Coping actif : Maîtriser le stress

Découvrez le concept fondamental de coping actif en psychologie : définition, modèles théoriques, évaluation psychométrique et applications pratiques face au stress.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 22, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 22, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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Face aux épreuves inhérentes à l’existence humaine et aux stresseurs environnementaux majeurs, les individus déploient un ensemble diversifié de réponses comportementales et cognitives pour préserver leur homéostasie psychologique. Au cœur de cette dynamique adaptative se trouve le concept de coping actif, un processus délibéré par lequel une personne mobilise ses ressources pour modifier directement la source d’une contrainte ou en atténuer les répercussions délétères. L’étude de ces stratégies constitue un pilier de la psychologie de la santé contemporaine, éclairant les mécanismes d’autorégulation, de résilience et de longévité physique et mentale.

Le coping actif (Ajustement actif)

1. Définition concise

Le coping actif (ou stratégie d’ajustement actif) désigne l’ensemble des efforts cognitifs et comportementaux orientés vers l’action directe, mis en œuvre par un individu afin de gérer, modifier ou éliminer un stresseur identifié, ou d’en moduler les conséquences immédiates. Contrairement aux mécanismes passifs d’évitement, de résignation ou de déni, le coping actif implique une confrontation instrumentale et méthodique avec la situation problématique perçue.

Dans la taxonomie psychologique, cette modalité d’adaptation se caractérise par l’initiative, la planification délibérée, la recherche méthodique d’informations et l’exécution de comportements ciblés visant la résolution du problème. Elle repose sur la croyance implicite en la modifiabilité de la menace ou du défi rencontré. L’individu s’investit ainsi en tant qu’agent proactif de son propre environnement, cherchant à transformer activement les conditions de la transaction stressante plutôt que de subir passivement les contingences externes.

Ce mode d’ajustement ne se limite pas à une action physique immédiate ; il englobe également des processus cognitifs méticuleux d’évaluation des options disponibles, de hiérarchisation des priorités et de restructuration instrumentale des objectifs personnels, maximisant ainsi l’adéquation entre les ressources disponibles et les exigences de la situation.

2. Étymologie et origine linguistique

Le terme anglais coping provient du verbe intransitif to cope, dont les racines étymologiques remontent au moyen anglais copen ou coupen, signifiant « combattre », « se mesurer à » ou « lutter contre ». Ce verbe dérive lui-même de l’ancien français couper ou colper (frapper un coup, du latin ecclésiastique colpus, contraction du latin tardif colaphus, issu du grec ancien kólaphos désignant un coup de poing ou un soufflet).

À l’origine porteur d’une connotation de combat physique singulier, le terme a progressivement évolué dans la langue anglaise au cours du XIXe siècle pour désigner la capacité générale de surmonter une difficulté ou de composer avec une adversité. L’adjectif actif, issu du latin activus (qui agit, énergique), vient préciser la nature dynamique, directe et intentionnelle de la manœuvre adaptative.

L’introduction formelle du syntagme dans le lexique des sciences humaines et de la psychologie clinique est attribuée aux travaux fondateurs sur l’homéostasie et le stress menés dans la seconde moitié du XXe siècle. En langue française, les spécialistes emploient indifféremment l’anglicisme consacré « coping actif » ou les locutions équivalentes et académiquement rigoureuses de « stratégies de faire-face actif » et d’« ajustement actif axé sur le problème ».

3. Prononciation et forme grammaticale

En français, le terme s’énonce phonétiquement [kɔ.piŋ ak.tif] (ou [ko.piŋ ak.tif]). Il s’agit d’un syntagme nominal masculin singulier (au pluriel : copings actifs, bien que l’usage préférentiel dans la littérature scientifique recoure à l’expression stratégies de coping actif).

Sur le plan morphosyntaxique, il s’emploie principalement comme un nom indénombrable référant à une catégorie globale de conduites adaptatives (« l’effet tampon du coping actif sur la charge allostatique »), ou au pluriel pour délimiter les multiples actes spécifiques qui le composent (« les répertoires de coping actif mobilisés par les soignants »). Les dérivés adjectivaux ou locatifs courants incluent « orienté vers l’action », « centré sur le problème » ou « instrumentalisé ».

4. Explication conceptuelle détaillée

Pour appréhender le coping actif dans toute sa complexité, il convient d’analyser la transaction continue reliant l’individu à son écosystème. Selon les modèles interactionnels de la psychologie cognitive, le stress ne réside ni exclusivement dans l’environnement ni uniquement dans l’organisme, mais émerge d’une discordance perçue entre les exigences de la situation et les ressources dont le sujet estime disposer. Lorsque cette discordance est identifiée comme un préjudice potentiel ou un défi stimulant, le coping actif intervient comme le moteur de la réponse opérante.

Le périmètre du coping actif englobe quatre dimensions fonctionnelles interdépendantes :

  1. La mobilisation attentionnelle : L’attention n’est pas détournée du stresseur (vigilance vs évitement) ; elle est au contraire dirigée de manière sélective vers les variables opérationnelles du problème afin de recueillir des données exploitables.
  2. L’analyse délibérative et la planification : Le sujet évalue les causes sous-jacentes de la perturbation, conceptualise des plans d’action alternatifs et estime les probabilités d’efficacité de chaque issue envisageable.
  3. L’action instrumentale directe : Il s’agit du passage à l’acte concret, impliquant la modification des comportements, l’acquisition de compétences requises, la négociation interpersonnelle ou la réorganisation matérielle du cadre de vie.
  4. La régulation de la dispersion d’énergie : Le coping actif implique également la suspension délibérée des activités concurrentes qui pourraient entraver ou diluer les efforts consacrés à la résolution de la crise centrale.

La frontière séparant le coping actif d’autres formes de régulation est rigoureuse. Contrairement au coping émotionnel, qui s’attache prioritairement à juguler l’angoisse subjective sans transformer la source extérieure, le coping actif assume l’inconfort immédiat pour cibler les facteurs causaux. De surcroît, il se distingue des défenses inconscientes par sa nature transparente, réflexive et accessible à la conscience du sujet.

Néanmoins, la pertinence du coping actif est intrinsèquement tributaire du degré de contrôlabilité objective de la situation. Dans les contextes où l’individu dispose d’une marge de manœuvre réelle (stresseurs modifiables), le recours au coping actif constitue le prédicteur le plus robuste de l’adaptation positive. En revanche, lorsque le stresseur est immuable (par exemple, un deuil soudain ou le diagnostic d’une pathologie létale irréversible), un coping actif obstiné peut paradoxalement générer de l’épuisement, de la détresse psychologique et une augmentation de la vulnérabilité émotionnelle.

5. Évolution historique

La genèse théorique du coping s’inscrit initialement dans la tradition psychanalytique du début du XXe siècle, où les processus adaptatifs étaient assimilés aux mécanismes de défense de l’ego théorisés par Sigmund Freud et approfondis par Anna Freud. Dans cette vision primitive, les réponses à l’angoisse étaient principalement envisagées comme des manœuvres automatiques, inconscientes et rigides destinées à protéger l’intégrité psychique des pulsions internes conflictuelles.

Dans les années 1960, un tournant paradigmatique s’opère sous l’impulsion de la psychologie humaniste et des sciences cognitives émergentes. Des auteurs comme Norma Haan (1969) et George Vaillant (1977) commencent à dissocier les mécanismes de défense rigides des processus de « coping », ces derniers étant conceptualisés comme des réponses flexibles, conscientes, orientées vers la réalité et fondamentalement saines.

L’étape décisive de la formalisation du coping actif intervient avec la publication en 1984 de l’ouvrage séminal de Richard Lazarus et Susan Folkman, Stress, Appraisal, and Coping. Ces chercheurs établissent la distinction classique entre l’ajustement centré sur le problème (précurseur immédiat du coping actif) et l’ajustement centré sur l’émotion. Le modèle transactionnel redéfinit le stress non plus comme une réponse physiologique passive (telle que décrite par Hans Selye), mais comme un processus cognitif dynamique dépendant d’évaluations primaires (gravité de la situation) et secondaires (ressources disponibles).

À la fin des années 1980 et durant les années 1990, Charles S. Carver, Michael F. Scheier et Jagdish K. Weintraub (1989) affinent cette typologie en créant l’inventaire COPE. Ils isolent le « coping actif » en tant que sous-facette distincte, séparée de la planification pure ou de la recherche de soutien social instrumental. Au cours du XXIe siècle, l’essor des neurosciences cognitives et de la psychoneuroendocrinologie, avec des figures telles que Bruce McEwen, est venu ancrer l’étude du coping actif dans la régulation de la charge allostatique et l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien.

6. Fondements théoriques

Le coping actif prend racine dans plusieurs cadres paradigmatiques qui articulent cognition, motivation et comportement :

Le modèle transactionnel et cognitif de Lazarus et Folkman : Ce paradigme postule que le comportement adaptatif découle de deux phases d’évaluation cognitive. L’évaluation primaire détermine si l’événement constitue une menace, une perte ou un défi. L’évaluation secondaire jauge les capacités d’intervention de la personne (« Que puis-je faire ? »). Le coping actif s’enclenche préférentiellement lorsque la situation est jaugée comme un défi maîtrisable et que le sentiment de contrôlabilité perçue est élevé.

La théorie sociocognitive et l’auto-efficacité d’Albert Bandura : Le déploiement d’un coping actif exige un niveau suffisant d’auto-efficacité personnelle. Si un sujet doute de sa capacité à exécuter avec succès les démarches correctrices, il inhibera ses comportements d’ajustement actif au profit d’attitudes d’impuissance acquise ou de retrait défensif. L’efficacité perçue dicte l’intensité de l’effort consenti et la persévérance face aux obstacles initiaux.

La théorie de la conservation des ressources (COR) de Stevan Hobfoll : Selon Hobfoll, le stress découle de la menace de perte nette de ressources, de la perte effective de celles-ci ou de l’incapacité à acquérir de nouvelles ressources après un investissement significatif. Le coping actif y est analysé comme une stratégie d’investissement stratégique : l’individu engage activement des ressources tangibles, énergétiques ou sociales pour prévenir une détérioration de son capital global ou pour reconstituer un stock de protection face à l’incertitude.

Le modèle cybernétique d’autorégulation de Carver et Scheier : Ce modèle conçoit le coping actif comme une boucle de rétroaction négative (comparateur cybernétique). L’individu compare son état actuel à un état de référence idéal (l’objectif visé). Lorsqu’une divergence est détectée, le coping actif constitue le vecteur d’action permettant de réduire l’écart entre la réalité observée et la cible souhaitée, le tout sous le contrôle d’affects qui signalent l’allure de progression.

7. Composantes clés, typologies et dimensions

La structure interne du coping actif décompose les conduites adaptatives en plusieurs sous-processus synergiques :

  • L’action directe et l’intervention instrumentale : Mise en œuvre d’actes physiques ou verbaux tangibles modifiant immédiatement les paramètres environnementaux du problème (ex. réparer un dispositif défaillant, soumettre un recours administratif).
  • La planification stratégique : Organisation chronologique et hiérarchisée des étapes requises pour neutraliser le stresseur, incluant l’anticipation d’obstacles et la formulation de plans d’urgence de contournement.
  • La suppression des activités distrayantes : Capacité d’inhibition cognitive et comportementale consistant à écarter temporairement les projets secondaires afin de concentrer l’intégralité des ressources attentionnelles sur l’urgence adaptative.
  • La temporisation ou contention stratégique (restraint coping) : Rétention volontaire de l’action jusqu’au moment opportun. Loin d’être une passivité, cette composante active consiste à s’abstenir d’intervenir prématurément afin d’optimiser l’impact de la démarche résolutive.
  • La recherche active de soutien social instrumental : Quête ciblée de conseils spécialisés, d’aides techniques ou de ressources matérielles auprès d’experts ou de proches, distincte de la simple recherche de réconfort affectif.
  • Le coping proactif : Extension temporelle du coping actif, théorisée par Ralf Schwarzer et Esther Greenglass, consistant à édifier des ressources préventives bien avant qu’un événement stressant potentiel ne se concrétise à l’horizon personnel.

8. Exemples et cas illustratifs

Afin de concrétiser les manifestations empiriques du coping actif, plusieurs situations cliniques et organisationnelles peuvent être mises en contraste :

Cas clinique en oncologie : M. A. apprend qu’il est atteint d’une tumeur colorectale nécessitant une intervention chirurgicale lourde suivie d’une chimiothérapie. Une réaction d’évitement consisterait à différer ses rendez-vous médicaux ou à sombrer dans le déni de la gravité. En revanche, une stratégie de coping actif se matérialise par :

  • La rédaction systématique de questions précises adressées à son équipe médicale lors des consultations ;
  • La modification proactive de son régime nutritionnel et le maintien d’une activité physique adaptée pour optimiser sa condition préopératoire ;
  • L’aménagement anticipé de son environnement professionnel et familial pour réduire la charge mentale durant la phase de convalescence.

Cas organisationnel de restructuration : Mme B., cadre financière, apprend que son département risque d’être externalisé dans le cadre d’un plan social. Plutôt que de développer des conduites passives ou des ruminations dysfonctionnelles, elle déploie un coping actif en procédant à un bilan de compétences immédiat, en actualisant son réseau professionnel, en demandant des entretiens avec sa direction pour explorer les reclassements internes possibles, et en s’inscrivant à un programme certifiant de mise à niveau technologique.

Ces deux exemples mettent en évidence que le coping actif ne supprime pas l’angoisse inhérente aux situations de rupture, mais canalise l’énergie générée par le stress au service de démarches adaptatives pragmatiques.

9. Évaluation et mesure

L’évaluation psychométrique du coping actif s’effectue au moyen d’échelles standardisées d’auto-évaluation validées sur de vastes cohortes cliniques et non-cliniques :

Le Ways of Coping Checklist (WCCL) de Folkman et Lazarus (1988) : Adapté en français notamment par Vitaliano et al., puis par Paulhan et ses collaborateurs, cet inventaire comporte une sous-échelle prépondérante mesurant le coping centré sur le problème, mesurant la fréquence à laquelle le sujet élabore des solutions concrètes face à un stresseur récent.

Le COPE Inventory et le Brief COPE de Carver : Le Brief COPE (validé en français par Muller et Spitz en 2003) est incontestablement l’outil le plus exploité à l’international. Il isole spécifiquement deux items composant l’échelle de Coping Actif stricto sensu :

  • « J’ai concentré mes efforts pour faire quelque chose face à la situation » ;
  • « J’ai pris des mesures directes pour essayer d’améliorer les choses ».

Ces items sont complétés par des échelles adjacentes mesurant la planification et la recherche de soutien instrumental.

Le Proactive Coping Inventory (PCI) de Greenglass, Schwarzer et Taubert (1999) : Cet instrument s’intéresse à la prospective, évaluant l’aptitude de l’individu à anticiper les stresseurs futurs, à formuler des objectifs ambitieux et à mobiliser activement les réserves nécessaires en amont des crises.

Sur le plan méthodologique, ces outils rétrospectifs présentent parfois des biais de mémoire. Pour y pallier, la recherche moderne privilégie l’évaluation écologique instantanée (Ecological Momentary Assessment ou EMA) via des applications mobiles, permettant de saisir l’activation des stratégies d’ajustement en temps réel dans l’environnement naturel des participants.

10. Applications et portée pratique

La compréhension et la promotion du coping actif possèdent des répercussions concrètes dans de multiples disciplines appliquées :

En psychothérapie et psychologie clinique : Les thérapies cognitives et comportementales (TCC) et la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT) intègrent explicitement l’entraînement au coping actif. La technique de résolution de problèmes de D’Zurilla et Nezu apprend aux patients déprimés ou anxieux à segmenter des situations insolubles en sous-objectifs abordables, convertissant la sidération dépressive en actions concrètes récompensantes.

En psychologie de la santé et éducation thérapeutique : Dans la gestion des affections chroniques (diabète, insuffisance rénale, maladies cardiovasculaires), le coping actif est le vecteur premier de l’observance thérapeutique. Les programmes éducatifs visent à armer les malades de compétences instrumentales d’auto-surveillance, de gestion des crises aiguës et d’ajustement thérapeutique autonome.

En milieu organisationnel et ergonomie : Les interventions de prévention de l’épuisement professionnel (burnout) s’appuient sur le renforcement du coping actif chez les collaborateurs en favorisant le job crafting. Les employés apprennent à redéfinir proactivement leurs marges d’autonomie, à négocier les échéances ingérables et à réguler les flux d’informations pour désengorger leur charge de travail cognitive.

11. Recherche et données empiriques

La littérature scientifique accumulée depuis quatre décennies confirme les bénéfices prépondérants du coping actif, tout en documentant ses substrats biologiques et ses conditions d’efficience :

Marqueurs neurobiologiques et neuroendocriniens : Les travaux synthétisés par Bruce McEwen sur la charge allostatique démontrent que le coping actif efficace réduit la durée d’activation de l’axe corticotrope. Chez les sujets adoptant un profil actif, la sécrétion de cortisol après un stresseur aigu revient plus promptement à sa ligne de base que chez les individus déployant un évitement passif. Parallèlement, des études en imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) mettent en lumière une connectivité renforcée entre le cortex préfrontal dorsolatéral (siège des fonctions exécutives et de la planification) et l’amygdale, facilitant une régulation descendante (top-down) des réactions émotionnelles sous-corticales.

Santé cardiovasculaire et immunologique : Les recherches longitudinales menées par Suzanne Segerstrom indiquent qu’un style de coping actif axé sur des défis mesurés corrèle positivement avec une réponse immunitaire à médiation cellulaire optimisée (prolifération accrue des lymphocytes T et cytotoxicité accrue des cellules Natural Killer). De plus, l’ajustement actif prévient les poussées hypertensives chroniques associées aux sentiments de résignation et de rumination.

L’hypothèse de l’adéquation (Goodness-of-Fit Hypothesis) : Formalisée par Susan Folkman, cette hypothèse empirique cruciale stipule que le coping actif n’est salutaire que s’il y a congruence entre la nature du contrôle réalisable et l’effort déployé. Dans une méta-analyse devenue classique menée par Park, Folkman et Bostrom (2001), les sujets employant des stratégies de coping actif dans des situations incontrôlables présentaient des niveaux d’anxiété et de symptômes dépressifs significativement plus élevés que ceux recourant à des stratégies émotionnelles d’acceptation et de lâcher-prise.

12. Considérations socioculturelles

La conceptualisation du coping actif est profondément influencée par les matrices normatives et culturelles des sociétés au sein desquelles elle s’articule :

Individualisme vs Collectivisme : Dans les sociétés occidentales individualistes (Amérique du Nord, Europe de l’Ouest), le coping actif est culturellement survalorisé. Il reflète l’idéal de contrôle personnel, d’autonomie et de maîtrise directe sur le monde physique et social. À l’inverse, dans les cultures collectivistes (notamment en Asie de l’Est), l’ajustement direct et conflictuel est souvent perçu comme perturbateur pour l’harmonie sociale. Des chercheurs comme John Weisz ont mis en contraste le « contrôle primaire » (modifier le monde extérieur par un coping actif direct) et le « contrôle secondaire » (adapter ses propres désirs pour s’harmoniser avec la situation), ce dernier étant particulièrement valorisé dans les cultures confucéennes et bouddhistes.

Genre et socialisation : Les stéréotypes de genre historiques ont souvent associé le coping actif et instrumental aux hommes, et le coping émotionnel et relationnel aux femmes. Cependant, les méta-analyses contemporaines (telles que celles de Tamres, Janicki et Helgeson) démontrent que ces variations sont minimes lorsque l’on contrôle les rôles sociaux et les types de stresseurs rencontrés. Femmes et hommes recourent avec la même intensité au coping actif face à des menaces professionnelles ou sanitaires comparables.

Statut socio-économique et déterminants structurels : Il est indispensable d’éviter l’écueil du psychologisme en reconnaissant que la possibilité matérielle d’exercer un coping actif dépend des ressources objectives de l’individu. Les populations précaires évoluant dans des environnements chroniquement hostiles ou institutionnellement oppressifs font face à des contraintes structurelles majeures limitant l’efficacité objective de l’action directe, ce qui rend l’incitation unilatérale au coping actif irréaliste voire culpabilisante.

13. Critiques, controverses et limites

Nonobstant son statut prédominant, le paradigme du coping actif a suscité plusieurs controverses théoriques et méthodologiques :

Le piège du John Henryisme : Décrit par l’épidémiologiste Sherman James chez les Afro-Américains issus de milieux défavorisés, le phénomène de John Henryism renvoie à un coping actif intense, obstiné et acharné face à des stresseurs systémiques insurmontables (racisme institutionnel, pauvreté chronique). Ce surinvestissement actif permanent, loin d’engendrer un bien-être, se paie par une usure physiologique catastrophique, entraînant des taux particulièrement élevés d’hypertension artérielle sévère et d’accidents vasculaires précoces.

La tyrannie de l’action et le déni de la vulnérabilité : Dans le cadre de la psychologie positive mal interprétée, une injonction sociétale diffuse somme les individus de demeurer « proactifs » en toutes circonstances. Ce primat accordé à l’action immédiate peut disqualifier l’expérience légitime de la tristesse, de la sidération temporaire ou du deuil, incitant à des actions précipitées et défensives qui occultent l’élaboration psychologique profonde de la perte.

Problèmes de validité des mesures d’auto-évaluation : Les questionnaires traditionnels présupposent que les individus sont des observateurs lucides de leurs propres comportements. Or, de nombreux participants rapportent un coping actif par désirabilité sociale ou pour maintenir une illusion de contrôle, sans que ces déclarations ne se traduisent par une action effective dans leur quotidien opérationnel.

14. Notions connexes et distinctions conceptuelles

La rigueur conceptuelle exige de distinguer scrupuleusement le coping actif des termes voisins avec lesquels il est fréquemment confondu :

  • Coping actif vs Coping passif / d’évitement : Alors que le coping actif affronte directement le problème par l’initiative instrumentale, le coping passif cherche à esquiver la réalité de la menace par la distraction, le retrait social, la somatisation ou l’abus de substances psychotropes.
  • Coping actif vs Coping centré sur l’émotion : Le coping centré sur l’émotion vise à atténuer la détresse affective interne (par la relaxation, la réévaluation positive ou l’expression cathartique) sans modifier les facteurs déclenchants de l’environnement, alors que le coping actif cible prioritairement la causalité externe du stresseur.
  • Coping actif vs Résolution de problèmes (Problem-Solving) : La résolution de problème est une opération cognitive spécifique de calcul logique et d’optimisation tactique. Le coping actif est un concept plus vaste, englobant non seulement le raisonnement cognitif, mais aussi les dimensions comportementales d’endurance, d’affirmation de soi et d’orchestration temporelle des efforts.
  • Coping actif vs Résilience : La résilience est une trajectoire ou un résultat global désignant le maintien ou le recouvrement rapide d’une santé mentale stable après un traumatisme majeur. Le coping actif est l’un des multiples mécanismes et processus opérationnels sous-jacents qui rendent cette résilience possible.
  • Coping actif vs Défense maniaque : Dans la psychopathologie psychanalytique, l’hyperactivité agitée peut masquer une défense maniaque fuyant une dépression profonde. Le coping actif authentique demeure ancré dans le principe de réalité et la régulation modérée, exempt de la désorganisation et de la toute-puissance illusoire propres aux états maniaques.

15. Synthèse et points clés à retenir

En définitive, le coping actif incarne la capacité d’agentivité de l’être humain confronté aux perturbations de son existence. Ses caractéristiques fondamentales s’articulent autour des éléments suivants :

  • Il implique des démarches cognitives et comportementales délibérées, lucides et ciblées sur la modification instrumentale de la source du stress.
  • Il se structure autour de la planification, de l’élimination des distractions concurrentes, de la recherche d’aide concrète et de l’exécution méthodique d’actions correctrices.
  • Il est le prédicteur le plus robuste d’une bonne santé somatique et psychologique dans tous les contextes caractérisés par une contrôlabilité réelle de la situation.
  • Il doit impérativement faire preuve de flexibilité : appliqué de manière rigide à des situations irrémédiablement incontrôlables, il expose le sujet à l’épuisement allostatique et à la détresse.
  • Son optimisation dépend non seulement des dispositions psychologiques individuelles (auto-efficacité, optimisme rationnel), mais également des capitaux socio-économiques et contextuels réels mis à disposition de l’individu par son environnement social.

Références

  • Bandura, A. (1997). Self-efficacy: The exercise of control. W. H. Freeman and Company.
  • Carver, C. S., Scheier, M. F., & Weintraub, J. K. (1989). Assessing coping strategies: A theoretically based approach. Journal of Personality and Social Psychology, 56(2), 267–283. https://doi.org/10.1037/0022-3514.56.2.267
  • Folkman, S. (1984). Personal control and stress and coping processes: A theoretical analysis. Journal of Personality and Social Psychology, 46(4), 839–852. https://doi.org/10.1037/0022-3514.46.4.839
  • Hobfoll, S. E. (1989). Conservation of resources: A new attempt at conceptualizing stress. American Psychologist, 44(3), 513–524. https://doi.org/10.1037/0003-066X.44.3.513
  • Lazarus, R. S., & Folkman, S. (1984). Stress, appraisal, and coping. Springer Publishing Company.
  • Muller, L., & Spitz, E. (2003). Évaluation multidimensionnelle du coping : validation du Brief COPE auprès d’une population française. L’Encéphale, 29(6), 507–518.
  • Schwarzer, R., & Knoll, N. (2007). Functional roles of social support within the stress and coping process: A theoretical and empirical overview. International Journal of Psychology, 42(4), 243–252. https://doi.org/10.1080/00207590701396641

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 22). Coping actif : Maîtriser le stress. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=coping-actif-definition-psychologie
Looti, Mohammed. “Coping actif : Maîtriser le stress.” Base de données de psychologie en français, 22 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_term=coping-actif-definition-psychologie.
Looti, Mohammed. “Coping actif : Maîtriser le stress.” Base de données de psychologie en français. octobre 22, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=coping-actif-definition-psychologie.