BOT-2 : Mesure de la motricité fine et globale

Le test d’aptitude motrice de Bruininks-Oseretsky (BOT-2) est un outil psychométrique de référence pour évaluer la motricité fine et globale de 4 à 21 ans.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 27, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 27, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

L’évaluation standardisée du développement moteur constitue l’un des piliers diagnostiques et thérapeutiques de la psychomotricité, de la neuropsychologie et de l’ergothérapie pédiatrique. Le Test d’aptitude motrice de Bruininks-Oseretsky (communément désigné sous l’acronyme BOT, et actuellement dans sa deuxième édition, le BOT-2) représente un instrument psychométrique de référence internationale conçu pour mesurer de façon rigoureuse et exhaustive les habiletés motrices fines et globales chez les individus âgés de 4 à 21 ans. Grâce à une stratification précise des épreuves et à des propriétés métrologiques robustes, cet outil permet de discerner les variations développementales typiques des déficits moteurs sévères, tels que le trouble développemental de la coordination.

Test d’aptitude motrice de Bruininks-Oseretsky (BOT)

1. Définition concise

Le Test d’aptitude motrice de Bruininks-Oseretsky est une batterie d’évaluation standardisée, normée et administrée individuellement, conçue pour quantifier un large éventail d’aptitudes motrices fines et globales chez les enfants, adolescents et jeunes adultes âgés de 4 à 21 ans. Développé initialement par Robert H. Bruininks sur la base des travaux historiques de Nikolaï Oseretsky, puis révisé avec Brett D. Bruininks, le test évalue la coordination motrice globale, la coordination corporelle, la commande manuelle fine et la force musculaire à travers une série d’activités structurées et ludiques.

Sur le plan clinique et psychométrique, l’instrument fournit des scores composites standardisés, des rangs centiles et des âges équivalents qui autorisent le dépistage, le diagnostic différentiel ainsi que le suivi longitudinal de diverses pathologies neurodéveloppementales. Il constitue une mesure de référence pour attester de la présence d’un retard moteur significatif, formuler des objectifs de rééducation ciblés et mesurer objectivement l’efficacité des protocoles thérapeutiques.

2. Étymologie et origines linguistiques

Le nom du test provient des patronymes de ses concepteurs successifs : le neuropsychiatre soviétique Nikolaï Alexeïevitch Oseretsky (Николай Алексеевич Озерецкий, 1893–1955), pionnier de la motométrie clinique dans les années 1920, et le psychologue et universitaire américain Robert H. Bruininks, qui adapta, modernisa et standardisa la batterie à la fin des années 1970 au sein de l’Université du Minnesota, rejoint ultérieurement par son fils Brett D. Bruininks pour la seconde édition (BOT-2).

Le terme « motricité » dérive du latin classique motus (mouvement, impulsion) et du suffixe médiéval -itas, servant à désigner la faculté organique d’exécuter des mouvements coordonnés sous le contrôle du système nerveux central. Le mot « aptitude », issu du latin aptitudo (capacité naturelle, disposition), souligne que le test ne cherche pas simplement à mesurer un état passif ou une performance sportive contingente, mais bien le potentiel fonctionnel sous-jacent et le niveau d’efficacité sensori-motrice atteint par un individu au regard de son groupe d’âge chronologique.

3. Prononciation et forme grammaticale

Dans la littérature francophone spécialisée, l’outil est désigné sous la catégorie nominale masculine : « le test d’aptitude motrice de Bruininks-Oseretsky », couramment abrégé en « le BOT » (prononcé phonétiquement bɔt ou épelé be.o.te) ou « le BOT-2 » (prononcé be.o.te dø). Le terme « Bruininks » se prononce approximativement bʁœj.niŋks ou bʁy.niŋks selon les adaptations phonologiques francophones, tandis qu’« Oseretsky » s’articule ɔ.zɛ.ʁɛt.ski.

Sur le plan syntaxique, l’expression s’emploie principalement comme syntagme nominal précédé de l’article défini masculin singulier (« l’administration du BOT-2 », « les résultats au test de Bruininks-Oseretsky »). L’acronyme s’utilise également comme modificateur direct au sein de locutions techniques telles que « la batterie BOT », « le protocole BOT abrégé » ou « les composites du BOT-2 ».

4. Explication conceptuelle détaillée

Le test de Bruininks-Oseretsky s’articule autour d’une conception hiérarchique et multifactorielle du développement moteur humain. Loin de considérer la motricité comme une fonction unitaire ou purement biomécanique, l’architecture du test postule que le comportement moteur résulte de l’intégration complexe de boucles de rétroaction sensorielles (proprioceptives, vestibulaires, visuelles), de la planification motrice (praxies), du contrôle inhibiteur postural et de la puissance contractile neuromusculaire. L’évaluation est donc structurée de manière à dissocier les différentes strates fonctionnelles régissant l’action humaine.

Dans sa seconde révision (BOT-2), le spectre d’évaluation est organisé en quatre grands domaines composites, subdivisés en huit sous-tests distincts. Le premier domaine, la commande manuelle fine (Fine Manual Control), examine l’ajustement millimétrique des doigts et la précision graphique sans contrainte majeure de vitesse absolue. Le second domaine, la coordination manuelle (Manual Coordination), mesure la dextérité manuelle manipulatoire, la rapidité d’exécution bimanuelle et la coordination visuomotrice des membres supérieurs, particulièrement lors de tâches de préhension dynamique ou de manipulation d’objets standardisés.

Le troisième domaine, la coordination corporelle (Body Coordination), évalue le contrôle postural dynamique et statique ainsi que la coordination bilatérale, impliquant la dissociation motrice des ceintures et la capacité à synchroniser des séquences impliquant simultanément le côté droit et le côté gauche du corps. Enfin, le quatrième domaine, la force et agilité (Strength and Agility), quantifie la vélocité locomotrice, les changements brusques de direction et la force musculaire globale (notamment via des sauts en longueur sans élan ou des exercices de gainage dorsal et abdominal).

Cette granularité analytique permet au clinicien de cartographier avec exactitude les îlots de compétences et les zones de rupture fonctionnelle. Par exemple, un individu peut présenter une excellente coordination corporelle globale tout en manifestant un effondrement sévère de l’intégration motrice fine, typique d’une dysgraphie d’origine développementale, ou inversement, afficher une dextérité digitale préservée au milieu d’un tableau d’instabilité posturale majeure.

5. Évolution historique et jalons

L’histoire de cette évaluation s’ancre dans les balbutiements de la pédopsychiatrie et de la psychologie différentielle du début du XXe siècle. En 1923, Nikolaï Alexeïevitch Oseretsky publie en Union soviétique son échelle métrique de la motricité (Metrische Skala zur Erforschung der Motorik), explicitement calquée sur le principe de l’échelle d’intelligence de Binet-Simon. Oseretsky avait pour ambition d’établir un « âge moteur » indépendant de l’âge mental, postulant que les dysfonctionnements psychiques et comportementaux s’accompagnaient fréquemment d’une immaturité ou d’une désorganisation motrice mesurable.

L’échelle d’Oseretsky traverse l’Atlantique dans les décennies suivantes. Edgar Doll en coordonne une première traduction anglaise en 1946 (la Vineland Adaptation of the Oseretsky Tests). Cependant, la version originale souffrait de consignes d’administration imprécises, de critères de cotation flous et d’un matériel hétérogène qui limitaient drastiquement sa fidélité inter-juges. Conscient de ce potentiel inexploité, Robert H. Bruininks entreprend dans les années 1970 une refonte complète de la batterie. Il standardise rigoureusement le matériel, rédige des directives d’administration strictes et procède à un étalonnage normatif étendu sur un échantillon représentatif de la population américaine. Le Bruininks-Oseretsky Test of Motor Proficiency (BOTMP) voit officiellement le jour en 1978.

Au fil des décennies, l’évolution des modèles théoriques du contrôle moteur, l’émergence du concept de trouble de l’acquisition de la coordination (TAC / DCD) dans le DSM, ainsi que la nécessité d’étendre la tranche d’âge jusqu’à l’orée de l’âge adulte ont motivé une refonte intégrale. Publié en 2005, le BOT-2 a considérablement amélioré les propriétés psychométriques de l’outil, redéfini l’organisation factorielle des épreuves, introduit des normes stratifiées de 4 ans à 21 ans et 11 mois, et modernisé le matériel afin de maximiser la motivation des participants lors des séances d’évaluation.

6. Fondements théoriques

Le BOT s’inscrit au carrefour de plusieurs cadres théoriques majeurs : la théorie des systèmes dynamiques du développement moteur, les modèles neurocognitifs du contrôle de l’action et la théorie psychométrique classique de la mesure. Contrairement aux approches maturationnistes rigides du début du XXe siècle (telles que celles défendues par Arnold Gesell), l’approche sous-jacente au BOT contemporain envisage le mouvement comme l’émergence d’interactions continues entre les caractéristiques de l’organisme (système musculo-squelettique, voies cérébelleuses, ganglions de la base), les exigences de la tâche et le contexte environnemental.

Sur le plan neuropsychologique, le BOT sollicite explicitement les boucles cortico-sous-corticales. Les épreuves de précision motrice fine et de dextérité manuelle recrutent de manière prépondérante le cortex moteur primaire, l’aire motrice supplémentaire et le circuit cérébelleux, garant de l’ajustement prédictif (feedforward) et de la correction en ligne fondée sur les rétroactions sensorielles (feedback). Les sous-tests de coordination bilatérale et de balance posturale engagent quant à eux l’intégrité du système vestibulaire, du tronc cérébral et de la transmission calleuse, indispensable à l’alternance et à la synchronisation des mouvements des deux hémicorps.

Par ailleurs, la théorie psychométrique classique guide l’organisation structurelle du test. Le postulat est qu’il existe une aptitude motrice générale de second ordre (« Score global de motricité » ou Total Motor Composite), laquelle se décompose en dimensions de premier ordre corrélées mais conceptuellement autonomes. Cette structure factorielle hiérarchique garantit que l’examinateur peut interpréter aussi bien le niveau fonctionnel moteur global de l’individu que ses dissociations spécifiques intra-individuelles.

7. Composantes clés, sous-tests et dimensions

Le BOT-2 comprend huit sous-tests autonomes regroupés au sein de quatre composites principaux, accompagnés d’une forme complète (environ 53 items) et d’une forme abrégée (Brief Form ou Short Form, 14 items) destinée au dépistage rapide :

  • Domaine 1 : Commande manuelle fine (Fine Manual Control)
    • Précision motrice fine (Fine Motor Precision) : mesure la capacité à réaliser des tracés graphiques contrôlés au sein de limites spatiales strictes (ex. tracer une ligne au milieu d’un labyrinthe incurvé, colorier des figures géométriques sans déborder, plier une feuille de papier sur un repère précis).
    • Intégration motrice fine (Fine Motor Integration) : évalue la reproduction visuo-spatiale par le dessin de formes géométriques complexes graduées (cercles, carrés, losanges, étoiles, figures tridimensionnelles imbriquées).
  • Domaine 2 : Coordination manuelle (Manual Coordination)
    • Dextérité manuelle (Manual Dexterity) : chronomètre la manipulation rapide d’objets manufacturés de petite taille (ex. enfiler des perles sur un lacet, trier et insérer des chevilles cylindriques dans une grille perforée, transférer des jetons d’une main à l’autre contre la montre).
    • Coordination des membres supérieurs (Upper-Limb Coordination) : apprécie la coordination oculo-manuelle et les réceptions motrices dynamiques (ex. lancer une balle de tennis sur une cible murale, rattraper une balle de tennis à une ou deux mains, faire rebondir une balle au sol avec précision rythmique).
  • Domaine 3 : Coordination corporelle (Body Coordination)
    • Coordination bilatérale (Bilateral Coordination) : teste l’aptitude à synchroniser ou alterner les mouvements des membres supérieurs et inférieurs de façon asymétrique ou symétrique (ex. sauts avec écartement alterné des bras et jambes, tapotements synchronisés des doigts et des pieds du même côté ou du côté croisé).
    • Équilibre (Balance) : examine le maintien de la stabilité posturale en conditions statiques et dynamiques, avec contrôle visuel ou yeux fermés (ex. maintien stationnaire sur une jambe sur une poutre d’équilibre étroite, marche en tandem talon-pointe le long d’une ligne au sol).
  • Domaine 4 : Force et agilité (Strength and Agility)
    • Vitesse de course et agilité (Running Speed and Agility) : quantifie la vélocité locomotrice sur une navette de course chronométrée avec ramassage et dépose d’objets, ainsi que des sauts latéraux répétés par-dessus un obstacle normalisé.
    • Force (Strength) : mesure la force explosive et l’endurance musculaire globale par le biais d’un saut en longueur sans élan, de flexions de bras (pompes standards ou adaptées sur les genoux) et de redressements assis chronométrés.

8. Exemples et vignettes cliniques

Afin de mieux appréhender la mise en œuvre pratique du test, examinons deux contextes d’application clinique distincts rencontrés fréquemment en cabinet de diagnostic psychomoteur ou hospitalier.

Vignette 1 : Suspicion de trouble développemental de la coordination chez un enfant d’âge scolaire.
Lucas, 8 ans et 4 mois, est orienté vers un bilan pluridisciplinaire en raison d’une lenteur majeure dans les gestes de la vie quotidienne (habillage, laçage, découpage) et d’un refus systématique de participer aux jeux collectifs de ballon à l’école. Lors de l’administration du BOT-2 complet, Lucas démontre des performances adéquates en Précision motrice fine (score standard de 11) et en Intégration motrice fine (score standard de 10). En revanche, un effondrement sévère est enregistré dans les sous-tests d’Équilibre (score standard de 4), de Coordination bilatérale (score standard de 5) et de Coordination des membres supérieurs (score standard de 3, incapable de bloquer la balle de tennis sans mouvement de recul panique). Le Composite de Coordination Corporelle se situe au 2e rang centile. Ces données objectives, couplées à l’absence de déficit intellectuel ou neurologique avéré, confirment le diagnostic de dyspraxie développementale (TDC) à prédominance visuo-spatiale et posturo-locomotrice, orientant le projet vers une prise en charge ciblée selon l’approche cognitive CO-OP.

Vignette 2 : Évaluation des séquelles motrices chez un adolescent après un traumatisme crânien.
Inès, 16 ans, a été victime d’un traumatisme crânien consécutif à un accident de la voie publique six mois auparavant. Bien que la récupération cognitive générale soit satisfaisante, elle rapporte une fatigabilité anormale et une sensation d’instabilité motrice. L’administration du BOT-2 met en évidence une préservation de la Dextérité manuelle (score standard de 12), mais révèle des déficits sélectifs en Vitesse de course et agilité (score standard de 6) et en Force (score standard de 5). Les épreuves d’équilibre dynamique les yeux fermés sur la poutre provoquent une rupture immédiate de posture. Grâce à ce profil métrologique, l’équipe de rééducation physique et fonctionnelle a pu quantifier avec rigueur les asymétries motrices résiduelles et calibrer un programme d’entraînement proprioceptif et de renforcement ciblé.

9. Mesure, passation et cotation psychométrique

La passation de la forme complète du BOT-2 requiert entre 45 et 60 minutes selon la coopération, la fatigabilité et la vitesse d’exécution du patient. La forme abrégée s’administre quant à elle en 15 à 20 minutes. L’examinateur doit impérativement disposer d’un espace dégagé d’au moins 15 mètres de long sur sol plat et sécurisé, ainsi que du kit de matériel normé comprenant chronomètre, cible murale, ruban adhésif de délimitation, poutre d’équilibre en mousse haute densité, balles calibrées, jetons, tige de manipulation et livrets de passation.

La cotation repose sur la transformation progressive des performances brutes (durées en secondes, nombre de répétitions réussies, nombre de déviations millimétriques sur les tracés). Chaque performance brute est convertie en une « note d’échelle » (Scale Score) par sous-test, comprise entre 1 et 35, étalonnée selon l’âge chronologique du sujet par tranches étroites de quelques mois. Les notes d’échelle sont ensuite sommées pour calculer les quatre « scores composites de domaine », puis le « score global de motricité » (Total Motor Composite), standardisés avec une moyenne de 50 et un écart-type de 10.

Sur le plan métrologique, le BOT-2 présente des indices de fidélité exceptionnels. La consistance interne (coefficient alpha de Cronbach) pour les composites et le score global dépasse régulièrement 0,90. La fidélité test-retest à intervalle de plusieurs semaines varie entre 0,80 et 0,89 pour les différents sous-tests, attestant d’une grande stabilité temporelle. La fidélité inter-examinateurs est quasi parfaite (supérieure à 0,95) grâce à la précision millimétrique des critères de cotation illustrés dans le manuel technique d’administration.

10. Applications cliniques et portée pratique

Le BOT s’impose comme un outil polyvalent au carrefour de multiples pratiques professionnelles :

  • Ergothérapie et psychomotricité pédiatrique : Il constitue la référence pour établir l’éligibilité aux services de rééducation fonctionnelle, identifier les composantes sous-jacentes entravant l’autonomie quotidienne et paramétrer des interventions personnalisées.
  • Pédopsychiatrie et neuropédiatrie : Utilisé conjointement avec des échelles d’intelligence (WISC-V) et d’évaluation exécutive (BRIEF), il participe au diagnostic d’exclusion et différentiel des troubles du neurodéveloppement, notamment pour objectiver l’association fréquente entre le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) et les retards de coordination motrice.
  • Milieu scolaire et éducation physique adaptée : Le test sert à orienter les aménagements pédagogiques spécifiques (ex. tiers-temps, dispense d’activités sportives inadaptées, autorisation d’utilisation d’un ordinateur portable en classe pour compenser les déficits d’intégration motrice fine).
  • Recherche translationnelle et essais cliniques : Il sert de critère de jugement principal (primary outcome) pour mesurer l’efficacité de thérapies innovantes, qu’il s’agisse de protocoles d’entraînement en réalité virtuelle, de neurofeedback ou de pharmacothérapies appliquées à des maladies génétiques rares (telles que le syndrome de Rett ou la dystrophie musculaire).

11. Recherches empiriques et données probantes

Une vaste littérature scientifique soutient la validité de construit et l’utilité clinique du BOT-2. Les études de validité discriminante ont démontré de façon répétée que le test différencie avec une sensibilité et une spécificité remarquables les enfants à développement typique de ceux présentant un diagnostic formel de TDC, de paralysie cérébrale légère ou de troubles du spectre de l’autisme (TSA).

Les travaux conduits par des chercheurs en sciences de la motricité humaine, à l’image de Peter Rosenbaum et de l’équipe de recherche de CanChild au Canada, ont souligné la corrélation positive entre les composites de motricité globale du BOT et les indices de participation aux activités physiques extrascolaires. D’autres investigations (notamment celles menées par Blank et ses collaborateurs dans le cadre des recommandations européennes de prise en charge du TDC) positionnent le BOT-2 aux côtés du M-ABC-2 comme l’un des rares instruments disposant de preuves psychométriques de niveau 1 pour étayer le critère A du DSM-5 relatif à la déficience motrice.

Cependant, les recherches comparatives attirent l’attention sur le fait que le BOT-2 tend parfois à sous-estimer légèrement la sévérité des déficits par rapport au M-ABC-2. En effet, certaines épreuves du BOT-2 reposent davantage sur la vitesse d’exécution mécanique que sur la précision spatiale fine, conduisant parfois des enfants dyspraxiques compensateurs à obtenir des scores situés dans la moyenne basse plutôt que sous le seuil pathologique.

12. Considérations transculturelles et adaptations

Bien que le BOT-2 ait été initialement calibré sur un échantillon stratifié de la population américaine selon des critères sociodémographiques rigoureux, son utilisation à l’échelle mondiale soulève des questions écologiques et culturelles non négligeables. Les habitudes d’activité physique, le port de chaussures, les traditions de jeux d’enfants (ex. jeux de balle versus activités manuelles fines traditionnelles) varient considérablement d’un continent à l’autre.

Plusieurs études transculturelles menées en Asie (notamment à Taïwan et en Corée du Sud), au Moyen-Orient et en Europe ont examiné l’adéquation des normes américaines originelles. Les résultats indiquent généralement que les enfants d’Asie de l’Est obtiennent des scores significativement plus élevés aux sous-tests de précision motrice fine et de dextérité manuelle, reflétant une socialisation précoce à l’écriture complexe au pinceau ou au crayon et à l’usage des baguettes. Inversement, certains sous-tests de force ou d’agilité corporelle peuvent être influencés par les programmes nationaux d’éducation physique. Les cliniciens doivent donc faire preuve de prudence lors de l’interprétation des rangs centiles chez des sujets issus de milieux culturels ou de modes de vie fortement différenciés de la cohorte normative.

13. Critiques, controverses et limites méthodologiques

En dépit de sa rigueur indéniable et de son adoption planétaire, le BOT-2 fait l’objet de plusieurs réserves au sein de la communauté scientifique :

  • Durée et charge cognitive : L’administration de la forme complète s’avère particulièrement longue et éprouvante pour les jeunes enfants ou les sujets porteurs d’un TDAH associé. La dispersion attentionnelle et la fatigue cognitive peuvent détériorer artificiellement les scores de force ou d’équilibre en fin de passation.
  • Coût et encombrement : La mallette d’évaluation complète représente un investissement financier substantiel et un volume de transport important, contraignant pour les professionnels exerçant en libéral ou en intervention ambulatoire nomade.
  • Plafond et plancher : Chez les enfants très jeunes (4 à 5 ans), certains items présentent un effet de plancher marqué, où la moindre difficulté de compréhension des consignes complexes entraîne un score nul, difficile à distinguer d’une incapacité motrice réelle.
  • Évaluation hors contexte écologique : Comme beaucoup de tests standardisés en milieu contrôlé, le BOT-2 mesure une « capacité » optimale en laboratoire ou en bureau clinique, mais ne capture pas directement la « performance » réelle de l’enfant dans son environnement de vie quotidienne naturel (école, domicile, loisirs sportifs).

14. Notions connexes et distinctions conceptuelles

Il importe de ne pas confondre le BOT avec d’autres batteries psychomotrices ou neurologiques courantes :

  • M-ABC-2 (Movement Assessment Battery for Children – 2nd Edition) : Alors que le BOT-2 couvre une tranche d’âge élargie (jusqu’à 21 ans) et explore de manière détaillée la force et l’agilité, le M-ABC-2 est plus court, se concentre prioritairement sur l’identification clinique rapide du TDC jusqu’à 16 ans, et intègre une liste de contrôle écologique (Checklist) remplie par les parents et enseignants.
  • PDMS-2 (Peabody Developmental Motor Scales – 2nd Edition) : Le PDMS-2 est strictement réservé à la petite enfance (de la naissance à 5 ans), se focalisant sur les jalons précoces du développement moteur réflexe, statique et locomoteur primaire, là où le BOT débute à 4 ans pour explorer des coordinations complexes.
  • Échelles d’aptitudes praxiques : Les tests de praxies gestuelles (ex. imitation de postures, gestes symboliques) évaluent la programmation idéomotrice et conceptuelle du geste, tandis que le BOT mesure l’efficacité d’exécution biomécanique et motrice globale.
  • Échelles de développement intellectuel (ex. WISC, WPPSI) : Bien que certains sous-tests de performance visuo-spatiale sollicitent la motricité, ils mesurent avant tout le raisonnement fluide et le traitement perceptif, alors que le BOT se focalise exclusivement sur la composante mécanique et cinématique motrice.

15. Synthèse et points clés

Le test de Bruininks-Oseretsky (BOT-2) demeure l’un des standards mondiaux les plus complets et robustes pour l’investigation clinique et scientifique de la motricité chez les 4-21 ans. Sa division rigoureuse en quatre composites fonctionnels (commande manuelle fine, coordination manuelle, coordination corporelle, force et agilité) fournit un profil diagnostique exhaustif des aptitudes neuromotrices. Utilisé avec discernement aux côtés d’observations écologiques et d’évaluations interdisciplinaires, il permet de poser des diagnostics différentiels précis et de concevoir des interventions thérapeutiques hautement individualisées favorisant l’autonomie et l’inclusion des jeunes patients.

Références

  • Blank, R., Barnett, A. L., Cairney, J., Green, D., Kirby, A., Polatajko, H., Rosenbaum, P., Smits-Engelsman, B., Sugden, D., Wilson, P., & Vinçon, S. (2019). International clinical practice recommendations on the definition, diagnosis, assessment, intervention, and psychosocial aspects of developmental coordination disorder (DCD). Developmental Medicine & Child Neurology, 61(3), 242–285. https://doi.org/10.1111/dmcn.14132
  • Bruininks, R. H., & Bruininks, B. D. (2005). Bruininks-Oseretsky Test of Motor Proficiency, Second Edition (BOT-2) Manual. Pearson Assessments. https://www.pearsonassessments.com
  • Cools, W., De Martelaer, K., Samaey, C., & Andries, C. (2009). Movement skill assessment of typically developing preschool children: A review of seven movement skill assessment tools. Journal of Sports Science & Medicine, 8(2), 154–168. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3761481/
  • Deitz, J. C., Kartin, D., & Kopp, K. (2007). Review of the Bruininks-Oseretsky Test of Motor Proficiency, Second Edition (BOT-2). Physical & Occupational Therapy in Pediatrics, 27(4), 87–102. https://doi.org/10.1080/J006v27n04_06
  • Oseretsky, N. (1931). Psychomotorik: Methoden zur Untersuchung der Motorik. Zeitschrift für angewandte Psychologie, 17, 1–162.

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 27). BOT-2 : Mesure de la motricité fine et globale. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=test-aptitude-motrice-bruininks-oseretsky-bot-2
Looti, Mohammed. “BOT-2 : Mesure de la motricité fine et globale.” Base de données de psychologie en français, 27 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_term=test-aptitude-motrice-bruininks-oseretsky-bot-2.
Looti, Mohammed. “BOT-2 : Mesure de la motricité fine et globale.” Base de données de psychologie en français. octobre 27, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=test-aptitude-motrice-bruininks-oseretsky-bot-2.