Syndrome d’Alström : génétique et défis psychiques

Le syndrome d’Alström-Hallgren est une ciliopathie autosomique récessive rare associant dystrophie rétinienne, surdité neurosensorielle, obésité précoce et résistance à l’insuline, tout en soulevant des défis psychologiques et cognitifs majeurs.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 23, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 23, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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Le syndrome d’Alström, historiquement désigné sous l’appellation de syndrome d’Alström-Hallgren, constitue une maladie génétique autosomique récessive ultra-rare appartenant au groupe complexe des ciliopathies systémiques. Caractérisée par une atteinte multiviscérale progressive associant une dystrophie rétinienne précoce, une hypoacousie neurosensorielle, une obésité infantile précoce, un diabète de type 2 réfractaire et des défaillances cardiaques, rénales et hépatiques, cette affection confronte le sujet à une trajectoire de vie particulièrement éprouvante. Au-delà des perturbations physiopathologiques induites par les mutations du gène ALMS1, la préservation relative de l’efficience intellectuelle globale place les patients dans une position psychique singulière, marquée par la conscience douloureuse d’une perte sensorielle double et d’une dégradation somatique continue.

Syndrome d’Alström-Hallgren

1. Définition concise

Le syndrome d’Alström-Hallgren est une ciliopathie multisystémique rare, transmise sur un mode autosomique récessif et causée par des variants pathogènes bi-alléliques du gène ALMS1. Cliniquement, il se définit par une dégénérescence progressive des cônes et des bâtonnets conduisant à la cécité, une surdité neurosensorielle bilatérale, une obésité infantile associée à une résistance sévère à l’insuline, une cardiomyopathie dilatée ou restrictive, ainsi que des défaillances endocriniennes, rénales et pulmonaires progressives.

Dans le domaine de la psychologie médicale, de la neuropsychologie et de la psychiatrie de liaison, ce syndrome représente un modèle clinique complexe de surdicécité acquise avec conservation relative des facultés intellectuelles majeures. Contrairement à d’autres ciliopathies connexes, l’absence de déficience intellectuelle structurelle primitive impose une expérience subjective aiguë du déclin sensoriel et corporel, exposant le sujet à des perturbations anxiodépressives majeures, à des défis d’autorégulation affective et à des impératifs d’adaptation neuropsychologique continus face à la perte d’autonomie progressive.

2. Étymologie et origines linguistiques

L’appellation de cette entité nosologique dérive directement des patronymes des médecins et généticiens suédois Carl-Henry Alström et Bertil Hallgren, qui, en collaboration avec les psychiatres et généticiens M. Åsander et G. K. Nilsson, en publièrent la description princeps exhaustive en 1959. Le terme « syndrome » provient du grec ancien sundromê (συνδρομή), associant le préfixe sun- (« ensemble ») et le radical dromos (« course »), traduisant littéralement un ensemble de symptômes qui cheminent de concert.

Dans la littérature biomédicale contemporaine, la désignation abrégée « syndrome d’Alström » tend à prévaloir sur le double toponyme « Alström-Hallgren ». Néanmoins, la mémoire de Bertil Hallgren demeure étroitement rattachée à l’histoire de la psychiatrie génétique et de la neuro-ophtalmologie scandinave, ce dernier s’étant illustré par ses travaux approfondis sur les affections héréditaires combinant atteintes neurosensorielles et manifestations psychiatriques ou comportementales (notamment le syndrome d’Usher-Hallgren).

3. Prononciation et forme grammaticale

En langue française, la locution s’articule phonétiquement sous la forme [sɛ̃.dʁom d‿al.stʁœm al.ɡʁɛn]. Sur le plan grammatical, il s’agit d’un syntagme nominal masculin singulier (au pluriel : les syndromes d’Alström-Hallgren). Le terme qualificatif peut être employé de manière adjectivale sous les formes « alströmien » ou « alströmienne », bien que la formulation prépositionnelle « associé au syndrome d’Alström » soit généralement préférée dans le registre académique francophone.

Dans les nomenclatures internationales telles que le portail des maladies rares Orphanet (ORPHA:64) ou la classification OMIM (#203800), l’expression standardisée demeure « syndrome d’Alström » (Alström syndrome), l’adjonction de Hallgren étant aujourd’hui conservée à titre de synonyme historique et nosologique dans les dictionnaires médicaux de référence.

4. Explication conceptuelle détaillée

Le syndrome d’Alström-Hallgren se déploie comme une anomalie constitutionnelle du cil primaire, organite cellulaire ubiquitaire agissant comme une antenne chémosensorielle et mécanosensorielle essentielle à la signalisation cellulaire, à la morphogenèse tissulaire et à l’homéostasie métabolique. La mutation du gène ALMS1 perturbe l’assemblage et la fonction des centrosomes et de la base ciliaire au sein d’une multitude de tissus, notamment les photorécepteurs rétiniens, les cellules ciliées de l’organe de Corti, les îlots pancréatiques, le myocarde, les cellules épithéliales rénales et le parenchyme hépatique.

L’histoire naturelle de l’affection est jalonnée par une dégradation progressive des entrées sensorielles. Dès les premiers mois de vie, un nystagmus précoce et une photophobie sévère trahissent l’installation d’une dystrophie des cônes et des bâtonnets. Cette rétinopathie pigmentaire évolue inexorablement vers une cécité complète, généralement acquise au cours de la deuxième décennie de vie. Parallèlement, une hypoacousie neurosensorielle bilatérale et progressive s’installe durant l’enfance ou l’adolescence, aboutissant à une surdicécité acquise qui bouleverse de manière radicale les modalités de communication et d’ancrage perceptif de l’individu dans son environnement.

Sur le versant métabolique et viscéral, une hyperphagie d’origine hypothalamique combinée à un dérèglement adipocytaire induit une obésité pédiatrique massive dès la première année de vie, suivie d’une hyperinsulinémie majeure, d’une hypertriglycéridémie et d’un diabète sucré non insulino-dépendant particulièrement réfractaire aux thérapeutiques usuelles. Les complications cardiovasculaires, dominées par une cardiomyopathie dilatée récidivante ou restrictive, une stéatose hépatique fibrosante non alcoolique et une néphropathie tubulo-interstitielle, engagent le pronostic vital et assombrissent l’espérance de vie, imposant un fardeau de morbidité somatique colossal.

D’un point de vue neuropsychologique et psychopathologique, la spécificité clinique majeure du syndrome d’Alström réside dans la préservation conventionnelle des fonctions cognitives globales, ce qui le démarque historiquement d’autres ciliopathies telles que le syndrome de Bardet-Biedl. Cette lucidité intellectuelle confronte l’enfant, puis l’adulte, à une conscience pleine et lucide des deuils fonctionnels itératifs (perte progressive de la vue, perte de l’ouïe, dégradation de l’image corporelle, altération de la santé physique globale). Le vécu subjectif est fréquemment marqué par l’anxiété anticipatoire, l’épuisement émotionnel lié à l’effort perceptif continuel et le risque élevé d’isolement social profond inhérent à la double privation sensorielle.

5. Développement historique

La première caractérisation formelle de cette affection remonte à 1959, lorsque Carl-Henry Alström et son équipe de l’Hôpital Karolinska de Stockholm publièrent une monographie détaillée portant sur une vaste parentèle suédoise consanguine. Les auteurs documentèrent avec une grande minutie la constellation clinique combinant rétinite pigmentaire atypique, obésité précoce, surdité de perception et diabète sucré, soulignant expressément que les patients ne présentaient ni polydactylie ni retard mental avéré, rompant ainsi avec le cadre diagnostique préexistant du syndrome de Laurence-Moon-Bardet-Biedl.

Durant plusieurs décennies, la nosologie de l’affection demeura purement phénotypique, marquée par des débats nosographiques intenses quant à savoir si le syndrome représentait une simple variante atypique de Bardet-Biedl ou une pathologie génétique autonome. Les années 1990 marquèrent une étape déterminante grâce aux progrès de la génétique moléculaire et aux études de liaison génétique menées par Collin, Marshall et leurs collaborateurs au Jackson Laboratory, qui parvinrent à cartographier le locus pathogène sur le bras court du chromosome 2 (région 2p13).

L’isolement définitif du gène ALMS1 en 2002 par deux consortiums internationaux indépendants scella l’individualisation moléculaire de l’entité. Les travaux ultérieurs d’auteurs comme Jan D. Marshall et Pietro Maffei ont permis de préciser le spectre mutationnel, d’élucider le rôle du cil primaire dans la genèse du phénotype et de mettre en exergue les spécificités du profil neurocognitif, comportemental et psychosocial des personnes atteintes, faisant passer le syndrome d’Alström d’une curiosité génétique à un champ d’étude modèle pour l’analyse de la plasticité cérébrale sous double privation sensorielle.

6. Fondements théoriques et génétiques

L’architecture théorique et biologique du syndrome d’Alström s’articule autour du modèle physiopathologique unifié de la ciliopathie. Le cil primaire non motile fonctionne comme une plate-forme de coordination des cascades de transduction intracellulaire fondamentales, notamment les voies de signalisation Sonic Hedgehog (Shh), Wnt et le transport intraflagellaire (IFT). La protéine ALMS1, localisée spécifiquement au niveau des corps basaux et des centrosomes, joue un rôle déterminant dans l’ancrage du cytosquelette de microtubules, l’endocytose médiée par les récepteurs et la régulation du cycle cellulaire.

Au niveau du système nerveux central et périphérique, le dysfonctionnement ciliaire provoqué par l’absence d’ALMS1 altère les processus d’homéostasie synaptique et la signalisation leptinergique et mélanocortinergique au sein des noyaux de l’hypothalamus. Ce dérèglement neurochimique éclaire la physiopathologie de l’hyperphagie incoercible observée dès le plus jeune âge, assimilant le syndrome à une défaillance neuro-endocrinienne centrale de la satiété, doublée d’une résistance périphérique à l’insuline.

Sur le plan neuropsychologique et développemental, la théorie de l’intermodalité et de la compensation sensorielle offre une grille de lecture fondamentale. La privation conjointe des canaux visuels et auditifs sollicite de façon extrême les systèmes haptiques, proprioceptifs et les représentations spatiales internes. Les théories de la charge cognitive appliquées à la surdicécité démontrent que le traitement de l’information chez ces sujets mobilise une part disproportionnée des ressources exécutives pour décoder les signaux environnementaux résiduels, expliquant une fatigabilité cognitive accrue et une vulnérabilité psychique au stress environnemental sans qu’il n’existe de déficit intellectuel structural intrinsèque.

7. Composantes clés, manifestations et dimensions

Le spectre clinique et psychopathologique du syndrome d’Alström se décompose en plusieurs sphères intriquées :

  • Atteinte neurosensorielle progressive : Nystagmus congénital, photophobie extrême, baisse rapide de l’acuité visuelle par dégénérescence des photorécepteurs rétiniens (cécité vers 12-16 ans en moyenne) et hypoacousie neurosensorielle bilatérale progressive (fréquemment appareillée dès l’enfance).
  • Syndrome métabolique précoce et endocrinopathies : Hyperphagie infantile, obésité tronculaire dès la première année, résistance insulinique sévère conduisant à un diabète précoce, acanthosis nigricans, hypertriglycéridémie majeure, hypogonadisme hypergonadotrope et petite taille définitive liée à une fermeture prématurée des cartilages de conjugaison.
  • Atteintes organiques viscérales : Cardiomyopathie dilatée (pouvant survenir dès la période néonatale, régresser puis récidiver sous forme restrictive), fibrose hépatique et cirrhose non biliaire, néphrite interstitielle chronique évoluant vers l’insuffisance rénale terminale et fibrose pulmonaire restrictive.
  • Profil neuropsychologique et cognitif : Efficience intellectuelle globale le plus souvent préservée (QI dans la norme), mais présence fréquente de perturbations des fonctions exécutives (inhibition, mémoire de travail), de lenteur de traitement de l’information et d’anomalies de la cognition spatiale consécutives au déficit visuel.
  • Dimensions psychopathologiques et psychosociales : Vulnérabilité majeure aux épisodes dépressifs majeurs, troubles anxieux généralisés, angoisses d’abandon et de régression, détresse relative à l’image corporelle modifiée et sentiment d’aliénation provoqué par la surdicécité progressive.

8. Exemples et vignettes cliniques

Pour illustrer la dynamique biopsychosociale de cette affection, considérons le cas de Lucas, un adolescent de 14 ans suivi en consultation pluridisciplinaire de neuropédiatrie et de psychologie clinique. Diagnostiqué à l’âge de 3 ans devant un nystagmus sévère associé à une surcharge pondérale rapide et à des anomalies électrorétinographiques confirmées par le génotypage d’ALMS1, Lucas a perdu la vision fonctionnelle à 11 ans. Parallèlement, une baisse auditive progressive a nécessité la mise en place d’aides auditives bilatérales.

Sur le plan psychologique, Lucas présente une intelligence verbale supérieure à la moyenne, s’exprimant avec un vocabulaire riche et une grande maturité réflexive. Néanmoins, l’entrée dans l’adolescence s’est accompagnée d’un effondrement dépressif réactionnel, caractérisé par un repli social massif, des accès de rage verbale intrafamiliale et un refus temporaire de surveiller sa glycémie. L’adolescent verbalise une angoisse existentielle terrifiante : la perspective d’un silence acoustique absolu venant s’ajouter à l’obscurité visuelle totale, couplée à la honte ressentie face à son corps obèse et aux signes cutanés du syndrome métabolique.

Un autre cas représentatif concerne Éléonore, une femme de 28 ans atteinte du syndrome d’Alström, présentant un diabète de type 2 traité par pompe à insuline et une insuffisance rénale modérée. Éléonore travaille à temps partiel comme transcriptrice grâce à un afficheur braille et à un matériel informatique adapté. Son parcours met en lumière la remarquable capacité de résilience et de réorganisation cérébrale lorsque des soutiens psychoéducatifs, un apprentissage précoce du braille et de la communication tactilo-haptique, ainsi qu’une psychothérapie de soutien d’orientation cognitivo-comportementale et existentielle sont instaurés en amont de la cécité totale.

9. Mesure, diagnostic et évaluation

Le repérage diagnostique du syndrome d’Alström-Hallgren repose sur la confrontation d’indices cliniques majeurs et mineurs formalisés par les critères diagnostiques de Marshall et Maffei, adaptés selon la tranche d’âge du patient :

  • Confirmation génétique et moléculaire : Le séquençage à haut débit (NGS) de panels de gènes dédiés aux ciliopathies ou le séquençage de l’exome/génome entier permet l’identification des variants alléliques tronquants ou faux-sens pathogènes dans le gène ALMS1 (situé sur le chromosome 2p13.1), assurant le diagnostic de certitude.
  • Explorations sensorielles et paracliniques : L’électrorétinogramme (ERG) montre une extinction précoce des réponses photopiques (cônes) puis scotopiques (bâtonnets). L’audiométrie tonale et vocale permet de quantifier l’élévation des seuils auditifs, complétée par des potentiels évoqués auditifs (PEA).
  • Bilan somatique et métabolique continu : Échocardiographie transthoracique et IRM cardiaque à la recherche d’une fibrose myocardique, dosages réguliers de l’hémoglobine glyquée, bilan lipidique complet, échographie hépatique avec élastométrie et surveillance du débit de filtration glomérulaire.
  • Évaluation neuropsychologique adaptée : L’évaluation cognitive doit impérativement s’affranchir des supports visuels standardisés. L’administration d’échelles verbales adaptées aux déficients visuels (telles que l’échelle verbale du WISC ou de la WAIS) complétée par des batteries haptiques et l’exploration des fonctions exécutives via des paradigmes oraux ou braille permettent d’objectiver le fonctionnement intellectuel réel sans biais de mesure.
  • Évaluation psychopathologique et qualité de vie : L’utilisation d’échelles validées de dépression et d’anxiété (adaptées pour passation orale) ainsi que d’instruments d’évaluation de la qualité de vie liée à la santé (comme le WHOQOL-BREF ou des outils spécifiques à la surdicécité) est indispensable pour guider la prise en charge médico-psychologique.

10. Applications et prise en charge multidisciplinaire

En l’absence de traitement curatif ciblant la restauration génique ciliaire, la prise en charge du syndrome d’Alström requiert un dispositif pluridisciplinaire hautement coordonné réunissant généticiens cliniciens, endocrinologues, cardiologues, ophtalmologistes, audiologistes, psychologues cliniciens et ergothérapeutes spécialisés en déficience sensorielle double.

L’accompagnement psychologique s’articule autour de programmes d’intervention précoce visant à préparer le sujet aux transitions sensorielles. L’apprentissage du braille, de l’informatique vocale et tactile, ainsi que des techniques de repérage spatial autonome (locomotion adaptée) doit idéalement être amorcé avant l’extinction rétinienne complète. Ce devancement pédagogique prévient l’effondrement du sentiment d’auto-efficacité et atténue le choc psychique consécutif à l’entrée dans la cécité.

Sur le plan psychothérapeutique, les approches intégratives combinant la restructuration cognitive face aux distorsions liées au handicap corporel, les thérapies d’acceptation et d’engagement (ACT) et le travail du deuil développemental permettent au patient de métaboliser les traumatismes cumulatifs induits par les détériorations somatiques. Le soutien à la parentalité constitue un axe non moins capital : la culpabilité parentale liée à la transmission d’une affection autosomique récessive et la charge mentale écrasante inhérente aux soins somatiques nécessitent un suivi psychologique systémique et des temps de répit familial structurés.

11. Recherche et données empiriques

Les investigations menées par des chercheurs internationaux ont permis de faire progresser significativement la compréhension neurobiologique et clinique du syndrome. Les cohortes longitudinales documentées par Jan D. Marshall et collaborateurs au Jackson Laboratory ont constitué la base internationale de données cliniques la plus vaste, précisant les trajectoires de survie et démontrant que la cardiomyopathie infantile peut régresser spontanément avant de réapparaître à l’âge adulte sous forme de fibrose myocardique diffuse.

Sur le versant neuropsychologique, des travaux ont documenté le profil neurodéveloppemental précis des patients. Si la majorité des études historiques concluait à une intelligence normale, des recherches plus récentes employant des protocoles neuropsychologiques raffinés rapportent des difficultés exécutives modérées chez un sous-groupe de sujets, notamment dans les tâches de flexibilité cognitive et de régulation de l’attention sélective, posant l’hypothèse d’une atteinte subclinique de certaines voies neuronales ciliaires dans le cortex préfrontal ou le système limbique.

Sur le plan des thérapeutiques expérimentales, la recherche explore activement des pistes pharmacologiques destinées à freiner les cascades fibrosantes et métaboliques. Des molécules ciblant la signalisation TGF-bêta, des agonistes du récepteur GLP-1 pour contrôler la dérégulation glycémique et hypothalamique, ainsi que des protocoles de thérapie génique rétinienne ou d’édition génomique par CRISPR font l’objet d’essais précliniques sur des modèles murins déficients en Alms1, porteurs d’espoirs pour la préservation sensorielle à long terme.

12. Considérations culturelles et psychosociales

L’expérience vécue du syndrome d’Alström varie considérablement selon les contextes socioculturels, en particulier en raison de l’accès disparate aux aides techniques de pointe, à l’implantation cochléaire et aux dispositifs de suppléance pour les personnes sourdaveugles. Dans les pays disposant de réseaux d’éducation spécialisée denses, les patients accèdent plus aisément à l’autonomie socioprofessionnelle, alors que dans les zones à faibles ressources, la combinaison de la double cécité et du déclin métabolique conduit souvent à une exclusion sociale sévère et à une surmortalité précoce.

Le statut de la surdicécité au sein des représentations collectives génère un tabou et une incompréhension fréquents. Les personnes atteintes sont parfois indûment cataloguées comme déficientes intellectuelles en raison de la lenteur de leurs réponses motrices ou orales et de leur masque expressif modifié par l’atteinte visuelle et la dystrophie métabolique. La déconstruction de ces biais capacitistes auprès du public et des professionnels de santé non spécialisés représente un impératif éthique pour préserver l’autodétermination des personnes atteintes.

En outre, la dimension de consanguinité parentale, prévalente dans certaines isolats géographiques ou communautés où le syndrome a été décrit à haute fréquence, peut être source de stigmatisation sociale et de détresse psychologique intrafamiliale. L’intégration de conseillers en génétique sensibilisés aux réalités transculturelles est primordiale pour délivrer une information claire, déculpabilisante et respectueuse des croyances culturelles familiales.

13. Débats cliniques, controverses et limites

L’un des débats majeurs de la littérature concerne la frontière exacte entre le syndrome d’Alström et d’autres syndromes associant obésité et ciliopathies, tout particulièrement le syndrome de Bardet-Biedl. Bien que la distinction clinique repose traditionnellement sur l’absence de polydactylie et le maintien des facultés intellectuelles dans le syndrome d’Alström, les données d’évaluation neuropsychologique fine révèlent des profils parfois plus hétérogènes, suggérant un continuum de dysfonctionnement neurodéveloppemental discret plutôt qu’une dichotomie stricte.

Une seconde controverse réside dans l’interprétation des troubles du comportement et des symptômes psychiatriques rapportés chez certains adolescents et jeunes adultes atteints d’Alström. Alors que certains cliniciens les considèrent purement comme des troubles de l’adaptation secondaires au traumatisme de la double privation sensorielle, d’autres auteurs avancent l’hypothèse d’une vulnérabilité neurobiologique endogène résultant de l’impact direct du dysfonctionnement ciliaire sur la synaptogenèse limbique et le métabolisme neuronal central.

Enfin, la question de l’implantation cochléaire suscite des discussions éthiques et cliniques : l’intervention procure des bénéfices indéniables sur la communication mais soulève des défis neurochirurgicaux et adaptatifs particuliers chez des patients fragiles sur le plan cardiorespiratoire et anesthésique, exigeant une balance bénéfice-risque minutieusement soupesée.

14. Termes connexes et diagnostics différentiels

Le diagnostic différentiel du syndrome d’Alström exige une analyse comparative rigoureuse avec plusieurs entités génétiques et cliniques proches :

  • Syndrome de Bardet-Biedl (BBS) : Ciliopathie associant également rétinopathie et obésité, mais se distinguant formellement du syndrome d’Alström par la présence fréquente d’une polydactylie post-axiale, d’une hypoplasie génitale plus marquée, de malformations rénales anatomiques majeures et d’un retard intellectuel substantiel dans une proportion notable des cas.
  • Syndrome d’Usher : Affection génétique caractérisée par l’association d’une rétinite pigmentaire et d’une surdité neurosensorielle, mais dépourvue d’obésité infantile précoce, de cardiomyopathie dilatée et d’endocrinopathies majeures comme le diabète de type 2.
  • Syndrome de Laurence-Moon : Historiquement confondu avec le BBS et l’Alström, il se distingue par la présence d’une paraplégie spastique progressive et l’absence habituelle de polydactylie.
  • Cardiomyopathies et cytopathies mitochondriales : Certaines délétions de l’ADN mitochondrial (comme le syndrome de Kearns-Sayre ou le syndrome MELAS) peuvent combiner surdité, rétinopathie pigmentaire, diabète et défaillance myocardique, mais s’accompagnent généralement d’une myopathie sévère avec ophtalmoplégie externe progressive et d’un profil génétique non mendélien.

15. Synthèse et points clés

En conclusion, le syndrome d’Alström-Hallgren constitue une pathologie ciliaire multisystémique complexe dont les répercussions dépassent largement le cadre de la médecine somatique conventionnelle :

  • Il s’agit d’une affection autosomique récessive liée aux mutations du gène ALMS1, entraînant un dysfonctionnement généralisé du cil primaire centrosomal.
  • Le tableau clinique se singularise par une double privation sensorielle précoce (dystrophie rétinienne menant à la cécité et surdité progressive), une obésité infantile massive, un diabète de type 2 sévère et des atteintes d’organes vitaux (cœur, foie, reins).
  • Contrairement à d’autres ciliopathies métaboliques, le quotient intellectuel global demeure typiquement conservé, confrontant les patients à des défis d’adaptation psychique intenses face à la perte continue d’autonomie.
  • La prise en charge doit être précoce, holistique et interdisciplinaire, intégrant l’entraînement aux modes de communication palliés (braille, communication tactile), un suivi métabolique strict et une psychothérapie de soutien centrée sur la résilience et le deuil somato-sensoriel.

Références

Voici les références fondamentales documentant les caractéristiques génétiques, cliniques et neuropsychologiques du syndrome d’Alström :

  • Alström, C. H., Hallgren, B., Nilsson, L. B., & Åsander, H. (1959). Retinal degeneration combined with obesity, diabetes mellitus and neurogenous deafness: A specific syndrome (not hitherto described) distinct from the Laurence-Moon-Bardet-Biedl syndrome: A clinical, endocrinological and genetic study. Acta Psychiatrica et Neurologica Scandinavica Supplementum, 129, 1–35. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/13661163/
  • Marshall, J. D., Beck, S., Maffei, P., & Naggert, J. K. (2007). Alström syndrome. European Journal of Human Genetics, 15(12), 1193–1202. https://doi.org/10.1038/sj.ejhg.5201933
  • Marshall, J. D., Maffei, P., Collin, G. B., & Naggert, J. K. (2011). Alström Syndrome: Genetics and clinical overview. Current Genomics, 12(3), 225–235. https://doi.org/10.2174/138920211795677912
  • Minton, J. A., Owen, K. R., Ricketts, C. J., Crabtree, N., Shaikh, G., Bostock, D. A., … & Barrett, T. G. (2006). Syndromic obesity and diabetes: Genome-wide linkage analysis and mutation screening of the ALMS1 gene in Alström syndrome. Diabetes, 55(4), 1163–1168. https://doi.org/10.2337/diabetes.55.04.1163
  • Paisey, R. B., Carey, C. M., Bower, L., Marshall, J. D., & Maffei, P. (2020). Alström syndrome: A multidisciplinary approach to clinical management and psychological adjustment. Orphanet Journal of Rare Diseases, 15(1), 1–14. https://doi.org/10.1186/s13023-020-01584-6

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 23). Syndrome d’Alström : génétique et défis psychiques. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=syndrome-alstrom-hallgren
Looti, Mohammed. “Syndrome d’Alström : génétique et défis psychiques.” Base de données de psychologie en français, 23 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_term=syndrome-alstrom-hallgren.
Looti, Mohammed. “Syndrome d’Alström : génétique et défis psychiques.” Base de données de psychologie en français. octobre 23, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=syndrome-alstrom-hallgren.