{"id":8064,"date":"2026-09-17T01:53:21","date_gmt":"2026-09-17T01:53:21","guid":{"rendered":"http:\/\/french.arabpsychology.com\/theories\/hypothese-dopaminergique-schizophrenie-carlsson-van-rossum\/"},"modified":"2026-09-17T01:53:21","modified_gmt":"2026-09-17T01:53:21","slug":"hypothese-dopaminergique-schizophrenie-carlsson-van-rossum","status":"publish","type":"psych_article","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_article=hypothese-dopaminergique-schizophrenie-carlsson-van-rossum","title":{"rendered":"Hypoth\u00e8se dopaminergique de la schizophr\u00e9nie &#8211; Arvid Carlsson &#038; Jacques Van Rossum"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019histoire de la psychiatrie contemporaine et des neurosciences translationnelles est indissociable de la formulation de l\u2019hypoth\u00e8se dopaminergique de la schizophr\u00e9nie. Longtemps rel\u00e9gu\u00e9e aux confins de la sp\u00e9culation philosophique, de l\u2019ali\u00e9nisme asilaire et des herm\u00e9neutiques psychanalytiques pr\u00e9dominantes au d\u00e9but du vingti\u00e8me si\u00e8cle, la folie psychotique a subi une refondation ontologique majeure au cours des ann\u00e9es 1950 et 1960. Cet affranchissement conceptuel a transform\u00e9 des entit\u00e9s cliniques autrefois d\u00e9crites comme d\u2019irr\u00e9m\u00e9diables dissolutions de la personnalit\u00e9 en pathologies fonctionnelles de la neurotransmission chimique. Au c\u0153ur de cette transition \u00e9pist\u00e9mologique majeure se trouvent deux figures scientifiques fondamentales : le pharmacologue su\u00e9dois <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nobelprize.org\/prizes\/medicine\/2000\/carlsson\/biographical\/\">Arvid Carlsson<\/a> et le pharmacologue n\u00e9erlandais <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Jacques_Van_Rossum\">Jacques Van Rossum<\/a>.<\/p>\n<p>Leur apport respectif, compl\u00e9t\u00e9 ult\u00e9rieurement par les travaux biophysiques de Philip Seeman et les formulations cliniques de Kenneth Davis, Oliver Howes et Shitij Kapur, ne s\u2019est pas born\u00e9 \u00e0 l\u2019identification d\u2019une mol\u00e9cule bioactive au sein du syst\u00e8me nerveux central. Leurs recherches ont constitu\u00e9 une refonte globale de la physiologie c\u00e9r\u00e9brale, d\u00e9montrant que la transmission synaptique n\u2019\u00e9tait pas purement \u00e9lectrique, mais reposait sur une machinerie mol\u00e9culaire ultrasensible et modulable. En d\u00e9couvrant que la dopamine \u00e9tait un neurotransmetteur ind\u00e9pendant et non un simple interm\u00e9diaire m\u00e9tabolique inerte, puis en d\u00e9montrant que l&rsquo;action th\u00e9rapeutique des premiers neuroleptiques d\u00e9pendait de l&rsquo;interf\u00e9rence avec les r\u00e9cepteurs de cette cat\u00e9cholamine, Carlsson et Van Rossum ont pos\u00e9 la pierre angulaire de la psychiatrie biologique moderne.<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sent article propose une analyse \u00e9pist\u00e9mologique, neurophysiologique, pharmacologique et clinique de l&rsquo;hypoth\u00e8se dopaminergique de la schizophr\u00e9nie, depuis ses balbutiements empiriques au milieu du XXe si\u00e8cle jusqu&rsquo;aux formulations neurobiologiques contemporaines int\u00e9grant la th\u00e9orie de la saillance aberrante, l&rsquo;imagerie mol\u00e9culaire par \u00e9mission de positons et la dynamique complexe des r\u00e9seaux cortico-sous-corticaux. En examinant l\u2019\u00e9volution de ce paradigme \u00e0 travers ses trois versions successives, nous mettrons en lumi\u00e8re la mani\u00e8re dont l&rsquo;\u00e9lucidation du m\u00e9tabolisme dopaminergique a fa\u00e7onn\u00e9 les taxonomies psychiatriques contemporaines et ouvert la voie au d\u00e9veloppement d&rsquo;interventions th\u00e9rapeutiques cibl\u00e9es.<\/p>\n<h2>1. Contexte historique et \u00e9mergence de la neuropharmacologie au milieu du XXe si\u00e8cle<\/h2>\n<p>L&rsquo;\u00e9mergence des th\u00e9ories neurochimiques au cours des ann\u00e9es 1950 s&rsquo;est produite dans un paysage acad\u00e9mique et institutionnel o\u00f9 la maladie mentale \u00e9tait largement per\u00e7ue \u00e0 travers le prisme de l&rsquo;incurabilit\u00e9 biologique ou de conflits psychiques inconscients n&rsquo;ayant aucune assise mat\u00e9rielle discernable. La d\u00e9couverte progressive des amines biog\u00e8nes et leur caract\u00e9risation au sein du syst\u00e8me nerveux central allaient bouleverser radicalement cette dichotomie cart\u00e9sienne entre le corps et l&rsquo;esprit.<\/p>\n<h3>1.1 Les paradigmes psychiatriques pr\u00e9-dopaminergiques<\/h3>\n<p>Jusqu&rsquo;au tournant des ann\u00e9es 1950, la prise en charge de la schizophr\u00e9nie, initialement conceptualis\u00e9e sous le terme de <em>dementia praecox<\/em> par Emil Kraepelin puis renomm\u00e9e par Eugen Bleuler, se caract\u00e9risait par un d\u00e9sert th\u00e9rapeutique frappant. Les mod\u00e8les pr\u00e9dominants en Europe et aux \u00c9tats-Unis reposaient majoritairement sur les conceptualisations psychanalytiques et psychosomatiques, qui appr\u00e9hendaient la psychose comme une r\u00e9gression narcissique massive cons\u00e9cutive \u00e0 des perturbations pr\u00e9coces de la relation d&rsquo;objet ou \u00e0 une alt\u00e9ration fondamentale de l&rsquo;organisation du Moi face aux pulsions inconscientes. Parall\u00e8lement, l&rsquo;approche institutionnelle maintenait les malades au sein de structures asilaires ferm\u00e9es, o\u00f9 la chronicit\u00e9 et l&rsquo;alt\u00e9ration fonctionnelle progressive \u00e9taient per\u00e7ues comme in\u00e9luctables.<\/p>\n<p>Face \u00e0 l&rsquo;impuissance des approches verbales et asilaires pour soulager les d\u00e9lires florides et la catatonie, la m\u00e9decine hospitali\u00e8re recourait empiriquement \u00e0 des th\u00e9rapeutiques dites de choc. L&rsquo;introduction de la malariath\u00e9rapie par Julius Wagner-Jauregg, de la cure de sommeil au moyen de barbituriques par Jakob Klaesi, des comas hypoglyc\u00e9miques provoqu\u00e9s \u00e0 l&rsquo;insuline d\u00e9velopp\u00e9s par Manfred Sakel, ainsi que l&rsquo;av\u00e8nement des cardiazols convulsivants de Ladislas Meduna et de l&rsquo;\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie con\u00e7ue par Ugo Cerletti et Lucio Bini, t\u00e9moignaient d&rsquo;un d\u00e9sir urgent mais d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 de modifier physiquement l&rsquo;\u00e9tat c\u00e9r\u00e9bral des patients. Ces interventions, souvent d&rsquo;une grande dangerosit\u00e9, \u00e9taient compl\u00e9t\u00e9es par la pratique invasive de la psychochirurgie, notamment la leucotomie pr\u00e9frontale introduite par Egas Moniz et popularis\u00e9e sans discernement par Walter Freeman.<\/p>\n<p>Toutes ces m\u00e9thodes partageaient une lacune \u00e9pist\u00e9mologique fondamentale : l&rsquo;absence totale d&rsquo;un mod\u00e8le biologique unifi\u00e9 capable d&rsquo;expliquer la physiopathologie de la maladie \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle mol\u00e9culaire, cellulaire ou synaptique. Les alt\u00e9rations macroscopiques ou histologiques observ\u00e9es en neuropathologie demeuraient inconstantes, contradictoires et asp\u00e9cifiques. C&rsquo;est dans ce vide conceptuel que les balbutiements de la biochimie c\u00e9r\u00e9brale et les premiers isolements d&rsquo;amines biog\u00e8nes comme la s\u00e9rotonine, l&rsquo;adr\u00e9naline et la noradr\u00e9naline ont commenc\u00e9 \u00e0 sugg\u00e9rer que le tissu c\u00e9r\u00e9bral n&rsquo;\u00e9tait pas un syncytium passif, mais un laboratoire chimique complexe au sein duquel l&rsquo;\u00e9quilibre fonctionnel pouvait \u00eatre alt\u00e9r\u00e9 par des anomalies de biosynth\u00e8se ou de catabolisme enzymatique.<\/p>\n<h3>1.2 La d\u00e9couverte fortuite de la chlorpromazine et la rupture th\u00e9rapeutique<\/h3>\n<p>La rupture historique d\u00e9cisive survint dans les laboratoires de la soci\u00e9t\u00e9 Rh\u00f4ne-Poulenc et dans les blocs op\u00e9ratoires militaires fran\u00e7ais. Le chirurgien de la marine nationale <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Henri_Laborit\">Henri Laborit<\/a>, cherchant des solutions pour pr\u00e9venir le choc op\u00e9ratoire et le collapsus h\u00e9modynamique induits par le stress chirurgical, s&rsquo;int\u00e9ressa aux antihistaminiques de synth\u00e8se capables de stabiliser le syst\u00e8me nerveux autonome v\u00e9g\u00e9tatif. En \u00e9tudiant le RP 4560, une mol\u00e9cule synth\u00e9tis\u00e9e par le chimiste Paul Charpentier en d\u00e9cembre 1951 et nomm\u00e9e ult\u00e9rieurement <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Chlorpromazine\">chlorpromazine<\/a>, Laborit remarqua un effet psychotrope tout \u00e0 fait singulier chez ses patients : l&rsquo;induction d&rsquo;une \u00ab d\u00e9saccoutumance au milieu \u00bb, un d\u00e9sint\u00e9r\u00eat \u00e9motionnel profond pour leur environnement imm\u00e9diat sans alt\u00e9ration majeure de la vigilance ni narcose profonde.<\/p>\n<p>Percevant imm\u00e9diatement le potentiel psychiatrique de cet \u00e9tat de neutralit\u00e9 affective, Laborit incita ses coll\u00e8gues ali\u00e9nistes \u00e0 tester cette ph\u00e9nothiazine. Bien que les premiers essais men\u00e9s \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital du Val-de-Gr\u00e2ce soient rest\u00e9s pr\u00e9liminaires, c&rsquo;est l&rsquo;exp\u00e9rimentation m\u00e9thodique conduite au sein du centre hospitalier Sainte-Anne \u00e0 Paris par <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Jean_Delay\">Jean Delay<\/a> et <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Pierre_Deniker\">Pierre Deniker<\/a>, \u00e9paul\u00e9s par Jean-Marie Harl, qui permit en 1952 de caract\u00e9riser les propri\u00e9t\u00e9s r\u00e9volutionnaires de la mol\u00e9cule. Contrairement aux s\u00e9datifs traditionnels et aux hypnotiques qui se bornaient \u00e0 assommer chimiquement le malade, la chlorpromazine parvenait \u00e0 \u00e9teindre sp\u00e9cifiquement l&rsquo;angoisse psychotique, \u00e0 tarir les hallucinations acoustico-verbales et \u00e0 r\u00e9sorber les id\u00e9es d\u00e9lirantes de pers\u00e9cution.<\/p>\n<p>Delay et Deniker forg\u00e8rent en 1955 le n\u00e9ologisme \u00ab neuroleptique \u00bb (qui prend ou r\u00e9duit le syst\u00e8me nerveux) pour d\u00e9signer ces substances d&rsquo;un genre nouveau, caract\u00e9ris\u00e9es par cinq crit\u00e8res cardinaux : la s\u00e9dation sans narcose, l&rsquo;att\u00e9nuation progressive de l&rsquo;agitation et de l&rsquo;agressivit\u00e9, la r\u00e9duction des sympt\u00f4mes psychotiques florides, la production d&rsquo;effets secondaires moteurs neurologiques (syndrome extrapyramidal) et une action sous-corticale pr\u00e9dominante. L&rsquo;efficacit\u00e9 indiscutable de la chlorpromazine, rapidement commercialis\u00e9e sous le nom de Largactil en Europe et Thorazine en Am\u00e9rique du Nord, vida progressivement les asiles d&rsquo;ali\u00e9n\u00e9s. N\u00e9anmoins, ce succ\u00e8s clinique spectaculaire posait une \u00e9nigme th\u00e9orique majeure : par quel m\u00e9canisme mol\u00e9culaire une structure ph\u00e9nothiazinique pouvait-elle r\u00e9tablir l&rsquo;ordre dans une psych\u00e9 bris\u00e9e ?<\/p>\n<h3>1.3 La transition conceptuelle vers la pharmacologie synaptique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension du mode d&rsquo;action de ces agents novateurs imposait une remise en question pr\u00e9alable des dogmes neurophysiologiques de l&rsquo;\u00e9poque. Jusqu&rsquo;au milieu des ann\u00e9es 1940, la th\u00e8se de la transmission purement \u00e9lectrique de l&rsquo;influx nerveux \u00e0 travers les synapses centrales, ardemment d\u00e9fendue par John Carew Eccles et l&rsquo;\u00e9cole de Cambridge, dominait les esprits face \u00e0 la th\u00e9orie chimique soutenue par Henry Dale et Otto Loewi. L&rsquo;admission que des mol\u00e9cules chimiques lib\u00e9r\u00e9es dans la fente synaptique puissent modifier la polarit\u00e9 membranaire et d\u00e9clencher des potentiels d&rsquo;action dans le syst\u00e8me nerveux central constituait une condition pr\u00e9alable indispensable \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une pharmacologie rationnelle.<\/p>\n<p>Le d\u00e9veloppement d\u00e9cisif des technologies de laboratoire au d\u00e9but des ann\u00e9es 1950, notamment la mise au point du spectrophotofluorim\u00e8tre par Robert Bowman et Bernard Brodie aux <em>National Institutes of Health<\/em> (NIH), permit d&rsquo;extraire, d&rsquo;isoler et de quantifier pr\u00e9cis\u00e9ment d&rsquo;infimes quantit\u00e9s d&rsquo;amines biog\u00e8nes dans des homog\u00e9nats tissulaires c\u00e9r\u00e9braux. Ces progr\u00e8s techniques men\u00e8rent \u00e0 l&rsquo;\u00e9laboration des premi\u00e8res hypoth\u00e8ses monoaminergiques des troubles thymiques, articul\u00e9es autour de la s\u00e9rotonine et de la noradr\u00e9naline. La s\u00e9rotonine c\u00e9r\u00e9brale, quantifi\u00e9e par Brodie et Shore, apparut imm\u00e9diatement comme un candidat de premier ordre pour moduler l&rsquo;humeur et la conscience.<\/p>\n<p>Au sein de ce paysage scientifique bourgeonnant, la dopamine occupait une position marginale. D\u00e9couverte et synth\u00e9tis\u00e9e au d\u00e9but du si\u00e8cle par George Barger et James Ewens \u00e0 Londres, la mol\u00e9cule n&rsquo;\u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e par la communaut\u00e9 biochimique, sous l&rsquo;influence des travaux de Hermann Blaschko, que comme un modeste pr\u00e9curseur interm\u00e9diaire, une \u00e9tape transitoire et biologiquement inactive dans la voie m\u00e9tabolique s\u00e9quentielle convertissant la L-ph\u00e9nylalanine et la L-tyrosine en noradr\u00e9naline puis en adr\u00e9naline. L&rsquo;id\u00e9e que la dopamine p\u00fbt exercer un r\u00f4le physiologique autonome au sein du cerveau humain n&rsquo;\u00e9tait tout simplement pas envisag\u00e9e.<\/p>\n<h2>2. Arvid Carlsson et la d\u00e9monstration du r\u00f4le neurotransmetteur de la dopamine<\/h2>\n<p>Il fallut l&rsquo;audace conceptuelle et la rigueur m\u00e9thodologique du pharmacologue su\u00e9dois Arvid Carlsson pour extraire la dopamine de son statut d&rsquo;interm\u00e9diaire passif et l&rsquo;\u00e9riger au rang de neurotransmetteur cardinal du syst\u00e8me nerveux central, dot\u00e9 d&rsquo;une distribution spatiale singuli\u00e8re et de fonctions comportementales capitales.<\/p>\n<h3>2.1 Le paradigme exp\u00e9rimental de la r\u00e9serpine et de la L-DOPA<\/h3>\n<p>Form\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Lund et perfectionn\u00e9 dans le laboratoire de Bernard Brodie aux NIH, Arvid Carlsson s&rsquo;int\u00e9ressa au mode d&rsquo;action de la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Reserpine\">r\u00e9serpine<\/a>, un alcalo\u00efde extrait de la racine de <em>Rauwolfia serpentina<\/em> utilis\u00e9 depuis des si\u00e8cles dans la m\u00e9decine ayurv\u00e9dique pour calmer l&rsquo;agitation maniaque et abaisser la pression art\u00e9rielle. Brodie et son \u00e9quipe avaient d\u00e9montr\u00e9 que la r\u00e9serpine entra\u00eenait un \u00e9puisement massif et durable des stocks c\u00e9r\u00e9braux de s\u00e9rotonine, postulant que l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;akin\u00e9sie et de s\u00e9dation profonde provoqu\u00e9 chez les animaux \u00e9tait imputable \u00e0 cette chute de la s\u00e9rotonine.<\/p>\n<p>Revenu en Su\u00e8de en 1957, Carlsson con\u00e7ut un protocole exp\u00e9rimental contre-intuitif et rigoureusement contr\u00f4l\u00e9. Il administra de la r\u00e9serpine \u00e0 des lapins de laboratoire jusqu&rsquo;\u00e0 induire un \u00e9tat akin\u00e9tique et catatonique s\u00e9v\u00e8re : les animaux, prostr\u00e9s, \u00e9taient incapables de maintenir leur posture, perdaient tout r\u00e9flexe d&rsquo;exploration et pr\u00e9sentaient une rigidit\u00e9 motrice rappelant le parkinsonisme humain. Carlsson tenta d&rsquo;inverser ce syndrome en injectant du 5-hydroxytryptophane (5-HTP), le pr\u00e9curseur imm\u00e9diat de la s\u00e9rotonine, capable de franchir la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique. \u00c0 la surprise des partisans de l&rsquo;\u00e9cole de Brodie, le 5-HTP \u00e9choua totalement \u00e0 restaurer la motricit\u00e9 des animaux.<\/p>\n<p>Carlsson administra ensuite \u00e0 ces m\u00eames animaux akin\u00e9tiques de la 3,4-dihydroxyph\u00e9nylalanine (L-DOPA), le pr\u00e9curseur direct des cat\u00e9cholamines. La r\u00e9ponse comportementale fut spectaculaire et quasi instantan\u00e9e : en l&rsquo;espace de quelques minutes, les lapins recouvr\u00e8rent une posture normale, se remirent \u00e0 explorer leur cage avec vigueur et virent leur rigidit\u00e9 musculaire dispara\u00eetre compl\u00e8tement. En r\u00e9p\u00e9tant ces exp\u00e9riences avec une pr\u00e9cision analytique absolue, Carlsson et ses collaborateurs d\u00e9montr\u00e8rent que la restauration de l&rsquo;activit\u00e9 locomotrice ne co\u00efncidait pas chronologiquement avec la reconstitution des r\u00e9serves de noradr\u00e9naline, mais correspondait \u00e9troitement \u00e0 la synth\u00e8se et \u00e0 l&rsquo;accumulation temporaire de dopamine dans le parenchyme c\u00e9r\u00e9bral.<\/p>\n<h3>2.2 La diff\u00e9renciation neurochimique entre dopamine et noradr\u00e9naline<\/h3>\n<p>Cette observation comportementale n\u00e9cessitait d&rsquo;\u00eatre \u00e9tay\u00e9e par des donn\u00e9es biochimiques incontestables infirmant le dogme de Blaschko. Avec ses \u00e9l\u00e8ves Margit Lindqvist et Tor Magnusson, Carlsson mit au point des m\u00e9thodes de dosage fluorim\u00e9trique hautement sensibles et sp\u00e9cifiques, permettant de mesurer distinctement la dopamine et la noradr\u00e9naline sans interf\u00e9rence crois\u00e9e au sein des tissus c\u00e9r\u00e9braux. Leurs r\u00e9sultats, publi\u00e9s entre 1957 et 1958, mirent en lumi\u00e8re une r\u00e9alit\u00e9 neuroanatomique insoup\u00e7onn\u00e9e.<\/p>\n<p>Si la dopamine n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un m\u00e9tabolite transitoire sans r\u00f4le autonome, sa r\u00e9partition c\u00e9r\u00e9brale aurait d\u00fb calquer fid\u00e8lement celle de la noradr\u00e9naline, avec un ratio constant et des concentrations minimes dans toutes les aires enc\u00e9phaliques. Or, les dosages de Carlsson r\u00e9v\u00e9l\u00e8rent que le cerveau contenait des quantit\u00e9s de dopamine \u00e9quivalentes, voire sup\u00e9rieures, \u00e0 celles de la noradr\u00e9naline. De surcro\u00eet, sa topographie anatomique \u00e9tait asym\u00e9trique : alors que la noradr\u00e9naline pr\u00e9dominait dans l&rsquo;hypothalamus et le tronc c\u00e9r\u00e9bral, la dopamine \u00e9tait presque exclusivement concentr\u00e9e dans les ganglions de la base, particuli\u00e8rement au sein du <em>corpus striatum<\/em> (caud\u00e9 et putamen), o\u00f9 la noradr\u00e9naline \u00e9tait presque ind\u00e9tectable.<\/p>\n<p>Cette s\u00e9gr\u00e9gation spatiale d\u00e9montrait de mani\u00e8re irr\u00e9futable que la dopamine n&rsquo;\u00e9tait pas cantonn\u00e9e \u00e0 un r\u00f4le d&rsquo;interm\u00e9diaire de biosynth\u00e8se. Sa pr\u00e9sence massive dans des territoires c\u00e9r\u00e9braux d\u00e9pourvus de noradr\u00e9naline prouvait qu&rsquo;elle \u00e9tait synth\u00e9tis\u00e9e, stock\u00e9e et r\u00e9gul\u00e9e pour son propre compte, r\u00e9pondant \u00e0 tous les crit\u00e8res rigoureux d\u00e9finissant un neurotransmetteur du syst\u00e8me nerveux central : localisation pr\u00e9synaptique, machinerie enzymatique d\u00e9di\u00e9e (la tyrosine hydroxylase et la DOPA d\u00e9carboxylase), lib\u00e9ration d\u00e9pendante de l&rsquo;activit\u00e9 neuronale et capacit\u00e9 \u00e0 induire des r\u00e9ponses fonctionnelles mesurables.<\/p>\n<h3>2.3 Implications initiales pour la motricit\u00e9 et les syndromes parkinsoniens<\/h3>\n<p>L&rsquo;identification de la dopamine au sein du striatum conduisit imm\u00e9diatement Carlsson \u00e0 formuler une d\u00e9duction clinique g\u00e9niale : si la r\u00e9serpine induisait un syndrome akin\u00e9tique r\u00e9versible par la L-DOPA en vidant les stocks de dopamine striatale, la maladie de Parkinson idiopathique chez l&rsquo;\u00eatre humain devait \u00eatre caus\u00e9e par une d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence de ces m\u00eames syst\u00e8mes dopaminergiques sous-corticaux. Cette hypoth\u00e8se fut v\u00e9rifi\u00e9e en 1960 par Oleh Hornykiewicz \u00e0 l&rsquo;Institut de pharmacologie de Vienne, qui d\u00e9montra une d\u00e9pl\u00e9tion quasi totale de dopamine dans le striatum de cerveaux de patients parkinsoniens d\u00e9c\u00e9d\u00e9s, inaugurant le traitement de cette affection par la L-DOPA.<\/p>\n<p>Mais cette d\u00e9couverte eut un retentissement tout aussi crucial pour la compr\u00e9hension de la psychiatrie et des neuroleptiques. Les cliniciens avaient rapidement remarqu\u00e9 que l&rsquo;administration prolong\u00e9e de chlorpromazine provoquait fr\u00e9quemment chez les patients schizophr\u00e8nes un tableau neurologique fait de rigidit\u00e9 plastique, de tremblement de repos, de bradykin\u00e9sie et de perte des mouvements associ\u00e9s, mimant fid\u00e8lement le syndrome parkinsonien. Carlsson comprit que cette similitude n&rsquo;\u00e9tait pas une co\u00efncidence iatrog\u00e8ne accessoire, mais un indice fondamental quant \u00e0 la cible biologique des m\u00e9dicaments antipsychotiques.<\/p>\n<p>S&rsquo;esquissait ainsi la premi\u00e8re passerelle conceptuelle unifiant la pharmacologie exp\u00e9rimentale, la motricit\u00e9 extrapyramidale et les grandes pathologies psychiatriques. Si la privation de dopamine provoquait la maladie de Parkinson et si les m\u00e9dicaments capables d&rsquo;endiguer la psychose induisaient des signes parkinsoniens, il existait une probabilit\u00e9 math\u00e9matique et biologique \u00e9crasante que le site d&rsquo;action primaire des neuroleptiques f\u00fbt intimement li\u00e9 \u00e0 la machinerie synaptique dopaminergique.<\/p>\n<h2>3. L&rsquo;intuition pionni\u00e8re de Carlsson et Lindqvist sur le mode d&rsquo;action des antipsychotiques<\/h2>\n<p>Poursuivant leur trajectoire investigatrice au sein du d\u00e9partement de pharmacologie de l&rsquo;Universit\u00e9 de G\u00f6teborg, Carlsson et son \u00e9quipe cherch\u00e8rent \u00e0 caract\u00e9riser la mani\u00e8re dont les neuroleptiques interagissaient avec les monoamines \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle cellulaire. Leurs d\u00e9couvertes de 1963 allaient bouleverser la biochimie c\u00e9r\u00e9brale en introduisant les notions de boucle de r\u00e9troaction et de blocage r\u00e9cepteur.<\/p>\n<h3>3.1 L&rsquo;exp\u00e9rience fondatrice de 1963 sur le turnover des monoamines<\/h3>\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e9poque, l&rsquo;hypoth\u00e8se simpliste formul\u00e9e par de nombreux chercheurs sugg\u00e9rait que la chlorpromazine et les nouvelles mol\u00e9cules antipsychotiques comme l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Haloperidol\">halop\u00e9ridol<\/a> (synth\u00e9tis\u00e9 par Paul Janssen en 1958) agissaient de la m\u00eame mani\u00e8re que la r\u00e9serpine, \u00e0 savoir en r\u00e9duisant les concentrations tissulaires globales de neurotransmetteurs. Afin de v\u00e9rifier cette proposition, Carlsson et Margit Lindqvist administr\u00e8rent des doses th\u00e9rapeutiques de chlorpromazine et d&rsquo;halop\u00e9ridol \u00e0 des rongeurs, puis quantifi\u00e8rent pr\u00e9cis\u00e9ment les taux de dopamine et de noradr\u00e9naline dans le cerveau.<\/p>\n<p>Les r\u00e9sultats exp\u00e9rimentaux, publi\u00e9s dans un article historique en 1963 dans la revue <em>Acta Pharmacologica et Toxicologica<\/em>, contredirent radicalement cette pr\u00e9diction. Contrairement \u00e0 la r\u00e9serpine, ni la chlorpromazine ni l&rsquo;halop\u00e9ridol ne diminuaient les concentrations globales de dopamine ou de noradr\u00e9naline c\u00e9r\u00e9brale. Les taux de ces amines demeuraient remarquablement constants. Cependant, en analysant les sous-produits de d\u00e9gradation m\u00e9tabolique de ces cat\u00e9cholamines, les chercheurs d\u00e9couvrirent une \u00e9l\u00e9vation substantielle de leurs m\u00e9tabolites primaires, notamment le 3-m\u00e9thoxytyramine (3-MT), le m\u00e9tabolite O-m\u00e9thyl\u00e9 produit par l&rsquo;action de la cat\u00e9chol-O-m\u00e9thyltransf\u00e9rase (COMT) sur la dopamine lib\u00e9r\u00e9e dans la fente synaptique.<\/p>\n<p>Cette observation constituait une \u00e9nigme apparente : comment des m\u00e9dicaments pouvaient-ils augmenter les produits de d\u00e9gradation de la dopamine sans modifier son pool intracellulaire global ? Carlsson et Lindqvist en conclurent que les neuroleptiques acc\u00e9l\u00e9raient le \u00ab turnover \u00bb (le taux de renouvellement m\u00e9tabolique) des monoamines. En r\u00e9ponse \u00e0 la mol\u00e9cule th\u00e9rapeutique, le neurone pr\u00e9synaptique synth\u00e9tisait et d\u00e9gradait la dopamine \u00e0 une cadence acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e, comme s&rsquo;il tentait d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment de compenser un d\u00e9ficit fonctionnel sous-jacent.<\/p>\n<h3>3.2 Le concept novateur de r\u00e9trocontr\u00f4le et de blocage r\u00e9cepteur<\/h3>\n<p>Pour rendre compte de cette acc\u00e9l\u00e9ration m\u00e9tabolique paradoxale sans \u00e9l\u00e9vation de l&rsquo;activit\u00e9 biologique, Arvid Carlsson formula une hypoth\u00e8se r\u00e9volutionnaire qui anticipait d&rsquo;une d\u00e9cennie la caract\u00e9risation physique des prot\u00e9ines membranaires. Il postula que les neuroleptiques ne modifiaient pas directement la synth\u00e8se ou le stockage intracellulaire de la dopamine, mais s&rsquo;interposaient physiquement entre le neurotransmetteur et son site de reconnaissance sur la membrane post-synaptique : ils bloquaient les r\u00e9cepteurs post-synaptiques.<\/p>\n<p>Selon ce mod\u00e8le d\u00e9ductif audacieux, la cellule post-synaptique, priv\u00e9e du signal chimique que la dopamine est cens\u00e9e lui d\u00e9livrer en raison de l&rsquo;occupation antagoniste du r\u00e9cepteur par la mol\u00e9cule m\u00e9dicamenteuse, d\u00e9tecte un \u00e9tat de \u00ab silence fonctionnel \u00bb. Elle \u00e9met alors un signal de r\u00e9troaction r\u00e9trograde \u2014 ou active une boucle neuronale de r\u00e9trocontr\u00f4le n\u00e9gatif trans-synaptique \u2014 vers le corps cellulaire dopaminergique situ\u00e9 dans le m\u00e9senc\u00e9phale. Inform\u00e9 de cette d\u00e9faillance apparente de transmission, le neurone pr\u00e9synaptique augmente son taux de d\u00e9charge \u00e9lectrique et acc\u00e9l\u00e8re l&rsquo;activit\u00e9 de l&rsquo;enzyme limitante tyrosine hydroxylase pour produire et d\u00e9verser de plus grandes quantit\u00e9s de neurotransmetteur dans la fente synaptique.<\/p>\n<p>Cette lib\u00e9ration accrue se traduit in\u00e9vitablement par une accumulation de m\u00e9tabolites de d\u00e9gradation (tels que la 3-m\u00e9thoxytyramine et l&rsquo;acide homovanillique), sans parvenir pour autant \u00e0 r\u00e9tablir la transmission puisque les r\u00e9cepteurs effecteurs demeurent verrouill\u00e9s par l&rsquo;antagoniste. Carlsson venait de d\u00e9duire math\u00e9matiquement et physiologiquement l&rsquo;existence des r\u00e9cepteurs dopaminergiques et le m\u00e9canisme de l&rsquo;antagonisme pharmacologique c\u00e9r\u00e9bral bien avant que les techniques de marquage radioactif ne permettent de les visualiser directement.<\/p>\n<h3>3.3 Formulation de la premi\u00e8re hypoth\u00e8se \u00e9tiologique dopaminergique<\/h3>\n<p>Les cons\u00e9quences th\u00e9oriques de la d\u00e9couverte de 1963 \u00e9taient vertigineuses pour la psychiatrie clinique. En \u00e9tablissant que deux classes chimiques totalement distinctes \u2014 les ph\u00e9nothiazines (chlorpromazine) et les butyroph\u00e9nones (halop\u00e9ridol) \u2014 partageaient la propri\u00e9t\u00e9 fondamentale commune d&rsquo;inhiber la transmission dopaminergique par blocage r\u00e9cepteur, Carlsson franchit le pas \u00e9tiologique :<\/p>\n<p>Si la r\u00e9duction de la transmission dopaminergique soulageait efficacement les manifestations centrales de la schizophr\u00e9nie, \u00e0 savoir les hallucinations d\u00e9lirantes, l&rsquo;agressivit\u00e9 et la d\u00e9sorganisation de la pens\u00e9e, il devenait hautement probable que la maladie elle-m\u00eame reposait, dans sa configuration neurobiologique fondamentale, sur un exc\u00e8s ou une hyperactivit\u00e9 pathologique de cette m\u00eame transmission dopaminergique dans le cerveau. De surcro\u00eet, Carlsson souligna la corr\u00e9lation dialectique rigoureuse liant les deux p\u00f4les de la motricit\u00e9 et de la folie : le d\u00e9ficit dopaminergique engendre la dysfonction parkinsonienne, tandis que l&rsquo;hyperactivit\u00e9 dopaminergique sous-tend l&rsquo;\u00e9mergence des \u00e9tats psychotiques.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9duction inversa l&rsquo;orientation de la recherche psychiatrique. Les sympt\u00f4mes de la schizophr\u00e9nie n&rsquo;\u00e9taient plus consid\u00e9r\u00e9s comme les scories imp\u00e9n\u00e9trables d&rsquo;une psych\u00e9 traumatis\u00e9e, mais comme les manifestations mesurables d&rsquo;une suractivation mol\u00e9culaire au sein de circuits neuronaux circonscrits. Le socle \u00e9pist\u00e9mologique de l&rsquo;hypoth\u00e8se dopaminergique de la schizophr\u00e9nie \u00e9tait officiellement scell\u00e9.<\/p>\n<h2>4. Jacques Van Rossum et la formalisation pharmacologique du blocage des r\u00e9cepteurs<\/h2>\n<p>Alors qu&rsquo;Arvid Carlsson approchait la question par la biochimie m\u00e9tabolique et la physiologie comportementale, le pharmacologue n\u00e9erlandais Jacques Van Rossum, travaillant \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Nim\u00e8gue, aborda le probl\u00e8me sous l&rsquo;angle de la pharmacologie mol\u00e9culaire th\u00e9orique et de la cin\u00e9tique des r\u00e9cepteurs. Son apport fut indispensable pour conf\u00e9rer \u00e0 l&rsquo;hypoth\u00e8se une assise math\u00e9matique et exp\u00e9rimentale formelle.<\/p>\n<h3>4.1 L&rsquo;apport de la pharmacodynamie quantitative de Van Rossum<\/h3>\n<p>Form\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole de pharmacodynamie rigoureuse initi\u00e9e par Everhardus Ari\u00ebns, Jacques Van Rossum \u00e9tait un expert de la th\u00e9orie des r\u00e9cepteurs et de l&rsquo;application de la loi d&rsquo;action de masse aux syst\u00e8mes biologiques. \u00c0 une \u00e9poque o\u00f9 beaucoup de pharmacologues utilisaient le concept de r\u00e9cepteur comme une m\u00e9taphore th\u00e9orique abstraite, Van Rossum s&rsquo;attacha \u00e0 d\u00e9finir op\u00e9rationnellement la distinction entre l&rsquo;<em>affinit\u00e9<\/em> d&rsquo;une mol\u00e9cule (sa capacit\u00e9 thermodynamique \u00e0 se lier sp\u00e9cifiquement \u00e0 un r\u00e9cepteur membranaire) et son <em>activit\u00e9 intrins\u00e8que<\/em> (sa propension \u00e0 d\u00e9clencher une modification conformationnelle produisant une r\u00e9ponse biologique en aval).<\/p>\n<p>En analysant les courbes concentration-r\u00e9ponse d&rsquo;une vaste gamme de principes actifs, Van Rossum d\u00e9montra que les neuroleptiques agissaient selon un profil d&rsquo;antagonistes comp\u00e9titifs r\u00e9versibles stricts. En pr\u00e9sence d&rsquo;un neuroleptique, la courbe effet-concentration de la dopamine subissait un d\u00e9placement parall\u00e8le vers la droite sans alt\u00e9ration de la r\u00e9ponse maximale accessible, signature physico-chimique d\u00e9montrant que la mol\u00e9cule m\u00e9dicamenteuse et le neurotransmetteur endog\u00e8ne se disputaient l&rsquo;occupation st\u00e9rique du m\u00eame site de reconnaissance sur la prot\u00e9ine r\u00e9ceptrice.<\/p>\n<p>Cette formalisation math\u00e9matique de l&rsquo;antagonisme permit d&rsquo;extrapoler les principes de la pharmacodynamie mol\u00e9culaire aux n\u00e9buleuses de la symptomatologie psychiatrique. Van Rossum apporta la d\u00e9monstration que les effets th\u00e9rapeutiques des neuroleptiques n&rsquo;\u00e9taient ni asp\u00e9cifiques, ni le r\u00e9sultat d&rsquo;une toxicit\u00e9 neuronale globale, mais ob\u00e9issaient aux r\u00e8gles universelles de la s\u00e9lectivit\u00e9 et de la saturation des sites de liaison macromol\u00e9culaires au sein du syst\u00e8me nerveux central.<\/p>\n<h3>4.2 La publication s\u00e9minale de 1966 dans l&rsquo;International Journal of Neuropharmacology<\/h3>\n<p>En 1966, Jacques Van Rossum publia dans l&rsquo;<em>International Journal of Neuropharmacology<\/em> un article fondateur qui allait formellement baptiser et consacrer l&rsquo;hypoth\u00e8se : \u00ab <em>The significance of dopamine-receptor blockade for the mechanism of action of neuroleptic drugs<\/em> \u00bb. Dans ce texte visionnaire, Van Rossum \u00e9crivait de mani\u00e8re explicite et sans ambigu\u00eft\u00e9 :<\/p>\n<blockquote><p>\n\u00ab When the hypothesis of dopamine-receptor blockade by neuroleptic drugs is correct, this means that schizophrenia may be caused by an overstimulation of dopamine receptors in certain brain areas. \u00bb\n<\/p><\/blockquote>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait la premi\u00e8re fois dans l&rsquo;histoire de la m\u00e9decine que l&rsquo;\u00e9tiopathog\u00e9nie de la schizophr\u00e9nie \u00e9tait explicitement formul\u00e9e comme une surstimulation des r\u00e9cepteurs \u00e0 la dopamine. Van Rossum ne se borna pas \u00e0 cette assertion th\u00e9orique ; il documenta m\u00e9thodiquement la relation entre la puissance clinique des ph\u00e9nothiazines (chlorpromazine, prom\u00e9thazine, trifluop\u00e9razine) et des butyroph\u00e9nones (halop\u00e9ridol, spiroperidol) et leur capacit\u00e9 respective \u00e0 contrer les effets biochimiques et moteurs de la dopamine.<\/p>\n<p>Il mit en exergue le fait que la prom\u00e9thazine, un antihistaminique ph\u00e9nothiazinique d\u00e9pourvu d&rsquo;action sur la psychose, \u00e9tait totalement d\u00e9pourvue de capacit\u00e9 de blocage des r\u00e9cepteurs dopaminergiques, tandis que les agents antipsychotiques les plus redoutables et concentr\u00e9s, comme l&rsquo;halop\u00e9ridol, d\u00e9montraient une affinit\u00e9 et une puissance antagoniste consid\u00e9rables. L&rsquo;hypoth\u00e8se dopaminergique cessait d&rsquo;\u00eatre une simple intuition physiologique pour devenir une doctrine scientifique pr\u00e9dictive et r\u00e9futable au sens popp\u00e9rien.<\/p>\n<h3>4.3 Les mod\u00e8les comportementaux animaux de Van Rossum<\/h3>\n<p>Pour \u00e9prouver son hypoth\u00e8se <em>in vivo<\/em> et fournir \u00e0 l&rsquo;industrie pharmaceutique des outils de criblage rationnel, Van Rossum d\u00e9veloppa des mod\u00e8les comportementaux sophistiqu\u00e9s chez les rongeurs, centr\u00e9s sur les st\u00e9r\u00e9otypies motrices induites par les agonistes dopaminergiques indirects comme l&rsquo;amph\u00e9tamine ou directs comme l&rsquo;apomorphine. Il observa que de fortes doses d&rsquo;amph\u00e9tamine inject\u00e9es \u00e0 des rats induisaient des mouvements constants et r\u00e9p\u00e9titifs de flairage, de l\u00e9chage compulsif et de morsure, associ\u00e9s \u00e0 une hyperactivit\u00e9 motrice d\u00e9sordonn\u00e9e.<\/p>\n<p>Ces manifestations st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es, d\u00e9clench\u00e9es par l&rsquo;inondation de dopamine dans les noyaux sous-corticaux, \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9es par Van Rossum comme un mod\u00e8le analogue animal des comportements autistiques, st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s et r\u00e9p\u00e9titifs observ\u00e9s chez les schizophr\u00e8nes en crise catatonique ou parano\u00efde. En administrant pr\u00e9alablement des neuroleptiques, Van Rossum d\u00e9montra que la capacit\u00e9 d&rsquo;une mol\u00e9cule \u00e0 supprimer s\u00e9lectivement ces st\u00e9r\u00e9otypies induites \u00e9tait strictement proportionnelle \u00e0 son efficacit\u00e9 antipsychotique chez l&rsquo;homme.<\/p>\n<p>Ce test d&rsquo;inhibition des st\u00e9r\u00e9otypies dopaminergiques devint la norme industrielle et acad\u00e9mique pour identifier de nouvelles entit\u00e9s th\u00e9rapeutiques destin\u00e9es \u00e0 la psychiatrie. Les travaux de Van Rossum valid\u00e8rent de mani\u00e8re irr\u00e9futable le paradigme : tout m\u00e9dicament capable d&rsquo;\u00e9radiquer la psychose humaine \u00e9tait un antagoniste des r\u00e9cepteurs c\u00e9r\u00e9braux de la dopamine, consolidant d\u00e9finitivement la primaut\u00e9 de cette monoamine dans la recherche psychiatrique.<\/p>\n<h2>5. L&rsquo;Hypoth\u00e8se Dopaminergique Classique (Version I) : Architecture et postulats<\/h2>\n<p>L&rsquo;agr\u00e9gation des d\u00e9couvertes de Carlsson, Lindqvist, Van Rossum et de leurs contemporains donna naissance, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, \u00e0 ce que les historiens des neurosciences d\u00e9signent aujourd&rsquo;hui sous le vocable d&rsquo;\u00ab Hypoth\u00e8se Dopaminergique Classique \u00bb ou \u00ab Version I \u00bb. Ce mod\u00e8le lin\u00e9aire et m\u00e9caniste proposait une explication monog\u00e9nique de la s\u00e9miologie psychotique.<\/p>\n<h3>5.1 Le postulat fondamental de l&rsquo;hyperdopaminergie globale<\/h3>\n<p>Dans sa premi\u00e8re incarnation, l&rsquo;hypoth\u00e8se dopaminergique reposait sur une logique binaire directe : la schizophr\u00e9nie r\u00e9sulte d&rsquo;un exc\u00e8s unilat\u00e9ral et g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 de la transmission synaptique dopaminergique dans l&rsquo;ensemble du syst\u00e8me nerveux central. Selon cette conception initiale, les d\u00e9lires de pers\u00e9cution, les hallucinations acoustico-verbales, la d\u00e9sorganisation conceptuelle et l&rsquo;agitation psychomotrice \u00e9taient la cons\u00e9quence directe d&rsquo;une suractivation massive, chronique ou paroxystique des r\u00e9cepteurs c\u00e9r\u00e9braux sensibles \u00e0 la dopamine.<\/p>\n<p>Les partisans de ce mod\u00e8le primitif envisageaient plusieurs m\u00e9canismes mol\u00e9culaires alternatifs ou cumulatifs pour expliquer cette temp\u00eate neurochimique :<\/p>\n<ul>\n<li>Une hypersynth\u00e8se de dopamine par d\u00e9r\u00e9gulation \u00e0 la hausse de la tyrosine hydroxylase intraneuronale ;<\/li>\n<li>Une d\u00e9faillance des voies de d\u00e9gradation enzymatique, m\u00e9di\u00e9es par la monoamine oxydase (MAO) ou la cat\u00e9chol-O-m\u00e9thyltransf\u00e9rase (COMT), entra\u00eenant une clairance insuffisante du transmetteur ;<\/li>\n<li>Une alt\u00e9ration du transporteur de la recapture de la dopamine (DAT), prolongeant de mani\u00e8re anormale la pr\u00e9sence du neurotransmetteur au sein de la fente synaptique ;<\/li>\n<li>Une hypersensibilit\u00e9 primitive ou une prolif\u00e9ration anormale des r\u00e9cepteurs post-synaptiques, r\u00e9agissant de mani\u00e8re exag\u00e9r\u00e9e \u00e0 des concentrations physiologiques normales de ligand endog\u00e8ne.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Bien que les moyens analytiques de l&rsquo;\u00e9poque ne permettent pas encore de trancher formellement entre ces diff\u00e9rentes pistes, le consensus th\u00e9orique imposait l&rsquo;id\u00e9e que l&rsquo;inhibition chimique de cette transmission hyperactive constituait la condition n\u00e9cessaire et suffisante pour induire la r\u00e9mission clinique du patient schizophr\u00e8ne.<\/p>\n<h3>5.2 Les preuves pharmacologiques par provocation : amph\u00e9tamines et L-DOPA<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tiologie dopaminergique trouva une \u00e9clatante confirmation clinique par le biais de la pharmacologie exp\u00e9rimentale chez l&rsquo;\u00eatre humain. Depuis les travaux de Philip Connell en 1958 sur la psychose amph\u00e9taminique, les cliniciens savaient que l&rsquo;administration prolong\u00e9e ou \u00e0 fortes doses de psychostimulants majeurs comme la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Dextroamphetamine\">dextroamph\u00e9tamine<\/a>, qui force la lib\u00e9ration massive de dopamine et bloque sa recapture, induisait chez des sujets sains un tableau parano\u00efde aigu quasiment indiscernable de la schizophr\u00e9nie parano\u00efde authentique, caract\u00e9ris\u00e9 par des hallucinations auditives et visuelles, des id\u00e9es de r\u00e9f\u00e9rence et un d\u00e9lire de pers\u00e9cution st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, les exp\u00e9riences men\u00e9es par Janowsky et ses coll\u00e8gues au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970 r\u00e9v\u00e9l\u00e8rent que l&rsquo;injection intraveineuse de doses minimes de m\u00e9thylph\u00e9nidate ou d&rsquo;amph\u00e9tamines \u00e0 des patients schizophr\u00e8nes en phase de r\u00e9mission r\u00e9activait de fa\u00e7on explosive et sp\u00e9cifique leurs id\u00e9es d\u00e9lirantes initiales et leurs hallucinations, sans provoquer de perturbations comparables chez des sujets t\u00e9moins. Cette hypersensibilit\u00e9 psychotog\u00e8ne exacerb\u00e9e prouvait que les circuits neuronaux des patients atteints de schizophr\u00e9nie \u00e9taient singuli\u00e8rement vuln\u00e9rables \u00e0 toute fluctuation positive du flux dopaminergique.<\/p>\n<p>Enfin, l&rsquo;utilisation massive de la L-DOPA dans le traitement de la maladie de Parkinson vint compl\u00e9ter le diptyque clinique. De nombreux patients neurologiques \u00e2g\u00e9s, recevant des posologies \u00e9lev\u00e9es de L-DOPA pour restaurer leur motricit\u00e9 axiale, d\u00e9veloppaient des effets ind\u00e9sirables neuropsychiatriques majeurs sous forme d&rsquo;hallucinations florides, d&rsquo;\u00e9tats oniriques et de d\u00e9lires parano\u00efaques, qui r\u00e9gressaient d\u00e8s l&rsquo;abaissement des doses du pr\u00e9curseur cat\u00e9cholaminergique ou l&rsquo;administration prudente d&rsquo;antagonistes. Le parall\u00e9lisme \u00e9tait total : monter la dopamine, c&rsquo;\u00e9tait provoquer la psychose ; descendre la dopamine, c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;\u00e9teindre.<\/p>\n<h3>5.3 Succ\u00e8s initiaux et h\u00e9g\u00e9monie du paradigme en psychiatrie biologique<\/h3>\n<p>Durant les d\u00e9cennies 1970 et 1980, l&rsquo;hypoth\u00e8se dopaminergique de type I r\u00e9gna sans partage sur la psychiatrie acad\u00e9mique mondiale et orienta massivement la recherche industrielle. Elle offrait \u00e0 une discipline m\u00e9dicale en qu\u00eate perp\u00e9tuelle de l\u00e9gitimit\u00e9 scientifique une th\u00e9orie claire, biologique, mesurable et directement exploitable sur le plan th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<p>Cette \u00e8re vit la standardisation des protocoles de traitement dans les h\u00f4pitaux psychiatriques, articul\u00e9e autour de la puissance en \u00ab \u00e9quivalents chlorpromazine \u00bb. L&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie de ce mod\u00e8le permit de rel\u00e9guer d\u00e9finitivement au rang de curiosit\u00e9s historiques les th\u00e9ories accusatrices incriminant la \u00ab m\u00e8re schizophr\u00e9nog\u00e8ne \u00bb ou les paradoxes de la communication intrafamiliale (la double contrainte de Gregory Bateson), d\u00e9culpabilisant ainsi des g\u00e9n\u00e9rations de familles de malades.<\/p>\n<p>Les investissements massifs des consortiums pharmaceutiques permirent le d\u00e9veloppement d&rsquo;une impressionnante pharmacop\u00e9e de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration : thioxanth\u00e8nes, ph\u00e9nothiazines pip\u00e9razin\u00e9es et surtout butyroph\u00e9nones de tr\u00e8s haute puissance. Partout, la mesure du blocage dopaminergique devint l&rsquo;alpha et l&rsquo;om\u00e9ga de la recherche sur la folie, cr\u00e9ant une culture m\u00e9dicale o\u00f9 le contr\u00f4le de la psychose reposait sur la stricte mise au pas pharmacologique de la transmission monoaminergique c\u00e9r\u00e9brale.<\/p>\n<h2>6. Neuroanatomie fonctionnelle des voies dopaminergiques c\u00e9r\u00e9brales<\/h2>\n<p>La simplification inh\u00e9rente \u00e0 l&rsquo;hypoth\u00e8se classique d&rsquo;une hyperdopaminergie diffuse dut rapidement se confronter \u00e0 la formidable complexit\u00e9 de la neuroanatomie c\u00e9r\u00e9brale. Gr\u00e2ce aux techniques d&rsquo;histofluorescence d\u00e9velopp\u00e9es par Nils-\u00c5ke Hillarp, Annica Dahlstr\u00f6m et Kjell Fuxe dans les ann\u00e9es 1960 en Su\u00e8de, l&rsquo;architecture des projections dopaminergiques fut cartographi\u00e9e avec une pr\u00e9cision chirurgicale, r\u00e9v\u00e9lant l&rsquo;existence de quatre faisceaux majeurs distincts dont la fonction \u00e9claire la s\u00e9miologie schizophr\u00e9nique et les effets des m\u00e9dicaments.<\/p>\n<h3>6.1 La voie m\u00e9solimbique et la physiopathologie des sympt\u00f4mes positifs<\/h3>\n<p>La <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Mesolimbic_pathway\">voie m\u00e9solimbique<\/a> prend naissance dans les corps cellulaires du m\u00e9senc\u00e9phale ventral, au sein de l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Ventral_tegmental_area\">aire tegmentale ventrale<\/a> (ATV, ou groupe cellulaire A10). De l\u00e0, des axones longs et ascendants traversent le faisceau m\u00e9dian du t\u00e9lenc\u00e9phale pour projeter massivement vers les structures sous-corticales associ\u00e9es au traitement \u00e9motionnel et motivationnel : le <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Nucleus_accumbens\">noyau accumbens<\/a> (partie ventrale du striatum), le tubercule olfactif, l&rsquo;amygdale basolat\u00e9rale, l&rsquo;hippocampe ventral et le septum lat\u00e9ral.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue neurophysiologique, cette voie sous-tend les processus fondamentaux de la motivation, de l&rsquo;attribution de valeur incitatrice aux stimuli environnementaux, de la r\u00e9compense et du renforcement comportemental. C&rsquo;est elle qui permet \u00e0 l&rsquo;organisme de discerner ce qui est saillant, biologique ou mena\u00e7ant dans son biotope.<\/p>\n<p>Dans le cadre de la schizophr\u00e9nie, une d\u00e9r\u00e9gulation paroxystique et hyperactive de cette voie m\u00e9solimbique est aujourd&rsquo;hui universellement reconnue comme le substrat physiopathologique direct des \u00ab sympt\u00f4mes positifs \u00bb ou productifs de la maladie : les hallucinations auditives et perceptives, les id\u00e9es d\u00e9lirantes de pers\u00e9cution ou de m\u00e9galomanie, ainsi que l&rsquo;angoisse de morcellement. L&rsquo;antagonisme dopaminergique op\u00e9r\u00e9 au sein de ce r\u00e9seau limbique constitue le moteur exclusif de l&rsquo;efficacit\u00e9 antipsychotique des m\u00e9dicaments.<\/p>\n<h3>6.2 La voie m\u00e9socorticale et le cortex pr\u00e9frontal<\/h3>\n<p>Partageant son origine au sein des groupes neuronaux de l&rsquo;aire tegmentale ventrale (A10), la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Mesocortical_pathway\">voie m\u00e9socorticale<\/a> emprunte une trajectoire diff\u00e9rente pour innerver directement le manteau cortical t\u00e9lenc\u00e9phalique, plus particuli\u00e8rement le cortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral (CPFDL), le cortex orbitofrontal et le cortex cingulaire ant\u00e9rieur. Cette projection est phylog\u00e9n\u00e9tiquement plus r\u00e9cente et pr\u00e9sente une densit\u00e9 synaptique consid\u00e9rablement plus faible que les arborisations striatales.<\/p>\n<p>La voie m\u00e9socorticale orchestre les op\u00e9rations cognitives de haut niveau qui d\u00e9finissent l&rsquo;intelligence adaptative humaine : la m\u00e9moire de travail op\u00e9rationnelle, l&rsquo;attention soutenue s\u00e9lective, la flexibilit\u00e9 mentale, la planification de s\u00e9quences comportementales complexes et la r\u00e9gulation descendante des \u00e9tats affectifs. Elle module l&rsquo;activit\u00e9 des neurones pyramidaux glutamatergiques du cortex \u00e0 travers une distribution fine de r\u00e9cepteurs.<\/p>\n<p>Comme nous le verrons ult\u00e9rieurement, la compr\u00e9hension des alt\u00e9rations de cette voie m\u00e9socorticale a constitu\u00e9 la rupture intellectuelle majeure des ann\u00e9es 1990. Loin d&rsquo;\u00eatre hyperactive, cette projection souffre au contraire d&rsquo;une hypodopaminergie chronique dans la schizophr\u00e9nie, constituant le lit neurobiologique des \u00ab sympt\u00f4mes n\u00e9gatifs \u00bb (aboulie, \u00e9moussement affectif, apragmatisme, alogie) et des profondes alt\u00e9rations neurocognitives qui handicapent les patients bien apr\u00e8s l&rsquo;extinction de leurs crises d\u00e9lirantes.<\/p>\n<h3>6.3 Les voies nigrostri\u00e9e et tub\u00e9ro-infundibulaire : le tribut iatrog\u00e8ne<\/h3>\n<p>Les deux autres voies dopaminergiques majeures du syst\u00e8me nerveux central ne sont pas primitives au c\u0153ur de la physiopathologie schizophr\u00e9nique, mais repr\u00e9sentent le th\u00e9\u00e2tre exclusif de la toxicit\u00e9 et des effets ind\u00e9sirables caus\u00e9s par les th\u00e9rapeutiques antipsychotiques classiques :<\/p>\n<p>La <strong>voie nigrostri\u00e9e<\/strong> prend naissance dans la <em>pars compacta<\/em> de la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Substantia_nigra\">substance noire<\/a> (groupe A9) et projette massivement et dens\u00e9ment vers le striatum dorsal constitu\u00e9 du noyau caud\u00e9 et du putamen. Cette voie colossale, qui regroupe pr\u00e8s de 80 % de la dopamine c\u00e9r\u00e9brale globale, est le rouage modulateur indispensable de la boucle motrice cortico-striato-pallido-thalamo-corticale. Elle r\u00e9gule la fluidit\u00e9, le tonus postural et l&rsquo;initiation motrice. Lorsque les neuroleptiques bloquent les r\u00e9cepteurs de cette voie, ils induisent le cort\u00e8ge iatrog\u00e8ne extrapyramidal : rigidit\u00e9 plastique en roue dent\u00e9e, tremblements parkinsoniens, akathisie intol\u00e9rable (impossibilit\u00e9 psychomotrice de demeurer assis) et dystonies aigu\u00ebs. \u00c0 long terme, l&rsquo;inhibition nigrostri\u00e9e chronique engendre la redoutable dyskin\u00e9sie tardive par hypersensibilisation de d\u00e9saff\u00e9rentation.<\/p>\n<p>La <strong>voie tub\u00e9ro-infundibulaire<\/strong>, quant \u00e0 elle, prend son origine dans le noyau arqu\u00e9 et le noyau p\u00e9riventriculaire de l&rsquo;hypothalamus basal (groupe A12) et lib\u00e8re de la dopamine directement dans le syst\u00e8me porte hypothalamo-hypophysaire au niveau de l&rsquo;\u00e9minence m\u00e9diane. Dans cette r\u00e9gion, la dopamine agit non comme un neurotransmetteur synaptique traditionnel, mais comme une neurohormone (historiquement nomm\u00e9e PIF : <em>Prolactin Inhibiting Factor<\/em>), dont la fonction physiologique exclusive est de freiner en permanence la synth\u00e8se et la s\u00e9cr\u00e9tion de prolactine par les cellules lactotrophes de l&rsquo;ad\u00e9nohypophyse. Le blocage de ces r\u00e9cepteurs hypophysaires l\u00e8ve ce frein inhibiteur et d\u00e9clenche in\u00e9luctablement une <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Hyperprolactinaemia\">hyperprolactin\u00e9mie<\/a> iatrog\u00e8ne, responsable chez les patients de galactorrh\u00e9e, d&rsquo;am\u00e9norrh\u00e9e, de gyn\u00e9comastie, de dysfonctions \u00e9rectiles et, \u00e0 long terme, d&rsquo;ost\u00e9oporose pr\u00e9coce.<\/p>\n<h2>7. Confirmation exp\u00e9rimentale : D\u00e9couverte du r\u00e9cepteur D2 et travaux de Philip Seeman<\/h2>\n<p>L&rsquo;intuition g\u00e9niale de Carlsson et la formulation pharmacodynamique de Van Rossum acquirent leur confirmation mat\u00e9rielle d\u00e9finitive au milieu des ann\u00e9es 1970, gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;av\u00e8nement des technologies de liaison par radioligands et \u00e0 l&rsquo;isolement exp\u00e9rimental des r\u00e9cepteurs par le pharmacologue canadien Philip Seeman.<\/p>\n<h3>7.1 La caract\u00e9risation et le clonage des r\u00e9cepteurs dopaminergiques<\/h3>\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, John Kebabian et Paul Greengard d\u00e9couvrirent dans le striatum de mammif\u00e8re l&rsquo;existence d&rsquo;une ad\u00e9nylate cyclase stimul\u00e9e par la dopamine, capable de convertir l&rsquo;ad\u00e9nosine triphosphate (ATP) en ad\u00e9nosine monophosphate cyclique (AMPc), un second messager intracellulaire r\u00e9gulateur. Cependant, de nombreux neuroleptiques extr\u00eamement puissants en clinique humaine, \u00e0 l&rsquo;instar de l&rsquo;halop\u00e9ridol ou du pimozide, se r\u00e9v\u00e9laient de tr\u00e8s faibles inhibiteurs de cette ad\u00e9nylate cyclase stimul\u00e9e par la dopamine, cr\u00e9ant un paradoxe pharmacologique perturbant.<\/p>\n<p>La r\u00e9solution de cette \u00e9nigme survint avec la mise en \u00e9vidence d&rsquo;une h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des r\u00e9cepteurs membranaires, formalis\u00e9e d\u00e9finitivement en 1979 par Kebabian et Daniel Calne. On distingua alors deux classes fondamentales de r\u00e9cepteurs :<\/p>\n<ul>\n<li>Le <strong>r\u00e9cepteur D1<\/strong>, coupl\u00e9 positivement \u00e0 la prot\u00e9ine G r\u00e9gulatrice stimulatrice (Gs), dont l&rsquo;activation induit une augmentation de la production intracellulaire d&rsquo;AMPc ;<\/li>\n<li>Le <strong>r\u00e9cepteur D2<\/strong>, coupl\u00e9 \u00e0 une prot\u00e9ine G inhibitrice (Gi\/Go), dont l&rsquo;activation bloque au contraire l&rsquo;ad\u00e9nylate cyclase, module les canaux potassiques rectifiants entrants et inhibe les canaux calciques voltage-d\u00e9pendants.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Des d\u00e9cennies plus tard, la biologie mol\u00e9culaire et le clonage g\u00e9n\u00e9tique ont permis de subdiviser cette nomenclature en deux grandes familles multig\u00e9niques : la famille D1-like (r\u00e9cepteurs D1 et D5) et la famille D2-like (r\u00e9cepteurs D2, D3 et D4). C&rsquo;est au sein de cette sous-famille D2-like, et singuli\u00e8rement le sous-type <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Dopamine_receptor_D2\">D2<\/a> pr\u00e9dominant dans les synapses du striatum dorsal et ventral, que r\u00e9sidait le secret de l&rsquo;action antipsychotique.<\/p>\n<h3>7.2 La c\u00e9l\u00e8bre corr\u00e9lation de Seeman (1975-1976)<\/h3>\n<p>L&rsquo;avanc\u00e9e exp\u00e9rimentale d\u00e9finitive fut accomplie par <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Philip_Seeman\">Philip Seeman<\/a> et son \u00e9quipe de l&rsquo;Universit\u00e9 de Toronto, conjointement et parall\u00e8lement aux travaux de Solomon Snyder et Ian Creese \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Johns Hopkins. Utilisant des isotopes radioactifs \u00e9metteurs b\u00eata, Seeman synth\u00e9tisa de l&rsquo;halop\u00e9ridol triti\u00e9 ([3H]-halop\u00e9ridol) de haute activit\u00e9 sp\u00e9cifique, lui permettant de mesurer directement la liaison biophysique du ligand aux fractions membranaires de striatum de mammif\u00e8res et de cerveaux humains post-mortem.<\/p>\n<p>Dans deux publications qui firent date dans <em>Nature<\/em> (1975) et <em>Science<\/em> (1976), Seeman publia une courbe d&rsquo;une perfection exp\u00e9rimentale rare en neurobiologie. En portant en abscisse logarithmique la concentration d&rsquo;inhibition de 50 % (Ki ou IC50) de dizaines de neuroleptiques pour les r\u00e9cepteurs dopaminergiques marqu\u00e9s par le [3H]-halop\u00e9ridol, et en ordonn\u00e9e logarithmique les doses th\u00e9rapeutiques journali\u00e8res moyennes n\u00e9cessaires pour traiter la schizophr\u00e9nie en pratique clinique, il obtint une droite de r\u00e9gression lin\u00e9aire quasi parfaite, avec un coefficient de corr\u00e9lation statistique ph\u00e9nom\u00e9nal (r = 0,97).<\/p>\n<p>Cette corr\u00e9lation magistrale prouvait, au-del\u00e0 de tout doute scientifique raisonnable, que plus une mol\u00e9cule poss\u00e8de une affinit\u00e9 thermodynamique puissante pour le site de liaison du r\u00e9cepteur D2 (c&rsquo;est-\u00e0-dire une constante de dissociation nanomolaire minuscule), plus la quantit\u00e9 de milligrammes devant \u00eatre administr\u00e9e au patient est faible pour \u00e9radiquer les d\u00e9lires et les hallucinations. Le r\u00e9cepteur D2 \u00e9tait solennellement couronn\u00e9 comme le substrat physique, mol\u00e9culaire et pharmacologique indispensable de l&rsquo;action th\u00e9rapeutique antipsychotique.<\/p>\n<h3>7.3 Les premi\u00e8res \u00e9tudes de liaison post-mortem<\/h3>\n<p>Forts de cette m\u00e9thodologie par radiomarquage, Philip Seeman, John Lee et d&rsquo;autres neurochimistes se tourn\u00e8rent vers l&rsquo;analyse directe du tissu c\u00e9r\u00e9bral post-mortem pr\u00e9lev\u00e9 chez des patients schizophr\u00e8nes d\u00e9c\u00e9d\u00e9s, dans l&rsquo;espoir de trouver l&rsquo;anomalie primaire postul\u00e9e par l&rsquo;hypoth\u00e8se dopaminergique. Les premi\u00e8res investigations publi\u00e9es \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970 mirent en \u00e9vidence une augmentation spectaculaire, de l&rsquo;ordre de 40 \u00e0 100 %, de la densit\u00e9 maximale (Bmax) des r\u00e9cepteurs dopaminergiques D2 dans le noyau caud\u00e9, le putamen et le noyau accumbens des patients schizophr\u00e8nes comparativement aux sujets t\u00e9moins non psychiatriques.<\/p>\n<p>Cette annonce d\u00e9clencha initialement une vague d&rsquo;enthousiasme : la psychiatrie semblait enfin avoir d\u00e9couvert sa l\u00e9sion anatomo-chimique cardinale, l&rsquo;exc\u00e8s tangible de r\u00e9cepteurs causant l&rsquo;hyperdopaminergie. Toutefois, une controverse scientifique majeure ne tarda pas \u00e0 \u00e9merger. Les opposants et critiques m\u00e9thodologiques, parmi lesquels Mackay et Reynolds, soulign\u00e8rent que la quasi-totalit\u00e9 des cerveaux diss\u00e9qu\u00e9s appartenaient \u00e0 des patients chroniques ayant re\u00e7u des d\u00e9cennies de traitement neuroleptique continu \u00e0 fortes doses avant leur mort.<\/p>\n<p>Sachant que le blocage antagoniste prolong\u00e9 d&rsquo;un r\u00e9cepteur membranaire induit un ph\u00e9nom\u00e8ne universel de compensation physiologique appel\u00e9 \u00ab r\u00e9gulation \u00e0 la hausse \u00bb (<em>up-regulation<\/em>) par hypersensibilisation, il \u00e9tait impossible de discerner si cette prolif\u00e9ration des r\u00e9cepteurs D2 \u00e9tait la cause biologique primaire de la schizophr\u00e9nie ou simplement une cicatrice pharmacologique induite par le traitement lui-m\u00eame. Bien que quelques analyses sur de rares patients d\u00e9clar\u00e9s na\u00effs de tout neuroleptique aient continu\u00e9 \u00e0 montrer des densit\u00e9s D2 discr\u00e8tement \u00e9lev\u00e9es, ce dilemme post-mortem d\u00e9montra les limites de la neurochimie cadav\u00e9rique statique et imposa la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;interroger le cerveau vivant par l&rsquo;imagerie mol\u00e9culaire.<\/p>\n<h2>8. Limites \u00e9pist\u00e9mologiques et \u00e9checs cliniques de l&rsquo;hypoth\u00e8se originelle<\/h2>\n<p>Malgr\u00e9 l&rsquo;\u00e9l\u00e9gance de la corr\u00e9lation de Seeman, l&rsquo;Hypoth\u00e8se Dopaminergique Classique (Version I) montra de profondes fissures d\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 1980. La confrontation quotidienne avec la clinique psychiatrique mit en lumi\u00e8re des paradoxes temporels, s\u00e9miologiques et pharmacologiques que le mod\u00e8le monolithique de l&rsquo;hyperdopaminergie \u00e9tait incapable de r\u00e9soudre.<\/p>\n<h3>8.1 Le paradoxe temporel de l&rsquo;efficacit\u00e9 antipsychotique<\/h3>\n<p>La premi\u00e8re fracture th\u00e9orique d\u00e9coule d&rsquo;un paradoxe chronobiologique flagrant, connu sous le nom de \u00ab latence th\u00e9rapeutique \u00bb. Lorsqu&rsquo;un patient schizophr\u00e8ne en proie \u00e0 un d\u00e9lire aigu se voit administrer un neuroleptique comme l&rsquo;halop\u00e9ridol, les \u00e9tudes biophysiques d\u00e9montrent que la mol\u00e9cule traverse instantan\u00e9ment la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique : le taux d&rsquo;occupation des r\u00e9cepteurs D2 striataux et m\u00e9solimbiques d\u00e9passe le seuil critique de 70 % en quelques dizaines de minutes ou au maximum quelques heures apr\u00e8s la prise.<\/p>\n<p>Si la psychose \u00e9tait la cons\u00e9quence directe d&rsquo;une suractivation continue des r\u00e9cepteurs D2 par un flux excessif de dopamine, le blocage physique imm\u00e9diat de ces sites devrait \u00e9teindre les d\u00e9lires et les hallucinations de fa\u00e7on synchrone, en l&rsquo;espace d&rsquo;une fraction de journ\u00e9e. Or, la r\u00e9alit\u00e9 clinique quotidienne est tout autre : s&rsquo;il est vrai qu&rsquo;une s\u00e9dation non sp\u00e9cifique de l&rsquo;agitation motrice peut \u00eatre rapide, l&rsquo;action v\u00e9ritablement antipsychotique \u2014 l&rsquo;extinction progressive du d\u00e9lire, la prise de recul critique vis-\u00e0-vis des voix hallucinatoires, la d\u00e9sali\u00e9nation id\u00e9atoire \u2014 exige un d\u00e9lai d&rsquo;impr\u00e9gnation th\u00e9rapeutique de plusieurs jours, voire de deux \u00e0 six semaines d&rsquo;administration continue.<\/p>\n<p>Cette discordance temporelle flagrante entre l&rsquo;instantan\u00e9it\u00e9 du ph\u00e9nom\u00e8ne biophysique membranaire et la lenteur de la r\u00e9ponse clinique a forc\u00e9 les neurobiologistes \u00e0 reconna\u00eetre que le simple blocage antagoniste D2 n&rsquo;\u00e9tait pas l&rsquo;explication finale. Il ne constituait qu&rsquo;un d\u00e9clencheur initial (un <em>primum movens<\/em>) contraignant le syst\u00e8me nerveux \u00e0 engager de lentes r\u00e9organisations neuroplastiques, synaptiques et transcriptionnelles \u00e0 long terme, telles que le blocage par d\u00e9polarisation chronique des neurones dopaminergiques de l&rsquo;aire tegmentale ventrale, conceptualis\u00e9 par Bunney et Grace au milieu des ann\u00e9es 1980.<\/p>\n<h3>8.2 L&rsquo;incompatibilit\u00e9 avec la s\u00e9miologie n\u00e9gative et cognitive<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9chec \u00e9pist\u00e9mologique le plus retentissant de l&rsquo;hypoth\u00e8se Version I r\u00e9side dans sa r\u00e9duction de la schizophr\u00e9nie aux seuls sympt\u00f4mes dits positifs. Or, depuis les descriptions initiales de Kraepelin, l&rsquo;essence chronique et d\u00e9sesp\u00e9rante de l&rsquo;affection r\u00e9side dans ses dimensions d\u00e9ficitaires et n\u00e9gatives :<\/p>\n<ul>\n<li>L&rsquo;<strong>apragmatisme<\/strong> et l&rsquo;<strong>aboulie<\/strong> : l&rsquo;incapacit\u00e9 motrice et psychique d&rsquo;initier et de mener \u00e0 bien des actions finalis\u00e9es ;<\/li>\n<li>L&rsquo;<strong>anh\u00e9donie<\/strong> : la perte de la capacit\u00e9 \u00e0 \u00e9prouver du plaisir physique ou relationnel ;<\/li>\n<li>L&rsquo;<strong>\u00e9moussement des affects<\/strong> : la rigidit\u00e9 \u00e9motionnelle et l&rsquo;appauvrissement expressif ;<\/li>\n<li>Le <strong>retrait social autistique<\/strong> et la d\u00e9sinsertion du tissu relationnel humain ;<\/li>\n<li>Les <strong>d\u00e9ficits cognitifs massifs<\/strong> : alt\u00e9ration dramatique de la m\u00e9moire de travail, de l&rsquo;attention et des fonctions ex\u00e9cutives.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Or, non seulement les neuroleptiques antagonistes D2 traditionnels s&rsquo;av\u00e9raient d&rsquo;une inefficacit\u00e9 quasi absolue pour corriger cette constellation d\u00e9ficitaire, mais ils avaient fr\u00e9quemment pour effet d&rsquo;aggraver ces sympt\u00f4mes. Par leur blocage aveugle des r\u00e9cepteurs dopaminergiques m\u00e9socorticaux et frontaux, ils induisaient un \u00e9tat d&rsquo;indiff\u00e9rence affective, de passivit\u00e9 psychique et de ralentissement id\u00e9atoire p\u00e9joratif, d\u00e9sign\u00e9 sous le terme de \u00ab syndrome d\u00e9ficitaire induit par les neuroleptiques \u00bb.<\/p>\n<p>Il devenait intellectuellement intenable de pr\u00e9tendre qu&rsquo;un \u00e9tat psychopathologique caract\u00e9ris\u00e9 par un manque cruel d&rsquo;initiative, de volont\u00e9 et de r\u00e9compense motivationnelle \u2014 fonctions r\u00e9gul\u00e9es pr\u00e9cis\u00e9ment par la dopamine c\u00e9r\u00e9brale \u2014 p\u00fbt \u00eatre l&rsquo;expression d&rsquo;un exc\u00e8s g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 de cette m\u00eame dopamine. L&rsquo;hypoth\u00e8se classique se r\u00e9v\u00e9lait unijambiste, n&rsquo;expliquant qu&rsquo;une moiti\u00e9 du spectre s\u00e9miologique de la schizophr\u00e9nie tout en accentuant l&rsquo;autre moiti\u00e9 par ses propres mol\u00e9cules th\u00e9rapeutiques.<\/p>\n<h3>8.3 Le ph\u00e9nom\u00e8ne de pharmacor\u00e9sistance clinique<\/h3>\n<p>Le troisi\u00e8me d\u00e9menti cinglant oppos\u00e9 \u00e0 la vision simpliste de Carlsson et Van Rossum est d&rsquo;ordre \u00e9pid\u00e9miologique et th\u00e9rapeutique : le probl\u00e8me insurmontable de la r\u00e9sistance pharmacologique. Dans tous les services de psychiatrie du monde, les cohortes \u00e9pid\u00e9miologiques r\u00e9v\u00e9laient qu&rsquo;environ un tiers (25 \u00e0 35 %) des patients schizophr\u00e8nes demeuraient profond\u00e9ment psychotiques, pers\u00e9cut\u00e9s et hallucin\u00e9s, en d\u00e9pit de l&rsquo;administration prolong\u00e9e des neuroleptiques les plus puissants aux doses maximales tol\u00e9rables.<\/p>\n<p>Si la physiopathologie de la maladie s&rsquo;\u00e9puisait dans l&rsquo;\u00e9quation \u00ab psychose = surstimulation des r\u00e9cepteurs D2 \u00bb, tout individu d\u00e9lirant chez qui les r\u00e9cepteurs D2 \u00e9taient satur\u00e9s \u00e0 plus de 80 % par un antagoniste de haute affinit\u00e9 aurait d\u00fb voir ses d\u00e9lires s&rsquo;\u00e9vanouir m\u00e9caniquement. L&rsquo;existence av\u00e9r\u00e9e de ces formes cliniques r\u00e9fractaires apportait la preuve irr\u00e9futable que la dopamine ne constituait pas le d\u00e9nominateur pathologique universel ni exclusif de la schizophr\u00e9nie.<\/p>\n<p>Elle sugg\u00e9rait qu&rsquo;il existait des sous-types nosologiques et \u00e9tiologiques fondamentalement distincts au sein du diagnostic clinique de schizophr\u00e9nie : des formes dopamino-d\u00e9pendantes, hautement sensibles au blocage des r\u00e9cepteurs D2, et des formes dopamino-ind\u00e9pendantes, dont l&rsquo;alt\u00e9ration primaire devait si\u00e9ger au sein d&rsquo;autres syst\u00e8mes de neurotransmission ou d\u00e9pendre de processus neurod\u00e9veloppementaux et d\u00e9g\u00e9n\u00e9ratifs \u00e9chappant au contr\u00f4le des cat\u00e9cholamines.<\/p>\n<h2>9. L&rsquo;Hypoth\u00e8se Dopaminergique R\u00e9vis\u00e9e (Version II) : La dualit\u00e9 m\u00e9socorticolimbique<\/h2>\n<p>Pour sauver le paradigme dopaminergique de ses contradictions internes sans en abandonner les acquis incontestables, un groupe de chercheurs am\u00e9ricains emmen\u00e9 par <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/1674160\/\">Kenneth Davis<\/a>, Ren\u00e9 Kahn, Michael Davidson et Larry Siever proposa en 1991 une r\u00e9vision conceptuelle radicale : l&rsquo;\u00ab Hypoth\u00e8se Dopaminergique R\u00e9vis\u00e9e \u00bb ou \u00ab Version II \u00bb.<\/p>\n<h3>9.1 La reformulation de Kenneth Davis et coll\u00e8gues (1991)<\/h3>\n<p>Dans un article th\u00e9orique de r\u00e9f\u00e9rence paru en novembre 1991 dans l&rsquo;<em>American Journal of Psychiatry<\/em> (\u00ab <em>Dopamine in schizophrenia: a review and reconceptualization<\/em> \u00bb), Davis et son \u00e9quipe bris\u00e8rent le postulat d&rsquo;une anomalie dopaminergique uniforme et g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. Ils formul\u00e8rent une hypoth\u00e8se anatomique et dialectique, postulant la coexistence chez le m\u00eame patient schizophr\u00e8ne de deux \u00e9tats neurochimiques diam\u00e9tralement oppos\u00e9s selon les territoires c\u00e9r\u00e9braux consid\u00e9r\u00e9s :<\/p>\n<ul>\n<li>Une <strong>hyperactivit\u00e9 dopaminergique sous-corticale<\/strong> pr\u00e9dominant au sein de la voie m\u00e9solimbique (noyau accumbens, structures amygdaliennes), responsable de l&rsquo;\u00e9closion des sympt\u00f4mes positifs psychotiques florides (d\u00e9lires, hallucinations) ;<\/li>\n<li>Une <strong>hypoactivit\u00e9 dopaminergique corticale<\/strong> pr\u00e9dominant au sein de la voie m\u00e9socorticale innervant le cortex pr\u00e9frontal, responsable de la gen\u00e8se des sympt\u00f4mes n\u00e9gatifs primaires et des d\u00e9ficits neurocognitifs d&rsquo;ordonnancement ex\u00e9cutif.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette conceptualisation novatrice r\u00e9conciliait d&rsquo;un seul coup les deux versants s\u00e9miologiques de la maladie. La schizophr\u00e9nie n&rsquo;\u00e9tait plus un \u00e9tat d&rsquo;exc\u00e8s absolu, mais une rupture d&rsquo;\u00e9quilibre hom\u00e9ostatique entre le cortex c\u00e9r\u00e9bral et les noyaux sous-jacents.<\/p>\n<h3>9.2 L&rsquo;hypofrontalit\u00e9 dopaminergique et les d\u00e9ficits d\u00e9ficitaires<\/h3>\n<p>Le g\u00e9nie du mod\u00e8le de Davis et de ses collaborateurs r\u00e9sidait dans l&rsquo;articulation causale de cette dualit\u00e9. L&rsquo;hypoactivit\u00e9 dopaminergique pr\u00e9frontale (associ\u00e9e \u00e0 une transmission d\u00e9ficiente m\u00e9di\u00e9e notamment par les r\u00e9cepteurs <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Dopamine_receptor_D1\">D1<\/a> hautement exprim\u00e9s sur les \u00e9pines dendritiques des neurones pyramidaux corticaux) n&rsquo;\u00e9tait pas simplement juxtapos\u00e9e \u00e0 l&rsquo;hyperactivit\u00e9 limbique : elle en \u00e9tait la cause physiologique sous-jacente.<\/p>\n<p>Dans un cerveau sain, le cortex pr\u00e9frontal exerce un contr\u00f4le descendant inhibiteur majeur (un \u00ab freinage \u00bb top-down) sur les structures sous-corticales et le tronc c\u00e9r\u00e9bral, via des projections glutamatergiques directes et indirectes r\u00e9gulant l&rsquo;aire tegmentale ventrale. Lorsque le cortex pr\u00e9frontal souffre d&rsquo;un d\u00e9ficit fonctionnel \u2014 \u00e9tat largement document\u00e9 en imagerie fonctionnelle sous le terme d&rsquo;\u00ab hypofrontalit\u00e9 \u00bb par David Ingvar d\u00e8s 1974 et Daniel Weinberger dans les ann\u00e9es 1980 \u2014, ce contr\u00f4le inhibiteur descendant s&rsquo;effondre.<\/p>\n<p>D\u00e9sinhib\u00e9e et lib\u00e9r\u00e9e de son frein cortical r\u00e9gulateur, l&rsquo;aire tegmentale ventrale d\u00e9charge alors de mani\u00e8re anarchique vers les r\u00e9gions sous-corticales limbiques, inondant le noyau accumbens d&rsquo;un exc\u00e8s pathologique de dopamine responsable du d\u00e9clenchement du d\u00e9lire. Cette \u00e9l\u00e9gante th\u00e9orie cybern\u00e9tique permettait de comprendre pourquoi les patients pr\u00e9sentaient des d\u00e9ficits ex\u00e9cutifs chroniques (cons\u00e9quence de l&rsquo;hypodopaminergie pr\u00e9frontale permanente) entrecoup\u00e9s d&rsquo;acc\u00e8s d\u00e9lirants paroxystiques aigus (cons\u00e9quence de la d\u00e9sinhibition limbique secondaire).<\/p>\n<h3>9.3 Cons\u00e9quences pharmacologiques et av\u00e8nement des antipsychotiques de seconde g\u00e9n\u00e9ration<\/h3>\n<p>Cette r\u00e9vision conceptuelle co\u00efncida chronologiquement avec une r\u00e9volution th\u00e9rapeutique majeure : la red\u00e9couverte de la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Clozapine\">clozapine<\/a> et l&rsquo;\u00e9mergence des \u00ab antipsychotiques atypiques \u00bb ou de seconde g\u00e9n\u00e9ration (risp\u00e9ridone, olanzapine, qu\u00e9tiapine). Synth\u00e9tis\u00e9e par les laboratoires Wander \u00e0 Berne d\u00e8s 1958, la clozapine avait \u00e9t\u00e9 initialement d\u00e9laiss\u00e9e en raison de son profil pharmacologique atypique : elle r\u00e9duisait puissamment la psychose sans induire le moindre sympt\u00f4me extrapyramidal, remettant en cause le postulat classique selon lequel l&rsquo;efficacit\u00e9 antipsychotique \u00e9tait intrins\u00e8quement li\u00e9e au blocage nigrostri\u00e9.<\/p>\n<p>Sous l&rsquo;impulsion des travaux d&rsquo;Herbert Meltzer \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980, le m\u00e9canisme intime de cette nouvelle classe th\u00e9rapeutique fut \u00e9lucid\u00e9. Ces mol\u00e9cules partageaient une caract\u00e9ristique pharmacodynamique universelle : une affinit\u00e9 mod\u00e9r\u00e9e ou faible pour le r\u00e9cepteur D2, coupl\u00e9e \u00e0 une affinit\u00e9 antagoniste extr\u00eamement puissante pour les r\u00e9cepteurs s\u00e9rotoninergiques <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/5-HT2A_receptor\">5-HT2A<\/a> (ratio de dissociation 5-HT2A \/ D2 \u00e9lev\u00e9).<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue neurobiologique, le blocage concomitant des h\u00e9t\u00e9ror\u00e9cepteurs 5-HT2A sur les terminaisons nerveuses dopaminergiques l\u00e8ve le frein physiologique que la s\u00e9rotonine exerce sur la lib\u00e9ration de dopamine dans le cortex pr\u00e9frontal et le striatum dorsal. En cons\u00e9quence, ces mol\u00e9cules augmentent la lib\u00e9ration de dopamine dans le cortex pr\u00e9frontal (corrigeant partiellement l&rsquo;hypodopaminergie m\u00e9socorticale et all\u00e9geant les sympt\u00f4mes n\u00e9gatifs) et dans la voie nigrostri\u00e9e (\u00e9radiquant les effets ind\u00e9sirables moteurs extrapyramidaux), tout en maintenant un blocage suffisant des r\u00e9cepteurs D2 dans le syst\u00e8me m\u00e9solimbique pour tarir les sympt\u00f4mes positifs. La Version II de l&rsquo;hypoth\u00e8se dopaminergique avait trouv\u00e9 son incarnation mol\u00e9culaire concr\u00e8te.<\/p>\n<h2>10. L&rsquo;Hypoth\u00e8se Version III et la th\u00e9orie de la \u00ab saillance aberrante \u00bb (Howes &#038; Kapur)<\/h2>\n<p>Au d\u00e9but du vingt-et-uni\u00e8me si\u00e8cle, l&rsquo;av\u00e8nement des neurosciences computationnelles et de l&rsquo;imagerie mol\u00e9culaire quantitative imposa une troisi\u00e8me mue au paradigme. Port\u00e9e par les psychiatres et neuroscientifiques <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/19188534\/\">Oliver Howes<\/a> et <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/12840107\/\">Shitij Kapur<\/a>, l&rsquo;\u00ab Hypoth\u00e8se Dopaminergique Version III \u00bb proposa en 2009 une r\u00e9\u00e9valuation fondamentale du r\u00f4le de la dopamine, la reliant directement \u00e0 la ph\u00e9nom\u00e9nologie intime du d\u00e9lire \u00e0 travers le concept novateur de \u00ab saillance aberrante \u00bb.<\/p>\n<h3>10.1 La dopamine comme m\u00e9diateur neurobiologique de la saillance<\/h3>\n<p>Pour comprendre la mutation op\u00e9r\u00e9e par la Version III, il convient de rappeler le r\u00f4le physiologique que joue la dopamine dans le cerveau sain, magistralement d\u00e9montr\u00e9 par Wolfram Schultz dans les ann\u00e9es 1990. Schultz d\u00e9montra par enregistrement unitaire que les neurones dopaminergiques du m\u00e9senc\u00e9phale ne codent pas le plaisir en tant que sensation brute, mais signalent une \u00ab erreur de pr\u00e9diction de r\u00e9compense \u00bb (<em>reward prediction error<\/em>). Ils d\u00e9chargent de mani\u00e8re phasique lorsqu&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement environnemental inattendu survient ou lorsqu&rsquo;un stimulus d\u00e9passe les attentes de l&rsquo;organisme.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9charge dopaminergique phasique agit comme une \u00e9tiquette attentionnelle neurochimique. Elle convertit un stimulus physique neutre (un bruit de pas, un reflet lumineux, une silhouette dans la p\u00e9nombre, une intonation verbale anodine) en une entit\u00e9 pourvue d&rsquo;un int\u00e9r\u00eat motivationnel subjectif vital, un processus d\u00e9sign\u00e9 sous le terme de <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Salience_(neuroscience)\">saillance incitatrice<\/a> (<em>incentive salience<\/em>). La dopamine signale au cortex : \u00ab Pr\u00eate attention \u00e0 ceci, car cet \u00e9l\u00e9ment poss\u00e8de une importance d\u00e9cisive pour ta survie, ta r\u00e9compense ou ta s\u00e9curit\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p>Dans un fonctionnement mental normal, cette lib\u00e9ration de dopamine est strictement canalis\u00e9e, contextualis\u00e9e et synchronis\u00e9e avec les exigences adaptatives de l&rsquo;environnement r\u00e9el.<\/p>\n<h3>10.2 La d\u00e9r\u00e9gulation pr\u00e9synaptique comme cause premi\u00e8re<\/h3>\n<p>Dans leur synth\u00e8se parue en 2009 dans le <em>Schizophrenia Bulletin<\/em>, Oliver Howes et Shitij Kapur formul\u00e8rent le c\u0153ur de l&rsquo;hypoth\u00e8se Version III en s&rsquo;appuyant sur des donn\u00e9es probantes d&rsquo;imagerie TEP : l&rsquo;anomalie neurobiologique cardinale de la schizophr\u00e9nie n&rsquo;est pas une alt\u00e9ration du r\u00e9cepteur post-synaptique D2 (dont la densit\u00e9 est largement normale chez les patients na\u00effs), mais une d\u00e9r\u00e9gulation intrins\u00e8que massive si\u00e9geant au niveau <strong>pr\u00e9synaptique<\/strong>.<\/p>\n<p>Chez les individus vuln\u00e9rables ou engag\u00e9s dans la psychose, le syst\u00e8me dopaminergique sous-cortical s&rsquo;autonomise et s&#8217;emballe de mani\u00e8re anarchique. Les neurones dopaminergiques d\u00e9chargent des bouff\u00e9es phasiques de neurom\u00e9diateur de fa\u00e7on stochastique, al\u00e9atoire, sans aucun lien avec la pr\u00e9sence d&rsquo;un stimulus environnemental pertinent. En cons\u00e9quence de cette inondation synaptique inappropri\u00e9e, le cerveau du patient attribue de la saillance \u00e0 des d\u00e9tails environnementaux parfaitement neutres et d\u00e9nu\u00e9s de signification : un regard \u00e9chang\u00e9 dans le m\u00e9tro, une plaque d&rsquo;immatriculation rouge, un mot anodin entendu \u00e0 la radio.<\/p>\n<p>Le patient se retrouve submerg\u00e9 par un sentiment \u00e9trange, terrifiant et pr\u00e9gnant (l&rsquo;ambiance d\u00e9lirante primaire ou <em>Wahnstimmung<\/em> d\u00e9crite jadis par Klaus Conrad) : tout autour de lui semble lourd de sous-entendus, cod\u00e9, intentionnel, le concernant personnellement. Confront\u00e9 \u00e0 cette myriade de perceptions dot\u00e9es d&rsquo;une importance biologique aberrante mais inexplicables par la logique ordinaire, l&rsquo;appareil cognitif du sujet d\u00e9ploie un effort d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 pour r\u00e9tablir une coh\u00e9rence narrative. Le <strong>d\u00e9lire<\/strong> (pers\u00e9cution, complot de la CIA, mission divine, filature extraterrestre) n&rsquo;est alors rien d&rsquo;autre que l&rsquo;explication cognitive secondaire \u00e9labor\u00e9e par le patient pour donner du sens \u00e0 cette temp\u00eate de saillances aberrantes impos\u00e9e par son syst\u00e8me sous-cortical d\u00e9r\u00e9gl\u00e9.<\/p>\n<p>Dans ce cadre ph\u00e9nom\u00e9nologique et computationnel, le mode d&rsquo;action des antipsychotiques est r\u00e9\u00e9valu\u00e9 avec une remarquable clart\u00e9 : ils ne \u00ab gu\u00e9rissent \u00bb pas le contenu du d\u00e9lire en tant que construction psychologique ou id\u00e9atoire. En bloquant les r\u00e9cepteurs D2, ils agissent comme un silencieux neurochimique, un amortisseur pharmacologique qui att\u00e9nue la saillance anormale des stimuli. Priv\u00e9 de ce carburant neurobiologique qui le rendait imp\u00e9rieux et indiscutable, le d\u00e9lire perd progressivement de sa vivacit\u00e9 affective. Le patient commence \u00e0 d\u00e9clarer : \u00ab Je sais que les micros sont toujours l\u00e0, mais je n&rsquo;y pr\u00eate plus attention ; cela n&rsquo;a plus d&rsquo;importance pour moi \u00bb.<\/p>\n<h3>10.3 Int\u00e9gration du neurod\u00e9veloppement, du stress et de l&rsquo;environnement<\/h3>\n<p>Le second apport capital de la Version III d&rsquo;Howes et Kapur est d&rsquo;avoir transform\u00e9 l&rsquo;hypoth\u00e8se dopaminergique en une \u00ab voie finale commune \u00bb transversale, r\u00e9conciliant la biologie mol\u00e9culaire avec les donn\u00e9es de l&rsquo;\u00e9pid\u00e9miologie sociale et du neurod\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>L&rsquo;hyperactivit\u00e9 dopaminergique pr\u00e9synaptique n&rsquo;appara\u00eet pas <em>ex nihilo<\/em>. Elle est le point de convergence ultime d&rsquo;une cascade de vuln\u00e9rabilit\u00e9s multiples tout au long de l&rsquo;ontogen\u00e8se :<\/p>\n<ul>\n<li>Une <strong>architecture g\u00e9n\u00e9tique hautement polyg\u00e9nique<\/strong>, associant des milliers de polymorphismes nucl\u00e9otidiques de faible effet et des variations rares du nombre de copies (CNV) alt\u00e9rant le d\u00e9veloppement synaptique ;<\/li>\n<li>Des <strong>agressions neurod\u00e9veloppementales pr\u00e9coces<\/strong>, telles que les complications obst\u00e9tricales hypoxiques, les infections virales maternelles durant la gestation ou la pr\u00e9maturit\u00e9 ;<\/li>\n<li>L&rsquo;impact des <strong>stresseurs psychosociaux majeurs<\/strong> subis durant l&rsquo;enfance et l&rsquo;adolescence : traumatismes physiques et sexuels, violences intrafamiliales, pauvret\u00e9 urbaine, marginalisation socio-\u00e9conomique et statut de migrant de premi\u00e8re ou seconde g\u00e9n\u00e9ration ;<\/li>\n<li>L&rsquo;exposition \u00e0 des substances neurotoxiques comme la consommation pr\u00e9coce et intensive de <strong>cannabis \u00e0 haute teneur en t\u00e9trahydrocannabinol (THC)<\/strong>, connu pour fragiliser le syst\u00e8me endocannabino\u00efde r\u00e9gulateur de la dopamine.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Toutes ces agressions, en activant de fa\u00e7on chronique l&rsquo;axe corticotrope hypothalamo-hypophyso-surr\u00e9nalien et en inondant le cerveau de cortisol, induisent une sensibilisation durable (<em>stress sensitization<\/em>) des neurones dopaminergiques m\u00e9solimbiques. Lorsque l&rsquo;adolescent ou le jeune adulte est confront\u00e9 aux exigences de la vie sociale, ce syst\u00e8me sensibilis\u00e9 bascule dans le r\u00e9gime d&rsquo;hypers\u00e9cr\u00e9tion pr\u00e9synaptique incontr\u00f4l\u00e9e, allumant l&rsquo;\u00e9tincelle de la saillance aberrante et inaugurant le premier \u00e9pisode psychotique.<\/p>\n<h2>11. L&rsquo;apport r\u00e9volutionnaire de l&rsquo;imagerie mol\u00e9culaire in vivo (TEP et SPECT)<\/h2>\n<p>La transition de la Version I \u00e0 la Version III a \u00e9t\u00e9 rendue possible par l&rsquo;essor de la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Positron_emission_tomography\">tomographie par \u00e9mission de positons<\/a> (TEP) et de la tomographie d&rsquo;\u00e9mission monophotonique (SPECT), permettant d&rsquo;interroger la biochimie c\u00e9r\u00e9brale chez des patients vivants, \u00e9veill\u00e9s et vierges de tout traitement m\u00e9dicamenteux.<\/p>\n<h3>11.1 Quantification de la synth\u00e8se pr\u00e9synaptique par la [18F]-DOPA<\/h3>\n<p>Le verrouillage m\u00e9thodologique impos\u00e9 par les artefacts des \u00e9tudes post-mortem a saut\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;utilisation de radiotraceurs pr\u00e9synaptiques, au premier rang desquels figure la fluorodopa marqu\u00e9e au fluor 18 ([18F]-DOPA). Inject\u00e9e par voie intraveineuse, la [18F]-DOPA est capt\u00e9e par les terminaisons dopaminergiques via les transporteurs des acides amin\u00e9s neutres, puis d\u00e9carboxyl\u00e9e en [18F]-fluorodopamine par l&rsquo;enzyme intracellulaire DOPA d\u00e9carboxylase (ou d\u00e9carboxylase des L-acides amin\u00e9s aromatiques, AADC), fournissant une mesure dynamique directe de la capacit\u00e9 de synth\u00e8se et de stockage de la dopamine dans le tissu c\u00e9r\u00e9bral.<\/p>\n<p>Une succession impressionnante de m\u00e9ta-analyses conduites par Shitij Kapur, Oliver Howes et l&rsquo;\u00e9quipe de l&rsquo;Institut de Psychiatrie du King&rsquo;s College de Londres a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une anomalie robuste et r\u00e9currente, affichant une taille d&rsquo;effet statistique majeure (d de Cohen sup\u00e9rieur \u00e0 0,8) : les patients schizophr\u00e8nes vivants pr\u00e9sentent une \u00e9l\u00e9vation substantielle de la captation de [18F]-DOPA dans le striatum comparativement aux sujets sains appari\u00e9s.<\/p>\n<p>Fait encore plus remarquable, l&rsquo;imagerie anatomique fonctionnelle contemporaine a d\u00e9montr\u00e9 que cette hyperactivit\u00e9 de synth\u00e8se ne pr\u00e9domine pas dans le striatum ventral (limbique) comme le pr\u00e9disait l&rsquo;anatomie classique de Davis, mais au sein du <strong>striatum associatif<\/strong> (particuli\u00e8rement la t\u00eate rostrale du noyau caud\u00e9), une r\u00e9gion sous-corticale connect\u00e9e de mani\u00e8re \u00e9troite avec le cortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral et impliqu\u00e9e dans l&rsquo;int\u00e9gration cognitive et l&rsquo;attention s\u00e9lective. Cette hypersynth\u00e8se striatale associative est d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 d\u00e9tectable chez les sujets au stade prodromique ou \u00ab ultra-haut risque \u00bb (UHR) de psychose, et sa s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 corr\u00e8le pr\u00e9cis\u00e9ment avec le risque de transition vers un premier \u00e9pisode psychotique franc.<\/p>\n<h3>11.2 \u00c9tudes de d\u00e9placement au radioligand et lib\u00e9ration synaptique<\/h3>\n<p>Pour mesurer non plus la capacit\u00e9 de synth\u00e8se, mais la quantit\u00e9 physique de dopamine lib\u00e9r\u00e9e dans la fente synaptique, les neuroscientifiques ont d\u00e9velopp\u00e9 le paradigme d&rsquo;imagerie par comp\u00e9tition ou \u00ab d\u00e9placement de ligand \u00bb, utilisant des radiotraceurs antagonistes D2\/D3 r\u00e9versibles et de sensibilit\u00e9 interm\u00e9diaire comme le [11C]-raclopride (en TEP) ou le [123I]-iodobenzamide \/ IBZM (en SPECT).<\/p>\n<p>Le principe biophysique repose sur une comp\u00e9tition st\u00e9rique directe \u00e0 la surface des r\u00e9cepteurs D2 striataux : si la concentration de dopamine endog\u00e8ne dans la fente synaptique augmente, celle-ci d\u00e9place le radiotraceur de son site de liaison, entra\u00eenant une diminution mesurable du potentiel de liaison (BP) du radioligand au cours de l&rsquo;acquisition d&rsquo;images. Deux protocoles m\u00e9thodologiques majeurs ont permis d&rsquo;obtenir des r\u00e9sultats d\u00e9cisifs :<\/p>\n<p>D&rsquo;une part, les <strong>\u00e9tudes de d\u00e9pl\u00e9tion aigu\u00eb<\/strong> au moyen d&rsquo;alpha-m\u00e9thyl-para-tyrosine (AMPT), un inhibiteur enzymatique de la tyrosine hydroxylase bloquant temporairement la synth\u00e8se de novo de cat\u00e9cholamines, ont permis de vider la fente synaptique de sa dopamine. En mesurant l&rsquo;augmentation cons\u00e9cutive de la fixation du [11C]-raclopride apr\u00e8s administration d&rsquo;AMPT, l&rsquo;\u00e9quipe d&rsquo;Anissa Abi-Dargham \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Columbia a d\u00e9montr\u00e9 que les patients schizophr\u00e8nes ont des taux de dopamine synaptique basale substantiellement plus \u00e9lev\u00e9s que les t\u00e9moins sains, et que cette occupation basale \u00e9lev\u00e9e est positivement corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 l&rsquo;intensit\u00e9 des sympt\u00f4mes positifs aigus.<\/p>\n<p>D&rsquo;autre part, les <strong>\u00e9tudes de provocation pharmacologique<\/strong> \u00e0 l&rsquo;amph\u00e9tamine ont apport\u00e9 le coup de gr\u00e2ce exp\u00e9rimental : apr\u00e8s administration d&rsquo;une faible dose d&rsquo;amph\u00e9tamine intraveineuse (0,3 mg\/kg), les patients schizophr\u00e8nes pr\u00e9sentent une chute de fixation du [11C]-raclopride deux \u00e0 trois fois plus prononc\u00e9e que les volontaires sains. Leurs neurones pr\u00e9synaptiques sont v\u00e9ritablement \u00ab hyperr\u00e9actifs \u00bb, d\u00e9versant un d\u00e9luge de dopamine d\u00e8s qu&rsquo;ils sont sollicit\u00e9s par une stimulation biochimique ou un stress psychologique aigu.<\/p>\n<h3>11.3 Optimisation du seuil d&rsquo;occupation des r\u00e9cepteurs D2<\/h3>\n<p>L&rsquo;imagerie mol\u00e9culaire TEP n&rsquo;a pas seulement servi \u00e0 percer les myst\u00e8res \u00e9tiopathog\u00e9niques de la schizophr\u00e9nie ; elle a transform\u00e9 la pratique de la psychopharmacologie clinique en quantifiant directement le taux d&rsquo;occupation des r\u00e9cepteurs D2 induit par les diff\u00e9rentes mol\u00e9cules th\u00e9rapeutiques dans le cerveau vivant.<\/p>\n<p>Les travaux m\u00e9thodologiques pionniers de l&rsquo;\u00e9quipe du Karolinska Institutet \u00e0 Stockholm (men\u00e9e par G\u00f6ran Sedvall et Lars Farde) et de Shitij Kapur \u00e0 Toronto ont permis d&rsquo;\u00e9tablir une r\u00e8gle d&rsquo;or universelle, connue sous le nom de \u00ab fen\u00eatre th\u00e9rapeutique d&rsquo;occupation D2 \u00bb :<\/p>\n<ul>\n<li>Pour obtenir une r\u00e9ponse clinique antipsychotique statistiquement significative (diminution d&rsquo;au moins 50 % du score d&rsquo;\u00e9valuation des sympt\u00f4mes sur l&rsquo;\u00e9chelle PANSS ou BPRS), il est rigoureusement n\u00e9cessaire qu&rsquo;un seuil minimal de <strong>65 % d&rsquo;occupation des r\u00e9cepteurs D2 striataux<\/strong> soit atteint ;<\/li>\n<li>D\u00e8s que le niveau d&rsquo;occupation franchit le seuil critique de <strong>78 % \u00e0 80 %<\/strong>, l&rsquo;incidence des effets ind\u00e9sirables extrapyramidaux moteurs (rigidit\u00e9, tremblements, akathisie) bondit de fa\u00e7on quasi in\u00e9luctable ;<\/li>\n<li>De plus, pour les mol\u00e9cules n&rsquo;\u00e9pargnant pas la voie tub\u00e9ro-infundibulaire, un franchissement du seuil d&rsquo;environ <strong>72 % d&rsquo;occupation hypophysaire<\/strong> d\u00e9clenche syst\u00e9matiquement une hyperprolactin\u00e9mie biologique symptomatique.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette d\u00e9couverte clinique d&rsquo;une port\u00e9e inestimable a prouv\u00e9 que la fen\u00eatre d&rsquo;efficacit\u00e9 optimale des antipsychotiques est remarquablement \u00e9troite, comprise strictement entre 65 % et 80 % d&rsquo;occupation r\u00e9ceptorielle. Elle a permis de comprendre que les posologies massives de neuroleptiques prescrites au cours des d\u00e9cennies pr\u00e9c\u00e9dentes (souvent \u00e9quivalentes \u00e0 20 ou 40 mg d&rsquo;halop\u00e9ridol par jour, saturant les r\u00e9cepteurs \u00e0 plus de 90 %) n&rsquo;apportaient aucun b\u00e9n\u00e9fice clinique suppl\u00e9mentaire sur le plan de la r\u00e9solution du d\u00e9lire, tout en plongeant les patients dans un \u00e9tat de calvaire moteur et d&rsquo;abrutissement cognitif irr\u00e9versible. L&rsquo;imagerie TEP a ainsi permis une rationalisation drastique des posologies vers des doses minimales efficaces.<\/p>\n<h2>12. Vers un mod\u00e8le neurobiologique int\u00e9gr\u00e9 et perspectives d&rsquo;avenir<\/h2>\n<p>Soixante ans apr\u00e8s les d\u00e9couvertes fondatrices d&rsquo;Arvid Carlsson et de Jacques Van Rossum, l&rsquo;hypoth\u00e8se dopaminergique ne r\u00e8gne plus en solitaire. Elle s&rsquo;est mu\u00e9e en un maillon indispensable au sein d&rsquo;une architecture neurobiologique int\u00e9gr\u00e9e, pluridisciplinaire et dynamique, reliant la g\u00e9n\u00e9tique mol\u00e9culaire, les circuits corticaux et de nouvelles classes de cibles th\u00e9rapeutiques.<\/p>\n<h3>12.1 L&rsquo;interface dopamine-glutamate-GABA<\/h3>\n<p>La recherche fondamentale contemporaine converge vers une v\u00e9rit\u00e9 incontournable : la d\u00e9r\u00e9gulation dopaminergique observ\u00e9e dans le striatum des patients schizophr\u00e8nes n&rsquo;est pas le point d&rsquo;origine absolu du mal, mais la r\u00e9sultante terminale, la cons\u00e9quence fonctionnelle en aval d&rsquo;une pathologie touchant les r\u00e9seaux corticaux ant\u00e9rieurs et la transmission <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Glutamate_(neurotransmitter)\">glutamatergique<\/a>.<\/p>\n<p>D\u00e8s les ann\u00e9es 1980 et 1990, des cliniciens comme Daniel Javitt et Joseph Coyle ont remarqu\u00e9 que des anesth\u00e9siques dissociatifs comme la phencyclidine (PCP) ou la k\u00e9tamine, qui agissent comme des antagonistes non comp\u00e9titifs du r\u00e9cepteur glutamatergique <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/NMDA_receptor\">NMDA<\/a>, induisaient chez des sujets sains non seulement des sympt\u00f4mes positifs (d\u00e9lires, d\u00e9sorganisation), mais \u00e9galement l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 du tableau d\u00e9ficitaire n\u00e9gatif et des anomalies cognitives de la schizophr\u00e9nie, ce que les agonistes dopaminergiques n&rsquo;avaient jamais \u00e9t\u00e9 capables de reproduire fid\u00e8lement.<\/p>\n<p>Le mod\u00e8le physiopathologique moderne le plus robuste int\u00e8gre cette d\u00e9couverte au sein de la \u00ab microcircuiterie corticale \u00bb :<\/p>\n<ul>\n<li>L&rsquo;anomalie primaire r\u00e9side dans une <strong>hypofonction des r\u00e9cepteurs NMDA situ\u00e9s sp\u00e9cifiquement sur les interneurones GABAergiques inhibiteurs \u00e0 parvalbumine<\/strong> (cellules \u00e0 panier et cellules en cand\u00e9labre) du cortex pr\u00e9frontal et de l&rsquo;hippocampe ;<\/li>\n<li>Incapables de recevoir le signal excitateur glutamatergique n\u00e9cessaire \u00e0 leur activation, ces interneurones inhibiteurs cessent de remplir leur r\u00f4le de frein local : il en r\u00e9sulte une <strong>d\u00e9sinhibition fonctionnelle des neurones pyramidaux glutamatergiques<\/strong> corticaux ;<\/li>\n<li>Ce faisceau glutamatergique pyramidal hyperactif projette de fa\u00e7on aberrante vers le tronc c\u00e9r\u00e9bral m\u00e9senc\u00e9phalique. Selon les relais synaptiques interm\u00e9diaires (directs ou via des interneurones GABAergiques du tegmentum), cette temp\u00eate excitatrice descendante stimule de fa\u00e7on pathologique les corps cellulaires dopaminergiques de l&rsquo;aire tegmentale ventrale, d\u00e9clenchant l&rsquo;inondation dopaminergique sous-corticale striatale observ\u00e9e en TEP ;<\/li>\n<li>R\u00e9ciproquement, ce m\u00eame dysfonctionnement NMDA\/GABA au sein du cortex pr\u00e9frontal prive les neurones locaux d&rsquo;un tonus dopaminergique optimal m\u00e9di\u00e9 par les r\u00e9cepteurs D1, consolidant l&rsquo;hypofrontalit\u00e9 cognitive.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Dans cette architecture triangulaire glutamate-GABA-dopamine, la dopamine striatale joue le r\u00f4le d&rsquo;un m\u00e9gaphone amplificateur : elle n&rsquo;est pas l&rsquo;auteur du texte psychotique d\u00e9sorganis\u00e9 \u00e9labor\u00e9 par le cortex d\u00e9faillant, mais l&rsquo;enceinte acoustique surpuissante qui le diffuse \u00e0 l&rsquo;ensemble du syst\u00e8me nerveux.<\/p>\n<h3>12.2 L&rsquo;h\u00e9ritage institutionnel d&rsquo;Arvid Carlsson et de Jacques Van Rossum<\/h3>\n<p>L&rsquo;apport historique d&rsquo;Arvid Carlsson a \u00e9t\u00e9 solennellement consacr\u00e9 par la communaut\u00e9 scientifique internationale par l&rsquo;attribution du <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nobelprize.org\/prizes\/medicine\/2000\/summary\/\">Prix Nobel de physiologie ou m\u00e9decine en 2000<\/a>, partag\u00e9 avec Paul Greengard et Eric Kandel, \u00ab pour leurs d\u00e9couvertes concernant la transduction du signal dans le syst\u00e8me nerveux \u00bb. Cette distinction consacrait pour la premi\u00e8re fois la pharmacologie synaptique des monoamines comme l&rsquo;une des r\u00e9volutions intellectuelles et m\u00e9dicales majeures du vingti\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Le r\u00f4le de Jacques Van Rossum, bien que moins m\u00e9diatis\u00e9 par les grands prix internationaux, fait l&rsquo;objet d&rsquo;une r\u00e9habilitation acad\u00e9mique grandissante. Sa rigueur conceptuelle, son refus d&rsquo;une pharmacologie descriptive au profit de mod\u00e9lisations math\u00e9matiques pr\u00e9dictives et son intuition historique de 1966 identifiant la surstimulation des r\u00e9cepteurs dopaminergiques comme l&rsquo;axe fondamental de la schizophr\u00e9nie demeurent l&rsquo;un des actes de naissance les plus lucides de la psychiatrie mol\u00e9culaire.<\/p>\n<p>Ensemble, ces deux pionniers ont arrach\u00e9 la psychiatrie \u00e0 l&rsquo;\u00e8re pr\u00e9-scientifique des asiles et des dogmes sp\u00e9culatifs. Ils ont d\u00e9montr\u00e9 que les replis les plus intimes de la conscience humaine, y compris dans ses d\u00e9rives les plus tragiques et d\u00e9structur\u00e9es, ob\u00e9issent aux lois universelles de la physico-chimie et de la biologie mol\u00e9culaire.<\/p>\n<h3>12.3 Nouvelles cibles th\u00e9rapeutiques au-del\u00e0 du simple antagonisme D2<\/h3>\n<p>Soixante-dix ans apr\u00e8s la synth\u00e8se de la chlorpromazine, la psychiatrie biologique est enfin en train de s&rsquo;\u00e9manciper du dogme exclusif du blocage antagoniste pur des r\u00e9cepteurs D2, ouvrant la voie \u00e0 des approches pharmacologiques in\u00e9dites :<\/p>\n<p>La premi\u00e8re transition a \u00e9t\u00e9 amorc\u00e9e par le d\u00e9veloppement des <strong>agonistes partiels des r\u00e9cepteurs D2\/D3<\/strong>, tels que l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Aripiprazole\">aripiprazole<\/a>, le brexpiprazole et la cariprazine. Ces mol\u00e9cules agissent comme des \u00ab thermostats mol\u00e9culaires \u00bb ou des modulateurs intrins\u00e8ques : dot\u00e9es d&rsquo;une activit\u00e9 intrins\u00e8que interm\u00e9diaire (de l&rsquo;ordre de 25 \u00e0 60 %), elles exercent un effet antagoniste fonctionnel dans les territoires striataux o\u00f9 la concentration de dopamine endog\u00e8ne est explosive (freinant l&rsquo;hyperdopaminergie m\u00e9solimbique), tout en induisant un effet agoniste fonctionnel dans les territoires pr\u00e9frontaux carenc\u00e9s en dopamine (corrigeant l&rsquo;hypodopaminergie m\u00e9socorticale). Ce profil pharmacodynamique pr\u00e9serve de surcro\u00eet la motricit\u00e9 extrapyramidale et la prolactin\u00e9mie normale.<\/p>\n<p>La seconde r\u00e9volution, d&rsquo;une envergure clinique majeure, concerne l&rsquo;activation des r\u00e9cepteurs coupl\u00e9s aux prot\u00e9ines G intracellulaires, au premier rang desquels le r\u00e9cepteur <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Trace_amine-associated_receptor_1\">TAAR1<\/a> (<em>Trace Amine-Associated Receptor 1<\/em>). L&rsquo;ulotaront (SEP-363856), un agoniste puissant des r\u00e9cepteurs TAAR1 et s\u00e9rotoninergiques 5-HT1A, a d\u00e9montr\u00e9 des propri\u00e9t\u00e9s antipsychotiques robustes chez l&rsquo;humain sans se lier physiquement aux r\u00e9cepteurs dopaminergiques D2 ni D3. En activant les r\u00e9cepteurs TAAR1, ce type de mol\u00e9cule module par voie allost\u00e9rique la fr\u00e9quence de d\u00e9charge des neurones dopaminergiques m\u00e9senc\u00e9phaliques, stabilisant la lib\u00e9ration pr\u00e9synaptique de cat\u00e9cholamine en amont de la synapse sans bloquer directement la machinerie post-synaptique.<\/p>\n<p>Enfin, l&rsquo;exploration du syst\u00e8me cholinergique a abouti \u00e0 une avanc\u00e9e historique avec la mise au point de combinaisons agonistes muscariniques ciblant les r\u00e9cepteurs M1 et M4, \u00e0 l&rsquo;instar de l&rsquo;association de <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Xanomeline\">xanom\u00e9line<\/a> et de trospium. Les r\u00e9cepteurs muscariniques M4 pr\u00e9synaptiques, situ\u00e9s sur les terminaisons nerveuses du striatum, exercent un r\u00e9trocontr\u00f4le n\u00e9gatif puissant sur la lib\u00e9ration de dopamine : leur stimulation pharmacologique s\u00e9lective permet d&rsquo;\u00e9teindre le trop-plein dopaminergique m\u00e9solimbique de mani\u00e8re cibl\u00e9e, sans g\u00e9n\u00e9rer d&rsquo;effets extrapyramidaux, de prise de poids ni de dyskin\u00e9sie tardive.<\/p>\n<p>L&rsquo;hypoth\u00e8se dopaminergique de la schizophr\u00e9nie appara\u00eet ainsi non comme un dogme rigide et immuable, mais comme une th\u00e9orie scientifique vivante, ductile et auto-correctrice. De l&rsquo;intuition biochimique g\u00e9niale d&rsquo;Arvid Carlsson sur des lapins r\u00e9serpinis\u00e9s \u00e0 la formalisation rigoureuse de Jacques Van Rossum, des corr\u00e9lations biophysiques de Philip Seeman aux cartes mol\u00e9culaires du cerveau humain par tomographie d&rsquo;\u00e9mission de positons, l&rsquo;\u00e9lucidation des voies de la dopamine demeure l&rsquo;un des accomplissements intellectuels les plus \u00e9blouissants de la m\u00e9decine contemporaine, transformant \u00e0 jamais notre regard sur la gen\u00e8se de la pens\u00e9e et les fractures de l&rsquo;esprit.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Abi-Dargham, A., Rodenhiser, J., Printz, D., Zea-Ponce, Y., Gil, R., Kegeles, L. S., Weiss, R., Cooper, T. B., Mann, J. J., Van Heertum, R. L., Gorman, J. M., &amp; Laruelle, M. (2000). Increased baseline occupancy of D2 receptors by dopamine in schizophrenia. <em>Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America<\/em>, 97(14), 8104\u20138109. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1073\/pnas.97.14.8104\">https:\/\/doi.org\/10.1073\/pnas.97.14.8104<\/a><\/li>\n<li>Carlsson, A., &amp; Lindqvist, M. (1963). Effect of chlorpromazine or haloperidol on formation of 3methoxytyramine and normetanephrine in mouse brain. <em>Acta Pharmacologica et Toxicologica<\/em>, 20(2), 140\u2013144. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1600-0773.1963.tb01730.x\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1600-0773.1963.tb01730.x<\/a><\/li>\n<li>Carlsson, A., Lindqvist, M., &amp; Magnusson, T. (1957). 3,4-Dihydroxyphenylalanine and 5-hydroxytryptophan as reserpine antagonists. <em>Nature<\/em>, 180(4596), 1200. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/1801200a0\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/1801200a0<\/a><\/li>\n<li>Carlsson, A. (1988). The current status of the dopamine hypothesis of schizophrenia. <em>Neuropsychopharmacology<\/em>, 1(3), 179\u2013186. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0893-133x(88)90012-7\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0893-133x(88)90012-7<\/a><\/li>\n<li>Connell, P. H. (1958). <em>Amphetamine Psychosis<\/em>. Oxford University Press.<\/li>\n<li>Creese, I., Burt, D. R., &amp; Snyder, S. H. (1976). Dopamine receptor binding predicts clinical and pharmacological potencies of antischizophrenic drugs. <em>Science<\/em>, 192(4238), 481\u2013483. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.3854\">https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.3854<\/a><\/li>\n<li>Davis, K. L., Kahn, R. S., Ko, G., &amp; Davidson, M. (1991). Dopamine in schizophrenia: A review and reconceptualization. <em>American Journal of Psychiatry<\/em>, 148(11), 1474\u20131486. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1176\/ajp.148.11.1474\">https:\/\/doi.org\/10.1176\/ajp.148.11.1474<\/a><\/li>\n<li>Delay, J., Deniker, P., &amp; Harl, J. M. (1952). Utilisation en th\u00e9rapeutique psychiatrique d&rsquo;une ph\u00e9nothiazine d&rsquo;action centrale \u00e9lective (4560 RP). <em>Annales M\u00e9dico-Psychologiques<\/em>, 110(2), 112\u2013117.<\/li>\n<li>Farde, L., Wiesel, F. A., Halldin, C., &amp; Sedvall, G. (1988). Central D2-dopamine receptor occupancy in schizophrenic patients treated with antopsychotic drugs. <em>Archives of General Psychiatry<\/em>, 45(1), 71\u201376. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1001\/archpsyc.1988.01800250087012\">https:\/\/doi.org\/10.1001\/archpsyc.1988.01800250087012<\/a><\/li>\n<li>Grace, A. A. (1991). Phasic versus tonic dopamine release and the modulation of dopamine system responsivity: A hypothesis for the etiology of schizophrenia. <em>Neuroscience<\/em>, 41(1), 1\u201324. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0306-4522(91)90196-u\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0306-4522(91)90196-u<\/a><\/li>\n<li>Howes, O. D., &amp; Kapur, S. (2009). The dopamine hypothesis of schizophrenia: Version III\u2014A final common pathway. <em>Schizophrenia Bulletin<\/em>, 35(3), 549\u2013562. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/schbul\/sbp006\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/schbul\/sbp006<\/a><\/li>\n<li>Howes, O. D., Kambeitz, J., Kim, E., Stahl, D., Slifstein, M., Abi-Dargham, A., &amp; Kapur, S. (2012). The nature of dopamine dysfunction in schizophrenia and what this means for treatment: Meta-analysis of imaging studies. <em>Archives of General Psychiatry<\/em>, 69(8), 776\u2013786. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1001\/archgenpsychiatry.2012.169\">https:\/\/doi.org\/10.1001\/archgenpsychiatry.2012.169<\/a><\/li>\n<li>Javitt, D. C., &amp; Zukin, S. R. (1991). Recent advances in the phencyclidine model of schizophrenia. <em>American Journal of Psychiatry<\/em>, 148(10), 1301\u20131308. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1176\/ajp.148.10.1301\">https:\/\/doi.org\/10.1176\/ajp.148.10.1301<\/a><\/li>\n<li>Kapur, S. (2003). Psychosis as a state of aberrant salience: A framework linking biology, phenomenology, and pharmacology in schizophrenia. <em>American Journal of Psychiatry<\/em>, 160(1), 13\u201323. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.ajp.160.1.13\">https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.ajp.160.1.13<\/a><\/li>\n<li>Kebabian, J. W., &amp; Calne, D. B. (1979). Multiple receptors for dopamine. <em>Nature<\/em>, 277(5692), 93\u201396. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/277093a0\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/277093a0<\/a><\/li>\n<li>Meltzer, H. Y., Matsubara, S., &amp; Lee, J. C. (1989). Classification of typical and atypical antipsychotic drugs on the basis of dopamine D-1, D-2 and serotonin2 pKi values. <em>Journal of Pharmacology and Experimental Therapeutics<\/em>, 251(1), 238\u2013246.<\/li>\n<li>Schultz, W., Dayan, P., &amp; Montague, P. R. (1997). A neural substrate of prediction and reward. <em>Science<\/em>, 275(5306), 1593\u20131599. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.275.5306.1593\">https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.275.5306.1593<\/a><\/li>\n<li>Seeman, P., Chau-Wong, M., Tedesco, J., &amp; Wong, K. (1975). Brain receptors for antipsychotic drugs and dopamine: Direct binding assays. <em>Proceedings of the National Academy of Sciences<\/em>, 72(11), 4376\u20134380. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1073\/pnas.72.11.4376\">https:\/\/doi.org\/10.1073\/pnas.72.11.4376<\/a><\/li>\n<li>Seeman, P., &amp; Lee, T. (1975). Antipsychotic drugs: Direct correlation between clinical potency and presynaptic action on dopamine neurons. <em>Science<\/em>, 188(4194), 1217\u20131219. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.1145194\">https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.1145194<\/a><\/li>\n<li>Van Rossum, J. M. (1966). The significance of dopamine-receptor blockade for the mechanism of action of neuroleptic drugs. <em>International Journal of Neuropharmacology<\/em>, 5(5), 323\u2013329. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0028-3908(66)90041-9\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0028-3908(66)90041-9<\/a><\/li>\n<li>Weinberger, D. R. (1987). Implications of normal brain development for the pathogenesis of schizophrenia. <em>Archives of General Psychiatry<\/em>, 44(7), 660\u2013669. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1001\/archpsyc.1987.01800190080012\">https:\/\/doi.org\/10.1001\/archpsyc.1987.01800190080012<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Analyse acad\u00e9mique approfondie de l&rsquo;hypoth\u00e8se dopaminergique de la schizophr\u00e9nie initi\u00e9e par Arvid Carlsson et Jacques Van Rossum, et de son \u00e9volution.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","template":"","categories":[6447,459,6890,7375],"tags":[6891,6892,9245,9247,6362,9246,572],"class_list":["post-8064","psych_article","type-psych_article","status-publish","hentry","category-histoire-de-la-medecine","category-neurosciences","category-psychiatrie-biologique","category-psychopharmacologie","tag-arvid-carlsson","tag-hypothese-dopaminergique","tag-jacques-van-rossum","tag-neuroleptiques","tag-neurotransmission","tag-recepteurs-d2","tag-schizophrenie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_article\/8064","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_article"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=8064"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_article\/8064\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=8064"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=8064"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=8064"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}