Thérapie ACT : Flexibilité et sens

La thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT) est une psychothérapie comportementale de troisième vague ciblant la flexibilité psychologique par la pleine conscience et les valeurs.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 21, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 21, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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Au carrefour des neurosciences comportementales et de la philosophie pragmatique contemporaine, la thérapie d’acceptation et d’engagement renouvelle profondément la prise en charge de la souffrance psychique. Plutôt que de contraindre le sujet à une lutte épuisante contre ses propres manifestations intérieures, ce paradigme clinique propose une transformation radicale du rapport entretenu avec la pensée, l’affect et la sensation corporelle. En réconciliant l’exigence scientifique d’une psychologie basée sur des preuves empiriques avec une profonde quête existentielle de sens, cette approche clinique s’impose désormais comme une référence majeure dans le paysage des thérapies contemporaines.

Thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT)

1. Définition concise

La thérapie d’acceptation et d’engagement (habituellement désignée par l’acronyme ACT, prononcé en un seul mot comme le verbe anglais « to act ») est une intervention psychothérapeutique d’orientation cognitivo-comportementale appartenant à la « troisième vague » des psychothérapies. Elle vise explicitement à accroître la flexibilité psychologique, c’est-à-dire la capacité d’un individu à être pleinement en contact avec le moment présent, en tant qu’être humain conscient, et à modifier ou persévérer dans ses comportements lorsque cela sert des valeurs personnelles librement choisies.

Sur le plan structural, l’ACT ne cherche pas à éliminer, modifier ou réduire la fréquence ou l’intensité des symptômes psychopathologiques, des émotions douloureuses ou des cognitions dysfonctionnelles. Elle postule que la tentative même de contrôler ou de supprimer ces expériences internes constitue le moteur principal de la souffrance psychologique chronique. En modifiant la fonction de ces événements privés plutôt que leur forme ou leur contenu, l’ACT favorise l’acceptation expérientielle et la défusion cognitive au profit d’une vie engagée, pleine de sens et d’actions constructives.

2. Étymologie et origine linguistique

L’expression est la traduction directe du syntagme anglais Acceptance and Commitment Therapy. Le mot « acceptation » dérive du latin classique acceptare (fréquentatif de accipere, signifiant « recevoir, accueillir volontairement »), soulignant une posture active de consentement réceptif et non une résignation passive. Le mot « engagement » provient du verbe d’ancien français engagier, initialement lié au droit coutumier (mettre en gage, lier sa parole et ses actes par un pacte explicite), désignant ici la décision résolue d’aligner son comportement moteur sur des directions de vie signifiantes.

Le sigle anglophone ACT a été délibérément conçu par ses initiateurs non pas pour être épelé lettre par lettre (« A-C-T »), mais pour être énoncé comme un mot à part entière : act (/ækt/), du latin actus (« action, accomplissement »). Cette prononciation unifiée véhicule la visée pragmatique et comportementale cardinale du modèle : passer à l’action concrète et tangible dans le monde physique, quelles que soient les turbulences psychologiques intérieures ressenties.

3. Prononciation et forme grammaticale

En français clinique et académique, le terme s’emploie principalement comme syntagme nominal féminin : la thérapie d’acceptation et d’engagement, abrégée couramment sous la forme féminine l’ACT (prononcée couramment [akt]). On retrouve occasionnellement l’emploi adjectivé ou en apposition, comme dans les expressions « l’approche ACT », « le modèle ACT » ou « une matrice ACT ».

L’abréviation fait l’objet d’un consensus international rigoureux : elle ne prend pas de points abréviatifs (ACT et non A.C.T.) et se prononce invariablement comme un monosyllabe. Les praticiens francophones veillent scrupuleusement à éviter la prononciation épelée (« A-C-T »), car celle-ci obscurcit le sens comportemental immédiat porté par le vocable actif d’origine.

4. Explication conceptuelle détaillée

L’ACT repose sur une conceptualisation non médicale et fonctionnelle de la condition humaine. Contrairement aux modèles nosographiques traditionnels qui considèrent la douleur psychologique comme le produit d’un dysfonctionnement, d’un déficit ou d’une lésion interne nécessitant réparation, l’ACT postule que la détresse psychologique est un sous-produit naturel des processus verbaux et cognitifs normaux de l’esprit humain. Le langage humain, en permettant la planification, la comparaison, la mémorisation du passé et l’anticipation des menaces futures, confère d’immenses avantages adaptatifs mais engendre inévitablement des pièges cognitifs omniprésents.

Le noyau pathologique central identifié par l’ACT est la rigidité psychologique. Cette dernière émerge lorsque l’individu fusionne avec ses productions verbales (pensées, jugements, croyances) et s’engage dans l’évitement expérientiel, défini comme la réticence à rester en contact avec des expériences privées indésirables (souvenirs traumatiques, sensations physiques d’angoisse, tristesse, doute) et les efforts systématiques déployés pour en modifier la forme, la fréquence ou le contexte contextuel. Si ces manœuvres d’évitement apportent un soulagement immédiat à très court terme par renforcement négatif, elles restreignent progressivement le répertoire comportemental de l’individu, appauvrissent son existence et amplifient paradoxalement la souffrance initiale.

Pour contrer cette dynamique délétère, l’ACT n’a pas pour objectif principal la réduction des symptômes, bien que celle-ci apparaisse fréquemment de façon indirecte et subséquente. La cible thérapeutique exclusive est le développement de la flexibilité psychologique. Cette compétence globale implique la capacité d’entrer en contact intime et curieux avec le moment présent, d’accueillir les pensées et sensations sans défenses inutiles, et de canaliser l’énergie vitale vers des actions qui incarnent ce qui compte véritablement pour la personne. L’ACT opère ainsi un basculement épistémologique fondamental : le patient cesse de considérer ses pensées comme des vérités littérales devant dicter ses actes, pour les appréhender comme de simples événements psychiques transitoires se déroulant dans le champ de la conscience.

Ce changement de paradigme se traduit par une relation thérapeutique horizontale, empreinte d’humilité et de compassion. Le thérapeute ACT ne se positionne pas en expert omniscient dispensant des solutions techniques ou rectifiant des distorsions cognitives, mais plutôt comme un compagnon de route confronté aux mêmes pièges du langage et de la vulnérabilité humaine. La thérapie privilégie des méthodes expérientielles, métaphoriques et paradoxales, limitant le recours au débat rationnel qui risque d’alimenter les pièges de la fusion verbale.

5. Évolution historique

Les racines de l’ACT remontent à la fin des années 1970 et au début des années 1980 aux États-Unis, sous l’impulsion princeps du psychologue américain Steven C. Hayes, rapidement rejoint par des collaborateurs majeurs comme Kelly G. Wilson et Kirk D. Strosahl. À cette époque, Hayes constate les limites de la première vague comportementaliste (strictement centrée sur le conditionnement direct) et de la deuxième vague cognitiviste (centrée sur la restructuration des pensées automatiques selon le modèle d’Aaron Beck). Hayes cherche à réintégrer l’analyse fonctionnelle skinnérienne au sein de l’étude rigoureuse des processus cognitifs supérieurs.

Initialement désignée sous l’appellation de Comprehensive Distancing (distanciation globale), l’approche fait l’objet d’une première publication empirique par Hayes en 1987. Cette méthode précoce mettait déjà l’accent sur la distanciation vis-à-vis des croyances internes et l’exposition aux événements intérieurs aversifs. Cependant, conscient qu’une technique clinique novatrice devait impérativement reposer sur des bases scientifiques élémentaires sous peine de sombrer dans l’éclectisme non fondé, Hayes et ses collègues consacrent plus d’une décennie à l’élaboration d’un modèle expérimental du langage et de la cognition : la Théorie des Cadres Relationnels (Relational Frame Theory ou RFT).

L’acte de naissance officiel de la discipline intervient en 1999 avec la parution du manuel fondateur de Hayes, Strosahl et Wilson intitulé Acceptance and Commitment Therapy: An Experiential Approach to Behavior Change. Dès le début des années 2000, l’ACT s’inscrit au premier rang de la prétendue « troisième vague » de la thérapie comportementale et cognitive, caractérisée par une focalisation accrue sur le contexte, la fonction du comportement, la métacognition et les stratégies d’acceptation et de pleine conscience.

Dans les décennies qui suivent, le mouvement s’émancipe de son cadre purement psychiatrique pour constituer une communauté scientifique internationale dynamique réunie sous la bannière de l’Association for Contextual Behavioral Science (ACBS), fondée en 2005. Les applications cliniques et organisationnelles de l’ACT connaissent une diffusion planétaire exponentielle, soutenue par une prolifération remarquable d’essais contrôlés randomisés et de méta-analyses touchant tant la psychopathologie sévère que l’amélioration de la performance et de la santé publique.

6. Fondements théoriques

L’échafaudage épistémologique et théorique de l’ACT s’articule autour de deux piliers indissociables : le contextualisme fonctionnel sur le versant philosophique, et la Théorie des Cadres Relationnels sur le versant psycho-expérimental.

Le contextualisme fonctionnel est une forme moderne de pragmatisme philosophique dérivée des travaux de B.F. Skinner et de John Dewey. Selon cette posture, tout événement psychologique ou comportemental ne peut être compris isolément de son contexte historique et environnemental immédiat. L’unité d’analyse fondamentale est « l’acte dans son contexte » (act-in-context). Le critère de vérité n’est pas ontologique (la correspondance exacte avec une réalité objective sous-jacente), mais pragmatique : une analyse est dite « vraie » si elle permet de prédire et d’influencer le comportement avec précision, étendue et profondeur, au service des objectifs fixés.

La Théorie des Cadres Relationnels (RFT) constitue le versant empirique régissant les fonctions cognitives de l’ACT. La RFT postule que le propre du langage humain réside dans la capacité apprise à relier de manière arbitraire des stimuli entre eux (répondant à des cadres relationnels de coordination, d’opposition, de comparaison, de hiérarchie ou de perspective déictique) indépendamment de leurs propriétés physiques directes. Par exemple, si l’on apprend qu’un symbole sans signification visuelle équivaut à un danger mortel, ce symbole déclenchera instantanément des réactions autonomes de peur sans qu’aucun conditionnement aversif direct n’ait eu lieu.

Ce phénomène clé, nommé transformation des fonctions du stimulus, explique l’omniprésence de la souffrance humaine. Dès lors que le langage permet de relier mentalement n’importe quel événement anodin à une menace passée ou anticipée, le cerveau humain transforme le monde en un champ de mines potentiel. Le conditionnement verbal supplante les contingences directes de l’environnement, enfermant les individus dans des règles de conduite rigides qui étouffent la sensibilité aux conséquences réelles du monde tangible.

7. Composantes clés, types et dimensions

Le modèle opérationnel de l’ACT est synthétisé sous la forme géométrique bien connue de l’Hexaflex. Ce schéma présente six processus thérapeutiques interdépendants concourant tous au développement de la flexibilité psychologique, regroupés généralement en deux grands axes : les processus d’acceptation et de pleine conscience d’une part, et les processus d’engagement et de changement comportemental d’autre part.

  • L’Acceptation : L’abandon volontaire de la lutte contre les expériences subjectives indésirables (douleurs, angoisses, obsessions). Elle consiste à faire activement de la place aux émotions difficiles sans chercher à les fuir ni à les subir passivement, dans l’unique but de libérer l’énergie nécessaire à une vie pleine.
  • La Défusion cognitive : La modification de la relation entretenue avec les pensées. Il s’agit d’observer les mots, images et croyances intérieures comme ce qu’ils sont véritablement — de simples événements cognitifs éphémères — sans leur attribuer une autorité absolue de vérité prescriptive ou factuelle.
  • Le Contact avec le moment présent : L’entraînement de l’attention à se déployer de manière flexible, volontaire et sans jugement sur l’ici et maintenant. Cette dimension emprunte aux méthodes de pleine conscience pour sortir des ruminations stériles portant sur le passé ou des anticipations anxieuses de l’avenir.
  • Le Soi comme contexte (ou Soi observateur) : La prise de conscience d’un espace de pure perspective consciente depuis lequel tous les contenus psychiques (pensées, émotions, rôles sociaux, sensations) sont observés. Ce contenant immuable ne peut être ni détruit ni altéré par la teneur des événements psychologiques qui le traversent.
  • Les Valeurs : La clarification explicite des directions de vie choisies librement par l’individu. Les valeurs ne sont pas des buts matériels à atteindre puis à cocher, mais des qualités d’action continues et durables (par exemple : être un parent bienveillant, agir avec intégrité, cultiver la curiosité scientifique).
  • L’Action engagée : L’élaboration de schémas comportementaux concrets, progressifs et cohérents avec les valeurs identifiées, même en présence d’obstacles psychologiques internes ou de barrières externes.

8. Exemples et études de cas illustratives

Considérons l’exemple d’un cadre supérieur confronté à une anxiété de performance invalidante lors des prises de parole en public. Dans une dynamique de fusion cognitive et d’évitement expérientiel, ce patient réagit à la pensée « Je vais perdre mes moyens et paraître incompétent » en développant des stratégies d’évitement (prise d’anxiolytiques, délégations forcées, refus de promotions). Cette lutte alimente une hypervigilance somatique qui aggrave les tremblements et les palpitations lors des réunions, restreignant drastiquement son épanouissement de carrière.

Dans le protocole ACT, le travail clinique ne consiste pas à contester logiquement la probabilité qu’il perde ses moyens. Le thérapeute guide le patient dans des exercices de défusion (par exemple, répéter la phrase « J’ai la pensée que je vais perdre mes moyens » ou chanter cette cognition sur un air humoristique) afin de lui ôter sa charge menaçante. Parallèlement, des exercices d’acceptation corporelle permettent d’accueillir la sensation de tachycardie comme le simple signal d’un organisme mobilisé pour un défi important, plutôt que comme une catastrophe imminente.

Le patient est ensuite invité à clarifier ses valeurs professionnelles : il découvre que ce qui lui importe profondément est de partager son savoir et d’inspirer ses jeunes collaborateurs. Dès lors, la prise de parole cesse d’être une épreuve où il s’agit de prouver sa valeur ou d’éviter l’angoisse ; elle devient une opportunité d’incarner activement la générosité pédagogique. Le patient s’engage ainsi dans l’action avec sa peur, non pas après que celle-ci a disparu, mais en l’emportant à ses côtés comme un bagage tolérable.

9. Mesure et évaluation psychométrique

L’évaluation dans l’ACT privilégie l’analyse fonctionnelle continue par rapport aux classifications nosologiques traditionnelles. Elle s’appuie néanmoins sur un arsenal psychométrique robuste permettant de quantifier les dimensions d’évitement expérientiel et de flexibilité psychologique au fil de la prise en charge.

L’instrument de référence le plus largement employé est l’AAQ-II (Acceptance and Action Questionnaire-II), traduit et validé en français. Cette échelle auto-rapportée unidimensionnelle mesure le niveau global d’inflexibilité psychologique et d’évitement expérientiel. Bien que largement utilisée dans les protocoles de recherche, l’AAQ-II a fait l’objet de discussions méthodologiques récentes quant à sa capacité à distinguer rigoureusement la flexibilité psychologique de la détresse affective générale.

Pour pallier ces limites, d’autres outils plus ciblés ont été développés et validés scientifiquement :

  • Le CompACT (Comprehensive assessment of Acceptance and Commitment Therapy processes), un questionnaire multidimensionnel évaluant séparément l’ouverture aux expériences, la conscience du moment présent et l’engagement dans les actions valorisées.
  • Le CFQ (Cognitive Fusion Questionnaire), mesurant spécifiquement le degré d’adhésion littérale du patient à ses propres pensées.
  • Des échelles contextualisées adaptées à des populations particulières, telles que le CPAQ (Chronic Pain Acceptance Questionnaire) pour la douleur chronique ou le VLQ (Valued Living Questionnaire) pour l’exploration de la cohérence entre actions et valeurs personnelles.

10. Applications et portée pratique

Initialement développée pour le traitement des troubles anxieux et de la dépression majeure, l’ACT a rapidement étendu son champ d’application à l’ensemble du spectre de la santé mentale et de la médecine comportementale. Son efficacité est aujourd’hui remarquablement documentée dans la gestion des syndromes de douleur chronique : en enseignant aux patients à cesser de lutter contre des sensations nociceptives irréductibles, l’ACT permet une restauration spectaculaire de l’autonomie physique, de la mobilité sociale et de l’humeur.

Dans le domaine des addictions et des troubles de l’usage de substances, l’ACT propose le protocole d’acceptation des envies compulsives (urge surfing), où l’individu apprend à chevaucher la vague de l’état de manque sans y céder par l’action automatique. L’approche démontre également des résultats prometteurs dans le champ des psychoses et des troubles bipolaires : elle n’a pas pour visée de supprimer les hallucinations ou les délires, mais de réduire la détresse associée et d’empêcher que ces symptômes ne dictent la conduite quotidienne du sujet.

Au-delà de la clinique individuelle, l’ACT s’est remarquablement implantée dans le monde organisationnel et du travail sous le format de formations d’entraînement à la flexibilité psychologique (souvent désigné sous l’acronyme ACT au travail). Ces interventions ciblent la prévention de l’épuisement professionnel (burnout), la réduction de l’absentéisme et l’amélioration de la résilience collective face aux restructurations complexes. Le sport de haut niveau et le coaching s’emparent également du modèle pour optimiser l’attention en situation de stress extrême sans gaspiller d’énergie cognitive en dialogues intérieurs contre-productifs.

11. Recherches et preuves empiriques

La recherche sur l’ACT se caractérise par un volume exceptionnel de publications quantitatives issues d’institutions académiques internationales. À ce jour, la littérature scientifique compte plus de mille essais contrôlés randomisés (ECR) consacrés à l’évaluation des processus et de l’efficacité de l’ACT, faisant de cette thérapie l’une des démarches psychologiques empiriquement les plus testées de l’histoire.

De multiples méta-analyses majeures, dont celles menées par A-Tjak et collaborateurs ou par Gloster et ses collègues, attestent que l’ACT s’avère significativement supérieure aux conditions témoins inactives (listes d’attente, soins usuels) et affiche une efficacité équivalente à la TCC traditionnelle de deuxième vague pour les troubles anxieux, la dépression, le stress post-traumatique et les troubles du comportement alimentaire. Toutefois, dans certaines pathologies spécifiques comme la fibromyalgie et les douleurs musculo-squelettiques chroniques, l’ACT surpasse fréquemment les interventions cognitivo-comportementales classiques en termes de reprise fonctionnelle et de qualité de vie globale.

Sur le plan des médiateurs de changement, les études de démantèlement et les analyses statistiques de médiation confirment que les gains thérapeutiques sont spécifiquement sous-tendus par les hausses de la flexibilité psychologique et les baisses de l’évitement expérientiel. Ce constat confirme la validité interne du modèle : les patients vont mieux non pas parce qu’ils ont modifié le contenu de leurs croyances, mais parce qu’ils ont fondamentalement changé leur manière d’interagir avec elles.

12. Considérations culturelles et transculturelles

La transférabilité transculturelle de l’ACT présente des avantages singuliers ainsi que des défis méthodologiques. D’un côté, le socle de l’ACT présente de puissantes résonances avec plusieurs traditions philosophiques et spirituelles non occidentales, particulièrement avec le bouddhisme Theravāda et la pensée taoïste. L’insistance sur la non-dualité, l’impermanence de toute formation mentale, la vacuité du moi substantiel (qui fait écho au Soi comme contexte) et le désengagement de l’attachement conceptuel facilite l’appropriation de l’ACT dans les cultures d’Asie de l’Est.

D’un autre côté, le concept d’affirmation de « valeurs choisies librement » peut comporter des biais individualistes typiquement nord-américains ou ouest-européens s’il n’est pas méticuleusement contextualisé. Dans les sociétés fortement collectivistes, orientées vers l’interdépendance familiale et communautaire, les valeurs individuelles sont indissociables des devoirs filiaux et des obligations relationnelles. Les praticiens intervenant dans des contextes transculturels veillent donc à adapter les exercices et métaphores pour honorer les valeurs communautaires et spirituelles préexistantes, évitant d’imposer une vision atomisée de l’autonomie personnelle.

13. Critiques, controverses et limites

Malgré sa reconnaissance scientifique, l’ACT a suscité d’intenses débats épistémologiques et cliniques au sein de la communauté des thérapies cognitivo-comportementales. Plusieurs théoriciens éminents de la TCC de deuxième vague, tels que Stefan Hofmann, ont vivement contesté l’affirmation selon laquelle l’ACT constituerait une révolution ou une « troisième vague » réellement distincte. Ces détracteurs ont soutenu que les stratégies d’exposition et de décentration étaient déjà implicitement ou explicitement présentes dans les protocoles cognitifs traditionnels de Beck et de rational-émotive thérapie d’Ellis.

Une seconde critique porte sur la complexité jugée excessive et parfois opaque de la Théorie des Cadres Relationnels. De nombreux cliniciens déplorent le décalage frappant entre le vocabulaire hautement technique de la RFT (dérivation relationnelle arbitraire, transformation de fonctions) et le caractère extrêmement imagé, presque poétique ou métaphorique, de la pratique concrète de l’ACT en cabinet de consultation. Certains auteurs suggèrent que la RFT sert parfois de justification post-hoc plutôt que de véritable guide clinique indispensable au quotidien.

Sur le plan clinique direct, l’ACT peut susciter une résistance temporaire chez les patients fermement ancrés dans le modèle médical occidental, qui consultent précisément avec l’attente légitime d’une suppression rapide de leurs symptômes désagréables. Proposer l’acceptation de la souffrance à une personne en état d’épuisement profond peut être interprété à tort comme une forme de fatalisme, de cruauté clinique ou de capitulation, exigeant du praticien une pédagogie relationnelle d’une rigueur irréprochable.

14. Termes connexes et distinctions conceptuelles

Afin de prévenir toute confusion théorique et pratique, il convient de distinguer précisément l’ACT de concepts ou d’interventions voisins :

  • Thérapie cognitive classique (TCC de 2e vague) : Là où la TCC classique s’attache à identifier, contester et restructurer les pensées irrationnelles ou dysfonctionnelles pour changer les émotions, l’ACT ne remet jamais en cause la validité logique d’une pensée mais modifie l’impact de celle-ci sur le comportement au moyen de la défusion.
  • Pleine conscience (Mindfulness) : Bien que l’ACT intègre la pleine conscience dans son Hexaflex, elle s’en distingue par son orientation comportementale et fonctionnelle explicite : la présence attentive n’est pas une fin méditative en soi, mais un levier pragmatique mis au service exclusif de l’action valorisée.
  • Résignation passive : L’acceptation au sens de l’ACT est un acte courageux, volontaire et expérientiel d’ouverture à ce qui est présent, diamétralement opposé à la résignation ou au défaitisme qui implique un renoncement amer aux actions qui rendent la vie digne d’être vécue.
  • Thérapie dialectique comportementale (TDC / DBT) : Fondée par Marsha Linehan pour le trouble de la personnalité borderline, la DBT appartient aussi à la troisième vague mais met un accent plus lourd sur la régulation émotionnelle dialectique, l’entraînement aux compétences sociales et la tolérance à la détresse, là où l’ACT utilise un cadre conceptuel unifié fondé sur la RFT.

15. Synthèse et points clés à retenir

La thérapie d’acceptation et d’engagement incarne une évolution majeure de la psychothérapie contemporaine fondée sur les sciences empiriques du comportement. Elle invite à dépasser l’illusion tenace d’un contrôle absolu sur nos pensées et nos émotions, démontrant avec rigueur que le bien-être ne découle pas de l’éradication de la souffrance, mais de la pleine participation à une existence signifiante.

En articulant une philosophie contextualiste exigeante, un modèle fonctionnel du langage (RFT) et une grille d’action clinique intuitive (l’Hexaflex), l’ACT permet aux personnes en souffrance de redéfinir radicalement leur trajectoire. En apprenant à accueillir leurs tempêtes intérieures avec bienveillance tout en dirigeant leurs pas vers ce qui les anime profondément, les individus découvrent que la vulnérabilité humaine n’est pas un obstacle à la vie, mais le terreau même dans lequel s’enracine leur liberté d’agir.

Références

  • Hayes, S. C., Strosahl, K. D., & Wilson, K. G. (1999). Acceptance and Commitment Therapy: An Experiential Approach to Behavior Change. Guilford Press.
  • Hayes, S. C., Barnes-Holmes, D., & Roche, B. (2001). Relational Frame Theory: A Post-Skinnerian Account of Human Language and Cognition. Kluwer Academic/Plenum Publishers.
  • A-Tjak, J. G., Davis, M. L., Morina, N., Powers, M. B., Smits, J. A., & Emmelkamp, P. M. (2015). A meta-analysis of the efficacy of acceptance and commitment therapy for clinically relevant mental and physical health problems. Psychotherapy and Psychosomatics, 84(1), 30–36. https://doi.org/10.1159/000365764
  • Gloster, A. T., Walder, N., Levin, M. E., Twohig, M. P., & Karekla, M. (2020). The empirical status of acceptance and commitment therapy: A review of meta-analyses. Journal of Contextual Behavioral Science, 18, 181–192. https://doi.org/10.1016/j.jcbs.2020.09.009
  • Monestès, J.-L., & Villatte, M. (2011). La thérapie d’acceptation et d’engagement : ACT. Elsevier Masson.
  • Dionne, F., Neveu, C. M., & Stefan, C. (2014). La thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT) : vers une pratique contextualiste et humaniste de la TCC. Journal de Thérapie Comportementale et Cognitive, 24(1), 2–9.

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 21). Thérapie ACT : Flexibilité et sens. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=therapie-acceptation-engagement-act
Looti, Mohammed. “Thérapie ACT : Flexibilité et sens.” Base de données de psychologie en français, 21 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_term=therapie-acceptation-engagement-act.
Looti, Mohammed. “Thérapie ACT : Flexibilité et sens.” Base de données de psychologie en français. octobre 21, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=therapie-acceptation-engagement-act.