Computer of Averaged Transients : Pionnier des ERP

Découvrez l’histoire, les principes et l’impact du Computer of Averaged Transients (CAT), l’appareil pionnier ayant permis la découverte des potentiels évoqués.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · novembre 1, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : novembre 1, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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Avant l’avènement de l’informatique moderne en laboratoire, le cerveau humain demeurait une boîte noire électrophysiologique dont les murmures les plus subtils étaient systématiquement étouffés par le tumulte chaotique des ondes cérébrales globales. L’introduction du Computer of Averaged Transients a constitué une rupture épistémologique et technologique fondamentale, offrant pour la toute première fois aux chercheurs le moyen d’isoler avec netteté les réponses neuronales directes associées aux stimulations sensorielles et aux processus mentaux.

Computer of Averaged Transients (CAT)

1. Définition concise

Le Computer of Averaged Transients (communément désigné sous l’acronyme CAT, ou en français « calculateur de transitoires moyennés ») est un instrument électronique spécialisé à mémoire numérique développé au début des années 1960. Il a été conçu spécifiquement pour extraire des signaux bioélectriques périodiques ou transitoires de faible amplitude enfouis dans un bruit de fond aléatoire et d’amplitude nettement supérieure, en appliquant le principe mathématique de sommation et de moyennage temporel synchronisé sur un stimulus.

Dans l’histoire des neurosciences cognitives et de la psychophysiologie, le CAT représente l’appareil pionnier qui a rendu possible l’enregistrement systématique, fiable et rapide des potentiels évoqués sensoriels et des potentiels liés aux événements (ERP pour Event-Related Potentials). En numérisant les microvolts recueillis sur le scalp et en sommant les réponses alignées chronologiquement sur l’apparition d’un événement externe ou interne, le CAT élimine le bruit stochastique de l’électroencéphalographie spontanée, faisant émerger des ondes cognitives jusqu’alors invisibles à l’œil nu.

Considéré comme le premier ordinateur de laboratoire dédié au traitement du signal neurobiologique en temps réel, il a transformé l’électroencéphalographie clinique et expérimentale d’une discipline purement descriptive du tracé continu en un outil d’investigation quantitatif et millimétrique de la dynamique cérébrale humaine.

2. Étymologie et origine linguistique

L’expression Computer of Averaged Transients puise ses racines dans le lexique combiné des mathématiques, de la physique des systèmes dynamiques et de l’ingénierie computationnelle naissante du milieu du XXe siècle. Le substantif « computer » dérive du verbe latin computare (« compter », « calculer ensemble »), ayant évolué en anglais pour désigner des machines capables d’exécuter des opérations arithmétiques séquentielles ou parallèles.

Le terme « averaged » provient du terme maritime « avarie » (du moyen français avarie, lui-même issu de l’arabe ‘awārīya désignant des marchandises endommagées réparties proportionnellement entre les propriétaires), ayant glissé en anglais vers la notion de « moyenne arithmétique » (average) obtenue par le quotient de la somme de valeurs par leur nombre. Enfin, le terme « transients » provient du participe présent latin transiens (« qui passe », « passager »), désignant en électrotechnique des phénomènes oscillatoires ou des variations de tension éphémères, non stationnaires et de courte durée déclenchés par une modification abrupte de l’état d’un circuit ou d’un organisme.

L’inventeur de la machine, le scientifique et musicien austro-américain Manfred Clynes, baptisa d’abord son premier prototype commercial Mnemotron (forgé d’après Mnémosyne, la déesse grecque de la mémoire, combinée au suffixe -tron évoquant les tubes électroniques de l’époque). L’acronyme fonctionnel CAT s’est ensuite imposé dans la littérature internationale pour caractériser tant la machine physique (le Mnemotron CAT 400) que la méthodologie d’extraction de signaux qu’elle incarnait.

3. Prononciation et forme grammaticale

Sur le plan grammatical, l’expression Computer of Averaged Transients s’emploie en français comme un syntagme nominal masculin singulier (au pluriel : Computers of Averaged Transients). L’usage académique admet fréquemment l’abréviation masculine « le CAT » ou « l’ordinateur CAT », ainsi que des désignations périphrastiques françaises telles que « moyenneur numérique de transitoires » ou « calculateur de transitoires moyennés ».

La prononciation francisée standard transcrit phonétiquement l’anglais sous la forme /kəmˈpjuːtər ʌv ˈævərɪdʒd ˈtrænziənts/. Dans la pratique courante des laboratoires francophones des années 1960 et 1970, l’acronyme CAT était généralement prononcé à la française /kat/ (comme le mot « chat ») ou plus rarement épelé /se.a.te/.

Il convient de souligner une précaution d’usage homographique : l’abréviation CAT en contexte biomédical moderne fait très souvent référence à la tomographie axiale assistée par ordinateur (Computed Axial Tomography ou scanner X). Dans la littérature neurophysiologique et psychologique classique, le terme désigne rigoureusement le calculateur de moyenne temporelle pour l’électrophysiologie.

4. Explication conceptuelle détaillée

Le fonctionnement conceptuel du Computer of Averaged Transients repose sur la résolution d’une impasse expérimentale majeure : l’asymétrie extrême du rapport signal sur bruit (RSB ou SNR pour Signal-to-Noise Ratio). L’activité électroencéphalographique de repos oscillant à la surface du scalp produit des fluctuations de potentiel de l’ordre de 10 à 100 microvolts (µV). En revanche, la décharge post-synaptique synchrone déclenchée au sein d’une aire sensorielle ou associative par un stimulus précis (un éclair lumineux, un claquement sonore ou une prise de décision motrice) n’induit à la surface du crâne que des amplitudes infinitésimales comprises entre 0,5 et 10 µV.

Avant le CAT, ce potentiel évoqué était littéralement noyé dans l’électrogenèse globale continue du cerveau. La théorie sous-jacente du CAT postule que le signal total recueilli lors d’un essai expérimental se compose de deux éléments additifs distincts : une réponse neurophysiologique transitoire invariante et temporellement verrouillée sur le stimulus (le signal d’intérêt), et une activité cérébrale oscillatoire sous-jacente non synchronisée avec ce stimulus, considérée d’un point de vue statistique comme un bruit gaussien aléatoire de moyenne nulle.

Le procédé computationnel exécuté par le CAT s’articule autour de la segmentation temporelle et de l’accumulation numérique. À chaque occurrence du stimulus, une impulsion électrique de synchronisation (le trigger) déclenche le balayage d’enregistrement du CAT. Ce dernier divise la fenêtre temporelle post-stimulus (par exemple 500 millisecondes) en un nombre fini de canaux ou d’adresses d’échantillonnage temporel (généralement 400 points d’adresse mémoire dans le modèle matriciel originel).

À chaque point de balayage, la valeur de tension analogique du signal EEG est échantillonnée, convertie en impulsions numériques et additionnée algébriquement au contenu préexistant de l’adresse mémoire correspondante. Si l’on répète l’opération sur $N$ présentations successives du même stimulus, les composantes d’ondes cérébrales spontanées, oscillant alternativement vers des polarités positives et négatives sans corrélation de phase avec le déclencheur, s’annulent mutuellement au cours de la sommation. Inversement, l’onde neurophysiologique temporellement couplée au stimulus s’additionne de manière constructive à chaque itération.

La règle fondamentale du gain du rapport signal sur bruit stipule que l’amplitude du signal sommé croît proportionnellement au nombre d’essais $N$, alors que l’amplitude quadratique moyenne du bruit stochastique ne progresse que proportionnellement à la racine carrée du nombre d’essais ($\sqrt{N}$). En conséquence, le rapport signal sur bruit théorique est amélioré d’un facteur égal à $\sqrt{N}$. Après une centaine de répétitions, un potentiel cérébral de 2 microvolts enfoui sous un bruit de 50 microvolts émerge distinctement avec une clarté morphologique inédite.

5. Développement historique

L’histoire de la détection des signaux évoqués débute véritablement avec les travaux précurseurs du physiologiste britannique George Dawson à la fin des années 1940 et au début des années 1950. Dawson inventa d’abord une technique de superimposition photographique sur plaques de verre, puis conçut en 1954 un moyenneur électromécanique composé d’un commutateur rotatif couplé à une série de condensateurs de stockage analogiques. Bien que novateur, ce dispositif mécanique souffrait d’une dérive capacitive importante, d’une grande fragilité mécanique et d’un nombre très restreint de points de mesure.

Au tournant des années 1960, au sein du Rockland State Hospital à Orangeburg (New York), Manfred Clynes, alors directeur du laboratoire de simulation dynamique, s’attaqua au problème du traitement en ligne des biosignaux. Scientifique aux compétences éclectiques — polytechnicien, ingénieur du son, neurophysiologiste et pianiste concertiste de renommée mondiale —, Clynes comprit que seule une architecture numérique à mémoire magnétique rapide pouvait surmonter les limites des systèmes analogiques de Dawson.

En 1961, Clynes déposa le brevet du Mnemotron, rapidement rebaptisé Computer of Averaged Transients (CAT 400). Cet appareil autonome, d’une taille comparable à celle d’un oscilloscope de table volumineux mais transportable, disposait d’une mémoire de 400 mots magnétiques à tores de ferrite. Pour commercialiser cette rupture technique, Clynes fonda la Mnemotron Corporation, qui fut rapidement acquise par la Technical Measurement Corporation (TMC). Le CAT 400 devint immédiatement l’équipement vedette des laboratoires d’électrophysiologie les plus renommés du monde entier.

L’arrivée du CAT permit des percées scientifiques spectaculaires dès le milieu des années 1960. En Allemagne, à l’Université de Fribourg-en-Brisgau, Hans Helmut Kornhuber et Lüder Deecke utilisèrent un CAT 400B pour analyser l’EEG d’individus effectuant des mouvements volontaires des doigts. En déclenchant le balayage du CAT à rebours à partir de l’activité électromyographique du muscle, ils découvrirent en 1964 le célèbre Bereitschaftspotential (potentiel de préparation motrice), démontrant qu’une onde de négativité cérébrale précède l’action volontaire consciente de près d’une seconde.

Simultanément, au Burden Neurological Institute de Bristol, William Grey Walter et ses collaborateurs s’appuyèrent sur les principes du moyennage computationnel pour isoler la Contingent Negative Variation (CNV ou onde d’attente), première onde cérébrale purement cognitive liée à l’anticipation d’un stimulus significatif. Durant les décennies 1970 et 1980, le concept pionnier du CAT s’est dilué dans l’informatique générale : les modules matériels dédiés ont cédé la place à des convertisseurs analogique-numérique universels pilotés par des mini-ordinateurs (comme les PDP-8 et PDP-11 de DEC), puis par des micro-ordinateurs PC équipés de logiciels de traitement numérique du signal.

6. Fondements théoriques

Le cadre conceptuel du CAT s’inscrit au carrefour de la théorie du signal de Wiener, de la cybernétique et des probabilités stationnaires. L’hypothèse de base formulée pour valider le calcul de moyennage peut s’exprimer mathématiquement par l’équation générale du signal enregistré lors du $k$-ième essai :

$$x_k(t) = s(t) + n_k(t)$$

Dans cette formulation, $s(t)$ représente le signal transitoire déterministe (le potentiel évoqué) déclenché à l’instant fixe $t = 0$, strictement reproductible en forme et en latence d’un essai à l’autre. Le terme $n_k(t)$ symbolise le bruit électroencéphalographique de fond, présumé être un processus stochastique stationnaire ergodique, dont l’espérance mathématique est nulle :

$$\mathbb{E}[n_k(t)] = 0$$

En procédant à la sommation arithmétique de $N$ essais successifs puis à leur division par $N$, la moyenne observée $\bar{x}(t)$ s’énonce comme suit :

$$\bar{x}(t) = \frac{1}{N} \sum_{k=1}^N x_k(t) = s(t) + \frac{1}{N} \sum_{k=1}^N n_k(t)$$

En vertu de la loi des grands nombres et du théorème central limite, lorsque le nombre d’essais $N$ tend vers l’infini, la variance du terme résiduel de bruit décroît de façon inversement proportionnelle à $N$, et l’amplitude moyenne quadratique du résidu tend vers zéro. Le profil moyen converge ainsi formellement vers le signal invariant $s(t)$.

Ce fondement théorique a profondément marqué la psychologie cognitive en introduisant une dissociation épistémologique entre les états d’activation cérébrale continus (le tonus cortical reflété par le rythme alpha ou bêta) et les opérations de traitement de l’information discrètes (les micro-étapes de détection, catégorisation et encodage mnésique reflétées par les composantes P100, N100, P300).

7. Composantes clés, types et dimensions

L’architecture interne du Computer of Averaged Transients standard (tel que le modèle emblématique Mnemotron CAT 400B) se subdivisait en plusieurs sous-systèmes matériels hautement spécialisés :

  • Module de déclenchement synchrone (Trigger Input) : Circuit électronique recevant une impulsion externe émise au moment précis où le stimulus est administré (ou au moment de la contraction musculaire), initiant avec une gigue temporelle inférieure à la microseconde l’ouverture de la fenêtre d’analyse.
  • Convertisseur analogique-numérique (CAN) à modulation temporelle : Étage convertissant la tension électrophysiologique continue amplifiée en un train d’impulsions dont la fréquence ou la durée était rigoureusement proportionnelle à l’amplitude du potentiel électrique.
  • Matrice de mémoire à tores de ferrite (Magnetic Core Memory) : Mémoire vive non volatile de 400 adresses numériques. Selon le protocole de configuration, cette mémoire pouvait être allouée en une seule voie de 400 points temporels, en deux voies indépendantes de 200 points, ou en quatre voies simultanées de 100 points chacune.
  • Unité arithmétique binaire d’accumulation : Processeur câblé à fonction unique exécutant l’opération « lire l’adresse mémoire, additionner la nouvelle valeur échantillonnée, stocker le résultat » pour chaque tranche temporelle du balayage.
  • Horloge à quartz et base de temps réglable : Sélecteur rotatif permettant de calibrer la durée totale d’analyse par balayage, de quelques millisecondes (pour l’étude des potentiels auditifs précoces du tronc cérébral) à plusieurs secondes (pour l’étude des variations lentes de préparation motrice).
  • Interface de restitution analogique et affichage : Convertisseur numérique-analogique couplé directement à un écran cathodique incorporé pour le monitoring visuel en temps réel, ainsi qu’à des sorties destinées à des tables traçantes analogiques papier (traceurs X-Y type Moseley) ou à des perforateurs de ruban papier pour archivage informatique externe.

8. Exemples et cas illustratifs

Pour illustrer la transformation concrète opérée par le CAT dans la pratique de recherche, examinons trois protocoles emblématiques réalisés dans les décennies 1960 et 1970 :

Cas 1 : L’identification du potentiel de préparation motrice (Bereitschaftspotential). Dans les expériences de Kornhuber et Deecke, un sujet assis était invité à fléchir spontanément et librement l’index droit sans régularité temporelle prédéterminée. L’EEG continu était enregistré simultanément au sommet du crâne et sur les régions motrices, tandis qu’un capteur myographique repérait le début exact du mouvement du doigt. L’astuce technique consistait à enregistrer l’EEG sur bande magnétique analogique et à le relire en sens inverse vers le CAT déclenché par l’électromyogramme. Après le moyennage d’environ 500 mouvements, le CAT révéla une rampe négative lente débutant environ 800 à 1000 millisecondes avant la contraction physique, démontrant que le cortex commence l’orchestration motrice bien avant la manifestation objective du geste.

Cas 2 : L’audiométrie objective chez le nourrisson non verbal. Avant le moyennage numérique, il était impossible de déterminer avec certitude si un jeune enfant atteint de retard de développement présentait une surdité périphérique ou une aphasie centrale. En utilisant le CAT couplé à des bips sonores répétitifs (100 à 500 clics), les cliniciens ont pu extraire du scalp temporal la morphologie des potentiels évoqués auditifs précoces et corticaux. La présence ou l’absence d’ondes à latence normale fournissait une mesure objective et seuil-précise de l’acuité auditive, sans nécessiter aucune collaboration verbale ou motrice du patient.

Cas 3 : La détection précoce des atteintes de la sclérose en plaques. Dans le diagnostic neurologique de la sclérose en plaques, la démyélinisation du nerf optique peut rester asymptomatique sur le plan de la vision globale. En projetant un damier alternant sur un œil et en moyennant les réponses visuelles occipitales avec le CAT, les neurologues mesuraient la latence de l’onde positive P100. Un allongement significatif de cette latence (par exemple 130 ms au lieu de 100 ms) attestait d’un ralentissement de la conduction saltatoire le long de la voie visuelle, apportant une preuve paraclinique formelle de lésion multifocale du système nerveux central.

9. Mesure et évaluation

L’utilisation rigoureuse d’un Computer of Averaged Transients nécessitait un contrôle métrologique méticuleux des paramètres d’acquisition afin d’éviter la formation d’artéfacts de calcul. L’évaluation de la qualité d’un signal extrait au CAT reposait sur plusieurs critères quantitatifs :

Le premier paramètre critique concernait la résolution temporelle par adresse mémoire. Si l’on analysait un phénomène de 1 seconde réparti sur 100 points de mesure, chaque canal d’échantillonnage représentait une tranche intégrée de 10 millisecondes, ce qui était suffisant pour les composantes lentes mais inadapté pour les ondes auditives ultrarapides du tronc cérébral (qui nécessitent une résolution de l’ordre de la fraction de milliseconde). Le chercheur devait arbitrer entre l’étendue de la fenêtre post-stimulus et la fréquence d’échantillonnage de chaque point.

Le second défi majeur tenait au phénomène de « saturation » ou débordement arithmétique de la mémoire magnétique. En l’absence de microprocesseurs capables de gérer des entiers à virgule flottante, les adresses à tores de ferrite du CAT disposaient d’une capacité de comptage binaire bornée. Si une décharge épileptiforme ou un mouvement oculaire violent survenait pendant un essai, la tension excessive injectée pouvait saturer instantanément la mémoire de l’adresse correspondante, détruisant la représentativité de la moyenne globale. Les expérimentateurs devaient surveiller en permanence le tracé et interrompre manuellement l’accumulation en cas d’artéfact moteur massif.

Enfin, pour évaluer si l’onde finale obtenue représentait un signal neurophysiologique authentique ou un artefact résiduel de bruit mal annulé, la méthode canonique consistait à scinder le protocole en deux sous-séries distinctes (par exemple les essais pairs moyennés sur les mémoires 1-200 et les essais impairs sur les mémoires 201-400). La superposition parfaite des deux tracés indépendants apportait la confirmation empirique de la réplicabilité du potentiel évoqué.

10. Applications et portée pratique

L’impact pratique du CAT a irrigué un nombre considérable de spécialités médicales et de disciplines académiques des sciences humaines :

En psychologie cognitive et expérimentale, le CAT a ouvert l’ère de la chronométrie mentale électrophysiologique. Pour la première fois, il devenait envisageable de découper temporellement les opérations cognitives successives intervenant entre la perception d’un signal et l’exécution d’un comportement, jetant les bases des paradigmes d’attention sélective (ondes N1, onde de mismatch négative) et de traitement de l’incongruité cognitive.

En neurologie clinique, le CAT a inauguré le diagnostic fonctionnel des voies de conduction nerveuse centrale. Les potentiels évoqués somesthésiques (PES), visuels (PEV) et auditifs précoces du tronc cérébral (PEATC) sont devenus des examens de routine pour le dépistage des tumeurs de l’angle pontocérébelleux, le suivi des comas, l’évaluation des traumatismes crâniens et le diagnostic de mort encéphalique.

En psychiatrie biologique, le CAT a servi d’instrument d’investigation pour sonder les anomalies du traitement de l’information dans la schizophrénie et les troubles de l’humeur. Les anomalies d’inhibition sensorielle (filtrage auditif P50) et les déficits de l’onde P300 ont révélé des perturbations microscopiques de l’attention et de la mémoire de travail non décelables par l’EEG standard.

En ergonomie et physiologie du travail, le CAT a été mis à contribution dès la fin des années 1960 pour évaluer la charge mentale des pilotes d’aviation, des opérateurs de centrales nucléaires et des contrôleurs aériens, en mesurant la dégradation d’amplitude des réponses évoquées en situation de privation de sommeil ou de stress opérationnel soutenu.

11. Recherches et preuves empiriques

Les publications fondatrices issues directement de l’exploitation du CAT constituent des classiques absolus de la littérature neuroscientifique. Dès 1961 et 1962, Manfred Clynes et Michael Kohn ont publié dans des revues d’ingénierie biomédicale et des annales hospitalières les premières séries de potentiels visuels et respiratoires moyennés par le Mnemotron, validant expérimentalement le gain mathématique de rapport signal sur bruit prévu par les équations théoriques.

L’étude historique de Kornhuber et Deecke, publiée en 1965 dans les Pflügers Archiv für die gesamte Physiologie des Menschen und der Tiere sous le titre « Hirnpotentialänderungen bei Willkürbewegungen und passiven Bewegungen des Menschen: Bereitschaftspotential und rückefferente Potentiale », repose intégralement sur les enregistrements effectués avec le Mnemotron CAT 400B. Ce travail a démontré la réalité biophysique d’une programmation corticale antérieure à la décision motrice, déclenchant des débats philosophiques et scientifiques majeurs qui ont plus tard inspiré les célèbres expériences de Benjamin Libet sur le libre arbitre.

Dans le domaine auditif, les travaux pionniers de Hallowell Davis au Central Institute for the Deaf à Saint-Louis au cours des années 1960 ont standardisé l’extraction des potentiels auditifs corticaux lents au moyen du CAT. Davis a démontré une corrélation hautement significative entre les seuils d’intensité acoustique nécessaires pour susciter une composante N1-P2 observable au CAT et les seuils d’audibilité psychoacoustique déterminés par les méthodes subjectives traditionnelles.

Ces données probantes ont été enrichies par les travaux d’Herbert Vaughan et de ses collègues du Albert Einstein College of Medicine, qui ont utilisé le CAT pour cartographier la topographie corticale des potentiels somatosensoriels chez les primates et les humains, confirmant l’organisation somatotopique des réponses fonctionnelles à la surface du scalp.

12. Considérations culturelles et transculturelles

La diffusion du Computer of Averaged Transients au cours des décennies 1960 et 1970 s’est opérée dans un contexte géopolitique de guerre froide et d’internationalisation accélérée de la biomédecine. L’appareil, bien que produit aux États-Unis, s’est rapidement diffusé dans les principaux centres académiques d’Europe de l’Ouest, d’URSS et du Japon.

En France, l’introduction de l’ordinateur CAT a profondément influencé l’école d’électroencéphalographie clinique animée par des figures telles que Paul Dell à l’hôpital Henri-Rousselle ou Antoine Rémond à la Salpêtrière. Rémond, qui développait parallèlement ses propres méthodes de cartographie topographique du potentiel cérébral (le Phasotron et le système Matilde), a immédiatement perçu dans le CAT le moyen d’automatiser et de fiabiliser les calculs laborieux jusqu’alors exécutés par des méthodes graphiques semi-manuelles.

Sur le plan culturel de la pratique médicale, le CAT a participé à une uniformisation globale de la sémiologie électrophysiologique. Quels que soient la langue, le pays d’origine ou l’école clinique, les neurologues ont commencé à interpréter les mêmes morphologies d’ondes désignées par une nomenclature standardisée (N100, P200, N200, P300), promue par la Fédération internationale de neurophysiologie clinique (IFCN).

13. Critiques, débats et limites

Malgré l’enthousiasme révolutionnaire suscité par le CAT, la méthode du moyennage par sommation synchrone a soulevé d’importantes controverses théoriques et méthodologiques au sein de la communauté scientifique :

La critique la plus fondamentale concerne l’hypothèse d’invariance et de stationnarité du signal évoqué. Le principe du CAT présuppose que la réponse cérébrale $s(t)$ est strictement identique à chaque essai. Or, le cerveau humain est un système biologique plastique, vivant et hautement adaptatif. D’un essai à l’autre, des phénomènes de fatigue, d’habituation neuronale, de fluctuation attentionnelle ou de microsaccades oculaires modifient l’amplitude et la latence de la réponse.

Cette variabilité de latence d’un essai à l’autre (communément appelée la gigue temporelle ou latency jitter) entraîne un effet pervers lors du calcul de la moyenne : elle provoque un élargissement artificiel des pics et une sous-estimation systématique de leur amplitude réelle. Deux composantes nettes et étroites apparaissant à des latences légèrement fluctuantes peuvent ainsi se fusionner dans la moyenne du CAT en une seule onde basse et étalée, induisant en erreur l’observateur sur la dynamique réelle du micro-circuit cortical.

Une seconde limite tenait au coût prohibitif et à l’encombrement du dispositif originel. Au début des années 1960, l’acquisition d’un Mnemotron CAT représentait un investissement financier majeur (souvent plus de 10 000 dollars américains de l’époque, soit l’équivalent de près de 100 000 dollars actuels), réservant initialement son utilisation à une poignée d’instituts de recherche d’élite dotés de subventions substantielles.

Enfin, la perte irrémédiable de l’information individuelle essai par essai constituait une frustration majeure pour les psychologues de la décision. En écrasant la variabilité sous une moyenne lissée unique, le CAT occultait les dynamiques cognitives d’apprentissage, les hésitations et les bifurcations stratégiques propres à chaque essai singulier, incitant des décennies plus tard les chercheurs à développer des algorithmes avancés de détection à essai unique (single-trial analysis) basés sur l’analyse en composantes indépendantes et les décompositions temps-fréquence en ondelettes.

14. Termes connexes et distinctions

Pour appréhender précisément la nature du CAT dans l’arsenal des sciences cognitives, il convient de le distinguer clairement de concepts et de technologies connexes :

  • Électroencéphalographie continue standard (EEG) : Enregistrement brut en temps réel du tracé global des ondes cérébrales spontanées. Contrairement au CAT, l’EEG standard ne procède à aucun calcul de moyenne synchronisée et ne permet pas d’observer directement les micro-réponses transitoires de faible voltage masquées par le rythme alpha ou喳thêta.
  • Potentiels évoqués / Potentiels liés aux événements (ERP) : Les ERP constituent le phénomène neurophysiologique extrait (le signal biologique mesuré), tandis que le CAT était l’instrument technologique spécifique (l’ordinateur) utilisé pour réaliser cette extraction.
  • Scanner CAT (Computed Axial Tomography) : Terme homonymique prêtant fréquemment à confusion chez les non-spécialistes. Le scanner CAT est une modalité d’imagerie radiologique morphologique par rayons X reconstituant des coupes anatomiques 3D des tissus, sans aucun rapport avec l’ordinateur de moyennage électrophysiologique de Manfred Clynes.
  • Analyse spectrale par transformée de Fourier (FFT) : Technique mathématique décomposant un signal en ses fréquences constitutives stationnaires (ondes delta, thêta, alpha, bêta, gamma). Le CAT préserve la structure temporelle milliseconde par milliseconde du signal dans le domaine temporel, alors que la FFT convertit le signal dans le domaine fréquentiel sans conservation directe de la forme d’onde instantanée transitoire.
  • Moyenneur électromécanique de Dawson : Prédécesseur immédiat du CAT inventé en 1954. Alors que le système de Dawson utilisait des contacts mécaniques rotatifs et des condensateurs analogiques sujets à des fuites de charge, le CAT employait une numérisation par convertisseur et une mémoire matricielle à tores magnétiques entièrement statique et digitale.

15. Résumé et points clés

Le Computer of Averaged Transients (CAT) a marqué une transition historique capitale dans la façon dont les sciences cognitives et la médecine explorent le fonctionnement du cerveau humain. Conçu au tout début des années 1960 par Manfred Clynes, cet appareil a résolu l’obstacle séculaire du rapport signal sur bruit en sommant de manière numérique des segments d’ondes cérébrales synchronisés sur un événement précis.

Grâce à la réduction du bruit aléatoire proportionnelle à $\sqrt{N}$, le CAT a transformé l’électrophysiologie en révélant les étapes millimétriques du traitement de l’information dans le cortex. C’est grâce à lui que des découvertes majeures telles que le potentiel de préparation motrice (Bereitschaftspotential) et les premières composantes cognitives endogènes ont pu être documentées de façon indiscutable.

Bien que ses circuits matériels dédiés aient été remplacés par la puissance flexible des ordinateurs personnels actuels, l’algorithme mathématique d’extraction par moyennage de transitoires inauguré par le CAT demeure, plus de soixante ans après son invention, la pierre angulaire méthodologique de toute la recherche moderne sur les potentiels évoqués cognitifs.

Références

Clynes, M. (1962). CAT (Computer of Average Transients): An aid for biological and medical research. Transactions of the New York Academy of Sciences, 24(7), 785–790.

Clynes, M., & Kohn, M. (1960). Portable 400-channel computer of average transients (CAT). Proceedings of the 13th Annual Conference on Electrical Techniques in Medicine and Biology, 12, 44–45.

Dawson, G. D. (1954). A summation technique for the detection of small evoked potentials. Electroencephalography and Clinical Neurophysiology, 6(1), 65–84. https://doi.org/10.1016/0013-4694(54)90007-3

Kornhuber, H. H., & Deecke, L. (1965). Hirnpotentialänderungen bei Willkürbewegungen und passiven Bewegungen des Menschen: Bereitschaftspotential und rückefferente Potentiale. Pflügers Archiv für die gesamte Physiologie des Menschen und der Tiere, 284(1), 1–17. https://doi.org/10.1007/BF00412364

Walter, W. G., Cooper, R., Aldridge, V. J., McCallum, W. C., & Winter, A. L. (1964). Contingent negative variation: An electric sign of sensori-motor association and expectancy in the human brain. Nature, 203(4943), 380–384. https://doi.org/10.1038/203380a0

Citer cet article

Looti, M. (2026, novembre 1). Computer of Averaged Transients : Pionnier des ERP. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=computer-of-averaged-transients
Looti, Mohammed. “Computer of Averaged Transients : Pionnier des ERP.” Base de données de psychologie en français, 1 novembre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_term=computer-of-averaged-transients.
Looti, Mohammed. “Computer of Averaged Transients : Pionnier des ERP.” Base de données de psychologie en français. novembre 1, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=computer-of-averaged-transients.