Cycle : Dynamiques et rythmes du psychisme

Découvrez l’analyse approfondie du concept de cycle en psychologie : des rythmes chronobiologiques aux cycles comportementaux, affectifs et relationnels.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · novembre 8, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : novembre 8, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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Le concept de cycle occupe une position cardinale au confluent des neurosciences comportementales, de la psychopathologie clinique et de la psychologie du développement. Qu’il désigne l’oscillation périodique de nos états neurobiologiques ou l’itération obstinée de schémas comportementaux, le cycle révèle la manière dont le fonctionnement mental est intrinsèquement rythmé, régulateur et auto-entretenu. Comprendre ces dynamiques récurrentes permet de décrypter aussi bien l’harmonie de l’homéostasie humaine que la cristallisation des troubles mentaux les plus réfractaires.

Cycle en psychologie

1. Définition concise

En psychologie et en neurosciences computationnelles, un cycle désigne une séquence ordonnée et récurrente d’états physiologiques, affectifs, cognitifs ou relationnels qui se déploient selon une temporalité déterminée et reviennent périodiquement à leur point initial. Ce processus se caractérise par une dynamique circulaire où le terme d’une phase constitue la condition d’émergence de la phase consécutive, établissant un équilibre dynamique ou, à l’inverse, un enfermement systémique répétitif.

Sur le plan fonctionnel, le cycle ne se réduit pas à une simple répétition mécanique d’événements. Il représente un mécanisme adaptatif fondamental d’autorégulation par lequel l’organisme intègre des signaux temporels internes et environnementaux pour répondre aux exigences de son milieu. Qu’il s’agisse de l’alternance veille-sommeil, des fluctuations de l’humeur ou des réactions en boucle face au stress, le cycle structure la continuité psychologique de l’individu.

Dans une perspective psychopathologique et interactionnelle, le terme désigne également des boucles de rétroaction auto-renforçantes — telles que le cycle de la violence conjugale, le cycle de l’anxiété ou les scénarios relationnels répétitifs — au sein desquelles les conséquences d’un comportement opèrent en retour comme des déclencheurs de ce même comportement, maintenant le sujet dans une impasse développementale ou relationnelle.

2. Étymologie et origines linguistiques

Le substantif français « cycle » puise ses racines directes dans le bas latin cyclus, lui-même emprunté au grec ancien κύκλος (kúklos), signifiant originellement « cercle », « roue », « mouvement circulaire » ou « voûte céleste ». Cette racine indo-européenne (*kʷekʷlos) évoque invariablement l’idée d’une trajectoire close sur elle-même, dont le cheminement continu ramène inéluctablement au commencement.

Initialement réservé à l’astronomie et à la chronologie antique pour désigner les révolutions régulières des astres (tels les cycles solaires ou métoniques), le mot a progressivement migré vers les sciences naturelles au cours des XVIIIe et XIXe siècles pour qualifier les périodicités biologiques et le développement vital des espèces. L’introduction du terme dans le lexique médical et psychologique s’est formalisée avec l’étude des maladies mentales périodiques — notamment à travers l’introduction clinique de la « folie circulaire » par Jean-Pierre Falret en 1854, ancêtre nosologique direct du concept de trouble bipolaire.

Dans le corpus théorique contemporain de la psychologie, la notion a conservé sa double valence : d’un côté, la fidélité à sa racine temporelle et rythmée (chronopsychologie), et de l’autre, son extension métaphorique à la récursivité cognitive et interactionnelle, influencée par la cybernétique du milieu du XXe siècle.

3. Prononciation et forme grammaticale

En langue française, le terme s’orthographie de façon invariable sous la forme « cycle » et se prononce phonétiquement /sikl/. Il s’agit d’un substantif masculin du lexique général et spécialisé, admettant le pluriel régulier « cycles » (/sikl/). Ses dérivés lexicaux les plus courants en psychologie et en psychopathologie incluent l’adjectif « cyclique » (/si.klik/), désignant ce qui se reproduit à intervalles réguliers ou selon un schéma périodique, le substantif « cyclicité » (/si.kli.si.te/), ainsi que des composés pathologiques spécifiques tels que la cyclothymie ou l’adjectif « cyclothymique ».

Sur le plan syntaxique et conceptuel, « cycle » s’associe généralement à un complément du nom précisant la nature du processus en jeu : « cycle ultradien », « cycle circadien », « cycle nycthéméral », « cycle de contact » (en Gestalt-thérapie), « cycle de l’accoutumance » ou encore « cycle de la victimisation ». L’usage grammatical requiert de distinguer rigoureusement la période (durée temporelle nécessaire à l’accomplissement d’un tour complet) du cycle lui-même (l’ensemble structuré des étapes successives).

4. Explication conceptuelle détaillée

La notion de cycle constitue un analyseur privilégié de l’organisation psychique. Contrairement à une conception linéaire du temps psychologique — où une cause initiale produirait un effet définitif —, le paradigme cyclique envisage les phénomènes sous l’angle de systèmes récursifs. Dans cette optique, l’esprit et le comportement fonctionnent selon des boucles rétroactives : le produit final d’une séquence mentale réinjecte une information dans le système, modifiant l’état interne et réenclenchant un processus analogue.

Cette dynamique cyclique s’observe à plusieurs niveaux d’intégration de l’individu :

  • L’ancrage biologique et oscillatoire : L’organisme humain est traversé d’horloges endogènes. Les rythmes circadiens régulent l’éveil, la sécrétion de mélatonine et de cortisol, modulant directement la vigilance, l’attention et la réactivité affective. Lorsque ce cycle biologique est perturbé, les vulnérabilités émotionnelles et cognitives augmentent considérablement.
  • La récursivité cognitive et émotionnelle : Dans le champ de la psychologie cognitive, les cycles décrivent les mécanismes d’entretien des troubles anxieux et dépressifs. Par exemple, une pensée automatique négative suscite une détresse émotionnelle, qui déclenche une réaction neurovégétative, interprétée à son tour comme la preuve d’une menace imminente, confirmant et amplifiant ainsi la pensée initiale.
  • Les boucles comportementales et relationnelles : Sur le plan interpersonnel, le cycle rend compte des interactions où le comportement d’un protagoniste induit chez l’autre une réponse qui confirme la posture initiale du premier (prophétie autoréalisatrice ou dynamique systémique circulaire).

Le périmètre conceptuel du cycle s’étend ainsi de la micro-périodicité neurophysiologique (cycles d’ondes cérébrales à la seconde) à la macro-temporalité biographique (cycles de vie, répétitions transgénérationnelles). Sa frontière se trace là où l’événement perd toute propriété d’itération régulière ou de rétroaction pour devenir purement aléatoire, linéaire ou irréversible.

5. Développement historique

L’intégration de la notion de cycle dans les sciences de l’esprit témoigne d’une longue maturation théorique et empirique. Au XIXe siècle, les pionniers de l’aliénisme français, notamment Jean-Pierre Falret (1854) avec la « folie circulaire » et Jules Baillarger (1854) avec la « folie à double forme », identifient pour la première fois la succession régulière d’épisodes maniaques et mélancoliques entrecoupés d’intervalles lucides. Ces travaux ont fourni le substrat clinique sur lequel Emil Kraepelin établira, à la fin du siècle, la catégorie de la psychose maniaco-dépressive, consacrant l’idée d’une périodicité endogène des troubles de l’humeur.

Parallèlement, au début du XXe siècle, Sigmund Freud introduit la notion fondamentale de « compulsión de répétition » (Wiederholungszwang) dans Au-delà du principe de plaisir (1920). Freud y théorise l’existence d’un cycle inconscient poussant le sujet à réitérer inlassablement des expériences pénibles ou traumatiques non intégrées, conférant au cycle une dimension d’échafaudage intrapsychique visant la maîtrise rétroactive.

Au milieu du XXe siècle, la révolution cybernétique menée par Norbert Wiener et Ludwig von Bertalanffy introduit le concept de causalité circulaire et de boucles de rétroaction (feedback loops). L’École de Palo Alto, sous la direction de Gregory Bateson et Paul Watzlawick, applique directement cette modélisation à la communication humaine, démontrant comment les comportements pathologiques au sein d’une famille ou d’un groupe résultent de cycles interactionnels circulaires entretenus par des rétroactions positives ou négatives.

Enfin, la seconde moitié du XXe siècle a vu l’avènement conjoint de la chronobiologie moderne — marquée par la découverte du sommeil paradoxal par Nathaniel Kleitman et Michel Jouvet — et le développement de modèles comportementaux opérationnels, à l’image des travaux de Lenore Walker (1979) sur le cycle de la violence, et du modèle transthéorique du changement développé par James Prochaska et Carlo DiClemente dans les années 1980.

6. Fondements théoriques

L’étude des cycles en psychologie s’appuie sur plusieurs cadres théoriques complémentaires qui déterminent la compréhension de la répétition et du changement :

La théorie générale des systèmes et la cybernétique : Ce courant postule que les systèmes psychiques et familiaux recherchent l’homéostasie par le biais de boucles de régulation. Une rétroaction négative réduit l’écart par rapport à la norme pour stabiliser le système, tandis qu’une rétroaction positive amplifie la déviation, pouvant provoquer une crise ou l’entrée dans un nouveau régime de fonctionnement. Dans cette perspective, le cycle décrit la dynamique même d’adaptation d’un système ouvert en interaction permanente avec son contexte.

Le modèle cognitivo-comportemental : Fondé sur les travaux d’Aaron Beck et d’Albert Ellis, il analyse la psychopathologie à travers les cycles de maintien. Un schéma cognitif latent est activé par un stimulus environnemental, produisant des distorsions cognitives, des réponses physiologiques et des comportements d’évitement. L’évitement empêche toute réévaluation réaliste de la menace, renforçant la croyance erronée initiale et verrouillant ainsi le patient dans un cycle psychopathologique clos.

La chronopsychologie et la chronobiologie : Cette branche des neurosciences étudie la structure temporelle des activités mentales. Elle repose sur le concept de synchronisateurs (ou Zeitgebers), tels que la lumière naturelle ou les horaires sociaux, qui calibrent les oscillateurs cérébraux principaux situés dans les noyaux suprachiasmatiques de l’hypothalamus. Ces cycles biologiques constituent la matrice neurochimique conditionnant la régulation des affects et les capacités cognitives exécutives.

7. Composantes clés, typologies et dimensions

Pour appréhender rigoureusement les cycles en psychologie, il convient de les structurer selon leurs temporalités, leurs niveaux d’expression et leurs fonctions fondamentales :

  • Selon la temporalité biologique (rythmes psychophysiologiques) :
    • Cycles ultradiens : Périodes inférieures à 24 heures, incluant les cycles de sommeil (alternance sommeil lent et sommeil paradoxal d’environ 90 minutes) et les fluctuations de la vigilance diurne (rythme basique repos-activité).
    • Cycles circadiens : Périodes d’environ 24 heures gouvernant le cycle veille-sommeil, les variations de la température corporelle, l’humeur et la réactivité au stress.
    • Cycles infradiens et saisonniers : Périodes supérieures à 24 heures, telles que le cycle menstruel (avec ses impacts potentiels comme le trouble dysphorique prémenstruel) et les cycles saisonniers (observés dans le trouble affectif saisonnier).
  • Selon la dynamique relationnelle et victimologique :
    • Le cycle de la violence conjugale : Modélisé par Lenore Walker, il articule quatre phases successives : la montée des tensions, l’agression ou crise aiguë, la déresponsabilisation / justification, et la lune de miel (réconciliation temporaire).
    • Les cycles d’attachement insécurisant : Boucles interactives où l’anxiété de séparation d’un partenaire déclenche le retrait émotionnel de l’autre, confirmant la peur initiale d’abandon.
  • Selon le développement et le changement comportemental :
    • Le cycle du changement de Prochaska et DiClemente : Processus spiralaire comprenant la pré-contemplation, la contemplation, la préparation, l’action, le maintien et la rechute, considérant la rechute non comme un échec définitif mais comme une étape récurrente de l’apprentissage adaptatif.
    • Le cycle de vie individuelle et familiale : Séquence normative d’étapes développementales (enfance, départ du foyer, parentalité, retraite) exigeant des réajustements structurels majeurs.

8. Exemples et cas illustratifs

Cas 1 : Le cycle d’évitement dans le trouble panique
Julien, 32 ans, présente un trouble panique avec agoraphobie. Le cycle se déclenche lorsqu’il ressent une légère accélération cardiaque dans une foule. Il interprète cette sensation de manière catastrophique : « Je vais avoir une crise cardiaque ». Cette pensée suscite une décharge immédiate d’adrénaline, augmentant davantage son rythme cardiaque et provoquant une hyperventilation. En réponse, Julien fuit le lieu public. La fuite engendre un soulagement immédiat (renforcement négatif), mais consolide la croyance que l’endroit était périlleux et qu’il ne peut survivre qu’en fuyant. Ce mécanisme récursif aggrave l’anxiété anticipatoire lors de la sortie suivante, réactivant le cycle avec un seuil de tolérance encore plus abaissé.

Cas 2 : La désynchronisation du cycle circadien dans l’épisode dépressif majeur
Éléonore, 45 ans, développe un épisode dépressif caractérisé. Son cycle veille-sommeil subit une rupture sévère : insomnie d’endormissement prolongée, éveils nocturnes répétés et réveil matinal précoce à 4 heures du matin avec une angoisse majeure. Ce dérèglement altère la sécrétion physiologique de cortisol et diminue les niveaux d’énergie tout au long de la journée. En conséquence, elle renonce à ses activités physiques et sociales, s’expose peu à la lumière du jour et passe ses après-midis alitée. Ce retrait réduit davantage la pression de sommeil nocturne et accentue la désynchronisation biologique, perpétuant l’état dépressif par une boucle de rétroaction psycho-neuro-endocrinienne.

9. Mesure et évaluation

L’évaluation clinique et psychométrique des cycles dépend de la dimension étudiée. Les cliniciens et chercheurs disposent d’instruments spécifiques pour quantifier et cartographier ces dynamiques :

Dans le domaine des cycles circadiens et du sommeil, la polysomnographie demeure le standard pour analyser l’architecture interne du sommeil (stades N1, N2, N3 et sommeil REM). Elle est complétée par l’actimétrie — enregistrement continu des mouvements au poignet sur plusieurs semaines — et l’usage d’agendas du sommeil. Des questionnaires standardisés, comme l’échelle de matinalité-vespéralité de Horne et Östberg (MEQ) ou l’indice de qualité du sommeil de Pittsburgh (PSQI), déterminent le chronotype individuel et les altérations du rythme nycthéméral.

Dans l’évaluation des cycles thymiques, la tenue quotidienne d’un Life Chart (ou graphique de vie prospectif) est privilégiée chez les patients présentant des troubles bipolaires. Cette cartographie permet de relever les variations de l’humeur, la durée des cycles manie-dépression et la présence éventuelle de « cycles rapides » (définis par le DSM-5 par au moins quatre épisodes thymiques distincts par an).

Pour mesurer les boucles de pensées et de comportements, les thérapies cognitivo-comportementales utilisent l’analyse fonctionnelle (grilles de Beck, modèle SECCA ou grille de Kanfer et Saslow), qui isole précisément les stimuli déclencheurs, les cognitions, les réponses émotionnelles et les conséquences comportementales entretenant la répétition pathologique.

10. Applications et portée pratique

La compréhension des cycles trouve des applications concrètes et immédiates dans de multiples secteurs de la psychologie contemporaine :

En psychothérapie clinique : L’identification des cycles d’entretien constitue la première étape de l’intervention. En thérapie cognitive, le praticien aide le patient à « briser le cycle » en introduisant des stratégies de restructuration cognitive et d’exposition avec prévention de la réponse. De même, la thérapie interpersonnelle et des rythmes sociaux (IPSRT), développée pour le trouble bipolaire, régule les routines quotidiennes et les rythmes sociaux pour stabiliser les oscillateurs biologiques.

En santé au travail et ergonomie : L’analyse des rythmes ultradiens et circadiens informe l’aménagement des horaires, la prévention de l’épuisement professionnel et la gestion du travail posté ou de nuit. Adapter les tâches cognitives complexes aux moments de vigilance optimale permet de limiter les erreurs humaines et de réduire les risques d’accidents industriels liés à la somnolence.

En addictologie et santé publique : L’application du modèle transthéorique de Prochaska et DiClemente guide les professionnels dans l’entretien motivationnel. L’intervention n’est efficace que si elle correspond au stade cyclique où se trouve la personne (par exemple, éviter de proposer un plan d’action immédiat à un individu en phase de pré-contemplation).

11. Recherches et données empiriques

Les avancées récentes en imagerie cérébrale fonctionnelle et en biologie moléculaire ont considérablement enrichi notre compréhension des cycles mentaux :

Les travaux récompensés par le prix Nobel de médecine attribué à Jeffrey C. Hall, Michael Rosbash et Michael W. Young ont démontré les mécanismes moléculaires contrôlant le rythme circadien à travers les boucles de rétroaction des gènes Period et Cryptochrome. En psychiatrie, des chercheurs comme Colleen McClung ont montré comment des mutations de ces gènes d’horloge perturbent la transmission dopaminergique et déclenchent des comportements maniaques chez les modèles animaux, confirmant le substrat génétique des cycles thymiques.

Sur le plan des neurosciences cognitives, Matthew Walker et son équipe à l’Université de Californie à Berkeley ont établi le rôle fondamental des cycles de sommeil dans la consolidation mnésique et la régulation des émotions. Leurs données révèlent que le sommeil paradoxal opère une véritable « désomatisation » émotionnelle, dissolvant la charge affective négative liée aux souvenirs traumatiques tout en préservant l’information déclarative.

Dans le domaine des thérapies comportementales, les études méta-analytiques sur l’efficacité de la luminothérapie (démontrée initialement par Norman Rosenthal en 1984) ont attesté d’une rémission significative non seulement dans la dépression saisonnière, mais également comme adjuvant majeur dans les dépressions unipolaires et bipolaires non saisonnières, confirmant l’efficacité d’une resynchronisation ciblée des cycles endogènes.

12. Considérations culturelles et transculturelles

La manière dont les cycles sont conçus, perçus et vécus varie considérablement selon les contextes socioculturels :

Les sociétés occidentales contemporaines privilégient largement une vision linéaire et vectorielle du temps, centrée sur le progrès continu, l’accumulation et la productivité régulière sans pause. Cette conception entre souvent en conflit aigu avec la nature cyclique de l’être humain, favorisant la survenue de désynchronisations chronobiologiques massives (le décalage horaire social ou social jetlag). À l’inverse, de nombreuses traditions philosophiques et culturelles (notamment asiatiques et amérindiennes) s’enracinent dans une cosmologie cyclique, où le temps est perçu comme un renouveau éternel. Cette compréhension favorise une plus grande acceptation des périodes de repli, de repos ou de baisse d’énergie, perçues non comme des défaillances personnelles, mais comme des phases inhérentes à la régénération vitale.

De plus, l’expression de la symptomatologie périodique présente de notables variations transculturelles. Les troubles liés aux cycles menstruels ou hormonaux, comme le syndrome prémenstruel, voient leur prévalence et leur expression somatique ou émotionnelle fluctuer selon les normes de genre et les représentations du corps propres à chaque société, témoignant de l’intrication constante du biologique et du culturel.

13. Critiques, débats et limites conceptuelles

Malgré sa puissance heuristique, l’application de la notion de cycle suscite plusieurs débats épistémologiques et cliniques :

Le risque de déterminisme et de passivité : L’un des principaux écueils réside dans la tendance du modèle cyclique à naturaliser ou fataliser des comportements destructeurs. En victimologie, la popularisation excessive du concept de « cycle intergénérationnel de la violence » a parfois été interprétée à tort comme une condamnation inéluctable selon laquelle un enfant maltraité deviendrait nécessairement un parent maltraitant. Les recherches sur la résilience (notamment portées par Boris Cyrulnik) démontrent au contraire que des facteurs protecteurs peuvent briser ces scénarios répétitifs.

La sur-simplification de la complexité humaine : Modéliser des processus existentiels complexes sous la forme de cycles rigides en phases successives (comme les stades du deuil d’Élisabeth Kübler-Ross) a fait l’objet de vives réserves. De nombreux auteurs rappellent que le vécu du deuil ou du traumatisme est fluide, fluctuant, et ne suit que très rarement une séquence chronologique invariante ou linéaire.

Le réductionnisme biologique : En psychopathologie, privilégier exclusivement la dimension cyclique ou chronobiologique risque de masquer la causalité psychologique ou sociale sous-jacente, réduisant l’épisode thymique à une simple dysrhythmie biochimique déconnectée de l’histoire affective et des conflits relationnels du sujet.

14. Termes connexes et distinctions

Pour éviter toute confusion terminologique, il importe de différencier le cycle de plusieurs notions proches :

  • Rythme vs Cycle : Le rythme correspond à la cadence et à la fréquence temporelle avec laquelle un phénomène se produit (la dimension métrique), tandis que le cycle désigne l’agencement structural de l’ensemble des phases qui constituent ce processus avant le retour à l’état initial.
  • Répétition vs Cycle : La répétition se contente de reproduire un acte ou un état à l’identique, souvent de façon fragmentée ou mécanique (comme dans les stéréotypies motrices). Le cycle sous-tend une séquence ordonnée et différenciée de transitions d’états imbriquées les unes dans les autres.
  • Boucle rétroactive vs Cycle : La boucle rétroactive (feedback loop) est le mécanisme cybernétique causal régissant la réinjection du signal. Le cycle est la manifestation globale et temporelle produite par l’activité continue de ces boucles.
  • Spirale développementale vs Cycle fermé : Contrairement au cycle fermé qui tourne sur lui-même sans issue (le cercle vicieux), la spirale intègre une trajectoire évolutive : bien que le sujet retraverse des zones d’expérience analogues, il le fait à un niveau de conscience, de maturité ou de complexité différent.

15. Résumé et points clés

Le cycle s’affirme comme une structure opératoire indispensable à l’analyse de la vie psychique et comportementale. Il synthétise les temporalités du corps et de l’esprit, des battements neurophysiologiques les plus subtils jusqu’aux déterminants profonds de nos liens relationnels.

Les points cardinaux à retenir comprennent :

  • Le fonctionnement psychique est par essence non linéaire et organisé en boucles dynamiques récursives.
  • Les rythmes circadiens, ultradiens et infradiens procurent l’armature biologique nécessaire à la régulation cognitive et affective.
  • En clinique, les cycles de maintien cognitifs, comportementaux et relationnels expliquent la pérennisation des troubles mentaux et constituent les leviers précis des thérapies ciblées.
  • Tout cycle psychopathologique ou relationnel pathologique peut être identifié, cartographié, désactivé et réorienté vers une spirale de transformation résiliente.

Références

  • Falret, J.-P. (1854). Mémoire sur une affection mentale caractérisée par l’accession successive du délire maniaque et du délire mélancolique, et par un état de lucidité entre chacun des accès. Bulletin de l’Académie Impériale de Médecine, 19, 382–415.
  • Prochaska, J. O., & DiClemente, C. C. (1983). Stages and processes of self-change of smoking: Toward an integrative model of change. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 51(3), 390–395. https://doi.org/10.1037/0022-006X.51.3.390
  • Rosenthal, N. E., Sack, D. A., Gillin, J. C., Lewy, A. J., Goodwin, F. K., Davenport, Y., Mueller, P. S., Newsome, D. A., & Wehr, T. A. (1984). Seasonal affective disorder: A description of the syndrome and preliminary findings with light therapy. Archives of General Psychiatry, 41(1), 72–80. https://doi.org/10.1001/archpsyc.1984.01790120076010
  • Walker, L. E. (1979). The Battered Woman. Harper & Row.
  • Watzlawick, P., Beavin, J. H., & Jackson, D. D. (1972). Une logique de la communication (J. Collin, trad.). Éditions du Seuil. (Ouvrage original publié en 1967).

Citer cet article

Looti, M. (2026, novembre 8). Cycle : Dynamiques et rythmes du psychisme. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=cycle-psychologie-dynamiques-rythmes
Looti, Mohammed. “Cycle : Dynamiques et rythmes du psychisme.” Base de données de psychologie en français, 8 novembre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_term=cycle-psychologie-dynamiques-rythmes.
Looti, Mohammed. “Cycle : Dynamiques et rythmes du psychisme.” Base de données de psychologie en français. novembre 8, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=cycle-psychologie-dynamiques-rythmes.