{"id":9735,"date":"2026-09-23T17:18:01","date_gmt":"2026-09-23T17:18:01","guid":{"rendered":"http:\/\/french.arabpsychology.com\/theories\/theorie-premotrice-attention-giacomo-rizzolatti\/"},"modified":"2026-09-23T17:18:01","modified_gmt":"2026-09-23T17:18:01","slug":"theorie-premotrice-attention-giacomo-rizzolatti","status":"publish","type":"psych_article","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_article=theorie-premotrice-attention-giacomo-rizzolatti","title":{"rendered":"Th\u00e9orie pr\u00e9motrice de l&rsquo;attention &#8211; Giacomo Rizzolatti"},"content":{"rendered":"<p>Dans l&rsquo;histoire des neurosciences cognitives et de la philosophie de l&rsquo;esprit, peu de ruptures paradigmatiques ont \u00e9t\u00e9 aussi profondes que celle ayant remis en question le clivage cart\u00e9sien classique entre perception, cognition et action. Durant la majeure partie du XXe si\u00e8cle, le mod\u00e8le dominant h\u00e9ritier du fonctionnalisme computationnel envisageait le cerveau comme un syst\u00e8me s\u00e9quentiel de traitement de l&rsquo;information : les entr\u00e9es sensorielles \u00e9taient d&rsquo;abord d\u00e9cod\u00e9es de mani\u00e8re passive, puis transmises \u00e0 des modules centraux d\u00e9volus \u00e0 la d\u00e9lib\u00e9ration et \u00e0 l&rsquo;attention, avant que ces derniers ne transmettent leurs ordres au syst\u00e8me moteur, rel\u00e9gu\u00e9 au simple r\u00f4le d&rsquo;ex\u00e9cutant p\u00e9riph\u00e9rique. Ce cadre \u00ab en sandwich \u00bb \u2014 selon l&rsquo;expression c\u00e9l\u00e8bre de la philosophe <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/embodied-cognition\/\">Susan Hurley<\/a> \u2014 isolait l&rsquo;attention s\u00e9lective au sein de structures supra-modales ind\u00e9pendantes, charg\u00e9es de filtrer le flux perceptif ind\u00e9pendamment des contingences motrices de l&rsquo;organisme.<\/p>\n<p>C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment cette architecture hi\u00e9rarchique et d\u00e9sincarn\u00e9e qu&rsquo;est venue renverser la <strong>th\u00e9orie pr\u00e9motrice de l&rsquo;attention<\/strong> (<em>Premotor Theory of Attention<\/em>), formul\u00e9e \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980 par le neurophysiologiste italien <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.accademiadellenazionale.it\/\">Giacomo Rizzolatti<\/a> et son \u00e9quipe de l&rsquo;Universit\u00e9 de Parme, notamment Leonardo Fogassi, Vittorio Gallese, Luciano Fadiga, Giuseppe di Pellegrino et Maurizio Gentilucci. Au c\u0153ur de cette proposition th\u00e9orique audacieuse r\u00e9side une th\u00e8se d&rsquo;une radicale \u00e9l\u00e9gance : l&rsquo;attention spatiale ne rel\u00e8ve pas d&rsquo;un syst\u00e8me neuronal autonome ou surimpos\u00e9 aux cartes sensori-motrices, mais constitue une cons\u00e9quence directe, intrins\u00e8que et \u00e9mergente de la pr\u00e9paration \u00e0 l&rsquo;action. D\u00e9placer son attention dans l&rsquo;espace physique n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que programmer une commande motrice \u2014 le plus souvent une saccade oculaire ou un mouvement d&rsquo;atteinte manuelle \u2014 sans n\u00e9cessairement mener cette commande jusqu&rsquo;\u00e0 sa r\u00e9solution m\u00e9canique finale.<\/p>\n<p>En fondant l&rsquo;orientation spatiale sur les m\u00e9canismes computationnels de la planification motrice, l&rsquo;\u00e9cole de Parme a non seulement transform\u00e9 la neurobiologie de l&rsquo;attention, mais elle a \u00e9galement pos\u00e9 l&rsquo;une des pierres angulaires de la cognition incarn\u00e9e (<em>embodied cognition<\/em>). Cet article propose une exploration encyclop\u00e9dique et critique de la th\u00e9orie pr\u00e9motrice de l&rsquo;attention : depuis ses fondements \u00e9pist\u00e9mologiques et ses validations comportementales, neurophysiologiques et d&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale, jusqu&rsquo;aux controverses contemporaines suscit\u00e9es par les dissociations fonctionnelles entre circuits visuels et moteurs, ainsi que ses r\u00e9sonances cliniques dans la r\u00e9\u00e9ducation des n\u00e9gligences spatiales.<\/p>\n<h2>1. Introduction et fondements \u00e9pist\u00e9mologiques de la th\u00e9orie pr\u00e9motrice de l&rsquo;attention<\/h2>\n<h3>1.1 \u00c9mergence du paradigme sensori-moteur en sciences cognitives<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9mergence de la th\u00e9orie pr\u00e9motrice de l&rsquo;attention s&rsquo;inscrit au sein d&rsquo;un tournant \u00e9pist\u00e9mologique majeur qui a secou\u00e9 les sciences cognitives dans le dernier quart du XXe si\u00e8cle. Jusqu&rsquo;alors, la psychologie cognitive classique, largement domin\u00e9e par la m\u00e9taphore computationnelle de l&rsquo;esprit, postulait une s\u00e9paration stricte entre les \u00e9tapes aff\u00e9rentes (la perception), les processus interm\u00e9diaires de haut niveau (le raisonnement, la m\u00e9moire de travail et l&rsquo;attention s\u00e9lective) et les \u00e9tapes eff\u00e9rentes (le contr\u00f4le moteur). Selon ce mod\u00e8le lin\u00e9aire, l&rsquo;attention agissait comme un filtre ou un faisceau orientable op\u00e9rant dans un vide physique, s\u00e9lectionnant des repr\u00e9sentations symboliques abstraites avant toute sollicitation du r\u00e9pertoire moteur de l&rsquo;agent. Ce sch\u00e9ma perp\u00e9tuait inconsciemment le dualisme cart\u00e9sien, confinant l&rsquo;action \u00e0 un statut secondaire d&rsquo;effecteur passif subordonn\u00e9 \u00e0 un centre de commande souverain.<\/p>\n<p>Ce mod\u00e8le modulaire classique a progressivement montr\u00e9 ses limites conceptuelles face aux observations de la biologie \u00e9volutive et des neurosciences int\u00e9gratives. En effet, d&rsquo;un point de vue phylog\u00e9n\u00e9tique, le cerveau s&rsquo;est structur\u00e9 avant tout pour guider l&rsquo;action d&rsquo;organismes vivants au sein d&rsquo;environnements dynamiques et hostiles. La perception ne s&rsquo;est pas d\u00e9velopp\u00e9e pour contempler le monde de fa\u00e7on d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e, mais pour maximiser les opportunit\u00e9s de survie par des ajustements moteurs rapides et pr\u00e9cis. Ce constat rejoint les postulats de la psychologie \u00e9cologique initi\u00e9e par <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.psychologytoday.com\/\">James J. Gibson<\/a>, qui a d\u00e9montr\u00e9 que la perception d&rsquo;un objet correspond imm\u00e9diatement \u00e0 la perception de ses opportunit\u00e9s d&rsquo;action ou \u00ab affordances \u00bb (<em>affordances<\/em>). L&rsquo;espace n&rsquo;est pas une grille g\u00e9om\u00e9trique euclidienne et passive, mais un champ polaris\u00e9 par les potentialit\u00e9s d&rsquo;intervention somatique du sujet.<\/p>\n<p>Dans ce contexte de renouveau paradigmatique vers une approche incarn\u00e9e, situada et dynamique de l&rsquo;esprit (telle que d\u00e9fendue par Francisco Varela, Evan Thompson et Eleanor Rosch), l&rsquo;attention ne pouvait plus \u00eatre pens\u00e9e comme un projecteur magique planant au-dessus des structures neurales de l&rsquo;action. Il devenait imp\u00e9ratif de r\u00e9ancrer l&rsquo;orientation spatiale dans le substrat neurobiologique qui permet \u00e0 l&rsquo;organisme d&rsquo;interagir physiquement avec son milieu. L&rsquo;attention spatiale devait d\u00e8s lors \u00eatre reconsid\u00e9r\u00e9e non pas comme une \u00e9tape pr\u00e9alable et autonome pr\u00e9c\u00e9dant la d\u00e9cision motrice, mais comme la phase pr\u00e9paratoire m\u00eame du geste comportemental, attestant ainsi de la parfaite continuit\u00e9 entre le percevoir, le vouloir et l&rsquo;agir.<\/p>\n<h3>1.2 Pr\u00e9sentation g\u00e9n\u00e9rale du postulat de Giacomo Rizzolatti<\/h3>\n<p>C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment cette continuit\u00e9 fondamentale que Giacomo Rizzolatti et ses collaborateurs formalisent avec \u00e9clat en 1987 dans leur publication s\u00e9minale parue dans la revue <em>Neuropsychologia<\/em> : \u00ab Reorienting attention: across the horizontal and vertical medians \u00bb. Dans cet article historique, l&rsquo;\u00e9quipe de l&rsquo;Institut de Physiologie Humaine de l&rsquo;Universit\u00e9 de Parme formule pour la premi\u00e8re fois les principes directeurs de ce qui deviendra la <strong>th\u00e9orie pr\u00e9motrice de l&rsquo;attention<\/strong> (<em>Premotor Theory of Attention<\/em>). Le postulat central d\u00e9fendu par Rizzolatti s&rsquo;\u00e9nonce avec une intransigeance th\u00e9orique totale : les m\u00e9canismes neuronaux responsables de l&rsquo;attention spatiale s\u00e9lective sont strictement identiques \u00e0 ceux qui sont responsables de la programmation de l&rsquo;action motrice dirig\u00e9e vers cette m\u00eame r\u00e9gion de l&rsquo;espace.<\/p>\n<p>Cette proposition exclut d&#8217;embl\u00e9e l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;un syst\u00e8me attentionnel d\u00e9di\u00e9 et ind\u00e9pendant, localis\u00e9 dans des structures supramodales sp\u00e9cialis\u00e9es qui enverraient ult\u00e9rieurement des signaux facilitants aux cartes sensorielles ou motrices. Pour Rizzolatti, l&rsquo;attention s\u00e9lective n&rsquo;est ni plus ni moins qu&rsquo;une cons\u00e9quence directe et intrins\u00e8que de la mise en place d&rsquo;un plan d&rsquo;action moteur. D\u00e8s lors qu&rsquo;un stimulus visuel saillant ou pertinent appara\u00eet dans le champ visuel, ou d\u00e8s qu&rsquo;un objectif interne pousse l&rsquo;organisme \u00e0 scruter une zone particuli\u00e8re de son environnement, les aires motrices et pr\u00e9motrices calculent les param\u00e8tres spatiaux d&rsquo;un vecteur de mouvement (direction, amplitude, vitesse) destin\u00e9 \u00e0 aligner un effecteur \u2014 typiquement la fov\u00e9a oculaire ou la main \u2014 sur cette cible.<\/p>\n<p>Le saut conceptuel r\u00e9volutionnaire de la th\u00e9orie r\u00e9side dans le fait que ce plan moteur n&rsquo;a nullement besoin d&rsquo;\u00eatre ex\u00e9cut\u00e9 pour produire ses effets attentionnels. La simple programmation du mouvement au sein des circuits pr\u00e9moteurs modifie en amont la sensibilit\u00e9 des repr\u00e9sentations visuelles correspondantes. L&rsquo;allocation de l&rsquo;attention spatiale n&rsquo;est donc pas la cause de la pr\u00e9paration motrice ; elle en est l&rsquo;\u00e9piph\u00e9nom\u00e8ne fonctionnel ou la manifestation perceptive directe. Par cette inversion conceptuelle, Rizzolatti d\u00e9barrasse la neurobiologie de l&rsquo;attention de ses tentations homonculaires et propose une th\u00e9orie unifi\u00e9e d&rsquo;une remarquable \u00e9conomie computationnelle.<\/p>\n<h3>1.3 Port\u00e9e conceptuelle et rupture avec le fonctionnalisme abstrait<\/h3>\n<p>La rupture consomm\u00e9e par la th\u00e9orie pr\u00e9motrice avec le fonctionnalisme abstrait de la premi\u00e8re vague des sciences cognitives poss\u00e8de une port\u00e9e \u00e9pist\u00e9mologique incalculable. Pendant des d\u00e9cennies, le fonctionnalisme a postul\u00e9 l&rsquo;ind\u00e9pendance de l&rsquo;architecture logicielle (l&rsquo;esprit) par rapport au mat\u00e9riel biologique qui la sous-tend (le cerveau et le corps). En r\u00e9duisant l&rsquo;attention \u00e0 une routine algorithmique de s\u00e9lection d&rsquo;entr\u00e9es d&rsquo;information dans une m\u00e9moire de travail, ce mod\u00e8le n\u00e9gligeait le fait indiscutable que les neurones codant pour l&rsquo;attention spatiale \u00e9taient log\u00e9s au c\u0153ur m\u00eame des aires assurant le guidage du regard, de la saisie manuelle et des mouvements de la t\u00eate.<\/p>\n<p>En d\u00e9mantelant la m\u00e9taphore de l&rsquo;ordinateur de von Neumann, Rizzolatti et l&rsquo;\u00e9cole de Parme ont permis de r\u00e9concilier la physiologie sensorielle et la physiologie motrice au sein de substrats neuronaux communs. La perception spatiale et la programmation de l&rsquo;action cessent d&rsquo;\u00eatre des modules herm\u00e9tiques reli\u00e9s par des canaux de communication complexes ; elles deviennent les deux faces d&rsquo;une m\u00eame m\u00e9daille computationnelle. Cette conception partag\u00e9e a profond\u00e9ment influenc\u00e9 les neurosciences computationnelles contemporaines, en d\u00e9montrant que les repr\u00e9sentations spatiales dans le syst\u00e8me nerveux central sont fondamentalement formul\u00e9es en coordonn\u00e9es motrices (oculocentriques, c\u00e9phalocentriques, scopocentriques ou somatotopiques) calibr\u00e9es pour l&rsquo;interaction physique.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, cette approche a anticip\u00e9 les d\u00e9veloppements ult\u00e9rieurs de la robotique bio-inspir\u00e9e et des th\u00e9ories du contr\u00f4le moteur optimal. Elle a prouv\u00e9 que la cognition ne r\u00e9sout pas les probl\u00e8mes de s\u00e9lection perceptive par des calculs matriciels abstraits, mais par l&rsquo;activation pr\u00e9dictive de circuits d&rsquo;action pr\u00eats \u00e0 l&rsquo;engagement cin\u00e9matique. En conf\u00e9rant au syst\u00e8me moteur le r\u00f4le central de forgeur de l&rsquo;exp\u00e9rience perceptive, Rizzolatti a initi\u00e9 une mutation conceptuelle dont les prolongements actuels r\u00e9sonnent jusque dans les th\u00e9ories les plus avant-gardistes du codage pr\u00e9dictif et de l&rsquo;inf\u00e9rence active.<\/p>\n<h2>2. Le contexte historique : Du paradigme de Posner \u00e0 la vision motrice de Parme<\/h2>\n<h3>2.1 Le mod\u00e8le classique de Michael Posner et le projecteur attentionnel<\/h3>\n<p>Afin de mesurer pleinement la subversion introduite par l&rsquo;\u00e9cole de Parme, il est indispensable de replacer la th\u00e9orie pr\u00e9motrice face au mod\u00e8le h\u00e9g\u00e9monique qui r\u00e9gnait sans partage sur la psychologie cognitive dans les ann\u00e9es 1970 et 1980 : le mod\u00e8le de <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.cell.com\/neuron\/home\">Michael Posner<\/a>. D\u00e9velopp\u00e9 au sein de protocoles exp\u00e9rimentaux d&rsquo;une rigueur exemplaire, le paradigme d&rsquo;indi\u00e7age spatial de Posner (<em>spatial cueing paradigm<\/em>) consistait \u00e0 pr\u00e9senter \u00e0 un observateur fixant un point central un indice (soit p\u00e9riph\u00e9rique\/exog\u00e8ne, soit central\/endog\u00e8ne) signalant la localisation probable d&rsquo;une cible ult\u00e9rieure. En mesurant avec une pr\u00e9cision chronom\u00e9trique les temps de r\u00e9action des sujets, Posner avait d\u00e9montr\u00e9 que la validit\u00e9 de l&rsquo;indice r\u00e9duisait consid\u00e9rablement le temps n\u00e9cessaire pour d\u00e9tecter ou discriminer la cible, tandis qu&rsquo;un indice invalide entra\u00eenait un co\u00fbt temporel substantiel.<\/p>\n<p>Pour expliquer ces variations chronom\u00e9triques, Posner a formul\u00e9 la m\u00e9taphore rest\u00e9e c\u00e9l\u00e8bre du <strong>projecteur attentionnel<\/strong> (<em>attentional spotlight<\/em>). Selon cette conception, l&rsquo;attention spatiale est une lentille focale autonome, capable de se mouvoir librement et contin\u00fbment \u00e0 travers le champ visuel, ind\u00e9pendamment de toute modification de la position des globes oculaires. Posner a d\u00e9compos\u00e9 ce d\u00e9placement en une triade fonctionnelle \u00e9l\u00e9mentaire :<\/p>\n<ul>\n<li>Le <em>d\u00e9sengagement<\/em> (<em>disengagement<\/em>) de l&rsquo;attention de sa localisation courante, sous le contr\u00f4le structural pr\u00e9dominant du cortex pari\u00e9tal post\u00e9rieur ;<\/li>\n<li>Le <em>d\u00e9placement<\/em> (<em>shifting<\/em>) du foyer attentionnel vers les coordonn\u00e9es spatiales de la nouvelle cible, r\u00e9gul\u00e9 par les structures sous-corticales et notamment le colliculus sup\u00e9rieur ;<\/li>\n<li>L&rsquo;<em>engagement<\/em> (<em>engagement<\/em>) de l&rsquo;attention sur la nouvelle localisation s\u00e9lectionn\u00e9e, processus orchestr\u00e9 principalement par le noyau pulvinar du thalamus.<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;hypoth\u00e8se nodale de Posner r\u00e9sidait dans l&rsquo;affirmation de l&rsquo;existence d&rsquo;un <em>syst\u00e8me attentionnel c\u00e9r\u00e9bral autonome<\/em>, structurellement et anatomiquement dissoci\u00e9 des syst\u00e8mes de traitement des donn\u00e9es sensorielles et des g\u00e9n\u00e9rateurs d&rsquo;action motrice. L&rsquo;attention constituait une entit\u00e9 supra-modale ind\u00e9pendante, une sorte de \u00ab chef d&rsquo;orchestre \u00bb neurologique dont la fonction exclusive consistait \u00e0 r\u00e9guler le gain des canaux sensoriels avant que les syst\u00e8mes moteurs ne fussent \u00e9ventuellement inform\u00e9s d&rsquo;une d\u00e9cision d&rsquo;action.<\/p>\n<h3>2.2 Limites et anomalies empiriques du mod\u00e8le de Posner<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 l&rsquo;\u00e9l\u00e9gance formelle et l&rsquo;immense f\u00e9condit\u00e9 heuristique du mod\u00e8le de Posner, l&rsquo;accumulation progressive de donn\u00e9es empiriques issues de la psychophysique et de l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie du primate a fait surgir d&rsquo;insolubles anomalies. La premi\u00e8re faille majeure concernait l&rsquo;incapacit\u00e9 du mod\u00e8le du projecteur spatial \u00e0 rendre compte des interactions sp\u00e9cifiques aux effecteurs moteurs. Si l&rsquo;attention spatiale op\u00e9rait de fa\u00e7on v\u00e9ritablement supra-modale et ind\u00e9pendante de la motricit\u00e9, le traitement d&rsquo;une cible situ\u00e9e dans l&rsquo;espace devrait \u00eatre rigoureusement identique, que le sujet s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 l&rsquo;explorer par un clignement d&rsquo;yeux, une saccade oculaire, un mouvement de pointage digital, une saisie manuelle ou une simple r\u00e9ponse vocale standardis\u00e9e.<\/p>\n<p>Or, les exp\u00e9rimentations psychophysiques ont rapidement r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que la distribution spatiale de l&rsquo;attention et sa cin\u00e9tique temporelle variaient substantiellement en fonction de la nature de la r\u00e9ponse motrice attendue. Une seconde anomalie, plus redoutable encore, \u00e9mergeait des d\u00e9couvertes de la neuroanatomie fonctionnelle naissante. Les structures corticales et sous-corticales identifi\u00e9es par Posner et ses successeurs comme les piliers du pr\u00e9tendu \u00ab r\u00e9seau attentionnel autonome \u00bb \u2014 \u00e0 savoir le champ oculomoteur frontal (<em>Frontal Eye Field<\/em>, ou FEF), le cortex intrapari\u00e9tal et le colliculus sup\u00e9rieur \u2014 \u00e9taient pr\u00e9cis\u00e9ment les zones c\u00e9r\u00e9brales connues depuis des d\u00e9cennies par les physiologistes comme \u00e9tant les structures fondamentales du contr\u00f4le oculomoteur et de la gen\u00e8se des saccades.<\/p>\n<p>Cette redondance anatomique totale entre les zones d&rsquo;orientation attentionnelle et les centres pr\u00e9moteurs posait un probl\u00e8me insurmontable d&rsquo;\u00e9conomie biologique : pourquoi l&rsquo;\u00e9volution aurait-elle dupliqu\u00e9 un r\u00e9seau de rep\u00e9rage spatial autonome \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle du cortex, alors m\u00eame que les centres moteurs disposaient d\u00e9j\u00e0 de cartes topographiques exhaustives capables de cibler le moindre point de l&rsquo;espace avec une pr\u00e9cision millim\u00e9trique ? L&rsquo;enregistrement unitaire de neurones chez le singe vigile montrait que des cellules d\u00e9crites comme \u00ab attentionnelles \u00bb s&rsquo;activaient syst\u00e9matiquement avant le d\u00e9clenchement de mouvements oculaires, remettant gravement en cause leur pr\u00e9tendue puret\u00e9 cognitive supramodale.<\/p>\n<h3>2.3 La rupture \u00e9pist\u00e9mique op\u00e9r\u00e9e par l&rsquo;\u00e9cole de Parme<\/h3>\n<p>Face \u00e0 ces paradoxes insolubles dans le cadre posn\u00e9rien, Giacomo Rizzolatti, Carlo Umilt\u00e0 et leurs coll\u00e8gues ont op\u00e9r\u00e9 un coup de force th\u00e9orique fond\u00e9 sur le principe de parcimonie (le rasoir d&rsquo;Ockham). Au lieu de persister \u00e0 inventer des modules cognitifs abstraits superpos\u00e9s aux circuits biologiques, pourquoi ne pas consid\u00e9rer que l&rsquo;attention spatiale est tout simplement la manifestation fonctionnelle directe du r\u00e9seau pr\u00e9moteur pr\u00e9existant ? En rejetant fermement le concept d&rsquo;un \u00ab homoncule attentionnel \u00bb centralis\u00e9 dirigeant les op\u00e9rations depuis une tour de contr\u00f4le isol\u00e9e de la motricit\u00e9, l&rsquo;\u00e9cole de Parme a formul\u00e9 une vision radicalement unifi\u00e9e de l&rsquo;architecture c\u00e9r\u00e9brale fronto-pari\u00e9tale.<\/p>\n<p>Pour Rizzolatti, ce que la psychologie nommait \u00ab orientation de l&rsquo;attention \u00bb n&rsquo;\u00e9tait autre que le fonctionnement \u00e0 bas bruit de circuits neuronaux engag\u00e9s dans une pr\u00e9paration motrice. En postulant que le syst\u00e8me moteur n&rsquo;est pas un simple ex\u00e9cutant mais le substrat m\u00eame o\u00f9 s&rsquo;\u00e9labore la s\u00e9lection spatiale de l&rsquo;information, l&rsquo;\u00e9cole de Parme a transform\u00e9 l&rsquo;attention en une propri\u00e9t\u00e9 \u00e9mergente des transformations sensori-motrices. Les circuits reliant le cortex pari\u00e9tal au cortex pr\u00e9moteur ne transmettent pas des percepts bruts pour qu&rsquo;ils soient contempl\u00e9s ; ils transforment continuellement des coordonn\u00e9es sensorielles r\u00e9tinotopiques en coordonn\u00e9es pragmatiques imm\u00e9diatement exploitables par les effecteurs somatiques.<\/p>\n<p>Cette rupture \u00e9pist\u00e9mique a marqu\u00e9 l&rsquo;acte de naissance du concept d&rsquo;<strong>architecture pragmatique unifi\u00e9e<\/strong>. L&rsquo;attention spatiale cessait d&rsquo;\u00eatre un privil\u00e8ge de l&rsquo;esprit d\u00e9sincarn\u00e9 pour devenir la marque tangible de l&rsquo;intentionnalit\u00e9 motrice du corps biologique ins\u00e9r\u00e9 dans son Umwelt. Le mod\u00e8le du projecteur de Posner se voyait ainsi d\u00e9tr\u00f4n\u00e9 non pas par une complexification algorithmique suppl\u00e9mentaire, mais par une simplification neurobiologique r\u00e9volutionnaire qui ancrait l&rsquo;esprit dans la chair du mouvement.<\/p>\n<h2>3. Les postulats centraux de Giacomo Rizzolatti et de l&rsquo;\u00e9cole de Parme<\/h2>\n<h3>3.1 L&rsquo;attention spatiale comme sous-produit de la pr\u00e9paration motrice<\/h3>\n<p>Le premier postulat cardinal formul\u00e9 par Giacomo Rizzolatti stipule que <em>l&rsquo;attention spatiale s\u00e9lective n&rsquo;est qu&rsquo;un sous-produit direct et intrins\u00e8que de la pr\u00e9paration motrice<\/em>. Pour appr\u00e9hender la rigueur de cette assertion, il convient de diss\u00e9quer ce qui survient sur le plan neurobiologique lors de la s\u00e9lection d&rsquo;un objet dans le champ perceptif. Selon Rizzolatti, allouer de l&rsquo;attention \u00e0 un point sp\u00e9cifique de l&rsquo;espace \u00e9quivaut rigoureusement \u00e0 s\u00e9lectionner et programmer un vecteur d&rsquo;action ciblant ce point pr\u00e9cis. D\u00e8s lors qu&rsquo;une stimulation p\u00e9riph\u00e9rique active les r\u00e9seaux fronto-pari\u00e9taux, ces derniers calculent instantan\u00e9ment les param\u00e8tres m\u00e9triques indispensables \u00e0 l&rsquo;interaction : la direction du regard, l&rsquo;amplitude du d\u00e9placement fov\u00e9al ou la cin\u00e9matique du segment de membre concern\u00e9.<\/p>\n<p>Ce calcul moteur poss\u00e8de une propri\u00e9t\u00e9 fondamentale : il modifie en temps r\u00e9el le traitement sensoriel avant m\u00eame que la moindre fibre musculaire ne se contracte. La commande motrice programm\u00e9e envoie des signaux de r\u00e9troaction ou de d\u00e9charge corollaire aux aires visuelles et sensorielles primaires et secondaires, op\u00e9rant ainsi une modulation s\u00e9lective du gain neuronal. Les neurones sensoriels dont les champs r\u00e9cepteurs co\u00efncident avec la cible du programme moteur voient leur excitabilit\u00e9 d\u00e9cupl\u00e9e, tandis que l&rsquo;activit\u00e9 des zones adjacentes est activement inhib\u00e9e. L&rsquo;observateur ressent ce ph\u00e9nom\u00e8ne comme un accroissement de la clart\u00e9 perceptive ou une d\u00e9tection acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e au point focalis\u00e9.<\/p>\n<p>Ce m\u00e9canisme d\u00e9montre que la modulation sensorielle n&rsquo;est pas initi\u00e9e par un syst\u00e8me cognitif neutre, mais d\u00e9coule de la dynamique r\u00e9troactive inh\u00e9rente \u00e0 l&rsquo;architecture motrice. La pr\u00e9paration du geste modifie le paysage perceptif pour en extraire les informations requises \u00e0 la r\u00e9ussite de l&rsquo;action envisag\u00e9e. L&rsquo;attention s\u00e9lective n&rsquo;est donc rien d&rsquo;autre que l&rsquo;\u00e9cho perceptif d&rsquo;un ordre d&rsquo;action en cours de configuration dans les aires pr\u00e9motrices.<\/p>\n<h3>3.2 Le principe d&rsquo;\u00e9quivalence entre attention couverte et pr\u00e9paration motrice<\/h3>\n<p>L&rsquo;une des contributions les plus \u00e9l\u00e9gantes de la th\u00e9orie pr\u00e9motrice concerne l&rsquo;\u00e9lucidation de la distinction classique op\u00e9r\u00e9e par Hermann von Helmholtz entre l&rsquo;attention manifeste (<em>overt attention<\/em>) et l&rsquo;attention couverte ou dissimul\u00e9e (<em>covert attention<\/em>). Alors que l&rsquo;attention manifeste s&rsquo;accompagne d&rsquo;un r\u00e9alignement physique flagrant des r\u00e9cepteurs sensoriels vers la cible (par exemple, tourner la t\u00eate et braquer le regard vers un objet), l&rsquo;attention couverte d\u00e9signe la capacit\u00e9 remarquable d&rsquo;un observateur \u00e0 concentrer son attention sur un point excentr\u00e9 de la p\u00e9riph\u00e9rie visuelle tout en maintenant son regard obstin\u00e9ment ancr\u00e9 sur un point de fixation central distinct.<\/p>\n<p>Pour le mod\u00e8le fonctionnaliste traditionnel, l&rsquo;attention couverte constituait la preuve irr\u00e9futable de la dissociation entre attention et motricit\u00e9 : si le regard ne bougeait pas, c&rsquo;est que l&rsquo;attention naviguait seule de fa\u00e7on immat\u00e9rielle. Rizzolatti renverse totalement cette interpr\u00e9tation en formulant le <strong>principe d&rsquo;\u00e9quivalence motrice<\/strong>. Selon la th\u00e9orie pr\u00e9motrice, l&rsquo;attention couverte n&rsquo;est rien d&rsquo;autre qu&rsquo;une action motrice programm\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 ses ultimes stades corticaux, mais dont l&rsquo;ex\u00e9cution cin\u00e9matique finale est activement bloqu\u00e9e au niveau des centres sous-corticaux ou spinaux d&rsquo;\u00e9chappement moteur.<\/p>\n<p>Sur le plan computationnel et neuroanatomique, il y a une identit\u00e9 absolue entre orienter secr\u00e8tement son attention vers un point p\u00e9riph\u00e9rique et pr\u00e9parer une saccade oculaire vers ce point. Les m\u00eames populations neuronales du cortex pr\u00e9moteur et du champ oculomoteur frontal d\u00e9chargent selon le m\u00eame profil spatio-temporel ; les m\u00eames cartes motrices du colliculus sup\u00e9rieur sont sollicit\u00e9es. Seule diff\u00e8re l&rsquo;intervention d&rsquo;un m\u00e9canisme inhibiteur aval qui emp\u00eache l&rsquo;ordre de franchir le seuil d&rsquo;excitation des motoneurones p\u00e9riph\u00e9riques. L&rsquo;attention couverte n&rsquo;est donc pas une facult\u00e9 cognitive d\u00e9sincarn\u00e9e : c&rsquo;est un acte moteur r\u00e9prim\u00e9, une action virtuelle suspendue au seuil du mouvement physique.<\/p>\n<h3>3.3 Multiplicit\u00e9 des cartes d&rsquo;action et multiplicit\u00e9 des attentions<\/h3>\n<p>Le troisi\u00e8me pilier fondamental de la th\u00e9orie de Parme r\u00e9side dans le rejet cat\u00e9gorique d&rsquo;un centre attentionnel unique au profit du concept de <strong>multiplicit\u00e9 des cartes d&rsquo;action<\/strong>. Pour Rizzolatti, il n&rsquo;existe pas d&rsquo;attention spatiale au singulier, dot\u00e9e d&rsquo;une carte topologique unique et unifi\u00e9e de l&rsquo;espace ext\u00e9rieur, mais autant d&rsquo;attentions qu&rsquo;il existe de syst\u00e8mes moteurs effecteurs capables d&rsquo;agir sur le monde. Le cerveau primate ne poss\u00e8de pas une repr\u00e9sentation homog\u00e8ne de l&rsquo;environnement, mais une mosa\u00efque de circuits sensori-moteurs organis\u00e9s en parall\u00e8le au sein des r\u00e9seaux fronto-pari\u00e9taux.<\/p>\n<p>Chacun de ces circuits est d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la coordination de mouvements sp\u00e9cifiques impliquant des effecteurs distincts :<\/p>\n<ul>\n<li>Le syst\u00e8me oculomoteur (impliquant l&rsquo;aire intrapari\u00e9tale lat\u00e9rale LIP et le FEF) organise l&rsquo;attention fov\u00e9ale et les saccades visuelles ;<\/li>\n<li>Le syst\u00e8me d&rsquo;atteinte manuelle (impliquant l&rsquo;aire pari\u00e9tale MIP et le cortex pr\u00e9moteur dorsal F2) code l&rsquo;espace en termes de trajectoire du bras ;<\/li>\n<li>Le syst\u00e8me de pr\u00e9hension et de manipulation (impliquant l&rsquo;aire intrapari\u00e9tale ant\u00e9rieure AIP et le cortex pr\u00e9moteur ventral F5) s\u00e9lectionne l&rsquo;attention selon les propri\u00e9t\u00e9s g\u00e9om\u00e9triques des objets et la posture des doigts ;<\/li>\n<li>Le syst\u00e8me de d\u00e9fense corporelle et de la r\u00e9gion c\u00e9phalique (impliquant l&rsquo;aire intrapari\u00e9tale ventrale VIP et l&rsquo;aire pr\u00e9motrice F4) structure l&rsquo;espace p\u00e9ripersonnel imm\u00e9diat entourant le visage et le torse.<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;attention spatiale \u00e9merge localement au sein de chacun de ces circuits fonctionnels d\u00e8s que son effecteur respectif est susceptible d&rsquo;intervenir. L&rsquo;attention port\u00e9e \u00e0 une tasse de caf\u00e9 sur une table de bureau n&rsquo;est pas un concept global : elle mobilise simultan\u00e9ment une attention oculomotrice (pour calibrer la fixation du regard), une attention brachiale (pour calculer la distance de l&rsquo;atteinte manuelle) et une attention digitale pr\u00e9motrice (pour anticiper l&rsquo;ouverture de la pince entre le pouce et l&rsquo;index en fonction de l&rsquo;anse). La s\u00e9lection attentionnelle est ainsi intrins\u00e8quement fragment\u00e9e, distribu\u00e9e et subordonn\u00e9e aux imp\u00e9ratifs transformationnels de chaque effecteur engag\u00e9 dans le commerce pragmatique avec le monde physique.<\/p>\n<h2>4. Neuroanatomie fonctionnelle des circuits pr\u00e9moteurs et attentionnels<\/h2>\n<h3>4.1 Le cortex pr\u00e9moteur et son organisation fonctionnelle<\/h3>\n<p>L&rsquo;architecture neurobiologique qui soutient la th\u00e9orie pr\u00e9motrice de l&rsquo;attention repose sur une organisation minutieuse du lobe frontal agranulaire, et plus sp\u00e9cifiquement du cortex pr\u00e9moteur (aire 6 de Brodmann). Gr\u00e2ce aux travaux pionniers d&rsquo;\u00e9lectrophysiologie intracellulaire conduits par l&rsquo;\u00e9quipe de Parme chez le macaque, cette vaste r\u00e9gion a \u00e9t\u00e9 subdivis\u00e9e en plusieurs zones morphologiquement et fonctionnellement distinctes : les aires pr\u00e9motrices ventrales (notamment <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/nrn1155\">F4 et F5<\/a>) et les aires pr\u00e9motrices dorsales (F2 et F7), chacune entretenant des relations hi\u00e9rarchiques \u00e9troites avec le cortex moteur primaire (F1 ou aire 4 de Brodmann).<\/p>\n<p>L&rsquo;aire pr\u00e9motrice ventrale <strong>F4<\/strong>, log\u00e9e dans la partie post\u00e9rieure du gyrus frontal inf\u00e9rieur, s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e \u00eatre une cl\u00e9 de vo\u00fbte anatomique pour la compr\u00e9hension de l&rsquo;attention spatiale proximale. Les neurones de F4 pr\u00e9sentent des propri\u00e9t\u00e9s fonctionnelles exceptionnelles : ce sont des cellules bimodales, r\u00e9pondant \u00e0 la fois \u00e0 des stimulations tactiles appliqu\u00e9es sur une partie pr\u00e9cise du corps (le visage, le cou ou les \u00e9paules) et \u00e0 des stimulations visuelles se d\u00e9pla\u00e7ant dans l&rsquo;espace tridimensionnel \u00e0 proximit\u00e9 imm\u00e9diate de ce m\u00eame champ r\u00e9cepteur tactile. Fait fondamental, le champ r\u00e9cepteur visuel de ces neurones ne se d\u00e9place pas avec les mouvements oculaires ; il reste invariablement ancr\u00e9 aux coordonn\u00e9es anatomiques du corps (coordonn\u00e9es somatotopiques ou c\u00e9phalocentriques). Si l&rsquo;on tourne la t\u00eate, le champ visuel du neurone de F4 se d\u00e9place de conserve.<\/p>\n<p>Ces neurones de F4 d\u00e9chargent de mani\u00e8re spectaculaire d\u00e8s qu&rsquo;un objet p\u00e9n\u00e8tre dans l&rsquo;espace p\u00e9ripersonnel du sujet, pr\u00e9parant instantan\u00e9ment des mouvements d&rsquo;\u00e9vitement ou d&rsquo;orientation c\u00e9phalique. L&rsquo;activit\u00e9 de ces cellules ne refl\u00e8te pas une simple sensation visuelle passive, mais l&rsquo;\u00e9laboration continue d&rsquo;un potentiel d&rsquo;action protecteur ou d&rsquo;approche. L&rsquo;attention spatiale port\u00e9e aux stimuli mena\u00e7ants ou pertinents fr\u00f4lant le corps \u00e9merge directement de la cartographie de ces vecteurs moteurs pr\u00e9moteurs, confirmant l&rsquo;ancrage anatomique de la s\u00e9lection spatiale au sein de structures jadis consid\u00e9r\u00e9es comme exclusivement ex\u00e9cutrices.<\/p>\n<h3>4.2 Le champ oculomoteur frontal (FEF) et le colliculus sup\u00e9rieur<\/h3>\n<p>Dans le domaine de l&rsquo;orientation visuelle \u00e0 distance, le <strong>champ oculomoteur frontal<\/strong> (<em>Frontal Eye Field<\/em>, ou <strong>FEF<\/strong>), nich\u00e9 dans la partie ant\u00e9rieure du sillon pr\u00e9central, et le <strong>colliculus sup\u00e9rieur<\/strong> (dans le m\u00e9senc\u00e9phale dorsal) constituent le doublet neuroanatomique moteur le plus embl\u00e9matique de la th\u00e9orie pr\u00e9motrice. Le FEF contient une cartographie motrice topologique extr\u00eamement pr\u00e9cise de l&rsquo;espace oculomoteur. Une d\u00e9charge neuronale au sein d&rsquo;un secteur d\u00e9fini du FEF induit immanquablement le d\u00e9clenchement d&rsquo;une saccade oculaire d&rsquo;un vecteur spatial rigoureusement d\u00e9termin\u00e9.<\/p>\n<p>Cependant, les enregistrements \u00e9lectrophysiologiques r\u00e9v\u00e8lent que le FEF ne s&rsquo;allume pas uniquement lors de la d\u00e9charge finale pr\u00e9saccadique. Bien avant que la commande cin\u00e9matique ne soit transmise aux g\u00e9n\u00e9rateurs de saccades du tronc c\u00e9r\u00e9bral, les neurones du FEF manifestent une activit\u00e9 tonique d&rsquo;\u00e9l\u00e9vation de fr\u00e9quence de tir d\u00e8s qu&rsquo;une cible visuelle saillante appara\u00eet dans leur champ moteur, m\u00eame si l&rsquo;animal re\u00e7oit la consigne imp\u00e9rative de ne pas bouger les yeux. Cette activit\u00e9 pr\u00e9motrice pr\u00e9liminaire correspond point par point \u00e0 la capture attentionnelle couverte du stimulus.<\/p>\n<p>De fa\u00e7on sym\u00e9trique, les couches interm\u00e9diaires et profondes du colliculus sup\u00e9rieur pr\u00e9sentent une organisation r\u00e9tinotopique superpos\u00e9e \u00e0 une carte de commandes motrices de guidage des saccades et d&rsquo;alignement de la t\u00eate. Cette structure m\u00e9senc\u00e9phalique assure une int\u00e9gration multisensorielle (visuelle, auditive et somatosensorielle) instantan\u00e9e, transformant tout pic de d\u00e9charge sensorielle en une amorce vectorielle motrice. Il existe un couplage fonctionnel indissoluble entre les d\u00e9charges pr\u00e9motrices du colliculus et du FEF et l&rsquo;amplification du gain sensoriel dans les aires visuelles en aval. D\u00e8s lors, le FEF et le colliculus sup\u00e9rieur ne peuvent plus \u00eatre qualifi\u00e9s de \u00ab simples centres moteurs oculaires \u00bb : ils incarnent les g\u00e9n\u00e9rateurs primaires o\u00f9 se forge l&rsquo;allocation spatiale de l&rsquo;attention visuelle.<\/p>\n<h3>4.3 Le r\u00e9seau pari\u00e9to-frontal r\u00e9ciproque<\/h3>\n<p>L&rsquo;organisation du syst\u00e8me nerveux central ne repose pas sur des structures motrices frontales isol\u00e9es, mais sur un maillage extraordinairement dense de circuits cortico-corticaux r\u00e9ciproques connectant le lobe pari\u00e9tal post\u00e9rieur au lobe frontal : le <strong>r\u00e9seau pari\u00e9to-frontal<\/strong>. Les travaux anatomiques par tra\u00e7age r\u00e9trograde et ant\u00e9rograde ont d\u00e9montr\u00e9 que le cortex pari\u00e9tal post\u00e9rieur n&rsquo;est pas une simple zone d&rsquo;association sensorielle, mais un ensemble de processeurs transformant les flux d&rsquo;entr\u00e9es sensorielles disparates en descriptions g\u00e9om\u00e9triques orient\u00e9es vers l&rsquo;action, projetant massivement vers des aires motrices sp\u00e9cifiques du cortex frontal.<\/p>\n<p>Ces boucles pari\u00e9to-frontales fonctionnent selon une s\u00e9gr\u00e9gation modulaire stricte :<\/p>\n<ul>\n<li>L&rsquo;aire <strong>LIP<\/strong> (<em>Lateral Intraparietal Area<\/em>), hautement sp\u00e9cialis\u00e9e dans le traitement visuel spatial et le calcul des coordonn\u00e9es oculocentriques, maintient des interconnexions denses et r\u00e9ciproques avec le <strong>FEF<\/strong>. Ensemble, ces deux aires forment le circuit canonique sous-tendant l&rsquo;attention visuelle spatiale et la saccade ;<\/li>\n<li>L&rsquo;aire <strong>VIP<\/strong> (<em>Ventral Intraparietal Area<\/em>), peupl\u00e9e de neurones bimodaux visuo-tactiles codant l&rsquo;espace en coordonn\u00e9es corporelles, projette s\u00e9lectivement sur l&rsquo;aire pr\u00e9motrice <strong>F4<\/strong>, constituant l&rsquo;axe d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la surveillance et \u00e0 l&rsquo;attention de l&rsquo;espace p\u00e9ripersonnel c\u00e9phalique ;<\/li>\n<li>L&rsquo;aire <strong>AIP<\/strong> (<em>Anterior Intraparietal Area<\/em>), d\u00e9di\u00e9e \u00e0 l&rsquo;extraction de la morphologie tridimensionnelle des objets manipulables, est connect\u00e9e \u00e0 l&rsquo;aire pr\u00e9motrice <strong>F5<\/strong>, r\u00e9gulant l&rsquo;attention s\u00e9lective orient\u00e9e vers les composantes de saisie et de pr\u00e9hension digitale.<\/li>\n<\/ul>\n<p>\u00c0 ces circuits cortico-corticaux s&rsquo;adjoignent des boucles sous-corticales fondamentales impliquant les ganglions de la base (notamment le noyau caud\u00e9 et la substance noire r\u00e9ticul\u00e9e) et le thalamus, en particulier le <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pmc\/articles\/PMC3181994\/\">noyau pulvinar<\/a>. Ces connexions r\u00e9currentes forment des architectures dynamiques r\u00e9sonantes o\u00f9 la s\u00e9lection spatiale ne d\u00e9coule pas d&rsquo;une commande descendante unilat\u00e9rale, mais d&rsquo;une synchronisation oscillatoire au sein de ces r\u00e9seaux distribu\u00e9s. C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9mulation collective de ces boucles pragmatiques qui fait advenir l&rsquo;attention comme une r\u00e9alit\u00e9 neurophysiologique int\u00e9gr\u00e9e.<\/p>\n<h2>5. Attention manifeste versus attention couverte : La pr\u00e9paration \u00e0 l&rsquo;action non ex\u00e9cut\u00e9e<\/h2>\n<h3>5.1 L&rsquo;attention manifeste (overt) et l&rsquo;alignement sensoriel<\/h3>\n<p>L&rsquo;attention manifeste (<em>overt visual attention<\/em>) repr\u00e9sente la modalit\u00e9 fondamentale, la plus intuitive et la plus ancestrale par laquelle les organismes biologiques interagissent avec leur environnement perceptif. Chez les esp\u00e8ces dot\u00e9es d&rsquo;une r\u00e9tine fov\u00e9\u00e9e \u2014 comme l&rsquo;\u00eatre humain et les primates non humains \u2014, la r\u00e9solution spatiale n&rsquo;est pas uniforme sur l&rsquo;ensemble du champ de vision. Seule une zone minuscule au centre de la r\u00e9tine, la fov\u00e9a centralis, sous-tendant environ un \u00e0 deux degr\u00e9s d&rsquo;angle visuel, offre une acuit\u00e9 optique maximale et une densit\u00e9 optimale de c\u00f4nes permettant la discrimination fine des d\u00e9tails, des textures et des couleurs. La vision p\u00e9riph\u00e9rique, bien qu&rsquo;extr\u00eamement sensible \u00e0 la d\u00e9tection de mouvements et aux variations de contraste \u00e0 basse fr\u00e9quence spatiale, pr\u00e9sente un pouvoir s\u00e9parateur tr\u00e8s d\u00e9grad\u00e9.<\/p>\n<p>De cette contrainte morphologique d\u00e9coule un imp\u00e9ratif comportemental absolu : pour analyser une entit\u00e9 pr\u00e9sente dans l&rsquo;environnement, l&rsquo;organisme est contraint d&rsquo;orienter physiquement son organe r\u00e9cepteur afin de faire co\u00efncider l&rsquo;axe optique de la fov\u00e9a avec les coordonn\u00e9es spatiales de l&rsquo;objet d&rsquo;int\u00e9r\u00eat. Ce repositionnement se traduit par des saccades oculaires d&rsquo;une extr\u00eame v\u00e9locit\u00e9 (pouvant d\u00e9passer 500 \u00e0 700 degr\u00e9s par seconde), souvent combin\u00e9es \u00e0 des mouvements synergiques de rotation de la t\u00eate et du tronc. L&rsquo;attention manifeste correspond ainsi \u00e0 l&rsquo;alignement cin\u00e9matique direct du syst\u00e8me sensoriel sur le foyer d&rsquo;int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n<p>Durant ces phases de r\u00e9orientation rapide, le syst\u00e8me visuel met en \u0153uvre des m\u00e9canismes d&rsquo;inhibition centrale tr\u00e8s \u00e9labor\u00e9s, connus sous le nom de suppression saccadique. Ces processus bloquent temporairement le traitement de l&rsquo;information visuelle aff\u00e9rente afin d&rsquo;\u00e9viter la perception d&rsquo;un flou de mouvement permanent lors du balayage de la sc\u00e8ne. Par cons\u00e9quent, l&rsquo;attention manifeste n&rsquo;est pas un flux continu, mais une alternance discr\u00e8te d&rsquo;instants d&rsquo;\u00e9chantillonnage fov\u00e9al statique (les fixations) et de sauts balistiques (les saccades), orchestr\u00e9s par les structures pr\u00e9motrices du tronc c\u00e9r\u00e9bral et du cortex frontal.<\/p>\n<h3>5.2 L&rsquo;attention couverte (covert) selon la th\u00e9orie pr\u00e9motrice<\/h3>\n<p>Face \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence physique de l&rsquo;attention manifeste, l&rsquo;attention couverte (<em>covert attention<\/em>) a longtemps constitu\u00e9 une \u00e9nigme th\u00e9orique pour les sciences de l&rsquo;esprit. Comment un individu peut-il, tout en maintenant sa fixation fov\u00e9ale rigoureusement riv\u00e9e sur un stimulus A droit devant lui, orienter simultan\u00e9ment l&rsquo;ensemble de ses facult\u00e9s discriminatives sur un stimulus B situ\u00e9 \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie gauche de son champ visuel ? Pour l&rsquo;approche cognitiviste classique, cette capacit\u00e9 prouvait sans ambigu\u00eft\u00e9 l&rsquo;ind\u00e9pendance de l&rsquo;attention par rapport au syst\u00e8me moteur : l&rsquo;esprit pouvait naviguer librement dans la sc\u00e8ne visuelle sans que la machinerie physique des yeux ne soit le moins du monde impliqu\u00e9e.<\/p>\n<p>La th\u00e9orie pr\u00e9motrice de Giacomo Rizzolatti apporte une d\u00e9mystification mat\u00e9rialiste radicale \u00e0 ce ph\u00e9nom\u00e8ne en r\u00e9affirmant la primaut\u00e9 du moteur. Selon Rizzolatti, <em>l&rsquo;attention couverte est pr\u00e9cis\u00e9ment une saccade oculaire pr\u00e9par\u00e9e au niveau pr\u00e9moteur, mais volontairement et activement frein\u00e9e au niveau de son ex\u00e9cution finale<\/em>. Lorsque vous d\u00e9placez secr\u00e8tement votre attention vers la gauche, les r\u00e9seaux neuronaux du FEF, du cortex intrapari\u00e9tal et du colliculus sup\u00e9rieur calculent et assemblent avec une exactitude m\u00e9trique totale le programme de la saccade qui conduirait vos yeux sur cette cible. L&rsquo;ensemble de la cin\u00e9matique interne est pr\u00e9configur\u00e9 : l&rsquo;orientation du vecteur, son amplitude et le gain des circuits pr\u00e9moteurs sont fix\u00e9s.<\/p>\n<p>Toutefois, une commande inhibitrice descendante (orchestr\u00e9e notamment par les cellules de fixation du colliculus sup\u00e9rieur rostral et les projections gabaergiques des ganglions de la base) intervient au niveau du tronc c\u00e9r\u00e9bral pour emp\u00eacher le d\u00e9clenchement des motoneurones oculaires cr\u00e2niens (nerfs abducens, oculomoteurs et trochl\u00e9aires). Le mouvement reste donc physiquement invisible, mais son architecture computationnelle pr\u00e9motrice a d\u00e9j\u00e0 produit son effet collat\u00e9ral : elle a activ\u00e9 les repr\u00e9sentations visuelles de cette zone de l&rsquo;espace. D&rsquo;un point de vue \u00e9volutif, cette facult\u00e9 conf\u00e8re un avantage adaptatif colossal : elle permet \u00e0 l&rsquo;animal d&rsquo;espionner furtivement un danger ou une opportunit\u00e9 dans sa p\u00e9riph\u00e9rie sans trahir son intention par un mouvement oculaire susceptible d&rsquo;alerter un pr\u00e9dateur ou une proie.<\/p>\n<h3>5.3 Le probl\u00e8me du seuil d&rsquo;activation motrice<\/h3>\n<p>Cette conception repose sur une formalisation computationnelle rigoureuse connue sous le nom de <strong>mod\u00e8le du seuil d&rsquo;activation motrice<\/strong> (<em>threshold model<\/em>). Dans ce mod\u00e8le d\u00e9velopp\u00e9 au sein de l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie moderne, le continuum entre l&rsquo;attention couverte et l&rsquo;attention manifeste est r\u00e9gi par une variable dynamique simple : la fr\u00e9quence de d\u00e9charge instantan\u00e9e des populations neuronales pr\u00e9saccadiques au sein des structures fronto-colliculaires.<\/p>\n<p>Lorsqu&rsquo;un individu alloue son attention couverte \u00e0 une localisation spatiale, les neurones pr\u00e9moteurs codant pour cette zone augmentent leur taux de d\u00e9charge basal, formant une colline d&rsquo;activit\u00e9 neuronale dans la carte motrice. Tant que cette excitation reste confin\u00e9e sous un seuil critique d&rsquo;\u00e9chappement moteur (<em>trigger threshold<\/em>), la porte motrice reste ferm\u00e9e : l&rsquo;action n&rsquo;est pas ex\u00e9cut\u00e9e, mais la facilitation sensorielle r\u00e9troactive op\u00e8re \u00e0 plein r\u00e9gime. L&rsquo;attention est alors \u00ab purement couverte \u00bb. En revanche, si la saillance du stimulus augmente, si l&rsquo;inhibition descendante faiblit ou si la d\u00e9cision d&rsquo;agir est formellement valid\u00e9e, la fr\u00e9quence de d\u00e9charge franchit le seuil critique : les circuits oscillatoires du tronc c\u00e9r\u00e9bral s&#8217;emballent, d\u00e9clenchant instantan\u00e9ment l&rsquo;action cin\u00e9matique oculaire manifeste.<\/p>\n<p>Cette approche unifi\u00e9e sous forme de seuil \u00e9limine toute distinction qualitative ou ontologique entre l&rsquo;attentionnel et le moteur. L&rsquo;attention couverte et la saccade manifeste ne sont que deux \u00e9tats d&rsquo;intensit\u00e9 diff\u00e9rente d&rsquo;un seul et m\u00eame continuum dynamique neuronal. Les \u00e9tudes de chronom\u00e9trie mentale corroborent remarquablement cette identit\u00e9 : les latences n\u00e9cessaires pour d\u00e9placer l&rsquo;attention couverte d&rsquo;un point \u00e0 un autre du champ visuel correspondent point par point aux latences de programmation des saccades oculaires correspondantes.<\/p>\n<h2>6. L&rsquo;attention spatiale et le syst\u00e8me oculomoteur : Preuves exp\u00e9rimentales comportementales<\/h2>\n<h3>6.1 L&rsquo;exp\u00e9rience fondatrice de Rizzolatti, Riggio, Dascola et Umilt\u00e0 (1987)<\/h3>\n<p>L&rsquo;acte de naissance empirique de la th\u00e9orie pr\u00e9motrice repose sur un ensemble d&rsquo;exp\u00e9riences comportementales d&rsquo;une exceptionnelle ing\u00e9niosit\u00e9 men\u00e9es \u00e0 Parme par <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/3683885\/\">Rizzolatti, Riggio, Dascola et Umilt\u00e0 en 1987<\/a>. L&rsquo;objectif de cette \u00e9tude princeps \u00e9tait de tester une pr\u00e9diction d\u00e9cisive qui permettrait de trancher formellement entre le mod\u00e8le du projecteur spatial abstrait (Posner) et la th\u00e9orie motrice de l&rsquo;attention. Les exp\u00e9rimentateurs ont con\u00e7u un protocole chronom\u00e9trique dans lequel des sujets devaient d\u00e9tecter le plus rapidement possible l&rsquo;apparition d&rsquo;un stimulus cible au sein de quatre bo\u00eetes dispos\u00e9es sym\u00e9triquement dans le champ visuel : deux dans l&rsquo;h\u00e9michamp droit et deux dans l&rsquo;h\u00e9michamp gauche, r\u00e9parties au-dessus et en-dessous des m\u00e9ridiens vertical et horizontal.<\/p>\n<p>Dans cette t\u00e2che d&rsquo;indi\u00e7age spatial, un indice p\u00e9riph\u00e9rique apparaissait bri\u00e8vement pour orienter l&rsquo;attention des participants vers l&rsquo;une des bo\u00eetes. Dans 70 % des cas (essais valides), la cible apparaissait \u00e0 l&rsquo;endroit d\u00e9sign\u00e9 par l&rsquo;indice. Dans les 30 % d&rsquo;essais restants (essais invalides), la cible apparaissait soit dans la bo\u00eete adjacente situ\u00e9e au sein du <em>m\u00eame h\u00e9michamp<\/em>, soit dans une bo\u00eete situ\u00e9e \u00e0 une distance g\u00e9om\u00e9trique rigoureusement identique, mais n\u00e9cessitant le <strong>franchissement du m\u00e9ridien vertical<\/strong> (changement d&rsquo;h\u00e9michamp visuel). Si l&rsquo;attention se d\u00e9pla\u00e7ait comme un spot lumineux continu dans un espace euclidien abstrait, le co\u00fbt temporel de l&rsquo;invalidation (l&rsquo;allongement du temps de r\u00e9action) ne devait d\u00e9pendre que de la distance m\u00e9trique s\u00e9parant la bo\u00eete indic\u00e9e de la bo\u00eete cible.<\/p>\n<p>Les r\u00e9sultats empiriques ont spectaculairement valid\u00e9 la pr\u00e9diction de Rizzolatti : \u00e0 distance spatiale rigoureusement constante, le co\u00fbt du r\u00e9alignement de l&rsquo;attention \u00e9tait immens\u00e9ment plus \u00e9lev\u00e9 lorsque la cible apparaissait au-del\u00e0 du m\u00e9ridien vertical que lorsqu&rsquo;elle apparaissait dans le m\u00eame h\u00e9michamp. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne \u2014 baptis\u00e9 le \u00ab co\u00fbt du franchissement de m\u00e9ridien \u00bb (<em>meridian crossing effect<\/em>) \u2014 ne pouvait s&rsquo;expliquer par un mod\u00e8le spatial continu. En revanche, il d\u00e9coulait naturellement des contraintes oculomotrices : reprogrammer une saccade oculaire au sein d&rsquo;un m\u00eame h\u00e9michamp ne requiert qu&rsquo;un ajustement scalaire de son amplitude (un ajustement mineur du programme moteur), alors que traverser le m\u00e9ridien impose d&rsquo;inverser totalement la direction vectorielle du mouvement, impliquant la d\u00e9sactivation de l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re moteur oppos\u00e9 et le recrutement int\u00e9gral de nouveaux ensembles neuronaux. L&rsquo;attention ne navigue donc pas dans l&rsquo;espace g\u00e9om\u00e9trique : elle est soumise aux r\u00e8gles strictes de la programmation balistique de l&rsquo;\u0153il.<\/p>\n<h3>6.2 Les trajectoires de saccades courb\u00e9es (Sheliga et al., 1994, 1995)<\/h3>\n<p>L&rsquo;une des preuves comportementales les plus \u00e9l\u00e9gantes et irr\u00e9futables en faveur de l&rsquo;identit\u00e9 fonctionnelle entre attention couverte et pr\u00e9paration motrice est venue des exp\u00e9riences dites des <strong>trajectoires de saccades courb\u00e9es<\/strong> conduites au milieu des ann\u00e9es 1990 par Barbara Sheliga, Lucia Riggio et Giacomo Rizzolatti. Ces protocoles reposaient sur une id\u00e9e biom\u00e9canique lumineuse : si l&rsquo;allocation d&rsquo;attention couverte vers un point spatial consiste r\u00e9ellement en l&rsquo;activation d&rsquo;un programme moteur pr\u00e9-saccadique dans les cartes colliculaires et corticales, ce programme latent doit obligatoirement interf\u00e9rer m\u00e9caniquement avec toute autre commande motrice ex\u00e9cut\u00e9e simultan\u00e9ment.<\/p>\n<p>Pour d\u00e9montrer cette hypoth\u00e8se, les auteurs demandaient aux sujets de fixer un point central, puis d&rsquo;orienter secr\u00e8tement leur attention couverte vers une position lat\u00e9rale p\u00e9riph\u00e9rique (par exemple en haut \u00e0 droite) sans bouger les yeux, afin de discriminer un stimulus indic\u00e9. Imm\u00e9diatement apr\u00e8s, un signal imp\u00e9ratif ordonnait aux participants d&rsquo;ex\u00e9cuter une saccade manifeste verticale rectiligne vers le haut. En enregistrant les trajectoires oculaires avec une pr\u00e9cision submillim\u00e9trique gr\u00e2ce \u00e0 des anneaux de scl\u00e9rotique magn\u00e9tiques (<em>scleral search coil<\/em>), les chercheurs ont fait une d\u00e9couverte stup\u00e9fiante : la trajectoire de la saccade verticale n&rsquo;\u00e9tait pas rectiligne, mais s&rsquo;incurvait de fa\u00e7on significative <strong>\u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9<\/strong> du foyer d&rsquo;attention couverte pr\u00e9alablement sollicit\u00e9.<\/p>\n<p>Ce ph\u00e9nom\u00e8ne s&rsquo;explique parfaitement par la dynamique des populations neuronales dans le colliculus sup\u00e9rieur. L&rsquo;orientation de l&rsquo;attention couverte g\u00e9n\u00e8re une colline d&rsquo;excitation au secteur correspondant \u00e0 la cible p\u00e9riph\u00e9rique. Lorsque l&rsquo;ordre de d\u00e9clencher la saccade verticale surgit, le syst\u00e8me moteur doit neutraliser d&rsquo;urgence cette activation p\u00e9riph\u00e9rique pour \u00e9viter que l&rsquo;\u0153il ne d\u00e9vie vers la mauvaise cible. Cette inhibition active du foyer r\u00e9siduel \u00ab creuse \u00bb la carte d&rsquo;activit\u00e9 colliculaire du c\u00f4t\u00e9 de la cible attentionnelle, de sorte que le centre de gravit\u00e9 vectoriel de la saccade ex\u00e9cut\u00e9e est repouss\u00e9 dans la direction oppos\u00e9e, courbant physiquement la trajectoire balistique du globe oculaire. La preuve \u00e9tait \u00e9clatante : l&rsquo;attention couverte laisse une empreinte m\u00e9canique observable dans la cin\u00e9matique de l&rsquo;\u0153il, confirmant qu&rsquo;elle mobilise la m\u00eame machinerie motrice.<\/p>\n<h3>6.3 La dynamique d&rsquo;inhibition de retour (Posner et Cohen)<\/h3>\n<p>La th\u00e9orie pr\u00e9motrice a \u00e9galement offert un \u00e9clairage explicatif d&rsquo;une grande puissance au ph\u00e9nom\u00e8ne classique d&rsquo;<strong>inhibition de retour<\/strong> (<em>Inhibition of Return<\/em> ou IOR), identifi\u00e9 pour la premi\u00e8re fois par Michael Posner et Yoav Cohen en 1984. Dans ce paradigme, lorsqu&rsquo;un indice visuel p\u00e9riph\u00e9rique exog\u00e8ne attire l&rsquo;attention sur une r\u00e9gion de l&rsquo;espace, la d\u00e9tection d&rsquo;une cible apparaissant \u00e0 cet endroit pr\u00e9cis est facilit\u00e9e pendant les premi\u00e8res 200 millisecondes. Toutefois, si le d\u00e9lai entre l&rsquo;indice et la cible d\u00e9passe 300 millisecondes, cette facilitation initiale s&rsquo;inverse pour laisser place \u00e0 un co\u00fbt temporel manifeste : les sujets mettent alors significativement plus de temps \u00e0 r\u00e9agir \u00e0 un stimulus apparaissant \u00e0 l&#8217;emplacement indic\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 un stimulus apparaissant sur un site spatial vierge.<\/p>\n<p>Initialement interpr\u00e9t\u00e9e par Posner comme un m\u00e9canisme attentionnel abstrait favorisant la nouveaut\u00e9 environnementale en emp\u00eachant l&rsquo;attention de revisiter inutilement des zones d\u00e9j\u00e0 explor\u00e9es, l&rsquo;inhibition de retour a \u00e9t\u00e9 r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9e par Rizzolatti et ses continuateurs comme une <strong>r\u00e9manence inhibitrice intrins\u00e8quement motrice<\/strong>. Des \u00e9tudes combinant des enregistrements oculom\u00e9triques et des r\u00e9ponses motrices diff\u00e9renci\u00e9es ont prouv\u00e9 que l&rsquo;IOR est fondamentalement organis\u00e9e en coordonn\u00e9es oculocentriques et motrices. D\u00e8s lors qu&rsquo;un programme moteur a \u00e9t\u00e9 amorc\u00e9 puis avort\u00e9 (comme c&rsquo;est le cas lors d&rsquo;un indi\u00e7age non suivi d&rsquo;action), les r\u00e9seaux fronto-colliculaires mettent en place un frein r\u00e9fractaire temporaire pour d\u00e9courager la r\u00e9activation imm\u00e9diate du m\u00eame vecteur saccadique.<\/p>\n<p>De plus, des travaux d\u00e9montrent que l&rsquo;IOR s&rsquo;effondre ou change de morphologie si les effecteurs moteurs sont bloqu\u00e9s ou si le colliculus sup\u00e9rieur est l\u00e9s\u00e9, alors m\u00eame que les capacit\u00e9s perceptives \u00e9l\u00e9mentaires demeurent intactes. L&rsquo;inhibition de retour n&rsquo;est donc pas une propri\u00e9t\u00e9 de l&rsquo;esprit cognitif abstrait, mais la cons\u00e9quence computationnelle de la r\u00e9fraction des circuits moteurs m\u00e9senc\u00e9phaliques et corticaux, confirmant une fois de plus que les dynamiques de l&rsquo;attention \u00e9pousent fid\u00e8lement les r\u00e8gles d&rsquo;efficience et de plasticit\u00e9 du syst\u00e8me moteur.<\/p>\n<h2>7. Microstimulation et neurophysiologie : Les validations cellulaires du mod\u00e8le<\/h2>\n<h3>7.1 Les exp\u00e9riences s\u00e9minales de Moore et Fallah (2001, 2004)<\/h3>\n<p>Si les preuves comportementales et chronom\u00e9triques accumul\u00e9es par l&rsquo;\u00e9cole de Parme constituaient un faisceau d&rsquo;indices convergents de premier ordre, il manquait encore une d\u00e9monstration causale directe au niveau cellulaire pour clore le d\u00e9bat neurophysiologique. Cette validation exp\u00e9rimentale d\u00e9cisive a \u00e9t\u00e9 apport\u00e9e au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 par les travaux d\u00e9sormais historiques de <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/35068595\">Tirin Moore et Mazyar Fallah<\/a> au sein de l&rsquo;Universit\u00e9 de Princeton, publi\u00e9s dans <em>Nature<\/em> (2001) et le <em>Journal of Neurophysiology<\/em> (2004).<\/p>\n<p>Moore et Fallah ont utilis\u00e9 la technique de la microstimulation intracorticale chez le macaque vigile au sein du champ oculomoteur frontal (FEF). Dans un premier temps, les exp\u00e9rimentateurs identifiaient le vecteur moteur pr\u00e9cis d&rsquo;un groupe de neurones du FEF en appliquant un courant \u00e9lectrique supraliminaire : l&rsquo;activation de ces neurones d\u00e9clenchait immanquablement une saccade oculaire guidant l&rsquo;\u0153il vers un champ r\u00e9cepteur moteur sp\u00e9cifique de l&rsquo;espace visuel (nomm\u00e9 le champ moteur du site). Dans un second temps, les auteurs ont r\u00e9duit l&rsquo;intensit\u00e9 du courant \u00e9lectrique \u00e0 un niveau <strong>sous-seuil<\/strong> (<em>subthreshold microstimulation<\/em>), typiquement 50 % de l&rsquo;intensit\u00e9 requise pour d\u00e9clencher une saccade m\u00e9canique : la stimulation artificielle excitait localement les neurones du FEF, mais les yeux de l&rsquo;animal restaient rigoureusement immobiles au point de fixation central.<\/p>\n<p>Les singes \u00e9taient entra\u00een\u00e9s \u00e0 accomplir une t\u00e2che visuelle d&rsquo;une difficult\u00e9 extr\u00eame : d\u00e9tecter une l\u00e9g\u00e8re att\u00e9nuation de la luminosit\u00e9 d&rsquo;un stimulus cible au milieu de multiples distracteurs visuels. Le r\u00e9sultat de l&rsquo;exp\u00e9rience a constitu\u00e9 un s\u00e9isme conceptuel : lorsque la microstimulation sous-seuil du FEF \u00e9tait d\u00e9livr\u00e9e de mani\u00e8re synchrone avec l&rsquo;apparition du stimulus, les performances de discrimination visuelle de l&rsquo;animal augmentaient de fa\u00e7on spectaculaire, \u00e0 condition stricte que la cible visuelle soit situ\u00e9e <strong>exactement \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du champ moteur<\/strong> des neurones stimul\u00e9s. D\u00e8s que la cible \u00e9tait d\u00e9cal\u00e9e de quelques degr\u00e9s hors de ce vecteur, aucun effet de facilitation n&rsquo;\u00e9tait observ\u00e9. En injectant artificiellement un signal de commande motrice dans le cortex frontal, Moore et Fallah venaient de cr\u00e9er de toutes pi\u00e8ces un foyer d&rsquo;attention spatiale s\u00e9lective chez l&rsquo;animal, prouvant sans \u00e9quivoque que la causalit\u00e9 s&rsquo;exerce bien du syst\u00e8me pr\u00e9moteur vers le syst\u00e8me sensoriel.<\/p>\n<h3>7.2 La modulation du gain sensoriel dans les aires visuelles pr\u00e9coces (V4, MT)<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tape suivante consistait \u00e0 \u00e9lucider le m\u00e9canisme biophysique pr\u00e9cis par lequel l&rsquo;activation des aires pr\u00e9motrices frontales parvient \u00e0 optimiser le traitement du signal au sein des aires visuelles occipitales et temporales pr\u00e9coces. Dans une \u00e9tude d&rsquo;anthologie publi\u00e9e dans <em>Science<\/em> en 2003, Tirin Moore et Katherine Armstrong ont coupl\u00e9 la microstimulation sous-seuil du FEF avec l&rsquo;enregistrement simultan\u00e9 unitaire de neurones dans l&rsquo;<strong>aire visuelle extrastri\u00e9e V4<\/strong>, une r\u00e9gion c\u00e9r\u00e9brale r\u00e9put\u00e9e pour sa modulation par l&rsquo;attention s\u00e9lective.<\/p>\n<p>L&rsquo;enregistrement combin\u00e9 a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que la stimulation \u00e9lectrique sous-seuil des neurones du FEF induit une \u00e9l\u00e9vation imm\u00e9diate et robuste de la fr\u00e9quence de d\u00e9charge des neurones de l&rsquo;aire V4 dont les champs r\u00e9cepteurs visuels recoupent l&rsquo;espace motoris\u00e9 par le site frontal stimul\u00e9. Ce signal de retour descendant (<em>top-down feedback<\/em>) issu des structures motrices frontales produit un effet \u00e9lectrophysiologique absolument indiscernable de celui engendr\u00e9 par l&rsquo;attention visuelle spatiale naturelle : il amplifie le gain de la r\u00e9ponse neuronale aux stimuli optimaux, augmente la sensibilit\u00e9 au contraste et filtre les informations non pertinentes en \u00e9crasant les r\u00e9ponses aux distracteurs situ\u00e9s \u00e0 proximit\u00e9.<\/p>\n<p>Des constatations similaires ont \u00e9t\u00e9 reproduites dans l&rsquo;aire MT (V5), d\u00e9montrant que les cartes motrices frontales agissent comme des r\u00e9gulateurs de sensibilit\u00e9 r\u00e9troactifs sur l&rsquo;ensemble de la hi\u00e9rarchie corticale visuelle r\u00e9tinotopique. L&rsquo;attention spatiale trouve ainsi son substrat computationnel : il s&rsquo;agit d&rsquo;une d\u00e9charge corollaire pr\u00e9motrice modulant les gains synaptiques des structures sensorielles afin de pr\u00e9parer le cortex visuel \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e imminente de l&rsquo;information sur laquelle l&rsquo;effecteur va intervenir.<\/p>\n<h3>7.3 \u00c9tudes de stimulation magn\u00e9tique transcr\u00e2nienne (TMS) chez l&rsquo;humain<\/h3>\n<p>Afin d&rsquo;\u00e9tendre la validit\u00e9 de ces d\u00e9couvertes animales \u00e0 la physiologie c\u00e9r\u00e9brale humaine, de nombreuses \u00e9quipes ont mobilis\u00e9 la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.sciencedirect.com\/topics\/neuroscience\/transcranial-magnetic-stimulation\">stimulation magn\u00e9tique transcr\u00e2nienne<\/a> (TMS) \u00e0 impulsions simples ou r\u00e9p\u00e9titives, coupl\u00e9e \u00e0 la psychophysique et \u00e0 l&rsquo;\u00e9lectroenc\u00e9phalographie (EEG) \u00e0 haute densit\u00e9. Des neuroscientifiques comme Vincent Walsh, Matthew Rushworth ou Jon Driver ont explor\u00e9 si la perturbation transitoire des structures pr\u00e9motrices humaines alt\u00e9rait causalement l&rsquo;allocation de l&rsquo;attention couverte sans qu&rsquo;aucun mouvement oculaire ne soit ex\u00e9cut\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;application d&rsquo;une impulsion de TMS sur le FEF humain ou sur le sillon intrapari\u00e9tal (IPS) pr\u00e9cis\u00e9ment calibr\u00e9e dans le temps (entre 100 et 150 millisecondes apr\u00e8s l&rsquo;apparition d&rsquo;un indice visuel spatial) entra\u00eene une d\u00e9gradation imm\u00e9diate et s\u00e9lective de la perception visuelle de la cible dans l&rsquo;h\u00e9michamp controlat\u00e9ral. Inversement, l&rsquo;application d&rsquo;impulsions magn\u00e9tiques sous-seuils sur le FEF peut induire des r\u00e9ductions de temps de r\u00e9action et une amplification des potentiels \u00e9voqu\u00e9s visuels pr\u00e9coces (tels que les ondes P1 et N1 enregistr\u00e9es au niveau occipital), reproduisant fid\u00e8lement les effets observ\u00e9s lors de la microstimulation chez le primate non humain.<\/p>\n<p>Ces donn\u00e9es de neuro-imagerie fonctionnelle et de neuro-interruption non invasive chez l&rsquo;humain ont permis d&rsquo;\u00e9liminer d\u00e9finitivement l&rsquo;hypoth\u00e8se selon laquelle les structures fronto-motrices ne s&rsquo;activeraient qu&rsquo;\u00e0 titre de corr\u00e9lation secondaire ou de pr\u00e9paration tardive de la r\u00e9ponse manuelle au clavier. Le cortex pr\u00e9moteur humain est partie prenante, n\u00e9cessaire et causale, dans la structuration pr\u00e9coce du percept visuel spatial, consolidant de mani\u00e8re irr\u00e9versible les axiomes de la th\u00e9orie de Giacomo Rizzolatti \u00e0 travers les esp\u00e8ces.<\/p>\n<h2>8. Extension au-del\u00e0 de l&rsquo;oculomotricit\u00e9 : Pr\u00e9hension, espace p\u00e9ripersonnel et action manuelle<\/h2>\n<h3>8.1 La th\u00e9orie pr\u00e9motrice appliqu\u00e9e au geste d&rsquo;atteinte et de pr\u00e9hension<\/h3>\n<p>Bien que les saccades oculaires constituent le champ d&rsquo;exp\u00e9rimentation privil\u00e9gi\u00e9 de la th\u00e9orie pr\u00e9motrice en raison de leur simplicit\u00e9 cin\u00e9matique et de la compacit\u00e9 de leurs r\u00e9seaux neuronaux, l&rsquo;ambition th\u00e9orique de Giacomo Rizzolatti n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 restreinte \u00e0 l&rsquo;oculomotricit\u00e9. D\u00e8s sa formulation, la th\u00e9orie s&rsquo;est voulue g\u00e9n\u00e9rale, englobant l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 du r\u00e9pertoire moteur de l&rsquo;organisme, et en particulier le geste d&rsquo;atteinte (<em>reaching<\/em>) et la saisie d&rsquo;objets (<em>grasping<\/em>) par la main et les doigts.<\/p>\n<p>Les recherches men\u00e9es \u00e0 Parme par Laila Craighero, Luciano Fadiga, Maurizio Gentilucci et Giacomo Rizzolatti ont brillamment illustr\u00e9 l&rsquo;application de la th\u00e9orie pr\u00e9motrice \u00e0 la motricit\u00e9 manuelle. Dans une exp\u00e9rience s\u00e9minale de Craighero et al. (1999), des sujets devaient pr\u00e9parer la saisie manuelle d&rsquo;un objet sp\u00e9cifique pr\u00e9sentant une orientation g\u00e9om\u00e9trique d\u00e9finie (par exemple, une barre inclin\u00e9e n\u00e9cessitant une prise de la main selon un angle de 45\u00b0). L&rsquo;ordre d&rsquo;ex\u00e9cution de la saisie \u00e9tait d\u00e9clench\u00e9 par l&rsquo;apparition d&rsquo;un signal visuel qui pouvait repr\u00e9senter soit la m\u00eame barre inclin\u00e9e dans la m\u00eame orientation, soit une barre d&rsquo;orientation oppos\u00e9e.<\/p>\n<p>Les r\u00e9sultats ont montr\u00e9 que les temps de r\u00e9action \u00e9taient prodigieusement acc\u00e9l\u00e9r\u00e9s lorsque le stimulus visuel d\u00e9clencheur correspondait trait pour trait aux caract\u00e9ristiques g\u00e9om\u00e9triques et posturales de l&rsquo;objet que la main s&rsquo;\u00e9tait pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 saisir. La programmation motrice de la posture des doigts (r\u00e9gul\u00e9e par le circuit pari\u00e9to-frontal AIP-F5) avait ainsi pr\u00e9-activ\u00e9 s\u00e9lectivement l&rsquo;attention visuelle sur les attributs morphologiques et spatiaux pertinents de la cible (son orientation, son \u00e9paisseur, son axe de saisie). L&rsquo;attention s\u00e9lective n&rsquo;op\u00e8re donc pas seulement sur la localisation euclidienne \u00ab o\u00f9 \u00bb, mais s\u00e9lectionne \u00e9galement le \u00ab comment \u00bb pragmatique de l&rsquo;objet, d\u00e9montrant que les affordances de pr\u00e9hension manuelle guident le filtrage attentionnel avec la m\u00eame vigueur que les saccades oculaires.<\/p>\n<h3>8.2 Diff\u00e9renciation spatiale : Espace p\u00e9ripersonnel versus espace extrapersonnel<\/h3>\n<p>L&rsquo;un des apports les plus f\u00e9conds de l&rsquo;\u00e9cole de Parme \u00e0 la neuropsychologie et aux neurosciences cognitives r\u00e9side dans la formalisation de la dichotomie fonctionnelle entre <strong>espace p\u00e9ripersonnel<\/strong> (l&rsquo;espace \u00e0 port\u00e9e de main, imm\u00e9diatement adjacent au corps) et <strong>espace extrapersonnel<\/strong> (l&rsquo;espace lointain, hors de port\u00e9e somatique directe, accessible uniquement par la locomotion ou le regard). Pour Rizzolatti, cette partition de l&rsquo;univers spatial n&rsquo;est pas une abstraction cognitive, mais d\u00e9coule organiquement de la nature des effecteurs moteurs capables d&rsquo;y agir.<\/p>\n<p>Comme \u00e9voqu\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, l&rsquo;espace p\u00e9ripersonnel est principalement cartographi\u00e9 par les circuits reliant l&rsquo;aire intrapari\u00e9tale ventrale VIP et l&rsquo;aire pr\u00e9motrice frontale F4. Les neurones bimodaux de ces r\u00e9gions d\u00e9limitent une v\u00e9ritable enveloppe sensorielle protectrice et fonctionnelle autour de la peau. Lorsqu&rsquo;un objet s&rsquo;approche \u00e0 moins de quelques dizaines de centim\u00e8tres du visage ou de la main, ces cellules d\u00e9chargent proportionnellement \u00e0 la vitesse et \u00e0 la trajectoire de l&rsquo;objet, pr\u00e9parant des mouvements de retrait protecteur ou d&rsquo;interception gestuelle. \u00c0 l&rsquo;inverse, l&rsquo;espace extrapersonnel mobilise quasi exclusivement les r\u00e9seaux oculomoteurs (LIP-FEF) et locomoteurs.<\/p>\n<p>Cette architecture se caract\u00e9rise par une plasticit\u00e9 remarquable. Les c\u00e9l\u00e8bres travaux d&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.sciencedirect.com\/science\/article\/pii\/S0959438803000414\">Atsushi Iriki<\/a> et de l&rsquo;\u00e9quipe de Parme ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que si un primate ou un \u00eatre humain apprend \u00e0 utiliser un outil physique (comme un r\u00e2teau pour attirer de la nourriture distante), les champs r\u00e9cepteurs bimodaux des neurones de l&rsquo;espace p\u00e9ripersonnel s&rsquo;\u00e9tirent en quelques minutes le long de la hampe de l&rsquo;outil pour en englober l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 active. D\u00e8s cet instant, l&rsquo;attention spatiale p\u00e9ripersonnelle s&rsquo;\u00e9largit aux nouvelles fronti\u00e8res motrices de l&rsquo;organisme. L&rsquo;espace attentionnel n&rsquo;a de consistance que celle conf\u00e9r\u00e9e par la port\u00e9e op\u00e9rationnelle des instruments et des membres du corps.<\/p>\n<h3>8.3 Modularit\u00e9 effectrice de l&rsquo;attention<\/h3>\n<p>Ces d\u00e9couvertes ont conduit Giacomo Rizzolatti \u00e0 forger le concept fondamental de <strong>modularit\u00e9 effectrice de l&rsquo;attention<\/strong> (<em>effector-based attention<\/em>). Contre l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un goulet d&rsquo;\u00e9tranglement centralis\u00e9 unique \u00e0 travers lequel l&rsquo;esprit devrait s\u00e9quentiellement faire passer toutes ses s\u00e9lections cognitives, la th\u00e9orie pr\u00e9motrice postule l&rsquo;existence d&rsquo;une pluralit\u00e9 de canaux attentionnels op\u00e9rant en parall\u00e8le au sein des diff\u00e9rents modules moteurs.<\/p>\n<p>Cette multiplicit\u00e9 permet \u00e0 l&rsquo;organisme de d\u00e9ployer simultan\u00e9ment plusieurs foyers attentionnels non conflictuels, d\u00e8s lors qu&rsquo;ils sollicitent des effecteurs distincts. Une pianiste virtuose peut ainsi focaliser son attention oculomotrice sur les port\u00e9es d&rsquo;une partition complexe (saccades d&rsquo;anticipation visuelle), tout en maintenant une attention spatiale motrice digitale hautement s\u00e9lective sur l&rsquo;espacement physique des touches du clavier pour ses deux mains, sans qu&rsquo;un goulot d&rsquo;\u00e9tranglement supramodal ne vienne paralyser le syst\u00e8me par interf\u00e9rence computationnelle. Chaque cha\u00eene sensori-motrice fronto-pari\u00e9tale calcule ses propres s\u00e9lections en toute autonomie op\u00e9rationnelle.<\/p>\n<p>Cette vision d\u00e9centralis\u00e9e et parall\u00e8le de l&rsquo;attention a sonn\u00e9 le glas des mod\u00e8les de s\u00e9lection tardive ou pr\u00e9coce rigides qui ont agit\u00e9 la psychologie du XXe si\u00e8cle. Elle a d\u00e9montr\u00e9 de fa\u00e7on magistrale que la bande passante de notre interaction avec le r\u00e9el n&rsquo;est pas r\u00e9gul\u00e9e par un processeur central unique, mais par la symphonie distribu\u00e9e de nos cartes corporelles en action permanente.<\/p>\n<h2>9. D\u00e9bats contemporains et limites critiques de la th\u00e9orie pr\u00e9motrice<\/h2>\n<h3>9.1 La th\u00e9orie pr\u00e9motrice forte versus la th\u00e9orie pr\u00e9motrice faible<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 l&rsquo;avalanche de confirmations exp\u00e9rimentales qui a salu\u00e9 l&rsquo;essor de la th\u00e9orie pr\u00e9motrice, celle-ci n&rsquo;a pas tard\u00e9 \u00e0 soulever de vives controverses \u00e9pist\u00e9mologiques et empiriques. Au c\u0153ur du d\u00e9bat contemporain se trouve la distinction devenue classique entre la <strong>version forte<\/strong> et la <strong>version faible<\/strong> de la th\u00e9orie pr\u00e9motrice de l&rsquo;attention. Cette clarification conceptuelle a notamment \u00e9t\u00e9 formalis\u00e9e pour mettre \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve les limites de la formulation originelle intransigeante de Giacomo Rizzolatti.<\/p>\n<p>La <em>version forte<\/em> \u2014 telle que soutenue initialement par l&rsquo;\u00e9cole de Parme \u2014 stipule une <strong>identit\u00e9 neurobiologique stricte et obligatoire<\/strong> : l&rsquo;attention spatiale <em>est<\/em> la pr\u00e9paration motrice. Selon cette d\u00e9clinaison absolue, il est th\u00e9oriquement et physiologiquement impossible d&rsquo;allouer de l&rsquo;attention s\u00e9lective \u00e0 une coordonn\u00e9e spatiale sans engager le programme pr\u00e9moteur d&rsquo;un effecteur dirig\u00e9 vers ce point pr\u00e9cis. R\u00e9ciproquement, toute pr\u00e9paration motrice g\u00e9n\u00e8re n\u00e9cessairement un foyer attentionnel. L&rsquo;attention n&rsquo;a aucune existence neuronale ind\u00e9pendante des signaux moteurs.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9, la <em>version faible<\/em> de la th\u00e9orie admet l&rsquo;existence d&rsquo;un <strong>couplage fonctionnel \u00e9troit et hautement privil\u00e9gi\u00e9<\/strong> entre circuits moteurs et syst\u00e8mes attentionnels, tout en refusant l&rsquo;identit\u00e9 ontologique absolue. Selon cette perspective plus nuanc\u00e9e, les structures motrices (comme le FEF ou les aires pr\u00e9motrices) sont fr\u00e9quemment sollicit\u00e9es pour moduler le traitement perceptif en raison de leur formidable connectivit\u00e9 spatiale, mais l&rsquo;attention spatiale dispose de m\u00e9canismes propres capables de se d\u00e9ployer de mani\u00e8re autonome, en l&rsquo;absence totale de toute amorce de commande motrice. D\u00e8s lors, l&rsquo;activation motrice ne serait pas la <em>cause exclusive<\/em> de l&rsquo;attention, mais un m\u00e9canisme d&rsquo;appoint ou une cons\u00e9quence fr\u00e9quemment corr\u00e9l\u00e9e.<\/p>\n<p>De nombreux th\u00e9oriciens des sciences cognitives ont soulign\u00e9 le p\u00e9ril de tautologie ou de non-falsifiabilit\u00e9 pesant sur la version forte : chaque fois qu&rsquo;une \u00e9tude d\u00e9montre une allocation attentionnelle sans saccade apparente, les partisans radicaux de la th\u00e9orie r\u00e9torquent qu&rsquo;une commande motrice a \u00e9t\u00e9 programm\u00e9e mais frein\u00e9e \u00e0 un niveau sous-seuil ind\u00e9tectable par la cin\u00e9matique de surface, rendant l&rsquo;hypoth\u00e8se difficile \u00e0 r\u00e9futer sur le strict plan comportemental.<\/p>\n<h3>9.2 \u00c9tudes comportementales contestant l&rsquo;indissociabilit\u00e9 de l&rsquo;attention et de la saccade<\/h3>\n<p>D\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, plusieurs \u00e9quipes de chercheurs ont d\u00e9velopp\u00e9 des paradigmes exp\u00e9rimentaux d&rsquo;une sophistication extr\u00eame afin de faire craquer le postulat d&rsquo;indissociabilit\u00e9 impos\u00e9 par la version forte de la th\u00e9orie pr\u00e9motrice. Les travaux de <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/link.springer.com\/article\/10.3758\/BF03196140\">Amelia Hunt et Alan Kingstone (2003)<\/a>, compl\u00e9t\u00e9s par les \u00e9tudes de Dirk Deubel, Heiner Deubel et Thomas Geyer, ont apport\u00e9 des contradictions empiriques de premier plan.<\/p>\n<p>Dans ces protocoles novateurs de double t\u00e2che spatiale, les participants devaient pr\u00e9parer une saccade oculaire vers un point A, tout en accomplissant simultan\u00e9ment une t\u00e2che de discrimination perceptive requ\u00e9rant le maintien de leur attention couverte sur un point B distinct dans le champ visuel. Si l&rsquo;allocation d&rsquo;attention d\u00e9coule strictement de la pr\u00e9paration du vecteur saccadique, les performances de discrimination perceptive auraient d\u00fb \u00eatre maximales et exclusives au point d&rsquo;atterrissage de la saccade (le point A), s&rsquo;effondrant catastrophiquement sur le point B. Or, les r\u00e9sultats ont d\u00e9montr\u00e9 sans \u00e9quivoque que des sujets entra\u00een\u00e9s sont capables de maintenir un foyer attentionnel stable et performant sur une cible excentr\u00e9e tout en ex\u00e9cutant une trajectoire oculaire vers une cible totalement divergente, sans effondrement perceptif majeur.<\/p>\n<p>Des arguments cliniques encore plus percutants sont venus de l&rsquo;\u00e9tude de patients atteints de pathologies rares comme l&rsquo;<strong>ophtalmopl\u00e9gie externe progressive chronique<\/strong> (un trouble d\u00e9truisant s\u00e9lectivement les noyaux ou la musculature oculomotrice p\u00e9riph\u00e9rique) ou de patients porteurs du syndrome de Steele-Richardson-Olszewski (paralysie supranucl\u00e9aire progressive). Malgr\u00e9 l&rsquo;incapacit\u00e9 absolue et d\u00e9finitive de ces patients \u00e0 programmer ou g\u00e9n\u00e9rer la moindre saccade oculaire volontaire, plusieurs \u00e9tudes ont d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;ils conservaient une capacit\u00e9 intacte \u00e0 d\u00e9placer leur attention couverte dans les zones paralys\u00e9es de leur champ visuel en r\u00e9ponse \u00e0 des indices exog\u00e8nes ou endog\u00e8nes. Cette dissociation clinique \u00e9clatante apporte la preuve que l&rsquo;esprit peut orienter sa s\u00e9lection spatiale alors m\u00eame que le syst\u00e8me moteur effecteur est structurellement et fonctionnellement an\u00e9anti.<\/p>\n<h3>9.3 Critiques computationnelles et mod\u00e8les de saillance visuelle<\/h3>\n<p>Sur le versant des neurosciences computationnelles et de l&rsquo;intelligence artificielle, la th\u00e9orie pr\u00e9motrice a d\u00fb affronter la concurrence conceptuelle des <strong>mod\u00e8les de saillance visuelle ascendante<\/strong> (<em>bottom-up visual saliency maps<\/em>), formalis\u00e9s de mani\u00e8re embl\u00e9matique par <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/nrn755\">Laurent Itti et Christof Koch<\/a>. Ces mod\u00e8les d&rsquo;ing\u00e9nierie neuromorphique d\u00e9montrent qu&rsquo;il est parfaitement possible de rendre compte de la s\u00e9lection spatiale de zones hautement prioritaires dans une sc\u00e8ne visuelle complexe sans faire appel au moindre calcul pr\u00e9moteur.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;architecture computationnelle d&rsquo;Itti et Koch, des filtres visuels pr\u00e9coces d\u00e9composent parall\u00e8lement l&rsquo;image selon des dimensions \u00e9l\u00e9mentaires (couleur, contraste d&rsquo;intensit\u00e9, orientation des contours, direction du mouvement) au niveau d&rsquo;aires purement r\u00e9tinotopiques comme le cortex visuel primaire V1 ou les couches superficielles (purement sensorielles) du colliculus sup\u00e9rieur. La convergence de ces caract\u00e9ristiques produit une \u00ab carte de saillance globale \u00bb purement perceptive. Le maximum topologique d&rsquo;activit\u00e9 dans cette carte d\u00e9signe naturellement la r\u00e9gion o\u00f9 l&rsquo;attention doit se porter en priorit\u00e9, ind\u00e9pendamment de toute consid\u00e9ration motrice.<\/p>\n<p>Les tenants de ces approches computationnelles ont vigoureusement soulign\u00e9 le probl\u00e8me de la <strong>primaut\u00e9 chronologique<\/strong> : l&rsquo;extraction de la saillance perceptive pr\u00e9c\u00e8de syst\u00e9matiquement dans le temps (souvent d\u00e8s 40 \u00e0 60 millisecondes) la moindre d\u00e9charge neuronale au sein du FEF ou des aires pr\u00e9motrices (qui n&rsquo;intervient g\u00e9n\u00e9ralement qu&rsquo;apr\u00e8s 100 \u00e0 150 millisecondes). Selon cette logique, le syst\u00e8me pr\u00e9moteur ne forge pas l&rsquo;attention : il se borne \u00e0 recevoir passivement l&rsquo;information pr\u00e9-calcul\u00e9e par les aires visuelles primaires pour ensuite programmer une r\u00e9ponse motrice congruente. La s\u00e9lection spatiale appartiendrait donc en propre \u00e0 la hi\u00e9rarchie visuelle ascendante, rel\u00e9guant le moteur \u00e0 une cons\u00e9quence programm\u00e9e a posteriori.<\/p>\n<h2>10. Les dissociations neurobiologiques : L&rsquo;attention peut-elle exister sans intention motrice ?<\/h2>\n<h3>10.1 Dissociations cellulaires dans le FEF et le cortex intrapari\u00e9tal<\/h3>\n<p>L&rsquo;argument le plus d\u00e9vastateur contre la th\u00e9orie pr\u00e9motrice forte a \u00e9t\u00e9 port\u00e9 de l&rsquo;int\u00e9rieur m\u00eame de la neurophysiologie unitaire, par des chercheurs de premier plan tels que <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/academic.oup.com\/cercor\/article\/13\/2\/179\/385566\">Jeffrey Schall<\/a>, Douglas Hanes et Tracy Sato \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Vanderbilt. Schall et son \u00e9quipe ont consacr\u00e9 des ann\u00e9es \u00e0 cartographier avec une minutie chirurgicale la microarchitecture cellulaire du champ oculomoteur frontal (FEF) chez le primate, r\u00e9v\u00e9lant une h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 fonctionnelle que le mod\u00e8le unitaire de Parme avait sous-estim\u00e9e.<\/p>\n<p>En utilisant le paradigme exp\u00e9rimental de la <strong>contre-consigne<\/strong> (<em>countermanding paradigm<\/em> ou t\u00e2che de signal d&rsquo;arr\u00eat), Schall et ses collaborateurs ont pu dissocier formellement les processus de s\u00e9lection attentionnelle de la cible des processus d&rsquo;engagement moteur de la saccade. Leurs enregistrements intracellulaires ont identifi\u00e9 trois sous-populations neuronales distinctes au sein du m\u00eame tissu du FEF :<\/p>\n<ul>\n<li>Les <strong>neurones purement visuels<\/strong> (environ 40 % des cellules), qui r\u00e9agissent promptement \u00e0 la pr\u00e9sence d&rsquo;une cible visuelle dans leur champ r\u00e9cepteur et discriminent la cible des distracteurs, qu&rsquo;une saccade soit ex\u00e9cut\u00e9e ou qu&rsquo;elle soit annul\u00e9e au dernier milli\u00e8me de seconde par un signal d&rsquo;arr\u00eat ;<\/li>\n<li>Les <strong>neurones de mouvement ou purement moteurs<\/strong> (environ 20 % des cellules), qui ne s&rsquo;activent que si et seulement si une saccade est irr\u00e9versiblement d\u00e9clench\u00e9e, restant rigoureusement muets lors de la simple allocation attentionnelle couverte ;<\/li>\n<li>Les <strong>neurones visuo-mouvements<\/strong>, combinant les deux propri\u00e9t\u00e9s \u00e0 des degr\u00e9s d&rsquo;int\u00e9gration variables.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette tripartition fonctionnelle prouve que le cerveau s\u00e9pare mat\u00e9riellement la machinerie de la s\u00e9lection perceptive de celle de la commande cin\u00e9matique au sein m\u00eame d&rsquo;une aire dite motrice. Lorsque le signal d&rsquo;arr\u00eat ordonne au singe de bloquer son regard, les neurones visuels du FEF continuent d&rsquo;enregistrer l&rsquo;attention port\u00e9e \u00e0 la cible, tandis que l&rsquo;activit\u00e9 des neurones moteurs s&rsquo;effondre instantan\u00e9ment pour pr\u00e9venir le d\u00e9part de l&rsquo;\u0153il. L&rsquo;attention spatiale peut donc persister au niveau cellulaire en l&rsquo;absence totale de d\u00e9charge motrice pr\u00e9-saccadique, infligeant un d\u00e9menti anatomique direct au principe d&rsquo;identit\u00e9 absolue d\u00e9fendu par la version forte de la th\u00e9orie pr\u00e9motrice.<\/p>\n<h3>10.2 Le r\u00f4le modulateur des noyaux sous-corticaux et du pulvinar<\/h3>\n<p>Un autre d\u00e9fi neurobiologique de taille provient de l&rsquo;exploration approfondie des circuits sous-corticaux de l&rsquo;attention, et tout particuli\u00e8rement du <strong>noyau pulvinar du thalamus<\/strong>, la plus vaste masse nucl\u00e9aire thalamique chez les primates sup\u00e9rieurs. De nombreux travaux conduits par des neurobiologistes comme Robert Desimone et Sabine Kastner ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que le pulvinar ventro-lat\u00e9ral et dorsom\u00e9dian exerce un contr\u00f4le magistral et autonome sur l&rsquo;attention spatiale, sans participer directement \u00e0 la m\u00e9canique g\u00e9n\u00e9ratrice des commandes motrices.<\/p>\n<p>Le pulvinar n&rsquo;envoie pas d&rsquo;axones moteurs aux effecteurs ; il fonctionne comme un \u00ab commutateur de synchronisation oscillatoire \u00bb. En r\u00e9gulant la coh\u00e9rence de phase des oscillations gamma et alpha entre les aires visuelles primaires (V1, V4) et le cortex pari\u00e9tal, le pulvinar d\u00e9cide quelles repr\u00e9sentations visuelles sont amplifi\u00e9es ou \u00e9touff\u00e9es. Des \u00e9tudes de d\u00e9sactivation pharmacologique par micro-injection de muscimol (un agoniste gabaergique) dans le pulvinar d\u00e9montrent que l&rsquo;on peut abolir compl\u00e8tement la capacit\u00e9 d&rsquo;un animal \u00e0 orienter son attention spatiale couverte dans une portion de l&rsquo;espace, sans que la cin\u00e9matique, la vitesse ou la pr\u00e9cision m\u00e9trique de ses saccades oculaires vers cette m\u00eame zone ne soient le moindrement alt\u00e9r\u00e9es.<\/p>\n<p>Cette ind\u00e9pendance causale des d\u00e9ficits attentionnels purs caus\u00e9s par des micro-l\u00e9sions thalamiques confirme que des structures non motrices poss\u00e8dent les cl\u00e9s ma\u00eetresses de l&rsquo;acc\u00e8s conscient \u00e0 l&rsquo;information sensorielle. Le mod\u00e8le r\u00e9ductionniste subordonnant tout le r\u00e9seau attentionnel aux seules boucles motrices frontales se heurte ici \u00e0 l&rsquo;existence d&rsquo;une r\u00e9gulation thalamique supramodale de la dynamique oscillatoire c\u00e9r\u00e9brale.<\/p>\n<h3>10.3 Synth\u00e8se critique des arguments contradictoires<\/h3>\n<p>Face \u00e0 cette mosa\u00efque de r\u00e9sultats contrast\u00e9s, la communaut\u00e9 contemporaine des neurosciences s&rsquo;accorde aujourd&rsquo;hui sur la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une synth\u00e8se dialectique d\u00e9passant l&rsquo;opposition st\u00e9rile entre fonctionnalisme abstrait et r\u00e9ductionnisme moteur radical. Le pi\u00e8ge \u00e9pist\u00e9mologique consistait \u00e0 confondre une <strong>corr\u00e9lation fonctionnelle obligatoire<\/strong> avec une <strong>identit\u00e9 causale exclusive<\/strong>.<\/p>\n<p>La th\u00e9orie pr\u00e9motrice conserve une valeur heuristique monumentale : elle a prouv\u00e9 que le syst\u00e8me moteur n&rsquo;est jamais un observateur passif, et que ses circuits participent de fa\u00e7on constitutive, intime et continue \u00e0 la modulation du signal visuel spatial. N\u00e9anmoins, l&rsquo;attention ne peut pas \u00eatre int\u00e9gralement r\u00e9duite au programme moteur. Il s&rsquo;agit plut\u00f4t d&rsquo;une <strong>propri\u00e9t\u00e9 \u00e9mergente d&rsquo;un dialogue bidirectionnel<\/strong> permanent entre des cartes de saillance sensorielles ascendantes, des coordinateurs oscillatoires thalamiques et des g\u00e9n\u00e9rateurs d&rsquo;action fronto-pari\u00e9taux. L&rsquo;intention motrice oriente le regard de l&rsquo;esprit, mais le regard de l&rsquo;esprit conserve la plasticit\u00e9 computationnelle n\u00e9cessaire pour naviguer par-del\u00e0 les strictes limites de la chair motrice imm\u00e9diate.<\/p>\n<h2>11. Implications cliniques et neuropsychologiques : N\u00e9gligence spatiale unilat\u00e9rale et troubles moteurs<\/h2>\n<h3>11.1 La n\u00e9gligence spatiale unilat\u00e9rale (h\u00e9misomatoagnosie et h\u00e9min\u00e9gligence)<\/h3>\n<p>L&rsquo;un des terrains d&rsquo;\u00e9lection o\u00f9 la th\u00e9orie pr\u00e9motrice de l&rsquo;attention a trouv\u00e9 ses r\u00e9sonances cliniques les plus saisissantes est sans conteste l&rsquo;\u00e9tude de la <strong>n\u00e9gligence spatiale unilat\u00e9rale<\/strong> (ou h\u00e9min\u00e9gligence). Ce syndrome neuropsychologique spectaculaire, survenant le plus souvent apr\u00e8s un accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral affectant l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re droit (notamment la r\u00e9gion pari\u00e9tale post\u00e9rieure, le carrefour temporo-pari\u00e9tal ou le cortex frontal pr\u00e9moteur), se caract\u00e9rise par l&rsquo;incapacit\u00e9 absolue du patient \u00e0 d\u00e9tecter, r\u00e9pondre ou s&rsquo;orienter vers des stimuli pr\u00e9sent\u00e9s dans l&rsquo;h\u00e9mi-espace contralesionnel (l&rsquo;espace gauche), sans qu&rsquo;un d\u00e9ficit sensoriel ou moteur primaire (comme une h\u00e9mianopsie ou une h\u00e9mipl\u00e9gie pure) ne puisse \u00e0 lui seul expliquer cette carence.<\/p>\n<p>La th\u00e9orie pr\u00e9motrice a permis de r\u00e9volutionner la compr\u00e9hension s\u00e9miologique de l&rsquo;h\u00e9min\u00e9gligence en la requalifiant non pas comme une c\u00e9cit\u00e9 perceptive magique, mais comme un <strong>trouble s\u00e9v\u00e8re de la programmation d&rsquo;action dirig\u00e9e vers l&rsquo;espace contralesionnel<\/strong>. Selon cette relecture inaugur\u00e9e par Edoardo Bisiach et Giacomo Rizzolatti, l&rsquo;espace n&rsquo;existe pour la conscience que dans la mesure o\u00f9 le cerveau peut y projeter des vecteurs moteurs intentionnels. La destruction des aires pr\u00e9motrices ou de leurs aff\u00e9rences pari\u00e9tales paralyse la g\u00e9n\u00e9ration des plans moteurs vers la gauche, dissolvant litt\u00e9ralement cet espace de la ph\u00e9nom\u00e9nologie du patient :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;hypokin\u00e9sie directionnelle :<\/strong> Les patients n\u00e9gligents peinent dramatiquement \u00e0 initier le moindre mouvement de l&rsquo;\u0153il ou de la main vers l&rsquo;espace gauche, m\u00eame lorsque ce mouvement est d\u00e9clench\u00e9 depuis une position corporelle situ\u00e9e \u00e0 droite ;<\/li>\n<li><strong>La dissociation entre espaces p\u00e9ripersonnel et extrapersonnel :<\/strong> Certains patients pr\u00e9sentent une h\u00e9min\u00e9gligence confin\u00e9e de mani\u00e8re chirurgicale \u00e0 l&rsquo;espace de pr\u00e9hension (espace p\u00e9ripersonnel d\u00e9pendant des r\u00e9seaux VIP-F4), parvenant sans peine \u00e0 nommer des objets \u00e9loign\u00e9s dans la pi\u00e8ce tout en omettant de manger le contenu gauche de leur assiette ; d&rsquo;autres, \u00e0 l&rsquo;inverse, montrent une n\u00e9gligence limit\u00e9e \u00e0 l&rsquo;espace extrapersonnel lointain (r\u00e9seaux LIP-FEF), validant cliniquement l&rsquo;autonomie modulaire des cartes motrices d\u00e9montr\u00e9e chez l&rsquo;animal.<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;h\u00e9min\u00e9gligence illustre avec une clart\u00e9 clinique bouleversante ce que la th\u00e9orie pr\u00e9motrice avait formul\u00e9 th\u00e9oriquement : l\u00e0 o\u00f9 le cerveau ne peut plus agir, l&rsquo;esprit cesse de percevoir.<\/p>\n<h3>11.2 Le syndrome de Balint et l&rsquo;ataxie optique<\/h3>\n<p>Les pathologies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives ou les l\u00e9sions bilat\u00e9rales du cortex pari\u00e9to-occipital sup\u00e9rieur fournissent une autre d\u00e9monstration clinique magistrale de l&rsquo;intrication de l&rsquo;attention et de l&rsquo;action \u00e0 travers le tableau du <strong>syndrome de Balint<\/strong>. D\u00e9crit au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle par Rezs\u0151 B\u00e1lint, ce complexe symptomatique associe trois d\u00e9ficits majeurs : la simultanagnosie (l&rsquo;incapacit\u00e9 \u00e0 percevoir plus d&rsquo;un objet \u00e0 la fois dans le champ visuel), la paralysie psychique du regard ou apraxie oculomotrice (l&rsquo;incapacit\u00e9 \u00e0 diriger volontairement les saccades vers un objet visuel saillant) et l&rsquo;<strong>ataxie optique<\/strong> (un trouble majeur de la coordination visuo-motrice de pr\u00e9hension manuelle).<\/p>\n<p>L&rsquo;ataxie optique, \u00e9tudi\u00e9e de fa\u00e7on approfondie par des cliniciens comme Marc Jeannerod et Yves Rossetti \u00e0 Lyon, prouve l&rsquo;effondrement conjoint des syst\u00e8mes de rep\u00e9rage spatial et de calibration gestuelle. Les patients atteints d&rsquo;ataxie optique voient parfaitement la tasse pos\u00e9e devant eux et peuvent en d\u00e9crire la forme, la mati\u00e8re et la couleur avec une exactitude sans faille. Cependant, d\u00e8s qu&rsquo;on leur demande de tendre la main pour saisir cette m\u00eame tasse, leurs doigts s&rsquo;\u00e9cartent n&rsquo;importe comment et leur bras d\u00e9vie grossi\u00e8rement, incapable d&rsquo;ajuster sa trajectoire spatiale dans le champ d\u00e9ficitaire.<\/p>\n<p>Dans le cadre de la th\u00e9orie pr\u00e9motrice, la simultanagnosie et l&rsquo;ataxie optique ne sont pas deux syndromes distincts coexistant par accident anatomique : elles sont les manifestations g\u00e9mellaires de la destruction des voies dorsales d&rsquo;action (le faisceau <em>how\/where<\/em> de Goodale et Milner). Priv\u00e9 de la machinerie neuronale pari\u00e9to-frontale capable de mod\u00e9liser les coordonn\u00e9es de saisie et de fov\u00e9ation, le syst\u00e8me attentionnel s&rsquo;effondre en un point unique, confirmant que la structure de l&rsquo;attention spatiale coh\u00e9rente est suspendue \u00e0 l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de la cartographie motrice unifi\u00e9e.<\/p>\n<h3>11.3 Applications en r\u00e9\u00e9ducation neuropsychologique<\/h3>\n<p>La rupture conceptuelle op\u00e9r\u00e9e par la th\u00e9orie pr\u00e9motrice a eu des cons\u00e9quences th\u00e9rapeutiques directes et r\u00e9volutionnaires dans le domaine de la r\u00e9\u00e9ducation cognitive post-AVC. Pendant des d\u00e9cennies, la prise en charge des patients h\u00e9min\u00e9gligents consistait en un entra\u00eenement verbal et passif : le th\u00e9rapeute s&rsquo;asseyait \u00e0 gauche du patient et lui r\u00e9p\u00e9tait inlassablement la consigne abstraite d&rsquo;\u00ab essayer de regarder vers sa gauche \u00bb, strat\u00e9gie d&rsquo;une inefficacit\u00e9 clinique notoire.<\/p>\n<p>En d\u00e9montrant que l&rsquo;attention est le fruit de l&rsquo;engagement moteur, l&rsquo;\u00e9cole pr\u00e9motrice a ouvert la voie \u00e0 des th\u00e9rapies actives fond\u00e9es sur la r\u00e9activation du syst\u00e8me moteur pour ressusciter l&rsquo;espace perceptif :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;adaptation prismatique :<\/strong> Con\u00e7ue par <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/28365\">Yves Rossetti et ses collaborateurs<\/a>, cette m\u00e9thode fait porter au patient des lunettes \u00e9quip\u00e9es de prismes optiques d\u00e9viant le champ visuel de 10 degr\u00e9s vers la droite. Contraint d&rsquo;ex\u00e9cuter des dizaines de mouvements rapides de pointage manuel pour corriger l&rsquo;erreur de vis\u00e9e motrice, le cerveau recalibre ses circuits pari\u00e9to-frontaux. De fa\u00e7on spectaculaire, d\u00e8s que les prismes sont retir\u00e9s, l&rsquo;erreur motrice inverse r\u00e9oriente puissamment les effecteurs et l&rsquo;attention vers l&rsquo;h\u00e9michamp gauche n\u00e9glig\u00e9, induisant une r\u00e9gression durable des sympt\u00f4mes d&rsquo;h\u00e9min\u00e9gligence ;<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;entra\u00eenement par saccades et poursuite oculaire :<\/strong> Le for\u00e7age moteur des g\u00e9n\u00e9rateurs oculomoteurs du tronc c\u00e9r\u00e9bral par des cibles cin\u00e9tiques rapides restaure l&rsquo;attention couverte r\u00e9siduelle dans l&rsquo;h\u00e9michamp atteint ;<\/li>\n<li><strong>La r\u00e9alit\u00e9 virtuelle immersive et le biofeedback :<\/strong> La mobilisation active du membre par\u00e9tique dans des environnements virtuels interactifs oblige le cortex pr\u00e9moteur \u00e0 r\u00e9\u00e9mettre des commandes vers l&rsquo;espace l\u00e9s\u00e9, prouvant que la r\u00e9\u00e9ducation motrice est la voie royale pour r\u00e9veiller la perception spatiale \u00e9teinte.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>12. Synth\u00e8se th\u00e9orique et perspectives modernes : Vers une cognition incarn\u00e9e et active<\/h2>\n<h3>12.1 La vision active (\u00ab Active Vision \u00bb) et l&rsquo;inf\u00e9rence active<\/h3>\n<p>Quarante ans apr\u00e8s sa formulation initiale, la th\u00e9orie pr\u00e9motrice de l&rsquo;attention trouve son apoth\u00e9ose contemporaine dans la convergence avec le mouvement de la <strong>vision active<\/strong> (<em>Active Vision<\/em>) d\u00e9fendu par des penseurs comme J. Kevin O&rsquo;Regan et Alva No\u00eb, ainsi que dans le cadre math\u00e9matique grandiose de l&rsquo;<strong>inf\u00e9rence active<\/strong> \u00e9labor\u00e9 par <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.fil.ion.ucl.ac.uk\/~karl\/\">Karl Friston<\/a> au sein de l&rsquo;University College de Londres.<\/p>\n<p>Pour la vision active, voir n&rsquo;est pas former une image interne statique du monde dans le secret du cortex occipital ; voir, c&rsquo;est explorer l&rsquo;environnement \u00e0 travers la ma\u00eetrise implicite de lois sensori-motrices. L&rsquo;attention spatiale est le processus par lequel le corps applique ces r\u00e9gularit\u00e9s comportementales pour interroger le monde. Ce postulat fusionne \u00e9l\u00e9gamment avec le principe d&rsquo;\u00e9nergie libre de Karl Friston. Selon la th\u00e9orie du codage pr\u00e9dictif, le cerveau est une machine d&rsquo;inf\u00e9rence statistique bay\u00e9sienne dont la mission permanente consiste \u00e0 minimiser l&rsquo;erreur de pr\u00e9diction entre ses mod\u00e8les internes du monde et les flux sensoriels aff\u00e9rents.<\/p>\n<p>Dans ce cadre computationnel moderne, l&rsquo;orientation de l&rsquo;attention spatiale n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que l&rsquo;ajustement du gain de pr\u00e9cision accord\u00e9 aux erreurs de pr\u00e9diction sensorielles. Et comment ce gain de pr\u00e9cision est-il modul\u00e9 dans l&rsquo;espace physique ? Pr\u00e9cis\u00e9ment par l&rsquo;<strong>\u00e9chantillonnage actif<\/strong> (<em>active sampling<\/em>), c&rsquo;est-\u00e0-dire par la s\u00e9lection de mouvements oculaires et corporels destin\u00e9s \u00e0 tester les hypoth\u00e8ses du cerveau sur son environnement. Les saccades et la pr\u00e9paration motrice pr\u00e9motrice sont les instruments statistiques par lesquels l&rsquo;organisme va chercher les donn\u00e9es informatives l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;incertitude est maximale. L&rsquo;intuition fulgurante de Rizzolatti de 1987 se trouve ainsi magnifiquement formalis\u00e9e sous la forme d&rsquo;\u00e9quations diff\u00e9rentielles r\u00e9gissant l&rsquo;inf\u00e9rence active dans les syst\u00e8mes vivants.<\/p>\n<h3>12.2 Liens conceptuels entre th\u00e9orie pr\u00e9motrice et syst\u00e8me des neurones miroirs<\/h3>\n<p>Il est fascinant de constater, d&rsquo;un point de vue d&rsquo;histoire des sciences, que la d\u00e9couverte la plus c\u00e9l\u00e8bre et universellement acclam\u00e9e de Giacomo Rizzolatti \u2014 celle des <strong>neurones miroirs<\/strong> au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990 \u2014 s&rsquo;enracine en ligne directe dans les d\u00e9couvertes sur la th\u00e9orie pr\u00e9motrice de l&rsquo;attention. C&rsquo;est en enregistrant les neurones de l&rsquo;aire pr\u00e9motrice F5 d\u00e9volus \u00e0 la pr\u00e9paration de la saisie manuelle que l&rsquo;\u00e9quipe de Parme a constat\u00e9 que ces cellules d\u00e9chargeaient non seulement lorsque le macaque ex\u00e9cutait une action, mais aussi lorsqu&rsquo;il observait simplement un exp\u00e9rimentateur humain ex\u00e9cuter ce m\u00eame geste.<\/p>\n<p>Le lien conceptuel unissant ces deux monuments th\u00e9oriques est indissoluble. Dans les deux cas, le cortex pr\u00e9moteur utilise son propre r\u00e9pertoire moteur interne pour accomplir une fonction cognitive autrefois suppos\u00e9e supra-modale et d\u00e9sincarn\u00e9e :<\/p>\n<ul>\n<li>Dans la <em>th\u00e9orie pr\u00e9motrice de l&rsquo;attention<\/em>, le syst\u00e8me moteur utilise ses plans d&rsquo;action pour s\u00e9lectionner et structurer l&rsquo;espace sensoriel individuel ;<\/li>\n<li>Dans le <em>syst\u00e8me miroir<\/em>, le syst\u00e8me moteur utilise ses plans d&rsquo;action pour d\u00e9coder, comprendre et pr\u00e9dire le comportement d&rsquo;autrui, transformant l&rsquo;espace pr\u00e9moteur en espace social partag\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette filiation a donn\u00e9 naissance aux th\u00e9ories contemporaines de l&rsquo;<strong>attention partag\u00e9e<\/strong> (<em>joint attention<\/em>) et de l&rsquo;orientation sociale. Lorsque nous voyons le regard d&rsquo;un cong\u00e9n\u00e8re bifurquer brutalement vers une coordonn\u00e9e spatiale, notre propre syst\u00e8me pr\u00e9moteur oculomoteur r\u00e9sonne instantan\u00e9ment en miroir, pr\u00e9parant une saccade oculaire vers la m\u00eame cible avant m\u00eame que nous n&rsquo;ayons analys\u00e9 la nature du danger ou de l&rsquo;opportunit\u00e9. La th\u00e9orie pr\u00e9motrice se d\u00e9ploie alors par-del\u00e0 la peau de l&rsquo;individu solitaire pour devenir le socle de l&rsquo;intersubjectivit\u00e9 et de la coordination collective au sein des soci\u00e9t\u00e9s humaines.<\/p>\n<h3>12.3 Conclusion : L&rsquo;h\u00e9ritage durable de Giacomo Rizzolatti dans les neurosciences cognitives<\/h3>\n<p>L&rsquo;h\u00e9ritage scientifique l\u00e9gu\u00e9 par Giacomo Rizzolatti \u00e0 travers la th\u00e9orie pr\u00e9motrice de l&rsquo;attention est monumental. En abattant l&rsquo;artifice du mur \u00e9tanche s\u00e9parant la motricit\u00e9 de la perception, le grand neurophysiologiste de Parme a lib\u00e9r\u00e9 la science du cerveau de ses r\u00e9flexes scolastiques pour la r\u00e9installer sur le socle solide de la biologie de l&rsquo;action. Il a d\u00e9montr\u00e9 avec une rigueur m\u00e9thodologique sans faille que l&rsquo;esprit humain ne per\u00e7oit et ne s\u00e9lectionne l&rsquo;information du monde qu&rsquo;en vertu de sa capacit\u00e9 mat\u00e9rielle \u00e0 transformer ce monde par le mouvement.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;influence de la vision motrice de Parme s&rsquo;\u00e9tend bien au-del\u00e0 de la psychologie et de la neurophysiologie acad\u00e9miques. Elle irrigue la <strong>robotique autonome bio-inspir\u00e9e<\/strong>, o\u00f9 les algorithmes d&rsquo;attention visuelle des andro\u00efdes sont d\u00e9sormais directement coupl\u00e9s aux servomoteurs de leurs cam\u00e9ras mobiles selon les principes de Rizzolatti. Elle guide le d\u00e9veloppement des <strong>interfaces cerveau-machine<\/strong> (BCI) de nouvelle g\u00e9n\u00e9ration, qui d\u00e9codent les intentions de s\u00e9lection spatiale dans les aires motrices pour piloter des proth\u00e8ses bioniques avec une fluidit\u00e9 naturelle in\u00e9gal\u00e9e.<\/p>\n<p>En r\u00e9conciliant le corps agissant et la pens\u00e9e s\u00e9lective, Giacomo Rizzolatti n&rsquo;a pas seulement formalis\u00e9 une th\u00e9orie exp\u00e9rimentale de l&rsquo;attention spatiale ; il a accompli l&rsquo;une des r\u00e9volutions intellectuelles les plus d\u00e9cisives de la modernit\u00e9 : rappeler aux sciences cognitives que le cerveau, dans toute son infinie complexit\u00e9 computationnelle, n&rsquo;a d&rsquo;autre raison d&rsquo;\u00eatre que d&rsquo;orchestrer la danse harmonieuse de notre organisme engag\u00e9 au c\u0153ur de la r\u00e9alit\u00e9 vivante.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p>Armstrong, K. M., &#038; Moore, T. (2007). Rapid enhancement of visual cortical response discriminability by microstimulation of the frontal eye field. <em>Proceedings of the National Academy of Sciences<\/em>, 104(36), 14495-14500. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1073\/pnas.0704804104\">https:\/\/doi.org\/10.1073\/pnas.0704804104<\/a><\/p>\n<p>Bisiach, E., &#038; Vallar, G. (2000). Unilateral neglect in humans. In F. Boller &#038; J. Grafman (Eds.), <em>Handbook of Neuropsychology<\/em> (2nd ed., Vol. 1, pp. 459-502). Elsevier Science.<\/p>\n<p>Craighero, L., Fadiga, L., Rizzolatti, G., &#038; Umilt\u00e0, C. (1999). Action for perception: a study on visual programming of grasp. <em>Cognitive Brain Research<\/em>, 8(3), 269-278. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0926-6410(99)00029-2\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0926-6410(99)00029-2<\/a><\/p>\n<p>Deubel, H., &#038; Schneider, W. X. (1996). Saccade target selection and object recognition: Evidence for a common attentional mechanism. <em>Vision Research<\/em>, 36(12), 1827-1837. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0042-6989(95)00294-4\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0042-6989(95)00294-4<\/a><\/p>\n<p>Friston, K. (2010). The free-energy principle: a unified brain theory?. <em>Nature Reviews Neuroscience<\/em>, 11(2), 127-138. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/nrn2787\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/nrn2787<\/a><\/p>\n<p>Gibson, J. J. (1979). <em>The Ecological Approach to Visual Perception<\/em>. Houghton Mifflin.<\/p>\n<p>Goodale, M. A., &#038; Milner, A. D. (1992). Separate visual pathways for perception and action. <em>Trends in Neurosciences<\/em>, 15(1), 20-25. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0166-2236(92)90344-8\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0166-2236(92)90344-8<\/a><\/p>\n<p>Hunt, A. R., &#038; Kingstone, A. (2003). Covert and overt voluntary attention: Is the coupling obligatory?. <em>Cognitive Systems Research<\/em>, 4(4), 315-329. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S1389-0417(03)00008-8\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S1389-0417(03)00008-8<\/a><\/p>\n<p>Itti, L., &#038; Koch, C. (2001). Computational modelling of visual attention. <em>Nature Reviews Neuroscience<\/em>, 2(3), 194-203. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/35058500\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/35058500<\/a><\/p>\n<p>Moore, T., &#038; Armstrong, K. M. (2003). Selective gating of visual signals by microstimulation of frontal cortex. <em>Nature<\/em>, 421(6921), 370-373. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/nature01341\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/nature01341<\/a><\/p>\n<p>Moore, T., &#038; Fallah, M. (2001). Control of eye movements and spatial attention. <em>Proceedings of the National Academy of Sciences<\/em>, 98(3), 1273-1276. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1073\/pnas.98.3.1273\">https:\/\/doi.org\/10.1073\/pnas.98.3.1273<\/a><\/p>\n<p>Moore, T., &#038; Fallah, M. (2004). Microstimulation of the frontal eye field and its effects on covert spatial attention. <em>Journal of Neurophysiology<\/em>, 91(1), 152-162. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1152\/jn.00741.2002\">https:\/\/doi.org\/10.1152\/jn.00741.2002<\/a><\/p>\n<p>O&rsquo;Regan, J. K., &#038; No\u00eb, A. (2001). A sensorimotor account of vision and visual consciousness. <em>Behavioral and Brain Sciences<\/em>, 24(5), 939-973. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1017\/S0140525X01000115\">https:\/\/doi.org\/10.1017\/S0140525X01000115<\/a><\/p>\n<p>Posner, M. I. (1980). Orienting of attention. <em>Quarterly Journal of Experimental Psychology<\/em>, 32(1), 3-25. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1080\/00335558008248231\">https:\/\/doi.org\/10.1080\/00335558008248231<\/a><\/p>\n<p>Posner, M. I., &#038; Cohen, Y. (1984). Components of visual orienting. In H. Bouma &#038; D. G. Bouwhuis (Eds.), <em>Attention and Performance X: Control of Language Processes<\/em> (pp. 531-556). Lawrence Erlbaum Associates.<\/p>\n<p>Rizzolatti, G., Riggio, L., Dascola, I., &#038; Umilt\u00e0, C. (1987). Reorienting attention across the horizontal and vertical medians: evidence in favor of a premotor theory of attention. <em>Neuropsychologia<\/em>, 25(1A), 31-40. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0028-3932(87)90041-8\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0028-3932(87)90041-8<\/a><\/p>\n<p>Rizzolatti, G., Riggio, L., &#038; Sheliga, B. M. (1994). Space and selective attention. In C. Umilt\u00e0 &#038; M. Moscovitch (Eds.), <em>Attention and Performance XV: Conscious and Nonconscious Information Processing<\/em> (pp. 231-265). MIT Press.<\/p>\n<p>Rizzolatti, G., &#038; Craighero, L. (1998). Spatial attention: mechanisms and theories. <em>Advances in Psychological Science<\/em>, 2, 171-198.<\/p>\n<p>Rizzolatti, G., &#038; Sinigaglia, C. (2008). <em>Mirrors in the Brain: How Our Minds Share Actions, Emotions, and Experience<\/em>. Oxford University Press.<\/p>\n<p>Rossetti, Y., Rode, G., Pisella, L., Farn\u00e9, A., Li, L., Boisson, D., &#038; P\u00e9rennin, M. T. (1998). Prism adaptation to a rightward optical deviation rehabilitates left hemispatial neglect. <em>Nature<\/em>, 395(6698), 166-169. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/25988\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/25988<\/a><\/p>\n<p>Sato, T. R., &#038; Schall, J. D. (2003). Effects of stimulus-response compatibility on neural selection in frontal eye field. <em>Neuron<\/em>, 38(4), 637-648. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0896-6273(03)00237-X\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0896-6273(03)00237-X<\/a><\/p>\n<p>Schall, J. D. (2004). On the role of the frontal eye field in visual search and target selection. <em>Vision Research<\/em>, 44(6), 615-623. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.visres.2003.10.025\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.visres.2003.10.025<\/a><\/p>\n<p>Sheliga, B. M., Riggio, L., &#038; Rizzolatti, G. (1994). Orienting of attention and eye movements. <em>Experimental Brain Research<\/em>, 98(3), 507-522. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/BF00233988\">https:\/\/doi.org\/10.1007\/BF00233988<\/a><\/p>\n<p>Sheliga, B. M., Riggio, L., &#038; Rizzolatti, G. (1995). Spatial attention and eye movements. <em>Experimental Brain Research<\/em>, 105(2), 261-275. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/BF00240962\">https:\/\/doi.org\/10.1007\/BF00240962<\/a><\/p>\n<p>Varela, F. J., Thompson, E., &#038; Rosch, E. (1991). <em>The Embodied Mind: Cognitive Science and Human Experience<\/em>. MIT Press.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Analyse approfondie de la th\u00e9orie pr\u00e9motrice de l&rsquo;attention de Giacomo Rizzolatti : fondements neurobiologiques, validation empirique, critiques et implications.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","template":"","categories":[1387,647],"tags":[11105,1662,6810,11104,11103],"class_list":["post-9735","psych_article","type-psych_article","status-publish","hentry","category-neurosciences-cognitives","category-psychologie-cognitive","tag-circuits-fronto-parietaux","tag-cognition-incarnee","tag-giacomo-rizzolatti","tag-systeme-oculomoteur","tag-theorie-premotrice-de-lattention"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_article\/9735","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_article"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=9735"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_article\/9735\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=9735"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=9735"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=9735"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}