Thérapeute auxiliaire : Le médiateur du soin

Le thérapeute auxiliaire assiste le clinicien principal dans la conduite du soin, incarnant des rôles clés en psychodrame ou guidant les expositions en TCC.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 25, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 25, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

Au croisement du psychodrame classique, de la thérapie de groupe et des approches comportementales contemporaines, la figure du thérapeute auxiliaire constitue un levier clinique fondamental pour dynamiser les processus de transformation psychique. Loin d’être un simple exécutant ou un observateur passif, cet intervenant incarne une présence active capable d’opérationnaliser le changement au sein du champ relationnel direct du patient.

Thérapeute auxiliaire

1. Définition concise

Le thérapeute auxiliaire désigne un intervenant clinique ou paramédical, un pair formé ou un co-thérapeute qui assiste le clinicien principal dans la conduite, l’amplification et l’évaluation du processus psychothérapeutique. Dans la tradition du psychodrame morénien, ce rôle renvoie directement au « moi-auxiliaire », un individu qui prête sa physicalité, sa parole et son affect pour incarner des figures réelles, imaginaires ou symboliques du monde interne du patient.

Dans une acception systémique, comportementale ou institutionnelle plus large, le terme s’étend aux acteurs de l’environnement immédiat (infirmiers de secteur, éducateurs spécialisés, aidants familiaux formés) qui relaient le cadre de soin hors du cabinet formel. Ces praticiens appliquent des protocoles d’exposition, des renforcements contingents ou des médiations relationnelles sous la supervision directe du psychothérapeute référent.

Ainsi, le concept englobe à la fois une fonction dramaturgique et projective en clinique groupale et une modalité de délégation technique en thérapie cognitivo-comportementale et institutionnelle, unissant l’action scénique à la réhabilitation psychosociale.

2. Étymologie et origines linguistiques

Le qualificatif « auxiliaire » provient du latin auxiliarius, dérivé de auxilium signifiant « aide », « secours » ou « renfort », lui-même issu du verbe augere, qui signifie « augmenter », « faire croître » ou « enrichir ». Cette racine souligne que la posture auxiliaire n’est pas subalterne par essence, mais correspond à une force qui augmente la capacité d’action et amplifie les ressources existantes du dispositif thérapeutique.

Le terme « thérapeute » prend sa source dans le grec ancien therapeutês (θεραπευτής), désignant « celui qui prend soin », « serviteur » ou « soignant », dérivé de therapeuein (« soigner », « honorer »). Dans la littérature psychiatrique anglophone du début du XXe siècle, Jacob Levy Moreno introduit les expressions auxiliary ego (moi-auxiliaire) et auxiliary therapist pour caractériser les membres de l’équipe clinique jouant les rôles d’appoint lors des mises en scène thérapeutiques à Beacon, New York.

L’introduction en langue française s’est opérée dans les années 1950 sous la plume de pionniers de la psychanalyse de groupe et du psychodrame tels que Serge Lebovici, Didier Anzieu et René Kaës, qui ont adapté la terminologie anglo-saxonne pour différencier le statut du co-thérapeute de celui du moi-auxiliaire symbolisant les imagos du sujet.

3. Prononciation et forme grammaticale

En français standard, la prononciation phonétique internationale s’écrit /te.ʁa.pøt oɡ.zi.ljɛʁ/. Le terme est un syntagme nominal composé d’un nom épicène (« thérapeute ») et d’un adjectif qualificatif (« auxiliaire »). Il s’accorde en genre et en nombre selon le sujet désigné : le thérapeute auxiliaire (masculin singulier), la thérapeute auxiliaire (féminin singulier), les thérapeutes auxiliaires (pluriel).

Sur le plan morphosyntaxique, il s’emploie principalement comme substantif pour désigner une personne occupant cette fonction opérationnelle (« L’intervention du thérapeute auxiliaire a permis de désamorcer la résistance »). On le retrouve parfois utilisé en position d’apposition (« le parent agissant en tant que thérapeute auxiliaire ») ou substantivement sous l’abréviation familière mais déconseillée en rédaction scientifique de « l’auxiliaire ».

Dans le registre de la psychothérapie institutionnelle, on préfère souvent les termes techniques de « soignant-relais » ou de « co-thérapeute d’appoint », tandis que le champ morénien réserve rigoureusement l’appellation de « moi-auxiliaire » pour spécifier l’incarnation d’un rôle intérieur.

4. Explication conceptuelle approfondie

La fonction de thérapeute auxiliaire repose sur l’externalisation active des processus intrapsychiques et interpersonnels du patient. Dans une cure individuelle classique, la dynamique repose sur le face-à-face ou le divan, où le matériel inconscient et affectif se déploie via la parole et le transfert dirigé vers un interlocuteur unique. En revanche, l’introduction d’un thérapeute auxiliaire démultiplie les vecteurs relationnels, brise l’asymétrie duelle et permet au sujet d’interagir concrètement avec des représentations incarnées.

Au sein du psychodrame, le thérapeute auxiliaire n’agit pas en son nom propre ni ne déploie sa subjectivité brute. Il prête son appareil psychique et corporel aux projections du protagoniste sous la guidance du directeur de jeu. Il peut devenir une figure parentale répressive, un conjoint idéalisé, une angoisse sans visage, voire une partie clivée du soi du patient (technique du double). Cette fonction requiert une double écoute clinique : le thérapeute auxiliaire doit rester synchronisé avec les émotions du patient tout en conservant une distance réflexive suffisante pour ne pas sombrer dans le contre-transfert sauvage.

Dans le champ de la thérapie comportementale et cognitive (TCC), le thérapeute auxiliaire endosse une mission de guidance empirique. Il accompagne le sujet dans des contextes écologiques (dans la rue pour un patient agoraphobe, à domicile pour un trouble obsessionnel-compulsif sévère) où le thérapeute principal ne peut se rendre de façon répétée. Il sert alors d’instructeur de terrain, veillant au respect des paliers d’exposition graduée, régulant la relaxation et mesurant en temps réel le niveau d’anxiété subjective.

Dans la clinique infanto-juvénile et les prises en charge des troubles du spectre de l’autisme (TSA), le thérapeute auxiliaire prend la forme de l’aidant guidé. Les parents deviennent les prolongements de l’action thérapeutique en appliquant au quotidien les principes de renforcement positif et de communication alternative. Le rôle est ici strictement circonscrit et supervisé pour éviter toute confusion entre parentalité affective et technicité soignante.

Enfin, la délimitation de la frontière clinique est cruciale : le thérapeute auxiliaire ne définit pas la stratégie de soin ; il ne pose pas le diagnostic et n’interprète pas unilatéralement le matériel inconscient. Il agit comme un médiateur stratégique au service d’une feuille de route établie par le clinicien coordinateur, garantissant ainsi l’intégrité déontologique de la prise en charge.

5. Développement historique

L’émergence historique du concept est indissociable des innovations cliniques de Jacob Levy Moreno au début des années 1920 à Vienne avec son « Théâtre de la Spontanéité » (Das Stegreiftheater). Moreno constate que la verbalisation passive freine l’expression des conflits fondamentaux. En créant le psychodrame, il institutionnalise le statut du moi-auxiliaire (auxiliary ego), qu’il définit comme le prolongement du directeur de séance et l’instrument d’exploration des rôles sociaux et imaginaires.

Dans les décennies 1940 et 1950, avec le transfert des travaux moréniens aux États-Unis, le moi-auxiliaire devient une professionnalisation spécifique de l’équipe de soin psychiatrique. Les infirmiers et assistants sociaux de la clinique de Beacon sont formés à la réactivité émotionnelle, à l’inversion de rôle et à la spontanéité contrôlée, marquant le passage de l’acteur improvisateur au clinicien auxiliaire.

Parallèlement, en France, l’après-guerre voit l’éclosion du mouvement de psychothérapie institutionnelle porté par François Tosquelles, Jean Oury et Frantz Fanon à l’hôpital de Saint-Alban. Sans employer initialement la formule exacte de Moreno, ce courant théorise que tout soignant au sein de l’asile (infirmier, cuisinier, artisan d’atelier) fonctionne comme un thérapeute auxiliaire quotidien capable d’offrir des prises identificatoires thérapeutiques au patient aliéné.

Dans les années 1970, l’essor des thérapies comportementales sous l’égide de Joseph Wolpe et d’Isaac Marks formalise l’emploi de co-thérapeutes et d’auxiliaires dans les protocoles de désensibilisation systématique et d’immersion in vivo. Les études démontrent l’efficacité de l’accompagnement par un tiers pour surmonter les évitements phobiques sévères.

Depuis le tournant du XXIe siècle, la numérisation et l’avènement des technologies immersives réinventent le modèle. Le thérapeute auxiliaire peut aujourd’hui être virtuel : des avatars programmés pour interagir dans des environnements de réalité virtuelle reproduisent les rôles d’auxiliaires comportementaux, prolongeant l’intuition morénienne dans l’espace cybernétique contemporain.

6. Fondements théoriques

Le statut de thérapeute auxiliaire s’adosse à plusieurs corpus théoriques complémentaires qui légitiment sa pertinence thérapeutique :

La théorie des rôles de Moreno postule que la personnalité se structure par l’assimilation et la différenciation de rôles physiologiques, psychologiques et sociaux. Lorsque le répertoire de rôles d’un individu se rigidifie ou subit des distorsions pathologiques, le thérapeute auxiliaire sert de partenaire d’entraînement. En offrant une réplique ajustée, il permet au patient d’explorer des rôles non encore intégrés, facilitant l’émergence de la spontanéité créatrice indispensable à la santé mentale.

Du point de vue de la psychanalyse groupale théorisée par Didier Anzieu et René Kaës, le thérapeute auxiliaire agit comme un support privilégié pour le transfert latéral et les projections d’objets internes morcelés. Lors d’une régression psychodramatique, le sujet dépose sur l’auxiliaire des motions pulsionnelles archaïques (agressives, érotisées, terrifiantes) qu’il ne pourrait diriger vers le thérapeute principal sans redouter la destruction du cadre soignant.

L’alliance thérapeutique et la théorie de l’attachement de John Bowlby éclairent également cette fonction. Le thérapeute auxiliaire incarne une figure de base de sécurité secondaire. Sa présence rassurante réduit la charge allostatique du stress lors des situations de confrontation anxiogène, permettant au patient de réguler son système d’attachement et d’explorer de nouvelles stratégies d’adaptation.

Enfin, la théorie de l’apprentissage social d’Albert Bandura confère au thérapeute auxiliaire le rôle déterminant de modèle vicariant. Par le modelage direct de comportements affirmés, de compétences sociales ou de tolérance à la détresse, l’auxiliaire démontre en situation réelle que les conséquences craintes ne se réalisent pas, stimulant le sentiment d’auto-efficacité personnelle du sujet.

7. Composantes clés, typologies et dimensions

La pratique du thérapeute auxiliaire se décline selon des axes structurels et typologiques bien définis :

  • Le moi-auxiliaire psychodramatique : Intervenant formé qui interprète les figures de l’entourage du patient ou des entités abstraites (la mort, la culpabilité) selon des règles de jeu scénique rigoureuses.
  • Le double thérapeutique : Modalité du moi-auxiliaire où l’intervenant se place légèrement en retrait du patient, adoptant sa posture corporelle et verbalisant ses affects inexprimés, ses pensées préconscientes ou ses peurs refoulées avec une empathie corporelle millimétrée.
  • L’auxiliaire d’exposition comportementale : Praticien qui accompagne le sujet dans son milieu naturel pour encadrer des exercices de désensibilisation, empêcher les rituels compulsifs et graduer l’exposition aux stimuli anxiogènes.
  • L’aidant naturel ou tiers auxiliaire : Membre de la famille (conjoint, parent) préparé et encadré par l’équipe soignante pour appliquer des techniques de renforcement positif, d’extinction de comportements inadaptés ou de maintien des acquis hors session.
  • Le soignant médiateur institutionnel : Infirmier ou éducateur qui utilise les activités de la vie quotidienne (repas, ateliers artistiques, sorties) pour réintroduire du lien soignant et stabiliser la vie relationnelle des patients psychotiques.
  • La dimension d’interchangeabilité de rôle : Capacité technique à changer de registre relationnel sur consigne du thérapeute en chef pour tester la flexibilité adaptative du patient.

8. Exemples et cas illustratifs

Pour appréhender l’action concrète du thérapeute auxiliaire, considérons la prise en charge d’Antoine, un homme de 38 ans souffrant d’anxiété sociale majeure et d’un sentiment chronique d’illégitimité professionnelle, lié à des interactions infantiles punitives avec un père hypercritique.

En séance de psychodrame de groupe, Antoine peine à verbaliser ce qu’il ressentait lors des crises de colère de son père. Le thérapeute principal invite un thérapeute auxiliaire masculin à incarner la posture physique du père : sourcils froncés, debout, voix autoritaire. Un second thérapeute auxiliaire se positionne aux côtés d’Antoine pour faire le « double ». Alors que le faux père récite les invectives rapportées par le patient, le double pose délicatement une main sur l’épaule d’Antoine et formule : « J’ai la gorge nouée, je me sens microscopique, et au fond, je suis terrifié mais j’ai une rage immense que je n’ose pas crier ». Cette verbalisation auxiliaire libère le blocage : Antoine éclate en sanglots, valide l’énoncé du double, puis parvient à faire face au faux père pour poser ses limites.

Un autre cas concerne Éléonore, 26 ans, atteinte d’agoraphobie sévère avec attaques de panique l’empêchant d’emprunter les transports en commun depuis trois ans. En TCC, un thérapeute auxiliaire (ici un infirmier de thérapie comportementale) l’accompagne dans le métro.

À chaque station, l’auxiliaire invite Éléonore à évaluer son anxiété sur l’échelle SUDS (Subjective Units of Distress Scale). Lorsque la panique monte au niveau 8/10, l’auxiliaire n’incite pas à la fuite : il respire à un rythme lent et cadencé, guidant le regard d’Éléonore, lui rappelant les cognitions alternatives travaillées avec le psychiatre. Grâce à cette béquille relationnelle, la crise se résorbe en restant dans la rame. Après quatre trajets assistés, la patiente réalise le trajet seule, le thérapeute auxiliaire s’étant progressivement effacé.

9. Évaluation et méthodologies cliniques

La mobilisation d’un thérapeute auxiliaire exige des protocoles rigoureux pour surveiller les effets de sa présence sur l’alliance de travail et sur l’atteinte des objectifs thérapeutiques :

Sur le plan des instruments de mesure, l’intensité de la relation est régulièrement calibrée à l’aide de questionnaires d’alliance thérapeutique adaptés, tels que la Working Alliance Inventory (WAI) déclinée pour les co-thérapeutes. On évalue si l’intervention de l’auxiliaire renforce ou au contraire parasite l’accord sur les tâches et les buts.

Dans les séances de jeu de rôle et de psychodrame, les échelles de compétence dramatique et de fidélité au rôle permettent aux superviseurs d’évaluer la pertinence des répliques du moi-auxiliaire : l’intervenant est-il resté centré sur le monde interne du patient sans dériver vers ses propres problématiques personnelles ?

En contexte comportemental, l’efficacité de l’auxiliaire se mesure par des indicateurs objectifs : temps passé en immersion dans la situation anxiogène, diminution des scores sur les échelles d’évitement comportemental, fréquence des rituels consignée dans des grilles d’auto-observation (méthode ABC d’analyse fonctionnelle).

Le débriefing post-séance (« processing ») constitue l’outil d’évaluation clinique qualitatif le plus vital. Le directeur de séance réunit les thérapeutes auxiliaires pour déconstruire les résonances transférentielles vécues durant l’action : comment le corps de l’auxiliaire a-t-il réagi ? Quelle émotion a dominé ? Ces ressentis corporels fournissent des indices précieux sur les affects clivés du patient.

10. Applications et portée pratique

L’engagement d’un thérapeute auxiliaire trouve des applications cliniques fécondes dans des configurations thérapeutiques très hétérogènes :

En pédopsychiatrie et dans la rééducation des troubles neurodéveloppementaux, les approches naturalistes d’intervention comportementale précoce (comme le modèle Early Start Denver) s’appuient sur des intervenants auxiliaires formés. Ceux-ci s’insèrent dans le jeu spontané de l’enfant pour stimuler l’attention conjointe et l’imitation sociale, décuplant l’impact des thérapies hebdomadaires de bureau.

En gérontologie et dans la prise en charge des démences de type Alzheimer, des thérapeutes auxiliaires formés aux thérapies de réminiscence et à la méthode de validation de Naomi Feil accompagnent les résidents en institution. Ils agissent comme des miroirs stabilisateurs, réduisant les troubles du comportement et les angoisses vespérales sans recours systématique aux psychotropes sédatifs.

Dans le domaine des addictions et des troubles du comportement alimentaire (TCA), l’auxiliaire intervient au moment des repas thérapeutiques. Il soutient l’ingestion calorique, verbalise les défenses sans moraliser et désamorce les poussées boulimiques ou les angoisses d’incorporation au moment précis où le symptôme menace d’émerger.

Enfin, en milieu médico-légal et pénitentiaire, des jeux de rôle conduits par des thérapeutes auxiliaires aident les délinquants ou auteurs de violences à expérimenter la prise de perspective de la victime, stimulant l’éveil d’une préoccupation empathique jusque-là inhibée.

11. Recherches et preuves empiriques

La littérature scientifique internationale documente largement les bénéfices de l’intervention de co-thérapeutes et d’auxiliaires dans divers domaines cliniques :

Les méta-analyses consacrées au psychodrame (notamment celles de Kipper et Ritchie, 2003, corroborées par Orkibi et Feniger-Schaefer, 2019) indiquent une taille d’effet moyenne à forte (d de Cohen avoisinant 0,70 à 0,95) pour les protocoles utilisant des moi-auxiliaires expérimentés dans le traitement des traumatismes complexes, de la dépression et du renforcement de l’ajustement social. La technique du « double » est spécifiquement identifiée comme l’un des catalyseurs les plus puissants de l’expression émotionnelle.

Dans l’univers des TCC, les travaux classiques d’Emmelkamp et d’Isaac Marks sur les phobies spécifiques et l’agoraphobie ont validé dès les années 1980 que l’exposition assistée par un auxiliaire de soins permettait une réduction significativement plus rapide de l’évitement comportemental par rapport à l’auto-exposition guidée uniquement par des manuels écrits, en particulier lors des phases initiales du traitement.

Des recherches contemporaines en neuropsychologie et imagerie cérébrale fonctionnelle (comme les études sur les systèmes de neurones miroirs menées par Rizzolatti et Gallese) apportent un éclairage biologique au travail du thérapeute auxiliaire : observer un tiers incarner physiquement une émotion ou un comportement réactive chez le sujet les circuits sensori-moteurs et insulaires sous-tendant l’expérience vécue, confirmant l’impact neurophysiologique de la présence de l’auxiliaire.

12. Considérations culturelles et transculturelles

La pertinence et l’acceptabilité de la fonction de thérapeute auxiliaire sont intimement façonnées par les représentations culturelles de la santé mentale, de la pudeur et des liens communautaires :

Dans les cultures individualistes occidentales, où prévaut une relation duelle stricte protégée par le secret médical confidentiel, l’inclusion d’un tiers auxiliaire peut susciter des craintes initiales d’intrusion ou de perte de maîtrise du récit de soi. Il est indispensable d’expliquer minutieusement le cadre éthique et la discrétion professionnelle qui lie chaque membre de l’équipe.

À l’inverse, dans les sociétés collectivistes ou au sein de cultures marquées par des traditions orales et communautaires (comme en Afrique subsaharienne ou chez les peuples autochtones des Amériques), le modèle du thérapeute auxiliaire fait écho aux rituels de guérison collective. Le fait que des pairs ou des tiers incarnent les esprits, les ancêtres ou les membres de la parenté s’inscrit naturellement dans la vision cosmologique du soin.

En clinique transculturelle, le thérapeute auxiliaire peut aussi être un médiateur linguistique et culturel. Au-delà de la traduction mot à mot, il éclaire les métaphores idiomatiques de la détresse, évitant les contresens diagnostiques et servant de pont identificatoire pour les patients exilés en proie à la désaffiliation culturelle.

13. Critiques, controverses et limites

Malgré sa richesse heuristique et son efficacité clinique, le recours au thérapeute auxiliaire soulève des débats théoriques et des écueils pratiques non négligeables :

L’écueil de la projection non maîtrisée constitue le risque primordial en psychodrame. Si le thérapeute auxiliaire n’a pas accompli un travail personnel approfondi sur son propre inconscient, il risque de parasiter la scène du patient en injectant ses propres conflits non résolus dans le rôle qui lui est assigné. Ce « contre-transfert sauvage » peut induire une revictimisation ou une confusion psychique grave chez le protagoniste.

Dans le domaine des TCC et de l’aide parentale, le risque majeur est celui de la parentification pathologique ou de la sur-responsabilisation de l’entourage. Demander à un parent d’agir comme thérapeute auxiliaire pour son enfant autiste ou anorexique peut détruire la dimension protectrice et inconditionnelle de la relation filiale au profit d’un rapport éducativo-sanitaire rigide, générant un burn-out familial aigu.

Sur le plan organisationnel et économique, mobiliser plusieurs soignants pour une séance ou missionner des auxiliaires de terrain engendre des coûts financiers considérables. Les contraintes budgétaires des institutions de santé publique restreignent souvent l’usage du moi-auxiliaire aux seuls groupes thérapeutiques, éliminant la possibilité de prises en charge individuelles renforcées.

14. Termes associés et distinctions conceptuelles

Afin de préserver la clarté conceptuelle, il importe de distinguer le thérapeute auxiliaire d’autres notions voisines de la clinique psychologique :

  • Co-thérapeute : Praticien diplômé partageant la direction conceptuelle, l’interprétation et la responsabilité médicolégale globale de la thérapie avec le clinicien principal sur un pied d’égalité, alors que le thérapeute auxiliaire agit sous la supervision et la délégation technique du directeur de cure.
  • Moi-auxiliaire (Auxiliary Ego) : Concept strictement morénien désignant l’intervenant en tant qu’il prête son corps et son imaginaire pour jouer un rôle scénique ; le thérapeute auxiliaire est la désignation générique qui englobe cette fonction ainsi que les fonctions comportementales de terrain.
  • Pair-aidant (Peer Specialist) : Personne ayant elle-même traversé un trouble psychique et s’appuyant sur son savoir expérientiel pour accompagner le rétablissement d’un patient ; le thérapeute auxiliaire n’a pas nécessairement un vécu de la pathologie traitée et s’appuie avant tout sur une formation technique ciblée.
  • Double : Modalité spécifique de l’intervention auxiliaire en psychodrame, centrée sur l’expression des non-dits et l’empathie vocale et posturale immédiate avec le protagoniste.
  • Médiateur thérapeutique : Terme renvoyant généralement à un objet matériel ou symbolique (terre glaise, conte, marionnette, peinture) qui soutient la parole et la figuration psychique, alors que le thérapeute auxiliaire est un médiateur humain vivant.

15. Résumé et points clés

La fonction de thérapeute auxiliaire incarne l’une des matérialisations les plus abouties de la médiation thérapeutique active :

  • Origine féconde : Né dans le creuset du psychodrame de Moreno sous l’appellation de moi-auxiliaire, le concept a irrigué l’ensemble des psychothérapies contemporaines.
  • Action multimodale : Il intervient aussi bien comme incarnateur de rôles intériorisés que comme guide de terrain pour l’exposition comportementale et l’acquisition de compétences relationnelles.
  • Posture rigoureuse : Sa pratique exige une neutralité technique, une écoute empathique corporelle et une supervision continue pour éviter les dérives contre-transférentielles.
  • Décharge du cadre : Il permet de diffracter les projections transférentielles explosives sans mettre en péril le lien d’alliance noué avec le thérapeute principal.
  • Plasticité clinique : De la clinique transculturelle aux immersions de réalité virtuelle, son statut continue d’évoluer tout en préservant son essence : enrichir et démultiplier le pouvoir réparateur du soin psychologique.

Références

  • Anzieu, D. (2004). Le psychodrame psychanalytique de groupe. Presses Universitaires de France.
  • Bandura, A. (1986). Social foundations of thought and action: A social cognitive theory. Prentice-Hall.
  • Kaës, R. (2015). Les théories psychanalytiques du groupe. Presses Universitaires de France.
  • Kipper, D. A., & Ritchie, T. D. (2003). The effectiveness of psychodramatic techniques: A meta-analysis. Group Dynamics: Theory, Research, and Practice, 7(1), 13–25. https://doi.org/10.1037/1089-2699.7.1.13
  • Marks, I. M. (1987). Fears, phobias, and rituals: Panic, anxiety, and their disorders. Oxford University Press.
  • Moreno, J. L. (1946). Psychodrama (Vol. 1). Beacon House.
  • Orkibi, E., & Feniger-Schaefer, S. (2019). The core outcomes in drama therapy and psychodrama research: A scoping review. The Arts in Psychotherapy, 65, 101584. https://doi.org/10.1016/j.aip.2019.101584
  • Tosquelles, F. (2014). Fonction poétique et psychothérapie institutionnelle. Éditions d’une.

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 25). Thérapeute auxiliaire : Le médiateur du soin. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=therapeute-auxiliaire-definition-clinique
Looti, Mohammed. “Thérapeute auxiliaire : Le médiateur du soin.” Base de données de psychologie en français, 25 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_term=therapeute-auxiliaire-definition-clinique.
Looti, Mohammed. “Thérapeute auxiliaire : Le médiateur du soin.” Base de données de psychologie en français. octobre 25, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=therapeute-auxiliaire-definition-clinique.