Face aux défis extrêmes imposés par l’élévation barométrique ou la raréfaction de l’oxygène, l’intégrité cognitive de l’être humain se trouve profondément compromise avant même que n’apparaissent les signes cliniques flagrants de détresse respiratoire. Le test d’altitude constitue, au carrefour de la psychologie aéronautique, des neurosciences cognitives et de la psychophysiologie environnementale, une méthodologie rigoureuse destinée à quantifier la vulnérabilité psychologique, la dégradation des fonctions exécutives et les altérations perceptivo-motrices provoquées par l’hypoxie. Cette évaluation standardisée éclaire les seuils critiques à partir desquels le jugement, la prise de décision et la conscience de la situation s’effondrent sous l’effet du manque d’oxygène cérébral.
Le test d’altitude en psychologie et neurosciences
1. Définition concise
Le test d’altitude (ou épreuve d’hypoxie provoquée) désigne un protocole d’évaluation psychologique et psychophysiologique standardisé consistant à exposer un individu à des conditions simulant ou reproduisant une haute altitude afin de mesurer la détérioration de ses performances cognitives, motrices et affectives. Ce dispositif expérimental ou clinique examine la résistance du système nerveux central au déficit d’apport en oxygène et permet d’observer la cinétique d’apparition des déficits attentionnels, décisionnels et métacognitifs.
Dans le domaine de la psychologie aéronautique et spatiale, ainsi qu’en médecine de montagne, cette épreuve ne se limite pas à un simple enregistrement de constantes biologiques ; elle constitue une investigation rigoureuse de la conscience réflexive du sujet face à ses propres défaillances. L’examen analyse comment la diminution de la pression partielle d’oxygène compromet l’autorégulation, engendre parfois un état euphorique trompeur et désorganise les réseaux cérébraux nécessaires à l’accomplissement de tâches complexes sous haute contrainte temporelle.
Par extension, le test d’altitude évalue la résilience neurofonctionnelle globale d’un sujet, identifiant à la fois ses seuils individuels de décompensation cognitive et son potentiel d’apprentissage des indices précurseurs indispensables à la survie opérationnelle.
2. Étymologie et origine linguistique
Le substantif « altitude » dérive du latin classique altitudo, lui-même formé sur l’adjectif altus (« haut », « élevé », « profond ») associé au suffixe abstrait -tudo, désignant la grandeur verticale ou la hauteur mesurée d’un point par rapport à une surface de référence, ordinairement le niveau de la mer. Le mot « test », emprunté à l’anglais au XIXe siècle, trouve paradoxalement son origine dans l’ancien français test (« coupelle de terre cuite » servant aux orfèvres et alchimistes pour éprouver et raffiner les métaux précieux), issu du latin testa (« pot de terre », « coquille »).
L’assemblage syntagmatique « test d’altitude » s’est initialement cristallisé dans le lexique de la médecine militaire et aéronautique lors de la Première Guerre mondiale, avant de s’étendre aux laboratoires de physiologie expérimentale et de psychométrie au cours des années 1930. Initialement désigné sous l’appellation d’« épreuve de caisson » ou de « test de décompression », le concept a progressivement intégré les terminologies psychologiques et ergologiques pour qualifier spécifiquement les batteries de réactivité intellectuelle administrées sous raréfaction gazeuse.
3. Prononciation et forme grammaticale
En français standard, la locution nominale masculine s’énonce phonétiquement sous la transcription suivante : /tɛst d‿al.ti.tyd/. L’expression se compose du nom masculin singulier « test » relié par la préposition élidée « d’ » au substantif féminin singulier « altitude ». Au pluriel, la forme s’écrit « tests d’altitude » sans modification morphologique de la particule ou du déterminant complémentaire.
Dans le registre académique et spécialisé, on rencontre fréquemment des expressions synonymes ou co-occurrentes selon l’ancrage disciplinaire : « épreuve de tolérance à l’hypoxie », « test en chambre hypobare », « évaluation neurocognitive sous hypoxie normobare », ou encore « bilan psychométrique d’altitude ». L’usage du terme suppose généralement la mise en œuvre conjointe d’un stimulus hypoxique contrôlé et d’une mesure objective du comportement psychologique.
4. Explication conceptuelle détaillée
L’évaluation psychologique sous contrainte d’altitude repose sur un phénomène biologique fondamental : l’extrême sensibilité du métabolisme neuronal à l’hypoxie cérébrale. Le cortex cérébral, et tout particulièrement les structures préfrontales responsables de la planification, de la mémoire de travail et de l’inhibition des réponses inadéquates, présente une consommation métabolique de dioxygène particulièrement élevée. Dès lors qu’une réduction de la pression barométrique (hypoxie hypobare) ou une diminution artificielle de la fraction inspirée en dioxygène (hypoxie normobare) s’installe, une cascade d’altérations fonctionnelles se déclenche, impactant d’abord les processus cognitifs supérieurs avant d’altérer les fonctions végétatives basales.
Le cœur conceptuel du test d’altitude réside dans l’observation de ce que les psychologues appellent la « perte insidieuse de l’insight ». Contrairement aux stresseurs physiques conventionnels (tels que la douleur, l’effort musculaire ou le froid extrême) qui alertent immédiatement l’individu sur la dégradation de son état, l’hypoxie d’altitude induit fréquemment une émoussement de la perception du danger, voire un état de désinhibition cognitive analogue à l’intoxication éthylique. L’individu soumis au test conserve l’illusion trompeuse d’une efficacité opératoire intacte alors même que sa performance à des épreuves psychomotrices simples s’effondre de manière dramatique.
D’un point de vue neuropsychologique, le test cartographie la dissociation progressive entre la performance motrice élémentaire et les fonctions exécutives métacognitives. Le protocole confronte le sujet à des tâches combinées exigeant une attention soutenue, une flexibilité mentale et une prise de décision rapide. La dégradation se manifeste typiquement selon un gradient rostro-caudal : les tâches exécutives hautement intégrées sont lésées les premières, suivies par les mécanismes de mémoire immédiate, puis par le champ visuel périphérique et le temps de réaction complexe, jusqu’à l’apparition d’un ralentissement psychomoteur généralisé précurseur de la syncope.
La portée du test s’étend également à l’évaluation des composantes émotionnelles et caractérielles du sujet. La réponse individuelle à la privation d’oxygène n’est pas purement mécanique ; elle mobilise des mécanismes de défense, de régulation de l’anxiété et de gestion de la panique. Certains sujets manifestent une irritabilité précoce, des épisodes de rigidité mentale ou des comportements d’opposition, tandis que d’autres sombrent dans une apathie profonde. Le test d’altitude constitue ainsi un révélateur unique de la vulnérabilité émotionnelle sous altération métabolique aiguë.
5. Évolution et développement historique
La genèse scientifique du test d’altitude est intrinsèquement liée aux débuts de l’aérostation et aux pionniers de la physiologie d’exploration au XIXe siècle. Dès 1875, le physiologiste français Paul Bert publie son ouvrage fondamental, La Pression barométrique, démontrant sans équivoque que les désordres psychiques et physiques éprouvés par les aéronautes sont dus non pas à la baisse mécanique de la pression atmosphérique en soi, mais à la diminution de la pression partielle d’oxygène dans les tissus cérébraux. Bert inaugure ainsi les toutes premières expérimentations en caisson étanche, associant mesures physiologiques rudimentaires et observations du comportement.
L’émergence formelle de l’aviation militaire lors de la Première Guerre mondiale transforme cette curiosité de laboratoire en un impératif stratégique. En France, en Allemagne et aux États-Unis, des médecins et des psychologues mettent au point les premiers dispositifs de sélection des pilotes de chasse. Aux États-Unis, le laboratoire de recherche médicale de Hazelhurst Field (Mineola, New York), sous la direction d’Edward C. Schneider, développe dès 1918 le premier protocole formalisé : le « test de Schneider », combinant réactions cardiovasculaires et épreuves d’attention continue administrées à l’aide d’un rébreather d’altitude.
Durant l’entre-deux-guerres et la Seconde Guerre mondiale, le développement de bombardiers évoluant à des altitudes stratosphériques impose la généralisation des chambres hypobares (dites « caissons d’altitude »). L’armée américaine et la Luftwaffe allemande intègrent de manière systématique l’exposition simulée à 25 000 pieds (environ 7 600 mètres) dans le cursus d’entraînement de leurs équipages. L’objectif pédagogique et psychologique prend alors le pas sur la simple sélection : il s’agit de faire vivre à chaque aviateur ses propres symptômes d’hypoxie (« signature personnelle d’hypoxie ») dans un cadre sécurisé afin d’ancrer une mémoire procédurale de l’alerte.
Dans la seconde moitié du XXe siècle, avec l’avènement des vols spatiaux et des missions suborbitales, des institutions telles que la NASA et le CNES perfectionnent ces tests en y adjoignant des batteries informatisées mesurant la charge mentale, les potentiels évoqués cognitifs et les modifications de l’électroencéphalogramme. Les protocoles contemporains, de plus en plus souvent réalisés via des masques à fractions inspirées réduites (hypoxie normobare), permettent aujourd’hui une analyse neuropsychologique millimétrée des altérations synaptiques et de la connectivité fonctionnelle cérébrale.
6. Fondements théoriques
Le test d’altitude s’articule autour de plusieurs cadres conceptuels majeurs issus de la neuropsychologie, de la psychologie de l’activité et des théories des systèmes dynamiques de la performance humaine. Le premier de ces cadres est la théorie des ressources attentionnelles partagées, initialement modélisée par Christopher Wickens. Selon ce modèle, l’hypoxie agit comme un facteur de déplétion globale de la capacité de traitement du système nerveux central. Sous déficit d’oxygène, le volume global de ressources énergétiques allouables diminue drastiquement, obligeant le sujet à restreindre son focus attentionnel (phénomène de tunnelisation de l’attention) au détriment des informations périphériques et des tâches secondaires.
Le second pilier théorique relève de la théorie du contrôle exécutif préfrontal. Les travaux en imagerie fonctionnelle ont corroboré que le cortex préfrontal dorsolatéral (DLPFC) et le cortex cingulaire antérieur (ACC), épicentres de la métacognition et du contrôle de l’action, présentent une vulnérabilité préférentielle au stress hypoxique. La diminution de l’apport en adénosine triphosphate (ATP) perturbe la phosphorylation oxydative neuronale et la recapture des neurotransmetteurs (notamment la dopamine et le glutamate), entraînant une désinhibition exécutive et un affaiblissement de la mémoire de travail opérationnelle décrits par Alan Baddeley.
Un troisième ancrage théorique concerne la théorie de la conscience de la situation (Situational Awareness) théorisée par Mica Endsley. Le test d’altitude examine précisément la dégradation séquentielle des trois niveaux de la conscience de la situation : la perception des éléments de l’environnement (niveau 1), la compréhension de leur signification immédiate (niveau 2) et la projection de leur état dans un avenir proche (niveau 3). L’hypoxie altère ces paliers de manière descendante, rendant le sujet incapable de projeter les conséquences critiques d’un événement avant même qu’il ne cesse de percevoir les stimuli sensoriels bruts.
7. Composantes clés, types et dimensions
La structure d’un test d’altitude varie selon les objectifs scientifiques, cliniques ou opérationnels poursuivis. On distingue principalement deux grandes modalités de mise en œuvre et plusieurs dimensions d’évaluation :
- Modalités d’induction du stimulus hypoxique :
- Hypoxie hypobare (caisson d’altitude) : Diminution réelle de la pression atmosphérique totale au sein d’une enceinte scellée, reproduisant fidèlement les effets de la décompression barométrique, de l’expansion gazeuse corporelle et de la baisse de la pression partielle d’oxygène.
- Hypoxie normobare (mélanges gazeux appauvris) : Maintien de la pression barométrique ambiante au niveau de la mer combiné à une réduction de la fraction inspirée en oxygène ($FiO_2$) via un masque étanche ou une pièce à atmosphère contrôlée (par injection d’azote), ciblant exclusivement le déficit moléculaire en dioxygène.
- Dimensions cognitives et psychomotrices évaluées :
- Vitesse de traitement et temps de réaction : Mesure du temps de latence face à des stimuli visuels et auditifs, simples et à choix multiples.
- Attention sélective et divisée : Capacité à discriminer des signaux pertinents parmi des distracteurs et à traiter simultanément plusieurs flux d’informations.
- Mémoire de travail et rappel à court terme : Maintien temporaire et manipulation active de séquences numériques, spatiales ou verbales.
- Flexibilité cognitive et inhibition : Aptitude à modifier une stratégie mentale face à un changement de consigne et à réprimer des automatismes inadaptés.
- Coordination visuo-motrice et dextérité fine : Réalisation de tracés, manipulations de précision ou maintien d’une trajectoire sur simulateur de pilotage.
- Dimensions affectives et métacognitives :
- Surveillance métacognitive (Insight) : Concordance entre la performance réelle de l’individu et son auto-évaluation subjective de compétence.
- Régulation émotionnelle : Apparition d’euphorie déplacée, d’apathie dépressive, d’anxiété aiguë ou d’irritabilité réactive.
8. Exemples et cas illustratifs
Pour illustrer la portée clinique et opérationnelle du test d’altitude, considérons le protocole classique de l’entraînement des équipages de vol militaire à une altitude simulée de 25 000 pieds (environ 7 620 mètres). À cette altitude, le temps de conscience utile (Time of Useful Consciousness ou TUC) oscille généralement entre 3 et 5 minutes en l’absence d’inhalation d’oxygène de secours.
Dans un cas typique en caisson hypobare, un pilote expérimenté retire son masque à oxygène et se voit confier une tâche psychométrique simple consistant à réaliser des soustractions successives de 7 à partir de 100, tout en entourant des formes géométriques spécifiques sur une feuille. Durant les deux premières minutes, la performance demeure stable. À la troisième minute, le pilote commence à hésiter, produit des erreurs arithmétiques grossières (par exemple, 100 – 7 = 93, 93 – 7 = 88) mais continue d’écrire avec application. Interrogé par le psychologue superviseur sur son état, le sujet sourit largement, affirme se sentir « dans une forme exceptionnelle » et rit lorsqu’on lui fait remarquer une omission évidente. Invité à rechausser son masque conformément à la consigne de sécurité convenue, le sujet reste passif, incapable d’exécuter la commande motrice pour sauver sa propre vie sans l’injonction autoritaire de l’instructeur.
Un autre exemple éclairant provient de l’alpinisme de très haute altitude en Himalaya. Lors d’une évaluation standardisée administrée au camp de base avancé de l’Everest (environ 6 400 mètres) auprès d’un grimpeur chevronné, on observe une altération marquée du test de fluidité verbale et une incapacité à ordonner chronologiquement les étapes d’un rappel sur corde. Bien que le grimpeur ne présente aucun signe neurologique focal ni œdème cérébral patent, son profil psychométrique révèle un état d’inertie mentale critique le prédisposant à des erreurs de manipulation fatales lors de la progression finale en zone de mort.
9. Mesure, instruments et évaluation
La passation d’un test d’altitude moderne recourt à un appareillage technologique sophistiqué articulant instrumentation psychophysiologique et batteries de tests cognitifs standardisés :
Sur le plan physiologique, le suivi continu repose sur l’oxymétrie de pouls mesurant la saturation pulsée en oxygène ($SpO_2$), la fréquence cardiaque par électrocardiographie (ECG), la capnographie pour contrôler la pression de dioxyde de carbone expiré ($PetCO_2$) et, dans les protocoles avancés, la spectroscopie dans le proche infrarouge (NIRS) pour évaluer l’oxygénation du cortex préfrontal en temps réel.
Sur le plan psychologique, les chercheurs recourent à des batteries de tests informatisées validées pour les environnements extrêmes, telles que la batterie ANAM (Automated Neuropsychological Assessment Metrics) ou la suite CANTAB (Cambridge Neuropsychological Test Automated Battery). Les épreuves couramment administrées comprennent le test de Stroop (mesurant l’inhibition cognitive), le test des pistes (Trail Making Test A et B, évaluant la flexibilité mentale et la vitesse de repérage visuo-moteur), les tâches d’empan de mémoire de travail (N-back test) et des tâches de poursuite visuo-motrice continue (tracking task).
L’évaluation psychologique s’accompagne de questionnaires d’auto-évaluation de la charge mentale, comme l’échelle NASA-TLX (Task Load Index), et d’échelles de sévérité symptomatique spécifiques, telles que l’échelle du mal aigu des montagnes de Lake Louise (Lake Louise Score), complétée par des échelles d’affectivité positive et négative (PANAS).
10. Applications et portée pratique
Les applications du test d’altitude s’étendent bien au-delà de la recherche fondamentale en laboratoire :
En sélection et médecine aéronautique, le test constitue un outil d’aptitude indispensable pour les pilotes de chasse, les pilotes de ligne et le personnel navigant commercial. Il permet de certifier que le futur aviateur est capable de reconnaître ses symptômes d’alarme personnels (paresthésies, rétrécissement du champ visuel, euphorie, sensation de chaleur) et d’initier les procédures d’urgence avant la perte de conscience opérationnelle.
En médecine et psychologie spatiale, les astronautes sont soumis à ces épreuves pour anticiper les baisses accidentelles de pression dans les modules orbitaux ou les combinaisons spatiales lors des sorties extravéhiculaires, garantissant le maintien d’une coordination motrice et d’une lucidité décisionnelle suffisantes en situation de crise.
Dans le secteur de la défense et des forces spéciales, l’épreuve prépare les troupes aéroportées réalisant des sauts opérationnels à très grande hauteur sous oxygène (chuteurs opérationnels SOGH/SOHAN) à gérer la charge cognitive extrême sous contrainte physiologique intense.
En médecine du travail et alpinisme professionnel, le test permet d’évaluer la tolérance cognitive des guides de haute montagne, des ouvriers des chantiers d’altitude (comme dans les observatoires astronomiques chiliens ou les mines des Andes à plus de 4 500 mètres) et d’adapter les rythmes de travail pour prévenir les accidents industriels imputables à l’hypoxie chronique intermittente.
11. Recherche et données empiriques
La littérature scientifique internationale fournit un corpus exhaustif confirmant la non-linéarité des dégradations cognitives sous hypoxie. Les méta-analyses publiées par McMorris et ses collaborateurs ont mis en évidence que les tâches complexes nécessitant un traitement central délibéré sont significativement plus vulnérables à l’hypoxie que les tâches perceptives simples ou les automatismes moteurs bien ancrés. Les déclins cognitifs deviennent mesurables dès un seuil de $SpO_2$ inférieur à 85 %, correspondant approximativement à une altitude simulée supérieure à 3 000 mètres sans acclimatation.
Les recherches dirigées par Lieberman et son équipe ont démontré que l’altération de l’attention soutenue et l’allongement du temps de réaction de choix surviennent rapidement, souvent dans les 15 à 30 minutes suivant l’exposition à une altitude équivalente à 4 000 mètres. Plus récemment, les investigations de neuro-imagerie fonctionnelle par résonance magnétique (IRMf) et NIRS ont confirmé une corrélation directe entre l’hypo-oxygénation du cortex préfrontal et la multiplication des erreurs de persévération au test du tri de cartes de Wisconsin (WCST).
Des études longitudinales portant sur l’acclimatation ont par ailleurs révélé que, si certaines fonctions cognitives se rétablissent partiellement au bout de quelques jours grâce à l’hyperventilation compensatoire et à l’augmentation du débit sanguin cérébral, la mémoire de travail spatiale et la vitesse de traitement complexe continuent de présenter des déficits résiduels tant que l’individu demeure exposé à la haute altitude.
12. Considérations culturelles et contextuelles
La perception, l’interprétation et la réponse comportementale lors d’un test d’altitude ne sont pas uniformes à travers les populations et les contextes socioculturels. Les populations autochtones résidant depuis des millénaires à haute altitude, notamment les Sherpas de l’Himalaya et les Quechuas des hauts plateaux andins, présentent non seulement des adaptations génétiques et métaboliques singulières à l’hypoxie, mais également un rapport psychologique et phénoménologique distinct à l’effort sous hypobarisme. Lors des tests psychométriques standardisés, ces populations démontrent souvent une stabilité cognitive supérieure à celle des sujets occidentaux non acclimatés, attribuable à une meilleure préservation du métabolisme cérébral du glucose.
Sur le plan contextuel et organisationnel, la culture de sécurité propre au milieu d’appartenance influence considérablement l’expression des symptômes pendant le test. Dans certaines cultures militaires marquées par une forte valorisation de l’invulnérabilité virile, les sujets ont tendance à minimiser verbalement leurs signes d’alerte métacognitive afin de paraître performants, augmentant paradoxalement le risque de syncope subite. À l’inverse, dans un cadre de formation civile axé sur la gestion des ressources de l’équipage (Crew Resource Management ou CRM), l’aveu précoce de la dégradation cognitive est valorisé comme un acte professionnel responsable.
Il convient également de souligner les biais potentiels inhérents aux batteries psychométriques informatisées : la familiarité préalable avec les outils numériques et la maîtrise linguistique de la consigne peuvent moduler artificiellement les scores de performance sous stress hypoxique indépendamment de la tolérance physiologique réelle.
13. Critiques, controverses et limites
En dépit de son utilité reconnue, le test d’altitude fait l’objet de vifs débats méthodologiques et épistémologiques au sein de la communauté médico-psychologique :
La controverse principale concerne la validité écologique de l’hypoxie normobare comparativement à l’hypoxie hypobare. De nombreux chercheurs soutiennent que l’administration d’un mélange gazeux pauvre en oxygène au niveau de la mer n’équivaut pas rigoureusement à une réelle montée en altitude. Les variations de pression barométrique induisent des modifications de la mécanique ventilatoire, des microbulles vasculaires et des gradients de diffusion tissulaire qui ne sont pas fidèlement reproduits par l’inhalation sous masque, biaisant potentiellement les réponses psychophysiologiques observées.
Une seconde critique majeure réside dans la faible fiabilité test-retest de la signature hypoxique individuelle. Alors que l’instruction aéronautique traditionnelle postule que chaque individu présente des symptômes avant-coureurs immuables lui permettant de s’auto-diagnostiquer, des travaux contemporains suggèrent que cette signature peut fluctuer notablement chez une même personne en fonction de l’état de fatigue résiduel, du niveau de stress émotionnel, de l’hydratation ou de l’infection virale subclinique préalable.
Enfin, sur le plan éthique et déontologique, l’exposition humaine à une hypoxie sévère comporte un risque non nul de perte de connaissance brutale, de crise convulsive ou d’accidents de décompression gazeuse (lors des passages en chambre hypobare). Ces impératifs exigent des protocoles d’arrêt d’urgence extrêmement stricts qui interrompent parfois le test avant que des données cognitives stables n’aient pu être totalement recueillies.
14. Termes connexes et distinctions
Pour éviter toute ambiguïté conceptuelle, il importe de distinguer le test d’altitude d’autres épreuves psychophysiologiques et médicales voisines :
- Test de tolérance à l’hypoxie : Terme générique englobant toute évaluation physiologique de la réaction au manque d’oxygène, souvent focalisé sur les paramètres cardiorespiratoires et ventilatoires plutôt que sur la performance neuropsychologique fine.
- Temps de conscience utile (TCU) : Intervalle de temps s’écoulant entre l’interruption de l’apport en oxygène à une altitude donnée et le moment où l’individu perd sa capacité à accomplir des gestes de pilotage ou de sauvegarde conscients et délibérés. Le TCU est une métrique résultante du test d’altitude, non le test en lui-même.
- Mal aigu des montagnes (MAM) : Syndrome clinique survenant plusieurs heures après l’arrivée en altitude (associant céphalées, nausées, insomnie et vertiges), distinct de l’hypoxie aiguë immédiate évaluée par le test d’altitude en caisson.
- Évaluation de la charge mentale sous stresseurs multiples : Protocoles combinant hypoxie, accélération gravitationnelle (+Gz) et privation de sommeil, mesurant la performance globale dans des conditions opérationnelles composites.
15. Résumé et points clés
Le test d’altitude constitue une procédure d’investigation psychophysiologique et neuropsychologique déterminante destinée à explorer les limites de la cognition humaine confrontée à la raréfaction du dioxygène. Les points essentiels à retenir sont :
- L’épreuve révèle la vulnérabilité sélective précoce du cortex préfrontal, entraînant une détérioration rapide des fonctions exécutives, du raisonnement et de l’attention divisée.
- L’un des risques psychologiques majeurs mis en évidence est l’altération de la métacognition (perte de l’insight), caractérisée par une euphorie paradoxale et une méconnaissance totale de ses propres défaillances par le sujet.
- Le protocole s’effectue en caisson hypobare ou par inhalation de mélanges gazeux normobares appauvris en oxygène, couplant mesures physiologiques continues ($SpO_2$, ECG, NIRS) et batteries cognitives informatisées.
- Ses domaines d’application privilégiés englobent la psychologie aéronautique et spatiale, l’entraînement des forces armées, la médecine de haute montagne et la sécurité du travail en environnements hostiles.
Références
- Bert, P. (1878). La Pression barométrique : Recherches de physiologie expérimentale. G. Masson. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k76722m
- Endsley, M. R. (1995). Toward a theory of situation awareness in dynamic systems. Human Factors, 37(1), 32-64. https://journals.sagepub.com/doi/10.1518/001872095779049543
- Lieberman, H. R., Shukitt-Hale, B., Protopapas, Z., & Tharion, W. J. (2002). Altitude-induced cognitive and psychological deficits: A review. Military Medicine, 167(suppl_2), 52-54. https://academic.oup.com/milmed/article-lookup/doi/10.1093/milmed/167.suppl_2.52
- McMorris, T., Hale, B. J., Barwood, M., Costello, J., & Corbett, J. (2017). Effect of acute hypoxia on cognition: A systematic review and meta-regression analysis. Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 74, 225-232. https://doi.org/10.1016/j.neubiorev.2017.01.019
- Wickens, C. D. (2008). Multiple resources and mental workload. Human Factors, 50(3), 449-455. https://journals.sagepub.com/doi/10.1518/001872008X288394