Niveau de sensation auditive : Repère psychoacoustique

Le niveau de sensation auditive (dB SL) mesure l’intensité sonore au-dessus du seuil absolu d’un individu. Découvrez sa définition, ses calculs et ses applications psychoacoustiques.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 25, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 25, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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Le niveau de sensation auditive constitue l’un des piliers fondamentaux de la psychoacoustique et de l’audiologie moderne, permettant d’étalonner la stimulation sonore non pas selon une échelle physique absolue, mais en référence directe aux capacités perceptives singulières d’un individu. En quantifiant l’intensité d’un stimulus par rapport au seuil liminaire d’audibilité du sujet, cette métrique offre une passerelle essentielle entre la physique acoustique et l’expérience perceptive humaine subjective.

Niveau de sensation auditive (Sensation Level)

1. Définition concise

Le niveau de sensation auditive (fréquemment abrégé SL ou désigné par l’unité dB SL, pour décibels au-dessus du seuil de sensation) représente l’intensité d’un stimulus sonore exprimée en décibels au-dessus du seuil absolu de détection auditive de ce même signal chez un auditeur donné. Contrairement aux grandeurs physiques objectives, le niveau de sensation normalise la pression acoustique en fonction de la sensibilité neurosensorielle propre à chaque individu pour une fréquence ou une modalité sonore précise.

Dans le domaine de la psychoacoustique et des neurosciences cognitives, cette mesure permet d’étudier les mécanismes perceptifs supraliminaires en neutralisant les variations interindividuelles de la sensibilité périphérique. Deux personnes ayant des capacités auditives différentes mais stimulées au même niveau de sensation reçoivent une énergie acoustique située à une distance perceptuelle équivalente au-dessus de leur propre seuil d’émergence auditive, facilitant la comparaison de leurs réponses comportementales et physiologiques.

Sur le plan audiologique, le niveau de sensation est indispensable à l’administration d’épreuves diagnostiques avancées, telles que l’audiométrie vocale supraliminaire, l’exploration de l’effet d’illusion binaurale ou les protocoles de masquage acoustique. Il garantit que le signal test présente une saillance psychoacoustique constante et cliniquement contrôlée pour chaque oreille évaluée.

2. Étymologie et origines linguistiques

L’expression française « niveau de sensation auditive » est la transposition directe de la terminologie anglo-saxonne auditory sensation level, introduite dans la littérature expérimentale au début du XXe siècle. Le substantif « niveau » provient du latin vulgaire libellus, diminutif de libra (balance, niveau d’aplomb), évoquant une position relative mesurée le long d’une échelle graduée.

Le terme « sensation » dérive du bas-latin sensatio, lui-même issu du verbe sentire, signifiant percevoir par les organes sensoriels, éprouver ou discerner. Dans le vocabulaire de la psychophysique classique inaugurée par Gustav Fechner, la sensation désigne l’expérience psychologique immédiate engendrée par l’excitation d’un organe récepteur périphérique, distincte de la perception qui implique une élaboration cognitive supérieure.

L’adjectif « auditive » trouve son origine dans le latin auditus, le sens de l’ouïe, dérivé du verbe audire (entendre). L’abréviation universelle dB SL combine ainsi le décibel — unité logarithmique dédiée à Alexander Graham Bell — et le concept de Sensation Level standardisé par les organisations internationales telles que l’Acoustical Society of America (ASA) et l’Organisation internationale de normalisation (ISO).

3. Prononciation et forme grammaticale

En français, le syntagme se prononce phonétiquement [ni.vo də sɑ̃.sa.sjɔ̃ o.di.tiv]. Sur le plan morphosyntaxique, il s’agit d’un groupe nominal masculin singulier composé du nom recteur « niveau », suivi du syntagme prépositionnel complément de nom « de sensation », lui-même qualifié par l’adjectif relationnel féminin « auditive ». Au pluriel, il s’orthographie « niveaux de sensation auditive ».

Dans l’usage clinique et scientifique francophone, le terme technique emprunté Sensation Level est couramment conservé sous sa formulation abrégée dB SL (lu à l’oral « décibels S-L » ou « décibels au-dessus du seuil »). Il est classé grammaticalement comme locution nominale invariable lorsqu’il agit comme unité de mesure après une valeur numérique (par exemple : « une intensité de quarante dB SL »).

Dans les contextes d’ingénierie biomédicale et d’audiologie appliquée, on rencontre parfois les variantes « niveau de sensation » ou « niveau au-dessus du seuil », bien que « niveau de sensation auditive » demeure la désignation formelle la plus rigoureuse dans les traités académiques francophones.

4. Explication conceptuelle détaillée

Pour appréhender le niveau de sensation auditive, il convient de distinguer avec clarté les trois principales références d’amplitude acoustique employées en audiologie : le niveau de pression acoustique (dB SPL, Sound Pressure Level), le niveau d’audition (dB HL, Hearing Level) et le niveau de sensation (dB SL). Tandis que le dB SPL quantifie une magnitude physique absolue dans l’air (dont la référence est zéro dB SPL équivalant à 20 micropascals) et que le dB HL normalise cette énergie par rapport au seuil moyen d’une population de jeunes adultes sains, le dB SL s’ancre exclusivement dans l’organisme récepteur individuel.

Le zéro d’une échelle en dB SL (0 dB SL) correspond rigoureusement au seuil d’audibilité absolu d’un auditeur précis pour un signal donné dans des conditions déterminées. Par conséquent, un stimulus délivré à 30 dB SL signifie que son amplitude excède de 30 décibels l’énergie minimale requise par cet auditeur pour en détecter la présence. Si un sujet normo-entendant présente un seuil d’audibilité pour un son pur de 1000 Hz à 5 dB HL, une présentation à 40 dB SL équivaut à un niveau physique de 45 dB HL. En revanche, pour un patient atteint d’une surdité de perception dont le seuil pour cette même fréquence est de 50 dB HL, une présentation à 40 dB SL exigera une émission à 90 dB HL.

Cette individualisation du niveau de stimulation est essentielle car le système auditif humain ne traite pas les signaux de façon purement linéaire. Les processus cochléaires, notamment la transduction mécano-électrique assurée par les cellules ciliées externes et internes, l’activation des fibres du nerf auditif et l’intégration au niveau du tronc cérébral et du cortex auditif primaire, dépendent de la distance d’activation qui sépare le signal de la ligne de base neuronale du sujet. Le niveau de sensation permet d’isoler l’impact des signaux supraliminaires de la simple acuité de détection basale.

Toutefois, le champ d’application du niveau de sensation ne doit pas occulter ses frontières conceptuelles. Deux individus stimulés au même dB SL ne perçoivent pas nécessairement la même intensité subjective perçue (sonie). Chez un sujet présentant un phénomène de recrutement cochléaire, une élévation de 20 dB SL peut engendrer une sensation de sonie fulgurante, disproportionnellement plus intense que la sonie ressentie par un auditeur normo-entendant exposé à ce même niveau de sensation.

5. Évolution historique

La genèse conceptuelle du niveau de sensation auditive est indissociable de la naissance de la psychophysique au XIXe siècle sous l’impulsion d’Ernst Heinrich Weber et de Gustav Fechner. En cherchant à formaliser la relation mathématique unissant le stimulus physique à l’intensité de la sensation mentale, Fechner a théorisé l’importance du « seuil différentiel » et du « seuil absolu », postulant que la sensation commence précisément à la frontière de détection liminaire.

Au début du XXe siècle, l’avènement des technologies de télécommunication au sein des laboratoires de la Bell Telephone Company a accéléré la standardisation de ces mesures. Des pionniers de l’acoustique tels que Harvey Fletcher et Wilden A. Munson ont exploré de façon systématique la sensibilité de l’oreille humaine, cartographiant les courbes isosoniques et mettant en évidence que le seuil d’audibilité varie considérablement en fonction de la fréquence du stimulus.

Dans les décennies 1940 et 1950, l’audiologie s’est structurée comme discipline médicale et réhabilitative autonome, notamment en réponse aux traumatismes sonores subis par les vétérans de la Seconde Guerre mondiale. Raymond Carhart et James Jerger ont formalisé les protocoles d’audiométrie clinique, intégrant l’utilisation du niveau de sensation comme paramètre fondamental pour standardiser les tests d’intelligibilité de la parole et distinguer les surdités cochléaires des atteintes rétrocochléaires.

Avec l’émergence des neurosciences auditives contemporaines et des technologies d’implants cochléaires dans les années 1980 et 1990, le niveau de sensation est devenu un concept indispensable pour programmer les processeurs de stimulation neurale, modéliser la tonotopie corticale par magnétoencéphalographie et évaluer le traitement auditif central chez l’enfant et l’adulte.

6. Fondements théoriques

Le niveau de sensation auditive s’appuie sur la loi de Weber-Fechner et les principes de la théorie de la détection du signal (TDS), développée notamment par David Green et John Swets. La théorie de la détection du signal démontre que le seuil auditif absolu n’est pas une barrière anatomique rigide, mais un processus probabiliste où le système nerveux doit discriminer un signal sensoriel noyé dans un bruit de fond neuronal spontané. Le seuil correspond statistiquement au niveau auquel la probabilité de détection atteint une valeur convenue (généralement 50 %). Le dB SL mesure donc l’écart par rapport à cette valeur charnière.

Un autre cadre théorique fondamental est la théorie de l’intégration temporelle et spatiale de l’énergie acoustique. L’excitabilité des neurones afférents du système auditif dépend de l’accumulation temporelle des quanta d’énergie délivrés à la synapse des cellules ciliées internes. Le niveau de sensation reflète l’amplitude par laquelle un train d’ondes acoustiques dépasse la constante de décharge minimale des fibres du nerf auditif.

Enfin, la théorie des canaux psychoacoustiques et des bandes critiques, introduite par Harvey Fletcher et raffinée par Eberhard Zwicker, postule que la cochlée se comporte comme une batterie de filtres passe-bande qui se chevauchent. L’application du concept de dB SL prend une dimension cruciale dans l’analyse de ces bandes critiques : l’efficacité de masquage ou la modulation de fréquence ne peut être correctement modélisée que si l’énergie du stimulus sonde et du bruit masquant est rapportée à leurs seuils de détection respectifs au sein de chaque filtre auditif.

7. Composantes clés, types et dimensions

L’analyse approfondie du niveau de sensation auditive requiert la prise en compte de plusieurs dimensions psychophysiques et méthodologiques :

  • Stimulus de référence : Le seuil à partir duquel est calculé le dB SL dépend de la nature du stimulus sonore. On distingue le niveau de sensation pour sons purs (fréquences tonales discrètes), pour bruits à large bande (bruit blanc, bruit rose, bruit de parole) et pour stimuli de parole (mots dissyllabiques, phonèmes).
  • Temporalité du signal : La durée d’émission influence le niveau de sensation réel. Un son bref de 20 millisecondes requiert une pression acoustique plus élevée pour être détecté qu’un stimulus de 200 millisecondes, en vertu du processus d’intégration temporelle psychoacoustique.
  • Latéralité et écoute binaurale : Le dB SL peut être calculé de façon monaurale (oreille droite ou gauche isolée sous écouteur) ou de façon binaurale (en champ libre). Le phénomène de sommation binaurale abaisse le seuil de détection global d’environ 3 dB par rapport au seuil monaural.
  • Gamme dynamique résiduelle : La distance entre le niveau de sensation (0 dB SL) et le seuil d’inconfort auditif (UCL, Uncomfortable Loudness Level) définit la plage utile de perception d’un sujet. Chez l’individu normo-entendant, cette dynamique atteint couramment 90 à 100 dB SL, alors qu’elle peut s’effondrer à 20 ou 30 dB SL en présence d’une perte auditive sévère.
  • Régime supraliminaire d’évaluation : L’intensité relative se subdivise en zones d’intérêt : les faibles niveaux de sensation (5 à 15 dB SL), les niveaux moyens d’intelligibilité conversationnelle (30 à 40 dB SL) et les hauts niveaux d’exploration de la saturation auditive (60 dB SL et plus).

8. Exemples et cas illustratifs

Pour illustrer la variabilité clinique du niveau de sensation, considérons le cas d’un sujet A, jeune adulte ne présentant aucun trouble de l’audition, dont le seuil de réception vocale (SRT) est établi à 10 dB HL. Si l’examinateur lui présente une liste de mots phonétiquement équilibrés à un niveau de sensation de 30 dB SL, le signal sera diffusé dans le casque à une intensité absolue de 40 dB HL (10 dB HL + 30 dB SL). À cette intensité, le sujet A obtiendra sans difficulté un score d’intelligibilité proche de 100 %.

Examinons à présent le cas d’un sujet B, présentant une presbyacousie modérée dont le seuil de réception vocale se situe à 55 dB HL. Pour soumettre ce patient au même niveau de sensation que le sujet A (soit 30 dB SL), l’audiologue devra présenter les mots à une intensité de 85 dB HL (55 dB HL + 30 dB SL). Bien que le stimulus physique soit bien plus énergétique chez le sujet B que chez le sujet A, les deux individus reçoivent une information située à égale distance relative au-dessus de leur propre seuil d’émergence auditive.

Un autre exemple frappant s’observe dans les protocoles d’évaluation des acouphènes. Lorsqu’un patient rapporte un sifflement tonal continu localisé autour de 4000 Hz, l’audiologue mesure d’abord le seuil de détection du patient à cette fréquence (par exemple 45 dB HL), puis recherche l’amplitude de l’acouphène en demandant au sujet d’égaliser l’intensité d’un son extérieur avec son bruit interne. Si l’égalisation intervient à 50 dB HL, la sensation subjective de l’acouphène n’est que de 5 dB SL. Cela démontre qu’un acouphène vécu comme particulièrement invalidant ne possède souvent qu’un niveau de sensation physique très modeste au-dessus du seuil de perception.

9. Mesure et évaluation psychophysique

La détermination précise du niveau de sensation auditive requiert un protocole rigoureux en deux phases : la mesure du seuil absolu de détection suivie de l’ajustement du stimulus d’essai à l’amplitude supraliminaire souhaitée. Cette démarche est menée au sein d’une cabine insonorisée conforme aux normes internationales d’isolation acoustique, à l’aide d’un audiomètre étalonné périodiquement.

La première étape repose généralement sur la méthode des limites modifiée de Hughson-Westlake (procédure ascendante par pas de 5 dB). L’examinateur recherche le seuil minimal auquel le sujet répond correctement à au moins 50 % des présentations sonores. Ce seuil constitue le niveau d’ancrage référentiel absolu de l’oreille pour cette fréquence ou ce type de son, désigné conventionnellement comme le 0 dB SL.

La seconde phase consiste à appliquer le décalage arithmétique nécessaire au stimulus test. Dans les logiciels audiométriques numériques et les équipements modernes de psychophysique, ce processus est couramment automatisé : une fois le seuil liminaire validé, l’expérimentateur sélectionne le niveau de sensation désiré (par exemple +40 dB SL), et le générateur acoustique module la tension de sortie envoyée aux transducteurs (écouteurs supra-auriculaires, intra-auriculaires ou haut-parleurs) pour délivrer exactement l’intensité supraliminaire cible.

10. Applications cliniques et portée pratique

Le niveau de sensation auditive trouve son application majeure en audiométrie vocale. L’évaluation de la discrimination de la parole nécessite de présenter des listes de monosyllabes ou de dissyllabes à une intensité optimale permettant d’atteindre le score maximal de reconnaissance (PB Max). Cette présentation est classiquement effectuée à 30 ou 40 dB SL au-dessus du seuil d’intelligibilité vocale de l’auditeur. Si le clinicien utilisait un niveau fixe en dB HL pour tous les patients, les sujets malentendants seraient sous-stimulés tandis que les sujets normo-entendants recevraient un signal inutilement inconfortable.

Dans le domaine de l’audiologie pédiatrique et de la remédiation audioprothétique, le dB SL est employé pour évaluer l’amplification fonctionnelle. L’analyse des indices d’audibilité, telle que la modélisation de l’indice de transférabilité vocale (STI) ou de l’indice d’intelligibilité de la parole (SII), quantifie le niveau de sensation résiduel de la parole à travers chaque bande fréquentielle après traitement par une prothèse auditive, afin de s’assurer que les phonèmes du langage émergent du seuil d’audition de l’enfant sans dépasser sa tolérance.

En électrophysiologie clinique, l’enregistrement des potentiels évoqués auditifs du tronc cérébral (PEATC) et des potentiels corticaux utilise fréquemment des clics ou des bouffées tonales réglés à un niveau de sensation défini (souvent 60 ou 70 dB nHL/SL). Cela permet de neutraliser l’effet de l’hypoacousie périphérique sur l’allongement des latences et la diminution des amplitudes des ondes neurales, autorisant ainsi un diagnostic différentiel précis entre un retard de conduction périphérique et une lésion démyélinisante du tronc cérébral.

11. Recherches et preuves empiriques

De nombreux travaux en psychologie expérimentale et en neurobiologie auditive ont exploité le niveau de sensation pour isoler les mécanismes cérébraux de traitement des signaux. Les recherches historiques de Raymond Carhart et de ses collaborateurs ont prouvé que la dégradation de l’intelligibilité de la parole à haut niveau de sensation (le phénomène de régression ou rollover) constitue un marqueur pathognomonique des atteintes du nerf auditif, telles que le schwannome vestibulaire.

Des études en neuro-imagerie fonctionnelle (IRMf et électroencéphalographie à haute densité), menées notamment autour de l’analyse des ondes MMN (Mismatch Negativity), ont démontré que l’amplitude de la réponse corticale automatique au changement acoustique dépend directement du niveau de sensation du stimulus sonore déviant par rapport au stimulus standard. Lorsque le niveau de sensation est égalisé entre un groupe de sujets âgés et un groupe de sujets jeunes, une grande part des déficits de traitement précoce initialement attribués au vieillissement cérébral disparaît, démontrant que la baisse de sensibilité périphérique expliquait à elle seule les anomalies observées.

En outre, les travaux sur le masquage d’un signal par un bruit concurrentiel (recherches menées par Brian C. J. Moore et ses collègues) ont mis en évidence la notion de niveau de sensation effectif : la détectabilité d’un son cible en milieu bruyant dépend rigoureusement de son niveau de sensation calculé au-dessus du seuil masqué, confirmant la validité du dB SL comme unité de référence dans les modèles de séparation de sources sonores auditives.

12. Considérations socioculturelles et contextuelles

Bien que le décibel de sensation auditive soit une mesure quantitative standardisée, son interprétation et son déploiement pratique subissent des variations en fonction des contextes linguistiques et des politiques de santé publique. Dans les pays à faibles revenus ou dans les régions dépourvues d’infrastructures audiologiques pérennes, l’équipement nécessaire pour établir un seuil de référence précis et fiable (audiomètres étalonnés, cabines insonorisées) fait souvent défaut. Les praticiens y recourent alors à des niveaux de stimulation fixes en dB SPL ou dB HL, au détriment de la précision diagnostique.

Par ailleurs, l’évaluation du niveau de sensation vocale interagit intimement avec la structure phonétique de la langue maternelle de l’auditeur. Dans les langues tonales telles que le mandarin ou le vietnamien, les variations de hauteur tonale (fréquence fondamentale) portent une valeur sémantique fondamentale. Des études transculturelles ont montré qu’un niveau de sensation de 15 dB SL peut suffire à un auditeur sinophone pour identifier des voyelles tonales, alors qu’un auditeur francophone ou anglophone aura besoin d’au moins 25 à 30 dB SL pour discriminer des contrastes consonantiques occlusifs ou fricatifs non voisés.

Enfin, l’adaptation aux environnements sonores quotidiens varie selon les cultures et l’urbanisation. Dans les métropoles densément peuplées, les seuils fonctionnels d’écoute et la tolérance aux niveaux supraliminaires sont modulés par une exposition chronique au bruit ambiant, altérant l’évaluation de la gêne acoustique rapportée pour un même niveau de sensation.

13. Critiques, controverses et limites

La principale controverse entourant l’usage exclusif du niveau de sensation réside dans le phénomène de non-équivalence de la sonie. Chez un patient souffrant d’une surdité de perception d’origine cochléaire, la perte des cellules ciliées externes entraîne une perte de la compression mécanique non linéaire naturelle de la cochlée. Ce phénomène engendre un recrutement auditive : au-dessus du seuil d’audition, la sensation subjective d’intensité augmente de manière anormalement abrupte. Pour ce patient, un son délivré à 20 dB SL peut être ressenti comme aussi puissant et agressif qu’un son présenté à 60 dB SL chez un auditeur sain. Utiliser le dB SL comme garant d’une perception subjective uniforme constitue donc une simplification abusive en présence d’une pathologie sensorielle.

Une seconde limite méthodologique concerne l’accumulation d’erreurs de mesure. Le niveau de sensation auditive étant une valeur relative dépendante d’une première mesure liminaire, toute imprécision lors de l’établissement du seuil absolu (due à la fatigue du sujet, à un manque de concentration ou à des fluctuations de pression dans l’oreille moyenne) se répercute arithmétiquement sur tous les calculs ultérieurs de dB SL. Une surestimation de 10 dB du seuil liminaire fausse entièrement l’administration du test supraliminaire associé.

Enfin, la standardisation du dB SL pose un défi face aux stimuli complexes non stationnaires, tels que les sons de parole continue ou les pièces musicales. En raison de la fluctuation constante de l’enveloppe spectrale et temporelle de ces signaux, la définition d’un seuil de détection unique et homogène devient complexe, poussant certains chercheurs à lui préférer des unités calculées sur la sonie normalisée ou des indices d’audibilité computationnels standardisés.

14. Termes associés et distinctions conceptuelles

Pour éviter toute confusion taxonomique, il convient d’expliciter les relations entre le niveau de sensation et les concepts adjacents :

  • Niveau d’audition (dB HL, Hearing Level) : Échelle audiométrique standardisée où le zéro (0 dB HL) représente le seuil moyen de détection auditive d’une population de référence jeune et otologiquement saine. Le dB HL est une norme démographique, tandis que le dB SL est une mesure individualisée propre au sujet examiné.
  • Niveau de pression acoustique (dB SPL, Sound Pressure Level) : Mesure physique absolue de l’amplitude de la pression exercée par l’onde sonore dans l’air, rapportée à une pression de référence internationale de 20 µPa. Le dB SPL est complètement indépendant de toute oreille humaine, au contraire du dB SL.
  • Seuil d’audibilité liminaire : Niveau acoustique minimal à partir duquel un son déclenche une perception consciente chez l’individu. Il constitue précisément la référence d’ancrage (le point zéro) du niveau de sensation auditive.
  • Sonie (Loudness) : Grandeur psychoacoustique traduisant l’intensité subjective d’un son telle que ressentie psychologiquement par l’auditeur, mesurée en sones ou en phones. Deux stimuli émis au même niveau de sensation (dB SL) ne présentent pas automatiquement la même sonie en raison des caractéristiques fréquentielles de l’oreille et d’éventuelles atteintes cochléaires.
  • Plage dynamique auditive : Intervalle en décibels délimité par le seuil absolu d’audition (0 dB SL) et le seuil d’inconfort auditif (UCL). Elle détermine l’espace d’amplitude utile à l’intérieur duquel les niveaux de sensation peuvent être exploités cliniquement sans déclencher de sensation douloureuse.

15. Résumé et points clés

Le niveau de sensation auditive (dB SL) s’affirme comme une mesure pivot reliant l’acoustique physique à la clinique auditive et aux sciences de la cognition :

  • Il quantifie l’énergie acoustique d’un son en prenant pour référence exclusive le seuil de détection absolu du sujet testé (0 dB SL = seuil individuel).
  • Il permet d’isoler l’impact des stimulations supraliminaires de la perte d’acuité auditive périphérique de base.
  • Il est indispensable à l’administration des épreuves audiométriques vocales (standardisées typiquement à +30 ou +40 dB SL) et aux protocoles électrophysiologiques de recherche.
  • Il ne préjuge pas de l’intensité subjective réellement ressentie (sonie), qui peut être amplifiée de manière disproportionnée en cas de recrutement cochléaire chez le sujet malentendant.
  • Il demeure, aux côtés des dB SPL et dB HL, une référence indispensable pour tout protocole diagnostique et de réhabilitation prothétique auditive rigoureux.

Références

  • American Speech-Language-Hearing Association. (2005). Guidelines for manual pure-tone threshold audiometry. ASHA. https://www.asha.org/policy/GL2005-00014/
  • Fechner, G. T. (1860). Elemente der Psychophysik. Breitkopf und Härtel.
  • Fletcher, H., & Munson, W. A. (1933). Loudness, its definition, measurement and calculation. The Journal of the Acoustical Society of America, 5(2), 82–108. https://doi.org/10.1121/1.1915637
  • Moore, B. C. J. (2012). An introduction to the psychology of hearing (6e éd.). Brill. https://doi.org/10.1163/9789004252424
  • Zwicker, E., & Fastl, H. (2013). Psychoacoustics: Facts and models (3e éd.). Springer Science & Business Media.

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 25). Niveau de sensation auditive : Repère psychoacoustique. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=niveau-de-sensation-auditive
Looti, Mohammed. “Niveau de sensation auditive : Repère psychoacoustique.” Base de données de psychologie en français, 25 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_term=niveau-de-sensation-auditive.
Looti, Mohammed. “Niveau de sensation auditive : Repère psychoacoustique.” Base de données de psychologie en français. octobre 25, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=niveau-de-sensation-auditive.