Onde b de l’ERG : La signature rétinienne

L’onde b de l’électrorétinogramme (ERG) représente la déflexion positive majeure issue de l’activation des cellules bipolaires et des cellules gliales de Müller. Découvrez sa neurophysiologie, ses paramètres de mesure et ses applications cliniques.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 25, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 25, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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L’électrorétinogramme constitue une fenêtre électrophysiologique privilégiée sur le système nerveux central en enregistrant les potentiels d’action et les flux ioniques rétiniens suscités par une stimulation lumineuse. Au cœur de cette analyse fonctionnelle, l’onde b de l’électrorétinogramme représente la déflexion positive majeure reflétant le traitement synaptique et neuronal au sein des couches moyennes de la rétine. En neurosciences cognitives, en psychiatrie biologique et en psychophysiologie visuelle, cette composante bioélectrique offre un modèle translationnel d’une valeur inestimable pour déchiffrer les anomalies de neurotransmission partagées entre la rétine et l’encéphale.

Onde b de l’électrorétinogramme

1. Définition concise

L’onde b de l’électrorétinogramme (ERG) est la première composante positive majeure du tracé électrorétinographique standardisé, survenant immédiatement après la déflexion négative initiale appelée onde a. D’un point de vue physiologique, elle traduit la réponse électrique synchrone et combinée des cellules bipolaires dépolarisantes (cellules bipolaires ON) et l’activité des cellules gliales de Müller qui régulent les fluctuations extracellulaires d’ions potassium induites par la cascade visuelle.

Sur le plan fonctionnel et psychophysiologique, l’onde b permet de quantifier l’intégrité de la transmission de l’information lumineuse entre les photorécepteurs périphériques et les circuits neuronaux d’ordre secondaire. Elle se caractérise par deux paramètres métrologiques principaux : son amplitude, mesurée du creux de l’onde a jusqu’au sommet de l’onde b, et son temps de culmination (ou temps implicite), qui correspond au délai temporel écoulé entre l’émission de l’éclair lumineux et l’atteinte du pic maximal de la dépolarisation.

2. Étymologie et origine linguistique

Le terme « onde » provient du latin unda, signifiant flot, vague ou agitation liquide, utilisé dans le vocabulaire physique moderne pour caractériser une oscillation périodique ou une perturbation qui se propage dans un milieu continu. La lettre « b » dérive de la nomenclature alphabétique séquentielle établie par les pionniers de l’électrophysiologie sensorielle à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, qui assignaient des lettres de l’alphabet latin aux déflexions successives observées sur les enregistrements galvanométriques.

Le mot « électrorétinogramme » est un néologisme scientifique hybride composé de trois racines distinctes : le grec ēlektron (ambre jaune, source originelle des observations électrostatiques), le latin médiéval retina (dérivé de rete, signifiant « filet » ou « réseau », en référence à la structure trabéculaire des vaisseaux et des fibres nerveuses du fond d’œil), et le grec gramma (caractère d’écriture, lettre, ou tracé graphique). L’expression a été introduite dans le langage scientifique international pour désigner le protocole de détection de la différence de potentiel générée à travers l’œil en réponse à un influx photonique.

3. Prononciation et forme grammaticale

Sur le plan phonétique, l’expression se transcrit en français standard par /ɔ̃d be də le.lɛk.tʁo.ʁe.ti.nɔ.ɡʁam/. Du point de vue grammatical, « onde » est un substantif féminin singulier, dont l’ellipse syntagmatique « onde b » conserve la forme féminine invariable dans la majorité des contextes médicaux et universitaires. L’acronyme anglophone international équivalent est couramment b-wave of the ERG.

Dans les publications scientifiques francophones, le terme s’emploie le plus souvent au singulier pour caractériser l’onde positive dans sa globalité, mais peut apparaître au pluriel (« ondes b ») lorsqu’il s’agit de comparer différentes conditions d’adaptation lumineuse (scotopique versus photopique) ou des séries d’oscillations enregistrées chez des cohortes cliniques distinctes. Son emploi requiert la préposition d’appartenance (« de l’électrorétinogramme ») afin de prévenir toute confusion avec d’autres déflexions biophysiques homonymes issues d’organes sensoriels collatéraux.

4. Explication conceptuelle détaillée

Pour appréhender l’architecture conceptuelle de l’onde b, il est indispensable de replacer la rétine dans son statut ontogénique véritable : un tissu nerveux ectodermique faisant partie intégrante du système nerveux central, dont la ségrégation physique hors de la boîte crânienne découle de l’évagination du diencéphale embryonnaire. Lorsqu’un photon traverse la structure cornéenne et cristallinienne pour frapper les pigments photorécepteurs (rhodopsine dans les bâtonnets ou opsines dans les cônes), il déclenche une cascade biochimique d’isomérisation qui entraîne la fermeture des canaux sodiques cGMP-dépendants et une hyperpolarisation membranaire visible sous la forme de l’onde a.

Cette fermeture des canaux membranaires des photorécepteurs diminue l’exocytose tonique de glutamate au niveau de la fente synaptique rétinienne externe. C’est précisément cette réduction de glutamate qui déclenche la genèse de l’onde b. Les cellules bipolaires à dépolarisation (cellules bipolaires ON), régulées par des récepteurs métabotropiques du glutamate de type 6 (mGluR6), se trouvent désinhibées par la baisse du neuromédiateur et dépolarisent vigoureusement. Ce courant cationique entrant modifie la teneur en ions potassium dans l’espace sous-rétinien.

Les cellules gliales de Müller, qui agissent comme des éléments de soutien architecturaux et homéostatiques traversant verticalement l’ensemble des couches rétiniennes, captent cet excès de potassium ionique et conduisent un flux de courant spatial transrétinien. Bien que des recherches électrophysiologiques contemporaines démontrent que le flux électrique intrinsèque des cellules bipolaires ON participe directement au voltage de crête, le couplage glio-neuronal orchestré par les cellules de Müller demeure l’amplificateur biophysique prédominant de l’amplitude de l’onde b mesurée aux électrodes de surface cornéennes.

L’onde b ne représente donc pas simplement une sommation passive de stimuli lumineux, mais l’expression dynamique d’un réseau computationnel intermédiaire. Elle intègre des boucles de rétroaction complexes médiées par les cellules horizontales en amont, les cellules amacrines en aval et des systèmes d’inhibition réciproque gabaergiques et dopaminergiques. Son amplitude reflète ainsi l’efficacité du couplage synaptique, la densité des cellules bipolaires fonctionnelles et l’homéostasie ionique gliale, tandis que son temps de culmination informe sur la cinétique enzymatique et la rapidité des canaux membranaires récepteurs.

En psychophysiologie et en psychologie clinique, l’onde b acquiert une résonance particulière dans le paradigme de « la rétine comme biomarqueur cérébral ». Dans la mesure où les voies synaptiques rétiniennes exploitent les mêmes récepteurs, messagers secondaires et transporteurs ioniques que le cortex préfrontal, les perturbations électrophysiologiques de l’onde b fournissent une lecture non invasive des dysfonctionnements synaptiques centraux.

5. Développement historique

La découverte des signaux électriques oculaires remonte à l’année 1865, lorsque le physiologiste suédois Alarik Frithiof Holmgren observa pour la première fois qu’un stimulus lumineux appliqué à l’œil d’un amphibien générait une variation transitoire de potentiel électrique mesurable entre la cornée et le pôle postérieur du globe oculaire. Indépendamment de ces travaux, James Dewar et John Gray McKendrick confirmèrent ces observations en Écosse en 1873, élargissant les enregistrements à diverses espèces animales.

Toutefois, l’architecture analytique de l’électrorétinogramme moderne a véritablement émergé grâce aux travaux fondateurs de Ragnar Granit au début des années 1930. En soumettant la rétine de mammifères à différentes profondeurs d’anesthésie pharmacologique et à des asphyxies contrôlées, Granit décomposa le tracé global en trois processus distincts notés PI, PII et PIII. Il identifia que le composant PII correspondait spécifiquement à la déflexion positive rapide, ce qui allait devenir la dénomination universelle de l’onde b. Ces contributions majeures à l’élucidation de la neurophysiologie visuelle valurent à Ragnar Granit le prix Nobel de physiologie ou médecine en 1967.

Au milieu du XXe siècle, l’ophtalmologiste Lorrin Riggs et le chercheur Jerry Karpe ont développé des électrodes de contact cornéennes adaptées à l’espèce humaine, permettant à l’ERG de franchir la frontière entre l’expérimentation animale en laboratoire et le diagnostic clinique hospitalier. La compréhension biophysique de l’onde b a franchi un palier décisif dans les années 1970 et 1980, notamment grâce aux études intracellulaires conduites par Richard Miller, Eric Newman et Robert Stockton, qui ont prouvé le rôle pivot des courants de potassium transgliaux traversant les cellules de Müller dans la morphologie de cette onde.

À l’orée du XXIe siècle, la standardisation internationale impulsée par l’International Society for Clinical Electrophysiology of Vision (ISCEV) a formalisé des protocoles rigoureux d’enregistrement scotopique et photopique. Parallèlement, des équipes de recherche en psychiatrie biologique, notamment au Canada sous l’impulsion de Marc Hébert et de ses collaborateurs, ont étendu l’utilisation de l’onde b au-delà de l’ophtalmologie classique pour en faire une sonde fonctionnelle des anomalies de neurotransmission dans les troubles de l’humeur et la schizophrénie.

6. Fondements théoriques et physiologiques

L’assise théorique de l’onde b repose sur le concept de dipôle électrique spatial généré au sein d’un milieu conducteur volumique hétérogène. La rétine forme une structure laminaire hautement organisée, assimilable à un ensemble de résistances et de capacités électriques ordonnées en série et en parallèle. Lorsqu’un changement de conductance survient simultanément sur des millions de cellules orientées parallèlement dans le plan radial, les lignes de champ électrique traversent le vitré, la chambre antérieure et la cornée pour se fermer via le compartiment scléral et orbitaire.

Sur le plan électrochimique, le modèle classique postule que l’illumination entraîne une diminution de la concentration extracellulaire de potassium ([K+]o) dans la couche plexiforme externe, sous l’effet de l’arrêt de libération de potassium par les photorécepteurs. Simultanément, la dépolarisation massive des cellules bipolaires ON provoque une libération accrue de potassium dans la couche plexiforme interne. Cette disparité spatiale de [K+]o le long de l’axe longitudinal des cellules gliales de Müller génère un potentiel transépithélial et transrétinien.

Le modèle ionique contemporain a nuancé cette primauté gliale exclusive. Des enregistrements en patch-clamp et des modèles pharmacologiques chez les primates non humains ont démontré que l’inhibition ciblée des canaux potassiques gliaux de type Kir4.1 n’abolit pas totalement l’onde b, bien qu’elle en réduise substantiellement le profil d’amplitude. Une contribution directe découle donc des courants transmembranaires post-synaptiques intrinsèques aux cellules bipolaires ON elles-mêmes, amplifiés et conduits par le syncytium glial de Müller.

Du point de vue de la psychophysique et des neurosciences computationnelles, la genèse de l’onde b obéit à la dynamique non linéaire décrite par l’équation de Naka-Rushton :

V(I) = (Vmax * I^n) / (I^n + sigma^n)

Dans cette formalisation mathématique, V représente l’amplitude observée de l’onde b, Vmax incarne l’amplitude maximale saturante du système rétinien, I définit l’intensité de la stimulation photonique, n est un coefficient de pente reflétant la coopérativité des récepteurs membranaires, et sigma représente la constante de demi-saturation, c’est-à-dire l’intensité lumineuse requise pour susciter la moitié de la réponse maximale. Ce modèle mathématique offre un pont analytique fondamental entre la biophysique moléculaire des canaux synaptiques et la sensibilité globale de l’appareil visuel humain.

7. Composantes clés, types et dimensions

L’onde b ne constitue pas un signal uniforme ; sa morphologie, son amplitude et sa cinétique oscillent drastiquement selon les protocoles d’adaptation rétinienne et la composition spectrale du flash lumineux utilisé :

  • Onde b scotopique pure (réponse en bâtonnets isolée) : Enregistrée après une période d’adaptation à l’obscurité d’au moins vingt minutes en réponse à un flash de très faible luminance (environ 0,01 cd·s·m⁻²). Dans cette modalité, l’onde a est absente ou indiscernable, et le tracé consiste en une onde b lente et arrondie d’une amplitude moyenne de 150 à 300 microvolts, dont le temps de culmination culmine entre 70 et 100 millisecondes, reflétant l’activation exclusive des circuits à bâtonnets médiés par les cellules bipolaires à bâtonnets.
  • Onde b scotopique maximale (réponse combinée cônes-bâtonnets) : Obtenue en stimulant l’œil adapté à l’obscurité avec un éclair standard de haute intensité (3,0 cd·s·m⁻² ou 10,0 cd·s·m⁻²). Elle présente une onde a abrupte et profonde suivie d’une onde b de très grande amplitude (souvent comprise entre 350 et 600 microvolts) dont le front montant rapide est crénelé par de petites déflexions à haute fréquence dénommées potentiels oscillatoires.
  • Potentiels oscillatoires (PO) : Sous-composantes rythmiques de haute fréquence (100 à 160 Hz) surimposées sur la branche ascendante de l’onde b scotopique. Ils prennent naissance au sein de la rétine interne et dépendent étroitement des boucles de rétroaction rétrogrades entre les cellules amacrines, les cellules interplexiformes et les cellules bipolaires, sous modulation directe des circuits GABA et de la dopamine.
  • Onde b photopique (réponse des cônes) : Enregistrée chez un sujet adapté à une lumière d’ambiance saturant les bâtonnets (fond blanc de 30 cd·s·m⁻²) stimulée par des éclairs lumineux répétés de 3,0 cd·s·m⁻². L’onde b photopique est beaucoup plus brève, avec un temps de culmination avoisinant 28 à 32 millisecondes et une amplitude typiquement comprise entre 90 et 200 microvolts, représentant l’activité conjuguée des cellules bipolaires ON et OFF du système des cônes.
  • Réponse au papillotement photopique (Flicker à 30 Hz) : Mesure dynamique de la capacité de récupération synaptique des cônes et de leurs cellules bipolaires associées soumises à un train d’éclairs stroboscopiques à haute fréquence. L’amplitude et la phase temporelle de l’onde b résultante traduisent la vélocité métabolique et le recaptage des neurotransmetteurs au sein des synapses coniques.

8. Exemples et cas illustratifs

Pour illustrer la portée clinique et diagnostique de l’onde b, plusieurs scénarios pathophysiologiques prototypiques mettent en lumière sa sensibilité aux altérations structurelles et moléculaires du système nerveux.

Un premier cas clinique démonstratif est celui de l’électrorétinogramme négatif, classiquement rencontré dans le rétinoschisis juvénile lié à l’X ou dans la cécité nocturne congénitale stationnaire (CSNB). Dans cette configuration pathologique frappante, l’onde a conserve une amplitude rigoureusement normale, signalant que les photorécepteurs convertissent adéquatement les photons en signal électrique. En revanche, l’onde b s’effondre dramatiquement ou s’annule, faisant chuter le rapport b/a bien en deçà de 1,0. Ce profil atteste d’un blocage sélectif de la synapse entre les photorécepteurs et les cellules bipolaires, fréquemment lié à des mutations génétiques affectant des protéines synaptiques indispensables comme la nyctalopine ou les canaux calciques voltage-dépendants Cav1.4.

Un second exemple pertinent émane de la neuro-psychiatrie biologique contemporaine. Un patient âgé de 24 ans présentant un premier épisode psychotique aigu avec des antécédents familiaux de schizophrénie est soumis à une évaluation par électrorétinographie standardisée. Le tracé scotopique et photopique révèle une diminution statistiquement significative de l’amplitude de l’onde b (diminution de plus de 30 % par rapport aux normes appariées selon l’âge), accompagnée d’un allongement discret du temps de culmination photopique, sans aucune atteinte ophtalmologique structurelle visible au fond d’œil. Cette anomalie fonctionnelle témoigne d’une hypofonction des récepteurs glutamatergiques de type NMDA et d’une altération de la signalisation dopaminergique rétinienne, fournissant un marqueur électrophysiologique objectif concordant avec les modèles neurodéveloppementaux de la psychose.

Un troisième cas illustratif concerne l’ischémie rétinienne aiguë secondaire à une occlusion de l’artère centrale de la rétine. Alors que la choroïde irrigue la couche externe des photorécepteurs (préservant ainsi temporairement l’onde a), l’artère centrale assure la perfusion de la rétine interne et moyenne où siègent les cellules bipolaires et gliales. L’extinction immédiate de l’onde b lors de cet accident vasculaire constitue la signature d’une anoxie cellulaire foudroyante dans les circuits synaptiques internes, démontrant la dépendance métabolique extrême de l’onde b vis-à-vis du flux sanguin rétinien.

9. Mesure et évaluation clinique

L’enregistrement rigoureux de l’onde b obéit aux directives méthodologiques rigoureuses établies par l’ISCEV. L’acquisition du signal nécessite un appareillage électrophysiologique de haute précision comprenant des électrodes de détection cornéennes ou cornéo-sclérales, des amplificateurs différentiels à faible bruit de fond, et un stimulateur lumineux de type champ intégral (stimulateur de Ganzfeld) assurant un éclairement rétinien isotrope et homogène.

Les capteurs électrophysiologiques employés se divisent en plusieurs catégories :

  • Électrodes cornéennes de contact : Telles que les lentilles de Burian-Allen équipées d’un anneau de platine intégré, ou les électrodes DTL (fil fin de nylon imprégné d’argent déposé dans le cul-de-sac conjonctival inférieur). Le fil DTL offre un équilibre remarquable entre confort du participant et amplitude robuste du signal, le rendant particulièrement propice aux recherches en psychologie et en neuropsychiatrie chez des populations sensibles ou anxieuses.
  • Électrodes cutanées de paupière : Moins invasives, ces électrodes adhésives sont positionnées sur la paupière inférieure. Bien qu’elles occasionnent une atténuation de l’amplitude du signal de 70 à 80 % en raison de l’impédance tissulaire sous-cutanée, elles autorisent des protocoles de dépistage ambulatoires simplifiés.

Le protocole expérimental requiert impérativement une dilatation pupillaire pharmacologique complète (mydriase maximale obtenue par instillation de tropicamide et de phényléphrine) afin de garantir que la surface d’entrée lumineuse pupillaire demeure constante tout au long de l’épreuve. Après instillation d’un anesthésique topique local (oxybuprocaïne), l’adaptation à l’obscurité totale débute dans une pièce opaque durant vingt minutes pour stabiliser la régénération de la rhodopsine des bâtonnets.

L’analyse informatisée du tracé requiert un filtrage fréquentiel passe-bande standardisé (habituellement de 0,3 Hz à 300 Hz) pour éliminer les dérives de ligne de base galvaniques lentes et les interférences électriques du secteur (50 ou 60 Hz). L’amplitude de l’onde b est alors mesurée avec précision depuis le nadir de l’onde a (ou depuis la ligne de base zéro en l’absence d’onde a) jusqu’au zénith de la courbure positive. Le temps de culmination est quantifié avec une résolution temporelle millimétrique depuis l’impulsion lumineuse jusqu’au sommet du pic. Toute interprétation doit être comparée aux distributions percentilées d’une base de données normative locale, ajustée en fonction de l’âge et de la réfraction oculaire du sujet.

10. Applications et portée pratique

La caractérisation de l’onde b possède un champ d’applications remarquablement diversifié, s’étendant du diagnostic nosologique des rétinopathies génétiques jusqu’aux investigations translationnelles de pointe en santé mentale :

  • Psychiatrie translationnelle et biomarqueurs des troubles de l’humeur : Dans le trouble bipolaire et le trouble dépressif majeur, les modulations de l’amplitude de l’onde b sous conditions scotopiques et photopiques ont été associées à des dysfonctionnements monoaminergiques. De manière fascinante, des études sur le trouble affectif saisonnier (TAS) démontrent une baisse significative de la sensibilité de l’onde b en hiver, qui se normalise sous l’effet d’une photothérapie matinale efficace, faisant de l’onde b un marqueur objectif de réponse thérapeutique.
  • Identification des endophénotypes de la psychose : Les altérations de l’onde b de l’ERG constituent l’un des candidats endophénotypiques les plus prometteurs pour la schizophrénie. Des anomalies d’amplitude et de latence sont détectées non seulement chez les individus atteints de formes chroniques, mais également chez les adolescents à très haut risque clinique de psychose et chez les apparentés du premier degré indemnes de tout symptôme clinique, suggérant une vulnérabilité neuro-synaptique partagée d’origine génétique.
  • Neurotoxicologie et pharmacovigilance en psychopharmacologie : Plusieurs molécules thérapeutiques psychotropes, notamment certains antiépileptiques utilisés comme régulateurs de l’humeur (vigabatrine, valproate de sodium) ou des antipsychotiques de première génération (phénothiazines), peuvent induire une toxicité rétinienne cumulative. Le suivi longitudinal de l’onde b permet de détecter une altération synaptique infrasonique bien avant l’apparition de scotomes irréversibles au champ visuel.
  • Diagnostic des dégénérescences rétiniennes héréditaires : Dans la rétinite pigmentaire, l’onde b scotopique subit une extinction progressive et précoce, précédant de plusieurs années l’apparition des dépôts pigmentaires osseux décelables à l’ophtalmoscopie. L’onde b guide ainsi la confirmation diagnostique moléculaire et l’éligibilité aux thérapies géniques émergentes.

11. Recherche et données empiriques

Au cours des deux dernières décennies, la recherche empirique liant l’onde b aux neurosciences fondamentales s’est considérablement intensifiée. Les études conduites par Hébert et son équipe à l’Université Laval ont démontré de façon répétée que les patients atteints de schizophrénie présentent une diminution conjointe des amplitudes des ondes a et b sous adaptation à l’obscurité, avec un effet de taille moyen à grand (d de Cohen compris entre 0,6 et 0,9). Ces résultats ont été répliqués de manière indépendante par des cohortes européennes et nord-américaines, consolidant l’hypothèse d’une dysfonction des récepteurs glutamatergiques et dopaminergiques partagée au sein du neuro-axe rétino-cortical.

Par ailleurs, les travaux pionniers de Schwitzer et de ses collègues ont examiné les anomalies de l’onde b dans les dépendances chimiques, notamment chez les consommateurs chroniques de cocaïne et d’alcool. Leurs données indiquent que la privation et le sevrage s’accompagnent de perturbations de la dynamique temporelle de l’onde b photopique, révélant un état d’épuisement dopaminergique rétinien corrélé à l’intensité du craving et à la durée de l’exposition à la substance.

Dans le domaine des troubles du spectre de l’autisme (TSA), les investigations en électrophysiologie visuelle ont mis en évidence des altérations distinctives de la réponse en onde b photopique. Plusieurs protocoles révèlent une réduction des potentiels oscillatoires et une modification du rapport onde b/onde a, suggérant un déséquilibre fondamental entre les systèmes d’excitation glutamatergique et d’inhibition GABAergique, ce qui corrobore la théorie neurobiologique centrale du ratio excitation/inhibition perturbé dans l’autisme.

12. Considérations culturelles et contextuelles

Bien que l’onde b mesure un processus biophysique direct, son recueil, son interprétation et son acceptabilité clinique dépendent de facteurs démographiques, pigmentaires et environnementaux notables. La pigmentation du fond d’œil, intimement liée à l’origine biogéographique et à la concentration en mélanine dans l’épithélium pigmentaire rétinien, influence indirectement la dispersion de la lumière à l’intérieur de la cavité oculaire. Les individus à forte pigmentation oculaire présentent en moyenne des amplitudes d’onde b légèrement inférieures à celles de sujets à faible pigmentation mélanique, en raison d’une absorption photonique supérieure qui réduit la lumière diffuse intraoculaire.

Sur le plan contextuel et ergonomique, l’administration d’un test électrorétinographique cornéen peut induire un sentiment d’appréhension ou d’inconfort tactile significatif selon les cultures et les représentations individuelles relatives aux interventions oculaires directes. L’adaptation de l’instrumentation vers des électrodes cutanées moins invasives ou vers des systèmes portables d’électrorétinographie manuelle (tels que le système RETeval) a considérablement élargi l’accessibilité de ces mesures dans les pays à revenu intermédiaire, en pédiatrie et au sein de populations historiquement marginalisées des grandes cohortes de recherche en neurophysiologie.

13. Critiques, débats et limites méthodologiques

Malgré l’élégance théorique de l’électrorétinogramme comme marqueur du système nerveux central, plusieurs limitations techniques et conceptuelles font l’objet de vives discussions dans la littérature spécialisée :

Une première critique concerne le manque de spécificité nosologique absolue de l’onde b. Une réduction de son amplitude n’est pas pathognomonique d’une entité clinique unique ; elle peut aussi bien traduire une schizophrénie débutante qu’une rétinopathie diabétique infraclinique, un glaucome à un stade précoce, une carence en vitamine A, ou simplement une opacification progressive des milieux réfringents comme la cataracte sénile. Il est donc indispensable d’exclure rigoureusement les comorbidités oculaires organiques avant d’imputer des variations d’onde b à des pathologies neuropsychiatriques.

Une seconde controverse porte sur la variabilité interindividuelle et intra-individuelle des paramètres de mesure. Le diamètre pupillaire résiduel, l’observance du participant quant à la fixation visuelle, la fatigue générale, la consommation aiguë de caféine ou de tabac dans les heures précédant l’examen, et le positionnement micrométrique des capteurs de recueil constituent des facteurs confondants majeurs. Sans un contrôle environnemental extrêmement rigoureux et standardisé, la reproductibilité des amplitudes d’onde b peut fluctuer de 10 à 20 % d’une session à l’autre chez un même sujet sain.

Enfin, le débat persiste quant à la modélisation exacte de l’origine cellulaire fine de l’onde b chez l’être humain. Alors que les modèles félins et simiens fournissent des aperçus précieux, la dissociation absolue entre la part purement neuronale (cellules bipolaires ON) et la part strictement gliale (cellules de Müller) demeure difficile à opérer in vivo chez l’homme sans l’administration d’inhibiteurs pharmacologiques spécifiques incompatibles avec l’éthique de la recherche clinique humaine.

14. Termes connexes et distinctions conceptuelles

Pour appréhender l’onde b avec exactitude, il importe de la discriminer rigoureusement des autres signaux électrophysiologiques du système visuel :

  • Onde a : Composante négative initiale précédant l’onde b. Elle reflète exclusivement l’hyperpolarisation précoce des photorécepteurs rétiniens externes (cônes et bâtonnets), tandis que l’onde b traduit la transmission synaptique subséquente vers les cellules bipolaires et gliales.
  • Onde c : Ondulation positive très lente survenant plusieurs secondes après l’onde b, prenant son origine dans l’épithélium pigmentaire rétinien en interaction métabolique avec les bâtonnets, rarement mesurée en routine clinique standard en raison de sa sensibilité aux mouvements oculaires lents.
  • Onde d : Déflexion positive observée à l’extinction du stimulus lumineux (réponse OFF) lors d’enregistrements utilisant des éclairs de longue durée (long-duration flash), générée principalement par la dépolarisation des cellules bipolaires OFF.
  • Potentiels évoqués visuels (PEV) : Tracés électroencéphalographiques recueillis sur le scalp occipital (notamment l’onde P100) reflétant la conduction de l’information le long des voies optiques et le traitement au sein du cortex visuel primaire (V1), à distinguer fondamentalement de l’ERG qui évalue exclusivement la neurophysiologie rétinienne périphérique.
  • Électro-oculogramme (EOG) : Examen évaluant le potentiel de repos dipolaire permanent de l’œil (rapport de chaîne ou indice d’Arden) généré par l’épithélium pigmentaire, sans mesurer directement l’activation synaptique dynamique rapide propre à l’onde b.

15. Synthèse et points clés à retenir

L’onde b de l’électrorétinogramme constitue le baromètre électrophysiologique cardinal de l’intégrité synaptique et gliale de la rétine moyenne. Générée par la synergie fonctionnelle des cellules bipolaires dépolarisantes et des cellules de Müller en réponse aux transitions du glutamate, elle fournit des mesures d’amplitude et de temps de culmination indispensables à l’évaluation fonctionnelle de la vision.

Au-delà de l’ophtalmologie médicale où elle sert d’étalon-or pour identifier les rétinopathies génétiques et vasculaires, l’onde b s’est imposée en psychophysiologie et en psychiatrie comme un biomarqueur d’une rare finesse. Elle permet d’examiner de manière non invasive et hautement objective les perturbations de neurotransmission glutamatergique, GABAergique et dopaminergique partagées entre le tissu rétinien et le parenchyme cérébral dans des pathologies complexes telles que la schizophrénie, les troubles de l’humeur et l’autisme.

Références

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  • Hébert, M., Gagné, A. M., Paradis, M. E., & Maziade, M. (2010). Retinal response to light in young offspring at high risk of schizophrenia and bipolar disorder. Biological Psychiatry, 67(3), 270-274. https://doi.org/10.1016/j.biopsych.2009.08.016
  • McCulloch, D. L., Marmor, M. F., Brigell, M. G., Hamilton, R., Holder, G. E., Tzekov, R., & Bach, M. (2015). ISCEV Standard for full-field clinical electroretinography (2015 update). Documenta Ophthalmologica, 130(1), 1-12. https://doi.org/10.1007/s10633-014-9473-7
  • Miller, R. F., & Dowling, J. E. (1970). Intracellular marking of the Müller (glial) cells in the mudpuppy retina: An electrophysiological study of the b-wave of the electroretinogram. Journal of Neurophysiology, 33(3), 323-341. https://doi.org/10.1152/jn.1970.33.3.323
  • Schwitzer, T., Schwan, R., Angioi-Duprez, K., Ingster-Moati, I., Lalanne, L., Giersch, A., & Laprevote, V. (2015). The role of electroretinogram in psychiatry: A systematic review. Journal of Psychiatric Research, 69, 1-14. https://doi.org/10.1016/j.jpsychires.2015.07.017

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 25). Onde b de l’ERG : La signature rétinienne. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=onde-b-electroretinogramme
Looti, Mohammed. “Onde b de l’ERG : La signature rétinienne.” Base de données de psychologie en français, 25 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_term=onde-b-electroretinogramme.
Looti, Mohammed. “Onde b de l’ERG : La signature rétinienne.” Base de données de psychologie en français. octobre 25, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=onde-b-electroretinogramme.