Psychothérapie d’activité-entretien : L’action et la parole

Découvrez la psychothérapie de groupe par activité et entretien : une approche clinique novatrice alliant action motrice libre et dialogue analytique pour l’enfant et l’adolescent.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 22, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 22, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

À la croisée de la décharge motrice spontanée et de l’élaboration verbale psychanalytique, la psychothérapie de groupe par activité et entretien constitue l’un des dispositifs les plus novateurs et exigeants de la clinique infanto-juvénile. Conçue pour offrir aux enfants d’âge scolaire et aux préadolescents un espace où le faire précède et soutient le dire, cette modalité transforme les interactions concrètes en leviers majeurs d’intégration psychique. En articulant le dynamisme de l’action partagée à la rigueur de l’interprétation thérapeutique, elle offre un cadre réparateur unique face aux impasses développementales et aux souffrances névrotiques.

Psychothérapie de groupe par activité et entretien

1. Définition concise

La psychothérapie de groupe par activité et entretien (souvent désignée dans la littérature anglophone sous le terme d’activity-interview group psychotherapy) est une méthode psychothérapeutique d’orientation analytique spécifiquement élaborée pour les enfants en période de latence avancée et les préadolescents. Elle combine harmonieusement des activités manuelles, ludiques ou créatives libres avec des phases d’entretiens verbaux structurés, individuels ou collectifs, guidés par le thérapeute. Ce dispositif repose sur le principe fondamental que le passage par l’action partagée permet d’abaisser les défenses du moi, favorisant ainsi l’émergence d’affects refoulés qui peuvent ensuite être verbalisés, élaborés et interprétés au sein de la matrice groupale.

Contrairement aux thérapies de groupe exclusivement verbales, qui exigent une maturité réflexive souvent inaccessible à des enfants aux prises avec des angoisses massives, et à l’opposé des groupes d’activité pure où l’interprétation verbale directe est volontairement proscrite, ce dispositif hybride fait alterner le jeu moteur et l’investigation discursive. L’activité matérielle ne sert pas de simple divertissement occupationnel ; elle fonctionne comme un catalyseur relationnel et un support projectif immédiat. Les conduites motrices, les rivalités, les inhibitions et les mouvements agressifs observés pendant la manipulation des objets deviennent la matière première de la discussion réflexive qui s’ensuit.

En inscrivant l’enfant dans un groupe de pairs sous le regard bienveillant et non punitif d’un clinicien formé, cette psychothérapie vise la résolution des conflits intrapsychiques, la maturation du surmoi, le renforcement des fonctions du moi et la réhabilitation des compétences psychosociales. Elle s’adresse électivement aux sujets dont la symptomatologie névrotique ou caractérielle résiste aux approches verbales traditionnelles, offrant un pont sémiotique entre le corps agissant et la pensée réflexive.

2. Étymologie et origines linguistiques

L’expression est la traduction directe du concept forgé aux États-Unis par le psychanalyste et travailleur social d’origine russe Samuel Richard Slavson dans les années 1940 : « activity-interview group psychotherapy ». Chacun des termes constitutifs éclaire une dimension épistémologique et praxéologique précise du modèle.

Le mot « psychothérapie » dérive du grec ancien psukhê (ψυχή), désignant le souffle de vie, l’âme et l’esprit, combiné au substantif therapeia (θεραπεία), renvoyant au soin, au service et au traitement médical bienveillant. Le terme « groupe » trouve son origine dans l’italien de la Renaissance gruppo (ou groppo), emprunté au germanique kruppa (masse arrondie, nœud), illustrant la formation d’un ensemble solidaire d’individus réunis autour d’un lien commun.

Le terme « activité » procède du latin activitas, dérivé du verbe agere (agir, faire avancer, mener), soulignant la dimension concrète, sensorimotrice et opératoire de l’expérience proposée aux participants. Enfin, « entretien » provient du verbe français « entretenir », issu du latin populaire intertenere (« tenir ensemble », « maintenir mutuellement »), soulignant le caractère dialogique, interactif et structurant de l’échange langagier. L’association de ces termes matérialise l’innovation conceptuelle de Slavson : unir l’acte physique spontané et la tenue réciproque du dialogue clinique au sein d’un espace soignant.

3. Prononciation et forme grammaticale

Sur le plan morphosyntaxique, « psychothérapie de groupe par activité et entretien » (ou « psychothérapie d’activité-entretien ») est un syntagme nominal féminin complexe. Dans le registre professionnel francophone, on rencontre les variantes lexicales suivantes :

  • Psychothérapie de groupe d’activité-entretien : forme elliptique très fréquente, calquée sur la structure syntagmatique anglo-saxonne.
  • Thérapie de groupe par l’activité et la parole : variante descriptive parfois employée en pédopsychiatrie institutionnelle.
  • Groupe d’activité et d’entretien : forme abrégée couramment utilisée par les équipes pluridisciplinaires lors des synthèses cliniques.

La prononciation phonétique standard en français international s’articule comme suit : /psi.kɔ.te.ʁa.pi də ɡʁup paʁ ak.ti.vi.te e ɑ̃.tʁə.tjɛ̃/. Dans les écrits cliniques, le terme s’emploie principalement au singulier pour qualifier la modalité ou le protocole de soin (« l’indication d’une psychothérapie d’activité-entretien a été posée »), mais peut prendre la marque du pluriel lorsqu’il fait référence aux sessions concrètes ou aux multiples dispositifs mis en œuvre dans une institution (« la conduite des psychothérapies d’activité-entretien requiert une double formation »).

4. Explication conceptuelle détaillée

Pour appréhender en profondeur la psychothérapie de groupe par activité et entretien, il convient de la situer au regard de l’économie psychique de l’enfant d’âge scolaire. Durant la période de latence (approximativement de 6 à 12 ans), les pulsions sexuelles et agressives sont censées faire l’objet d’un refoulement secondaire et d’une sublimation accrue au profit des apprentissages cognitifs et de la socialisation. Toutefois, chez les enfants souffrant de troubles névrotiques, d’inhibitions sévères ou de troubles du comportement, cet équilibre est précaire : la mentalisation des conflits est entravée, et l’exigence d’une élaboration exclusivement verbale en face-à-face engendre fréquemment une résistance massive ou une angoisse de persécution.

Face à cette impasse, le dispositif d’activité-entretien aménage un cadre bi-modal spécifique. Dans un premier temps, les participants ont accès à un matériel varié (bois, argile, peinture, jeux de construction, confection de collations) qui sollicite leur motricité et leur imaginaire sans leur imposer de thème rigide. Ce temps d’activité permet une projection concrète des dynamiques inconscientes : rivalité fraternelle lors du partage des outils, destruction ou réparation de la matière, avidité orale ou évitement anxieux. L’enfant ne se sent pas sommé de parler de ses symptômes ; il les met en scène de manière médiatisée.

Dans un second temps, ou de manière entrelacée au fil de l’action, le thérapeute intervient pour verbaliser ce qui s’éprouve et s’observe. Cette transition vers l’entretien s’appuie sur la survenue d’un incident critique (une dispute, un geste d’exclusion, une frustration partagée) ou prend la forme d’un rassemblement en fin de séance autour d’une collation. Le groupe est alors invité à réfléchir collectivement : « Que s’est-il passé lorsque deux d’entre vous ont voulu le même outil ? », « Pourquoi cette réalisation a-t-elle été détruite avant d’être terminée ? ». La parole vient nommer l’affect brut, liant l’énergie pulsionnelle à des représentations verbales conscientes.

Ce double mouvement — décharge motrice médiatisée puis ressaisie langagière — délimite le champ opératoire unique de la méthode. Elle n’est ni un atelier occupationnel d’animation socioculturelle, car l’accent n’est pas mis sur le rendement artistique ou technique, ni une cure analytique verbale classique. Elle constitue un laboratoire transitionnel où l’enfant apprend à transformer l’acte en pensée (l’acting-out en insight), soutenu par le miroir identificatoire que lui tendent ses pairs sous la protection du cadre thérapeutique.

5. Évolution historique

L’histoire de la psychothérapie d’activité-entretien s’inscrit directement dans l’émergence des thérapies de groupe pour enfants aux États-Unis durant l’entre-deux-guerres. Dans les années 1930, Samuel Richard Slavson, œuvrant au sein du Jewish Board of Guardians à New York, constate les limites criantes de la cure par la parole chez les enfants issus de milieux défavorisés ou présentant des carences éducatives et affectives majeures. En 1934, il conceptualise d’abord la « thérapie de groupe par l’activité » (Activity Group Therapy ou AGT), un dispositif où des enfants de 7 à 10 ans se réunissent dans un atelier équipé pour travailler librement, le thérapeute adoptant une attitude de neutralité bienveillante absolue sans jamais interpréter verbalement les comportements.

Cependant, à mesure que Slavson affine ses observations cliniques au cours des années 1940, il réalise qu’une frange significative des patients ne bénéficie pas pleinement de cette permissivité purement motrice. Les enfants présentant des névroses intériorisées sévères, des phobies invalidantes, des angoisses de culpabilité intenses ou ceux approchant de la puberté (10-14 ans) manifestent un besoin accru de clarifier le sens de leurs éprouvés. Pour cette population charnière, la simple catharsis motrice ne suffit pas à lever le refoulement ni à modifier les distorsions cognitives et fantasmatiques. Slavson introduit alors formellement l’Activity-Interview Group Psychotherapy.

Dans les décennies 1950 et 1960, cette méthodologie se diffuse largement dans les cliniques de guidance infantile nord-américaines et européennes. Des psychanalystes et pédopsychiatres renommés, à l’instar d’E. James Anthony en Grande-Bretagne et de Saul Scheidlinger aux États-Unis, enrichissent le paradigme en y intégrant les concepts de la psychologie du moi de Heinz Hartmann et les théories des relations d’objet de Melanie Klein et de Donald Winnicott. En France, bien que la tradition psychodramatique de Jacob Levy Moreno et de Didier Anzieu ait occupé une place prépondérante, les principes de l’activité-entretien ont profondément influencé la pratique des hôpitaux de jour infanto-juvéniles et des Centres Médico-Psycho-Pédagogiques (CMPP), où les « groupes thérapeutiques à médiation » actuels demeurent les héritiers directs des travaux pionniers de Slavson.

6. Fondements théoriques

Le corpus théorique sous-tendant la psychothérapie d’activité-entretien emprunte ses piliers fondamentaux à la métapsychologie freudienne, tout en intégrant les dynamiques de groupe issues des sciences sociales.

Le premier fondement repose sur le concept de régression au service du moi combiné à la sublimation. L’accès à un matériel plastique et malléable réactive des plaisirs sensoriels et des fixations prégénitales (anales à travers la manipulation de la terre ou de la colle, orales à travers le partage de nourriture). L’environnement thérapeutique offre un cadre sécurisant qui autorise cette régression sans risque de châtiment, tout en incitant le participant à transformer ces pulsions brutes en réalisations valorisées socialement et esthétiquement.

Le deuxième pilier réside dans le maniement des phénomènes de transfert multi-référentiel. Dans ce groupe, le transfert ne s’adresse pas uniquement à la personne du psychothérapeute. Il se diffracte en une constellation dynamique :

  • Transfert parental sur le thérapeute, perçu initialement comme un censeur potentiel, puis réaménagé en une figure protectrice et impartiale ;
  • Transfert fraternel sur les pairs, actualisant la jalousie, le désir d’éviction ou la solidarité complice ;
  • Transfert sur le cadre et les objets, où le matériel lui-même devient le réceptacle d’investissements libidinaux ou destructeurs.

Enfin, la méthode exploite le potentiel intégrateur de l’espace transitionnel théorisé par Donald Winnicott. La séance d’activité-entretien fonctionne comme une aire intermédiaire d’expérience, située entre la réalité interne subjective de l’enfant et le monde extérieur partagé. En autorisant le va-et-vient entre le jeu symbolique et l’échange discursif, le cadre thérapeutique permet la resignification des traumas précoces : ce qui ne pouvait se dire en raison de l’angoisse est d’abord agi de manière métaphorique, puis progressivement traduit en mots compréhensibles pour soi-même et pour autrui.

7. Composantes clés, types et dimensions

L’organisation interne d’un groupe de psychothérapie d’activité-entretien requiert une rigueur méthodologique rigoureuse. On peut identifier plusieurs composantes structurales et déclinaisons techniques indispensables à son efficacité :

  • Le cadre temporel bi-phasique ou séquentiel : La séance standard (d’une durée de 60 à 90 minutes) s’articule généralement en deux phases distinctes mais articulées : une phase d’activité créative ou motrice libre (environ 45 à 60 minutes) suivie d’une phase d’entretien groupal assis (15 à 30 minutes), souvent conclue par le partage d’une collation symbolisant la restauration et la convivialité.
  • L’environnement matériel et les médiateurs : L’espace est divisé en zones distinctes : un atelier équipé pour les travaux manuels (bois, peinture, argile, cuir, jeux de société) et un coin d’échange verbal pourvu de chaises disposées en cercle. Le matériel doit être résistant, suffisamment varié pour convenir à différents niveaux de motricité, mais calibré pour inciter à la coopération (par exemple, un nombre limité de paires de ciseaux pour susciter des négociations spontanées).
  • La posture clinique d’abstinence et de bienveillance active : Le thérapeute s’abstient de toute autorité arbitraire, de sermon moral ou de directivité pédagogique. En revanche, contrairement au modèle d’activité pure, il s’autorise des interventions verbales interprétatives précises lorsqu’un conflit émerge : il reformule les affects, souligne les projections et pointe les concordances entre le geste et l’émotion masquée.
  • La typologie des interventions verbales : L’entretien se décline selon trois dimensions : l’entretien direct d’élucidation (questionnement sur le comportement présent dans la salle), l’entretien associatif (mise en relation d’un geste avec une situation vécue à l’école ou dans la famille) et l’interprétation transférentielle (dévoilement des désirs inconscients sous-jacents aux dynamiques de groupe).
  • La composition équilibrée du groupe : Généralement restreint (4 à 6 enfants de même tranche d’âge), le groupe fait l’objet d’un appariement minutieux : équilibre entre participants inhibés/anxieux et participants impulsifs/extravertis, afin d’éviter la prédominance tyrannique d’un sous-groupe ou l’effacement défensif des personnalités les plus vulnérables.

8. Exemples et vignettes cliniques

Pour mieux appréhender la dynamique intime de ce processus, examinons deux cas cliniques illustrant le passage de l’activité brute à l’élaboration psychique par l’entretien.

Cas 1 : Antoine (9 ans et demi), inhibition anxieuse et somatisations récurrentes
Antoine est adressé en institution pour un mutisme sélectif partiel en milieu scolaire et des céphalées matinales sans étiologie organique. Durant les premières séances d’activité-entretien, Antoine demeure immobile devant les établis, incapable de choisir un outil, paralysé par la crainte d’échouer ou de commettre une faute irréparable. Le thérapeute n’intervient pas pour lui forcer la main, mais nomme simplement la prudence protectrice du garçon. Au cours de la quatrième séance, un autre enfant fait tomber un pot d’encre sur le sol ; la panique saisit Antoine, qui s’attend à une exclusion violente du coupable par le clinicien. Devant l’attitude calme du thérapeute qui invite le groupe à nettoyer ensemble sans blâme, Antoine commence à manipuler timidement de l’argile. Lors de l’entretien de fin de séance, le thérapeute demande aux enfants ce que représente pour eux « faire une tache ». Les pairs verbalisent la peur des réprimandes paternelles. Pour la première fois, Antoine prend la parole pour exprimer sa terreur de « tout gâcher à la maison ». L’expérience concrète de la non-punition, relayée par l’entretien, a permis de désamorcer l’angoisse de persécution liée à son surmoi tyrannique.

Cas 2 : Julien (11 ans), turbulence caractérielle et intolérance à la frustration
Julien est orienté en groupe en raison d’accès de colère impulsifs et d’un comportement destructeur à l’égard du matériel scolaire. En séance, dès qu’il entreprend la construction d’un nichoir en bois, la moindre difficulté d’assemblage provoque un éclat : il projette les planches contre le mur et insulte un pair qui le regarde. Dans un dispositif verbal pur, Julien se serait enfermé dans le déni ou le défi. Ici, le clinicien contient l’agressivité physique en sécurisant l’espace, puis ouvre immédiatement un mini-entretien sur le vif : « Quand le bois refuse de plier sous tes mains, tu as l’impression que c’est lui qui t’attaque ou se moque de toi ». Au fil des semaines, Julien parvient à nommer la honte intolérable d’être impuissant. Il substitue peu à peu les invectives physiques à l’énonciation de sa détresse : « Ça me met en rage quand je n’y arrive pas tout de suite ! ». L’action manuelle a servi de révélateur à la blessure narcissique, que l’entretien a ensuite transformée en demande d’étayage acceptable.

9. Évaluation et méthodologie diagnostique

L’indication d’une psychothérapie de groupe par activité et entretien repose sur une démarche d’évaluation diagnostique globale, tant sur le plan psychopathologique que structural. L’inclusion d’un enfant ne s’effectue jamais à l’aveugle ; elle requiert une série d’entretiens préliminaires individuels avec le jeune patient et ses parents.

Les cliniciens mobilisent généralement une batterie d’outils complémentaires pour apprécier l’aptitude de l’enfant à intégrer un tel dispositif :

  • L’entretien clinique d’évaluation : Destiné à évaluer la demande du sujet, sa capacité d’introspection naissante, sa tolérance au partage d’un tiers adulte et le degré d’intériorisation de ses souffrances.
  • Les épreuves projectives standardisées : L’administration de tests comme le Rorschach ou le Thematic Apperception Test (TAT / Children’s Apperception Test – CAT) permet de sonder la qualité des mécanismes de défense, la perméabilité des frontières du moi et l’intensité des angoisses archaïques ou de castration.
  • Les échelles d’évaluation comportementale et affective : Le recours à des instruments standardisés, à l’instar de la Child Behavior Checklist (CBCL d’Achenbach) ou des questionnaires de compétences sociales, offre une mesure objective de la sévérité des symptômes internalisés (retrait, anxiété) et externalisés (opposition, agressivité).

L’évaluation du fonctionnement groupal en cours de cure s’appuie sur la rédaction systématique de comptes rendus post-séance par les co-thérapeutes ou les observateurs participants. Ces notes s’attachent à suivre la trajectoire de chaque enfant selon plusieurs vecteurs : l’évolution de la motricité (de l’agitation désorganisée à la praxie créative), la nature des interactions verbales lors de l’entretien (du silence mutique ou des répliques agressives vers le partage d’affects intimes) et la capacité à nouer des alliances fraternelles authentiques sans angoisse d’anéantissement.

10. Applications et pertinence pratique

Sur le plan organisationnel et clinique, la psychothérapie d’activité-entretien s’avère particulièrement versatile et s’adapte à divers contextes thérapeutiques institutionnels :

En pédopsychiatrie de secteur (CMP, CMPP, CAMSP) : Elle constitue une réponse de choix pour les enfants du primaire qui s’ennuient ou se figent dans une psychothérapie individuelle classique. Les ateliers réguliers permettent d’associer un thérapeute principal et un co-thérapeute (souvent un psychomotricien ou un éducateur spécialisé), offrant un modèle de co-intervention qui enrichit les regards croisés lors des synthèses cliniques.

En milieu hospitalier (Hôpitaux de jour et unités de soins ambulatoires) : Pour les enfants présentant des pathologies plus complexes (dysharmonies évolutives, états limites de l’enfance, troubles du spectre de l’autisme de haut niveau), le dispositif est modulé afin d’offrir une armature pare-excitante rigoureuse. L’activité concrète canalise les angoisses de morcellement corporel, tandis que l’entretien verbal balise la continuité identitaire du groupe d’une séance à l’autre.

En milieu scolaire adapté et médico-éducatif (ITEP, SESSAD) : Bien qu’elle doive conserver son étanchéité par rapport aux objectifs purement pédagogiques, la méthode inspire de nombreux groupes de socialisation et de gestion des émotions. L’activité manuelle désacralise l’intervention du « psy », rendant l’aide accessible à des enfants pour qui la parole est assimilée au contrôle institutionnel ou à la dénonciation de leurs fautes.

11. Recherches et données empiriques

Bien que la littérature psychanalytique précoce ait privilégié l’étude de cas unique et la description phénoménologique fine, les recherches contemporaines en psychologie clinique et en psychiatrie fondée sur les preuves se sont penchées sur l’efficacité des groupes thérapeutiques à médiation d’action.

Les travaux longitudinaux conduits historiquement par Saul Scheidlinger et Mortimer Schiffer ont démontré que les enfants ayant suivi une psychothérapie d’activité-entretien présentaient une diminution statistiquement significative des rechutes névrotiques à l’adolescence comparativement à des groupes témoins non traités. Ces études soulignaient en particulier une augmentation notable de l’estime de soi, une régression durable des conduites d’inhibition scolaire et une meilleure adaptation relationnelle au collège.

À l’ère des neurosciences affectives et du renouveau des thérapies développementales (notamment les programmes basés sur la mentalisation initiés par Peter Fonagy et Mary Target), la pertinence du couplage activité-verbalisation a reçu une validation scientifique renouvelée. La recherche moderne confirme que l’action motrice coordonnée et l’expérience sensorielle partagée stimulent la régulation du système nerveux autonome (atténuation de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien face au stress social). L’entretien verbal qui succède immédiatement à l’activité favorise l’intégration interhémisphérique entre les circuits sous-corticaux de l’émotion (amygdale) et le cortex préfrontal ventromédian, siège de la cognition sociale et de la maîtrise réflexive des affects.

12. Considérations socioculturelles et interculturelles

L’application de la psychothérapie d’activité-entretien requiert une vigilance anthropologique et culturelle constante. Les normes régissant la prise de parole de l’enfant devant l’adulte, l’expression directe des affects ou la mixité des groupes varient considérablement d’une communauté à une autre.

Dans certaines cultures traditionnelles ou collectivistes, l’interpellation verbale directe d’un enfant par un adulte au sujet de ses sentiments intimes peut être perçue comme un manque de respect, une intrusion indécente ou un manquement à la pudeur familiale. Dans ce contexte, l’activité manuelle offre un abri protecteur inestimable : l’enfant communique son vécu à travers le symbole culturel, le conte ou la création matérielle sans se sentir exposé à une transgression des codes d’honneur filiaux. Le thérapeute interculturel doit ainsi savoir doser l’entretien, en favorisant les métaphores partagées plutôt que les interprétations individualisantes abruptes.

De surcroît, le choix des matériaux et de la nourriture partagée lors de la clôture engage directement les identités culturelles et religieuses des familles. La collation ne doit jamais devenir un facteur d’exclusion (respect des prescriptions alimentaires, évitement des interdits religieux). Bien pensé, le groupe d’activité-entretien devient un lieu d’acculturation réciproque et d’hospitalité clinique, où la pluralité des origines s’exprime et se négocie pacifiquement autour de l’objet fabriqué en commun.

13. Critiques, controverses et limites

En dépit de ses mérites avérés, la méthode a suscité des débats intenses et se heurte à des contre-indications formelles qu’il importe de rappeler pour garantir la sécurité des soins :

L’une des critiques historiques majeures, formulée par certains psychanalystes orthodoxes de l’école kleinienne, porte sur le risque de favoriser l’agir (acting-out) au détriment de l’élaboration psychique pure. Pour ces détracteurs, l’introduction d’activités concrètes et la participation active du soignant risquent de diluer le transfert névrotique, d’entretenir des mécanismes de déni et d’encourager des gratifications substitutives qui freinent la levée véritable du refoulement.

Inversement, les praticiens d’orientation comportementale ont parfois reproché à ce modèle son manque de protocolisation rigoureuse et la subjectivité inhérente aux interprétations verbales du clinicien, plaidant plutôt pour des ateliers d’entraînement aux compétences sociales aux règles strictes et reproductibles.

Sur le plan des contre-indications cliniques, le consensus psychiatrique écarte généralement :

  • Les enfants présentant des troubles psychotiques aigus ou des états de décompensation paranoïaque sévère, pour qui la dynamique groupale non dirigée peut déclencher des angoisses massives de persécution ou de morcellement corporel ;
  • Les structures psychopathiques avérées avec perversion agie ou sadisme destructeur incontrôlé, susceptibles de traumatiser les participants plus vulnérables et de faire imploser le cadre thérapeutique ;
  • Les retards intellectuels profonds sans capacité minimale de symbolisation métaphorique.

14. Termes connexes et distinctions conceptuelles

Pour éviter toute confusion terminologique fréquente dans la littérature pédopsychiatrique, il convient de distinguer nettement cette méthode des approches voisines :

  • Thérapie de groupe par l’activité pure (Slavson) : S’adresse à des enfants plus jeunes en latence. Le thérapeute n’interprète jamais verbalement le sens des conduites ; la guérison s’opère exclusivement par l’expérience réparatrice d’une liberté totale et inconditionnelle dans l’action matérielle.
  • Thérapie de groupe par le jeu (Play Group Therapy) : Conçue pour la petite enfance (3 à 6 ans). Elle utilise le jeu dramatique, les figurines et les poupées dans un cadre imaginaire spontané plutôt que des travaux manuels organisés ou des entretiens discursifs formels.
  • Psychothérapie de groupe par l’entretien pur (Interview Group Therapy) : Destinée aux adolescents tardifs et aux adultes névrosés. Elle repose exclusivement sur l’association libre verbale, le divan ou le cercle de chaises, sans aucun médiateur matériel ni activité physique.
  • Psychodrame de groupe analytique : Fait usage du jeu théâtral, de l’incarnation de rôles et de la mise en scène dramatique fictive inventée à partir d’un scénario proposé par le patient, alors que l’activité-entretien s’appuie sur une activité réelle de transformation matérielle d’objets concrets.
  • Atelier thérapeutique occupationnel : Centré sur la rééducation fonctionnelle, l’apprentissage de techniques précises ou la resocialisation comportementale, sans visée d’élucidation des conflits inconscients par le biais du transfert.

15. Synthèse et points clés à retenir

La psychothérapie de groupe par activité et entretien représente une modélisation clinique sophistiquée qui conjugue la puissance motrice de l’atelier d’artisanat et la finesse interprétative de la cure analytique.

Ses caractéristiques fondamentales s’articulent autour des éléments suivants :

  • Elle comble le fossé développemental entre l’immaturité réflexive de l’enfant d’âge scolaire et l’exigence d’une élaboration psychique durable des conflits névrotiques.
  • Elle s’appuie sur un cadre transitionnel bi-modal où l’activité motrice spontanée libère les tensions et met en scène les dynamiques inconscientes, que l’entretien consécutif transforme en représentations conscientes signifiantes.
  • Elle déploie une matrice transférentielle plurielle (sur le thérapeute, les pairs et les objets), permettant la réparation des failles narcissiques et le réaménagement des instances idéales et surmoïques.
  • Elle demeure une référence clinique féconde, précurseur direct des médiations thérapeutiques contemporaines mobilisées au quotidien dans les institutions psychiatriques infanto-juvéniles modernes.

Références

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 22). Psychothérapie d’activité-entretien : L’action et la parole. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=psychotherapie-groupe-activite-entretien
Looti, Mohammed. “Psychothérapie d’activité-entretien : L’action et la parole.” Base de données de psychologie en français, 22 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_term=psychotherapie-groupe-activite-entretien.
Looti, Mohammed. “Psychothérapie d’activité-entretien : L’action et la parole.” Base de données de psychologie en français. octobre 22, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=psychotherapie-groupe-activite-entretien.