TCC brève et intensive : L’impact du groupe

La thérapie cognitivo-comportementale brève et intensive de groupe condense l’apprentissage inhibiteur et la dynamique collective pour traiter rapidement et efficacement les troubles anxieux et obsessionnels.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 27, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 27, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

Face à la prévalence croissante des troubles anxieux et de l’humeur, les systèmes de santé mentale contemporains sont confrontés au défi majeur de concevoir des interventions à la fois hautement efficaces et temporellement efficientes. La thérapie cognitivo-comportementale brève et intensive de groupe s’impose aujourd’hui comme une réponse empiriquement validée, alliant la puissance désinhibitrice de l’apprentissage massé aux puissants leviers relationnels de la dynamique collective.

Thérapie cognitivo-comportementale brève et intensive de groupe

1. Définition concise

La thérapie cognitivo-comportementale brève et intensive de groupe (souvent désignée par l’acronyme anglophone BIG-CBT pour Brief Intensive Group Cognitive Behavior Therapy) est un modèle d’intervention psychothérapeutique structuré qui condense les principes et protocoles de la thérapie cognitivo-comportementale dans un format temporel resserré, dispensé à une cohorte restreinte de patients. Au lieu de répartir les séances sur plusieurs mois à raison d’une heure par semaine, cette modalité regroupe un volume horaire équivalent sur quelques jours consécutifs ou quelques semaines, mobilisant une immersion thérapeutique continue.

Ce protocole met l’accent sur l’exposition prolongée, la restructuration cognitive in vivo, l’apprentissage vicariant et la désensibilisation rapide des stimuli anxiogènes ou dysfonctionnels. L’immersion collective amplifie la normalisation des symptômes, diminue le sentiment d’isolement et démultiplie les opportunités d’apprentissage par observation directe des pairs affrontant des situations redoutées.

Sur le plan clinique, l’approche ne constitue pas un simple raccourcissement du traitement classique, mais une reconfiguration paradigmatique du dosage thérapeutique. Elle capitalise sur le modèle de l’inhibition massée et la rupture radicale des comportements de sécurité, permettant des gains fonctionnels majeurs dans un laps de temps remarquablement réduit.

2. Étymologie et origine linguistique

L’appellation combine des racines linguistiques variées issues du grec ancien, du latin et de la terminologie psychiatrique anglo-saxonne moderne. Le terme « thérapie » dérive du grec ancien therapeia (θεραπεία), signifiant le soin, le service ou la cure prodiguée à autrui. L’adjectif « cognitif » procède du latin cognoscere (« apprendre à connaître », « examiner », « savoir »), tandis que « comportemental » s’enracine dans le latin comportare (« transporter avec soi », ayant évolué en français et en anglais vers la conduite et les actes observables).

L’adjectif « bref » est issu du latin brevis (« court », « de peu de durée »), et « intensif » dérive du latin médiéval intensivus, forgé sur intendere (« tendre fortement vers », « concentrer son énergie »). Enfin, le terme « groupe » provient de l’italien gruppo, originellement un nœud ou un assemblage d’éléments sculpturaux formant un tout cohérent.

Dans la littérature scientifique internationale, l’expression Brief Intensive Cognitive Behavior Therapy s’est cristallisée à partir des travaux pionniers sur l’exposition massée dans les années 1970 et 1980, avant de s’associer explicitement au format groupal au début des années 2000 pour répondre à des impératifs d’accessibilité aux soins et d’optimisation médico-économique.

3. Prononciation et forme grammaticale

Sur le plan morphosyntaxique, la désignation complète est une locution nominale féminine : « la thérapie cognitivo-comportementale brève et intensive de groupe ». Dans les contextes cliniques et académiques francophones, elle s’emploie couramment au singulier pour désigner le modèle d’intervention, ou au pluriel (« les thérapies cognitivo-comportementales brèves et intensives ») pour renvoyer aux multiples déclinaisons protocolaires existantes.

La phonétique standard en français international s’articule comme suit : /te.ʁa.pi kɔɡ.ni.ti.vo kɔ̃.pɔʁ.tə.mɑ̃.tal bʁɛv e ɛ̃.tɑ̃.siv də ɡʁup/. Les cliniciens ont fréquemment recours au sigle abrégé « TCC brève et intensive » ou « TCC de groupe intensive ».

L’usage adjectival se décline régulièrement dans les publications spécialisées sous des formulations telles que : « un protocole cognitivo-comportemental intensif de groupe », « une prise en charge brève et intensive », ou « un format groupal massé ».

4. Explication conceptuelle détaillée

La thérapie cognitivo-comportementale brève et intensive de groupe repose sur le postulat fondamental selon lequel l’espacement traditionnel des séances hebdomadaires présente des faiblesses inhérentes. Dans une thérapie distribuée conventionnelle, les patients sont confrontés à des périodes d’inter-séances prolongées au cours desquelles les conduites d’évitement, la rumination anxieuse et la réinstallation des croyances dysfonctionnelles peuvent s’immiscer, érodant une part significative des apprentissages réalisés lors de la consultation précédente.

En concentrant les heures thérapeutiques au sein d’un bloc temporel dense (par exemple de trois à cinq jours consécutifs de six à huit heures par jour, ou sur deux week-ends consécutifs), cette méthode plonge le sujet dans un bain d’apprentissage correcteur continu. Cette saturation environnementale empêche l’activation des stratégies d’évitement habituelles. Les patients ne disposent pas du temps nécessaire pour reconstruire leurs défenses d’évitement expérientiel, ce qui force le système cognitif et affectif à traiter les signaux de sécurité et à réévaluer les probabilités de catastrophe perçues.

L’adjonction de la dimension groupale amplifie ce phénomène par de multiples canaux psychologiques. Au sein d’un groupe homogène quant au diagnostic (par exemple, trouble panique avec agoraphobie, trouble obsessionnel-compulsif ou phobie sociale), la honte internalisée et le sentiment d’aliénation s’estompent rapidement au profit d’une identification mutuelle. Observer un pair tolérer une détresse aiguë sans s’effondrer déclenche un puissant apprentissage vicariant qui modifie les attentes d’efficacité personnelle bien plus vigoureusement que les encouragements d’un thérapeute isolé.

Enfin, le format intensif modifie l’alliance thérapeutique. Les soignants et les participants forment une équipe active travaillant en immersion sur le terrain. L’action thérapeutique se déplace fréquemment du cabinet vers les environnements réels (transports en commun, centres commerciaux, contextes sociaux réels), transformant l’exercice d’exposition en une aventure partagée où la cohésion de groupe sert de tremplin à l’audace comportementale.

5. Évolution historique

Les prémices de la TCC intensive remontent aux recherches fondamentales de Stanley Rachman et d’Isaac Marks dans les années 1970, qui comparaient l’exposition massée (séances quotidiennes prolongées) à l’exposition espacée pour le traitement des phobies et du trouble obsessionnel-compulsif. Leurs données indiquaient déjà que l’immersion continue produisait une réduction symptomatique plus rapide, sans compromettre le maintien des gains thérapeutiques à long terme.

Dans les années 1980 et 1990, le psychologue suédois Lars-Göran Öst a révolutionné le domaine en formalisant le traitement en une seule séance (One-Session Treatment ou OST) pour les phobies spécifiques, démontrant qu’une intervention intensive de trois heures pouvait neutraliser une peur invalidante installée depuis des décennies. Ces travaux ont posé les fondations techniques de la condensation temporelle en psychothérapie comportementale.

Le véritable essor de la modalité groupale intensive s’est produit au début du XXIe siècle, notamment avec les travaux norvégiens menés par Gerd Kvale et Bjarne Hansen à l’Université de Bergen. Ils ont développé le modèle mondialement reconnu du « Bergen 4-Day Treatment » (B4DT) pour le trouble obsessionnel-compulsif. Ce protocole révolutionnaire rassemble des petits groupes de trois à six patients encadrés par un nombre équivalent de thérapeutes durant quatre journées consécutives d’expositions massées et personnalisées.

Au fil des deux dernières décennies, ce modèle s’est disséminé à l’échelle internationale et s’est adapté à d’autres pathologies complexes : le trouble de stress post-traumatique (notamment chez les vétérans et les victimes de traumatismes complexes), le trouble panique, l’anxiété sociale sévère et les troubles du comportement alimentaire. Aujourd’hui, la recherche s’intéresse à l’intégration de la réalité virtuelle et des biomarqueurs pour affiner la prédiction de la réponse à ces interventions condensées.

6. Fondements théoriques

La TCC brève et intensive de groupe s’appuie sur une convergence de modèles théoriques issus de la psychologie de l’apprentissage, des neurosciences cognitives et de la psychologie sociale.

Le premier socle théorique repose sur le modèle de l’apprentissage inhibiteur formulé par Michelle Craske et ses collaborateurs. Contrairement à l’ancien paradigme de l’habituation émotionnelle fondé sur la diminution progressive de l’anxiété subjective pendant la séance, le modèle inhibiteur postule que l’extinction ne détruit pas la mémoire de peur originale, mais crée une nouvelle trace mnésique de sécurité en compétition avec elle. L’intensité et la massification des expositions créent des violations d’attentes majeures (expectancy violations), maximalisant la force et l’accessibilité de cette nouvelle trace inhibitrice dans le cortex préfrontal.

Le deuxième pilier relève de la théorie de l’apprentissage social et de l’auto-efficacité d’Albert Bandura. L’observation directe de pairs engagés dans des comportements courageux active des processus vicariants profonds. Lorsqu’un participant constate qu’un individu partageant les mêmes vulnérabilités parvient à surmonter une épreuve anxiogène aiguë, son sentiment d’efficacité personnelle augmente immédiatement, affaiblissant les croyances d’impuissance acquise.

Enfin, le troisième pilier s’ancre dans la théorie des facteurs curatifs de groupe théorisée par Irvin Yalom. L’universalité (prendre conscience que l’on n’est pas seul avec ses symptômes), l’altruisme (aider les autres membres renforce la propre estime de soi du patient) et la cohésion groupale génèrent une matrice de sécurité affective. Cette sécurité permet aux participants de prendre des risques comportementaux majeurs qu’ils refuseraient d’assumer en contexte de thérapie individuelle isolée.

7. Composantes clés, typologies et dimensions

Une TCC brève et intensive de groupe s’articule autour de composantes structurelles et fonctionnelles rigoureusement définies :

  • Psychoéducation condensée et interactive : Présentation dynamique des mécanismes de maintien du trouble (cercles vicieux, évitements, comportements de sécurité), facilitée par le partage immédiat des expériences vécues par les membres du groupe.
  • Formulation de cas collective et individualisée : Cartographie partagée des déclencheurs, cognitions sous-jacentes et rituels, permettant à chaque participant de comprendre la logique fonctionnelle de ses symptômes à la lumière de celle des autres.
  • Expositions massées avec prévention de la réponse : Pratique répétée, prolongée et variée des situations redoutées (in vivo, intéroceptives ou imaginatives) sur plusieurs heures continues, encadrée par les thérapeutes et encouragée par les pairs.
  • Violation délibérée des attentes cognitives : Mesure systématique de la divergence entre les catastrophes anticipées par le patient et les conséquences réelles observées lors des exercices immersifs.
  • Dynamiques de soutien et modélisation par les pairs : Binômes de travail entre patients, rétroactions bienveillantes en temps réel et partage des victoires comportementales à l’issue de chaque bloc d’exposition.
  • Planification proactive du transfert de compétences : Élaboration intensive de stratégies de maintien des acquis dans l’environnement naturel dès les dernières heures du protocole, afin de prévenir le phénomène de renouveau contextuel (renewal effect).

8. Exemples et cas illustratifs

Pour concrétiser le déploiement clinique de cette modalité, examinons deux contextes cliniques archétypiques où l’intensité et le format groupal transforment radicalement le pronostic.

Cas 1 : Protocole intensif de quatre jours pour le Trouble Obsessionnel-Compulsif (Modèle B4DT)
Un groupe de quatre patients présentant des obsessions de contamination sévères avec rituels de lavage invalidants (trois à cinq heures de nettoyage quotidien) est réuni. Le premier jour est consacré à la psychoéducation et à la décision collaborative d’entrer en « guerre » contre les rituels. Les jours 2 et 3 consistent en des expositions massées menées de concert avec quatre thérapeutes : toucher des surfaces hautement anxiogènes (rampes de métro, poubelles, sols d’hôpitaux) sans pratiquer le moindre lavage ni désinfection pendant plus de huit heures d’affilée. Le groupe partage les repas les mains non lavées, transformant l’angoisse initiale en un élan de solidarité et d’humour partagé. Le quatrième jour formalise la prévention de la rechute en présence des proches invités. À la fin du programme, trois des quatre participants affichent une rémission clinique complète selon l’échelle Y-BOCS, maintenue lors du suivi à 12 mois.

Cas 2 : Stage d’immersion week-end pour Trouble Panique avec Agoraphobie
Six adultes cloîtrés à domicile en raison d’attaques de panique récurrentes participent à un protocole condensé de trois jours (vendredi soir au dimanche soir). Après une séance d’induction de symptômes intéroceptifs intenses en groupe (hyperventilation, rotation sur chaise, respiration par une paille) visant à désensibiliser la peur des sensations corporelles, le groupe part ensemble investir des lieux d’évitement majeur : rames de métro bondées, ascenseurs panoramiques, supermarchés à l’heure de pointe. Les membres s’encouragent mutuellement au lieu de fuir les sensations de malaise vagal ou de tachycardie. La fierté collective ressentie le dimanche soir neutralise l’évitement agoraphobique de façon spectaculaire chez l’ensemble des participants.

9. Mesure et évaluation

L’évaluation dans les protocoles de TCC brève et intensive nécessite des outils standardisés dotés d’une grande sensibilité au changement rapide. Compte tenu de la brièveté du temps thérapeutique, les mesures sont administrées à haute fréquence : avant l’intervention (T0), quotidiennement pendant le protocole (T1 à Tn), immédiatement après (Post-test), ainsi qu’à des intervalles de suivi standardisés (1 mois, 3 mois, 6 mois et 12 mois).

Les instruments diagnostiques structurés tels que le Mini International Neuropsychiatric Interview (MINI) ou le Structured Clinical Interview for DSM-5 (SCID-5) sont systématiquement mobilisés pour valider l’indication clinique et écarter les contre-indications majeures (décompensation psychotique active, risque suicidaire imminent aigu).

L’évolution des symptômes cibles est quantifiée à l’aide d’échelles psychométriques validées, notamment :

  • Pour le TOC : L’échelle d’obsessions-compulsions de Yale-Brown (Yale-Brown Obsessive Compulsive Scale, Y-BOCS).
  • Pour le stress post-traumatique : La liste de contrôle du TSPT pour le DSM-5 (PCL-5) et l’échelle administrée par le clinicien (CAPS-5).
  • Pour le trouble panique et l’agoraphobie : La Panic Disorder Severity Scale (PDSS).
  • Pour l’évaluation globale de l’anxiété et de la dépression : L’échelle OASIS (Overall Anxiety Severity and Impairment Scale) et le questionnaire de dépression de Beck (BDI-II).

Parallèlement aux mesures symptomatiques, l’évaluation des processus thérapeutiques est primordiale. Elle inclut la mesure de la cohésion groupale à l’aide du Group Climate Questionnaire (GCQ-S), l’alliance thérapeutique au moyen de l’inventaire d’alliance de travail (WAI), et l’évaluation de la violation des attentes par des échelles numériques de prédiction cognitive administrées avant et après chaque épreuve d’exposition.

10. Applications et portée pratique

La polyvalence clinique de la TCC brève et intensive de groupe lui permet de s’inscrire au sein d’une multiplicité de dispositifs de soins modernes, transformant la trajectoire des usagers et l’organisation institutionnelle.

Dans les hôpitaux de jour et les services de psychiatrie ambulatoire, ces programmes constituent une alternative particulièrement efficiente à l’hospitalisation complète conventionnelle. Ils réduisent drastiquement les listes d’attente en traitant plusieurs cohortes de patients en un nombre record de journées cliniques, optimisant ainsi les ratios médico-économiques sans sacrifier la qualité des soins.

Dans la prise en charge des traumatismes psychologiques chez les militaires, les vétérans et les premiers répondants (pompiers, policiers), les formats intensifs groupaux d’une ou deux semaines démontrent une adhésion clinique bien supérieure aux thérapies hebdomadaires. Ces populations, souvent réticentes aux prises en charge au long cours en raison de la stigmatisation et des contraintes professionnelles, bénéficient puissamment de la cohésion de corps inhérente au format groupal immersif.

Enfin, dans le cadre de la médecine préventive et universitaire, des versions adaptées sont déployées auprès des étudiants souffrant d’anxiété de performance sévère ou de phobie sociale invalidante avant les périodes d’examens, offrant une restauration rapide de la capacité d’action académique.

11. Recherche et données probantes

La littérature scientifique internationale documentant l’efficacité des formats brefs et intensifs de groupe s’est considérablement enrichie au cours des quinze dernières années, validant cette modalité à travers de nombreux essais contrôlés randomisés (ECR) et méta-analyses.

Concernant le modèle norvégien du Bergen 4-Day Treatment (B4DT), des études multicentriques à large échelle menées par Kvale, Hansen et leurs collègues ont démontré des taux de réponse clinique supérieurs à 80 % et des taux de rémission complète oscillant entre 65 % et 70 % à la fin de l’intervention. Fait remarquable, ces gains se maintiennent de façon stable lors des suivis longitudinaux à 1 an et 4 ans, avec des taux d’abandon (dropout) exceptionnellement faibles, inférieurs à 2 %, ce qui contraste favorablement avec les taux d’abandon moyens des TCC hebdomadaires conventionnelles (souvent situés entre 15 % et 25 %).

Dans le domaine du trouble de stress post-traumatique (TSPT), les travaux de l’équipe d’Ehlers et Clark au Royaume-Uni ainsi que les études de Rauch et collaborateurs aux États-Unis sur les formats intensifs de thérapie d’exposition prolongée en groupe ont confirmé que la condensation temporelle produit des baisses symptomatiques comparables, voire supérieures, aux traitements dispensés sur plusieurs mois, sans accroître le risque d’effets indésirables ou de réactivations traumatiques incontrôlées.

Sur le plan neurobiologique, des études d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) pré- et post-traitement révèlent que les protocoles intensifs induisent une normalisation accélérée de l’hyperréactivité de l’amygdale et un renforcement substantiel de la connectivité fonctionnelle entre le cortex préfrontal ventromédian et les structures limbiques, confirmant la plasticité cérébrale rapide sous-tendue par l’apprentissage massé.

12. Considérations culturelles et transculturelles

L’implantation transculturelle de la TCC brève et intensive de groupe requiert une adaptation fine aux normes sociales, aux représentations collectives de la détresse psychologique et aux dynamiques de communication interpersonnelle propres à chaque communauté.

Dans les cultures collectivistes (notamment en Asie orientale ou dans certaines communautés traditionnelles), l’exposition des difficultés personnelles et de l’intimité émotionnelle devant un groupe de pairs peut susciter une angoisse accrue liée à la peur de « perdre la face » (face-saving) ou de déshonorer le groupe familial. Les cliniciens doivent y instaurer des phases préalables d’acculturation au modèle groupal, insister sur la confidentialité sacralisée et formuler les exercices en termes de devoir de résilience partagée plutôt que de dévoilement individuel vulnérant.

À l’inverse, dans les contextes individualistes occidentaux, le défi réside parfois dans la gestion des résistances narcissiques ou de la rivalité au sein du groupe, où certains patients peuvent craindre que la présence d’autrui ne dilue l’attention portée par le thérapeute à leur situation singulière. La clarification du cadre d’apprentissage vicariant est alors essentielle pour désamorcer ces appréhensions.

Par ailleurs, l’adaptation linguistique des concepts métaphoriques utilisés pour motiver les patients (par exemple, la métaphore du combat contre le trouble ou de l’acceptation émotionnelle) doit refléter les idiomes locaux de détresse pour garantir un engagement affectif authentique lors des phases d’exposition massée.

13. Critiques, débats et limites

Malgré des indicateurs d’efficacité probants, la TCC brève et intensive de groupe suscite plusieurs réserves et controverses au sein de la communauté clinique et scientifique.

La première critique majeure concerne l’épuisement émotionnel et physique potentiel des participants comme des soignants. Mobiliser des niveaux d’anxiété élevés sur six à huit heures consécutives plusieurs jours de suite requiert une tolérance au stress considérable. Le risque d’épuisement professionnel (burnout) des thérapeutes est réel lorsque ceux-ci enchaînent des protocoles immersifs sans périodes de récupération suffisantes.

Un deuxième point de débat porte sur la durabilité contextuelle des apprentissages. Selon la théorie de l’apprentissage inhibiteur, les associations acquises dans un environnement massé et uniforme risquent davantage de subir le phénomène d’extinction spontanée ou de renouveau contextuel (contextual renewal) dès lors que le sujet retourne dans son cadre de vie quotidien, privé de la présence stimulante du groupe et des thérapeutes. Même si les protocoles modernes intègrent des devoirs à domicile massés, certains auteurs soutiennent que l’espacement temporel offre une meilleure consolidation mnésique à très long terme.

Enfin, la sélection des patients pose une question d’équité clinique et de faisabilité : les individus présentant une labilité émotionnelle extrême, des troubles de la personnalité complexes (notamment limite), des conduites addictives actives sévères ou des situations de crise psychosociale aiguë sont généralement exclus de ces protocoles, limitant de fait la généralisabilité de ces approches aux populations psychiatriques les plus précarisées.

14. Termes connexes et distinctions

Afin de situer précisément la TCC brève et intensive de groupe sur l’échiquier des interventions cliniques, il convient de la distinguer d’autres approches proches :

  • TCC individuelle standard distribuée : Format conventionnel (1 heure par semaine durant 12 à 20 semaines). Contrairement au format intensif groupal, elle permet une intégration lente et progressive dans le quotidien, mais s’accompagne de délais de rémission prolongés et d’un taux d’abandon souvent supérieur.
  • Traitement en une seule séance (OST – One-Session Treatment) : Intervention condensée ultra-courte (environ 3 heures consécutives), mais généralement pratiquée en modalité individuelle et réservée à des cibles circonscrites telles que les phobies spécifiques (animaux, sang-injections, hauteurs).
  • Thérapie de groupe de soutien ou d’orientation psychodynamique : Cadre groupal non directif centré sur la libre parole, l’expression des affects et la dynamique relationnelle continue, sans programme d’exposition massée ni restructuration cognitive comportementale structurée.
  • Hospitalisation de jour psychiatrique conventionnelle : Structure de soins pluridisciplinaire au long cours accueillant les patients plusieurs journées par semaine, mais sans la condensation protocolaire, la massification de l’exposition ni l’homogénéité diagnostique caractérisant la TCC intensive.

15. Résumé et points clés

En synthèse, la thérapie cognitivo-comportementale brève et intensive de groupe représente une avancée majeure dans la modernisation des pratiques thérapeutiques contemporaines :

  • Un format condensé et immersif : Elle concentre un volume thérapeutique complet sur quelques jours consécutifs, court-circuitant les mécanismes d’évitement et la réinstallation de l’anxiété entre les séances.
  • Un effet synergique du groupe : L’apprentissage vicariant, la normalisation des symptômes et la cohésion collective catalysent la prise de risque comportementale et renforcent l’efficacité personnelle.
  • Des fondements scientifiques solides : Ancrée dans le modèle de l’apprentissage inhibiteur et les neurosciences de la plasticité synaptique, elle privilégie la violation des attentes catastrophistes.
  • Une efficacité clinique remarquable : Les données probantes mettent en évidence des taux de rémission élevés (65-70 %) et des taux d’abandon historiquement bas, applicables au TOC, au TSPT et aux troubles anxieux sévères.
  • Un défi organisationnel : Sa mise en place exige une formation rigoureuse des soignants, une sélection clinique méthodique des indications et une gestion attentive de la charge mentale des équipes.

Références

  • Bandura, A. (1997). Self-efficacy: The exercise of control. W. H. Freeman. Consulter la source
  • Craske, M. G., Treanor, M., Conway, C. C., Zbozinek, T., & Vervliet, B. (2014). Maximizing exposure therapy: An inhibitory learning approach. Behaviour Research and Therapy, 58, 10–23. https://doi.org/10.1016/j.brat.2014.04.006
  • Hansen, B., Kvale, G., Hagen, K., Havnen, A., & Öst, L.-G. (2019). The Bergen 4-Day Treatment for obsessive-compulsive disorder: Does it work in normal clinical settings? Frontiers in Psychology, 10, 893. https://doi.org/10.3389/fpsyg.2019.00893
  • Öst, L.-G. (1989). One-session treatment for specific phobias. Behaviour Research and Therapy, 27(1), 1–7. https://doi.org/10.1016/0005-7967(89)90113-7
  • Yalom, I. D., & Leszcz, M. (2020). The theory and practice of group psychotherapy (6th ed.). Basic Books. Consulter la source

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 27). TCC brève et intensive : L’impact du groupe. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=therapie-cognitivo-comportementale-breve-intensive-groupe
Looti, Mohammed. “TCC brève et intensive : L’impact du groupe.” Base de données de psychologie en français, 27 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_term=therapie-cognitivo-comportementale-breve-intensive-groupe.
Looti, Mohammed. “TCC brève et intensive : L’impact du groupe.” Base de données de psychologie en français. octobre 27, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=therapie-cognitivo-comportementale-breve-intensive-groupe.