{"id":26043,"date":"2026-11-08T23:14:38","date_gmt":"2026-11-08T23:14:38","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_comparison=trouble-dysmorphique-corporel-vs-anorexie-mentale"},"modified":"2026-11-08T23:14:38","modified_gmt":"2026-11-08T23:14:38","slug":"trouble-dysmorphique-corporel-vs-anorexie-mentale","status":"publish","type":"psych_comparison","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_comparison=trouble-dysmorphique-corporel-vs-anorexie-mentale","title":{"rendered":"Trouble dysmorphique corporel vs Anorexie mentale"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;exp\u00e9rience du corps propre constitue le socle fondamental sur lequel s&rsquo;\u00e9difie la conscience de soi. Dans le champ de la psychopathologie contemporaine, l&rsquo;alt\u00e9ration de l&rsquo;image corporelle repr\u00e9sente l&rsquo;un des motifs de souffrance psychique les plus d\u00e9vastateurs et les plus complexes \u00e0 d\u00e9m\u00ealer. Entre la conviction in\u00e9branlable d&rsquo;une difformit\u00e9 faciale imperceptible et la terreur panique de la prise pond\u00e9rale conduisant \u00e0 l&rsquo;\u00e9maciation extr\u00eame, la clinique psychiatrique est r\u00e9guli\u00e8rement confront\u00e9e \u00e0 deux entit\u00e9s nosologiques majeures : le <a href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/books\/NBK519704\/table\/ch3.t19\/\">trouble dysmorphique corporel<\/a> (TDC, historiquement qualifi\u00e9 de dysmorphophobie) et l&rsquo;<a href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/books\/NBK519712\/\">anorexie mentale<\/a> (AN). Bien que ces deux affections partagent un ancrage symptomatique profond dans la pr\u00e9occupation corporelle, elles proc\u00e8dent d&rsquo;architectures psychopathologiques, cognitives et neurobiologiques profond\u00e9ment divergentes.<\/p>\n<p>Dans la pratique clinique quotidienne, la fronti\u00e8re s\u00e9parant ces deux troubles est fr\u00e9quemment brouill\u00e9e. Un praticien non averti peut ais\u00e9ment confondre l&rsquo;\u00e9vitement du miroir d&rsquo;une adolescente anorexique avec celui d&rsquo;un patient souffrant de dysmorphophobie, ou m\u00e9conna\u00eetre une restriction alimentaire s\u00e9v\u00e8re secondaire \u00e0 une obsession centr\u00e9e sur la pro\u00e9minence du menton ou des bajoues. Cette perm\u00e9abilit\u00e9 apparente des fronti\u00e8res s\u00e9miologiques masque pourtant une dichotomie fondamentale : l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;anorexie mentale engage une lutte m\u00e9tabolique globale contre l&rsquo;adiposit\u00e9 au p\u00e9ril imm\u00e9diat du pronostic vital, le trouble dysmorphique corporel focalise une d\u00e9tresse existentielle et obsessionnelle sur des d\u00e9fauts morphologiques discrets, le plus souvent d\u00e9connect\u00e9s du poids global.<\/p>\n<p>\u00c9tablir un diagnostic diff\u00e9rentiel rigoureux entre le trouble dysmorphique corporel et l&rsquo;anorexie mentale ne rel\u00e8ve pas d&rsquo;un simple exercice d&rsquo;\u00e9rudition acad\u00e9mique ; il s&rsquo;agit d&rsquo;un imp\u00e9ratif pronostique et th\u00e9rapeutique d&rsquo;une absolue n\u00e9cessit\u00e9. Une m\u00e9prise diagnostique expose le patient \u00e0 des trajectoires iatrog\u00e8nes d\u00e9l\u00e9t\u00e8res, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;interventions chirurgicales mutilantes et inefficaces pour le patient dysmorphophobique, ou du retard fatal apport\u00e9 \u00e0 la renutrition d&rsquo;un patient anorexique en \u00e9tat de catabolisme critique. Cet article propose une exploration exhaustive, comparative et \u00e9tay\u00e9e par les neurosciences cliniques, de ces deux grandes pathologies du miroir.<\/p>\n<h2>1. Introduction : Cadre nosographique et justification du diagnostic diff\u00e9rentiel<\/h2>\n<h3>1.1 D\u00e9finition pr\u00e9liminaire des entit\u00e9s cliniques<\/h3>\n<p>Le trouble dysmorphique corporel (TDC) est class\u00e9 au sein du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (<a href=\"https:\/\/www.psychiatry.org\/psychiatrists\/practice\/dsm\">DSM-5-TR<\/a>) et de la Classification internationale des maladies (<a href=\"https:\/\/icd.who.int\/en\">CIM-11<\/a> de l&rsquo;Organisation mondiale de la sant\u00e9) dans la cat\u00e9gorie des \u00ab Troubles obsessionnels-compulsifs et troubles apparent\u00e9s \u00bb. Il se caract\u00e9rise par une pr\u00e9occupation envahissante concernant un ou plusieurs d\u00e9fauts per\u00e7us de l&rsquo;apparence physique, lesquels demeurent soit totalement invisibles, soit insignifiants pour un observateur ext\u00e9rieur. Cette obsession s&rsquo;accompagne obligatoirement de comportements r\u00e9p\u00e9titifs ou d&rsquo;actes mentaux ritualis\u00e9s qui consument un temps consid\u00e9rable et alt\u00e8rent s\u00e9v\u00e8rement le fonctionnement socio-professionnel de l&rsquo;individu.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, l&rsquo;anorexie mentale s&rsquo;inscrit sans \u00e9quivoque dans la classe nosologique des \u00ab Troubles de l&rsquo;alimentation et des conduites alimentaires \u00bb. Elle se d\u00e9finit par une restriction persistante des apports \u00e9nerg\u00e9tiques conduisant \u00e0 un poids corporel significativement inf\u00e9rieur aux normes minimales attendues pour l&rsquo;\u00e2ge, le sexe et la trajectoire d\u00e9veloppementale. Cette restriction est gouvern\u00e9e par une peur intense et disproportionn\u00e9e de prendre du poids ou de devenir gros, coupl\u00e9e \u00e0 une alt\u00e9ration profonde de la perception du poids ou de la corpulence, ou \u00e0 une incapacit\u00e9 persistante \u00e0 reconna\u00eetre la gravit\u00e9 clinique de la d\u00e9nutrition.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue historique, les racines conceptuelles de ces deux affections r\u00e9v\u00e8lent des trajectoires m\u00e9dicales fascinantes. Le concept de dysmorphophobie a \u00e9t\u00e9 formalis\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en 1891 par le psychiatre italien Enrico Morselli, qui d\u00e9crivait une sensation subjective de difformit\u00e9 que le patient ressent au sein de son propre corps, en l&rsquo;absence de toute alt\u00e9ration objective perceptible par autrui. Morselli soulignait d\u00e9j\u00e0 le caract\u00e8re tyrannique de cette id\u00e9e fixe, qui s&#8217;empare de la conscience du sujet et paralyse son existence. Plus tard, Pierre Janet qualifia cette entit\u00e9 d&rsquo;\u00ab obsession de la honte du corps \u00bb, soulignant la composante affective douloureuse et le sentiment d&rsquo;indignit\u00e9 qui sous-tendent la pathologie.<\/p>\n<p>L&rsquo;anorexie mentale, quant \u00e0 elle, a trouv\u00e9 son autonomie nosographique au XIXe si\u00e8cle gr\u00e2ce aux travaux pionniers et quasi contemporains du m\u00e9decin fran\u00e7ais Ernest-Charles Las\u00e8gue en 1873 (\u00ab De l&rsquo;anorexie hyst\u00e9rique \u00bb) et du m\u00e9decin britannique Sir William Gull en 1874 (\u00ab Anorexia Nervosa \u00bb). Las\u00e8gue insistait avec une grande finesse s\u00e9miologique sur le r\u00f4le central de la cellule familiale et sur le refus actif de l&rsquo;alimentation, loin d&rsquo;une simple perte passive d&rsquo;app\u00e9tit, tandis que Gull mettait en exergue les d\u00e9vastations somatiques, l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;\u00e9maciation extr\u00eame et la composante mentale sp\u00e9cifique d&rsquo;un d\u00e9lire de minceur. Ainsi, d\u00e8s leur gen\u00e8se clinique, ces deux entit\u00e9s ont trac\u00e9 des chemins distincts : l&rsquo;une ancr\u00e9e dans l&rsquo;obsession de la forme et de la laideur ponctuelle, l&rsquo;autre dans le refus visc\u00e9ral de la chair et de la nutrition.<\/p>\n<h3>1.2 Origine des confusions diagnostiques en pratique clinique<\/h3>\n<p>La proximit\u00e9 ph\u00e9nom\u00e9nologique entre le trouble dysmorphique corporel et l&rsquo;anorexie mentale repose avant tout sur une perturbation partag\u00e9e de l&rsquo;image corporelle. Dans les deux cas, le patient exprime une insatisfaction somatique d&rsquo;une intensit\u00e9 intol\u00e9rable, accompagn\u00e9e de distorsions perceptives o\u00f9 la r\u00e9alit\u00e9 physique ne correspond aucunement \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience interne v\u00e9cue. Cette distorsion se traduit cliniquement par un hyper-investissement de l&rsquo;enveloppe corporelle per\u00e7ue comme hostile, inacceptable ou honteuse, g\u00e9n\u00e9rant un sentiment d&rsquo;inad\u00e9quation radicale vis-\u00e0-vis du regard d&rsquo;autrui.<\/p>\n<p>Cette alt\u00e9ration perceptivo-cognitive s&rsquo;ext\u00e9riorise par des rituels comportementaux d&rsquo;une similarit\u00e9 troublante. L&rsquo;observateur note fr\u00e9quemment une alternance paradoxale entre une scrutation compulsive des surfaces r\u00e9fl\u00e9chissantes (miroirs, vitrines, reflets sur les \u00e9crans de t\u00e9l\u00e9phone) et un \u00e9vitement phobique absolu du reflet sp\u00e9culaire. Dans les deux pathologies, les patients peuvent passer plusieurs heures par jour \u00e0 examiner, palper, mesurer ou masquer des zones anatomiques cibl\u00e9es, ou \u00e0 l&rsquo;inverse masquer syst\u00e9matiquement les miroirs de leur domicile pour \u00e9chapper \u00e0 l&rsquo;effroi que suscite la confrontation avec leur propre image.<\/p>\n<p>La confusion est exacerb\u00e9e par la fr\u00e9quence massive des comorbidit\u00e9s psychiatriques qui se superposent au tableau initial. Les \u00e9pisodes d\u00e9pressifs majeurs, le trouble anxi\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e et le trouble anxi\u00e9t\u00e9 sociale (phobie sociale) sont quasi omnipr\u00e9sents chez ces patients. L&rsquo;isolement social profond, le repli au domicile et l&rsquo;anh\u00e9donie peuvent masquer la symptomatologie primaire : le praticien non sp\u00e9cialiste peut ainsi attribuer un amaigrissement \u00e0 une d\u00e9pression s\u00e9v\u00e8re alors qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une anorexie mentale, ou interpr\u00e9ter un refus de sortir comme une agoraphobie classique alors qu&rsquo;il d\u00e9coule de la terreur de montrer un d\u00e9faut cutan\u00e9 per\u00e7u dans le cadre d&rsquo;un TDC.<\/p>\n<p>Les enjeux pronostiques d&rsquo;une diff\u00e9renciation pr\u00e9coce sont monumentaux. Chez le patient souffrant d&rsquo;anorexie mentale, la d\u00e9nutrition progressive enclenche une cascade de d\u00e9faillances h\u00e9modynamiques et m\u00e9taboliques susceptibles d&rsquo;engager le pronostic vital \u00e0 court terme par arr\u00eat cardiaque, collapsus hypovol\u00e9mique ou choc septique. Chez le patient souffrant de TDC, si le risque d&rsquo;effondrement visc\u00e9ral imm\u00e9diat est g\u00e9n\u00e9ralement absent en raison d&rsquo;un \u00e9tat nutritionnel conserv\u00e9, le risque suicidaire culmine \u00e0 des niveaux parmi les plus \u00e9lev\u00e9s de toute la nosographie psychiatrique. En outre, une erreur d&rsquo;orientation peut conduire le patient dysmorphophobique vers la table d&rsquo;op\u00e9ration du chirurgien plasticien, pr\u00e9cipitant des s\u00e9quelles physiques ind\u00e9l\u00e9biles et une aggravation catastrophique de son \u00e9tat mental.<\/p>\n<h2>2. Le trouble dysmorphique corporel : S\u00e9miologie, ph\u00e9nom\u00e9nologie et \u00e9tiologie<\/h2>\n<h3>2.1 Crit\u00e8res diagnostiques et s\u00e9miologie cardiovasculaire et psychologique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation rigoureuse du trouble dysmorphique corporel selon les crit\u00e8res du DSM-5-TR impose une analyse s\u00e9miologique minutieuse centr\u00e9e sur la nature de la pr\u00e9occupation et son retentissement psychologique. Le crit\u00e8re A exige une pr\u00e9occupation excessive concernant un ou plusieurs d\u00e9fauts ou imperfections per\u00e7us dans l&rsquo;apparence physique, lesquels sont totalement invisibles ou n&rsquo;apparaissent que de mani\u00e8re minime et n\u00e9gligeable pour les tiers. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une simple coquetterie ou d&rsquo;un complexe banal, mais d&rsquo;une id\u00e9e fixe, intrusive, douloureuse, qui envahit l&rsquo;espace mental du sujet entre trois et huit heures par jour en moyenne.<\/p>\n<p>Le crit\u00e8re B stipule qu&rsquo;\u00e0 un moment donn\u00e9 de l&rsquo;\u00e9volution du trouble, l&rsquo;individu a accompli des comportements r\u00e9p\u00e9titifs (v\u00e9rifier son reflet dans le miroir, se toiletter excessivement, s&rsquo;\u00e9corcher la peau ou <em>skin picking<\/em>, rechercher d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment la r\u00e9assurance d&rsquo;autrui) ou des actes mentaux (comparer en permanence son apparence physique \u00e0 celle d&rsquo;autrui). Ces compulsions visent \u00e0 r\u00e9duire l&rsquo;angoisse intol\u00e9rable g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par l&rsquo;obsession, mais ne procurent au mieux qu&rsquo;un soulagement \u00e9ph\u00e9m\u00e8re avant de relancer le cycle anxieux. Le crit\u00e8re C requiert que cette pr\u00e9occupation entra\u00eene une d\u00e9tresse cliniquement significative ou une alt\u00e9ration majeure du fonctionnement social, professionnel ou dans d&rsquo;autres domaines cruciaux de l&rsquo;existence.<\/p>\n<p>L&rsquo;inventaire s\u00e9miologique des zones corporelles cibl\u00e9es par le TDC met en lumi\u00e8re une pr\u00e9dominance \u00e9crasante du p\u00f4le c\u00e9phalique et facial, bien que n&rsquo;importe quelle composante anatomique puisse devenir l&rsquo;objet du d\u00e9lire ou de l&rsquo;obsession :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La peau (cutis) :<\/strong> Pr\u00e9sente chez plus de 70 % des patients. Les pr\u00e9occupations portent sur l&rsquo;acn\u00e9 microscopique, de minuscules cicatrices, les rougeurs, la texture des pores, les rides d&rsquo;expression ou une p\u00e2leur per\u00e7ue. Ces obsessions s&rsquo;accompagnent souvent d&rsquo;excoriations compulsives aggravant les l\u00e9sions primitives.<\/li>\n<li><strong>Le syst\u00e8me pileux et les cheveux :<\/strong> Pr\u00e9occupations relatives \u00e0 une alop\u00e9cie naissante, une calvitie suppos\u00e9e, une asym\u00e9trie de la ligne frontale ou au contraire une hypertrichose faciale per\u00e7ue comme monstrueuse.<\/li>\n<li><strong>La pyramide nasale :<\/strong> Obsessions focalis\u00e9es sur la taille, la d\u00e9viation, la largeur de la pointe ou les irr\u00e9gularit\u00e9s de l&rsquo;ar\u00eate nasale (rhinophobie s\u00e9lective).<\/li>\n<li><strong>Les asym\u00e9tries faciales :<\/strong> Perception terrifiante d&rsquo;un d\u00e9s\u00e9quilibre orbitaire, malaire, mandibulaire ou labial, rendant le visage \u00ab difforme \u00bb aux yeux du sujet.<\/li>\n<li><strong>Les zones corporelles secondaires :<\/strong> Les yeux, les dents, le menton, les seins, les organes g\u00e9nitaux externes ou la morphologie musculaire globale (cette derni\u00e8re relevant d&rsquo;un sous-type distinct).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Un crit\u00e8re d&rsquo;exclusion hi\u00e9rarchique capital (Crit\u00e8re D) pr\u00e9cise que les pr\u00e9occupations esth\u00e9tiques ne doivent pas \u00eatre mieux expliqu\u00e9es par des inqui\u00e9tudes relatives \u00e0 la masse grasse ou au poids corporel chez un sujet dont les sympt\u00f4mes remplissent les crit\u00e8res diagnostiques d&rsquo;un trouble des conduites alimentaires. Le DSM-5-TR propose \u00e9galement un sp\u00e9cificateur fondamental \u00e9valuant le degr\u00e9 de prise de conscience (<em>insight<\/em>) : le patient peut pr\u00e9senter une prise de conscience bonne ou acceptable (reconna\u00eet que ses croyances sont probablement fausses), m\u00e9diocre (pense que ses croyances sont probablement vraies), ou totalement absente avec pr\u00e9sence d&rsquo;id\u00e9es d\u00e9lirantes (conviction absolue, in\u00e9branlable et r\u00e9fractaire \u00e0 toute argumentation logique que son apparence est r\u00e9pugnante ou monstrueuse).<\/p>\n<h3>2.2 Mod\u00e8les \u00e9tiopathog\u00e9niques et neurobiologiques<\/h3>\n<p>Les avanc\u00e9es de la neuro-imagerie fonctionnelle et de la neuropsychologie cognitive ont radicalement transform\u00e9 notre compr\u00e9hension de la pathogen\u00e8se du trouble dysmorphique corporel. Loin d&rsquo;\u00eatre un simple trouble de l&rsquo;estime de soi d&rsquo;origine psychodynamique, le TDC s&rsquo;enracine dans des anomalies fondamentales du traitement visuel et perceptif. Les \u00e9tudes en imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) men\u00e9es lors de t\u00e2ches de reconnaissance de visages mettent en \u00e9vidence une alt\u00e9ration majeure de l&rsquo;\u00e9quilibre entre le traitement de l&rsquo;information visuelle globale (holistique) et le traitement analytique localis\u00e9.<\/p>\n<p>Chez les individus sains, la perception des visages repose prioritairement sur une int\u00e9gration holistique imm\u00e9diate m\u00e9di\u00e9e par le cortex occipito-temporal et l&rsquo;aire fusiforme des visages (FFA). Chez les patients atteints de TDC, on observe une hypoactivation des r\u00e9seaux neuronaux responsables de cette perception d&rsquo;ensemble, coupl\u00e9e \u00e0 une hyperactivation aberrante des aires visuelles secondaires engag\u00e9es dans le traitement localis\u00e9 des d\u00e9tails ultra-fins. Le patient dysmorphophobique regarde son propre reflet non pas comme une gestalt unifi\u00e9e et coh\u00e9rente, mais \u00e0 travers une lentille cognitive \u00ab microscopique \u00bb qui sur-amplifie le moindre pore, la plus petite asym\u00e9trie millim\u00e9trique ou la plus infime variation de teinte cutan\u00e9e, qu&rsquo;il interpr\u00e8te imm\u00e9diatement comme une catastrophe esth\u00e9tique.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, la neurobiologie du TDC partage des signatures fonctionnelles \u00e9troites avec le spectre obsessionnel-compulsif. Des anomalies de connectivit\u00e9 au sein des boucles cortico-striato-thalamo-corticales (CSTC) ont \u00e9t\u00e9 formellement document\u00e9es. Les circuits reliant le cortex orbitofrontal (COF), le cortex cingulaire ant\u00e9rieur (CCA) et le striatum dorsal pr\u00e9sentent des dysfonctionnements majeurs caract\u00e9ris\u00e9s par une hyperr\u00e9activit\u00e9 lors des t\u00e2ches d&rsquo;\u00e9valuation des erreurs et de flexibilit\u00e9 cognitive. Cette hyperactivit\u00e9 des circuits fronto-striataux explique l&rsquo;incapacit\u00e9 du patient \u00e0 d\u00e9sengager son attention des stimuli visuels anxiog\u00e8nes et la survenue d&rsquo;automatismes comportementaux compulsifs incoercibles.<\/p>\n<p>Sur le plan \u00e9tiologique environnemental, l&rsquo;histoire d\u00e9veloppementale des patients atteints de TDC r\u00e9v\u00e8le une pr\u00e9valence exceptionnellement \u00e9lev\u00e9e d&rsquo;exp\u00e9riences de victimisation par les pairs au cours de l&rsquo;enfance et de l&rsquo;adolescence. Le harc\u00e8lement scolaire, les moqueries r\u00e9p\u00e9t\u00e9es centr\u00e9es sur les caract\u00e9ristiques physiques naissantes \u00e0 la pubert\u00e9 (acn\u00e9, morphologie nasale, corpulence), et les abus \u00e9motionnels intrafamiliaux constituent des facteurs de risque environnementaux majeurs. Ces traumatismes relationnels pr\u00e9coces agissent comme des d\u00e9clencheurs \u00e9pig\u00e9n\u00e9tiques chez des sujets porteurs d&rsquo;une vuln\u00e9rabilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique sous-jacente. Les \u00e9tudes familiales et de jumelage confirment en effet une h\u00e9ritabilit\u00e9 estim\u00e9e entre 40 % et 50 %, avec une agr\u00e9gation familiale significative de cas de troubles obsessionnels-compulsifs et de troubles anxieux chez les apparent\u00e9s au premier degr\u00e9.<\/p>\n<h3>2.3 \u00c9volution clinique et retentissement psychosocial<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire naturelle du trouble dysmorphique corporel se caract\u00e9rise par une chronicit\u00e9 insidieuse et une r\u00e9sistance remarquable aux m\u00e9canismes de r\u00e9mission spontan\u00e9e en l&rsquo;absence d&rsquo;une intervention psychoth\u00e9rapeutique et pharmacologique sp\u00e9cialis\u00e9e. Le d\u00e9but du trouble survient classiquement \u00e0 l&rsquo;adolescence, avec un pic d&rsquo;incidence vers l&rsquo;\u00e2ge de 12 \u00e0 13 ans, p\u00e9riode charni\u00e8re de m\u00e9tamorphose corporelle pubertaire et de vuln\u00e9rabilit\u00e9 identitaire accrue. En l&rsquo;absence de traitement ad\u00e9quat, le trouble suit une trajectoire continue et invalidante, marqu\u00e9e par une aggravation progressive des rituels et une d\u00e9gradation dramatique de la qualit\u00e9 de vie globale.<\/p>\n<p>Le retentissement psychosocial du TDC compte parmi les plus s\u00e9v\u00e8res de la psychopathologie adulte. L&rsquo;angoisse permanente d&rsquo;exposer sa pr\u00e9tendue monstruosit\u00e9 au regard d&rsquo;autrui engendre des conduites d&rsquo;\u00e9vitement social massif pouvant culminer dans un confinement \u00e0 domicile strict. Certains patients vivent volets clos pendant des ann\u00e9es, ne s&rsquo;autorisant \u00e0 sortir qu&rsquo;au c\u0153ur de la nuit pour \u00e9viter la lumi\u00e8re du jour et le croisement du regard d&rsquo;autrui. La d\u00e9sinsertion scolaire et professionnelle est pr\u00e9coce et fr\u00e9quente : pr\u00e8s d&rsquo;un tiers des patients souffrant de formes s\u00e9v\u00e8res se retrouvent en incapacit\u00e9 totale de travailler ou sont contraints d&rsquo;interrompre pr\u00e9matur\u00e9ment leur cursus universitaire.<\/p>\n<p>Le profil de dangerosit\u00e9 du TDC est domin\u00e9 par un risque suicidaire extraordinairement \u00e9lev\u00e9. Les \u00e9tudes \u00e9pid\u00e9miologiques prospectives rapportent des taux d&rsquo;id\u00e9ations suicidaires tout au long de la vie oscillant entre 75 % et 80 %, tandis que la pr\u00e9valence des tentatives de suicide effectives se situe entre 25 % et 30 %. Le taux annuel de suicide compl\u00e9t\u00e9 dans cette population est estim\u00e9 \u00e0 plus de quarante-cinq fois celui de la population g\u00e9n\u00e9rale masculine et f\u00e9minine appari\u00e9e pour l&rsquo;\u00e2ge. Cette issue fatale d\u00e9coule du d\u00e9sespoir profond face \u00e0 l&rsquo;impossibilit\u00e9 ressentie de corriger une laideur v\u00e9cue comme une condamnation ontologique absolue.<\/p>\n<p>Un corollaire dramatique de ce tableau est l&rsquo;errance m\u00e9dicale caract\u00e9ris\u00e9e par le recours it\u00e9ratif et compulsif \u00e0 des traitements somatiques non psychiatriques. Incapable de reconna\u00eetre l&rsquo;origine neuro-psychologique de son tourment, le patient dysmorphophobique consulte prioritairement des dermatologues, des chirurgiens plasticiens, des chirurgiens maxillo-faciaux et des odontologistes. Entre 70 % et 80 % des individus souffrant de TDC sollicitent des interventions cosm\u00e9tiques, et plus de 50 % en subissent au moins une au cours de leur vie. Or, la quasi-totalit\u00e9 de ces gestes chirurgicaux ou dermatologiques invasifs se soldent par un \u00e9chec th\u00e9rapeutique cuisant : le r\u00e9sultat anatomique est invariablement jug\u00e9 d\u00e9cevant, d\u00e9fectueux ou monstrueux par le patient, provoquant un d\u00e9placement imm\u00e9diat de l&rsquo;obsession sur une nouvelle zone anatomique, une recrudescence suicidaire, ou des d\u00e9rives m\u00e9dico-l\u00e9gales violentes \u00e0 l&rsquo;encontre des praticiens intervenants.<\/p>\n<h2>3. L&rsquo;anorexie mentale : Psychopathologie, r\u00e9gulation pond\u00e9rale et atteintes somatiques<\/h2>\n<h3>3.1 Crit\u00e8res diagnostiques et manifestations cliniques centrales<\/h3>\n<p><span class=\"arabpsy-eq\" dir=\"ltr\">L&rsquo;anorexie mentale repr\u00e9sente la manifestation paradigmatique et la plus redoutable des troubles des conduites alimentaires. Son diagnostic s\u00e9miologique selon le DSM-5-TR et la CIM-11 repose sur un tr\u00e9pied psychopathologique et somatique d&rsquo;une coh\u00e9rence interne clinique redoutable. Le crit\u00e8re A impose l&rsquo;existence d&rsquo;une restriction volontaire, rigide et continue des apports \u00e9nerg\u00e9tiques par rapport aux besoins m\u00e9taboliques physiologiques du sujet. Cette privation calorique intentionnelle aboutit de mani\u00e8re in\u00e9luctable \u00e0 un poids corporel significativement bas, d\u00e9fini chez l&rsquo;adulte par un indice de masse corporelle (IMC = poids en kg \/ [taille en m]\u00b2) strictement inf\u00e9rieur \u00e0 18,5 kg\/m\u00b2, et chez l&rsquo;enfant ou l&rsquo;adolescent par un percentile pond\u00e9ral ou un Z-score de l&rsquo;IMC situ\u00e9 nettement en dessous des courbes physiologiques attendues<\/span>.<\/p>\n<p>Le crit\u00e8re B est constitu\u00e9 par une peur intense et irrationnelle de prendre du poids, de grossir ou d&rsquo;accumuler de la masse grasse. Cette phobie pond\u00e9rale (souvent d\u00e9sign\u00e9e sous le terme historique de \u00ab fat phobia \u00bb) ne s&rsquo;att\u00e9nue paradoxalement jamais au fur et \u00e0 mesure de l&rsquo;amaigrissement ; au contraire, elle tend \u00e0 cro\u00eetre en intensit\u00e9 \u00e0 mesure que le patient s&rsquo;enfonce dans la d\u00e9nutrition, chaque gramme repris \u00e9tant per\u00e7u comme une perte de contr\u00f4le catastrophique. De mani\u00e8re alternative, ce crit\u00e8re peut \u00eatre valid\u00e9 par la pr\u00e9sence de comportements syst\u00e9matiques et persistants qui entravent activement la reprise pond\u00e9rale (hyperactivit\u00e9 motrice fr\u00e9n\u00e9tique, prise de purgatifs, manipulation des rations), m\u00eame face \u00e0 un \u00e9tat de cachexie avanc\u00e9.<\/p>\n<p>Le crit\u00e8re C cristallise la dimension perceptive et cognitive fondamentale du trouble. Il se manifeste par une alt\u00e9ration majeure et globale de la mani\u00e8re dont le corps, son poids ou ses contours sont v\u00e9cus par le sujet. Le patient anorexique regarde un corps d\u00e9charn\u00e9, saillant de reliefs osseux, et affirme avec une conviction absolue se trouver adipeux, gonfl\u00e9 ou flasque, particuli\u00e8rement au niveau de l&rsquo;abdomen, des fesses ou des cuisses. Ce crit\u00e8re englobe \u00e9galement une influence disproportionn\u00e9e et tyrannique du poids et de la forme corporelle sur l&rsquo;auto-\u00e9valuation globale de l&rsquo;estime de soi : l&rsquo;individu ne vaut que par sa capacit\u00e9 \u00e0 maintenir le contr\u00f4le de son corps et \u00e0 d\u00e9fier les lois de la faim. Enfin, une anosognosie persistante concernant la gravit\u00e9 m\u00e9dicale de l&rsquo;\u00e9tat de d\u00e9nutrition scelle ce crit\u00e8re.<\/p>\n<p>La nosographie distingue formellement deux sous-types cliniques fondamentaux dont la trajectoire \u00e9volutive et le pronostic diff\u00e8rent sensiblement :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le sous-type restrictif pur (AN-R) :<\/strong> Au cours des trois derniers mois, le patient a obtenu sa perte de poids exclusivement par le biais de r\u00e9gimes draconiens, du je\u00fbne prolong\u00e9 et\/ou d&rsquo;une pratique sportive compulsive et ext\u00e9nuante. Aucun \u00e9pisode r\u00e9current de crise de boulimie (hyperphagie incontr\u00f4l\u00e9e) ni de recours \u00e0 des comportements de purge n&rsquo;est retrouv\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Le sous-type avec crises de boulimie et comportements purgatifs (AN-BP) :<\/strong> Au cours des trois derniers mois, le patient a pr\u00e9sent\u00e9 de mani\u00e8re r\u00e9currente des \u00e9pisodes de gloutonnerie ou de crises de boulimie objectives, associ\u00e9s \u00e0 des comportements compensatoires inappropri\u00e9s destin\u00e9s \u00e0 annuler l&rsquo;impact calorique, tels que des vomissements provoqu\u00e9s, l&rsquo;abus de laxatifs, de diur\u00e9tiques ou d&rsquo;\u0153n\u00e8mes. Ce sous-type pr\u00e9sente une instabilit\u00e9 \u00e9motionnelle accrue et un risque hydro\u00e9lectrolytique aigu encore plus marqu\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>3.2 \u00c9tiologie multifactorielle et neurobiologie du contr\u00f4le m\u00e9tabolique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tiopathog\u00e9nie de l&rsquo;anorexie mentale est aujourd&rsquo;hui conceptualis\u00e9e comme un mod\u00e8le complexe int\u00e9grant des facteurs neurobiologiques, m\u00e9taboliques, psychologiques et socioculturels. Les \u00e9tudes d&rsquo;association pang\u00e9nomique (GWAS) ont marqu\u00e9 une rupture \u00e9pist\u00e9mologique majeure en d\u00e9montrant que l&rsquo;anorexie mentale n&rsquo;est pas uniquement un trouble psychiatrique pur, mais une affection m\u00e9tabo-psychiatrique. Des corr\u00e9lations g\u00e9n\u00e9tiques n\u00e9gatives substantielles ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvertes entre l&rsquo;anorexie et la masse grasse corporelle, le taux de leptine, l&rsquo;insuline \u00e0 jeun et l&rsquo;indice de masse corporelle, sugg\u00e9rant que les m\u00e9canismes physiologiques de r\u00e9gulation m\u00e9tabolique sont intrins\u00e8quement alt\u00e9r\u00e9s chez ces sujets, facilitant l&rsquo;adaptation paradoxale au je\u00fbne prolong\u00e9.<\/p>\n<p>Au niveau c\u00e9r\u00e9bral, le dysfonctionnement des circuits de la r\u00e9compense et de l&rsquo;int\u00e9gration int\u00e9roceptive joue un r\u00f4le pivot. Chez l&rsquo;individu sain, la faim active les structures dopaminergiques m\u00e9solimbiques (aire tegmentale ventrale, noyau accumbens) et rend la nourriture hautement gratifiante. Dans l&rsquo;anorexie mentale, ce circuit est court-circuit\u00e9 : la consommation d&rsquo;aliments caloriques d\u00e9clenche un signal d&rsquo;aversion et d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 massive, tandis que la restriction alimentaire, la sensation de vide gastrique et la perte pond\u00e9rale activent paradoxalement le striatum ventral, procurant une sensation euphorique de ma\u00eetrise et de r\u00e9compense dopaminergique. L&rsquo;insula ant\u00e9rieure, r\u00e9gion c\u00e9r\u00e9brale responsable de l&rsquo;int\u00e9gration des signaux visc\u00e9raux internes (faim, sati\u00e9t\u00e9, douleur, sch\u00e9ma corporel interne), pr\u00e9sente une hypoactivation ou une connectivit\u00e9 aberrante, expliquant la d\u00e9connexion int\u00e9roceptive profonde de ces patients qui ne \u00ab ressentent \u00bb plus l&rsquo;\u00e9puisement physiologique de leurs organes.<\/p>\n<p>Sur le plan des traits de personnalit\u00e9 pr\u00e9morbides, l&rsquo;anorexie mentale s&rsquo;enracine quasi syst\u00e9matiquement sur un terrain psychologique caract\u00e9ris\u00e9 par un perfectionnisme rigide, un \u00e9vitement \u00e9lev\u00e9 du danger (<em>harm avoidance<\/em>) et une hyper-inhibition comportementale. Les profils neuropsychologiques mettent en \u00e9vidence un d\u00e9ficit marqu\u00e9 de la flexibilit\u00e9 cognitive (difficult\u00e9s substantielles lors des \u00e9preuves de changement de t\u00e2che ou <em>set-shifting<\/em>) coupl\u00e9 \u00e0 une focalisation excessive sur les d\u00e9tails au d\u00e9triment de la coh\u00e9rence centrale globale. L&rsquo;alexithymie, d\u00e9finie par l&rsquo;incapacit\u00e9 \u00e0 identifier et \u00e0 verbaliser ses propres affects \u00e9motionnels, conduit \u00e0 un processus de somatisation o\u00f9 l&rsquo;angoisse psychologique indicible est canalis\u00e9e et convertie en une obsession exclusive du contr\u00f4le m\u00e9tabolique et de la masse corporelle.<\/p>\n<p>Ces vuln\u00e9rabilit\u00e9s neurobiologiques et psychologiques entrent en r\u00e9sonance destructrice avec un contexte socioculturel contemporain satur\u00e9 par l&rsquo;injonction \u00e0 la minceur. La diffusion ubiquitaire d&rsquo;id\u00e9aux corporels st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s, amplifi\u00e9e par les r\u00e9seaux sociaux et la culture de la di\u00e8te, sert de terreau fertile \u00e0 l&rsquo;\u00e9closion du trouble chez des jeunes filles et des jeunes hommes pr\u00e9sentant une fragilit\u00e9 identitaire. Toutefois, si la pression soci\u00e9tale peut servir de vecteur initial \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rimentation d&rsquo;un premier r\u00e9gime amaigrissant, c&rsquo;est bien la r\u00e9action biologique idiosyncrasique \u00e0 la privation nutritionnelle qui enclenche l&rsquo;engrenage psychopathologique irr\u00e9versible de l&rsquo;anorexie mentale.<\/p>\n<h3>3.3 Cons\u00e9quences somatiques et pronostic vital<\/h3>\n<p>La p\u00e9rennisation du je\u00fbne et l&rsquo;installation d&rsquo;une d\u00e9nutrition s\u00e9v\u00e8re imposent \u00e0 l&rsquo;organisme un \u00e9tat de catabolisme prot\u00e9ique autophagique g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9, mena\u00e7ant directement l&rsquo;hom\u00e9ostasie cellulaire et l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de chaque syst\u00e8me d&rsquo;organes. L&rsquo;appareil cardiovasculaire paie l&rsquo;un des plus lourds tributs somatiques. La fonte myocardique (atrophie des parois ventriculaires) s&rsquo;accompagne d&rsquo;une bradycardie sinusale physiologique r\u00e9flexe d&rsquo;\u00e9conomie d&rsquo;\u00e9nergie (fr\u00e9quence cardiaque chutant fr\u00e9quemment en dessous de 40 battements par minute) et d&rsquo;une hypotension art\u00e9rielle orthostatique s\u00e9v\u00e8re exposant \u00e0 des syncopes r\u00e9p\u00e9t\u00e9es.<\/p>\n<p>Sur le plan \u00e9lectrocardiographique, les anomalies hydro\u00e9lectrolytiques \u2014 au premier rang desquelles l&rsquo;hypokali\u00e9mie provoqu\u00e9e par les vomissements ou l&rsquo;abus de purgatifs, mais aussi l&rsquo;hypomagn\u00e9s\u00e9mie \u2014 induisent un allongement pathologique de l&rsquo;intervalle QTc. Cette modification expose le myocarde \u00e0 la survenue foudroyante d&rsquo;arythmies ventriculaires mortelles, notamment des torsades de pointes et une fibrillation ventriculaire conduisant \u00e0 une mort subite impr\u00e9visible. Un \u00e9panchement p\u00e9ricardique silencieux est par ailleurs retrouv\u00e9 dans plus de 25 % des \u00e9tats de cachexie s\u00e9v\u00e8re.<\/p>\n<p>Les atteintes endocriniennes et m\u00e9taboliques traduisent une adaptation r\u00e9gressive de l&rsquo;axe hypothalamo-hypophysaire face \u00e0 la privation \u00e9nerg\u00e9tique. L&rsquo;effondrement de la s\u00e9cr\u00e9tion pulsatile de GnRH induit un hypogonadisme hypogonadotrophique qui se manifestait historiquement par l&rsquo;am\u00e9norrh\u00e9e chez la femme r\u00e9gl\u00e9e (crit\u00e8re supprim\u00e9 du DSM-5 pour inclure les hommes, les femmes sous contraception orale et les pr\u00e9-pub\u00e8res, mais demeurant un marqueur clinique capital). L&rsquo;axe thyro\u00efdien bascule dans le syndrome de basse T3 (euthyroid sick syndrome) avec hypothermie marqu\u00e9e, tandis que l&rsquo;axe corticotrope s&#8217;emballe avec une hypercortisol\u00e9mie r\u00e9actionnelle responsable d&rsquo;un catabolisme acc\u00e9l\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;atteinte du m\u00e9tabolisme osseux est particuli\u00e8rement pr\u00e9coce et d\u00e9vastatrice. La conjonction du d\u00e9ficit \u0153strog\u00e9nique, de l&rsquo;exc\u00e8s de cortisol et du manque d&rsquo;apport calcique et prot\u00e9ique induit une ost\u00e9op\u00e9nie et une ost\u00e9oporose fracturaire s\u00e9v\u00e8res, souvent irr\u00e9versibles si la d\u00e9nutrition persiste pendant les ann\u00e9es critiques de constitution du pic de masse osseuse \u00e0 l&rsquo;adolescence. Au niveau h\u00e9matologique, l&rsquo;aplasie g\u00e9latineuse de la moelle osseuse engendre une pancytop\u00e9nie associant an\u00e9mie ar\u00e9g\u00e9n\u00e9rative, leucop\u00e9nie avec neutrop\u00e9nie majeure augmentant le risque infectieux, et thrombop\u00e9nie.<\/p>\n<p>L&rsquo;ensemble de ces d\u00e9faillances visc\u00e9rales conf\u00e8re \u00e0 l&rsquo;anorexie mentale le taux de mortalit\u00e9 standardis\u00e9 (SMR) le plus \u00e9lev\u00e9 de l&rsquo;ensemble de la psychiatrie, estim\u00e9 entre 5 et 6 fois sup\u00e9rieur \u00e0 celui de la population g\u00e9n\u00e9rale du m\u00eame \u00e2ge. La mortalit\u00e9 se r\u00e9partit de mani\u00e8re dramatiquement bimodale : environ la moiti\u00e9 des d\u00e9c\u00e8s est directement imputable aux complications somatiques aigu\u00ebs de la d\u00e9nutrition (d\u00e9faillance multivisc\u00e9rale, collapsus cardiaque, choc septique m\u00e9connu en raison de l&rsquo;absence de r\u00e9ponse f\u00e9brile), tandis que l&rsquo;autre moiti\u00e9 r\u00e9sulte d&rsquo;actes suicidaires men\u00e9s avec une d\u00e9termination l\u00e9tale particuli\u00e8rement \u00e9lev\u00e9e.<\/p>\n<h2>4. Diff\u00e9rences cl\u00e9s entre le trouble dysmorphique corporel et l&rsquo;anorexie mentale<\/h2>\n<h3>4.1 Objet focal de la pr\u00e9occupation et perception corporelle<\/h3>\n<p>La distinction la plus saillante entre le trouble dysmorphique corporel et l&rsquo;anorexie mentale r\u00e9side dans la g\u00e9ographie spatiale et la nature m\u00eame de la pr\u00e9occupation anatomique. Dans le trouble dysmorphique corporel, l&rsquo;obsession est intrins\u00e8quement <strong>focale, circonscrite et micro-localis\u00e9e<\/strong>. Le patient concentre toute son angoisse existentielle sur un point pr\u00e9cis de son enveloppe charnelle : une micro-cicatrice sur la joue droite, une courbure jug\u00e9e anormale de l&rsquo;ar\u00eate nasale, une asym\u00e9trie labiale millim\u00e9trique ou la rar\u00e9faction suppos\u00e9e de ses cheveux sur le vertex. En dehors de cette zone maudite, le reste du corps peut \u00eatre per\u00e7u de mani\u00e8re parfaitement neutre ou congruente avec la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9, l&rsquo;anorexie mentale se caract\u00e9rise par une pr\u00e9occupation <strong>globale, volumique et m\u00e9tabolique<\/strong> portant sur l&rsquo;ensemble de la silhouette, de la masse corporelle et de la r\u00e9partition adipeuse. L&rsquo;angoisse n&rsquo;est pas d\u00e9clench\u00e9e par un d\u00e9faut esth\u00e9tique d&rsquo;asym\u00e9trie ou de structure dermatologique, mais par le concept m\u00eame de chair, de tissu adipeux, de volume et de poids. M\u00eame lorsque la patiente anorexique d\u00e9signe des zones anatomiques sp\u00e9cifiques (les fesses, les hanches, le ventre ou les cuisses), elle ne les d\u00e9crit pas comme laides en raison d&rsquo;une asym\u00e9trie ou d&rsquo;une anomalie morphologique intrins\u00e8que, mais comme intol\u00e9rablement \u00ab \u00e9paisses \u00bb, \u00ab grasses \u00bb ou \u00ab gonfl\u00e9es \u00bb.<\/p>\n<p>Cette diff\u00e9rence fondamentale se v\u00e9rifie de mani\u00e8re spectaculaire dans la cin\u00e9tique de la symptomatologie lors des variations pond\u00e9rales. Si un patient souffrant d&rsquo;anorexie mentale perd dix kilogrammes, son angoisse de base n&rsquo;est pas gu\u00e9rie mais sa compulsion de restriction trouve une validation temporaire dans le chiffre de la balance, m\u00eame si sa perception dysmorphique persiste. En revanche, si un patient souffrant de trouble dysmorphique corporel perd du poids, cette modification somatique n&rsquo;apporte strictement aucun soulagement \u00e0 son obsession nasale ou cutan\u00e9e ; pire encore, l&rsquo;amaigrissement g\u00e9n\u00e9ral du visage peut accentuer les reliefs osseux ou creuser les joues, mettant davantage en \u00e9vidence le nez ou les asym\u00e9tries faciales redout\u00e9es et exacerbant brutalement le tableau clinique de dysmorphophobie.<\/p>\n<h3>4.2 Rapport \u00e0 l&rsquo;alimentation et comportements compensatoires<\/h3>\n<p>Le comportement alimentaire constitue une ligne de d\u00e9marcation s\u00e9miologique absolue entre les deux affections. Dans le trouble dysmorphique corporel non comorbide, il n&rsquo;existe <strong>aucune perturbation primaire de la r\u00e9gulation de l&rsquo;app\u00e9tit ni de la physiologie de la prise alimentaire<\/strong>. Le patient dysmorphophobique continue d&rsquo;\u00e9prouver la faim, respecte spontan\u00e9ment ses signaux physiologiques de sati\u00e9t\u00e9 et maintient des apports caloriques \u00e9quivalents \u00e0 ses besoins \u00e9nerg\u00e9tiques de base. Les seules exceptions observ\u00e9es rel\u00e8vent de r\u00e9gimes ultra-cibl\u00e9s et dogmatiques guid\u00e9s par des croyances magiques relatives au d\u00e9faut anatomique : par exemple, l&rsquo;\u00e9limination stricte des produits laitiers ou du sucre raffin\u00e9 dans l&rsquo;espoir chim\u00e9rique de faire dispara\u00eetre une acn\u00e9 faciale, ou la surconsommation de g\u00e9lules de collag\u00e8ne pour modifier la texture d&rsquo;une cicatrice.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;anorexie mentale, le rapport \u00e0 la nourriture est au c\u0153ur de la temp\u00eate psychopathologique. La prise alimentaire est l&rsquo;objet d&rsquo;un contr\u00f4le tyrannique, m\u00e9thodique et permanent. Le patient engage une lutte acharn\u00e9e contre ses pulsions biologiques \u00e9l\u00e9mentaires de faim. Ce contr\u00f4le s&rsquo;articule autour d&rsquo;une ritualisation extr\u00eame des repas : pes\u00e9e syst\u00e9matique des aliments au gramme pr\u00e8s, d\u00e9coupage des portions en morceaux microscopiques consomm\u00e9s avec une lenteur calcul\u00e9e, \u00e9limination drastique des lipides et des glucides, tri obsessionnel des aliments dans l&rsquo;assiette, et mise en place de strat\u00e9gies de dissimulation (cracher discr\u00e8tement la nourriture dans des serviettes, jeter les plats \u00e0 l&rsquo;insu des proches).<\/p>\n<p>La finalit\u00e9 fonctionnelle des rituels comportementaux diverge tout autant :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Dans le TDC :<\/strong> Les rituels visent \u00e0 <em>dissimuler m\u00e9caniquement<\/em> ou \u00e0 tenter de <em>corriger physiquement<\/em> le d\u00e9faut per\u00e7u. Le patient utilise des couches \u00e9paisses de maquillage de camouflage, porte des casquettes, des \u00e9charpes ou des lunettes de soleil en int\u00e9rieur, adopte des postures de t\u00eate fig\u00e9es pour masquer un profil, ou s&rsquo;adonne \u00e0 des s\u00e9ances d&rsquo;excoriation cutan\u00e9e et de micro-\u00e9pilation compulsive durant des heures.<\/li>\n<li><strong>Dans l&rsquo;anorexie mentale :<\/strong> Les rituels visent \u00e0 <em>modifier le m\u00e9tabolisme \u00e9nerg\u00e9tique<\/em> pour emp\u00eacher l&rsquo;assimilation ou forcer la d\u00e9pense calorique. Le patient s&rsquo;astreint \u00e0 une hyperactivit\u00e9 motrice sth\u00e9nique (monter compulsivement des \u00e9tages d&rsquo;escaliers, r\u00e9aliser des centaines d&rsquo;abdominaux au sol, rester debout sans jamais s&rsquo;asseoir), ou proc\u00e8de \u00e0 des purges actives (vomissements provoqu\u00e9s, ingestion massive de tisanes laxatives).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>4.3 Crit\u00e8res somatiques et statut nutritionnel<\/h3>\n<p>L&rsquo;examen clinique g\u00e9n\u00e9ral et l&rsquo;\u00e9valuation biom\u00e9trique permettent une discrimination objective imm\u00e9diate. Dans le trouble dysmorphique corporel pur, le statut nutritionnel du patient est totalement conserv\u00e9. L&rsquo;indice de masse corporelle (IMC) se situe g\u00e9n\u00e9ralement dans les limites de la normale physiologique (entre 18,5 et 24,9 kg\/m\u00b2), voire parfois en surpoids ou en ob\u00e9sit\u00e9 sans que cela ne constitue le c\u0153ur de la pathologie dysmorphophobique. Les bilans biologiques sanguins de routine (ionogramme plasmatique, glyc\u00e9mie, cr\u00e9atinin\u00e9mie, bilan h\u00e9patique, num\u00e9ration formule sanguine) ne r\u00e9v\u00e8lent aucune alt\u00e9ration catabolique ni anomalie hydro\u00e9lectrolytique.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;anorexie mentale, la d\u00e9gradation du statut somatique est une condition <em>sine qua non<\/em> de l&rsquo;entit\u00e9 nosologique (au moins pour valider le crit\u00e8re A du DSM-5-TR chez l&rsquo;adulte). L&rsquo;IMC est par d\u00e9finition effondr\u00e9 en dessous de 18,5 kg\/m\u00b2, le DSM-5-TR quantifiant la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 actuelle du trouble selon quatre paliers somatiques d&rsquo;une rigueur math\u00e9matique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L\u00e9ger :<\/strong> IMC sup\u00e9rieur ou \u00e9gal \u00e0 17 kg\/m\u00b2 ;<\/li>\n<li><strong>Moyen :<\/strong> IMC compris entre 16 et 16,99 kg\/m\u00b2 ;<\/li>\n<li><strong>S\u00e9v\u00e8re :<\/strong> IMC compris entre 15 et 15,99 kg\/m\u00b2 ;<\/li>\n<li><strong>Extr\u00eame :<\/strong> IMC strictement inf\u00e9rieur \u00e0 15 kg\/m\u00b2.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Sur le plan s\u00e9miologique, le corps de la patiente anorexique porte les stigmates patents de l&rsquo;adaptation au je\u00fbne : fonte musculaire massive, fonte des boules graisseuses de Bichat conf\u00e9rant un aspect \u00e9maci\u00e9 au visage, d\u00e9veloppement d&rsquo;un duvet foetal protecteur sur le dos et les membres (<a href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/books\/NBK567779\/\">lanugo<\/a>), cyanose et refroidissement des extr\u00e9mit\u00e9s (acrocyanose), s\u00e9cheresse cutan\u00e9e avec desquamation, et alop\u00e9cie diffuse par t\u00e9log\u00e8ne effluvium secondaire \u00e0 la carence prot\u00e9ique.<\/p>\n<h3>4.4 Strat\u00e9gies d&rsquo;\u00e9vitement et recours aux th\u00e9rapeutiques m\u00e9dicales<\/h3>\n<p>Les parcours d&rsquo;acc\u00e8s aux soins de ces deux populations de patients r\u00e9v\u00e8lent un contraste saisissant quant \u00e0 la conscience du trouble et au type de structures m\u00e9dicales sollicit\u00e9es. Le patient atteint de trouble dysmorphique corporel pr\u00e9sente une d\u00e9tresse aigu\u00eb, profond\u00e9ment \u00e9godystonique en ce qui concerne sa souffrance, mais souvent \u00e9gosyntonique quant \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de son d\u00e9faut physique. Il a une conscience d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de son calvaire psychologique et demande activement de l&rsquo;aide, mais aupr\u00e8s de praticiens de l&rsquo;apparence physique. Il hante les cabinets de dermatologie, de m\u00e9decine esth\u00e9tique et de chirurgie plastique, exigeant des injections d&rsquo;acide hyaluronique, des rhinoplasties ultrasoniques ou des dermabrasions au laser.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, le patient souffrant d&rsquo;anorexie mentale fait preuve d&rsquo;une anosognosie puissante concernant la gravit\u00e9 de son amaigrissement et d&rsquo;une \u00e9gosyntonie frappante vis-\u00e0-vis de sa restriction alimentaire. L&rsquo;anorexique ne demande pas \u00e0 \u00eatre gu\u00e9ri de sa minceur ; il per\u00e7oit sa restriction comme une victoire de l&rsquo;esprit sur le corps et vit les interventions m\u00e9dicales comme des agressions hostiles visant \u00e0 le \u00ab gaver \u00bb. Ainsi, les patients anorexiques ne consultent quasiment jamais de leur propre initiative pour leur trouble ; ils sont amen\u00e9s sous la contrainte par leur entourage familial, ou admis en urgence absolue dans des services de gastroent\u00e9rologie, de m\u00e9decine interne ou de r\u00e9animation m\u00e9tabolique \u00e0 la suite d&rsquo;un malaise vagal, d&rsquo;une hypokali\u00e9mie s\u00e9v\u00e8re ou d&rsquo;un collapsus cardiaque.<\/p>\n<h3>Tableau comparatif r\u00e9capitulatif : TDC vs Anorexie Mentale<\/h3>\n<p>Le tableau ci-dessous synth\u00e9tise point par point les divergences s\u00e9mantiques, cliniques et paracliniques indispensables au diagnostic diff\u00e9rentiel :<\/p>\n<table border=\"1\" cellpadding=\"8\" cellspacing=\"0\" style=\"width: 100%; border-collapse: collapse; margin-top: 20px; margin-bottom: 20px;\">\n<thead>\n<tr style=\"background-color: #f2f4f7; text-align: left;\">\n<th style=\"width: 25%;\">Dimension Clinique<\/th>\n<th style=\"width: 37%;\">Trouble Dysmorphique Corporel (TDC)<\/th>\n<th style=\"width: 38%;\">Anorexie Mentale (AN)<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td><strong>Classification nosologique<\/strong><\/td>\n<td>Troubles obsessionnels-compulsifs et apparent\u00e9s (DSM-5-TR, CIM-11)<\/td>\n<td>Troubles de l&rsquo;alimentation et des conduites alimentaires (DSM-5-TR, CIM-11)<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Focalisation anatomique<\/strong><\/td>\n<td>Micro-focale : peau, nez, cheveux, asym\u00e9tries faciales, zone pr\u00e9cise<\/td>\n<td>Globale et volumique : masse grasse, silhouette g\u00e9n\u00e9rale, cuisses, abdomen<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Nature du d\u00e9faut per\u00e7u<\/strong><\/td>\n<td>Laideur, difformit\u00e9, disproportion, texture anormale<\/td>\n<td>Adiposit\u00e9, rondeur, flaccidit\u00e9, exc\u00e8s de masse corporelle<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Comportement alimentaire<\/strong><\/td>\n<td>Normal ou adapt\u00e9 aux besoins m\u00e9taboliques (sauf r\u00e9gimes anti-acn\u00e9 cibl\u00e9s)<\/td>\n<td>Restriction calorique drastique, refus de s&rsquo;alimenter, exclusion de nutriments<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Statut pond\u00e9ral (IMC)<\/strong><\/td>\n<td><span class=\"arabpsy-eq\" dir=\"ltr\">Normal, variable ou \u00e9lev\u00e9 (g\u00e9n\u00e9ralement IMC &ge; 18,5 kg\/m\u00b2)<\/span><\/td>\n<td><span class=\"arabpsy-eq\" dir=\"ltr\">Effondr\u00e9 (crit\u00e8re obligatoire : IMC &lt; 18,5 kg\/m\u00b2 chez l&rsquo;adulte)<\/span><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Rituels comportementaux<\/strong><\/td>\n<td>Camouflage (maquillage, v\u00eatements amples), v\u00e9rification miroir, <em>skin picking<\/em><\/td>\n<td>Pes\u00e9e compulsive des aliments et du corps, exercice physique fr\u00e9n\u00e9tique, purges<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Cons\u00e9quences somatiques<\/strong><\/td>\n<td>L\u00e9sions cutan\u00e9es locales par grattage ; absence d&rsquo;atteinte visc\u00e9rale m\u00e9tabolique<\/td>\n<td>Catabolisme prot\u00e9ique, bradycardie, ost\u00e9oporose, am\u00e9norrh\u00e9e, hypokali\u00e9mie<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Recours m\u00e9dical pr\u00e9f\u00e9rentiel<\/strong><\/td>\n<td>Dermatologie, m\u00e9decine esth\u00e9tique, chirurgie plastique et maxillo-faciale<\/td>\n<td>P\u00e9diatrie, gastroent\u00e9rologie, endocrinologie, r\u00e9animation m\u00e9tabolique<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Perception de la maladie<\/strong><\/td>\n<td>\u00c9godystonie de la souffrance mais croyance in\u00e9branlable dans la r\u00e9alit\u00e9 du d\u00e9faut<\/td>\n<td>\u00c9gosyntonie de la restriction, valorisation de la maigreur et anosognosie du danger<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>R\u00e9action \u00e0 la perte de poids<\/strong><\/td>\n<td>Neutre ou aggravation majeure du complexe facial par creusement des traits<\/td>\n<td>Soulagement temporaire mais renforcement de la phobie pond\u00e9rale<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<h3>Quand orienter vers quel diagnostic ?<\/h3>\n<p>Face \u00e0 un tableau clinique complexe o\u00f9 s&rsquo;entrem\u00ealent insatisfaction corporelle et comportements compulsifs, le clinicien doit s&rsquo;appuyer sur des rep\u00e8res d\u00e9cisionnels simples mais rigoureux pour trancher :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Orientez formellement vers le Trouble Dysmorphique Corporel si :<\/strong> L&rsquo;IMC est strictement normal ou sup\u00e9rieur \u00e0 18,5 kg\/m\u00b2 ; l&rsquo;apport alimentaire calorique est qualitativement et quantitativement pr\u00e9serv\u00e9 ; la plainte centrale concerne une particularit\u00e9 esth\u00e9tique invisible ou millim\u00e9trique (peau, nez, cheveux) sans lien avec le tissu adipeux ; le patient a d\u00e9j\u00e0 consult\u00e9 ou planifie de consulter des chirurgiens esth\u00e9tiques ou des dermatologues.<\/li>\n<li><strong>Orientez formellement vers l&rsquo;Anorexie Mentale si :<\/strong> L&rsquo;IMC est effondr\u00e9 en dessous de 18,5 kg\/m\u00b2 avec perte de poids active document\u00e9e ; la peur panique de devenir gros gouverne les choix quotidiens ; des comportements de restriction calorique s\u00e9v\u00e8re ou de compensation m\u00e9tabolique (vomissements, hyperactivit\u00e9) sont constat\u00e9s ; l&rsquo;examen somatique met en \u00e9vidence des signes d&rsquo;hypom\u00e9tabolisme (bradycardie, acrocyanose, am\u00e9norrh\u00e9e).<\/li>\n<li><strong>Envisagez une comorbidit\u00e9 vraie (TDC + Anorexie) si :<\/strong> Le patient remplit l&rsquo;ensemble des crit\u00e8res de l&rsquo;anorexie mentale (d\u00e9nutrition, peur de grossir) tout en pr\u00e9sentant, de fa\u00e7on totalement disjointe et ind\u00e9pendante du poids, une pr\u00e9occupation obsessionnelle invalidante concernant un d\u00e9faut facial ou pileux sp\u00e9cifique, qui persistait avant la perte de poids ou demeure inchang\u00e9e malgr\u00e9 la d\u00e9nutrition.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>5. Similitudes et zones de chevauchement clinique<\/h2>\n<h3>5.1 Alt\u00e9ration cognitive du sch\u00e9ma corporel<\/h3>\n<p>Au-del\u00e0 de leurs divergences nosographiques irr\u00e9ductibles, le trouble dysmorphique corporel et l&rsquo;anorexie mentale partagent un soubassement psychopathologique commun : une faille profonde dans la construction et l&rsquo;actualisation du sch\u00e9ma corporel et de l&rsquo;image du corps. Le sch\u00e9ma corporel, qui rel\u00e8ve d&rsquo;une repr\u00e9sentation sensorimotrice et int\u00e9roceptive automatique du corps dans l&rsquo;espace, subit dans les deux pathologies une distorsion fonctionnelle induite par des biais d&rsquo;attention s\u00e9lective massifs.<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes recourant \u00e0 l&rsquo;oculom\u00e9trie (<em>eye-tracking<\/em>) r\u00e9v\u00e8lent des patterns visuels quasi identiques lorsqu&rsquo;on pr\u00e9sente aux patients des photographies de leur propre corps ou de leur visage. Chez les t\u00e9moins sains, le regard explore l&rsquo;image de mani\u00e8re \u00e9quilibr\u00e9e et fluide, s&rsquo;attardant sur les zones les plus expressives dans une perspective globale. Chez les patients souffrant de TDC ou d&rsquo;anorexie mentale, le regard est instantan\u00e9ment \u00ab capt\u00e9 \u00bb et immobilis\u00e9 par des fixations ultra-prolong\u00e9es sur les zones anxiog\u00e8nes jug\u00e9es imparfaites (le pli abdominal ou la rotule osseuse pour l&rsquo;anorexique ; le pore dilat\u00e9 ou la narine asym\u00e9trique pour le dysmorphophobique), avec un \u00e9vitement complet des zones esth\u00e9tiquement neutres ou harmonieuses.<\/p>\n<p>Ce biais attentionnel s&rsquo;accompagne d&rsquo;une hypervigilance \u00e9puisante dans l&rsquo;environnement social. Les patients des deux bords d\u00e9veloppent une anxi\u00e9t\u00e9 sociale s\u00e9v\u00e8re aliment\u00e9e par des distorsions cognitives d&rsquo;inf\u00e9rence arbitraire et de personnalisation : tout rire entendu dans la rue, tout regard soutenu d&rsquo;un passant ou tout murmure est interpr\u00e9t\u00e9 comme un jugement moqueur condamnant sans appel leur difformit\u00e9 ou leur grosseur. Il existe par ailleurs une faillite partag\u00e9e de l&rsquo;int\u00e9gration multisensorielle : la confrontation visuelle avec le miroir est incapable de corriger l&rsquo;exp\u00e9rience int\u00e9roceptive douloureuse issue des repr\u00e9sentations mentales int\u00e9rioris\u00e9es.<\/p>\n<h3>5.2 Rituels compulsifs et v\u00e9rifications corporelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression comportementale de ces deux affections est satur\u00e9e par des rituels de v\u00e9rification corporelle (<em>body checking<\/em>) qui s&rsquo;inscrivent dans une ph\u00e9nom\u00e9nologie obsessionnelle-compulsive indiscutable. L&rsquo;utilisation pathologique du miroir constitue sans doute le carrefour symptomatique le plus spectaculaire. Les patients oscillent perp\u00e9tuellement entre deux extr\u00eames :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;hyper-scrutation sp\u00e9culaire compulsive :<\/strong> S\u00e9ances pluriquotidiennes durant des heures, au cours desquelles le patient s&rsquo;approche \u00e0 quelques centim\u00e8tres du verre sous des angles d&rsquo;\u00e9clairage rigoureusement standardis\u00e9s pour traquer le d\u00e9faut, mesurer son ampleur ou tenter de se convaincre qu&rsquo;il a disparu.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9vitement phobique absolu du reflet :<\/strong> Retrait ou occultation syst\u00e9matique de toutes les surfaces r\u00e9fl\u00e9chissantes de l&rsquo;habitat (miroirs peints, recouverts de serviettes, vitres d\u00e9polies), masquage des cam\u00e9ras d&rsquo;ordinateurs, et \u00e9vitement des vitrines de magasins lors des d\u00e9placements ext\u00e9rieurs.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les rituels de mesuration corporelle manuelle ou instrumentale sont \u00e9galement omnipr\u00e9sents. Le patient anorexique utilise des rubans m\u00e9triques pour quantifier le diam\u00e8tre de ses cuisses, enserre ses poignets entre son pouce et son index pour \u00e9valuer l&rsquo;\u00e9paisseur sous-cutan\u00e9e, ou palpe continuellement ses reliefs costaux et ses clavicules. Le patient dysmorphophobique palpe compulsivement l&rsquo;ar\u00eate de son nez pour v\u00e9rifier la persistance d&rsquo;une bosse cartilagineuse, passe ses doigts de mani\u00e8re r\u00e9p\u00e9titive sur sa peau pour en tester le lissage, ou utilise des r\u00e8gles pour mesurer l&rsquo;espacement de ses yeux ou la hauteur de son front.<\/p>\n<p>Dans les deux tableaux, ces man\u0153uvres compulsives s&rsquo;accompagnent d&rsquo;une qu\u00eate incessante, \u00e9puisante et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de r\u00e9assurance aupr\u00e8s des figures d&rsquo;attachement ou de l&rsquo;entourage proche (\u00ab Est-ce que mon nez a l&rsquo;air tordu aujourd&rsquo;hui ? \u00bb, \u00ab Trouves-tu que mes cuisses touchent le bord de la chaise ? \u00bb). Cette recherche de r\u00e9assurance est un puits sans fond : toute r\u00e9ponse rassurante formul\u00e9e par les proches est imm\u00e9diatement disqualifi\u00e9e par le patient, qui accuse son entourage de complaisance mensong\u00e8re, ce qui relance instantan\u00e9ment l&rsquo;angoisse et les rituels de v\u00e9rification.<\/p>\n<h3>5.3 Comorbidit\u00e9 directe et formes fronti\u00e8res<\/h3>\n<p>Loin d&rsquo;\u00eatre mutuellement \u00e9tanches, le trouble dysmorphique corporel et l&rsquo;anorexie mentale peuvent se croiser, coexister ou se succ\u00e9der chez un m\u00eame individu, dessinant des formes cliniques complexes qui mettent \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve les classifications nosographiques. La pr\u00e9valence du TDC chez les patients atteints de troubles des conduites alimentaires est particuli\u00e8rement \u00e9lev\u00e9e, oscillant selon les \u00e9tudes cliniques sp\u00e9cialis\u00e9es entre 12 % et 39 %. Inversement, les ant\u00e9c\u00e9dents d&rsquo;anorexie ou de boulimie mentale sont largement surrepr\u00e9sent\u00e9s chez les patients consultant initialement pour un TDC.<\/p>\n<p>L&rsquo;une des zones fronti\u00e8res les plus embl\u00e9matiques de ce continuum est repr\u00e9sent\u00e9e par la <strong>dysmorphie musculaire<\/strong> (fr\u00e9quemment d\u00e9nomm\u00e9e \u00ab bigorexie \u00bb ou \u00ab anorexie invers\u00e9e \u00bb). Formellement class\u00e9e dans le DSM-5-TR comme un sous-type sp\u00e9cifique du trouble dysmorphique corporel, cette pathologie touche principalement les hommes jeunes. Elle se caract\u00e9rise par la croyance obs\u00e9dante et fausse que son propre corps est trop ch\u00e9tif, maigre, insuffisamment viril ou insuffisamment muscl\u00e9, alors m\u00eame que le sujet pr\u00e9sente une musculature hyper-d\u00e9velopp\u00e9e. La dysmorphie musculaire constitue une passerelle clinique parfaite entre le TDC et les troubles alimentaires : le patient cumule une distorsion de l&rsquo;image corporelle propre au TDC et des comportements di\u00e9t\u00e9tiques draconiens d&rsquo;une rigidit\u00e9 extr\u00eame (pes\u00e9e des macronutriments, consommation massive et programm\u00e9e de prot\u00e9ines, exclusion stricte des lipides, je\u00fbnes synchronis\u00e9s), coupl\u00e9s \u00e0 un surentra\u00eenement physique ext\u00e9nuant et \u00e0 la consommation fr\u00e9quente de substances dopantes anabolisantes aux cons\u00e9quences somatiques graves.<\/p>\n<p>Un autre sc\u00e9nario clinique classique concerne l&rsquo;\u00e9volution s\u00e9quentielle observ\u00e9e lors de la prise en charge de l&rsquo;anorexie mentale en unit\u00e9 hospitali\u00e8re. Lors du processus de renutrition et de restauration pond\u00e9rale, alors que le patient voit son IMC remonter vers les normes physiologiques et que la restriction alimentaire est jugul\u00e9e par le protocole di\u00e9t\u00e9tique, on assiste fr\u00e9quemment au \u00ab d\u00e9masquage \u00bb ou au transfert des angoisses corporelles vers un tableau typique de trouble dysmorphique corporel. Ne pouvant plus exprimer sa d\u00e9tresse par le biais du contr\u00f4le pond\u00e9ral global, le sujet transf\u00e8re toute son anxi\u00e9t\u00e9 sur la forme de son nez, l&rsquo;apparition de micro-l\u00e9sions d&rsquo;acn\u00e9 r\u00e9currentes induites par la renutrition, ou la courbure de ses mollets, basculant ainsi d&rsquo;un syndrome de TCA vers un tableau franc de spectre obsessionnel dysmorphophobique.<\/p>\n<h2>6. Arbre d\u00e9cisionnel et orientation diagnostique en pratique<\/h2>\n<h3>6.1 Indicateurs d&rsquo;\u00e9valuation pour le clinicien<\/h3>\n<p>Face \u00e0 une symptomatologie d&rsquo;alt\u00e9ration de l&rsquo;image corporelle, le clinicien doit mettre en \u0153uvre une d\u00e9marche s\u00e9quentielle standardis\u00e9e pour s\u00e9curiser son orientation diagnostique. La premi\u00e8re \u00e9tape consiste \u00e0 diss\u00e9quer le <strong>motif primaire de la consultation<\/strong> et la trajectoire des sympt\u00f4mes. Il convient de d\u00e9terminer sans ambigu\u00eft\u00e9 si le moteur intime de la souffrance est une tentative d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de modifier le bilan \u00e9nerg\u00e9tique et le volume adipeux corporel (orientation TCA) ou une volont\u00e9 d&rsquo;effacer une anomalie esth\u00e9tique structurale per\u00e7ue comme un stigmate monstrueux (orientation TDC).<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me \u00e9tape, non n\u00e9gociable, r\u00e9side dans l&rsquo;<strong>\u00e9valuation somatom\u00e9trique et paraclinique imm\u00e9diate<\/strong>. Tout praticien confront\u00e9 \u00e0 une plainte corporelle envahissante doit proc\u00e9der au calcul syst\u00e9matique de l&rsquo;IMC, \u00e0 la prise des constantes h\u00e9modynamiques (pression art\u00e9rielle coupl\u00e9e au test d&rsquo;orthostatisme, fr\u00e9quence cardiaque au repos) et, en cas de suspicion d&rsquo;amaigrissement ou de conduites de purge, \u00e0 la r\u00e9alisation d&rsquo;un \u00e9lectrocardiogramme de repos (mesure du QTc) et d&rsquo;un ionogramme plasmatique complet avec dosage de la kali\u00e9mie, de la magn\u00e9s\u00e9mie et de la calc\u00e9mie.<\/p>\n<p>La troisi\u00e8me \u00e9tape repose sur le d\u00e9ploiement d&rsquo;\u00e9chelles d&rsquo;\u00e9valuation psychom\u00e9triques valid\u00e9es afin de quantifier la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 des dimensions psychopathologiques respectives :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Pour le Trouble Dysmorphique Corporel :<\/strong>\n<ul>\n<li>La <em>BDD-YBOCS<\/em> (Brown Assessment of Beliefs Scale \/ Yale-Brown Obsessive Compulsive Scale modified for Body Dysmorphic Disorder) : \u00e9chelle h\u00e9t\u00e9ro-\u00e9valu\u00e9e de r\u00e9f\u00e9rence internationale comprenant 12 items mesurant le temps consacr\u00e9 aux obsessions, la d\u00e9tresse ressentie, l&rsquo;interf\u00e9rence fonctionnelle, la r\u00e9sistance et le degr\u00e9 de contr\u00f4le, ainsi que les comportements compulsifs associ\u00e9s.<\/li>\n<li>Le <em>BDD-SR<\/em> (Body Dysmorphic Disorder Self-Report) : questionnaire auto-\u00e9valu\u00e9 de d\u00e9pistage rapide en pratique ambulatoire.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Pour l&rsquo;Anorexie Mentale et les troubles alimentaires :<\/strong>\n<ul>\n<li>L&rsquo;<em>EDI-3<\/em> (Eating Disorder Inventory, 3e version) : instrument standardis\u00e9 \u00e9valuant l&rsquo;obsession de la minceur, la boulimie, l&rsquo;insatisfaction corporelle, ainsi que des dimensions psychologiques globales telles que l&rsquo;incomp\u00e9tence per\u00e7ue et le perfectionnisme.<\/li>\n<li>L&rsquo;<em>EAT-26<\/em> (Eating Attitudes Test) : outil de criblage hautement sensible permettant d&rsquo;identifier la pr\u00e9sence de comportements de restriction, de vomissements ou de pr\u00e9occupations di\u00e9t\u00e9tiques pathologiques.<\/li>\n<li>Le <em>BSQ<\/em> (Body Shape Questionnaire) : outil psychom\u00e9trique mesurant sp\u00e9cifiquement le degr\u00e9 de pr\u00e9occupation et la d\u00e9tresse li\u00e9s \u00e0 la forme corporelle et au poids corporel global.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<h3>6.2 Orientations th\u00e9rapeutiques sp\u00e9cifiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tablissement d&rsquo;un diagnostic diff\u00e9rentiel pr\u00e9cis dicte des strat\u00e9gies th\u00e9rapeutiques radicalement dissemblables, fond\u00e9es sur des priorit\u00e9s m\u00e9dicales totalement diff\u00e9rentes :<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-eq\" dir=\"ltr\"><strong>Dans l&rsquo;anorexie mentale s\u00e9v\u00e8re :<\/strong> La priorit\u00e9 absolue et inconditionnelle est m\u00e9dicale et somatique. La restauration pond\u00e9rale et la correction des d\u00e9sordres hydro\u00e9lectrolytiques priment sur toute autre consid\u00e9ration psychoth\u00e9rapeutique d&rsquo;envergure. En dessous d&rsquo;un certain seuil d&rsquo;IMC (notamment en dessous de 14-15 kg\/m\u00b2), les capacit\u00e9s cognitives du patient sont profond\u00e9ment alt\u00e9r\u00e9es par la d\u00e9nutrition c\u00e9r\u00e9brale globale, rendant inop\u00e9rante toute approche psychoth\u00e9rapeutique verbale complexe. L&rsquo;hospitalisation en milieu sp\u00e9cialis\u00e9 ou en m\u00e9decine interne s&rsquo;impose d\u00e8s l&rsquo;apparition de signes de gravit\u00e9 somatique (bradycardie &lt; 40 bpm, allongement du QTc &gt; 450 ms, hypokali\u00e9mie &lt; 3,0 mmol\/L, refus total d&rsquo;hydratation). Le protocole de renutrition doit \u00eatre men\u00e9 avec une extr\u00eame vigilance sous surveillance phosphorique et ionique quotidienne pour pr\u00e9venir le redoutable syndrome de renutrition inappropri\u00e9e (SRI)<\/span>.<\/p>\n<p><strong>Dans le trouble dysmorphique corporel :<\/strong> En l&rsquo;absence d&rsquo;urgence m\u00e9tabolique vitale imm\u00e9diate, la prise en charge est d&#8217;embl\u00e9e psychiatrique et cognitivo-comportementale ambulatoire. La psychoth\u00e9rapie de premi\u00e8re intention valid\u00e9e par les consensus internationaux repose sur la <strong>Th\u00e9rapie Cognitivo-Comportementale (TCC) adapt\u00e9e au TDC<\/strong>, articul\u00e9e autour de protocoles sp\u00e9cifiques d&rsquo;Exposition avec Pr\u00e9vention de la R\u00e9ponse (EPR). Le patient est guid\u00e9 de mani\u00e8re graduelle pour s&rsquo;exposer aux situations sociales redout\u00e9es ou au miroir sans recourir \u00e0 ses rituels de camouflage, de v\u00e9rification ou d&rsquo;interrogation de l&rsquo;entourage. On y associe des techniques d&rsquo;entra\u00eenement attentionnel (<em>Attention Training Technique<\/em>) visant \u00e0 restaurer la perception holistique globale et \u00e0 d\u00e9samorcer l&rsquo;hyper-focalisation visuelle locale.<\/p>\n<p>Sur le versant pharmacologique, la divergence th\u00e9rapeutique est tout aussi saisissante. Pour le trouble dysmorphique corporel, les Inhibiteurs S\u00e9lectifs de la Recapture de la S\u00e9rotonine (ISRS, tels que la fluox\u00e9tine, la sertraline ou l&rsquo;escitalopram) constituent le pilier m\u00e9dicamenteux incontournable. Toutefois, ils doivent \u00eatre prescrits \u00e0 des <strong>posologies tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9es<\/strong>, similaires voire sup\u00e9rieures \u00e0 celles requises pour le trouble obsessionnel-compulsif s\u00e9v\u00e8re (par exemple jusqu&rsquo;\u00e0 80 mg\/jour de fluox\u00e9tine ou 200 \u00e0 300 mg\/jour de sertraline), et maintenus sur des dur\u00e9es prolong\u00e9es d&rsquo;au moins 12 \u00e0 16 semaines avant d&rsquo;en juger l&rsquo;efficacit\u00e9. En cas de r\u00e9sistance ou d&rsquo;id\u00e9es d\u00e9lirantes sous-jacentes, une potentialisation par un antipsychotique de seconde g\u00e9n\u00e9ration (aripiprazole, qu\u00e9tiapine) \u00e0 faible dose est pr\u00e9conis\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9, dans l&rsquo;anorexie mentale en phase de d\u00e9nutrition aigu\u00eb, l&rsquo;efficacit\u00e9 des ISRS en monoth\u00e9rapie est reconnue comme quasi nulle sur la reprise pond\u00e9rale et l&rsquo;obsession de la minceur. La d\u00e9pl\u00e9tion massive en tryptophane (acide amin\u00e9 pr\u00e9curseur de la s\u00e9rotonine) cons\u00e9cutive au je\u00fbne rend le syst\u00e8me s\u00e9rotoninergique c\u00e9r\u00e9bral incapable de r\u00e9pondre ad\u00e9quatement aux antid\u00e9presseurs s\u00e9rotoninergiques. La pharmacoth\u00e9rapie de l&rsquo;anorexie mentale ne fait appel aux psychotropes que de mani\u00e8re tr\u00e8s cibl\u00e9e et prudente, principalement par l&rsquo;usage hors-AMM de l&rsquo;olanzapine \u00e0 faible posologie (2,5 \u00e0 7,5 mg\/jour) pour r\u00e9duire l&rsquo;agitation motrice anxieuse pr\u00e9prandiale, calmer la rumination phobique alimentaire et faciliter l&rsquo;acceptation de la renutrition.<\/p>\n<p>Enfin, une r\u00e8gle d\u00e9ontologique et m\u00e9dicale absolue doit \u00eatre imp\u00e9rativement rappel\u00e9e : <strong>la pr\u00e9sence d&rsquo;un trouble dysmorphique corporel constitue une contre-indication m\u00e9dico-l\u00e9gale formelle \u00e0 la r\u00e9alisation de tout geste de chirurgie esth\u00e9tique ou d&rsquo;intervention dermatologique invasive non \u00e9valu\u00e9e par une \u00e9quipe psychiatrique<\/strong>. Op\u00e9rer un patient dysmorphophobique ne gu\u00e9rit jamais sa maladie cognitive, aggrave son tableau clinique dans plus de 90 % des cas, expose le soignant \u00e0 des poursuites judiciaires ou \u00e0 des menaces physiques directes, et prive le patient de l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la seule prise en charge scientifiquement valid\u00e9e : l&rsquo;alliance psychiatrique m\u00e9dico-comportementale.<\/p>\n<h2>7. Foire aux questions<\/h2>\n<h3>7.1 Une personne atteinte d&rsquo;anorexie mentale a-t-elle toujours une dysmorphophobie ?<\/h3>\n<p>Il est imp\u00e9ratif d&rsquo;op\u00e9rer une distinction s\u00e9mantique et s\u00e9miologique rigoureuse entre le <em>sympt\u00f4me<\/em> de dysmorphophobie corporelle (au sens litt\u00e9ral de peur ou d&rsquo;alt\u00e9ration de la perception de la forme du corps) et le <em>trouble dysmorphique corporel<\/em> (TDC) en tant qu&rsquo;entit\u00e9 nosologique syndromique autonome. Oui, une alt\u00e9ration de l&rsquo;image corporelle avec surestimation de la corpulence globale ou de l&rsquo;adiposit\u00e9 est quasi syst\u00e9matiquement pr\u00e9sente dans l&rsquo;anorexie mentale ; elle constitue m\u00eame le Crit\u00e8re C diagnostique du DSM-5-TR. La patiente anorexique se \u00ab voit \u00bb et se \u00ab sent \u00bb grasse alors qu&rsquo;elle est squelettique.<\/p>\n<p>Cependant, cette alt\u00e9ration symptomatique de l&rsquo;image corporelle li\u00e9e au poids <strong>ne constitue pas en soi un trouble dysmorphique corporel<\/strong>. Selon la r\u00e8gle de hi\u00e9rarchie diagnostique du DSM-5-TR (Crit\u00e8re D du TDC), si la pr\u00e9occupation concernant l&rsquo;apparence physique s&rsquo;explique exclusivement par des inqui\u00e9tudes relatives \u00e0 la graisse corporelle ou au poids chez un individu dont les sympt\u00f4mes rencontrent les crit\u00e8res d&rsquo;un trouble des conduites alimentaires, le diagnostic de TDC ne peut pas \u00eatre pos\u00e9. Un double diagnostic n&rsquo;est l\u00e9gitime que si le patient anorexique pr\u00e9sente simultan\u00e9ment des pr\u00e9occupations obs\u00e9dantes, s\u00e9v\u00e8res et ritualis\u00e9es portant sur un aspect physique sans le moindre lien avec la d\u00e9nutrition, le poids ou la graisse (par exemple, la conviction absolue d&rsquo;avoir un nez monstrueusement asym\u00e9trique, une alop\u00e9cie d\u00e9figurante ou des globes oculaires protub\u00e9rants).<\/p>\n<h3>7.2 La chirurgie plastique peut-elle soulager un trouble dysmorphique corporel ?<\/h3>\n<p>La r\u00e9ponse de l&rsquo;ensemble de la litt\u00e9rature m\u00e9dico-scientifique et des soci\u00e9t\u00e9s savantes de chirurgie plastique est un <strong>non cat\u00e9gorique et sans \u00e9quivoque<\/strong>. La chirurgie esth\u00e9tique et les actes dermatologiques interventionnels sont structurellement incapables de gu\u00e9rir ou d&rsquo;am\u00e9liorer le trouble dysmorphique corporel. L&rsquo;anomalie fondamentale dans le TDC ne r\u00e9side pas dans la morphologie anatomique externe des tissus cutan\u00e9s ou cartilagineux, mais dans le traitement neurocognitif central de l&rsquo;information visuelle au niveau des r\u00e9seaux c\u00e9r\u00e9braux occipito-temporaux et fronto-striataux.<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes observationnelles \u00e0 long terme r\u00e9v\u00e8lent un taux d&rsquo;insatisfaction postop\u00e9ratoire sup\u00e9rieur \u00e0 90 % chez les patients TDC non identifi\u00e9s lors de la consultation pr\u00e9op\u00e9ratoire. Apr\u00e8s une intervention chirurgicale (rhinoplastie, bl\u00e9pharoplastie, liposuccion, otoplastie), le r\u00e9sultat anatomique est quasi syst\u00e9matiquement jug\u00e9 rat\u00e9, imparfait ou catastrophique par le patient. Les suites op\u00e9ratoires se caract\u00e9risent par une aggravation brutale de l&rsquo;\u00e9tat d\u00e9pressif, une flamb\u00e9e des passages \u00e0 l&rsquo;acte suicidaire, un d\u00e9placement compulsif de la pr\u00e9occupation sur une autre structure corporelle adjacente, ou le d\u00e9clenchement d&rsquo;un harc\u00e8lement juridique et physique \u00e0 l&rsquo;encontre du chirurgien. L&rsquo;unique r\u00e9ponse th\u00e9rapeutique efficace demeure la psychoth\u00e9rapie cognitivo-comportementale coupl\u00e9e, le cas \u00e9ch\u00e9ant, aux antid\u00e9presseurs s\u00e9rotoninergiques \u00e0 fortes doses.<\/p>\n<h3>7.3 La dysmorphie musculaire rel\u00e8ve-t-elle du TDC ou d&rsquo;un trouble des conduites alimentaires ?<\/h3>\n<p>Sur le plan strictement nosographique, le DSM-5-TR classe officiellement la dysmorphie musculaire (parfois appel\u00e9e \u00ab bigorexie \u00bb dans le langage courant) comme un <strong>sp\u00e9cificateur du trouble dysmorphique corporel<\/strong>. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une forme clinique o\u00f9 l&rsquo;id\u00e9e fixe dominante porte sur la conviction que la charpente corporelle est trop petite, gr\u00eale, fragile ou insuffisamment pourvue en masse musculaire, alors m\u00eame que le sujet pr\u00e9sente une musculature hyper-d\u00e9velopp\u00e9e par la pratique intensive de l&rsquo;halt\u00e9rophilie ou du culturisme.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, les cliniciens et chercheurs experts du domaine reconnaissent unanimement que la dysmorphie musculaire constitue une affection \u00ab carrefour \u00bb ou hybride, partageant une parent\u00e9 ph\u00e9nom\u00e9nologique extraordinairement forte avec les troubles des conduites alimentaires. Les patients atteints de dysmorphie musculaire pr\u00e9sentent des comportements d&rsquo;ingestion alimentaire hyper-contr\u00f4l\u00e9s d&rsquo;une s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 identique \u00e0 celle de l&rsquo;anorexie mentale : pes\u00e9e millim\u00e9tr\u00e9e des aliments, calcul obsessionnel des ratios d&rsquo;acides amin\u00e9s, planification rigide des prises prot\u00e9iques toutes les trois heures sous peine de terreur de catabolisme musculaire, \u00e9vitement total des repas en soci\u00e9t\u00e9, et culpabilit\u00e9 intol\u00e9rable en cas d&rsquo;\u00e9cart di\u00e9t\u00e9tique. En pratique clinique moderne, la dysmorphie musculaire n\u00e9cessite donc une approche int\u00e9grative empruntant ses outils th\u00e9rapeutiques \u00e0 la fois aux protocoles du spectre obsessionnel-compulsif (pour l&rsquo;image du corps et les rituels de v\u00e9rification musculaire) et aux protocoles des TCA (pour la r\u00e9habilitation de la flexibilit\u00e9 alimentaire).<\/p>\n<h2>8. Conclusion : Synth\u00e8se nosologique et perspectives d&rsquo;avenir<\/h2>\n<h3>8.1 Points cl\u00e9s du diagnostic diff\u00e9rentiel<\/h3>\n<p>Au terme de cette analyse clinique et neurobiologique approfondie, les lignes de d\u00e9marcation s\u00e9parant le trouble dysmorphique corporel de l&rsquo;anorexie mentale apparaissent d&rsquo;une clart\u00e9 conceptuelle rigoureuse, en d\u00e9pit de leurs manifestations superficielles parfois trompeuses :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le c\u0153ur psychopathologique :<\/strong> Le trouble dysmorphique corporel est une pathologie du <em>d\u00e9tail anatomique et de la laideur per\u00e7ue<\/em>, ancr\u00e9e dans la famille des troubles obsessionnels-compulsifs. L&rsquo;anorexie mentale est une pathologie de l&rsquo;<em>adiposit\u00e9, du volume global et du m\u00e9tabolisme<\/em>, gouvern\u00e9e par une phobie visc\u00e9rale de la prise pond\u00e9rale.<\/li>\n<li><strong>Le comportement d&rsquo;incorporation :<\/strong> Le patient dysmorphophobique continue \u00e0 se nourrir selon des m\u00e9canismes hom\u00e9ostatiques normaux (hors r\u00e9gimes esth\u00e9tiques locaux), tandis que le patient anorexique alt\u00e8re drastiquement ses apports \u00e9nerg\u00e9tiques par une lutte volontaire contre la faim.<\/li>\n<li><span class=\"arabpsy-eq\" dir=\"ltr\"><strong>L&rsquo;impact somatique et m\u00e9tabolique :<\/strong> L&rsquo;anorexie mentale induit un effondrement pond\u00e9ral obligatoire (IMC &lt; 18,5 kg\/m\u00b2), un catabolisme multi-tissulaire et un risque imm\u00e9diat d&rsquo;arr\u00eat cardiaque par d\u00e9faillance h\u00e9modynamique ou arythmie sur hypokali\u00e9mie. Le TDC pr\u00e9serve la masse corporelle globale mais engage le pronostic vital par un risque de suicide direct dramatiquement sous-estim\u00e9<\/span>.<\/li>\n<li><strong>La conduite th\u00e9rapeutique imm\u00e9diate :<\/strong> Stabilisation somatique et renutrition m\u00e9dicale encadr\u00e9e en cas d&rsquo;anorexie s\u00e9v\u00e8re ; Th\u00e9rapie Cognitivo-Comportementale d&rsquo;exposition avec pr\u00e9vention de la r\u00e9ponse associ\u00e9e aux ISRS \u00e0 posologies massives pour le TDC, avec exclusion formelle de la chirurgie plastique.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8.2 Pistes de recherche et neuro-imagerie fonctionnelle<\/h3>\n<p>Le champ des neurosciences appliqu\u00e9es \u00e0 la psychiatrie ouvre aujourd&rsquo;hui des horizons prometteurs pour affiner encore la compr\u00e9hension et le traitement de ces deux grandes pathologies du corps per\u00e7u. Les protocoles r\u00e9cents d&rsquo;imagerie par tenseur de diffusion (DTI) et d&rsquo;IRM fonctionnelle de connectivit\u00e9 au repos s&rsquo;attachent \u00e0 d\u00e9crypter les r\u00e9seaux de la substance blanche qui unissent les cortex visuels primaires, le pr\u00e9cun\u00e9us, l&rsquo;insula et le cortex pr\u00e9frontal ventrom\u00e9dian. L&rsquo;identification de biomarqueurs neuro-fonctionnels objectifs permettra, \u00e0 moyen terme, de cartographier avec pr\u00e9cision les sous-types de distorsion corporelle et de pr\u00e9dire la r\u00e9ponse individuelle aux diff\u00e9rentes modalit\u00e9s psychoth\u00e9rapeutiques.<\/p>\n<p>Sur le plan interventionnel, le d\u00e9veloppement de protocoles de rem\u00e9diation cognitive assist\u00e9s par ordinateur progresse rapidement. Des entra\u00eenements visuels informatis\u00e9s sp\u00e9cifiquement calibr\u00e9s pour forcer l&rsquo;int\u00e9gration visuelle globale (via l&rsquo;analyse de stimuli spatiaux \u00e0 basse fr\u00e9quence) sont actuellement en cours d&rsquo;\u00e9valuation pour corriger le biais de traitement microscopique des visages chez les patients atteints de TDC. Parall\u00e8lement, l&rsquo;exploration de la stimulation magn\u00e9tique transcr\u00e2nienne r\u00e9p\u00e9t\u00e9e (rTMS) ciblant le cortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral ou l&rsquo;aire motrice suppl\u00e9mentaire offre de nouvelles perspectives pour les formes ultra-r\u00e9sistantes de ces deux affections.<\/p>\n<p>Enfin, le d\u00e9fi le plus pressant demeure celui de la formation continue des professionnels de sant\u00e9 de premi\u00e8re ligne. M\u00e9decins g\u00e9n\u00e9ralistes, p\u00e9diatres, dermatologues, chirurgiens et psychologues cliniciens doivent \u00eatre form\u00e9s de mani\u00e8re transversale \u00e0 l&rsquo;utilisation syst\u00e9matique des outils de d\u00e9pistage standardis\u00e9s. R\u00e9duire l&rsquo;errance diagnostique, qui d\u00e9passe encore fr\u00e9quemment cinq \u00e0 dix ans pour le trouble dysmorphique corporel et plusieurs semestres pour les formes insidieuses d&rsquo;anorexie mentale, constitue le levier le plus puissant pour transformer le pronostic de ces patients et restaurer l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de leur existence.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul style=\"list-style-type: none; padding-left: 0;\">\n<li style=\"margin-bottom: 12px;\">American Psychiatric Association. (2022). <em>Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders<\/em> (5th ed., text rev.; DSM-5-TR). American Psychiatric Publishing. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.books.9780890425787\">https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.books.9780890425787<\/a><\/li>\n<li style=\"margin-bottom: 12px;\">Fairburn, C. G. (2008). <em>Cognitive Behavior Therapy and Eating Disorders<\/em>. Guilford Press.<\/li>\n<li style=\"margin-bottom: 12px;\">Feusner, J. D., Townsend, J., Bystritsky, A., &amp; Bookheimer, S. (2007). Visual information processing of faces in body dysmorphic disorder. <em>Archives of General Psychiatry<\/em>, 64(12), 1417\u20131425. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1001\/archpsyc.64.12.1417\">https:\/\/doi.org\/10.1001\/archpsyc.64.12.1417<\/a><\/li>\n<li style=\"margin-bottom: 12px;\">Gull, W. W. (1874). Anorexia nervosa (apepsia hysterica, anorexia hysterica). <em>Transactions of the Clinical Society of London<\/em>, 7, 22\u201328.<\/li>\n<li style=\"margin-bottom: 12px;\">Las\u00e8gue, C. (1873). De l&rsquo;anorexie hyst\u00e9rique. <em>Archives G\u00e9n\u00e9rales de M\u00e9decine<\/em>, 1, 385\u2013403.<\/li>\n<li style=\"margin-bottom: 12px;\">Morselli, E. (1891). Sulla dismorfofobia e sulla tafefobia. <em>Bollettino della Reale Accademia Medica di Genova<\/em>, 6, 110\u2013119.<\/li>\n<li style=\"margin-bottom: 12px;\">Phillips, K. A. (2005). <em>The Broken Mirror: Understanding and Treating Body Dysmorphic Disorder<\/em> (Revised and expanded ed.). Oxford University Press.<\/li>\n<li style=\"margin-bottom: 12px;\">Phillips, K. A., &amp; Hollander, E. (2008). Treating body dysmorphic disorder with medication: evidence, misconceptions, and a suggested approach. <em>Body Image<\/em>, 5(1), 13\u201327. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.bodyim.2007.12.003\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.bodyim.2007.12.003<\/a><\/li>\n<li style=\"margin-bottom: 12px;\">Treasure, J., Duarte, T. A., &amp; Schmidt, U. (2020). The cognitive-interpersonal maintenance model of anorexia nervosa revisited: a summary of the evidence for cognitive, socio-emotional and interpersonal predisposing and perpetuating factors. <em>Journal of Eating Disorders<\/em>, 8(1), 1\u201318. https:\/\/doi.org\/10.1186\/s40337-020-00332-9<\/li>\n<li style=\"margin-bottom: 12px;\">Veale, D., &amp; Neziroglu, F. (2010). <em>Body Dysmorphic Disorder: A Treatment Manual<\/em>. John Wiley &amp; Sons. https:\/\/doi.org\/10.1002\/9780470683415<\/li>\n<li style=\"margin-bottom: 12px;\">Watson, H. J., Yilmaz, Z., Thornton, L. M., H\u00fcbel, C., Coleman, J. R., Gaspar, H. A., &#8230; &amp; Bulik, C. M. (2019). Genome-wide association study identifies eight risk loci and implicates metabo-psychiatric origins for anorexia nervosa. <em>Nature Genetics<\/em>, 51(8), 1207\u20131214. https:\/\/doi.org\/10.1038\/s41588-019-0433-1<\/li>\n<li style=\"margin-bottom: 12px;\">World Health Organization. (2019). <em>International Statistical Classification of Diseases and Related Health Problems<\/em> (11th ed.; ICD-11). World Health Organization. <a href=\"https:\/\/icd.who.int\/\">https:\/\/icd.who.int\/<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Analyse comparative approfondie entre le trouble dysmorphique corporel et l&rsquo;anorexie mentale : s\u00e9miologie, \u00e9tiologie, diagnostic diff\u00e9rentiel et prises en charge.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","template":"","categories":[476,3],"tags":[584,41529,303,4052,20753],"class_list":["post-26043","psych_comparison","type-psych_comparison","status-publish","hentry","category-psychiatrie","category-psychologie-clinique","tag-anorexie-mentale","tag-diagnostic-differentiel","tag-image-corporelle","tag-psychopathologie","tag-trouble-dysmorphique-corporel"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_comparison\/26043","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_comparison"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_comparison"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=26043"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_comparison\/26043\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=26043"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=26043"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=26043"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}