Le spasme accommodatif constitue une dysfonction neuro-ophtalmologique et psychophysiologique fascinante, caractérisée par une contraction soutenue, involontaire et persistante du muscle ciliaire de l’œil. Cette incapacité pathologique à relâcher l’effort de mise au point entraîne une myopie fonctionnelle artificielle, couramment désignée sous le terme de pseudomyopie, plongeant le sujet dans une altération invalidante de la vision de loin. À la croisée de l’optométrie fonctionnelle, de la neurologie et de la psychologie clinique, cette affection met en lumière l’intime interconnexion qui unit le système nerveux autonome, la régulation visuelle et les états de stress psychologique aigu ou chronique.
Spasme accommodatif
1. Définition concise
Le spasme accommodatif est un trouble neuro-optométrique défini par une contraction involontaire, constante et excessive du muscle ciliaire, empêchant le système optique oculaire de retrouver son état de repos focal. Cette contracture anormale maintient la lentille cristallinienne dans une courbure dioptrique accrue, induisant une myopie artificielle transitoire ou permanente de sévérité variable.
Sur le plan fonctionnel, le patient éprouve une baisse marquée de l’acuité visuelle de loin immédiatement après un effort prolongé de fixation en vision rapprochée, accompagnée d’asthénopie sévère, de céphalées périorbitaires et parfois de micropsie. Contrairement à la myopie axiale structurelle où le globe oculaire présente une longueur antéro-postérieure disproportionnée, le spasme accommodatif relève d’une perturbation fonctionnelle de la dynamique d’accommodation. Le sujet se retrouve piégé dans un état réfractif de sur-réfraction myopique qui cède typiquement sous l’action d’agents pharmacologiques cycloplégiques.
Dans le contexte des sciences psychologiques et comportementales, cette pathologie s’inscrit fréquemment comme un biomarqueur somatique du stress, une manifestation d’épuisement cognitif ou l’expression d’un trouble à symptomatologie somatique (anciennement qualifié de névrose d’angoisse ou de conversion hystérique), reflétant un déséquilibre marqué du système nerveux autonome.
2. Étymologie et origines linguistiques
Le terme « spasme » puise son étymologie dans le substantif latin spasmus, lui-même dérivé du grec ancien σπασμός (spasmós), désignant une convulsion, un tiraillement ou une contraction violente et involontaire d’origine musculaire. Cette racine grecque renvoie au verbe σπάω (spáō), signifiant « arracher », « tirer violemment » ou « tendre avec force », ce qui décrit avec une remarquable exactitude la traction mécanique soutenue exercée par les fibres ciliaires sur les fibres zonulaires de Zinn.
Le qualificatif « accommodatif » découle du latin classique accommodare, composé du préfixe ad- (vers, en direction de) et de commodare (adapter, ajuster, rendre approprié), lui-même bâti sur la racine commodus (juste mesure, convenable). Historiquement, le concept d’accommodation est formalisé dans l’optique physiologique au milieu du XIXe siècle pour décrire la capacité de l’œil dioptrique à adapter sa puissance réfractive selon la distance de l’objet observé. La convergence des deux termes a ainsi permis d’isoler une entité clinique où l’ajustement dynamique naturel de la vision bascule dans la rigidité d’une contracture tonique pathologique.
3. Prononciation et forme grammaticale
En français contemporain, « spasme accommodatif » est une locution nominale masculine qui se prononce phonétiquement [spasm a.kɔ.mɔ.da.tif]. Sa déclinaison au pluriel s’écrit « spasmes accommodatifs », bien que la littérature médicale privilégie souvent le singulier pour caractériser le syndrome global.
Sur le plan morphosyntaxique, l’expression associe un substantif masculin singulier à un adjectif relationnel. Dans les corpus cliniques et les traités d’ophtalmologie, on relève plusieurs synonymes ou appellations apparentées, telles que « spasme de l’accommodation », « crampe accommodative », « pseudomyopie accommodative » ou encore « excès d’accommodation spastique ». Dans les classifications médicales internationales, il est répertorié au sein des anomalies de la réfraction et de l’accommodation, tout en conservant une place transversale dans les répertoires psychosomatiques.
4. Explication conceptuelle détaillée
L’accommodation constitue un processus neurophysiologique hautement dynamique régulé par la triade de vision de près, associant accommodation cristallinienne, convergence oculaire et constriction pupillaire (myosis). Physiologiquement, lorsque l’œil fixe un objet rapproché, une commande efférente émanant du noyau d’Edinger-Westphal emprunte le contingent parasympathique du nerf oculomoteur (III) pour stimuler les récepteurs muscariniques du muscle ciliaire. La contraction de ce muscle annulaire relâche la tension exercée sur la zonule de Zinn, permettant à la capsule élastique du cristallin de s’épaissir et d’augmenter son pouvoir convergent. Dès que le regard se reporte vers l’horizon, l’innervation parasympathique diminue, complétée par un tonus sympathique inhibiteur, restaurant la tension zonulaire et aplatissant le cristallin pour une vision nette à l’infini.
Dans le spasme accommodatif, cette dynamique d’alternance est rompue. Le système parasympathique maintient une décharge cholinergique excessive et continue, ou le muscle ciliaire présente une incapacité métabolique intrinsèque à se détendre. Cette hypertonie soutient le cristallin dans une morphologie renflée hautement réfringente, déplaçant le foyer image en avant de la rétine pour les objets situés à distance. Le sujet se retrouve alors plongé dans une myopie fonctionnelle artificielle qui peut atteindre plusieurs dioptries (parfois jusqu’à 8 à 10 dioptries dans les formes paroxystiques), masquant totalement son état réfractif sous-jacent, qu’il soit emmétrope ou hypermétrope.
Ce dysfonctionnement déborde fréquemment du cadre strictly cristallinien. Dans de nombreux tableaux cliniques, la contracture s’accompagne d’une activation concomitante des autres composantes du complexe synkinétique proximal : c’est le redoutable « spasme du réflexe de près », combinant spasme ciliaire, ésotropie spasmodique (convergence excessive des axes visuels vers l’intérieur) et myosis bilatéral punctiforme. L’individu subit alors non seulement un flou visuel lointain majeur, mais également une diplopie binoculaire invalidante et une réduction drastique de la luminosité perçue, générant une détresse psychologique considérable.
Les limites nosologiques du spasme accommodatif doivent être scrupuleusement démarquées de la fatigue accommodative simple (asthénopie accommodative) et de l’excès accommodatif modéré. Alors que l’excès accommodatif se caractérise par une réponse accommodative transitoirement supérieure au stimulus sans altération pérenne de la vision de loin, le spasme se singularise par sa fixité, son autonomie relative vis-à-vis des stimuli visuels environnementaux et sa résistance initiale aux tentatives conscientes de relaxation musculaire.
5. Évolution historique
L’histoire du spasme accommodatif est intimement corrélée aux découvertes fondamentales sur l’optique physiologique au XIXe siècle. Les travaux pionniers du physiologiste et médecin néerlandais Franciscus Cornelis Donders, consignés dans son ouvrage séminal de 1864 intitulé On the Anomalies of Accommodation and Refraction of the Eye, ont pour la première fois posé les bases théoriques de la dynamique accommodative et distingué les anomalies de courbure axiale des dérèglements fonctionnels du muscle ciliaire. Donders observa que des sujets apparemment myopes voyaient leur myopie s’effacer spectaculairement après l’instillation de belladone, révélant la nature contracturale de leur trouble.
À la fin du XIXe et au début du XXe siècle, sous l’impulsion de l’école de neurologie de la Salpêtrière menée par Jean-Martin Charcot, les manifestations oculaires spasmodiques furent réinterprétées à travers le prisme de l’hystérie et des névroses traumatiques. Le spasme de convergence et le spasme accommodatif étaient alors régulièrement décrits comme des « stigmates hystériques », illustrant comment un conflit psychique inconscient pouvait se convertir en une paralysie ou une crampe musculaire spécifique. Cette lecture psychanalytique et psychopathologique a prévalu durant plusieurs décennies dans les milieux psychiatriques européens.
La seconde moitié du XXe siècle a marqué un tournant biomécanique et cybernétique. Des chercheurs comme Gerald Westheimer et Kenneth Ogle ont quantifié le tonus d’accommodation au repos (accommodation tonique) et modélisé l’appareil visuel comme un système asservi en boucle fermée. Dès la fin des années 1980 et durant les années 2000, l’avènement massif des technologies numériques, des écrans d’ordinateurs puis des téléphones intelligents a profondément bouleversé l’épidémiologie du trouble. Ce qui était autrefois considéré comme une manifestation psychiatrique rare est devenu un trouble fréquent du travail visuel rapproché, réorientant la recherche contemporaine vers les interactions entre ergonomie cognitive, stress professionnel et modulation neuro-végétative.
6. Fondements théoriques
L’appréhension moderne du spasme accommodatif repose sur la convergence de trois cadres théoriques majeurs : le modèle neuro-végétatif du tonus autonome, la théorie cybernétique du système visuel et le modèle somatosensoriel du stress.
Le premier modèle relève de la neurophysiologie du système nerveux autonome. Le muscle ciliaire bénéficie d’une double innervation : une voie parasympathique dominante via le ganglion ciliaire stimulant la contraction, et une voie sympathique adrénergique (via les récepteurs bêta-2) favorisant l’inhibition et le relâchement musculaire. Selon ce cadre théorique, le spasme accommodatif résulte d’une rupture d’homéostasie autonome, caractérisée par une hyperactivité vagale focale ou un effondrement du tonus adrénergique inhibiteur. Cette désynchronisation neurovégétative peut être induite par des facteurs neurochimiques centraux, notamment des dérèglements sérotoninergiques et catécholaminergiques associés aux états d’anxiété aiguë.
Le second socle découle de la théorie cybernétique de l’optique visuelle développée notamment par Hung, Ciuffreda et Smith. Ce modèle postule que l’accommodation et la vergence fonctionnent en boucle fermée par rétrocontrôle négatif constant. Le cerveau traite le flou rétinien (flou optique) et la disparité rétinienne comme des signaux d’erreur à minimiser. Dans le spasme accommodatif, le gain de la boucle d’asservissement accommodatif devient anormalement élevé et instable, basculant dans une hyper-résonance où le système s’enferme dans un état stationnaire saturé sans pouvoir recalculer le point de focalisation à l’infini.
Enfin, le modèle transactionnel du stress et des troubles à symptomatologie somatique issu de la psychologie de la santé conceptualise le spasme comme une réponse d’hypervigilance motrice. Dans des contextes de forte contrainte psychique, d’exigences académiques oppressantes ou de conflits affectifs non élaborés, la tension musculaire globale s’intensifie. Le système visuel, organe primordial de perception et de contrôle environnemental, subit une fixation tonique : l’individu s’ancre littéralement dans son espace proximal comme pour réduire son champ de confrontation avec le monde extérieur, opérant une focalisation défensive inconsciente.
7. Composantes clés, types et dimensions
Le spectre des dysfonctions spastiques de l’accommodation se décline en plusieurs variantes nosologiques et degrés d’atteinte :
- La pseudomyopie accommodative pure : Forme la plus prévalente, consécutive à une fatigue asthénopique intense. Elle se caractérise par une sur-réfraction myopique modérée (-1,00 à -3,00 dioptries) sans atteinte de l’alignement oculaire, cédant rapidement au repos ou aux exercices de défocalisation.
- Le spasme accommodatif isolé idiopathique ou psychogène : Forme sévère survenant brutalement chez l’adulte jeune ou l’adolescent, se traduisant par un spasme ciliaire massif pouvant atteindre jusqu’à -10,00 dioptries, réfractaire au simple repos visuel et nécessitant une intervention thérapeutique pharmacologique poussée.
- Le spasme du réflexe de près (Near Triad Spasm) : Tableau clinique associant l’ensemble de la synkinésie proximale : spasme accommodatif, ésotropie aiguë bilatérale ou unilatérale variable et myosis serré. Ce syndrome impose un diagnostic différentiel rigoureux avec des lésions du tronc cérébral.
- Le spasme accommodatif secondaire d’origine organique : Provoqué par des affections neurologiques (traumatisme crânien, encéphalite, tumeurs de la région pinéale ou du mésencéphale, sclérose en plaques), des intoxications médicamenteuses (inhibiteurs de l’acétylcholinestérase, sulfamides) ou des pathologies oculaires inflammatoires locales (uvéite antérieure, sclérite).
- L’excès accommodatif fonctionnel résiduel : État intermédiaire subaigu où l’amplitude d’accommodation est apparemment normale, mais la flexibilité accommodative (vitesse de passage de près à loin) est effondrée, laissant persister une latence de relâchement invalidante.
8. Exemples et cas illustratifs
Cas clinique 1 : Le syndrome de l’étudiant en période d’examens
Marc, 21 ans, étudiant en médecine préparant des concours nationaux, passe en moyenne 14 heures par jour devant des manuels et des écrans. Sans antécédents visuels notables en dehors d’une légère hypermétropie non corrigée de +0,75 dioptrie, il consulte en urgence pour une baisse de vision brutale et bilatérale de loin survenue en trois jours. Il décrit l’impossibilité de distinguer les panneaux de signalisation routière et souffre de céphalées fronto-orbitaires lancinantes avec sensation de brûlure oculaire. L’examen de la réfraction manifeste révèle une myopie de -3,50 dioptries aux deux yeux, améliorant l’acuité visuelle de loin à 10/10 sous verres concaves. Toutefois, la rétinoscopie sous goutte cycloplégique (cyclopentolate) révèle une réfraction sous-jacente de +0,75 dioptrie. Le diagnostic de pseudomyopie par spasme accommodatif secondaire à un surmenage visuo-cognitif et à une anxiété d’évaluation est posé. Une prise en charge combinant repos visuel, collyre mydriatique temporaire, rééducation optométrique et relaxation permet une résolution complète en deux semaines.
Cas clinique 2 : Spasme de convergence et conversion somatique
Léa, 16 ans, lycéenne confrontée à un contexte intrafamilial conflictuel sévère et à des attaques de panique récurrentes, présente subitement une diplopie horizontale intolérable associée à une vision floue globale. L’examen clinique met en évidence une ésotropie marquée (strabisme convergent aigu) fluctuante, des pupilles en myosis quasi aréactif et une myopie apparente de -6,00 dioptries. L’imagerie par résonance magnétique (IRM) cérébrale et l’angio-scanner éliminent formellement un engagement cérébral, une thrombose des sinus veineux ou une tumeur pinéale. L’interrogatoire dévoile l’absence totale de strabisme organique lors des mouvements de poursuite oculaire lorsqu’un œil est masqué, signant un authentique spasme du réflexe de près dans le cadre d’un trouble à symptomatologie somatique. Une psychothérapie d’orientation cognitivo-comportementale menée de concert avec une prise en charge orthoptique progressive a permis la disparition graduelle des contractures sans récidive à 12 mois.
9. Évaluation et méthodologie de mesure
Le protocole diagnostique du spasme accommodatif repose sur la confrontation systématique de la réfraction manifeste subjective et de la réfraction objective sous blocage pharmacologique de l’accommodation. L’examen sous cycloplégie constitue la règle d’or indépassable. L’instillation d’agents parasympatholytiques puissants (chlorhydrate de cyclopentolate à 0,5 % ou 1 %, ou sulfate d’atropine chez le jeune enfant) bloque spécifiquement les récepteurs muscariniques du corps ciliaire, neutralisant la contracture. Une différence significative (souvent supérieure à 1,00 dioptrie positive) entre la réfraction standard et la réfraction cycloplégique confirme sans équivoque la pseudomyopie.
L’évaluation fonctionnelle de l’accommodation mobilise également des outils optométriques précis mesurant la flexibilité et la réponse tonique. Le test des flippers accommodatifs (verres combinés alternant +2,00 et -2,00 dioptries) permet de chiffrer en cycles par minute l’aptitude du système à relâcher et stimuler son pouvoir dioptrique : un échec d’éclaircissement à travers les verres positifs (+) signe une inaptitude pathologique au relâchement ciliaire. La méthode d’estimation rétinoscopique dynamique (MEM – Monocular Estimate Method) ou la skiascopie de Nott mesurent la posture accommodative objective en conditions binoculaires naturelles, révélant généralement un « lead » accommodatif marqué (le point d’accommodation se situant en avant du plan de fixation).
Sur le plan psychodiagnostique, l’exploration de la personnalité et de la détresse émotionnelle est cruciale lorsque les causes environnementales immédiates ne suffisent pas à expliquer la chronicité du trouble. L’administration d’échelles d’anxiété standardisées (comme le STAI de Spielberger ou l’échelle HAD) et de grilles évaluant la somatisation (comme le PHQ-15) permet de cartographier les facteurs de vulnérabilité psychologique sous-jacents.
10. Applications et portée pratique
La détection du spasme accommodatif est d’une portée capitale dans la pratique ophtalmologique, optométrique et pédopsychiatrique afin de prévenir des erreurs thérapeutiques iatrogènes délétères. La prescription intempestive de verres correcteurs concaves (myopiques) chez un patient en plein spasme soulage temporairement la vision en forçant davantage encore le système visuel, mais pérennise la contracture, aggrave les céphalées et induit une véritable myopisation progressive par allongement axiale iatrogène compensatoire.
En médecine du travail et en ergonomie cognitive, la prévention de ce trouble constitue un axe prioritaire au regard de la digitalisation massive des environnements de travail. L’application stricte de règles d’hygiène visuelle (telle que la règle 20-20-20 : faire une pause de 20 secondes toutes les 20 minutes en fixant le regard à 20 pieds / 6 mètres de distance) permet de désamorcer l’hypertonie ciliaire naissante chez les opérateurs sur écrans.
Dans la sphère de la santé mentale, la reconnaissance du spasme comme équivalent somatique du stress épargne au patient des investigations neuro-radiologiques répétées, invasives et anxiogènes. La collaboration interdisciplinaire entre ophtalmologistes, orthoptistes, psychologues cliniciens et psychiatres s’avère indispensable pour élaborer des plans de prise en charge intégrés, conjuguant collyres mydriatiques dégressifs, thérapie visuelle (entraînement au relâchement de l’accommodation) et techniques de biofeedback ou de gestion du stress.
11. Recherche et données empiriques
La recherche contemporaine a considérablement clarifié les liens entre contrainte cognitive, stress psychologique et rigidification accommodative. Des études pionnières menées par des optométristes et neurophysiologistes renommés tels que Kenneth Ciuffreda et Mark Rosenfield ont démontré que la charge mentale induite par des tâches de calcul arithmétique complexe ou des situations de stress aigu provoque une dérive myopique immédiate de l’accommodation tonique chez les sujets emmétropes et myopes, médiée par des décharges du système nerveux autonome.
D’autres travaux publiés dans des revues internationales de neuro-ophtalmologie par des chercheurs comme Kono et al. ont exploré l’efficacité des protocoles pharmacologiques pour désamorcer les spasmes réfractaires. Leurs données confirment que si le cyclopentolate reste l’agent d’urgence le plus maniable, des cas chroniques sévères nécessitent des cures courtes d’atropinisation associées à une surcorrection optique temporaire en verres convexes pour bloquer définitivement le réflexe accommodatif proximal.
Parallèlement, la littérature pédopsychiatrique documente abondamment la corrélation entre spasme du réflexe de près et troubles anxieux de l’enfance. Des revues systématiques soulignent qu’une proportion substantielle de jeunes patients adressés en neuropédiatrie pour suspicion de pseudotumeur cérébrale ou de paralysie de l’abducens présentent en réalité des spasmes accommodatifs et de convergence d’origine psychologique déclenchés par des situations de harcèlement scolaire, de phobie des examens ou de carences affectives.
12. Perspectives culturelles et contextuelles
L’expression et l’incidence du spasme accommodatif varient nettement selon les contextes éducatifs, culturels et socio-économiques. Dans les pays d’Asie de l’Est (Japon, Singapour, Corée du Sud, Chine urbaine), caractérisés par une pression académique précoce et intense dès le jeune âge et un recours massif aux terminaux numériques d’apprentissage, la prévalence des troubles accommodatifs et de la pseudomyopie chez les enfants et adolescents atteint des niveaux sans précédent dans l’histoire médicale.
Dans ces sociétés hautement compétitives, l’appareil visuel est soumis à une contrainte proximale quasi ininterrompue, créant un continuum morbide entre spasme accommodatif aigu et accélération de la véritable myopie axiale. Les politiques de santé publique de pays comme Taïwan imposent désormais des heures obligatoires d’exposition à la lumière naturelle en extérieur durant la journée scolaire, non seulement pour stimuler la libération de dopamine rétinienne protectrice contre l’allongement oculaire, mais aussi pour contraindre le muscle ciliaire à une relaxation focale prolongée.
Inversement, dans les contextes socioculturels où la scolarisation formelle est moins dense et où le mode de vie implique une activité prédominante en plein air, le spasme accommodatif est quasi exclusivement diagnostiqué sous sa forme psychogène de conversion somatique ou dans les suites de traumatismes cérébraux mécaniques, témoignant de l’impact déterminant de l’environnement technologique et des attentes scolaires sur l’expression somatique du corps.
13. Critiques, controverses et limites
La controverse la plus persistante entourant le spasme accommodatif réside dans l’attribution de son étiologie fondamentale. Une partie de la communauté optométrique et ophtalmologique a longtemps eu tendance à reléguer l’ensemble des spasmes inexpliqués au rang de manifestations purement « hystériques » ou psychopathologiques. Cette étiquette a pu conduire à une stigmatisation préjudiciable des patients et au retard diagnostique de pathologies neurologiques sous-jacentes authentiques mais discrètes, telles que des micro-lésions mésencéphaliques ou une myasthénie oculaire débutante.
Une seconde controverse méthodologique concerne la dichotomie entre « excès d’accommodation » et « spasme accommodatif ». Certains auteurs plaident pour que le terme de spasme soit réservé uniquement aux états réfractaires caractérisés par une myopie artificielle majeure et permanente, tandis que d’autres y incluent les instabilités réfractives transitoires consécutives à l’usage abusif des écrans (fatigue oculaire numérique). Ce flou taxinomique complique la méta-analyse des études cliniques et l’estimation rigoureuse de son incidence dans la population générale.
Enfin, les protocoles thérapeutiques demeurent un objet de débats animés. L’usage récurrent des cycloplégiques au long cours expose à des effets indésirables non négligeables (photophobie invalidante par mydriase permanente, baisse de vision de près, risque de glaucome par fermeture de l’angle chez les yeux prédisposés). La pertinence relative de la rééducation visuelle orthoptique par rapport aux thérapies cognitivo-comportementales et à la relaxation psychomotrice fait encore l’objet de discussions quant à sa hiérarchisation optimale dans le parcours de soins.
14. Termes apparentés et distinctions
Pour assurer une parfaite clarté sémantique et nosologique, le spasme accommodatif doit être minutieusement différencié de plusieurs entités frontières :
- Pseudomyopie : Terme générique désignant tout état de réfraction myopique provoqué par une hyper-puissance optique réversible plutôt que par un allongement du globe oculaire. Le spasme accommodatif est la cause neuro-musculaire majeure de la pseudomyopie.
- Myopie axiale : Amétropie structurelle et définitive liée à un œil trop long anatomiquement. Les verres correcteurs concaves corrigent l’erreur réfractive sans induire de dérèglement accommodatif chez le myope axial stabilisé.
- Excès d’accommodation : Trouble fonctionnel caractérisé par une réponse accommodative excessive par rapport au plan de fixation, sans provoquer de myopie permanente au loin. C’est souvent le stade précurseur du spasme.
- Inertie ou fatigue accommodative : Incapacité transitoire et lenteur du système visuel à modifier son accommodation lors de changements rapides de distance focale, généralement marquée par une perte de souplesse sans contracture tonique soutenue.
- Paralysie de l’abducens (nerf VI) : Déficit moteur organique provoquant un strabisme convergent non fluctuant sans anomalie pupillaire ni spasme ciliaire, dont l’aspect peut prêter à confusion avec le spasme du réflexe de près.
15. Résumé et points clés
Le spasme accommodatif est un trouble complexe du système visuel caractérisé par une contraction involontaire, soutenue et anormale du muscle ciliaire. Cette hypertonie empêche le relâchement du cristallin et génère une myopie fonctionnelle artificielle invalidante, souvent accompagnée d’un cortège de céphalées et d’asthénopie. Bien que déclenché par des efforts visuels de près excessifs et prolongés, il entretient des liens profonds avec le stress psychologique, l’anxiété de performance et les troubles de somatisation, agissant comme un point de fixation somato-végétatif.
Son diagnostic repose impérativement sur la mise en évidence de la pseudomyopie par un examen sous cycloplégie pharmacologique, seul garant d’une mesure objective du statut réfractif réel. La prise en charge thérapeutique exige une vision holistique combinant l’hygiène visuelle ergonomique, la temporisation par agents cycloplégiques, la thérapie de réhabilitation optométrique et un accompagnement psychologique ciblant la gestion des stresseurs environnementaux.
Références
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- Westheimer, G. (1957). Accommodation measurements in pseudomyopia and functional near-point disorders. American Journal of Optometry and Archives of American Academy of Optometry, 34(5), 235-242.