Dans le champ de la psychologie cognitive, de la neuropsychologie et des technologies d’assistance, l’acronyme DAISY renvoie principalement au Digital Accessible Information System, un standard technique et conceptuel fondé sur la compensation multimodale des déficits d’apprentissage et de perception sensorielle. En rendant possible la synchronisation dynamique du texte écrit et de la restitution vocale, ce dispositif allège les contraintes de traitement de l’information et révolutionne la remédiation cognitive des personnes aux prises avec des dysfonctionnements du langage écrit ou visuel. Parallèlement, dans les approches cliniques et systémiques récentes, la métaphore de la « marguerite » (Cognitive Daisy) s’est imposée comme un modèle neuropsychologique de visualisation des capacités cognitives résiduelles chez les personnes atteintes de troubles neurodégénératifs.
DAISY (Système d’information numérique accessible)
1. Définition concise
Le système DAISY (Digital Accessible Information System) désigne une norme internationale multimédia ouverte conçue pour convertir des documents écrits en formats structurés, combinant flux audio narré, texte électronique et navigation hiérarchique dynamique. Élaboré initialement pour les personnes aveugles, malvoyantes ou porteuses d’un handicap de lecture (troubles des apprentissages, atteintes motrices ou cognitives), il optimise l’encodage et la rétention mnésique en réduisant les barrières perceptives de l’écrit conventionnel.
Sur le plan de la psychologie cognitive, le format DAISY ne représente pas une simple prothèse sensorielle, mais un tuteur cognitif externe destiné à soutenir les fonctions exécutives, l’attention focalisée et la mémoire de travail phonologique. Par sa capacité à fournir une bimodalité synchrone — où le mot entendu correspond exactement au mot surligné visuellement —, il supplée les faiblesses du décodage grapho-phonémique.
Dans un registre complémentaire en psychogérontologie et en neuropsychologie clinique, le terme renvoie également à la « Cognitive Daisy » (COG-D), un outil d’évaluation visuelle profilant les fonctions cognitives préservées et altérées des personnes âgées institutionnalisées, transformant ainsi des données psychométriques complexes en leviers d’action comportementaux personnalisés.
2. Étymologie et origine linguistique
L’acronyme DAISY provient de l’anglais « Digital Accessible Information System » (littéralement « Système d’information numérique accessible »). Le terme a été intentionnellement pensé pour former un acronyme mémorisable et porteur d’une connotation positive, reprenant le mot commun anglais daisy (la pâquerette ou marguerite, issue du vieil anglais dægesēage, soit « l’œil du jour », symbolisant la lumière et l’éveil visuel face à l’obscurité).
Le concept a vu le jour au milieu des années 1990 en Suède, sous l’égide de la Bibliothèque nationale suédoise pour les livres parlés et le braille (TPB). Devant l’obsolescence et la rigidité linéaire des bandes magnétiques audio (cassettes), les chercheurs et ingénieurs scandinaves ont théorisé une interface numérique capable d’indexer l’audio à des balises structurelles similaires à celles d’un livre imprimé (chapitres, sections, pages, notes de bas de page).
La francisation du terme s’effectue généralement sous forme d’acronyme direct (le « format DAISY », les « livres DAISY ») ou par l’expression « livre numérique accessible ». En neuropsychologie clinique appliquée au vieillissement, les auteurs francophones conservent souvent l’appellation d’origine « Marguerite cognitive » ou « profil Daisy » pour qualifier la représentation graphique radiale des fonctions intellectuelles.
3. Prononciation et forme grammaticale
En français, l’acronyme s’énonce phonétiquement selon la phonologie anglaise francisée [dɛ.zi] (« dèi-zi ») ou parfois par épellation des lettres d-a-i-s-y. Il s’agit d’un nom masculin invariable lorsqu’il désigne le protocole technologique (« le format DAISY », « un lecteur DAISY »). Lorsqu’il réfère à une œuvre littéraire adaptée, il est employé comme adjectif épithète invariable (« un livre DAISY », « des documents DAISY »).
Dans la littérature neuropsychologique traitant de la Cognitive Daisy, l’usage oscille entre le féminin (« la Daisy cognitive », calquée sur le genre du mot marguerite) et l’emploi du sigle COG-D (« l’échelle COG-D », « l’évaluation COG-D »). L’adjectivation reste rare en français, préférant les locutions prépositionnelles (« compatible DAISY », « standardisé selon DAISY »).
4. Explication conceptuelle détaillée
Pour appréhender la portée de DAISY en psychologie, il convient d’analyser les mécanismes d’interfaçage cognitif entre le lecteur et le texte. Dans un document textuel classique, le lecteur doit allouer une part significative de ses ressources cognitives au décodage de bas niveau : fixation oculaire, reconnaissance visuelle des morphèmes, conversion grapho-phonémique et maintien des informations dans la boucle phonologique. Chez un lecteur présentant une dyslexie développementale ou une fatigue cognitive consécutive à un traumatisme crânien, cette étape consomme l’intégralité de l’attention disponible, compromettant l’accès aux opérations sémantiques de haut niveau (compréhension, inférence, métacognition).
Le paradigme DAISY neutralise cette surcharge cognitive en externalisant le décodage technique. Grâce à une architecture reposant sur des métadonnées XML et des fichiers audio hautement indexés, le lecteur dispose d’une flexibilité inédite : il peut naviguer par arborescence conceptuelle, ralentir le débit verbal sans modification de la hauteur tonale (ce qui préserve l’intelligibilité prosodique), ou faire répéter immédiatement un fragment phrastique précis sans désorientation spatiale. Cette manipulabilité spatio-temporelle réaligne la vitesse de présentation de l’information sur le rythme intrinsèque de traitement du système nerveux central.
En outre, la bimodalité synchrone du standard DAISY sollicite simultanément le canal visuel et le canal auditif. Cette redondance perceptive contrôlée active des réseaux neuronaux interconnectés au sein des cortex temporaux et occipito-temporaux gauches, stabilisant les représentations orthographiques chez l’enfant dysfonctionnel. La diminution de l’anxiété liée à l’échec de lecture stimule à son tour le sentiment d’efficacité personnelle (Bandura), instaurant une dynamique vertueuse d’engagement cognitif et académique.
Dans la perspective gérontologique de la Cognitive Daisy (Hudson & Pollux), la conceptualisation s’articule autour de la communication écologique. L’outil vise à contourner l’écueil des rapports psychométriques denses, souvent anxiogènes ou incompris par les équipes soignantes non spécialisées. En schématisant le statut neurocognitif d’un résident sous la forme d’une marguerite colorée dont chaque pétale représente un domaine (perception visuo-spatiale, mémoire, fonctions exécutives, langage, motricité), elle permet une adaptation environnementale immédiate des exigences communicationnelles, limitant l’émergence de symptômes comportementaux et psychologiques de la démence (SCPD).
5. Évolution historique
L’histoire de DAISY s’inscrit dans l’évolution conjointe des sciences cognitives, de la législation sur le handicap et des formats de stockage numérique. Durant plusieurs décennies, le modèle dominant d’assistance aux non-voyants et aux personnes empêchées de lire fut le livre enregistré sur bande magnétique quart de pouce ou cassette compacte. Malgré leur utilité indiscutable, ces supports souffraient d’une linéarité absolue : retrouver une note de bas de page ou revenir à une définition dans un manuel universitaire exigeait un fastidieux rembobinage à l’aveugle, générant une frustration et une déperdition attentionnelle majeures.
En mai 1996, la création officielle du DAISY Consortium réunit les bibliothèques sonores internationales (Suède, Japon, États-Unis, Royaume-Uni, Suisse, Pays-Bas) afin d’établir un standard universel de substitution numérique au livre papier. Les premières spécifications, DAISY 1.0 puis DAISY 2.0 (1998), s’appuyaient sur le langage HTML et le SMIL (Synchronized Multimedia Integration Language), permettant pour la première fois de synchroniser une bande sonore humaine avec une table des matières interactive informatisée.
Le tournant du millénaire voit la publication de DAISY 2.02 (2001) puis de DAISY 3 (standard ANSI/NISO Z39.86 en 2005). Ce dernier franchit un saut qualitatif en intégrant le texte intégral en XML, les synthèses vocales dynamiques, la gestion fine des images enrichies de descriptions textuelles et les représentations de langages complexes tels que le MathML. Parallèlement, des organismes internationaux comme l’UNESCO et l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI, notamment via le Traité de Marrakech en 2013) ont reconnu DAISY comme la référence universelle d’accès à l’information sans enfreinte aux droits d’auteur pour les publics handicapés.
Au cours des années 2010 et 2020, les technologies DAISY ont progressivement fusionné avec le standard de l’édition numérique commerciale EPUB 3, impulsé par le W3C et le Consortium DAISY. Cette convergence marque l’avènement du concept d’« accessibilité native » (born accessible), où les ouvrages grand public intègrent d’emblée les fonctionnalités psycho-ergonomiques issues de trois décennies de recherches sur l’empêchement de lire.
6. Fondements théoriques
L’efficacité du protocole DAISY en remédiation cognitive repose sur deux théories majeures de la psychologie cognitive contemporaine :
La première est la théorie du double codage d’Allan Paivio. Selon ce paradigme, l’esprit humain traite les informations par l’entremise de deux sous-systèmes cognitifs structurellement et fonctionnellement distincts mais étroitement interconnectés : un système verbal non imagé (lexical, séquentiel, sémantique) et un système non verbal imagé (visuel, spatial). Lorsqu’une information textuelle est traitée simultanément sous forme acoustique (voix naturelle ou synthèse de haute qualité) et sous forme graphique (morphèmes surlignés à l’écran), elle active de façon additive ces deux canaux de traitement. Il en résulte un encodage mnésique plus profond et des indices de récupération plus robustes dans la mémoire à long terme.
La seconde assise théorique est la théorie de la charge cognitive développée par John Sweller, articulée avec le modèle tripartite de la mémoire de travail d’Alan Baddeley. Sweller distingue la charge cognitive intrinsèque (liée à la difficulté inhérente de la tâche), la charge essentielle (consacrée à la construction et à l’automatisation de schémas de pensée) et la charge extrinsèque (induite par une mise en forme inadéquate des informations). En permettant un ajustement personnalisé des contrastes typographiques, de l’espacement interlettre, de la vitesse d’élocution et de la délimitation syntaxique, DAISY élimine la charge cognitive extrinsèque superflue. Dès lors, le contingent attentionnel libéré peut être réalloué à la charge essentielle, permettant une intégration sémantique fluide des concepts.
Sur le versant systémique et communicationnel, le concept s’arrime à l’approche centrée sur la personne de Tom Kitwood dans le champ des démences séniles. La déclinaison Cognitive Daisy s’appuie sur le postulat que les réactions agressives ou apathiques des patients cérébrolésés ne sont pas des fatalités neurobiologiques irréductibles, mais le produit de ruptures relationnelles survenant lorsque l’environnement social formule des requêtes cognitives disproportionnées par rapport aux aptitudes restantes de l’individu.
7. Composantes clés, types et dimensions
L’écosystème DAISY se déploie à travers un ensemble rigoureux d’architectures techniques et de dimensions psycho-fonctionnelles :
- Typologies structurelles de documents :
- DAISY audio complet avec fichier de navigation : Le document contient la totalité de la narration sonore couplée à une structure arborescente (NCC ou OPF/NCX), permettant un repérage précis sans présence obligatoire du texte intégral.
- DAISY texte complet avec flux audio synchrone : Configuration psycho-pédagogique par excellence, où l’enregistrement vocal et les chaînes de caractères écrites défilent en bimodalité absolue par le biais d’un balisage temporel millimétré (SMIL).
- DAISY texte électronique sans audio intégré : Document typographiquement balisé destiné à être interprété par un moteur de synthèse vocale temps réel ou un terminal braille éphémère.
- Dimensions d’ergonomie cognitive :
- Granularité de navigation sélective : Possibilité pour l’utilisateur de sauter instantanément d’un chapitre à l’autre, de paragraphe en paragraphe, de phrase en phrase ou de page physique en page physique.
- Gestion de la temporalité de traitement : Algorithmes de compression/dilatation temporelle acoustique permettant d’accélérer (pour le survol rapide) ou de ralentir (pour la consolidation phonémique) le flux verbal sans altération spectrale des formants de la voix.
- Surlignage synchronisé (Karaoké cognitif) : Mise en surbrillance visuelle contrastée du segment textuel en cours de lecture auditive, soutenant le guidage des saccades oculaires et évitant les sauts de lignes pathologiques.
- Personnalisation perceptuelle : Réglage individuel des polices de caractères adaptées (ex. polices sans empattement, OpenDyslexic), modification de l’interlignage et inversion du contraste chromatique de fond.
- Composantes du profil clinique (Cognitive Daisy / COG-D) :
- Pétale Perception visuo-spatiale : Niveau de décodage des repères géographiques et de reconnaissance des visages.
- Pétale Mémoire : Capacité de rappel immédiat versus consolidation épisodique rétrograde.
- Pétale Langage et communication : Compréhension syntaxique, manque du mot et fluidité lexicale.
- Pétale Fonctions exécutives : Inhibition, flexibilité mentale et capacité de planification motrice.
- Pétale Attention et vigilance : Endurance cognitive et réactivité aux stimuli distracteurs.
8. Exemples et cas illustratifs
Cas 1 : Réhabilitation académique d’un adolescent atteint de dyslexie-dysorthographie sévère. Julien, 14 ans, présente une dyslexie phonologique massive caractérisée par un score z de fluence en lecture inférieur à -2,5 écarts-types. Face à des manuels scolaires d’histoire-géographie denses, son décodage lent et erratique provoque une fatigue cognitive intense au bout de dix minutes, accompagnée d’un effondrement de l’estime de soi scolaire. L’implémentation de manuels scolaires au format DAISY sur tablette numérique avec bimodalité vocale lui permet d’écouter la narration humaine fluide tout en suivant les lignes surlignées. Les résultats après six mois indiquent un gain de compréhension de texte de 45 %, une autonomie rétablie dans la réalisation des devoirs et une réinscription active dans le statut d’apprenant.
Cas 2 : Compensation neuropsychologique post-AVC. Madame B., 58 ans, cadre d’entreprise, a subi un accident vasculaire cérébral ischémique dans le territoire de l’artère cérébrale moyenne gauche, entraînant une aphasie de Broca modérée avec alexie d’origine visuo-attentionnelle. Confrontée à l’impossibilité de poursuivre ses lectures professionnelles sur papier, elle recourt à un lecteur physique DAISY doté de touches tactiles simplifiées et de marquages en relief. Grâce à la régulation du débit verbal (réduit à 75 % du tempo usuel) et à la navigation par signets hiérarchiques, elle parvient à compenser son喑déficit de balayage spatial et maintient une activité intellectuelle stimulante, endiguant le glissement dépressif souvent consécutif aux lésions vasculaires focales.
Cas 3 : Prise en charge individualisée en unité de soins de longue durée (Cognitive Daisy). Monsieur M., 82 ans, diagnostiqué avec une maladie d’Alzheimer à un stade modérément avancé, manifeste une agitation motrice importante lors des transferts au réfectoire et refuse de s’alimenter en communauté. L’évaluation standardisée via la batterie COG-D révèle que si ses fonctions mnésiques et exécutives sont sévèrement touchées (pétales rouges), sa perception auditive et sa compréhension verbale simple sont exceptionnellement préservées (pétales verts). L’équipe soignante, alertée par l’affichage visuel de sa « Marguerite cognitive » dans son dossier de soins, remplace les consignes visuelles complexes par un guidage verbal chaleureux, fractionné et univoque. Les comportements d’opposition régressent de 70 % en trois semaines.
9. Mesure et évaluation
L’évaluation de l’efficience d’un système comme DAISY ou de ses déclinaisons s’opère selon des méthodologies quantitatives et qualitatives issues de la psychométrie et de la psychologie ergonomique.
Dans l’usage des technologies d’assistance de type DAISY pour les troubles d’apprentissage, les praticiens évaluent son impact à travers la batterie d’indices suivants : la vitesse de lecture (mots corrects par minute, MCLM), le taux d’erreurs de substitution morphologique, et le quotient de compréhension de lecture mesuré par des questionnaires standardisés (ex. lecture suivie avec questions inférentielles). La réduction de la dépense d’énergie cognitive est mesurée objectivement par des paradigmes de double tâche (mesurant le coût d’une tâche motrice ou attentionnelle concurrente pendant la lecture) ou par le relevé de l’oculométrie (diminution du nombre et de la durée des régressions de fixation oculaire).
Sur le plan de l’outil diagnostique et clinique Cognitive Daisy (COG-D), l’évaluation implique une batterie neuropsychologique rapide administrée au lit du patient, étalonnée spécifiquement pour minimiser l’effet d’anxiété de performance. Les résultats bruts obtenus dans chaque domaine sont convertis en scores standardisés et transposés sur une échelle chromatique à trois niveaux (vert : compétences préservées ; orange : besoin de soutien ponctuel ; rouge : déficit substantiel nécessitant compensation totale). La validité de construit et la consistance interne (alpha de Cronbach généralement supérieur à 0,80 dans les cohortes de validation de l’Université de Lincoln) ont démontré que cette modélisation visuelle présente une excellente corrélation avec des outils diagnostiques lourds comme le Mini-Mental State Examination (MMSE) ou la MoCA, tout en fournissant une valeur écologique immédiate supérieure pour le personnel soignant.
10. Applications et portée pratique
Les champs d’application de DAISY transcendent les frontières disciplinaires traditionnelles :
En milieu éducatif et universitaire, DAISY est le pivot de l’inclusion pédagogique. Il offre aux élèves et étudiants souffrant de troubles neurodéveloppementaux du spectre « dys » (dyslexie, dyspraxie, dysphasie) ou de troubles du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) l’équité d’accès aux corpus textuels complexes. En déchargeant la mémoire de travail, l’outil permet l’assimilation conceptuelle dans les matières scientifiques et littéraires au même titre que leurs pairs neurotypiques.
Dans le secteur de la réadaptation orthophonique et neuropsychologique, les spécialistes l’utilisent comme un dispositif de rétroaction audio-visuelle. La synchronisation temporelle permet à l’orthophoniste de calibrer des séances de réentraînement phonologique chez des enfants dysfonctionnels ou des exercices de reconstruction du langage chez des patients aphasiques chroniques.
Au sein des institutions médico-sociales et gériatriques, le déploiement de la « Cognitive Daisy » permet une refonte des plans de soins personnalisés. L’information sur le statut cognitif ne reste plus enfouie dans des bilans médicaux inaccessibles, mais devient un repère quotidien visible, guidant les interactions de tous les corps de métier (aides-soignants, ergothérapeutes, animateurs, infirmiers) afin de préserver l’autonomie et la dignité des personnes vulnérables.
11. Recherche et données empiriques
Les investigations empiriques menées depuis les années 2000 corroborent largement l’hypothèse d’une facilitation cognitive induite par les supports bimodaux standardisés. Des études longitudinales en neurosciences cognitives (telles que celles menées par Shaywitz, Lyon et collaborateurs sur les architectures de lecture) ont souligné que l’écoute synchronisée au texte stimule les zones parieto-temporales et occipito-temporales gauches impliquées dans la route directe d’identification des mots.
Les travaux de John M. Hudson et Petra M. J. Pollux (2016, 2020) à l’Université de Lincoln concernant la Cognitive Daisy ont apporté des preuves quantitatives solides en environnement résidentiel de soins. Leurs essais contrôlés ont mis en évidence qu’après l’implémentation du modèle COG-D dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) :
1° Le niveau de stress et d’épuisement professionnel (burnout) des soignants mesuré sur l’inventaire de Maslach a diminué de manière significative, en raison de la clarté immédiate des modalités de communication à adopter.
2° Le recours aux médications sédatives et psychotropes dites « de crise » pour contrôler les agitations vespérales a connu une réduction mesurable de plus de 20 % dans les cohortes accompagnées selon ce profilage.
3° L’engagement social des résidents dans les ateliers thérapeutiques a crû en moyenne de 35 %, les soignants sollicitant préférentiellement les domaines cognitifs préservés (pétales verts).
12. Considérations culturelles et transculturelles
La perception et la diffusion des standards accessibles tels que DAISY sont intimement tributaires des contextes géopolitiques, économiques et linguistiques. Dans les pays industrialisés à forte infrastructure médico-légale (États-Unis via l’Americans with Disabilities Act, Union Européenne via l’Acte européen sur l’accessibilité), DAISY a bénéficié de soutiens publics massifs et d’une intégration dans les bibliothèques centrales d’État.
En revanche, dans les pays du Sud global ou les pays à faibles ressources, l’accès aux matériels dédiés (lecteurs DAISY portables autonomes, souvent onéreux) demeure limité. L’alternative repose sur les applications mobiles libres et la conversion de corpus oraux, ce qui résonne avec des traditions culturelles où la transmission des savoirs est historiquement orale plutôt qu’écrite.
Sur le plan psycho-linguistique, l’impact de la bimodalité textuelle varie selon la profondeur orthographique des langues. Dans les systèmes à orthographe transparente (comme le finnois, l’italien ou l’espagnol), la correspondance graphème-phonème étant quasi-univoque, la bimodalité de DAISY sert principalement d’accélérateur de fluidité. Dans les langues à orthographe opaque (comme l’anglais, et dans une moindre mesure le français avec ses lettres muettes et ses homophones non homographes), l’assistance bimodale de DAISY est cruciale pour désambiguïser les items lexicaux et ancrer les patrons orthographiques irréguliers.
13. Critiques, débats et limites
En dépit de ses mérites avérés, l’usage des systèmes DAISY suscite des questionnements cliniques et épistémologiques réguliers :
La première critique émane de certains rééducateurs et neuropsychologues du développement, qui formulent la crainte d’un effet de « dépendance orthopédique ». Selon cette perspective, un recours trop précoce ou exclusif au décodage automatisé risquerait de court-circuiter l’effort consenti par l’enfant pour automatiser ses propres mécanismes de conversion grapho-phonémique, plafonnant ainsi le développement direct de ses voies neurobiologiques de lecture. Le consensus actuel recommande donc l’utilisation de DAISY comme un outil compensatoire destiné à la culture générale et aux apprentissages transversaux, parallèlement à une rééducation active et analytique du lexique.
Une seconde limite concerne l’accessibilité économique et cognitive de l’interface elle-même. Si le format interne de DAISY est optimalement structuré, les périphériques de restitution (lecteurs physiques multifonctions dotés d’un grand nombre de touches de contrôle) peuvent imposer une surcharge d’apprentissage initiale à des patients âgés ou souffrant d’apraxie idéomotrice, générant un rejet initial du dispositif.
Enfin, concernant le modèle de la Cognitive Daisy, certains chercheurs ont souligné le risque de simplification réductrice (« étiquetage » ou réification) d’un individu à un graphique statique de couleurs. La fluctuation circadienne des performances cognitives dans les démences (notamment le syndrome du coucher du soleil) exige que les profils visuels soient réévalués fréquemment et interprétés comme des instantanés dynamiques plutôt que des diagnostics immuables.
14. Termes connexes et distinctions
- Livre audio standard : Enregistrement sonore linéaire continu. Contrairement à DAISY, il est dépourvu de balisage SMIL fin, ne propose pas de synchronisation visuelle textuelle et ne permet pas une navigation conceptuelle hiérarchique au niveau du paragraphe ou de la phrase.
- EPUB 3 : Format standard universel pour les livres numériques ouverts. EPUB 3 a directement intégré les spécifications de navigabilité et de synchronisation audio-texte élaborées par le Consortium DAISY, constituant aujourd’hui son prolongement dans l’édition généraliste.
- Lecteur d’écran (Screen Reader) : Logiciel d’accessibilité (ex. NVDA, JAWS) qui convertit le texte brut affiché à l’écran en synthèse vocale ou braille. DAISY se distingue en associant une structure éditoriale intrinsèquement balisée et souvent une narration humaine expressive introuvable dans la lecture brute d’un écran.
- Facilitation graphique / Modèle en marguerite systémique : En thérapie familiale et thérapie systémique (par exemple dans le modèle de Pearce et Cronen), la métaphore de la marguerite sert à explorer les multiples contextes et histoires relationnelles entourant un événement ou un symptôme, à ne pas confondre avec le test neuropsychologique COG-D.
15. Résumé et points clés
Le standard DAISY représente une avancée fondamentale à l’intersection de la technologie numérique, de la psychologie cognitive et des neurosciences appliquées. En instaurant un écosystème de navigation structurée et de synchronisation bimodale (texte et voix), il désamorce la surcharge cognitive liée au décodage de l’écrit, restaure l’autonomie chez les individus porteurs de dyslexie, de cécité ou de lésions cérébrales, et réhabilite le plaisir d’apprendre.
Par extension sémantique et clinique, la Cognitive Daisy incarne une traduction visuelle et humaniste des bilans neuropsychologiques en gériatrie, favorisant la bientraitance et la communication personnalisée en institution de soins. Dans toutes ses acceptions, DAISY s’affirme comme un levier scientifique d’accessibilité universelle, alignant les supports externes d’information sur les exigences physiologiques et fonctionnelles de l’esprit humain.
Références
- Baddeley, A. (2000). The episodic buffer: A new component of working memory? Trends in Cognitive Sciences, 4(11), 417-423. https://doi.org/10.1016/S1364-6613(00)01538-2
- Hudson, J. M., & Pollux, P. M. J. (2016). The Cognitive Daisy – A novel method for recognising the cognitive status of older adults in residential care: Innovative Practice. Dementia, 16(8), 1060-1069. https://doi.org/10.1177/1471301216673479
- Kitwood, T. (1997). Dementia reconsidered: The person comes first. Open University Press.
- Paivio, A. (1991). Dual coding theory in retrospective and prospective. Applied Cognitive Psychology, 5(3), 253-270. https://doi.org/10.1002/acp.2350050307
- Sweller, J. (2011). Cognitive load theory. Dans J. P. Mestre & B. H. Ross (Éds.), The Psychology of Learning and Motivation: Cognition in Education (Vol. 55, pp. 37-76). Academic Press. https://doi.org/10.1016/B978-0-12-387693-5.00002-8