Le coitus intra mammas constitue une pratique sexuelle non pénétrative au sein de laquelle la stimulation mécanique et tactile du pénis s’effectue par friction entre les seins d’un ou d’une partenaire. Longtemps reléguée aux marges de la psychopathologie médicale du XIXe siècle avant d’être réévaluée par la sexologie contemporaine, cette modalité érotique illustre la remarquable plasticité du répertoire sexuel humain et la décentration du modèle strictement génital et reproductif.
Coitus intra mammas
1. Définition concise
Le coitus intra mammas (parfois désigné sous la variante coitus inter mammas ou par le néologisme mazophallie) désigne une pratique érotique non reproductive consistant en l’insertion et la friction rythmée de la verge en érection dans le sillon intermammaire d’une partenaire, maintenu compressé de manière à générer une pression et une chaleur propices à l’excitation ou à l’éjaculation.
Sur le plan sexologique, cet acte s’inscrit dans la catégorie plus vaste de l’outercourse (pratiques sexuelles sans pénétration vaginale, anale ou buccale). Il met en jeu une interaction sensorielle complexe où l’attrait visuel, la sensualité tactile du tissu mammaire et la complicité relationnelle concourent à l’obtention du plaisir. Lorsqu’il est pratiqué de manière consensuelle, il représente une variation normative des préliminaires ou une fin érotique en soi, bien que la littérature psychanalytique et médico-légale historique l’ait parfois catalogué à tort comme un substitut névrotique ou une fixation fétichiste.
Dans la clinique contemporaine, le coitus intra mammas est étudié tant pour ses dimensions dynamiques au sein du couple que pour ses applications thérapeutiques, notamment comme alternative satisfaisante lors de troubles de la pénétration (vaginisme, dyspareunie) ou dans les phases de réhabilitation sexuelle post-chirurgicale ou périnatale.
2. Étymologie et origines linguistiques
L’expression coitus intra mammas provient directement du latin médical et juridique classique. Le substantif coitus dérive du verbe latin coire, formé du préfixe co- (« ensemble ») et de ire (« aller »), signifiant littéralement « aller ensemble », « se réunir » ou « s’accoupler ». Historiquement employé pour désigner l’acte d’union charnelle, il a été adopté par les aliénistes et médecins du XIXe siècle afin de décrire techniquement les variations de l’acte sexuel sans recourir au vernaculaire jugé vulgaire ou immoral.
La préposition intra (ou parfois inter) signifie respectivement « à l’intérieur de » ou « entre ». Le terme mammas est l’accusatif pluriel de mamma, qui désigne en latin la mamelle, la poitrine ou le sein féminin. La formulation savante traduit donc fidèlement l’idée d’une « union sexuelle entre les seins ».
Dans la nomenclature sexologique moderne, on rencontre parfois les termes grecs équivalents tels que mazophallie (du grec ancien mazos, sein, et phallos, verge) ou encore masturbation mammaire. Dans le langage populaire et pornographique contemporain, diverses expressions familières et anglicismes (« titfuck », « breast sex », « branlette espagnole ») ont émergé, témoignant d’une diffusion culturelle qui contraste avec la sobriété clinique de la désignation latine originelle.
3. Prononciation et formes grammaticales
Sur le plan phonétique, l’expression s’énonce en français selon la prononciation du latin médical : [kɔ.i.tys ɛ̃.tʁa ma.mas] (ou [kɔ.i.tys in.tʁa ma.mas] selon les conventions de latin classique ou ecclésiastique). Le terme s’emploie principalement comme une locution nominale masculine invariable au singulier, bien que des occurrences au pluriel (coitus intra mammas) conservent la même morphologie latine de la quatrième déclinaison pour le terme coitus.
Dans les textes cliniques et sexologiques francophones, l’expression s’accorde généralement au masculin : « un coitus intra mammas », « ce coitus intra mammas ». Lorsqu’il est utilisé comme complément de manière ou circonstanciel, il apparaît fréquemment précédé de la préposition « en » ou « par » (« une stimulation par coitus intra mammas »).
Les variantes syntaxiques incluent l’usage de l’adjectif « intermammaire » associé à des termes comme « friction », « rapport » ou « étreinte », permettant aux auteurs d’alterner le registre strictement nosologique avec une terminologie anatomophysiologique plus accessible au lectorat pluridisciplinaire.
4. Explication conceptuelle détaillée
D’un point de vue physiologique et anatomique, le coitus intra mammas requiert la mobilisation conjointe du corps de verge et des glandes mammaires. La partenaire (le plus souvent en position décubitus dorsal ou assise) rapproche manuellement ou posturalement ses deux seins afin de créer une fente médiane serrée, le sillon intermammaire. L’intensité de la pression exercée sur le pénis dépend de la densité glandulaire, de la masse adipeuse mammaire et de la tonicité musculaire pectorale, complétée par la contention manuelle. L’utilisation d’un lubrifiant artificiel ou de sécrétions salivaires s’avère fréquemment nécessaire pour réduire le coefficient de friction épidermique et prévenir les micro-lésions cutanées.
Sur le plan neurosensoriel, la pratique engage des cascades de stimulations afférentes divergentes et convergentes. Pour le partenaire au pénis, la chaleur corporelle combinée à la douceur de la peau mammaire stimule les mécanorécepteurs superficiels (corpuscules de Meissner) et profonds (corpuscules de Pacini) de la hampe et du gland, reproduisant une sensation enveloppante distincte de la résistance élastique vaginale ou de la tonicité sphinctérienne anale. Pour la personne offrant sa poitrine, la proximité de la zone érogène des aréoles et des mamelons — richement innervée par les branches antérieures et latérales des nerfs intercostaux — peut susciter une vive excitation somatosensorielle, médiée par la libération d’ocytocine lors de la stimulation tactile continue.
Psychologiquement, cette pratique mobilise une sémiologie érotique plurielle. D’une part, elle convoque une forte composante visuelle : l’axe de vision plongeant sur le phalle s’insérant entre les seins agit comme un puissant déclencheur scopophilique chez de nombreux individus. D’autre part, elle suscite une sensation d’intimité singulière caractérisée par le face-à-face, favorisant le contact visuel direct, l’échange verbal et la synchronisation respiratoire, des éléments souvent réduits dans certaines postures coïtales génitales.
Il importe de délimiter rigoureusement les frontières conceptuelles de cet acte. Le coitus intra mammas ne se confond ni avec la simple masturbation manuelle unilatérale, ni avec le fétichisme mammaire exclusif (mastofétichisme). Alors que le fétichisme subordonne l’excitation à la présence exclusive de l’objet mammaire au détriment de l’altérité partenariale, le coitus intra mammas s’intègre généralement comme une séquence érotique interactive, ludique ou exploratoire dans un répertoire partagé.
5. Développement historique
L’histoire de la sexualité témoigne d’une présence ancienne et constante des pratiques sexuelles intermammaires, bien que leur statut moral et médical ait oscillé radicalement selon les époques et les civilisations. Dans les représentations iconographiques de l’Inde médiévale, notamment sur les bas-reliefs de Khajuraho et dans les traités érotologiques classiques tels que l’Ananga Ranga ou certains commentaires du Kāmasūtra, la stimulation du phalle par les seins de la courtisane est documentée comme un raffinement voluptueux de l’art d’aimer, valorisant la diversité des plaisirs non procréatifs.
Dans la Grèce antique et la Rome impériale, la poésie élégiaque et l’art céramique attestent également de pratiques similaires, souvent désignées métaphoriquement dans le cadre des banquets ou des relations hétaïriques. Toutefois, avec l’avènement du christianisme occidental et l’hégémonie de la théologie augustinienne et thomiste, toute modalité de décharge séminale extérieure au vagin (considérée comme une faute d’onanisme ou de « péché contre nature ») fut sévèrement réprouvée par les manuels de confession pénitentielle.
Au XIXe siècle, l’émergence de la psychiatrie médicolégale marque un tournant dans l’analyse de ces conduites. Dans son ouvrage fondateur Psychopathia Sexualis (1886), le psychiatre austro-allemand Richard von Krafft-Ebing classe le coitus intra mammas parmi les anomalies du sens sexuel, le percevant souvent comme une perversion substitutive observée chez des individus hyperesthésiques ou des dégénérés moraux incapables de réaliser le coït génital standard. Cette nosographie punitive reflétait l’idéologie victorienne associant la normalité psychosexuelle à l’unique finalité procréative.
Le XXe siècle amorce une dépathologisation progressive. Havelock Ellis, dans ses Studies in the Psychology of Sex, puis Magnus Hirschfeld au sein de son Institut des sciences sexuelles à Berlin, entreprennent de réintégrer ces gestes dans le spectre naturel de la curiosité humaine et des jeux préliminaires. Les célèbres rapports d’Alfred Kinsey (1948, 1953) démontrent empiriquement que les conduites hétérodoxes et non génitales ne constituent point des anomalies statistiques mais des composantes ordinaires de l’expérience amoureuse humaine.
Enfin, à l’ère numérique contemporaine, la prolifération de l’iconographie pornographique en ligne a accordé une visibilité massive à cette pratique, en la standardisant sous des codes visuels spécifiques tout en stimulant une réappropriation profane au sein des scripts sexuels des jeunes générations.
6. Fondements théoriques
L’analyse du coitus intra mammas repose sur plusieurs piliers théoriques majeurs en sciences humaines et psychologiques, au premier rang desquels figure la théorie psychanalytique de Sigmund Freud. Dans ses Trois essais sur la théorie sexuelle (1905), Freud théorise la décomposition de la pulsion sexuelle en « pulsions partielles » autonomes, initialement articulées autour de zones érogènes corporelles non génitales (orale, anale). Pour la psychanalyse, le sein maternel représente le premier objet d’étayage du désir et de la satisfaction. La rémanence de l’intérêt pour la poitrine à l’âge adulte témoigne de la persistance de cette empreinte précoce, où le coitus intra mammas peut être lu comme une synthèse dynamique entre pulsion génitale adulte et régression rassurante vers le contact du corps nourricier primitif.
La théorie des relations d’objet, notamment développée par Melanie Klein, éclaire également cette pratique sous l’angle du « bon objet ». L’investissement érotique des seins permet la réactivation symbolique d’une relation protectrice et gratifiante, désamorçant les angoisses de castration ou de pénétration destructrice parfois projetées inconsciemment sur le vagin ou l’anus.
D’un point de vue éthologique et évolutionniste, des auteurs comme Desmond Morris (Le Singe nu) ont souligné la singularité de l’espèce humaine, caractérisée par le développement permanent et adipeux des seins féminins en dehors de la lactation. Cette morphologie unique remplirait une fonction de signal sexuel frontal (« mimétisme fessier »), facilitant la communication érotique face-à-face et renforçant l’attachement dyadique au sein du couple monogame ou semi-monogame par le biais de conduites intimes diversifiées.
Enfin, la théorie des scripts sexuels de John Gagnon et William Simon fournit un cadre sociocognitif rigoureux : elle postule que les conduites intimes résultent d’un apprentissage culturel (scénarios culturels), de négociations interpersonnelles (scénarios interpersonnels) et de fantasmes intériorisés (scénarios intrapsychiques). Le coitus intra mammas s’y analyse comme un acte modelé par la disponibilité des représentations sociales et la renégociation contemporaine de la réciprocité corporelle.
7. Composantes clés, typologies et dimensions
Le coitus intra mammas s’articule autour de multiples composantes physiques, interactives et affectives. L’examen systématique de cette pratique permet d’en distinguer plusieurs dimensions structurales :
- Dimension morphologique et biomécanique : Implique la compliance du tissu adipeux mammaire, le développement du sillon sternal et la modulation de la friction par l’adjonction de lubrifiants hydrophiles ou siliconés. La biomécanique exige une coordination posturale fine pour éviter les tractions ligamentaires désagréables sur les ligaments de Cooper.
- Dimension sensorielle et érogène : Comprend la stimulation combinée du tissu pénien (sensations thermiques et mécaniques) et l’excitation potentielle des zones aréolaires par frottement indirect, induisant une turgescence papillaire et une réponse réflexe du système nerveux autonome.
- Typologie motivationnelle :
- Fonction préliminaire (foreplay) : L’acte sert de transition ludique destinée à faire monter l’excitation globale avant un coït génital ou anal.
- Fonction conclusive : L’acte est recherché pour lui-même jusqu’à l’atteinte de l’orgasme et de l’éjaculation, constituant la phase résolutive du rapport.
- Fonction substitutive ou palliative : Modalité érotique privilégiée lors d’impossibilités temporaires ou chroniques de pénétration vaginale (période puerpérale, dyspareunie, convalescence gynécologique).
- Dimension relationnelle et communicationnelle : Nécessite une écoute constante des limites physiques du partenaire, l’absence d’inconfort compressif sur la cage thoracique et un partage explicite du consentement érotique.
- Composante fantasmatique et scopique : Mobilisation d’un imaginaire valorisant la générosité corporelle, la domination symbolique ou au contraire le bercement régressif, démultiplié par la rétroaction visuelle directe du mouvement phallique.
8. Exemples et cas illustratifs
Cas clinique 1 : Répertoire d’adaptation face au vaginisme. Julien (32 ans) et Clara (29 ans) consultent en thérapie sexuelle pour un vaginisme primaire rendant toute pénétration vaginale impossible et source de culpabilité aiguë. Dans le cadre de la thérapie de couple d’inspiration cognitivo-comportementale et sexologique, l’accent a été mis sur la dégénitalisation des rapports et l’élargissement de l’outercourse. L’intégration consensuelle du coitus intra mammas a permis à Julien d’obtenir une satisfaction éjaculatoire complète sans exercer de pression sur Clara, tandis que celle-ci a réinvesti positivement son pouvoir d’attraction corporelle sans appréhension de la douleur. Cet aménagement a abaissé le niveau d’anxiété de performance global et constitué une passerelle décisive vers la rééducation du plancher pelvien.
Cas clinique 2 : Gestion de la phase post-partum. Marc et Sophie, parents depuis trois mois, font face à une baisse de désir et à des appréhensions physiques liées aux suites d’une épisiotomie douloureuse. Sophie exprime le souhait de préserver une intimité sexuelle vivante avec son conjoint sans solliciter sa sphère périnéale encore sensible. Après accord mutuel, le recours au coitus intra mammas avec lubrification adaptée offre une solution érotique mutuellement valorisante, restaurant la tendresse tactile et l’excitation partagée tout en respectant scrupuleusement le calendrier de cicatrisation tissulaire de Sophie.
Cas clinique 3 : Différenciation d’une fixation fétichiste exclusive. Alexandre (41 ans) signale une incapacité totale à obtenir une érection ou un orgasme autrement que par la friction pénienne entre les seins d’une partenaire, exigeant impérativement un bonnet mammaire volumineux et refusant tout autre échange affectif ou caresse mutuelle. Dans cette configuration, le clinicien identifie une structuration fétichiste prévalente où la poitrine n’est plus intégrée à une rencontre intersubjective, mais fonctionne comme un fétiche partiel obligatoire, justifiant un travail psychodynamique approfondi sur l’angoisse de castration et l’évitement de l’altérité.
9. Mesure, évaluation et cadre diagnostique
En sexologie et en psychologie clinique, l’évaluation des pratiques sexuelles spécifiques telles que le coitus intra mammas s’inscrit au sein d’une anamnèse érotique globale. Les cliniciens recourent à des inventaires validés de comportements sexuels, tels que l’Index of Sexual Foreplay and Non-Coital Behaviors ou l’Inventaire de fonctionnement sexuel de Derogatis (DFSI), pour quantifier la variété du répertoire et identifier le degré d’adhésion du couple aux pratiques non pénétratives.
Sur le plan diagnostique différentiel, il est impératif de situer la pratique au regard des critères nosographiques internationaux contemporains (DSM-5-TR de l’Association américaine de psychiatrie et CIM-11 de l’Organisation mondiale de la santé). Conformément à ces classifications :
Le coitus intra mammas n’est en aucun cas une pathologie en soi. Il s’agit d’une variation non paraphilique de l’expression érotique humaine. Pour qu’une attention clinique particulière soit requise sous l’angle des troubles paraphiliques (spécifiquement le fétichisme, code F65.0), les critères suivants doivent être formellement réunis :
1° L’intérêt sexuel pour les seins ou le sillon mammaire doit être impératif, quasi-exclusif et persistant depuis au moins six mois ;
2° Il doit engendrer une détresse personnelle cliniquement significative, une altération majeure du fonctionnement relationnel, social ou professionnel, ou impliquer une contrainte unilatérale non consentie.
En l’absence de souffrance intrapsychique ou de préjudice causé à autrui, la conduite relève simplement de la neuroplasticité hédonique et de la liberté des choix érotiques consentis.
10. Applications cliniques et portée pratique
La reconnaissance et l’intégration du coitus intra mammas dans les protocoles de sexothérapie moderne présentent un intérêt opératoire considérable dans plusieurs configurations thérapeutiques :
Dans le traitement de l’anxiété de performance et des dysfonctions érectiles psychogènes, l’exercice de focalisation sensorielle (popularisé par William Masters et Virginia Johnson) bénéficie grandement de la prescription d’actes sexuels récréatifs sans objectif coïtal pénétratif strict. L’usage du sillon mammaire procure une stimulation mécanique suffisante pour induire ou maintenir l’érection sans la menace d’un échec de pénétration intromissive, désamorçant ainsi l’hypervigilance du patient (« rôle du spectateur »).
En matière d’éducation sexuelle globale et de réduction des risques, cette pratique offre une sécurité épidémiologique maximale face au risque de grossesses non planifiées, éliminant totalement la possibilité de fécondation pourvu qu’aucun sperme ne soit ultérieurement transporté vers le tractus génital féminin. Bien qu’elle réduise considérablement la transmission des infections sexuellement transmissibles (IST) transmises par voie sanguine ou vaginale, la vigilance demeure de mise concernant les pathogènes cutanés ou dermo-muqueux (herpès simplex de type 1 ou 2, papillomavirus humain, gale, molluscum contagiosum) en cas de lésions aréolaires ou péniennes actives.
Enfin, dans le champ de la sexologie médicale adaptée au handicap ou aux douleurs chroniques (endométriose sévère, névralgie pudendale, arthrose coxo-fémorale limitant l’abduction des hanches), le coitus intra mammas offre une alternative ergonomique précieuse permettant de préserver une vie intime satisfaisante sans solliciter les zones corporelles douloureuses ou vulnérables.
11. Recherches et données empiriques
Bien que les études sexologiques ne consacrent que rarement des monographies entières à cette conduite isolée, les vastes enquêtes sur les répertoires érotiques fournissent des données quantitatives et qualitatives probantes. Les travaux fondateurs de l’Institut Kinsey avaient déjà révélé qu’une majorité d’hommes et de femmes expérimentent diverses formes de caresses mammaires au cours de leur vie, et qu’environ 15 à 20 % des couples hétérosexuels interrogés intègrent occasionnellement la friction intermammaire dans leurs préliminaires ou leurs actes réguliers.
Des recherches plus récentes menées par l’équipe de Debby Herbenick à l’Université de l’Indiana (National Survey of Sexual Health and Behavior) soulignent que les répertoires sexuels des adultes contemporains sont caractérisés par une grande fluidité comportementale. Les pratiques non pénétratives, loin de décliner au profit du coït génital traditionnel, connaissent une valorisation accrue, notamment chez les jeunes adultes sensibles aux discours de consentement et d’exploration mutuelle des zones érogènes extra-génitales.
Sur le versant neurobiologique, des études d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) menées par Barry Komisaruk et ses collaborateurs ont démontré que la stimulation des mamelons active les mêmes régions du cortex somatosensoriel primaire que la stimulation génitale directe chez les femmes, attestant d’une connectivité neuronale directe capable de générer un orgasme authentique sans médiation vaginale ou clitoridienne chez certaines participantes hautement réceptives.
12. Considérations socioculturelles et transculturelles
La valence érotique attribuée aux seins et au coitus intra mammas varie de façon spectaculaire selon les contextes anthropologiques. Dans les sociétés occidentales industrialisées contemporaines, la poitrine féminine fait l’objet d’une hypersexualisation omniprésente, relayée par la publicité, le cinéma, les réseaux sociaux et la pornographie. Cette focalisation culturelle favorise l’intégration précoce de la mazophallie dans les fantasmes masculins et féminins.
À l’inverse, dans plusieurs sociétés traditionnelles étudiées par les anthropologues (notamment certaines ethnies d’Afrique subsaharienne, de Polynésie ou d’Amazonie indigène où les femmes ont historiquement vécu les seins découverts pour l’allaitement quotidien), la poitrine est exclusivement perçue sous un angle nutritif et maternel. Chez ces populations, l’idée de mobiliser les seins à des fins de stimulation pénienne a souvent été rapportée comme surprenante, superflue, voire absurde, l’érotisme corporel se concentrant sur d’autres zones anatomiques telles que les fesses, les lobes d’oreilles ou les cuisses.
Dans les cultures d’Asie orientale, particulièrement au Japon au sein de la sous-culture de l’érotisme urbain et du fuzoku, la stimulation intermammaire (connue sous l’appellation populaire de paizuri) fait l’objet d’une codification extrême, tant dans les arts graphiques (mangas, anime) que dans les services spécialisés, illustrant la manière dont une mécanique corporelle universelle se reconfigure à travers des prismes esthétiques et commerciaux hyper-spécifiques.
13. Critiques, controverses et limites conceptuelles
En dépit de sa reconnaissance clinique, le coitus intra mammas suscite d’importants débats théoriques et féministes au sein de la sexologie critique. Plusieurs théoriciennes de l’émancipation corporelle soulignent que la représentation dominante de cette pratique, notamment dans la pornographie grand public (mainstream), tend à perpétuer un schéma phallocentrique unilatéral. Dans ces scénarios médiatisés, la femme est fréquemment réduite à une fonction instrumentale de « matrice réceptrice » pour le plaisir masculin exclusif, ses propres sensations de plaisir ou d’inconfort étant invisibilisées.
Sur le plan somatique et ergonomique, des critiques pertinentes rappellent les contraintes physiques que l’acte peut infliger. Une pression excessive, une mauvaise lubrification ou des mouvements saccadés peuvent induire des sensations douloureuses sur la cage thoracique, des irritations de la peau fine du décolleté ou des tensions musculaires inconfortables au niveau des épaules et de la nuque pour la personne qui rapproche ses seins. La pratique nécessite donc une négociation symétrique et une sensibilité partagée pour ne pas virer à l’injonction performative aliénante.
Enfin, une controverse persiste quant à la dénomination même de « coitus ». Pour certains sémiologues de la sexualité, conserver le terme de coït pour une relation qui n’engage aucune cavité physiologique relève d’une tentative désuète de légitimer une caresse manuelle et corporelle en lui conférant les atours prestigieux du modèle pénétratif traditionnel.
14. Termes connexes et distinctions
Afin d’éviter toute confusion lexicale et clinique, il convient d’établir les distinctions suivantes avec les concepts limitrophes :
- Mazophallie : Strict synonyme médical d’origine hellénique pour désigner le coitus intra mammas ; met l’accent sur les deux pôles anatomiques en présence (sein et phalle).
- Masturbation réciproque : Pratique générale de caresses manuelles mutuelles visant l’excitation génitale sans nécessairement engager les seins ou le sillon intermammaire.
- Mastofétichisme : Fixation fétichiste où les seins constituent le stimulus indispensable et exclusif de l’excitation sexuelle, se distinguant du coitus intra mammas qui n’est qu’une des multiples modalités d’expression d’un désir potentiellement flexible.
- Coït interfémoral : Pratique non pénétrative analogue où le pénis est glissé et frictionné entre les cuisses fermées de la partenaire, fréquemment observée historiquement comme méthode de préservation de la virginité hyménale.
- Outercourse : Concept générique anglo-saxon englobant l’intégralité des pratiques érotiques physiques n’impliquant aucune pénétration génitale ou anale (baisers, caresses corporelles, frottements intermammaires ou interfémoraux).
15. Synthèse et points clés
En conclusion, le coitus intra mammas se caractérise par les éléments cardinaux suivants :
1° Nature érotique : Il s’agit d’une modalité de stimulation pénienne non pénétrative réalisée par friction dans le sillon intermammaire, reposant sur une convergence sensorielle tactile, visuelle et relationnelle.
2° Statut nosologique : Considéré au XIXe siècle comme une déviation par l’école médico-légale aliéniste, il est aujourd’hui universellement reconnu comme une pratique saine, consensuelle et normative appartenant à l’éventail de l’outercourse.
3° Valeur clinique : Il constitue un outil précieux en sexothérapie pour contourner l’anxiété de performance, réhabiliter l’intimité du couple confronté à des douleurs génitales (vaginisme, dyspareunie) ou enrichir le répertoire partagé sans risque de procréation non planifiée.
4° Prérequis essentiels : Son épanouissement harmonieux requiert une communication explicite, l’usage adéquat de lubrifiants et une réciprocité attentive afin de prémunir l’acte contre toute instrumentalisation unilatérale du corps partenaire.
Références
- Ellis, H. (1936). Studies in the psychology of sex. Random House.
- Freud, S. (1905). Trois essais sur la théorie sexuelle. Gallimard.
- Herbenick, D., Bowling, J., Fu, T. C., Carter, P., Edison, A. S., & Fortenberry, J. D. (2017). Sexual diversity in the United States: Results from a nationally representative probability sample of adult women and men. PLOS ONE, 12(7), e0181195. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0181195
- Kinsey, A. C., Pomeroy, W. B., & Martin, C. E. (1948). Sexual behavior in the human male. W. B. Saunders.
- Krafft-Ebing, R. von. (1886). Psychopathia sexualis: Mit besonderer Berücksichtigung der conträren Sexualempfindung. Enke.