{"id":4604,"date":"2026-09-11T10:55:53","date_gmt":"2026-09-11T10:55:53","guid":{"rendered":"http:\/\/french.arabpsychology.com\/theories\/modele-identite-commune-endogroupe-gaertner-dovidio\/"},"modified":"2026-09-11T10:55:53","modified_gmt":"2026-09-11T10:55:53","slug":"modele-identite-commune-endogroupe-gaertner-dovidio","status":"publish","type":"psych_article","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_article=modele-identite-commune-endogroupe-gaertner-dovidio","title":{"rendered":"Mod\u00e8le de l&rsquo;identit\u00e9 commune de l&rsquo;endogroupe &#8211; Samuel L. Gaertner &#038; John F. Dovidio"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019analyse des relations intergroupes constitue depuis plus d\u2019un si\u00e8cle l\u2019un des d\u00e9fis les plus redoutables et fascinants des sciences humaines et de la psychologie sociale exp\u00e9rimentale. Des guerres ethniques aux polarisations politiques contemporaines, en passant par les micro-agressions quotidiennes et la s\u00e9gr\u00e9gation structurelle, l&rsquo;incapacit\u00e9 des groupes humains \u00e0 coexister de mani\u00e8re harmonieuse semble \u00eatre un invariant tragique de l&rsquo;histoire. Pourtant, loin d&rsquo;\u00eatre la cons\u00e9quence in\u00e9luctable d&rsquo;une agressivit\u00e9 inn\u00e9e, l&rsquo;hostilit\u00e9 intergroupe puise ses racines dans les rouages fondamentaux de notre architecture cognitive et perceptive : la mani\u00e8re dont nous organisons le r\u00e9el, d\u00e9coupons notre environnement social en cat\u00e9gories discr\u00e8tes et investissons affectivement les fronti\u00e8res qui s\u00e9parent le \u00ab Nous \u00bb du \u00ab Eux \u00bb.<\/p>\n<p>Face \u00e0 ce constat, les psychologues am\u00e9ricains Samuel L. Gaertner et John F. Dovidio ont propos\u00e9 \u00e0 la fin du XXe si\u00e8cle une conceptualisation r\u00e9volutionnaire des m\u00e9canismes de r\u00e9duction des pr\u00e9jug\u00e9s : le <strong>Mod\u00e8le de l\u2019identit\u00e9 commune de l\u2019endogroupe<\/strong> (<em>Common Ingroup Identity Model<\/em> ou CIIM). Plut\u00f4t que de tenter vainement d&rsquo;annihiler les m\u00e9canismes universels de cat\u00e9gorisation sociale ou de r\u00e9primer moralement les biais de favoritisme envers son propre groupe, Gaertner et Dovidio ont formul\u00e9 l&rsquo;hypoth\u00e8se audacieuse que ces m\u00eames processus sociocognitifs pouvaient \u00eatre redirig\u00e9s de mani\u00e8re constructive. En modifiant les contours des fronti\u00e8res perceptives de telle sorte que les membres d&rsquo;un exogroupe soient d\u00e9sormais per\u00e7us comme faisant partie int\u00e9grante d&rsquo;un endogroupe supra-ordonn\u00e9 plus vaste et inclusif, il devient possible de transposer les m\u00e9canismes spontan\u00e9s de bienveillance, d&#8217;empathie et de coop\u00e9ration au-del\u00e0 des divisions historiques.<\/p>\n<p>Ce mod\u00e8le th\u00e9orique dense, soutenu par des d\u00e9cennies d&rsquo;exp\u00e9rimentations rigoureuses en laboratoire et d&rsquo;enqu\u00eates \u00e9cologiques sur le terrain, a profond\u00e9ment refa\u00e7onn\u00e9 notre compr\u00e9hension de l&rsquo;harmonie sociale, du contact intergroupe et des politiques de gestion de la diversit\u00e9. Le pr\u00e9sent article propose une exploration encyclop\u00e9dique de cette \u0153uvre monumentale, en diss\u00e9quant minutieusement sa gen\u00e8se conceptuelle, ses ancrages \u00e9pist\u00e9mologiques, son architecture cognitive, ses \u00e9preuves empiriques, ainsi que ses mod\u00e9rateurs, ses controverses contemporaines et ses applications pratiques dans un monde fragment\u00e9.<\/p>\n<h2>1. Introduction \u00e9pist\u00e9mologique et gen\u00e8se du mod\u00e8le de l&rsquo;identit\u00e9 commune de l&rsquo;endogroupe<\/h2>\n<p>Pour appr\u00e9hender la port\u00e9e paradigmatique du mod\u00e8le d\u00e9velopp\u00e9 par Samuel L. Gaertner et John F. Dovidio, il convient d&rsquo;abord d&rsquo;examiner le terreau intellectuel dans lequel il a pris racine. La fin du XXe si\u00e8cle a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par une prise de conscience accrue des limites des th\u00e9ories classiques du pr\u00e9jug\u00e9 et par l&rsquo;essor spectaculaire de la cognition sociale, qui a permis de r\u00e9interpr\u00e9ter les relations intergroupes non plus comme de simples d\u00e9viances caract\u00e9rielles ou psychopathologiques, mais comme le r\u00e9sultat de processus cognitifs ordinaires pouss\u00e9s \u00e0 leurs limites normatives.<\/p>\n<h3>1.1 Contexte historique et \u00e9mergence des recherches sur les relations intergroupes<\/h3>\n<p>Durant les d\u00e9cennies 1970 et 1980, la psychologie sociale a op\u00e9r\u00e9 un tournant cognitif d\u00e9cisif. Jusqu&rsquo;alors largement domin\u00e9e par des th\u00e9ories psychodynamiques ou motivationnelles du pr\u00e9jug\u00e9 \u2014 \u00e0 l&rsquo;instar des travaux d&rsquo;Theodor Adorno sur la personnalit\u00e9 autoritaire \u2014, la discipline a commenc\u00e9 \u00e0 envisager les st\u00e9r\u00e9otypes et les discriminations comme les sous-produits normaux de m\u00e9canismes adaptatifs de traitement de l&rsquo;information. L&rsquo;\u00eatre humain, confront\u00e9 \u00e0 une surcharge permanente de stimuli sensoriels et sociaux, recourt spontan\u00e9ment \u00e0 des processus de simplification et d&rsquo;\u00e9conomie cognitive pour cat\u00e9goriser son environnement.<\/p>\n<p>Dans le m\u00eame temps, les soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9mocratiques occidentales, singuli\u00e8rement aux \u00c9tats-Unis apr\u00e8s le mouvement des droits civiques, \u00e9taient confront\u00e9es \u00e0 un paradoxe sociologique majeur : alors que l&rsquo;expression publique du racisme flagrant, biologique et explicite diminuait de fa\u00e7on substantielle dans les sondages d&rsquo;opinion, les in\u00e9galit\u00e9s raciales persistaient avec une virulence tenace au sein de l&rsquo;acc\u00e8s au logement, de l&#8217;embauche et du syst\u00e8me judiciaire. Ce d\u00e9calage a conduit Gaertner et Dovidio \u00e0 formuler le concept fondamental de <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/psycnet.apa.org\/record\/1986-98404-000\">racisme aversif<\/a>. Les individus aversifs adh\u00e8rent sinc\u00e8rement \u00e0 des id\u00e9aux universalistes, \u00e9galitaires et non discriminatoires \u00e0 un niveau conscient ; n\u00e9anmoins, en raison de l&rsquo;omnipr\u00e9sence des st\u00e9r\u00e9otypes culturels et des m\u00e9canismes spontan\u00e9s de cat\u00e9gorisation, ils continuent d&rsquo;\u00e9prouver des sentiments d&rsquo;inconfort, d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 ou de r\u00e9ticence non consciente vis-\u00e0-vis des membres de minorit\u00e9s raciales.<\/p>\n<p>La collaboration pionni\u00e8re entre Gaertner et Dovidio s&rsquo;est d\u00e8s lors construite autour d&rsquo;une question primordiale : si les pr\u00e9jug\u00e9s modernes ne s&rsquo;articulent plus autour d&rsquo;une haine d\u00e9clar\u00e9e et active envers l&rsquo;exogroupe, mais plut\u00f4t autour d&rsquo;un d\u00e9ficit subtil d&#8217;empathie, de soutien et de favoritisme par rapport \u00e0 l&rsquo;endogroupe, comment peut-on intervenir exp\u00e9rimentalement pour r\u00e9aligner ces conduites ? C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 cette intersection entre psychologie sociale cognitive, \u00e9tude des affects implicites et volont\u00e9 de transformation sociale que s&rsquo;est esquiss\u00e9 le projet scientifique du mod\u00e8le de l&rsquo;identit\u00e9 commune de l&rsquo;endogroupe.<\/p>\n<h3>1.2 D\u00e9finition formelle et postulats centraux du mod\u00e8le<\/h3>\n<p>Formellement articul\u00e9 au tournant des ann\u00e9es 1990, le <strong>Mod\u00e8le de l\u2019identit\u00e9 commune de l\u2019endogroupe<\/strong> postule que les biais intergroupes et les conflits relationnels peuvent \u00eatre r\u00e9duits de mani\u00e8re spectaculaire si les membres de groupes initialement distincts parviennent \u00e0 concevoir leur affiliation sociale non plus comme deux entit\u00e9s mutuellement exclusives (\u00ab Nous \u00bb contre \u00ab Eux \u00bb), mais comme des composantes interconnect\u00e9es d&rsquo;une seule et m\u00eame entit\u00e9 collective supra-ordonn\u00e9e (\u00ab Nous \u00bb au sens large). Le mod\u00e8le ne cherche donc pas \u00e0 \u00e9radiquer la propension naturelle de l&rsquo;esprit humain au favoritisme endogroupe, mais \u00e0 retourner ce biais \u00e0 son propre avantage par un d\u00e9placement des fronti\u00e8res cat\u00e9gorielles.<\/p>\n<p>Pour asseoir la singularit\u00e9 de leur d\u00e9marche, Gaertner et Dovidio ont \u00e9tabli une distinction taxonomique limpide entre trois grandes strat\u00e9gies d&rsquo;alt\u00e9ration des fronti\u00e8res cognitives :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La d\u00e9cat\u00e9gorisation :<\/strong> approche individualisante visant \u00e0 dissoudre l&rsquo;importance des identit\u00e9s collectives pour amener les acteurs \u00e0 interagir sur une base purement interpersonnelle (\u00ab toi et moi \u00bb), en neutralisant la grille de lecture groupale.<\/li>\n<li><strong>La cat\u00e9gorisation crois\u00e9e :<\/strong> strat\u00e9gie consistant \u00e0 rendre saillantes simultan\u00e9ment plusieurs affiliations cat\u00e9gorielles ind\u00e9pendantes (par exemple, la profession, la nationalit\u00e9, la religion), afin de fragmenter les clivages monolithiques et de cr\u00e9er des superpositions d&rsquo;all\u00e9geances r\u00e9duisant la polarisation binaire.<\/li>\n<li><strong>La recat\u00e9gorisation :<\/strong> c\u0153ur conceptuel du mod\u00e8le de Gaertner et Dovidio, qui maintient la puissance structurante et motivationnelle de l&rsquo;appartenance \u00e0 un groupe, mais transf\u00e8re la saillance vers une identit\u00e9 d&rsquo;ordre sup\u00e9rieur inclusive qui englobe l&rsquo;ancien endogroupe et l&rsquo;ancien exogroupe au sein d&rsquo;une m\u00eame communaut\u00e9 symbolique.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Le postulat central du mod\u00e8le r\u00e9side dans l&rsquo;id\u00e9e que la recat\u00e9gorisation active automatiquement les r\u00e9serves motivationnelles et affectives historiquement r\u00e9serv\u00e9es aux pairs endogroupaux. En devenant cognitivement \u00ab un des n\u00f4tres \u00bb, le membre de l&rsquo;ancien groupe rival b\u00e9n\u00e9ficie m\u00e9caniquement d&rsquo;une pr\u00e9somption de bienveillance, d&rsquo;une allocation pr\u00e9f\u00e9rentielle d&rsquo;aide et d&rsquo;une interpr\u00e9tation syst\u00e9matiquement plus charitable de ses conduites.<\/p>\n<h3>1.3 Objectifs th\u00e9oriques et finalit\u00e9s appliqu\u00e9es du cadre conceptuel<\/h3>\n<p>Sur le plan th\u00e9orique, l&rsquo;ambition du CIIM est d&rsquo;une grande envergure : il s&rsquo;agit de mod\u00e9liser avec pr\u00e9cision les leviers cognitifs et situationnels capables de convertir un antagonisme fonctionnel en solidarit\u00e9 spontan\u00e9e. Le cadre conceptuel vise \u00e0 expliciter les m\u00e9canismes m\u00e9diateurs \u2014 c&rsquo;est-\u00e0-dire les maillons de la cha\u00eene causale reliant une modification environnementale (comme une t\u00e2che coop\u00e9rative) \u00e0 un abaissement durable des pr\u00e9jug\u00e9s \u2014, en d\u00e9montrant que cette transformation op\u00e8re principalement par l&rsquo;interm\u00e9diaire d&rsquo;une m\u00e9tamorphose des repr\u00e9sentations cognitives du groupe.<\/p>\n<p>Sur le plan appliqu\u00e9, Gaertner et Dovidio ont con\u00e7u leur mod\u00e8le comme une ing\u00e9nierie psychosociale directement traduisible en protocoles concrets d&rsquo;intervention. Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de g\u00e9rer l&rsquo;int\u00e9gration dans des \u00e9coles multiculturelles d\u00e9s\u00e9gr\u00e9g\u00e9es, de pacifier des relations de travail au sein de structures professionnelles issues de fusions et acquisitions, ou d&rsquo;\u00e9laborer des programmes de m\u00e9diation post-conflit dans des zones d\u00e9chir\u00e9es par des guerres civiles, le mod\u00e8le fournit une grille de lecture op\u00e9rationnelle. Il ne s&rsquo;agit pas de promouvoir une vague injonction morale \u00e0 la tol\u00e9rance, mais de concevoir des \u00e9cologies sociales et organisationnelles dot\u00e9es d&rsquo;indices situationnels capables de d\u00e9clencher infailliblement la recat\u00e9gorisation.<\/p>\n<p>Enfin, le mod\u00e8le aspire \u00e0 concilier deux dimensions souvent disjointes de la psychologie sociale : l&rsquo;intrapsychique et l&rsquo;interactionnel. Il montre comment des micro-processus perceptifs (encodage mn\u00e9sique, attention s\u00e9lective) sont directement inform\u00e9s par les contextes institutionnels d&rsquo;interaction, et comment, en retour, la restructuration des fronti\u00e8res mentales peut modifier profond\u00e9ment les dynamiques sociopolitiques \u00e0 grande \u00e9chelle.<\/p>\n<h2>2. Les piliers th\u00e9oriques : De l&rsquo;hypoth\u00e8se du contact \u00e0 la th\u00e9orie de l&rsquo;identit\u00e9 sociale<\/h2>\n<p>Le mod\u00e8le de l&rsquo;identit\u00e9 commune de l&rsquo;endogroupe n&rsquo;est pas n\u00e9 d&rsquo;un vide th\u00e9orique ; il constitue l&rsquo;aboutissement dialectique et la synth\u00e8se magistrale de plusieurs d\u00e9cennies de recherches fondamentales en psychologie des relations intergroupes. Il s&rsquo;appuie principalement sur deux monuments scientifiques : l&rsquo;hypoth\u00e8se du contact formul\u00e9e par Gordon Allport dans les ann\u00e9es 1950 et le paradigme de l&rsquo;identit\u00e9 sociale d\u00e9velopp\u00e9 par Henri Tajfel et John Turner \u00e0 partir des ann\u00e9es 1970.<\/p>\n<h3>2.1 L&rsquo;h\u00e9ritage d&rsquo;Allport et les conditions optimales du contact<\/h3>\n<p>En 1954, Gordon Allport publiait son ouvrage matriciel <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/openlibrary.org\/works\/OL17300438W\/The_nature_of_prejudice\">The Nature of Prejudice<\/a>, dans lequel il postulait que la mise en relation physique de membres de groupes diff\u00e9rents pouvait r\u00e9duire significativement les pr\u00e9jug\u00e9s et les st\u00e9r\u00e9otypes mutuels, sous r\u00e9serve que l&rsquo;interaction satisfasse quatre conditions cardinales :<\/p>\n<ol>\n<li>L&rsquo;\u00e9galit\u00e9 de statut entre les groupes au sein de la situation de contact imm\u00e9diate ;<\/li>\n<li>L&rsquo;existence de buts communs n\u00e9cessitant un engagement mutuel ;<\/li>\n<li>Une coop\u00e9ration intergroupe active d\u00e9pourvue de comp\u00e9tition interpersonnelle ;<\/li>\n<li>Le soutien explicite et normatif des autorit\u00e9s, des lois ou des coutumes institutionnelles.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Si la litt\u00e9rature empirique ult\u00e9rieure a largement valid\u00e9 la pertinence globale de ces conditions \u2014 comme l&rsquo;a magistralement d\u00e9montr\u00e9 la m\u00e9ta-analyse de Thomas Pettigrew et Linda Tropp \u2014, une \u00e9nigme th\u00e9orique demeurait irr\u00e9solue : <em>pourquoi<\/em> et <em>comment<\/em> ces conditions fonctionnent-elles ? Quel est le processus psychologique sous-jacent qui permet \u00e0 une exp\u00e9rience de coop\u00e9ration de d\u00e9raciner des pr\u00e9jug\u00e9s ancr\u00e9s depuis l&rsquo;enfance ?<\/p>\n<p>Gaertner et Dovidio ont propos\u00e9 que l&rsquo;efficacit\u00e9 de ces conditions optimales d\u00e9coule directement de leur capacit\u00e9 \u00e0 alt\u00e9rer la structure cognitive des repr\u00e9sentations intergroupes. La coop\u00e9ration pour des buts communs et l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 de statut ne constituent pas seulement des facteurs facilitateurs ext\u00e9rieurs : elles agissent comme de puissants perturbateurs du sch\u00e9ma binaire \u00ab Eux\/Nous \u00bb. En g\u00e9n\u00e9rant un contexte d&rsquo;interd\u00e9pendance positive au sens de Morton Deutsch, ces conditions poussent imp\u00e9rieusement l&rsquo;esprit humain \u00e0 r\u00e9\u00e9valuer les membres de l&rsquo;autre groupe non plus comme des rivaux pour des ressources symboliques ou mat\u00e9rielles, mais comme des alli\u00e9s indispensables au sein d&rsquo;une entreprise collective commune.<\/p>\n<h3>2.2 L&rsquo;ancrage dans la th\u00e9orie de l&rsquo;identit\u00e9 sociale et l&rsquo;auto-cat\u00e9gorisation<\/h3>\n<p>Le second ancrage fondamental du CIIM r\u00e9side dans la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.britannica.com\/science\/social-identity-theory\">th\u00e9orie de l&rsquo;identit\u00e9 sociale<\/a> (TIS) d\u00e9velopp\u00e9e par Henri Tajfel et John Turner, ainsi que dans son extension, la th\u00e9orie de l&rsquo;auto-cat\u00e9gorisation (TAC) formalis\u00e9e par Turner. Tajfel a d\u00e9montr\u00e9 de mani\u00e8re p\u00e9remptoire que la simple division des individus en cat\u00e9gories distinctes, m\u00eame sur des crit\u00e8res insignifiants ou arbitraires, engendre spontan\u00e9ment un favoritisme pro-endogroupe. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne ne rel\u00e8ve pas obligatoirement d&rsquo;une hostilit\u00e9 visc\u00e9rale \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;exogroupe (bien que celle-ci puisse survenir), mais d\u00e9coule du besoin fondamental des individus d&rsquo;acqu\u00e9rir et de maintenir une estime de soi positive \u00e0 travers la valorisation distinctive de leur groupe d&rsquo;appartenance.<\/p>\n<p>John Turner a ult\u00e9rieurement enrichi cette perspective en d\u00e9crivant le Soi comme une structure hi\u00e9rarchique cognitive \u00e9minemment mall\u00e9able, capable de s&rsquo;activer \u00e0 divers niveaux d&rsquo;abstraction :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le niveau subordonn\u00e9 ou individuel :<\/strong> o\u00f9 le Soi est d\u00e9fini par des caract\u00e9ristiques personnelles idiosyncrasiques qui le distinguent des autres membres de l&rsquo;endogroupe (comparaisons interpersonnelles) ;<\/li>\n<li><strong>Le niveau interm\u00e9diaire :<\/strong> o\u00f9 le Soi est per\u00e7u comme interchangeable avec les membres de l&rsquo;endogroupe social, par contraste avec un exogroupe saillant (diff\u00e9renciation intergroupe classique) ;<\/li>\n<li><strong>Le niveau supra-ordonn\u00e9 :<\/strong> o\u00f9 le Soi et les membres des exogroupes partagent une appartenance inclusive commune (par exemple, \u00eatre des \u00e9tudiants de la m\u00eame universit\u00e9, des citoyens d&rsquo;une m\u00eame nation, ou des membres de l&rsquo;humanit\u00e9).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Gaertner et Dovidio ont saisi l&rsquo;immense potentiel de cette flexibilit\u00e9 cognitive : si le niveau de saillance identitaire d\u00e9pend des contraintes et des indices du contexte imm\u00e9diat, alors le psychologue social peut d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment concevoir des dispositifs exp\u00e9rimentaux qui rendent le niveau supra-ordonn\u00e9 plus pertinent, accessible et gratifiant que les clivages de niveau interm\u00e9diaire.<\/p>\n<h3>2.3 La transition paradigmatique : Du paradigme des groupes minimaux \u00e0 la recat\u00e9gorisation<\/h3>\n<p>L&rsquo;exp\u00e9rimentation canonique des groupes minimaux con\u00e7ue par Tajfel a mis en \u00e9vidence la rapidit\u00e9 d\u00e9concertante avec laquelle les biais de traitement social se cristallisent. Inform\u00e9s qu&rsquo;ils pr\u00e9f\u00e8rent les peintures de Klee ou de Kandinsky, des participants allouent imm\u00e9diatement plus de r\u00e9compenses mon\u00e9taires aux membres anonymes de leur propre micro-groupe, tout en cherchant activement \u00e0 maximiser la diff\u00e9rence positive entre les groupes, m\u00eame au d\u00e9triment du gain absolu de leur propre camp.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, la recherche cognitive a document\u00e9 l&rsquo;effet d&rsquo;homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 de l&rsquo;exogroupe : la tendance syst\u00e9matique \u00e0 percevoir les membres de l&rsquo;exogroupe comme \u00ab tous semblables \u00bb et interchangeables, tandis que l&rsquo;endogroupe est cr\u00e9dit\u00e9 d&rsquo;une riche diversit\u00e9 interne et d&rsquo;individualit\u00e9s nuanc\u00e9es. Ce biais perceptif conduit \u00e0 une g\u00e9n\u00e9ralisation h\u00e2tive des st\u00e9r\u00e9otypes et d\u00e9shumanise insidieusement les individus ext\u00e9rieurs au cercle de proximit\u00e9.<\/p>\n<p>Le tour de force th\u00e9orique de Gaertner et Dovidio a consist\u00e9 \u00e0 comprendre que lutter frontalement contre ces distorsions cognitives fondamentales relevait d&rsquo;une t\u00e2che hercul\u00e9enne vou\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec. La strat\u00e9gie du CIIM ne cherche pas \u00e0 d\u00e9truire la m\u00e9canique du paradigme du groupe minimal, mais \u00e0 inverser les polarit\u00e9s de l&rsquo;exp\u00e9rience : si un groupe arbitraire peut \u00eatre cr\u00e9\u00e9 en cinq minutes pour induire de l&rsquo;exclusion, le m\u00eame appareil sociocognitif peut \u00eatre mobilis\u00e9 pour concevoir un m\u00e9ta-groupe tout aussi puissant, au sein duquel l&rsquo;ancien membre de l&rsquo;exogroupe b\u00e9n\u00e9ficiera dor\u00e9navant des privil\u00e8ges cognitifs et perceptifs accord\u00e9s aux \u00ab n\u00f4tres \u00bb.<\/p>\n<h2>3. Les m\u00e9canismes fondamentaux de la recat\u00e9gorisation sociale<\/h2>\n<p>La recat\u00e9gorisation sociale ne se r\u00e9sume pas \u00e0 un simple changement s\u00e9mantique ou \u00e0 une d\u00e9claration abstraite d&rsquo;unit\u00e9. Elle implique une profonde reconfiguration des op\u00e9rations cognitives \u00e9l\u00e9mentaires, modifiant la fa\u00e7on dont les individus per\u00e7oivent l&rsquo;espace social, encodent les comportements d&rsquo;autrui et distribuent leurs ressources mat\u00e9rielles et \u00e9motionnelles.<\/p>\n<h3>3.1 La dynamique cognitive de red\u00e9finition des fronti\u00e8res groupales<\/h3>\n<p>Le c\u0153ur du processus de recat\u00e9gorisation r\u00e9side dans la transition d&rsquo;une repr\u00e9sentation mentale binaire (\u00ab Nous contre Eux \u00bb) vers une repr\u00e9sentation unitaire et inclusive (\u00ab Nous tous ensemble \u00bb). Cette transition alt\u00e8re substantiellement les sch\u00e9mas cognitifs mobilis\u00e9s lors de l&rsquo;encodage et de la r\u00e9cup\u00e9ration des informations sociales en m\u00e9moire \u00e0 long terme.<\/p>\n<p>Lorsque deux groupes sont per\u00e7us comme distincts, l&rsquo;esprit fonctionne sur le mode du contraste : les diff\u00e9rences entre les deux entit\u00e9s sont exag\u00e9r\u00e9es (surdiff\u00e9renciation inter-cat\u00e9gorielle), tandis que les disparit\u00e9s internes au sein de chaque groupe sont minimis\u00e9es (assimilation intra-cat\u00e9gorielle). D\u00e8s l&rsquo;instant o\u00f9 les fronti\u00e8res cat\u00e9gorielles sont d\u00e9plac\u00e9es pour former un groupe supra-ordonn\u00e9, la r\u00e8gle de cat\u00e9gorisation change d&rsquo;\u00e9chelle :<\/p>\n<ul>\n<li>Les diff\u00e9rences qui s\u00e9paraient jadis les deux groupes sont r\u00e9encod\u00e9es comme des variations secondaires et normales au sein de la nouvelle famille commune ;<\/li>\n<li>La distance psychologique per\u00e7ue s&rsquo;effondre de mani\u00e8re drastique, instaurant une sensation de proximit\u00e9 relationnelle imm\u00e9diate ;<\/li>\n<li>Les processus de m\u00e9moire sociale deviennent plus cl\u00e9ments : les comportements r\u00e9pr\u00e9hensibles de l&rsquo;ancien exogroupe, autrefois attribu\u00e9s \u00e0 des d\u00e9fauts de caract\u00e8re inh\u00e9rents, sont d\u00e9sormais attribu\u00e9s \u00e0 des contraintes situationnelles contextuelles, selon les lois bien connues du biais ultime d&rsquo;attribution.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>3.2 L&rsquo;extension du favoritisme endogroupe aux membres de l&rsquo;ancien exogroupe<\/h3>\n<p>L&rsquo;un des postulats les plus \u00e9l\u00e9gants du mod\u00e8le repose sur le fait que la r\u00e9duction de l&rsquo;animosit\u00e9 intergroupe ne n\u00e9cessite pas d&rsquo;apprendre \u00e0 neutraliser la pr\u00e9f\u00e9rence pour l&rsquo;endogroupe. Au contraire, le CIIM capitalise sur ce biais existant : il \u00e9tend le p\u00e9rim\u00e8tre d&rsquo;application du favoritisme pro-endogroupe aux membres de l&rsquo;ancien exogroupe.<\/p>\n<p>Dans un contexte intergroupe cliv\u00e9, les individus allouent spontan\u00e9ment plus de ressources mat\u00e9rielles (r\u00e9mun\u00e9ration, opportunit\u00e9s d&#8217;emploi, bourses), plus d&rsquo;attentions positives, de patience et de soutien \u00e9motionnel aux membres de leur groupe. En int\u00e9grant les partenaires sous un m\u00eame toit identitaire, ces conduites pr\u00e9f\u00e9rentielles s&rsquo;appliquent automatiquement \u00e0 eux. Des protocoles de laboratoire ont d\u00e9montr\u00e9 que, suite \u00e0 une recat\u00e9gorisation r\u00e9ussie :<\/p>\n<ol>\n<li>L&#8217;empathie ressentie face \u00e0 la d\u00e9tresse physique ou morale d&rsquo;un individu de l&rsquo;exogroupe atteint des niveaux statistiquement \u00e9quivalents \u00e0 ceux ressentis pour un pair de l&rsquo;endogroupe traditionnel ;<\/li>\n<li>Le niveau d&rsquo;humanisation per\u00e7ue augmente : on attribue spontan\u00e9ment aux membres recat\u00e9goris\u00e9s des \u00e9motions secondaires complexes typiquement humaines (telles que la nostalgie, l&rsquo;esp\u00e9rance ou la fiert\u00e9 morale), que les ph\u00e9nom\u00e8nes classiques d&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1467-8721.2007.00512.x\">infrahumanisation<\/a> leur d\u00e9niaient syst\u00e9matiquement auparavant ;<\/li>\n<li>Les ressources financi\u00e8res ou les r\u00e9compenses symboliques sont partag\u00e9es de fa\u00e7on significativement plus \u00e9galitaire, voire g\u00e9n\u00e9reuse.<\/li>\n<\/ol>\n<h3>3.3 Facteurs situationnels d\u00e9clencheurs de la recat\u00e9gorisation<\/h3>\n<p>La recat\u00e9gorisation ne se d\u00e9ploie pas dans un \u00e9ther conceptuel abstrait ; elle n\u00e9cessite des stimuli contextuels perceptifs et concrets pour guider la cognition des sujets. Gaertner, Dovidio et leurs collaborateurs ont mis au jour une vaste panoplie de d\u00e9clencheurs \u00e9cologiques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Les marqueurs linguistiques unificateurs :<\/strong> l&rsquo;abandon des d\u00e9nominations cliv\u00e9es au profit d&rsquo;un vocabulaire inclusif (\u00ab notre \u00e9quipe \u00bb, \u00ab notre organisation \u00bb, \u00ab nous \u00bb) constitue un amor\u00e7age verbal puissant qui r\u00e9oriente la saillance mentale sans confrontation explicite ;<\/li>\n<li><strong>Les symboles visuels et mat\u00e9riels :<\/strong> le port d&rsquo;uniformes partag\u00e9s, l&rsquo;adoption d&rsquo;un logo unique, le d\u00e9ploiement de couleurs d&rsquo;\u00e9quipe communes ou de banni\u00e8res partag\u00e9es neutralisent instantan\u00e9ment les rep\u00e8res visuels d&rsquo;appartenance ant\u00e9rieure au profit de la nouvelle entit\u00e9 ;<\/li>\n<li><strong>La convergence spatiale et la disposition physique :<\/strong> les travaux pionniers de Gaertner ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 qu&rsquo;une simple modification de l&rsquo;am\u00e9nagement spatial peut induire la recat\u00e9gorisation. Lorsque les membres de deux groupes s&rsquo;assoient de part et d&rsquo;autre d&rsquo;une table, la structure \u00ab Nous contre Eux \u00bb est visuellement renforc\u00e9e. En revanche, si l&rsquo;on alterne les si\u00e8ges (un membre du groupe A, un membre du groupe B, un membre du groupe A, etc.), la disposition spatiale sugg\u00e8re imm\u00e9diatement l&rsquo;existence d&rsquo;une unit\u00e9 groupale unique ;<\/li>\n<li><strong>Le destin commun et les menaces environnementales :<\/strong> conform\u00e9ment aux pr\u00e9dictions de la th\u00e9orie du conflit r\u00e9aliste de Muzafer Sherif, la confrontation \u00e0 un d\u00e9fi ext\u00e9rieur exigeant un effort conjoint ou la prise de conscience d&rsquo;un destin partag\u00e9 in\u00e9luctable constituent des catalyseurs ph\u00e9nom\u00e9naux de fusion identitaire sous un pavillon supra-ordonn\u00e9 commun.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>4. Architecture conceptuelle : Repr\u00e9sentations cat\u00e9gorielles et structure cognitive<\/h2>\n<p>Afin de mod\u00e9liser avec rigueur la diversit\u00e9 des \u00e9tats cognitifs possibles lors d&rsquo;une interaction entre groupes sociaux, Gaertner et Dovidio ont formalis\u00e9 une matrice conceptuelle qui d\u00e9passe l&rsquo;opposition simpliste entre l&rsquo;existence ou l&rsquo;absence de conflit. L&rsquo;architecture du mod\u00e8le repose sur une typologie des modes de repr\u00e9sentation mentale du contact et introduit la notion fondamentale de l&rsquo;identit\u00e9 duelle.<\/p>\n<h3>4.1 Typologie des formes de repr\u00e9sentations du contact<\/h3>\n<p>Lorsqu&rsquo;une interaction s&rsquo;\u00e9tablit entre des membres de collectifs distincts, l&rsquo;esprit des protagonistes peut appr\u00e9hender la situation selon trois configurations cognitives structurellement divergentes, illustr\u00e9es par des patrons d&rsquo;activation mentale distincts :<\/p>\n<p><strong>1. La repr\u00e9sentation en deux groupes s\u00e9par\u00e9s :<\/strong><br \/>\nDans cette configuration, les fronti\u00e8res initiales demeurent pleinement saillantes et imperm\u00e9ables. Les participants se per\u00e7oivent prioritairement \u00e0 travers le prisme de leur appartenance cat\u00e9gorielle d&rsquo;origine. Les interactions sont teint\u00e9es de m\u00e9fiance, d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 intergroupe et d&rsquo;un traitement d\u00e9fensif des informations. Cette repr\u00e9sentation perp\u00e9tue les asym\u00e9tries \u00e9valuatives et le favoritisme pro-endogroupe classique, rendant le contact st\u00e9rile, voire g\u00e9n\u00e9rateur d&rsquo;une exacerbation de l&rsquo;hostilit\u00e9 en cas de comp\u00e9tition per\u00e7ue.<\/p>\n<p><strong>2. La repr\u00e9sentation en un seul groupe commun (Identit\u00e9 supra-ordonn\u00e9e unifi\u00e9e) :<\/strong><br \/>\nIl s&rsquo;agit de la forme prototypique de recat\u00e9gorisation postul\u00e9e par le CIIM. Les fronti\u00e8res des sous-groupes d&rsquo;origine s&rsquo;estompent au profit d&rsquo;une enveloppe identitaire englobante. Les participants ne se d\u00e9finissent plus par leurs all\u00e9geances ant\u00e9rieures mais par leur identit\u00e9 partag\u00e9e. C&rsquo;est dans ce mode que l&rsquo;on observe la diminution la plus drastique des biais intergroupes imm\u00e9diats et l&rsquo;explosion des comportements altruistes transversaux.<\/p>\n<p><strong>3. La d\u00e9cat\u00e9gorisation personnalis\u00e9e :<\/strong><br \/>\nDans cette configuration, les participants d\u00e9sactivent totalement les cat\u00e9gories sociales pour envisager leurs interlocuteurs sous l&rsquo;angle de leurs singularit\u00e9s individuelles uniques. L&rsquo;interaction est r\u00e9gie par la recherche d&rsquo;affinit\u00e9s personnelles, de traits de personnalit\u00e9 et de valeurs subjectives (\u00ab Marc \u00bb et \u00ab Sophie \u00bb plut\u00f4t qu&rsquo;un \u00ab ing\u00e9nieur \u00bb et une \u00ab marketeuse \u00bb, ou un \u00ab Blanc \u00bb et un \u00ab Noir \u00bb). Si cette modalit\u00e9 r\u00e9duit efficacement l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 intergroupe imm\u00e9diate, elle souffre d&rsquo;une faiblesse r\u00e9dhibitoire quant \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ralisation des attitudes, comme nous le verrons ult\u00e9rieurement.<\/p>\n<h3>4.2 Le mod\u00e8le de l&rsquo;identit\u00e9 duelle : Articulation des identit\u00e9s subordonn\u00e9es et supra-ordonn\u00e9es<\/h3>\n<p>Conscients qu&rsquo;exiger l&rsquo;abandon pur et simple des identit\u00e9s de groupe d&rsquo;origine est non seulement illusoire mais souvent psychologiquement mena\u00e7ant \u2014 en particulier pour les minorit\u00e9s ethniques, culturelles ou organisationnelles \u2014, Samuel Gaertner, John Dovidio et leurs coll\u00e8gues ont \u00e9tendu leur paradigme initial pour \u00e9laborer le concept d\u00e9terminant d\u2019<strong>identit\u00e9 duelle<\/strong> (<em>Dual Identity<\/em>).<\/p>\n<p>L&rsquo;identit\u00e9 duelle postule qu&rsquo;un individu peut simultan\u00e9ment pr\u00e9server la saillance et la fiert\u00e9 associ\u00e9es \u00e0 son sous-groupe d&rsquo;origine (identit\u00e9 subordonn\u00e9e), tout en reconnaissant et en int\u00e9riorisant son appartenance conjointe \u00e0 une communaut\u00e9 supra-ordonn\u00e9e plus vaste. L&rsquo;architecture cognitive prend alors la forme m\u00e9taphorique d&rsquo;une \u00e9quipe de sport multidisciplinaire ou d&rsquo;une f\u00e9d\u00e9ration : les basketteurs et les nageurs maintiennent leurs sp\u00e9cificit\u00e9s fonctionnelles et leur fiert\u00e9 technique, tout en d\u00e9fendant avec passion le m\u00eame blason national lors des Jeux Olympiques.<\/p>\n<p>Cette articulation est absolument cruciale pour plusieurs raisons fondamentales :<\/p>\n<ul>\n<li>Elle pr\u00e9vient le d\u00e9clenchement de la menace d&rsquo;annihilation identitaire : les membres de minorit\u00e9s redoutent souvent que l&rsquo;appel \u00e0 une \u00ab identit\u00e9 commune \u00bb ne soit qu&rsquo;un cheval de Troie pour une assimilation forc\u00e9e dict\u00e9e par le groupe dominant ;<\/li>\n<li>Elle permet de concilier le besoin de similarit\u00e9 (\u00eatre inclus, reconnu comme membre \u00e0 part enti\u00e8re) et le besoin d&rsquo;unicit\u00e9 ou de diff\u00e9renciation (ne pas voir sa culture singuli\u00e8re dilu\u00e9e dans un conformisme uniforme), satisfaisant ainsi les exigences de la th\u00e9orie de la distinctivit\u00e9 optimale formul\u00e9e par Marilynn Brewer ;<\/li>\n<li>Elle constitue la cl\u00e9 de vo\u00fbte de la g\u00e9n\u00e9ralisation des attitudes positives acquises lors du contact vers les autres membres de l&rsquo;exogroupe demeur\u00e9s \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur de la situation imm\u00e9diate.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>4.3 Interactions entre niveaux d&rsquo;abstraction cat\u00e9gorielle<\/h3>\n<p>L&rsquo;op\u00e9rationnalisation de ces structures repose sur une dynamique complexe au sein de la hi\u00e9rarchie taxonomique de l&rsquo;auto-cat\u00e9gorisation. Le syst\u00e8me cognitif n&rsquo;est pas fig\u00e9 : il navigue continuellement entre les niveaux d&rsquo;abstraction en fonction du principe de m\u00e9ta-contraste th\u00e9oris\u00e9 par Turner. Ce principe stipule qu&rsquo;une cat\u00e9gorie devient saillante lorsque les diff\u00e9rences per\u00e7ues entre les membres de cette cat\u00e9gorie sont moindres que les diff\u00e9rences entre cette cat\u00e9gorie et d&rsquo;autres entit\u00e9s comparables pr\u00e9sentes dans l&rsquo;environnement.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, l&rsquo;habilet\u00e9 de l&rsquo;intervenant psychosocial ou du r\u00e9gulateur institutionnel consiste \u00e0 moduler l&rsquo;environnement informationnel. Par exemple, si deux d\u00e9partements rivaux d&rsquo;une entreprise (R&amp;D et Ventes) s&rsquo;affrontent, la pr\u00e9sentation d&rsquo;un concurrent agressif mena\u00e7ant la survie globale de la firme \u00e9l\u00e8ve imm\u00e9diatement le cadre de comparaison au niveau supra-ordonn\u00e9 de l&rsquo;entreprise enti\u00e8re, rel\u00e9guant les frictions internes au rang de d\u00e9tails secondaires.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, les recherches ont d\u00e9montr\u00e9 que la <em>complexit\u00e9 cognitive<\/em> des individus joue un r\u00f4le m\u00e9diateur majeur. Les personnes dot\u00e9es d&rsquo;une forte complexit\u00e9 d&rsquo;identit\u00e9 sociale \u2014 c&rsquo;est-\u00e0-dire qui se per\u00e7oivent appartenir \u00e0 de multiples collectifs dont les cercles ne se recoupent pas parfaitement \u2014 manifestent une souplesse mentale sup\u00e9rieure pour int\u00e9grer des identit\u00e9s duelles ou supra-ordonn\u00e9es, affichant une r\u00e9sistance nettement plus faible aux processus de recat\u00e9gorisation que les individus \u00e0 identit\u00e9s exclusives et monolithiques.<\/p>\n<h2>5. Protocoles exp\u00e9rimentaux et preuves empiriques fondatrices de Gaertner et Dovidio<\/h2>\n<p>La cr\u00e9dibilit\u00e9 monumentale du mod\u00e8le de l&rsquo;identit\u00e9 commune de l&rsquo;endogroupe repose sur une m\u00e9thode empirique d&rsquo;une rigueur absolue. Pendant plus de trois d\u00e9cennies, Gaertner, Dovidio et leur vaste r\u00e9seau de collaborateurs ont soumis leurs hypoth\u00e8ses \u00e0 des \u00e9preuves exp\u00e9rimentales vari\u00e9es, progressant m\u00e9thodiquement des salles st\u00e9riles des laboratoires de psychologie sociale aux contextes complexes et tumultueux du monde r\u00e9el.<\/p>\n<h3>5.1 Les \u00e9tudes en laboratoire sur les groupes de travail interactifs<\/h3>\n<p>Dans l&rsquo;une de leurs \u00e9tudes princeps devenues canoniques (Gaertner et al., 1989), les chercheurs ont cr\u00e9\u00e9 artificiellement en laboratoire des groupes de trois personnes non apparent\u00e9es. Ces triades \u00e9taient d&rsquo;abord r\u00e9unies s\u00e9par\u00e9ment pour accomplir une t\u00e2che collective de r\u00e9solution de probl\u00e8me, leur permettant de d\u00e9velopper une coh\u00e9sion endogroupe, de se doter d&rsquo;un nom de groupe et de se forger une identit\u00e9 distincte (par exemple, le groupe \u00ab Rouge \u00bb et le groupe \u00ab Bleu \u00bb).<\/p>\n<p>Dans une seconde phase, les deux groupes \u00e9taient amen\u00e9s \u00e0 interagir pour r\u00e9soudre un probl\u00e8me d\u00e9cisionnel complexe touchant \u00e0 la survie lors d&rsquo;une simulation de catastrophe a\u00e9rienne. Les exp\u00e9rimentateurs manipulaient m\u00e9thodiquement trois conditions exp\u00e9rimentales d&rsquo;interaction :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Condition \u00ab Un seul groupe \u00bb :<\/strong> les deux triades recevaient un nom d&rsquo;\u00e9quipe global partag\u00e9, \u00e9taient assises de mani\u00e8re altern\u00e9e autour d&rsquo;une table hexagonale, et \u00e9taient inform\u00e9es que leur performance d\u00e9pendrait de la production d&rsquo;un consensus conjoint ;<\/li>\n<li><strong>Condition \u00ab Deux groupes distincts \u00bb :<\/strong> les triades conservaient leurs noms d&rsquo;origine, s&rsquo;asseyaient de fa\u00e7on s\u00e9gr\u00e9gu\u00e9e face \u00e0 face, et travaillaient avec des consignes soulignant les comparaisons de performance entre les deux \u00e9quipes ;<\/li>\n<li><strong>Condition \u00ab Individus s\u00e9par\u00e9s \u00bb (D\u00e9cat\u00e9gorisation) :<\/strong> les identit\u00e9s collectives \u00e9taient dissoutes, chaque participant portait un badge avec son pr\u00e9nom individuel, s&rsquo;asseyait isol\u00e9ment, et les instructions insistaient sur l&rsquo;apport idiosyncrasique de chacun.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les r\u00e9sultats ont confirm\u00e9 avec une clart\u00e9 spectaculaire les pr\u00e9dictions du mod\u00e8le : les participants de la condition \u00ab Un seul groupe \u00bb ont manifest\u00e9 une baisse massive de l&rsquo;\u00e9valuation diff\u00e9rentielle et du favoritisme pro-endogroupe par rapport \u00e0 la condition de contr\u00f4le. Crucialement, les analyses d&rsquo;\u00e9quations structurelles ont prouv\u00e9 que la <em>repr\u00e9sentation cognitive de la situation en un groupe commun<\/em> agissait comme le m\u00e9diateur causal parfait entre les manipulations situationnelles (coop\u00e9ration, am\u00e9nagement spatial) et la r\u00e9duction des biais \u00e9valuatifs. Les membres de l&rsquo;ancien exogroupe \u00e9taient jug\u00e9s de mani\u00e8re aussi positive, digne de confiance et intelligente que les pairs d&rsquo;origine.<\/p>\n<h3>5.2 \u00c9tudes de terrain au sein des contextes scolaires et universitaires d\u00e9s\u00e9gr\u00e9g\u00e9s<\/h3>\n<p>D\u00e9sireux de d\u00e9montrer la validit\u00e9 \u00e9cologique de leur th\u00e9orie hors des fronti\u00e8res artificielles du laboratoire, Gaertner et Dovidio ont investigu\u00e9 des contextes \u00e9cologiques marqu\u00e9s par des tensions r\u00e9elles. Dans une \u00e9tude d&rsquo;envergure men\u00e9e dans un lyc\u00e9e multiculturel d\u00e9s\u00e9gr\u00e9g\u00e9 du Delaware (Gaertner et al., 1994), ils ont mesur\u00e9 aupr\u00e8s de centaines d&rsquo;\u00e9l\u00e8ves issus de minorit\u00e9s raciales (Afro-Am\u00e9ricains, Hispaniques) et de la majorit\u00e9 blanche leurs perceptions du climat scolaire, leur investissement dans les activit\u00e9s scolaires, leurs repr\u00e9sentations cat\u00e9gorielles et leurs pr\u00e9jug\u00e9s r\u00e9ciproques.<\/p>\n<p>Les donn\u00e9es ont mis en \u00e9vidence que la perception d&rsquo;un climat coop\u00e9ratif au sein de l&rsquo;\u00e9cole n&rsquo;am\u00e9liorait pas directement les relations intergroupes de mani\u00e8re magique ; cette am\u00e9lioration \u00e9tait indirecte et enti\u00e8rement m\u00e9diatis\u00e9e par le sentiment d&rsquo;appartenir \u00e0 un <em>groupe commun<\/em> (l&rsquo;institution scolaire). Les lyc\u00e9ens qui d\u00e9claraient ressentir fortement l&rsquo;appartenance \u00e0 la m\u00eame communaut\u00e9 scolaire (\u00ab Nous sommes tous des \u00e9tudiants de ce lyc\u00e9e \u00bb) affichaient un nombre significativement plus \u00e9lev\u00e9 d&rsquo;amis issus d&rsquo;autres groupes ethniques, une anxi\u00e9t\u00e9 intergroupe tr\u00e8s faible et un rejet clair des st\u00e9r\u00e9otypes raciaux d\u00e9nigrants.<\/p>\n<p>Des constatations similaires ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tablies dans les milieux universitaires, notamment lors de l&rsquo;observation longitudinale des \u00e9tudiants log\u00e9s en r\u00e9sidences universitaires mixtes ou des interactions spontan\u00e9es dans les caf\u00e9t\u00e9rias. L&rsquo;identification supra-ordonn\u00e9e \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 att\u00e9nue consid\u00e9rablement les clivages d&rsquo;auto-s\u00e9gr\u00e9gation spatiale, encourageant les tables mixtes et les dynamiques d&rsquo;entraide acad\u00e9mique transcendant les barri\u00e8res de race et de classe.<\/p>\n<h3>5.3 Enqu\u00eates transnationales et contextes de r\u00e9conciliation post-conflit<\/h3>\n<p>Le test ultime pour le CIIM consistait \u00e0 confronter son armature conceptuelle aux traumatismes g\u00e9opolitiques profonds et aux conflits arm\u00e9s o\u00f9 la haine intergroupe est ciment\u00e9e par des g\u00e9n\u00e9rations de violence et de deuil. Des \u00e9quipes de recherche internationales ont ainsi appliqu\u00e9 les principes de Gaertner et Dovidio dans des contextes hautement volatils :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>En Bosnie-Herz\u00e9govine :<\/strong> des travaux post-guerre civile ont explor\u00e9 comment l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une identit\u00e9 citoyenne partag\u00e9e d&rsquo;Europ\u00e9ens ou de citoyens de Bosnie pouvait aider \u00e0 surmonter les ressentiments entre Bosniaques, Serbes et Croates ;<\/li>\n<li><strong>En Isra\u00ebl et en Palestine :<\/strong> des chercheurs ont \u00e9valu\u00e9 les interventions bas\u00e9es sur la recat\u00e9gorisation et l&rsquo;identit\u00e9 duelle. Les r\u00e9sultats montrent que lorsque des jeunes Isra\u00e9liens et Palestiniens sont r\u00e9unis autour de d\u00e9fis communs (environnementaux, artistiques ou scientifiques) favorisant une identit\u00e9 duelle (ex. \u00ab Musulmans et Juifs partenaires pour la paix \u00bb), on observe une mod\u00e9ration de la ranc\u0153ur et une reconnaissance mutuelle des narratifs de souffrance ;<\/li>\n<li><strong>En Irlande du Nord :<\/strong> les enqu\u00eates men\u00e9es apr\u00e8s les accords du Vendredi Saint ont confirm\u00e9 que le sentiment d&rsquo;une identit\u00e9 commune nord-irlandaise ou insulaire permettait d&rsquo;att\u00e9nuer la polarisation visc\u00e9rale entre catholiques r\u00e9publicains et protestants unionistes.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces \u00e9tudes transnationales ont n\u00e9anmoins soulign\u00e9 avec force les limites des interventions : dans les contextes de conflits dits intraitables, une tentative maladroite de suppression des identit\u00e9s sous-jacentes d\u00e9clenche une r\u00e9sistance farouche. Seule l&rsquo;ing\u00e9nierie d\u00e9licate d&rsquo;une <em>identit\u00e9 duelle<\/em> permet d&rsquo;ouvrir une br\u00e8che psychologique vers la r\u00e9conciliation sans violenter les m\u00e9moires collectives.<\/p>\n<h2>6. Processus cognitifs, affectifs et motivationnels sous-jacents<\/h2>\n<p>L&rsquo;une des forces distinctives du mod\u00e8le de l&rsquo;identit\u00e9 commune de l&rsquo;endogroupe r\u00e9side dans sa capacit\u00e9 \u00e0 offrir une cartographie int\u00e9grative des m\u00e9diateurs psychologiques. La recat\u00e9gorisation n&rsquo;agit pas comme une bo\u00eete noire ; elle mobilise simultan\u00e9ment trois syst\u00e8mes d&rsquo;engrenages psychiques : le syst\u00e8me cognitif, le syst\u00e8me affectif et le syst\u00e8me motivationnel.<\/p>\n<h3>6.1 La m\u00e9diation cognitive : Attribution, attention et m\u00e9moire s\u00e9lective<\/h3>\n<p>Sur le versant cognitif, l&rsquo;int\u00e9gration des membres de l&rsquo;ancien exogroupe au sein de l&rsquo;endogroupe red\u00e9fini transforme radicalement le m\u00e9tabolisme de traitement des informations sociales :<\/p>\n<p><strong>La r\u00e9vision du biais ultime d&rsquo;attribution :<\/strong><br \/>\nDans les relations intergroupes antagonistes, l&rsquo;erreur fondamentale d&rsquo;attribution est exacerb\u00e9e : les succ\u00e8s de l&rsquo;exogroupe sont d\u00e9pr\u00e9ci\u00e9s et attribu\u00e9s \u00e0 la chance, \u00e0 des circonstances externes ou \u00e0 la tricherie, tandis que ses \u00e9checs sont imput\u00e9s \u00e0 une incomp\u00e9tence cong\u00e9nitale ou \u00e0 des vices moraux. Inversement, l&rsquo;endogroupe b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;une indulgence sym\u00e9trique. D\u00e8s l&rsquo;instant o\u00f9 la recat\u00e9gorisation s&rsquo;installe, cette asym\u00e9trie s&rsquo;effondre : les r\u00e9ussites des membres recat\u00e9goris\u00e9s sont d\u00e9sormais attribu\u00e9es \u00e0 leur talent et \u00e0 leurs efforts (causes internes stables), valorisant ainsi la fiert\u00e9 du groupe commun tout entier.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;attention et l&rsquo;encodage mn\u00e9sique s\u00e9lectif :<\/strong><br \/>\nLes membres d&rsquo;un endogroupe re\u00e7oivent une allocation d&rsquo;attention visuelle et cognitive beaucoup plus fine. Leurs visages sont encod\u00e9s de mani\u00e8re holistique et individualis\u00e9e, emp\u00eachant le fameux effet de cross-race (difficult\u00e9 accrue \u00e0 distinguer les visages d&rsquo;une autre race). La m\u00e9moire humaine retient prioritairement les actes prosociaux, les vertus et les comp\u00e9tences des pairs endogroupaux, tout en oubliant rapidement leurs impairs. Ce filtre mn\u00e9sique protecteur s&rsquo;applique dor\u00e9navant \u00e0 l&rsquo;ensemble des acteurs du groupe supra-ordonn\u00e9.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;octroi d&rsquo;attributs de pleine humanit\u00e9 :<\/strong><br \/>\nLa recat\u00e9gorisation d\u00e9samorce l&rsquo;infrahumanisation. En consid\u00e9rant autrui comme membre de notre communaut\u00e9 symbolique de base, on lui reconna\u00eet sans restriction une int\u00e9riorit\u00e9 psychologique riche, une sensibilit\u00e9 morale affin\u00e9e et des \u00e9motions secondaires sophistiqu\u00e9es (telles que la compassion, la m\u00e9lancolie ou la culpabilit\u00e9 altruiste), rendant psychologiquement intenable tout comportement de cruaut\u00e9 ou de m\u00e9pris syst\u00e9matique.<\/p>\n<h3>6.2 Les m\u00e9diateurs affectifs : Anxi\u00e9t\u00e9 intergroupe et empathie g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e<\/h3>\n<p>Bien que le CIIM s&rsquo;appuie sur une fondation r\u00e9solument sociocognitive, Samuel Gaertner et John Dovidio ont rapidement reconnu, \u00e0 la lumi\u00e8re de l&rsquo;\u00e9volution de la psychologie contemporaine, que les affects et les \u00e9motions constituent souvent le v\u00e9ritable moteur \u00e9nerg\u00e9tique du changement d&rsquo;attitude :<\/p>\n<p><strong>La dissolution de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 intergroupe :<\/strong><br \/>\nFormul\u00e9e par Walter Stephan, l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1177\/1368430299024001\">anxi\u00e9t\u00e9 intergroupe<\/a> renvoie au malaise physique et psychologique anticip\u00e9 par les individus lors d&rsquo;une interaction avec un membre de l&rsquo;exogroupe (peur d&rsquo;\u00eatre rejet\u00e9, peur de para\u00eetre incomp\u00e9tent ou offensant, malaise face \u00e0 des codes culturels inconnus). Cette anxi\u00e9t\u00e9 d\u00e9clenche un r\u00e9tr\u00e9cissement du champ attentionnel et active des r\u00e9flexes d\u00e9fensifs d&rsquo;\u00e9vitement. La mise en place d&rsquo;une identit\u00e9 commune s\u00e9curise psychologiquement les participants : en interagissant au nom d&rsquo;une identit\u00e9 partag\u00e9e, le climat de menace relationnelle se dissipe, r\u00e9duisant drastiquement l&rsquo;activation physiologique du stress et permettant un \u00e9change d\u00e9tendu et ouvert.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;activation de l&#8217;empathie et de la r\u00e9sonance \u00e9motionnelle :<\/strong><br \/>\nL&rsquo;\u00eatre humain manifeste une r\u00e9pugnance spontan\u00e9e \u00e0 voir souffrir un membre de son groupe, \u00e9prouvant des r\u00e9actions de miroir \u00e9motionnel imm\u00e9diates. L&rsquo;inclusion d&rsquo;autrui dans l&rsquo;endogroupe commun d\u00e9clenche cette empathie dispositionnelle. Les r\u00e9ussites des partenaires suscitent une fiert\u00e9 vicariante sinc\u00e8re, tandis que leurs \u00e9preuves provoquent un \u00e9lan prosocial d&rsquo;assistance et de solidarit\u00e9 agissante.<\/p>\n<h3>6.3 Les leviers motivationnels : Estime de soi collective et besoin d&rsquo;appartenance<\/h3>\n<p>Sur le plan de la dynamique motivationnelle, le mod\u00e8le tire son carburant de forces profond\u00e9ment inscrites dans la psych\u00e9 humaine :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le maintien d&rsquo;une estime de soi collective positive :<\/strong> Selon la th\u00e9orie de l&rsquo;identit\u00e9 sociale, l&rsquo;individu cherche avidement \u00e0 projeter une image valorisante de lui-m\u00eame \u00e0 travers son affiliation groupale. Si l&rsquo;entit\u00e9 supra-ordonn\u00e9e est per\u00e7ue comme prestigieuse, efficace ou moralement admirable, les individus \u00e9prouvent un vif int\u00e9r\u00eat narcissique et identitaire \u00e0 y adh\u00e9rer pleinement et \u00e0 veiller \u00e0 ce que tous ses membres, sans exception, contribuent \u00e0 sa gloire commune ;<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9quilibre des besoins fondamentaux selon la distinctivit\u00e9 optimale :<\/strong> Marilynn Brewer a formalis\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e que les individus oscillent perp\u00e9tuellement entre deux pulsions oppos\u00e9es : le besoin d&rsquo;inclusion (assimilation au groupe pour ne pas \u00eatre isol\u00e9) et le besoin de diff\u00e9renciation (affirmation de sa singularit\u00e9 pour ne pas \u00eatre anonymis\u00e9). Le mod\u00e8le de l&rsquo;identit\u00e9 duelle r\u00e9sout magistralement cette tension dialectique : l&rsquo;identit\u00e9 supra-ordonn\u00e9e comble la soif d&rsquo;appartenance et de s\u00e9curit\u00e9, tandis que l&rsquo;identit\u00e9 subordonn\u00e9e (ethnique, professionnelle, culturelle) assouvit la soif de diff\u00e9renciation distinctive ;<\/li>\n<li><strong>La motivation intrins\u00e8que au contr\u00f4le des pr\u00e9jug\u00e9s :<\/strong> L&rsquo;adh\u00e9sion \u00e0 une identit\u00e9 supra-ordonn\u00e9e qui valorise institutionnellement l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 et la fraternit\u00e9 transforme la r\u00e9gulation des comportements. Les individus cessent de contr\u00f4ler leurs propos par simple crainte de sanctions sociales ext\u00e9rieures (motivation extrins\u00e8que) pour adopter une \u00e9thique personnelle sinc\u00e8re d&rsquo;\u00e9quit\u00e9 (motivation intrins\u00e8que), assurant une stabilit\u00e9 remarquable des conduites prosociales dans le temps.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>7. L&rsquo;asym\u00e9trie statutaire : Groupes dominants versus groupes minoritaires<\/h2>\n<p>L&rsquo;un des apports critiques les plus passionnants et lucides du mod\u00e8le de l&rsquo;identit\u00e9 commune de l&rsquo;endogroupe r\u00e9side dans l&rsquo;analyse sans fard des asym\u00e9tries de pouvoir. L&rsquo;univers social n&rsquo;est pas une ar\u00e8ne neutre compos\u00e9e de groupes \u00e9quivalents : il est structur\u00e9 par des hi\u00e9rarchies historiques de domination, des in\u00e9galit\u00e9s \u00e9conomiques et des disparit\u00e9s de statut. L&rsquo;adh\u00e9sion \u00e0 une identit\u00e9 commune ne s&rsquo;op\u00e8re donc pas de la m\u00eame mani\u00e8re selon que l&rsquo;on appartient au groupe majoritaire dominant ou \u00e0 un groupe minoritaire domin\u00e9.<\/p>\n<h3>7.1 La pr\u00e9f\u00e9rence des groupes majoritaires pour l&rsquo;assimilationnisme<\/h3>\n<p>Une r\u00e9gularit\u00e9 empirique massive d\u00e9montr\u00e9e par Dovidio et Gaertner est que les groupes \u00e0 statut \u00e9lev\u00e9 ou majoritaires privil\u00e9gient tr\u00e8s largement la repr\u00e9sentation en <em>un seul groupe commun<\/em> et rejettent fr\u00e9quemment l&rsquo;identit\u00e9 duelle ou le maintien des sous-groupes.<\/p>\n<p>Cette pr\u00e9f\u00e9rence spontan\u00e9e n&rsquo;est pas d\u00e9pourvue d&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 politique et psychologique. Pour le groupe dominant, la vision d&rsquo;un groupe unitaire correspond bien souvent, consciemment ou inconsciemment, \u00e0 un mod\u00e8le <strong>assimilationniste<\/strong>. En vertu du ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1080\/10463280480000227\">ingroup projection<\/a> (projection endogroupale) th\u00e9oris\u00e9 par Am\u00e9lie Mummendey et Michael Wenzel, le groupe dominant a tendance \u00e0 consid\u00e9rer que ses propres caract\u00e9ristiques, ses normes culturelles, ses valeurs et ses modes de vie constituent le prototype naturel, neutre et universel de l&rsquo;identit\u00e9 supra-ordonn\u00e9e. D\u00e8s lors, inviter les autres \u00e0 \u00ab faire partie du m\u00eame groupe \u00bb revient en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 exiger d&rsquo;eux qu&rsquo;ils s&rsquo;assimilent et abandonnent leurs diff\u00e9rences sp\u00e9cifiques pour se conformer au moule majoritaire.<\/p>\n<p>De plus, pour les dominants, promouvoir une identit\u00e9 commune sans distinction permet d&rsquo;\u00e9vacuer commod\u00e9ment de la conversation publique les r\u00e9alit\u00e9s d\u00e9rangeantes des privil\u00e8ges syst\u00e9miques, de la discrimination historique et des in\u00e9galit\u00e9s structurelles. Sous couvert d&rsquo;un universalisme g\u00e9n\u00e9reux (\u00ab Nous sommes tous simplement des \u00eatres humains \u00bb ou \u00ab Nous sommes tous des citoyens \u00e9gaux \u00bb), la r\u00e9alit\u00e9 mat\u00e9rielle de l&rsquo;oppression est opportun\u00e9ment gomm\u00e9e.<\/p>\n<h3>7.2 La r\u00e9sistance l\u00e9gitime des groupes minoritaires et domin\u00e9s<\/h3>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse sym\u00e9trique, les groupes minoritaires ou subordonn\u00e9s manifestent une r\u00e9ticence profonde, visc\u00e9rale et parfaitement compr\u00e9hensible envers les injonctions \u00e0 fondre leur \u00eatre dans un groupe supra-ordonn\u00e9 unifi\u00e9. Ils optent quasi syst\u00e9matiquement pour le mod\u00e8le de <strong>l&rsquo;identit\u00e9 duelle<\/strong> ou pour la valorisation de leur groupe subordonn\u00e9.<\/p>\n<p>Cette r\u00e9sistance puise ses racines dans des craintes parfaitement fond\u00e9es :<\/p>\n<ol>\n<li><strong>La peur de la dissolution culturelle et de l&rsquo;invisibilisation :<\/strong> Abandonner la saillance de l&rsquo;identit\u00e9 d&rsquo;origine dans un contexte asym\u00e9trique signifie confier la d\u00e9finition de son destin et de son h\u00e9ritage aux mains d&rsquo;un groupe dominant num\u00e9riquement ou politiquement h\u00e9g\u00e9monique ;<\/li>\n<li><strong>La privation du vocabulaire de la lutte sociale :<\/strong> Si l&rsquo;id\u00e9ologie officielle proclame que \u00ab nous ne formons qu&rsquo;un seul groupe uni o\u00f9 les sous-cat\u00e9gories n&rsquo;existent plus \u00bb, comment les minorit\u00e9s peuvent-elles l\u00e9gitimement d\u00e9signer et combattre les discriminations sp\u00e9cifiques dont elles sont victimes ? L&rsquo;effacement des cat\u00e9gories paralyse la d\u00e9nonciation du racisme ou du sexisme ;<\/li>\n<li><strong>Le risque de d\u00e9mobilisation politique :<\/strong> L&rsquo;acceptation enthousiaste d&rsquo;une identit\u00e9 commune r\u00e9confortante peut anesth\u00e9sier la prise de conscience de l&rsquo;injustice chez les domin\u00e9s, \u00e9moussant leur volont\u00e9 de s&rsquo;engager dans des actions collectives revendicatives, des manifestations ou des luttes pour les droits civiques.<\/li>\n<\/ol>\n<h3>7.3 Strat\u00e9gies d&rsquo;\u00e9quilibrage pour une inclusion supra-ordonn\u00e9e authentique<\/h3>\n<p>Pour d\u00e9passer cette fracture statutaire qui menacerait de rendre le CIIM inapplicable ou nocif dans les contextes r\u00e9els, Samuel Gaertner et John Dovidio ont propos\u00e9 des conditions strictes d&rsquo;impl\u00e9mentation garantissant un \u00e9quilibrage \u00e9thique et fonctionnel :<\/p>\n<p>Il est imp\u00e9ratif d&rsquo;abandonner le mod\u00e8le r\u00e9publicain aveugle aux diff\u00e9rences (<em>color-blindness<\/em>) au profit d&rsquo;un <strong>multiculturalisme int\u00e9gratif<\/strong> fond\u00e9 sur l&rsquo;identit\u00e9 duelle. Les attributs et les valeurs qui composent le groupe supra-ordonn\u00e9 ne doivent pas \u00eatre le calque exclusif des normes du groupe dominant. Ils doivent \u00eatre le fruit d&rsquo;une n\u00e9gociation d\u00e9lib\u00e9rative et d&rsquo;une co-construction d\u00e9mocratique sinc\u00e8re.<\/p>\n<p>L&rsquo;identit\u00e9 commune doit \u00eatre d\u00e9finie de mani\u00e8re suffisamment large et plurielle pour que chaque groupe subordonn\u00e9 s&rsquo;y reconnaisse sans avoir \u00e0 ali\u00e9ner son identit\u00e9 propre. Les contributions historiques, culturelles et symboliques des groupes minoritaires doivent \u00eatre explicitement int\u00e9gr\u00e9es au c\u0153ur de la mythologie du groupe global. C&rsquo;est uniquement \u00e0 cette condition de reconnaissance sym\u00e9trique que l&rsquo;identit\u00e9 supra-ordonn\u00e9e cesse d&rsquo;\u00eatre per\u00e7ue comme un instrument de pacification coloniale pour devenir un authentique espace d&rsquo;\u00e9mancipation partag\u00e9e.<\/p>\n<h2>8. Mod\u00e9rateurs et conditions limites de l&rsquo;efficacit\u00e9 du mod\u00e8le<\/h2>\n<p>Aucune th\u00e9orie en psychologie sociale ne poss\u00e8de une validit\u00e9 universelle et inconditionnelle. Le mod\u00e8le de l&rsquo;identit\u00e9 commune de l&rsquo;endogroupe a \u00e9t\u00e9 rigoureusement \u00e9prouv\u00e9 par ses auteurs et par des chercheurs ind\u00e9pendants afin de cartographier ses conditions limites, c&rsquo;est-\u00e0-dire les variables mod\u00e9ratrices qui conditionnent son succ\u00e8s ou pr\u00e9cipitent son \u00e9chec.<\/p>\n<h3>8.1 L&rsquo;intensit\u00e9 du conflit pr\u00e9alable et le degr\u00e9 de menace per\u00e7ue<\/h3>\n<p>L&rsquo;efficacit\u00e9 du CIIM varie consid\u00e9rablement en fonction du niveau d&rsquo;acrimonie historique qui s\u00e9pare les protagonistes. En pr\u00e9sence de traumatismes collectifs massifs, de crimes de guerre r\u00e9cents ou de spoliations territoriales non r\u00e9solues, d\u00e9cr\u00e9ter l&rsquo;existence d&rsquo;une identit\u00e9 commune est non seulement inefficace, mais s&rsquo;av\u00e8re fr\u00e9quemment contre-productif, suscitant un rejet violent et une r\u00e9actance psychologique majeure.<\/p>\n<p>La th\u00e9orie de la menace int\u00e9gr\u00e9e, d\u00e9velopp\u00e9e par Walter Stephan et Cookie Stephan, identifie deux dimensions de menaces qui font obstacle \u00e0 la recat\u00e9gorisation :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Les menaces r\u00e9alistes :<\/strong> peurs concr\u00e8tes portant sur la s\u00e9curit\u00e9 physique, l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 mat\u00e9rielle ou l&rsquo;acc\u00e8s aux ressources \u00e9conomiques. Si un groupe estime que l&rsquo;autre groupe repr\u00e9sente une menace existentielle pour sa survie, toute invitation \u00e0 fusionner dans une entit\u00e9 commune est interpr\u00e9t\u00e9e comme un pi\u00e8ge mortel ;<\/li>\n<li><strong>Les menaces symboliques :<\/strong> angoisses li\u00e9es \u00e0 la destruction potentielle des valeurs morales, religieuses, linguistiques ou philosophiques du groupe. Ces menaces bloquent l&rsquo;acc\u00e8s cognitif au niveau supra-ordonn\u00e9 en verrouillant le sentiment de sacralit\u00e9 des fronti\u00e8res du sous-groupe.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Dans ces configurations extr\u00eames, un travail pr\u00e9alable incontournable de reconnaissance des torts, de mise en \u0153uvre d&rsquo;une justice transitionnelle, de r\u00e9parations mat\u00e9rielles et de rituels symboliques d&rsquo;excuses publiques s&rsquo;av\u00e8re indispensable pour abaisser le niveau de menace per\u00e7ue \u00e0 un seuil tol\u00e9rable avant d&rsquo;envisager une quelconque recat\u00e9gorisation unificatrice.<\/p>\n<h3>8.2 L&rsquo;entitativit\u00e9 et la perm\u00e9abilit\u00e9 des fronti\u00e8res de groupe<\/h3>\n<p>La morphologie structurelle des groupes en pr\u00e9sence constitue un second mod\u00e9rateur d\u00e9terminant. Les psychologues sociaux emploient le terme d\u2019<strong>entitativit\u00e9<\/strong> (concept h\u00e9rit\u00e9 de Donald Campbell) pour d\u00e9signer le degr\u00e9 auquel un agr\u00e9gat d&rsquo;individus est per\u00e7u comme formant une unit\u00e9 r\u00e9elle, coh\u00e9rente, homog\u00e8ne et li\u00e9e par une essence commune :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;essentialisme cat\u00e9goriel :<\/strong> Lorsque les identit\u00e9s de d\u00e9part sont consid\u00e9r\u00e9es comme d&rsquo;origine biologique, g\u00e9n\u00e9tique ou divine (essentialisme racial ou religieux rigide), les fronti\u00e8res intergroupes sont per\u00e7ues comme totalement imperm\u00e9ables et \u00e9ternelles. La recat\u00e9gorisation se heurte alors \u00e0 une rigidit\u00e9 cognitive extr\u00eame ;<\/li>\n<li><strong>La menace pesant sur la distinctivit\u00e9 :<\/strong> Comme l&rsquo;a soulign\u00e9 Marilynn Brewer, plus un groupe est dot\u00e9 d&rsquo;une forte entitativit\u00e9 et de fronti\u00e8res nettes, plus ses membres r\u00e9agissent avec anxi\u00e9t\u00e9 \u00e0 toute tentative d&rsquo;effacer ces limites. Si la nouvelle identit\u00e9 supra-ordonn\u00e9e est trop vaste, informe ou universelle, les individus \u00e9prouvent le vertige de la d\u00e9personnalisation et se r\u00e9fugient violemment dans des replis nationalistes, communautaires ou fondamentalistes \u00e9troits pour restaurer leur sentiment d&rsquo;unicit\u00e9 collective.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8.3 Le probl\u00e8me de la g\u00e9n\u00e9ralisation des attitudes hors contexte imm\u00e9diat<\/h3>\n<p>L&rsquo;un des d\u00e9fis m\u00e9thodologiques et th\u00e9oriques les plus \u00e9pineux de la psychologie des relations intergroupes r\u00e9side dans le saut qualitatif entre la situation locale et le macrocosme social : comment s&rsquo;assurer que les sentiments chaleureux et la bienveillance \u00e9prouv\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des membres de l&rsquo;exogroupe pr\u00e9sents dans la situation de contact coop\u00e9rative se g\u00e9n\u00e9raliseront \u00e0 l&rsquo;ensemble de l&rsquo;exogroupe absent rest\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 civile ?<\/p>\n<p>C&rsquo;est ici qu&rsquo;appara\u00eet le talon d&rsquo;Achille de la recat\u00e9gorisation pure (\u00ab un seul groupe \u00bb) et de la d\u00e9cat\u00e9gorisation personnalis\u00e9e :<\/p>\n<p>Dans une recat\u00e9gorisation unifi\u00e9e totale o\u00f9 les identit\u00e9s d&rsquo;origine ont \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement dissimul\u00e9es ou oubli\u00e9es, les partenaires de contact ne sont plus vus comme des membres de l&rsquo;exogroupe, mais simplement comme des composantes du groupe commun. Par cons\u00e9quent, il se produit un ph\u00e9nom\u00e8ne pervers de <em>sous-typage<\/em> ou d&rsquo;exceptionnalisme : les participants consid\u00e8rent que leurs nouveaux amis sont des exceptions admirables, totalement atypiques de leur groupe d&rsquo;origine (\u00ab Ah, Karim et David sont formidables et civilis\u00e9s, ce ne sont pas comme les autres membres de leur communaut\u00e9 \u00bb). L&rsquo;exogroupe dans son ensemble demeure la cible de st\u00e9r\u00e9otypes intacts.<\/p>\n<p>C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment pour vaincre cette limite r\u00e9dhibitoire que Gaertner et Dovidio insistent sur la sup\u00e9riorit\u00e9 strat\u00e9gique de <strong>l&rsquo;identit\u00e9 duelle<\/strong> :<\/p>\n<p>En maintenant clairement saillante l&rsquo;appartenance des participants \u00e0 leur sous-groupe d&rsquo;origine tout au long de la coop\u00e9ration au sein du groupe commun, les partenaires de contact demeurent visibles comme des repr\u00e9sentants prototypiques et l\u00e9gitimes de leur cat\u00e9gorie de d\u00e9part. D\u00e8s lors, les sentiments d&rsquo;admiration, de comp\u00e9tence et de fraternit\u00e9 \u00e9prouv\u00e9s \u00e0 leur \u00e9gard ne peuvent pas \u00eatre isol\u00e9s par un effet de sous-typage : ils sont obligatoirement transf\u00e9r\u00e9s et g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s \u00e0 l&rsquo;ensemble de la communaut\u00e9 d&rsquo;origine qu&rsquo;ils incarnent.<\/p>\n<h2>9. Critiques \u00e9pist\u00e9mologiques et controverses scientifiques<\/h2>\n<p>En d\u00e9pit de son immense succ\u00e8s acad\u00e9mique et de ses confirmations exp\u00e9rimentales r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, le mod\u00e8le de l&rsquo;identit\u00e9 commune de l&rsquo;endogroupe a suscit\u00e9 de vives controverses et d&rsquo;intenses d\u00e9bats \u00e9pist\u00e9mologiques au sein de la communaut\u00e9 internationale des sp\u00e9cialistes des relations intergroupes.<\/p>\n<h3>9.1 Le paradoxe de l&rsquo;harmonie sociale : D\u00e9mobilisation et justice sociale<\/h3>\n<p>La critique la plus percutante adress\u00e9e au mod\u00e8le provient des chercheurs associ\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole critique et soci\u00e9tale des relations intergroupes, au premier rang desquels Stephen Wright, John Dixon et Kevin Durrheim. Ces auteurs ont mis en lumi\u00e8re ce qu&rsquo;ils qualifient de \u00ab c\u00f4t\u00e9 obscur \u00bb ou de <strong>paradoxe de l&rsquo;harmonie sociale<\/strong> (<em>the irony of harmony<\/em>).<\/p>\n<p>Selon cette perspective critique, l&rsquo;abaissement des pr\u00e9jug\u00e9s interpersonnels et l&rsquo;instauration d&rsquo;un climat relationnel apais\u00e9 et chaleureux gr\u00e2ce \u00e0 une identit\u00e9 supra-ordonn\u00e9e peuvent produire des effets pervers majeurs au regard de la v\u00e9ritable justice sociale :<\/p>\n<ul>\n<li>En faisant miroiter aux minorit\u00e9s opprim\u00e9es l&rsquo;illusion d&rsquo;une \u00e9galit\u00e9 et d&rsquo;une acceptation sinc\u00e8re au sein du groupe commun, la recat\u00e9gorisation anesth\u00e9sie leur sentiment d&rsquo;indignation morale et de privation relative ;<\/li>\n<li>Les membres des groupes domin\u00e9s, rassur\u00e9s par ce contact harmonieux, en viennent \u00e0 consid\u00e9rer le syst\u00e8me sociopolitique global comme fondamentalement juste et m\u00e9ritocratique, abaissant leur vigilance face aux micro-discriminations quotidiennes ;<\/li>\n<li>Le mod\u00e8le tend ainsi \u00e0 freiner drastiquement la disposition des domin\u00e9s \u00e0 s&rsquo;engager dans des actions collectives contestataires, des gr\u00e8ves ou des mouvements de contestation politique, qui constituent historiquement les seuls leviers efficaces pour arracher des r\u00e9formes structurelles profondes aux classes dirigeantes.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Comme le soulignent Wright et Dixon, l&rsquo;objectif fondamental de la psychologie sociale ne devrait pas \u00eatre de concevoir des technologies cognitives servant \u00e0 rendre les domin\u00e9s confortables et souriants au sein d&rsquo;une structure perp\u00e9tuant l&rsquo;injustice, mais d&rsquo;outiller la lucidit\u00e9 critique indispensable \u00e0 la transformation de l&rsquo;ordre social.<\/p>\n<h3>9.2 L&rsquo;imp\u00e9rialisme normatif de l&rsquo;identit\u00e9 supra-ordonn\u00e9e<\/h3>\n<p>Une seconde ligne de critique, d&rsquo;inspiration sociologique et postcoloniale, interroge l&rsquo;apparente neutralit\u00e9 de l&rsquo;entit\u00e9 supra-ordonn\u00e9e. De nombreux auteurs d\u00e9montrent que, dans la quasi-totalit\u00e9 des contextes r\u00e9els, le m\u00e9ta-groupe n&rsquo;est jamais une page blanche ou une construction cosmique pure : il est syst\u00e9matiquement pr\u00e9empt\u00e9, fa\u00e7onn\u00e9 et investi par les valeurs et la vision du monde des \u00e9lites historiques.<\/p>\n<p>Dans les d\u00e9mocraties occidentales, cette d\u00e9rive s&rsquo;incarne de fa\u00e7on flagrante dans les d\u00e9voiements du mod\u00e8le r\u00e9publicain ou universaliste abstrait :<\/p>\n<p>En exigeant que l&rsquo;ensemble des composantes d&rsquo;une nation s&rsquo;identifient exclusivement \u00e0 une citoyennet\u00e9 commune aveugle aux races et aux particularismes religieux, l&rsquo;institution \u00e9tatique \u00e9rige implicitement la culture historique de la majorit\u00e9 blanche et la\u00efque en norme universelle intangible. Quiconque revendique la reconnaissance de sa sp\u00e9cificit\u00e9 minoritaire ou rappelle l&rsquo;existence de discriminations cibl\u00e9es se voit accus\u00e9 de \u00ab communautarisme \u00bb, de trahison de l&rsquo;id\u00e9al r\u00e9publicain ou de tentative de partition nationale. Le mod\u00e8le supra-ordonn\u00e9 se transforme alors insidieusement en un instrument d&rsquo;injonction normative et de musellement des dissidences l\u00e9gitimes.<\/p>\n<h3>9.3 Les \u00e9cueils m\u00e9thodologiques des exp\u00e9rimentations \u00e9cologiques<\/h3>\n<p>Enfin, des r\u00e9serves m\u00e9thodologiques substantielles ont \u00e9t\u00e9 formul\u00e9es quant \u00e0 la validit\u00e9 des preuves empiriques recueillies en faveur du CIIM :<\/p>\n<ol>\n<li><strong>Le biais de d\u00e9sirabilit\u00e9 sociale :<\/strong> Dans les enqu\u00eates et exp\u00e9rimentations mesurant l&rsquo;adh\u00e9sion \u00e0 une identit\u00e9 commune, les participants sont soumis \u00e0 une forte pression normative. Affirmer que l&rsquo;on se sent membre d&rsquo;une humanit\u00e9 unie ou d&rsquo;une communaut\u00e9 scolaire harmonieuse est valorisant, mais cela refl\u00e8te-t-il pour autant les conduites r\u00e9elles dans l&rsquo;anonymat du quotidien ?<\/li>\n<li><strong>La superficialit\u00e9 temporelle des manipulations :<\/strong> Une recat\u00e9gorisation induite en laboratoire pendant deux heures \u00e0 grand renfort de t-shirts de m\u00eame couleur et de puzzles coop\u00e9ratifs poss\u00e8de-t-elle la robustesse n\u00e9cessaire pour survivre \u00e0 la brutalit\u00e9 des crises \u00e9conomiques r\u00e9elles, \u00e0 la comp\u00e9tition pour l&rsquo;acc\u00e8s aux logements ou \u00e0 la propagande politique polarisante une fois les participants sortis du campus ?<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;instabilit\u00e9 \u00e9cologique :<\/strong> Sur le terrain, l&rsquo;identit\u00e9 supra-ordonn\u00e9e s&rsquo;av\u00e8re souvent hautement volatile, capable de se d\u00e9sint\u00e9grer instantan\u00e9ment \u00e0 la moindre \u00e9tincelle anxiog\u00e8ne ou lors d&rsquo;un fait divers instrumentalis\u00e9 par les m\u00e9dias d&rsquo;opinion.<\/li>\n<\/ol>\n<h2>10. Applications pratiques : De la r\u00e9solution des conflits au management organisationnel<\/h2>\n<p>En d\u00e9pit des controverses \u00e9pist\u00e9mologiques et des d\u00e9fis structurels, la force extraordinaire du mod\u00e8le de l&rsquo;identit\u00e9 commune de l&rsquo;endogroupe tient \u00e0 son extraordinaire plasticit\u00e9 pratique. Loin de demeurer confin\u00e9 aux tours d&rsquo;ivoire universitaires, il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clin\u00e9 avec un pragmatisme remarquable au sein d&rsquo;une multitude de sph\u00e8res de l&rsquo;activit\u00e9 humaine contemporaine.<\/p>\n<h3>10.1 Gestion de la diversit\u00e9 et fusions-acquisitions d&rsquo;entreprises<\/h3>\n<p>Le monde de l&rsquo;entreprise et des organisations contemporaines offre un champ d&rsquo;application spectaculaire aux concepts de Samuel Gaertner et John Dovidio, tout particuli\u00e8rement lors des op\u00e9rations p\u00e9rilleuses de restructuration, de joint-ventures et de <strong>fusions-acquisitions<\/strong>.<\/p>\n<p>Statistiquement, plus de la moiti\u00e9 des fusions d&rsquo;entreprises se soldent par des \u00e9checs financiers ou organisationnels cuvants. La psychologie sociale organisationnelle d\u00e9montre que ces \u00e9checs ne rel\u00e8vent g\u00e9n\u00e9ralement pas de d\u00e9faillances techniques ou logistiques, mais d&rsquo;une guerre tribale intergroupe souterraine. Les salari\u00e9s de l&rsquo;entreprise A et ceux de l&rsquo;entreprise B se retranchent dans des postures de m\u00e9fiance, de d\u00e9nigrement mutuel et d&rsquo;auto-pr\u00e9servation corporatiste :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9cueil de l&rsquo;absorption brutale :<\/strong> Tenter d&rsquo;imposer unilat\u00e9ralement la marque et la culture de l&rsquo;acqu\u00e9reur aux d\u00e9pens de l&rsquo;acquis d\u00e9clenche une anxi\u00e9t\u00e9 identitaire massive, provoquant la d\u00e9mission des cadres cl\u00e9s et un d\u00e9sengagement professionnel destructeur ;<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;application du CIIM manag\u00e9rial :<\/strong> Les consultants et directeurs des ressources humaines \u00e9clair\u00e9s appliquent scrupuleusement la logique de <em>l&rsquo;identit\u00e9 duelle<\/em>. Il s&rsquo;agit de co-construire une nouvelle identit\u00e9 d&rsquo;entreprise fa\u00eeti\u00e8re prestigieuse, dot\u00e9e d&rsquo;une mission strat\u00e9gique inspirante et de nouveaux rituels manag\u00e9riaux partag\u00e9s, tout en valorisant explicitement le patrimoine historique, les brevets d&rsquo;excellence et l&rsquo;expertise sp\u00e9cifique apport\u00e9s par chaque entit\u00e9 constitutive ;<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;effet sur la sant\u00e9 au travail :<\/strong> Des \u00e9tudes empiriques d\u00e9montrent que la recat\u00e9gorisation r\u00e9ussie sous une identit\u00e9 d&rsquo;entreprise commune r\u00e9duit consid\u00e9rablement le stress professionnel li\u00e9 au changement, restaure le sentiment de s\u00e9curit\u00e9 psychologique, stimule l&rsquo;innovation transversale et am\u00e9liore radicalement la r\u00e9tention des talents au sein des \u00e9quipes hybrides.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10.2 Politiques \u00e9ducatives et m\u00e9diation interculturelle en milieu scolaire<\/h3>\n<p>Le secteur \u00e9ducatif constitue le sanctuaire naturel du CIIM. Les \u00e9coles et les universit\u00e9s sont le creuset au sein duquel se forgent les citoyennet\u00e9s d\u00e9mocratiques de demain. D\u00e8s lors, concevoir des environnements p\u00e9dagogiques propices \u00e0 la recat\u00e9gorisation inclusive repr\u00e9sente un imp\u00e9ratif soci\u00e9tal majeur.<\/p>\n<p>L&rsquo;une des concr\u00e9tisations les plus \u00e9clatantes du mod\u00e8le s&rsquo;incarne dans le perfectionnement de la m\u00e9thode de la <strong>classe puzzle<\/strong> (<em>Jigsaw Classroom<\/em>), initialement con\u00e7ue par Elliot Aronson dans les ann\u00e9es 1970 :<\/p>\n<p>Dans ce dispositif p\u00e9dagogique, les \u00e9l\u00e8ves sont divis\u00e9s en petits groupes de travail h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes d&rsquo;un point de vue racial, de genre et de statut socio-\u00e9conomique. Une t\u00e2che complexe d&rsquo;apprentissage (par exemple, la d\u00e9couverte d&rsquo;un chapitre d&rsquo;histoire) est segment\u00e9e en plusieurs volets. Chaque \u00e9l\u00e8ve du groupe devient le d\u00e9tenteur exclusif d&rsquo;un fragment du savoir, qu&rsquo;il va d&rsquo;abord travailler dans un \u00ab groupe d&rsquo;experts \u00bb, avant de retourner l&rsquo;enseigner \u00e0 ses pairs de son groupe d&rsquo;origine. La r\u00e9ussite finale de l&rsquo;\u00e9quipe d\u00e9pend obligatoirement de la contribution articul\u00e9e de chaque membre.<\/p>\n<p>Gaertner et Dovidio ont d\u00e9montr\u00e9 que ce dispositif op\u00e9rationnalise \u00e0 la perfection l&rsquo;interd\u00e9pendance positive et engendre une recat\u00e9gorisation spontan\u00e9e. Les st\u00e9r\u00e9otypes n\u00e9gatifs \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des \u00e9l\u00e8ves marginalis\u00e9s s&rsquo;effondrent, leur estime de soi acad\u00e9mique grimpe en fl\u00e8che, et la classe se mue en une micro-communaut\u00e9 solidaire o\u00f9 la r\u00e9ussite d&rsquo;autrui devient la condition sine qua non de son propre accomplissement. De plus, la formation des enseignants \u00e0 l&rsquo;identification de leurs propres biais implicites permet de r\u00e9guler les micro-injustices d&rsquo;attribution de la parole en classe, favorisant l&rsquo;ancrage d&rsquo;un climat institutionnel inclusif.<\/p>\n<h3>10.3 Diplomatie publique et interventions humanitaires internationales<\/h3>\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e9chelle g\u00e9opolitique mondiale, le mod\u00e8le fournit des boussoles inestimables pour la diplomatie publique, la m\u00e9diation de crises et la gouvernance des conflits asym\u00e9triques :<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;utilisation d&rsquo;objectifs supra-ordonn\u00e9s globaux :<\/strong><br \/>\nFace \u00e0 des menaces d&rsquo;ampleur plan\u00e9taire qui ne respectent aucune fronti\u00e8re \u00e9tatique \u2014 \u00e0 l&rsquo;instar du d\u00e9r\u00e8glement climatique, de l&rsquo;\u00e9rosion dramatique de la biodiversit\u00e9, ou des pand\u00e9mies virales mondiales \u2014, les diplomates mobilisent le vocabulaire du destin commun. En cadrant la lutte contre le r\u00e9chauffement global non comme une n\u00e9gociation punitive \u00e0 somme nulle, mais comme un d\u00e9fi vital conditionnant la survie collective de l&rsquo;esp\u00e8ce humaine, il devient possible de catalyser une identit\u00e9 supra-ordonn\u00e9e plan\u00e9taire capable d&rsquo;arracher des accords multilat\u00e9raux historiques.<\/p>\n<p><strong>Les programmes de jeunesse et de diplomatie par les pairs :<\/strong><br \/>\nDes organisations non gouvernementales internationales d\u00e9ploient les protocoles du CIIM au sein de camps de la paix et d&rsquo;acad\u00e9mies de leadership r\u00e9unissant des adolescents issus de camps rivaux (Chypriotes grecs et turcs, jeunes des Balkans, jeunes des ghettos am\u00e9ricains rivaux). En immergeant ces participants dans des environnements neutres o\u00f9 ils coop\u00e8rent pour produire des \u0153uvres th\u00e9\u00e2trales, des documentaires ou des innovations technologiques, les intervenants activent une identit\u00e9 duelle f\u00e9conde : les jeunes d\u00e9couvrent qu&rsquo;ils peuvent demeurer de loyaux patriotes de leur terre tout en partageant une fraternit\u00e9 d&rsquo;aspirations g\u00e9n\u00e9rationnelles ind\u00e9fectible.<\/p>\n<h2>11. Comparaison critique avec les approches contemporaines de r\u00e9duction des pr\u00e9jug\u00e9s<\/h2>\n<p>Pour mesurer pleinement la valeur paradigmatique du mod\u00e8le de l&rsquo;identit\u00e9 commune de l&rsquo;endogroupe, il est indispensable de le mettre en regard avec les autres grandes approches contemporaines con\u00e7ues par la psychologie sociale des relations intergroupes. Trois mod\u00e8les majeurs m\u00e9ritent une analyse compar\u00e9e approfondie : la d\u00e9cat\u00e9gorisation de Marilynn Brewer et Norman Miller, la diff\u00e9renciation mutuelle de Miles Hewstone et Rupert Brown, ainsi que les avanc\u00e9es r\u00e9centes des neurosciences sociales de l&#8217;empathie.<\/p>\n<h3>11.1 Identit\u00e9 commune versus D\u00e9cat\u00e9gorisation personnalis\u00e9e (Brewer &#038; Miller)<\/h3>\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, Marilynn Brewer et Norman Miller ont formul\u00e9 le mod\u00e8le de la <strong>d\u00e9cat\u00e9gorisation personnalis\u00e9e<\/strong> (<em>Personalization Model<\/em>). Leur th\u00e8se repose sur un principe radical : dans la mesure o\u00f9 ce sont les cat\u00e9gories sociales qui enfantent les st\u00e9r\u00e9otypes et la discrimination, la solution la plus saine consiste \u00e0 dissoudre purement et simplement la pertinence de ces cat\u00e9gories lors des situations d&rsquo;interaction intergroupe. Il convient d&rsquo;encourager les individus \u00e0 se percevoir comme des \u00eatres uniques dot\u00e9s de caract\u00e9ristiques psychologiques individuelles singuli\u00e8res.<\/p>\n<p>La confrontation th\u00e9orique entre le mod\u00e8le de Brewer et Miller et celui de Gaertner et Dovidio r\u00e9v\u00e8le des contrastes majeurs :<\/p>\n<table border=\"1\" cellpadding=\"8\" cellspacing=\"0\" style=\"width:100%; border-collapse:collapse; margin-bottom:20px;\">\n<thead>\n<tr style=\"background-color:#f2f2f2;\">\n<th>Crit\u00e8res comparatifs<\/th>\n<th>D\u00e9cat\u00e9gorisation (Brewer &#038; Miller)<\/th>\n<th>Identit\u00e9 commune (Gaertner &#038; Dovidio)<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td><strong>Niveau d&rsquo;abstraction vis\u00e9<\/strong><\/td>\n<td>Niveau subordonn\u00e9 individuel (\u00ab Toi et Moi \u00bb)<\/td>\n<td>Niveau supra-ordonn\u00e9 inclusif (\u00ab Nous \u00bb)<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Traitement de la cat\u00e9gorisation<\/strong><\/td>\n<td>\u00c9radication ou neutralisation cognitive de la grille groupale<\/td>\n<td>R\u00e9orientation et d\u00e9placement des fronti\u00e8res cat\u00e9gorielles<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Levier motivationnel<\/strong><\/td>\n<td>Curiosit\u00e9 interpersonnelle, recherche d&rsquo;affinit\u00e9s individuelles<\/td>\n<td>Mobilisation et extension du biais de favoritisme endogroupe<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Vuln\u00e9rabilit\u00e9 majeure<\/strong><\/td>\n<td>Incapacit\u00e9 \u00e0 g\u00e9n\u00e9raliser l&rsquo;attitude positive \u00e0 l&rsquo;ensemble du groupe<\/td>\n<td>Risque d&rsquo;assimilationnisme et de menace sur l&rsquo;identit\u00e9 distincte<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>Le point de rupture principal r\u00e9side dans la p\u00e9rennit\u00e9 et la transf\u00e9rabilit\u00e9 des b\u00e9n\u00e9fices. La d\u00e9cat\u00e9gorisation personnalis\u00e9e est extr\u00eamement fragile : d\u00e8s que l&rsquo;interaction prend fin et que l&rsquo;individu se retrouve replong\u00e9 dans son milieu habituel o\u00f9 les cat\u00e9gories redeviennent saillantes, les automatismes st\u00e9r\u00e9otypiques reprennent instantan\u00e9ment le dessus. Le CIIM, tout particuli\u00e8rement dans sa d\u00e9clinaison d&rsquo;identit\u00e9 duelle, r\u00e9sout cette contradiction en conservant le vecteur cat\u00e9goriel indispensable \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ralisation soci\u00e9tale.<\/p>\n<h3>11.2 Identit\u00e9 commune versus Diff\u00e9renciation mutuelle intergroupe (Hewstone &#038; Brown)<\/h3>\n<p>Partant d&rsquo;un constat oppos\u00e9, Miles Hewstone et Rupert Brown ont d\u00e9velopp\u00e9 le mod\u00e8le de la <strong>diff\u00e9renciation mutuelle intergroupe<\/strong> (<em>Mutual Intergroup Differentiation Model<\/em>). Ces auteurs soutiennent qu&rsquo;effacer les cat\u00e9gories (que ce soit par personnalisation ou par fusion supra-ordonn\u00e9e) est une entreprise p\u00e9rilleuse qui heurte de front le besoin de distinctivit\u00e9 des groupes. Leur proposition consiste au contraire \u00e0 maintenir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment saillantes les fronti\u00e8res intergroupes, mais \u00e0 instaurer un contexte de <strong>compl\u00e9mentarit\u00e9 des r\u00f4les<\/strong> :<\/p>\n<p>Chaque groupe se voit confier, lors de la t\u00e2che coop\u00e9rative, une responsabilit\u00e9 sp\u00e9cifique dans laquelle il excelle de par ses comp\u00e9tences reconnues. Par exemple, dans un projet conjoint, un groupe s&rsquo;occupera de la conception cr\u00e9ative et l&rsquo;autre de la rigueur logistique. Chacun reconna\u00eet la valeur indispensable de l&rsquo;autre sans que les identit\u00e9s ne soient m\u00e9lang\u00e9es.<\/p>\n<p>L&rsquo;avantage indiscutable du mod\u00e8le de Hewstone et Brown r\u00e9side dans l&rsquo;imm\u00e9diatet\u00e9 absolue de la g\u00e9n\u00e9ralisation : puisque les membres agissent de fa\u00e7on hautement prototypique de leur groupe respectif, l&rsquo;am\u00e9lioration des attitudes rejaillit m\u00e9caniquement sur l&rsquo;ensemble de l&rsquo;exogroupe ext\u00e9rieur. N\u00e9anmoins, sa faiblesse r\u00e9side dans le niveau \u00e9lev\u00e9 d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 intergroupe qui persiste pendant l&rsquo;interaction : la saillance permanente des fronti\u00e8res maintient un climat de vigilance et de tension sous-jacente.<\/p>\n<p>La r\u00e9conciliation moderne de ces approches, appuy\u00e9e par Gaertner, Dovidio, Pettigrew et Hewstone eux-m\u00eames, r\u00e9side dans un <strong>mod\u00e8le longitudinal s\u00e9quentiel<\/strong> du contact :<\/p>\n<ol>\n<li>L&rsquo;interaction gagne \u00e0 d\u00e9buter par une phase de <em>d\u00e9cat\u00e9gorisation personnalis\u00e9e<\/em> pour r\u00e9duire l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 initiale et nouer des affinit\u00e9s humaines sans menace ;<\/li>\n<li>Elle doit ensuite s&rsquo;articuler autour d&rsquo;une <em>diff\u00e9renciation mutuelle<\/em> valorisant la comp\u00e9tence des sous-groupes respectifs ;<\/li>\n<li>Elle trouve son couronnement dans l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une <em>identit\u00e9 commune ou duelle<\/em>, qui cimente l&rsquo;harmonie, stabilise la coop\u00e9ration \u00e0 long terme et sublime les appartenances au sein d&rsquo;une \u0153uvre partag\u00e9e.<\/li>\n<\/ol>\n<h3>11.3 Int\u00e9gration avec les th\u00e9ories neurocognitives de l&#8217;empathie intergroupe<\/h3>\n<p>Les deux premi\u00e8res d\u00e9cennies du XXIe si\u00e8cle ont vu l&rsquo;essor foudroyant des <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.neuron.2012.05.007\">neurosciences sociales<\/a>, qui sont venues apporter des preuves physiologiques stup\u00e9fiantes de la pertinence du mod\u00e8le de Gaertner et Dovidio \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle des circuits c\u00e9r\u00e9braux les plus intimes :<\/p>\n<p><strong>La modulation des r\u00e9actions amygdaliennes :<\/strong><br \/>\nDes \u00e9tudes pionni\u00e8res d&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) avaient \u00e9tabli que la pr\u00e9sentation tachistoscopique (quelques millisecondes) de visages appartenant \u00e0 un exogroupe racial d\u00e9clenche une activation automatique et disproportionn\u00e9e de l&rsquo;amygdale c\u00e9r\u00e9brale \u2014 structure limbique impliqu\u00e9e dans le traitement de la menace et de la vigilance anxieuse. Or, des recherches contemporaines (notamment celles de Jay Van Bavel et William Cunningham) ont d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;il suffit d&rsquo;assigner arbitrairement des participants \u00e0 une \u00e9quipe mixte sous un blason commun (recat\u00e9gorisation par groupe minimal) pour que cette hyper-activation amygdalienne face aux visages de couleur diff\u00e9rente disparaisse imm\u00e9diatement au profit d&rsquo;une r\u00e9ponse neuronale uniforme r\u00e9serv\u00e9e aux partenaires d&rsquo;endogroupe.<\/p>\n<p><strong>La r\u00e9sonance du r\u00e9seau par d\u00e9faut et de l&rsquo;insula :<\/strong><br \/>\nDe m\u00eame, l&rsquo;observation de la douleur physique subie par un membre d&rsquo;un exogroupe \u00e9choue fr\u00e9quemment \u00e0 activer l&rsquo;insula ant\u00e9rieure et le cortex cingulaire ant\u00e9rieur \u2014 les structures cl\u00e9s de la douleur vicariante et de l&#8217;empathie sensorimotrice. D\u00e8s lors qu&rsquo;une recat\u00e9gorisation supra-ordonn\u00e9e est induite exp\u00e9rimentalement, ces r\u00e9seaux neuro-\u00e9motionnels se r\u00e9activent avec une intensit\u00e9 remarquable pour l&rsquo;ancien membre de l&rsquo;exogroupe. Le cerveau humain reconfigure litt\u00e9ralement en temps r\u00e9el ses fronti\u00e8res d&#8217;empathie biologique sous l&rsquo;injonction des indices cognitifs d&rsquo;inclusion sociale.<\/p>\n<h2>12. Perspectives futures et \u00e9volutions du mod\u00e8le \u00e0 l&rsquo;\u00e8re num\u00e9rique<\/h2>\n<p>Alors que l&rsquo;humanit\u00e9 traverse des mutations g\u00e9opolitiques, technologiques et \u00e9cologiques d&rsquo;une ampleur in\u00e9dite, le mod\u00e8le de l&rsquo;identit\u00e9 commune de l&rsquo;endogroupe s&rsquo;affirme plus que jamais comme un cadre th\u00e9orique d&rsquo;une imp\u00e9rieuse n\u00e9cessit\u00e9. Comment ce mod\u00e8le peut-il \u00e9clairer et f\u00e9conder les grands d\u00e9fis contemporains du XXIe si\u00e8cle ?<\/p>\n<h3>12.1 L&rsquo;interaction intergroupe dans les espaces virtuels et r\u00e9seaux sociaux<\/h3>\n<p>La r\u00e9volution num\u00e9rique a profond\u00e9ment boulevers\u00e9 l&rsquo;\u00e9cologie du lien social. Les r\u00e9seaux sociaux et les plateformes num\u00e9riques ont, paradoxalement, exacerb\u00e9 la fragmentation et la polarisation politique. Les algorithmes d&rsquo;optimisation de l&rsquo;engagement marchand enferment les usagers dans des \u00ab chambres d&rsquo;\u00e9cho \u00bb informationnelles (bulles de filtres) o\u00f9 l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9 est diabolis\u00e9e et o\u00f9 le sentiment d&rsquo;appartenance tribale est attis\u00e9 par le ressentiment et l&rsquo;indignation morale num\u00e9rique permanente :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le cyber-contact et les m\u00e9tavers :<\/strong> Face \u00e0 cette pathologie de la connectivit\u00e9, des chercheurs d\u00e9veloppent des protocoles d&rsquo;intervention appliquant le CIIM au sein d&rsquo;environnements de r\u00e9alit\u00e9 virtuelle immersive. L&rsquo;utilisation d&rsquo;avatars neutres ou hybrides, l&rsquo;interaction anonymis\u00e9e sous des identit\u00e9s collaboratives supra-ordonn\u00e9es et la gamification de t\u00e2ches coop\u00e9ratives en ligne permettent de recr\u00e9er artificiellement les conditions d&rsquo;Allport \u00e0 travers l&rsquo;\u00e9cran ;<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;identit\u00e9s num\u00e9riques supra-ordonn\u00e9es :<\/strong> La cr\u00e9ation de communaut\u00e9s de projet massives (\u00e0 l&rsquo;instar de Wikip\u00e9dia, de l&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8me open-source Linux, ou de r\u00e9seaux mondiaux de science citoyenne) d\u00e9montre la viabilit\u00e9 de collectifs virtuels regroupant des millions d&rsquo;individus par-del\u00e0 leurs barri\u00e8res g\u00e9ographiques, ethniques ou religieuses, unis sous la banni\u00e8re d&rsquo;une identit\u00e9 commune de contributeurs universels au bien commun intellectuel.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>12.2 Identit\u00e9s plan\u00e9taires et d\u00e9fis \u00e9cologiques globaux<\/h3>\n<p>L&rsquo;entr\u00e9e de la Terre dans l&rsquo;\u00e9poque de l&rsquo;Anthropoc\u00e8ne place l&rsquo;humanit\u00e9 devant un d\u00e9fi existentiel absolu : pour la premi\u00e8re fois de son histoire, l&rsquo;esp\u00e8ce humaine est confront\u00e9e \u00e0 des d\u00e9gradations biosph\u00e9riques globales dont la r\u00e9solution exc\u00e8de structurellement les capacit\u00e9s de n&rsquo;importe quel \u00c9tat-nation pris individuellement :<\/p>\n<p>Dans ce contexte, le mod\u00e8le de Gaertner et Dovidio trouve son incarnation la plus grandiose \u00e0 travers la promotion de <strong>l&rsquo;identification \u00e0 l&rsquo;ensemble de l&rsquo;humanit\u00e9<\/strong> (<em>Identification with All Humanity<\/em> &#8211; IWAH). D\u00e9velopp\u00e9e notamment par Sam McFarland, cette \u00e9chelle psychologique mesure le degr\u00e9 auquel un individu se sent membre \u00e0 part enti\u00e8re de la famille humaine universelle, responsable du bien-\u00eatre des g\u00e9n\u00e9rations futures et des habitants des terres les plus recul\u00e9es.<\/p>\n<p>Les donn\u00e9es psychologiques contemporaines d\u00e9montrent que les individus qui manifestent une identit\u00e9 supra-ordonn\u00e9e humaine forte affichent des comportements \u00e9cologiques significativement plus vertueux, soutiennent massivement l&rsquo;accueil digne des r\u00e9fugi\u00e9s climatiques, pl\u00e9biscitent l&rsquo;aide humanitaire internationale et s&rsquo;opposent avec constance aux d\u00e9rives va-t-en-guerre de leurs propres gouvernements. L&rsquo;\u00e9cologie politique globale a un besoin urgent de mobiliser cette architecture cognitive pour transformer le destin plan\u00e9taire en une identit\u00e9 d&rsquo;endogroupe conscient de sa finitude partag\u00e9e.<\/p>\n<h3>12.3 L&rsquo;actualisation continue de l&rsquo;h\u00e9ritage scientifique de Gaertner et Dovidio<\/h3>\n<p>La disparition r\u00e9cente de Samuel L. Gaertner et de John F. Dovidio laisse un h\u00e9ritage scientifique colossal, qui continue d&rsquo;irriguer les laboratoires du monde entier. Les prolongements contemporains de leur \u0153uvre s&rsquo;articulent autour de plusieurs axes novateurs :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;int\u00e9gration des mod\u00e8les \u00e9cologiques et multiniveaux :<\/strong> Conjuguer la rigueur de la psychologie cognitive exp\u00e9rimentale avec la sociologie spatiale, afin de comprendre comment la morphologie des villes, l&rsquo;architecture des transports en commun et les politiques d&rsquo;urbanisme facilitent ou entravent la formation d&rsquo;identit\u00e9s communes de quartier ou de m\u00e9tropole ;<\/li>\n<li><strong>La r\u00e9sistance face \u00e0 la r\u00e9surgence des populismes :<\/strong> Face aux r\u00e9cits politiques nationalistes identitaires et x\u00e9nophobes qui exploitent les angoisses \u00e9conomiques pour r\u00e9tablir des fronti\u00e8res d&rsquo;exclusion meurtri\u00e8res, le CIIM fournit une bo\u00eete \u00e0 outils analytique indispensable pour d\u00e9construire les strat\u00e9gies de victimisation comp\u00e9titive et concevoir des contre-r\u00e9cits d&rsquo;unit\u00e9 r\u00e9publicaine \u00e9mancipatrice ;<\/li>\n<li><strong>La p\u00e9rennit\u00e9 d&rsquo;un humanisme rigoureux :<\/strong> Par-dessus tout, l&rsquo;\u0153uvre immortelle de Samuel Gaertner et John Dovidio prouve avec \u00e9clat que la recherche de la paix sociale et de la fraternit\u00e9 humaine n&rsquo;est pas une chim\u00e8re po\u00e9tique ou une mi\u00e8vrerie morale, mais une science exacte. En \u00e9lucidant m\u00e9thodiquement les rouages de la cognition sociale, ils ont d\u00e9montr\u00e9 que si l&rsquo;esprit humain est naturellement enclin \u00e0 fabriquer des fronti\u00e8res pour s&rsquo;abriter, il d\u00e9tient \u00e9galement le pouvoir sublime d&rsquo;\u00e9largir ces fronti\u00e8res pour embrasser le monde.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Allport, G. W. (1954). <em>The nature of prejudice<\/em>. Addison-Wesley.<\/li>\n<li>Aronson, E. (1978). <em>The jigsaw classroom<\/em>. SAGE Publications.<\/li>\n<li>Brewer, M. B. (1991). The social self: On being the same and different at the same time. <em>Personality and Social Psychology Bulletin<\/em>, 17(5), 475\u2013482. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1177\/0146167291175001\">https:\/\/doi.org\/10.1177\/0146167291175001<\/a><\/li>\n<li>Brewer, M. B., &amp; Miller, N. (1984). Beyond the contact hypothesis: Theoretical perspectives on desegregation. Dans N. Miller &amp; M. B. Brewer (dir.), <em>Groups in contact: The psychology of desegregation<\/em> (p. 281\u2013302). Academic Press.<\/li>\n<li>Brown, R., &amp; Hewstone, M. (2005). An integrative theory of intergroup contact. <em>Advances in Experimental Social Psychology<\/em>, 37, 255\u2013343. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0065-2601(05)37005-5\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0065-2601(05)37005-5<\/a><\/li>\n<li>Cunningham, W. A., Johnson, M. K., Raye, C. L., Chris Gatenby, J., Gore, J. C., &amp; Banaji, M. R. (2004). Separable neural components in the processing of black and white faces. <em>Psychological Science<\/em>, 15(12), 806\u2013812. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.0956-7976.2004.00760.x\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.0956-7976.2004.00760.x<\/a><\/li>\n<li>Deutsch, M. (1949). A theory of co-operation and competition. <em>Human Relations<\/em>, 2(2), 129\u2013152. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1177\/001872674900200204\">https:\/\/doi.org\/10.1177\/001872674900200204<\/a><\/li>\n<li>Dixon, J., Durrheim, K., &amp; Tredoux, C. (2005). Beyond the optimal contact strategy: A reality check for the contact hypothesis. <em>American Psychologist<\/em>, 60(7), 697\u2013711. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0003-066X.60.7.697\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0003-066X.60.7.697<\/a><\/li>\n<li>Dovidio, J. F., &amp; Gaertner, S. L. (2000). Aversive racism and selection decisions: 1989 and 1999. <em>Psychological Science<\/em>, 11(4), 315\u2013319. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/1467-9280.00262\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/1467-9280.00262<\/a><\/li>\n<li>Dovidio, J. F., &amp; Gaertner, S. L. (2004). Aversive racism. <em>Advances in Experimental Social Psychology<\/em>, 36, 1\u201352. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0065-2601(04)36001-6\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0065-2601(04)36001-6<\/a><\/li>\n<li>Dovidio, J. F., Gaertner, S. L., &amp; Saguy, T. (2009). Commonality and the complexity of \u201cwe\u201d: Social attitudes and social change. <em>Personality and Social Psychology Review<\/em>, 13(1), 3\u201320. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1177\/1088868308326751\">https:\/\/doi.org\/10.1177\/1088868308326751<\/a><\/li>\n<li>Gaertner, S. L., &amp; Dovidio, J. F. (1986). The aversive form of racism. Dans J. F. Dovidio &amp; S. L. Gaertner (dir.), <em>Prejudice, discrimination, and racism<\/em> (p. 61\u201389). Academic Press.<\/li>\n<li>Gaertner, S. L., &amp; Dovidio, J. F. (2000). <em>Reducing intergroup bias: The Common Ingroup Identity Model<\/em>. Psychology Press.<\/li>\n<li>Gaertner, S. L., Dovidio, J. F., Anastasio, P. A., Bachman, B. A., &amp; Rust, M. C. (1993). The Common Ingroup Identity Model: Recategorization and the reduction of intergroup bias. <em>European Review of Social Psychology<\/em>, 4(1), 1\u201326. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1080\/14792779343000004\">https:\/\/doi.org\/10.1080\/14792779343000004<\/a><\/li>\n<li>Gaertner, S. L., Dovidio, J. F., Banker, B. S., Houlette, M., Johnson, K. M., &amp; McGlynn, E. A. (2000). Reducing intergroup conflict: From superordinate goals to decategorization, recategorization, and mutual differentiation. <em>Group Dynamics: Theory, Research, and Practice<\/em>, 4(1), 98\u2013114. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/1089-2699.4.1.98\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/1089-2699.4.1.98<\/a><\/li>\n<li>Gaertner, S. L., Dovidio, J. F., &amp; Bachman, B. A. (1996). Revisiting the contact hypothesis: The induction of a common ingroup identity. <em>International Journal of Intercultural Relations<\/em>, 20(3-4), 271\u2013290. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0147-1767(96)00019-3\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0147-1767(96)00019-3<\/a><\/li>\n<li>Gaertner, S. L., Dovidio, J. F., Rust, M. C., Nier, J. A., Banker, B. S., Ward, C. M., Mottola, G. R., &amp; Houlette, M. (1999). Reducing intergroup bias: Elements of intergroup cooperation. <em>Journal of Personality and Social Psychology<\/em>, 76(3), 388\u2013402. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0022-3514.76.3.388\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0022-3514.76.3.388<\/a><\/li>\n<li>Gaertner, S. L., Mann, J., Murrell, A., &amp; Dovidio, J. F. (1989). Reducing intergroup bias: The benefits of recategorization. <em>Journal of Personality and Social Psychology<\/em>, 57(2), 239\u2013249. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0022-3514.57.2.239\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0022-3514.57.2.239<\/a><\/li>\n<li>Gaertner, S. L., Rust, M. C., Dovidio, J. F., Bachman, B. A., &amp; Anastasio, P. A. (1994). The contact hypothesis: The role of a common ingroup identity on reducing intergroup bias among an ethnically diverse student body. <em>Small Group Research<\/em>, 25(2), 224\u2013246. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1177\/1046496494252005\">https:\/\/doi.org\/10.1177\/1046496494252005<\/a><\/li>\n<li>Hewstone, M., &amp; Brown, R. J. (1986). Contact is not enough: An intergroup perspective on the \u2018contact hypothesis\u2019. Dans M. Hewstone &amp; R. Brown (dir.), <em>Contact and conflict in intergroup encounters<\/em> (p. 1\u201344). 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Self-categorization with a novel ingroup pairs neural response to outgroup faces. <em>Psychological Science<\/em>, 20(3), 321\u2013328. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1467-9280.2009.02294.x\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1467-9280.2009.02294.x<\/a><\/li>\n<li>Wenzel, M., Mummendey, A., &amp; Waldzus, S. (2007). Superordinate identities and intergroup conflict: The ingroup projection model. <em>European Review of Social Psychology<\/em>, 18(1), 331\u2013372. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1080\/10463280701726158\">https:\/\/doi.org\/10.1080\/10463280701726158<\/a><\/li>\n<li>Wright, S. C., &amp; Lubensky, M. E. (2009). The struggle for social equality: Collective action versus harmony for the advantaged and disadvantaged. Dans S. Demoulin, J.-P. Leyens, &amp; J. F. Dovidio (dir.), <em>Intergroup misunderstandings: Impact of divergent social realities<\/em> (p. 291\u2013310). Psychology Press.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une analyse exhaustive du mod\u00e8le de l&rsquo;identit\u00e9 commune de l&rsquo;endogroupe con\u00e7u par Samuel Gaertner et John Dovidio pour r\u00e9duire les biais intergroupes.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","template":"","categories":[154,2134,1486],"tags":[6534,2136,3964,6535,2137],"class_list":["post-4604","psych_article","type-psych_article","status-publish","hentry","category-psychologie-sociale","category-relations-intergroupes","category-sciences-cognitives","tag-identite-commune-de-lendogroupe","tag-john-f-dovidio","tag-prejuges-et-discrimination","tag-recategorisation","tag-samuel-l-gaertner"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_article\/4604","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_article"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4604"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_article\/4604\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4604"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4604"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4604"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}