Parent adoptif : Filiation et attachement

Le parent adoptif assure la responsabilité légale et affective d’un enfant issu d’une autre lignée biologique. Analyse psychologique de son rôle, de l’attachement et de la filiation.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 22, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 22, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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L’accueil d’un enfant au sein d’une famille par la voie adoptive constitue l’une des transitions psychosociales les plus profondes et complexes de l’existence humaine. Devenir et demeurer parent adoptif transcende l’acte juridique pour englober une restructuration psychique majeure, où l’élaboration du lien affectif s’établit au carrefour de mémoires distinctes, de représentations inconscientes et de mécanismes adaptatifs intenses. Cette entrée encyclopédique examine les fondements théoriques, cliniques et empiriques qui définissent la condition, le rôle et le développement psychologique du parent adoptif.

Parent adoptif

1. Définition concise

Le parent adoptif désigne un individu qui assume légalement, affectivement et socialement la responsabilité parentale permanente d’un enfant issu d’une autre lignée biologique, à la suite d’un jugement d’adoption prononcé par une autorité judiciaire compétente. Sur le plan psychologique, il s’agit d’un adulte engagé dans un processus de parentalité substitutive mais totale, voué à répondre aux besoins physiques, émotionnels et identitaires de l’adopté.

Contrairement à la parentalité biologique, qui s’inscrit initialement dans une continuité génétique et obstétricale, la posture du parent adoptif implique la construction volontaire et symbolique d’une filiation. Cette démarche nécessite une flexibilité cognitive et affective singulière, permettant d’intégrer l’histoire pré-adoptive de l’enfant tout en forgeant un sentiment d’appartenance partagé au sein de la dynamique familiale.

Dans le domaine des sciences psychologiques contemporaines, le parent adoptif n’est plus envisagé comme un simple substitut réparateur, mais comme un agent de résilience développementale, dont les modèles internes opérants et la capacité de mentalisation influencent directement la réorganisation des schémas relationnels de l’enfant accueilli.

2. Étymologie et origine linguistique

Le substantif « parent » provient du latin parens, participe présent du verbe parere signifiant « engendrer », « donner naissance » ou « produire ». Historiquement, ce terme associait intrinsèquement la fonction de tutelle et de protection à l’acte biologique de la procréation.

L’adjectif « adoptif » découle quant à lui du latin adoptivus, dérivé du verbe adoptare, composé du préfixe ad- (vers, en direction de) et du verbe optare (choisir, désirer, élire). Le vocable porte donc en lui l’idée fondamentale d’un mouvement d’élection délibéré et consenti vers autrui.

L’association des deux termes en français (« parent adoptif ») crée une tension linguistique et philosophique féconde : elle qualifie une fonction traditionnellement ancrée dans la procréation (parere) par un acte d’élection consciente et juridique (adoptare). Ce glissement terminologique a permis l’émergence moderne de la notion de filiation affective et élective, dissociant la fonction parentale de l’engendrement corporel strict.

3. Prononciation et forme grammaticale

Le terme « parent adoptif » est une locution nominale masculine (au féminin : « parente adoptive » ; au pluriel : « parents adoptifs » ou « parentes adoptives »). En alphabet phonétique international (API), la prononciation standard en français métropolitain se transcrit /pa.ʁɑ̃ a.dɔp.tif/ pour la forme masculine et /pa.ʁɑ̃t a.dɔp.tiv/ pour la forme féminine.

Dans le discours clinique et sociologique, la forme plurielle (« les parents adoptifs ») est couramment employée pour désigner le couple parental ou la dyade tutélaire, tandis que le singulier (« le parent adoptif ») s’applique indifféremment à la fonction psychique parentale, que celle-ci soit exercée par une femme, un homme ou dans le cadre d’une adoption monoparentale. Le terme s’emploie principalement comme sujet ou complément de détermination (« le deuil de la fertilité chez le parent adoptif », « le style d’attachement du parent adoptif »).

4. Explication conceptuelle détaillée

L’identité psychique du parent adoptif se structure autour de transitions singulières qui la distinguent de la parentalité issue de la procréation naturelle. Alors que la transition vers la parentalité biologique suit un calendrier gestationnel jalonné de modifications neuroendocriniennes et d’expériences corporelles directes, la genèse de la parentalité adoptive repose sur une gestation psychologique et bureaucratique, souvent marquée par l’épreuve de l’attente prolongée, l’évaluation institutionnelle et la confrontation à des antécédents de stérilité ou d’infertilité.

Le parent adoptif doit impérativement accomplir un double travail psychologique : le deuil de l’enfant imaginaire biologique et l’ouverture psychique à un enfant déjà constitué, porteur de son propre bagage génétique, épigénétique et souvent traumatique. Ce processus requiert une remarquable disponibilité mentale pour accueillir l’altérité de l’enfant sans tenter de masquer ou de nier ses origines. David Kirk a formalisé ce défi à travers sa distinction fondamentale entre le déni des différences (rejection of difference) et la reconnaissance des différences (acknowledgment of difference), démontrant que l’ajustement familial optimal découle de l’acceptation lucide du caractère distinct de la constitution adoptive.

De surcroît, le parent adoptif habite une posture relationnelle triadique permanente, théorisée sous le concept de « triade de l’adoption », unissant l’enfant, les parents adoptifs et les parents de naissance. Même en l’absence physique ou juridique de ces derniers (comme dans les adoptions plénières closes), la présence fantomatique ou réelle des géniteurs demeure active dans l’espace psychique du parent adoptif. Sa tâche développementale consiste à maintenir une présence bienveillante et sécurisante sans se sentir menacé par l’existence de la première lignée de l’enfant.

Sur le plan affectif quotidien, le parent adoptif assume la charge d’un « co-tricotage » émotionnel, souvent face à des enfants manifestant des réactions d’évitement, d’opposition ou d’angoisse d’abandon intense. Le parent adoptif doit ainsi faire preuve d’une régulation émotionnelle robuste pour ne pas interpréter les défenses de l’enfant comme un rejet personnel, mais plutôt comme les rémanences adaptatives de ruptures antérieures.

5. Évolution historique

L’appréhension sociale et psychologique du parent adoptif a subi une métamorphose radicale au fil des siècles. Dans l’Antiquité romaine, l’adoption (adoptio et adrogatio) servait exclusivement des visées politiques, patrimoniales et religieuses : elle visait à assurer la continuité du culte des ancêtres et la transmission du patrimoine agnatique d’un citoyen sans héritier mâle, accordant peu ou pas de considération au bien-être psychologique de la personne adoptée.

Tout au long du Moyen Âge et de l’époque moderne en Europe occidentale, l’adoption légale connut un net déclin au profit de dispositifs informels de recueil ou d’institutions hospitalières pour enfants abandonnés. Le Code civil français de 1804 réintroduisit l’adoption, mais la réservait strictement à des adoptants âgés de plus de cinquante ans, sans descendance légitime, et s’adressait presque exclusivement à des personnes majeures, préservant la perspective patrimoniale.

Le XXe siècle marqua un tournant paradigmatique majeur, déplaçant le centre de gravité de l’adoption : il ne s’agissait plus de donner un héritier à des notables, mais d’offrir une famille stable à un enfant privé de protection parentale. L’après-Seconde Guerre mondiale, puis les conflits internationaux et les crises démographiques des années 1970 et 1980, ont entraîné une hausse substantielle des adoptions internationales. Les parents adoptifs furent alors perçus sous un prisme humanitaire et altruiste.

À partir des années 1990 et 2000, avec l’apport des neurosciences affectives et de la psychopathologie développementale, l’image idéalisée du parent adoptif a laissé place à une compréhension plus clinique et réaliste. Les professionnels ont reconnu la complexité des traumatismes développementaux et des troubles de l’attachement chez les enfants adoptés, redéfinissant le parent adoptif comme un pourvoyeur de soins thérapeutiques au quotidien, confronté à des exigences éducatives et psycho-affectives hors normes.

6. Fondements théoriques

L’analyse psychologique du rôle de parent adoptif mobilise plusieurs cadres théoriques majeurs de la psychologie contemporaine, au premier rang desquels figure la théorie de l’attachement initiée par John Bowlby et enrichie par Mary Ainsworth. Selon cette approche, le parent adoptif agit comme une figure d’attachement potentielle appelée à devenir une base de sécurité (secure base) et un havre de sécurité (safe haven). Lorsque l’enfant a subi des ruptures précoces, de l’institutionnalisation ou des négligences, ses représentations d’attachement sont fréquemment insécurisantes ou désorganisées. Le travail psychique du parent adoptif réside dans sa capacité à offrir une syntonie relationnelle et une sensibilité parentale suffisamment stables pour permettre une révision progressive de ces modèles internes opérants.

Le modèle cognitif-développemental de David Brodzinsky constitue un second pilier théorique fondamental. Brodzinsky postule que l’expérience adoptive implique des processus d’adaptation au stress et des pertes itératives tout au long du cycle de vie. Le parent adoptif doit non seulement naviguer dans ses propres deuils (fertilité, parentalité normative), mais aussi accompagner les prises de conscience successives de l’enfant qui, à chaque stade cognitif (notamment lors de l’accès à la pensée opératoire concrète vers 7 ans, puis à la pensée formelle à l’adolescence), réinterprète le sens de son abandon initial et de son statut d’adopté.

La théorie systémique familiale apporte également un éclairage déterminant sur les frontières et la communication au sein du foyer adoptif. Des chercheurs comme Harold Grotevant ont démontré que les frontières familiales adoptives doivent être souples et perméables, autorisant une ouverture communicative tant sur le plan émotionnel (discuter librement des origines) que structurel (adoptions ouvertes avec contact direct ou indirect avec la famille de naissance). Le parent adoptif compétent sur le plan systémique favorise une narration ouverte sans projeter de rivalité imaginaire sur les géniteurs de l’enfant.

7. Composantes clés, typologies et dimensions

L’expérience et la fonction du parent adoptif s’articulent autour de plusieurs dimensions et profils spécifiques :

  • Dimensions de la communication adoptive : Capacité du parent à instaurer une ouverture communicative intrafamiliale (communicative openness), permettant à l’enfant d’aborder sans tabou ni culpabilité son histoire antérieure, ses doutes et ses curiosités identitaires.
  • Mentalisation et sensibilité parentale : Aptitude du parent adoptif à décoder les comportements perturbateurs ou provocateurs de l’enfant non comme des attaques intentionnelles, mais comme des signaux d’une détresse sous-jacente liée à la peur de la perte ou à des traumatismes passés.
  • Typologie selon le contexte d’accueil :
    • Parent adoptif national : Accueillant un pupille de l’État ou un nourrisson remis aux services de protection de l’enfance, avec une traçabilité médicale et sociale souvent documentée.
    • Parent adoptif international : Accueillant un enfant issu d’un autre pays, devant faire face aux barrières linguistiques, au déracinement culturel et souvent aux conséquences d’une vie prolongée en institution ou orphelinat.
    • Parent adoptif intrafamilial ou du conjoint : Adoptant l’enfant de son partenaire ou un membre de sa parentèle élargie, naviguant dans des réaménagements généalogiques internes complexes.
    • Parent d’enfants à besoins spécifiques (special needs) : Accueillant des fratries, des enfants plus âgés, ou présentant des pathologies médicales chroniques, des handicaps physiques ou des séquelles de traumatismes complexes.
  • Styles d’ajustement parental (modèle de Kirk) : Rejet de la différence (tentative d’assimilation totale et déni des particularités de l’adoption) versus acceptation et intégration adaptative de la différence historique et biologique de l’enfant.

8. Exemples et cas illustratifs

Pour illustrer la dynamique psychologique concrète du parent adoptif, considérons le cas de Marc et Sophie, ayant adopté un garçon de 4 ans, Lucas, ayant passé ses trois premières années dans un orphelinat d’Europe de l’Est caractérisé par des ratios de personnel insuffisants et des soins fragmentés.

Durant les six premiers mois suivant l’adoption, Lucas présente des conduites alimentaires compulsives (dissimulation de nourriture sous son matelas) et une oscillation paradoxale entre une sociabilité indiscriminée envers de parfaits inconnus et un rejet colérique violent lors des tentatives d’apaisement physique de Sophie. Face à ces comportements, les parents adoptifs éprouvent un sentiment d’incompétence et d’épuisement émotionnel, s’interrogeant sur leur légitimité affective.

L’intervention d’un psychologue spécialisé aide Marc et Sophie à recadrer les conduites de l’enfant : la thésaurisation alimentaire et l’agressivité au coucher ne sont pas des caprices, mais des manifestations d’une insécurité ontologique et d’un traumatisme de privation précoce. En adoptant une réponse prévisible, en verbalisant calmement les angoisses de Lucas sans imposer un contact physique intrusif, Marc et Sophie incarnent progressivement une fonction contenante. Après dix-huit mois d’interactions régulées, Lucas commence à chercher le réconfort direct auprès de Sophie lorsqu’il trébuche, marquant le passage vers un attachement préférentiel et sécure.

Un autre exemple représentatif concerne Claire, mère adoptive célibataire d’une adolescente de 13 ans née en Colombie. Lorsque l’adolescente entre dans une phase d’opposition marquée, criant « Tu n’es pas ma vraie mère ! », la maturité réflexive de Claire lui permet de ne pas rompre le lien ni de renvoyer l’adolescente à son statut d’abandonnée. Au lieu de cela, elle valide la souffrance identitaire sous-jacente en répondant : « Je ne t’ai pas donné naissance, mais je suis là pour toujours et je ne t’abandonnerai jamais. » Cette contenance permet à l’adolescente de tester la solidité indestructible de l’ancrage familial adoptif.

9. Évaluation et méthodologie de mesure

L’évaluation des compétences, du profil et du bien-être du parent adoptif intervient à deux stades distincts : l’évaluation pré-adoptive dans le cadre de l’agrément et l’évaluation post-adoptive clinique ou de recherche.

Durant la phase d’agrément, les psychologues explorent les capacités de mentalisation, la stabilité du couple, l’élaboration des deuils procréatifs et la flexibilité projective des candidats. L’entretien clinique semi-structuré constitue l’outil prépondérant, souvent articulé à l’évaluation des styles d’attachement de l’adulte au moyen du Adult Attachment Interview (AAI) développé par George, Kaplan et Main. Les recherches ont prouvé que les candidats adoptifs présentant un état d’esprit sécure/autonome à l’AAI présentent des taux significativement plus élevés de réussite dans l’établissement d’un attachement sécure chez leur enfant adopté, même si ce dernier a des antécédents traumatiques sévères.

Dans la recherche post-adoptive et le suivi clinique, plusieurs échelles standardisées mesurent spécifiquement les dimensions de la parentalité adoptive :

  • L’Adoption Dynamics Questionnaire (ADQ) : Conçu pour mesurer la perception qu’a le parent de l’impact de l’adoption, la satisfaction parentale et l’ouverture émotionnelle face au sujet des origines.
  • Le Parenting Stress Index (PSI) : Régulièrement utilisé pour quantifier le stress parental perçu, ventilé entre les caractéristiques stressantes de l’enfant (hyperactivité, exigence) et le sentiment de compétence personnelle du parent.
  • L’Adoption Communication Openness Scale : Évalue le degré d’aisance et la fréquence des échanges entre le parent adoptif et l’enfant au sujet de son histoire de vie et de sa famille de naissance.

10. Applications cliniques et portée pratique

La compréhension psychologique des spécificités du parent adoptif débouche sur des dispositifs d’intervention spécialisés cruciaux pour prévenir les ruptures ou échecs adoptifs. Le soutien post-adoption ne doit pas être perçu comme le signe d’une pathologie familiale, mais comme un accompagnement proactif inhérent à la trajectoire adoptive.

Sur le plan psychothérapeutique, les approches contemporaines privilégient des modalités dyadiques telles que la Dyadic Developmental Psychotherapy (DDP), développée par Daniel Hughes, ou la thérapie basée sur l’attachement (Filial Therapy, Video-feedback Intervention to Promote Positive Parenting and Sensitive Discipline ou VIPP-FC). Ces approches soutiennent les parents adoptifs dans le développement d’une posture relationnelle caractérisée par l’enjouement, l’acceptation, la curiosité et l’empathie (attitude PACE). Elles permettent aux parents de devenir des co-thérapeutes de leur propre enfant, désamorçant les mécanismes de défense traumatiques.

Dans le domaine éducatif et scolaire, les interventions visent à former les parents adoptifs pour qu’ils deviennent des interlocuteurs éclairés auprès des équipes pédagogiques. Un enfant adopté manifestant des troubles des fonctions exécutives ou de l’anxiété de séparation est souvent étiqueté à tort comme souffrant d’un simple trouble déficitaire de l’attention ou de troubles du comportement. Le parent adoptif assume ainsi un rôle de médiateur psychoéducatif indispensable pour adapter le cadre d’apprentissage aux particularités neurodéveloppementales de son enfant.

11. Recherche et données empiriques

La littérature scientifique internationale fournit un corpus exhaustif sur le devenir des familles adoptives et l’impact de la parentalité adoptive. L’une des synthèses les plus retentissantes demeure la méta-analyse conduite par Marinus van IJzendoorn et Femmie Juffer (2006), compilant des décennies de recherches sur plus de 20 000 personnes adoptées.

Leurs résultats mettent en évidence le phénomène remarquable de « rattrapage développemental » (developmental catch-up). Malgré des conditions de privation initiale sévères en milieu pré-adoptif, les enfants adoptés montrent des gains spectaculaires sur le plan du quotient intellectuel, du développement physique et de la sécurité d’attachement dès lors qu’ils bénéficient de la stabilité offerte par leurs parents adoptifs. Les parents adoptifs se révèlent hautement compétents pour pallier les déficits cumulés initiaux, même si un écart résiduel mineur persiste en matière de troubles d’internalisation et d’externalisation comparativement aux enfants non adoptés vivant dans leur famille biologique.

Par ailleurs, les travaux longitudinaux de Jesus Palacios et de ses collaborateurs en Espagne ont exploré la résilience du parent adoptif. Ils révèlent que le niveau de stress parental chez les adoptants ne dépend pas uniquement de la gravité des traumatismes antérieurs de l’enfant, mais est fortement modéré par les stratégies de coping des parents, le sentiment d’efficacité parentale et l’existence d’un réseau de soutien social formel et informel.

Les études de Grotevant et McRoy (Minnesota/Texas Adoption Research Project – MTARP) ont suivi pendant plusieurs décennies des familles adoptives ayant fait l’expérience de différents degrés d’ouverture dans l’adoption. Leurs conclusions démontrent que les parents adoptifs engagés dans des adoptions ouvertes ne souffrent pas d’une moindre légitimité parentale ; au contraire, ils rapportent une meilleure compréhension des besoins identitaires de leur enfant et moins de craintes irrationnelles relatives aux parents d’origine.

12. Considérations socioculturelles et transculturelles

La pratique et l’expérience de la parentalité adoptive s’inscrivent dans une trame socioculturelle déterminante. Dans les sociétés individualistes occidentales, l’adoption a longtemps été calquée sur le modèle biomédical de l’« imitation de la nature », cherchant à reproduire fidèlement l’illusion d’une famille biologique par le secret et la dissimulation des origines.

À l’inverse, de nombreuses cultures traditionnelles, notamment en Océanie (comme la pratique du fa’a’amu en Polynésie) ou dans diverses communautés d’Afrique subsaharienne et d’Amérique autochtone, pratiquent depuis des millénaires une « circulation des enfants » et une parentalité partagée (alloparenting). Dans ces contextes, le parent adoptif (ou nourricier) n’exclut aucunement les parents de naissance ; l’enfant élargit son réseau de soins et d’allégeances sans que le lien généalogique premier soit rompu ou occulté.

Dans les adoptions transraciales et transculturelles, le parent adoptif est confronté à la dimension visible de la différence. La disparité phénotypique interdit le secret et projette la famille dans le regard public. Les recherches en psychologie interculturelle soulignent l’impératif pour les parents adoptifs transraciaux de développer une « socialisation raciale et culturelle positive ». Cela signifie qu’ils ne doivent pas adopter une attitude d’aveuglement à la couleur (colorblindness), mais valoriser activement l’héritage culturel d’origine de l’enfant, lui fournir des modèles d’identification positifs issus de sa communauté d’origine et le préparer à faire face aux discriminations raciales potentielles dans l’espace public.

13. Controverses, débats et limites

La condition de parent adoptif est au cœur de multiples controverses éthiques, juridiques et psychologiques. L’un des débats les plus vifs concerne l’accès aux origines personnelles et la levée de l’anonymat. Tandis que les législations de nombreux pays occidentaux évoluent vers la fin du secret et l’ouverture des dossiers d’adoption, certains parents adoptifs redoutent une fragilisation de leur autorité ou un partage affectif douloureux avec les géniteurs retrouvés. La clinique contemporaine démontre toutefois que la recherche des origines répond à une quête généalogique et identitaire qui n’annule nullement le statut affectif du parent adoptif ayant élevé l’enfant.

Une seconde controverse majeure touche à la préparation et aux critères de sélection des postulants adoptifs. Certains critiques jugent le processus d’agrément intrusif, normatif et empreint de biais socio-économiques, disqualifiant arbitrairement des candidats monoparentaux ou aux profils atypiques. D’autres professionnels soutiennent au contraire que les exigences actuelles sont insuffisantes pour préparer les candidats à la réalité des enfants poly-traumatisés ou exposés in utero à l’alcool et aux drogues (Syndrome d’Alcoolisation Fœtale), conduisant à des crises post-adoptives sévères pouvant aboutir à la rupture du lien.

Enfin, l’ouverture de l’adoption aux couples de même sexe a suscité des débats sociétaux intenses au début du XXIe siècle. Cependant, l’ensemble des données empiriques et des consensus scientifiques internationaux en psychologie du développement (notamment les prises de position de l’American Psychological Association) confirment que l’ajustement émotionnel, la santé mentale et le sentiment d’efficacité des parents adoptifs homosexuels sont parfaitement équivalents à ceux des parents adoptifs hétérosexuels, démontrant que la qualité des compétences relationnelles et de l’attachement prime sur la structure de genre du couple.

14. Notions connexes et distinctions

La notion de parent adoptif se distingue rigoureusement d’autres formes de prise en charge et de parenté :

  • Parent biologique (ou de naissance) : Individu assurant la transmission génétique et, pour la mère, la gestation de l’enfant. Contrairement au parent biologique, le parent adoptif n’a pas de lien de consanguinité avec l’enfant mais détient l’autorité parentale et la filiation reconnue par la loi.
  • Famille d’accueil (ou assistant familial) : Personne ou couple accueillant un enfant placé par les services de protection de l’enfance pour une durée déterminée ou indéterminée. Contrairement au parent adoptif, la famille d’accueil remplit une mission de service public rémunérée, n’a pas de lien de filiation juridique avec l’enfant et doit préserver, dans la mesure du possible, les liens avec les parents légaux.
  • Beau-parent (famille recomposée) : Conjoint d’un des parents de l’enfant. Sauf en cas d’adoption formelle de l’enfant du conjoint, le beau-parent n’a aucun statut juridique direct ni filiation légale, même s’il participe au quotidien éducatif.
  • Tuteur légal : Individu désigné par testament ou décision judiciaire pour administrer les biens et veiller sur la personne d’un mineur privé de ses parents, sans que cela n’implique une assimilation de l’enfant dans la lignée successorale ou familiale du tuteur.

15. Synthèse et points clés à retenir

Le parent adoptif incarne une parentalité élective, juridique et psychologique qui réclame une capacité d’ajustement permanente et hautement réflexive. Les éléments fondamentaux régissant cette fonction incluent :

  • Une construction symbolique et relationnelle de la filiation qui ne s’appuie pas sur la consanguinité biologique mais sur l’engagement affectif, la responsabilité légale et le quotidien partagé.
  • L’impératif psychologique d’élaborer ses propres deuils (notamment d’infertilité) pour être en mesure de reconnaître et d’accueillir l’altérité et l’histoire antérieure singulière de l’enfant adopté.
  • La navigation permanente au sein de la « triade adoptive », exigeant une ouverture communicative quant aux origines et une absence de rivalité avec les parents de naissance.
  • Un rôle thérapeutique et réparateur majeur, où la sensibilité parentale et la mentalisation permettent un rattrapage développemental remarquable chez des enfants ayant fréquemment traversé des ruptures d’attachement ou des traumatismes institutionnels.
  • La nécessité reconnue d’un accompagnement pluridisciplinaire post-adoption, garant de la solidité des liens et de la résilience du système familial dans le temps.

Références

  • Bowlby, J. (1982). Attachment and loss: Vol. 1. Attachment (2nd ed.). Basic Books.
  • Brodzinsky, D. M. (1990). A stress and coping model of adoption adjustment. In D. M. Brodzinsky & M. D. Schechter (Eds.), The psychology of adoption (pp. 3–24). Oxford University Press.
  • Grotevant, H. D., & McRoy, R. G. (1998). Openness in adoption: Exploring family connections. SAGE Publications.
  • Hughes, D. A. (2006). Building the bonds of attachment: Awakening love in deeply troubled children (2nd ed.). Jason Aronson.
  • Kirk, H. D. (1964). Shared fate: A theory and method of adoptive relationships. Free Press.
  • Palacios, J., & Brodzinsky, D. (2010). Adoption research: Trends, topics, outcomes. International Journal of Behavioral Development, 34(3), 270–284. https://doi.org/10.1177/0165025410362837
  • van IJzendoorn, M. H., & Juffer, F. (2006). The Emanuel Miller Memorial Lecture 2006: Adoption as intervention. Meta-analytic evidence for massive catch-up and plasticity in physical, socio-emotional, and cognitive development. Journal of Child Psychology and Psychiatry, 47(12), 1228–1245. https://doi.org/10.1111/j.1469-7610.2006.01675.x

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 22). Parent adoptif : Filiation et attachement. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=parent-adoptif-psychologie-filiation
Looti, Mohammed. “Parent adoptif : Filiation et attachement.” Base de données de psychologie en français, 22 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_term=parent-adoptif-psychologie-filiation.
Looti, Mohammed. “Parent adoptif : Filiation et attachement.” Base de données de psychologie en français. octobre 22, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=parent-adoptif-psychologie-filiation.