Impulsion centripète : Définition et dynamiques

L’impulsion centripète désigne un flux d’énergie ou d’information convergeant de la périphérie vers le centre, qu’il s’agisse de la transmission nerveuse afférente vers le système nerveux central ou de la dynamique de cohésion intrapersonnelle et familiale.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 30, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 30, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

L’impulsion centripète désigne un mouvement fondamental d’orientation vers l’intérieur, qu’il s’agisse du flux de l’influx nerveux afférent convergeant de la périphérie corporelle vers les structures intégratives du système nerveux central, ou du vecteur psychologique et relationnel ramenant l’énergie, l’attention et les dynamiques affectives vers le centre organisateur de l’individu ou du groupe. Ce concept cardinal relie la neurobiologie sensori-motrice à la psychologie du développement et aux théories systémiques.

Impulsion centripète

1. Définition concise

En psychophysiologie et en neurosciences comportementales, l’impulsion centripète correspond à la propagation d’un signal électrochimique afférent acheminé depuis les récepteurs sensoriels périphériques ou viscéraux vers les centres de coordination du système nerveux central, notamment la moelle épinière, le tronc cérébral et le cortex cérébral. Dans les théories psychologiques, psychomotrices et systémiques, le terme caractérise une force ou une tendance motivationnelle dirigeant l’activité, l’énergie pulsionnelle ou les patterns interactionnels vers le noyau interne du sujet, vers le corps propre ou vers le foyer relationnel primaire.

Au carrefour de la biologie et de la psychologie fonctionnelle, l’impulsion centripète s’oppose au vecteur centrifuge, qui projette l’énergie ou l’ordre moteur vers l’environnement extérieur. Dans le cadre de l’intégration sensorimotrice, elle conditionne la boucle de rétroaction indispensable à l’apprentissage, à l’ajustement postural et à la construction de la conscience intéroceptive et proprioceptive. Sans cette constante remontée d’informations afférentes vers le centre, aucune régulation comportementale homéostatique ni aucune émergence de l’unité somatopsychique ne saurait advenir.

Sur le plan psychologique et développemental, la polarité centripète incarne la phase ou l’opération par laquelle l’organisme suspend temporairement son expansion exploratoire pour assimiler l’expérience vécue, consolider les frontières de l’identité ou préserver la cohésion d’un système face aux contraintes déstabilisatrices du milieu environnant.

2. Étymologie et origine linguistique

Le syntagme « impulsion centripète » réunit deux racines issues du latin classique. Le substantif « impulsion » dérive du latin impulsio (issu du verbe impellere, composé du préfixe in- signifiant « vers l’intérieur » ou « sur », et de pellere signifiant « pousser », « heurter » ou « mettre en mouvement »). Il désigne étymologiquement l’acte de pousser en avant, une poussée soudaine ou la force motrice imprimée à un corps.

L’adjectif « centripète » est un néologisme scientifique forgé au XVIIe siècle par le mathématicien et physicien Isaac Newton (dans ses Philosophiae Naturalis Principia Mathematica en 1687) à partir du latin centrum (« centre », lui-même emprunté au grec ancien κέντρον, kéntron, « pointe », « aiguillon ») et du verbe petere (« chercher à atteindre », « se diriger vers »). Littéralement, l’adjectif qualifie ce qui tend à se rapprocher du centre ou qui sollicite le point focal.

L’introduction de ce vocable en neurophysiologie et en psychophysiologie s’est opérée au cours du XIXe siècle par l’intermédiaire des travaux de savants pionniers tels que Johannes Peter Müller, Hermann von Helmholtz et Claude Bernard, avant d’être formalisée par Sir Charles Scott Sherrington pour qualifier les influx afférents. Le terme a ensuite migré vers la psychologie de l’enfant avec Henri Wallon et vers la thérapie familiale systémique avec Helm Stierlin, traduisant à chaque étape la notion d’une trajectoire convergeant vers le noyau de référence.

3. Prononciation et forme grammaticale

En français standard, l’expression se prononce phonétiquement /ɛ̃.pyl.sjɔ̃ sɑ̃.tʁi.pɛt/. Il s’agit d’une locution nominale féminine composée du nom commun « impulsion » (nom féminin singulier) et de l’adjectif qualificatif « centripète » (adjectif épithète féminin singulier). Au pluriel, la forme devient « impulsions centripètes » (/ɛ̃.pyl.sjɔ̃ sɑ̃.tʁi.pɛt/).

Dans la littérature scientifique francophone, le terme alterne occasionnellement avec les expressions « influx centripète », « onde centripète », « volée centripète » (notamment dans la description neurophysiologique des potentiels d’action sensoriels) ou « force centripète » dans les modélisations systémiques et psychanalytiques. Son emploi exige la reconnaissance de sa double nature : d’une part, un phénomène matériel et physiologique (l’onde de dépolarisation membranaire centripète), d’autre part, une métaphore conceptuelle désignant un vecteur motivationnel d’intériorisation.

4. Explication conceptuelle détaillée

L’impulsion centripète représente le principe structural selon lequel tout système vivant et psychique a besoin d’un mouvement d’affluence convergent pour s’auto-réguler, s’informer et maintenir son équilibre homéostatique. Dans son acception psychophysiologique, elle constitue le signal nerveux ascendant ou afférent qui quitte les organes sensoriels périphériques (fuseaux neuromusculaires, corpuscules tactiles, récepteurs viscéraux ou vestibulaires) pour rejoindre les centres névralgiques du névraxe. Cette impulsion n’est pas un simple enregistrement passif : elle transforme un événement physique ou chimique périphérique en un code électrique ordonné, fournissant la matière première de l’activité nerveuse supérieure.

Sur le plan du fonctionnement sensorimoteur, l’impulsion centripète constitue le premier volet de la boucle réflexe et de la boucle cybernétique d’apprentissage. Avant qu’une commande motrice centrifuge (efférente) ne puisse être exécutée avec précision, le cerveau doit traiter une myriade d’impulsions centripètes signalant la position des segments corporels, le tonus musculaire présent et les caractéristiques de l’environnement immédiat. Il s’établit ainsi une tension dialectique permanente entre le pôle centripète (l’absorption, l’information, la réception) et le pôle centrifuge (l’action, la décharge, la projection externe).

Dans la théorie du développement de l’enfant théorisée par Henri Wallon, l’impulsion centripète prend un sens psychodynamique et tonico-émotionnel prépondérant. Wallon distingue les stades centripètes, au cours desquels l’énergie psychique et motrice de l’enfant se tourne vers l’édification de sa propre personne et vers la consolidation affective de son ego (comme lors du stade de l’impulsivité motrice pure ou du stade du personnalisme), des stades centrifuges tournés vers l’exploration intellectuelle et la maîtrise du monde extérieur. L’impulsion centripète incarne ici un repli intégrateur salutaire, sans lequel le sujet ne pourrait développer une conscience claire de son unité corporelle et mentale.

Au niveau de la psychologie des relations interpersonnelles et de la systémique familiale, l’impulsion centripète se traduit par une attraction cohésive qui maintient les éléments d’un groupe en cohésion étroite autour de son centre symbolique. Dans ce cadre théorique, les membres d’un système répondent à des forces centripètes d’attachement, de loyauté et de solidarité, qui garantissent la continuité du groupe familial. Toutefois, lorsque cette impulsion devient disproportionnée et rigide, elle enferme les protagonistes dans une fusion pathogène, entravant l’autonomisation et la différenciation individuelle.

5. Évolution historique

L’histoire de l’impulsion centripète s’enracine dans la transition de la physiologie mécaniste vers la psychologie scientifique moderne au cours des XVIIIe et XIXe siècles. Initialement, la théorie des « esprits animaux » de René Descartes envisageait déjà des flux circulant des récepteurs vers les cavités cérébrales, mais il fallut attendre la loi de Bell-Magendie au début du XIXe siècle pour que soit rigoureusement démontrée la séparation anatomique entre les racines rachidiennes postérieures, conductrices des impulsions centripètes ou sensitives, et les racines antérieures, dévolues aux impulsions centrifuges ou motrices.

À la fin du XIXe siècle, Sir Charles Scott Sherrington révolutionna la neurophysiologie en conceptualisant l’action intégrative du système nerveux. Dans ses monographies fondamentales, Sherrington mit en évidence que le système nerveux central n’est pas un agrégat de conducteurs isolés, mais un centre de convergence où d’innombrables volées d’impulsions centripètes s’articulent, s’inhibent ou s’amplifient mutuellement au niveau de la synapse (terme qu’il créa également) pour générer une réponse unifiée. Ses expériences sur l’inhibition réflexe ont définitivement prouvé le rôle régulateur primordial des influx centripètes proprioceptifs.

Parallèlement, la naissance de la psychophysiologie avec Wilhelm Wundt en Allemagne consacra l’étude du temps de transmission de l’influx centripète dans la mesure des processus aperceptifs. Pour Wundt, l’acte volontaire suppose nécessairement l’acheminement centripète des stimuli jusqu’à l’aperception centrale, avant la formulation du jugement ou de la réponse centrifuge.

Au milieu du XXe siècle, le concept s’enrichit de nouvelles dimensions avec l’avènement de la psychologie développementale francophone et de la thérapie familiale américaine. Dans les années 1930 à 1950, Henri Wallon inséra la dialectique centripète-centrifuge au cœur de sa théorie des stades de l’enfance, conférant au tonus et à l’affectivité une fonction centripète d’édification du soi. Quelques décennies plus tard, le psychiatre et psychanalyste Helm Stierlin adapta ces notions à l’analyse des systèmes familiaux d’adolescents en crise, introduisant la typologie des forces familiales centripètes et centrifuges, marquant durablement la clinique institutionnelle et relationnelle contemporaine.

6. Fondements théoriques

L’impulsion centripète repose sur trois piliers conceptuels interconnectés : la neurobiologie de l’arc réflexe et de l’inhibition réciproque, la théorie psychomotrice du dialogue tonique, et la théorie générale des systèmes appliqués aux relations humaines. En premier lieu, la biomécanique neurobiologique postule que l’appareil cognitif dépend d’un gradient de flux afférents continus. Le concept sherringtonien de proprioception démontre que le corps s’auto-informe en permanence : chaque mouvement génère des impulsions centripètes qui réajustent en temps réel la précision de l’action planifiée dans une boucle de rétroaction négative.

En second lieu, la théorie psychomotrice wallonienne érige le tonus musculaire en carrefour de l’affectivité et de la relation. L’impulsion centripète y est conceptualisée non seulement comme conduction neuronale, mais comme une disposition d’assimilation corporelle. Selon cette grille de lecture, le nourrisson est initialement submergé par des réactions motrices sans direction précise, jusqu’à ce que la maturation nerveuse canalise ces décharges en manifestations tonico-posturales orientées vers le corps propre. L’orientation centripète structure le dialogue précoce avec la mère, matrice fondamentale de l’attachement et de la régulation des tensions internes.

En troisième lieu, dans la tradition systémique inaugurée par Ludwig von Bertalanffy et transposée à la clinique familiale par Helm Stierlin et Salvador Minuchin, l’impulsion centripète est appréhendée comme un vecteur de force cohésive interne. La famille est modélisée comme un champ dynamique gouverné par deux forces en tension : l’impulsion centripète, qui tend à retenir les membres dans l’enceinte de l’écosystème familial en maximisant l’interdépendance, et l’impulsion centrifuge, qui propulse les adolescents vers l’indépendance sociale extérieure. La santé du système repose sur la fluidité de leur alternance.

7. Composantes clés, types et dimensions

L’analyse détaillée de l’impulsion centripète permet d’isoler plusieurs composantes physiologiques et phénoménologiques distinctes :

  • La composante afférente sensori-somatique : Faisceau d’axones myélinisés de gros calibre conduisant les informations extéroceptives (tact épicritique, vibration) et proprioceptives depuis les récepteurs articulaires et musculo-tendineux vers les cornes dorsales de la moelle et les cordons postérieurs.
  • La composante viscéroceptive et intéroceptive : Conduction plus lente par des fibres peu myélinisées ou amyéliniques (fibres A-delta et C) transmettant les informations nociceptives, viscérales et thermiques vers les noyaux autonomes du tronc cérébral et l’insula, fournissant la base somatique des états émotionnels et du sentiment de soi corporel.
  • La dimension temporelle et de sommation : L’efficacité de l’impulsion centripète dépend de sa fréquence de décharge et de sa sommation temporelle et spatiale au niveau synaptique, qui détermine le franchissement du seuil d’excitabilité des neurones relais centraux.
  • La modalité psychomotrice d’intériorisation : Traduction motrice par laquelle le sujet contracte sa posture vers l’axe axial, adoptant une attitude de repli réflexif, d’autocalmement ou d’écoute corporelle intérieure.
  • La force centripète relationnelle (mode de liaison systémique) : Modèle d’interaction intrafamiliale caractérisé par un investissement massif de l’intérieur du foyer perçu comme sécurisant ou menacé, souvent au détriment de l’investissement dans le monde extra-familial.

8. Exemples et cas illustratifs

Un premier exemple clinique physiologique s’observe lors du réflexe myotatique patellaire. La percussion du tendon rotulien entraîne un étirement bref mais vif du muscle quadriceps fémoral. Cet allongement active les récepteurs primaires des fuseaux neuromusculaires, générant une impulsion centripète rapide qui chemine le long des axones sensitifs Ia jusqu’à la moelle épinière lombo-sacrée. Au sein de la substance grise médullaire, cette volée centripète contracte une synapse monosynaptique avec les motoneurones alpha, provoquant en retour l’ordre moteur centrifuge d’extension de la jambe.

Un deuxième cas illustre la dimension psychomotrice et émotionnelle chez le tout-petit confronté à un stress environnemental aigu (bruit violent imprévu). L’enfant ne se lance pas dans une course centrifuge vers le danger, mais opère un regroupement tonique centripète : flexion des bras, rapprochement des genoux vers le buste, et recherche visuelle immédiate de la figure d’attachement primaire. Cette impulsion centripète de rétraction motrice et d’agrippement affectif réorganise le système d’alarme et restaure la régulation neurovégétative rompue par la surprise.

Un troisième exemple émane de la psychopathologie clinique des familles à fonctionnement centripète rigide, telle que décrite par Stierlin. Dans une observation d’adolescent manifestant une phobie scolaire sévère, l’anamnèse révèle une dynamique familiale où chaque tentative d’ouverture sociale extérieure est inconsciemment disqualifiée par les parents comme une trahison de la cellule protectrice. L’impulsion centripète intrafamiliale est ici tellement contraignante que l’émancipation centrifuge est assimilée à une catastrophe vitale, clouant l’adolescent au domicile familial pour préserver l’illusion de cohésion parentale.

9. Mesure et évaluation

En neurosciences et en médecine physique, l’évaluation de l’impulsion centripète repose sur des méthodes d’électrophysiologie rigoureuses. L’outil le plus couramment employé est l’électromyographie couplée à l’électroneurographie sensitive, qui mesure la vitesse de conduction sensitive (VCS) et l’amplitude des potentiels d’action sensitifs (SNAP) le long des troncs nerveux périphériques. Ces mesures objectivent avec une haute précision la santé axonale et la qualité de transmission du signal centripète vers le système nerveux central.

Dans l’exploration des circuits réflexes spinaux et de la boucle proprioceptive, l’étude du réflexe de Hoffmann (réflexe H) fournit une évaluation quantifiée directe de la transmission synaptique médullaire déclenchée par l’impulsion centripète des fibres afférentes Ia. De plus, les potentiels évoqués somesthésiques (PES) permettent d’enregistrer sur le cuir chevelu la trace temporelle et l’arrivée au cortex pariétal primaire de la volée centripète déclenchée par une stimulation électrique distale.

Dans le domaine psychométrique et relationnel, l’évaluation des tendances centripètes utilise des questionnaires d’ambiance et de dynamique familiale, comme le Family Environment Scale (FES) de Moos ou le FACES (Family Adaptability and Cohesion Evaluation Scales) de David Olson. Ces outils évaluent la cohésion et l’enchevêtrement systémique, quantifiant le degré d’intensité de l’attraction centripète exercée par le noyau familial sur ses membres constitutifs.

10. Applications et portée pratique

Dans le champ de la rééducation fonctionnelle et de la kinésithérapie, l’activation ciblée des impulsions centripètes constitue le socle des techniques de rééducation proprioceptive et neuromusculaire. Après une lésion ligamentaire ou un accident vasculaire cérébral, le thérapeute utilise des stimulations mécaniques, des surfaces instables et des rétroactions biofeedback pour saturer les voies centripètes afférentes. Ce bombardement d’impulsions aide le cerveau à réorganiser ses cartes motrices corticales par plasticité cérébrale.

En psychothérapie systémique et en thérapie de couple, le repérage des impulsions centripètes permet aux cliniciens de cartographier la flexibilité des frontières intrafamiliales. Les interventions thérapeutiques visent à assouplir une impulsion centripète devenue trop coercitive, en autorisant des explorations centrifuges rassurantes pour les adolescents en quête d’indépendance, tout en prévenant les ruptures décompensatoires brutales.

En psychomotricité et en gestion du stress, le travail sur la tonicité centripète (exercices de recentrage postural, relaxation concentrative de Schultz, pleine conscience corporelle) permet aux sujets souffrant d’anxiété généralisée ou de dispersion attentionnelle de ramener leur vigilance vers les signaux internes sécurisants. Cette focalisation centripète réduit la réactivité excessive aux stimuli extéroceptifs anxiogènes et favorise l’équilibre parasympathique.

11. Recherche et données empiriques

Les investigations contemporaines en neurobiologie moléculaire et intégrative ont considérablement éclairé les mécanismes de l’impulsion centripète nociceptive et viscérale. Les recherches dirigées par des neurophysiologistes de la douleur, tels qu’Anthony Dickenson ou Clifford Woolf, ont démontré le phénomène de sensibilisation centrale (central sensitization) : des décharges centripètes répétées de haute fréquence provenant de fibres nociceptives périphériques altèrent la plasticité synaptique des neurones de la corne dorsale médullaire, produisant une hyperalgésie persistante par amplification du signal afférent.

Dans le secteur de la cognition incarnée et de l’intéroception, les travaux empiriques d’Antonio Damasio et d’Hugo Critchley sur l’axe cœur-cerveau révèlent que les impulsions centripètes transitant par le nerf vague vers le noyau du faisceau solitaire et l’insula antérieure influencent directement la prise de décision, l’évaluation des risques et la coloration affective de la conscience. Les études en imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) confirment que l’intégration centrale de ces volées afférentes module l’activité du réseau du mode par défaut (DMN).

Sur le versant systémique, les études longitudinales menées par des équipes de recherche sur les transitions à l’âge adulte (notamment les cohortes analysées par l’école de Palo Alto et les successeurs de Minuchin) ont corroboré empiriquement la thèse de Stierlin : les adolescents issus de familles à dominante centripète marquée présentent des scores plus élevés d’anxiété de séparation et une scolarisation prolongée chez les parents, mais conservent des niveaux élevés de solidarité intergénérationnelle en cas de coup dur économique.

12. Considérations culturelles et transculturelles

La valeur adaptative et l’interprétation de l’impulsion centripète varient grandement selon les contextes socioculturels. Dans les cultures occidentales contemporaines, marquées par l’individualisme, l’indépendance et l’autonomie personnelle, les mouvements centrifuges (quitter le domicile tôt, s’affirmer contre le groupe d’origine) sont valorisés et encouragés dès l’adolescence. Dans un tel environnement culturel, les impulsions centripètes familiales sont facilement étiquetées comme « étouffantes », régressives ou pathogènes (enchevêtrement familial).

À l’inverse, dans les cultures collectivistes (notamment en Asie de l’Est, dans le bassin méditerranéen ou dans plusieurs sociétés traditionnelles d’Afrique et d’Amérique latine), l’impulsion centripète constitue le pilier fondamental de la filialité et de l’harmonie sociale. Le devoir de rester proche du noyau familial, la cohabitation multigénérationnelle et la subordination des projets personnels à la stabilité du groupe sont considérés comme des marques de maturité morale et d’équilibre psychologique plutôt que comme un dysfonctionnement.

De même, sur le plan des pratiques corporelles et méditatives, les traditions orientales (le yoga, le qigong, la méditation Vipassana) ont théorisé depuis des millénaires des techniques d’inversion délibérée de l’attention mentale : il s’agit de soustraire la conscience aux impulsions centrifuges de dispersion dans le monde phénoménal pour diriger l’énergie vitale selon une impulsion centripète (l’intériorisation ou pratyahara dans le yoga de Patanjali), démarche aujourd’hui réintégrée dans les psychothérapies contemplatives occidentales.

13. Critiques, débats et limites

Le recours au concept d’impulsion centripète suscite des réserves théoriques lorsqu’il est transposé sans précaution de la neurophysiologie stricte vers les sciences humaines et relationnelles. Les épistémologues de la psychologie soulignent le risque d’un réductionnisme mécaniste : comparer la circulation des motivations ou des loyautés affectives d’une famille à des forces newtoniennes d’attraction gravitationnelle centripète relève de l’analogie métaphorique et non d’une loi physique universelle.

En neurosciences de la motricité, le modèle classique du XXe siècle reposant sur une primauté absolue de l’impulsion centripète initiant la réponse motrice (schéma linéaire stimulus-réponse) a été profondément révisé par les modèles computationnels du codage prédictif (predictive coding) et de l’inférence active défendus par Karl Friston. Selon cette perspective contemporaine, le cerveau n’attend pas passivement l’arrivée de l’impulsion centripète pour agir : il émet constamment des prédictions descendantes centrifuges (priors), et l’impulsion centripète ne sert qu’à signaler l’erreur de prédiction (prediction error) pour affiner le modèle interne du monde.

Enfin, en thérapie familiale, l’opposition binaire stricte entre familles centripètes et familles centrifuges a parfois été critiquée pour son caractère trop rigide ou stigmatisant. La plupart des systèmes humains normaux alternent dynamiquement entre ces deux vecteurs en fonction des phases de vie, des crises accidentelles et des saisons émotionnelles, ce qui interdit tout étiquetage nosographique figé.

14. Termes connexes et distinctions

La compréhension précise du terme exige de le distinguer soigneusement de concepts voisins au sein des vocabulaires psychologiques et physiologiques :

  • Impulsion centrifuge (ou efférente) : Représente le vecteur diamétralement opposé, propageant l’ordre moteur du système nerveux central vers les effecteurs musculaires périphériques, ou propulsant l’individu hors de son noyau familial vers l’extériorité.
  • Afférence : Terme strictement anatomique et physiologique décrivant la trajectoire centripète d’un nerf ou d’un faisceau conduisant vers un organe régulateur central, l’impulsion centripète étant l’événement électrophysiologique qui l’emprunte.
  • Proprioception : Modalité sensorielle spécifique qui renseigne le cerveau sur la position des segments corporels et le tonus, constituée d’une cascade d’impulsions centripètes originaires des muscles et articulations.
  • Introversion : Trait de personnalité jungien caractérisé par l’orientation de l’énergie psychique vers le monde intérieur subjectif, distinct de l’impulsion centripète qui décrit une force ou un mouvement dynamique plutôt qu’une structure caractérielle stable.
  • Fusion systémique / Enchevêtrement : État relationnel d’indifférenciation des limites personnelles au sein d’une famille, résultant d’un excès pathologique d’impulsions centripètes non compensées par des mouvements centrifuges d’autonomisation.

15. Résumé et points clés

L’impulsion centripète incarne un mécanisme régulateur fondamental en vertu duquel l’information, le signal électrochimique ou l’énergie relationnelle convergent de la périphérie vers le foyer intérieur d’un organisme ou d’un système. En neurophysiologie, elle s’identifie à la volée afférente sensorielle et intéroceptive qui alimente le névraxe, rendant possible l’ajustement moteur, le réflexe et l’émergence d’une cartographie somatique intégrée.

En psychologie du développement et en psychomotricité, le mouvement centripète correspond à l’ancrage du sujet dans son corps propre et dans l’édification narcissique et tonique de son identité, comme l’a explicité Henri Wallon. Dans l’approche systémique de la famille formalisée par Helm Stierlin, elle représente l’attraction mutuelle et la cohésion interne maintenant l’unité du foyer face aux pressions de dispersion.

L’équilibre comportemental, adaptatif et psychologique individuel repose toujours sur l’accordage harmonieux et dynamique entre l’impulsion centripète intégratrice et l’impulsion centrifuge exploratrice, toute asymétrie prolongée risquant de figer le sujet dans le repli ou l’éparpillement stérile.

Références

  • Bernard, C. (1865). Introduction à l’étude de la médecine expérimentale. J.B. Baillière et fils.
  • Damasio, A. R. (1994). Descartes’ error: Emotion, reason, and the human brain. G.P. Putnam’s Sons.
  • Friston, K. (2010). The free-energy principle: A unified brain theory? Nature Reviews Neuroscience, 11(2), 127–138. https://doi.org/10.1038/nrn2787
  • Minuchin, S. (1974). Families and family therapy. Harvard University Press.
  • Sherrington, C. S. (1906). The integrative action of the nervous system. Yale University Press.
  • Stierlin, H. (1974). Separating parents and adolescents: A perspective on running away, schizophrenia, and waywardness. Quadrangle.
  • Wallon, H. (1949). Les origines du caractère chez l’enfant : Les préludes du sentiment de personnalité. Presses Universitaires de France.

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 30). Impulsion centripète : Définition et dynamiques. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=impulsion-centripete-definition-psychologie
Looti, Mohammed. “Impulsion centripète : Définition et dynamiques.” Base de données de psychologie en français, 30 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_term=impulsion-centripete-definition-psychologie.
Looti, Mohammed. “Impulsion centripète : Définition et dynamiques.” Base de données de psychologie en français. octobre 30, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=impulsion-centripete-definition-psychologie.