{"id":3275,"date":"2026-09-10T19:57:02","date_gmt":"2026-09-10T19:57:02","guid":{"rendered":"http:\/\/french.arabpsychology.com\/experiments\/experiences-jeux-ernst-fehr-simon-gachter-jeu-concours-beaute\/"},"modified":"2026-09-10T19:57:02","modified_gmt":"2026-09-10T19:57:02","slug":"experiences-jeux-ernst-fehr-simon-gachter-jeu-concours-beaute","status":"publish","type":"psych_experiment","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_experiment=experiences-jeux-ernst-fehr-simon-gachter-jeu-concours-beaute","title":{"rendered":"Exp\u00e9riences de jeux &#8211; Ernst Fehr et Simon G\u00e4chter Le jeu du concours de beaut\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;exploration des m\u00e9canismes d\u00e9cisionnels en situation d&rsquo;interaction strat\u00e9gique constitue l&rsquo;un des piliers les plus f\u00e9conds des sciences \u00e9conomiques modernes. Pendant des d\u00e9cennies, la th\u00e9orie des jeux classique, fond\u00e9e sur les axiomes de la rationalit\u00e9 substantielle et le concept d&rsquo;\u00e9quilibre formul\u00e9 par <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nobelprize.org\/prizes\/economic-sciences\/1994\/nash\/biographical\/\">John Nash<\/a>, a suppos\u00e9 des agents capables de d\u00e9ductions logiques infinies, \u00e9voluant dans un univers o\u00f9 la rationalit\u00e9 individuelle est une connaissance commune. Cette vision id\u00e9alis\u00e9e d&rsquo;un <em>Homo oeconomicus<\/em> omniscient a cependant montr\u00e9 ses faiblesses face aux r\u00e9gularit\u00e9s empiriques observ\u00e9es dans les laboratoires et sur les march\u00e9s r\u00e9els. La confrontation entre la rigueur math\u00e9matique d\u00e9ductive et la r\u00e9alit\u00e9 empirique a donn\u00e9 naissance \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie comportementale et exp\u00e9rimentale, red\u00e9finissant notre compr\u00e9hension de l&rsquo;intelligence strat\u00e9gique collective.<\/p>\n<p>Au c\u0153ur de cette r\u00e9volution scientifique, les travaux conduits par des figures tut\u00e9laires telles qu&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.econ.uzh.ch\/en\/people\/faculty\/fehr.html\">Ernst Fehr<\/a> et <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nottingham.ac.uk\/economics\/people\/simon.gaechter\">Simon G\u00e4chter<\/a>, au sein de l&rsquo;illustre \u00c9cole de Zurich, ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 la complexit\u00e9 des motivations humaines, partag\u00e9es entre recherche de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat personnel, souci de r\u00e9ciprocit\u00e9 et contraintes cognitives. Si leurs travaux sur les biens publics et les punitions altruistes sont mondialement reconnus, leur exploration et leur r\u00e9interpr\u00e9tation des jeux de coordination et d&rsquo;anticipation r\u00e9cursive, incarn\u00e9s par le c\u00e9l\u00e8bre jeu du \u00ab concours de beaut\u00e9 \u00bb (<em>Beauty Contest Game<\/em>), ont permis d&rsquo;op\u00e9rationnaliser et de quantifier les limites de la profondeur cognitive humaine en contexte interactif. Ce jeu met en lumi\u00e8re l&rsquo;\u00e9cart b\u00e9ant entre la solution math\u00e9matique optimale th\u00e9orique et la distribution effective des comportements observ\u00e9s chez des d\u00e9cideurs en chair et en os.<\/p>\n<p>Le jeu du concours de beaut\u00e9 ne se contente pas d&rsquo;illustrer une curiosit\u00e9 exp\u00e9rimentale : il offre un mod\u00e8le analytique rigoureux pour d\u00e9crypter les ph\u00e9nom\u00e8nes sp\u00e9culatifs, les proph\u00e9ties autor\u00e9alisatrices et l&rsquo;instabilit\u00e9 fondamentale des march\u00e9s financiers. En d\u00e9composant le raisonnement strat\u00e9gique en paliers discrets de r\u00e9flexion, ce dispositif exp\u00e9rimental fournit une grille de lecture des dynamiques de march\u00e9 o\u00f9 r\u00e9ussir ne consiste pas \u00e0 d\u00e9terminer la valeur intrins\u00e8que d&rsquo;un actif, mais \u00e0 anticiper l&rsquo;opinion que la masse des intervenants se fait de l&rsquo;opinion g\u00e9n\u00e9rale. Cet article propose une analyse compl\u00e8te des fondements th\u00e9oriques, des protocoles exp\u00e9rimentaux, des mod\u00e9lisations formelles et des prolongements contemporains de cette exp\u00e9rience cardinale, en soulignant l&rsquo;apport d\u00e9cisif des m\u00e9thodologies zurichoises \u00e0 la science \u00e9conomique moderne.<\/p>\n<h2>1. Introduction et gen\u00e8se th\u00e9orique du jeu du concours de beaut\u00e9<\/h2>\n<h3>1.1 Origine keyn\u00e9sienne de la m\u00e9taphore du concours de beaut\u00e9<\/h3>\n<p>L&rsquo;origine conceptuelle de cette exp\u00e9rience remonte directement au chapitre 12 de la <em>Th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale de l&#8217;emploi, de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat et de la monnaie<\/em>, publi\u00e9 en 1936 par <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/mathshistory.st-andrews.ac.uk\/Biographies\/Keynes\/\">John Maynard Keynes<\/a>. Dans ce texte fondateur, Keynes cherche \u00e0 expliciter la nature fondamentalement volatile et sp\u00e9culative des march\u00e9s boursiers modernes. Pour illustrer sa pens\u00e9e, il emprunte une m\u00e9taphore populaire issue de la presse quotidienne britannique de l&rsquo;\u00e9poque. Certains journaux londoniens organisaient en effet des concours photographiques o\u00f9 les lecteurs devaient s\u00e9lectionner, parmi une centaine de clich\u00e9s de visages f\u00e9minins, les six visages les plus s\u00e9duisants. La subtilit\u00e9 du r\u00e8glement r\u00e9sidait dans l&rsquo;attribution du prix : le gagnant n&rsquo;\u00e9tait pas la personne dont le vote correspondait \u00e0 un crit\u00e8re objectif ou personnel de beaut\u00e9, mais celle dont la s\u00e9lection se rapprochait le plus des choix moyens exprim\u00e9s par l&rsquo;ensemble des votants.<\/p>\n<p>Keynes d\u00e9montre ainsi avec une lucidit\u00e9 remarquable que, dans un tel contexte, le comportement rationnel individuel s&rsquo;\u00e9loigne radicalement de l&rsquo;\u00e9valuation fondamentale ou esth\u00e9tique. Le comp\u00e9titeur ne s\u00e9lectionne pas le visage qu&rsquo;il juge lui-m\u00eame le plus gracieux au premier degr\u00e9 ; il ne cherche m\u00eame pas \u00e0 deviner quel visage la moyenne des votants consid\u00e8re sinc\u00e8rement comme le plus beau au second degr\u00e9. L&rsquo;intelligence strat\u00e9gique contraint l&rsquo;agent \u00e0 anticiper ce que l&rsquo;opinion moyenne anticipe \u00eatre l&rsquo;opinion moyenne, et cette logique r\u00e9cursive peut th\u00e9oriquement s&rsquo;\u00e9tendre \u00e0 des degr\u00e9s sup\u00e9rieurs. Keynes \u00e9crivait ainsi : \u00ab Nous avons atteint le troisi\u00e8me degr\u00e9 o\u00f9 nous employons notre intelligence \u00e0 anticiper ce que l&rsquo;opinion moyenne s&rsquo;attend \u00e0 ce que l&rsquo;opinion moyenne soit. Et il y en a, je crois, qui pratiquent les quatri\u00e8me, cinqui\u00e8me degr\u00e9s et au-del\u00e0. \u00bb Cette intuition g\u00e9niale posait les jalons de l&rsquo;analyse moderne de la sp\u00e9culation financi\u00e8re, o\u00f9 les cours des actions s&rsquo;\u00e9cartent durablement de leur valeur d&rsquo;actualisation des dividendes futurs pour flotter sur des vagues d&rsquo;attentes mutuelles.<\/p>\n<h3>1.2 L&rsquo;\u00e9mergence de l&rsquo;\u00e9conomie comportementale et exp\u00e9rimentale<\/h3>\n<p>Durant plusieurs d\u00e9cennies, la m\u00e9taphore keyn\u00e9sienne est rest\u00e9e cantonn\u00e9e au registre de l&rsquo;illustration litt\u00e9raire, admir\u00e9e pour sa finesse psychologique mais ignor\u00e9e par les th\u00e9oriciens n\u00e9oclassiques qui formalisaient la th\u00e9orie des jeux sous l&rsquo;impulsion de John von Neumann, Oskar Morgenstern et John Nash. L&rsquo;av\u00e8nement de l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nobelprize.org\/prizes\/economic-sciences\/2002\/kahneman\/facts\/\">\u00e9conomie comportementale<\/a> et le d\u00e9ploiement m\u00e9thodique de l&rsquo;exp\u00e9rimentation en laboratoire \u00e0 partir des ann\u00e9es 1970 et 1980 ont \u00e9branl\u00e9 la pr\u00e9dominance absolue de l&rsquo;axiome de rationalit\u00e9 d\u00e9ductive parfaite. Les \u00e9conomistes ont commenc\u00e9 \u00e0 soumettre les mod\u00e8les normatifs \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve des faits, constatant des anomalies empiriques r\u00e9currentes et syst\u00e9matiques dans les prises de d\u00e9cision individuelles et interactives.<\/p>\n<p>C&rsquo;est dans ce sillage que s&rsquo;inscrivent les travaux pr\u00e9curseurs d&rsquo;Ernst Fehr et Simon G\u00e4chter au sein de l&rsquo;\u00c9cole de Zurich. Alors que les th\u00e9oriciens de la lign\u00e9e orthodoxe soutenaient que les d\u00e9viations par rapport \u00e0 la rationalit\u00e9 n&rsquo;\u00e9taient que des bruits statistiques n\u00e9gligeables vou\u00e9s \u00e0 dispara\u00eetre par apprentissage ou s\u00e9lection par le march\u00e9, Fehr, G\u00e4chter et leurs coll\u00e8gues ont soutenu une posture \u00e9pist\u00e9mologique radicalement diff\u00e9rente : les r\u00e9gularit\u00e9s comportementales non standards constituent des composantes structurelles de l&rsquo;action \u00e9conomique. Le recours \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rimentation en environnement contr\u00f4l\u00e9 permet d&rsquo;isoler les variables, de tester la validit\u00e9 des \u00e9quilibres strat\u00e9giques et d&rsquo;observer directement la profondeur cognitive des sujets. La d\u00e9marche ne consiste plus \u00e0 imposer a priori un comportement id\u00e9alis\u00e9 aux acteurs \u00e9conomiques, mais \u00e0 d\u00e9duire les lois du comportement interactif \u00e0 partir de donn\u00e9es quantifiables et r\u00e9plicables.<\/p>\n<h3>1.3 D\u00e9finition formelle et objectifs du jeu du concours de beaut\u00e9<\/h3>\n<p>La transposition empirique et math\u00e9matique rigoureuse de la parabole keyn\u00e9sienne est principalement l&rsquo;\u0153uvre de l&rsquo;\u00e9conomiste allemande <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.upf.edu\/web\/econ\/faculty\/-\/asset_publisher\/6wf9\/content\/id\/3175238\">Rosemarie Nagel<\/a> dans son article s\u00e9minal de 1995, un protocole rapidement repris, discut\u00e9 et \u00e9tendu par Fehr, G\u00e4chter et Colin Camerer. Dans sa version standardis\u00e9e, d\u00e9sign\u00e9e sous l&rsquo;appellation de \u00ab <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"p\">$p$<\/span>-concours de beaut\u00e9 \u00bb, le jeu invite un groupe de <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"N\">$N$<\/span> participants \u00e0 choisir simultan\u00e9ment et ind\u00e9pendamment un nombre r\u00e9el ou entier au sein d&rsquo;un intervalle ferm\u00e9, classiquement d\u00e9fini entre 0 et 100, soit <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"S_i = [0, 100]\">$S_i = [0, 100]$<\/span>.<\/p>\n<p>La r\u00e8gle du jeu stipule que la cible victorieuse <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"y\">$y$<\/span> est calcul\u00e9e comme une fraction stricte <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"p\">$p$<\/span> de la moyenne arithm\u00e9tique de l&rsquo;ensemble des choix formul\u00e9s par tous les participants du groupe :<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-math-display\" data-latex=\"y = p \\cdot \\left( \\frac{1}{N} \\sum_{i=1}^N x_i \\right)\">$$y = p \\cdot \\left( \\frac{1}{N} \\sum_{i=1}^N x_i \\right)$$<\/span><\/p>\n<p>Le param\u00e8tre multiplicateur <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"p\">$p$<\/span> est strictement positif et g\u00e9n\u00e9ralement fix\u00e9 en de\u00e7\u00e0 de l&rsquo;unit\u00e9, la valeur canonique la plus courante \u00e9tant <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"p = 2\/3\">$p = 2\/3$<\/span>. Le participant dont la pr\u00e9diction individuelle <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"x_i\">$x_i$<\/span> est la plus proche de cette cible <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"y\">$y$<\/span> remporte un gain financier pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9, la r\u00e9compense \u00e9tant partag\u00e9e de mani\u00e8re \u00e9quitable en cas d&rsquo;ex \u00e6quo. D&rsquo;un point de vue analytique, la structure de ce jeu est remarquable : par \u00e9limination it\u00e9rative des strat\u00e9gies strictement domin\u00e9es, l&rsquo;unique \u00e9quilibre de Nash en strat\u00e9gies pures se situe \u00e0 z\u00e9ro (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"x^* = 0\">$x^* = 0$<\/span>). L&rsquo;objectif exp\u00e9rimental fondamental de ce protocole consiste donc \u00e0 mesurer avec une pr\u00e9cision chirurgicale la profondeur cognitive effective des sujets, \u00e0 observer combien d&rsquo;\u00e9tapes d&rsquo;anticipation r\u00e9cursive ils ex\u00e9cutent r\u00e9ellement et \u00e0 \u00e9valuer la mani\u00e8re dont ils appr\u00e9hendent la rationalit\u00e9 de leurs pairs.<\/p>\n<h2>2. Cadre conceptuel et mod\u00e9lisation formelle du p-beauty contest<\/h2>\n<h3>2.1 Structure math\u00e9matique et espace des strat\u00e9gies<\/h3>\n<p>La mod\u00e9lisation du <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"p\">$p$<\/span>-concours de beaut\u00e9 repose sur une structure strat\u00e9gique compacte et sym\u00e9trique. Soit un ensemble fini de joueurs <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"I = {1, 2, dots, N}\">$I = {1, 2, dots, N}$<\/span> avec <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"N \\geq 3\">$N \\geq 3$<\/span>. L&rsquo;espace des strat\u00e9gies de chaque joueur <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"i in I\">$i in I$<\/span> est un sous-ensemble compact et convexe des nombres r\u00e9els, <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"X_i = [0, M]\">$X_i = [0, M]$<\/span>, o\u00f9 la borne sup\u00e9rieure <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"M\">$M$<\/span> est traditionnellement fix\u00e9e \u00e0 100. La moyenne observ\u00e9e des strat\u00e9gies jou\u00e9es est not\u00e9e <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\\bar{x} = \\frac{1}{N} \\sum_{j=1}^N x_j\">$\\bar{x} = \\frac{1}{N} \\sum_{j=1}^N x_j$<\/span>. La cible \u00e0 atteindre pour maximiser ses chances de victoire s&rsquo;\u00e9tablit \u00e0 <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"C(x) = p \\bar{x}\">$C(x) = p \\bar{x}$<\/span>, avec <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"p in ]0, 1[\">$p in ]0, 1[$<\/span>.<\/p>\n<p>La fonction de paiement attribu\u00e9e \u00e0 chaque joueur refl\u00e8te la proximit\u00e9 m\u00e9trique de son choix par rapport \u00e0 la cible <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"C(x)\">$C(x)$<\/span>. Dans la version comp\u00e9titive standard \u00e0 un seul vainqueur (\u00ab <em>winner-takes-all<\/em> \u00bb), la fonction d&rsquo;utilit\u00e9 esp\u00e9r\u00e9e prend la forme discr\u00e8te suivante :<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-math-display\" data-latex=\"u_i(x_i, x_{-i}) = \\begin{\\cases} \\frac{V}{K} &amp; \\text{si } |x_i - p \\bar{x}| = \\min_{j in I} |x_j - p \\bar{x}| \\ 0 &amp; \\text{sinon} \\end{\\cases}\">$$u_i(x_i, x_{-i}) = \\begin{\\cases} \\frac{V}{K} &#038; \\text{si } |x_i &#8211; p \\bar{x}| = \\min_{j in I} |x_j &#8211; p \\bar{x}| \\ 0 &#038; \\text{sinon} \\end{\\cases}$$<\/span><\/p>\n<p>o\u00f9 <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"V\">$V$<\/span> repr\u00e9sente la dotation mon\u00e9taire totale allou\u00e9e au tour et <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"K\">$K$<\/span> d\u00e9signe le nombre de participants r\u00e9alisant la distance minimale conjointe. Dans d&rsquo;autres variantes th\u00e9oriques et exp\u00e9rimentales, notamment explor\u00e9es pour affiner l&rsquo;analyse \u00e9conom\u00e9trique des r\u00e9ponses continues, on utilise une fonction de gain continue quadratique : <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"u_i(x_i, x_{-i}) = V - c (x_i - p \\bar{x})^2\">$u_i(x_i, x_{-i}) = V &#8211; c (x_i &#8211; p \\bar{x})^2$<\/span>, p\u00e9nalisant proportionnellement la d\u00e9viation par rapport \u00e0 la valeur cible. L&rsquo;analyse des incitations financi\u00e8res d\u00e9montre que chaque participant a une incitation mon\u00e9taire pure \u00e0 minimiser l&rsquo;\u00e9cart absolu <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"|x_i - p \\bar{x}|\">$|x_i &#8211; p \\bar{x}|$<\/span>, ce qui subordonne enti\u00e8rement le choix individuel \u00e0 la pr\u00e9diction de la distribution des choix d&rsquo;autrui.<\/p>\n<h3>2.2 L&rsquo;\u00e9limination it\u00e9rative des strat\u00e9gies domin\u00e9es<\/h3>\n<p>L&rsquo;une des propri\u00e9t\u00e9s les plus fascinantes du <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"p\">$p$<\/span>-concours de beaut\u00e9 pour <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"p in ]0, 1[\">$p in ]0, 1[$<\/span> r\u00e9side dans sa r\u00e9solution par le concept math\u00e9matique d&rsquo;\u00e9limination it\u00e9rative des strat\u00e9gies strictement domin\u00e9es (IESDS). Consid\u00e9rons le cas classique o\u00f9 <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"p = 2\/3\">$p = 2\/3$<\/span> et l&rsquo;espace de choix est <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"[0, 100]\">$[0, 100]$<\/span>.<\/p>\n<p>\u00c0 la premi\u00e8re \u00e9tape de raisonnement d\u00e9ductif, un joueur rationnel constate que m\u00eame si l&rsquo;ensemble des participants choisissait la borne sup\u00e9rieure maximale, soit 100, la moyenne maximale concevable serait de 100. Par cons\u00e9quent, la cible <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"2\/3 \\times 100\">$2\/3 \\times 100$<\/span> ne pourrait en aucun cas exc\u00e9der $66,67$. Choisir un nombre strictement sup\u00e9rieur \u00e0 $66,67$ est une strat\u00e9gie domin\u00e9e, car un tel choix se situe syst\u00e9matiquement plus loin de la cible que la valeur $66,67$ elle-m\u00eame, quelle que soit la combinaison des choix des autres joueurs. Tout agent rationnel au premier degr\u00e9 \u00e9limine donc l&rsquo;intervalle <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"]66,67 ; 100]\">$]66,67 ; 100]$<\/span>. L&rsquo;espace strat\u00e9gique viable se restreint d\u00e9sormais \u00e0 <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"[0 ; 66,67]\">$[0 ; 66,67]$<\/span>.<\/p>\n<p>\u00c0 la deuxi\u00e8me \u00e9tape, si tous les participants sont rationnels et savent mutuellement que les autres le sont \u00e9galement (rationalit\u00e9 de second ordre), aucun ne jouera au-dessus de $66,67$. D\u00e8s lors, la moyenne maximale th\u00e9orique du groupe devient $66,67$. La cible maximale possible est donc d\u00e9sormais de <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"2\/3 \\times 66,67 = 44,44\">$2\/3 \\times 66,67 = 44,44$<\/span>. L&rsquo;intervalle <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"]44,44 ; 66,67]\">$]44,44 ; 66,67]$<\/span> est \u00e0 son tour \u00e9limin\u00e9 par dominance it\u00e9rative. En it\u00e9rant ce processus de raisonnement r\u00e9cursif jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;infini :<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-math-display\" data-latex=\"\\lim_{k to \\infty} 100 \\cdot p^k = 0 \\quad (\\text{pour } |p| &lt; 1)\">$$\\lim_{k to \\infty} 100 \\cdot p^k = 0 \\quad (\\text{pour } |p| < 1)$$<\/span><\/p>\n<p>Le point fixe unique issu de cette cha\u00eene d\u00e9ductive infinie est <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"x^* = 0\">$x^* = 0$<\/span>. Il constitue le seul et unique \u00e9quilibre de Nash en strat\u00e9gies pures du jeu. Pour que cet \u00e9quilibre se r\u00e9alise empiriquement d&#8217;embl\u00e9e, une condition th\u00e9orique tr\u00e8s stricte est indispensable : la <strong>connaissance commune de la rationalit\u00e9<\/strong> (<em>Common Knowledge of Rationality<\/em>, CKR). Il ne suffit pas que chaque individu soit rationnel ; il faut que chacun sache que les autres sont rationnels, sache que les autres savent que chacun est rationnel, et ainsi de suite \u00e0 l&rsquo;infini.<\/p>\n<h3>2.3 Rupture entre \u00e9quilibre th\u00e9orique et observation comportementale<\/h3>\n<p>D\u00e8s les premi\u00e8res sessions exp\u00e9rimentales conduites par Nagel, puis r\u00e9pliqu\u00e9es et \u00e9tendues dans les laboratoires de Zurich par Fehr et ses collaborateurs, la pr\u00e9diction normative de l&rsquo;\u00e9quilibre de Nash a \u00e9t\u00e9 m\u00e9thodiquement r\u00e9fut\u00e9e sur le plan descriptif. Les sujets humains plac\u00e9s pour la premi\u00e8re fois face \u00e0 ce jeu (d\u00e9cisions dites \u00ab <em>one-shot<\/em> \u00bb ou lors de la p\u00e9riode initiale) ne jouent pratiquement jamais z\u00e9ro. La distribution des choix r\u00e9els ne s&rsquo;effondre pas sur le point fixe math\u00e9matique, mais s&rsquo;\u00e9parpille de mani\u00e8re frappante sur l&rsquo;ensemble du spectre de l&rsquo;intervalle <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"[0, 100]\">$[0, 100]$<\/span>, avec une moyenne empirique oscillant classiquement entre 25 et 40.<\/p>\n<p>Cette divergence majeure ne r\u00e9sulte pas d&rsquo;une incompr\u00e9hension math\u00e9matique banale ou d&rsquo;une incapacit\u00e9 cognitive pure et simple chez tous les sujets. Elle d\u00e9coule d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 fondamentale de l&rsquo;interaction strat\u00e9gique : la rationalit\u00e9 individuelle optimale d\u00e9pend intrins\u00e8quement des croyances subjectives sur le comportement effectif d&rsquo;autrui. Si un joueur dot\u00e9 d&rsquo;une rationalit\u00e9 parfaite et d&rsquo;une ma\u00eetrise absolue de la th\u00e9orie des jeux est conscient que ses adversaires ne raisonnent qu&rsquo;\u00e0 un ou deux niveaux d&rsquo;anticipation, choisir 0 constitue la pire des strat\u00e9gies possibles, garantissant une d\u00e9faite certaine. \u00catre rationnel en environnement strat\u00e9gique r\u00e9el n&rsquo;exige pas de jouer l&rsquo;\u00e9quilibre th\u00e9orique absolu, mais d&rsquo;anticiper avec exactitude l&rsquo;irrationalit\u00e9 ou la rationalit\u00e9 born\u00e9e du groupe.<\/p>\n<h2>3. Les contributions sp\u00e9cifiques d&rsquo;Ernst Fehr et Simon G\u00e4chter<\/h2>\n<h3>3.1 Int\u00e9gration de la r\u00e9ciprocit\u00e9 et des pr\u00e9f\u00e9rences sociales<\/h3>\n<p>L&rsquo;apport fondamental d&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.jstor.org\/stable\/2646969\">Ernst Fehr et Simon G\u00e4chter<\/a> \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie contemporaine est indissociable de leur th\u00e9orie des pr\u00e9f\u00e9rences sociales, illustr\u00e9e notamment par leurs travaux pionniers sur les m\u00e9canismes de punition altruiste dans les dilemmes sociaux et le jeu des biens publics. Lorsqu&rsquo;ils se sont pench\u00e9s sur les jeux de coordination strat\u00e9gique pure et les concours d&rsquo;anticipation comme le <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"p\">$p$<\/span>-concours de beaut\u00e9, leur premier imp\u00e9ratif a \u00e9t\u00e9 de distinguer formellement les composantes de la rationalit\u00e9 cognitive de celles li\u00e9es aux motivations prosociales et distributives.<\/p>\n<p>Dans les jeux de dilemmes sociaux, comme le jeu de la confiance ou du bien public, une d\u00e9cision qui s&rsquo;\u00e9carte de l&rsquo;\u00e9quilibre n\u00e9oclassique peut r\u00e9sulter soit de la bienveillance, soit de la r\u00e9ciprocit\u00e9, soit de la crainte d&rsquo;injustice, soit d&rsquo;une d\u00e9faillance cognitive. La force du <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"p\">$p$<\/span>-concours de beaut\u00e9 r\u00e9side dans sa structure de jeu non coop\u00e9ratif comp\u00e9titif \u00e0 somme nulle (ou presque nulle en cas de partage des gains). Les consid\u00e9rations de justice distributive, d&rsquo;iniquit\u00e9 ou de r\u00e9ciprocit\u00e9 morale y sont quasi neutralis\u00e9es : aucun joueur n&rsquo;a d&rsquo;incitation \u00e0 coop\u00e9rer pour augmenter le surplus social total, car la cagnotte mon\u00e9taire est fixe. Ainsi, Fehr et G\u00e4chter ont pu utiliser le concours de beaut\u00e9 comme un \u00e9talon de mesure exp\u00e9rimental \u00ab \u00e9pur\u00e9 \u00bb, permettant d&rsquo;\u00e9valuer la profondeur du raisonnement strat\u00e9gique individuel ind\u00e9pendamment des biais prosociaux qui pr\u00e9valent dans les jeux de r\u00e9ciprocit\u00e9.<\/p>\n<h3>3.2 Rigueur m\u00e9thodologique et protocoles exp\u00e9rimentaux zurichois<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00c9cole exp\u00e9rimentale de Zurich s&rsquo;est distingu\u00e9e par l&rsquo;\u00e9laboration de standards m\u00e9thodologiques extr\u00eamement rigoureux, dont Fehr et G\u00e4chter ont \u00e9t\u00e9 les architectes majeurs. Confront\u00e9s au scepticisme r\u00e9current des \u00e9conomistes orthodoxes concernant la validit\u00e9 des exp\u00e9riences de laboratoire, ils ont syst\u00e9matis\u00e9 des protocoles garantissant une \u00e9limination scrupuleuse de tout biais d&rsquo;amor\u00e7age ou d&rsquo;exp\u00e9rimentateur.<\/p>\n<p>Dans les exp\u00e9rimentations zurichoises du jeu du concours de beaut\u00e9, les instructions distribu\u00e9es aux participants sont int\u00e9gralement r\u00e9dig\u00e9es dans un langage rigoureusement neutre, interdisant l&rsquo;usage de termes suggestifs tels que \u00ab concours \u00bb, \u00ab sp\u00e9culation \u00bb, \u00ab beaut\u00e9 \u00bb ou \u00ab cible id\u00e9ale \u00bb. Les d\u00e9cisions s&rsquo;op\u00e8rent sous des conditions strictes d&rsquo;anonymat en double aveugle (<em>double-blind protocol<\/em>) : aucun sujet ne sait contre qui il joue, et l&rsquo;exp\u00e9rimentateur ne peut relier personnellement l&rsquo;identit\u00e9 d&rsquo;un sujet \u00e0 ses d\u00e9cisions strat\u00e9giques lors du paiement en esp\u00e8ces. De surcro\u00eet, Fehr et son \u00e9quipe ont g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 l&rsquo;usage du logiciel exp\u00e9rimental d\u00e9di\u00e9 <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.ztree.uzh.ch\/\">z-Tree<\/a> (<em>Zurich Toolbox for Readymade Economic Experiments<\/em>), d\u00e9velopp\u00e9 par Urs Fischbacher. Cette plateforme informatique garantit une synchronisation parfaite des d\u00e9cisions, un enregistrement millim\u00e9tr\u00e9 des temps de latence et de d\u00e9lib\u00e9ration, ainsi qu&rsquo;une transparence totale sur l&rsquo;ex\u00e9cution des paiements financiers effectifs, proportionnels aux performances strat\u00e9giques r\u00e9elles des participants.<\/p>\n<h3>3.3 Apports \u00e9pist\u00e9mologiques aux limites de la rationalit\u00e9 collective<\/h3>\n<p>Sur le plan \u00e9pist\u00e9mologique, la r\u00e9flexion de Fehr et G\u00e4chter s&rsquo;inscrit en rupture avec l&rsquo;approche d\u00e9ductive r\u00e9ductionniste. Leurs observations dans le cadre du concours de beaut\u00e9 et des structures interactives connexes d\u00e9montrent qu&rsquo;un mod\u00e8le \u00e9conomique pr\u00e9dictif doit obligatoirement int\u00e9grer une pluralit\u00e9 de types comportementaux au sein de la population. L&rsquo;\u00e9chec de la coordination vers l&rsquo;\u00e9quilibre de Nash \u00e0 z\u00e9ro n&rsquo;est pas interpr\u00e9t\u00e9 comme un simple r\u00e9sidu d&rsquo;incomp\u00e9tence cognitive, mais comme la manifestation d&rsquo;une rationalit\u00e9 strat\u00e9gique de second ordre.<\/p>\n<p>Dans cette perspective, un individu ultra-rationnel a l&rsquo;obligation \u00e9pist\u00e9mique d&rsquo;internaliser l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 cognitive de ses cong\u00e9n\u00e8res pour d\u00e9terminer sa meilleure r\u00e9ponse. Fehr et G\u00e4chter ont contribu\u00e9 \u00e0 \u00e9tablir une distinction nette entre deux dimensions de la pens\u00e9e strat\u00e9gique : la rationalit\u00e9 calculatoire propre de l&rsquo;agent (sa capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9duire la s\u00e9quence logique des strat\u00e9gies domin\u00e9es) et sa th\u00e9orie de l&rsquo;esprit (son appr\u00e9ciation de la distribution des comp\u00e9tences cognitives des autres acteurs). Cette double composante est devenue la pierre angulaire de la macro\u00e9conomie comportementale moderne, fournissant une passerelle conceptuelle rigoureuse entre les observations micro\u00e9conomiques en laboratoire et les mouvements erratiques agr\u00e9g\u00e9s des march\u00e9s financiers globaux.<\/p>\n<h2>4. Le mod\u00e8le des niveaux de raisonnement cognitif (Level-k et Cognitive Hierarchy)<\/h2>\n<h3>4.1 Architecture fondamentale du mod\u00e8le Level-k<\/h3>\n<p>Pour formaliser la dispersion empirique des choix observ\u00e9s lors des exp\u00e9rimentations du concours de beaut\u00e9, la th\u00e9orie \u00e9conomique s&rsquo;est enrichie du mod\u00e8le <em>Level-k<\/em> (niveaux de raisonnement), initialement esquiss\u00e9 par Rosemarie Nagel et formalis\u00e9 en profondeur par Dale Stahl, Paul Wilson, Vincent Crawford et Miguel Costa-Gomes. Cette architecture th\u00e9orique postule que la population n&rsquo;est pas homog\u00e8ne, mais stratifi\u00e9e selon diff\u00e9rents paliers discrets de profondeur cognitive.<\/p>\n<p>Le point de d\u00e9part du mod\u00e8le repose sur le <strong>Niveau 0 (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"L0\">$L0$<\/span>)<\/strong>. L&rsquo;agent de niveau z\u00e9ro repr\u00e9sente un d\u00e9cideur na\u00eff ou totalement non strat\u00e9gique. Il ne formule aucune conjecture sur le comportement des autres joueurs et s\u00e9lectionne son nombre de mani\u00e8re purement al\u00e9atoire, g\u00e9n\u00e9ralement selon une loi de probabilit\u00e9 uniforme continue sur l&rsquo;intervalle <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"[0, 100]\">$[0, 100]$<\/span>. D\u00e8s lors, l&rsquo;esp\u00e9rance math\u00e9matique de son choix est donn\u00e9e par :<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-math-display\" data-latex=\"E[x^{L0}] = \\int_0^{100} x \\cdot \\frac{1}{100} , dx = 50\">$$E[x^{L0}] = \\int_0^{100} x \\cdot \\frac{1}{100} , dx = 50$$<\/span><\/p>\n<p>L&rsquo;agent de <strong>Niveau 1 (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"L1\">$L1$<\/span>)<\/strong> int\u00e8gre un premier palier de sophistication strat\u00e9gique : il formule l&rsquo;hypoth\u00e8se explicite que tous les autres participants sont des agents de niveau 0. Sa meilleure r\u00e9ponse face \u00e0 cette croyance consiste \u00e0 choisir un nombre \u00e9gal \u00e0 la fraction <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"p\">$p$<\/span> de l&rsquo;esp\u00e9rance math\u00e9matique des agents <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"L0\">$L0$<\/span>. Pour la valeur usuelle <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"p = 2\/3\">$p = 2\/3$<\/span>, le joueur <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"L1\">$L1$<\/span> s\u00e9lectionne syst\u00e9matiquement :<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-math-display\" data-latex=\"x^{L1} = \\frac{2}{3} \\times 50 \\approx 33,33\">$$x^{L1} = \\frac{2}{3} \\times 50 \\approx 33,33$$<\/span><\/p>\n<p>L&rsquo;agent de <strong>Niveau 2 (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"L2\">$L2$<\/span>)<\/strong> op\u00e8re un cran d&rsquo;it\u00e9ration suppl\u00e9mentaire. Il formule la croyance que l&rsquo;ensemble de ses opposants est constitu\u00e9 d&rsquo;individus de niveau 1. En cons\u00e9quence, sa meilleure r\u00e9ponse math\u00e9matique s&rsquo;obtient en appliquant de nouveau le param\u00e8tre multiplicateur <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"p\">$p$<\/span> \u00e0 la d\u00e9cision qu&rsquo;il anticipe chez les agents <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"L1\">$L1$<\/span> :<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-math-display\" data-latex=\"x^{L2} = \\frac{2}{3} \\times 33,33 = \\left(\\frac{2}{3}\\right)^2 \\times 50 \\approx 22,22\">$$x^{L2} = \\frac{2}{3} \\times 33,33 = \\left(\\frac{2}{3}\\right)^2 \\times 50 \\approx 22,22$$<\/span><\/p>\n<p>De mani\u00e8re s\u00e9quentielle, un agent de niveau arbitraire <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"k\">$k$<\/span> (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"Lk\">$Lk$<\/span>) assume que tous les autres comp\u00e9titeurs appartiennent strictement au palier imm\u00e9diatement inf\u00e9rieur (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"k-1\">$k-1$<\/span>). Sa strat\u00e9gie d\u00e9terministe est formellement exprim\u00e9e par l&rsquo;\u00e9quation g\u00e9om\u00e9trique :<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-math-display\" data-latex=\"x^{Lk} = p^k \\times 50\">$$x^{Lk} = p^k \\times 50$$<\/span><\/p>\n<p>Lorsque <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"k\">$k$<\/span> tend vers l&rsquo;infini (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"L\\infty\">$L\\infty$<\/span>), le choix converge asymptotiquement vers z\u00e9ro, rejoignant l&rsquo;\u00e9quilibre n\u00e9oclassique de Nash. Le mod\u00e8le <em>Level-k<\/em> permet ainsi d&rsquo;expliquer math\u00e9matiquement pourquoi des choix strictement positifs ne sont pas le fruit du hasard, mais la signature directe d&rsquo;un niveau sp\u00e9cifique de raisonnement it\u00e9ratif.<\/p>\n<h3>4.2 Le mod\u00e8le de hi\u00e9rarchie cognitive (Camerer, Ho et Chong)<\/h3>\n<p>Bien que le mod\u00e8le <em>Level-k<\/em> standard pr\u00e9sente une \u00e9l\u00e9gance d\u00e9ductive ind\u00e9niable, il souffre d&rsquo;une restriction comportementale s\u00e9v\u00e8re : il suppose qu&rsquo;un joueur de niveau <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"k\">$k$<\/span> s&rsquo;imagine \u00eatre le seul \u00eatre sup\u00e9rieur au monde, persuad\u00e9 que l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de ses rivaux se trouve cantonn\u00e9e au niveau <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"k-1\">$k-1$<\/span>. Pour corriger cette hypoth\u00e8se peu r\u00e9aliste, <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/academic.oup.com\/qje\/article-abstract\/119\/3\/861\/1938834\">Colin Camerer, Teck-Hua Ho et Juin-Kuan Chong (2004)<\/a> ont con\u00e7u le mod\u00e8le de \u00ab hi\u00e9rarchie cognitive \u00bb (<em>Cognitive Hierarchy Model<\/em>).<\/p>\n<p>Dans ce cadre analytique enrichi, un agent de niveau <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"k\">$k$<\/span> ne suppose plus que ses adversaires sont tous de niveau <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"k-1\">$k-1$<\/span>. Il comprend que la population est compos\u00e9e d&rsquo;un m\u00e9lange h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne de diff\u00e9rents niveaux cognitifs, allant du niveau 0 jusqu&rsquo;au niveau <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"k-1\">$k-1$<\/span>. Cependant, en raison d&rsquo;une limite cognitive intrins\u00e8que, il est incapable de concevoir que d&rsquo;autres agents puissent poss\u00e9der un niveau de r\u00e9flexion \u00e9gal ou sup\u00e9rieur au sien. La distribution des types cognitifs au sein de la population g\u00e9n\u00e9rale est mod\u00e9lis\u00e9e empiriquement par une <strong>loi de Poisson<\/strong> de param\u00e8tre <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"tau\">$tau$<\/span> (tau) :<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-math-display\" data-latex=\"f(m) = \\frac{e^{-\\tau} \\tau^m}{m!}\">$$f(m) = \\frac{e^{-\\tau} \\tau^m}{m!}$$<\/span><\/p>\n<p>Un joueur de type <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"k\">$k$<\/span> recalibre cette distribution sur l&rsquo;espace des niveaux qu&rsquo;il est capable de percevoir ($m < k<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"). La probabilit\u00e9 relative conditionnelle qu&#039;il attribue \u00e0 la pr\u00e9sence d&#039;un agent de niveau\">$). La probabilit\u00e9 relative conditionnelle qu&rsquo;il attribue \u00e0 la pr\u00e9sence d&rsquo;un agent de niveau$<\/span>m$ s&rsquo;\u00e9crit :<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-math-display\" data-latex=\"g_k(m) = \\frac{f(m)}{\\sum_{l=0}^{k-1} f(l)} \\quad \\text{pour tout } m &lt; k\">$$g_k(m) = \\frac{f(m)}{\\sum_{l=0}^{k-1} f(l)} \\quad \\text{pour tout } m < k$$<\/span><\/p>\n<p>L&rsquo;agent de niveau <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"k\">$k$<\/span> calcule ensuite l&rsquo;esp\u00e9rance de la moyenne globale en pond\u00e9rant les d\u00e9cisions optimales pr\u00e9dites pour chaque niveau sous-jacent <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"x^m\">$x^m$<\/span> par leurs probabilit\u00e9s subjectives respectives, puis joue la fraction <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"p\">$p$<\/span> de cette esp\u00e9rance agr\u00e9g\u00e9e :<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-math-display\" data-latex=\"x^k = p \\sum_{m=0}^{k-1} g_k(m) x^m\">$$x^k = p \\sum_{m=0}^{k-1} g_k(m) x^m$$<\/span><\/p>\n<p>L&rsquo;estimation \u00e9conom\u00e9trique du param\u00e8tre <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"tau\">$tau$<\/span> \u00e0 partir d&rsquo;une quantit\u00e9 impressionnante de donn\u00e9es exp\u00e9rimentales transversales issues de multiples laboratoires internationaux fait ressortir une r\u00e9gularit\u00e9 frappante : la valeur de <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"tau\">$tau$<\/span> oscille de mani\u00e8re robuste autour d&rsquo;une m\u00e9diane situ\u00e9e entre $1,5$ et $2,5$. Une valeur moyenne de <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\\tau \\approx 1,5\">$\\tau \\approx 1,5$<\/span> signifie qu&rsquo;en moyenne, les \u00eatres humains s&rsquo;engagent dans un niveau et demi de raisonnement strat\u00e9gique it\u00e9ratif. Ce param\u00e8tre unique suffit \u00e0 capturer remarquablement bien l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 comportementale r\u00e9elle au sein d&rsquo;une cohorte sans faire appel \u00e0 des hypoth\u00e8ses ad hoc.<\/p>\n<h3>4.3 Identification empirique des paliers de r\u00e9flexion<\/h3>\n<p>Lorsque l&rsquo;on trace l&rsquo;histogramme des d\u00e9cisions formul\u00e9es lors de parties non r\u00e9p\u00e9t\u00e9es du <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"p\">$p$<\/span>-concours de beaut\u00e9 (avec <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"p = 2\/3\">$p = 2\/3$<\/span>), les donn\u00e9es exp\u00e9rimentales ne forment pas une courbe de Gauss continue ou un \u00e9talement al\u00e9atoire. On observe au contraire une s\u00e9rie d&rsquo;agr\u00e9gations statistiques spectaculaires, formant des pics de fr\u00e9quence bien distincts autour de valeurs num\u00e9riques sp\u00e9cifiques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Pic \u00e0 50 :<\/strong> Choix na\u00eff correspondant aux sujets de niveau <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"L0\">$L0$<\/span> ou \u00e0 des sujets s&rsquo;ancrant sur le milieu de l&rsquo;intervalle sans appliquer l&rsquo;op\u00e9rateur multiplicatif.<\/li>\n<li><strong>Pic \u00e0 33,3 :<\/strong> Signature \u00e9clatante des sujets de niveau <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"L1\">$L1$<\/span>, qui calculent <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"2\/3 \\times 50\">$2\/3 \\times 50$<\/span>.<\/li>\n<li><strong>Pic \u00e0 22,2 :<\/strong> Manifestation des sujets de niveau <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"L2\">$L2$<\/span>, calculant <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"2\/3 \\times 33,3\">$2\/3 \\times 33,3$<\/span>.<\/li>\n<li><strong>Pic r\u00e9siduel entre 14 et 15 :<\/strong> Correspondant au niveau <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"L3\">$L3$<\/span> (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"2\/3 \\times 22,2 \\approx 14,8\">$2\/3 \\times 22,2 \\approx 14,8$<\/span>).<\/li>\n<li><strong>Pic secondaire \u00e0 0 (ou 1) :<\/strong> Repr\u00e9sentant les sujets hyper-rationnels ayant identifi\u00e9 l&rsquo;\u00e9quilibre de Nash, mais ayant \u00e9chou\u00e9 \u00e0 int\u00e9grer la rationalit\u00e9 born\u00e9e d&rsquo;autrui dans leur d\u00e9cision finale.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ce patron de dispersion empirique se r\u00e9v\u00e8le d&rsquo;une stabilit\u00e9 transculturelle et temporelle saisissante. Que l&rsquo;exp\u00e9rience soit men\u00e9e aupr\u00e8s d&rsquo;\u00e9tudiants suisses, d&rsquo;analystes financiers am\u00e9ricains, de citoyens espagnols ou de m\u00e9nages allemands, la proportion cumul\u00e9e de sujets se classant dans les paliers <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"L1\">$L1$<\/span> et <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"L2\">$L2$<\/span> d\u00e9passe syst\u00e9matiquement <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"60 %\">$60 %$<\/span> \u00e0 <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"70 %\">$70 %$<\/span> de l&rsquo;\u00e9chantillon total. Les sujets atteignant un niveau strictement sup\u00e9rieur \u00e0 3 sont extraordinairement rares, n&rsquo;exc\u00e9dant presque jamais <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"5 %\">$5 %$<\/span> des participants. Ce plafond cognitif t\u00e9moigne des limites structurelles de la m\u00e9moire de travail et de la charge mentale requise pour op\u00e9rer des conjectures d&rsquo;ordres \u00e9lev\u00e9s.<\/p>\n<h2>5. Dynamiques d&rsquo;apprentissage et convergence vers l&rsquo;\u00e9quilibre<\/h2>\n<h3>5.1 Effets de la r\u00e9p\u00e9tition du jeu sur plusieurs p\u00e9riodes<\/h3>\n<p>Si la th\u00e9orie de la rationalit\u00e9 substantielle \u00e9choue \u00e0 d\u00e9crire le comportement initial des participants lors des parties uniques (\u00ab <em>one-shot<\/em> \u00bb), qu&rsquo;advient-il lorsque le jeu du concours de beaut\u00e9 est r\u00e9p\u00e9t\u00e9 sur plusieurs p\u00e9riodes successives avec le m\u00eame groupe de participants ? Les protocoles exp\u00e9rimentaux mis en place par Fehr, G\u00e4chter et leurs contemporains apportent une r\u00e9ponse sans ambigu\u00eft\u00e9 : la r\u00e9p\u00e9tition du jeu d\u00e9clenche un processus d&rsquo;apprentissage dynamique qui pousse inexorablement les d\u00e9cisions du groupe vers le point fixe de Nash \u00e0 z\u00e9ro.<\/p>\n<p>Lors d&rsquo;une exp\u00e9rience typique r\u00e9p\u00e9t\u00e9e sur 5 \u00e0 10 p\u00e9riodes, o\u00f9 chaque participant est inform\u00e9 \u00e0 la fin de chaque tour de la moyenne collective effective et de la valeur de la cible victorieuse, on observe une \u00e9rosion s\u00e9quentielle continue des moyennes. D\u00e8s la deuxi\u00e8me p\u00e9riode, la moyenne chute drastiquement pour s&rsquo;\u00e9tablir autour de 15 \u00e0 20 ; \u00e0 la quatri\u00e8me p\u00e9riode, elle descend sous la barre des 5, pour converger vers des valeurs infinit\u00e9simales (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"x_i \\approx 0\">$x_i \\approx 0$<\/span> ou $1$) lors des derni\u00e8res manches. Cette trajectoire descendante montre que les agents r\u00e9ajustent continuellement leurs anticipations. N\u00e9anmoins, ce processus ne rel\u00e8ve pas d&rsquo;une illumination d\u00e9ductive instantan\u00e9e sur la structure math\u00e9matique du jeu, mais plut\u00f4t d&rsquo;un ajustement adaptatif progressif face aux r\u00e9alisations empiriques pass\u00e9es.<\/p>\n<h3>5.2 Mod\u00e9lisation de l&rsquo;apprentissage par renforcement et Experience-Weighted Attraction (EWA)<\/h3>\n<p>Pour formaliser math\u00e9matiquement cette dynamique d&rsquo;ajustement temporel vers l&rsquo;\u00e9quilibre, l&rsquo;\u00e9conomie comportementale mobilise le mod\u00e8le <strong>EWA<\/strong> (<em>Experience-Weighted Attraction<\/em>), \u00e9labor\u00e9 par <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/onlinelibrary.wiley.com\/doi\/abs\/10.1111\/1468-0262.00054\">Colin Camerer et Teck-Hua Ho (1999)<\/a>. Ce mod\u00e8le synth\u00e9tise et d\u00e9passe l&rsquo;opposition historique entre les mod\u00e8les d&rsquo;apprentissage par pur renforcement (o\u00f9 seules les strat\u00e9gies ayant effectivement rapport\u00e9 un gain voient leur probabilit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre rejou\u00e9es augmenter) et les mod\u00e8les d&rsquo;apprentissage par les croyances ou jeux fictifs (<em>fictitious play<\/em>, o\u00f9 les agents calculent la meilleure r\u00e9ponse \u00e0 la distribution historique des choix adverses).<\/p>\n<p>Dans le formalisme EWA, chaque strat\u00e9gie discr\u00e8te <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"s_i\">$s_i$<\/span> dispose d&rsquo;un niveau d&rsquo;attraction <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"A_i^j(t)\">$A_i^j(t)$<\/span> pour le joueur <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"i\">$i$<\/span> \u00e0 la p\u00e9riode <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"t\">$t$<\/span>. Le m\u00e9canisme central repose sur l&rsquo;actualisation de ces attractions \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un param\u00e8tre <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\\delta\">$\\delta$<\/span> (delta), qui pond\u00e8re les gains contrefactuels : ce que le joueur <em>aurait<\/em> gagn\u00e9 s&rsquo;il avait jou\u00e9 la strat\u00e9gie <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"s_i\">$s_i$<\/span>, alors m\u00eame qu&rsquo;il en a choisi une autre. L&rsquo;\u00e9quation de mise \u00e0 jour des attractions se d\u00e9finit par :<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-math-display\" data-latex=\"A_i^j(t) = \\frac{\\phi \\cdot N(t-1) \\cdot A_i^j(t-1) + \\left[ \\delta + (1 - \\delta) \\cdot \\mathbb{I}(s_i^j, s_i(t)) \\right] \\cdot \\pi_i(s_i^j, s_{-i}(t))}{N(t)}\">$$A_i^j(t) = \\frac{\\phi \\cdot N(t-1) \\cdot A_i^j(t-1) + \\left[ \\delta + (1 &#8211; \\delta) \\cdot \\mathbb{I}(s_i^j, s_i(t)) \\right] \\cdot \\pi_i(s_i^j, s_{-i}(t))}{N(t)}$$<\/span><\/p>\n<p>o\u00f9 <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"phi\">$phi$<\/span> repr\u00e9sente un facteur de d\u00e9pr\u00e9ciation de l&rsquo;exp\u00e9rience pass\u00e9e, <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"N(t)\">$N(t)$<\/span> est une variable d&rsquo;exp\u00e9rience cumulative, <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\\mathbb{I}\">$\\mathbb{I}$<\/span> est la fonction indicatrice du choix effectivement r\u00e9alis\u00e9, et <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\\pi_i\">$\\pi_i$<\/span> est le gain r\u00e9el ou simul\u00e9. La probabilit\u00e9 d&rsquo;adopter une d\u00e9cision particuli\u00e8re lors de la p\u00e9riode suivante est r\u00e9gie par une fonction logistique de type <em>logit<\/em> :<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-math-display\" data-latex=\"P_i^j(t+1) = \\frac{\\exp\\left(\\lambda \\cdot A_i^j(t)\\right)}{\\sum_{k} \\exp\\left(\\lambda \\cdot A_i^k(t)\\right)}\">$$P_i^j(t+1) = \\frac{\\exp\\left(\\lambda \\cdot A_i^j(t)\\right)}{\\sum_{k} \\exp\\left(\\lambda \\cdot A_i^k(t)\\right)}$$<\/span><\/p>\n<p>Le param\u00e8tre de sensibilit\u00e9 <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"lambda\">$lambda$<\/span> capture le degr\u00e9 de rationalit\u00e9 du choix stochastique. Appliqu\u00e9 aux donn\u00e9es du concours de beaut\u00e9, le mod\u00e8le EWA d\u00e9montre une capacit\u00e9 pr\u00e9dictive remarquable : il capture fid\u00e8lement la vitesse \u00e0 laquelle les agents glissent d&rsquo;un palier <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"L1\">$L1$<\/span> vers des paliers <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"L2\">$L2$<\/span>, puis <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"L3\">$L3$<\/span>, en internalisant r\u00e9troactivement le d\u00e9calage syst\u00e9matique entre leur pr\u00e9diction et la cible observ\u00e9e au tour pr\u00e9c\u00e9dent.<\/p>\n<h3>5.3 Robustesse de l&rsquo;apprentissage face aux modifications structurelles<\/h3>\n<p>Une question \u00e9pist\u00e9mologique cruciale explor\u00e9e par les exp\u00e9rimentateurs consiste \u00e0 d\u00e9terminer si la convergence observ\u00e9e vers z\u00e9ro traduit une compr\u00e9hension abstraite et transf\u00e9rable du principe d&rsquo;\u00e9limination des strat\u00e9gies domin\u00e9es, ou si elle ne constitue qu&rsquo;un r\u00e9flexe m\u00e9canique d&rsquo;ajustement \u00e0 la baisse (les agents se contentant de \u00ab baisser leur chiffre \u00bb au tour suivant). Pour trancher ce d\u00e9bat, Fehr, G\u00e4chter et d&rsquo;autres chercheurs ont instaur\u00e9 des chocs structurels inattendus en cours d&rsquo;exp\u00e9rimentation.<\/p>\n<p>Si, apr\u00e8s avoir laiss\u00e9 un groupe converger vers z\u00e9ro avec un param\u00e8tre <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"p = 2\/3\">$p = 2\/3$<\/span>, on r\u00e9initialise brutalement le jeu en fixant <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"p = 4\/3\">$p = 4\/3$<\/span> (o\u00f9 la cible devient sup\u00e9rieure \u00e0 la moyenne), un ph\u00e9nom\u00e8ne spectaculaire de <strong>r\u00e9initialisation cognitive<\/strong> (<em>cognitive reset<\/em>) se produit. Si les sujets avaient internalis\u00e9 la logique math\u00e9matique universelle de l&rsquo;\u00e9limination des strat\u00e9gies domin\u00e9es, ils convergeraient instantan\u00e9ment vers la nouvelle borne d&rsquo;\u00e9quilibre sup\u00e9rieure (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"x^* = 100\">$x^* = 100$<\/span>). Or, les donn\u00e9es empiriques montrent que la cohorte recommence un cycle d&rsquo;ajustement graduel \u00e0 partir de valeurs interm\u00e9diaires, prouvant que l&rsquo;apprentissage est fortement ancr\u00e9 dans le contexte empirique direct plut\u00f4t que dans une illumination math\u00e9matique d\u00e9ductive globale.<\/p>\n<p>De m\u00eame, si l&rsquo;on introduit des participants novices au sein d&rsquo;un groupe ayant d\u00e9j\u00e0 converg\u00e9 vers z\u00e9ro, la moyenne remonte imm\u00e9diatement sous l&rsquo;effet de la dilution de l&rsquo;exp\u00e9rience, obligeant les participants experts \u00e0 r\u00e9ajuster leurs d\u00e9cisions \u00e0 la hausse. Cette observation confirme que la strat\u00e9gie optimale ne s&rsquo;ancre jamais dans l&rsquo;absolu, mais demeure une fonction dynamique perp\u00e9tuelle de la composition sociologique et cognitive du groupe.<\/p>\n<h2>6. Facteurs psychologiques, biais cognitifs et variabilit\u00e9 individuelle<\/h2>\n<h3>6.1 L&rsquo;illusion de contr\u00f4le et le biais de surconfiance<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9cart syst\u00e9matique entre pr\u00e9diction th\u00e9orique et comportement dans le jeu du concours de beaut\u00e9 s&rsquo;enracine profond\u00e9ment dans l&rsquo;architecture psychologique des d\u00e9cideurs. Parmi les distorsions cognitives majeures r\u00e9pertori\u00e9es par Ernst Fehr et les sp\u00e9cialistes de la finance comportementale figure le <strong>biais de surconfiance<\/strong> (<em>overconfidence bias<\/em>), \u00e9troitement articul\u00e9 \u00e0 l&rsquo;illusion de contr\u00f4le. Interrog\u00e9s sur leur probabilit\u00e9 per\u00e7ue de remporter la manche avant la divulgation des r\u00e9sultats, les sujets manifestent en moyenne une certitude subjective d\u00e9mesur\u00e9e, s&rsquo;estimant tr\u00e8s majoritairement plus perspicaces et plus strat\u00e8ges que la m\u00e9diane de leurs pairs.<\/p>\n<p>Cette distorsion d\u00e9bouche sur ce que les \u00e9conomistes appellent la \u00ab mal\u00e9diction de la connaissance \u00bb ou le \u00ab pi\u00e8ge de la sur-sophistication \u00bb. Les individus disposant des plus hautes comp\u00e9tences en logique formelle commettent souvent l&rsquo;erreur psychologique d&rsquo;attribuer aux autres une capacit\u00e9 de raisonnement identique \u00e0 la leur. Convaincus que le groupe va logiquement choisir l&rsquo;\u00e9quilibre de Nash ou un palier \u00e9lev\u00e9 comme <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"L3\">$L3$<\/span>, ils jouent des valeurs tr\u00e8s basses (comme 10 ou 0) et perdent lamentablement face \u00e0 des participants moins sophistiqu\u00e9s qui, en jouant na\u00efvement 33, se retrouvent bien plus proches d&rsquo;une cible r\u00e9elle cal\u00e9e autour de 25. La certitude d&rsquo;avoir raison sur le plan logique aveugle le joueur quant \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;estimer avec r\u00e9alisme les limites cognitives de son environnement social.<\/p>\n<h3>6.2 Ancrage mental et heuristiques de jugement<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse fine des choix initiaux r\u00e9v\u00e8le \u00e9galement l&rsquo;influence pr\u00e9pond\u00e9rante du biais d&rsquo;ancrage et de l&rsquo;heuristique de repr\u00e9sentativit\u00e9, document\u00e9s par Daniel Kahneman et Amos Tversky. Dans la configuration classique du jeu sur l&rsquo;intervalle <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"[0, 100]\">$[0, 100]$<\/span>, le chiffre 50 exerce une attraction psychologique puissante. En tant que milieu g\u00e9om\u00e9trique et arithm\u00e9tique de l&rsquo;espace strat\u00e9gique disponible, 50 constitue l&rsquo;ancre mentale primitive la plus imm\u00e9diatement disponible dans la m\u00e9moire de travail.<\/p>\n<p>De nombreux sujets de niveau <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"L0\">$L0$<\/span> ou <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"L1\">$L1$<\/span> ne s&rsquo;engagent pas dans un calcul d&rsquo;esp\u00e9rance probabiliste rigoureux sur une distribution uniforme, mais s&rsquo;ancrent visuellement sur la valeur centrale 50 pour y appliquer leur \u00e9ventuel coefficient r\u00e9ducteur. De surcro\u00eet, les donn\u00e9es exp\u00e9rimentales d\u00e9montrent une propension syst\u00e9matique des participants \u00e0 privil\u00e9gier les \u00ab chiffres ronds \u00bb (focal points de Schelling), tels que 20, 25, 30 ou 35, plut\u00f4t que les valeurs d\u00e9cimales pr\u00e9cises dict\u00e9es par l&rsquo;application rigoureuse de la formule ($33,33$ ou $22,22$). Cette tendance s&rsquo;accentue dramatiquement lorsque les sujets sont plac\u00e9s sous stress temporel (temps de r\u00e9ponse contraint) ou en \u00e9tat de fatigue cognitive, conditions exp\u00e9rimentales qui provoquent une chute imm\u00e9diate de la profondeur de raisonnement et un repli massif vers les heuristiques d&rsquo;ancrage les plus primaires.<\/p>\n<h3>6.3 Capacit\u00e9s cognitives g\u00e9n\u00e9rales et m\u00e9moire de travail<\/h3>\n<p>Afin d&rsquo;expliquer pourquoi certains individus adoptent spontan\u00e9ment des comportements de niveau <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"L1\">$L1$<\/span>, d&rsquo;autres de niveau <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"L2\">$L2$<\/span>, et une minorit\u00e9 des d\u00e9marches proches de l&rsquo;\u00e9quilibre de Nash, les chercheurs ont soumis les participants \u00e0 des batteries de tests psychom\u00e9triques et cognitifs pr\u00e9alablement au d\u00e9roulement du jeu. L&rsquo;une des corr\u00e9lations les plus robustes identifi\u00e9es dans la litt\u00e9rature concerne le <strong>Test de R\u00e9flexion Cognitive<\/strong> (<em>Cognitive Reflection Test<\/em>, CRT) con\u00e7u par Shane Frederick.<\/p>\n<p>Le CRT mesure la propension d&rsquo;un individu \u00e0 inhiber une r\u00e9ponse intuitive spontan\u00e9e mais erron\u00e9e au profit d&rsquo;une v\u00e9rification d\u00e9lib\u00e9rative et analytique. Les \u00e9tudes d\u00e9montrent une corr\u00e9lation positive tr\u00e8s significative entre un score \u00e9lev\u00e9 au CRT et l&rsquo;appartenance aux paliers de raisonnement <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"L2\">$L2$<\/span> ou sup\u00e9rieurs dans le concours de beaut\u00e9. De m\u00eame, les mesures standardis\u00e9es de la capacit\u00e9 de la m\u00e9moire de travail (telles que l&#8217;empan mn\u00e9sique) et les tests de quotient intellectuel ax\u00e9s sur le raisonnement matriciel abstrait pr\u00e9disent fid\u00e8lement la propension d&rsquo;un sujet \u00e0 s&rsquo;extraire de l&rsquo;ancrage na\u00eff \u00e0 50.<\/p>\n<p>Cependant, l&rsquo;intelligence purement calculatoire ne constitue pas la variable explicative ultime. L&rsquo;aptitude dite de \u00ab mentalisation \u00bb ou <strong>Th\u00e9orie de l&rsquo;Esprit<\/strong> (<em>Theory of Mind<\/em>), traditionnellement mesur\u00e9e par le test de lecture de l&rsquo;esprit dans les yeux (<em>Reading the Mind in the Eyes Test<\/em>), s&rsquo;av\u00e8re indispensable. Un joueur dot\u00e9 de capacit\u00e9s math\u00e9matiques exceptionnelles mais incapable de mentaliser les repr\u00e9sentations d&rsquo;autrui tendra \u00e0 jouer l&rsquo;\u00e9quilibre th\u00e9orique (0) de mani\u00e8re autistique, ignorant le d\u00e9calage comportemental de ses rivaux. \u00c0 l&rsquo;inverse, les sujets combinant un score \u00e9lev\u00e9 au CRT et d&rsquo;excellentes aptitudes de th\u00e9orie de l&rsquo;esprit ciblent avec une exactitude chirurgicale la valeur modale r\u00e9elle du groupe (autour de 22-25), r\u00e9alisant ainsi les gains mon\u00e9taires les plus substantiels.<\/p>\n<h2>7. Variations exp\u00e9rimentales : Enjeux mon\u00e9taires, information et taille de groupe<\/h2>\n<h3>7.1 Sensibilit\u00e9 aux incitations financi\u00e8res et structures de r\u00e9mun\u00e9ration<\/h3>\n<p>Une critique r\u00e9currente formul\u00e9e par l&rsquo;orthodoxie \u00e9conomique \u00e0 l&rsquo;encontre des r\u00e9sultats de l&rsquo;\u00e9conomie comportementale concerne l&rsquo;impact des incitations p\u00e9cuniaires : les d\u00e9viations par rapport \u00e0 la rationalit\u00e9 parfaite ne dispara\u00eetraient-elles pas si les gains en jeu devenaient suffisamment \u00e9lev\u00e9s ? Pour tester cette hypoth\u00e8se, des chercheurs ont conduit des variantes du concours de beaut\u00e9 en manipulant drastiquement les \u00e9chelles de r\u00e9tribution mon\u00e9taire, allant de la participation b\u00e9n\u00e9vole \u00e0 des r\u00e9tributions \u00e9quivalant \u00e0 plusieurs semaines de salaire pour les vainqueurs.<\/p>\n<p>Les r\u00e9sultats empiriques issus de ces protocoles d\u00e9montrent ce que Colin Camerer et Robin Hogarth ont formalis\u00e9 sous le terme de paradoxe de l&rsquo;efficacit\u00e9 des incitations. Si l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation des montants financiers r\u00e9duit incontestablement le bruit statistique, \u00e9limine les comportements purement erratiques ou d\u00e9sinvoltes et accro\u00eet le temps moyen de d\u00e9lib\u00e9ration des sujets devant leurs \u00e9crans, elle <strong>ne modifie pas structurellement la distribution des niveaux de raisonnement initiaux<\/strong>. Des enjeux financiers colossaux ne permettent pas magiquement \u00e0 un joueur d&rsquo;ex\u00e9cuter cinq niveaux d&rsquo;anticipation r\u00e9cursive s&rsquo;il ne poss\u00e8de pas l&rsquo;architecture cognitive n\u00e9cessaire, pas plus qu&rsquo;un prix d&rsquo;un million d&rsquo;euros ne permettrait \u00e0 un joueur d&rsquo;\u00e9checs amateur de vaincre un grand ma\u00eetre international. De surcro\u00eet, la structure de paiement influence les comportements : un sch\u00e9ma \u00ab le vainqueur rafle tout \u00bb (<em>winner-takes-all<\/em>) incite \u00e0 une prise de risque sp\u00e9culative plus forte qu&rsquo;un syst\u00e8me p\u00e9nalisant proportionnellement l&rsquo;erreur quadratique, ce dernier poussant les d\u00e9cisions vers un resserrement plus prudent autour de la moyenne estim\u00e9e.<\/p>\n<h3>7.2 Influence de la taille et de la composition du groupe<\/h3>\n<p>La morphologie des groupes exp\u00e9rimentaux constitue un autre param\u00e8tre strat\u00e9gique d\u00e9terminant dans la dynamique du <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"p\">$p$<\/span>-concours de beaut\u00e9. Sur le plan th\u00e9orique formel, la taille du groupe modifie l\u00e9g\u00e8rement la fonction d&rsquo;influence marginale de la d\u00e9cision individuelle sur la moyenne agr\u00e9g\u00e9e : dans un micro-groupe compos\u00e9 de 3 individus, le choix propre d&rsquo;un joueur compte pour un tiers entier de la moyenne, offrant une capacit\u00e9 d&rsquo;auto-r\u00e9alisation partielle de la cible :<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-math-display\" data-latex=\"\\frac{\\partial \\bar{x}}{\\partial x_i} = \\frac{1}{N}\">$$\\frac{\\partial \\bar{x}}{\\partial x_i} = \\frac{1}{N}$$<\/span><\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, au sein d&rsquo;un macro-groupe rassemblant plusieurs dizaines ou centaines de participants, cette influence marginale devient infinit\u00e9simale (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\\frac{1}{N} to 0\">$\\frac{1}{N} to 0$<\/span>), accentuant le sentiment de dilution individuelle et \u00e9liminant tout comportement de manipulation strat\u00e9gique directe du d\u00e9nominateur. Les exp\u00e9riences de laboratoire montrent que les micro-groupes convergent plus lentement vers l&rsquo;\u00e9quilibre de Nash, pr\u00e9cis\u00e9ment parce que les joueurs tentent d&rsquo;int\u00e9grer l&rsquo;impact m\u00e9canique de leur propre proposition sur la moyenne g\u00e9n\u00e9rale. Par ailleurs, la composition sociologique ou institutionnelle annonc\u00e9e du groupe transforme radicalement les croyances a priori : si les participants sont inform\u00e9s qu&rsquo;ils jouent exclusivement contre des professeurs de math\u00e9matiques appliqu\u00e9es ou des experts en th\u00e9orie des jeux, les choix initiaux s&rsquo;effondrent imm\u00e9diatement vers des valeurs tr\u00e8s basses, attestant que le calcul strat\u00e9gique s&rsquo;ajuste instantan\u00e9ment \u00e0 la sophistication suppos\u00e9e de l&rsquo;environnement concurrentiel.<\/p>\n<h3>7.3 Communication pr\u00e9alable et transparence de l&rsquo;information<\/h3>\n<p>L&rsquo;introduction d&rsquo;espaces de d\u00e9lib\u00e9ration ou de communication informelle non engageante (<em>cheap talk<\/em>) pr\u00e9alablement \u00e0 la soumission des choix secrets bouleverse radicalement la dynamique du jeu. Lorsque les exp\u00e9rimentateurs autorisent les sujets \u00e0 \u00e9changer librement par le biais d&rsquo;une messagerie textuelle anonyme avant d&rsquo;enregistrer leur d\u00e9cision finale, la trajectoire vers l&rsquo;\u00e9quilibre de Nash subit une acc\u00e9l\u00e9ration spectaculaire.<\/p>\n<p>Il suffit g\u00e9n\u00e9ralement qu&rsquo;un seul participant expose clairement dans le canal de discussion l&rsquo;argument logique de l&rsquo;\u00e9limination des strat\u00e9gies domin\u00e9es (\u00ab si le maximum est 100, <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"2\/3\">$2\/3$<\/span> fait 66, et donc personne ne doit jouer au-dessus, et ainsi de suite jusqu&rsquo;\u00e0 z\u00e9ro \u00bb) pour que l&rsquo;ensemble du groupe comprenne le m\u00e9canisme d\u00e9ductif. La communication agit ici comme un puissant vecteur de g\u00e9n\u00e9ration de <strong>connaissance commune<\/strong>. Cependant, dans les environnements hautement comp\u00e9titifs o\u00f9 seul le gagnant est r\u00e9mun\u00e9r\u00e9, des ph\u00e9nom\u00e8nes d&rsquo;intoxication ou de d\u00e9sinformation strat\u00e9gique \u00e9mergent : des joueurs sophistiqu\u00e9s tentent d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment de convaincre leurs pairs de jouer des chiffres \u00e9lev\u00e9s (autour de 50 ou 60) afin de faire monter artificiellement la moyenne g\u00e9n\u00e9rale et de maximiser secr\u00e8tement leurs propres chances de remporter le prix en jouant une valeur plus basse en toute discr\u00e9tion.<\/p>\n<h2>8. Approches neuro\u00e9conomiques et corr\u00e9lats c\u00e9r\u00e9braux du raisonnement strat\u00e9gique<\/h2>\n<h3>8.1 Imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) et prise de d\u00e9cision<\/h3>\n<p>L&rsquo;av\u00e8nement de la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/nrn2457\">neuro\u00e9conomie<\/a> au tournant des ann\u00e9es 2000 a offert une opportunit\u00e9 in\u00e9dite : ouvrir la bo\u00eete noire du cerveau humain pour observer directement les substrats neuronaux mobilis\u00e9s lors des calculs d&rsquo;anticipation strat\u00e9gique dans le jeu du concours de beaut\u00e9. Les investigations pionni\u00e8res conduites par Giorgio Coricelli et Rosemarie Nagel (2009) \u00e0 l&rsquo;aide de l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) ont apport\u00e9 une confirmation biologique \u00e9clatante de la r\u00e9alit\u00e9 physique des niveaux de raisonnement postul\u00e9s par les mod\u00e8les th\u00e9oriques.<\/p>\n<p>Les scans c\u00e9r\u00e9braux r\u00e9v\u00e8lent une dissociation neurofonctionnelle nette et statistiquement robuste entre les participants op\u00e9rant \u00e0 un faible niveau strat\u00e9gique (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"L1\">$L1$<\/span>) et ceux s&rsquo;engageant dans des raisonnements d&rsquo;ordre sup\u00e9rieur (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"L2\">$L2$<\/span> et au-del\u00e0). Chez les joueurs adoptant un comportement de type <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"L1\">$L1$<\/span>, l&rsquo;activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale se concentre principalement dans les zones du cortex visuel, du lobe pari\u00e9tal inf\u00e9rieur et des r\u00e9gions impliqu\u00e9es dans le calcul arithm\u00e9tique de base et l&rsquo;introspection \u00e9gocentrique. En revanche, chez les joueurs class\u00e9s au niveau <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"L2\">$L2$<\/span> ou <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"L3\">$L3$<\/span>, les chercheurs observent une activation massive et s\u00e9lective du <strong>cortex pr\u00e9frontal m\u00e9dian<\/strong> (mPFC), une aire c\u00e9r\u00e9brale intimement associ\u00e9e au r\u00e9seau neuronal de la Th\u00e9orie de l&rsquo;Esprit et \u00e0 la capacit\u00e9 de mentaliser les intentions, motivations et calculs d&rsquo;autrui.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, le <strong>cortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral<\/strong> (dlPFC), si\u00e8ge ex\u00e9cutif du contr\u00f4le cognitif et de l&rsquo;inhibition des impulsions, s&rsquo;illumine de mani\u00e8re prononc\u00e9e chez les sujets de haut niveau. Cette activation refl\u00e8te l&rsquo;effort neurobiologique requis pour r\u00e9primer la r\u00e9ponse intuitive spontan\u00e9e (l&rsquo;ancrage facile \u00e0 50 ou 33) afin d&rsquo;ex\u00e9cuter l&rsquo;it\u00e9ration calculatoire suppl\u00e9mentaire n\u00e9cessaire pour devancer le peloton des comp\u00e9titeurs.<\/p>\n<h3>8.2 Oculom\u00e9trie (Eye-tracking) et processus de recherche d&rsquo;information<\/h3>\n<p>En compl\u00e9ment des techniques d&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale, l&rsquo;utilisation de l&rsquo;oculom\u00e9trie \u00e0 haute fr\u00e9quence (<em>eye-tracking<\/em>) permet de diss\u00e9quer la chronom\u00e9trie et l&rsquo;architecture s\u00e9quentielle du recueil d&rsquo;informations visuelles lors de la confrontation aux matrices de gain et aux instructions du concours de beaut\u00e9. Les travaux de Colin Camerer et de ses coll\u00e8gues sur l&rsquo;inspection visuelle d\u00e9montrent que les processus mentaux des agents peuvent \u00eatre cartographi\u00e9s \u00e0 travers la succession temporelle de leurs fixations oculaires (saccades et temps d&rsquo;attention focalis\u00e9e).<\/p>\n<p>Les enregistrements oculom\u00e9triques prouvent de mani\u00e8re irr\u00e9futable que la troncature du raisonnement chez les agents de bas niveau (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"L0\">$L0$<\/span> et <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"L1\">$L1$<\/span>) ne r\u00e9sulte pas d&rsquo;un calcul exhaustif qu&rsquo;ils rejetteraient en bout de cha\u00eene, mais d&rsquo;une limitation pr\u00e9coce du processus de recherche d&rsquo;information lui-m\u00eame. Leurs yeux ne s&rsquo;attardent jamais sur les zones d&rsquo;information d\u00e9crivant les cons\u00e9quences r\u00e9cursives d&rsquo;ordres \u00e9lev\u00e9s. \u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9, les joueurs de niveau sup\u00e9rieur manifestent une dynamique de recherche visuelle hautement structur\u00e9e, effectuant des allers-retours m\u00e9thodiques entre les diff\u00e9rents paliers d&rsquo;anticipation. De surcro\u00eet, la mesure continue de la dilatation pupillaire (pupillom\u00e9trie) confirme une mont\u00e9e spectaculaire de la charge cognitive et de l&rsquo;effort mental d\u00e9lib\u00e9ratif d\u00e8s lors qu&rsquo;un participant tente de franchir le seuil s\u00e9parant le raisonnement de niveau 1 de celui de niveau 2.<\/p>\n<h3>8.3 Biomarqueurs, stress et prise de risque strat\u00e9gique<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration biologique des fondements de la d\u00e9cision strat\u00e9gique s&rsquo;\u00e9tend \u00e9galement \u00e0 l&rsquo;analyse des biomarqueurs endocriniens et des r\u00e9ponses du syst\u00e8me nerveux autonome. Des pr\u00e9l\u00e8vements salivaires mesurant les concentrations de <strong>cortisol<\/strong> (l&rsquo;hormone du stress) et de testost\u00e9rone r\u00e9v\u00e8lent que des niveaux \u00e9lev\u00e9s de stress physiologique alt\u00e8rent directement la profondeur de raisonnement dans le concours de beaut\u00e9.<\/p>\n<p>Une pouss\u00e9e aigu\u00eb de cortisol, induite exp\u00e9rimentalement par des protocoles d&rsquo;\u00e9valuation sociale stressants, sature les capacit\u00e9s de la m\u00e9moire de travail et entra\u00eene une r\u00e9gression imm\u00e9diate des strat\u00e9gies vers le niveau <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"L1\">$L1$<\/span>, voire <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"L0\">$L0$<\/span>. Les participants stress\u00e9s perdent leur aptitude \u00e0 mod\u00e9liser la complexit\u00e9 d&rsquo;autrui et se replient sur des choix heuristiques basiques. De m\u00eame, la mesure des r\u00e9ponses \u00e9lectrodermales (conductance cutan\u00e9e) lors de la divulgation des r\u00e9sultats met en \u00e9vidence des d\u00e9charges sympathiques intenses chez les comp\u00e9titeurs dont les anticipations sont contrecarr\u00e9es par les r\u00e9sultats r\u00e9els du groupe. Ces donn\u00e9es physiologiques offrent aux chercheurs un outil objectif puissant pour discriminer entre des mod\u00e8les d&rsquo;apprentissage rivaux, validant la pertinence empirique de mod\u00e8les hybrides comme l&rsquo;EWA par rapport aux approches purement formelles et d\u00e9sincarn\u00e9es de la th\u00e9orie standard.<\/p>\n<h2>9. Comparaisons empiriques : Sujets na\u00effs versus experts et professionnels de march\u00e9<\/h2>\n<h3>9.1 \u00c9tudiants en \u00e9conomie et psychologie comme sujets de r\u00e9f\u00e9rence<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9crasante majorit\u00e9 des corpus de donn\u00e9es en \u00e9conomie exp\u00e9rimentale a historiquement \u00e9t\u00e9 collect\u00e9e aupr\u00e8s d&rsquo;\u00e9chantillons d&rsquo;\u00e9tudiants de premier et deuxi\u00e8me cycles universitaires dans les pays occidentaux d\u00e9velopp\u00e9s, un biais m\u00e9thodologique fr\u00e9quemment document\u00e9 sous l&rsquo;acronyme <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/466029a\">WEIRD<\/a> (<em>Western, Educated, Industrialized, Rich, Democratic<\/em>). L&rsquo;analyse comparative des performances au sein de ces populations acad\u00e9miques r\u00e9v\u00e8le n\u00e9anmoins des disparit\u00e9s disciplinaires remarquables face au jeu du concours de beaut\u00e9.<\/p>\n<p>Les \u00e9tudiants form\u00e9s en th\u00e9orie des jeux avanc\u00e9e ou en micro\u00e9conomie n\u00e9oclassique manifestent un biais comportemental hautement pr\u00e9visible : ils souffrent d&rsquo;une tendance aigu\u00eb \u00e0 la \u00ab sur-intellectualisation \u00bb. Ayant assimil\u00e9 les th\u00e9or\u00e8mes d&rsquo;\u00e9limination it\u00e9rative des strat\u00e9gies domin\u00e9es, ils s\u00e9lectionnent fr\u00e9quemment 0 ou des valeurs infinit\u00e9simales d\u00e8s la premi\u00e8re manche, anticipant na\u00efvement que l&rsquo;ensemble de leurs pairs universitaires r\u00e9agira selon les pr\u00e9ceptes du manuel de micro\u00e9conomie. En cons\u00e9quence, leurs taux de victoire sont paradoxalement parmi les plus m\u00e9diocres enregistr\u00e9s en laboratoire. \u00c0 l&rsquo;inverse, les \u00e9tudiants en psychologie ou en sciences sociales non formalis\u00e9es, moins contraints par le dogme de l&rsquo;\u00e9quilibre parfait, anticipent avec un bien meilleur r\u00e9alisme la distribution h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne et imparfaite des choix de leurs camarades, adoptant des strat\u00e9gies de niveau <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"L1\">$L1$<\/span> ou <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"L2\">$L2$<\/span> qui se r\u00e9v\u00e8lent statistiquement victorieuses.<\/p>\n<h3>9.2 Performances des professionnels des march\u00e9s financiers<\/h3>\n<p>Afin de tester la validit\u00e9 externe des observations de laboratoire, des chercheurs ont r\u00e9pliqu\u00e9 le jeu du concours de beaut\u00e9 aupr\u00e8s de populations de professionnels chevronn\u00e9s : op\u00e9rateurs de march\u00e9 (<em>traders<\/em>), g\u00e9rants de fonds de couverture (<em>hedge funds<\/em>), banquiers d&rsquo;investissement et analystes financiers internationaux. Ces professionnels, dont le m\u00e9tier consiste pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 devancer quotidiennement les tendances de march\u00e9, adoptent-ils des d\u00e9cisions conformes \u00e0 l&rsquo;\u00e9quilibre de Nash ?<\/p>\n<p>Les r\u00e9sultats empiriques montrent que, lors de la manche inaugurale, les professionnels de la finance ne jouent pratiquement jamais z\u00e9ro. Leur distribution de choix pr\u00e9sente une concentration tr\u00e8s dense autour des niveaux <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"L2\">$L2$<\/span> et <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"L3\">$L3$<\/span> (typiquement entre 15 et 24 pour <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"p = 2\/3\">$p = 2\/3$<\/span>). Ils poss\u00e8dent une conscience aigu\u00eb du fait que le succ\u00e8s r\u00e9side dans l&rsquo;art d&rsquo;avoir \u00ab un demi-tour d&rsquo;avance, mais pas trois tours d&rsquo;avance \u00bb sur le march\u00e9. Cependant, ils manifestent r\u00e9guli\u00e8rement une tendance \u00e0 la sur-sophistication tactique lorsqu&rsquo;ils sont confront\u00e9s \u00e0 des groupes mixtes ou non professionnels, choisissant des valeurs l\u00e9g\u00e8rement trop basses par rapport \u00e0 la moyenne effective de la population g\u00e9n\u00e9rale. En revanche, leur avantage comparatif le plus flagrant r\u00e9side dans leur extraordinaire <strong>vitesse de r\u00e9\u00e9talonnage strat\u00e9gique<\/strong> : d\u00e8s le deuxi\u00e8me tour, les op\u00e9rateurs de march\u00e9 recalibrent instantan\u00e9ment leurs pr\u00e9dictions avec une flexibilit\u00e9 cognitive tr\u00e8s sup\u00e9rieure \u00e0 celle observ\u00e9e chez les \u00e9tudiants, d\u00e9montrant un apprentissage dynamique acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 issu de leur pratique quotidienne de la volatilit\u00e9 financi\u00e8re.<\/p>\n<h3>9.3 Exp\u00e9riences \u00e0 grande \u00e9chelle aupr\u00e8s du grand public<\/h3>\n<p>Pour s&rsquo;affranchir d\u00e9finitivement des contraintes de taille des \u00e9chantillons de laboratoire, plusieurs quotidiens et magazines \u00e9conomiques \u00e0 tr\u00e8s large diffusion ont organis\u00e9 des concours de beaut\u00e9 g\u00e9ants ouverts \u00e0 leurs lectorats respectifs. Des exp\u00e9riences d&rsquo;envergure nationale ont ainsi \u00e9t\u00e9 conduites en Grande-Bretagne par le <em>Financial Times<\/em>, en Allemagne par le magazine scientifique <em>Spektrum der Wissenschaft<\/em>, et en Espagne par le journal \u00e9conomique <em>Expansi\u00f3n<\/em>, mobilisant des cohortes de plusieurs milliers, voire dizaines de milliers de r\u00e9pondants anonymes.<\/p>\n<p>L&rsquo;analyse \u00e9conom\u00e9trique de ces m\u00e9gadonn\u00e9es (<em>big data<\/em>) comportementales a confirm\u00e9 de fa\u00e7on \u00e9clatante la robustesse universelle des mod\u00e8les th\u00e9oriques :<\/p>\n<ul>\n<li>Les histogrammes g\u00e9ants construits \u00e0 partir de dizaines de milliers de r\u00e9ponses dessinent avec une nettet\u00e9 chirurgicale les m\u00eames pics statistiques majeurs identifi\u00e9s en laboratoire : 33, 22, et un pic secondaire \u00e0 50.<\/li>\n<li>Le lectorat du <em>Financial Times<\/em> a manifest\u00e9 un niveau moyen de raisonnement l\u00e9g\u00e8rement plus sophistiqu\u00e9 (dominance de <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"L2\">$L2$<\/span> et <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"L3\">$L3$<\/span>) que celui de la presse grand public, tout en confirmant la persistance irr\u00e9ductible d&rsquo;une frange de choix na\u00effs.<\/li>\n<li>Ces exp\u00e9riences de masse ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 des comportements minoritaires marginaux inexistants en laboratoire sous contr\u00f4le strict : des choix \u00ab contestataires \u00bb ou humoristiques (comme soumettre le nombre 99 ou 100 pour saboter la moyenne collective, ou jouer le nombre 42 en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des \u00e9l\u00e9ments de pop-culture). Malgr\u00e9 ce bruit exog\u00e8ne, la structure fractale de la hi\u00e9rarchie cognitive humaine s&rsquo;est v\u00e9rifi\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle macro-sociologique.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>10. Applications directes aux march\u00e9s financiers et \u00e0 la formation des bulles<\/h2>\n<h3>10.1 La d\u00e9connexion entre valeur fondamentale et valeur sp\u00e9culative<\/h3>\n<p>La filiation directe entre la m\u00e9taphore keyn\u00e9sienne, le protocole exp\u00e9rimental du <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"p\">$p$<\/span>-concours de beaut\u00e9 et le fonctionnement des march\u00e9s d&rsquo;actions modernes s&rsquo;incarne dans la rupture structurelle entre <strong>valeur fondamentale<\/strong> et <strong>valeur sp\u00e9culative<\/strong>. Dans la th\u00e9orie financi\u00e8re classique de l&rsquo;efficience informationnelle formalis\u00e9e par <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.jstor.org\/stable\/2325486\">Eugene Fama<\/a>, le cours boursier d&rsquo;un actif financier est suppos\u00e9 refl\u00e9ter \u00e0 tout instant la somme actualis\u00e9e des flux de tr\u00e9sorerie futurs esp\u00e9r\u00e9s, compte tenu de toute l&rsquo;information publiquement disponible.<\/p>\n<p>Or, le jeu du concours de beaut\u00e9 d\u00e9montre math\u00e9matiquement comment un \u00e9cart massif et persistant peut rationnellement se creuser entre la valeur fondamentale et le prix d&rsquo;\u00e9quilibre de march\u00e9. Sur un march\u00e9 sp\u00e9culatif \u00e0 court terme, l&rsquo;horizon temporel de l&rsquo;investisseur n&rsquo;est pas la conservation de l&rsquo;action jusqu&rsquo;\u00e0 liquidation, mais sa revente rapide \u00e0 un horizon proche. Dans ce contexte, acheter un actif financier dont le prix est objectivement d\u00e9connect\u00e9 de ses fondamentaux comptables devient une strat\u00e9gie parfaitement rationnelle au sens de la th\u00e9orie des niveaux cognitifs, pourvu que l&rsquo;acheteur anticipe avec un degr\u00e9 suffisant de certitude qu&rsquo;un autre intervenant sur le march\u00e9 sera dispos\u00e9 \u00e0 le lui racheter \u00e0 un cours encore plus exorbitant quelques heures ou jours plus tard. Ce m\u00e9canisme valide la th\u00e9orie du \u00ab plus grand fou \u00bb (<em>Greater Fool Theory<\/em>), formalisant le fait que la rentabilit\u00e9 financi\u00e8re d\u00e9pend de la capacit\u00e9 \u00e0 anticiper la vague mim\u00e9tique globale plut\u00f4t que de la rentabilit\u00e9 intrins\u00e8que de l&rsquo;entreprise sous-jacente.<\/p>\n<h3>10.2 Gen\u00e8se et \u00e9clatement des bulles sp\u00e9culatives en laboratoire<\/h3>\n<p>La convergence conceptuelle entre le <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"p\">$p$<\/span>-concours de beaut\u00e9 et les march\u00e9s financiers trouve son prolongement exp\u00e9rimental direct dans le c\u00e9l\u00e8bre paradigme de laboratoire mis au point par <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.jstor.org\/stable\/1911361\">Vernon Smith, Gerry Suchanek et Arlington Williams (1988)<\/a>. Dans ces march\u00e9s d&rsquo;actifs exp\u00e9rimentaux multi-p\u00e9riodes, des actions virtuelles dot\u00e9es d&rsquo;une valeur fondamentale intrins\u00e8que d\u00e9croissante et parfaitement connue de tous les participants sont n\u00e9goci\u00e9es en temps r\u00e9el avec de la monnaie effective.<\/p>\n<p>De mani\u00e8re spectaculaire et syst\u00e9matique, les march\u00e9s exp\u00e9rimentaux d\u00e9veloppent des bulles sp\u00e9culatives colossales : les prix de transaction grimpent bien au-del\u00e0 de la valeur fondamentale maximale possible, avant de s&rsquo;effondrer brutalement dans un krach de panique lors des ultimes p\u00e9riodes de cotation. Le couplage analytique entre ces exp\u00e9riences d&rsquo;actifs et le concours de beaut\u00e9 met en lumi\u00e8re le r\u00f4le central jou\u00e9 par l&rsquo;incertitude strat\u00e9gique quant au niveau de rationalit\u00e9 d&rsquo;autrui :<\/p>\n<ul>\n<li>M\u00eame les traders qui calculent parfaitement la valeur fondamentale continuent d&rsquo;acheter l&rsquo;actif sur\u00e9valu\u00e9 en d\u00e9but de session, pariant sur la pr\u00e9sence d&rsquo;agents na\u00effs de niveau <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"L0\">$L0$<\/span> ou <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"L1\">$L1$<\/span> sur le march\u00e9.<\/li>\n<li>La bulle sp\u00e9culative s&rsquo;auto-entretient tant que les participants estiment que le point d&rsquo;inflexion collectif se situe dans le futur.<\/li>\n<li>Le krach financier survient d\u00e8s lors qu&rsquo;un seuil critique de participants tente simultan\u00e9ment d&rsquo;op\u00e9rer un raisonnement de niveau <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"k+1\">$k+1$<\/span> en cherchant la porte de sortie avant les autres. L&rsquo;effondrement des cours r\u00e9sulte d&rsquo;une course d\u00e9lib\u00e9rative asynchrone o\u00f9 la coordination haussi\u00e8re se d\u00e9sint\u00e8gre instantan\u00e9ment.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10.3 Comportements mim\u00e9tiques et cascades informationnelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration du concours de beaut\u00e9 \u00e9claire d&rsquo;un jour nouveau la dynamique des <strong>comportements moutonniers<\/strong> (<em>herding behavior<\/em>) et des <strong>cascades informationnelles<\/strong> sur les places financi\u00e8res contemporaines. Contrairement aux mod\u00e8les de cascades bay\u00e9siennes pures d\u00e9velopp\u00e9s par Sushil Bikhchandani, David Hirshleifer et Ivo Welch (1992), o\u00f9 les agents imitent leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs en supposant rationnellement que ceux-ci poss\u00e8dent un signal priv\u00e9 informatif sup\u00e9rieur, le concours de beaut\u00e9 r\u00e9v\u00e8le un mim\u00e9tisme de second degr\u00e9 totalement d\u00e9coupl\u00e9 de la recherche d&rsquo;une information fondamentale cach\u00e9e.<\/p>\n<p>Les conventions de march\u00e9 se forgent \u00e0 partir de signaux arbitraires amplifi\u00e9s par la r\u00e9sonance m\u00e9diatique, les d\u00e9clarations publiques d&rsquo;influenceurs financiers ou les algorithmes de suivi de tendance. Dans un tel environnement, l&rsquo;opinion de consensus devient son propre r\u00e9f\u00e9rentiel de v\u00e9rit\u00e9. Si un consensus m\u00e9diatique s&rsquo;\u00e9tablit sur le fait qu&rsquo;un secteur technologique ou qu&rsquo;un crypto-actif doit s&rsquo;appr\u00e9cier, chaque acteur \u00e9conomique, agissant comme le joueur du concours de beaut\u00e9, se trouve contraint d&rsquo;int\u00e9grer cette convention sociale dans sa fonction de gain. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne engendre des proph\u00e9ties autor\u00e9alisatrices d&rsquo;une formidable puissance de d\u00e9stabilisation macro\u00e9conomique, justifiant pleinement l&rsquo;intervention de r\u00e9gulateurs prudentiels dot\u00e9s d&rsquo;outils macroprudentiels capables de briser ces boucles sp\u00e9culatives r\u00e9cursives en restaurant des ancrages informationnels exog\u00e8nes.<\/p>\n<h2>11. D\u00e9bats th\u00e9oriques, critiques m\u00e9thodologiques et r\u00e9futations<\/h2>\n<h3>11.1 Critique du statut exp\u00e9rimental : \u00c9cologie versus laboratoire<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 l&rsquo;immense succ\u00e8s acad\u00e9mique du <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"p\">$p$<\/span>-concours de beaut\u00e9, le dispositif a fait l&rsquo;objet de critiques m\u00e9thodologiques vigoureuses \u00e9manant de plusieurs courants de la pens\u00e9e \u00e9conomique et sociologique. Le reproche central porte sur le d\u00e9ficit suppos\u00e9 de <strong>validit\u00e9 \u00e9cologique<\/strong> du protocole exp\u00e9rimental. Les d\u00e9tracteurs soulignent que soumettre des individus \u00e0 un jeu num\u00e9rique abstrait consistant \u00e0 choisir un nombre unidimensionnel dans un intervalle artificiel <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"[0, 100]\">$[0, 100]$<\/span> ne saurait constituer un mod\u00e8le fid\u00e8le des d\u00e9cisions strat\u00e9giques complexes prises par les acteurs \u00e9conomiques dans le monde r\u00e9el.<\/p>\n<p>Dans la vie \u00e9conomique r\u00e9elle, les strat\u00e9gies ne se r\u00e9sument jamais \u00e0 des chiffres abstraits ; elles impliquent des contrats multidimensionnels, des relations humaines asym\u00e9triques, des contextes culturels denses, des temporalit\u00e9s diff\u00e9r\u00e9es et des cons\u00e9quences institutionnelles prot\u00e9iformes. Ernst Fehr, Simon G\u00e4chter et Colin Camerer ont r\u00e9pondu avec rigueur \u00e0 ces objections en rappelant la fonction \u00e9pist\u00e9mologique fondamentale de l&rsquo;exp\u00e9rimentation en laboratoire : l&rsquo;isolation exp\u00e9rimentale ne cherche pas \u00e0 reproduire le monde r\u00e9el dans toute sa confusion ph\u00e9nom\u00e9nologique, mais vise \u00e0 isoler chirurgicalement un m\u00e9canisme causal pur (ici, l&rsquo;anticipation r\u00e9cursive et l&rsquo;\u00e9limination des strat\u00e9gies domin\u00e9es) afin de tester la validit\u00e9 interne des axiomes logico-math\u00e9matiques sous-jacents. D\u00e8s lors que la th\u00e9orie de l&rsquo;\u00e9quilibre de Nash \u00e9choue \u00e0 pr\u00e9dire les comportements dans un environnement aussi \u00e9l\u00e9mentaire et stylis\u00e9, sa pr\u00e9tention \u00e0 r\u00e9gir m\u00e9caniquement des environnements r\u00e9els infiniment plus complexes s&rsquo;en trouve fatalement invalid\u00e9e.<\/p>\n<h3>11.2 D\u00e9bat sur la constance du param\u00e8tre k<\/h3>\n<p>L&rsquo;un des d\u00e9bats th\u00e9oriques les plus incisifs au sein de l&rsquo;\u00e9conomie comportementale concerne l&rsquo;ontologie m\u00eame du param\u00e8tre de niveau cognitif <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"k\">$k$<\/span>. Le niveau de r\u00e9flexion <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"k\">$k$<\/span> doit-il \u00eatre conceptualis\u00e9 comme un <strong>trait intrins\u00e8que stable<\/strong> de la personnalit\u00e9 d&rsquo;un individu (au m\u00eame titre que le quotient intellectuel ou un trait du mod\u00e8le des <em>Big Five<\/em>), ou s&rsquo;agit-il simplement d&rsquo;un <strong>\u00e9tat contextuel contingent<\/strong>, variant d&rsquo;un jeu \u00e0 l&rsquo;autre en fonction de la formulation des r\u00e8gles et du cadrage institutionnel ?<\/p>\n<p>Des travaux empiriques approfondis, men\u00e9s notamment par Vincent Crawford et Miguel Costa-Gomes, ont test\u00e9 la stabilit\u00e9 du param\u00e8tre <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"k\">$k$<\/span> chez les m\u00eames sujets confront\u00e9s \u00e0 une batterie diversifi\u00e9e de jeux strat\u00e9giques (jeux de coordination, dilemmes de signalisation, jeux de n\u00e9gociation et jeux de sous-ench\u00e8re). Les r\u00e9sultats \u00e9conom\u00e9triques dressent un tableau nuanc\u00e9 :<\/p>\n<ul>\n<li>Bien qu&rsquo;il existe une corr\u00e9lation intra-individuelle mod\u00e9r\u00e9e (un joueur <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"L2\">$L2$<\/span> dans un jeu a une probabilit\u00e9 plus \u00e9lev\u00e9e qu&rsquo;un autre d&rsquo;agir au niveau <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"L2\">$L2$<\/span> dans un jeu voisin), le niveau <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"k\">$k$<\/span> mesur\u00e9 manifeste une instabilit\u00e9 non n\u00e9gligeable d&rsquo;un environnement strat\u00e9gique \u00e0 l&rsquo;autre.<\/li>\n<li>Un individu peut manifester une profondeur de niveau 2 face \u00e0 un probl\u00e8me num\u00e9rique simple, puis r\u00e9gresser au niveau 0 ou 1 face \u00e0 un probl\u00e8me matriciel complexe de coordination asym\u00e9trique.<\/li>\n<li>Ces variations sugg\u00e8rent que <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"k\">$k$<\/span> ne mesure pas une capacit\u00e9 computationnelle absolue fig\u00e9e, mais exprime l&rsquo;interaction dynamique entre la charge mentale propre \u00e0 un jeu sp\u00e9cifique et la confiance subjective que l&rsquo;agent place dans les comp\u00e9tences de ses adversaires du moment.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>11.3 Les probl\u00e8mes d&rsquo;identification \u00e9conom\u00e9trique des croyances<\/h3>\n<p>Une pierre d&rsquo;achoppement m\u00e9thodologique majeure dans l&rsquo;estimation des mod\u00e8les <em>Level-k<\/em> et de hi\u00e9rarchie cognitive r\u00e9side dans l&rsquo;<strong>ambigu\u00eft\u00e9 d&rsquo;identification \u00e9conom\u00e9trique<\/strong> entre comp\u00e9tences cognitives r\u00e9elles et syst\u00e8mes de croyances subjectives. Lorsqu&rsquo;un participant s\u00e9lectionne le chiffre 33 lors d&rsquo;une session inaugurale du concours de beaut\u00e9 avec <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"p = 2\/3\">$p = 2\/3$<\/span>, comment l&rsquo;exp\u00e9rimentateur peut-il inf\u00e9rer avec certitude le motif causal sous-jacent de sa d\u00e9cision ?<\/p>\n<p>Deux hypoth\u00e8ses diam\u00e9tralement oppos\u00e9es aboutissent rigoureusement au m\u00eame comportement observable sur l&rsquo;\u00e9cran d&rsquo;ordinateur :<\/p>\n<ol>\n<li>L&rsquo;agent poss\u00e8de une capacit\u00e9 de calcul limit\u00e9e \u00e0 un seul palier d&rsquo;anticipation (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"L1\">$L1$<\/span>) et r\u00e9agit na\u00efvement \u00e0 une croyance uniforme (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"L0\">$L0$<\/span>).<\/li>\n<li>L&rsquo;agent poss\u00e8de une rationalit\u00e9 parfaite de niveau infini, a formellement d\u00e9duit que l&rsquo;\u00e9quilibre de Nash se situe \u00e0 z\u00e9ro, mais formule la croyance cynique que tous les autres participants pr\u00e9sents dans la salle sont d&rsquo;une b\u00eatise absolue et vont jouer 50.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Pour tenter de trancher cette ind\u00e9termination fondamentale, des protocoles sophistiqu\u00e9s d&rsquo;\u00e9licitation directe des croyances probabilistes ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9s, demandant aux sujets de parier sur la distribution exacte des choix d&rsquo;autrui. Cependant, ces protocoles introduisent un biais d&rsquo;interf\u00e9rence exp\u00e9rimentale pervers : le simple fait d&rsquo;interroger explicitement un joueur sur ce qu&rsquo;il pense que les autres vont faire focalise son attention d\u00e9lib\u00e9rative, alt\u00e8re sa d\u00e9marche naturelle et l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve artificiellement vers un palier de r\u00e9flexion plus complexe qu&rsquo;il n&rsquo;aurait spontan\u00e9ment adopt\u00e9 sans cet amor\u00e7age r\u00e9flexif.<\/p>\n<h2>12. Port\u00e9e \u00e9pist\u00e9mologique et perspectives contemporaines en \u00e9conomie<\/h2>\n<h3>12.1 Transformation des fondements de la th\u00e9orie des jeux moderne<\/h3>\n<p>L&rsquo;accumulation des travaux exp\u00e9rimentaux initi\u00e9s autour du concours de beaut\u00e9 a conduit \u00e0 une transformation \u00e9pist\u00e9mologique profonde de la science \u00e9conomique contemporaine. L&rsquo;\u00e9quilibre de Nash, longtemps \u00e9rig\u00e9 en norme d&rsquo;analyse exclusive et universelle du comportement strat\u00e9gique, a perdu son statut de mod\u00e8le descriptif absolu pour \u00eatre repositionn\u00e9 comme un cas limite th\u00e9orique d&rsquo;une port\u00e9e pratique restreinte aux contextes d&rsquo;apprentissage tr\u00e8s prolong\u00e9s.<\/p>\n<p>Sous l&rsquo;impulsion conjointe des \u00e9coles de Zurich, de Caltech et de Chicago, la <strong>th\u00e9orie comportementale des jeux<\/strong> (<em>Behavioral Game Theory<\/em>) a acquis ses lettres de noblesse institutionnelles. Elle enrichit l&rsquo;analyse strat\u00e9gique d&rsquo;une bo\u00eete \u00e0 outils formelle int\u00e9grant l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 cognitive, les pr\u00e9f\u00e9rences sociales, les biais psychologiques et les contraintes de calculabilit\u00e9. Cette mutation th\u00e9orique a percol\u00e9 jusqu&rsquo;aux plus hautes instances de d\u00e9cision publique. Les banques centrales contemporaines (telles que la R\u00e9serve f\u00e9d\u00e9rale am\u00e9ricaine ou la Banque centrale europ\u00e9enne) int\u00e8grent d\u00e9sormais formellement les mod\u00e8les de hi\u00e9rarchie cognitive et de rationalit\u00e9 born\u00e9e dans la conception de leurs politiques de communication avanc\u00e9e (<em>forward guidance<\/em>). Les autorit\u00e9s mon\u00e9taires savent que les march\u00e9s financiers ne r\u00e9agissent pas selon les axiomes de la rationalit\u00e9 instantan\u00e9e pure, mais selon des paliers d&rsquo;anticipation asynchrones qu&rsquo;il convient d&rsquo;ancrer d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment pour \u00e9viter la formation de spirales d\u00e9stabilisatrices.<\/p>\n<h3>12.2 L&rsquo;h\u00e9ritage durable des travaux d&rsquo;Ernst Fehr et Simon G\u00e4chter<\/h3>\n<p>La marque imprim\u00e9e par Ernst Fehr et Simon G\u00e4chter sur l&rsquo;\u00e9conomie exp\u00e9rimentale moderne est ind\u00e9l\u00e9bile. En insistant inlassablement sur la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une fertilisation crois\u00e9e entre formalisation math\u00e9matique rigoureuse et validation empirique contr\u00f4l\u00e9e en laboratoire, ils ont bris\u00e9 la dichotomie historique entre la th\u00e9orie pure et l&rsquo;observation empirique. Leurs apports m\u00e9thodologiques, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de l&rsquo;\u00e9limination m\u00e9ticuleuse des biais de cadrage, de l&rsquo;usage syst\u00e9matique de r\u00e9tributions financi\u00e8res r\u00e9elles ou du d\u00e9veloppement d&rsquo;infrastructures logicielles libres comme z-Tree, constituent aujourd&rsquo;hui le standard m\u00e9thodologique plan\u00e9taire exig\u00e9 par les revues internationales de premier rang.<\/p>\n<p>Leur d\u00e9marche intellectuelle a d\u00e9montr\u00e9 avec \u00e9clat que l&rsquo;abandon de la fiction de l&rsquo;<em>Homo oeconomicus<\/em> ne pr\u00e9cipite nullement la science \u00e9conomique dans l&rsquo;arbitraire ou le flou descriptif. Au contraire, le remplacement de l&rsquo;agent repr\u00e9sentatif homog\u00e8ne par une distribution structur\u00e9e de types comportementaux (agents na\u00effs, agents r\u00e9ciproques, strat\u00e8ges born\u00e9s, acteurs punisseurs) conf\u00e8re aux mod\u00e8les micro\u00e9conomiques une puissance pr\u00e9dictive et explicative incomparablement sup\u00e9rieure. Cette perspective a f\u00e9cond\u00e9 des g\u00e9n\u00e9rations enti\u00e8res de chercheurs en \u00e9conomie institutionnelle, en finance quantitative et en sociologie analytique, r\u00e9habilitant la complexit\u00e9 psychologique et morale de la nature humaine au sommet de l&rsquo;\u00e9difice des sciences de la d\u00e9cision.<\/p>\n<h3>12.3 Fronti\u00e8res de la recherche : Intelligence artificielle et agents algorithmiques<\/h3>\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e8re contemporaine de l&rsquo;automatisation massive et de la pr\u00e9dominance du <em>trading<\/em> haute fr\u00e9quence sur les bourses mondiales, les fronti\u00e8res de la recherche sur le concours de beaut\u00e9 connaissent une r\u00e9actualisation technologique spectaculaire \u00e0 travers le d\u00e9ploiement de l&rsquo;<strong>intelligence artificielle<\/strong> (IA) et des algorithmes d&rsquo;apprentissage par renforcement profond (<em>deep reinforcement learning<\/em>).<\/p>\n<p>Les \u00e9conomistes et informaticiens confrontent d\u00e9sormais des agents algorithmiques autonomes, programm\u00e9s avec des architectures d&rsquo;apprentissage profond, \u00e0 des sujets humains au sein de jeux du concours de beaut\u00e9 standardis\u00e9s :<\/p>\n<ul>\n<li>Des algorithmes d&rsquo;IA sophistiqu\u00e9s, confront\u00e9s uniquement entre eux, convergent vers l&rsquo;\u00e9quilibre de Nash de mani\u00e8re exponentiellement plus rapide et implacable que les collectifs humains, \u00e9liminant les strat\u00e9gies domin\u00e9es avec une froideur computationnelle totale.<\/li>\n<li>Plac\u00e9s au sein de cohortes mixtes int\u00e9grant des participants humains na\u00effs, les algorithmes de derni\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration n&rsquo;appliquent pas m\u00e9caniquement l&rsquo;\u00e9quilibre th\u00e9orique de Nash. Gr\u00e2ce \u00e0 des processus d&rsquo;inf\u00e9rence bay\u00e9sienne r\u00e9cursive en temps r\u00e9el, ces syst\u00e8mes d&rsquo;IA d\u00e9tectent instantan\u00e9ment l&#8217;empreinte cognitive et la distribution des niveaux de leurs rivaux de chair et d&rsquo;os.<\/li>\n<li>L&rsquo;algorithme adopte alors d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment une strat\u00e9gie de niveau <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"L(k+1)\">$L(k+1)$<\/span>, battant les participants humains \u00e0 leur propre jeu sp\u00e9culatif en se positionnant avec une exactitude redoutable juste devant l&rsquo;opinion moyenne anticip\u00e9e.<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;exploration des mod\u00e8les de langage de grande taille (<em>Large Language Models<\/em>, LLM) face \u00e0 des protocoles de concours de beaut\u00e9 ouvre \u00e9galement des perspectives de recherche fascinantes. Les \u00e9tudes r\u00e9centes montrent que les mod\u00e8les de langage les plus avanc\u00e9s manifestent, selon les consignes qui leur sont administr\u00e9es (<em>prompts<\/em>), des capacit\u00e9s \u00e9mergentes de th\u00e9orie de l&rsquo;esprit capables de simuler avec une fid\u00e9lit\u00e9 troublante les distributions historiques des choix humains collect\u00e9s en laboratoire. L&rsquo;analogie forg\u00e9e par John Maynard Keynes il y a pr\u00e8s d&rsquo;un si\u00e8cle dans les colonnes des journaux londoniens n&rsquo;a rien perdu de sa puissance d&rsquo;\u00e9vocation. Enrichie par les protocoles exp\u00e9rimentaux d&rsquo;Ernst Fehr, Simon G\u00e4chter et Rosemarie Nagel, elle continue d&rsquo;\u00e9clairer la fronti\u00e8re la plus avanc\u00e9e des interactions strat\u00e9giques contemporaines, o\u00f9 l&rsquo;esprit humain, la dynamique des march\u00e9s et l&rsquo;intelligence artificielle se mesurent dans un jeu d&rsquo;anticipations mutuelles infini.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p>Bikhchandani, S., Hirshleifer, D., &amp; Welch, I. (1992). A theory of fads, fashion, custom, and cultural change as informational cascades. <em>Journal of Political Economy<\/em>, 100(5), 992-1026. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1086\/261849\">https:\/\/doi.org\/10.1086\/261849<\/a><\/p>\n<p>Camerer, C. F. (2003). <em>Behavioral game theory: Experiments in strategic interaction<\/em>. Princeton University Press.<\/p>\n<p>Camerer, C. F., &amp; Ho, T.-H. (1999). Experience-weighted attraction learning in normal form games. <em>Econometrica<\/em>, 67(4), 827-874. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/1468-0262.00054\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/1468-0262.00054<\/a><\/p>\n<p>Camerer, C. F., Ho, T.-H., &amp; Chong, J.-K. (2004). A cognitive hierarchy model of games. <em>The Quarterly Journal of Economics<\/em>, 119(3), 861-898. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1162\/0033553041502183\">https:\/\/doi.org\/10.1162\/0033553041502183<\/a><\/p>\n<p>Camerer, C. F., &amp; Hogarth, R. M. (1999). The effects of financial incentives in experiments: A review and capital-labor-production framework. <em>Journal of Risk and Uncertainty<\/em>, 19(1), 7-42. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1023\/A:1007850605129\">https:\/\/doi.org\/10.1023\/A:1007850605129<\/a><\/p>\n<p>Coricelli, G., &amp; Nagel, R. (2009). Neural correlates of depth of strategic reasoning in medial prefrontal cortex. <em>Proceedings of the National Academy of Sciences<\/em>, 106(23), 9163-9168. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1073\/pnas.0807721106\">https:\/\/doi.org\/10.1073\/pnas.0807721106<\/a><\/p>\n<p>Costa-Gomes, M. A., &amp; Crawford, V. P. (2006). Cognition and behavior in two-person guessing games: An experimental study. <em>American Economic Review<\/em>, 96(5), 1737-1768. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1257\/aer.96.5.1737\">https:\/\/doi.org\/10.1257\/aer.96.5.1737<\/a><\/p>\n<p>Fama, E. F. (1970). Efficient capital markets: A review of theory and empirical work. <em>The Journal of Finance<\/em>, 25(2), 383-417. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.2307\/2325486\">https:\/\/doi.org\/10.2307\/2325486<\/a><\/p>\n<p>Fehr, E., &amp; G\u00e4chter, S. (2000). Cooperation and punishment in public goods experiments. <em>American Economic Review<\/em>, 90(4), 980-994. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1257\/aer.90.4.980\">https:\/\/doi.org\/10.1257\/aer.90.4.980<\/a><\/p>\n<p>Fehr, E., &amp; Schmidt, K. M. (1999). A theory of fairness, competition, and cooperation. <em>The Quarterly Journal of Economics<\/em>, 114(3), 817-868. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1162\/003355399556151\">https:\/\/doi.org\/10.1162\/003355399556151<\/a><\/p>\n<p>Fischbacher, U. (2007). z-Tree: Zurich toolbox for ready-made economic experiments. <em>Experimental Economics<\/em>, 10(2), 171-178. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/s10683-006-9159-4\">https:\/\/doi.org\/10.1007\/s10683-006-9159-4<\/a><\/p>\n<p>Frederick, S. (2005). Cognitive reflection and decision making. <em>Journal of Economic Perspectives<\/em>, 19(4), 25-42. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1257\/089533005775196732\">https:\/\/doi.org\/10.1257\/089533005775196732<\/a><\/p>\n<p>Henrich, J., Heine, S. J., &amp; Norenzayan, A. (2010). The weirdest people in the world? <em>Behavioral and Brain Sciences<\/em>, 33(2-3), 61-83. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1017\/S0140525X0999152X\">https:\/\/doi.org\/10.1017\/S0140525X0999152X<\/a><\/p>\n<p>Keynes, J. M. (1936). <em>The general theory of employment, interest and money<\/em>. Macmillan.<\/p>\n<p>Nagel, R. (1995). Unraveling in guessing games: An experimental study. <em>American Economic Review<\/em>, 85(5), 1313-1326. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.jstor.org\/stable\/2950991\">https:\/\/www.jstor.org\/stable\/2950991<\/a><\/p>\n<p>Nash, J. F. (1950). Equilibrium points in n-person games. <em>Proceedings of the National Academy of Sciences<\/em>, 36(1), 48-49. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1073\/pnas.36.1.48\">https:\/\/doi.org\/10.1073\/pnas.36.1.48<\/a><\/p>\n<p>Smith, V. L., Suchanek, G. L., &amp; Williams, A. W. (1988). Bubbles, crashes, and endogenous expectations in experimental spot asset markets. <em>Econometrica<\/em>, 56(5), 1119-1151. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.2307\/1911361\">https:\/\/doi.org\/10.2307\/1911361<\/a><\/p>\n<p>Stahl, D. O., &amp; Wilson, P. W. (1995). On players&rsquo; models of other players: Theory and experimental evidence. <em>Games and Economic Behavior<\/em>, 10(1), 218-254. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1006\/game.1995.1031\">https:\/\/doi.org\/10.1006\/game.1995.1031<\/a><\/p>\n<p>Tversky, A., &amp; Kahneman, D. (1974). Judgment under uncertainty: Heuristics and biases. <em>Science<\/em>, 185(4157), 1124-1131. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.185.4157.1124\">https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.185.4157.1124<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Analyse acad\u00e9mique approfondie du jeu du concours de beaut\u00e9 selon Ernst Fehr et Simon G\u00e4chter : rationalit\u00e9 limit\u00e9e, niveaux de raisonnement et th\u00e9orie des jeux.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","template":"","categories":[1704,647],"tags":[5341,5340,2676,5342,1707],"class_list":["post-3275","psych_experiment","type-psych_experiment","status-publish","hentry","category-economie-comportementale","category-psychologie-cognitive","tag-ernst-fehr","tag-jeu-du-concours-de-beaute","tag-rationalite-limitee","tag-simon-gachter","tag-theorie-des-jeux"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_experiment\/3275","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_experiment"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_experiment"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3275"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_experiment\/3275\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3275"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3275"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3275"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}