{"id":10707,"date":"2026-09-24T08:20:13","date_gmt":"2026-09-24T08:20:13","guid":{"rendered":"http:\/\/french.arabpsychology.com\/theories\/hypothese-inflammatoire-cytokinique-depression-dantzer-et-al\/"},"modified":"2026-09-24T08:20:13","modified_gmt":"2026-09-24T08:20:13","slug":"hypothese-inflammatoire-cytokinique-depression-dantzer-et-al","status":"publish","type":"psych_article","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_article=hypothese-inflammatoire-cytokinique-depression-dantzer-et-al","title":{"rendered":"Hypoth\u00e8se inflammatoire et cytokinique de la d\u00e9pression &#8211; Robert Dantzer, Jason C. O&rsquo;Connor, Gregory G. Freund, Rodney W. Johnson, et Keith W. Kelley"},"content":{"rendered":"<p>Pendant plus d&rsquo;un demi-si\u00e8cle, la psychiatrie biologique a articul\u00e9 sa compr\u00e9hension du trouble d\u00e9pressif majeur autour du postulat d&rsquo;un d\u00e9ficit fonctionnel en neurotransmetteurs monoaminergiques au sein des fentes synaptiques du syst\u00e8me nerveux central. Bien que cette hypoth\u00e8se s\u00e9rotoninergique et cat\u00e9cholaminergique ait permis le d\u00e9veloppement d&rsquo;arsenaux pharmacologiques majeurs, elle s&rsquo;est heurt\u00e9e \u00e0 des apories th\u00e9oriques et cliniques consid\u00e9rables : une latence syst\u00e9matique d&rsquo;action th\u00e9rapeutique s&rsquo;\u00e9tendant sur plusieurs semaines malgr\u00e9 un blocage pharmacologique imm\u00e9diat de la recapture, et une proportion alarmante d&rsquo;\u00e9chappement ou de r\u00e9sistance th\u00e9rapeutique touchant plus d&rsquo;un tiers des cohortes cliniques. Face \u00e0 cette impasse m\u00e9canistique, l&rsquo;investigation neurobiologique a d\u00fb op\u00e9rer une r\u00e9volution de paradigme, d\u00e9laissant une vision exclusivement neurocentr\u00e9e et synaptique au profit d&rsquo;une approche syst\u00e9mique int\u00e9grant les interactions dynamiques entre les syst\u00e8mes immunitaires, endocriniens et neuronaux.<\/p>\n<p>C&rsquo;est au c\u0153ur de cette mutation \u00e9pist\u00e9mologique que s&rsquo;inscrivent les travaux pionniers et fondamentaux de Robert Dantzer, Jason C. O&rsquo;Connor, Gregory G. Freund, Rodney W. Johnson et Keith W. Kelley. En publiant en 2008 dans la prestigieuse revue <em>Nature Reviews Neuroscience<\/em> leur article de r\u00e9f\u00e9rence intitul\u00e9 <em>\u00ab From inflammation to sickness and depression: when the immune system subjugates the brain \u00bb<\/em>, ce consortium de chercheurs issus des neurosciences comportementales, de l&rsquo;immunologie mol\u00e9culaire et de la physiopathologie a transcend\u00e9 la simple corr\u00e9lation clinique pour proposer un mod\u00e8le m\u00e9canistique rigoureux et unifi\u00e9. Leurs recherches ont mis en lumi\u00e8re la mani\u00e8re dont les messagers p\u00e9riph\u00e9riques de l&rsquo;immunit\u00e9 inn\u00e9e, les cytokines pro-inflammatoires, d\u00e9tournent les circuits c\u00e9r\u00e9braux de la motivation, de l&rsquo;affectivit\u00e9 et de la cognition pour engendrer un \u00e9tat d\u00e9pressif caract\u00e9ris\u00e9.<\/p>\n<p>Cet article se propose de diss\u00e9quer de mani\u00e8re exhaustive l&rsquo;architecture th\u00e9orique et exp\u00e9rimentale de l&rsquo;hypoth\u00e8se inflammatoire et cytokinique de la d\u00e9pression formalis\u00e9e par Dantzer et ses collaborateurs. \u00c0 travers l&rsquo;analyse m\u00e9ticuleuse des voies de communication p\u00e9riph\u00e9rie-cerveau, de l&rsquo;activation microgliale, du d\u00e9r\u00e8glement de la voie kynur\u00e9nine-tryptophane induit par l&rsquo;indoleamine 2,3-dioxyg\u00e9nase (IDO), des alt\u00e9rations de la plasticit\u00e9 synaptique et des interactions neuroendocriniennes d\u00e9l\u00e9t\u00e8res, nous explorerons comment l&rsquo;immunit\u00e9 p\u00e9riph\u00e9rique en vient \u00e0 subjuguer la plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale. Nous mettrons en exergue la transition critique entre le comportement de maladie (\u00ab sickness behavior \u00bb) adaptatif et la pathologie d\u00e9pressive intriqu\u00e9e, tout en dressant le bilan des preuves translationnelles et des horizons th\u00e9rapeutiques qu&rsquo;ouvre aujourd&rsquo;hui la psychiatrie immuno-mol\u00e9culaire de pr\u00e9cision.<\/p>\n<h2>1. Contexte historique et fondements th\u00e9oriques des travaux de Dantzer et de ses collaborateurs<\/h2>\n<h3>1.1. Les limites de l&rsquo;hypoth\u00e8se monoaminergique classique<\/h3>\n<p>L&rsquo;av\u00e8nement de la psychopharmacologie moderne au milieu du XXe si\u00e8cle a repos\u00e9 sur la d\u00e9couverte fortuite des effets antid\u00e9presseurs de l&rsquo;iproniazide et de l&rsquo;imipramine. Ces observations ont donn\u00e9 naissance \u00e0 l&rsquo;hypoth\u00e8se monoaminergique postul\u00e9e par Schildkraut et Coppen, selon laquelle la d\u00e9pression r\u00e9sulterait d&rsquo;un d\u00e9ficit fonctionnel en s\u00e9rotonine (5-HT), noradr\u00e9naline (NA) et dopamine (DA) dans les r\u00e9seaux limbiques et corticaux. Toutefois, ce cadre conceptuel a rapidement manifest\u00e9 d&rsquo;inconcevables lacunes explicatives. Le premier paradoxe r\u00e9side dans le d\u00e9calage chronologique irr\u00e9ductible entre la cin\u00e9tique pharmacologique et l&rsquo;efficacit\u00e9 clinique : alors que l&rsquo;inhibition des transporteurs de recapture (SERT et NET) ou l&rsquo;inhibition enzymatique de la monoamine oxydase s&rsquo;op\u00e8re en quelques heures apr\u00e8s la prise m\u00e9dicamenteuse, l&rsquo;all\u00e8gement significatif des sympt\u00f4mes d\u00e9pressifs n\u00e9cessite couramment quatre \u00e0 huit semaines d&rsquo;administration ininterrompue. Ce d\u00e9calage temporel met en \u00e9vidence la n\u00e9cessit\u00e9 de remaniements neuroplastiques, transcriptionnels et cellulaires bien plus profonds qu&rsquo;une simple hausse st\u0153chiom\u00e9trique des neurom\u00e9diateurs dans la fente synaptique.<\/p>\n<p>Par ailleurs, la pratique clinique a \u00e9t\u00e9 confront\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9cueil de la d\u00e9pression r\u00e9sistante aux traitements (DRT). Les vastes essais d&rsquo;envergure, tels que le projet <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nimh.nih.gov\/funding\/clinical-research\/practical\/stard\">STAR*D (Sequenced Treatment Alternatives to Relieve Depression)<\/a>, ont rigoureusement d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;environ 30 \u00e0 40 % des patients ne parviennent jamais \u00e0 la r\u00e9mission compl\u00e8te malgr\u00e9 des lignes d&rsquo;intervention successives et vari\u00e9es ciblant exclusivement la transmission monoaminergique. Cette proportion consid\u00e9rable d&rsquo;\u00e9checs a sugg\u00e9r\u00e9 l&rsquo;existence d&rsquo;endoph\u00e9notypes physiopathologiques sous-jacents distincts, o\u00f9 l&rsquo;alt\u00e9ration de la transmission chimique synaptique n&rsquo;est qu&rsquo;un \u00e9piph\u00e9nom\u00e8ne secondaire plut\u00f4t que le primum movens de l&rsquo;affection.<\/p>\n<p>Face \u00e0 cet \u00e9puisement th\u00e9orique, la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/nri1137\">psychoneuroimmunologie<\/a> s&rsquo;est progressivement impos\u00e9e au cours des ann\u00e9es 1980 et 1990 comme une matrice interdisciplinaire incontournable. Les travaux initiaux de Robert Ader et Nicholas Cohen sur le conditionnement de la r\u00e9ponse immunitaire, ainsi que les \u00e9tudes de Hugo Besedovsky d\u00e9montrant que l&rsquo;activation du syst\u00e8me immunitaire modifiait directement la neurochimie hypothalamique, ont fractur\u00e9 le dogme de l&rsquo;isolement biologique du syst\u00e8me nerveux. La psychiatrie biologique ne pouvait plus continuer \u00e0 concevoir le cerveau comme un sanctuaire inviolable et immunologiquement ignorant. Il devenait imp\u00e9rieux de forger un mod\u00e8le int\u00e9grateur capable d&rsquo;articuler les stimuli immunitaires p\u00e9riph\u00e9riques et le remodelage structural des circuits \u00e9motionnels c\u00e9r\u00e9braux.<\/p>\n<h3>1.2. La contribution s\u00e9minale de l&rsquo;article de Dantzer et al. (2008)<\/h3>\n<p>C&rsquo;est dans ce contexte de refondation paradigmatique que la parution, en janvier 2008 au sein de <em>Nature Reviews Neuroscience<\/em>, de la revue synth\u00e9tique sign\u00e9e par Robert Dantzer, Jason C. O&rsquo;Connor, Gregory G. Freund, Rodney W. Johnson et Keith W. Kelley a constitu\u00e9 une rupture conceptuelle majeure. Intitul\u00e9 <em>\u00ab From inflammation to sickness and depression: when the immune system subjugates the brain \u00bb<\/em>, ce document s\u00e9minal n&rsquo;a pas simplement collig\u00e9 les corr\u00e9lations \u00e9parses existant entre marqueurs inflammatoires et humeur d\u00e9pressive ; il a formalis\u00e9 une th\u00e9orie m\u00e9canistique coh\u00e9rente d\u00e9crivant le passage biologique continu mais dichotomique entre une r\u00e9ponse physiologique st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e et r\u00e9versible \u2014 le comportement de maladie \u2014 et sa d\u00e9rive pathologique, le trouble d\u00e9pressif majeur.<\/p>\n<p>L&rsquo;apport d\u00e9cisif de cette publication r\u00e9side dans la conceptualisation du r\u00f4le causal, non seulement permissif ou corr\u00e9lationnel, jou\u00e9 par les cytokines pro-inflammatoires dans les alt\u00e9rations neurochimiques et comportementales. Dantzer et son \u00e9quipe ont d\u00e9montr\u00e9 que des mol\u00e9cules solubles g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par des cellules immunitaires inn\u00e9es p\u00e9riph\u00e9riques pouvaient agir comme de puissants neuromodulateurs au sein du parenchyme c\u00e9r\u00e9bral. Ils ont articul\u00e9 la cha\u00eene causale reliant la lib\u00e9ration initiale de m\u00e9diateurs inflammatoires \u00e0 la cascade enzymatique de l&rsquo;indoleamine 2,3-dioxyg\u00e9nase (IDO), aboutissant \u00e0 la production de m\u00e9tabolites neurotoxiques issus du tryptophane, \u00e0 l&rsquo;excitotoxicit\u00e9 glutamatergique et \u00e0 l&rsquo;effondrement de la neurogen\u00e8se.<\/p>\n<p>Cette perc\u00e9e a \u00e9t\u00e9 rendue possible par la convergence unique des expertises r\u00e9unies au sein du laboratoire de Dantzer et Kelley \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de l&rsquo;Illinois \u00e0 Urbana-Champaign. Alliant la rigueur des paradigmes de la neurobiologie comportementale animale \u00e0 l&rsquo;immunologie mol\u00e9culaire de pointe et \u00e0 l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie synaptique, ces chercheurs ont d\u00e9velopp\u00e9 des mod\u00e8les animaux translationnels irr\u00e9prochables. Leurs travaux ont fourni le socle exp\u00e9rimental qui manquait jusque-l\u00e0 aux hypoth\u00e8ses purement \u00e9pid\u00e9miologiques, conf\u00e9rant \u00e0 la psychiatrie immunologique sa pleine l\u00e9gitimit\u00e9 m\u00e9canistique.<\/p>\n<h3>1.3. L&rsquo;\u00e9volution \u00e9pist\u00e9mologique : de la psycho-somatique \u00e0 la neuro-immunologie mol\u00e9culaire<\/h3>\n<p>L&rsquo;essor de ces mod\u00e8les a simultan\u00e9ment marqu\u00e9 l&rsquo;abandon progressif du paradigme psychosomatique classique au profit d&rsquo;une v\u00e9ritable neuro-immunologie mol\u00e9culaire. Durant la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, la m\u00e9decine psychosomatique appr\u00e9hendait l&rsquo;influence des \u00e9motions sur les maladies physiques \u00e0 travers le prisme d&rsquo;une causalit\u00e9 unidirectionnelle et psychologisante : le conflit psychique ou le \u00ab stress mental \u00bb s&rsquo;exprimait sous la forme d&rsquo;un d\u00e9sordre visc\u00e9ral par le biais du syst\u00e8me nerveux autonome. Cette perspective, encore tributaire d&rsquo;un dualisme cart\u00e9sien opposant la <em>res cogitans<\/em> immat\u00e9rielle \u00e0 la <em>res extensa<\/em> biologique, s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e incapable d&rsquo;\u00e9lucider la machinerie biochimique intime de ces interactions.<\/p>\n<p>L&rsquo;hypoth\u00e8se formul\u00e9e par Dantzer et ses coll\u00e8gues a op\u00e9r\u00e9 une inversion conceptuelle radicale : elle postule que l&rsquo;immunit\u00e9 est un organe des sens, un v\u00e9ritable \u00ab sixi\u00e8me sens \u00bb charg\u00e9 de renseigner le cerveau sur des agressions mol\u00e9culaires, pathog\u00e9niques ou tissulaires situ\u00e9es hors de port\u00e9e des syst\u00e8mes sensoriels classiques (vision, ou\u00efe, toucher). D\u00e8s lors que le cerveau est reconnu comme un organe immuno-comp\u00e9tent en dialogue bidirectionnel permanent avec la p\u00e9riph\u00e9rie, les fronti\u00e8res \u00e9tanches entre soma et psych\u00e9 s&rsquo;effacent. Le syst\u00e8me immunitaire inn\u00e9 communique activement avec les r\u00e9seaux cortico-limbiques pour r\u00e9organiser l&rsquo;ensemble des priorit\u00e9s comportementales et m\u00e9taboliques de l&rsquo;individu.<\/p>\n<p>Cette transition \u00e9pist\u00e9mologique a permis d&rsquo;\u00e9lever les m\u00e9diateurs solubles de l&rsquo;immunit\u00e9 inn\u00e9e \u2014 cytokines, chimiokines, m\u00e9tabolites de l&rsquo;acide arachidonique \u2014 au rang de neurom\u00e9diateurs et de morphog\u00e8nes synaptiques majeurs. L&rsquo;investigation de la d\u00e9pression s&rsquo;est ainsi d\u00e9plac\u00e9e d&rsquo;un probl\u00e8me purement psychologique ou d&rsquo;une d\u00e9faillance monoaminergique isol\u00e9e vers l&rsquo;\u00e9tude d&rsquo;un dysfonctionnement des r\u00e9seaux de signalisation inter-syst\u00e8mes, o\u00f9 l&rsquo;inflammation agit en agent perturbateur de l&rsquo;hom\u00e9ostasie c\u00e9r\u00e9brale.<\/p>\n<h2>2. Du comportement de maladie (\u00ab Sickness Behavior \u00bb) \u00e0 la d\u00e9pression caract\u00e9ris\u00e9e<\/h2>\n<h3>2.1. Ph\u00e9nom\u00e9nologie et valeur adaptative du comportement de maladie<\/h3>\n<p>Le concept de comportement de maladie (\u00ab sickness behavior \u00bb), initialement th\u00e9oris\u00e9 par le v\u00e9t\u00e9rinaire et biologiste comportemental <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/3057709\/\">Benjamin L. Hart en 1988<\/a>, a constitu\u00e9 la pierre angulaire de l&rsquo;\u00e9difice th\u00e9orique de Robert Dantzer. Lorsqu&rsquo;un mammif\u00e8re est confront\u00e9 \u00e0 une infection aigu\u00eb ou \u00e0 une l\u00e9sion tissulaire massive, il d\u00e9ploie un ensemble coordonn\u00e9 et hautement reproductible d&rsquo;alt\u00e9rations comportementales et physiologiques : l\u00e9thargie profonde, diminution marqu\u00e9e de l&rsquo;activit\u00e9 motrice, anh\u00e9donie transitoire, anorexie, adipsie, somnolence accrue (avec r\u00e9organisation du sommeil lent profond), hyperalg\u00e9sie et retrait social volontaire.<\/p>\n<p>Loin de constituer une d\u00e9b\u00e2cle passive de l&rsquo;organisme ou une simple cons\u00e9quence d\u00e9l\u00e9t\u00e8re de l&rsquo;\u00e9puisement physique, le comportement de maladie repr\u00e9sente une strat\u00e9gie adaptative hautement sophistiqu\u00e9e fa\u00e7onn\u00e9e par la pression de s\u00e9lection \u00e9volutive. En r\u00e9duisant drastiquement les d\u00e9penses \u00e9nerg\u00e9tiques allou\u00e9es aux comportements non essentiels dans l&rsquo;imm\u00e9diat \u2014 tels que l&rsquo;exploration du territoire, la recherche de partenaires sexuels, l&rsquo;agression intrasp\u00e9cifique ou le fourrageage \u2014, l&rsquo;organisme peut r\u00e9allouer la totalit\u00e9 de ses ressources m\u00e9taboliques vers les fonctions thermor\u00e9gulatrices (fi\u00e8vre) et la prolif\u00e9ration des cellules immunocomp\u00e9tentes. L&rsquo;anorexie induite prive en outre les agents pathog\u00e8nes de micronutriments plasmatiques cruciaux tels que le fer et le zinc, tandis que le retrait social pr\u00e9vient la pr\u00e9dation d&rsquo;un animal vuln\u00e9rable et limite la propagation contagieuse au sein de la harde ou du groupe kin\u00e9tique.<\/p>\n<p>Dantzer a insist\u00e9 sur la nature strictement motivationnelle de cet \u00e9tat : l&rsquo;animal malade n&rsquo;est pas paralys\u00e9 sur le plan locomoteur ni incapable de s&rsquo;alimenter d&rsquo;un point de vue m\u00e9canique ; il op\u00e8re une r\u00e9organisation subjective de ses priorit\u00e9s internes. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une r\u00e9ponse c\u00e9r\u00e9brale st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e, r\u00e9gul\u00e9e par les cytokines pro-inflammatoires, qui pr\u00e9sente les caract\u00e9ristiques d&rsquo;un \u00e9tat \u00e9motionnel transitoire et enti\u00e8rement r\u00e9versible d\u00e8s la clairance de l&rsquo;agent pathog\u00e8ne.<\/p>\n<h3>2.2. La transition physiopathologique vers le trouble d\u00e9pressif majeur<\/h3>\n<p>Le point de bascule th\u00e9orique \u00e9tabli par Dantzer et son \u00e9quipe r\u00e9side dans la dissociation formelle entre cette r\u00e9ponse aigu\u00eb adaptative et sa d\u00e9rive maladaptative, chronique et toxique que constitue le trouble d\u00e9pressif caract\u00e9ris\u00e9. Dans les conditions physiologiques normales, la production de cytokines pro-inflammatoires p\u00e9riph\u00e9riques et centrales est strictement auto-limit\u00e9e par des boucles de r\u00e9trocontr\u00f4le hom\u00e9ostatique : activation de l&rsquo;axe hypothalamo-hypophyso-surr\u00e9nalien avec lib\u00e9ration de glucocortico\u00efdes anti-inflammatoires, s\u00e9cr\u00e9tion de cytokines inhibitrices (IL-10, TGF-\u03b2, r\u00e9cepteurs leurres solubles) et d\u00e9clenchement de la voie r\u00e9flexe inflammatoire cholinergique parasympathique.<\/p>\n<p>Toutefois, sous certaines conditions d&rsquo;intensit\u00e9, de chronicit\u00e9 du signal inflammatoire ou de d\u00e9ficience des m\u00e9canismes d&rsquo;extinction, cette machinerie r\u00e9gulatrice d\u00e9raille. Le signal neuro-inflammatoire s&rsquo;autonomise et s&rsquo;installe dans la dur\u00e9e. On assiste alors \u00e0 un \u00e9puisement des m\u00e9canismes de r\u00e9silience neurobiologique : les r\u00e9seaux neuronaux de l&rsquo;hippocampe, de l&rsquo;amygdale et du cortex cingulaire ant\u00e9rieur subissent une alt\u00e9ration synaptique persistante. La ph\u00e9nom\u00e9nologie se modifie : la fatigue physique et la l\u00e9thargie somato-v\u00e9g\u00e9tative du comportement de maladie c\u00e8dent la place \u00e0 la triade cognitive de la d\u00e9pression m\u00e9lancolique, caract\u00e9ris\u00e9e par le d\u00e9sespoir appris, la culpabilit\u00e9 d\u00e9lirante, la rumination n\u00e9gative et l&rsquo;anh\u00e9donie profonde et r\u00e9fractaire.<\/p>\n<p>Ce basculement repr\u00e9sente une v\u00e9ritable faillite allostatique au sens de McEwen. L&rsquo;inflammation ne sert plus \u00e0 gu\u00e9rir l&rsquo;organisme en mobilisant temporairement ses ressources, mais commence \u00e0 \u00e9roder le substrat neural indispensable \u00e0 la r\u00e9gulation des affects et de l&rsquo;estime de soi. La subjectivit\u00e9 s&rsquo;en trouve profond\u00e9ment d\u00e9structur\u00e9e, transformant un processus de survie biologique ancestral en une pathologie psychiatrique invalidante.<\/p>\n<h3>2.3. Les facteurs de vuln\u00e9rabilit\u00e9 individuelle dans la transition maladaptative<\/h3>\n<p>L&rsquo;observation clinique comme les mod\u00e8les pr\u00e9cliniques d\u00e9montrent que tous les individus soumis \u00e0 un stimulus inflammatoire \u00e9quivalent ne d\u00e9veloppent pas une d\u00e9pression majeure. Cette variabilit\u00e9 interindividuelle d\u00e9pend de vuln\u00e9rabilit\u00e9s polyg\u00e9niques, \u00e9pig\u00e9n\u00e9tiques et d\u00e9veloppementales qui conditionnent la r\u00e9activit\u00e9 du syst\u00e8me neuro-immunitaire. Sur le plan de la g\u00e9nomique fonctionnelle, des polymorphismes mononucl\u00e9otidiques (SNP) au sein des r\u00e9gions promotrices des g\u00e8nes codant les cytokines ont \u00e9t\u00e9 directement associ\u00e9s \u00e0 une susceptibilit\u00e9 accrue aux troubles de l&rsquo;humeur. Les all\u00e8les conf\u00e9rant une hyper-transcription du facteur de n\u00e9crose tumorale alpha (<em>TNF-\u03b1<\/em>, notamment le polymorphisme -308G\/A) ou de l&rsquo;interleukine-6 (<em>IL-6<\/em>, -174G\/C) potentialisent consid\u00e9rablement la r\u00e9activit\u00e9 inflammatoire basale et induite.<\/p>\n<p>\u00c0 ces d\u00e9terminants g\u00e9n\u00e9tiques s&rsquo;agr\u00e8gent de mani\u00e8re d\u00e9terminante les traces \u00e9pig\u00e9n\u00e9tiques laiss\u00e9es par les traumatismes et le stress pr\u00e9coce (\u00ab early life stress \u00bb). Dantzer et d&rsquo;autres ont soulign\u00e9 que l&rsquo;adversit\u00e9 infantile \u2014 qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de n\u00e9gligences, d&rsquo;abus physiques ou de s\u00e9parations maternelles pr\u00e9coces dans les mod\u00e8les murins \u2014 induit une sensibilisation durable, un \u00ab amor\u00e7age \u00bb (priming) permanent des cellules my\u00e9lo\u00efdes p\u00e9riph\u00e9riques et des cellules microgliales c\u00e9r\u00e9brales. Chez les sujets adultes ayant subi des maltraitances infantiles, la d\u00e9m\u00e9thylation des g\u00e8nes pro-inflammatoires et l&rsquo;hyper-m\u00e9thylation du r\u00e9cepteur aux glucocortico\u00efdes (NR3C1) emp\u00eachent un freinage efficace de l&rsquo;immunit\u00e9 inn\u00e9e, les exposant \u00e0 une r\u00e9ponse cytokinique d\u00e9mesur\u00e9e lors d&rsquo;agressions psychosociales ult\u00e9rieures.<\/p>\n<p>Enfin, le vieillissement biologique constitue un facteur de fragilit\u00e9 neuro-immunitaire universel, formalis\u00e9 sous le terme de s\u00e9nescence immunitaire et d&rsquo;\u00ab inflammaging \u00bb. Avec l&rsquo;\u00e2ge, la microglie bascule spontan\u00e9ment vers un ph\u00e9notype hyper-r\u00e9actif et dystrophique. En r\u00e9ponse au moindre d\u00e9fi infectieux p\u00e9riph\u00e9rique, cette microglie s\u00e9nescente synth\u00e9tise des quantit\u00e9s explosives de m\u00e9diateurs neurotoxiques, augmentant consid\u00e9rablement le risque de glissement du comportement de maladie vers un \u00e9pisode d\u00e9pressif majeur caract\u00e9ris\u00e9 ou un \u00e9tat de confusion l\u00e9thargique prolong\u00e9.<\/p>\n<h2>3. Les voies de communication bidirectionnelle entre l&rsquo;immunit\u00e9 p\u00e9riph\u00e9rique et le syst\u00e8me nerveux central<\/h2>\n<h3>3.1. La voie neurale aff\u00e9rente via le nerf vague<\/h3>\n<p>L&rsquo;un des apports conceptuels d\u00e9cisifs de Dantzer et de ses contemporains a \u00e9t\u00e9 de r\u00e9soudre le myst\u00e8re topographique de la communication entre le compartiment sanguin ou visc\u00e9ral et le parenchyme c\u00e9r\u00e9bral. La premi\u00e8re voie identifi\u00e9e, caract\u00e9ris\u00e9e par son extr\u00eame v\u00e9locit\u00e9, est la voie neurale aff\u00e9rente, orchestr\u00e9e principalement par la branche sensitive du <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/books\/NBK537171\/\">nerf vague (dixi\u00e8me nerf cr\u00e2nien)<\/a>.<\/p>\n<p>Les terminaisons libres et les paraganglions du nerf vague innervent abondamment la cavit\u00e9 p\u00e9riton\u00e9ale, les parois du tractus gastro-intestinal, le m\u00e9sent\u00e8re et les organes r\u00e9ticulo-endoth\u00e9liaux. Ces arborisations sensorielles expriment \u00e0 leur surface une vaste gamme de r\u00e9cepteurs aux motifs mol\u00e9culaires associ\u00e9s aux pathog\u00e8nes (TLR-4 pour le lipopolysaccharide) ainsi que des r\u00e9cepteurs membranaires aux cytokines pro-inflammatoires, singuli\u00e8rement le r\u00e9cepteur \u00e0 l&rsquo;interleukine-1 de type I (IL-1R1). D\u00e8s lors qu&rsquo;une infection ou une effraction tissulaire survient dans l&rsquo;espace sous-diaphragmatique, les cytokines s\u00e9cr\u00e9t\u00e9es par les macrophages r\u00e9sidents et les cellules dendritiques se lient imm\u00e9diatement \u00e0 ces r\u00e9cepteurs ch\u00e9mor\u00e9cepteurs vagaux. Cette liaison d\u00e9clenche une d\u00e9polarisation membranaire rapide et la g\u00e9n\u00e9ration de trains de potentiels d&rsquo;action se propageant le long des fibres vagales aff\u00e9rentes non my\u00e9linis\u00e9es de type C.<\/p>\n<p>Ces influx nerveux gagnent le tronc c\u00e9r\u00e9bral pour faire leur premier relais synaptique au niveau du noyau du tractus solitaire (NTS, <em>nucleus tractus solitarii<\/em>). Depuis le NTS, l&rsquo;information inflammatoire est relay\u00e9e par des voies cat\u00e9cholaminergiques et peptidergiques ascendantes vers des relais sous-corticaux et limbiques majeurs : la r\u00e9gion ventrolat\u00e9rale du bulbe, le locus coeruleus, le noyau parabrachial, l&rsquo;hypothalamus ventrom\u00e9dian et paraventriculaire, et enfin le complexe nucl\u00e9aire amygdalien et le cortex insulaire. Cette voie de conduction nerveuse permet au syst\u00e8me nerveux central d&rsquo;\u00eatre averti d&rsquo;une infection p\u00e9riph\u00e9rique en une fraction de seconde, pr\u00e9c\u00e9dant de plusieurs heures l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation des concentrations s\u00e9riques de cytokines dans la grande circulation.<\/p>\n<h3>3.2. La voie humorale et les organes circumventriculaires<\/h3>\n<p>La seconde modalit\u00e9 de communication, plus lente mais d&rsquo;un impact volumique consid\u00e9rable, est la voie humorale m\u00e9di\u00e9e par les organes circumventriculaires (OCV). Le parenchyme c\u00e9r\u00e9bral est physiologiquement prot\u00e9g\u00e9 des macromol\u00e9cules plasmatiques par la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique (BHE). Toutefois, l&rsquo;\u00e9volution a pr\u00e9serv\u00e9 un r\u00e9seau de fen\u00eatres strat\u00e9giques d\u00e9pourvues de cellules endoth\u00e9liales \u00e0 jonctions serr\u00e9es continues : l&rsquo;organe vasculaire de la lame terminale (OVLT), l&rsquo;organe subfornical (SFO), l&rsquo;\u00e9minence m\u00e9diane de l&rsquo;hypothalamus et l&rsquo;area postrema situ\u00e9e sur le plancher du quatri\u00e8me ventricule.<\/p>\n<p>Au niveau de ces structures \u00e9minemment vascularis\u00e9es, le lit capillaire est constitu\u00e9 d&rsquo;un endoth\u00e9lium fenestr\u00e9 reposant sur une membrane basale discontinue. Les cytokines circulantes de grande taille (telles que l&rsquo;IL-1\u03b2, le TNF-\u03b1 et l&rsquo;IL-6), qui ne peuvent th\u00e9oriquement franchir les jonctions occlusives de la BHE standard, parviennent \u00e0 diffuser passivement \u00e0 travers ces fenestrations pour atteindre les espaces p\u00e9rivasculaires. L\u00e0, elles entrent directement en contact avec des populations sp\u00e9cialis\u00e9es de cellules my\u00e9lo\u00efdes p\u00e9rivasculaires, de macrophages m\u00e9ning\u00e9s et de tanycytes.<\/p>\n<p>Ces cellules sentinelles expriment une haute densit\u00e9 de r\u00e9cepteurs aux cytokines. Leur engagement d\u00e9clenche une transduction du signal qui lib\u00e8re des vagues de m\u00e9diateurs secondaires \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du liquide c\u00e9r\u00e9brospinal (LCS) baignant les ventricules. \u00c0 partir des ventricules c\u00e9r\u00e9braux, les signaux inflammatoires diffusent de proche en proche dans les structures limbiques adjacentes, notamment les hippocampes et les parois hypothalamiques, d\u00e9clenchant l&rsquo;activation des r\u00e9seaux neuronaux r\u00e9gulateurs de l&rsquo;hom\u00e9ostasie \u00e9nerg\u00e9tique et de la balance affective.<\/p>\n<h3>3.3. La voie endoth\u00e9liale et le transport actif trans-barri\u00e8re<\/h3>\n<p>La troisi\u00e8me voie de transmission, d&rsquo;une remarquable sophistication biochimique, repose sur l&rsquo;interface endoth\u00e9liale de la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique elle-m\u00eame. Les cellules endoth\u00e9liales c\u00e9r\u00e9brovasculaires, associ\u00e9es aux p\u00e9ricytes et aux pieds astrocytaires au sein de l&rsquo;unit\u00e9 neurovasculaire, ne constituent pas un simple filtre m\u00e9canique inerte, mais un transducteur de signal m\u00e9taboliquement actif.<\/p>\n<p>Sous l&rsquo;influence des cytokines pro-inflammatoires circulantes se fixant sur leurs r\u00e9cepteurs luminaux (notamment l&rsquo;IL-1R1 et les r\u00e9cepteurs TNF-R1), les cellules endoth\u00e9liales activent des cascades de signalisation intracellulaire d\u00e9pendantes de la voie du facteur nucl\u00e9aire kappa B (NF-\u03baB) et de la prot\u00e9ine kinase activ\u00e9e par les mitog\u00e8nes (p38 MAPK). Cette activation transcriptomique d\u00e9clenche la transcription rapide de l&rsquo;enzyme cyclooxyg\u00e9nase-2 (COX-2) et de la prostaglandine E synthase microsomale-1 (mPGES-1). Ces enzymes catalysent la conversion de l&rsquo;acide arachidonique en prostaglandine E2 (PGE2). Lipophile et de petite taille, la PGE2 diffuse librement \u00e0 travers la membrane abluminale vers le parenchyme c\u00e9r\u00e9bral, o\u00f9 elle vient stimuler les r\u00e9cepteurs prostanoliques EP3 et EP4 situ\u00e9s sur les neurones et les astrocytes, modulant l&rsquo;activit\u00e9 des circuits de l&rsquo;\u00e9veil et de la valence \u00e9motionnelle.<\/p>\n<p>En parall\u00e8le, il a \u00e9t\u00e9 rigoureusement d\u00e9montr\u00e9, notamment par William A. Banks, qu&rsquo;une fraction des cytokines circulantes franchit l&rsquo;endoth\u00e9lium c\u00e9r\u00e9bral intact par le biais de transporteurs mol\u00e9culaires sp\u00e9cifiques et saturables. Ce processus de transcytose m\u00e9di\u00e9 par des r\u00e9cepteurs permet le passage direct de mol\u00e9cules intactes de TNF-\u03b1 et d&rsquo;IL-6 du sang vers l&rsquo;espace interstitiel c\u00e9r\u00e9bral, assurant un pont mol\u00e9culaire direct et dosable entre les fluctuations immunitaires p\u00e9riph\u00e9riques et le microenvironnement synaptique.<\/p>\n<h2>4. R\u00f4le des cytokines pro-inflammatoires cl\u00e9s : IL-1\u03b2, TNF-\u03b1, IL-6 et IFN-\u03b3<\/h2>\n<h3>4.1. L&rsquo;interleukine-1 b\u00eata (IL-1\u03b2) : inducteur central de la r\u00e9ponse neuro-inflammatoire<\/h3>\n<p>L&rsquo;interleukine-1 b\u00eata (IL-1\u03b2) occupe une position hi\u00e9rarchique sommitale dans la gen\u00e8se de la neuro-inflammation et du syndrome d\u00e9pressif. Sa biosynth\u00e8se et sa s\u00e9cr\u00e9tion requi\u00e8rent un m\u00e9canisme strict d&rsquo;activation \u00e0 deux signaux. Le premier signal, d\u00e9pendant des r\u00e9cepteurs de type Toll (TLR), conduit \u00e0 la transcription de la pro-IL-1\u03b2 inactive sous l&rsquo;\u00e9gide de NF-\u03baB. Le second signal implique la d\u00e9tection d&rsquo;esp\u00e8ces r\u00e9actives de l&rsquo;oxyg\u00e8ne ou de flux potassiques intracellulaires par le complexe de l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/nri.2017.145\">inflammasome NLRP3<\/a> (NLR family pyrin domain containing 3). L&rsquo;oligom\u00e9risation de NLRP3 recrute la prot\u00e9ine adaptatrice ASC et la pro-caspase-1, catalysant le clivage de cette derni\u00e8re en caspase-1 active, laquelle clive \u00e0 son tour la pro-IL-1\u03b2 en sa forme mature biologiquement active de 17 kDa.<\/p>\n<p>Une fois lib\u00e9r\u00e9e, l&rsquo;IL-1\u03b2 exerce des effets \u00e9lectrophysiologiques et morphologiques d\u00e9l\u00e9t\u00e8res via ses r\u00e9cepteurs IL-1R1, particuli\u00e8rement abondants au sein du gyrus dentel\u00e9 de l&rsquo;hippocampe et du noyau basolat\u00e9ral de l&rsquo;amygdale. La fixation de l&rsquo;IL-1\u03b2 inhibe la potentialisation \u00e0 long terme (LTP), substrat biologique de la consolidation mn\u00e9sique et de la plasticit\u00e9 neuronale, par le biais d&rsquo;une production accrue de radicaux libres et d&rsquo;une alt\u00e9ration de la phosphorylation des sous-unit\u00e9s du r\u00e9cepteur NMDA. Cette action directe sur l&rsquo;hippocampe contribue aux d\u00e9ficits cognitifs majeurs et au sentiment de vuln\u00e9rabilit\u00e9 \u00e9motionnelle caract\u00e9ristiques du syndrome d\u00e9pressif.<\/p>\n<p>Sur le versant neuroendocrinien, l&rsquo;IL-1\u03b2 parenchymateuse stimule puissamment le noyau paraventriculaire de l&rsquo;hypothalamus, provoquant une s\u00e9cr\u00e9tion massive de corticolib\u00e9rine (CRH) et une hyperactivit\u00e9 de l&rsquo;axe stress. Dans les mod\u00e8les murins d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 et de d\u00e9pression, l&rsquo;infusion intrac\u00e9r\u00e9broventriculaire de doses nanogrammiques d&rsquo;IL-1\u03b2 suffit \u00e0 reproduire l&rsquo;ensemble du tableau clinique d\u00e9pressif, incluant le comportement d&rsquo;\u00e9vitement, la r\u00e9signation acquise et l&rsquo;hypophagie.<\/p>\n<h3>4.2. Le facteur de n\u00e9crose tumorale alpha (TNF-\u03b1) : alt\u00e9rations synaptiques et comportementales<\/h3>\n<p>Le facteur de n\u00e9crose tumorale alpha (TNF-\u03b1) est une cytokine pl\u00e9iotrope ma\u00eetresse synth\u00e9tis\u00e9e sous la forme d&rsquo;un homotrim\u00e8re membranaire (mTNF) cliv\u00e9 ult\u00e9rieurement par l&rsquo;enzyme TACE\/ADAM17 pour lib\u00e9rer la forme soluble (sTNF). Ses actions biologiques au sein du syst\u00e8me nerveux central sont orchestr\u00e9es par deux r\u00e9cepteurs distincts : le r\u00e9cepteur TNF-R1 (p55), porteur d&rsquo;un domaine de mort cellulaire intracellulaire (\u00ab death domain \u00bb), et le r\u00e9cepteur TNF-R2 (p75), pr\u00e9f\u00e9rentiellement associ\u00e9 \u00e0 des fonctions trophiques et de survie cellulaire.<\/p>\n<p>Dans le contexte de la neuro-inflammation induite, l&rsquo;hyperactivation de la voie TNF-R1 induit des remaniements profonds de l&rsquo;architecture synaptique par le biais du m\u00e9canisme d&rsquo;\u00e9chelle synaptique (\u00ab synaptic scaling \u00bb). Des concentrations physiologiques faibles de TNF-\u03b1 d\u00e9riv\u00e9 des astrocytes contr\u00f4lent l&rsquo;insertion basale des r\u00e9cepteurs glutamatergiques AMPA \u00e0 la membrane postsynaptique. En revanche, une \u00e9l\u00e9vation pathologique de TNF-\u03b1 induit une exocytose massive et d\u00e9sordonn\u00e9e de r\u00e9cepteurs AMPA perm\u00e9ables au calcium (d\u00e9pourvus de la sous-unit\u00e9 GluA2) et provoque simultan\u00e9ment une endocytose internalisante des r\u00e9cepteurs GABA-A inhibiteurs. Ce d\u00e9s\u00e9quilibre synaptique engendre un \u00e9tat d&rsquo;hyperexcitabilit\u00e9 synaptique potentiellement neurotoxique.<\/p>\n<p>Au niveau comportemental, le TNF-\u03b1 est un r\u00e9gulateur n\u00e9gatif critique des circuits de la r\u00e9compense m\u00e9solimbique. Par sa capacit\u00e9 \u00e0 alt\u00e9rer la connectivit\u00e9 fonctionnelle entre le cortex pr\u00e9frontal ventromedial et le striatum ventral, et en perturbant le tonus dopaminergique basal, le TNF-\u03b1 induit une anh\u00e9donie profonde et tenace. De plus, il agit directement sur les cellules endoth\u00e9liales de la BHE pour d\u00e9grader les prot\u00e9ines de jonction serr\u00e9e (claudine-5, occludine et ZO-1), favorisant ainsi l&rsquo;extravasation de prot\u00e9ines s\u00e9riques et l&rsquo;infiltration anormale de leucocytes circulants dans le parenchyme c\u00e9r\u00e9bral.<\/p>\n<h3>4.3. L&rsquo;interleukine-6 (IL-6) et l&rsquo;interf\u00e9ron gamma (IFN-\u03b3)<\/h3>\n<p>L&rsquo;interleukine-6 (IL-6) se singularise par son mode d&rsquo;action d&rsquo;une grande complexit\u00e9 architecturale reposant sur la signalisation classique et la \u00ab trans-signalisation \u00bb. Alors que la signalisation classique requiert la liaison de l&rsquo;IL-6 \u00e0 son r\u00e9cepteur membranaire mIL-6R (exprim\u00e9 par un nombre restreint de cellules my\u00e9lo\u00efdes et h\u00e9patocytes) avant de recruter le dim\u00e8re transducteur de signal gp130, la trans-signalisation fait intervenir le r\u00e9cepteur soluble sIL-6R cliv\u00e9. Le complexe IL-6\/sIL-6R acquiert la propri\u00e9t\u00e9 de se fixer sur la prot\u00e9ine gp130 universellement exprim\u00e9e par tous les neurones et astrocytes du syst\u00e8me nerveux central, d\u00e9clenchant la voie pro-inflammatoire et apoptotique JAK-STAT3.<\/p>\n<p>Sur le plan translationnel, l&rsquo;IL-6 s&rsquo;affirme comme le biomarqueur circulant le plus robuste et le plus fr\u00e9quemment corr\u00e9l\u00e9 \u00e0 l&rsquo;intensit\u00e9 des sympt\u00f4mes d\u00e9pressifs dans les m\u00e9tadonn\u00e9es cliniques humaines. Une \u00e9l\u00e9vation persistante de l&rsquo;IL-6 s\u00e9rique ou intrath\u00e9cale pr\u00e9dit l&rsquo;absence de r\u00e9ponse aux antid\u00e9presseurs s\u00e9rotoninergiques classiques et s&rsquo;associe \u00e9troitement \u00e0 la gravit\u00e9 du ralentissement psychomoteur et du risque suicidaire.<\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, l&rsquo;interf\u00e9ron gamma (IFN-\u03b3), cytokine de type II synth\u00e9tis\u00e9e par les lymphocytes T cytotoxiques CD8+, les lymphocytes auxiliaires Th1 et les cellules NK, joue un r\u00f4le r\u00e9gulateur enzymatique primordial dans l&rsquo;hypoth\u00e8se de Dantzer. Bien que ses concentrations basales soient faibles au niveau c\u00e9r\u00e9bral, l&rsquo;IFN-\u03b3 poss\u00e8de la capacit\u00e9 unique de traverser focalement les structures p\u00e9rivasculaires lors d&rsquo;une stimulation immunitaire soutenue. Une fois pr\u00e9sent au sein du parenchyme, il agit en tant que plus puissant activateur transcriptionnel connu du g\u00e8ne codant l&rsquo;indoleamine 2,3-dioxyg\u00e9nase-1 (<em>IDO1<\/em>) via la voie STAT-1 et le facteur de r\u00e9gulation de l&rsquo;interf\u00e9ron-1 (IRF-1). Par cette r\u00e9gulation sp\u00e9cifique, l&rsquo;IFN-\u03b3 d\u00e9clenche le d\u00e9tournement catabolique de l&rsquo;acide amin\u00e9 tryptophane, \u00e9tablissant un lien mol\u00e9culaire irr\u00e9futable entre la r\u00e9ponse immunitaire \u00e0 m\u00e9diation cellulaire et la d\u00e9pl\u00e9tion monoaminergique synaptique.<\/p>\n<h2>5. Activation microgliale et neuroinflammation parenchymateuse<\/h2>\n<h3>5.1. La plasticit\u00e9 ph\u00e9notypique de la microglie<\/h3>\n<p>La <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/nrn.2017.173\">microglie<\/a>, constitu\u00e9e par les macrophages r\u00e9sidents du parenchyme c\u00e9r\u00e9bral issus des prog\u00e9niteurs h\u00e9matopo\u00ef\u00e9tiques du sac vitellin au cours de l&#8217;embryogen\u00e8se pr\u00e9coce, constitue le bras arm\u00e9 cellulaire de l&rsquo;immunit\u00e9 inn\u00e9e intrac\u00e9r\u00e9brale. Longtemps consid\u00e9r\u00e9e comme un simple soutien structural au repos, la microglie est en r\u00e9alit\u00e9 constamment active. \u00c0 l&rsquo;\u00e9tat physiologique ou de \u00ab surveillance \u00bb, les cellules microgliales exhibent une morphologie hautement ramifi\u00e9e avec des prolongements fins et dynamiques qui scannent perp\u00e9tuellement le neuropile \u00e0 la recherche de signaux d&rsquo;alt\u00e9ration hom\u00e9ostatique et participent \u00e0 l&rsquo;\u00e9lagage synaptique n\u00e9cessaire \u00e0 la plasticit\u00e9 neuronale.<\/p>\n<p>Sous l&rsquo;influence des signaux inflammatoires v\u00e9hicul\u00e9s par les voies neurale, humorale ou endoth\u00e9liale d\u00e9peintes par Dantzer, la microglie subit une transition ph\u00e9notypique radicale. Elle r\u00e9tracte ses prolongements dendritiques, augmente la taille de son soma et adopte une morphologie amibo\u00efde, mobilisable pour la phagocytose et la s\u00e9cr\u00e9tion de m\u00e9diateurs solubles. Si les premiers travaux classaient sch\u00e9matiquement cette activation selon le paradigme macrophagique binaire d&rsquo;activation classique neurotoxique \u00ab M1 \u00bb et d&rsquo;activation alternative r\u00e9paratrice \u00ab M2 \u00bb, la transcriptomique sur cellule unique (single-cell RNA-seq) contemporaine a largement d\u00e9pass\u00e9 ce mod\u00e8le. L&rsquo;activation microgliale s&rsquo;organise selon un continuum multidimensionnel de profils transcriptionnels dynamiques, modulant de fa\u00e7on subtile la balance entre neuroprotection et neurotoxicit\u00e9.<\/p>\n<p>Un m\u00e9canisme central explor\u00e9 par l&rsquo;\u00e9quipe de Rodney Johnson concerne le \u00ab priming \u00bb ou sensibilisation microgliale. Sous l&rsquo;effet d&rsquo;un stress chronique prolong\u00e9, d&rsquo;une dysbiose intestinale ou de l&rsquo;\u00e2ge avanc\u00e9, les microglies adoptent un \u00e9tat pr\u00e9tumoral o\u00f9 elles accumulent des mol\u00e9cules de surface comme le CD11b et le complexe majeur d&rsquo;histocompatibilit\u00e9 de classe II (MHC-II). Bien qu&rsquo;elles ne s\u00e9cr\u00e8tent pas n\u00e9cessairement de m\u00e9diateurs neurotoxiques \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat basal, ces cellules \u00ab amorc\u00e9es \u00bb r\u00e9pondent \u00e0 la moindre agression p\u00e9riph\u00e9rique secondaire par une d\u00e9charge explosive, disproportionn\u00e9e et prolong\u00e9e de cytokines cytotoxiques, p\u00e9rennisant l&rsquo;\u00e9tat inflammatoire intraparenchymateux et pr\u00e9cipitant la bascule d\u00e9pressive.<\/p>\n<h3>5.2. Production locale de m\u00e9diateurs toxiques et stress oxydatif<\/h3>\n<p>D\u00e8s lors que la microglie bascule dans un \u00e9tat d&rsquo;activation pathologique entretenu, elle se m\u00e9tamorphose en une source majeure de mol\u00e9cules toxiques diffusibles. L&rsquo;une des signatures enzymatiques de cette activation est l&rsquo;induction transcriptionnelle de la monoxyde d&rsquo;azote synthase inductible (iNOS ou NOS-2) sous l&rsquo;effet synergique du TNF-\u03b1 et de l&rsquo;IFN-\u03b3. Contrairement aux isoformes neuronale (nNOS) ou endoth\u00e9liale (eNOS) r\u00e9gul\u00e9es de mani\u00e8re pulsatile par le calcium, l&rsquo;iNOS produit de mani\u00e8re continue des quantit\u00e9s massives et micromolaires de monoxyde d&rsquo;azote (NO).<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, le complexe enzymatique membranaire de la NADPH oxydase (particuli\u00e8rement l&rsquo;isoforme microgliale NOX2) est assembl\u00e9 et activ\u00e9. NOX2 catalyse le transfert d&rsquo;\u00e9lectrons du NADPH vers l&rsquo;oxyg\u00e8ne mol\u00e9culaire dissous, g\u00e9n\u00e9rant d&rsquo;abondants anions superoxydes (O2\u2022-). Le monoxyde d&rsquo;azote et l&rsquo;anion superoxyde r\u00e9agissent alors spontan\u00e9ment, \u00e0 une vitesse limit\u00e9e uniquement par la diffusion mol\u00e9culaire, pour forger une esp\u00e8ce chimique radicalaire extr\u00eamement r\u00e9active et cytotoxique : le peroxynitrite (ONOO-).<\/p>\n<p>La pr\u00e9sence intraparenchymateuse soutenue de peroxynitrite et de radicaux hydroxyles (\u2022OH) d\u00e9clenche une cascade d\u00e9vastatrice de stress oxydatif et nitrosatif. Les acides gras polyinsatur\u00e9s abondants dans les membranes plasmiques neuronales et la my\u00e9line subissent une peroxydation lipidique non enzymatique, donnant naissance \u00e0 des d\u00e9riv\u00e9s toxiques tels que le 4-hydroxynon\u00e9nal (4-HNE) et le malondiald\u00e9hyde (MDA). Ces adduits modifient de fa\u00e7on irr\u00e9versible les prot\u00e9ines membranaires, inactivent les transporteurs de recapture des neurotransmetteurs et provoquent l&rsquo;oxydation de l&rsquo;ADN mitochondrial. Le dysfonctionnement de la cha\u00eene respiratoire mitochondriale qui en r\u00e9sulte entra\u00eene une chute de la production d&rsquo;ATP neuronal et une lib\u00e9ration de cytochrome c dans le cytosol, programmant la mort cellulaire par apoptose au sein des zones p\u00e9riventriculaires et hippocampiques.<\/p>\n<h3>5.3. Alt\u00e9ration du dialogue crois\u00e9 astrocytaire-microglial<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension contemporaine de la neuro-inflammation int\u00e8gre d\u00e9sormais l&rsquo;alt\u00e9ration fonctionnelle d\u00e9vastatrice des astrocytes, les cellules gliales les plus abondantes du syst\u00e8me nerveux central, dont le destin est \u00e9troitement asservi aux signaux microgliaux. Comme l&rsquo;ont formalis\u00e9 des \u00e9tudes translationnelles issues de la lign\u00e9e conceptuelle de Dantzer, notamment les travaux s\u00e9minaux de Shane Liddelow et Ben Barres, la microglie activ\u00e9e s\u00e9cr\u00e8te une triade mol\u00e9culaire d\u00e9terminante compos\u00e9e de TNF-\u03b1, d&rsquo;interleukine-1 alpha (IL-1\u03b1) et de la fraction du compl\u00e9ment C1q.<\/p>\n<p>Cette triade signale directement aux astrocytes de type protoplasmique pour provoquer leur conversion ph\u00e9notypique en astrocytes r\u00e9actifs neurotoxiques, d\u00e9sign\u00e9s sous le terme d&rsquo;astrocytes \u00ab A1 \u00bb. Dans cet \u00e9tat r\u00e9actif pro-inflammatoire, les astrocytes ne se contentent pas de perdre leurs fonctions physiologiques indispensables de trophicit\u00e9 neuronale et de synaptogen\u00e8se ; ils acqui\u00e8rent la capacit\u00e9 de s\u00e9cr\u00e9ter des toxines ind\u00e9termin\u00e9es et induisent activement la destruction des synapses et l&rsquo;apoptose des neurones et des oligodendrocytes.<\/p>\n<p>Deux cons\u00e9quences m\u00e9taboliques majeures d\u00e9coulent de cette transition astrocytaire r\u00e9active :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Effondrement de la clairance du glutamate :<\/strong> Les astrocytes A1 r\u00e9priment drastiquement l&rsquo;expression de leurs transporteurs membranaires \u00e0 haute affinit\u00e9 pour le glutamate, principalement GLT-1 (chez le rongeur) ou EAAT2 (chez l&rsquo;humain). Incapables d&rsquo;\u00e9purer le neurotransmetteur excitateur de l&rsquo;espace synaptique apr\u00e8s sa lib\u00e9ration neuronale, ils provoquent une accumulation de glutamate libre dans l&rsquo;interstice c\u00e9r\u00e9bral, amor\u00e7ant l&rsquo;excitotoxicit\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Rupture de la navette lactate :<\/strong> L&rsquo;astrocyte perd sa capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9livrer du lactate aux neurones par la navette m\u00e9tabolique monocarboxylate (ANLS, <em>astrocyte-neuron lactate shuttle<\/em>). Les neurones, priv\u00e9s de ce substrat \u00e9nerg\u00e9tique d&rsquo;appoint en p\u00e9riode de forte demande m\u00e9tabolique, s&rsquo;\u00e9puisent et deviennent hautement vuln\u00e9rables aux agressions oxydatives et bio\u00e9nerg\u00e9tiques, r\u00e9duisant la r\u00e9silience des r\u00e9seaux r\u00e9gulant la r\u00e9ponse au stress.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>6. La voie m\u00e9tabolique de la kynur\u00e9nine et l&rsquo;activation de l&rsquo;indoleamine 2,3-dioxyg\u00e9nase (IDO)<\/h2>\n<h3>6.1. Le d\u00e9tournement m\u00e9tabolique du tryptophane par l&rsquo;IDO<\/h3>\n<p>L&rsquo;une des contributions exp\u00e9rimentales et conceptuelles les plus remarquables de Robert Dantzer et de Jason C. O&rsquo;Connor est l&rsquo;\u00e9lucidation fine du r\u00f4le de la voie de d\u00e9gradation du <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pmc\/articles\/PMC2911417\/\">tryptophane via la kynur\u00e9nine<\/a> en tant que pivot mol\u00e9culaire reliant la stimulation immunitaire \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence des sympt\u00f4mes d\u00e9pressifs. Le L-tryptophane est un acide amin\u00e9 aromatique essentiel, pr\u00e9curseur exclusif de la biosynth\u00e8se de la s\u00e9rotonine (5-hydroxytryptamine ou 5-HT) et de la m\u00e9latonine dans le cerveau via l&rsquo;enzyme limitante tryptophane hydroxylase-2 (TPH2). En conditions basales et saines, seulement 1 \u00e0 2 % du tryptophane intrac\u00e9r\u00e9bral est achemin\u00e9 vers la synth\u00e8se de la s\u00e9rotonine, la majeure partie \u00e9tant d\u00e9grad\u00e9e dans le foie par la tryptophane 2,3-dioxyg\u00e9nase (TDO) r\u00e9gul\u00e9e par les glucocortico\u00efdes.<\/p>\n<p>Cependant, lors de l&rsquo;instauration d&rsquo;un climat pro-inflammatoire caract\u00e9ris\u00e9 par des vagues d&rsquo;IFN-\u03b3, de TNF-\u03b1 et d&rsquo;IL-1\u03b2, une enzyme ubiquitaire extrah\u00e9patique est puissamment induite au niveau des cellules microgliales, des cellules endoth\u00e9liales c\u00e9r\u00e9brales et des macrophages : l&rsquo;<strong>indoleamine 2,3-dioxyg\u00e9nase (IDO1)<\/strong>. L&rsquo;activit\u00e9 enzymatique d&rsquo;IDO1 catalyse la premi\u00e8re \u00e9tape limitante de la d\u00e9gradation oxydative du L-tryptophane en N-formylkynur\u00e9nine, rapidement m\u00e9tabolis\u00e9e en L-kynur\u00e9nine (KYN). En cons\u00e9quence, le tryptophane disponible est massivement d\u00e9tourn\u00e9 de la cha\u00eene biosynth\u00e9tique de la s\u00e9rotonine pour alimenter exclusivement la cascade de la kynur\u00e9nine.<\/p>\n<p>Le calcul du rapport entre les concentrations plasmatiques ou c\u00e9r\u00e9brospinales de kynur\u00e9nine et de tryptophane (<strong>ratio KYN\/TRP<\/strong>) est devenu un \u00e9talon or translationnel. Une \u00e9l\u00e9vation significative de ce ratio constitue un biomarqueur direct de la puissance d&rsquo;activation enzymatique de l&rsquo;IDO par le syst\u00e8me immunitaire inn\u00e9. L&rsquo;\u00e9puisement subs\u00e9quent du tryptophane dans le microenvironnement synaptique restreint de fa\u00e7on critique la synth\u00e8se de s\u00e9rotonine, pr\u00e9cipitant les perturbations de l&rsquo;humeur.<\/p>\n<h3>6.2. La branche microgliale neurotoxique : acide quinolinique et excitotoxicit\u00e9<\/h3>\n<p>Le d\u00e9tournement du tryptophane en kynur\u00e9nine n&rsquo;induit pas simplement une d\u00e9pl\u00e9tion s\u00e9rotoninergique passive ; il g\u00e9n\u00e8re activement des m\u00e9tabolites neuroactifs et neurotoxiques dont l&rsquo;action pharmacologique intrac\u00e9r\u00e9brale est d\u00e9vastatrice. Une fois la kynur\u00e9nine synth\u00e9tis\u00e9e, son m\u00e9tabolisme intraparenchymateux se s\u00e9pare en deux branches cellulaires mutuellement exclusives et fonctionnellement antagonistes. La branche pr\u00e9dominante au sein des cellules microgliales activ\u00e9es et des macrophages infiltr\u00e9s est la voie neurotoxique.<\/p>\n<p>Dans la microglie, la kynur\u00e9nine est successivement transform\u00e9e par la kynur\u00e9nine 3-monooxyg\u00e9nase (KMO, enzyme \u00e0 FAD hautement inductible par l&rsquo;IFN-\u03b3) en 3-hydroxykynur\u00e9nine (3-HK), puis par la kynur\u00e9ninase (KYNU) en acide 3-hydroxyanthranilique (3-HAA). L&rsquo;enzyme 3-hydroxyanthranilate 3,4-dioxyg\u00e9nase (3-HAO) oxyde ensuite ce m\u00e9tabolite en semiald\u00e9hyde 2-amino-3-carboxymuconique, qui subit une cyclisation spontan\u00e9e non enzymatique irr\u00e9versible pour forger l&rsquo;<strong>acide quinolinique (QUIN)<\/strong>.<\/p>\n<p>L&rsquo;acide quinolinique est un puissant agoniste sp\u00e9cifique et comp\u00e9titif des <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/nrn2653\">r\u00e9cepteurs glutamatergiques ionotropes NMDA<\/a> (N-m\u00e9thyl-D-aspartate), pr\u00e9f\u00e9rentiellement ceux renfermant les sous-unit\u00e9s NR2A et NR2B situ\u00e9s au niveau postsynaptique et extrasynaptique. La liaison de concentrations supraphysiologiques d&rsquo;acide quinolinique sur le r\u00e9cepteur NMDA entra\u00eene :<\/p>\n<ul>\n<li>Une ouverture prolong\u00e9e du canal ionique associ\u00e9, provoquant un influx massif et non r\u00e9gul\u00e9 d&rsquo;ions calcium (Ca2+) dans le cytoplasme neuronal.<\/li>\n<li>Une surcharge calcique mitochondriale, ruinant le gradient \u00e9lectrochimique transmembranaire et provoquant l&rsquo;ouverture du pore de transition de perm\u00e9abilit\u00e9 mitochondriale (mPTP).<\/li>\n<li>L&rsquo;activation aberrante d&rsquo;enzymes calcium-d\u00e9pendantes destructrices : calpa\u00efnes, phospholipases A2 et endonucl\u00e9ases clivant les prot\u00e9ines du cytosquelette et l&rsquo;ADN.<\/li>\n<li>La formation accrue de radicaux libres oxyg\u00e9n\u00e9s via la stimulation enzymatique directe de la cha\u00eene de peroxydation.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ce ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;excitotoxicit\u00e9 glutamatergique conduit \u00e0 l&rsquo;apoptose neuronale massive, frappant s\u00e9lectivement les interneurones GABAergiques et les cellules pyramidales des couches CA1 et CA3 de l&rsquo;hippocampe ainsi que du striatum dorsal, des structures \u00e9minemment impliqu\u00e9es dans la r\u00e9silience \u00e9motionnelle et la motivation.<\/p>\n<h3>6.3. La branche astrocytaire et l&rsquo;acide kynur\u00e9nique<\/h3>\n<p>\u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9 de la voie microgliale, les astrocytes m\u00e9tabolisent la kynur\u00e9nine selon une branche enzymatique alternative cens\u00e9e \u00eatre physiologiquement neuroprotectrice. D\u00e9pourvus d&rsquo;une machinerie KMO fonctionnelle efficace, les astrocytes expriment en revanche les kynur\u00e9nine aminotransf\u00e9rases (principalement KAT-I, KAT-II et KAT-III), qui transforment la kynur\u00e9nine en <strong>acide kynur\u00e9nique (KYNA)<\/strong>.<\/p>\n<p>L&rsquo;acide kynur\u00e9nique se caract\u00e9rise par des propri\u00e9t\u00e9s pharmacologiques antagonistes remarquables : il bloque de fa\u00e7on comp\u00e9titive le site glycine des r\u00e9cepteurs NMDA et exerce une action inhibitrice allost\u00e9rique sur les r\u00e9cepteurs cholinergiques nicotiniques alpha-7 (\u03b17nAChR). \u00c0 des concentrations physiologiques r\u00e9gul\u00e9es, le KYNA joue un r\u00f4le de mod\u00e9rateur synaptique, prot\u00e9geant les r\u00e9seaux neuronaux contre les excitations glutamatergiques excessives.<\/p>\n<p>Cependant, dans la physiopathologie d\u00e9pressive diss\u00e9qu\u00e9e par Dantzer et al., l&rsquo;inflammation chronique rompt totalement cet \u00e9quilibre d\u00e9licat. En stimulant s\u00e9lectivement l&rsquo;expression de la KMO microgliale au d\u00e9triment de l&rsquo;activit\u00e9 des KAT astrocytaires, la cascade cytokinique d\u00e9vie l&rsquo;ensemble des flux m\u00e9taboliques vers l&rsquo;acide quinolinique. Il s&rsquo;ensuit un effondrement dramatique du rapport <strong>KYNA\/QUIN<\/strong> au sein du parenchyme c\u00e9r\u00e9bral. De plus, lorsqu&rsquo;une production locale d&rsquo;acide kynur\u00e9nique s&rsquo;av\u00e8re pathologiquement sur\u00e9lev\u00e9e dans certaines sous-r\u00e9gions pr\u00e9frontales, son blocage antagoniste des r\u00e9cepteurs \u03b17nAChR inhibe la lib\u00e9ration tonique de dopamine et d&rsquo;ac\u00e9tylcholine, induisant une d\u00e9t\u00e9rioration marqu\u00e9e des fonctions ex\u00e9cutives et de l&rsquo;attention s\u00e9lective. Le d\u00e9s\u00e9quilibre intime entre les m\u00e9tabolites neurotoxiques et protecteurs de la kynur\u00e9nine constitue ainsi le pivot central par lequel le syst\u00e8me immunitaire d\u00e9truit l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 synaptique et cognitive.<\/p>\n<h2>7. Perturbations de la neurotransmission et d\u00e9s\u00e9quilibres synaptiques induits par l&rsquo;inflammation<\/h2>\n<h3>7.1. Dysfonctionnements du syst\u00e8me s\u00e9rotoninergique<\/h3>\n<p>L&rsquo;hypoth\u00e8se inflammatoire de la d\u00e9pression ne r\u00e9cuse pas l&rsquo;existence d&rsquo;alt\u00e9rations s\u00e9rotoninergiques, mais les reclasse au rang de cons\u00e9quences neurobiologiques secondaires \u00e0 l&rsquo;action des cytokines pro-inflammatoires. La r\u00e9duction de la biodisponibilit\u00e9 synaptique de la 5-HT s&rsquo;op\u00e8re selon un m\u00e9canisme tripartite. Le premier m\u00e9canisme est le d\u00e9tournement enzymatique irr\u00e9versible du L-tryptophane par l&rsquo;IDO p\u00e9riph\u00e9rique et c\u00e9r\u00e9brale, privant la machinerie enzymatique de la TPH2 de son substrat limitant, ce qui effondre la synth\u00e8se globale de novo du neurotransmetteur au sein des noyaux du raph\u00e9 dorsal et m\u00e9dian.<\/p>\n<p>Le second m\u00e9canisme r\u00e9side dans la modulation de l&rsquo;activit\u00e9 et de la densit\u00e9 du transporteur de la s\u00e9rotonine (SERT). Il a \u00e9t\u00e9 mis en \u00e9vidence que les cytokines pro-inflammatoires telles que le TNF-\u03b1 et l&rsquo;IL-1\u03b2 stimulent directement les cascades intracellulaires des MAP kinases, singuli\u00e8rement la kinase <strong>p38 MAPK<\/strong>. L&rsquo;activation de p38 MAPK phosphoryle le transporteur SERT, ce qui induit une augmentation de sa translocation membranaire et acc\u00e9l\u00e8re la vitesse de recapture de la s\u00e9rotonine hors de la fente synaptique. Le neurotransmetteur r\u00e9siduel est ainsi pomp\u00e9 avec une efficacit\u00e9 anormalement \u00e9lev\u00e9e, r\u00e9duisant drastiquement le temps de contact avec ses r\u00e9cepteurs effecteurs postsynaptiques.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me niveau de d\u00e9r\u00e9gulation touche la sensibilit\u00e9 des r\u00e9cepteurs s\u00e9rotoninergiques eux-m\u00eames. Les concentrations \u00e9lev\u00e9es d&rsquo;oxyde nitrique et d&rsquo;esp\u00e8ces r\u00e9actives de l&rsquo;oxyg\u00e8ne g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par la neuro-inflammation induisent une d\u00e9sensibilisation et une d\u00e9naturation oxydative des autor\u00e9cepteurs somatodendritiques 5-HT1A ainsi que des r\u00e9cepteurs postsynaptiques 5-HT2A. Les neurones s\u00e9rotoninergiques perdent ainsi leur capacit\u00e9 d&rsquo;auto-ajustement hom\u00e9ostatique, ce qui explique l&rsquo;inefficacit\u00e9 clinique fr\u00e9quente des inhibiteurs s\u00e9lectifs de la recapture de la s\u00e9rotonine (ISRS) chez les patients pr\u00e9sentant un statut immuno-inflammatoire activ\u00e9.<\/p>\n<h3>7.2. Alt\u00e9ration des circuits dopaminergiques et gen\u00e8se de l&rsquo;anh\u00e9donie<\/h3>\n<p>L&rsquo;anh\u00e9donie \u2014 d\u00e9finie par l&rsquo;incapacit\u00e9 \u00e0 ressentir du plaisir et la perte globale de motivation et d&rsquo;int\u00e9r\u00eat envers les renfor\u00e7ateurs environnementaux \u2014 constitue le sympt\u00f4me cardinal de la m\u00e9lancolie d\u00e9pressive le plus fid\u00e8lement reproduit par l&rsquo;inflammation. Les recherches coordonn\u00e9es par Gregory Freund et Robert Dantzer ont d\u00e9cortiqu\u00e9 la mani\u00e8re dont les cytokines d\u00e9truisent sp\u00e9cifiquement la transmission dopaminergique au sein des circuits m\u00e9solimbiques et m\u00e9socortico-striataux, englobant l&rsquo;aire tegmentale ventrale (VTA), le noyau accumbens et le cortex pr\u00e9frontal ventrom\u00e9dian.<\/p>\n<p>La synth\u00e8se de la dopamine requiert la conversion de la L-tyrosine en L-DOPA par la tyrosine hydroxylase (TH), une r\u00e9action d\u00e9pendante d&rsquo;un cofacteur st\u0153chiom\u00e9trique indispensable et hautement labile : la <strong>t\u00e9trahydrobiopt\u00e9rine (BH4)<\/strong>. Or, le stress oxydatif induit par l&rsquo;hyperproduction de radicaux libres lors de la neuro-inflammation oxyde de mani\u00e8re irr\u00e9versible le BH4 en dihydrobiopt\u00e9rine inactive (BH2), diminuant la biodisponibilit\u00e9 de ce cofacteur. Priv\u00e9e de BH4, l&rsquo;activit\u00e9 de la tyrosine hydroxylase s&rsquo;effondre, bloquant net la synth\u00e8se basale et phasique de dopamine dans les corps cellulaires de l&rsquo;aire tegmentale ventrale.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) et la tomographie par \u00e9mission de positons (TEP) chez l&rsquo;humain ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que les stimuli inflammatoires (administration d&rsquo;endotoxine ou de cytokines recombinantes) r\u00e9duisent drastiquement la lib\u00e9ration phasique de dopamine au sein du striatum ventral lors de l&rsquo;anticipation d&rsquo;une r\u00e9compense mon\u00e9taire ou alimentaire. Les r\u00e9seaux cortico-striataux perdent leur capacit\u00e9 \u00e0 calculer le ratio co\u00fbt-effort : le sujet d\u00e9prim\u00e9 inflammatoire per\u00e7oit chaque action comme n\u00e9cessitant une d\u00e9pense \u00e9nerg\u00e9tique prohibitive par rapport au gain escompt\u00e9, ce qui se traduit cliniquement par une aboulie et une anh\u00e9donie majeures.<\/p>\n<h3>7.3. Dysr\u00e9gulation glutamatergique et r\u00e9cepteurs NMDA<\/h3>\n<p>La transmission glutamatergique, principal syst\u00e8me excitateur du cerveau, subit sous l&rsquo;impact de la neuro-inflammation une d\u00e9synchronisation majeure qui scelle le passage vers la d\u00e9pression r\u00e9sistante. Deux ph\u00e9nom\u00e8nes concourent \u00e0 une augmentation anormale des concentrations extracellulaires de glutamate : l&rsquo;effondrement des transporteurs astrocytaires EAAT2\/GLT-1 induit par les cytokines pro-inflammatoires, et la lib\u00e9ration directe de glutamate par les microglies activ\u00e9es via l&rsquo;antiport cystine\/glutamate (syst\u00e8me xc-).<\/p>\n<p>Ce d\u00e9bordement (\u00ab spillover \u00bb) de glutamate hors de la synapse franchit les limites de la transmission synaptique classique pour venir stimuler les <strong>r\u00e9cepteurs NMDA extrasynaptiques<\/strong>, hautement enrichis en sous-unit\u00e9s GluN2B. La stimulation de ces r\u00e9cepteurs extrasynaptiques n&rsquo;ob\u00e9it pas aux m\u00eames r\u00e8gles physiologiques que celle des r\u00e9cepteurs synaptiques : alors que les r\u00e9cepteurs NMDA synaptiques d\u00e9clenchent des voies de signalisation de survie cellulaire m\u00e9di\u00e9es par le facteur de transcription CREB (cAMP response element-binding protein) et l&rsquo;expression de BDNF, l&rsquo;activation des r\u00e9cepteurs extrasynaptiques \u00e9teint l&rsquo;activit\u00e9 transcriptionnelle de CREB et active la voie apoptotique de la calpa\u00efne et du complexe pro-mort FOXO3A.<\/p>\n<p>Cette hypersignalisation glutamatergique extrasynaptique alt\u00e8re dramatiquement la connectivit\u00e9 fonctionnelle du r\u00e9seau du mode par d\u00e9faut (\u00ab default mode network \u00bb) et du cortex cingulaire ant\u00e9rieur. Ce dysfonctionnement sous-tend la fixit\u00e9 attentionnelle sur les affects n\u00e9gatifs, les ruminations autod\u00e9pr\u00e9ciatives incessantes et l&rsquo;inefficacit\u00e9 des processus de r\u00e9\u00e9valuation cognitive observ\u00e9s chez les individus souffrant de d\u00e9pression \u00e0 composante inflammatoire.<\/p>\n<h2>8. Alt\u00e9ration de la neuroplasticit\u00e9, du BDNF et de la neurogen\u00e8se hippocampique<\/h2>\n<h3>8.1. R\u00e9pression du facteur neurotrophique d\u00e9riv\u00e9 du cerveau (BDNF)<\/h3>\n<p>Le facteur neurotrophique d\u00e9riv\u00e9 du cerveau (<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pmc\/articles\/PMC4697050\/\">BDNF, <em>Brain-Derived Neurotrophic Factor<\/em><\/a>) est la neurotrophine majeure r\u00e9gissant la diff\u00e9renciation, la survie et la plasticit\u00e9 fonctionnelle des neurones au sein du cerveau adulte. La baisse drastique des concentrations tissulaires et s\u00e9riques de BDNF constitue l&rsquo;un des postulats centraux de l&rsquo;hypoth\u00e8se neurotrophique de la d\u00e9pression. L&rsquo;apport fondamental des travaux de Dantzer et des neurobiologistes mol\u00e9culaires a \u00e9t\u00e9 de prouver que cette r\u00e9pression du BDNF est directement m\u00e9di\u00e9e par l&rsquo;axe de signalisation neuro-inflammatoire.<\/p>\n<p>La transcription du g\u00e8ne <em>Bdnf<\/em> est gouvern\u00e9e au niveau de son promoteur IV par la fixation de la prot\u00e9ine CREB phosphoryl\u00e9e. Lorsque l&rsquo;IL-1\u03b2 et le TNF-\u03b1 engagent leurs r\u00e9cepteurs membranaires respectifs \u00e0 la surface des neurones pyramidaux de l&rsquo;hippocampe, ils induisent la translocation nucl\u00e9aire rapide du facteur de transcription pro-inflammatoire <strong>NF-\u03baB (notamment l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rodim\u00e8re p50\/p65)<\/strong>. Une fois dans le noyau, NF-\u03baB entre en comp\u00e9tition allost\u00e9rique directe avec CREB et bloque le coactivateur transcriptionnel CBP (CREB-binding protein), inhibant l&rsquo;initiation de la transcription des transcrits de BDNF.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, la signalisation du r\u00e9cepteur \u00e0 activit\u00e9 tyrosine kinase du BDNF, le r\u00e9cepteur <strong>TrkB<\/strong>, est profond\u00e9ment compromise. Les cytokines pro-inflammatoires induisent la surexpression de phosphatases intracellulaires qui d\u00e9phosphorylent rapidement le domaine kinase de TrkB, \u00e9teignant pr\u00e9matur\u00e9ment les cascades de survie et de synaptogen\u00e8se pro-plastiques d\u00e9pendantes des voies Ras-MAPK-ERK et PI3K-Akt-mTOR. Ce d\u00e9couplage de la machinerie neurotrophique emp\u00eache les synapses de consolider de nouvelles traces mn\u00e9siques et acc\u00e9l\u00e8re la d\u00e9sagr\u00e9gation des r\u00e9seaux synaptiques pr\u00e9existants.<\/p>\n<h3>8.2. Suppression de la neurogen\u00e8se dans le gyrus dentel\u00e9 de l&rsquo;hippocampe<\/h3>\n<p>L&rsquo;hippocampe adulte poss\u00e8de la propri\u00e9t\u00e9 remarquable de g\u00e9n\u00e9rer de nouveaux neurones fonctionnels tout au long de l&rsquo;existence au sein de la zone sous-granulaire (ZSG) du gyrus dentel\u00e9. Ces cellules prog\u00e9nitrices neurales (CPN) prolif\u00e8rent, se diff\u00e9rencient en neuroblastes exprimant la doublecortine (DCX), puis migrent dans la couche granulaire pour s&rsquo;int\u00e9grer fonctionnellement dans les circuits de l&rsquo;apprentissage contextuel et de la r\u00e9gulation de l&rsquo;extinction de la peur.<\/p>\n<p>Les investigations men\u00e9es chez l&rsquo;animal par Rodney Johnson et Jason O&rsquo;Connor ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que les cytokines pro-inflammatoires agissent comme des poisons mitotiques et de puissants signaux cytostatiques pour les prog\u00e9niteurs neuraux :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Inhibition du cycle cellulaire :<\/strong> L&rsquo;IL-1\u03b2, via son r\u00e9cepteur IL-1R1 fortement exprim\u00e9 sur les CPN, active les inhibiteurs de kinases d\u00e9pendantes des cyclines (comme p21cip1 et p27kip1), provoquant un arr\u00eat irr\u00e9versible du cycle cellulaire en phase G1.<\/li>\n<li><strong>Orientation anormale de la diff\u00e9renciation :<\/strong> L&rsquo;IL-6 oriente la diff\u00e9renciation des cellules souches neurales vers une lign\u00e9e astrocytaire (astrogliogen\u00e8se) via la voie JAK-STAT3, au d\u00e9triment exclusif de la neurogen\u00e8se neuronale.<\/li>\n<li><strong>Apoptose des cellules immatures :<\/strong> Les neuroblastes n\u00e9oform\u00e9s subissent une apoptose massive sous l&rsquo;effet de la production microgliale de radicaux libres et d&rsquo;acide quinolinique, r\u00e9duisant \u00e0 n\u00e9ant la cohorte de nouveaux neurones capables de survivre au-del\u00e0 de 28 jours.<\/li>\n<\/ul>\n<p>La suppression de la neurogen\u00e8se hippocampique induite par l&rsquo;inflammation prive le cerveau de sa flexibilit\u00e9 adaptative, alt\u00e9rant le m\u00e9canisme de \u00ab s\u00e9paration des motifs \u00bb (pattern separation) : l&rsquo;individu devient incapable de discriminer un contexte environnemental s\u00e9curis\u00e9 d&rsquo;un contexte hostile, nourrissant l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e et la rigidit\u00e9 cognitive typiques de l&rsquo;\u00e9tat d\u00e9pressif.<\/p>\n<h3>8.3. Remodelage structural dendritique et atrophie neuronale<\/h3>\n<p>La cons\u00e9quence anatomopathologique ultime de l&rsquo;effondrement combin\u00e9 des voies neurotrophiques, de l&rsquo;excitotoxicit\u00e9 glutamatergique et de l&rsquo;activation microgliale est une r\u00e9traction physique majeure des arborisations neuronales. L&rsquo;analyse morphom\u00e9trique tridimensionnelle des neurones pyramidaux de l&rsquo;hippocampe (aires CA1 et CA3) et du cortex pr\u00e9frontal m\u00e9dial (couches II\/III et V) r\u00e9v\u00e8le sous conditions neuro-inflammatoires chroniques un \u00e9lagage pathologique massif.<\/p>\n<p>On observe une r\u00e9traction drastique de la longueur totale et de la complexit\u00e9 des ramifications dendritiques apicales, accompagn\u00e9e d&rsquo;un effondrement de la densit\u00e9 des <strong>\u00e9pines dendritiques<\/strong>, particuli\u00e8rement des \u00e9pines matures \u00ab en champignon \u00bb (mushroom spines) qui soutiennent les connexions synaptiques fonctionnelles stables. Cette synaptolyse est acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e par le marquage aberrant des synapses par la prot\u00e9ine du compl\u00e9ment C1q et leur phagocytose subs\u00e9quente par les cellules microgliales d\u00e9r\u00e9gul\u00e9es.<\/p>\n<p>Ce d\u00e9mant\u00e8lement microstructural se traduit \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle macroscopique par une atrophie volum\u00e9trique mesurable. Les \u00e9tudes d&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM) volum\u00e9trique chez l&rsquo;humain ont corrobor\u00e9 ces donn\u00e9es pr\u00e9cliniques en d\u00e9montrant une perte significative de mati\u00e8re grise au niveau de l&rsquo;hippocampe et du cortex cingulaire ant\u00e9rieur chez les patients pr\u00e9sentant une d\u00e9pression caract\u00e9ris\u00e9e assortie de taux s\u00e9riques \u00e9lev\u00e9s de marqueurs inflammatoires. Loin d&rsquo;\u00eatre une anomalie purement fonctionnelle ou \u00e9lectrochimique transitoire, la d\u00e9pression m\u00e9di\u00e9e par les cytokines s&rsquo;affirme comme une pathologie neuro-structurelle destructive.<\/p>\n<h2>9. Interactions neuroendocriniennes : dysr\u00e9gulation de l&rsquo;axe corticotrope (HPA)<\/h2>\n<h3>9.1. Stimulation cytokinique continue de l&rsquo;axe hypothalamo-hypophyso-surr\u00e9nalien<\/h3>\n<p>L&rsquo;axe hypothalamo-hypophyso-surr\u00e9nalien (HPA, <em>hypothalamic-pituitary-adrenal axis<\/em>) est le ma\u00eetre d&rsquo;\u0153uvre endocrinien de la r\u00e9ponse physiologique au stress. Dans un sch\u00e9ma classique, sa mise en jeu aigu\u00eb mobilise les ressources \u00e9nerg\u00e9tiques via la s\u00e9cr\u00e9tion de glucocortico\u00efdes (le cortisol chez l&rsquo;humain, la corticost\u00e9rone chez le rongeur). L&rsquo;hypoth\u00e8se de Dantzer formalise comment les cytokines pro-inflammatoires agissent comme de puissants inducteurs neuroendocriniens capables de d\u00e9tourner et d&#8217;emballer en continu la boucle de stress HPA.<\/p>\n<p>Les cytokines solubles, singuli\u00e8rement l&rsquo;IL-1\u03b2, le TNF-\u03b1 et l&rsquo;IL-6, stimulent directement la synth\u00e8se et la lib\u00e9ration pulsatile de <strong>l&rsquo;hormone de lib\u00e9ration de la corticotropine (CRH)<\/strong> et de l&rsquo;arginine-vasopressine (AVP) par les neurones parvocellulaires du noyau paraventriculaire de l&rsquo;hypothalamus (PVN). Ce stimulus agit \u00e9galement sur l&rsquo;ad\u00e9nohypophyse pour stimuler la transcription de la pro-opiom\u00e9lanocortine (POMC) et la lib\u00e9ration de l&rsquo;hormone adr\u00e9nocorticotrope (ACTH) dans la circulation syst\u00e9mique. L&rsquo;ACTH vient ensuite cibler la zone fascicul\u00e9e du cortex surr\u00e9nalien, d\u00e9clenchant une synth\u00e8se massive de glucocortico\u00efdes.<\/p>\n<p>Cette hyperactivation neuroendocrinienne induite par l&rsquo;inflammation aboutit \u00e0 une rupture profonde du rythme circadien physiologique de s\u00e9cr\u00e9tion du cortisol. Chez les patients d\u00e9prim\u00e9s pr\u00e9sentant une composante inflammatoire, on observe une disparition du nadir nocturne, un aplatissement de la courbe journali\u00e8re et une hypers\u00e9cr\u00e9tion globale de cortisol sur les 24 heures, mimant un \u00e9tat d&rsquo;hypercortisolisme chronique aux cons\u00e9quences m\u00e9taboliques et cognitives destructrices.<\/p>\n<h3>9.2. R\u00e9sistance aux glucocortico\u00efdes et alt\u00e9ration des r\u00e9cepteurs GR<\/h3>\n<p>Cette surabondance de cortisol s&rsquo;accompagne d&rsquo;un paradoxe biologique saisissant : le cortisol \u00e9tant l&rsquo;agent anti-inflammatoire endog\u00e8ne le plus puissant de l&rsquo;organisme, comment l&rsquo;inflammation peut-elle subsister et prosp\u00e9rer dans un environnement baign\u00e9 d&rsquo;une telle impr\u00e9gnation st\u00e9ro\u00efdienne ? La r\u00e9ponse formul\u00e9e par Dantzer, Miller et Raison r\u00e9side dans le ph\u00e9nom\u00e8ne de <strong>r\u00e9sistance aux glucocortico\u00efdes<\/strong> acquise.<\/p>\n<p>Les glucocortico\u00efdes exercent leurs effets g\u00e9nomiques par l&rsquo;interm\u00e9diaire du r\u00e9cepteur aux glucocortico\u00efdes (GR, cod\u00e9 par le g\u00e8ne <em>NR3C1<\/em>), un facteur de transcription cytosolique li\u00e9 \u00e0 des prot\u00e9ines chaperonnes de choc thermique (HSP90). Les signaux cytokiniques pro-inflammatoires d\u00e9mant\u00e8lent la machinerie de transduction du GR \u00e0 de multiples niveaux mol\u00e9culaires :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Phosphorylation anormale :<\/strong> Les kinases activ\u00e9es par les cytokines, notamment la p38 MAPK, la c-Jun N-terminal kinase (JNK) et l&rsquo;inhibiteur de kappa B kinase (IKK), phosphorylent le GR sur des r\u00e9sidus s\u00e9rines sp\u00e9cifiques (notamment Ser226 et Ser211), ce qui inhibe son d\u00e9tachement des prot\u00e9ines chaperonnes et bloque sa translocation vers le noyau cellulaire.<\/li>\n<li><strong>Interf\u00e9rence nucl\u00e9aire directe :<\/strong> Au sein du compartiment nucl\u00e9aire, le complexe activ\u00e9 NF-\u03baB (p65) s&rsquo;associe physiquement au GR pour former un h\u00e9t\u00e9rodim\u00e8re inactif. Cette interaction st\u00e9rique directe emp\u00eache la fixation du GR sur les \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponse aux glucocortico\u00efdes (GRE) situ\u00e9s dans les promoteurs des g\u00e8nes cibles anti-inflammatoires (tels que l&rsquo;I\u03baB\u03b1 ou l&rsquo;IL-10).<\/li>\n<li><strong>\u00c9pissage alternatif vers GR-b\u00eata :<\/strong> L&rsquo;inflammation favorise l&rsquo;expression de l&rsquo;isoforme d&rsquo;\u00e9pissage alternative GR-\u03b2, un variant qui ne lie pas le cortisol et agit comme un inhibiteur dominant n\u00e9gatif du r\u00e9cepteur fonctionnel GR-\u03b1.<\/li>\n<\/ul>\n<p>D\u00e9pourvues d&rsquo;un freinage par le r\u00e9cepteur GR devenu sourd au message st\u00e9ro\u00efdien, les cellules immunocomp\u00e9tentes continuent de prolif\u00e9rer et de lib\u00e9rer leurs cytokines sans restriction.<\/p>\n<h3>9.3. La boucle de r\u00e9troaction d\u00e9l\u00e9t\u00e8re immuno-endocrinienne<\/h3>\n<p>L&rsquo;installation de la r\u00e9sistance aux glucocortico\u00efdes a pour cons\u00e9quence l&rsquo;abolition du r\u00e9trocontr\u00f4le n\u00e9gatif (feedback n\u00e9gatif) que le cortisol exerce physiologiquement sur l&rsquo;hypothalamus et l&rsquo;hypophyse. Les structures limbiques sup\u00e9rieures r\u00e9gulatrices, singuli\u00e8rement l&rsquo;hippocampe \u2014 qui freine en temps normal l&rsquo;axe HPA lorsqu&rsquo;il d\u00e9tecte des taux \u00e9lev\u00e9s de cortisol \u2014, subissent les effets combin\u00e9s et synergiques de l&rsquo;excitotoxicit\u00e9 glutamatergique et de l&rsquo;inflammation. La d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence dendritique hippocampique d\u00e9sinhibe le noyau paraventriculaire, ce qui majore encore la pouss\u00e9e de CRH et d&rsquo;ACTH.<\/p>\n<p>Il se met ainsi en place une boucle d&rsquo;amplification pathologique auto-entretenue o\u00f9 l&rsquo;incapacit\u00e9 du cortisol \u00e0 temp\u00e9rer la production de cytokines p\u00e9riph\u00e9riques et centrales entretient un \u00e9tat inflammatoire chronique \u00e0 bas bruit. En retour, ces cytokines exacerbent l&rsquo;inactivation transcriptionnelle des r\u00e9cepteurs GR et accentuent la toxicit\u00e9 sur le tissu c\u00e9r\u00e9bral.<\/p>\n<p>Cette alliance destructrice entre hypercortisol\u00e9mie inop\u00e9rante et hypercytokin\u00e9mie permanente pr\u00e9cipite le syst\u00e8me nerveux central dans une orni\u00e8re allostatique terminale. Les d\u00e9ficits neuroplastiques et neurochimiques s&rsquo;enracinent, rendant l&rsquo;individu captif d&rsquo;un \u00e9tat d&rsquo;\u00e9puisement affectif et biologique profond que les traitements conventionnels ne parviennent plus \u00e0 inverser.<\/p>\n<h2>10. Preuves exp\u00e9rimentales animales et mod\u00e8les translationnels valid\u00e9s par Dantzer et al.<\/h2>\n<h3>10.1. Mod\u00e8les d&rsquo;injection de lipopolysaccharide (LPS) bact\u00e9rien<\/h3>\n<p>Pour \u00e9tayer exp\u00e9rimentalement leur \u00e9chafaudage th\u00e9orique et diss\u00e9quer la cha\u00eene de causalit\u00e9 unissant immunit\u00e9 inn\u00e9e et humeur, Robert Dantzer, Jason C. O&rsquo;Connor et leurs collaborateurs ont d\u00e9velopp\u00e9 un paradigme exp\u00e9rimental \u00e9l\u00e9gant utilisant l&rsquo;injection syst\u00e9mique de <strong>lipopolysaccharide (LPS)<\/strong> chez le rongeur. Le LPS, composant endotoxique de la membrane externe des bact\u00e9ries \u00e0 Gram n\u00e9gatif, active puissamment le r\u00e9cepteur membranaire TLR4 des macrophages, d\u00e9clenchant une s\u00e9cr\u00e9tion aigu\u00eb et massive de cytokines pro-inflammatoires (TNF-\u03b1, IL-1\u03b2, IL-6) sans induire d&rsquo;infection bact\u00e9rienne vivante r\u00e9plicative.<\/p>\n<p>Les travaux de l&rsquo;\u00e9quipe ont mis en \u00e9vidence la cin\u00e9tique hautement reproductible et biphasique de la r\u00e9ponse comportementale au LPS :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Phase pr\u00e9coce (2 \u00e0 6 heures post-injection) :<\/strong> Les animaux d\u00e9veloppent un comportement de maladie (sickness behavior) st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9 caract\u00e9ris\u00e9 par une l\u00e9thargie, une perte d&rsquo;activit\u00e9 locomotrice dans le test d&rsquo;open field, une pilo\u00e9rection, une hypothermie initiale suivie d&rsquo;une hyperthermie f\u00e9brile et une diminution drastique de la prise hydrique et alimentaire.<\/li>\n<li><strong>Phase tardive (24 \u00e0 48 heures post-injection) :<\/strong> Alors que les sympt\u00f4mes somato-v\u00e9g\u00e9tatifs s&rsquo;\u00e9teignent compl\u00e8tement, que la motricit\u00e9 spontan\u00e9e redevient normale et que la prise alimentaire se r\u00e9tablit, \u00e9merge alors un \u00e9tat distinct ph\u00e9notypiquement superposable \u00e0 la d\u00e9pression humaine.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cet \u00e9tat de type d\u00e9pressif tardif a \u00e9t\u00e9 document\u00e9 par Dantzer et son \u00e9quipe \u00e0 l&rsquo;aide de paradigmes comportementaux de r\u00e9f\u00e9rence valid\u00e9s : l&rsquo;anh\u00e9donie a \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9e par un effondrement de la pr\u00e9f\u00e9rence pour l&rsquo;eau sucr\u00e9e lors du <strong>test de pr\u00e9f\u00e9rence pour le saccharose<\/strong> (les animaux consomment l&rsquo;eau pure indiff\u00e9remment de l&rsquo;eau additionn\u00e9e de saccharose, traduisant une perte de sensibilit\u00e9 \u00e0 la r\u00e9compense), tandis que le d\u00e9sespoir comportemental acquis a \u00e9t\u00e9 mesur\u00e9 par une augmentation massive du temps d&rsquo;immobilit\u00e9 lors du test de suspension caudale (\u00ab tail suspension test \u00bb) et du test de nage forc\u00e9e de Porsolt (\u00ab forced swim test \u00bb).<\/p>\n<p>La d\u00e9monstration fondamentale apport\u00e9e par O&rsquo;Connor, Dantzer et al. (2009) a \u00e9t\u00e9 que l&rsquo;inhibition pharmacologique de l&rsquo;enzyme IDO par l&rsquo;administration du 1-m\u00e9thyl-tryptophane (1-MT), ou son abolition g\u00e9nomique, n&rsquo;alt\u00e8re en rien la phase aigu\u00eb de sickness behavior (les rongeurs sont toujours malades \u00e0 2-4 heures), mais pr\u00e9vient de fa\u00e7on s\u00e9lective et absolue l&rsquo;\u00e9mergence des comportements d\u00e9pressifs \u00e0 24 heures. Cette d\u00e9couverte historique a \u00e9tabli que la d\u00e9pression n&rsquo;est pas une simple prolongation de la fatigue somatique, mais une entit\u00e9 mol\u00e9culairement distincte d\u00e9pendante de l&rsquo;activation enzymatique de la voie kynur\u00e9nine c\u00e9r\u00e9brale.<\/p>\n<h3>10.2. Mod\u00e8les d&rsquo;infection chronique au BCG (Bacille de Calmette-Gu\u00e9rin)<\/h3>\n<p>Afin de s&rsquo;affranchir du caract\u00e8re aigu et transitoire du mod\u00e8le endotoxique au LPS et de reproduire la chronicit\u00e9 des pathologies inflammatoires humaines, l&rsquo;\u00e9quipe men\u00e9e par Jason C. O&rsquo;Connor et Robert Dantzer a valid\u00e9 le mod\u00e8le murin d&rsquo;infection par le <strong>Bacille de Calmette-Gu\u00e9rin (BCG)<\/strong>, une souche att\u00e9nu\u00e9e de <em>Mycobacterium bovis<\/em>. L&rsquo;inoculation d&rsquo;une dose unique de BCG chez la souris engendre une infection pulmonaire et spl\u00e9nique subaigu\u00eb qui sollicite l&rsquo;immunit\u00e9 \u00e0 m\u00e9diation cellulaire pendant plusieurs semaines.<\/p>\n<p>Ce mod\u00e8le translationnel exceptionnel a permis de dissocier de fa\u00e7on spectaculaire la trajectoire temporelle de la r\u00e9ponse somatique et de la composante d\u00e9pressive. Durant les premiers jours suivant l&rsquo;infection, les animaux manifestent une perte de poids et une r\u00e9duction de l&rsquo;exploration motrice cons\u00e9cutives \u00e0 la prolif\u00e9ration mycobact\u00e9rienne et \u00e0 la s\u00e9cr\u00e9tion d&rsquo;IL-1\u03b2 et de TNF-\u03b1. Puis, vers le septi\u00e8me jour, ces signes d&rsquo;inconfort visc\u00e9ral r\u00e9gressent spontan\u00e9ment.<\/p>\n<p>C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 ce stade, entre le septi\u00e8me et le vingt-huiti\u00e8me jour post-infection, que s&rsquo;installe de fa\u00e7on prolong\u00e9e le ph\u00e9notype d\u00e9pressif caract\u00e9ris\u00e9 par une anh\u00e9donie r\u00e9fractaire et une r\u00e9signation motrice marqu\u00e9e. L&rsquo;analyse biochimique c\u00e9r\u00e9brale a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 durant cette phase une \u00e9l\u00e9vation transcriptionnelle continue de l&rsquo;interf\u00e9ron gamma (IFN-\u03b3) dans le parenchyme c\u00e9r\u00e9bral, s&rsquo;accompagnant d&rsquo;une induction puissante et durable de l&rsquo;enzyme IDO1 et d&rsquo;une accumulation d&rsquo;acide quinolinique dans l&rsquo;hippocampe et le cortex pr\u00e9frontal. Le mod\u00e8le BCG a ainsi d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;une r\u00e9ponse immunitaire Th1 chronique soutenue suffit \u00e0 reprogrammer durablement les r\u00e9seaux de neurotransmission c\u00e9r\u00e9braux et \u00e0 ancrer un syndrome d\u00e9pressif au long cours.<\/p>\n<h3>10.3. \u00c9tudes de sauvetage pharmacologique et mod\u00e8les murins knock-out<\/h3>\n<p>La solidit\u00e9 causale des travaux de Dantzer et de ses collaborateurs a repos\u00e9 sur l&rsquo;utilisation exhaustive d&rsquo;approches de \u00ab sauvetage \u00bb (rescue experiments) mol\u00e9culaire et g\u00e9n\u00e9tique visant \u00e0 bloquer chaque maillon de la cha\u00eene physiopathologique postul\u00e9e.<\/p>\n<p>L&rsquo;utilisation de souris mutantes g\u00e9n\u00e9tiquement invalid\u00e9es pour le g\u00e8ne de l&rsquo;indoleamine 2,3-dioxyg\u00e9nase-1 (<strong>souris knock-out IDO1-\/-<\/strong>) a constitu\u00e9 la d\u00e9monstration la plus \u00e9clatante. Soumises \u00e0 une injection de LPS ou infect\u00e9es par le BCG, les souris IDO1-\/- d\u00e9veloppent un comportement de maladie aigu totalement indiscernable de celui des animaux sauvages de type sauvage (WT), prouvant que la machinerie inflammatoire de base est intacte. En revanche, ces souris mutantes sont totalement r\u00e9fractaires \u00e0 l&rsquo;apparition des comportements de type d\u00e9pressif lors des tests de suspension caudale et de pr\u00e9f\u00e9rence pour le saccharose. Les cascades enzymatiques en aval d&rsquo;IDO \u00e9tant neutralis\u00e9es, le parenchyme c\u00e9r\u00e9bral est prot\u00e9g\u00e9 de l&rsquo;acide quinolinique et de l&rsquo;excitotoxicit\u00e9 synaptique.<\/p>\n<p>En miroir, des interventions pharmacologiques cibl\u00e9es ont confort\u00e9 ces donn\u00e9es :<\/p>\n<ul>\n<li>L&rsquo;administration intrac\u00e9r\u00e9broventriculaire ou syst\u00e9mique de <strong>l&rsquo;antagoniste du r\u00e9cepteur de l&rsquo;IL-1 (IL-1Ra)<\/strong> bloque compl\u00e8tement les alt\u00e9rations d\u00e9pressives induites par le stress chronique ou l&rsquo;endotox\u00e9mie, prouvant le statut de chef d&rsquo;orchestre d\u00e9volu \u00e0 l&rsquo;IL-1\u03b2.<\/li>\n<li>Le pr\u00e9traitement par la <strong>minocycline<\/strong>, un antibiotique t\u00e9tracycline de seconde g\u00e9n\u00e9ration dot\u00e9 de puissantes propri\u00e9t\u00e9s lipophiles franchissant la BHE et inhibant s\u00e9lectivement l&rsquo;activation de la microglie, abolit l&rsquo;induction d&rsquo;IDO, le stress nitrosatif et la r\u00e9pression du BDNF chez les animaux agress\u00e9s immunologiquement.<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;ensemble de ces protocoles a scell\u00e9 de mani\u00e8re incontestable la validit\u00e9 interne et externe de l&rsquo;hypoth\u00e8se inflammatoire et cytokinique formalis\u00e9e par le consortium de Dantzer.<\/p>\n<h2>11. Donn\u00e9es cliniques humaines : de l&rsquo;immunoth\u00e9rapie \u00e0 la d\u00e9pression inflammatoire<\/h2>\n<h3>11.1. Le paradigme clinique des traitements par Interf\u00e9ron-alpha (IFN-\u03b1)<\/h3>\n<p>Pour transposer leurs d\u00e9couvertes chez l&rsquo;humain et d\u00e9montrer que les m\u00e9canismes d\u00e9crits chez le rongeur ne constituaient pas des artefacts d&rsquo;exp\u00e9rimentation pr\u00e9clinique, Robert Dantzer, en \u00e9troite synergie avec des cliniciens-chercheurs tels qu&rsquo;Andrew H. Miller et Charles L. Raison, s&rsquo;est tourn\u00e9 vers un mod\u00e8le clinique exp\u00e9rimental \u00ab naturel \u00bb chez l&rsquo;humain : l&rsquo;immunoth\u00e9rapie par <strong>l&rsquo;interf\u00e9ron-alpha (IFN-\u03b1)<\/strong> recombinant.<\/p>\n<p>Jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;av\u00e8nement des antiviraux \u00e0 action directe, l&rsquo;IFN-\u03b1 repr\u00e9sentait le traitement de r\u00e9f\u00e9rence de l&rsquo;h\u00e9patite virale C chronique et de certains stades du m\u00e9lanome malin diss\u00e9min\u00e9. L&rsquo;administration th\u00e9rapeutique d&rsquo;IFN-\u03b1 s&rsquo;accompagnait d&rsquo;une incidence dramatique de complications neuropsychiatriques : entre <strong>30 et 50 % des patients<\/strong> trait\u00e9s, sans aucun ant\u00e9c\u00e9dent psychiatrique pr\u00e9alable, d\u00e9veloppaient un \u00e9pisode d\u00e9pressif majeur caract\u00e9ris\u00e9 s\u00e9v\u00e8re au cours des premi\u00e8res semaines du protocole immunologique. Le profil \u00e9volutif de cette d\u00e9pression iatrog\u00e8ne reproduisait point par point le sch\u00e9ma biphasique d\u00e9crit par Dantzer chez l&rsquo;animal : les premi\u00e8res injections provoquaient un syndrome pseudo-grippal aigu transitoire (sickness behavior), suivi plusieurs semaines plus tard de l&rsquo;\u00e9closion d&rsquo;une authentique symptomatologie d\u00e9pressive m\u00e9lancolique avec anh\u00e9donie, tristesse morbide, labilit\u00e9 \u00e9motionnelle, anxi\u00e9t\u00e9 panique et id\u00e9ations suicidaires.<\/p>\n<p>Des pr\u00e9l\u00e8vements biologiques s\u00e9quentiels chez ces cohortes de patients ont permis de confirmer que l&rsquo;\u00e9mergence des scores d\u00e9pressifs \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de Hamilton (HAM-D) \u00e9tait corr\u00e9l\u00e9e avec la hausse s\u00e9rique de l&rsquo;IL-6 et de la kynur\u00e9nine, ainsi qu&rsquo;avec l&rsquo;effondrement du tryptophane plasmatique cons\u00e9cutif \u00e0 l&rsquo;induction massive d&rsquo;IDO1. De mani\u00e8re encore plus probante, des essais cliniques randomis\u00e9s en double aveugle ont d\u00e9montr\u00e9 que l&rsquo;administration pr\u00e9ventive (prophylaxie) d&rsquo;un antid\u00e9presseur s\u00e9rotoninergique, la parox\u00e9tine, avant l&rsquo;initiation de l&rsquo;IFN-\u03b1, r\u00e9duisait consid\u00e9rablement la survenue de ces \u00e9pisodes d\u00e9pressifs majeurs, d\u00e9montrant sans \u00e9quivoque la causalit\u00e9 directe des cascades cytokiniques dans la gen\u00e8se de la d\u00e9pression humaine.<\/p>\n<h3>11.2. Biomarqueurs circulants et identification de la d\u00e9pression \u00e0 composante inflammatoire<\/h3>\n<p>Au-del\u00e0 du paradigme de l&rsquo;interf\u00e9ron, les recherches psychiatriques ont mis en \u00e9vidence l&rsquo;existence d&rsquo;une activation inflammatoire basale spontan\u00e9e chez une proportion substantielle de patients souffrant de d\u00e9pression majeure non iatrog\u00e8ne. Des m\u00e9ta-analyses majeures ont \u00e9tabli que des taux s\u00e9riques de <strong>prot\u00e9ine C-r\u00e9active ultrasensible (hs-CRP) sup\u00e9rieurs \u00e0 3 mg\/L<\/strong> \u2014 seuil d\u00e9finissant un \u00e9tat inflammatoire syst\u00e9mique \u00e0 bas bruit de faible intensit\u00e9 mais cliniquement pertinent \u2014 sont retrouv\u00e9s chez environ 25 \u00e0 30 % des patients d\u00e9prim\u00e9s.<\/p>\n<p>Ce profil biologique est consolid\u00e9 par l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation conjointe de plusieurs biomarqueurs de l&rsquo;immunit\u00e9 inn\u00e9e : concentrations plasmatiques d&rsquo;IL-6, de r\u00e9cepteurs solubles du TNF (sTNFR1 et sTNFR2), de chimiokines (CCL2\/MCP-1) et alt\u00e9ration du ratio KYN\/TRP circulant. L&rsquo;identification de ce contingent biologique a permis de circonscrire un <strong>endoph\u00e9notype \u00ab immuno-m\u00e9tabolique \u00bb<\/strong> distinct au sein de l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 syndromique de la d\u00e9pression. Ce sous-groupe ph\u00e9notypique se caract\u00e9rise cliniquement par :<\/p>\n<ul>\n<li>Un ralentissement psychomoteur et une fatigue physique centrale invalidante, souvent qualifi\u00e9e de \u00ab plomb\u00e9e \u00bb.<\/li>\n<li>Une anh\u00e9donie profonde et une diminution drastique de la motivation orient\u00e9e vers les r\u00e9compenses.<\/li>\n<li>Des anomalies du sommeil atypiques (hypersomnie diurne) et une hyperphagie avec app\u00e9tence compulsive pour les glucides.<\/li>\n<li>Une hyperalg\u00e9sie diffuse, des c\u00e9phal\u00e9es de tension et un inconfort somatique g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9.<\/li>\n<li>Une r\u00e9sistance prononc\u00e9e aux classes d&rsquo;antid\u00e9presseurs standards de type ISRS.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>11.3. Facteurs environnementaux d\u00e9clencheurs : ob\u00e9sit\u00e9, microbiote et stress psychosocial<\/h3>\n<p>La question des sources g\u00e9n\u00e9ratrices de cette inflammation p\u00e9riph\u00e9rique chronique en l&rsquo;absence d&rsquo;infection microbienne patente a trouv\u00e9 ses r\u00e9ponses dans les interactions entre l&rsquo;environnement moderne, le m\u00e9tabolisme et le syst\u00e8me nerveux autonome. Trois sources \u00e9tiologiques majeures ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9es.<\/p>\n<p>Le premier contributeur est le <strong>tissu adipeux visc\u00e9ral<\/strong> dans le contexte de l&rsquo;ob\u00e9sit\u00e9 et du syndrome m\u00e9tabolique. Les adipocytes hypertrophi\u00e9s des d\u00e9p\u00f4ts graisseux visc\u00e9raux subissent une hypoxie tissulaire relative et recrutent des macrophages pro-inflammatoires (CD11c+) organis\u00e9s en structures coronaires (\u00ab crown-like structures \u00bb). Ce tissu adipeux s\u00e9cr\u00e8te des quantit\u00e9s massives d&rsquo;adipokines d\u00e9l\u00e9t\u00e8res, de TNF-\u03b1 et d&rsquo;IL-6, d\u00e9vers\u00e9es directement dans la circulation portale et syst\u00e9mique, alimentant une neuro-inflammation parenchymateuse continue.<\/p>\n<p>Le second d\u00e9clencheur est la dysbiose intestinale et la rupture de l&rsquo;\u00e9tanch\u00e9it\u00e9 de la barri\u00e8re muqueuse colique (\u00ab leaky gut \u00bb). La perte de diversit\u00e9 taxonomique du microbiote commensal r\u00e9duit la production d&rsquo;acides gras \u00e0 cha\u00eene courte (ac\u00e9tate, propionate, butyrate) essentiels au maintien des jonctions serr\u00e9es de l&rsquo;\u00e9pith\u00e9lium digestif. Cette d\u00e9faillance structurale autorise la translocation d&rsquo;endotoxines bact\u00e9riennes, principalement de faibles quantit\u00e9s de LPS d&rsquo;origine luminale, vers le lit capillaire sous-muqueux. Cette \u00ab endotox\u00e9mie m\u00e9tabolique \u00bb active les TLR4 h\u00e9patiques et monocytaires, maintenant le syst\u00e8me immunitaire dans un \u00e9tat d&rsquo;alerte permanent.<\/p>\n<p>Enfin, le <strong>stress psychosocial chronique<\/strong> s&rsquo;av\u00e8re \u00eatre un stimulus pro-inflammatoire d&rsquo;une puissance \u00e9quivalente \u00e0 une toxine bact\u00e9rienne. Le stress r\u00e9p\u00e9t\u00e9 active la division sympathique du syst\u00e8me nerveux autonome, d\u00e9clenchant la lib\u00e9ration de noradr\u00e9naline dans la moelle osseuse et les organes lympho\u00efdes. La fixation de la noradr\u00e9naline sur les r\u00e9cepteurs b\u00eata-2 adr\u00e9nergiques des prog\u00e9niteurs h\u00e9matopo\u00ef\u00e9tiques stimule la my\u00e9lopo\u00ef\u00e8se d&rsquo;urgence : la moelle osseuse lib\u00e8re des cohortes de monocytes immatures pro-inflammatoires caract\u00e9ris\u00e9s par un \u00e9tat transcriptionnel hyper-r\u00e9actif. Ces cellules gagnent les tissus p\u00e9riph\u00e9riques et les m\u00e9ninges, bouclant le cercle entre adversit\u00e9 sociale et neuro-inflammation.<\/p>\n<h2>12. Implications th\u00e9rapeutiques, limites conceptuelles et perspectives futures<\/h2>\n<h3>12.1. Strat\u00e9gies anti-inflammatoires et immuno-th\u00e9rapeutiques en psychiatrie<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9lucidation mol\u00e9culaire de l&rsquo;axe immuno-d\u00e9pressif a ouvert la voie \u00e0 l&rsquo;exploration d&rsquo;interventions th\u00e9rapeutiques novatrices visant \u00e0 \u00e9teindre l&rsquo;incendie inflammatoire pour restaurer la plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale. Plusieurs classes pharmacologiques immunomodulatrices ont \u00e9t\u00e9 \u00e9valu\u00e9es dans des essais cliniques randomis\u00e9s contr\u00f4l\u00e9s.<\/p>\n<p>Les <strong>inhibiteurs s\u00e9lectifs de la cyclooxyg\u00e9nase-2 (COX-2)<\/strong>, tels que le c\u00e9l\u00e9coxib, ont \u00e9t\u00e9 test\u00e9s en strat\u00e9gie d&rsquo;adjonction (add-on) aux antid\u00e9presseurs conventionnels. En bloquant la synth\u00e8se endoth\u00e9liale et c\u00e9r\u00e9brale de prostaglandine E2 (PGE2), le c\u00e9l\u00e9coxib a d\u00e9montr\u00e9 une capacit\u00e9 significative \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer la r\u00e9ponse antid\u00e9pressive et \u00e0 augmenter les taux de r\u00e9mission chez des patients d\u00e9prim\u00e9s bipolaires et unipolaires pr\u00e9sentant des marqueurs inflammatoires initiaux mesurables.<\/p>\n<p>L&rsquo;approche la plus cibl\u00e9e a repos\u00e9 sur l&rsquo;utilisation d&rsquo;anticorps monoclonaux biologiques dirig\u00e9s contre les cytokines cl\u00e9s. Dans un essai clinique historique men\u00e9 par Charles Raison et Andrew Miller \u00e9valuant <strong>l&rsquo;infliximab<\/strong> (un anticorps monoclonal chim\u00e9rique anti-TNF-\u03b1) dans la d\u00e9pression r\u00e9sistante, les auteurs ont rapport\u00e9 un r\u00e9sultat fondamental : l&rsquo;infliximab n&rsquo;a pas montr\u00e9 de sup\u00e9riorit\u00e9 globale sur l&rsquo;ensemble de la cohorte h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne ; en revanche, chez les patients pr\u00e9sentant \u00e0 l&rsquo;inclusion une \u00e9l\u00e9vation franche de la prot\u00e9ine C-r\u00e9active (hs-CRP > 5 mg\/L), l&rsquo;anti-TNF-\u03b1 a induit une am\u00e9lioration spectaculaire et statistiquement sup\u00e9rieure des scores de d\u00e9pression par rapport au placebo.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, la <strong>minocycline<\/strong> fait l&rsquo;objet d&rsquo;un int\u00e9r\u00eat soutenu en raison de son action cibl\u00e9e sur l&rsquo;inhibition microgliale. En diminuant la lib\u00e9ration de NO, d&rsquo;IL-1\u03b2 et en pr\u00e9venant l&rsquo;activation d&rsquo;IDO1, la minocycline exerce un effet neuroprotecteur d\u00e9montr\u00e9 dans plusieurs essais cliniques r\u00e9cents de d\u00e9pression unipolaire et bipolaire.<\/p>\n<h3>12.2. Ciblage innovant de la voie kynur\u00e9nine et des r\u00e9cepteurs glutamatergiques<\/h3>\n<p>La confirmation du r\u00f4le d\u00e9l\u00e9t\u00e8re jou\u00e9 par les m\u00e9tabolites de la d\u00e9gradation du tryptophane a d\u00e9sign\u00e9 la cascade de la kynur\u00e9nine comme un gisement de cibles pharmacologiques de premier ordre. Des mol\u00e9cules inhibitrices s\u00e9lectives et hautement affines de l&rsquo;<strong>indoleamine 2,3-dioxyg\u00e9nase-1 (IDO1)<\/strong>, initialement d\u00e9velopp\u00e9es en immuno-oncologie pour restaurer la surveillance immunitaire anti-tumorale (telles que l&rsquo;\u00e9pacadostat), sont aujourd&rsquo;hui explor\u00e9es pour bloquer la formation initiale de m\u00e9tabolites neurotoxiques au cours du trouble d\u00e9pressif.<\/p>\n<p>Une alternative th\u00e9rapeutique encore plus prometteuse r\u00e9side dans l&rsquo;inhibition de la <strong>kynur\u00e9nine 3-monooxyg\u00e9nase (KMO)<\/strong>. Des inhibiteurs s\u00e9lectifs de la KMO, \u00e0 l&rsquo;instar du compos\u00e9 Ro 61-8048 et de ses d\u00e9riv\u00e9s de seconde g\u00e9n\u00e9ration, ont la capacit\u00e9 de bloquer la conversion de la kynur\u00e9nine en 3-hydroxykynur\u00e9nine. Cette intervention pharmacologique r\u00e9alise un \u00ab court-circuit m\u00e9tabolique \u00bb hautement b\u00e9n\u00e9fique : elle ass\u00e8che la synth\u00e8se de l&rsquo;acide quinolinique excitotoxique tout en redirigeant l&rsquo;ensemble du pool de kynur\u00e9nine vers la branche astrocytaire, augmentant ainsi la production d&rsquo;acide kynur\u00e9nique neuroprotecteur.<\/p>\n<p>Cette approche s&rsquo;articule de mani\u00e8re frappante avec la r\u00e9volution de la <strong>k\u00e9tamine<\/strong> et de l&rsquo;esk\u00e9tamine intranasale en psychiatrie interventionnelle. En agissant comme un antagoniste non comp\u00e9titif \u00e0 haute affinit\u00e9 des r\u00e9cepteurs NMDA, la k\u00e9tamine neutralise instantan\u00e9ment l&rsquo;excitotoxicit\u00e9 induite par l&rsquo;acide quinolinique \u00e0 la membrane postsynaptique. De surcro\u00eet, la k\u00e9tamine stimule rapidement la synth\u00e8se de BDNF d\u00e9pendant de la voie mTORC1 et r\u00e9tablit les \u00e9pines synaptiques d\u00e9truites par le climat inflammatoire, r\u00e9alisant en quelques heures ce qu&rsquo;une pharmacoth\u00e9rapie anti-inflammatoire classique met des semaines \u00e0 instaurer.<\/p>\n<h3>12.3. Limites du mod\u00e8le et d\u00e9fis de la psychiatrie de pr\u00e9cision<\/h3>\n<p>En d\u00e9pit de sa puissance explicative, l&rsquo;hypoth\u00e8se inflammatoire et cytokinique de la d\u00e9pression ne saurait \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9e comme une th\u00e9orie causale exclusive s&rsquo;appliquant uniform\u00e9ment \u00e0 tous les patients d\u00e9prim\u00e9s. La d\u00e9pression majeure demeure une entit\u00e9 hautement h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne sur les plans g\u00e9n\u00e9tique, clinique et physiopathologique. Chez une majorit\u00e9 substantielle de patients, l&rsquo;\u00e9pisode d\u00e9pressif se d\u00e9veloppe sans aucune anomalie d\u00e9celable des marqueurs immunitaires p\u00e9riph\u00e9riques ou centraux, r\u00e9pondant pr\u00e9f\u00e9rentiellement aux modulations monoaminergiques classiques, aux psychoth\u00e9rapies cognitives ou aux th\u00e9rapies \u00e9lectroconvulsivantes.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9cueil majeur de la recherche translationnelle r\u00e9side dans le risque d&rsquo;administrer des th\u00e9rapies anti-inflammatoires ou des biom\u00e9dicaments immunosuppresseurs de fa\u00e7on indiscrimin\u00e9e. L&rsquo;\u00e9tude de Raison sur l&rsquo;infliximab a mis en lumi\u00e8re un ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;une gravit\u00e9 th\u00e9rapeutique majeure : chez les patients d\u00e9prim\u00e9s pr\u00e9sentant une <strong>CRP basse (&lt; 1 mg\/L)<\/strong>, le traitement anti-inflammatoire s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9 n\u00e9faste, aggravant significativement la symptomatologie par rapport au placebo. En effet, des taux basaux physiologiques de cytokines telles que le TNF-\u03b1 sont indispensables au maintien de la plasticit\u00e9 synaptique de base, de la neurogen\u00e8se et de la survie neuronale ; \u00e9teindre cette signalisation chez un sujet non inflammatoire conduit \u00e0 un effondrement de la trophicit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale.<\/p>\n<p>L&rsquo;avenir de cette discipline r\u00e9side donc r\u00e9solument dans l&rsquo;int\u00e9gration des principes de la <strong>psychiatrie de pr\u00e9cision<\/strong>. Le d\u00e9ploiement de panels de biomarqueurs composites \u2014 couplant la mesure de la hs-CRP, de l&rsquo;IL-6 s\u00e9rique, du ratio KYN\/TRP, de signatures transcriptomiques monocytaires et de l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle des circuits de la r\u00e9compense \u2014 est imp\u00e9ratif pour stratifier rigoureusement les cohortes de patients. Seule cette cat\u00e9gorisation biologique pr\u00e9alable permettra d&rsquo;assigner les th\u00e9rapeutiques immunomodulatrices aux seuls individus chez qui l&rsquo;immunit\u00e9 a effectivement subjugu\u00e9 le cerveau.<\/p>\n<p>En conclusion, les travaux pionniers de Robert Dantzer, Jason C. O&rsquo;Connor, Gregory G. Freund, Rodney W. Johnson et Keith W. Kelley ont marqu\u00e9 une \u00e9tape d\u00e9cisive dans l&rsquo;histoire de la psychiatrie biologique. En d\u00e9cryptant avec une rigueur exp\u00e9rimentale exemplaire le passage du comportement de maladie \u00e0 la m\u00e9lancolie morbide, et en r\u00e9v\u00e9lant les rouages biochimiques de l&rsquo;activation microgliale, du m\u00e9tabolisme de la kynur\u00e9nine et de l&rsquo;effondrement neurotrophique, ils ont d\u00e9mantel\u00e9 le carcan monoaminergique classique. Leur h\u00e9ritage intellectuel perdure dans l&rsquo;av\u00e8nement d&rsquo;une psychiatrie mol\u00e9culaire int\u00e9grative, capable de lire la souffrance psychique \u00e0 l&rsquo;aune du dialogue universel entre le syst\u00e8me immunitaire et la plasticit\u00e9 de l&rsquo;esprit humain.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Banks, W. A. (2005). The source of cerebral cytokines: Translating peripheral signals into CNS reactions. <em>Journal of Controlled Release<\/em>, 101(1\u20133), 299\u2013306. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.jconrel.2004.07.024\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.jconrel.2004.07.024<\/a><\/li>\n<li>Capuron, L., &amp; Miller, A. H. (2004). Cytokines and psychopathology: Lessons from interferon-\u03b1. <em>Biological Psychiatry<\/em>, 56(11), 819\u2013824. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.biopsych.2004.02.009\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.biopsych.2004.02.009<\/a><\/li>\n<li>Dantzer, R., O&rsquo;Connor, J. C., Freund, G. G., Johnson, R. W., &amp; Kelley, K. W. (2008). From inflammation to sickness and depression: When the immune system subjugates the brain. <em>Nature Reviews Neuroscience<\/em>, 9(1), 46\u201356. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/nrn2297\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/nrn2297<\/a><\/li>\n<li>Hart, B. L. (1988). Biological basis of the behavior of sick animals. <em>Neuroscience &amp; Biobehavioral Reviews<\/em>, 12(2), 123\u2013137. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0149-7634(88)80004-6\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0149-7634(88)80004-6<\/a><\/li>\n<li>Haroon, E., Raison, C. L., &amp; Miller, A. H. (2012). Psychoneuroimmunology meets neuropsychopharmacology: Translational implications of the impact of inflammation on behavior. <em>Neuropsychopharmacology<\/em>, 37(1), 137\u2013162. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/npp.2011.205\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/npp.2011.205<\/a><\/li>\n<li>Kelley, K. W., Bluth\u00e9, R. M., Dantzer, R., Zhou, J. H., Shen, W. H., Johnson, R. W., &amp; Brouns, F. (2003). Cytokine-induced sickness behavior. <em>Brain, Behavior, and Immunity<\/em>, 17(1), S112\u2013S118. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0889-1591(02)00077-6\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0889-1591(02)00077-6<\/a><\/li>\n<li>Liddelow, S. A., Guttenplan, K. A., Clarke, L. E., Bennett, F. C., Bohlen, C. J., Schirmer, L., Bennett, M. L., M\u00fcnch, A. E., Chung, W. S., Peterson, T. C., Wilton, D. K., Frouin, A., Napier, B. A., Panicker, N., Kumar, M., Buckwalter, M. S., Rowitch, D. H., Dawson, T. M., Dawson, V. L., \u2026 Barres, B. A. (2017). Neurotoxic reactive astrocytes are induced by activated microglia. <em>Nature<\/em>, 541(7638), 481\u2013487. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/nature21029\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/nature21029<\/a><\/li>\n<li>Miller, A. H., Maletic, V., &amp; Raison, C. L. (2009). Inflammation and its discontents: The role of cytokines in the pathophysiology of major depression. <em>Biological Psychiatry<\/em>, 65(9), 732\u2013741. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.biopsych.2008.11.029\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.biopsych.2008.11.029<\/a><\/li>\n<li>O&rsquo;Connor, J. C., Andr\u00e9, C., Wang, Y., Lawson, M. A., Szegedi, S. S., Lestage, J., Castanon, N., Kelley, K. W., &amp; Dantzer, R. (2009). Interferon-\u03b3 and tumor necrosis factor-\u03b1 mediate the endotoxin-induced categorization of depressive-like behavior through indoleamine 2,3-dioxygenase. <em>The Journal of Neuroscience<\/em>, 29(13), 4200\u20134209. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1523\/JNEUROSCI.5032-08.2009\">https:\/\/doi.org\/10.1523\/JNEUROSCI.5032-08.2009<\/a><\/li>\n<li>O&rsquo;Connor, J. C., Lawson, M. A., Andr\u00e9, C., Moreau, M., Lestage, J., Castanon, N., Kelley, K. W., &amp; Dantzer, R. (2009). Lipopolysaccharide-induced depressive-like behavior is mediated by indoleamine 2,3-dioxygenase activation in mice. <em>Molecular Psychiatry<\/em>, 14(5), 511\u2013522. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/sj.mp.4002148\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/sj.mp.4002148<\/a><\/li>\n<li>Pariante, C. M., &amp; Miller, A. H. (2001). Glucocorticoid receptors in major depression: Relevance to pathophysiology and treatment. <em>Biological Psychiatry<\/em>, 49(5), 391\u2013404. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0006-3223(00)01088-X\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0006-3223(00)01088-X<\/a><\/li>\n<li>Raison, C. L., Capuron, L., &amp; Miller, A. H. (2006). Cytokines sing the blues: Inflammation and the pathogenesis of depression. <em>Trends in Immunology<\/em>, 27(1), 24\u201331. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.it.2005.11.006\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.it.2005.11.006<\/a><\/li>\n<li>Raison, C. L., Rutherford, R. E., Woolwine, B. J., Shuo, C., Schettler, P., Drake, D. F., Haroon, E., &amp; Miller, A. H. (2013). A randomized controlled trial of the tumor necrosis factor antagonist infliximab for treatment-resistant depression: The role of baseline inflammatory biomarkers. <em>JAMA Psychiatry<\/em>, 70(1), 31\u201341. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1001\/2013.jamapsychiatry.4\">https:\/\/doi.org\/10.1001\/2013.jamapsychiatry.4<\/a><\/li>\n<li>Schwarcz, R., Bruno, J. P., Muchowski, P. J., &amp; Wu, H. Q. (2012). Kynurenines in the mammalian brain: When physiology meets pathology. <em>Nature Reviews Neuroscience<\/em>, 13(7), 465\u2013477. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/nrn3257\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/nrn3257<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Analyse approfondie de la th\u00e9orie cytokinique et inflammatoire de la d\u00e9pression selon les travaux s\u00e9minaux de Dantzer, O&rsquo;Connor, Freund, Johnson et Kelley.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","template":"","categories":[2435,6890,13545],"tags":[13546,484,13549,13548,13547],"class_list":["post-10707","psych_article","type-psych_article","status-publish","hentry","category-neurobiologie","category-psychiatrie-biologique","category-psychoneuroimmunologie","tag-cytokines","tag-depression","tag-kynurenine","tag-neuroinflammation","tag-robert-dantzer"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_article\/10707","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_article"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=10707"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_article\/10707\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=10707"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=10707"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=10707"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}