Schizophrénie infantile : Défis et perspectives

La schizophrénie infantile est un trouble neurodéveloppemental rare et sévère survenant avant l’âge de 13 ans. Analyse complète de ses symptômes, critères diagnostiques, causes et thérapies.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 31, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 31, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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Parmi l’ensemble des pathologies psychiatriques, la schizophrénie infantile représente sans doute l’une des affections neurodéveloppementales les plus sévères et déroutantes de l’enfance. Survenant avant l’adolescence, cette forme rare perturbe en profondeur l’organisation cognitive, émotionnelle et relationnelle de l’enfant en plein développement. Comprendre ses mécanismes, ses frontières nosologiques et ses spécificités cliniques constitue un enjeu déterminant pour offrir une intervention précoce et adaptée.

Schizophrénie infantile

1. Définition concise

La schizophrénie infantile, également désignée dans la littérature scientifique contemporaine sous le terme de schizophrénie à début très précoce (en anglais, Very Early-Onset Schizophrenia ou VEOS), est un trouble psychotique chronique caractérisé par l’apparition avant l’âge de 13 ans d’altérations majeures de la perception, de la pensée, du langage, de l’affect et du comportement.

Sur le plan psychopathologique, cette pathologie se manifeste par la présence de symptômes positifs (hallucinations, idées délirantes, désorganisation de la pensée), de symptômes négatifs (émoussement affectif, retrait social, avolition) et d’un déclin cognitif ou développemental marqué. Contrairement aux formes adultes, elle s’implante sur un système nerveux central en cours de maturation et interfère dramatiquement avec les acquisitions motrices, langagières, scolaires et affectives fondamentales de l’enfant.

Bien que les critères diagnostiques actuels du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5-TR) et de la Classification internationale des maladies (CIM-11) soient structurellement identiques à ceux appliqués chez l’adulte, l’expression sémiologique de la schizophrénie infantile est modulée par le niveau de développement cognitif et émotionnel de l’enfant.

2. Étymologie et origine linguistique

Le vocable « schizophrénie » dérive du grec ancien σχίζειν (schizein, « fendre », « séparer », « diviser ») et φρήν (phrên, « esprit », « pensée », « diaphragme », siège antique des émotions et de la raison). Forgé en 1908 par le psychiatre suisse Eugen Bleuler, le terme visait à remplacer le concept krapelinien de « démence précoce » (dementia praecox), en mettant l’accent non pas sur une fatalité d’évolution démentielle inéluctable, mais sur la dissociation intrapsychique et le clivage des fonctions mentales (la Spaltung).

L’adjectif « infantile » provient du latin infantilis, lui-même dérivé d’infans, composé du préfixe négatif in- et du participe présent du verbe fari (« parler »), désignant littéralement « celui qui ne parle pas encore », puis l’enfant en bas âge. Dans le vocabulaire médical francophone, l’expression « schizophrénie infantile » s’est historiquement implantée au milieu du XXe siècle pour désigner l’ensemble des psychoses graves de l’enfant, avant d’être rigoureusement restreinte au fil des révisions nosologiques pour ne qualifier que le processus schizophrénique strict débutant dans l’enfance.

3. Prononciation et forme grammaticale

Sur le plan phonétique, « schizophrénie » se prononce /ski.zɔ.fʁe.ni/ (ou parfois /ʃi.zɔ.fʁe.ni/ dans l’usage relâché, bien que la première prononciation soit la norme savante) et « infantile » se transcrit /ɛ̃.fɑ̃.til/. Il s’agit d’un syntagme nominal féminin invariable au pluriel pour le premier mot (« des schizophrénies infantiles »).

Dans le domaine académique et hospitalier, on lui préfère souvent les locutions « schizophrénie à début dans l’enfance » ou « schizophrénie à début très précoce » (SDTP), par contraste avec la « schizophrénie à début précoce » (EOS, survenant entre 13 et 18 ans). Dans la pratique clinique francophone, l’emploi de l’expression requiert une précision rigoureuse pour éviter toute confusion anachronique avec les troubles du spectre de l’autisme.

4. Explication conceptuelle approfondie

La schizophrénie infantile se situe à la croisée de la neurobiologie développementale et de la psychopathologie clinique. Contrairement à une croyance populaire persistante, la psychose chez l’enfant n’est pas un simple dérèglement passager de l’imagination enfantine ou une réaction exclusive à des traumatismes familiaux, mais une affection neurodéveloppementale grave avec une charge génétique substantielle et des anomalies de la connectivité cérébrale.

Le cœur du processus schizophrénique infantile réside dans une perte progressive de contact avec la réalité partagée, au profit d’une réalité interne envahissante et désorganisatrice. Chez l’enfant, cette perturbation s’exprime par une désarticulation de la continuité psychique : les frontières entre le moi et le monde extérieur s’estompent, la distinction entre la rêverie, le fantasme, le jeu symbolique et les stimuli sensoriels réels devient poreuse ou s’effondre totalement. Cette défaillance métacognitive empêche l’enfant d’ordonner ses expériences perceptives et affectives de manière cohérente.

L’impact de la maladie est d’autant plus lourd que son apparition précède la consolidation des apprentissages fondamentaux et de la socialisation. Alors que l’adulte développe souvent une schizophrénie après avoir acquis une scolarité de base, une identité sociale et un réseau relationnel, l’enfant atteint subit une véritable rupture de sa trajectoire de développement. Les fonctions exécutives, l’attention soutenue, la mémoire de travail et le langage pragmatique connaissent une stagnation, voire une régression documentée, menant à un handicap fonctionnel sévère.

Les frontières nosographiques du trouble imposent d’exclure les productions imaginaires normales de l’enfance, comme les compagnons imaginaires ou les scénarios de jeu immersifs. Dans la schizophrénie, les expériences hallucinatoires et délirantes ne sont ni volontaires, ni maîtrisables, ni ludiques : elles génèrent une angoisse massive, de l’incompréhension, une terreur persécutrice et un détachement progressif des relations interpersonnelles, isolant dramatiquement l’enfant de son environnement familial et scolaire.

5. Développement historique du concept

L’histoire de la schizophrénie infantile est jalonnée de révisions conceptuelles radicales, passant d’un amalgame englobant à une distinction nosologique stricte. À la fin du XIXe siècle, Emil Kraepelin remarquait que 3,5 % de ses patients atteints de dementia praecox présentaient des signes ayant débuté avant l’âge de dix ans. En 1906, le psychiatre italien Sante De Sanctis propose le concept de dementia praecocissima pour désigner des états de détérioration psychique aiguë survenant dès la prime enfance.

Au cours des années 1930 et 1940, la psychiatre américaine Lauretta Bender décrit la schizophrénie infantile comme un trouble global de la maturation biologique, affectant tous les niveaux de comportement, du système nerveux autonome à la motricité et à l’affectivité. À la même époque, en 1943, Leo Kanner publie sa célèbre monographie sur l’autisme infantile précoce, qu’il conçoit initialement comme la forme la plus précoce de la schizophrénie infantile. Durant plusieurs décennies, la littérature psychiatrique anglo-saxonne et européenne maintient une confusion presque totale entre autisme, psychoses infantiles et schizophrénie précoce.

Ce n’est qu’au début des années 1970 que les travaux pionniers d’Israel Kolvin au Royaume-Uni marquent un tournant épistémologique fondamental. Kolvin démontre par des études comparatives rigoureuses que les enfants présentant des psychoses avant l’âge de 3 ans (le groupe de l’autisme) et ceux développant une psychose avec hallucinations et délires après 7 ans (le groupe de la schizophrénie) présentent des profils cliniques, des antécédents familiaux, des caractéristiques génétiques et des pronostics entièrement distincts. Cette rupture empirique aboutit, dans le DSM-III en 1980, à la séparation définitive entre les troubles envahissants du développement (autisme) et la schizophrénie, cette dernière exigeant désormais les mêmes critères syndromiques quel que soit l’âge d’apparition.

Depuis les années 1990, les études longitudinales menées au sein du National Institute of Mental Health (NIMH) sous la direction de Judith Rapoport ont permis d’éclairer l’étiopathogénie de la forme infantile. Ces recherches modernes ont établi que la schizophrénie à début très précoce constitue une variante phénotypique particulièrement grave et homogène du spectre schizophrénique, fournissant une fenêtre privilégiée sur les anomalies neurodéveloppementales sous-jacentes.

6. Fondements théoriques et modèles explicatifs

Le paradigme dominant actuel pour expliquer la schizophrénie infantile est le modèle neurodéveloppemental. Selon cette perspective, le trouble résulte d’interactions anormales entre une vulnérabilité polygénique marquée et des facteurs épigénétiques environnementaux agissant précocement sur le développement cérébral in utero et durant les premières années de vie.

Les neurosciences mettent en évidence chez ces jeunes patients une accentuation dramatique de l’élagage synaptique (synaptic pruning) à l’adolescence. Les travaux de neuro-imagerie longitudinale menés par Paul Thompson et le NIMH ont révélé une vague accélérée de perte de matière grise corticale, débutant dans les régions pariétales postérieures pour se propager vers les lobes temporaux et frontaux, reflétant une perturbation profonde de la réorganisation corticale.

Sur le plan neurochimique, la classique hypothèse dopaminergique — associant une hyperactivité dopaminergique sous-corticale mésolimbique (symptômes positifs) et une hypoactivité mésocorticale (symptômes négatifs et cognitifs) — est complétée par l’hypothèse d’une dysfonction glutamatergique. Une hypofonction des récepteurs NMDA sur les interneurones GABAergiques à parvalbumine entraînerait une perte d’inhibition des réseaux pyramidaux corticaux, perturbant la synchronisation des oscillations gamma et causant une désorganisation des processus de perception et de pensée.

Enfin, les modèles cognitifs appliqués à la pédopsychiatrie postulent un déficit majeur de la métareprésentation ou de la « théorie de l’esprit », associé à des biais d’attribution d’intentionnalité. L’enfant peine à contextualiser ses propres représentations mentales internes, les attribuant erronément à des entités extérieures, ce qui participe directement à la genèse des voix hallucinatoires et des idées d’influence ou de persécution.

7. Composantes clés, types et dimensions cliniques

La sémiologie de la schizophrénie infantile s’articule autour de plusieurs dimensions sémiologiques intriquées :

  • Symptômes positifs : Comportent les hallucinations (surtout auditives, retrouvées chez plus de 80 % des enfants atteints, souvent terrifiantes, sous forme de voix de commandement, de menaces ou de commentaires) et les idées délirantes. Chez l’enfant, le délire est généralement moins systématisé et plus brut que chez l’adulte, prenant la forme de craintes persécutoires simples, de croyances d’agression corporelle ou de transformation en animal.
  • Désorganisation de la pensée et du comportement : Se traduit par un discours illogique, des associations relâchées, une incohérence verbale, une néologie occasionnelle et des comportements moteurs bizarres, désadaptés, parfois catatoniques ou catatoniformes (postures figées, maniérismes, agitation stéréotypée sans but).
  • Symptômes négatifs : Émoussement des affects (visage inexpressif, absence de modulation émotionnelle), alogie (pauvreté du discours), retrait social marqué, perte d’initiative et aboulie. Chez l’enfant, cela se traduit souvent par un abandon complet des jeux habituels et un désintérêt massif pour les pairs.
  • Altérations cognitives et motrices : Déficit général de l’efficience intellectuelle par rapport aux pairs du même âge, chutes des performances en mémoire de travail, troubles attentionnels majeurs, et antécédents très fréquents de retards moteurs et d’anomalies de la coordination (signes neurologiques doux ou neurological soft signs).
  • Déclin adaptatif : Incapacité manifeste à atteindre ou à maintenir le niveau de fonctionnement autonome et psychosocial attendu pour l’âge chronologique (chute brutale des résultats scolaires, incapacité à maintenir son hygiène personnelle sans étayage parental continu).

8. Exemples cliniques et illustrations de cas

Pour mieux appréhender la réalité clinique de cette pathologie rare, considérons deux situations illustratives représentatives :

Cas n° 1 : Julien, 9 ans (forme à début insidieux avec délire fantastique et retrait). Julien, un garçon scolairement brillant jusqu’en classe de CE2, présente sur une période de dix mois un fléchissement académique marqué accompagné d’un isolement croissant à la récréation. Ses parents notent qu’il passe des heures immobile dans sa chambre, semblant murmurer à voix basse. En consultation pédopsychiatrique, Julien confie avec une grande anxiété qu’il entend distinctement trois voix masculines sortant des prises électriques murales. Ces voix l’accusent d’être « infecté par une machine » et lui ordonnent de ne plus toucher ses parents sous peine de les faire exploser. Il refuse de s’alimenter car il est convaincu que sa mère a été remplacée par un clone malveillant qui empoisonne ses repas. Ce tableau illustre un syndrome d’influence et de persécution classique de la schizophrénie infantile, associé à des hallucinations auditives impératives et un effondrement adaptatif complet.

Cas n° 2 : Léa, 11 ans (forme à prédominance désorganisée et motrice). Léa est amenée aux urgences pédiatriques en raison de comportements de plus en plus incohérents apparus depuis six mois. Elle a cessé de se laver, son langage est devenu incompréhensible, émaillé de néologismes (« les tridoxes me mangent les jambes ») et de coq-à-l’âne permanents. Durant l’entretien, elle présente un rire immotivé et discordant, puis s’immobilise soudainement dans des postures inconfortables qu’elle maintient de longues minutes sans bouger. L’examen somatique, l’imagerie par résonance magnétique (IRM) et le bilan métabolique et auto-immun exhaustif s’avèrent strictement normaux, éliminant une encéphalite auto-immune. Le diagnostic de schizophrénie infantile de forme hébéphrénique/désorganisée est retenu, nécessitant une hospitalisation en milieu pédopsychiatrique spécialisé.

9. Évaluation, mesure et démarche diagnostique

Le diagnostic de la schizophrénie infantile est exclusivement clinique, mais il nécessite un processus d’investigation rigoureux et multidimensionnel en raison des multiples pièges différentiels propres à l’âge pédiatrique.

La démarche clinique s’appuie sur des entretiens semi-structurés standardisés validés en psychopathologie de l’enfant, tels que le Kiddie-SADS (Schedule for Affective Disorders and Schizophrenia for School-Age Children) ou le DICA (Diagnostic Interview for Children and Adolescents). L’évaluation de l’intensité et de l’évolution des symptômes utilise des échelles cliniques comme la PANSS (Positive and Negative Syndrome Scale) ou la BPRS-C (Brief Psychiatric Rating Scale for Children), adaptées au contexte pédiatrique.

Un bilan médical d’exclusion « organique » doit impérativement être conduit de façon systématique. Il comprend une IRM cérébrale haute résolution (visant à exclure des tumeurs du système nerveux central, des dysplasies corticales ou une leucodystrophie), un électroencéphalogramme (EEG) de veille et de sommeil (pour éliminer une épilepsie temporale ou un syndrome de Landau-Kleffner), ainsi qu’un bilan biologique étendu : recherche d’anticorps anti-récepteurs NMDA (encéphalite limbique auto-immune), dépistage de maladies métaboliques (maladie de Wilson, céroïde-lipofuscinose neuronale) et analyse génétique chromosomique sur puce à ADN (recherche de la microdélétion 22q11.2, fréquemment associée à des manifestations psychotiques précoces).

10. Applications thérapeutiques et pertinence pratique

La prise en charge de la schizophrénie infantile requiert un modèle d’intervention multimodale, coordonnée et intensive, associant pharmacothérapie, thérapies individuelles, soutien familial et aménagements scolaires spécialisés.

Sur le plan pharmacologique, le traitement de première ligne repose sur les antipsychotiques de seconde génération (atypiques) tels que la rispéridone, l’aripiprazole ou l’olanzapine. Chez l’enfant, la tolérance métabolique, endocrinienne (hyperprolactinémie) et motrice (dyskinésies) est particulièrement délicate et impose une surveillance rigoureuse du poids, du bilan lipidique, de la glycémie et de la fonction cardiaque par électrocardiogramme. En cas de résistance avérée à au moins deux molécules antipsychotiques bien conduites, la clozapine constitue le traitement de référence reconnu pour son efficacité supérieure, malgré l’obligation d’un suivi hématologique hebdomadaire strict en raison du risque d’agranulocytose.

Les interventions psychothérapeutiques incluent les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) adaptées à l’enfant, orientées vers la psychoéducation, la réduction de l’angoisse liée aux hallucinations et l’apprentissage de stratégies de vérification de la réalité. La remédiation cognitive ciblée sur les fonctions exécutives et l’attention aide à limiter la détérioration scolaire. Parallèlement, les programmes de psychoéducation parentale et la thérapie familiale réduisent l’émotion exprimée au sein du foyer, diminuant significativement le taux de rechute.

L’accompagnement éducatif et social est fondamental : l’enfant nécessite presque invariablement un projet personnalisé de scolarisation, le recours à un accompagnant d’élève en situation de handicap (AESH), ou une orientation vers des structures médicosociales spécialisées comme les hôpitaux de jour ou les instituts thérapeutiques, éducatifs et pédagogiques (ITEP).

11. Recherche et données probantes

L’étude phare de cohorte prospective menée par la Section de psychiatrie de l’enfant du NIMH (menée par Judith Rapoport, Nitin Gogtay et leurs collègues) a fourni les données les plus exhaustives sur la schizophrénie à début très précoce. Ces travaux ont révélé une prévalence remarquablement élevée d’anomalies génétiques rares : les patients atteints de VEOS portent une fréquence significativement plus élevée de variations du nombre de copies (Copy Number Variations ou CNV) pathogènes, notamment sur les loci 22q11.2, 1q21.1 et 15q13.3, que les adultes schizophrènes, suggérant un fardeau génétique neurodéveloppemental accru.

Les études d’imagerie longitudinale du NIMH ont également démontré que la perte excessive de matière grise corticale observée pendant l’adolescence chez ces enfants se stabilise à l’âge adulte jeune, rejoignant un profil anatomique similaire à celui des formes adultes chroniques. Cette découverte soutient l’idée d’un processus physiopathologique commun, mais démarré de manière plus précoce et fulgurante.

D’autres recherches récentes s’intéressent aux marqueurs inflammatoires et à l’activation microgliale. Des travaux de neuro-immunologie suggèrent qu’un sous-groupe d’enfants présentant un début aigu de symptômes psychotiques pourrait présenter une neuro-inflammation de bas grade, ouvrant de nouvelles pistes d’exploration immunomodulatrice.

12. Considérations socioculturelles et contextuelles

La perception et l’interprétation des symptômes psychotiques chez l’enfant varient considérablement selon les contextes culturels, anthropologiques et familiaux. Dans de nombreux contextes non occidentaux ou au sein de certaines communautés traditionnelles, les visions ou voix enfantines peuvent initialement être interprétées à travers le prisme de la spiritualité, de la communication avec les ancêtres ou de dons extrasensoriels, ce qui peut retarder l’accès à une consultation médicale.

En outre, les thématiques délirantes sont imprégnées par la culture et l’environnement médiatique de l’enfant : alors que les délires infantiles des siècles passés impliquaient fréquemment des sorcières, des diables ou des monstres mythologiques, les enfants contemporains expriment plus volontiers des craintes délirantes impliquant des technologies numériques, des intelligences artificielles, des caméras d’espionnage, des robots ou des personnages de jeux vidéo.

Le clinicien doit faire preuve d’une grande compétence transculturelle : il convient de ne pas pathologiser des croyances partagées ou des modes d’expression culturels normatifs au sein d’une communauté donnée, tout en maintenant une vigilance absolue face à la détresse objective, à la désorganisation du comportement et à la rupture d’autonomie de l’enfant.

13. Controverses, débats et limites diagnostiques

La schizophrénie infantile demeure l’un des diagnostics les plus complexes et controversés de la pédopsychiatrie :

La première controverse concerne le surdiagnostic par rapport au sous-diagnostic. D’un côté, certains praticiens ont tendance à étiqueter à tort comme « schizophrènes » des enfants victimes de traumatismes complexes, de négligences sévères ou de troubles dissociatifs de l’identité qui rapportent des voix intérieures ou des intrusions mnésiques terrifiantes. À l’inverse, une réticence excessive à poser le diagnostic de schizophrénie chez un très jeune enfant — motivée par la crainte légitime de la stigmatisation durable associée à cette étiquette — entraîne des retards d’instauration des soins pharmacologiques appropriés, aggravant le pronostic fonctionnel.

Le chevauchement avec les troubles du spectre de l’autisme (TSA) soulève également d’intenses débats nosologiques. De nombreux enfants atteints de VEOS ont présenté, avant le début de leur psychose franche, des particularités de la communication sociale et des intérêts restreints indiscernables d’un TSA. La question de savoir s’il s’agit d’une trajectoire prémorbide de la schizophrénie ou d’une véritable comorbidité fait l’objet de discussions continues au sein de la communauté scientifique.

Enfin, l’innocuité et les effets à long terme des molécules antipsychotiques sur un cerveau en pleine synaptogenèse et myélinisation soulèvent d’importantes questions éthiques. Le rapport bénéfice/risque doit être constamment réévalué par les équipes de santé mentale pédiatrique.

14. Termes associés et distinctions différentielles

Pour assurer une précision clinique optimale, plusieurs entités nosologiques doivent être rigoureusement distinguées de la schizophrénie infantile :

  • Troubles du spectre de l’autisme (TSA) : L’autisme débute dès la petite enfance (avant 3 ans) sans rupture brutale d’un fonctionnement antérieur normal, et n’inclut pas d’hallucinations auditives caractérisées ni de délires élaborés. Cependant, la pensée concrète et le repli social de l’autisme peuvent être pris à tort pour des symptômes négatifs.
  • Trouble de stress post-traumatique (TSPT) pédiatrique : Les reviviscences traumatiques, les cauchemars vivaces et les voix de flashback chez l’enfant maltraité sont fréquemment confondus avec des hallucinations auditives schizophréniques, mais ils sont étroitement liés aux événements traumatiques vécus.
  • Trouble bipolaire à début pédiatrique : Se distingue par l’évolution cyclique des troubles de l’humeur, la présence d’épisodes maniaques avec grandiosité, hyperactivité et réduction du besoin de sommeil, bien que des caractéristiques psychotiques puissent être présentes durant les décompensations aiguës.
  • Amis imaginaires normaux et mythomanie développementale : L’enfant sain garde conscience que l’ami imaginaire n’est pas vu par autrui et peut moduler ou stopper ce jeu à sa guise. Cette expérience ludique n’engendre ni souffrance clinique, ni dégradation des performances scolaires ou adaptatives.
  • Psychoses organiques et encéphalites auto-immunes : Des affections médicales aiguës comme l’encéphalite anti-récepteur NMDA peuvent mimer fidèlement une entrée dans la schizophrénie infantile, mais s’accompagnent de dysautonomie, de crises convulsives et de troubles moteurs neurologiques francs.

15. Synthèse et points clés à retenir

La schizophrénie infantile est une pathologie neurodéveloppementale exceptionnelle par sa rareté (moins de 1 cas pour 10 000 enfants avant 13 ans) mais dévastatrice par son intensité clinique et son retentissement sur la trajectoire vitale de l’enfant.

Sur le plan diagnostique, elle exige une rigueur absolue : il convient de ne jamais se contenter d’un phénomène hallucinatoire isolé, fréquent dans l’enfance sous des formes bénignes ou traumatiques, mais de rechercher la triade associant distorsion de la réalité (hallucinations/délires), désorganisation de la pensée ou du comportement, et effondrement mesurable des apprentissages et de la communication.

L’étiologie repose sur une architecture génétique hautement pénétrante interagissant avec des anomalies précoces de l’élagage synaptique et de la maturation corticale. La prise en charge ne peut être que pluridisciplinaire, combinant une pharmacothérapie antipsychotique prudente, des thérapies comportementales et de remédiation adaptées, un soutien familial soutenu et un environnement pédagogique aménagé, dans le but d’atténuer le déclin fonctionnel et de préserver l’avenir de l’enfant.

Références

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  • Gogtay, N., Giedd, J. N., Lusk, L., Hayashi, K. M., Greenstein, D., Vaituzis, A. C., Nugent, T. F., Herman, D. H., Clasen, L. S., Toga, A. W., Rapoport, J. L., & Thompson, P. M. (2004). Dynamic mapping of human cortical development during childhood through early adulthood. Proceedings of the National Academy of Sciences, 101(21), 8174-8179. https://doi.org/10.1073/pnas.0402680101
  • Kolvin, I. (1971). Studies in the childhood psychoses: I. Diagnostic criteria and classification. The British Journal of Psychiatry, 118(545), 381-384. https://doi.org/10.1192/bjp.118.545.381
  • Organisation mondiale de la santé. (2019). Classification internationale des maladies, onzième révision (CIM-11). https://icd.who.int/fr
  • Rapoport, J. L., Giedd, J. N., & Gogtay, N. (2012). Neurodevelopmental model of schizophrenia: Update 2012. Molecular Psychiatry, 17(12), 1228-1238. https://doi.org/10.1038/mp.2012.23

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 31). Schizophrénie infantile : Défis et perspectives. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=schizophrenie-infantile
Looti, Mohammed. “Schizophrénie infantile : Défis et perspectives.” Base de données de psychologie en français, 31 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_term=schizophrenie-infantile.
Looti, Mohammed. “Schizophrénie infantile : Défis et perspectives.” Base de données de psychologie en français. octobre 31, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=schizophrenie-infantile.