{"id":24316,"date":"2026-11-06T18:01:30","date_gmt":"2026-11-06T18:01:30","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_comparison=monisme-vs-dualisme"},"modified":"2026-11-06T18:01:30","modified_gmt":"2026-11-06T18:01:30","slug":"monisme-vs-dualisme","status":"publish","type":"psych_comparison","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_comparison=monisme-vs-dualisme","title":{"rendered":"Monisme vs dualisme"},"content":{"rendered":"<p>Depuis les premi\u00e8res aubes de la sp\u00e9culation m\u00e9taphysique jusqu&rsquo;aux d\u00e9veloppements les plus sophistiqu\u00e9s des sciences cognitives contemporaines, la question de la nature de la r\u00e9alit\u00e9 et de l&rsquo;articulation entre le corps et l&rsquo;esprit constitue le foyer intellectuel le plus incandescent de la philosophie. Sommes-nous les t\u00e9moins et les d\u00e9positaires d&rsquo;une substance unifi\u00e9e dont la mati\u00e8re et la pens\u00e9e ne sont que des expressions modales, ou devons-nous imp\u00e9rativement admettre une rupture radicale, une faille ontologique scindant irr\u00e9ductiblement le domaine de l&rsquo;\u00e9tendue physique et celui de l&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9 ph\u00e9nom\u00e9nale ? Cette interrogation n&rsquo;est point une vaine dispute scolastique : elle gouverne l&rsquo;architecture m\u00eame de nos syst\u00e8mes de savoir, conditionne la l\u00e9gitimit\u00e9 de nos pr\u00e9tentions \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 objective et fa\u00e7onne en profondeur les fondements moraux et juridiques de l&rsquo;agentivit\u00e9 humaine.<\/p>\n<p>Le d\u00e9bat opposant le <strong>monisme<\/strong> et le <strong>dualisme<\/strong> s&rsquo;articule autour de cette alternative fondamentale. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, le monisme s&rsquo;\u00e9rige en exigence de cl\u00f4ture, d&rsquo;homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 et de parcimonie, affirmant que la totalit\u00e9 de ce qui est proc\u00e8de d&rsquo;un principe ontologique exclusif, que celui-ci soit de nature mat\u00e9rielle, id\u00e9elle ou neutre. De l&rsquo;autre, le dualisme se dresse pour d\u00e9fendre la sp\u00e9cificit\u00e9 irr\u00e9ductible du sentiment d&rsquo;exister, constatant l&rsquo;incapacit\u00e9 principielle des mod\u00e8les m\u00e9canistes \u00e0 dissoudre la subjectivit\u00e9 dans l&rsquo;ext\u00e9riorit\u00e9 spatiale. Ce heurt des paradigmes, loin de s&rsquo;apaiser \u00e0 mesure que s&rsquo;accumulent les cartographies c\u00e9r\u00e9brales et les \u00e9quations diff\u00e9rentielles de la physique moderne, se trouve au contraire exacerb\u00e9 par l&rsquo;\u00e9mergence des technologies d&rsquo;intelligence artificielle et l&rsquo;approfondissement des \u00e9nigmes de la m\u00e9canique quantique.<\/p>\n<p>Explorer la confrontation entre le monisme et le dualisme exige de d\u00e9passer les simplifications pol\u00e9miques qui r\u00e9duisent trop souvent le premier \u00e0 un scientisme \u00e9liminativiste et le second \u00e0 une superstition spiritualiste d\u00e9su\u00e8te. Il s&rsquo;agit d&rsquo;examiner avec une rigueur minutieuse les ramifications conceptuelles de chaque doctrine, de retracer leurs filiations historiques depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9 jusqu&rsquo;aux d\u00e9bats analytiques actuels, d&rsquo;\u00e9valuer la robustesse de leurs cadres de causalit\u00e9, et de mesurer leur valeur heuristique respective dans le champ des sciences exp\u00e9rimentales et des disciplines herm\u00e9neutiques. Cette \u00e9tude se propose de d\u00e9ployer une g\u00e9n\u00e9alogie et une analyse comparative int\u00e9grale de ces deux visions de l&rsquo;\u00eatre, afin d&rsquo;\u00e9clairer la tension f\u00e9conde qui continue de mouvoir la philosophie de l&rsquo;esprit.<\/p>\n<h2>1. Introduction au probl\u00e8me ontologique corps-esprit<\/h2>\n<h3>1.1 D\u00e9finitions conceptuelles du monisme et du dualisme<\/h3>\n<p>Le monisme se d\u00e9finit en premi\u00e8re instance comme la th\u00e8se ontologique selon laquelle le r\u00e9el, en son fond ultime, est r\u00e9ductible \u00e0 une seule et unique cat\u00e9gorie d&rsquo;entit\u00e9, de substance ou de principe directeur. L&rsquo;\u00e9tymologie m\u00eame du terme, d\u00e9riv\u00e9 du grec <em>monos<\/em> (seul, unique), signale le projet m\u00e9taphysique qui l&rsquo;anime : r\u00e9sorber la multiplicit\u00e9 apparente du cosmos dans une unit\u00e9 structurelle fondamentale. Qu&rsquo;il prenne la forme d&rsquo;un mat\u00e9rialisme affirmant que tout ph\u00e9nom\u00e8ne d\u00e9rive d&rsquo;interactions physiques aveugles, d&rsquo;un id\u00e9alisme posant la conscience ou l&rsquo;Id\u00e9e comme l&rsquo;\u00e9toffe exclusive de l&rsquo;univers, ou encore d&rsquo;un monisme neutre postulant une substance primordiale indiff\u00e9renci\u00e9e, le monisme r\u00e9pugne \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une scission ontologique ind\u00e9passable. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une tentative h\u00e9ro\u00efque de forger une cosmologie sans reste, o\u00f9 aucune enclave transcendante ou h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne ne vient troubler la continuit\u00e9 de l&rsquo;\u00eatre.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, le dualisme, issu du latin <em>duo<\/em>, repose sur le constat d&rsquo;une h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 fondatrice : le monde contient deux registres de r\u00e9alit\u00e9 irr\u00e9ductibles l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre, dont la coexistence impose de renoncer \u00e0 tout monisme r\u00e9ductionniste. Historiquement formalis\u00e9 autour de la bipartition entre la substance mat\u00e9rielle, caract\u00e9ris\u00e9e par l&rsquo;\u00e9tendue spatiale et la divisibilit\u00e9, et la substance spirituelle, d\u00e9finie par l&rsquo;in\u00e9tendue, la r\u00e9flexivit\u00e9 et la conscience subjective, le dualisme pr\u00e9tend respecter la constitution bipolaire de l&rsquo;exp\u00e9rience humaine. Il soutient que la sensation d&rsquo;une douleur, la clart\u00e9 d&rsquo;un raisonnement logique ou l&rsquo;angoisse de la finitude ne peuvent, sous peine d&rsquo;absurdit\u00e9 logique ou ph\u00e9nom\u00e9nale, \u00eatre identifi\u00e9es aux mouvements d&rsquo;atomes, de fluides ou d&rsquo;influx nerveux.<\/p>\n<p>Cette polarit\u00e9 structure non seulement la tradition philosophique occidentale \u2014 depuis les oppositions canoniques entre Parm\u00e9nide et le platonisme jusqu&rsquo;aux querelles cart\u00e9siennes \u2014, mais trouve \u00e9galement un \u00e9cho puissant au sein des m\u00e9taphysiques orientales. Ainsi, dans la tradition philosophique indienne, l&rsquo;\u00e9cole dualiste du <em>Samkhya<\/em> s\u00e9pare rigoureusement la <em>Prakriti<\/em> (la mati\u00e8re inconsciente, dynamique et causale) et le <em>Purusha<\/em> (la conscience pure, t\u00e9moin silencieux et immat\u00e9riel), anticipant de mani\u00e8re saisissante les apories de l&rsquo;Occident. Concomitamment, le courant moniste de l&rsquo;<em>Advaita Vedanta<\/em> d\u00e9ploie une critique syst\u00e9matique de cette alt\u00e9rit\u00e9, soutenant la non-dualit\u00e9 radicale de l&rsquo;absolu (<em>Brahman<\/em>) au sein duquel toute division entre le sujet et l&rsquo;objet est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e comme une illusion cognitive (<em>Maya<\/em>). Cette convergence transculturelle atteste que l&rsquo;alternative entre l&rsquo;un et le deux constitue l&rsquo;axe de sym\u00e9trie autour duquel gravite la pens\u00e9e humaine lorsqu&rsquo;elle s&rsquo;affronte \u00e0 sa propre \u00e9nigme.<\/p>\n<h3>1.2 Origines de la confrontation et confusion r\u00e9currente<\/h3>\n<p>La p\u00e9rennit\u00e9 du probl\u00e8me corps-esprit (<em>mind-body problem<\/em>) trouve sa source dans une aporie native de notre posture cognitive face au monde. D\u00e8s l&rsquo;Antiquit\u00e9 grecque, l&rsquo;interrogation s&rsquo;est cristallis\u00e9e sur la nature de l&rsquo;\u00e2me (<em>psych\u00e9<\/em>) et sa relation au corps biologique (<em>soma<\/em>). Tandis que Platon, dans le <em>Ph\u00e9don<\/em>, \u00e9rigeait l&rsquo;\u00e2me en pilote immortel prisonnier d&rsquo;un r\u00e9ceptacle charnel \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, Aristote, dans son trait\u00e9 <em>De l&rsquo;\u00e2me<\/em>, tentait une conciliation hyl\u00e9morphique en envisageant l&rsquo;\u00e2me comme la \u00ab forme \u00bb (<em>morph\u00e9<\/em>) actualisant la \u00ab mati\u00e8re \u00bb (<em>hyl\u00e9<\/em>) du corps organis\u00e9, \u00e9vitant ainsi la s\u00e9paration tranch\u00e9e des substances sans pour autant r\u00e9duire l&rsquo;animation vitale \u00e0 un m\u00e9canisme brut. Avec l&rsquo;av\u00e8nement de la r\u00e9volution scientifique au XVIIe si\u00e8cle et la m\u00e9canisation de la nature th\u00e9oris\u00e9e par Galil\u00e9e, Mersenne et Descartes, la coupure s&rsquo;est irr\u00e9m\u00e9diablement durcie, faisant du probl\u00e8me psychophysique l&rsquo;un des casse-t\u00eates majeurs de la rationalit\u00e9 classique et contemporaine.<\/p>\n<p>Cependant, ce d\u00e9bat s\u00e9culaire a constamment \u00e9t\u00e9 obscurci par des amalgames th\u00e9oriques qu&rsquo;il est indispensable de dissiper. La premi\u00e8re confusion consiste \u00e0 assimiler le <strong>dualisme m\u00e9thodologique<\/strong> \u00e0 un <strong>dualisme ontologique<\/strong> strict. Les sciences de la nature, pour progresser dans l&rsquo;analyse empirique, ont historiquement isol\u00e9 leur objet d&rsquo;\u00e9tude en mettant entre parenth\u00e8ses la subjectivit\u00e9 de l&rsquo;observateur, pratiquant une s\u00e9paration fonctionnelle entre les donn\u00e9es quantifiables \u00e0 la troisi\u00e8me personne et le flux de l&rsquo;introspection \u00e0 la premi\u00e8re personne. Or, adopter cette scission comme une r\u00e8gle op\u00e9ratoire \u00e9pist\u00e9mologique ne pr\u00e9juge en rien de la constitution ultime de l&rsquo;univers : l&rsquo;efficacit\u00e9 m\u00e9thodologique d&rsquo;une s\u00e9paration conceptuelle n&rsquo;a jamais valeur de preuve quant \u00e0 l&rsquo;existence de deux substances ontologiquement disjointes.<\/p>\n<p>Une seconde confusion, sym\u00e9trique et tout aussi dommageable, r\u00e9side dans l&rsquo;assimilation abusive du mat\u00e9rialisme r\u00e9ducteur \u00e0 l&rsquo;ensemble du spectre moniste. Il arrive fr\u00e9quemment que le monisme soit discr\u00e9dit\u00e9 par ses d\u00e9tracteurs sous pr\u00e9texte qu&rsquo;un physicalisme \u00e9troit \u00e9limine sans nuance le v\u00e9cu subjectif et la t\u00e9l\u00e9ologie morale. Pourtant, le champ moniste est d&rsquo;une richesse conceptuelle bien plus vaste. Il englobe des traditions id\u00e9alistes pour lesquelles la mati\u00e8re n&rsquo;est qu&rsquo;une coagulation de la pens\u00e9e, ainsi que des monismes neutres ou \u00e0 double aspect qui attribuent \u00e0 l&rsquo;\u00e9toffe premi\u00e8re du r\u00e9el un statut transcendant l&rsquo;antinomie ordinaire du physique et du mental. R\u00e9duire le monisme \u00e0 la seule n\u00e9gation scientiste de l&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9 revient \u00e0 tronquer arbitrairement la r\u00e9flexion ontologique et \u00e0 m\u00e9conna\u00eetre les plus puissants \u00e9difices de la m\u00e9taphysique sp\u00e9culative.<\/p>\n<h3>1.3 Enjeux \u00e9pist\u00e9mologiques et scientifiques contemporains<\/h3>\n<p>Loin d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 rel\u00e9gu\u00e9 au mus\u00e9e des sp\u00e9culations archa\u00efques, le probl\u00e8me ontologique a \u00e9t\u00e9 revivifi\u00e9 par les bouleversements de la physique fondamentale au cours du XXe si\u00e8cle. L&rsquo;effondrement de la vision m\u00e9caniste newtonienne, sous les coups de boutoir de la th\u00e9orie de la relativit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale et de la m\u00e9canique quantique, a pulv\u00e9ris\u00e9 le concept traditionnel de \u00ab mati\u00e8re inerte \u00bb. Lorsque les constituants fondamentaux de la mati\u00e8re ne peuvent plus \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9s comme de minuscules billes de billard spatialement bien localis\u00e9es, mais doivent \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9s sous la forme d&rsquo;\u00e9quations d&rsquo;ondes probabilistes, d&rsquo;\u00e9tats superpos\u00e9s et d&rsquo;intrications non locales, le physicalisme perd de sa na\u00efve simplicit\u00e9. L&rsquo;introduction du probl\u00e8me de la mesure en physique quantique, o\u00f9 l&rsquo;acte m\u00eame d&rsquo;observation semble jouer un r\u00f4le dans l&rsquo;effondrement du paquet d&rsquo;ondes, a rouvert la porte \u00e0 des r\u00e9interpr\u00e9tations audacieuses que certains penseurs ont inscrites dans des cadres n\u00e9o-id\u00e9alistes ou monistes neutres.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, les sciences cognitives et la neurobiologie ont but\u00e9 sur ce que le philosophe David J. Chalmers a formalis\u00e9 sous le vocable de \u00ab probl\u00e8me difficile de la conscience \u00bb (<em>hard problem of consciousness<\/em>). Si les neuroscientifiques r\u00e9ussissent avec un brio remarquable \u00e0 \u00e9lucider les \u00ab probl\u00e8mes faciles \u00bb \u2014 c&rsquo;est-\u00e0-dire les m\u00e9canismes neuronaux sous-tendant la discrimination sensorielle, l&rsquo;int\u00e9gration de l&rsquo;information spatiale ou l&rsquo;acc\u00e8s conscient aux \u00e9tats de vigilance \u2014, aucune corr\u00e9lation neurophysiologique ne parvient \u00e0 expliquer <em>pourquoi<\/em> et <em>comment<\/em> l&rsquo;activation d&rsquo;un circuit cortical s&rsquo;accompagne d&rsquo;un sentiment subjectif qualitatif, un <em>quale<\/em>. Pourquoi l&rsquo;excitation de fibres optiques par des ondes \u00e9lectromagn\u00e9tiques de 700 nanom\u00e8tres se traduit-elle par l&rsquo;exp\u00e9rience v\u00e9cue du \u00ab rouge \u00bb plut\u00f4t que par un traitement informationnel aveugle ? Le foss\u00e9 explicatif (<em>explanatory gap<\/em>) th\u00e9oris\u00e9 par Joseph Levine met ainsi en relief l&rsquo;asym\u00e9trie radicale persistant entre l&rsquo;observation externe des neurones et l&rsquo;auto-appr\u00e9hension intime du mental.<\/p>\n<p>Ces questions ne rel\u00e8vent pas seulement de la contemplation th\u00e9orique : elles dictent l&rsquo;avenir \u00e9thique et technique de notre civilisation, singuli\u00e8rement dans l&rsquo;ing\u00e9nierie de l&rsquo;intelligence artificielle et l&rsquo;\u00e9thique de la recherche neuroscientifique. Si l&rsquo;esprit n&rsquo;est rien d&rsquo;autre qu&rsquo;un calcul fonctionnel impl\u00e9ment\u00e9 sur un substrat mat\u00e9riel, rien ne s&rsquo;oppose, en principe, \u00e0 ce qu&rsquo;une machine atteigne une conscience ph\u00e9nom\u00e9nale et devienne titulaire de droits moraux. Si, \u00e0 l&rsquo;inverse, l&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9 ph\u00e9nom\u00e9nale exige des propri\u00e9t\u00e9s ontologiques intrins\u00e8ques, irr\u00e9ductibles \u00e0 la simple syntaxe computationnelle, l&rsquo;IA demeurera \u00e0 jamais un syst\u00e8me fonctionnel sans monde int\u00e9rieur. En outre, la compr\u00e9hension des m\u00e9canismes de r\u00e9gulation de l&rsquo;attention et de modulation de la conscience \u2014 explor\u00e9s notamment dans le cadre des neurosciences contemplatives et de l&rsquo;autor\u00e9gulation (<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3389\/fnhum.2012.00296\">Vago &amp; Silbersweig, 2012<\/a>) \u2014 montre \u00e0 quel point l&rsquo;articulation entre l&rsquo;esprit v\u00e9cu et la circuiterie neuronale exige une armature \u00e9pist\u00e9mologique limpide sous peine d&rsquo;\u00e9garer la clinique psychiatrique dans des impasses th\u00e9oriques.<\/p>\n<h2>2. Le Monisme : Ontologie de l&rsquo;unit\u00e9 fondamentale<\/h2>\n<h3>2.1 Typologie des th\u00e9ories monistes<\/h3>\n<p>L&rsquo;espace logique du monisme se caract\u00e9rise par une taxonomie interne complexe, structur\u00e9e autour de la nature attribu\u00e9e \u00e0 la substance exclusive du cosmos. La forme la plus imm\u00e9diatement influente au sein de la culture scientifique contemporaine est le <strong>physicalisme<\/strong>, h\u00e9ritier sophistiqu\u00e9 du mat\u00e9rialisme philosophique. Le physicalisme postule que la totalit\u00e9 du r\u00e9el est physique ou, \u00e0 tout le moins, survient n\u00e9cessairement sur des faits physiques fondamentaux. Cette assertion se d\u00e9ploie selon deux modalit\u00e9s majeures : d&rsquo;une part, le physicalisme r\u00e9ducteur (ou th\u00e9orie de l&rsquo;identit\u00e9), qui soutient que chaque type d&rsquo;\u00e9tat mental est strictement identique \u00e0 un type d&rsquo;\u00e9tat neurobiologique ; d&rsquo;autre part, le physicalisme non r\u00e9ducteur, qui admet l&rsquo;existence de propri\u00e9t\u00e9s psychologiques de haut niveau pr\u00e9sentant une \u00ab r\u00e9alisabilit\u00e9 multiple \u00bb, tout en maintenant que ces propri\u00e9t\u00e9s n&rsquo;ont aucune existence autonome en dehors de leur ancrage dans une infrastructure microphysique exclusive.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9 diam\u00e9tral de ce spectre tr\u00f4ne l&rsquo;<strong>id\u00e9alisme absolu<\/strong> ou immat\u00e9rialisme m\u00e9taphysique. Loin de repr\u00e9senter une n\u00e9gation pu\u00e9rile de la duret\u00e9 du monde ext\u00e9rieur, l&rsquo;id\u00e9alisme affirme que l&rsquo;\u00eatre n&rsquo;est intelligible et ontologiquement stable que pour autant qu&rsquo;il est constitu\u00e9 de pens\u00e9e, d&rsquo;esprit ou de repr\u00e9sentations signifiantes. Dans l&rsquo;id\u00e9alisme subjectif incarn\u00e9 par George Berkeley dans son <em>Treatise Concerning the Principles of Human Knowledge<\/em> (1710), la formule canonique <em>esse est percipi aut percipere<\/em> (\u00ab \u00eatre, c&rsquo;est \u00eatre per\u00e7u ou percevoir \u00bb) an\u00e9antit la notion m\u00eame de substance mat\u00e9rielle d\u00e9nu\u00e9e d&rsquo;observateur : les objets pr\u00e9tendument ext\u00e9rieurs ne sont rien de plus que des faisceaux d&rsquo;id\u00e9es soutenus dans l&rsquo;entendement infini de Dieu. Dans sa version dialectique et objective, l&rsquo;id\u00e9alisme postule que la totalit\u00e9 spatio-temporelle n&rsquo;est que le d\u00e9ploiement rationnel de l&rsquo;Esprit s&rsquo;ali\u00e9nant dans la nature mat\u00e9rielle pour ensuite revenir \u00e0 lui-m\u00eame dans la conscience historique de sa libert\u00e9.<\/p>\n<p>Enfin, le <strong>monisme neutre<\/strong>, formalis\u00e9 par Ernst Mach, William James puis magistralement raffin\u00e9 par Bertrand Russell au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, propose une voie tierce radicale. Il soutient que la texture derni\u00e8re du r\u00e9el n&rsquo;est en elle-m\u00eame ni mat\u00e9rielle, ni mentale. Ce substrat primordial est constitu\u00e9 d&rsquo;entit\u00e9s \u00ab neutres \u00bb, \u00e9l\u00e9mentaires et ant\u00e9rieures aux diff\u00e9renciations cat\u00e9gorielles du sens commun. Selon l&rsquo;angle sous lequel ces \u00e9l\u00e9ments primordiaux sont agr\u00e9g\u00e9s et appr\u00e9hend\u00e9s, ils constituent des cha\u00eenes causales objectives \u2014 que la physique \u00e9tudie sous le nom de mati\u00e8re \u2014 ou des r\u00e9seaux relationnels d&rsquo;exp\u00e9riences subjectives \u2014 que la psychologie d\u00e9crit sous le concept de pens\u00e9e. La mati\u00e8re et l&rsquo;esprit ne sont donc pas des substances rivales ni des p\u00f4les ontologiquement disjoints, mais des configurations logiques alternatives d&rsquo;une m\u00eame \u00e9toffe indiff\u00e9renci\u00e9e.<\/p>\n<h3>2.2 Fondements historiques et d\u00e9veloppements majeurs<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9dification la plus vertigineuse du monisme dans l&rsquo;histoire occidentale demeure sans conteste l&rsquo;\u0153uvre de Baruch Spinoza. Dans son ma\u00eetre-livre, <em>Ethica Ordine Geometrico Demonstrata<\/em>, publi\u00e9 \u00e0 titre posthume en 1677, Spinoza \u00e9nonce que Dieu, c&rsquo;est-\u00e0-dire la Nature (<em>Deus sive Natura<\/em>), est une substance absolument infinie, unique, n\u00e9cessaire et \u00e9ternelle. R\u00e9futant d&#8217;embl\u00e9e la multiplicit\u00e9 cart\u00e9sienne des substances, le philosophe d\u00e9montre g\u00e9om\u00e9triquement qu&rsquo;une substance ne peut en produire une autre et qu&rsquo;il ne saurait exister deux substances de m\u00eame nature sans qu&rsquo;elles ne se confondent. D\u00e8s lors, l&rsquo;\u00e9tendue spatiale (la mati\u00e8re) et la pens\u00e9e ne sont pas des entit\u00e9s ind\u00e9pendantes, mais deux <em>attributs<\/em> distincts et infinis parmi une infinit\u00e9 d&rsquo;autres que poss\u00e8de la substance unique. La cons\u00e9quence en est le fameux parall\u00e9lisme psychophysique : \u00ab L&rsquo;ordre et la connexion des id\u00e9es est le m\u00eame que l&rsquo;ordre et la connexion des choses \u00bb (Livre II, Proposition 7). L&rsquo;\u00e2me et le corps constituent le m\u00eame individu, appr\u00e9hend\u00e9 sous l&rsquo;attribut de la pens\u00e9e ou sous celui de l&rsquo;\u00e9tendue.<\/p>\n<p>Au XIXe si\u00e8cle, Georg Wilhelm Friedrich Hegel r\u00e9articule l&rsquo;exigence moniste dans une perspective historico-dialectique au sein de sa <em>Ph\u00e9nom\u00e9nologie de l&rsquo;esprit<\/em>. Contre la \u00ab nuit o\u00f9 toutes les vaches sont noires \u00bb qu&rsquo;il reprochait \u00e0 l&rsquo;identit\u00e9 spinoziste statique, Hegel pose l&rsquo;Absolu comme Sujet et comme Devenir. L&rsquo;Esprit (<em>Geist<\/em>) n&rsquo;est pas une substance immobile oppos\u00e9e au monde physique, mais un processus dynamique d&rsquo;auto-ext\u00e9riorisation : la nature mat\u00e9rielle est l&rsquo;Id\u00e9e dans son \u00eatre-autre, son moment de dispersion ext\u00e9rieure, n\u00e9cessaire pour que l&rsquo;Esprit se surmonte dialectiquement et parvienne \u00e0 la conscience int\u00e9grale de soi. Le monisme h\u00e9g\u00e9lien int\u00e8gre ainsi la contradiction et la n\u00e9gativit\u00e9 au c\u0153ur de l&rsquo;unit\u00e9 ontologique, cherchant \u00e0 r\u00e9sorber toute alt\u00e9rit\u00e9 dans une synth\u00e8se t\u00e9l\u00e9ologique totale.<\/p>\n<p>Au XXe si\u00e8cle, la philosophie analytique de l&rsquo;esprit a r\u00e9invent\u00e9 le monisme en l&rsquo;arrachant \u00e0 l&rsquo;id\u00e9alisme pour le soumettre \u00e0 l&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 du positivisme logique et du naturalisme. U.T. Place, dans son article s\u00e9minal \u00ab Is Consciousness a Brain Process? \u00bb (1956), puis J.J.C. Smart avec \u00ab Sensations and Brain Processes \u00bb (1959), ont \u00e9labor\u00e9 la <strong>th\u00e9orie de l&rsquo;identit\u00e9 des types<\/strong>, stipulant qu&rsquo;un \u00e9tat mental n&rsquo;est pas simplement corr\u00e9l\u00e9 \u00e0 un processus neurobiologique, mais lui est ontologiquement identique, au m\u00eame titre que \u00ab l&rsquo;\u00e9clair \u00bb est rigoureusement identique \u00e0 \u00ab une d\u00e9charge \u00e9lectrique dans l&rsquo;atmosph\u00e8re \u00bb. Face aux limites de cette identit\u00e9 trop rigide, incapable de rendre compte du fait qu&rsquo;une cr\u00e9ature non biologique ou dot\u00e9e d&rsquo;une architecture c\u00e9r\u00e9brale diff\u00e9rente pourrait ressentir la douleur, Hilary Putnam a inaugur\u00e9 en 1967 (\u00ab Psychological Predicates \u00bb) le <strong>fonctionnalisme<\/strong>. Dans ce mod\u00e8le, l&rsquo;\u00e9tat mental est d\u00e9fini par son r\u00f4le causal abstrait au sein d&rsquo;un syst\u00e8me informationnel plut\u00f4t que par sa constitution physico-chimique particuli\u00e8re, ouvrant la voie \u00e0 la m\u00e9taphore informatique de l&rsquo;esprit comme logiciel (<em>software<\/em>) impl\u00e9ment\u00e9 sur le cerveau comme mat\u00e9riel (<em>hardware<\/em>). Enfin, poussant le naturalisme jusqu&rsquo;\u00e0 ses limites extr\u00eames, Paul M. Churchland (\u00ab Eliminative Materialism and the Propositional Attitudes \u00bb, 1981) a d\u00e9fendu un <strong>mat\u00e9rialisme \u00e9liminativiste<\/strong> pr\u00e9disant que les concepts de la psychologie populaire (croyances, d\u00e9sirs, intentions) seront un jour an\u00e9antis et remplac\u00e9s par la neurobiologie mature, de la m\u00eame mani\u00e8re que la th\u00e9orie du phlogistique a \u00e9t\u00e9 effac\u00e9e par la chimie moderne.<\/p>\n<h3>2.3 Forces explicatives et limites \u00e9pist\u00e9miques du monisme<\/h3>\n<p>La puissance d&rsquo;attraction du monisme repose sur son implacable coh\u00e9rence avec le principe de parcimonie ontologique, traditionnellement d\u00e9sign\u00e9 sous l&rsquo;appellation de rasoir d&rsquo;Ockham (<em>entia non sunt multiplicanda praeter necessitatem<\/em>). En refusant de multiplier les genres de substances sans imp\u00e9ratif logique irr\u00e9futable, le monisme \u00e9vacue d&#8217;embl\u00e9e l&rsquo;un des plus redoutables \u00e9cueils th\u00e9oriques qui frappent le dualisme : l&rsquo;\u00e9nigme de la causalit\u00e9 descendante et ascendante. Dans un univers moniste o\u00f9 tout rel\u00e8ve du m\u00eame tissu, l&rsquo;interaction causale s&rsquo;exerce entre des entit\u00e9s de m\u00eame nature. Il n&rsquo;est plus n\u00e9cessaire d&rsquo;imaginer des transferts d&rsquo;\u00e9nergie myst\u00e9rieux ou d&rsquo;interrompre les lois physiques pour comprendre comment un \u00e9v\u00e9nement c\u00e9r\u00e9bral produit un \u00e9tat mental, ou comment une d\u00e9cision modifie la trajectoire du corps physique. Cette parfaite congruence avec les principes fondamentaux des sciences exactes \u2014 au premier rang desquels figure le principe de cl\u00f4ture causale du domaine physique \u2014 conf\u00e8re au monisme une assise m\u00e9thodologique incomparable.<\/p>\n<p>Toutefois, cette \u00e9l\u00e9gance th\u00e9orique se paie au prix d&rsquo;une vuln\u00e9rabilit\u00e9 \u00e9pist\u00e9mique majeure lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de rendre compte de la texture intime de l&rsquo;exp\u00e9rience v\u00e9cue. En affirmant que tout est r\u00e9ductible \u00e0 des processus mat\u00e9riels objectifs d\u00e9crits \u00e0 la troisi\u00e8me personne, le monisme physicaliste \u00e9prouve d&rsquo;immenses difficult\u00e9s \u00e0 justifier l&rsquo;existence m\u00eame de l&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9 ph\u00e9nom\u00e9nale. L&rsquo;argument du gouffre explicatif d\u00e9montre qu&rsquo;il existe une discontinuit\u00e9 conceptuelle insurmontable entre une description exhaustive des potentiels d&rsquo;action dans le cortex c\u00e9r\u00e9bral et l&rsquo;impression subjective \u00e9prouv\u00e9e lors de la contemplation d&rsquo;un coucher de soleil. La r\u00e9duction fonctionnaliste ou computationnelle parvient \u00e0 expliquer les fonctions cognitives d&rsquo;acc\u00e8s, d&rsquo;aiguillage de l&rsquo;information ou de r\u00e9troaction motrice, mais elle laisse intacte la question fondamentale : <em>pourquoi<\/em> ces op\u00e9rations s&rsquo;accompagnent-elles d&rsquo;une dimension subjective v\u00e9cue ?<\/p>\n<p>Pouss\u00e9 dans ses retranchements, le physicalisme radical est souvent accul\u00e9 \u00e0 une alternative inconfortable : soit embrasser l&rsquo;illusionnisme, doctrine soutenue par Daniel Dennett selon laquelle la conscience ph\u00e9nom\u00e9nale n&rsquo;existe tout simplement pas et ne constitue qu&rsquo;un mirage cognitif, soit r\u00e9introduire clandestinement des postulats quasi-dualistes \u00e0 travers des vocables euph\u00e9misants comme \u00ab l&rsquo;\u00e9mergence \u00bb. Or, d\u00e9clarer que la subjectivit\u00e9 \u00ab \u00e9merge \u00bb magiquement d&rsquo;une mati\u00e8re inorganique qui en \u00e9tait totalement d\u00e9pourvue s&rsquo;apparente \u00e0 une p\u00e9tition de principe plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 une v\u00e9ritable explication causale. Ce paradoxe fait peser sur le monisme mat\u00e9rialiste le soup\u00e7on perp\u00e9tuel de ne triompher qu&rsquo;au prix d&rsquo;un d\u00e9ni m\u00e9thodologique du fait le plus intime et le plus certain de notre existence : l&rsquo;actualit\u00e9 imm\u00e9diate de la conscience de soi.<\/p>\n<h2>3. Le Dualisme : Ontologie de la dissociation fondamentale<\/h2>\n<h3>3.1 Les formes canoniques du dualisme<\/h3>\n<p>Le dualisme philosophique ne se r\u00e9sume nullement \u00e0 une croyance th\u00e9ologique na\u00efve en la survie de l&rsquo;\u00e2me apr\u00e8s la mort ; il constitue un dispositif th\u00e9orique hautement articul\u00e9 pour traiter des asym\u00e9tries entre la conscience et la physicalit\u00e9. Sa forme la plus c\u00e9l\u00e8bre et la plus incisive demeure le <strong>dualisme des substances<\/strong> (ou dualisme cart\u00e9sien). Selon ce mod\u00e8le, la r\u00e9alit\u00e9 est partitionn\u00e9e en deux types d&rsquo;existants ontologiquement autonomes et ind\u00e9pendants : la substance mat\u00e9rielle, \u00e9tendue, divisible, soumise aux lois de la m\u00e9canique g\u00e9om\u00e9trique (<em>res extensa<\/em>), et la substance pensante, immat\u00e9rielle, indivisible, purement r\u00e9flexive et consciente (<em>res cogitans<\/em>). Dans cette perspective, l&rsquo;esprit n&rsquo;a besoin d&rsquo;aucun lieu mat\u00e9riel pour subsister ; il poss\u00e8de une existence propre et ne d\u00e9pend nullement de la constitution corporelle de l&rsquo;organisme auquel il est temporairement uni au cours de la vie biologique.<\/p>\n<p>Conscients des paradoxes insolubles suscit\u00e9s par la s\u00e9paration absolue de deux substances h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes, de nombreux penseurs modernes et contemporains se sont repli\u00e9s sur le <strong>dualisme des propri\u00e9t\u00e9s<\/strong> (ou dualisme des \u00e9tats). Cette variante ontologiquement plus modeste accepte le postulat selon lequel il n&rsquo;existe qu&rsquo;une seule substance fondamentale dans le monde \u2014 la mati\u00e8re physique \u2014, mais soutient que cette mati\u00e8re est capable d&rsquo;instancier deux types de propri\u00e9t\u00e9s fondamentalement distinctes et mutuellement irr\u00e9ductibles : des propri\u00e9t\u00e9s physiques (telles que la masse, la charge \u00e9lectrique ou la structure mol\u00e9culaire) et des propri\u00e9t\u00e9s ph\u00e9nom\u00e9nales ou mentales (les <em>qualia<\/em>, la subjectivit\u00e9, l&rsquo;intentionnalit\u00e9). Ainsi, le cerveau est une entit\u00e9 mat\u00e9rielle, mais les \u00e9tats conscients qu&rsquo;il engendre ne sont pas ontologiquement r\u00e9ductibles aux propri\u00e9t\u00e9s physiques qui les soutiennent ; ils constituent des traits primitifs de l&rsquo;univers apparus au sein de syst\u00e8mes d&rsquo;une extr\u00eame complexit\u00e9.<\/p>\n<p>Une modalit\u00e9 sp\u00e9cifique et radicale de ce dualisme des propri\u00e9t\u00e9s r\u00e9side dans l&rsquo;<strong>\u00e9piph\u00e9nom\u00e9nisme<\/strong>, dont Thomas Henry Huxley fut le champion au XIXe si\u00e8cle. L&rsquo;\u00e9piph\u00e9nom\u00e9nisme conc\u00e8de que les \u00e9v\u00e9nements neurobiologiques physiques causent directement les \u00e9tats mentaux, mais affirme que ces derniers sont totalement d\u00e9nu\u00e9s d&rsquo;efficacit\u00e9 causale en retour sur le monde mat\u00e9riel. La conscience est alors compar\u00e9e \u00e0 la vapeur qui s&rsquo;\u00e9chappe de la locomotive ou \u00e0 l&rsquo;ombre projet\u00e9e par le voyageur : elle accompagne le mouvement m\u00e9canique sans jamais y contribuer. Dans cette perspective, lorsqu&rsquo;un individu ressent de la peur et s&rsquo;enfuit, ce n&rsquo;est pas la sensation subjective de terreur qui provoque la contraction de ses muscles, mais bien la d\u00e9charge d&rsquo;adr\u00e9naline et l&rsquo;activit\u00e9 sous-corticale de l&rsquo;amygdale, l&rsquo;\u00e9tat conscient n&rsquo;\u00e9tant qu&rsquo;un t\u00e9moin lumineux inerte accompagnant l&rsquo;automatisme neurobiologique.<\/p>\n<h3>3.2 Jalons historiques et renouveau contemporain<\/h3>\n<p>L&rsquo;anc\u00eatre historique le plus \u00e9clatant du dualisme philosophique est indubitablement la m\u00e9taphysique de Platon. Dans ses dialogues de maturit\u00e9, et tout particuli\u00e8rement dans le <em>Ph\u00e9don<\/em> et <em>La R\u00e9publique<\/em>, Platon \u00e9tablit une dichotomie absolue entre le <em>monde sensible<\/em>, royaume du devenir, de l&rsquo;\u00e9ph\u00e9m\u00e8re, des ombres corporelles et de l&rsquo;imperfection mat\u00e9rielle, et le <em>monde intelligible<\/em>, domaine des Id\u00e9es \u00e9ternelles, pures, immuables et v\u00e9ritables. L&rsquo;\u00e2me humaine participe par sa nature rationnelle du monde des Id\u00e9es : pr\u00e9existante au corps, elle est d\u00e9chue lors de son incarnation dans une enveloppe somatique con\u00e7ue comme un tombeau ou une prison (<em>soma sema<\/em>). Le dualisme platonicien n&rsquo;est pas simplement une th\u00e9orie cognitive de la r\u00e9miniscence ; il s&rsquo;agit d&rsquo;une ontologie morale o\u00f9 la d\u00e9livrance de la pens\u00e9e exige une asc\u00e8se, une d\u00e9solidarisation progressive de l&rsquo;esprit \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des souillures et des illusions de la chair.<\/p>\n<p>C&rsquo;est toutefois avec Ren\u00e9 Descartes que le dualisme acquiert sa formulation m\u00e9caniste et analytique la plus tranchante. Dans ses <em>Meditationes de Prima Philosophia<\/em> (1641), Descartes entreprend de refonder le savoir universel sur un roc in\u00e9branlable par le moyen du doute m\u00e9thodique universel. Il s&rsquo;avise alors qu&rsquo;il peut feindre que son corps n&rsquo;existe pas, que le monde spatial est une illusion produite par un Malin G\u00e9nie, mais qu&rsquo;il ne peut douter de sa propre pens\u00e9e sans confirmer par l\u00e0 m\u00eame son existence : <em>cogito, ergo sum<\/em>. Dans la Sixi\u00e8me M\u00e9ditation, Descartes en tire la cons\u00e9quence ontologique majeure : parce qu&rsquo;il a une id\u00e9e claire et distincte de lui-m\u00eame en tant qu&rsquo;\u00eatre pensant et non \u00e9tendu, et une id\u00e9e claire et distincte du corps comme chose \u00e9tendue et non pensante, il est certain que l&rsquo;esprit est r\u00e9ellement distinct du corps et qu&rsquo;il peut exister sans lui. Pour rendre compte de l&rsquo;union intime de ces deux natures au sein de l&rsquo;exp\u00e9rience commune, Descartes publiera en 1649 <em>Les Passions de l&rsquo;\u00e2me<\/em>, o\u00f9 il tente d&rsquo;assigner \u00e0 cette interaction un si\u00e8ge anatomique privil\u00e9gi\u00e9 : la glande pin\u00e9ale (ou <em>conarion<\/em>), situ\u00e9e au centre du cerveau, servant d&rsquo;interface o\u00f9 les esprits animaux physiques communiquent avec la substance pensante immat\u00e9rielle.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;or\u00e9e du XXIe si\u00e8cle, le dualisme a connu un renouveau spectaculaire au sein m\u00eame de la philosophie analytique, pourtant r\u00e9put\u00e9e hostile \u00e0 la m\u00e9taphysique sp\u00e9culative. Ce regain d&rsquo;int\u00e9r\u00eat d\u00e9coule de l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;\u00e9vacuer les <em>qualia<\/em> par les th\u00e9ories physicalistes dominantes. Deux exp\u00e9riences de pens\u00e9e majeures ont marqu\u00e9 cette renaissance. La premi\u00e8re est l&rsquo;argument de la connaissance forg\u00e9 par Frank Jackson dans son article \u00ab Epiphenomenal Qualia \u00bb (1982) : il imagine Mary, une brillante neuroscientifique confin\u00e9e depuis sa naissance dans une pi\u00e8ce en noir et blanc, qui poss\u00e8de la connaissance scientifique compl\u00e8te de tous les processus physiques impliqu\u00e9s dans la vision des couleurs. Le jour o\u00f9 Mary est lib\u00e9r\u00e9e et voit une rose rouge pour la premi\u00e8re fois, apprend-elle quelque chose de nouveau ? La r\u00e9ponse affirmative intuitive d\u00e9montre que la connaissance physique exhaustive ne contient pas l&rsquo;exp\u00e9rience ph\u00e9nom\u00e9nale du rouge, prouvant que les \u00e9tats physiques n&rsquo;\u00e9puisent pas les propri\u00e9t\u00e9s r\u00e9elles de l&rsquo;esprit. La seconde exp\u00e9rience, formul\u00e9e par David J. Chalmers dans <em>The Conscious Mind<\/em> (1996), est celle du \u00ab zombie philosophique \u00bb : une cr\u00e9ature physiquement identique \u00e0 un \u00eatre humain atome par atome, dot\u00e9e des m\u00eames circuits c\u00e9r\u00e9braux et des m\u00eames comportements externes, mais qui est totalement d\u00e9pourvue de la moindre vie int\u00e9rieure ou de conscience subjective. Si la conception logique d&rsquo;un tel \u00eatre est coh\u00e9rente et non contradictoire, cela implique que la conscience ne survient pas logiquement sur les seuls faits physiques de l&rsquo;univers, invalidant le physicalisme au profit d&rsquo;un <strong>dualisme naturaliste<\/strong> des propri\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n<h3>3.3 Forces ph\u00e9nom\u00e9nologiques et apories m\u00e9canistes du dualisme<\/h3>\n<p>L&rsquo;incomparable attrait du dualisme r\u00e9side dans son ad\u00e9quation totale avec l&rsquo;\u00e9vidence ph\u00e9nom\u00e9nologique brute. Il rend justice \u00e0 l&rsquo;intuition incontournable que chacun poss\u00e8de de sa propre existence : nous exp\u00e9rimentons nos pens\u00e9es, nos souffrances et nos \u00e9lans volontaires comme appartenant \u00e0 un registre fondamentalement diff\u00e9rent de celui des objets spatiaux qui nous entourent. De surcro\u00eet, le dualisme constitue le sanctuaire philosophique de la libert\u00e9 humaine, de la d\u00e9lib\u00e9ration rationnelle et de la dignit\u00e9 morale. Si la pens\u00e9e n&rsquo;est pas le strict produit d\u00e9termin\u00e9 de collisions m\u00e9caniques ou d&rsquo;\u00e9quations neurophysiologiques aveugles, alors le libre arbitre cesse d&rsquo;\u00eatre une simple fiction utile pour redevenir une puissance d&rsquo;auto-d\u00e9termination authentique, fondant la responsabilit\u00e9 juridique et morale de l&rsquo;agent.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 ces avantages intuitifs et moraux substantiels, le dualisme \u2014 singuli\u00e8rement dans sa d\u00e9clinaison substantialiste \u2014 se heurte \u00e0 une aporie logique d&rsquo;une formidable gravit\u00e9 : le casse-t\u00eate de l&rsquo;interaction causale. D\u00e8s mai 1643, dans une lettre c\u00e9l\u00e8bre adress\u00e9e \u00e0 Descartes, la princesse \u00c9lisabeth de Boh\u00eame \u0444\u043e\u0440\u043c\u0443la l&rsquo;objection d\u00e9vastatrice qui \u00e9branla l&rsquo;\u00e9difice cart\u00e9sien. Comment une substance totalement immat\u00e9rielle, inextensible, intangible et d\u00e9pourvue de surface de contact peut-elle entrer en contact avec un corps physique pour lui imprimer une acc\u00e9l\u00e9ration ou modifier sa direction ? Tout mouvement dans l&rsquo;univers physique requiert une impulsion, un contact ou une force spatiale. Si l&rsquo;esprit ne poss\u00e8de aucune \u00e9tendue, par quel myst\u00e8re peut-il agir sur la mati\u00e8re ?<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e8re de la thermodynamique contemporaine, cette aporie prend la forme d&rsquo;un conflit insurmontable avec le principe de conservation de l&rsquo;\u00e9nergie. La premi\u00e8re loi de la thermodynamique stipule que, dans un syst\u00e8me physique clos tel que notre univers, la quantit\u00e9 totale d&rsquo;\u00e9nergie demeure strictement constante. Or, si une \u00e2me immat\u00e9rielle intervenait pour modifier le comportement des neurones ou des neurotransmetteurs dans le cerveau sans \u00eatre elle-m\u00eame une entit\u00e9 physique, elle injecterait de l&rsquo;\u00e9nergie exog\u00e8ne dans le syst\u00e8me ou en absorberait une part, violant directement le principe de cl\u00f4ture causale et les \u00e9quations les plus \u00e9prouv\u00e9es de la physique fondamentale. L&rsquo;attribution cart\u00e9sienne d&rsquo;un r\u00f4le d&rsquo;aiguillage \u00e0 la glande pin\u00e9ale est apparue rapidement comme un exp\u00e9dient pr\u00e9-scientifique, incapable de surmonter la contradiction d&rsquo;un contact sans mati\u00e8re et d&rsquo;une force sans \u00e9tendue.<\/p>\n<h2>4. Diff\u00e9rences cl\u00e9s entre monisme et dualisme<\/h2>\n<h3>4.1 Nature de la r\u00e9alit\u00e9 et architecture ontologique<\/h3>\n<p>L&rsquo;ab\u00eeme s\u00e9parant le monisme du dualisme se manifeste avec \u00e9clat d\u00e8s lors que l&rsquo;on analyse l&rsquo;architecture globale qu&rsquo;ils assignent au r\u00e9el. Le monisme impose un principe d&rsquo;homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 absolue : la multiplicit\u00e9 infinie des choses observables n&rsquo;est qu&rsquo;une diff\u00e9renciation interne au sein d&rsquo;une matrice ontologique unique. L&rsquo;\u00eatre y est intrins\u00e8quement indivisible ; le sujet observant et l&rsquo;objet observ\u00e9 ne sont pas deux p\u00f4les \u00e9trangers l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre, mais des moments corr\u00e9latifs d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 indivise. Cette approche bannit par principe l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une transcendance substantielle au profit d&rsquo;une stricte immanence : tout ce qui survient d\u00e9coule des potentialit\u00e9s internes de l&rsquo;unique substance primordiale.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9, le dualisme \u00e9rige l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 en fondement ind\u00e9passable du cosmos. Pour \u00e9puiser la description du r\u00e9el, le th\u00e9oricien doit imp\u00e9rativement mobiliser deux cat\u00e9gories primitives, orthogonales et irr\u00e9ductibles. Cette posture instaure une scission ontologique d\u00e9finitive entre la sph\u00e8re de l&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9 (le domaine du sens, de la r\u00e9flexivit\u00e9 et de l&rsquo;intentionalit\u00e9) et celle de l&rsquo;ext\u00e9riorit\u00e9 (le r\u00e8gne de l&rsquo;espace, de la quantit\u00e9 et du d\u00e9terminisme aveugle). Alors que le monisme s&#8217;emploie \u00e0 tisser des passerelles continues entre le caillou, la cellule vivante et la pens\u00e9e philosophique, le dualisme proclame l&rsquo;existence d&rsquo;une rupture qualitative incommensurable entre l&rsquo;organisation corporelle et l&rsquo;\u00e9veil du sentiment d&rsquo;exister.<\/p>\n<h3>4.2 Causalit\u00e9 et interaction esprit-corps<\/h3>\n<p>Le traitement des relations de cause \u00e0 effet constitue la ligne de fracture la plus pol\u00e9mique entre les deux paradigmes. Pour le moniste physicaliste, la question de l&rsquo;interaction psycho-physique est r\u00e9solue par dissolution : il n&rsquo;y a jamais de franchissement de fronti\u00e8re d&rsquo;un r\u00e8gne \u00e0 un autre, car toute cause efficace est intramat\u00e9rielle. Le monde physique est causalement clos ; pour chaque \u00e9v\u00e9nement neurophysiologique conduisant \u00e0 une action motrice, il existe une cha\u00eene ininterrompue de causes physiques ant\u00e9rieures qui en fournit l&rsquo;explication suffisante. La conscience, qu&rsquo;elle soit identifi\u00e9e aux \u00e9tats neuronaux ou comprise comme un syst\u00e8me de relations fonctionnelles, ne requiert l&rsquo;injection d&rsquo;aucune causalit\u00e9 magique. De m\u00eame, la synchronisation attentionnelle et l&rsquo;ajustement moteur \u00e9tudi\u00e9s dans le cadre du contr\u00f4le de l&rsquo;action (<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3758\/bf03196201\">Wulf &amp; Prinz, 2001<\/a>) s&rsquo;expliquent de fa\u00e7on optimale par l&rsquo;int\u00e9gration sensorimotrice sans postuler de levier immat\u00e9riel intervenant sur la biochimie musculaire.<\/p>\n<p>Le dualisme, pour sa part, se trouve contraint d&rsquo;\u00e9laborer des mod\u00e8les m\u00e9taphysiques d&rsquo;une immense complexit\u00e9 pour sauver la corr\u00e9lation psychophysique. Le mod\u00e8le interactionniste classique (Descartes, John Eccles) doit soutenir l&rsquo;existence d&rsquo;une causalit\u00e9 bidirectionnelle franchissant la barri\u00e8re ontologique entre l&rsquo;esprit et le cerveau, se heurtant \u00e0 l&rsquo;incompatibilit\u00e9 avec la conservation \u00e9nerg\u00e9tique. Pour contourner ce scandale th\u00e9orique, les post-cart\u00e9siens durent inventer des syst\u00e8mes stup\u00e9fiants d&rsquo;ing\u00e9niosit\u00e9 : Nicolas Malebranche cr\u00e9a l&rsquo;<strong>occasionnalisme<\/strong>, o\u00f9 Dieu intervient \u00e0 chaque instant pour mouvoir le corps \u00e0 l&rsquo;occasion d&rsquo;une volont\u00e9 de l&rsquo;esprit ; Gottfried Wilhelm Leibniz postula l&rsquo;<strong>harmonie pr\u00e9\u00e9tablie<\/strong>, assimilant l&rsquo;\u00e2me et le corps \u00e0 deux horloges distinctes r\u00e9gl\u00e9es d\u00e8s la Cr\u00e9ation par une puissance divine supr\u00eame pour sonner \u00e0 l&rsquo;unisson sans jamais exercer la moindre influence causale r\u00e9ciproque. L&rsquo;alternative dualiste moderne consiste \u00e0 accepter l&rsquo;\u00e9piph\u00e9nom\u00e9nisme, sacrifiant l&rsquo;efficacit\u00e9 de la conscience pour pr\u00e9server la physique, au prix d&rsquo;un sentiment d&rsquo;inutilit\u00e9 \u00e9volutive du v\u00e9cu conscient.<\/p>\n<h3>4.3 Approche du probl\u00e8me de la conscience et des qualia<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation des <em>qualia<\/em> \u2014 ces aspects qualitatifs bruts de nos sensations subjectives \u2014 s\u00e9pare irr\u00e9m\u00e9diablement les camps. Le monisme dominant traite ces propri\u00e9t\u00e9s comme des illusions ou des descriptions approximatives d&rsquo;op\u00e9rations physiques sous-jacentes. Selon la c\u00e9l\u00e8bre boutade de Daniel Dennett, le myst\u00e8re de la conscience ph\u00e9nom\u00e9nale n&rsquo;est qu&rsquo;un artefact g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par les confusions de notre vocabulaire ordinaire. Le physicaliste affirme qu&rsquo;une fois la totalit\u00e9 des fonctions c\u00e9r\u00e9brales mod\u00e9lis\u00e9es \u2014 de la discrimination des fr\u00e9quences \u00e0 la verbalisation \u2014, il ne reste aucun r\u00e9sidu myst\u00e9rieux. Si r\u00e9sidu il semble y avoir, il ne s&rsquo;agit que d&rsquo;une \u00ab opacit\u00e9 \u00e9pist\u00e9mique \u00bb inh\u00e9rente \u00e0 notre point de vue cognitif limit\u00e9, et non d&rsquo;une propri\u00e9t\u00e9 ontologique autonome.<\/p>\n<p>Pour le dualiste des propri\u00e9t\u00e9s ou de la substance, cette dissolution r\u00e9ductrice s&rsquo;apparente \u00e0 une n\u00e9gation pure et simple des donn\u00e9es premi\u00e8res du probl\u00e8me. Les <em>qualia<\/em> ne sont pas des abstractions th\u00e9oriques, mais le fondement m\u00eame \u00e0 partir duquel toute connaissance empirique est rendue possible : avant d&rsquo;\u00e9laborer la th\u00e9orie physique de la lumi\u00e8re, il a fallu exp\u00e9rimenter subjectivement la luminosit\u00e9. D\u00e8s lors, le dualiste traite la ph\u00e9nom\u00e9nalit\u00e9 comme un constituant primitif de l&rsquo;univers, au m\u00eame titre que l&rsquo;espace-temps, la masse ou la charge \u00e9lectrique. Pr\u00e9tendre que la conscience est r\u00e9ductible aux mouvements synaptiques \u00e9quivaut, pour un esprit dualiste, \u00e0 commettre une erreur de cat\u00e9gorie radicale, consistant \u00e0 mesurer la puret\u00e9 d&rsquo;un sentiment moral en m\u00e8tres ou en kilogrammes.<\/p>\n<h3>4.4 Cadres m\u00e9thodologiques et crit\u00e8res de validation<\/h3>\n<p>Les divergences m\u00e9thodologiques qui d\u00e9coulent de ces deux visions commandent les protocoles de validation dans les disciplines contemporaines. Le monisme souscrit fermement aux canons de l&#8217;empirisme quantitatif et \u00e0 l&rsquo;objectivation \u00e0 la troisi\u00e8me personne (<em>third-person perspective<\/em>). Ne peut pr\u00e9tendre au statut de fait scientifique que ce qui est publiquement observable, mesurable par des instruments ind\u00e9pendants et reproductible en laboratoire. L&rsquo;investigation de l&rsquo;esprit s&rsquo;effectue ainsi au prisme de l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf), de l&rsquo;\u00e9lectroenc\u00e9phalographie et de l&rsquo;enregistrement unitaire de neurones, subordonnant la validit\u00e9 des \u00e9tats internes \u00e0 leurs manifestations mat\u00e9rielles.<\/p>\n<p>Le dualisme accorde au contraire un privil\u00e8ge \u00e9pist\u00e9mologique absolu \u00e0 la premi\u00e8re personne (<em>first-person perspective<\/em>). Il soutient qu&rsquo;une ontologie qui \u00e9limine l&rsquo;acc\u00e8s introspectif, l&rsquo;intuition r\u00e9flexive et l&rsquo;analyse ph\u00e9nom\u00e9nologique se condamne \u00e0 la c\u00e9cit\u00e9 th\u00e9orique. La m\u00e9thode dualiste puise sa force dans des exp\u00e9riences de pens\u00e9e logiques, des analyses d&rsquo;inconcevalit\u00e9 conceptuelle et l&rsquo;exploration directe des structures de l&rsquo;exp\u00e9rience v\u00e9cue telle qu&rsquo;elle se manifeste \u00e0 elle-m\u00eame. D\u00e8s lors, la tension s&rsquo;exprime entre deux valeurs th\u00e9oriques antagonistes : le moniste privil\u00e9gie la <strong>parcimonie conceptuelle<\/strong> et l&rsquo;int\u00e9gration unifi\u00e9e au sein du r\u00e9seau des sciences naturelles, tandis que le dualiste privil\u00e9gie la <strong>fid\u00e9lit\u00e9 descriptive<\/strong> face \u00e0 la richesse irr\u00e9ductible de l&rsquo;exp\u00e9rience humaine.<\/p>\n<div style=\"overflow-x: auto; margin: 2rem 0;\">\n<table style=\"width: 100%; border-collapse: collapse; text-align: left; font-size: 0.95rem; border: 1px solid #cbd5e1;\">\n<thead>\n<tr style=\"background-color: #f1f5f9; border-bottom: 2px solid #94a3b8;\">\n<th style=\"padding: 12px 16px; font-weight: bold; color: #1e293b; border-right: 1px solid #cbd5e1;\">Crit\u00e8re ontologique \/ Dimension<\/th>\n<th style=\"padding: 12px 16px; font-weight: bold; color: #1e293b; border-right: 1px solid #cbd5e1;\">Monisme<\/th>\n<th style=\"padding: 12px 16px; font-weight: bold; color: #1e293b;\">Dualisme<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr style=\"border-bottom: 1px solid #e2e8f0;\">\n<td style=\"padding: 12px 16px; font-weight: 600; color: #334155; border-right: 1px solid #cbd5e1;\">Nature de la r\u00e9alit\u00e9<\/td>\n<td style=\"padding: 12px 16px; color: #475569; border-right: 1px solid #cbd5e1;\">Une seule substance ou \u00e9toffe fondamentale (mati\u00e8re, id\u00e9e ou substrat neutre).<\/td>\n<td style=\"padding: 12px 16px; color: #475569;\">Deux ordres de r\u00e9alit\u00e9 fondamentalement irr\u00e9ductibles (mati\u00e8re et esprit).<\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"background-color: #f8fafc; border-bottom: 1px solid #e2e8f0;\">\n<td style=\"padding: 12px 16px; font-weight: 600; color: #334155; border-right: 1px solid #cbd5e1;\">M\u00e9canisme causal<\/td>\n<td style=\"padding: 12px 16px; color: #475569; border-right: 1px solid #cbd5e1;\">Cl\u00f4ture causale stricte au sein de l&rsquo;unique substance (par exemple, d\u00e9terminisme physique).<\/td>\n<td style=\"padding: 12px 16px; color: #475569;\">Interactionnisme h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, parall\u00e9lisme divin ou \u00e9piph\u00e9nom\u00e9nisme inefficace.<\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"border-bottom: 1px solid #e2e8f0;\">\n<td style=\"padding: 12px 16px; font-weight: 600; color: #334155; border-right: 1px solid #cbd5e1;\">Statut des <em>qualia<\/em> et de la subjectivit\u00e9<\/td>\n<td style=\"padding: 12px 16px; color: #475569; border-right: 1px solid #cbd5e1;\">R\u00e9ductibles \u00e0 des fonctions\/\u00e9tats neurophysiologiques ou \u00e9limin\u00e9s comme des illusions.<\/td>\n<td style=\"padding: 12px 16px; color: #475569;\">Propri\u00e9t\u00e9s primitives et irr\u00e9ductibles, faits fondamentaux de l&rsquo;univers.<\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"background-color: #f8fafc; border-bottom: 1px solid #e2e8f0;\">\n<td style=\"padding: 12px 16px; font-weight: 600; color: #334155; border-right: 1px solid #cbd5e1;\">Conservation de l&rsquo;\u00e9nergie physique<\/td>\n<td style=\"padding: 12px 16px; color: #475569; border-right: 1px solid #cbd5e1;\">Pr\u00e9serv\u00e9e int\u00e9gralement sans exception ni anomalie thermodynamique.<\/td>\n<td style=\"padding: 12px 16px; color: #475569;\">Menac\u00e9e par l&rsquo;action causale non physique (sauf sous l&rsquo;\u00e9piph\u00e9nom\u00e9nisme ou le parall\u00e9lisme).<\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"border-bottom: 1px solid #e2e8f0;\">\n<td style=\"padding: 12px 16px; font-weight: 600; color: #334155; border-right: 1px solid #cbd5e1;\">Postulat m\u00e9thodologique principal<\/td>\n<td style=\"padding: 12px 16px; color: #475569; border-right: 1px solid #cbd5e1;\">Objectivation \u00e0 la troisi\u00e8me personne, v\u00e9rificationnisme et rasoir d&rsquo;Ockham.<\/td>\n<td style=\"padding: 12px 16px; color: #475569;\">Perspective \u00e0 la premi\u00e8re personne, intuition r\u00e9flexive et fid\u00e9lit\u00e9 ph\u00e9nom\u00e9nologique.<\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"background-color: #f8fafc;\">\n<td style=\"padding: 12px 16px; font-weight: 600; color: #334155; border-right: 1px solid #cbd5e1;\">Point de rupture th\u00e9orique (aporie)<\/td>\n<td style=\"padding: 12px 16px; color: #475569; border-right: 1px solid #cbd5e1;\">Le \u00ab probl\u00e8me difficile \u00bb : gouffre explicatif infranchissable vers la subjectivit\u00e9.<\/td>\n<td style=\"padding: 12px 16px; color: #475569;\">L&rsquo;interaction causale impossible entre substances sans contact spatial.<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/div>\n<h2>5. Similitudes et convergences philosophiques<\/h2>\n<h3>5.1 Objectif th\u00e9orique commun d&rsquo;explication du r\u00e9el<\/h3>\n<p>Derri\u00e8re l&rsquo;\u00e2pret\u00e9 de leurs affrontements s\u00e9culaires, le monisme et le dualisme partagent un horizon programmatique identique : expliciter rationnellement l&rsquo;ordonnancement du cosmos et dissiper les myst\u00e8res de notre condition d&rsquo;\u00eatres conscients et charnels. Loin de s&rsquo;abandonner \u00e0 des \u00e9chappatoires magiques ou \u00e0 un obscurantisme fataliste, les deux camps ob\u00e9issent \u00e0 une exigence scrupuleuse d&rsquo;intelligibilit\u00e9. Ils s&rsquo;accordent sur le constat empirique premier : il existe une relation intime, constante, pr\u00e9visible et extraordinairement fine entre les \u00e9v\u00e9nements qui affectent le syst\u00e8me nerveux et les \u00e9tats subjectifs \u00e9prouv\u00e9s par l&rsquo;individu. Qu&rsquo;un choc au cr\u00e2ne abolisse la conscience ou qu&rsquo;un compos\u00e9 chimique modifie l&rsquo;humeur est un truisme partag\u00e9 par Spinoza, Descartes, Locke et les neuroscientifiques actuels.<\/p>\n<p>De plus, les deux paradigmes partagent le m\u00eame corpus conceptuel et se voient contraints de manipuler les m\u00eames cat\u00e9gories fondamentales : la notion de <em>substance<\/em> (ce qui subsiste par soi-m\u00eame), d&rsquo;<em>\u00e9tat<\/em> (les modifications transitoires d&rsquo;un support), de <em>propri\u00e9t\u00e9<\/em> (les attributs essentiels ou accidentels) et de <em>relation causale<\/em>. Leurs disputes ne portent pas sur la pertinence de ces instruments conceptuels, mais sur la mani\u00e8re d&rsquo;en d\u00e9limiter l&rsquo;extension et de les appliquer \u00e0 l&rsquo;esprit. L&rsquo;effort consenti par chaque th\u00e9orie pour formaliser logiquement ses arguments \u2014 que l&rsquo;on songe aux d\u00e9monstrations g\u00e9om\u00e9triques de Spinoza ou \u00e0 l&rsquo;usage sophistiqu\u00e9 de la logique modale chez Chalmers pour \u00e9valuer la concevabilit\u00e9 des zombies \u2014 t\u00e9moigne d&rsquo;une semblable all\u00e9geance aux r\u00e9quisits de la rationalit\u00e9 d\u00e9monstrative.<\/p>\n<h3>5.2 Zones fronti\u00e8res et mod\u00e8les hybrides<\/h3>\n<p>La d\u00e9marcation entre monisme et dualisme, si nette dans les manuels \u00e9l\u00e9mentaires, s&rsquo;estompe fr\u00e9quemment au contact des \u00e9laborations m\u00e9taphysiques les plus subtiles, donnant naissance \u00e0 des mod\u00e8les fronti\u00e8res passionnants. L&rsquo;un des exemples les plus manifestes est l&rsquo;<strong>\u00e9mergentisme fort<\/strong>. Cette doctrine postule une base moniste : l&rsquo;univers est compos\u00e9 exclusivement d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments physiques \u00e9l\u00e9mentaires. Cependant, elle affirme que lorsque la mati\u00e8re s&rsquo;organise selon des architectures hautement complexes \u2014 \u00e0 l&rsquo;instar du cerveau biologique \u2014, des lois fondamentales de la nature enti\u00e8rement nouvelles \u00e9mergent, conf\u00e9rant au syst\u00e8me des propri\u00e9t\u00e9s globales qui ne peuvent en aucun cas \u00eatre d\u00e9duites des lois microphysiques locales. L&rsquo;\u00e9mergentisme fort oscille ainsi entre un monisme quant \u00e0 la substance sous-jacente et un v\u00e9ritable dualisme quant aux lois et aux puissances causales du syst\u00e8me.<\/p>\n<p>De m\u00eame, la parent\u00e9 entre le monisme \u00e0 double aspect de Spinoza et le dualisme contemporain des propri\u00e9t\u00e9s est frappante. Dire, comme le fait Spinoza, que l&rsquo;\u00e2me et le corps sont deux expressions d&rsquo;une seule et m\u00eame substance infinie, ou affirmer, comme le physicaliste non r\u00e9ducteur, que le cerveau poss\u00e8de \u00e0 la fois des propri\u00e9t\u00e9s physiques objectives et des propri\u00e9t\u00e9s ph\u00e9nom\u00e9nales subjectives, rel\u00e8ve souvent d&rsquo;une modulation stylistique plut\u00f4t que d&rsquo;un d\u00e9saccord ontologique profond. Dans les deux cas, la pens\u00e9e renonce \u00e0 faire de l&rsquo;esprit une substance ind\u00e9pendante capable de flotter dans le vide sans substrat, tout en refusant d&rsquo;an\u00e9antir la singularit\u00e9 de la pens\u00e9e dans la pure m\u00e9canique des chocs mat\u00e9riels. Ces convergences d\u00e9montrent que le spectre th\u00e9orique est continu et que les mod\u00e8les les plus f\u00e9conds se situent pr\u00e9cis\u00e9ment dans ces interstices m\u00e9taphysiques hybrides.<\/p>\n<h3>5.3 D\u00e9pendance mutuelle dans l&rsquo;\u00e9volution dialectique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la philosophie de l&rsquo;esprit peut \u00eatre lue comme une dialectique dynamique o\u00f9 chaque \u00e9cole s&rsquo;alimente des critiques formul\u00e9es par son adversaire pour \u00e9purer ses propres concepts. Le dualisme n&rsquo;a jamais cess\u00e9 de se transformer sous la pression des victoires empiriques du mat\u00e9rialisme. En d\u00e9non\u00e7ant le \u00ab fant\u00f4me dans la machine \u00bb (formule c\u00e9l\u00e8bre forg\u00e9e par Gilbert Ryle en 1949 pour tourner en d\u00e9rision le dualisme cart\u00e9sien), le monisme a contraint les dualistes \u00e0 abandonner l&rsquo;illusion d&rsquo;une \u00e2me log\u00e9e dans la bo\u00eete cr\u00e2nienne comme un homoncule aux commandes d&rsquo;un navire, favorisant ainsi l&rsquo;essor du dualisme naturaliste et de l&rsquo;\u00e9piph\u00e9nom\u00e9nisme sophistiqu\u00e9.<\/p>\n<p>R\u00e9ciproquement, la r\u00e9sistance acharn\u00e9e du dualisme a sauv\u00e9 la philosophie de l&rsquo;esprit du triomphalisme myope des r\u00e9ductionnismes na\u00effs. Chaque fois que le physicalisme a pr\u00e9tendu clore le d\u00e9bat en d\u00e9clarant la conscience obsol\u00e8te \u2014 que ce soit \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque du b\u00e9haviorisme skinn\u00e9rien ou des d\u00e9buts de la cybern\u00e9tique \u2014, l&rsquo;aiguillon dualiste, arm\u00e9 des arguments de l&rsquo;inconcevalit\u00e9, du gouffre explicatif et de la subjectivit\u00e9 radicale des <em>qualia<\/em>, a rappel\u00e9 aux scientifiques que leur mod\u00e8le laissait pr\u00e9cis\u00e9ment de c\u00f4t\u00e9 l&rsquo;essentiel de ce qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;expliquer. Cette d\u00e9pendance mutuelle interdit toute victoire d\u00e9finitive d&rsquo;un camp sur l&rsquo;autre et maintient vivante l&rsquo;enqu\u00eate philosophique.<\/p>\n<h2>6. Champs d&rsquo;application et pertinence m\u00e9thodologique<\/h2>\n<h3>6.1 Pertinence du cadre moniste en science appliqu\u00e9e<\/h3>\n<p>Dans l&rsquo;ar\u00e8ne des sciences empiriques appliqu\u00e9es, le monisme mat\u00e9rialiste et fonctionnaliste s&rsquo;impose avec une h\u00e9g\u00e9monie \u00e9crasante en tant que postulat m\u00e9thodologique indispensable. La pharmacologie psychiatrique et la neurologie clinique reposent tout enti\u00e8res sur la conviction qu&rsquo;une modification pr\u00e9cise de la cin\u00e9tique des r\u00e9cepteurs s\u00e9rotoninergiques, dopaminergiques ou gabaergiques engendre une alt\u00e9ration concomitante, mesurable et reproductible des \u00e9tats de l&rsquo;humeur, du d\u00e9lire ou de l&rsquo;attention. Si le m\u00e9decin devait postuler qu&rsquo;une substance immat\u00e9rielle et inaccessible aux r\u00e9actifs chimiques r\u00e9gissait de fa\u00e7on autonome les affects du patient, l&rsquo;ensemble de l&rsquo;\u00e9difice th\u00e9rapeutique de la m\u00e9decine moderne s&rsquo;effondrerait dans une impuissance totale.<\/p>\n<p>Dans le domaine de l&rsquo;intelligence artificielle et des neurosciences computationnelles, le cadre moniste-fonctionnaliste constitue le moteur exclusif de l&rsquo;innovation. En affirmant que les op\u00e9rations cognitives ne sont pas consubstantielles \u00e0 la chair organique mais consistent en des algorithmes de traitement d&rsquo;information optimis\u00e9s par des fonctions de co\u00fbt, les ing\u00e9nieurs peuvent concevoir des r\u00e9seaux de neurones profonds, des architectures de transformeurs et des mod\u00e8les d&rsquo;apprentissage par renforcement qui \u00e9galent ou surpassent les performances cognitives humaines dans une multitude de domaines. L&rsquo;unit\u00e9 fondamentale mati\u00e8re-calcul permet de concevoir l&rsquo;esprit comme un processus physique d&rsquo;auto-organisation, validant l&rsquo;efficacit\u00e9 op\u00e9rationnelle de la cl\u00f4ture causale du monde mat\u00e9riel.<\/p>\n<h3>6.2 Utilit\u00e9 heuristique du prisme dualiste en sciences humaines<\/h3>\n<p>Si le monisme r\u00e8gne sur les laboratoires de biologie et d&rsquo;ing\u00e9nierie, le prisme dualiste conserve une vigueur heuristique irrempla\u00e7able d\u00e8s lors que l&rsquo;on p\u00e9n\u00e8tre le domaine de la psychoth\u00e9rapie relationnelle, de la ph\u00e9nom\u00e9nologie clinique et des sciences juridiques. En psychopathologie, r\u00e9duire un d\u00e9lire m\u00e9lancolique ou un traumatisme profond \u00e0 un simple d\u00e9s\u00e9quilibre synaptique st\u00e9rilise l&rsquo;\u00e9coute clinique. Le th\u00e9rapeute doit n\u00e9cessairement op\u00e9rer un d\u00e9doublement pragmatique : accueillir le r\u00e9cit subjectif \u00e0 la premi\u00e8re personne, le sens biographique et l&rsquo;angoisse existentielle du patient comme des r\u00e9alit\u00e9s pleines et enti\u00e8res, irr\u00e9ductibles \u00e0 des artefacts mol\u00e9culaires. Les protocoles th\u00e9rapeutiques explorant la r\u00e9gulation de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 et de l&rsquo;anticipation des menaces (<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3389\/fnhum.2013.00203\">Robinson et al., 2013<\/a>) soulignent \u00e0 quel point les processus d&rsquo;appr\u00e9hension cognitive et \u00e9motionnelle modulent profond\u00e9ment les fonctions attentionnelles, exigeant une prise en compte du v\u00e9cu interne du patient.<\/p>\n<p>Sur le plan \u00e9thique et juridique, l&rsquo;armature de nos soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9mocratiques repose sur la fiction op\u00e9ratoire du dualisme : la distinction entre la personne titulaire de droits et la chose mat\u00e9rielle, entre l&rsquo;intention morale et le mouvement physique accidentel. Le droit p\u00e9nal exige la d\u00e9monstration d&rsquo;un \u00e9l\u00e9ment moral (la <em>mens rea<\/em>, l&rsquo;intention coupable d&rsquo;un esprit d\u00e9lib\u00e9rant) aux c\u00f4t\u00e9s de l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment mat\u00e9riel (l&rsquo;<em>actus reus<\/em>, l&rsquo;acte physique commis par le corps). \u00c9liminer cette s\u00e9paration sous pr\u00e9texte que le cerveau n&rsquo;est qu&rsquo;un ensemble de r\u00e9actions biophysiques d\u00e9termin\u00e9es reviendrait \u00e0 dissoudre la responsabilit\u00e9 p\u00e9nale, la culpabilit\u00e9 et la notion m\u00eame de dignit\u00e9 humaine, r\u00e9duisant le criminel \u00e0 un m\u00e9canisme d\u00e9fectueux qu&rsquo;il conviendrait de reprogrammer ou de neutraliser sans jugement moral. De surcro\u00eet, les th\u00e9ories contemporaines de l&rsquo;autonomie et de la motivation humaine (<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/s11031-019-09818-1\">Vansteenkiste et al., 2020<\/a>) mettent en lumi\u00e8re le r\u00f4le central des besoins psychologiques fondamentaux dans l&rsquo;\u00e9panouissement individuel, attestant que l&rsquo;exp\u00e9rience v\u00e9cue de la volont\u00e9 et du sens ne saurait \u00eatre \u00e9vacu\u00e9e au profit d&rsquo;un fonctionnalisme d\u00e9shumanisant.<\/p>\n<h3>6.3 Crit\u00e8res pragmatiques de choix ontologique<\/h3>\n<p>Face \u00e0 cette partition fonctionnelle de nos savoirs, le th\u00e9oricien contemporain est invit\u00e9 \u00e0 adopter une posture de <strong>pluralisme pragmatique<\/strong>. Selon la c\u00e9l\u00e8bre distinction h\u00e9rit\u00e9e de Wilhelm Dilthey, les sciences de la nature visent \u00e0 <em>expliquer<\/em> (<em>erkl\u00e4ren<\/em>) les ph\u00e9nom\u00e8nes par des lois causales g\u00e9n\u00e9rales, tandis que les sciences de l&rsquo;esprit visent \u00e0 <em>comprendre<\/em> (<em>verstehen<\/em>) les conduites humaines \u00e0 travers la saisie de significations immanentes. Le choix du cadre ontologique ne doit pas d\u00e9couler d&rsquo;une profession de foi dogmatique, mais d&rsquo;une ad\u00e9quation \u00e0 la finalit\u00e9 de l&rsquo;enqu\u00eate : le monisme physicaliste est le cadre optimal pour intervenir techniquement sur le substrat mat\u00e9riel du vivant, tandis que le cadre dualiste ph\u00e9nom\u00e9nologique est indispensable pour interpr\u00e9ter le sens des existences et r\u00e9guler l&rsquo;ordre social.<\/p>\n<p>Ce pluralisme \u00e9clair\u00e9 permet d&rsquo;\u00e9viter les \u00e9cueils sym\u00e9triques qui guettent chacune des postures absolues. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, le r\u00e9ductionnisme moniste outrancier bascule dans un nihilisme s\u00e9mantique, niant la l\u00e9gitimit\u00e9 de nos sentiments, de nos id\u00e9aux moraux et de notre conscience politique sous pr\u00e9texte qu&rsquo;ils ne sont que des d\u00e9charges chimiques. De l&rsquo;autre, le dualisme dogmatique s&rsquo;ab\u00eeme dans un obscurantisme antiscientifique, refusant de reconna\u00eetre les d\u00e9pendances organiques de la pens\u00e9e et entravant les progr\u00e8s de la m\u00e9decine biologique par la sacralisation f\u00e9tichiste d&rsquo;une \u00e2me imp\u00e9n\u00e9trable. Entre ces deux d\u00e9rives, les praticiens contemporains \u2014 qu&rsquo;ils soient psychiatres, juristes ou philosophes des sciences \u2014 manifestent une tendance salutaire \u00e0 un agnosticisme ontologique bienveillant, privil\u00e9giant l&rsquo;efficacit\u00e9 conceptuelle locale sur la cl\u00f4ture m\u00e9taphysique pr\u00e9matur\u00e9e.<\/p>\n<h2>7. Foire aux questions (FAQ)<\/h2>\n<h3>7.1 Les neurosciences ont-elles d\u00e9finitivement r\u00e9fut\u00e9 le dualisme ?<\/h3>\n<p>Une doxa r\u00e9pandue dans la vulgarisation scientifique affirme que l&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale contemporaine aurait an\u00e9anti les pr\u00e9tentions du dualisme. Cette assertion repose sur une grossi\u00e8re confusion logique entre <strong>corr\u00e9lation<\/strong> et <strong>identit\u00e9 ontologique<\/strong>. Les neurosciences \u00e9tablissent avec une clart\u00e9 sans pr\u00e9c\u00e9dent des corr\u00e9lats neuronaux de la conscience (NCC, <em>Neural Correlates of Consciousness<\/em>) : lorsqu&rsquo;un sujet \u00e9prouve un \u00e9tat de joie, r\u00e9cite un po\u00e8me ou \u00e9prouve une douleur cuisante, des configurations topologiques pr\u00e9cises d&rsquo;activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale s&rsquo;allument sur les \u00e9crans des scanners.<\/p>\n<p>Toutefois, prouver que l&rsquo;\u00e9tat mental <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"M\">$M$<\/span> est invariablement corr\u00e9l\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat neuronal <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"N\">$N$<\/span> ne d\u00e9montre en aucune fa\u00e7on que <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"M\">$M$<\/span> est identique \u00e0 <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"N\">$N$<\/span>. Deux musiciens jouant parfaitement la m\u00eame partition sur deux instruments diff\u00e9rents sont rigoureusement corr\u00e9l\u00e9s sans \u00eatre la m\u00eame entit\u00e9. Certes, les neurosciences ont d\u00e9finitivement r\u00e9fut\u00e9 le dualisme cart\u00e9sien na\u00eff quant \u00e0 la localisation de l&rsquo;\u00e2me dans la glande pin\u00e9ale, ainsi que les \u00e9tudes sur les patients au cerveau scind\u00e9 (<em>split-brain<\/em>) initi\u00e9es par Roger Sperry et Michael Gazzaniga ont d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;une section chirurgicale du corps calleux entra\u00eene deux flux de conscience distincts et ind\u00e9pendants au sein du m\u00eame cr\u00e2ne, pulv\u00e9risant la conception cart\u00e9sienne d&rsquo;un moi substantiel indivisible. Mais le <strong>dualisme des propri\u00e9t\u00e9s<\/strong> demeure quant \u00e0 lui logiquement intouchable par les neurosciences : un dualiste des propri\u00e9t\u00e9s accepte volontiers que chaque \u00e9tat mental n\u00e9cessite un support c\u00e9r\u00e9bral pour exister, tout en maintenant que la sensation v\u00e9cue demeure une propri\u00e9t\u00e9 qualitativement irr\u00e9ductible aux grandeurs physiques mesur\u00e9es par l&rsquo;IRMf.<\/p>\n<h3>7.2 Le monisme neutre est-il simplement un dualisme d\u00e9guis\u00e9 ?<\/h3>\n<p>L&rsquo;accusation selon laquelle le monisme neutre ne serait qu&rsquo;un dualisme habilement maquill\u00e9 d\u00e9coule d&rsquo;une m\u00e9compr\u00e9hension de sa structure interne. Les critiques font valoir que si le moniste neutre doit in fine admettre que la r\u00e9alit\u00e9 se manifeste sous un versant mental et un versant mat\u00e9riel, il r\u00e9introduit subrepticement les deux p\u00f4les de la dichotomie cart\u00e9sienne. Cette objection ne r\u00e9siste pas \u00e0 un examen attentif des propositions de William James et de Bertrand Russell.<\/p>\n<p>Dans le monisme neutre, la mati\u00e8re et l&rsquo;esprit ne sont absolument pas des r\u00e9alit\u00e9s fondamentales ou intrins\u00e8ques ; elles constituent de pures constructions logiques, relationnelles et extrins\u00e8ques. Consid\u00e9rons une analogie g\u00e9om\u00e9trique : un m\u00eame point d&rsquo;intersection peut appartenir simultan\u00e9ment \u00e0 une ligne horizontale et \u00e0 une ligne verticale sans poss\u00e9der en lui-m\u00eame de nature sp\u00e9cifiquement horizontale ou verticale. De la m\u00eame fa\u00e7on, une sensation brute \u2014 par exemple une tache de couleur dans le champ visuel \u2014 est un \u00e9v\u00e9nement neutre en soi. Si nous l&rsquo;analysons dans ses relations causales avec les longueurs d&rsquo;ondes lumineuses, les r\u00e9cepteurs r\u00e9tiniens et les lois de l&rsquo;optique, nous l&rsquo;inscrivons dans le faisceau causal nomm\u00e9 \u00ab objet physique \u00bb. Si nous analysons cette m\u00eame sensation dans ses relations avec la m\u00e9moire, l&rsquo;\u00e9motion et l&rsquo;association d&rsquo;id\u00e9es d&rsquo;un individu particulier, nous l&rsquo;inscrivons dans le faisceau nomm\u00e9 \u00ab \u00e9tat mental \u00bb. Il n&rsquo;y a donc qu&rsquo;une seule et unique \u00e9toffe ontologique pr\u00e9alable aux cat\u00e9gorisations secondaires, ce qui distingue irr\u00e9vocablement le monisme neutre de toute forme de dualisme.<\/p>\n<h3>7.3 Pourquoi le dualisme reste-t-il l&rsquo;intuition spontan\u00e9e de l&rsquo;\u00eatre humain ?<\/h3>\n<p>La persistance ind\u00e9racinable du dualisme dans le sens commun et au sein de la quasi-totalit\u00e9 des cultures humaines s&rsquo;explique par des facteurs psychologiques, cognitifs et linguistiques profond\u00e9ment enracin\u00e9s dans l&rsquo;\u00e9volution de notre esp\u00e8ce. Les travaux en psychologie du d\u00e9veloppement cognitif d\u00e9montrent que les tr\u00e8s jeunes enfants manifestent spontan\u00e9ment ce que Paul Bloom nomme un \u00ab dualisme na\u00eff \u00bb. D\u00e8s l&rsquo;\u00e2ge de quelques mois, le cerveau humain applique deux moteurs d&rsquo;inf\u00e9rence distincts pour interpr\u00e9ter son environnement : une <em>physique intuitive<\/em> pour traiter des trajectoires des objets solides inanim\u00e9s soumis \u00e0 la gravit\u00e9, et une <em>psychologie intuitive<\/em> (th\u00e9orie de l&rsquo;esprit) pour d\u00e9coder les intentions, les visages et les d\u00e9sirs des agents anim\u00e9s. Nous sommes biologiquement pr\u00e9c\u00e2bl\u00e9s pour percevoir le monde \u00e0 travers cette double grille de lecture.<\/p>\n<p>\u00c0 cet ancrage neurod\u00e9veloppemental s&rsquo;ajoute l&rsquo;impact d\u00e9terminant de la structure du langage naturel. L&rsquo;analyse linguistique d\u00e9montre que la plupart des langues humaines imposent une syntaxe sujet-objet qui s\u00e9pare organiquement l&rsquo;agent de son corps : nous disons quotidiennement \u00ab <em>j&rsquo;ai<\/em> un corps \u00bb et non pas \u00ab <em>je suis<\/em> un corps \u00bb, op\u00e9rant ainsi une dissociation grammaticale implicite entre l&rsquo;entit\u00e9 souveraine qui poss\u00e8de et l&rsquo;objet poss\u00e9d\u00e9. M\u00eame dans les registres d&rsquo;expressivit\u00e9 multimodale o\u00f9 le lexique tente de mimer directement les dynamiques perceptives et sensorielles du monde (<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1002\/lnc3.361\">Dingemanse, 2012<\/a>), la tension entre l&rsquo;ext\u00e9riorit\u00e9 descriptive de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement et l&rsquo;impression int\u00e9rieure de son sens persiste, consolidant le foss\u00e9 ph\u00e9nom\u00e9nologique ressenti entre l&rsquo;enveloppe corporelle et la subjectivit\u00e9 intime.<\/p>\n<h2>8. Conclusion : Vers une dialectique contemporaine de l&rsquo;esprit<\/h2>\n<h3>8.1 Synth\u00e8se des apports th\u00e9oriques r\u00e9ciproques<\/h3>\n<p>Au terme de cette travers\u00e9e dialectique, il appara\u00eet manifeste que le monisme et le dualisme ne doivent point \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9s comme deux forteresses m\u00e9taphysiques vou\u00e9es \u00e0 une anath\u00e9matisation st\u00e9rile, mais plut\u00f4t comme les deux p\u00f4les r\u00e9gulateurs indispensables de notre qu\u00eate d&rsquo;intelligibilit\u00e9. Le <strong>monisme<\/strong> s&rsquo;affirme comme le garant irrempla\u00e7able de la coh\u00e9rence scientifique, le rempart m\u00e9thodologique contre l&rsquo;invasion de forces occultes ou d&rsquo;explications surnaturelles paresseuses, et l&rsquo;artisan d&rsquo;une int\u00e9gration harmonieuse de l&rsquo;homme au sein du grand continuum de la nature. Sans l&rsquo;imp\u00e9ratif moniste de la cl\u00f4ture causale et de l&rsquo;unit\u00e9 des lois, l&rsquo;aventure des neurosciences, de la biologie mol\u00e9culaire et de la cybern\u00e9tique n&rsquo;aurait pu s&rsquo;accomplir avec une telle magnificence op\u00e9rationnelle.<\/p>\n<p>R\u00e9ciproquement, le <strong>dualisme<\/strong> demeure le garde-fou salutaire contre l&rsquo;illusion scientiste d&rsquo;une transparence absolue de l&rsquo;\u00eatre par le calcul et la quantification aveugle. En d\u00e9fendant sans compromis la primitivit\u00e9 du fait ph\u00e9nom\u00e9nal, la sp\u00e9cificit\u00e9 ind\u00e9passable de l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la premi\u00e8re personne et l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;\u00e9vacuer l&rsquo;exp\u00e9rience v\u00e9cue au profit des seuls flux synaptiques, le dualisme pr\u00e9serve l&rsquo;espace du sens, de l&rsquo;art, de la d\u00e9lib\u00e9ration \u00e9thique et de la responsabilit\u00e9 humaine. Il nous rappelle salutairement que notre ontologie serait cruellement mutil\u00e9e si, sous pr\u00e9texte d&rsquo;\u00e9l\u00e9gance th\u00e9orique, elle devait faire l&rsquo;\u00e9conomie de la r\u00e9alit\u00e9 m\u00eame de celui qui regarde, qui doute et qui s&rsquo;interroge.<\/p>\n<h3>8.2 Horizons futurs et d\u00e9passement ontologique<\/h3>\n<p>L&rsquo;avenir de la philosophie de l&rsquo;esprit semble se dessiner au-del\u00e0 de l&rsquo;alternative classique binaire, au sein de synth\u00e8ses audacieuses qui tentent de subvertir l&rsquo;opposition frontale entre mati\u00e8re et conscience. L&rsquo;un des d\u00e9veloppements les plus prometteurs de ces derni\u00e8res ann\u00e9es r\u00e9side dans la Th\u00e9orie de l&rsquo;Information Int\u00e9gr\u00e9e (IIT) d\u00e9velopp\u00e9e par Giulio Tononi et Christof Koch. En posant que la conscience n&rsquo;est ni un fluide immat\u00e9riel ni une propri\u00e9t\u00e9 exclusive des cerveaux biologiques, mais une propri\u00e9t\u00e9 fondamentale correspondant \u00e0 la quantit\u00e9 d&rsquo;information intrins\u00e8quement int\u00e9gr\u00e9e (d\u00e9sign\u00e9e par la valeur math\u00e9matique <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"Phi\">$Phi$<\/span>) au sein de tout syst\u00e8me physique, l&rsquo;IIT r\u00e9concilie une armature rigoureusement moniste et physicaliste avec une posture proche du panpsychisme, o\u00f9 la subjectivit\u00e9 redevient un trait constitutif de la trame du r\u00e9el.<\/p>\n<p>De m\u00eame, l&rsquo;av\u00e8nement prochain d&rsquo;interfaces cerveau-machine bidirectionnelles \u00e0 haute densit\u00e9 et l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;entit\u00e9s synth\u00e9tiques affichant des comportements d&rsquo;une complexit\u00e9 cognitive in\u00e9dite obligeront la philosophie \u00e0 r\u00e9viser ses cadres d&rsquo;analyse. Lorsque l&rsquo;esprit humain pourra s&rsquo;hybrider directement avec des architectures de calcul d\u00e9localis\u00e9es, la notion cart\u00e9sienne de fronti\u00e8re somatique ou celle de cl\u00f4ture intramat\u00e9rielle subiront une mutation vertigineuse. Pour affronter ces d\u00e9fis sans pr\u00e9c\u00e9dent, la pens\u00e9e philosophique devra pr\u00e9server un pluralisme m\u00e9thodologique rigoureux, refusant les dogmatismes simplificateurs pour embrasser avec lucidit\u00e9 la splendide et in\u00e9puisable complexit\u00e9 du probl\u00e8me corps-esprit.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Dingemanse, M. (2012). Advances in the Cross\u2010Linguistic Study of Ideophones. <em>Language and Linguistics Compass<\/em>. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1002\/lnc3.361\">https:\/\/doi.org\/10.1002\/lnc3.361<\/a><\/li>\n<li>Robinson, O. J., Vytal, K. E., Cornwell, B. R., &amp; Grillon, C. (2013). The impact of anxiety upon cognition: perspectives from human threat of shock studies. <em>Frontiers in Human Neuroscience<\/em>. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3389\/fnhum.2013.00203\">https:\/\/doi.org\/10.3389\/fnhum.2013.00203<\/a><\/li>\n<li>Vago, D. R., &amp; Silbersweig, D. (2012). Self-awareness, self-regulation, and self-transcendence (S-ART): a framework for understanding the neurobiological mechanisms of mindfulness. <em>Frontiers in Human Neuroscience<\/em>. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3389\/fnhum.2012.00296\">https:\/\/doi.org\/10.3389\/fnhum.2012.00296<\/a><\/li>\n<li>Vansteenkiste, M., Ryan, R. M., &amp; Soenens, B. (2020). Basic psychological need theory: Advancements, critical themes, and future directions. <em>Motivation and Emotion<\/em>. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/s11031-019-09818-1\">https:\/\/doi.org\/10.1007\/s11031-019-09818-1<\/a><\/li>\n<li>Wulf, G., &amp; Prinz, W. (2001). Directing attention to movement effects enhances learning: A review. <em>Psychonomic Bulletin &amp; Review<\/em>. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3758\/bf03196201\">https:\/\/doi.org\/10.3758\/bf03196201<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Analyse comparative rigoureuse entre le monisme et le dualisme : fondements ontologiques, probl\u00e8me corps-esprit, variantes conceptuelles et implications.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","template":"","categories":[41225,1538],"tags":[37546,21999,31178,9586,41226],"class_list":["post-24316","psych_comparison","type-psych_comparison","status-publish","hentry","category-metaphysique","category-philosophie-de-lesprit","tag-dualisme","tag-monisme","tag-ontologie","tag-philosophie-de-lesprit","tag-probleme-corps-esprit"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_comparison\/24316","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_comparison"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_comparison"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=24316"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_comparison\/24316\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=24316"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=24316"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=24316"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}