{"id":25619,"date":"2026-11-08T10:13:23","date_gmt":"2026-11-08T10:13:23","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_comparison=demence-vasculaire-vs-maladie-alzheimer"},"modified":"2026-11-08T10:13:23","modified_gmt":"2026-11-08T10:13:23","slug":"demence-vasculaire-vs-maladie-alzheimer","status":"publish","type":"psych_comparison","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_comparison=demence-vasculaire-vs-maladie-alzheimer","title":{"rendered":"D\u00e9mence vasculaire vs maladie d&rsquo;Alzheimer"},"content":{"rendered":"<p>Le vieillissement d\u00e9mographique mondial constitue ind\u00e9niablement l\u2019une des transitions \u00e9pid\u00e9miologiques et soci\u00e9tales les plus marquantes du XXIe si\u00e8cle. Au c\u0153ur de cette m\u00e9tamorphose, l&rsquo;\u00e9mergence exponentielle des troubles neurocognitifs majeurs repr\u00e9sente un d\u00e9fi colossal pour la m\u00e9decine moderne, les structures de sant\u00e9 publique et le tissu socio-\u00e9conomique global. Si le terme g\u00e9n\u00e9rique et s\u00e9culaire de \u00ab d\u00e9mence \u00bb a longtemps servi \u00e0 regrouper indistinctement l&rsquo;ensemble des d\u00e9t\u00e9riorations cognitives acquises de l&rsquo;adulte \u00e2g\u00e9, les progr\u00e8s vertigineux de la neuropathologie, de la neuro-imagerie structurelle et fonctionnelle, ainsi que l&rsquo;av\u00e8nement des biomarqueurs mol\u00e9culaires ont permis de d\u00e9membrer ce vaste ensemble syndromique en entit\u00e9s nosologiques distinctes et pr\u00e9cis\u00e9ment caract\u00e9ris\u00e9es. Parmi elles, la maladie d&rsquo;Alzheimer et la d\u00e9mence vasculaire occupent les deux premiers rangs par leur fr\u00e9quence \u00e9pid\u00e9miologique et leur charge de morbidit\u00e9.<\/p>\n<p>Bien que ces deux affections aboutissent in\u00e9luctablement, \u00e0 un stade avanc\u00e9, \u00e0 une d\u00e9pendance fonctionnelle s\u00e9v\u00e8re et \u00e0 une alt\u00e9ration globale des capacit\u00e9s intellectuelles, elles s&rsquo;enracinent dans des m\u00e9canismes physiopathologiques fondamentalement discordants. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, la maladie d&rsquo;Alzheimer incarne l&rsquo;arch\u00e9type de la prot\u00e9inopathie neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative, progressant selon une topographie spatio-temporelle bien ordonn\u00e9e caract\u00e9ris\u00e9e par la double accumulation toxique de peptides b\u00eata-amylo\u00efdes et de prot\u00e9ines Tau anormalement phosphoryl\u00e9es. De l&rsquo;autre, la d\u00e9mence vasculaire proc\u00e8de d&rsquo;un continuum d&rsquo;agressions isch\u00e9miques, microvasculaires ou h\u00e9morragiques l\u00e9sant les r\u00e9seaux c\u00e9r\u00e9braux, secondaires aux atteintes directes du lit art\u00e9riel c\u00e9r\u00e9bral et aux facteurs de risque cardiovasculaires syst\u00e9miques. La fronti\u00e8re s\u00e9miologique entre ces deux entit\u00e9s s&rsquo;av\u00e8re toutefois particuli\u00e8rement complexe \u00e0 tracer en pratique clinique courante, en raison notamment d&rsquo;un \u00e2ge de survenue similaire, d&rsquo;une vuln\u00e9rabilit\u00e9 vasculaire partag\u00e9e et de l&rsquo;intrication neuropathologique fr\u00e9quente au sein d&rsquo;un tableau mixte.<\/p>\n<p>\u00c9tablir un diagnostic diff\u00e9rentiel rigoureux et pr\u00e9coce entre une d\u00e9mence d&rsquo;origine purement vasculaire et une \u00e9tiologie d\u00e9g\u00e9n\u00e9rative de type Alzheimer n&rsquo;est en aucun cas un exercice de pure taxinomie acad\u00e9mique. Cette distinction conditionne directement l&rsquo;arsenal th\u00e9rapeutique d\u00e9ploy\u00e9, la trajectoire pronostique envisag\u00e9e, la mise en place d&rsquo;interventions pr\u00e9ventives cibl\u00e9es sur l&rsquo;h\u00e9modynamique c\u00e9r\u00e9brale ou la pharmacoth\u00e9rapie neuroprotectrice, ainsi que la planification m\u00e9dico-sociale individualis\u00e9e. Le pr\u00e9sent article propose une analyse approfondie, m\u00e9thodique et exhaustive des divergences et des convergences unissant et s\u00e9parant la d\u00e9mence vasculaire et la maladie d&rsquo;Alzheimer, guidant le praticien et le chercheur depuis les m\u00e9canismes biomol\u00e9culaires \u00e9l\u00e9mentaires jusqu&rsquo;aux dilemmes concrets rencontr\u00e9s au chevet du patient g\u00e9riatrique.<\/p>\n<h2>1. Introduction au diagnostic diff\u00e9rentiel des troubles neurocognitifs majeurs<\/h2>\n<h3>1.1 D\u00e9finition contextuelle des deux pathologies<\/h3>\n<p>La nomenclature psychiatrique et neurologique internationale a connu une mutation paradigmatique majeure avec la publication du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux dans sa cinqui\u00e8me \u00e9dition (<a href=\"https:\/\/www.psychiatry.org\/psychiatrists\/practice\/dsm\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">DSM-5<\/a>). En substituant la locution stigmatisante de \u00ab d\u00e9mence \u00bb par celle, plus op\u00e9ratoire et graduelle, de \u00ab trouble neurocognitif majeur \u00bb (TNC majeur), la communaut\u00e9 scientifique a cherch\u00e9 \u00e0 objectiver le d\u00e9clin cognitif par rapport \u00e0 un niveau de performance ant\u00e9rieur dans un ou plusieurs domaines cognitifs (attention complexe, fonctions ex\u00e9cutives, apprentissage et m\u00e9moire, langage, fonctions perceptivomotrices ou cognition sociale), tout en exigeant que ce d\u00e9ficit interf\u00e8re de mani\u00e8re significative avec l&rsquo;autonomie dans les actes de la vie quotidienne (activit\u00e9s instrumentales et basiques). Au sein de ce cadre nosologique red\u00e9fini, la maladie d&rsquo;Alzheimer et les troubles neurocognitifs d&rsquo;origine vasculaire constituent les deux chefs de file indiscutables.<\/p>\n<p>Sur le plan \u00e9pid\u00e9miologique, la maladie d&rsquo;Alzheimer repr\u00e9sente classiquement entre 60 % et 70 % de l&rsquo;ensemble des cas diagnostiqu\u00e9s chez les sujets \u00e2g\u00e9s de plus de 65 ans dans les pays industrialis\u00e9s. La d\u00e9mence vasculaire, quant \u00e0 elle, s&rsquo;affirme comme la deuxi\u00e8me cause la plus pr\u00e9valente de dysfonctionnement cognitif majeur acquis, repr\u00e9sentant environ 15 % \u00e0 25 % des diagnostics cliniques et autopsiques. L&rsquo;incidence de ces deux entit\u00e9s suit une pente quasi exponentielle apr\u00e8s l&rsquo;\u00e2ge de 65 ans, doublant approximativement tous les cinq ans de vie suppl\u00e9mentaires. Cependant, alors que la pr\u00e9valence de la maladie d&rsquo;Alzheimer s&rsquo;av\u00e8re l\u00e9g\u00e8rement plus \u00e9lev\u00e9e chez les femmes \u2014 une disparit\u00e9 partiellement attribu\u00e9e \u00e0 leur long\u00e9vit\u00e9 sup\u00e9rieure ainsi qu&rsquo;\u00e0 des modulations hormonales post-m\u00e9nopausiques \u2014, les troubles cognitifs vasculaires purs pr\u00e9dominent mod\u00e9r\u00e9ment chez les hommes, en \u00e9troite corr\u00e9lation avec une exposition accrue aux pathologies ath\u00e9romateuses et coronariennes tout au long de l&rsquo;existence.<\/p>\n<p>Les enjeux cliniques et socio-\u00e9conomiques associ\u00e9s \u00e0 une diff\u00e9renciation pr\u00e9coce et formelle sont immenses. La prise en charge sanitaire de ces syndromes repr\u00e9sente un gouffre financier pour les syst\u00e8mes de protection sociale, chiffr\u00e9 en centaines de milliards d&rsquo;euros \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle mondiale, englobant les soins m\u00e9dicaux directs, les co\u00fbts d&rsquo;h\u00e9bergement institutionnel et, surtout, le travail invisible mais \u00e9puisant des aidants naturels non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s. Reconna\u00eetre pr\u00e9cocement la contribution vasculaire permet d&rsquo;instaurer des mesures \u00e9nergiques de pr\u00e9vention secondaire (contr\u00f4le tensionnel optimal, statines, antiagr\u00e9gants plaquettaires, anticoagulants oraux directs en cas de fibrillation atriale) capables d&rsquo;enrayer ou de ralentir le d\u00e9clin par \u00e0-coups propre aux accidents isch\u00e9miques. Inversement, identifier une pathologie neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative d&rsquo;Alzheimer sous-jacente \u00e9vite les prescriptions vasculaires superflues ou d\u00e9l\u00e9t\u00e8res, autorise l&rsquo;introduction d&rsquo;inhibiteurs de l&rsquo;ac\u00e9tylcholinest\u00e9rase ou d&rsquo;antagonistes des r\u00e9cepteurs NMDA, et ouvre la porte aux nouvelles immunoth\u00e9rapies monoclonales anti-amylo\u00efdes tout en anticipant une perte d&rsquo;autonomie progressive et lin\u00e9aire.<\/p>\n<h3>1.2 Origine des confusions diagnostiques et similitudes initiales<\/h3>\n<p>L&rsquo;illusion d&rsquo;une fronti\u00e8re herm\u00e9tique entre d\u00e9mence vasculaire et maladie d&rsquo;Alzheimer s&rsquo;\u00e9vanouit rapidement lors de l&rsquo;\u00e9valuation clinique initiale. Aux stades d\u00e9butants, les deux affections manifestent un panel de sympt\u00f4mes cognitifs et neuropsychiatriques largement superposables, d\u00e9routant fr\u00e9quemment le clinicien non averti. Des plaintes subjectives portant sur des difficult\u00e9s d&rsquo;\u00e9vocation lexicale, une fatigabilit\u00e9 mentale accrue, une d\u00e9sorganisation discr\u00e8te dans la planification des t\u00e2ches professionnelles ou domestiques complexes, ainsi qu&rsquo;une irritabilit\u00e9 ou une apathie naissante peuvent inaugurer indiff\u00e9remment l&rsquo;une ou l&rsquo;autre pathologie. Cette ressemblance inaugurale est amplifi\u00e9e par l&rsquo;\u00e9valuation sommaire souvent r\u00e9alis\u00e9e en soins primaires par le biais de tests de d\u00e9pistage globaux tels que le <a href=\"https:\/\/www.alz.org\/professionals\/health-systems-clinicians\/clinical-resources\/cognitive-assessment-tools\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Mini-Mental State Examination (MMSE)<\/a>, dont le score chiffr\u00e9 global ne renseigne en rien sur la structure qualitative sp\u00e9cifique des d\u00e9ficits sous-jacents.<\/p>\n<p>Cette ambigu\u00eft\u00e9 diagnostique trouve un terreau fertile dans la pr\u00e9valence remarquablement \u00e9lev\u00e9e des comorbidit\u00e9s vasculaires au sein de la population g\u00e9riatrique. Le vieillissement c\u00e9r\u00e9bral normal s&rsquo;accompagne quasi universellement d&rsquo;une art\u00e9rioscl\u00e9rose, d&rsquo;une perte d&rsquo;\u00e9lasticit\u00e9 art\u00e9rielle et d&rsquo;alt\u00e9rations microcirculatoires diffuses. L&rsquo;hypertension art\u00e9rielle chronique, le diab\u00e8te de type 2 mal \u00e9quilibr\u00e9, les dyslipid\u00e9mies, le tabagisme cumul\u00e9 et l&rsquo;insuffisance r\u00e9nale chronique constituent des facteurs de risque unanimement partag\u00e9s qui alt\u00e8rent le parenchyme c\u00e9r\u00e9bral. Ainsi, chez un patient \u00e2g\u00e9 de 78 ans consultant pour un d\u00e9clin mn\u00e9sique d&rsquo;installation insidieuse, la d\u00e9couverte concomitante \u00e0 l&rsquo;imagerie d&rsquo;une leucoenc\u00e9phalopathie vasculaire diffuse ne permet pas d&rsquo;imputer m\u00e9caniquement l&rsquo;ensemble du tableau clinique aux seules l\u00e9sions de la substance blanche. Les deux processus pathologiques s&rsquo;alimentent et \u00e9voluent c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te sur des ann\u00e9es de latence asymptomatique.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, les donn\u00e9es neuropathologiques post-mortem r\u00e9v\u00e8lent avec force que la notion de pathologie pure devient l&rsquo;exception plut\u00f4t que la r\u00e8gle chez le vieillard. Le concept de \u00ab d\u00e9mence mixte \u00bb, conceptualis\u00e9 pour d\u00e9signer la coexistence v\u00e9rifi\u00e9e de l\u00e9sions neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives typiques d&rsquo;Alzheimer (d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence neurofibrillaire et plaques s\u00e9niles) et d&rsquo;un fardeau l\u00e9sionnel isch\u00e9mique significatif (infarctus lacunaires, micro-infarctus corticaux, leucoara\u00efose s\u00e9v\u00e8re), repr\u00e9sente en r\u00e9alit\u00e9 le substrat histologique le plus fr\u00e9quent chez les octog\u00e9naires et les nonag\u00e9naires d\u00e9c\u00e9d\u00e9s d&rsquo;un trouble neurocognitif majeur. Cette intrication neuropathologique intime abaisse le seuil de tol\u00e9rance c\u00e9r\u00e9brale : la pr\u00e9sence d&rsquo;une charge isch\u00e9mique sous-corticale pr\u00e9cipite l&rsquo;expression clinique de l\u00e9sions amylo\u00efdes qui seraient autrement demeur\u00e9es silencieuses, complexifiant \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame l&rsquo;attribution \u00e9tiologique univoque du tableau clinique observ\u00e9 du vivant du patient.<\/p>\n<h2>2. Vue d&rsquo;ensemble de la d\u00e9mence vasculaire<\/h2>\n<h3>2.1 \u00c9tiologies et m\u00e9canismes physiopathologiques vasculaires<\/h3>\n<p>La d\u00e9mence vasculaire ne d\u00e9signe pas une entit\u00e9 neuropathologique monolithique, mais rassemble un ensemble polymorphe de d\u00e9sordres cognitifs secondaires \u00e0 une isch\u00e9mie ou \u00e0 une h\u00e9morragie c\u00e9r\u00e9brale compromise par des anomalies du syst\u00e8me cardiovasculaire ou de l&rsquo;arbre vasculaire c\u00e9r\u00e9bral. L&rsquo;\u00e9tiologie macrovasculaire classique repose sur la survenue d&rsquo;accidents vasculaires c\u00e9r\u00e9braux (AVC) isch\u00e9miques corticaux multiples, souvent thromboemboliques, touchant les territoires des grosses art\u00e8res c\u00e9r\u00e9brales (art\u00e8re c\u00e9r\u00e9brale moyenne, ant\u00e9rieure ou post\u00e9rieure). Cette \u00ab d\u00e9mence multi-infarctus \u00bb r\u00e9sulte de la perte critique d&rsquo;un volume volum\u00e9trique de parenchyme c\u00e9r\u00e9bral (traditionnellement estim\u00e9 au-del\u00e0 de 50 \u00e0 100 cm\u00b3), conduisant \u00e0 la d\u00e9connexion massive des r\u00e9seaux associatifs corticaux. \u00c0 cette forme diffuse s&rsquo;oppose l&rsquo;infarctus strat\u00e9gique unique : une l\u00e9sion isch\u00e9mique de petite taille, mais si\u00e9geant dans une structure c\u00e9r\u00e9brale fonctionnellement critique (le thalamus ant\u00e9ro-m\u00e9dian, le gyrus angulaire, le genou de la capsule interne ou la t\u00eate du noyau caud\u00e9), suffit \u00e0 elle seule \u00e0 faire basculer le patient dans un \u00e9tat d\u00e9mentiel aigu et durable en d\u00e9truisant les circuits striato-pallido-thalamo-corticaux.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, la forme la plus insidieuse et pr\u00e9dominante chez le sujet \u00e2g\u00e9 demeure la maladie des petites art\u00e8res c\u00e9r\u00e9brales (<a href=\"https:\/\/www.stroke.org\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">cerebral small vessel disease<\/a>). Cette microangiopathie hypertensive et art\u00e9rioscl\u00e9reuse affecte pr\u00e9f\u00e9rentiellement les art\u00e9rioles perforantes profondes (de 50 \u00e0 400 microm\u00e8tres de diam\u00e8tre) priv\u00e9es de collat\u00e9rales, vascularisant la substance blanche sous-corticale et les noyaux gris centraux. Deux manifestations anatomiques majeures en d\u00e9coulent : les infarctus lacunaires (petites cavit\u00e9s de moins de 15 mm cons\u00e9cutives \u00e0 une n\u00e9crose isch\u00e9mique focale) et la leucoara\u00efose diffuse, caract\u00e9ris\u00e9e par une d\u00e9my\u00e9linisation \u00e9tendue, une gliose astrocytaire et une perte axonale dans le centre semi-ovale et la couronne rayonnante. Lorsque cette atteinte sous-corticale est particuli\u00e8rement s\u00e9v\u00e8re et confluente, elle caract\u00e9rise l&rsquo;entit\u00e9 clinique historique connue sous le nom de maladie de Binswanger (ou enc\u00e9phalopathie sous-corticale art\u00e9rioscl\u00e9reuse).<\/p>\n<p>Au niveau cellulaire et mol\u00e9culaire, la physiopathologie de la microangiopathie sous-corticale est orchestr\u00e9e par une hypoperfusion c\u00e9r\u00e9brale chronique \u00e0 bas bruit, associ\u00e9e \u00e0 une dysfonction endoth\u00e9liale profonde et \u00e0 une rupture progressive de l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique (BHE). L&rsquo;\u00e9paississement hyalin de la paroi art\u00e9riolaire (lipohyalinose) entra\u00eene une perte de la vasor\u00e9activit\u00e9 myog\u00e9nique et une autor\u00e9gulation h\u00e9modynamique d\u00e9faillante, rendant la substance blanche profonde extr\u00eamement vuln\u00e9rable aux \u00e9pisodes d&rsquo;hypotension art\u00e9rielle nocturne ou iatrog\u00e8ne. La fuite de prot\u00e9ines plasmatiques \u00e0 travers une BHE hyperperm\u00e9able entretient un micro-environnement neuro-inflammatoire chronique, active la microglie, stimule la production d&rsquo;esp\u00e8ces r\u00e9actives de l&rsquo;oxyg\u00e8ne (stress oxydatif) et bloque la diff\u00e9renciation des cellules pr\u00e9curseurs d&rsquo;oligodendrocytes, emp\u00eachant toute remy\u00e9linisation efficace et perp\u00e9tuant le dommage axonal diffus.<\/p>\n<h3>2.2 Profil s\u00e9miologique et mode d&rsquo;\u00e9volution<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire \u00e9volutive naturelle de la d\u00e9mence vasculaire pr\u00e9sente des particularit\u00e9s cin\u00e9tiques hautement suggestives qui la distinguent des processus neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratifs classiques. Dans sa forme multi-infarctus, le mode de d\u00e9t\u00e9rioration suit classiquement un sch\u00e9ma discontinu, dit \u00ab en marches d&rsquo;escalier \u00bb (<em>stepwise decline<\/em>). Le patient pr\u00e9sente une d\u00e9gradation brutale de ses capacit\u00e9s intellectuelles ou praxiques au d\u00e9cours imm\u00e9diat d&rsquo;un \u00e9pisode isch\u00e9mique c\u00e9r\u00e9bral, suivie d&rsquo;une phase de stabilisation relative, voire d&rsquo;une r\u00e9cup\u00e9ration partielle et transitoire gr\u00e2ce aux m\u00e9canismes de plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale compensatrice, avant qu&rsquo;un nouvel accident vasculaire ne vienne pr\u00e9cipiter un palier de d\u00e9clin suppl\u00e9mentaire. \u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9, dans les formes microangiopathiques pures de type leucoenc\u00e9phalopathie sous-corticale diffuse, l&rsquo;\u00e9volution peut s&rsquo;av\u00e9rer trompeusement progressive et continue, mimant de fa\u00e7on saisissante l&rsquo;allure d&rsquo;une maladie d&rsquo;Alzheimer fruste.<\/p>\n<p>Sur le versant neuropsychologique, le profil s\u00e9miologique de la d\u00e9mence vasculaire est typiquement domin\u00e9 par ce que les neurologues qualifient de syndrome dysex\u00e9cutif d&rsquo;origine sous-cortico-frontale. Les patients manifestent tr\u00e8s t\u00f4t une alt\u00e9ration \u00e9lective de la vitesse de traitement de l&rsquo;information (ralentissement psychomoteur prononc\u00e9 ou bradyphr\u00e9nie), un d\u00e9ficit majeur de la flexibilit\u00e9 cognitive, une r\u00e9duction sensible de la fluence verbale cat\u00e9gorielle, ainsi qu&rsquo;une incapacit\u00e9 \u00e0 planifier, organiser, abstraire et inhiber les r\u00e9ponses motrices inadapt\u00e9es. Si la m\u00e9moire est affect\u00e9e, il s&rsquo;agit typiquement d&rsquo;un trouble de la r\u00e9cup\u00e9ration des informations stock\u00e9es (d\u00e9ficit des strat\u00e9gies de recherche mn\u00e9sique) plut\u00f4t que d&rsquo;un d\u00e9faut primitif d&rsquo;encodage ou de stockage : les performances sont ainsi spectaculairement am\u00e9lior\u00e9es par les indices ou lors d&rsquo;\u00e9preuves de reconnaissance, \u00e0 l&rsquo;inverse de l&rsquo;amn\u00e9sie hippocampique vraie.<\/p>\n<p>L&rsquo;examen neurologique standardis\u00e9 met presque invariablement en lumi\u00e8re une constellation de signes neurologiques focaux et pyramidaux qui signent l&rsquo;atteinte anatomique sous-jacente. Il est fr\u00e9quent d&rsquo;observer une asym\u00e9trie des r\u00e9flexes ost\u00e9otendineux, un signe de Babinski unilat\u00e9ral ou bilat\u00e9ral, une d\u00e9viation de la commissure labiale ou des d\u00e9ficits h\u00e9micorporels subtils. Tr\u00e8s pr\u00e9cocement dans l&rsquo;\u00e9volution apparaissent des troubles de la marche et de l&rsquo;\u00e9quilibre caract\u00e9ristiques, qualifi\u00e9s d&rsquo;apraxie de la marche ou de marche \u00e0 petits pas avec \u00e9largissement du polygone de sustentation et instabilit\u00e9 posturale majeure pr\u00e9disposant aux chutes r\u00e9currentes. Aux stades plus avanc\u00e9s de la maladie des petites art\u00e8res, s&rsquo;installe un syndrome pseudobulbaire complet, associant une dysarthrie paralytique, une dysphagie avec fausses routes alimentaires r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, un r\u00e9flexe palmo-mentonnier archa\u00efque et des d\u00e9charges \u00e9motionnelles immotiv\u00e9es et incontr\u00f4lables (labilit\u00e9 \u00e9motionnelle sous forme de rires et de pleurs spasmodiques).<\/p>\n<h3>2.3 Outils d&rsquo;\u00e9valuation et crit\u00e8res diagnostiques sp\u00e9cifiques<\/h3>\n<p>Pour standardiser le diagnostic clinique de la d\u00e9mence vasculaire, plusieurs consensus m\u00e9thodologiques ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9s, dont les crit\u00e8res du <a href=\"https:\/\/www.ninds.nih.gov\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">NINDS-AIREN<\/a> (National Institute of Neurological Disorders and Stroke and Association Internationale pour la Recherche et l&rsquo;Enseignement en Neurosciences) demeurent la r\u00e9f\u00e9rence historique la plus rigoureuse. Ces crit\u00e8res exigent trois piliers indispensables : la confirmation clinique d&rsquo;un trouble neurocognitif majeur, la mise en \u00e9vidence de signes focaux \u00e0 l&rsquo;examen neurologique corr\u00e9l\u00e9s \u00e0 des l\u00e9sions c\u00e9r\u00e9brovasculaires probantes \u00e0 la neuro-imagerie, et l&rsquo;existence d&rsquo;une relation temporelle tangible entre la survenue des AVC et l&rsquo;apparition du d\u00e9ficit cognitif (habituellement dans un d\u00e9lai inf\u00e9rieur \u00e0 trois mois). En pratique courante, le score isch\u00e9mique de Hachinski constitue un outil s\u00e9miologique rapide d&rsquo;une remarquable pertinence : un score \u00e9gal ou sup\u00e9rieur \u00e0 7 oriente fortement vers une \u00e9tiologie vasculaire, tandis qu&rsquo;un score inf\u00e9rieur ou \u00e9gal \u00e0 4 plaide en faveur d&rsquo;un processus d\u00e9g\u00e9n\u00e9ratif primaire.<\/p>\n<p>L&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM) c\u00e9r\u00e9brale haute r\u00e9solution (id\u00e9alement \u00e0 3 Tesla) s&rsquo;impose comme l&rsquo;examen cl\u00e9 incontournable pour mat\u00e9rialiser la charge l\u00e9sionnelle vasculaire. Le protocole standard doit imp\u00e9rativement comporter des s\u00e9quences axiales T1, FLAIR (Fluid Attenuated Inversion Recovery), T2 \u00e9cho de gradient ou de susceptibilit\u00e9 magn\u00e9tique (T2* ou SWI), et de diffusion (DWI). La s\u00e9quence FLAIR permet de quantifier pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;extension de la leucoara\u00efose sous-corticale et p\u00e9riventriculaire selon l&rsquo;\u00e9chelle visuelle semi-quantitative de Fazekas (allant du grade 1 punctiforme au grade 3 confluent massif). Les s\u00e9quences T2* et SWI poss\u00e8dent une sensibilit\u00e9 exquise pour d\u00e9tecter les microsaignements c\u00e9r\u00e9braux focaux (<em>cerebral microbleeds<\/em>), signatures microscopiques soit de l&rsquo;art\u00e9riolopathie hypertensive (localis\u00e9s pr\u00e9f\u00e9rentiellement dans les noyaux gris centraux, la protub\u00e9rance et le cervelet), soit de l&rsquo;angiopathie amylo\u00efde c\u00e9r\u00e9brale lorsqu&rsquo;ils adoptent une stricte disposition lobaire superficielle.<\/p>\n<p>Sur le plan psychom\u00e9trique, le bilan neuropsychologique doit \u00eatre sp\u00e9cifiquement param\u00e9tr\u00e9 pour explorer les r\u00e9seaux sous-cortico-frontaux. Les batteries de tests g\u00e9n\u00e9ralistes comme le MMSE se r\u00e9v\u00e8lent trop peu sensibles au dysfonctionnement ex\u00e9cutif pur et peuvent donner une fausse impression de normalit\u00e9 chez des patients pourtant s\u00e9v\u00e8rement handicap\u00e9s sur le plan fonctionnel. Le clinicien doit recourir \u00e0 la <a href=\"https:\/\/www.mocatest.org\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Montreal Cognitive Assessment (MoCA)<\/a>, nettement plus sensible aux atteintes vasculaires, et d\u00e9ployer des tests psychom\u00e9triques sp\u00e9cialis\u00e9s : le Trail Making Test (partie B mesurant la flexibilit\u00e9 mentale et la vitesse motrice), le test de Stroop (exploration de l&rsquo;inhibition cognitive), la Batterie Rapide d&rsquo;Efficience Frontale (BREF), le test de classement de cartes de Wisconsin, ainsi que des \u00e9preuves de fluence verbale cat\u00e9gorielle et phon\u00e9mique compar\u00e9es. Ce profil d&rsquo;alt\u00e9ration pr\u00e9coce des fonctions de contr\u00f4le et de planification contraste formellement avec la triade aphaso-apraxo-agnosique de la maladie d&rsquo;Alzheimer.<\/p>\n<h2>3. Vue d&rsquo;ensemble de la maladie d&rsquo;Alzheimer<\/h2>\n<h3>3.1 Cascade neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative et alt\u00e9rations biochimiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la maladie d&rsquo;Alzheimer trouve sa pierre fondatrice dans les travaux d&rsquo;Alois Alzheimer, qui pr\u00e9senta pour la premi\u00e8re fois le 3 novembre 1906, lors de la 37e r\u00e9union des psychiatres du sud-ouest allemand \u00e0 T\u00fcbingen, les observations cliniques et les anomalies post-mortem du cerveau de la patiente Auguste Deter, avant de les publier en 1907. Depuis cette description s\u00e9minale, la compr\u00e9hension mol\u00e9culaire de la maladie a \u00e9t\u00e9 domin\u00e9e par l&rsquo;hypoth\u00e8se de la \u00ab cascade amylo\u00efde \u00bb. Au c\u0153ur de ce processus figure le clivage anormal d&rsquo;une prot\u00e9ine transmembranaire neuronale ubiquitaire, l&rsquo;<a href=\"https:\/\/www.nature.com\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Amyloid Precursor Protein (APP)<\/a>. Dans des conditions physiologiques, l&rsquo;APP est scind\u00e9e par une alpha-s\u00e9cr\u00e9tase dans une voie non-amylo\u00efdog\u00e8ne b\u00e9n\u00e9fique. Dans la maladie d&rsquo;Alzheimer, l&rsquo;activation s\u00e9quentielle de deux enzymes prot\u00e9olytiques, la b\u00eata-s\u00e9cr\u00e9tase (BACE1) et la gamma-s\u00e9cr\u00e9tase (complexe enzymatique comprenant la pr\u00e9s\u00e9niline 1 ou 2), g\u00e9n\u00e8re des peptides b\u00eata-amylo\u00efdes insolubles de 40 et surtout 42 acides amin\u00e9s (A\u03b242).<\/p>\n<p>Ces monom\u00e8res d&rsquo;A\u03b242, hautement hydrophobes et enclins \u00e0 l&rsquo;auto-assemblage, s&rsquo;oligom\u00e9risent pour former des esp\u00e8ces solubles dou\u00e9es d&rsquo;une neurotoxicit\u00e9 synaptique redoutable, alt\u00e9rant la transmission glutamatergique et bloquant les m\u00e9canismes de potentialisation \u00e0 long terme dans l&rsquo;hippocampe. Progressivement, ces oligom\u00e8res pr\u00e9cipitent sous forme de fibrilles amylo\u00efdes insolubles, constituant la matrice des plaques s\u00e9niles (ou plaques amylo\u00efdes) dans l&rsquo;espace extracellulaire du parenchyme cortical. Bien que spectaculaires sur le plan microscopique, il est aujourd&rsquo;hui admis que l&rsquo;accumulation de plaques amylo\u00efdes pr\u00e9c\u00e8de de 15 \u00e0 20 ans l&rsquo;\u00e9closion des sympt\u00f4mes cliniques et ne pr\u00e9sente qu&rsquo;une corr\u00e9lation topographique m\u00e9diocre avec l&rsquo;intensit\u00e9 exacte des d\u00e9ficits cognitifs manifest\u00e9s par le patient.<\/p>\n<p>Le second pilier histopathologique, directement responsable de la mort neuronale et de l&rsquo;intensit\u00e9 du tableau d\u00e9mentiel, r\u00e9side dans la tauopathie. La prot\u00e9ine Tau, normalement associ\u00e9e aux microtubules au sein des axones pour stabiliser le cytosquelette neuronal et guider le transport v\u00e9siculaire ant\u00e9rograde et r\u00e9trograde, subit un ph\u00e9nom\u00e8ne pathologique d&rsquo;hyperphosphorylation biochimique sous l&rsquo;action de diverses kinases (dont GSK-3\u03b2 et CDK5). D\u00e9tach\u00e9e des microtubules, la prot\u00e9ine Tau hyperphosphoryl\u00e9e s&rsquo;agr\u00e8ge en filaments h\u00e9lico\u00efdaux appari\u00e9s dans le cytosol neuronal, formant la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence neurofibrillaire (DNF). Cette invasion suit la s\u00e9quence spatio-temporelle tr\u00e8s rigoureuse d\u00e9crite par Heiko et Eva Braak : d\u00e9butant dans le cortex transentorhinal et entorhinal (stades I-II), elle envahit l&rsquo;hippocampe propre (stades III-IV) avant d&rsquo;essaimer de mani\u00e8re synaptotoxique dans l&rsquo;ensemble du n\u00e9ocortex associatif (stades V-VI), provoquant une atrophie corticale massive par d\u00e9connexion et mort cellulaire programm\u00e9e.<\/p>\n<h3>3.2 Pr\u00e9sentation clinique et trajectoire syndromique<\/h3>\n<p>\u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9 des \u00e0-coups vasculaires, l&rsquo;histoire naturelle de la forme typique de la maladie d&rsquo;Alzheimer (qui repr\u00e9sente la tr\u00e8s grande majorit\u00e9 des cas) est marqu\u00e9e par une cin\u00e9tique insidieuse, indolore et implacablement progressive. L&rsquo;entourage a souvent les plus grandes peines \u00e0 dater avec exactitude le premier \u00e9v\u00e9nement perturbateur, les difficult\u00e9s initiales \u00e9tant fr\u00e9quemment imput\u00e9es de fa\u00e7on erron\u00e9e au fardeau du vieillissement normal ou \u00e0 un \u00e9tat d\u00e9pressif r\u00e9actionnel. La trajectoire syndromique d\u00e9bute presque invariablement par un trouble neurocognitif l\u00e9ger (Mild Cognitive Impairment, ou MCI amn\u00e9sique), caract\u00e9ris\u00e9 par l&rsquo;isolement d&rsquo;un d\u00e9ficit mn\u00e9sique objectif sans retentissement majeur sur l&rsquo;ind\u00e9pendance fonctionnelle au quotidien, avant d&rsquo;\u00e9voluer vers le stade majeur de d\u00e9pendance.<\/p>\n<p>Le ma\u00eetre sympt\u00f4me r\u00e9v\u00e9lateur de la maladie est une amn\u00e9sie ant\u00e9rograde d&rsquo;installation progressive, portant sp\u00e9cifiquement sur la m\u00e9moire \u00e9pisodique r\u00e9cente (incapacit\u00e9 \u00e0 fixer de nouveaux souvenirs). Le patient oublie les conversations tenues la veille, \u00e9gare ses objets familiers de mani\u00e8re it\u00e9rative, r\u00e9it\u00e8re sans cesse les m\u00eames questions et manque des rendez-vous pourtant cruciaux. Sur le plan s\u00e9miologique, cette alt\u00e9ration r\u00e9sulte de l&rsquo;effondrement des m\u00e9canismes de consolidation mn\u00e9sique assur\u00e9s par le complexe hippocampo-mamillo-thalamique (circuit de Papez). Le test des 5 mots de Dubois ou le test de rappel libre \/ rappel indic\u00e9 \u00e0 16 items (RL\/RI-16 de Grober et Buschke) objectivent une d\u00e9faillance typique : l&rsquo;apport d&rsquo;un indi\u00e7age s\u00e9mantique \u00e0 la r\u00e9cup\u00e9ration n&rsquo;am\u00e9liore pas les performances de rappel, et l&rsquo;\u00e9preuve de reconnaissance met en \u00e9vidence un taux \u00e9lev\u00e9 de fausses reconnaissances, attestant que l&rsquo;information n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 correctement encod\u00e9e ou stock\u00e9e dans les r\u00e9seaux corticaux temporaux.<\/p>\n<p>\u00c0 mesure que la vague de d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence neurofibrillaire diffuse depuis les structures temporales internes vers les aires associatives n\u00e9ocorticales temporo-pari\u00e9tales et frontales, le tableau s\u00e9miologique s&rsquo;enrichit de l&rsquo;historique syndrome aphaso-apraxo-agnosique. L&rsquo;aphasie se manifeste initialement par un manque du mot pr\u00e9dominant sur les noms propres et les termes \u00e0 basse fr\u00e9quence d&rsquo;usage (manque de vocabulaire masqu\u00e9 par des circonlocutions et des paraphrases s\u00e9mantiques), avant d&rsquo;\u00e9voluer vers une aphasie fluente transcorticale sensorielle puis une perte compl\u00e8te de la communication verbale. L&rsquo;apraxie frappe d&rsquo;abord les gestes r\u00e9flexifs et constructifs (impossibilit\u00e9 de copier des cubes en perspective ou l&rsquo;horloge), puis id\u00e9omotrice (gestes symboliques sans objet) et id\u00e9atoire (organisation s\u00e9quentielle d&rsquo;un acte complexe comme pr\u00e9parer un caf\u00e9). L&rsquo;agnosie se traduit par une prosopagnosie (perte de la reconnaissance des visages familiers) et des agnosies visuo-spatiales d\u00e9sorientant totalement le sujet dans son propre environnement domestique.<\/p>\n<h3>3.3 Biomarqueurs et confirmation diagnostique<\/h3>\n<p>La recherche clinique et le diagnostic de certitude du vivant du patient ont accompli un saut qualitatif fondamental gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;av\u00e8nement du cadre diagnostique biologique \u00ab AT(N) \u00bb, introduit par l&rsquo;<a href=\"https:\/\/www.alz.org\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Alzheimer&rsquo;s Association<\/a> et le National Institute on Aging (NIA-AA). Ce syst\u00e8me classe les biomarqueurs en trois cat\u00e9gories physiopathologiques : \u00ab A \u00bb pour la pathologie b\u00eata-amylo\u00efde corticale, \u00ab T \u00bb pour la tauopathie intracellulaire, et \u00ab N \u00bb pour la neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence structurelle ou m\u00e9tabolique. La pr\u00e9sence combin\u00e9e de biomarqueurs anormaux dans les compartiments A et T suffit d\u00e9sormais \u00e0 poser formellement le diagnostic \u00e9tiologique de maladie d&rsquo;Alzheimer, ind\u00e9pendamment m\u00eame de la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 du stade clinique symptomatique.<\/p>\n<p>La ponction lombaire demeure l&rsquo;une des voies d&rsquo;acc\u00e8s directes les plus fiables \u00e0 cette signature mol\u00e9culaire c\u00e9r\u00e9brale en analysant le liquide c\u00e9phalorachidien (LCR). Le profil classique pathognomonique de la maladie d&rsquo;Alzheimer associe une diminution marqu\u00e9e des taux de peptide amylo\u00efde A\u03b242 (refl\u00e9tant sa s\u00e9questration et sa pr\u00e9cipitation au sein du parenchyme c\u00e9r\u00e9bral), un effondrement du ratio A\u03b242\/A\u03b240 (qui neutralise la variabilit\u00e9 individuelle de production totale de peptides amylo\u00efdes), et une \u00e9l\u00e9vation franche des concentrations de prot\u00e9ine Tau totale (marqueur N de souffrance et de lyse neuronale aigu\u00eb) ainsi que de la prot\u00e9ine Tau phosphoryl\u00e9e au thr\u00e9onine 181 ou 217 (p-Tau181, p-Tau217, marqueur T sp\u00e9cifique d&rsquo;accumulation neurofibrillaire). L&rsquo;\u00e9mergence r\u00e9cente des dosages sanguins ultrasensibles de p-Tau217 et de p-Tau181 par spectrom\u00e9trie de masse ou technologie Simoa promet de d\u00e9mocratiser ce diagnostic biologique d\u00e8s l&rsquo;\u00e9chelon plasmatique dans un futur tr\u00e8s proche.<\/p>\n<p>En neuro-imagerie avanc\u00e9e, la tomographie par \u00e9mission de positons (TEP) apporte des arguments topographiques et m\u00e9taboliques indiscutables. La TEP au fluorod\u00e9soxyglucose (18F-FDG) mat\u00e9rialise l&#8217;empreinte fonctionnelle pr\u00e9coce de la maladie sous la forme d&rsquo;un hypom\u00e9tabolisme glucidique bilat\u00e9ral et sym\u00e9trique touchant \u00e9lectivement les cortex temporo-pari\u00e9taux associatifs et le cortex cingulaire post\u00e9rieur (pr\u00e9cun\u00e9us), contrastant avec la pr\u00e9servation du cortex moteur primaire et des noyaux gris centraux. Les traceurs amylo\u00efdes (tels que le 11C-PiB ou les mol\u00e9cules marqu\u00e9es au fluor 18 comme le florbetapir ou le florbetaben) et les nouveaux traceurs Tau visualisent directement la charge et la distribution topographique des l\u00e9sions prot\u00e9iques. Enfin, l&rsquo;IRM c\u00e9r\u00e9brale confirme la neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence structurelle en quantifiant l&rsquo;atrophie hippocampique et de la formation parahippocampique, visuellement hi\u00e9rarchis\u00e9e par l&rsquo;\u00e9chelle visuelle de Scheltens (stades 0 \u00e0 4 bas\u00e9s sur la largeur de la fente choro\u00efdienne, de la corne temporale et la hauteur du gyrus de l&rsquo;hippocampe).<\/p>\n<h2>4. Diff\u00e9rences cl\u00e9s entre d\u00e9mence vasculaire et maladie d&rsquo;Alzheimer<\/h2>\n<h3>4.1 Comparaison physiopathologique et biom\u00e9canique<\/h3>\n<p>L&rsquo;ab\u00eeme s\u00e9parant la d\u00e9mence vasculaire de la maladie d&rsquo;Alzheimer prend naissance dans la nature m\u00eame du processus destructeur cellulaire qui ravage l&rsquo;enc\u00e9phale. La d\u00e9mence vasculaire rel\u00e8ve d&rsquo;un accident biom\u00e9canique et circulatoire : elle s&rsquo;enracine dans la d\u00e9faillance de la tuyauterie h\u00e9modynamique et de la microvascularisation c\u00e9r\u00e9brale. L&rsquo;interruption focale, multifocale ou diffuse de l&rsquo;apport en oxyg\u00e8ne et en glucose g\u00e9n\u00e8re une d\u00e9pl\u00e9tion \u00e9nerg\u00e9tique instantan\u00e9e en ad\u00e9nosine triphosphate (ATP), entra\u00eenant la d\u00e9polarisation anoxique des membranes neuronales, un influx massif et toxique d&rsquo;ions calcium intracellulaires, une cascade d&rsquo;excitotoxicit\u00e9 m\u00e9di\u00e9e par le glutamate, et une n\u00e9crose tissulaire irr\u00e9versible avec cavitation kystique ou d\u00e9my\u00e9linisation isch\u00e9mique. La topographie des d\u00e9g\u00e2ts est donc strictement conditionn\u00e9e par la g\u00e9om\u00e9trie territoriale ou terminale de l&rsquo;arbre art\u00e9riel nourricier.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9, la maladie d&rsquo;Alzheimer ne d\u00e9pend pas primitivement d&rsquo;une insuffisance h\u00e9modynamique globale, mais d&rsquo;une agression biologique endog\u00e8ne, intrins\u00e8que et mol\u00e9culaire. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une prot\u00e9inopathie neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative conformationnelle, caract\u00e9ris\u00e9e par le repliement spatial anormal de peptides produits par le m\u00e9tabolisme neuronal lui-m\u00eame. La toxicit\u00e9 s&rsquo;exerce de fa\u00e7on progressive, insidieuse et diffuse au niveau synaptique : la perte des synapses excitatrices pr\u00e9c\u00e8de la disparition du corps cellulaire neuronal de plusieurs ann\u00e9es. La propagation de la pathologie n&#8217;emprunte pas les corridors vasculaires, mais chemine de neurone en neurone le long des circuits synaptiques et axonaux selon un m\u00e9canisme de type prion (ensemencement et nucl\u00e9ation pathologique de la prot\u00e9ine Tau).<\/p>\n<p>Cette divergence \u00e9tiologique fondamentale se r\u00e9percute sur les profils de risque g\u00e9n\u00e9tique et \u00e9pid\u00e9miologique. Le risque de d\u00e9velopper une d\u00e9mence vasculaire est presque totalement index\u00e9 sur les d\u00e9terminants classiques de la morbidit\u00e9 cardiovasculaire : hypertension art\u00e9rielle syst\u00e9mique de longue date (qui \u00e9paissit les parois art\u00e9riolaires par art\u00e9rioscl\u00e9rose), fibrillation atriale embolig\u00e8ne, diab\u00e8te sucr\u00e9, dyslipid\u00e9mie ath\u00e9rog\u00e8ne, st\u00e9nose carotidienne h\u00e9modynamique et tabagisme chronique. Pour la maladie d&rsquo;Alzheimer sporadique tardive, si les facteurs cardiovasculaires majorent ind\u00e9niablement le risque par fragilisation c\u00e9r\u00e9brale g\u00e9n\u00e9rale, le d\u00e9terminant g\u00e9n\u00e9tique individuel pr\u00e9pond\u00e9rant r\u00e9side dans le g\u00e9notype de l&rsquo;apolipoprot\u00e9ine E, plus pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;all\u00e8le APOE \u03b54, qui alt\u00e8re la clairance physiologique des peptides amylo\u00efdes et amplifie les r\u00e9actions neuro-inflammatoires astrocytaires.<\/p>\n<h3>4.2 Comparaison du profil d&rsquo;atteinte neuropsychologique<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration fine des fonctions sup\u00e9rieures permet d&rsquo;\u00e9tablir une dichotomie nette entre le profil \u00ab sous-cortico-frontal \u00bb vasculaire et le profil \u00ab cortico-amn\u00e9sique \u00bb d&rsquo;Alzheimer. Dans la maladie d&rsquo;Alzheimer typique, l&rsquo;\u00e9picentre symptomatique initial et persistant est la m\u00e9moire \u00e9pisodique, particuli\u00e8rement dans sa phase d&rsquo;encodage et de stockage hippocampique. Le sujet est dans l&rsquo;incapacit\u00e9 d&rsquo;enregistrer de mani\u00e8re permanente une information nouvelle dans sa m\u00e9moire \u00e0 long terme : il n&rsquo;y a plus de traces mn\u00e9siques consolid\u00e9es. C&rsquo;est pourquoi ni le temps de r\u00e9flexion, ni les indices phonologiques ou contextuels ne parviennent \u00e0 r\u00e9activer le souvenir oubli\u00e9. Le rappel libre et le rappel indic\u00e9 sont identiquement effondr\u00e9s, et l&rsquo;\u00e9preuve de reconnaissance se solde par un taux massif d&rsquo;\u00e9checs et de faux rep\u00e9rages.<\/p>\n<p>Chez le patient porteur d&rsquo;une d\u00e9mence vasculaire sous-corticale, la m\u00e9moire \u00e9pisodique n&rsquo;est pas d\u00e9truite dans son substrat structural de stockage, mais dans son m\u00e9canisme d&rsquo;acc\u00e8s dynamique et ex\u00e9cutif. L&rsquo;hippocampe est souvent intact ; en revanche, les boucles fronto-striatales charg\u00e9es d&rsquo;orchestrer la recherche strat\u00e9gique de l&rsquo;information sont d\u00e9connect\u00e9es par les l\u00e9sions de la substance blanche ou les lacunes des noyaux gris. Le patient \u00e9choue au rappel libre spontan\u00e9 en raison de son ralentissement et de sa d\u00e9sorganisation mentale, mais r\u00e9ussit remarquablement le test d\u00e8s qu&rsquo;on lui fournit un indice cat\u00e9goriel ou qu&rsquo;on le soumet \u00e0 une t\u00e2che de reconnaissance \u00e0 choix multiples. L&rsquo;information \u00e9tait donc convenablement emmagasin\u00e9e, attestant l&rsquo;absence de v\u00e9ritable amn\u00e9sie hippocampique primitive.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, la d\u00e9mence vasculaire se singularise par une atteinte pr\u00e9coce, massive et disproportionn\u00e9e du contr\u00f4le ex\u00e9cutif, de l&rsquo;attention s\u00e9lective, de la vitesse de traitement de l&rsquo;information et du raisonnement abstrait. L&rsquo;individu devient incapable d&rsquo;ordonner les \u00e9tapes logiques d&rsquo;un probl\u00e8me, montre une grande distractibilit\u00e9 et une pers\u00e9v\u00e9ration motrice ou verbale flagrante lors des tests d&rsquo;alternance cognitive. Dans la maladie d&rsquo;Alzheimer, si les fonctions ex\u00e9cutives finissent in\u00e9vitablement par s&rsquo;alt\u00e9rer aux stades mod\u00e9r\u00e9s de l&rsquo;affection, elles sont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es et domin\u00e9es pendant de longs mois par les troubles mn\u00e9siques purs et les anomalies du langage instrumental (manque du mot, appauvrissement lexical progressif) et de la perception spatiale.<\/p>\n<h3>4.3 Diff\u00e9rences \u00e0 la neuro-imagerie et aux examens paracliniques<\/h3>\n<p>La neuro-imagerie multimodale constitue l&rsquo;arbitre d\u00e9terminant pour objectiver les signatures physiques de chaque pathologie. L&rsquo;IRM d&rsquo;un patient atteint de maladie d&rsquo;Alzheimer pure met en sc\u00e8ne une atrophie lobaire pr\u00e9dominante dans les r\u00e9gions temporales m\u00e9dianes. D\u00e8s les phases pr\u00e9-d\u00e9mentielles, on observe un r\u00e9tr\u00e9cissement volum\u00e9trique du gyrus parahippocampique, de l&rsquo;hippocampe proprement dit (secteurs CA1 et subiculum) et une dilatation compensatoire de la fente choro\u00efdienne et de la corne temporale des ventricules lat\u00e9raux, visualis\u00e9e et gradu\u00e9e par l&rsquo;indice de Scheltens. Aux stades plus avanc\u00e9s, cette atrophie s&rsquo;\u00e9tend de fa\u00e7on sym\u00e9trique aux lobes pari\u00e9taux, au carrefour temporo-pari\u00e9tal et au pr\u00e9cun\u00e9us, tandis que la substance blanche profonde reste indemne de signaux anormaux majeurs, en dehors des stigmates du vieillissement physiologique.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, l&rsquo;IRM d&rsquo;un patient souffrant d&rsquo;une d\u00e9mence vasculaire sous-corticale r\u00e9v\u00e8le une alt\u00e9ration pr\u00e9dominante et extensive du compartiment de la substance blanche. Les s\u00e9quences FLAIR et T2 d\u00e9voilent des hyperintensit\u00e9s confluentes et massives (Fazekas de grade 2 ou 3) colonisant le centre ovale et coiffant les ventricules de larges manchons leucoara\u00efotiques p\u00e9riventriculaires. On met en \u00e9vidence de multiples petits infarctus lacunaires cavitaires punctiformes creus\u00e9s dans la substance blanche, la capsule interne, le thalamus ou le putamen. Sur les s\u00e9quences d&rsquo;\u00e9cho de gradient (T2*) ou de susceptibilit\u00e9 magn\u00e9tique (SWI), la pr\u00e9sence de nombreux hyposignaux focaux punctiformes correspond \u00e0 des micro-h\u00e9morragies c\u00e9r\u00e9brales anciennes, signatures tangibles de la fragilit\u00e9 de la paroi microvasculaire soumise aux pouss\u00e9es hypertensives.<\/p>\n<p>Cette distinction anatomique est r\u00e9sum\u00e9e dans le tableau comparatif multidimensionnel ci-dessous, confrontant rigoureusement les deux pathologies sur leurs caract\u00e9ristiques fondamentales :<\/p>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Dimension diagnostique<\/th>\n<th>D\u00e9mence vasculaire<\/th>\n<th>Maladie d&rsquo;Alzheimer<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td><strong>M\u00e9canisme \u00e9tiopathog\u00e9nique<\/strong><\/td>\n<td>L\u00e9sions c\u00e9r\u00e9brales isch\u00e9miques, microvasculaires ou h\u00e9morragiques focales\/diffuses (d\u00e9faillance h\u00e9modynamique).<\/td>\n<td>Prot\u00e9inopathie neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative diffuse (accumulation d&rsquo;A\u03b242 extracellulaire et de Tau hyperphosphoryl\u00e9e intraneuronale).<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Facteurs de risque pr\u00e9dominants<\/strong><\/td>\n<td>Hypertension art\u00e9rielle, diab\u00e8te, fibrillation atriale, dyslipid\u00e9mie, tabagisme, ath\u00e9roscl\u00e9rose.<\/td>\n<td>\u00c2ge avanc\u00e9, pr\u00e9disposition g\u00e9n\u00e9tique (all\u00e8le APOE \u03b54), ant\u00e9c\u00e9dents familiaux de neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Mode d&rsquo;installation et cin\u00e9tique<\/strong><\/td>\n<td>D\u00e9but souvent soudain post-AVC ou par paliers (\u00ab marches d&rsquo;escalier \u00bb) ; fluctuations temporelles possibles.<\/td>\n<td>D\u00e9but hautement insidieux, progression lin\u00e9aire, lente et inexorablement continue sans r\u00e9mission spontan\u00e9e.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Profil mn\u00e9sique caract\u00e9ristique<\/strong><\/td>\n<td>Trouble de l&rsquo;\u00e9vocation et de la r\u00e9cup\u00e9ration de l&rsquo;information ; net b\u00e9n\u00e9fice de l&rsquo;indi\u00e7age s\u00e9mantique et reconnaissance pr\u00e9serv\u00e9e.<\/td>\n<td>Amn\u00e9sie \u00e9pisodique ant\u00e9rograde de consolidation (d\u00e9ficit de stockage hippocampique) ; inefficacit\u00e9 de l&rsquo;indi\u00e7age s\u00e9mantique.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Atteinte des fonctions ex\u00e9cutives<\/strong><\/td>\n<td>Tr\u00e8s pr\u00e9coce et pr\u00e9dominante : ralentissement psychomoteur majeur (bradyphr\u00e9nie), perte de flexibilit\u00e9 mentale.<\/td>\n<td>Tardive ou secondaire : pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e au premier plan par les troubles mn\u00e9siques et l&rsquo;appauvrissement langagier lexical.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Signes neurologiques \u00e0 l&rsquo;examen<\/strong><\/td>\n<td>Fr\u00e9quents et pr\u00e9coces : signes focaux, syndrome pyramidal, apraxie de la marche, chutes, syndrome pseudobulbaire.<\/td>\n<td>Absents aux stades pr\u00e9coces et mod\u00e9r\u00e9s ; l&rsquo;examen moteur standard demeure strictement normal pendant longtemps.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Neuro-imagerie structurelle (IRM)<\/strong><\/td>\n<td>Hyperintensit\u00e9s FLAIR \u00e9tendues de la substance blanche (leucoara\u00efose confluente), infarctus lacunaires, microsaignements T2*.<\/td>\n<td>Atrophie pr\u00e9coce et marqu\u00e9e de la formation hippocampique et temporale interne (\u00e9chelle de Scheltens), sans leucoara\u00efose massive.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Imagerie fonctionnelle (TEP)<\/strong><\/td>\n<td>D\u00e9ficits m\u00e9taboliques focaux asym\u00e9triques en mosa\u00efque, calqu\u00e9s sur les territoires vasculaires l\u00e9s\u00e9s.<\/td>\n<td>Hypom\u00e9tabolisme glucidique TEP-FDG bilat\u00e9ral et sym\u00e9trique temporo-pari\u00e9tal associatif et du pr\u00e9cun\u00e9us. Traceurs amylo\u00efdes positifs.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Signature biologique dans le LCR<\/strong><\/td>\n<td>Biomarqueurs amylo\u00efdes et Tau normaux (absence de signature neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative sp\u00e9cifique intrins\u00e8que).<\/td>\n<td>Diminution s\u00e9v\u00e8re d&rsquo;A\u03b242 et du ratio A\u03b242\/A\u03b240 ; \u00e9l\u00e9vation conjointe de la Tau totale et de la p-Tau (p-Tau181, p-Tau217).<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Profil psychiatrique inaugural<\/strong><\/td>\n<td>Apathie pr\u00e9coce, d\u00e9pression d&rsquo;origine sous-corticale fr\u00e9quente, labilit\u00e9 \u00e9motionnelle explosive (rires et pleurs spasmodiques).<\/td>\n<td>Anosognosie pr\u00e9coce, apathie progressive, anxi\u00e9t\u00e9 r\u00e9actionnelle initiale, d\u00e9nis r\u00e9p\u00e9t\u00e9s des difficult\u00e9s mn\u00e9siques.<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<h3>4.4 Modalit\u00e9s \u00e9volutives et pronostic vital<\/h3>\n<p>La cin\u00e9tique temporelle trace une fronti\u00e8re clinique essentielle entre ces deux d\u00e9sordres c\u00e9r\u00e9braux. Dans la forme classique de la maladie d&rsquo;Alzheimer, l&rsquo;\u00e9volution est qualifi\u00e9e de \u00ab continue, lente et inexorable \u00bb. Une fois le seuil clinique franchi, le d\u00e9clin moyen des fonctions cognitives se chiffre traditionnellement par une perte statistique de 2 \u00e0 3 points par an au score global du MMSE, en l&rsquo;absence de traitement modificateur de la maladie. La d\u00e9gradation fonctionnelle suit une trajectoire relativement uniforme : le patient perd d&rsquo;abord l&rsquo;usage de ses outils complexes (t\u00e9l\u00e9phone, gestion financi\u00e8re, prise m\u00e9dicamenteuse autonome), puis de ses activit\u00e9s de m\u00e9nage et de cuisine, avant d&rsquo;abandonner l&rsquo;autonomie sur les actes \u00e9l\u00e9mentaires d&rsquo;habillage, de continence sphinct\u00e9rienne, de toilette et d&rsquo;alimentation. Le d\u00e9c\u00e8s survient g\u00e9n\u00e9ralement apr\u00e8s un d\u00e9lai m\u00e9dian de 8 \u00e0 12 ans suivant l&rsquo;apparition des premiers sympt\u00f4mes mn\u00e9siques, le plus souvent au stade grabataire final \u00e0 la suite de complications d&rsquo;alitement, de d\u00e9nutrition s\u00e9v\u00e8re ou de pneumopathies d&rsquo;inhalation.<\/p>\n<p>En revanche, la trajectoire pronostique de la d\u00e9mence vasculaire est marqu\u00e9e par une variabilit\u00e9 interindividuelle consid\u00e9rable, caract\u00e9ris\u00e9e par une cin\u00e9tique hach\u00e9e et impr\u00e9visible. Si le d\u00e9clin en marches d&rsquo;escalier constitue l&rsquo;arch\u00e9type s\u00e9miologique de la forme multi-infarctus, des phases prolong\u00e9es de stabilit\u00e9 cognitive compl\u00e8te pouvant durer plusieurs ann\u00e9es sont tout \u00e0 fait possibles si aucun nouvel \u00e9v\u00e9nement isch\u00e9mique ne survient. \u00c0 l&rsquo;inverse, une r\u00e9cidive d&rsquo;accident vasculaire majeur peut brutalement pr\u00e9cipiter le patient dans un \u00e9tat d&rsquo;impotence fonctionnelle d\u00e9finitive en l&rsquo;espace de quelques heures. La survenue d&rsquo;\u00e9pisodes de confusion mentale transitoire ou de fluctuations cognitives au jour le jour est \u00e9galement nettement plus courante dans la d\u00e9mence vasculaire, tributaire des variations de la pression art\u00e9rielle et du d\u00e9bit cardiaque.<\/p>\n<p>Le pronostic vital de la d\u00e9mence vasculaire s&rsquo;av\u00e8re souvent plus sombre et pr\u00e9caire \u00e0 court terme que celui de la maladie d&rsquo;Alzheimer. L&rsquo;esp\u00e9rance de vie m\u00e9diane apr\u00e8s le diagnostic y est statistiquement plus r\u00e9duite (souvent de l&rsquo;ordre de 4 \u00e0 6 ans), non pas n\u00e9cessairement en raison de la destruction c\u00e9r\u00e9brale en soi, mais du fait de la charge morbide cardiovasculaire syst\u00e9mique concurrente. Les patients d\u00e9c\u00e8dent massivement d&rsquo;infarctus du myocarde foudroyant, d&rsquo;accidents vasculaires c\u00e9r\u00e9braux r\u00e9cidivants d\u00e9vastateurs, de d\u00e9faillances cardiaques congestives ou d&rsquo;arythmies ventriculaires malignes. Le pronostic de la d\u00e9mence vasculaire est donc intimement corr\u00e9l\u00e9 \u00e0 la qualit\u00e9 et \u00e0 la rapidit\u00e9 de prise en charge des facteurs de stabilisation h\u00e9modynamique et d&rsquo;ath\u00e9rothrombose.<\/p>\n<h2>5. Chevauchements cliniques et continuum de la d\u00e9mence mixte<\/h2>\n<h3>5.1 Le concept de d\u00e9mence mixte et synergies pathologiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;opposition binaire entre une pathologie purement neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative d&rsquo;Alzheimer et une d\u00e9mence exclusivement vasculaire repr\u00e9sente une simplification didactique qui s&rsquo;estompe fr\u00e9quemment dans le contexte g\u00e9riatrique r\u00e9el. Dans la pratique clinique quotidienne, le concept de \u00ab d\u00e9mence mixte \u00bb (ou trouble neurocognitif mixte) s&rsquo;impose comme une entit\u00e9 clinique et pathologique majeure. Il traduit la cohabitation chez un m\u00eame patient des l\u00e9sions caract\u00e9ristiques de la maladie d&rsquo;Alzheimer (d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence neurofibrillaire et d\u00e9p\u00f4ts d&rsquo;amylo\u00efde) et d&rsquo;un fardeau l\u00e9sionnel c\u00e9r\u00e9brovasculaire cliniquement significatif (infarctus sous-corticaux, leucoenc\u00e9phalopathie diffuse, art\u00e9riolopathie occlusive). Les \u00e9tudes anatomopathologiques autopsiques confirment que plus de 30 % \u00e0 50 % des cerveaux de sujets \u00e2g\u00e9s diagnostiqu\u00e9s de leur vivant comme porteurs d&rsquo;une maladie d&rsquo;Alzheimer r\u00e9v\u00e8lent en r\u00e9alit\u00e9 une contribution vasculaire substantielle et intriqu\u00e9e.<\/p>\n<p>Loin d&rsquo;une simple juxtaposition st\u00e9rile de deux pathologies ind\u00e9pendantes, les m\u00e9canismes vasculaires et neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratifs exercent une synergie d\u00e9l\u00e9t\u00e8re d\u00e9multipli\u00e9e. Des travaux exp\u00e9rimentaux ont d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;une isch\u00e9mie c\u00e9r\u00e9brale chronique, m\u00eame mod\u00e9r\u00e9e, induit l&rsquo;expression de la b\u00eata-s\u00e9cr\u00e9tase (BACE1), acc\u00e9l\u00e9rant ainsi le clivage amylo\u00efdog\u00e8ne de la prot\u00e9ine APP et la formation de novo de plaques s\u00e9niles. Inversement, l&rsquo;accumulation p\u00e9rivasculaire de peptides b\u00eata-amylo\u00efdes au sein de la paroi des petits vaisseaux corticaux et leptom\u00e9ning\u00e9s \u2014 ph\u00e9nom\u00e8ne connu sous le nom d&rsquo;<a href=\"https:\/\/www.stroke.org\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">angiopathie amylo\u00efde c\u00e9r\u00e9brale (AAC)<\/a> \u2014 d\u00e9truit la m\u00e9dia musculaire art\u00e9riolaire, fragilise l&rsquo;endoth\u00e9lium, induit des micro-infarctus corticaux superficiels et provoque des h\u00e9morragies lobaires it\u00e9ratives, fermant un cercle vicieux pathologique d&rsquo;une redoutable efficacit\u00e9.<\/p>\n<p>Le point le plus d\u00e9terminant de cette interaction pathologique r\u00e9side dans l&rsquo;abaissement significatif du seuil d&rsquo;expression clinique des d\u00e9ficits. Une personne \u00e2g\u00e9e dont le cerveau abrite une quantit\u00e9 mod\u00e9r\u00e9e de plaques amylo\u00efdes et d&rsquo;enchev\u00eatrements Tau peut fort bien compenser cette charge prot\u00e9ique et demeurer cognitivement asymptomatique gr\u00e2ce \u00e0 sa r\u00e9serve cognitive et neuronale. En revanche, l&rsquo;adjonction d&rsquo;un seul infarctus lacunaire strat\u00e9gique de quelques millim\u00e8tres dans la substance blanche frontale ou d&rsquo;une leucoara\u00efose de grade 2 d\u00e9truit les r\u00e9seaux collat\u00e9raux de compensation et fait basculer de mani\u00e8re abrupte l&rsquo;individu dans un tableau clinique de d\u00e9mence patente. En somme, les l\u00e9sions vasculaires r\u00e9duisent la r\u00e9silience c\u00e9r\u00e9brale et acc\u00e9l\u00e8rent le tempo \u00e9volutif de la cascade neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative d&rsquo;Alzheimer.<\/p>\n<h3>5.2 Sympt\u00f4mes comportementaux et psychiatriques communs<\/h3>\n<p>Au-del\u00e0 des alt\u00e9rations purement cognitives, la maladie d&rsquo;Alzheimer et la d\u00e9mence vasculaire partagent un contingent tr\u00e8s dense de sympt\u00f4mes psychologiques et comportementaux des d\u00e9mences (SPCD), sources d&rsquo;un \u00e9puisement \u00e9motionnel majeur pour les aidants familiaux et d&rsquo;une institutionnalisation souvent pr\u00e9cipit\u00e9e. Parmi ces manifestations, l&rsquo;apathie repr\u00e9sente indiscutablement le signe neuropsychiatrique le plus universellement partag\u00e9 par les deux pathologies, pr\u00e9sent chez plus de 70 % des patients. Caract\u00e9ris\u00e9e par une perte d&rsquo;initiative motrice, affective et cognitive, une r\u00e9duction de la r\u00e9activit\u00e9 \u00e9motionnelle et un d\u00e9sint\u00e9r\u00eat profond pour les activit\u00e9s autrefois sources de plaisir, l&rsquo;apathie d\u00e9coule directement de la d\u00e9connexion ou de la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence des circuits dopaminergiques et pr\u00e9frontaux ventrom\u00e9dians.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, la coloration s\u00e9miologique des troubles de l&rsquo;humeur diff\u00e8re souvent subtilement entre les deux affections. La d\u00e9pression vraie est significativement plus fr\u00e9quente, s\u00e9v\u00e8re et pr\u00e9coce au cours de la d\u00e9mence vasculaire, constituant ce que les Anglo-Saxons qualifient de \u00ab d\u00e9pression vasculaire \u00bb (<em>vascular depression<\/em>). Li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;interruption isch\u00e9mique des faisceaux reliant le cortex pr\u00e9frontal aux noyaux gris centraux et au syst\u00e8me limbique, elle s&rsquo;accompagne d&rsquo;un ralentissement psychomoteur accus\u00e9 et d&rsquo;un risque \u00e9lev\u00e9 d&rsquo;id\u00e9es suicidaires passives, contrastant avec la d\u00e9pression plus anxieuse et r\u00e9actionnelle observ\u00e9e aux stades d\u00e9butants de la maladie d&rsquo;Alzheimer, o\u00f9 le sujet conserve une lucidit\u00e9 douloureuse sur ses d\u00e9faillances mn\u00e9siques naissantes.<\/p>\n<p>La labilit\u00e9 \u00e9motionnelle explosive, marqu\u00e9e par des acc\u00e8s soudains, incoercibles et involontaires de larmes ou d&rsquo;\u00e9clats de rire sans rapport avec l&rsquo;\u00e9tat \u00e9motionnel int\u00e9rieur r\u00e9el du patient (affect pseudobulbaire), est une signature comportementale quasi exclusive des l\u00e9sions vasculaires multifocales affectant les voies cortico-nucl\u00e9aires. En revanche, les d\u00e9lires parano\u00efdes de pr\u00e9judice ou de spoliation (le patient accusant son conjoint ou son aide-soignant d&rsquo;avoir vol\u00e9 ses affaires personnelles parce qu&rsquo;il ne se souvient plus de l&rsquo;endroit o\u00f9 il les a d\u00e9pos\u00e9es) ainsi que les hallucinations visuelles complexes et les erreurs d&rsquo;identification de l&rsquo;environnement physique et humain (illusion de Capgras, signe du miroir) constituent des caract\u00e9ristiques bien plus typiques des stades mod\u00e9r\u00e9s \u00e0 s\u00e9v\u00e8res de la maladie d&rsquo;Alzheimer.<\/p>\n<h2>6. Arbre d\u00e9cisionnel clinique et strat\u00e9gies th\u00e9rapeutiques adapt\u00e9es<\/h2>\n<h3>6.1 D\u00e9marche diagnostique diff\u00e9rentielle en pratique g\u00e9riatrique<\/h3>\n<p>Face \u00e0 un patient \u00e2g\u00e9 pr\u00e9sentant une plainte cognitive ou un d\u00e9clin de son autonomie fonctionnelle, le clinicien doit orchestrer une d\u00e9marche diagnostique m\u00e9thodique, hi\u00e9rarchis\u00e9e et pluridisciplinaire, \u00e9vitant les conclusions h\u00e2tives bas\u00e9es sur de simples pr\u00e9jug\u00e9s \u00e9pid\u00e9miologiques. La pierre angulaire de cette d\u00e9marche reste une anamn\u00e8se minutieuse et chronologique, recueillie imp\u00e9rativement aupr\u00e8s du patient mais surtout d&rsquo;un aidant de confiance (l&rsquo;h\u00e9t\u00e9ro-anamn\u00e8se). Il convient de documenter avec une pr\u00e9cision chirurgicale les modalit\u00e9s pr\u00e9cises d&rsquo;entr\u00e9e dans la maladie (rupture nette avec \u00e9tat ant\u00e9rieur vs glissement imperceptible), l&rsquo;allure de la cin\u00e9tique \u00e9volutive (fluctuante en marches d&rsquo;escalier vs d\u00e9clin continu sans r\u00e9pit), la survenue d&rsquo;\u00e9pisodes de d\u00e9ficit neurologique focal r\u00e9solutif (accidents isch\u00e9miques transitoires souvent pass\u00e9s inaper\u00e7us) et la pr\u00e9sence d&rsquo;ant\u00e9c\u00e9dents cardiovasculaires majeurs.<\/p>\n<p>L&rsquo;examen clinique physique doit d\u00e9passer le cadre de la simple sph\u00e8re intellectuelle pour ausculter l&rsquo;ensemble du syst\u00e8me neurologique et cardiovasculaire. L&rsquo;analyse de la station debout, de l&rsquo;\u00e9quilibre et de la motricit\u00e9 lors de la marche permet d&rsquo;identifier imm\u00e9diatement une apraxie \u00e0 petits pas d&rsquo;origine sous-corticale ou un syndrome extrapyramidal vasculaire. La recherche de r\u00e9flexes ost\u00e9otendineux asym\u00e9triques, d&rsquo;un signe de Babinski unilat\u00e9ral, d&rsquo;une hypertonie d&rsquo;opposition (gegenhalten), de r\u00e9flexes archa\u00efques de lib\u00e9ration frontale (grasping, palmo-mentonnier) et d&rsquo;un syndrome pseudobulbaire apporte des arguments d&rsquo;orientation d\u00e9cisifs en faveur d&rsquo;un substrat vasculaire. Le calcul syst\u00e9matique du score isch\u00e9mique de Hachinski compl\u00e8te utilement cette \u00e9tape s\u00e9miologique au lit du malade.<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-eq\" dir=\"ltr\">L&rsquo;arbre d\u00e9cisionnel impose ensuite la prescription syst\u00e9matique d&rsquo;une IRM c\u00e9r\u00e9brale avec coupes axiales FLAIR, T2*, diffusion et coronales T1 perpendiculaires au grand axe de l&rsquo;hippocampe. Si l&rsquo;imagerie d\u00e9montre une atrophie hippocampique bilat\u00e9rale s\u00e9v\u00e8re (Scheltens \u2265 3) en l&rsquo;absence de leucoara\u00efose notable ou d&rsquo;infarctus lacunaires, l&rsquo;orientation vers une maladie d&rsquo;Alzheimer est hautement probable. Si, \u00e0 l&rsquo;inverse, l&rsquo;IRM d\u00e9voile des l\u00e9sions \u00e9tendues de la substance blanche (Fazekas 3), de multiples lacunes profondes et des microsaignements sans atrophie hippocampique disproportionn\u00e9e par rapport \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge, l&rsquo;\u00e9tiologie vasculaire pure s&rsquo;impose. En cas de doute persistant ou d&rsquo;images intriqu\u00e9es (atrophie temporale mod\u00e9r\u00e9e associ\u00e9e \u00e0 une leucoara\u00efose de grade interm\u00e9diaire), le recours aux biomarqueurs du LCR (ou aux biomarqueurs plasmatiques valid\u00e9s) et \u00e0 la TEP au 18F-FDG permet de trancher avec une tr\u00e8s haute valeur pr\u00e9dictive : la normalit\u00e9 des biomarqueurs amylo\u00efdes et Tau exclut formellement une pathologie d&rsquo;Alzheimer \u00e9volutive sous-jacente<\/span>.<\/p>\n<h3>6.2 Prise en charge m\u00e9dicamenteuse et contr\u00f4le des facteurs de risque<\/h3>\n<p>L&rsquo;approche th\u00e9rapeutique pharmacologique de ces deux entit\u00e9s diverge fondamentalement par ses cibles d&rsquo;action et ses objectifs physiologiques. Dans la maladie d&rsquo;Alzheimer av\u00e9r\u00e9e, le traitement symptomatique repose traditionnellement sur la modulation neurotransmettrice. Les inhibiteurs de l&rsquo;ac\u00e9tylcholinest\u00e9rase (don\u00e9p\u00e9zil, rivastigmine, galantamine) visent \u00e0 compenser le d\u00e9ficit cholinergique massif r\u00e9sultant de la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence du noyau basal de Meynert. Ces mol\u00e9cules d\u00e9montrent un b\u00e9n\u00e9fice statistique modeste mais tangible sur la stabilisation transitoire des fonctions cognitives et le ralentissement de la perte d&rsquo;autonomie aux stades l\u00e9gers \u00e0 mod\u00e9r\u00e9ment s\u00e9v\u00e8res. Pour les stades mod\u00e9r\u00e9s \u00e0 s\u00e9v\u00e8res, la m\u00e9mantine, un antagoniste non comp\u00e9titif des r\u00e9cepteurs glutamatergiques NMDA \u00e0 affinit\u00e9 mod\u00e9r\u00e9e, est indiqu\u00e9e pour prot\u00e9ger les r\u00e9seaux neuronaux contre l&rsquo;excitotoxicit\u00e9 induite par le glutamate. R\u00e9cemment, l&rsquo;av\u00e8nement des anticorps monoclonaux ciblant directement les formes oligom\u00e9riques et fibrillaires du peptide amylo\u00efde a ouvert l&rsquo;\u00e8re des traitements \u00e9tiologiques de la maladie d&rsquo;Alzheimer, bien que leur d\u00e9ploiement clinique n\u00e9cessite une surveillance extr\u00eame en raison des risques d&rsquo;anomalies d&rsquo;imagerie li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;amylo\u00efde (ARIA).<\/p>\n<p>Dans la d\u00e9mence vasculaire pure, les inhibiteurs de la cholinest\u00e9rase et la m\u00e9mantine ne disposent pas d&rsquo;indication th\u00e9rapeutique officielle et leur efficacit\u00e9 clinique demeure globalement non d\u00e9montr\u00e9e ou marginale dans les essais cliniques randomis\u00e9s. L&rsquo;arsenal th\u00e9rapeutique repose ici imp\u00e9rativement et prioritairement sur la pr\u00e9vention secondaire agressive des accidents vasculaires c\u00e9r\u00e9braux afin d&rsquo;enrayer toute nouvelle destruction de parenchyme c\u00e9r\u00e9bral. Le contr\u00f4le de l&rsquo;hypertension art\u00e9rielle constitue la mesure pharmacologique la plus cruciale : l&rsquo;abaissement tensionnel cibl\u00e9 (pression systolique g\u00e9n\u00e9ralement comprise entre 120 et 130 mmHg chez le sujet \u00e2g\u00e9 autonome) permet de freiner l&rsquo;extension de la leucoara\u00efose et de r\u00e9duire drastiquement l&rsquo;incidence des AVC r\u00e9cidivants, en privil\u00e9giant les inhibiteurs de l&rsquo;enzyme de conversion (IEC), les antagonistes des r\u00e9cepteurs de l&rsquo;angiotensine II (ARA-II) ou les inhibiteurs calciques dihydropyridiniques.<\/p>\n<p>Ce volet est obligatoirement compl\u00e9t\u00e9 par la prescription d&rsquo;un traitement antiagr\u00e9gant plaquettaire au long cours (aspirine \u00e0 faible dose 75-100 mg\/jour ou clopidogrel 75 mg\/jour) en cas de maladie ath\u00e9rothrombotique ou de microangiopathie lacunaire, ou par une anticoagulation curative par anticoagulants oraux directs (AOD) en pr\u00e9sence d&rsquo;une fibrillation atriale non valvulaire sous-jacente. L&rsquo;administration d&rsquo;une statine puissante (atorvastatine, rosuvastatine) est formellement requise en pr\u00e9sence d&rsquo;ath\u00e9rome prouv\u00e9 ou pour cibler un taux strict de LDL-cholest\u00e9rol. Il convient toutefois de manier ces th\u00e9rapeutiques avec un discernement clinique aigu : l&rsquo;abaissement excessif de la pression art\u00e9rielle chez un vieillard polypathologique porteur de st\u00e9noses carotido-vert\u00e9brales s\u00e9v\u00e8res peut induire des \u00e9pisodes d&rsquo;hypoperfusion c\u00e9r\u00e9brale d\u00e9l\u00e9t\u00e8res, aggravant l&rsquo;isch\u00e9mie de la substance blanche au lieu de la soulager.<\/p>\n<h3>6.3 Approches non m\u00e9dicamenteuses et accompagnement m\u00e9dico-social<\/h3>\n<p>En l&rsquo;absence de th\u00e9rapies pharmacologiques purement curatives capables de r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer le parenchyme c\u00e9r\u00e9bral d\u00e9truit, les interventions non m\u00e9dicamenteuses occupent une place centrale et hautement humaniste dans le plan de soins personnalis\u00e9 du patient neurocognitif. La r\u00e9habilitation cognitive individualis\u00e9e, conduite par des neuropsychologues ou des ergoth\u00e9rapeutes sp\u00e9cialis\u00e9s, doit imp\u00e9rativement s&rsquo;adapter \u00e0 la cartographie sp\u00e9cifique des atteintes. Pour le patient Alzheimer confront\u00e9 \u00e0 l&rsquo;amn\u00e9sie hippocampique, les approches bas\u00e9es sur l&rsquo;apprentissage sans erreur, la technique de r\u00e9cup\u00e9ration espac\u00e9e et le recours syst\u00e9matique \u00e0 des proth\u00e8ses mn\u00e9siques externes (carnets de m\u00e9moire illustr\u00e9s, agendas \u00e9lectroniques \u00e0 alertes sonores simplifi\u00e9es) permettent de p\u00e9renniser des routines \u00e9cologiques sans solliciter st\u00e9rilement les circuits de consolidation d\u00e9faillants.<\/p>\n<p>Pour le patient souffrant de d\u00e9mence vasculaire sous-corticale, la priorit\u00e9 de r\u00e9adaptation se concentre sur la compensation du syndrome dysex\u00e9cutif et du ralentissement mental. Les s\u00e9ances ciblent la d\u00e9composition s\u00e9quentielle \u00e9tape par \u00e9tape des activit\u00e9s domestiques complexes, l&rsquo;am\u00e9nagement d&rsquo;environnements \u00e9pur\u00e9s limitant les distracteurs ext\u00e9rieurs et l&rsquo;optimisation des temps de pause pour contourner la fatigabilit\u00e9 centrale. Sur le plan moteur, la prise en charge kin\u00e9sith\u00e9rapique s&rsquo;impose comme une urgence absolue chez le sujet vasculaire : la r\u00e9\u00e9ducation de la marche, le renforcement de la musculature posturale axiale, le travail de l&rsquo;\u00e9quilibre sur plateformes instables et l&rsquo;\u00e9valuation pr\u00e9coce du risque de chute au domicile (suppression des tapis glissants, pose de barres d&rsquo;appui, \u00e9clairage automatique nocturne) conditionnent directement le maintien en vie autonome et \u00e9vitent les hospitalisations traumatiques d\u00e9stabilisantes.<\/p>\n<p>Le dernier pilier \u2014 et assur\u00e9ment le plus d\u00e9terminant pour la p\u00e9rennit\u00e9 du maintien \u00e0 domicile \u2014 r\u00e9side dans l&rsquo;accompagnement holistique et sans faille de l&rsquo;aidant familial. Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de la prise en charge d&rsquo;un patient Alzheimer ou vasculaire, l&rsquo;\u00e9puisement physique et psychologique du conjoint ou de l&rsquo;enfant aidant expose ce dernier \u00e0 un risque tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 de d\u00e9pression majeure, de d\u00e9compensation somatique et de mortalit\u00e9 pr\u00e9matur\u00e9e. L&rsquo;orientation pr\u00e9coce vers des structures de r\u00e9pit (accueils de jour sp\u00e9cialis\u00e9s, s\u00e9jours de vacances th\u00e9rapeutiques), l&rsquo;adh\u00e9sion \u00e0 des associations de familles de malades, la dispensation de programmes de psycho\u00e9ducation sur la gestion des troubles du comportement et l&rsquo;activation des dispositifs m\u00e9dico-sociaux l\u00e9gaux (plans d&rsquo;aide personnalis\u00e9e d&rsquo;autonomie, auxiliaires de vie \u00e0 domicile, tutelle ou curatelle de protection des biens) constituent le socle indispensable sur lequel repose la dignit\u00e9 de la fin de vie de ces patients.<\/p>\n<h2>7. Foire aux questions sur les d\u00e9mences vasculaire et d&rsquo;Alzheimer<\/h2>\n<h3>7.1 La d\u00e9mence vasculaire peut-elle \u00eatre totalement pr\u00e9venue ou stabilis\u00e9e ?<\/h3>\n<p>La question de la pr\u00e9venabilit\u00e9 et de la stabilisation de la d\u00e9mence vasculaire est l&rsquo;une des plus cruciales de la neurologie contemporaine. Contrairement aux maladies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives intrins\u00e8ques comme la maladie d&rsquo;Alzheimer, dont la trajectoire destructrice d\u00e9pend de m\u00e9canismes cellulaires internes que la m\u00e9decine peine encore \u00e0 moduler, la d\u00e9mence vasculaire est th\u00e9oriquement la plus accessible \u00e0 la pr\u00e9vention primaire et secondaire. Des donn\u00e9es \u00e9pid\u00e9miologiques longitudinales majeures indiquent qu&rsquo;une prise en charge rigoureuse et pr\u00e9coce des facteurs de risque cardiovasculaires d\u00e8s l&rsquo;\u00e2ge moyen (entre 40 et 60 ans) r\u00e9duit drastiquement l&rsquo;incidence future des troubles neurocognitifs vasculaires \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge g\u00e9riatrique.<\/p>\n<p>Lorsqu&rsquo;un d\u00e9clin cognitif vasculaire est d\u00e9j\u00e0 cliniquement constitu\u00e9, il est illusoire d&rsquo;esp\u00e9rer une r\u00e9version compl\u00e8te ou une restitution ad integrum des fonctions cognitives an\u00e9anties : les infarctus c\u00e9r\u00e9braux focaux, les cavitations lacunaires et la d\u00e9my\u00e9linisation \u00e9tendue de la substance blanche traduisent une destruction tissulaire et une mort axonale d\u00e9finitives. En revanche, le pronostic n&rsquo;est en rien vou\u00e9 \u00e0 une fatalit\u00e9 in\u00e9luctable. La mise en \u0153uvre sans compromis d&rsquo;une pr\u00e9vention secondaire optimale (normalisation stricte de la tension art\u00e9rielle, antiagr\u00e9gation plaquettaire p\u00e9renne, contr\u00f4le glyc\u00e9mique fin, traitement anticoagulant d&rsquo;une fibrillation atriale m\u00e9connue, statinoth\u00e9rapie intensive et arr\u00eat d\u00e9finitif du tabagisme) poss\u00e8de le pouvoir d&rsquo;interrompre radicalement la cin\u00e9tique de progression en emp\u00eachant la survenue de nouveaux AVC cliniques ou silencieux. De nombreux patients correctement pris en charge parviennent ainsi \u00e0 maintenir un palier d&rsquo;autonomie fonctionnelle stable pendant de nombreuses ann\u00e9es sans d\u00e9gradation suppl\u00e9mentaire.<\/p>\n<h3>7.2 Pourquoi la perte de m\u00e9moire n&rsquo;est-elle pas toujours le premier sympt\u00f4me ?<\/h3>\n<p>L&rsquo;opinion publique et de nombreux soignants assimilent de mani\u00e8re quasi automatique la notion de d\u00e9mence \u00e0 une perte de m\u00e9moire imm\u00e9diate. Cette confusion d\u00e9coule de la pr\u00e9dominance m\u00e9diatique et \u00e9pid\u00e9miologique de la maladie d&rsquo;Alzheimer typique, o\u00f9 l&rsquo;amn\u00e9sie \u00e9pisodique constitue effectivement le drapeau rouge inaugural invariable, cons\u00e9cutif \u00e0 la colonisation pr\u00e9coce des structures hippocampiques et du cortex entorhinal par la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence neurofibrillaire de Braak. D\u00e8s lors que l&rsquo;hippocampe, v\u00e9ritable magn\u00e9tophone synaptique du cerveau, cesse de consolider les donn\u00e9es, l&rsquo;amn\u00e9sie ant\u00e9rograde devient imm\u00e9diatement patente aux yeux de l&rsquo;entourage.<\/p>\n<p>Dans la d\u00e9mence vasculaire, la topographie des l\u00e9sions initiales \u00e9pargne tr\u00e8s souvent le syst\u00e8me limbique hippocampique. Les l\u00e9sions microangiopathiques frappent en premi\u00e8re ligne les art\u00e8res perforantes profondes et la substance blanche sous-corticale, d\u00e9connectant les circuits reliant le lobe pr\u00e9frontal aux structures sous-corticales et aux noyaux gris centraux (circuits fronto-striato-pallido-thalamiques). Les premiers signes r\u00e9v\u00e9lateurs ne sont donc pas des oublis mn\u00e9siques, mais des anomalies de la vitesse et de la dynamique cognitive : le sujet devient ralenti, ind\u00e9cis, pr\u00e9sente des difficult\u00e9s majeures \u00e0 planifier sa journ\u00e9e, fait preuve d&rsquo;une impulsivit\u00e9 inhabituelle ou, \u00e0 l&rsquo;inverse, d&rsquo;une apathie marqu\u00e9e avec abandon de ses centres d&rsquo;int\u00e9r\u00eat. Tr\u00e8s fr\u00e9quemment \u00e9galement, ce sont des signes moteurs qui pr\u00e9c\u00e8dent les plaintes intellectuelles : une d\u00e9marche qui se raccourcit, des pertes d&rsquo;\u00e9quilibre inexpliqu\u00e9es ou une instabilit\u00e9 posturale discr\u00e8te. Consid\u00e9rer l&rsquo;amn\u00e9sie comme un passage obligatoire pour suspecter une d\u00e9mence conduit \u00e0 des retards diagnostiques regrettables chez les patients vasculaires.<\/p>\n<h3>7.3 Comment un clinicien confirme-t-il une d\u00e9mence mixte du vivant du patient ?<\/h3>\n<p>Poser le diagnostic formel de d\u00e9mence mixte du vivant du sujet repr\u00e9sentait autrefois un dilemme quasi insoluble, le diagnostic de certitude \u00e9tant traditionnellement r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 l&rsquo;examen neuropathologique post-mortem du tissu c\u00e9r\u00e9bral au microscope. Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;int\u00e9gration conjointe de la neuro-imagerie de haute pr\u00e9cision et des biomarqueurs mol\u00e9culaires permet au clinicien chevronn\u00e9 de confirmer cette coexistence l\u00e9sionnelle avec un degr\u00e9 de fiabilit\u00e9 diagnostique exceptionnellement \u00e9lev\u00e9.<\/p>\n<p>La confirmation d&rsquo;une d\u00e9mence mixte repose sur la validation concomitante de deux signatures anatomiques et biologiques objectives. D&rsquo;une part, l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM) c\u00e9r\u00e9brale doit mettre en \u00e9vidence une charge vasculaire objectivement significative, capable \u00e0 elle seule de perturber la connectivit\u00e9 neuronale (leucoara\u00efose \u00e9tendue confluente de grade 2 ou 3 sur l&rsquo;\u00e9chelle de Fazekas, pr\u00e9sence d&rsquo;infarctus lacunaires strat\u00e9giques multiples ou de s\u00e9quelles d&rsquo;infarctus corticaux territoriaux). D&rsquo;autre part, la r\u00e9alisation d&rsquo;une ponction lombaire ou d&rsquo;un examen TEP doit confirmer sans \u00e9quivoque la signature biologique intrins\u00e8que de la cascade d&rsquo;Alzheimer (diminution du ratio A\u03b242\/A\u03b240 dans le LCR associ\u00e9e \u00e0 une \u00e9l\u00e9vation franche de la p-Tau, ou fixation anormale diffuse des traceurs amylo\u00efdes et Tau en tomographie par \u00e9mission de positons). Lorsque ces deux faisceaux de preuves paracliniques concordent chez un patient pr\u00e9sentant un profil s\u00e9miologique hybride (amn\u00e9sie de stockage associ\u00e9e \u00e0 un syndrome dysex\u00e9cutif et \u00e0 des signes pyramidaux), le diagnostic de d\u00e9mence mixte peut \u00eatre pos\u00e9 avec la plus grande rigueur scientifique.<\/p>\n<h2>8. Conclusion synth\u00e9tique<\/h2>\n<h3>8.1 Synth\u00e8se des axes discriminants majeurs<\/h3>\n<p>Au terme de cette analyse approfondie, il ressort que la d\u00e9mence vasculaire et la maladie d&rsquo;Alzheimer, bien qu&rsquo;aboutissant \u00e0 une r\u00e9duction dramatique de l&rsquo;autonomie et des capacit\u00e9s intellectuelles globales au cr\u00e9puscule de l&rsquo;existence, constituent deux univers nosologiques, biomol\u00e9culaires et s\u00e9miologiques fondamentalement distincts. La maladie d&rsquo;Alzheimer incarne une prot\u00e9inopathie neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative lente, programm\u00e9e et insidieuse, trouvant son sanctuaire d&rsquo;origine dans le syst\u00e8me hippocampique avant d&rsquo;essaimer dans l&rsquo;ensemble du manteau n\u00e9ocortical, d\u00e9vastant en premier lieu la m\u00e9moire \u00e9pisodique de consolidation avant d&rsquo;installer le syndrome aphaso-apraxo-agnosique classique. Ses marqueurs cardinaux sont biochimiques et m\u00e9taboliques, trac\u00e9s avec une fid\u00e9lit\u00e9 mol\u00e9culaire dans le liquide c\u00e9phalorachidien et l&rsquo;imagerie TEP.<\/p>\n<p>La d\u00e9mence vasculaire, quant \u00e0 elle, s&rsquo;affirme comme une maladie des r\u00e9seaux d&rsquo;irrigation et de l&rsquo;h\u00e9modynamique c\u00e9r\u00e9brale, domin\u00e9e par les s\u00e9quelles cumul\u00e9es d&rsquo;accidents macrovasculaires ou, plus insidieusement, par la microangiopathie sous-corticale oblit\u00e9rant les petites art\u00e9rioles perforantes. Son tableau d&rsquo;expression clinique privil\u00e9gie le ralentissement psychomoteur, le dysfonctionnement ex\u00e9cutif pr\u00e9coce, la fragilit\u00e9 attentionnelle et une cohorte de manifestations neurologiques focales et motrices d\u00e8s l&rsquo;entame du processus pathologique. L&rsquo;IRM structurelle y r\u00e8gne en ma\u00eetre absolu pour quantifier la leucoara\u00efose, les lacunes et les stigmates h\u00e9morragiques. La reconnaissance de cette h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 est imp\u00e9rative : elle \u00e9loigne le soignant des g\u00e9n\u00e9ralisations th\u00e9rapeutiques abusives et fonde les bases d&rsquo;une m\u00e9decine g\u00e9riatrique personnalis\u00e9e, sachant identifier la part respective de chaque composante au sein des fr\u00e9quents tableaux de d\u00e9mence mixte.<\/p>\n<h3>8.2 Perspectives futures de recherche et d&rsquo;innovation th\u00e9rapeutique<\/h3>\n<p>L&rsquo;horizon scientifique de la recherche neurocognitive s&rsquo;illumine aujourd&rsquo;hui de perspectives th\u00e9rapeutiques et technologiques sans pr\u00e9c\u00e9dent, qui bouleverseront la pratique m\u00e9dicale des prochaines d\u00e9cennies. Dans le champ de la maladie d&rsquo;Alzheimer, la r\u00e9volution des biomarqueurs sanguins ultrasensibles (notamment les formes de Tau phosphoryl\u00e9e p-Tau217 et p-Tau181) permettra bient\u00f4t un d\u00e9pistage pr\u00e9coce, non invasif et peu co\u00fbteux \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle des populations, ouvrant la voie \u00e0 des interventions th\u00e9rapeutiques ultra-pr\u00e9coces avant m\u00eame la survenue des premi\u00e8res pertes synaptiques irr\u00e9versibles. Le d\u00e9veloppement conjoint d&rsquo;anticorps monoclonaux de nouvelle g\u00e9n\u00e9ration ciblant l&rsquo;amylo\u00efde et la prot\u00e9ine Tau s&rsquo;oriente vers des approches combin\u00e9es visant \u00e0 stopper net la cascade neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative.<\/p>\n<p>Dans le domaine des troubles vasculaires c\u00e9r\u00e9braux, la recherche s&rsquo;affranchit d\u00e9sormais de la vision simpliste d&rsquo;une st\u00e9nose art\u00e9rielle m\u00e9canique pour plonger au c\u0153ur des alt\u00e9rations de l&rsquo;unit\u00e9 neurovasculaire. Les innovations th\u00e9rapeutiques futures explorent la restauration de l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique, la modulation pharmacologique de la neuro-inflammation astro-microgliale, la protection endoth\u00e9liale et la stimulation de la r\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence oligodendrocytaire pour promouvoir la remy\u00e9linisation de la substance blanche l\u00e9s\u00e9e. Enfin, la convergence de ces axes de recherche rappelle avec insistance que la bataille la plus efficace contre les troubles neurocognitifs majeurs demeure la pr\u00e9vention syst\u00e9mique populationnelle : l&rsquo;optimisation tout au long de la vie de la sant\u00e9 cardiovasculaire repr\u00e9sente, plus que jamais, le bouclier protecteur le plus puissant pour pr\u00e9server l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 cognitive du cerveau humain.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Alzheimer, A. (1907). \u00dcber eine eigenartige Erkrankung der Hirnrinde. <em>Allgemeine Zeitschrift f\u00fcr Psychiatrie und psychisch-gerichtliche Medizin<\/em>, 64(1), 146-148.<\/li>\n<li>American Psychiatric Association. (2013). <em>Diagnostic and statistical manual of mental disorders<\/em> (5th ed.). American Psychiatric Publishing. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.books.9780890425596\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.books.9780890425596<\/a><\/li>\n<li>Braak, H., &amp; Braak, E. (1991). Neuropathological stageing of Alzheimer-related changes. <em>Acta Neuropathologica<\/em>, 82(4), 239-259. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/BF00308809\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1007\/BF00308809<\/a><\/li>\n<li>Dubois, B., Feldman, H. H., Jacova, C., Hampel, H., Molinuevo, J. L., Blennow, K., DeKosky, S. T., Gauthier, S., Selkoe, D., Bateman, R., Cappa, S., Crutch, S., Engelborghs, S., Frisoni, G. B., Fox, N. C., Galasko, D., Geschwind, D., Gordon, M. N., Hendriks, L., \u2026 Cummings, J. L. (2014). Advancing research diagnostic criteria for Alzheimer&rsquo;s disease: the IWG-2 criteria. <em>The Lancet Neurology<\/em>, 13(6), 614-629. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S1474-4422(14)70090-0\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S1474-4422(14)70090-0<\/a><\/li>\n<li>Fazekas, F., Chawluk, J. B., Alavi, A., Hurtig, H. I., &amp; Zimmerman, R. A. (1987). MR signal abnormalities at 1.5 T in Alzheimer&rsquo;s dementia and normal aging. <em>American Journal of Roentgenology<\/em>, 149(2), 351-356. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.2214\/ajr.149.2.351\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.2214\/ajr.149.2.351<\/a><\/li>\n<li>Hachinski, V. C., Iliff, L. D., Zilhka, E., Du Boulay, G. H., McAllister, V. L., Marshall, J., Russell, R. W., &amp; Symon, L. (1975). Cerebral blood flow in dementia. <em>Archives of Neurology<\/em>, 32(9), 632-637. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1001\/archneur.1975.00490510088009\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1001\/archneur.1975.00490510088009<\/a><\/li>\n<li>Jack, C. R., Bennett, D. A., Blennow, K., Carrillo, M. C., Dunn, B., Haeberlein, S. B., Holtzman, D. M., Jagust, W., Jessen, F., Karlawish, J., Liu, E., Molinuevo, J. L., Montine, T., Phelps, C., Rankin, K. P., Rowe, C. C., Scheltens, P., Siemers, E., Snyder, H. M., &amp; Sperling, R. (2018). NIA-AA Research Framework: Toward a biological definition of Alzheimer&rsquo;s disease. <em>Alzheimer&rsquo;s &amp; Dementia<\/em>, 14(4), 535-562. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.jalz.2018.02.018\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.jalz.2018.02.018<\/a><\/li>\n<li>Nasreddine, Z. S., Phillips, N. A., B\u00e9dirian, V., Charbonneau, S., Whitehead, V., Collin, I., Cummings, J. L., &amp; Chertkow, H. (2005). The Montreal Cognitive Assessment, MoCA: a brief screening tool for mild cognitive impairment. <em>Journal of the American Geriatrics Society<\/em>, 53(4), 695-699. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1532-5415.2005.53221.x\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1532-5415.2005.53221.x<\/a><\/li>\n<li>Pantoni, L. (2010). Cerebral small vessel disease: from pathogenesis and clinical characteristics to therapeutic challenges. <em>The Lancet Neurology<\/em>, 9(7), 689-701. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S1474-4422(10)70104-6\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S1474-4422(10)70104-6<\/a><\/li>\n<li>Rom\u00e1n, G. C., Tatemichi, T. K., Erkinjuntti, T., Cummings, J. L., Masdeu, J. C., Garcia, J. H., Amaducci, L., Orgogozo, J. M., Brun, A., &amp; Hofman, A. (1993). Vascular dementia: diagnostic criteria for research studies. Report of the NINDS-AIREN International Workshop. <em>Neurology<\/em>, 43(2), 250-260. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1212\/wnl.43.2.250\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1212\/wnl.43.2.250<\/a><\/li>\n<li>Scheltens, P., Leys, D., Barkhof, F., Huglo, D., Weinstein, H. C., Vermersch, P., Kuiper, M., Steinling, M., Wolters, E. C., &amp; Valk, J. (1992). Atrophy of medial temporal lobes on MRI in \u00ab\u00a0probable\u00a0\u00bb Alzheimer&rsquo;s disease and normal ageing: diagnostic value and neuropsychological correlates. <em>Journal of Neurology, Neurosurgery, and Psychiatry<\/em>, 55(10), 967-972. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1136\/jnnp.55.10.967\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1136\/jnnp.55.10.967<\/a><\/li>\n<li>Wardlaw, J. M., Smith, E. E., Biessels, G. J., Cordonnier, C., Fazekas, F., Frayne, R., Lindley, R. I., O&rsquo;Brien, J. T., Barkhof, F., Benavente, O. R., Black, S. E., Brayne, C., Breteler, M., Chabriat, H., DeCarli, C., de Leeuw, F. E., Doubal, F., Duering, M., Fox, N. C., \u2026 STandards for ReportIng Vascular changes on nEuroimaging (STRIVE) v1. (2013). Neuroimaging standards for research into small vessel disease and its contribution to ageing and neurodegeneration. <em>The Lancet Neurology<\/em>, 12(8), 822-838. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S1474-4422(13)70124-8\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S1474-4422(13)70124-8<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comparaison clinique et physiopathologique approfondie entre la d\u00e9mence vasculaire et la maladie d&rsquo;Alzheimer : \u00e9tiologies, sympt\u00f4mes et diagnostics diff\u00e9rentiels.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","template":"","categories":[813,1045],"tags":[33805,41529,2350,43066,30539],"class_list":["post-25619","psych_comparison","type-psych_comparison","status-publish","hentry","category-geriatrie","category-neurologie","tag-demence-vasculaire","tag-diagnostic-differentiel","tag-maladie-dalzheimer","tag-neurogeriatrie","tag-troubles-neurocognitifs"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_comparison\/25619","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_comparison"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_comparison"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=25619"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_comparison\/25619\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=25619"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=25619"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=25619"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}