Stimulus de comparaison : Pilier du conditionnement

Découvrez le rôle fondamental du stimulus de comparaison (Co) en psychologie expérimentale et analyse du comportement : définition, histoire et applications cliniques.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · novembre 1, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : novembre 1, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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Dans le domaine de l’analyse expérimentale du comportement et de la psychologie cognitive, l’apprentissage de relations complexes repose fondamentalement sur la capacité des organismes à discriminer les signaux de leur environnement. Le stimulus de comparaison (couramment abrégé Co, pour l’anglais comparison stimulus) constitue une pierre angulaire méthodologique et conceptuelle des paradigmes de discrimination conditionnelle. En interaction dynamique avec un stimulus échantillon, il permet d’étudier comment des règles d’équivalence, des catégories conceptuelles et des structures linguistiques émergent chez l’être humain comme chez l’animal non humain.

Stimulus de comparaison (Co)

1. Définition concise

Le stimulus de comparaison désigne tout stimulus présenté à un sujet expérimental ou clinique dans le cadre d’une tâche de discrimination conditionnelle, au sein de laquelle le sujet doit sélectionner une option parmi plusieurs alternatives en fonction des propriétés d’un stimulus préalable dit « échantillon ». Le choix du stimulus de comparaison approprié déclenche un renforcement positif, tandis que le choix d’un stimulus de comparaison non pertinent entraîne une absence de renforcement ou une conséquence aversive différée.

Dans la procédure standard dite d’appariement à l’échantillon (en anglais matching-to-sample ou MTS), les stimuli de comparaison sont présentés simultanément ou séquentiellement après la disparition ou en présence continue du stimulus échantillon. L’ensemble des stimuli de comparaison comprend généralement au moins une option désignée comme discriminative positive ($Co^+$ ou $S^+$) et une ou plusieurs options discriminatives négatives ($Co^-$ ou $S^-$), définissant ainsi une contingence à quatre termes au sein du conditionnement opérant.

Ce concept dépasse la simple réponse réflexe ou discriminative élémentaire : il sert d’unité d’analyse fondamentale pour modéliser des processus cognitifs complexes tels que la formation de concepts, l’émergence du langage symbolique, l’analogie et le raisonnement relationnel abstrait.

2. Étymologie et origine linguistique

Le vocable « stimulus » est directement emprunté au latin classique stimulus, signifiant originellement « aiguillon », « pointe » ou « motif d’excitation ». Dans le lexique physiologique et psychologique du XIXe siècle, le mot a été adopté pour caractériser tout agent physique, chimique ou social externe capable de provoquer une modification de l’état d’un récepteur sensoriel ou de déclencher une réaction comportementale.

Le qualificatif « comparaison » découle du latin comparatio, lui-même dérivé du verbe comparare, formé du préfixe com- (« ensemble avec ») et de parare (« rendre égal », « disposer »). En linguistique et en philosophie, l’acte de comparaison renvoie à l’opération intellectuelle consistant à rapprocher deux ou plusieurs objets pour en identifier les similitudes, les analogies ou les dissemblances fonctionnelles et formelles.

L’abréviation internationale « Co » (parfois notée $S^{Co}$ ou $S^C$) provient de la littérature béhavioriste anglo-saxonne établie dans les années 1950 et 1960. Les chercheurs de l’école skinnérienne ont formalisé ces notations pour standardiser la description topographique des arrangements expérimentaux dans les chambres de conditionnement opérant.

3. Prononciation et forme grammaticale

Sur le plan phonétique, l’expression se prononce en français standard /sti.my.lys də kɔ̃.pa.ʁɛ.zɔ̃/. Le sigle associé « Co » se verbalise habituellement par l’énonciation successive des lettres /se.o/ ou par l’énoncé complet du syntagme nominal.

Grammaticalement, « stimulus de comparaison » est une locution nominale masculine. Le mot « stimulus » suit les règles d’adaptation orthographique du français contemporain, admettant le pluriel régularisé « stimulus de comparaison » ou la forme plurielle latinisée « stimuli de comparaison » (phonétiquement /sti.my.li/), cette dernière étant très largement prévalente dans la littérature scientifique francophone spécialisée en psychologie expérimentale.

Dans l’écriture formelle des protocoles d’analyse du comportement, on emploie les symboles $Co1, Co2, dots, Co_n$ pour indexer les différents stimuli de comparaison disponibles au cours d’un même essai expérimental, et les notations $Co^+$ et $Co^-$ pour désigner respectivement la comparaison correcte (renforcée) et la ou les comparaisons incorrectes (non renforcées ou sous extinction).

4. Explication conceptuelle détaillée

Pour appréhender la portée du stimulus de comparaison, il convient de le replacer dans l’architecture de la discrimination conditionnelle. Contrairement à une discrimination simple régie par une contingence à trois termes (stimulus discriminatif $S^D$ $\rightarrow$ réponse $R$ $\rightarrow$ stimulus renforçateur $S^R$), la discrimination conditionnelle fait intervenir une contingence à quatre termes ou plus. Dans cette configuration, la fonction d’un stimulus de comparaison particulier ne peut être fixée de manière absolue ou immuable ; elle dépend strictement de l’identité du stimulus échantillon présenté.

Considérons une matrice expérimentale élémentaire : si le stimulus échantillon est la couleur rouge ($A_1$), le choix du stimulus de comparaison rouge ($B_1$) est renforcé ($Co^+$), tandis que le choix du stimulus de comparaison vert ($B_2$) ne l’est pas ($Co^-$). Inversement, si le stimulus échantillon devient le vert ($A_2$), le même stimulus de comparaison vert ($B_2$) acquiert instantanément la fonction de $Co^+$, et le rouge ($B_1$) devient $Co^-$. Ainsi, un stimulus de comparaison ne possède pas de valence intrinsèque permanente : sa valeur discriminative est contextuelle et relationnelle.

La présentation des stimuli de comparaison soulève d’importantes questions méthodologiques liées au contrôle du stimulus. Si les stimuli de comparaison occupent des positions spatiales fixes (par exemple, le stimulus $B_1$ toujours à gauche et $B_2$ toujours à droite), le sujet expérimental peut développer des biais de position qui masquent le véritable apprentissage relationnel. C’est pourquoi les chercheurs procèdent systématiquement à une pseudo-randomisation de la disposition spatiale et temporelle des stimuli de comparaison d’un essai à l’autre.

Par ailleurs, la relation unissant l’échantillon aux stimuli de comparaison définit la nature psychologique de la tâche. Lorsque la comparaison correcte partage des propriétés physiques directes avec l’échantillon (teinte, forme, texture, tonalité auditive), on parle d’appariement d’identité. Lorsque les stimuli ne partagent aucune similitude formelle perceptible (par exemple, apparier le mot imprimé « CHIEN » à une photographie de canidé ou à un son d’aboiement), on parle d’appariement arbitraire ou symbolique. Dans ce dernier cas, les stimuli de comparaison deviennent les véhicules de relations d’équivalence fonctionnelle, fondant ainsi les mécanismes de base de la compréhension sémantique.

5. Développement historique

L’usage systématique des stimuli de comparaison s’est structuré à partir des travaux pionniers menés sur la cognition animale au début du XXe siècle. Dans les années 1930 et 1940, des éthologues et des psychologues comparatifs, tels que Kenneth Spence et Wolfgang Köhler, s’interrogeaient sur la nature de l’apprentissage discriminant : les organismes apprennent-ils des valeurs absolues de stimuli ou des relations relatives entre stimuli contemporains ? La présentation conjointe de stimuli de comparaison dans des appareils de type boîte de discrimination ou boîte de Lashley a permis d’explorer ces questions.

L’introduction rigoureuse de la procédure moderne d’appariement à l’échantillon revient largement aux travaux de William F. Cumming et William W. Schoenfeld à la fin des années 1950. Ces chercheurs ont conçu des dispositifs semi-automatisés où des pigeons devaient picorer une clé centrale affichant un échantillon lumineux, avant que deux clés latérales n’affichent les stimuli de comparaison. Cette standardisation technique a permis d’éliminer les biais expérimentaux humains et d’isoler avec précision la latence de réponse vers les stimuli de comparaison.

Le tournant paradigmatique majeur survient au début des années 1970 avec les recherches de Murray Sidman sur l’équivalence de stimuli (stimulus equivalence). En travaillant auprès d’individus présentant des troubles du neurodéveloppement ou des retards sévères de langage, Sidman a démontré qu’un apprentissage conditionnel rigoureusement structuré reliant un échantillon à des stimuli de comparaison spécifiques pouvait engendrer l’émergence spontanée de relations réflexives, symétriques et transitives non explicitement enseignées.

Depuis les années 1990 et 2000, le recours aux stimuli de comparaison s’est considérablement étendu sous l’impulsion de la théorie des cadres relationnels (RFT, formulée par Steven C. Hayes, Dermot Barnes-Holmes et leurs collaborateurs). Dans ce cadre théorique, les stimuli de comparaison ne sont plus seulement analysés sous l’angle de l’équivalence symétrique simple, mais en fonction de cadres relationnels complexes incluant la distinction, l’opposition, la hiérarchie et la perspective déictique.

6. Fondements théoriques

L’interprétation du rôle des stimuli de comparaison varie selon les grands paradigmes épistémologiques de la psychologie scientifique :

L’analyse expérimentale du comportement (Béhaviorisme radical) : Dans cette approche formulée par B.F. Skinner et étendue par Murray Sidman, le stimulus de comparaison est conceptualisé sans recourir à des construits mentaux hypothétiques. Il agit comme un événement de l’environnement physique dont la fonction discriminative dépend du contexte fourni par le stimulus échantillon. L’attention est focalisée sur les histoires d’apprentissage, les programmes de renforcement différentiel et les dynamiques de transfert de fonction sans invoquer de représentations internes.

La psychologie cognitive du traitement de l’information : Les cognitivistes perçoivent la tâche d’appariement impliquant des stimuli de comparaison comme une séquence d’étapes de calcul mental. L’échantillon est d’abord encodé en mémoire de travail sous forme de représentation sémantique ou visuelle. Lorsque les stimuli de comparaison apparaissent, le sujet effectue une recherche mémorielle, compare les vecteurs de traits de chaque stimulus de comparaison avec la représentation conservée de l’échantillon, évalue la distance conceptuelle ou perceptuelle, puis sélectionne l’option dont l’adéquation computationnelle est maximale.

La théorie des cadres relationnels (Relational Frame Theory – RFT) : La RFT postule que les humains développent une compétence opérante généralisée appelée « réponse relationnelle arbitrairement applicable » (AARR). Dans ce cadre, la sélection d’un stimulus de comparaison n’est pas uniquement dictée par des contingences d’entraînement directes, mais par des indices contextuels relationnels (notés $C_{rel}$) et des indices fonctionnels (notés $C_{func}$). Les stimuli de comparaison deviennent des éléments intégrés à des réseaux relationnels dynamiques, permettant l’émergence instantanée de nouvelles fonctions psychologiques par transformation de fonction.

7. Composantes clés, typologies et dimensions

L’utilisation des stimuli de comparaison dans la recherche et la pratique implique diverses catégorisations fonctionnelles et structurelles :

  • Stimulus de comparaison correct ($Co^+$) : Stimulus dont le choix est renforcé lors d’un essai donné, conformément à la règle de contingence conditionnelle en vigueur.
  • Stimulus de comparaison incorrect ou distracteur ($Co^-$) : Stimulus dont le choix est suivi d’une extinction expérimentale (aucun renforçateur), d’un temps mort (time-out) ou d’une rétroaction d’erreur.
  • Stimuli de comparaison d’identité physique : Stimuli partageant une morphologie, une couleur ou une dimension sensorielle rigoureusement identique ou quasi-identique au stimulus échantillon.
  • Stimuli de comparaison arbitraires : Stimuli ne partageant aucune similitude physique avec l’échantillon, requérant l’établissement d’une relation conventionnelle ou abstraite (par exemple un symbole graphique abstrait associé à un mot prononcé).
  • Présentation simultanée : Modalité dans laquelle le stimulus échantillon reste visible et actif pendant que les stimuli de comparaison sont affichés, minimisant les exigences mémorielles pures.
  • Présentation différée (Delayed Matching-to-Sample – DMTS) : Modalité dans laquelle un intervalle de rétention variable (de quelques millisecondes à plusieurs dizaines de secondes) sépare la disparition de l’échantillon de l’apparition des stimuli de comparaison, permettant d’évaluer la mémoire à court terme et le déclin mnésique.
  • Taille de l’éventail de comparaison : Nombre d’alternatives offertes simultanément lors de l’essai (généralement de deux à cinq stimuli), influençant la probabilité de choix correct dû au simple hasard ($1/n$).

8. Exemples et cas illustratifs

Pour concrétiser la manipulation d’un stimulus de comparaison, plusieurs configurations expérimentales et cliniques peuvent être examinées :

Exemple en laboratoire de neurobiologie comparative : Un macaque rhésus est installé devant un écran tactile. Un carré bleu apparaît au centre (stimulus échantillon). L’animal touche le carré pour confirmer sa fixation visuelle (réponse d’observation). Immédiatement, deux stimuli de comparaison apparaissent de part et d’autre : un cercle bleu ($Co_1$) et un triangle rouge ($Co_2$). Si la règle programmée est l’appariement par la couleur, le cercle bleu constitue le $Co^+$. Si l’animal le sélectionne, une goutte de jus sucré lui est délivrée. Si la tâche évalue au contraire la règle d’exclusion de couleur, le triangle rouge devient le $Co^+$.

Cas clinique en orthophonie et prise en charge de l’autisme : Un jeune enfant non verbal participe à une séance d’analyse appliquée du comportement (ABA). Le thérapeute prononce le mot « POMME » (stimulus échantillon auditif). Sur la table se trouvent trois photographies : une pomme ($Co_1$), une banane ($Co_2$) et un ballon ($Co_3$). L’enfant est guidé pour pointer la pomme. À travers des blocs d’essais répétés et variés, la photographie de la pomme agit comme le stimulus de comparaison correct ($Co^+$). Une fois cette relation fermement acquise, l’expérimentateur introduit le mot écrit « POMME » comme nouvel échantillon pour tester le transfert de sélection du même stimulus de comparaison photographique.

Exemple en évaluation de la mémoire de travail humaine : Dans une tâche de DMTS informatisée chez des adultes sains, un motif spatial abstrait composé de pixels noirs et blancs apparaît pendant 500 millisecondes. L’écran devient noir pendant un intervalle de rétention de 8 secondes. Ensuite, quatre motifs très similaires apparaissent en bas de l’écran : le stimulus cible ($Co^+$) et trois distracteurs aux configurations légèrement altérées ($Co^-_1, Co^-_2, Co^-_3$). La précision et le temps de réaction nécessaires pour identifier le bon stimulus de comparaison reflètent la fidélité de la trace mnésique visuo-spatiale.

9. Mesure et évaluation

L’efficacité du contrôle exercé par les stimuli de comparaison s’évalue au moyen d’indices quantitatifs rigoureux :

Le paramètre le plus basique est le taux d’exactitude (ou pourcentage de choix corrects), calculé comme le ratio entre le nombre de sélections du $Co^+$ et le nombre total d’essais pour une classe conditionnelle donnée. Un seuil de maîtrise stable (généralement supérieur ou égal à 90 % ou 95 % sur plusieurs sessions consécutives) est exigé avant de conclure à l’acquisition d’une discrimination relationnelle véritable, éliminant l’hypothèse de réponses aléatoires.

Le temps de réaction ou la latence de sélection constitue une deuxième variable critique. Mesuré avec une précision à la milliseconde, il s’écoule entre l’apparition des stimuli de comparaison et la confirmation motrice du choix (clic, pointage, picorée). Les variations de latence permettent d’inférer la charge cognitive, les conflits décisionnels perceptifs ou la force associative unissant l’échantillon au $Co^+$.

La détection des biais de réponse non conditionnels est primordiale pour valider la mesure. L’analyse factorielle des erreurs permet d’identifier si les réponses erronées sont orientées de manière disproportionnée vers un emplacement physique particulier (biais spatial), vers un stimulus de comparaison spécifique indépendamment de l’échantillon (préférence de stimulus), ou sous forme de persévération sur le stimulus récompensé au cours de l’essai précédent.

10. Applications et portée pratique

L’utilisation systématique des stimuli de comparaison génère des retombées appliquées substantielles dans de multiples domaines :

Interventions éducatives et réhabilitation neuropsychologique : Dans l’apprentissage de la lecture chez les enfants ou la rééducation des patients aphasiques après un accident vasculaire cérébral, les stimuli de comparaison permettent d’enseigner des correspondances graphème-phonème ou mot-image sans recourir à un enseignement verbal explicite complexe. L’apprentissage par discrimination sans erreur (errorless learning), qui manipule l’intensité visuelle ou le délai d’apparition des stimuli de comparaison distracteurs, optimise l’acquisition chez les individus souffrant de déficits attentionnels majeurs.

Conception d’interfaces homme-machine (Ergonomie cognitive) : Les principes de disposition des stimuli de comparaison guident l’organisation des menus de navigation et des systèmes d’alerte dans les cockpits aéronautiques ou les centrales de contrôle. Les boutons et options d’action doivent être disposés de façon à minimiser les interférences perceptives et sémantiques, garantissant que l’opérateur sélectionne instantanément l’option requise en fonction de la situation contextuelle d’urgence (stimulus échantillon incident).

Évaluation toxicologique et pharmacologique préclinique : L’administration de substances psychotropes ou de neurotoxiques potentiels chez l’animal de laboratoire est fréquemment évaluée via des tâches de DMTS. La dégradation sélective de la capacité d’un sujet à discriminer le bon stimulus de comparaison après des délais variables sert de bio-marqueur comportemental pour quantifier les atteintes de la mémoire à court terme ou les effets neuroprotecteurs de nouvelles molécules thérapeutiques.

11. Recherche et données empiriques

La littérature consacrée aux stimuli de comparaison s’est enrichie de découvertes fondamentales au fil des décennies :

Les études séminales de Murray Sidman et Tailby (1982) ont démontré que lorsque des sujets apprennent à associer des échantillons $A$ à des comparaisons $B$, puis des échantillons $B$ à des comparaisons $C$, ils démontrent sans enseignement supplémentaire la sélection de $A$ en présence de $B$ (symétrie), de $C$ en présence de $A$ (transitivité) et de $A$ en présence de $C$ (équivalence). Ces travaux ont prouvé que la manipulation rigoureuse des stimuli de comparaison génère de nouvelles classes d’équivalence cognitive, fournissant un modèle empirique robuste pour la compréhension des représentations conceptuelles.

En neurosciences cognitives, les recherches d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) menées notamment par Dickins et ses collègues au début des années 2000 ont mis en évidence que la présentation des stimuli de comparaison lors de tâches d’équivalence active le cortex préfrontal dorsolatéral et le gyrus frontal inférieur gauche (aire de Broca). Ces données suggèrent que les circuits neuronaux sous-tendant la sélection du stimulus de comparaison dans des contextes arbitraires partagent des voies communes avec le traitement syntaxique et sémantique du langage articulé.

Des recherches comparatives menées par Zentall, Wasserman ou Urcuioli ont exploré les limites de ces mécanismes chez l’oiseau et le primate non humain. Si les pigeons excellent dans l’appariement d’identité impliquant des stimuli de comparaison visuels, ils peinent fréquemment à démontrer des relations de symétrie arbitraire spontanée, illustrant des divergences évolutives dans la flexibilité d’encodage des stimuli de comparaison.

12. Considérations culturelles et contextuelles

Bien que le paradigme opérant sous-jacent soit universel, la sélection et l’interprétation des stimuli de comparaison dans les études interculturelles exigent une vigilance méthodologique aiguë :

Les stimuli de comparaison visuels utilisant des pictogrammes, des symboles géométriques ou des palettes de couleurs peuvent porter des significations symboliques profondément divergentes d’une aire culturelle à l’autre. Par exemple, des tests neuropsychologiques utilisant des stimuli de comparaison basés sur des catégorisations d’objets du quotidien (outils, vêtements, ustensiles) peuvent introduire des biais massifs si les populations testées n’ont pas un degré de familiarité homogène avec ces artefacts matériels.

Par ailleurs, la disposition spatiale des stimuli de comparaison (de gauche à droite versus de droite à gauche) interfère avec le sens habituel de lecture et d’écriture des participants. Des études ont montré que les locuteurs de langues s’écrivant de droite à gauche (comme l’arabe ou l’hébreu) manifestent des patrons d’exploration oculaire et des temps de première fixation sur les stimuli de comparaison inverses de ceux observés chez des locuteurs de langues occidentales, ce qui peut affecter les mesures de latence et les taux d’erreur initiaux si les protocoles ne sont pas neutralisés.

13. Critiques, controverses et limites

Malgré sa robustesse, l’exploitation du stimulus de comparaison fait l’objet de plusieurs débats théoriques et méthodologiques :

Le problème du contrôle par exclusion : Une controverse récurrente concerne la stratégie cognitive réellement déployée par le sujet lors de la sélection d’un stimulus de comparaison. Un sujet peut choisir le stimulus $Co^+$ non pas parce qu’il a établi une relation positive avec le stimulus échantillon, mais simplement parce qu’il rejette activement le stimulus $Co^-$ connu comme non renforcé (apprentissage par exclusion ou contrôle négatif). Si l’expérimentateur ne met pas en place des sondes de transfert spécifiques (en introduisant des stimuli de comparaison entièrement nouveaux), il risque d’attribuer à tort la maîtrise d’une relation d’équivalence globale à une simple stratégie d’évitement.

L’interférence des contingences accidentelles : La présentation répétée de stimuli de comparaison dans des environnements contraints peut engendrer un conditionnement adventice. Si un stimulus de comparaison présente accidentellement un contraste lumineux légèrement supérieur ou une asymétrie imperceptible pour l’expérimentateur, le sujet peut fonder ses choix sur ces variables parasites au détriment de la règle relationnelle visée.

Le réductionnisme comportemental : Certains psychologues cognitivistes et linguistes chomskyens ont reproché aux protocoles d’appariement reposant sur des stimuli de comparaison de simplifier à l’excès la complexité du langage naturel. Selon eux, l’acquisition d’un vocabulaire et d’une grammaire générative ne saurait être entièrement réduite à un réseau de discriminations conditionnelles entre échantillons et stimuli de comparaison artificiels.

14. Termes associés et distinctions conceptuelles

Pour éviter toute ambiguïté théorique, il convient de distinguer clairement le stimulus de comparaison des concepts voisins :

  • Stimulus échantillon (Sample stimulus) : C’est le stimulus initial qui établit le contexte relationnel. Alors que l’échantillon dicte la règle d’action pour l’essai, le stimulus de comparaison est l’objet de l’action de choix elle-même.
  • Stimulus discriminatif simple ($S^D$) : Dans une discrimination opérante directe, le $S^D$ signale de façon constante la disponibilité du renforcement pour une réponse donnée, indépendamment de la présence d’autres stimuli contextuels préalables. En revanche, la valeur incitatrice d’un stimulus de comparaison dépend obligatoirement de l’échantillon qui l’accompagne.
  • Stimulus delta ($S^\Delta$) : Désigne tout stimulus en présence duquel une réponse n’est pas renforcée dans un paradigme opérant classique. Dans le cadre de l’appariement à l’échantillon, le stimulus de comparaison incorrect ($Co^-$) fonctionne temporairement comme un $S^\Delta$, mais cette fonction est réversible au cours des essais ultérieurs.
  • Distracteur : Utilisé fréquemment en psychologie cognitive de l’attention visuelle, le terme de distracteur englobe tout élément non pertinent présent dans le champ perceptif. Bien que les stimuli de comparaison incorrects jouent le rôle de distracteurs, ils font partie intégrante de la structure logique de la tâche, et leur traitement cognitif actif est souvent nécessaire pour opérer la sélection finale.

15. Synthèse et points clés à retenir

Le stimulus de comparaison (Co) est un composant fondamental des dispositifs d’apprentissage par discrimination conditionnelle et d’appariement à l’échantillon :

  • Il représente l’une des options de réponse offertes au sujet, dont l’exactitude ($Co^+$ versus $Co^-$) est conditionnée par l’identité du stimulus échantillon présenté au préalable.
  • Sa fonction discriminative n’est pas fixe, mais relative, contextuelle et dynamique.
  • Il a permis la découverte et l’exploration de l’équivalence de stimuli par Murray Sidman, révolutionnant notre compréhension de l’apprentissage symbolique et de la sémantique chez l’humain.
  • Il constitue un outil d’intervention clinique de premier plan dans la prise en charge des troubles du spectre de l’autisme, la rééducation du langage et l’évaluation neurocognitive expérimentale.

Références

  • Cumming, W. W., & Schoenfeld, W. N. (1959). Reflexive matching-to-sample in the pigeon. Journal of the Experimental Analysis of Behavior, 2(3), 263-277. https://doi.org/10.1901/jeab.1959.2-263
  • Dickins, D. W., Singh, K. D., Roberts, N., Rodway, P., & Atahuda, P. R. (2001). An fMRI study of stimulus equivalence. NeuroReport, 12(8), 1641-1645. https://doi.org/10.1097/00001756-200106130-00025
  • Hayes, S. C., Barnes-Holmes, D., & Roche, B. (Eds.). (2001). Relational Frame Theory: A Post-Skinnerian Account of Human Language and Cognition. Kluwer Academic / Plenum Publishers.
  • Sidman, M. (1994). Equivalence Relations and Behavior: A Research Story. Authors Cooperative.
  • Sidman, M., & Tailby, W. (1982). Conditional discrimination vs. matching to sample: An expansion of the testing paradigm. Journal of the Experimental Analysis of Behavior, 37(1), 5-22. https://doi.org/10.1901/jeab.1982.37-5

Citer cet article

Looti, M. (2026, novembre 1). Stimulus de comparaison : Pilier du conditionnement. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=stimulus-de-comparaison
Looti, Mohammed. “Stimulus de comparaison : Pilier du conditionnement.” Base de données de psychologie en français, 1 novembre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_term=stimulus-de-comparaison.
Looti, Mohammed. “Stimulus de comparaison : Pilier du conditionnement.” Base de données de psychologie en français. novembre 1, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=stimulus-de-comparaison.