Dans le champ de la psychothérapie contemporaine et des interventions comportementales, le maintien des bénéfices thérapeutiques à long terme constitue l’un des défis les plus cruciaux. La séance de rappel, fréquemment désignée sous l’anglicisme booster session, représente un dispositif stratégique post-traitement conçu pour consolider les apprentissages, prévenir les rechutes et réactiver le sentiment d’efficacité personnelle du patient face aux défis quotidiens.
Séance de rappel (Booster session)
1. Définition concise
La séance de rappel désigne une consultation psychologique ou psychoéducative programmée de manière intermittente après la conclusion formelle d’un protocole d’intervention psychothérapeutique principal. Elle a pour vocation explicite de rafraîchir les compétences cognitives et comportementales acquises, de réviser les stratégies d’adaptation et de consolider les gains cliniques face à l’épreuve du temps.
Sur le plan fonctionnel, cette modalité d’intervention ne constitue nullement une reprise complète du suivi psychothérapeutique ni une thérapie au long cours déguisée. Elle s’inscrit au contraire dans une démarche préventive et structurée, ciblant spécifiquement la pérennisation des mécanismes de changement instaurés durant la phase aiguë du traitement. Le clinicien et le patient y examinent les réussites récentes, décortiquent les difficultés émergentes et réajustent le plan de prévention des rechutes.
En outre, la séance de rappel opère comme un pont transitionnel entre l’encadrement thérapeutique régulier et l’autonomie adaptative totale de l’individu. En offrant un espace délimité d’évaluation rétrospective et prospective, elle renforce l’agentivité du sujet en normalisant les fluctuations symptomatiques mineures sans dramatisation pathologique.
2. Étymologie et origine linguistique
L’expression française « séance de rappel » tire son origine du verbe « rappeler », issu du latin revocare, composé du préfixe réitératif re- et du verbe vocare (« appeler »), signifiant littéralement ramener à l’esprit, réactualiser ou remettre en mémoire active un ensemble de données ou d’automatismes acquis antérieurement. Le vocable « séance », quant à lui, dérive du latin sedere (« être assis »), évoquant une période délimitée consacrée à une activité d’échange réflexif et collaboratif.
Dans la littérature scientifique internationale, la notion a été conceptualisée sous le terme anglais de booster session. Le substantif booster découle du verbe to boost, dont l’étymologie populaire américaine du début du XIXe siècle renvoie à l’idée de « propulser », « hisser » ou « donner un coup de pouce ». Ce vocable s’est initialement diffusé dans les sciences biomédicales pour désigner la dose de rappel vaccinale (booster shot), destinée à stimuler une réponse immunitaire humorale déclinante.
L’emprunt métaphorique de la médecine par la psychologie expérimentale et la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) s’est opéré dans la seconde moitié du XXe siècle. Les chercheurs ont postulé que les compétences psycho-comportementales, à l’instar des anticorps induits par une vaccination, subissaient une dégradation temporelle naturelle exigeant une réactivation périodique pour conserver leur plein pouvoir protecteur.
3. Prononciation et forme grammaticale
Sur le plan grammatical, « séance de rappel » est un groupe nominal féminin singulier (pluriel : « séances de rappel » ou, plus rarement, « séances de rappels », l’invariabilité de « rappel » étant privilégiée dans l’usage clinique francophone lorsqu’il qualifie la fonction de la séance). La prononciation phonétique standard en français international s’articule comme suit : /se.ɑ̃s də ʁa.pɛl/.
Dans la pratique courante au sein des milieux psychiatriques et universitaires francophones, l’anglicisme technique booster session (prononcé phonétiquement /ˈbuː.stɚ ˈsɛʃ.ən/ en anglais américain ou /bus.tœʁ sɛ.ʃœn/ dans un contexte francophone) est largement toléré et employé de façon interchangeable avec « séance de consolidation », « séance d’entretien » ou « séance de renforcement ».
Le terme s’utilise principalement comme complément de nom ou syntagme prépositionnel (« protocole intégrant des séances de rappel ») et s’associe couramment à des verbes directeurs tels que « planifier », « dispenser », « implémenter » ou « espacer » des séances de rappel.
4. Explication conceptuelle détaillée
La séance de rappel repose sur le constat empirique fondamental que les progrès réalisés en psychothérapie ne demeurent pas spontanément stables ad vitam aeternam sans un minimum d’entretien métacognitif. Une fois le traitement régulier achevé, l’extinction progressive des réflexes thérapeutiques, la résurgence d’anciens schémas cognitifs désadaptatifs ou la survenue de stresseurs environnementaux inédits peuvent éroder l’efficacité perçue par le sujet. La séance de rappel intervient précisément comme un rempart contre ce phénomène d’attrition fonctionnelle.
Contrairement à une séance standard de psychothérapie intensive, la temporalité de la séance de rappel est différée : elle a lieu généralement un mois, trois mois, six mois, voire un an après la clôture de la phase active. Son format est délibérément concis et focalisé. Le thérapeute n’y réintroduit pas de nouvelle conceptualisation de cas globale et n’explore pas de nouvelles problématiques existentielles ou psychopathologiques majeures sans lien direct avec le motif initial, à moins qu’une décompensation aiguë ne l’exige impérativement.
Le champ d’intervention d’une séance de rappel couvre trois dimensions essentielles : la révision ciblée, la mise en situation écologique et la restructuration motivationnelle. Durant la séance, le clinicien encourage le patient à verbaliser la manière dont il a utilisé ses « outils » psychologiques (fiches d’auto-enregistrement, techniques d’exposition, régulation émotionnelle, résolution de problèmes) dans son environnement naturel sans le soutien hebdomadaire du praticien.
Les frontières de la séance de rappel doivent être rigoureusement explicitées dès l’entame du suivi initial. Il ne s’agit ni d’un mécanisme de dépendance institutionnelle où le patient reviendrait chercher une réassurance passive, ni d’un aveu d’échec de la thérapie de première ligne. Il s’agit d’un entraînement programmatique d’émancipation progressive, comparable à la visite de contrôle périodique en médecine préventive, valorisant la posture du patient comme devenant son « propre thérapeute ».
5. Évolution historique
L’émergence formelle du concept de séance de rappel coïncide avec le développement et la standardisation des thérapies comportementales dans les années 1960 et 1970. Des pionniers de la modification du comportement, confrontés aux difficultés récurrentes de généralisation et de maintien à long terme des comportements acquis en laboratoire ou en clinique, ont constaté que l’extinction des réponses conditionnées constituait une loi fondamentale de l’apprentissage si aucun stimulus de rappel n’était administré.
Dans les années 1980, les travaux d’Alan Marlatt sur la prévention de la rechute dans les conduites addictives ont marqué un tournant épistémologique décisif. Marlatt et ses collaborateurs ont démontré que la rechute n’était pas un événement binaire fatal, mais un processus dynamique jalonné de faux pas (lapses) susceptibles de dégénérer en rechutes complètes (relapses) sous l’effet du syndrome de violation de l’abstinence. Dès lors, les séances d’entretien et de rappel sont devenues des composantes indispensables pour désamorcer la culpabilité, recalibrer les compétences d’adaptation et neutraliser les situations à haut risque.
Parallèlement, au cours des années 1990 et 2000, l’avènement de la psychologie fondée sur les preuves (evidence-based practice) et des essais contrôlés randomisés a conduit les concepteurs de manuels cliniques — tels que David M. Clark pour les troubles anxieux ou Aaron T. Beck pour la dépression unipolaire — à formaliser les séances de rappel dans leurs protocoles de recherche afin d’optimiser l’efficacité à 12 ou 24 mois de suivi.
Plus récemment, l’essor de la troisième vague des TCC, incluant la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT) et la thérapie cognitive basée sur la pleine conscience (MBCT), ainsi que la digitalisation des soins via la santé numérique (e-health), a redéfini le rôle des séances de rappel. Celles-ci ne se limitent plus à de simples entretiens en cabinet : elles s’incarnent désormais également sous forme de micro-interventions algorithmiques sur smartphone ou de séances virtuelles de réalignement avec les valeurs individuelles.
6. Fondements théoriques
La séance de rappel s’articule autour de plusieurs cadres conceptuels majeurs issus de la psychologie cognitive, expérimentale et sociale. Le premier pilier repose sur les théories de l’apprentissage et de la mémoire. Selon la courbe de l’oubli formulée initialement par Hermann Ebbinghaus, la rétention des informations mnésiques décroît de manière exponentielle au fil du temps en l’absence de répétition espacée. L’introduction d’une session de consolidation intermittente réactive les traces mnésiques et facilite le surapprentissage, rendant les compétences cognitives plus résistantes aux interférences contextuelles.
Le deuxième ancrage théorique découle de la théorie sociocognitive d’Albert Bandura, spécifiquement le concept d’auto-efficacité (self-efficacy). La confiance d’un individu dans sa capacité à mobiliser les ressources nécessaires pour surmonter un obstacle tend à fléchir lorsque surviennent des stresseurs inattendus sans validation extérieure. La séance de rappel permet de réexaminer les réussites accomplies en autonomie, renforçant la conviction de maîtrise personnelle et désamorçant le sentiment d’impuissance acquise.
Le troisième fondement mobilise le modèle transthéorique du changement de James O. Prochaska et Carlo DiClemente. Selon ce paradigme, le changement humain n’est pas un processus linéaire, mais cyclique, comprenant des phases de contemplation, d’action et, surtout, de maintien. La séance de rappel soutient la phase de maintien en anticipant les rechutes potentielles et en transformant les faux pas ponctuels en occasions d’apprentissage expérientiel plutôt qu’en défaites morales irréversibles.
Enfin, la théorie du traitement de l’information émotionnelle d’Edna Foa et Michael Kozak fournit une explication neurobiologique et cognitive : les schémas de peur et d’évitement, bien que modifiés par l’exposition thérapeutique réussie, ne sont jamais totalement effacés du système limbique. Ils demeurent en compétition avec les nouveaux réseaux mnésiques d’inhibition et de sécurité. Les séances de consolidation agissent pour raviver la dominance synaptique et cognitive de ces nouvelles voies adaptatives.
7. Composantes clés, typologies et dimensions
Pour assurer son efficacité clinique, une séance de rappel obéit à une architecture structurée qui la distingue d’une consultation informelle. Ses principales composantes et déclinaisons s’organisent selon les axes suivants :
- L’évaluation des progrès longitudinaux : Passation brève d’échelles psychométriques ou recueil quantitatif des comportements cibles afin de mesurer objectivement l’état clinique actuel comparativement à la fin de la prise en charge principale.
- L’analyse fonctionnelle des faux pas : Décorticage précis des situations problématiques survenues durant l’intervalle, identification des éléments déclencheurs, des pensées automatiques associées et des réponses comportementales adoptées par le patient.
- Le renforcement didactique et comportemental : Répétition guidée des techniques fondamentales ayant montré la plus forte rentabilité thérapeutique (ex. : relaxation musculaire, restructuration cognitive, réexposition graduelle, défusion cognitive).
- La mise à jour de la trousse d’urgence : Révision et personnalisation du document d’autonomie (plan d’action écrit) regroupant les signaux d’alarme précoces propres au patient et les étapes concrètes à engager en cas de recrudescence symptomatique.
- Modalité programmée ou proactive : Séances fixées calendairement à l’avance (ex. : à 3, 6 et 12 mois) indépendamment du niveau symptomatique du patient, incarnant une logique purement prophylactique.
- Modalité « au besoin » (PRN ou as needed) : Consultations déclenchées à l’initiative du patient selon des critères préétablis lors de la détection de signaux de vulnérabilité, favorisant la responsabilisation active.
- Format individuel ou groupal : Selon les indications, la séance de rappel peut s’effectuer en tête-à-tête ou au sein d’un groupe de pairs ayant suivi le même protocole (particulièrement éprouvé dans les programmes de pleine conscience ou d’affirmation de soi).
8. Exemples et illustrations cliniques
Afin de concrétiser l’application clinique des séances de rappel, deux vignettes représentatives permettent d’en illustrer le déroulement méthodologique et les bénéfices pratiques.
Le premier cas concerne Monsieur T., 42 ans, ayant achevé avec succès un protocole TCC de 16 séances pour un trouble panique avec agoraphobie sévère. Trois mois après la fin de sa prise en charge, une séance de rappel de 45 minutes est planifiée. L’évaluation initiale révèle une quasi-absence d’attaques de panique complètes, mais Monsieur T. rapporte avoir recommencé à éviter les transports en commun aux heures de pointe suite à un épisode de vertige passager lié à la fatigue. Durant la séance de rappel, le clinicien normalise cette réaction sans régresser vers une conceptualisation exhaustive de l’angoisse. Ensemble, ils déconstruisent l’interprétation catastrophiste du vertige, réactivent les exercices d’exposition intéroceptive en cabinet (hyperventilation contrôlée durant deux minutes) et planifient une hiérarchie d’auto-expositions dans le métro pour les semaines à venir. Cette intervention brève enraye immédiatement la spirale d’évitement naissante.
Le second cas concerne Madame S., 35 ans, suivie pour un épisode dépressif majeur récurrent en rémission après une thérapie cognitive combinée à un traitement antidépresseur. Lors de la séance de consolidation fixée à six mois, l’analyse porte sur la diminution graduelle des activités gratifiantes (activation comportementale) en raison d’une surcharge professionnelle récente. Madame S. exprime le retour discret de pensées de dévalorisation de type « je n’y arriverai jamais sans aide extérieure ». La séance de rappel permet de recadrer cette baisse d’énergie comme un signal de stress circonstanciel et non comme une rechute biologique inéluctable. Le clinicien et la patiente révisent le plan de préservation de l’énergie, programment des micropauses quotidiennes obligatoires et réévaluent la grille d’auto-compassion établie lors de la thérapie. Madame S. quitte la séance confortée dans son sentiment d’auto-efficacité.
9. Évaluation et mesure
La pertinence et l’impact des séances de rappel s’évaluent à l’aide d’instruments psychométriques standardisés et de métriques comportementales rigoureuses. En amont immédiat de la séance, l’administration de questionnaires d’auto-évaluation permet de quantifier précisément le maintien des acquis par rapport aux scores enregistrés au début, au milieu et à la fin de la prise en charge initiale.
Dans le domaine des troubles de l’humeur et de l’anxiété, des échelles telles que l’Inventaire de Dépression de Beck (BDI-II), le questionnaire d’anxiété généralisée (GAD-7) ou l’Inventaire de Panique et d’Agoraphobie (API) fournissent un baromètre objectif. Une stabilité ou une amélioration continue des scores confirme la bonne assimilation des stratégies, tandis qu’une élévation modérée oriente immédiatement les axes de travail prioritaires de la séance de rappel.
Au-delà de la seule symptomatologie clinique, l’évaluation cible préférentiellement des mesures de processus psychologiques. Des outils validés évaluant le sentiment d’efficacité personnelle spécifique à la gestion des symptômes, tels que l’échelle d’auto-efficacité de Sherer ou des échelles adaptées aux conduites addictives (mesurant la confiance à résister au craving), s’avèrent de puissants prédicteurs de la robustesse des résultats thérapeutiques.
Sur le plan méthodologique de la recherche évaluative, les protocoles mesurent le « délai avant rechute » (time to relapse) via des analyses de survie de Kaplan-Meier, comparant des cohortes bénéficiant de séances de rappel systématiques à des groupes témoins ne recevant qu’un suivi post-traitement observationnel passif.
10. Applications et pertinence pratique
La pertinence pratique de la séance de rappel dépasse largement le cadre strict du cabinet libéral de psychothérapie pour s’étendre à de multiples contextes médico-sociaux et organisationnels :
En addictologie, les séances de renforcement périodiques constituent la pierre angulaire des programmes de maintien du sevrage tabagique, alcoolique ou des troubles du jeu vidéo et de hasard. Elles permettent de désamorcer les pulsions consécutives à des événements de vie stressants et de pérenniser les réseaux de soutien social.
En médecine comportementale et gestion des maladies chroniques (diabète de type 2, obésité, réhabilitation cardiovasculaire, douleur chronique), l’observance thérapeutique et la modification des habitudes de vie (activité physique, régime alimentaire) connaissent un effondrement fréquent après 6 mois d’intervention intensive. Les séances de rappel, individuelles ou en ligne, relancent régulièrement la motivation intrinsèque et pérennisent l’adhésion aux auto-soins.
Dans le milieu éducatif et scolaire, les programmes de prévention du harcèlement, de développement des compétences psychosociales ou de gestion de l’anxiété d’évaluation intègrent des ateliers de rappel semestriels pour s’assurer que les enfants et adolescents continuent d’appliquer les habiletés de communication non violente et de résolution de conflits.
Enfin, dans le champ des ressources humaines et de la psychologie du travail, les interventions ciblant la prévention de l’épuisement professionnel (burnout) recourent fréquemment à des sessions d’ancrage trimestrielles pour prévenir la résurgence de dynamiques délétères d’hyperconnectivité et de présentéisme pathologique.
11. Recherche et données empiriques
Le corpus scientifique consacré à l’utilité des séances de rappel présente des résultats nuancés mais globalement favorables à leur implémentation, conditionnés par la nature des pathologies traitées et la fidélité méthodologique.
Dans les méta-analyses consacrées à la dépression majeure, notamment les travaux longitudinaux de Steven Hollon et ses collègues, l’ajout de séances de rappel cognitivo-comportementales après une thérapie aiguë a démontré une réduction substantielle du taux de rechute à 24 mois par rapport à l’arrêt brutal des séances, avec une efficacité préventive comparable voire supérieure à celle d’un traitement antidépresseur d’entretien poursuivi sans psychothérapie.
Dans le traitement de l’obésité et de la gestion pondérale chez l’adulte, les revues systématiques soulignent de manière quasi unanime que les interventions comportant des séances de consolidation régulières (qu’elles soient mensuelles ou bimensuelles) permettent de maintenir une perte de poids cliniquement significative, alors que les protocoles dénués de suivi programmé observent une reprise pondérale presque systématique chez plus de 70 % des participants dans les deux ans suivant la fin du traitement actif.
Toutefois, la recherche expérimentale met en garde contre l’illusion de l’universalité : certaines études menées sur des troubles anxieux circonscrits (comme les phobies spécifiques) démontrent que si le traitement d’exposition initiale a été conduit de manière suffisamment rigoureuse jusqu’à habituation complète et apprentissage d’extinction solide, les séances de rappel n’apportent pas toujours de plus-value statistique significative par rapport à une fin de traitement standard bien consolidée.
12. Considérations socioculturelles et contextuelles
La conceptualisation et la réception des séances de rappel sont intimement liées aux représentations culturelles de la santé mentale, de la temporalité et de la relation thérapeutique. Dans les cultures individualistes occidentales valorisant l’indépendance et l’autonomie rapide, la séance de rappel s’intègre harmonieusement dans le récit de la responsabilisation personnelle où l’individu devient le gestionnaire éclairé de son propre bien-être.
À l’inverse, dans les cultures collectivistes ou au sein de contextes relationnels caractérisés par une forte interdépendance communautaire, la fin abrupte d’une relation thérapeutique peut être perçue avec anxiété ou comme un abandon relationnel. Dans ce cas, les séances de consolidation peuvent jouer un rôle culturellement congruent d’atténuation graduelle du lien, respectant le besoin d’affiliation tout en guidant délicatement l’usager vers la mobilisation de ses ressources familiales et collectives.
Les considérations socioéconomiques exercent également un impact majeur sur l’accès à ces dispositifs. Dans les systèmes de santé publique confrontés à des listes d’attente saturées ou dans les régimes d’assurance n’assurant qu’une couverture très restrictive du nombre de séances psychologiques remboursées, allouer des créneaux cliniques à des séances de rappel pour des patients stabilisés pose un dilemme éthique d’allocation des ressources face aux nouveaux patients en détresse aiguë. Cette contrainte a puissamment stimulé la transition vers des formats alternatifs, tels que des séances de rappel par téléconsultation brève ou via des applications numériques autoguidées.
13. Critiques, controverses et limites
En dépit de leur popularité clinique, les séances de rappel font l’objet de plusieurs réserves et débats méthodologiques substantiels au sein de la communauté scientifique.
La première critique repose sur le risque potentiel d’induire une dépendance iatrogène masquée. En institutionnalisant des rendez-vous de contrôle récurrents, certains théoriciens soulignent que le praticien risque d’envoyer involontairement un méta-message infantilisant au patient : l’idée sous-jacente qu’il ne dispose pas des capacités intrinsèques pour faire face durablement à l’adversité sans la supervision tutélaire de l’expert, ce qui contredit directement le postulat d’autonomisation inhérent aux thérapies actives.
La deuxième controverse concerne le rapport coût-efficacité. L’organisation systématique de séances de rappel pour l’ensemble des patients représente un coût financier et organisationnel considérable pour les services de santé. Or, les données empiriques montrent que tous les patients n’en bénéficient pas de la même manière : imposer un protocole standardisé à des personnes hautement résilientes s’avère inutile, tandis que pour les profils les plus instables, des séances très espacées se révèlent trop légères pour prévenir une véritable décompensation.
Enfin, le manque de standardisation opérationnelle constitue une faiblesse méthodologique notoire dans la littérature. Le contenu exact, la fréquence optimale, le timing idéal et les compétences requises au cours d’une séance de rappel varient considérablement d’une étude à l’autre, empêchant souvent de déterminer quels ingrédients actifs produisent précisément l’effet préventif recherché.
14. Termes connexes et distinctions
Pour clarifier l’usage clinique du terme, il convient de le distinguer rigoureusement de plusieurs concepts voisins avec lesquels il est parfois confondu :
- Thérapie de maintien (Maintenance therapy) : Implique la poursuite continue d’interventions thérapeutiques régulières (par exemple bimensuelles ou mensuelles) sur une période prolongée, souvent indéfinie, chez des patients présentant des troubles chroniques graves, contrairement à la séance de rappel qui demeure épisodique et post-terminaison.
- Visite de suivi (Follow-up assessment) : Consultation à visée purement évaluative ou diagnostique, destinée à collecter des données cliniques pour la recherche ou la tenue de dossier, sans composante d’intervention psychoéducative active ni réentraînement aux compétences.
- Prise en charge de rechute (Relapse management) : Réengagement thérapeutique complet et intensif déclenché après l’effondrement patent de l’état clinique du patient, alors que la séance de rappel intervient en amont pour empêcher précisément la transition d’un faux pas vers la récidive.
- Supervision ou intervision : Échange centré sur la pratique réflexive d’un professionnel encadré par un pair ou un aîné, alors que la séance de rappel s’adresse directement au patient/usager du soin.
- Espacement des séances (Session tapering) : Stratégie d’augmentation progressive de l’intervalle entre les séances régulières (ex. : passage d’un rythme hebdomadaire à un rythme bimensuel) qui intervient avant la fin de la thérapie, tandis que les séances de rappel interviennent après la clôture officielle du traitement.
15. Synthèse et points clés
La séance de rappel (booster session) constitue un levier thérapeutique incontournable pour assurer la durabilité des acquis psychologiques et prévenir la recrudescence psychopathologique.
Ses points fondamentaux s’articulent ainsi :
- Elle s’inscrit après la conclusion de la thérapie active selon une programmation différée (généralement à 3, 6 ou 12 mois).
- Elle a pour objectifs spécifiques de rafraîchir les compétences cognitives et comportementales, d’analyser les situations à risque et d’ajuster le plan de prévention des rechutes.
- Elle s’enracine solidement dans les principes de l’apprentissage espacé, de l’auto-efficacité de Bandura et des modèles de prévention de la rechute de Marlatt.
- Elle valorise l’autonomie et l’agentivité de l’individu en normalisant les fluctuations émotionnelles sans surmédicalisation.
- Son optimisation moderne passe par des modèles adaptatifs, stratifiés selon le profil de vulnérabilité du sujet et parfois enrichis par les technologies numériques en santé mentale.
Références
- Bandura, A. (1997). Self-efficacy: The exercise of control. W. H. Freeman. https://www.worldcat.org/title/self-efficacy-the-exercise-of-control/oclc/36074515
- Beck, A. T., Rush, A. J., Shaw, B. F., & Emery, G. (1979). Cognitive therapy of depression. Guilford Press. https://www.guilford.com/books/Cognitive-Therapy-of-Depression/Beck-Rush-Shaw-Emery/9780898629194
- Hollon, S. D., Stewart, M. O., & Strunk, D. (2006). Enduring effects for cognitive behavior therapy in the treatment of depression and anxiety. Annual Review of Psychology, 57, 285–315. https://doi.org/10.1146/annurev.psych.57.102904.190044
- Marlatt, G. A., & Donovan, D. M. (Eds.). (2005). Relapse prevention: Maintenance strategies in the treatment of addictive behaviors (2nd ed.). Guilford Press. https://www.guilford.com/books/Relapse-Prevention/Marlatt-Donovan/9781593856410
- Whisman, M. A. (1990). The booster session in cognitive-behavioral therapy: A review of the empirical literature. Cognitive Therapy and Research, 14(4), 373–383. https://doi.org/10.1007/BF01173429