Thérapie comportementale du poids : Enjeux et méthodes

Découvrez les fondements scientifiques, les protocoles cliniques et les stratégies de la thérapie comportementale pour une régulation pondérale saine et durable.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 26, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 26, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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La gestion pondérale durable représente l’un des défis sanitaires et psychologiques les plus complexes de notre époque contemporaine. Face aux limites évidentes des régimes restrictifs traditionnels, la prise en charge comportementale s’est imposée comme le paradigme de référence pour modifier durablement les habitudes de vie et la régulation corporelle. En abordant les processus d’apprentissage, les schémas cognitifs et les interactions environnementales, cette démarche propose une transformation systémique du rapport à l’alimentation et à la dépense énergétique.

Thérapie comportementale du contrôle du poids

1. Définition concise

La thérapie comportementale du contrôle du poids (souvent désignée sous le terme d’intervention comportementale sur le mode de vie) est une modalité psychothérapeutique structurée, empiriquement validée, visant à modifier durablement les comportements alimentaires, l’activité physique et les représentations cognitives associées, afin d’induire et de maintenir une régulation pondérale saine.

Cette approche ne se focalise pas uniquement sur la restriction calorique, mais cible en priorité les mécanismes d’autorégulation, la détection des déclencheurs environnementaux et la restructuration des habitudes quotidiennes. En combinant l’auto-surveillance, le contrôle des stimuli, la résolution de problèmes et la prévention des rechutes, elle confère à l’individu une autonomie proactive dans la gestion de sa santé métabolique et de son équilibre psychologique.

Dans le paradigme contemporain des thérapies cognitivo-comportementales (TCC), ce modèle intègre également les composantes affectives et motivationnelles, considérant que les conduites de prise alimentaire résultent d’une interaction dynamique entre variables neurobiologiques, psychologiques et écologiques.

2. Étymologie et origines linguistiques

L’expression « thérapie comportementale du contrôle du poids » est la transposition francophone de l’anglo-américain behavioral weight control therapy ou behavioral weight loss (BWL). Le terme « comportementale » dérive du verbe « comporter », issu du latin classique comportare (« transporter ensemble », puis au bas-latin « se conduire »), qui a servi au début du XXe siècle à traduire le concept de behavior introduit par les théoriciens béhavioristes.

Le substantif « contrôle » trouve son origine dans l’ancien français contre-rôle, désignant un registre tenu en double exemplaire pour vérifier l’exactitude d’un premier compte. Dans son acception psychologique moderne, le contrôle s’est enrichi de la notion cybernétique et cognitiviste d’autorégulation, traduisant la capacité d’un organisme à surveiller, rétroagir et ajuster ses propres conduites pour atteindre un état d’équilibre.

Le mot « poids » découle quant à lui du latin populaire pesum (pour pensum, dérivé de pendere, « peser »). Enfin, « thérapie » prend racine dans le grec ancien therapeia (θεραπεία), qui désignait initialement le soin, le dévouement et l’attitude bienveillante du serviteur ou du soignant envers autrui. L’assemblage terminologique consacre ainsi le passage historique d’un modèle purement diététique et mécanique de la réduction calorique à un champ clinique rigoureux fondé sur la psychologie du comportement.

3. Prononciation et forme grammaticale

Sur le plan phonétique, l’expression se transcrit en alphabet phonétique international sous la forme : /te.ʁa.pi kɔ̃.pɔʁ.tə.mɑ̃.tal dy kɔ̃.tʁol dy pwa/. Il s’agit d’un syntagme nominal complexe, de genre féminin singulier (« une thérapie comportementale… »).

Dans les contextes académiques et cliniques francophones, on retrouve des variantes synonymiques courantes, notamment « thérapie comportementale de gestion du poids », « programme comportemental d’amaigrissement », ou encore l’acronyme anglophone standardisé « BWL » fréquemment utilisé dans la littérature scientifique internationale. Au pluriel, la locution s’accorde selon les règles canoniques : « thérapies comportementales du contrôle du poids ».

4. Explication conceptuelle détaillée

La thérapie comportementale du contrôle du poids repose sur le postulat central selon lequel les comportements liés à la prise alimentaire et à la sédentarité sont des réponses apprises, maintenues et modulées par des interactions continues entre l’organisme et son environnement. Contrairement aux approches axées exclusivement sur la prescription nutritionnelle stricte, cette thérapie considère que l’accès constant à une alimentation hypercalorique et la diminution structurelle de l’activité physique créent des contextes écologiques d’apprentissage puissants, favorisant l’excès pondéral et l’installation d’automatismes dysfonctionnels.

L’objectif fondamental n’est pas d’imposer une diète éphémère produisant une déperdition massique brutale, mais de reprogrammer l’architecture des micro-décisions journalières. Le protocole intervient sur la chaîne comportementale complète : les antécédents environnementaux ou internes (émotions, disponibilité d’aliments ultra-transformés, signaux de récompense), le comportement cible lui-même (mastication, quantité ingérée, durée du repas, engagement dans l’activité motrice), et les conséquences immédiates ou différées (sentiment de réconfort hédonique, culpabilité, satiété).

Une dimension cardinale de l’intervention concerne la restauration de l’autorégulation. Chez de nombreuses personnes en situation d’obésité ou de surpoids, la réponse aux signaux intéroceptifs de faim et de satiété s’est émoussée au profit d’une alimentation déclenchée par des stimuli externes (vision d’aliments appétissants, horaires arbitraires) ou internes aversifs (anxiété, ennui, tristesse). La thérapie utilise des techniques méthodiques d’auto-surveillance (self-monitoring) pour restituer au patient un miroir précis de ses comportements effectifs, réduisant l’amnésie alimentaire et l’inattention motrice.

Par ailleurs, la thérapie comportementale s’articule autour d’une approche progressive et individualisée. Les modifications d’habitudes sont introduites par étapes hiérarchisées (technique du façonnement ou shaping), évitant la rupture drastique et l’épuisement des ressources attentionnelles. En cultivant la flexibilité comportementale plutôt que la rigidité diététique, elle permet d’atténuer le cercle vicieux de la déprivation calorique, qui engendre habituellement des pulsions compensatoires et des épisodes de désinhibition alimentaire.

5. Développement historique

L’émergence formelle de cette discipline remonte à la fin des années 1960. En 1967, le psychologue Richard B. Stuart publie un article fondateur intitulé « Behavioral control of overeating » dans le journal Behaviour Research and Therapy. Stuart démontre pour la première fois que l’application systématique des principes du conditionnement opérant de B.F. Skinner permet d’obtenir des pertes de poids significatives et plus stables que les conseils médicaux conventionnels ou la psychanalyse alors dominante.

Durant les années 1970 et 1980, sous l’impulsion de pionniers tels qu’Albert Stunkard, Kelly D. Brownell et Leonard Epstein, les protocoles se formalisent et s’institutionnalisent. Leonard Epstein étend brillamment ces techniques à la prise en charge de l’obésité infantile et familiale, établissant que l’engagement des parents et le remodelage du milieu domestique sont indispensables au succès thérapeutique. C’est également l’époque où les programmes standardisés en groupe, dispensés sur 16 à 24 semaines, commencent à être scientifiquement évalués dans des essais cliniques randomisés.

Les années 1990 et 2000 marquent le tournant des grands essais multicentriques de santé publique. L’étude emblématique Diabetes Prevention Program (DPP) aux États-Unis et le Finnish Diabetes Prevention Study (DPS) prouvent sans équivoque qu’une intervention comportementale structurée sur le mode de vie réduit de 58 % l’incidence du diabète de type 2 chez les personnes à risque élevé, surpassant l’efficacité d’un traitement pharmacologique de référence tel que la metformine. Par la suite, l’essai clinique Look AHEAD (Action for Health in Diabetes) confirme la faisabilité et la sécurité d’une intervention comportementale intensive prolongée sur près d’une décennie.

Depuis les années 2010, la thérapie comportementale a poursuivi son enrichissement théorique avec la « troisième vague » des TCC. L’introduction des approches basées sur la pleine conscience (mindful eating) et la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT) permet d’adresser plus spécifiquement l’inconfort émotionnel, l’évitement expérientiel et les fringales hédoniques, tout en exploitant les technologies numériques (applications pour smartphones, objets connectés, télésanté) pour dispenser ces thérapies à grande échelle.

6. Fondements théoriques

La thérapie comportementale du contrôle du poids puise sa cohérence dans un corpus théorique robuste issu de la psychologie scientifique :

En premier lieu, les théories du conditionnement classique (pavlovien) et du conditionnement opérant (skinnérien) fournissent l’échafaudage primaire. Selon ces principes, de nombreux comportements de grignotage constituent des réflexes conditionnés associés à des contextes précis (regarder un écran, être assis au volant, franchir la porte du domicile). Le contrôle des stimuli vise à désamorcer ces associations en modifiant physiquement l’environnement ou en introduisant des réponses incompatibles.

En deuxième lieu, la théorie sociale cognitive formulée par Albert Bandura éclaire les dimensions psychosociales de la prise en charge. La notion centrale d’auto-efficacité (self-efficacy)—la croyance de l’individu en sa capacité d’exécuter avec succès les comportements requis pour atteindre un résultat visé—constitue un prédicteur majeur du succès thérapeutique. Le modèle intègre également l’apprentissage vicariant (observation des pairs lors de thérapies de groupe), la gestion des renforcements et la réciprocité triadique entre déterminants personnels, environnementaux et comportementaux.

En troisième lieu, les modèles cybernétiques et métacognitifs de l’autorégulation, développés notamment par Carver et Scheier, expliquent comment l’établissement d’un objectif clair, la comparaison active entre l’état actuel et l’état désiré grâce au monitoring, et la mise en œuvre de boucles de rétroaction corrective permettent d’ajuster l’effort volontaire face aux aléas de l’existence.

Enfin, le modèle transthéorique du changement de Prochaska et DiClemente ainsi que l’entretien motivationnel de Miller et Rollnick complètent ce socle. Ils offrent aux cliniciens une grille de lecture dynamique pour évaluer la réceptivité du patient, lever l’ambivalence inhérente à l’abandon d’habitudes gratifiantes et consolider la détermination intrinsèque à travers les différents stades du changement thérapeutique.

7. Composantes clés, types et dimensions

Une intervention comportementale complète s’articule autour d’un ensemble de techniques standardisées agissant en synergie :

  • Auto-surveillance rigoureuse (Self-monitoring) : Relevé quotidien et en temps réel des apports nutritionnels (quantités, composition, contexte horaire et affectif), de l’activité physique (nombre de pas, minutes de dépense modérée à vigoureuse) et pesée régulière (hebdomadaire ou quotidienne) pour fournir un feedback objectif indispensable au contrôle adaptatif.
  • Contrôle des stimuli environnementaux (Stimulus control) : Modification concrète de l’environnement physique pour réduire la visibilité et la proximité des aliments à haute densité énergétique (débarrasser les placards de produits ultra-transformés, stocker les en-cas hors de portée de vue) et augmenter l’accessibilité des options favorables (disposer une corbeille de fruits frais, préparer sa tenue de sport la veille).
  • Planification d’objectifs SMART : Élaboration collaborative de buts spécifiques, mesurables, atteignables, réalistes et temporellement définis (par exemple, « marcher 30 minutes consécutives les lundis, mercredis et samedis » plutôt que « faire plus d’exercice »).
  • Restructuration cognitive : Identification et neutralisation des distorsions de pensée qui précipitent l’abandon des efforts, notamment le perfectionnisme dichotomique (« tout ou rien »), les pensées permissives trompeuses (« après cette dure journée, je mérite ce paquet de biscuits ») et l’autocritique destructive consécutive à un écart.
  • Résolution méthodique de problèmes (Problem solving) : Enseignement d’une séquence rigoureuse en cinq étapes pour neutraliser les obstacles prévisibles (définir le problème, générer des alternatives créatives, évaluer les options, choisir et appliquer une solution, analyser les résultats).
  • Alimentation en pleine conscience et régulation sensorielle : Ralentissement de la vitesse d’ingestion, mastication prolongée, pose systématique des couverts entre les bouchées et reconnexion attentive aux sensations somatosensorielles de réplétion gastrique et de rassasiement.
  • Stratégies de prévention de la rechute (Relapse prevention) : Distinction cruciale entre le simple faux-pas (lapse) et l’abandon thérapeutique total (relapse), accompagnée de l’anticipation des situations à haut risque (fêtes de fin d’année, séjours hôteliers, périodes de deuil ou de stress professionnel intense).

8. Exemples concrets et cas illustratifs

Pour illustrer la mise en pratique de ces principes, considérons le cas clinique de Claire, une cadre bancaire de 42 ans présentant un indice de masse corporelle (IMC) de 33 kg/m² et un profil de grignotage impulsif en fin de journée de travail.

Lors des premières séances, Claire identifie que ses épisodes de surconsommation de sucreries surviennent systématiquement entre 18h30 et 20h00, dès son retour au domicile. L’analyse fonctionnelle révèle que le passage devant la cuisine fait office de signal conditionné couplé à une intense fatigue cognitive. Par la technique du contrôle des stimuli, Claire décide de ne plus stocker de confiseries dans les placards de la cuisine et de programmer un itinéraire différent à son arrivée à la maison : elle se dirige d’abord vers sa chambre pour changer de vêtements, boit un verre d’eau et prend une douche tiède de dix minutes pour briser l’association automatique entre stress professionnel et décharge pulsionnelle alimentaire.

Un autre exemple concerne Marc, 50 ans, souffrant d’hypertension artérielle et d’un schéma cognitif de type « tout ou rien ». Lors d’un dîner d’affaires, Marc cède à la tentation de consommer un dessert au chocolat non prévu. Auparavant, cet événement aurait déclenché une cascade de pensées catastrophiques (« J’ai gâché une semaine d’efforts, autant continuer à manger n’importe quoi tout le week-end »). Grâce au travail de restructuration cognitive, Marc parvient à identifier cette pensée irrationnelle et la remplace par un discours alternatif réaliste : « Un écart d’un repas ne ruine pas un travail de plusieurs mois ; mon métabolisme s’adapte et je reprends simplement mes habitudes équilibrées dès demain matin ». Ce désamorçage prévient l’effondrement motivationnel et sécurise son parcours au long cours.

9. Mesure, observation et évaluation

L’évaluation dans le cadre d’une thérapie comportementale du contrôle du poids s’opère selon une démarche multimodale, associant paramètres anthropométriques, biomarqueurs et instruments psychométriques validés.

Sur le versant corporel, l’évolution de la masse globale reste un indicateur direct, complété par la mesure du tour de taille (reflet de l’adiposité viscérale) et par l’analyse de composition corporelle par bioimpédancemétrie ou absorptiométrie biphotonique à rayons X (DEXA), qui permet de s’assurer que la perte pondérale épargne la masse musculaire métaboliquement active au détriment exclusif du tissu adipeux.

Sur le versant psychologique et comportemental, le clinicien s’appuie sur des échelles standardisées renommées :

  • Le Three-Factor Eating Questionnaire (TFEQ) de Stunkard et Messick, qui quantifie la restriction cognitive, la désinhibition alimentaire et la susceptibilité à la faim perçue.
  • L’Échelle d’Accès Émotionnel à l’Alimentation (Dutch Eating Behavior Questionnaire – DEBQ), permettant de distinguer l’alimentation émotionnelle, externe et restreinte.
  • Le Binge Eating Scale (BES), indispensable pour dépister d’éventuels épisodes d’hyperphagie boulimique nécessitant une modulation du protocole de soins.
  • L’échelle d’auto-efficacité pour le contrôle du poids (Weight Efficacy Lifestyle Questionnaire – WEL), évaluant la confiance du patient à résister à la tentation alimentaire dans divers contextes émotionnels et sociaux.

10. Applications et portée pratique

La thérapie comportementale s’applique avec succès dans une multitude de cadres cliniques, médicaux et préventifs. En médecine ambulatoire, elle constitue la pierre angulaire des recommandations de toutes les grandes sociétés savantes (notamment la Haute Autorité de Santé en France et l’Organisation mondiale de la santé) pour le traitement initial du surpoids et de l’obésité de classe I et II.

Dans le domaine médico-chirurgical, la thérapie comportementale est un prérequis fondamental dans les parcours de chirurgie bariatrique. En phase préopératoire, elle prépare le patient aux contraintes drastiques post-interventionnelles (réduction drastique des volumes, mastication lente, cessation du grignotage liquide). En phase postopératoire tardive, elle prévient la reprise pondérale souvent observée après 2 à 5 ans, période où les mécanismes hormonaux de satiété induits par l’opération tendent à s’atténuer.

En milieu pédiatrique, les programmes comportementaux axés sur la famille transforment les habitudes du foyer entier, démontrant une efficacité thérapeutique remarquable car ils préviennent la fixation définitive de l’obésité à l’âge adulte. En médecine du travail et en santé communautaire, des adaptations écourtées de ces protocoles sont déployées sous forme d’ateliers collectifs pour endiguer la sédentarité en entreprise et promouvoir l’ergonomie active.

11. Données de recherche et preuves empiriques

La littérature scientifique internationale documente de façon exhaustive l’efficacité à court et moyen terme des thérapies comportementales. Les méta-analyses des essais cliniques randomisés (incluant les travaux synthétisés par Wadden, Foster et Wing) indiquent qu’un protocole standardisé de 20 à 26 semaines permet une réduction pondérale moyenne de 7 à 10 % du poids initial.

Cette perte de masse, bien que souvent inférieure aux attentes parfois irréalistes des patients (qui espèrent fréquemment une baisse de 20 à 30 %), induit des bénéfices métaboliques et cardiovasculaires majeurs et immédiats : normalisation de la glycémie à jeun, régression de l’insulinorésistance, baisse de la pression artérielle systolique et diastolique, et réduction notable des triglycérides sanguins.

Le défi central de la recherche clinique demeure toutefois le maintien du poids à long terme. Les données épidémiologiques de l’essai Look AHEAD et du registre américain du contrôle du poids (National Weight Control Registry) démontrent qu’en l’absence de soutien prolongé, un tiers du poids perdu est généralement repris au cours de l’année suivant l’arrêt des séances, et la majorité des individus reviennent à leur poids initial dans un délai de 3 à 5 ans. En revanche, les cohortes qui poursuivent un contact thérapeutique mensuel continu, maintiennent un niveau d’activité physique élevé (équivalent à au moins 200 à 300 minutes de marche par semaine) et persistent dans l’auto-surveillance conservent une perte pondérale cliniquement significative supérieure à 5 % sur le long cours.

12. Considérations socioculturelles

L’implémentation des thérapies comportementales ne peut s’affranchir du contexte sociologique et culturel dans lequel évoluent les patients. Dans les sociétés occidentales industrialisées, l’individu fait face à ce que les sociologues qualifient d’« environnement obésogène » : une surabondance d’aliments industriels ultra-transformés bon marché, combinée à une mécanisation croissante réduisant l’obligation motrice quotidienne.

Par ailleurs, la signification symbolique de l’acte alimentaire varie profondément selon les cultures. Dans de nombreuses traditions méditerranéennes, moyen-orientales, africaines ou asiatiques, la nourriture est le vecteur cardinal de l’hospitalité, du partage et de l’intégration sociale. Un individu appliquant une restriction perçue comme austère peut subir une pression d’entourage considérable. Le thérapeute doit donc adapter les objectifs aux habitudes culinaires et rituels collectifs sans disqualifier les traditions gastronomiques du groupe d’appartenance.

Enfin, les cliniciens doivent impérativement veiller à ne pas cautionner la stigmatisation pondérale (weight stigma) ambiante. L’insistance exclusive sur la responsabilité individuelle et la « volonté » comportementale peut générer une culpabilité toxique chez les personnes issues de milieux socioéconomiques précaires, où le désert alimentaire, le stress chronique et les contraintes de travail posté constituent des obstacles structurels majeurs à l’application des consignes d’hygiène de vie.

13. Critiques, controverses et limites

Bien qu’elle soit la méthode non chirurgicale la plus solidement validée par la science, la thérapie comportementale essuie plusieurs critiques théoriques et méthodologiques :

La première critique majeure concerne l’effet de plateau biologique et la reprise de poids secondaire. Des physiologistes ont démontré que la perte pondérale déclenche des mécanismes d’adaptation métabolique puissants : baisse disproportionnée de la dépense énergétique de repos, altération durable des hormones régulatrices de l’appétit (chute de la leptine, élévation prolongée de la ghréline). Exiger un contrôle purement comportemental contre des forces homéostatiques millénaires destinées à lutter contre la famine apparaît, pour certains auteurs, comme une simplification clinique excessive si l’on ne combine pas l’intervention avec des thérapies biologiques ou pharmacologiques (tels que les agonistes des récepteurs du GLP-1).

La deuxième controverse émane des courants défendant les modèles neutres vis-à-vis du poids (mouvements Health at Every Size – HAES). Ces derniers reprochent aux thérapies comportementales traditionnelles de perpétuer une obsession néfaste pour le chiffre de la balance, susceptible de favoriser l’apparition de troubles du comportement alimentaire subcliniques et d’aggraver l’anxiété de performance chez les sujets vulnérables.

Enfin, la question de l’accessibilité demeure problématique. Les protocoles les plus efficients exigent des séances fréquentes animées par des professionnels hautement qualifiés (psychologues, diététiciens nutritionnistes spécialisés), rendant leur déploiement généralisé très coûteux pour les systèmes d’assurance maladie et limitant leur portée auprès des classes sociales les plus défavorisées, pourtant les plus touchées par les maladies métaboliques.

14. Termes connexes et distinctions fondamentales

Il importe de ne pas confondre la thérapie comportementale du contrôle du poids avec d’autres démarches médicales ou nutritionnelles :

  • Régime restrictif classique : Prescription normative et rigide d’un cadre diététique précis (hypocalorique, cétogène, dissocié) sans travail sur les causes émotionnelles ou les automatismes déclencheurs. Contrairement à la TCC, le régime n’enseigne pas l’autorégulation adaptative et présente un taux d’échec massif par rebond pondéral (effet yoyo).
  • Alimentation intuitive (Intuitive Eating) : Philosophie nutritionnelle anti-régime axée exclusivement sur l’écoute inconditionnelle de la faim et du rassasiement somatique sans visée explicite de perte de poids. La thérapie comportementale intègre ces principes sensoriels, mais conserve des repères d’objectifs énergétiques et des structures concrètes d’organisation des repas.
  • Entretien motivationnel : Méthode de communication directive centrée sur la personne, destinée à susciter un changement comportemental en aidant le sujet à explorer et résoudre son ambivalence. Il représente un style relationnel préalable ou complémentaire, tandis que la thérapie comportementale fournit le contenu technique opérationnel.
  • Chirurgie bariatrique : Intervention chirurgicale anatomique modifiant le tube digestif (sleeve gastrectomie, pontage gastrique). Si la chirurgie induit une réduction pondérale mécanique et hormonale rapide, elle ne dispense pas de la thérapie comportementale, qui demeure nécessaire pour assurer l’adaptation pérenne des conduites de vie.

15. Synthèse et points clés à retenir

La thérapie comportementale du contrôle du poids s’affirme comme une intervention globale, humaniste et scientifique, dépassant l’équation réductrice « manger moins et bouger plus » :

  • Elle repose sur l’apprentissage structuré et progressif de nouvelles compétences d’autorégulation, articulées autour de l’auto-surveillance, du contrôle des stimuli et de la flexibilité cognitive.
  • Elle vise une perte de poids modérée mais cliniquement protectrice (5 à 10 % du poids corporel), apportant des gains prophylactiques considérables vis-à-vis des maladies cardiométaboliques chroniques.
  • Le succès à long terme ne réside pas dans la rigidité punitive, mais dans la capacité du patient à anticiper les rechutes, à surmonter les pensées dichotomiques et à pérenniser des habitudes intégrées de façon fluide dans sa réalité psychosociale.
  • Face aux régulations neurobiologiques puissantes de l’appétit, la thérapie comportementale contemporaine gagne à être intégrée de manière synergique et empathique au sein d’une approche transdisciplinaire individualisée.

Références

  • Bandura, A. (1986). Social foundations of thought and action: A social cognitive theory. Prentice-Hall.
  • Brownell, K. D., & Stunkard, A. J. (1987). Behavioral treatment of obesity in children and adults. The American Journal of Clinical Nutrition, 45(5), 1163–1173.
  • Look AHEAD Research Group. (2014). Eight-year weight losses with an intensive lifestyle intervention: The look AHEAD study. Obesity, 22(1), 5–13. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/24375989/
  • Stuart, R. B. (1967). Behavioral control of overeating. Behaviour Research and Therapy, 5(4), 357–365. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/6078759/
  • The Diabetes Prevention Program (DPP) Research Group. (2002). Reduction in the incidence of type 2 diabetes with lifestyle intervention or metformin. New England Journal of Medicine, 346(6), 393–403. https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMoa012512
  • Wadden, T. A., Tronieri, J. S., & Butryn, M. L. (2020). Lifestyle modification approaches for the treatment of obesity in adults. American Psychologist, 75(2), 235–251. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/32053018/
  • Wing, R. R., & Phelan, S. (2005). Long-term weight loss maintenance. The American Journal of Clinical Nutrition, 82(1), 222S–225S. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/16002825/

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 26). Thérapie comportementale du poids : Enjeux et méthodes. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=therapie-comportementale-controle-du-poids
Looti, Mohammed. “Thérapie comportementale du poids : Enjeux et méthodes.” Base de données de psychologie en français, 26 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_term=therapie-comportementale-controle-du-poids.
Looti, Mohammed. “Thérapie comportementale du poids : Enjeux et méthodes.” Base de données de psychologie en français. octobre 26, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=therapie-comportementale-controle-du-poids.