les projections cholinergiques centrales &mdash; issues notamment du noyau basal de Meynert et du septum m\u00e9dial &mdash; ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9es comme les piliers mol\u00e9culaires des fonctions cognitives sup\u00e9rieures. L&rsquo;ac\u00e9tylcholine c\u00e9r\u00e9brale r\u00e9gule de fa\u00e7on d\u00e9cisive :<\/p>\n<ul>\n<li>L&rsquo;attention s\u00e9lective et la discrimination sensorielle dans le cortex c\u00e9r\u00e9bral.<\/li>\n<li>La transmission du signal et l&rsquo;induction de la potentialisation \u00e0 long terme (LTP) au sein de l&rsquo;hippocampe, substrat de l&rsquo;encodage et de la consolidation mn\u00e9sique.<\/li>\n<li>Le basculement entre les \u00e9tats d&rsquo;\u00e9veil vigilant et les phases de sommeil paradoxal (REM sleep).<\/li>\n<\/ul>\n<p>La port\u00e9e clinique de ces d\u00e9couvertes est immense. La mise en \u00e9vidence, au cours des ann\u00e9es 1970 et 1980, d&rsquo;un effondrement drastique des neurones cholinergiques du prosenc\u00e9phale basal dans le cerveau des patients atteints de la <strong>maladie d&rsquo;Alzheimer<\/strong> a conduit directement au d\u00e9veloppement de la premi\u00e8re classe de m\u00e9dicaments symptomatiques contre cette d\u00e9mence neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative : les <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.sciencedirect.com\/topics\/neuroscience\/acetylcholinesterase-inhibitors\">inhibiteurs de l&rsquo;ac\u00e9tylcholinest\u00e9rase<\/a> (don\u00e9p\u00e9zil, rivastigmine, galantamine). Ces mol\u00e9cules reposent tr\u00e8s exactement sur le principe pharmacologique d\u00e9couvert par Loewi avec l&rsquo;\u00e9s\u00e9rine : bloquer la d\u00e9gradation enzymatique de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine r\u00e9siduelle pour prolonger sa dur\u00e9e de pr\u00e9sence dans la fente synaptique et soutenir la transmission cognitive affaiblie.<\/p>\n<h2>12. Bilan critique, post\u00e9rit\u00e9 m\u00e9thodologique et h\u00e9ritage contemporain<\/h2>\n<h3>12.1 Les paradoxes de r\u00e9plication et les al\u00e9as biologiques saisonniers<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la r\u00e9ception de l&rsquo;exp\u00e9rience du c\u0153ur de grenouille rec\u00e8le un \u00e9pisode critique captivant pour l&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie des sciences de la vie : le probl\u00e8me de sa r\u00e9plicabilit\u00e9 initiale. Dans les mois qui suivirent la parution des articles de Loewi en 1921 et 1922, plusieurs laboratoires europ\u00e9ens et nord-am\u00e9ricains de premier plan tent\u00e8rent de reproduire le transfert du <em>Vagusstoff<\/em> en suivant scrupuleusement les indications publi\u00e9es. Beaucoup essuy\u00e8rent des \u00e9checs cuisants et embarrassants : le liquide perfus\u00e9 sur le c\u0153ur A ne provoquait strictement aucun effet inotrope ou chronotrope sur le c\u0153ur B, amenant d&rsquo;\u00e9minents physiologistes \u00e0 crier publiquement \u00e0 l&rsquo;illusion d&rsquo;optique ou \u00e0 l&rsquo;artefact de laboratoire.<\/p>\n<p>Profond\u00e9ment troubl\u00e9 par ces contestations, Loewi invita personnellement plusieurs confr\u00e8res sceptiques dans son propre institut de Graz pour r\u00e9aliser des d\u00e9monstrations contradictoires. L\u00e0, \u00e0 sa stup\u00e9faction horrifi\u00e9e, l&rsquo;exp\u00e9rience \u00e9choua \u00e9galement pendant plusieurs semaines cons\u00e9cutives devant ses visiteurs \u00e9bahis, avant de se remettre miraculeusement \u00e0 fonctionner sans modification apparente du protocole instrumental. Loewi s&rsquo;attela avec acharnement \u00e0 comprendre la source de cette myst\u00e9rieuse variabilit\u00e9.<\/p>\n<p>La solution de cette crise tenait \u00e0 un ensemble de variables \u00e9cologiques et chronobiologiques subtiles propres \u00e0 la physiologie des batraciens :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;influence des saisons :<\/strong> La teneur en ac\u00e9tylcholine tissulaire et la densit\u00e9 des r\u00e9cepteurs muscariniques cardiaques chez les grenouilles sauvages subissent des fluctuations massives tout au long de l&rsquo;ann\u00e9e. Durant l&rsquo;hiver et au sortir de l&rsquo;hibernation (au d\u00e9but du printemps, p\u00e9riode o\u00f9 Loewi fit son r\u00eave), les r\u00e9serves en ac\u00e9tylcholine sont maximales et le tissu myocardique est d&rsquo;une sensibilit\u00e9 exacerb\u00e9e au neurom\u00e9diateur. En revanche, durant les mois chauds d&rsquo;\u00e9t\u00e9, l&rsquo;activit\u00e9 est\u00e9rasique tissulaire explose et la sensibilit\u00e9 myocardique s&rsquo;effondre, d\u00e9truisant instantan\u00e9ment le <em>Vagusstoff<\/em> avant qu&rsquo;il n&rsquo;ait pu s&rsquo;accumuler en quantit\u00e9 d\u00e9tectable dans la canule.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;esp\u00e8ce et la provenance :<\/strong> Des diff\u00e9rences physiologiques significatives s\u00e9parent <em>Rana esculenta<\/em> de <em>Rana temporaria<\/em> ou des esp\u00e8ces de grenouilles am\u00e9ricaines (comme <em>Rana pipiens<\/em>), dont les c\u0153urs expriment des taux variables d&rsquo;ac\u00e9tylcholinest\u00e9rase membranaire.<\/li>\n<li><strong>Le statut ionique calcique :<\/strong> De l\u00e9g\u00e8res variations de la duret\u00e9 de l&rsquo;eau et de la concentration en ions calcium et potassium dans les solutions de Ringer locales suffisaient \u00e0 modifier drastiquement le couplage excitation-s\u00e9cr\u00e9tion \u00e0 la terminaison nerveuse.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cet \u00e9pisode enseigne avec force que la reproductibilit\u00e9 en biologie ne se r\u00e9duit pas \u00e0 une simple \u00e9quation math\u00e9matique : un syst\u00e8me vivant n&rsquo;est pas un circuit imprim\u00e9 en silicium. Il interagit en permanence avec des cycles biog\u00e9ochimiques, saisonniers et m\u00e9taboliques complexes qui doivent \u00eatre rigoureusement identifi\u00e9s et standardis\u00e9s pour permettre la r\u00e9plication fid\u00e8le d&rsquo;un protocole exp\u00e9rimental.<\/p>\n<h3>12.2 La dualit\u00e9 r\u00e9concili\u00e9e : synapses \u00e9lectriques versus chimiques<\/h3>\n<p>Le triomphe incontest\u00e9 de l&rsquo;\u00e9cole des \u00ab <em>soups<\/em> \u00bb dans la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle ne doit pas masquer une savoureuse ironie de l&rsquo;histoire scientifique. Si le dogme de la transmission exclusivement \u00e9lectrique a \u00e9t\u00e9 balay\u00e9 par les travaux de Loewi, Katz et Dale, l&rsquo;hypoth\u00e8se de l&rsquo;existence de <strong>synapses \u00e9lectriques<\/strong> n&rsquo;\u00e9tait pas enti\u00e8rement d\u00e9nu\u00e9e de fondement ; elle \u00e9tait simplement d\u00e9plac\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin des ann\u00e9es 1950, les \u00e9lectrophysiologistes Edwin Furshpan et David Potter, \u00e9tudiant la synapse g\u00e9ante motrice chez l&rsquo;\u00e9crevisse, apportent la preuve formelle de l&rsquo;existence d&rsquo;une transmission synaptique purement \u00e9lectrique et bidirectionnelle, sans d\u00e9lai synaptique mesurable et insensible au blocage pharmacologique. L&rsquo;av\u00e8nement ult\u00e9rieur de la microscopie \u00e9lectronique \u00e0 haute r\u00e9solution et de la biologie membranaire a permis d&rsquo;identifier le substrat structural de ces synapses \u00e9lectriques : les <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/books\/NBK11164\/\">jonctions communicantes<\/a> (ou <em>gap junctions<\/em>), constitu\u00e9es de canaux prot\u00e9iques intercellulaires appel\u00e9s connexons (form\u00e9s de six sous-unit\u00e9s de connexine).<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, la neurobiologie contemporaine a r\u00e9concili\u00e9 les deux \u00e9coles historiques dans une synth\u00e8se unifi\u00e9e d&rsquo;une grande richesse adaptative :<\/p>\n<ul>\n<li><em>La synapse chimique (le paradigme de Loewi) :<\/em> archi-dominante dans l&rsquo;ensemble du syst\u00e8me nerveux des vert\u00e9br\u00e9s. Elle pr\u00e9sente une polarisation unidirectionnelle stricte, un d\u00e9lai temporel (de 0,3 \u00e0 5 millisecondes), une extraordinaire capacit\u00e9 d&rsquo;amplification du signal (un minuscule influx d\u00e9clenche une lib\u00e9ration massive de transmetteur activant des milliers de canaux ioniques) et une immense plasticit\u00e9 computationnelle (pouvant \u00eatre modifi\u00e9e, potentialis\u00e9e ou inhib\u00e9e par des neuromodulateurs, base de l&rsquo;apprentissage et de la m\u00e9moire).<\/li>\n<li><em>La synapse \u00e9lectrique (le paradigme de Golgi et des biophysiciens) :<\/em> pr\u00e9sente de fa\u00e7on minoritaire mais strat\u00e9gique dans le syst\u00e8me nerveux central des mammif\u00e8res (notamment dans la r\u00e9tine, l&rsquo;olive bulbaire inf\u00e9rieure, le cortex c\u00e9r\u00e9bral et certains r\u00e9seaux d&rsquo;interneurones GABAergiques synchrones). Elle excelle l\u00e0 o\u00f9 la vitesse absolue et la synchronisation millim\u00e9trique d&rsquo;un ensemble de cellules neuronales sont vitales pour l&rsquo;organisme, assurant un couplage ionique direct et imm\u00e9diat.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>12.3 L&rsquo;\u00e9l\u00e9gance m\u00e9thodologique comme mod\u00e8le p\u00e9dagogique universel<\/h3>\n<p>Au terme de cette analyse, l&rsquo;exp\u00e9rience du c\u0153ur de grenouille isol\u00e9 s&rsquo;impose comme un sommet absolu de la d\u00e9marche scientifique exp\u00e9rimentale, telle que th\u00e9oris\u00e9e par Claude Bernard dans son <em>Introduction \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude de la m\u00e9decine exp\u00e9rimentale<\/em> (1865). Sa grandeur ne tient pas au d\u00e9ploiement d&rsquo;une technologie spectaculaire ou d&rsquo;une machinerie industrielle complexe, mais \u00e0 la beaut\u00e9 formelle de son architecture logique : une question physiologique limpide, deux c\u0153urs de batracien, deux tubes de verre, une pipette et un cylindre au noir de fum\u00e9e ont suffi pour renverser un demi-si\u00e8cle de certitudes erron\u00e9es et refonder la biologie g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p>C&rsquo;est la raison pour laquelle, plus d&rsquo;un si\u00e8cle apr\u00e8s cette m\u00e9morable nuit de P\u00e2ques 1921, l&rsquo;exp\u00e9rience de Loewi demeure un paradigme formateur incontournable, enseign\u00e9 et reproduit chaque ann\u00e9e dans les travaux pratiques de physiologie des facult\u00e9s de m\u00e9decine et de biologie du monde entier. Elle offre aux \u00e9tudiants l&rsquo;incarnation vivante de ce qu&rsquo;est une d\u00e9marche hypoth\u00e9tico-d\u00e9ductive sans faille, o\u00f9 la simplicit\u00e9 des moyens mat\u00e9riels souligne la puissance souveraine de l&rsquo;esprit critique.<\/p>\n<p>En mat\u00e9rialisant pour la premi\u00e8re fois le passage d&rsquo;une id\u00e9e biologique invisible en une substance chimique saisissable &mdash; ce modeste <em>Vagusstoff<\/em> qui devint ac\u00e9tylcholine &mdash;, Otto Loewi n&rsquo;a pas seulement d\u00e9couvert le premier neurotransmetteur de l&rsquo;histoire des sciences. Il a ouvert la porte de la neurochimie moderne, permis la gen\u00e8se des th\u00e9rapies psychiatriques contemporaines et profond\u00e9ment transform\u00e9 la fa\u00e7on dont l&rsquo;humanit\u00e9 contemple d\u00e9sormais l&rsquo;intimit\u00e9 mat\u00e9rielle de ses pens\u00e9es, de ses pulsations vitales et de ses \u00e9motions.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Bernard, C. (1865). <em>Introduction \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude de la m\u00e9decine exp\u00e9rimentale<\/em>. J.B. Bailli\u00e8re et fils. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k29917z\">https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k29917z<\/a><\/li>\n<li>Changeux, J. P., Kasai, M., &#038; Lee, C. Y. (1970). Use of a snake venom toxin to characterize the cholinergic receptor protein. <em>Proceedings of the National Academy of Sciences<\/em>, 67(3), 1241\u20131247. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1073\/pnas.67.3.1241\">https:\/\/doi.org\/10.1073\/pnas.67.3.1241<\/a><\/li>\n<li>Dale, H. H. (1914). The action of certain esters and ethers of choline, and their relation to muscarine. <em>Journal of Pharmacology and Experimental Therapeutics<\/em>, 6(2), 147\u2013190. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/jpet.aspetjournals.org\/content\/6\/2\/147\">https:\/\/jpet.aspetjournals.org\/content\/6\/2\/147<\/a><\/li>\n<li>Dale, H. H., &#038; Dudley, H. W. (1929). The presence of histamine and acetylcholine in the spleen of the ox and the horse. <em>The Journal of Physiology<\/em>, 68(2), 97\u2013123. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1113\/jphysiol.1929.sp002598\">https:\/\/doi.org\/10.1113\/jphysiol.1929.sp002598<\/a><\/li>\n<li>Dale, H. H., Feldberg, W., &#038; Vogt, M. (1936). Release of acetylcholine at voluntary motor nerve endings. <em>The Journal of Physiology<\/em>, 86(4), 353\u2013380. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1113\/jphysiol.1936.sp003371\">https:\/\/doi.org\/10.1113\/jphysiol.1936.sp003371<\/a><\/li>\n<li>Elliott, T. R. (1905). The action of adrenaline. <em>The Journal of Physiology<\/em>, 32(5-6), 401\u2013467. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1113\/jphysiol.1905.sp001093\">https:\/\/doi.org\/10.1113\/jphysiol.1905.sp001093<\/a><\/li>\n<li>Euler, U. S. von (1946). A specific sympathomimetic ergone in adrenergic nerve fibres (sympathin) and its relations to adrenaline and nor-adrenaline. <em>Acta Physiologica Scandinavica<\/em>, 12(1), 73\u201397. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1748-1716.1946.tb00368.x\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1748-1716.1946.tb00368.x<\/a><\/li>\n<li>Furshpan, E. J., &#038; Potter, D. D. (1959). Transmission at the giant motor synapses of the crayfish. <em>The Journal of Physiology<\/em>, 145(2), 289\u2013325. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1113\/jphysiol.1959.sp006143\">https:\/\/doi.org\/10.1113\/jphysiol.1959.sp006143<\/a><\/li>\n<li>Katz, B. (1966). <em>Nerve, Muscle, and Synapse<\/em>. McGraw-Hill.<\/li>\n<li>Langley, J. N. (1905). On the reaction of cells and of nerve-endings to certain poisons, chiefly as regards the reaction of striated muscle to nicotine and to curari. <em>The Journal of Physiology<\/em>, 33(4-5), 374\u2013413. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1113\/jphysiol.1905.sp001128\">https:\/\/doi.org\/10.1113\/jphysiol.1905.sp001128<\/a><\/li>\n<li>Loewi, O. (1921). \u00dcber humorale \u00dcbertragbarkeit der Herznervenwirkung. I. Mitteilung. <em>Pfl\u00fcgers Archiv f\u00fcr die gesamte Physiologie des Menschen und der Tiere<\/em>, 189(1), 239\u2013242. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/BF01738910\">https:\/\/doi.org\/10.1007\/BF01738910<\/a><\/li>\n<li>Loewi, O. (1922). \u00dcber humorale \u00dcbertragbarkeit der Herznervenwirkung. II. Mitteilung. <em>Pfl\u00fcgers Archiv f\u00fcr die gesamte Physiologie des Menschen und der Tiere<\/em>, 193(1), 201\u2013213. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/BF01730003\">https:\/\/doi.org\/10.1007\/BF01730003<\/a><\/li>\n<li>Loewi, O., &#038; Navratil, E. (1926). \u00dcber humorale \u00dcbertragbarkeit der Herznervenwirkung. X. Mitteilung. Das Schicksal des Vagusstoffes. <em>Pfl\u00fcgers Archiv f\u00fcr die gesamte Physiologie des Menschen und der Tiere<\/em>, 214(1), 678\u2013688. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/BF01741946\">https:\/\/doi.org\/10.1007\/BF01741946<\/a><\/li>\n<li>Loewi, O. (1960). An autobiographic sketch. <em>Perspectives in Biology and Medicine<\/em>, 4(1), 3\u201325. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1353\/pbm.1960.0010\">https:\/\/doi.org\/10.1353\/pbm.1960.0010<\/a><\/li>\n<li>Porges, S. W. (2011). <em>The Polyvagal Theory: Neurophysiological Foundations of Emotions, Attachment, Communication, and Self-regulation<\/em>. W. W. Norton &#038; Company.<\/li>\n<li>Ram\u00f3n y Cajal, S. (1909). <em>Histologie du syst\u00e8me nerveux de l&rsquo;homme et des vert\u00e9br\u00e9s<\/em> (L. Azoulay, Trad.). Maloine.<\/li>\n<li>Sherrington, C. S. (1906). <em>The Integrative Action of the Nervous System<\/em>. Charles Scribner&rsquo;s Sons. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.5962\/bhl.title.46197\">https:\/\/doi.org\/10.5962\/bhl.title.46197<\/a><\/li>\n<li>Valenstein, E. S. (2005). <em>The War of the Soups and the Sparks: The Discovery of Neurotransmitters and the Dispute Over How Nerves Communicate<\/em>. Columbia University Press. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.7312\/vale13588\">https:\/\/doi.org\/10.7312\/vale13588<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Analyse historique et \u00e9pist\u00e9mologique de l&rsquo;exp\u00e9rience du c\u0153ur de grenouille d&rsquo;Otto Loewi en 1921, acte fondateur de la d\u00e9couverte de la transmission chimique.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","template":"","categories":[4520,2411],"tags":[6360,6361,6362,6358,6359],"class_list":["post-4446","psych_experiment","type-psych_experiment","status-publish","hentry","category-histoire-des-neurosciences","category-psychophysiologie","tag-acetylcholine","tag-nerf-vague","tag-neurotransmission","tag-otto-loewi","tag-vagusstoff"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_experiment\/4446","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_experiment"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_experiment"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4446"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_experiment\/4446\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4446"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4446"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4446"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}