Cycle Repos-Activité : Le Rythme Caché

Le cycle repos-activité de base (BRAC) est un rythme biologique ultradien d’environ 90 minutes modulant la vigilance, l’attention et le métabolisme chez l’humain.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 26, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 26, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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Au cœur du fonctionnement biologique et psychologique humain se cache une oscillation temporelle méconnue qui régit discrètement notre vigilance, nos performances cognitives et notre métabolisme tout au long du jour et de la nuit. Loin d’être un état linéaire et immuable, l’éveil est ponctué d’ondes d’activation et de relâchement qui structurent nos journées en segments d’environ quatre-vingt-dix minutes. Ce phénomène neurobiologique fondamental, qui assure la coordination entre repos réparateur et poussée d’efficacité, constitue l’un des piliers de la chronobiologie moderne.

Cycle Repos-Activité de Base (BRAC)

1. Définition concise

Le cycle repos-activité de base (communément désigné par l’acronyme anglophone BRAC pour Basic Rest–Activity Cycle) désigne une oscillation biologique périodique spontanée et autonome, de nature ultradienne, qui dure approximativement entre 80 et 120 minutes chez l’être humain adulte. Ce rythme fondamental module l’excitabilité du système nerveux central, alternant des phases de vigilance, de promptitude motrice et d’efficience cognitive avec des phases de récupération relative, de somnolence passagère et d’introversion attentionnelle.

Sur le plan conceptuel, ce cycle postule que la périodicité bien connue du sommeil — caractérisée par l’alternance cyclique entre le sommeil lent profond et le sommeil paradoxal — ne s’éteint pas au réveil, mais se perpétue sous une forme diurne dissimulée. Ainsi, tout au long de la période de veille, l’organisme traverse des vagues successives d’activation psychophysiologique et de baisse d’énergie, orchestrées par des oscillateurs neurochimiques sous-corticaux.

Ce cycle agit comme un métronome sous-jacent à une multitude de fonctions somatiques et psychologiques, influençant non seulement la vigilance, mais également la prise alimentaire, l’humeur, la motilité gastro-intestinale, la créativité, la fréquence cardiaque et l’activité électroencéphalographique.

2. Étymologie et origine linguistique

L’expression « basic rest–activity cycle » a été forgée au début des années 1960 par le neurophysiologiste et pionnier de la recherche sur le sommeil Nathaniel Kleitman (1895–1999). L’adjectif « basic » (fondamental, élémentaire) dérive du latin basis et du grec ancien βάσις (fondement, marche, appui), signalant le caractère primaire et phylogénétiquement primitif de ce mécanisme biologique.

Le terme « rest » provient du vieil anglais ræst ou rest, d’origine germanique, évoquant le soulagement, le calme ou le sommeil. Le mot « activity » tire ses origines du latin activitas, dérivé de agere (mener, agir, faire mouvoir). Enfin, le terme « cycle » est issu du latin cyclus, lui-même dérivé du grec κύκλος (cercle, mouvement circulaire ou récurrent).

En langue française, l’expression est traduite de manière équivalente par « cycle fondamental repos-activité », « cycle repos-activité de base » ou plus simplement « cycle veille-activité élémentaire », bien que la littérature scientifique francophone conserve couramment le sigle international BRAC pour faciliter le dialogue interdisciplinaire.

3. Prononciation et forme grammaticale

Sur le plan morphosyntaxique, l’expression « cycle repos-activité de base » est un groupe nominal masculin singulier (au pluriel : les cycles repos-activité de base). L’acronyme BRAC se prononce phonétiquement à la française sous la forme d’un mot unique [bʁak] (« brak ») ou, dans un cadre plus formel ou anglophone, en épelant les lettres individuellement [be.ɛʁ.a.se].

Dans la littérature biomédicale contemporaine, le terme est employé comme un nom commun invariable pour son acronyme : « le BRAC montre des variations d’amplitude interindividuelles », « les oscillations du BRAC diurne ». Il s’insère le plus souvent dans le champ lexical de la neurobiologie du sommeil, de l’ergonomie, de la psychophysiologie et des sciences de la cognition.

4. Explication conceptuelle détaillée

Pour appréhender en profondeur le cycle repos-activité de base, il convient d’abord d’intégrer le concept de rythme ultradien. Contrairement aux rythmes circadiens qui déploient une période d’environ 24 heures (tels que la variation de la température centrale ou la sécrétion de mélatonine) et aux rythmes infradiens qui s’étendent au-delà de 28 heures (comme le cycle menstruel), les rythmes ultradiens s’inscrivent dans une fenêtre temporelle inférieure à 24 heures, typiquement de l’ordre de quelques dizaines de minutes à quelques heures.

Le BRAC représente la manifestation macroscopique d’une horloge ultradienne endogène. Durant le sommeil nocturne, cette périodicité d’environ 90 minutes est manifeste et largement documentée : chaque cycle débute par les stades légers du sommeil non paradoxal (stades N1 et N2), s’approfondit vers le sommeil à ondes lentes (stade N3), pour culminer ensuite dans un épisode de sommeil à mouvements oculaires rapides (REM ou sommeil paradoxal), au cours duquel survient l’activité onirique la plus vive et où l’activité corticale s’intensifie.

L’hypothèse maîtresse de Kleitman postule que ce découpage de 90 minutes n’est pas un sous-produit exclusif de l’état de sommeil, mais l’expression continue d’un mécanisme biologique ubiquitaire. À l’état de veille, ce cycle se traduit par une alternance périodique :

  • Une phase ascendante ou d’activation : Elle se caractérise par une élévation de l’activité nerveuse sympathique, une vigilance accrue, une vitesse de traitement de l’information optimisée, une meilleure mémoire de travail et une propension à l’interaction sociale ou à l’effort physique.
  • Une phase descendante ou de repos : Elle correspond à un basculement relatif vers la dominance parasympathique, marqué par une réduction de la tonicité musculaire, des rêveries diurnes (daydreaming), un ralentissement de l’analyse sensorielle, un besoin impulsif de repos ou de grignotage, et une augmentation transitoire de la pression de sommeil.

Sur le plan des frontières conceptuelles, le BRAC doit être soigneusement distingué de la fatigue induite par l’effort prolongé ou du processus homéostatique de sommeil (processus S). Alors que la fatigue homéostatique s’accumule de façon cumulative et linéaire tout au long de la période de veille, l’oscillation du BRAC est cyclique, dynamique et auto-entretenue. Ainsi, une personne peut ressentir une somnolence marquée au creux d’un BRAC, puis voir spontanément son niveau d’énergie remonter 20 minutes plus tard sans avoir dormi ni ingéré de stimulant.

5. Développement historique

La découverte et la formulation théorique du BRAC trouvent leur genèse dans l’essor spectaculaire de la recherche moderne sur le sommeil dans les années 1950 à l’Université de Chicago. En 1953, Eugene Aserinsky et Nathaniel Kleitman découvrent le sommeil paradoxal (REM sleep), bouleversant la croyance séculaire selon laquelle le sommeil était un phénomène passif et homogène d’extinction cérébrale.

Constatant que les épisodes de sommeil paradoxal réapparaissaient avec une régularité presque métronomique toutes les 90 minutes chez l’être humain, Kleitman s’interrogea sur la raison d’être évolutive et biologique d’une telle régularité. Dès 1961, puis de manière formelle dans son ouvrage fondateur révisé Sleep and Wakefulness (1963), il proposa que le sommeil REM ne représentait que la composante nocturne d’un cycle repos-activité fondamental inhérent à l’organisme, perpétuellement actif de la naissance à la mort.

Au cours des années 1970 et 1980, plusieurs chercheurs ont entrepris de tester empiriquement l’hypothèse de Kleitman durant la veille. Daniel Kripke, pionnier de la chronobiologie psychiatrique, a démontré la présence d’oscillations ultradiennes de l’attention et des rêveries chez des sujets humains isolés de tout repère temporel. De son côté, Peretz Lavie a approfondi l’étude des « portes du sommeil » (sleep gates), révélant que la capacité à s’endormir rapidement en journée fluctue selon un rythme ultradien de 90 à 100 minutes.

Dans les décennies suivantes, l’avènement de l’électroencéphalographie quantitative et de l’imagerie cérébrale fonctionnelle a permis d’observer les soubassements neuro-anatomiques de ces micro-cycles, confirmant la clairvoyance initiale de Kleitman tout en nuançant sa régularité mécanique face aux multiples facteurs perturbateurs de la vie moderne.

6. Fondements théoriques

Le BRAC repose sur une assise théorique interdisciplinaire, combinant la chronobiologie mathématique, la neurochimie des réseaux sous-corticaux et la théorie des systèmes dynamiques non linéaires.

Selon la théorie des oscillateurs couplés, l’organisme ne possède pas une horloge unique et centrale pour tous les phénomènes temporels. Si le noyau suprachiasmatique (NSC) de l’hypothalamus antérieur constitue le chef d’orchestre des rythmes circadiens de 24 heures, les rythmes ultradiens du BRAC semblent émerger de boucles de rétroaction oscillatoires réparties au niveau du tronc cérébral et du diencéphale.

Sur le plan neurochimique, le BRAC est théorisé comme le produit d’une compétition cyclique entre des systèmes de neurotransmetteurs facilitateurs et inhibiteurs :

  • Les systèmes d’éveil et d’activation : Impliquant les neurones à noradrénaline du locus coeruleus, les neurones à sérotonine des noyaux du raphé, les neurones dopaminergiques de l’aire tegmentale ventrale et les projections histaminergiques du noyau tubéromamillaire.
  • Les systèmes inducteurs de repos et de sommeil paradoxal : Impliquant les neurones cholinergiques du pont (noyaux tegmentaux pédonculopontin et latérodorsal) régulés par le système GABAergique.

L’interaction entre ces deux grands groupes de noyaux forme un oscillateur neuronal auto-entretenu comparable aux équations de type prédateur-proie (modèle de Lotka-Volterra). Lorsque l’activité aminergique s’épuise après environ 60 à 80 minutes d’effort cognitif ou physique soutenu, le tonus cholinergique relatif s’élève, entraînant une chute momentanée de la vigilance dirigée vers l’extérieur et amorçant la phase de repos.

7. Composantes clés, types et dimensions

Pour conceptualiser le cycle repos-activité de base dans toute sa complexité biologique, il est indispensable d’isoler ses variables constitutives :

  • La période (tau) : La durée nécessaire à l’accomplissement d’un cycle complet, allant typiquement de 80 à 120 minutes chez l’adulte (avec une moyenne centrée autour de 90 minutes). Chez le nourrisson, cette période est significativement plus courte (environ 45 à 60 minutes), reflétant l’immaturité des connexions myéliniques cérébrales.
  • L’amplitude : L’ampleur de la divergence entre le pic d’activation maximale et le creux de ralentissement. L’amplitude n’est pas constante : elle est modulée par le rythme circadien global, atteignant des sommets au milieu de la matinée et s’aplatissant lors du creux circadien de l’après-midi (la zone de somnolence post-prandiale).
  • La phase d’action (activation psychomotrice) : Fenêtre de 60 à 80 minutes caractérisée par la prédominance des ondes bêta à l’EEG, une réactivité cardiovasculaire prompte, une attention exogène sélective et une tolérance élevée aux contraintes cognitives complexes.
  • La phase de quiescence (repos intégrateur) : Période de 15 à 20 minutes caractérisée par l’apparition d’ondes alpha et thêta diffuses, une diminution de la fréquence cardiaque, une baisse de la vigilance attentionnelle, une augmentation de l’activité gastrique et un basculement vers l’imagination involontaire.
  • Le couplage ultradien-circadien : La dimension temporelle globale par laquelle le BRAC s’imbrique dans le cycle jour-nuit environnemental. L’oscillateur circadien agit comme un modulateur supérieur qui amplifie ou atténue l’expression phénoménologique du BRAC.

8. Exemples et cas illustratifs

Dans la vie quotidienne comme en situation professionnelle, les manifestations du BRAC sont omniprésentes mais souvent mal interprétées comme de la paresse, un manque de volonté ou un excès de fatigue.

Exemple 1 : L’attention au travail intellectuel
Un analyste financier entame une tâche ardue à 9h00 du matin. Pendant les 70 premières minutes, sa concentration est optimale, les concepts s’enchaînent avec fluidité et la vitesse d’exécution est élevée. Vers 10h15, sans raison externe apparente, il éprouve une soudaine lourdeur des paupières, ressent le besoin irrépressible d’ouvrir un réseau social, d’aller chercher un café ou de regarder par la fenêtre en laissant vagabonder ses pensées. S’il s’accorde 15 minutes de répit sans culpabiliser, il constate qu’à 10h35, sa clarté mentale revient spontanément et il réintègre un nouvel élan productif pour les 90 minutes suivantes.

Exemple 2 : Les fluctuations de l’appétit oral
Plusieurs études ont mis en évidence que les comportements oraux non nutritifs (fumer une cigarette, mâcher du chewing-gum, mordiller un stylo) ou l’envie de grignoter des collations sucrées surviennent par vagues cycliques d’environ 90 à 100 minutes au cours de la journée. Ces pulsions coïncident étroitement avec le creux du BRAC, période durant laquelle le système nerveux cherche un apport dopaminergique rapide pour restaurer son niveau d’éveil.

Exemple 3 : La somnolence au volant et la conduite sur autoroute
Un conducteur effectuant un long trajet monotone observe des vagues de somnolence brutales toutes les heures et demie environ. Malgré une aération de l’habitacle, les bâillements et les micro-décrochages attentionnels culminent pendant une dizaine de minutes avant de se dissiper momentanément. Ce phénomène illustre le danger critique de la phase descendante du BRAC en milieu à faible stimulation sensorielle.

9. Mesure et évaluation

La mise en évidence et l’évaluation quantitative du BRAC requièrent des protocoles expérimentaux stricts et des outils méthodologiques capables d’isoler l’oscillation endogène des stimuli masquants de l’environnement (tels que la lumière vive, le bruit, les repas copieux ou le stress aigu).

Parmi les instruments et paradigmes les plus reconnus figurent :

  • L’électroencéphalographie quantitative (qEEG) en continu : L’enregistrement des bandes de fréquences cérébrales permet de suivre le ratio ondes lentes / ondes rapides (par exemple le rapport thêta/bêta ou la puissance spectrale alpha). Une élévation périodique de la puissance alpha occipitale toutes les 90 minutes signale le creux d’alerte du BRAC.
  • Le test de vigilance psychomotrice (PVT – Psychomotor Vigilance Task) : Administré à intervalles rapprochés (toutes les 10 ou 15 minutes pendant des sessions prolongées de 8 à 12 heures), ce test mesure avec une extrême précision le temps de réaction visuo-moteur et la fréquence des « lapses » (lapsus d’attention de plus de 500 ms), traçant des sinusoïdes claires concordantes avec le BRAC.
  • L’analyse de la variabilité de la fréquence cardiaque (VFC / HRV) : La décomposition spectrale des intervalles R-R de l’électrocardiogramme révèle des oscillations de la balance sympatho-vagale (notamment le ratio basses fréquences / hautes fréquences, LF/HF), oscillant selon une périodicité ultradienne superposable aux cycles du BRAC.
  • La pupillométrie dynamique : La mesure du diamètre pupillaire au repos sous éclairage constant révèle des vagues d’instabilité pupillaire (ondes de sommeil de la pupille) qui augmentent périodiquement lors des creux de vigilance.
  • L’actimétrie à haute résolution temporelle : Utilisée pour quantifier l’activité motrice spontanée diurne, couplée à des analyses spectrales temporelles (transformée de Fourier rapide et analyse Cosinor) pour extraire les rythmes sous-circadiens significatifs.

10. Applications et portée pratique

L’intégration du BRAC dans les sciences appliquées offre des perspectives transformationnelles pour l’organisation de l’activité humaine contemporaine :

En ergonomie cognitive et organisation du travail : Le modèle industriel traditionnel d’une attention linéaire soutenue sur 8 heures consécutives est biologiquement irréaliste. De nombreuses méthodologies d’efficacité contemporaines (telles que l’extension de la technique Pomodoro à des blocs de travail de 90 minutes suivis de 20 minutes de pause déconnectée) trouvent leur justification physiologique directe dans le BRAC. Structurer les journées d’étude ou de travail en blocs ultradiens permet d’éviter l’épuisement exécutif du cortex préfrontal et prévient le surmenage professionnel.

En sécurité des transports et opérations industrielles : Dans les secteurs à hauts risques (aviation civile, aiguillage ferroviaire, surveillance de centrales nucléaires), planifier les rotations de postes ou les vérifications critiques en phase avec les cycles d’éveil ultradiens des opérateurs réduit de façon drastique les erreurs humaines liées aux micro-sommeils.

En psychothérapie et psychiatrie : Le BRAC intervient dans la compréhension des fluctuations aiguës de l’humeur et des symptômes anxieux. Chez certains patients souffrant de trouble bipolaire ou de dépression majeure, les oscillations ultradiennes peuvent être désynchronisées, provoquant des phases de léthargie disproportionnées ou des épisodes d’agitation motrice non coordonnés. La régulation des rythmes biologiques (social rhythm therapy) constitue un levier thérapeutique pertinent.

11. Recherche et preuves empiriques

Depuis les intuitions princeps de Kleitman, un corpus considérable d’études scientifiques est venu corroborer l’existence et décortiquer les modalités du BRAC.

Au début des années 1970, Daniel F. Kripke a mené des études fondatrices chez des sujets sains maintenus en isolation temporelle constante sans horloge ni repère jour-nuit. Ses enregistrements ont mis en évidence des cycles de 90 à 100 minutes dans l’expression des mouvements stéréotypés, l’activité motrice spontanée et l’alternance d’orientations attentionnelles vers le monde extérieur versus les ruminations introspectives.

Peretz Lavie, dans ses recherches consacrées aux micro-sommeils (1986, 2001), a soumis des volontaires à un protocole dit « 7/13 » ou « 10/20 » (par exemple, 10 minutes d’obscurité allongée suivies de 20 minutes d’éveil forcé répétées sur 24 heures). Ses résultats ont formellement démontré l’existence de fenêtres d’endormissement ultradiennes hautement prédictibles, surnommées les « portes du sommeil » (sleep gates), séparées par des « zones interdites » au cours desquelles le cerveau refuse presque catégoriquement d’entrer en sommeil lent.

Plus récemment, les études d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) au repos ont apporté une confirmation spatio-temporelle majeure. Elles révèlent que l’alternance entre le réseau du mode par défaut (Default Mode Network – DMN, associé à l’autoréflexion et aux rêveries) et le réseau attentionnel dorsal (dorsal attention network – DAN, orienté vers la résolution de problèmes externes) fluctue spontanément selon des gradients de temps compatibles avec les dynamiques ultradiennes du BRAC.

12. Considérations culturelles et contextuelles

La perception et l’intégration du cycle repos-activité de base varient considérablement selon les contextes civilisationnels, sociologiques et technologiques.

Dans les sociétés occidentales post-industrielles régies par le paradigme de la rentabilité permanente et la disponibilité 24 heures sur 24, les signaux biologiques du creux du BRAC (baisse d’entrain, bâillements, baisse de concentration) sont couramment stigmatisés comme des défaillances de motivation. Pour contrer cette oscillation naturelle, les individus recourent massivement à des expédients pharmacologiques (caféine, boissons énergisantes, nicotine, psychostimulants), qui forcent le maintien artificiel de l’éveil sympathique au détriment des périodes de consolidation cognitive.

À l’inverse, plusieurs cultures traditionnelles ont institutionnalisé des pauses régulières au fil de la journée. Le rituel du thé répété à heures fixes dans plusieurs cultures orientales ou britanniques, ou encore les courtes pauses méditatives dans les traditions monastiques, coïncident approximativement avec des multiples temporels du BRAC, offrant au cerveau des temps de relâchement réparateurs sans culpabilité sociétale.

13. Critiques, débats et limites

Bien que le concept de BRAC soit séduisant et largement accepté dans ses grandes lignes, il fait l’objet de réserves et de débats légitimes au sein de la communauté chronobiologique.

La principale critique concerne le degré de régularité de ce cycle. Contrairement au rythme circadien, dont la robustesse est garantie par un stimulateur génétique autonome hautement calibré dans le noyau suprachiasmatique, le BRAC diurne présente une « périodicité lâche » (noisy rhythm). Chez de nombreux sujets, la durée du cycle varie entre 70 et 130 minutes d’un jour à l’autre, voire disparaît sous l’effet du bruit ambiant.

Ce phénomène s’explique par l’effet de « masquage » (masking) : dans des conditions de vie réelles, la lumière vive, les interactions sociales intempestives, l’exercice physique, l’ingestion d’aliments et le stress aigu réinitialisent ou étouffent en permanence l’expression spontanée de l’horloge ultradienne endogène.

Enfin, certains neurophysiologistes contestent l’existence d’un oscillateur ultradien « central » unique pour l’ensemble du corps et de l’esprit. Ils suggèrent plutôt que le BRAC observé macroscopiquement pourrait être la résultante émergente de multiples oscillateurs locaux indépendants (intestinaux, cardiaques, corticaux) qui s’entrainent mutuellement de façon imparfaite.

14. Termes connexes et distinctions

Il importe de distinguer rigoureusement le BRAC de plusieurs concepts satellites en chronobiologie et en psychophysiologie :

  • Rythme circadien : Rythme biologique d’une période d’environ 24 heures (ex. cycle veille-sommeil global, température corporelle, sécrétion de cortisol). Le BRAC est un rythme ultradien (nettement plus rapide que 24 heures) qui s’inscrit à l’intérieur de l’enveloppe circadienne.
  • Architecture du sommeil : Désigne la structure séquentielle globale de la nuit en différents stades (N1, N2, N3 et REM). Le BRAC est le mécanisme périodique qui engendre cette alternance, mais s’applique également à l’éveil.
  • Processus homéostatique de sommeil (Processus S) : Modélisé par Alexander Borbély, le processus S décrit la pression d’endormissement qui s’accumule de manière monotone et exponentielle avec chaque heure passée éveillé. Le BRAC n’est pas cumulatif : il oscille perpétuellement en dents de scie de manière cyclique.
  • Rythme infradien : Rythme biologique dont la période est supérieure à 28 heures (comme le cycle menstruel ou les rythmes saisonniers). Il est l’antithèse temporelle de l’ultradien.
  • Flânerie mentale (Mind-wandering) : Phénomène psychologique caractérisé par des pensées découplées de l’environnement immédiat. Le vagabondage de l’esprit n’est pas le BRAC lui-même, mais représente la manifestation cognitive et psychologique préférentielle de la phase de repos ultradienne.

15. Résumé et points clés

Le cycle repos-activité de base (BRAC) est une clé de voûte indispensable pour comprendre la physiologie humaine dans sa dynamique temporelle réelle :

  • Nature biologique : C’est un rythme ultradien endogène d’environ 90 minutes (oscillant entre 80 et 120 minutes) qui module le système nerveux central jour et nuit.
  • Continuité jour-nuit : Proposé initialement par Nathaniel Kleitman, il postule que l’alternance entre sommeil lent et sommeil paradoxal durant la nuit se prolonge le jour sous la forme d’ondulations entre vigilance focalisée et repos intégrateur.
  • Fondement neurochimique : Il découle d’interactions dynamiques cycliques entre les systèmes de projection aminergiques (éveil, action) et cholinergiques/GABAergiques (repos, intériorisation).
  • Signes cliniques : Les creux de cycle se traduisent par des bâillements, une baisse d’attention, une tendance aux rêveries diurnes et une impulsion vers des comportements oraux ou de micro-repos.
  • Impact pratique : Structurer les activités professionnelles, éducatives et opérationnelles en modules d’environ 90 minutes permet d’optimiser les facultés cognitives tout en préservant l’équilibre neurovégétatif de l’organisme.

Références

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 26). Cycle Repos-Activité : Le Rythme Caché. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=cycle-repos-activite-de-base-brac
Looti, Mohammed. “Cycle Repos-Activité : Le Rythme Caché.” Base de données de psychologie en français, 26 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_term=cycle-repos-activite-de-base-brac.
Looti, Mohammed. “Cycle Repos-Activité : Le Rythme Caché.” Base de données de psychologie en français. octobre 26, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=cycle-repos-activite-de-base-brac.