Syndrome d’Amalric : Enjeux Cliniques et Cognitifs

Le syndrome d’Amalric (ou Diallinas-Amalric) associe surdité de perception congénitale et dystrophie maculaire pigmentée. Découvrez ses enjeux cliniques, neuropsychologiques et rééducatifs.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 23, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 23, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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Le syndrome d’Amalric, également connu sous l’appellation nosologique de syndrome de Diallinas-Amalric, constitue une affection génétique et neurosensorielle rare associant une surdité de perception congénitale précoce à une dystrophie maculaire pigmentaire atypique. Au croisement de l’ophtalmologie, de l’oto-rhino-laryngologie et de la neuropsychologie du développement, cette entité confronte le clinicien aux répercussions profondes d’une double privation sensorielle partielle sur l’architecture cognitive et affective de l’individu. L’étude approfondie de cette condition permet de mieux appréhender les mécanismes d’adaptation psychique et de suppléance neuronale face aux atteintes simultanées des deux voies majeures de transmission de l’information environnementale.

Syndrome d’Amalric

1. Définition concise

Le syndrome d’Amalric désigne une affection congénitale héréditaire rare caractérisée par la triade nosographique associant une surdité neurosensorielle bilatérale prélinguale, une dystrophie pigmentaire localisée au pôle postérieur de la rétine (maculopathie en mottes ou en halo fovéolaire) et, fréquemment, un mutisme secondaire à la perte auditive non appareillée précocement. Sur le plan fonctionnel, l’atteinte maculaire préserve longtemps le champ visuel périphérique, ce qui distingue cette pathologie des rétinopathies pigmentaires diffuses classiques.

Au-delà de ses déterminants organiques, le syndrome d’Amalric se définit dans le champ de la psychologie clinique et des neurosciences cognitives comme un modèle paradigmatique de double handicap sensoriel d’apparition précoce. La coexistence de l’atteinte auditive et visuelle perturbe l’étayage perceptif primaire indispensable à l’organisation des schèmes sensori-moteurs et à l’acquisition du langage formel. Ce profil singulier contraint les réseaux neurocognitifs à une réorganisation plastique substantielle, redéfinissant les modalités de communication, la régulation affective et l’interaction sociale de la personne touchée.

2. Étymologie et origines linguistiques

Le terme tire son origine du patronyme de l’ophtalmologiste français Pierre Amalric (1923-1999), praticien albigeois de renommée internationale, qui décrivit avec précision cette association clinique singulière au début des années 1960. En littérature scientifique internationale, la condition est également désignée sous le nom de syndrome de Diallinas-Amalric, rendant un hommage conjoint au chercheur grec N. P. Diallinas qui publia en 1959 une étude fondatrice sur les anomalies oculaires observées au sein des cohortes d’enfants sourds-muets.

Sur le plan lexical, le terme « syndrome » provient du grec ancien συνδρομή (syndromê), composé du préfixe syn- (« ensemble ») et de dromos (« course, chemin »), signifiant littéralement « concours » ou « ensemble de symptômes qui évoluent conjointement ». Dans l’histoire de la terminologie médicale francophone, l’attribution éponymique reflète la tradition du XXe siècle consistant à individualiser des phénotypes complexes associant des organes sensoriels embryologiquement distincts mais fonctionnellement intriqués.

3. Prononciation et forme grammaticale

En français standard, la locution se prononce phonétiquement /sɛ̃.dʁom d‿a.mal.ʁik/. Sur le plan morphosyntaxique, il s’agit d’un syntagme nominal masculin singulier composé du substantif « syndrome » et du complément du nom propre « d’Amalric ». Lorsqu’on emploie la variante bivalente « syndrome de Diallinas-Amalric », la prononciation suit la phonologie francisée du nom grec /dja.li.nas a.mal.ʁik/.

L’expression s’emploie sans variation de pluriel sur le nom propre (les cas de « syndrome d’Amalric »). Dans les écrits spécialisés, on relève parfois l’usage métonymique « l’Amalric » ou l’adjectivation clinique « amalricien », bien que cette dernière demeure rare et réservée à la description sémiologique de la maculopathie en amas pigmentaires centro-rétiniens.

4. Explication conceptuelle détaillée

Le syndrome d’Amalric se situe au carrefour complexe des dystrophies neurosensorielles combinées. Le substrat biologique primaire repose sur une atteinte conjointe des structures neuro-épithéliales de la cochlée et de l’épithélium pigmentaire rétinien maculaire. Contrairement à d’autres dystrophies tapéto-rétiniennes étendues, l’anomalie oculaire demeure circonscrite à la région centrale de la rétine. L’examen du fond d’œil révèle des granulations pigmentaires sombres, parfois disposées en amas irréguliers ou sous forme d’une fine moucheture entourant la fovéa, n’entraînant pas de restriction concentrique du champ visuel tubulaire comme dans le syndrome d’Usher classique.

L’impact psychologique et neuropsychologique d’une telle affection découle de la spécificité de la trajectoire développementale. Lorsqu’un nourrisson naît avec une surdité profonde ou sévère, la modalité visuelle devient le canal de suppléance exclusif pour capter les indices sociaux, réguler la communication dyadique et acquérir le langage des signes ou la lecture labiale. L’émergence secondaire ou la coexistence d’une maculopathie centrale vient directement menacer la précision fovéale, altérant la reconnaissance fine des expressions faciales, le décodage des micro-mouvements des doigts et l’accès aisé à l’écrit conventionnel.

Ce double verrouillage perceptif circonscrit engendre un profil cognitif particulier. L’individu ne se trouve pas dans l’obscurité totale ni dans l’absence absolue de sensations, mais dans une altération qualitative des signaux fins indispensables aux processus métacognitifs et émotionnels. L’incertitude perceptive permanente requiert une dépense accrue d’énergie attentionnelle, ce qui majore la fatigabilité cognitive au cours des apprentissages scolaires et des interactions sociales prolongées.

Enfin, la délimitation clinique de ce syndrome implique de distinguer la surdité biologique de ses conséquences sociopsychologiques. La non-reconnaissance précoce du déficit auditif peut simuler à tort une déficience intellectuelle globale ou des troubles du spectre de l’autisme, en raison du repli relationnel et du retard drastique de communication consécutifs à l’isolement sensoriel initial.

5. Développement historique

L’individualisation de cette entité pathologique s’inscrit dans le vaste mouvement de cartographie des anomalies génétiques oculo-auditives qui a animé la médecine européenne durant l’après-guerre. En 1959, N. P. Diallinas mène une série d’investigations systématiques auprès d’élèves d’institutions spécialisées pour sourds-muets à Genève, documentant la présence récurrente d’anomalies maculaires pigmentées sans héméralopie. Il postule l’existence d’une forme clinique distincte de la rétinite pigmentaire périphérique.

En 1960, Pierre Amalric isole formellement la condition à partir de cas observés dans sa pratique ophtalmologique. Il démontre que ces foyers de pigmentation maculaire centrale coexistent avec une atteinte cochléaire pancochléaire sans dégénérescence rétinienne périphérique généralisée. Durant les décennies 1970 et 1980, les travaux de généticiens et d’ophtalmologistes pédiatriques tels que Jules François précisent l’hétérogénéité étiologique du syndrome. Ils soulignent que certaines formes résultent de mutations génétiques à transmission autosomique récessive, tandis que d’autres tableaux phénotypiquement similaires peuvent survenir après des embryopathies infectieuses, notamment la rubéole congénitale.

Avec l’avènement des techniques d’imagerie moderne dans les années 2000 (tomographie par cohérence optique spectrale, autofluorescence du fond d’œil), le phénotype rétinien du syndrome d’Amalric a fait l’objet de réévaluations structurelles minutieuses. Simultanément, la psychologie du handicap a fait évoluer son regard : initialement perçu comme un état de dégradation sensorielle inéluctable, le syndrome est désormais abordé à travers le prisme de la réadaptation multimodale précoce et de la neurodiversité adaptative.

6. Fondements théoriques

L’analyse neuropsychologique du syndrome d’Amalric s’articule autour de la théorie de la suppléance sensorielle et de la réorganisation corticale cross-modale. Selon ce paradigme théorique formalisé par les neurosciences contemporaines, la privation précoce d’une modalité sensorielle (l’audition) induit une colonisation des aires temporales de bas niveau par les afférences de la vision périphérique et somesthésique. Dans le syndrome d’Amalric, cette compensation visuelle est toutefois mise sous tension en raison de l’atteinte maculaire qui restreint l’acuité fovéale.

Sur le plan du développement affectif, la théorie de l’attachement développée par John Bowlby fournit un cadre interprétatif fondamental. Les premiers échanges entre le nourrisson et sa figure d’attachement reposent quasi exclusivement sur les boucles interactives visuo-vocales : le contact visuel soutenu, les modulations de la prosodie maternelle et le miroitement affectif des visages. Lorsqu’un enfant présente une hypoacousie sévère combinée à un trouble maculaire qui floute la zone centrale du regard d’autrui, le risque de distorsion des signaux d’attachement est majoré, pouvant susciter une insécurité affective si l’environnement parental n’est pas guidé pour diversifier les vecteurs tactiles et kinesthésiques.

Enfin, la théorie historico-culturelle du développement psychique de Lev Vygotski éclaire de façon singulière la scolarisation de ces patients. Vygotski a souligné dans ses écrits de défectologie que le handicap primaire (le déficit sensoriel organique) ne produit une déficience intellectuelle que si les médiations socioculturelles échouent à se substituer aux canaux défaillants. Dans le cas d’Amalric, l’intervention précoce par des outils pédagogiques adaptés (grossissement, contrastes, repères tactiles) transforme un potentiel retard réactionnel en une trajectoire de résilience cognitive structurée.

7. Composantes clés, types et dimensions

Le syndrome d’Amalric présente une constellation polymorphe de manifestations cliniques, fonctionnelles et psychosociales qu’il convient de décomposer de manière rigoureuse :

  • Composante audiologique : Surdité de perception (neuro-sensorielle) bilatérale, symétrique, généralement pancochléaire (affectant l’ensemble du spectre des fréquences) ou à pente descendante sur les fréquences aiguës, d’intensité moyenne à profonde.
  • Composante ophtalmologique : Dystrophie maculaire pigmentaire caractérisée par une redistribution de l’épithélium pigmentaire au pôle postérieur, sans remaniement osseux périphérique, préservant la vision nocturne (absence d’héméralopie initiale précoce) et le champ périphérique global.
  • Composante psycholinguistique : Risque d’altération du développement du langage parlé en l’absence d’amplification prothétique précoce ou d’implantation cochléaire ; nécessité d’une adaptation spatiale fine lors de l’apprentissage de la Langue des Signes (maintien d’un champ de vision fovéal adapté).
  • Composante psycho-émotionnelle : Anxiété liée aux fluctuations visuelles, vulnérabilité à l’isolement social, sentiment d’étrangeté ou de fatigue d’ajustement face aux environnements visuellement et auditivement saturés de stimuli.
  • Dimensions étiologiques :
    • Formes génétiques pures : Hérédité récessive autosomique à pénétrance variable impliquant des loci ciliaires ou neuro-épithéliaux.
    • Formes syndromiques phénocopies : Sémiologies secondaires à des infections prénatales à cytomégalovirus ou rubéoleux mimant le tableau décrit par Amalric.

8. Exemples et cas illustratifs

Afin de conceptualiser les répercussions pratiques de ce syndrome, considérons le cas d’une fillette de six ans, prénommée Léa, suivie en neuropédiatrie. Diagnostiquée à l’âge de quatorze mois d’une surdité neurosensorielle bilatérale profonde, elle a bénéficié d’une prise en charge audioprothétique complétée par un enseignement en langue des signes. Vers l’âge de cinq ans, les éducateurs constatent une tendance inhabituelle à rapprocher son regard des livres illustrés et une hésitation lors des activités de préhension fine, accompagnée de colères subites en milieu scolaire bruyant et surchargé d’informations graphiques. Un fond d’œil couplé à une tomographie par cohérence optique révèle des dépôts pigmentaires fovéolaires caractéristiques du syndrome de Diallinas-Amalric. La mise en place de contrastes accentués, l’agrandissement de la taille des supports didactiques et le réaménagement de l’espace visuel ont permis une disparition immédiate des troubles du comportement, attestant que l’irritabilité résultait de la surcharge cognitive et de l’effort d’accommodation maculaire.

Un second scénario met en scène un adulte de quarante-deux ans, Marc, porteur du syndrome d’Amalric, travaillant en milieu ordinaire dans la gestion de bases de données informatiques. Marc utilise des appareils auditifs à conduction aérienne et s’exprime oralement. Il décrit une symptomatologie d’épuisement mental en fin de journée : le déchiffrage permanent des lignes de code nécessite une concentration visuelle centrale intense, tandis que l’interprétation des réunions de travail impose un décodage phonémique soutenu. L’évaluation psychologique met en évidence un syndrome anxiodépressif secondaire à une charge adaptative invisible. La reconnaissance institutionnelle de sa double limitation sensorielle, l’instauration d’un double écran avec filtre anti-reflet à fort contraste et l’accès au télétravail ont restauré son bien-être psychologique et son efficience professionnelle.

9. Mesure et évaluation

L’investigation clinique du syndrome d’Amalric requiert une méthodologie pluridisciplinaire standardisée croisant bilans somatosensoriels et évaluations psychologiques approfondies :

Sur le plan oto-rhino-laryngologique, l’audiométrie tonale et vocale mesure le seuil de perception auditive sur chaque fréquence. Les potentiels évoqués auditifs précoces du tronc cérébral (PEA) et les otoémissions acoustiques permettent de préciser le caractère endocochléaire de la surdité et d’évaluer l’intégrité de la voie rétrocochléaire.

L’évaluation ophtalmologique repose sur l’acuité visuelle corrigée de loin et de près, le champ visuel cinétique (périmétrie de Goldmann) et dynamique automatisé, l’électrorétinogramme (ERG) complet (scotopique et photopique) et l’OCT maculaire (Optical Coherence Tomography). Chez les patients atteints d’Amalric, l’ERG global peut être subnormal ou modérément altéré, ce qui constitue un élément de diagnostic différentiel crucial vis-à-vis des rétinites pigmentaires généralisées.

Sur le versant neuropsychologique et psychométrique, l’évaluation du fonctionnement cognitif général proscrit les batteries purement verbales ainsi que les épreuves visuo-spatiales à micro-détails fins chronométrées. L’utilisation d’outils adaptés aux personnes sourdes ou malentendantes, comme les échelles de Leiter (Leiter-3) ou certaines subtests non-verbaux de la WISC/WAIS adaptés sans contrainte de résolution spatiale minuscule, est recommandée. L’évaluation de l’anxiété, de l’estime de soi et du profil affectif s’effectue par des échelles standardisées administrées via le mode de communication primaire du sujet (langue des signes certifiée ou transcription écrite agrandie).

10. Applications et portée pratique

La compréhension rigoureuse du syndrome d’Amalric comporte d’importantes retombées directes dans les domaines éducatif, clinique et ergonomique :

Dans le domaine éducatif et pédagogique, l’identification du syndrome impose d’adapter l’environnement matériel d’apprentissage. Contrairement à l’enfant sourd classique qui compense spontanément par des supports visuels denses, l’enfant porteur d’une atteinte d’Amalric nécessite un éclairage tamisé non éblouissant, des polices typographiques sans empattement à corps élargi, et une organisation spatiale réduisant les mouvements oculaires fovéolaires rapides. Pour les enfants signants, les gestes des interlocuteurs doivent être effectués à une distance focale idéale, dans un cadre restreint adapté au champ de netteté du sujet.

Sur le plan de l’intervention psychothérapeutique, le travail auprès des patients consiste à déconstruire les angoisses d’évolution vers la cécité complète. Beaucoup de patients confondent leur atteinte maculaire avec une rétinite pigmentaire dévastatrice conduisant à la cécité tubulaire noire. Une psychoéducation précise et rassurante sur le maintien de la vision périphérique permet d’apaiser les terreurs existentielles et d’orienter le sujet vers des mécanismes de coping proactifs.

Sur le plan organisationnel et social, l’aménagement des postes de travail implique la mise à disposition de technologies d’assistance : logiciels de grossissement d’écran combinés à des systèmes de synthèse vocale ou à des micros HF directionnels connectés directement aux implants cochléaires ou prothèses auditives numériques.

11. Recherche et données empiriques

Les investigations scientifiques menées sur les cohortes de surdités associées aux rétinopathies ont permis de consolider la spécificité du syndrome. Les recherches génétiques répertoriées dans la littérature biomédicale ont exploré les recoupements phénotypiques entre ce syndrome et d’autres ciliopathies rétino-cochléaires. Des généticiens moléculaires ont montré que les gènes impliqués dans le développement des stéréocils des cellules ciliées de l’oreille interne partagent des domaines fonctionnels homologues avec les protéines de transport ciliaire des photorécepteurs rétiniens.

Des travaux empiriques en psychologie cognitive développementale ont mis en lumière les trajectoires atypiques de la théorie de l’esprit chez les enfants présentant une double restriction sensorielle. Lorsque l’accès simultané aux intonations affectives vocales et aux micro-expressions faciales du regard est retardé, l’acquisition de la capacité à attribuer des croyances et des intentions à autrui subit un décalage temporel transitoire, comblé dès lors qu’un protocole éducatif explicite est instauré.

D’autres études longitudinales en oto-neuro-ophtalmologie ont évalué le bénéfice de l’implantation cochléaire précoce chez les patients présentant une maculopathie centrale stabilisée. Les données démontrent une amélioration significative des compétences de communication globale et une diminution corrélative des indices de dépression réactionnelle, confirmant que la réhabilitation d’un des deux axes sensoriels majeurs allège considérablement la charge mentale du système nerveux central.

12. Considérations socioculturelles

La perception et l’intégration du syndrome d’Amalric varient profondément selon les contextes culturels et communautaires. Au sein de la culture sourde, où la Langue des Signes et la communication visuelle constituent le ciment identitaire et politique du groupe, l’annonce d’une détérioration maculaire peut être vécue comme un traumatisme identitaire majeur. En effet, l’atteinte de la vision centrale menace directement la dextérité perceptive requise pour décoder les signaux faciaux grammaticaux (mouvements des sourcils, labiomimique), suscitant une angoisse de marginalisation au sein même de la communauté des pairs sourds.

Dans les sociétés à faibles ressources médico-techniques où le dépistage néonatal de la surdité fait défaut, les individus atteints du syndrome d’Amalric ont longtemps été considérés à tort comme atteints d’arriération mentale ou de folie mutique. L’absence d’outils orthophoniques et optométriques exacerbe l’exclusion sociale et la détresse psychique, renforçant l’étiquetage stigmatisant.

Inversement, dans les contextes valorisant l’inclusion et le modèle social du handicap, des démarches de pair-aidance et des réseaux associatifs spécialisés dans la surdicécité partielle favorisent l’appropriation précoce de techniques de communication tactile (comme la langue des signes tactile ou l’alphabet Lorm), permettant aux patients de maintenir un sentiment d’appartenance sociale et de dignité citoyenne.

13. Critiques, controverses et limites

Le principal débat scientifique entourant le syndrome d’Amalric réside dans son statut nosologique propre : s’agit-il d’une maladie génétique autonome distincte ou d’un simple syndrome phénotypique regroupant diverses étiologies d’origines génétiques ou toxico-infectieuses ? Dès les années 1970, plusieurs auteurs ont souligné que de nombreux enfants diagnostiqués avec le syndrome de Diallinas-Amalric présentaient en réalité des séquelles d’embryopathie rubéoleuse prénatale ayant provoqué à la fois une surdité d’oreille interne et une rétinopathie rubéoleuse centrale poivrée non évolutive.

Une autre controverse clinique concerne l’évolutivité de l’atteinte maculaire. Si la description princeps d’Amalric suggérait une lésion relativement stable sans altération périphérique globale, plusieurs observations longitudinales ont révélé que certaines maculopathies étiquetées initialement Amalric constituaient les stades précoces d’autres dystrophies tapéto-rétiniennes plus progressives. Cette imprécision historique a parfois généré des erreurs de pronostic psychologique, conduisant à des angoisses iatrogènes chez les familles.

Enfin, sur le plan des pratiques d’évaluation neuropsychologique, les critiques actuelles dénoncent l’usage persistant de tests standardisés non étalonnés pour les populations à double déficit sensoriel. L’évaluation de l’intelligence fluide par des tests visuels complexes à haute vitesse de traitement induit des biais d’interprétation massifs, confondant un déficit de résolution maculaire avec un prétendu dysfonctionnement cognitif central.

14. Termes connexes et distinctions

Pour éviter toute confusion diagnostique et nosographique, le syndrome d’Amalric doit être soigneusement distingué des entités cliniques apparentées :

  • Syndrome d’Usher : Affection autosomique récessive associant une surdité neurosensorielle bilatérale à une rétinite pigmentaire périphérique débutant par une héméralopie (cécité nocturne) et évoluant vers un rétrécissement concentrique tubulaire du champ visuel, contrairement à l’atteinte essentiellement centro-maculaire d’Amalric.
  • Rétinopathie rubéoleuse congénitale : Atteinte oculaire post-infectieuse associant une surdité de perception et une rétinopathie « poivre et sel » disséminée sans perte progressive de la vision, constituant la principale phénocopie non génétique du tableau d’Amalric.
  • Maladie de Stargardt : Dystrophie maculaire juvénile d’origine génétique provoquant une baisse bilatérale précoce de l’acuité visuelle centrale avec maculopathie en œil de bœuf, mais qui n’est pas associée à une atteinte auditive neurosensorielle.
  • Syndrome d’Alström : Pathologie génétique multisystémique associant une dégénérescence des cônes et bâtonnets, une surdité neurosensorielle progressive, une obésité infantile, un diabète de type 2 et une cardiomyopathie dilatée, représentant un tableau clinique bien plus diffus et sévère que le syndrome d’Amalric.
  • Surdicécité (Double déficit sensoriel) : Concept fonctionnel générique englobant toute combinaison de perte visuelle et auditive, dont le syndrome d’Amalric représente un sous-type étiologique particulier et modéré par rapport aux cécités totales combinées.

15. Résumé et points clés

En synthèse, le syndrome d’Amalric (ou de Diallinas-Amalric) se caractérise par :

  • L’association clinique singulière d’une surdité neurosensorielle congénitale (habituellement bilatérale et sévère) et d’une dystrophie pigmentaire fovéolaire ou maculaire centrale.
  • La préservation relative du champ visuel périphérique et de l’adaptation scotopique (obscurité), ce qui le différencie fondamentalement de la rétinite pigmentaire du syndrome d’Usher.
  • Une étiologie hétérogène, comprenant des formes héréditaires récessives et des phénocopies infectieuses périnatales.
  • Des répercussions développementales et psychologiques requérant un diagnostic précoce pour éviter les erreurs d’orientation cognitive ou de fausses allégations de déficience intellectuelle.
  • La nécessité impérieuse d’une prise en charge pluridisciplinaire combinant réhabilitation audiologique (prothèses, implants), adaptations visuelles ergonomiques à fort contraste et soutien psychologique axé sur la gestion de l’effort cognitif et l’angoisse de privation sensorielle.

Références

  • Amalric, P. (1960). Nouveau type de dégénérescence tapéto-rétinienne au cours de la sourdi-mutité. Bulletin des Sociétés d’Ophtalmologie de France, 73, 196–212.
  • Bateman, J. B., Riedner, E. D., Levin, L. S., & Maumenee, I. H. (1980). Heterogeneity of retinal degeneration and hearing impairment syndromes. American Journal of Ophthalmology, 90(6), 755–767. https://doi.org/10.1016/S0002-9394(14)75190-6
  • Diallinas, N. P. (1959). Les altérations oculaires chez les sourds-muets. Journal de Génétique Humaine, 8, 225–262.
  • François, J. (1982). Diallinas-Amalric syndrome. Klinische Monatsblätter für Augenheilkunde, 179(6), 531–532. https://doi.org/10.1055/s-2008-1057385
  • Gorlin, R. J., Toriello, H. V., & Cohen, M. M. (1995). Hereditary Hearing Loss and Its Syndromes. Oxford University Press.

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 23). Syndrome d’Amalric : Enjeux Cliniques et Cognitifs. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=syndrome-amalric-definition-enjeux-cliniques
Looti, Mohammed. “Syndrome d’Amalric : Enjeux Cliniques et Cognitifs.” Base de données de psychologie en français, 23 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_term=syndrome-amalric-definition-enjeux-cliniques.
Looti, Mohammed. “Syndrome d’Amalric : Enjeux Cliniques et Cognitifs.” Base de données de psychologie en français. octobre 23, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=syndrome-amalric-definition-enjeux-cliniques.