Cellule amacrine : Le pivot de la vision

Découvrez en détail la cellule amacrine : définition, typologie, mécanismes d’inhibition latérale et rôle fondamental dans la perception visuelle.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 23, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 23, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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Au cœur de la neurobiologie sensorielle et de la psychophysique visuelle, la transformation de flux photoniques bruts en représentations perceptives complexes repose sur un maillage synaptique rétinien extraordinairement sophistiqué. Au sein de cette architecture laminaire, la cellule amacrine agit comme un interneurone modulateur indispensable, orchestrant l’intégration latérale, la sélectivité directionnelle et l’adaptation dynamique à la luminance bien avant que l’information n’atteigne les centres corticaux. Loin d’être un simple relais passif, cette catégorie neuronale façonne activement le codage temporel et spatial qui fonde notre perception visuelle consciente.

Cellule amacrine

1. Définition concise

La cellule amacrine est un interneurone rétinien intrinsèque dépourvu d’axone classique au sens morphologique traditionnel, localisé principalement dans la couche nucléaire interne de la rétine des vertébrés. Elle établit des connexions horizontales et verticales complexes au niveau de la couche plexiforme interne, assurant une régulation fine et inhibitrice des signaux transmis entre les cellules bipolaires et les cellules ganglionnaires rétiniennes.

Sur le plan fonctionnel et neuropsychologique, les cellules amacrines constituent la population neuronale la plus hétérogène du système visuel périphérique. Par le biais d’arborisations dendritiques agissant de manière bidirectionnelle à la fois comme zones réceptrices et émettrices de neurotransmetteurs, elles génèrent des circuits de rétroaction (feedback) et d’action prospective (feedforward). Ces circuits sont fondamentaux pour l’inhibition latérale, le filtrage spatio-temporel, la détection des mouvements et l’ajustement dynamique du contraste sous différentes conditions d’éclairement scotopique et photopique.

En outre, ces cellules jouent un rôle déterminant dans l’interconnexion des voies fonctionnelles des bâtonnets et des cônes, permettant une continuité perceptive sans rupture entre la vision nocturne hautement sensible et la vision diurne à haute acuité. Leur action conditionne directement les signaux envoyés au nerf optique, ce qui en fait un objet d’étude cardinal tant pour la neurophysiologie sensorielle que pour la psychologie de la perception visuelle.

2. Étymologie et origine linguistique

Le vocable « amacrine » dérive du grec ancien, composé du préfixe privatif a- (ἀ-, signifiant « sans » ou « dépourvu de »), du substantif makros (μακρός, signifiant « long » ou « étendu »), et de la racine in- (ἴς, ἰνός, désignant le « filament », le « nerf » ou la « fibre »). Littéralement, le terme se traduit par « dépourvue de long filament », ce qui renvoie de manière transparente à l’absence apparente d’un prolongement axonique différencié des dendrites.

Cette dénomination a été introduite dans la nomenclature histologique par l’anatomiste et biologiste espagnol Santiago Ramón y Cajal à la fin du XIXe siècle. Observant la rétine à travers les colorations argentiques de Golgi, Cajal a identifié ces cellules singulières dont les ramifications semblaient exercer des fonctions dendritiques tout en assumant des propriétés de libération vésiculaire généralement dévolues aux axones. Le terme a subséquemment été naturalisé dans la communauté scientifique internationale, conservant dans toutes les langues savantes contemporaines sa racine étymologique gréco-latine originelle.

3. Prononciation et forme grammaticale

En français standard, le terme s’énonce phonétiquement /sɛ.lyl a.ma.kʁin/. Il s’agit d’un syntagme nominal féminin constitué du nom « cellule » et de l’épithète « amacrine ». Dans la littérature spécialisée, le terme s’emploie également de manière autonome comme substantif féminin (« une amacrine », « les amacrines »), bien que l’appellation pleine « cellule amacrine » demeure la plus fréquente dans les contextes formels et académiques.

Le terme s’accorde au pluriel selon les règles grammaticales usuelles (« cellules amacrines »). Sur le plan syntaxique, il est le plus souvent associé à des qualificatifs fonctionnels ou neurochimiques descriptifs, tels que « cellule amacrine glycinergique », « cellule amacrine GABAergique », ou encore « cellule amacrine étoilée » (en référence aux cellules dites starburst).

4. Explication conceptuelle détaillée

La rétine des vertébrés ne se contente pas d’enregistrer passivement un motif d’ondes lumineuses ; elle procède à un prétraitement massif et sélectif de l’information brute. La cellule amacrine se situe au carrefour de cette première étape de calcul neural. Alors que les cellules photoréceptrices (cônes et bâtonnets) effectuent la transduction du signal lumineux et que les cellules bipolaires assurent un relais vertical principal vers les cellules ganglionnaires, les cellules amacrines forment un réseau dense de communications tangentielles au sein de la couche plexiforme interne. Cette disposition architecturale leur confère une position stratégique pour moduler, synchroniser et façonner le message visuel avant son exportation cérébrale.

L’une des singularités morphofonctionnelles majeures de la cellule amacrine réside dans la nature hybride de ses prolongements membranaires. Dépourvues d’axone morphologiquement classique, leurs arborisations dendritiques assument simultanément des fonctions d’entrée (afférentes) et de sortie (efférentes). Une même épine ou branche dendritique peut recevoir un contact synaptique excitateur d’une cellule bipolaire et, à quelques nanomètres de distance, établir une synapse inhibitrice sur le corps ou le champ dendritique d’une cellule ganglionnaire ou d’une autre cellule amacrine voisine. Cette organisation en microcircuits locaux autonomes permet des calculs dendritiques compartimentés, affranchissant souvent la cellule d’avoir à générer des potentiels d’action globaux pour influencer le traitement sensoriel localisé.

D’un point de vue fonctionnel, les cellules amacrines sont les maîtres d’œuvre des dynamiques inhibitrices de la rétine. Alors que les cellules horizontales exercent une inhibition précoce au niveau de la couche plexiforme externe pour calibrer les champs récepteurs antagonistes (centre-périphérie) des cellules bipolaires, les amacrines diversifient et démultiplient ces interactions au niveau de la couche plexiforme interne. Elles régulent la cinétique des réponses ON et OFF, modulent les contrastes temporels (cinétiques de décharge soutenues versus transitoires), et participent de manière critique à la sélectivité pour l’orientation et la direction du mouvement visuel.

En outre, la cellule amacrine A-II (ou AII) occupe une position irremplaçable dans le relais de la vision nocturne. Les cellules bipolaires dédiées aux bâtonnets ne contactent pas directement les cellules ganglionnaires ; elles font obligatoirement synapse avec les cellules amacrines AII. Ces dernières réinjectent le signal scotopique hautement amplifié dans les voies bipolaires des cônes ON et OFF par le biais de jonctions communicantes (synapses électriques) et de synapses glycinergiques inhibitrices conventionnelles. Sans ce dispositif computationnel propre aux cellules amacrines, l’appareil visuel humain serait incapable d’opérer la transition fluide entre la pénombre et la pleine lumière.

5. Développement historique

L’histoire de la découverte et de la caractérisation des cellules amacrines est intimement corrélée à l’évolution des techniques de microscopie optique et de neurochimie. À la fin du XIXe siècle, les descriptions initiales des couches rétiniennes par Heinrich Müller et Max Schultze laissaient planer une relative obscurité sur la nature exacte des éléments cellulaires intermédiaires intercalés entre les cellules à cônes/bâtonnets et les volumineuses cellules du nerf optique.

C’est avec l’avènement de la méthode d’imprégnation chromo-argentique développée par Camillo Golgi que le neuroanatomiste Santiago Ramón y Cajal réalise des avancées décisives. Entre 1888 et 1893, Cajal examine méticuleusement la rétine de multiples espèces et identifie une profusion d’arborisations insolites confinées à la zone limite interne. Constatant l’absence d’axone descendant vers la couche des fibres nerveuses, il forge le terme de « cellule amacrine » et formule l’hypothèse prémonitoire que ces structures accomplissent des connexions horizontales régulatrices essentielles à la coordination de l’influx visuel.

Au milieu du XXe siècle, l’introduction de la microscopie électronique par des chercheurs tels que John E. Dowling et Brian B. Boycott permet de révéler l’extrême finesse ultrastructurale des synapses rétiniennes. Les travaux de Dowling dans les années 1960 mettent en lumière les fameuses « dyades synaptiques », démontrant physiquement comment une terminaison présynaptique de cellule bipolaire s’apparie conjointement à un processus de cellule amacrine et à une dendrite de cellule ganglionnaire. Cette découverte matérielle ancre définitivement l’importance théorique du contrôle par rétroaction et de l’inhibition prospective directe dans les neurosciences sensorielles.

À partir des années 1970 et 1980, le développement de l’immunocytochimie et des techniques de patch-clamp par des figures telles que David Vaney et Richard Masland ouvre l’ère de la cartographie moléculaire. Ces chercheurs démontrent que les cellules amacrines ne constituent pas une entité homogène, mais plutôt une vaste famille englobant plus de quarante sous-types distincts, chacun caractérisé par des neurotransmetteurs spécifiques (GABA, glycine, acétylcholine, dopamine) et des topologies dendritiques dédiées à des canaux sensoriels parallèles.

6. Fondements théoriques

La compréhension conceptuelle des cellules amacrines s’enracine dans la théorie des circuits neuronaux et le modèle du traitement parallèle de l’information visuelle. Selon cette perspective, le système nerveux ne transmet pas une réplique unitaire de l’image optique, mais fragmente l’environnement en sous-composantes analytiques distinctes : contraste spatial, fréquence spatiale, couleur, mouvement, direction, et cadence temporelle. Les cellules amacrines incarnent le substrat biophysique de cette parcellisation précoce.

Un autre cadre théorique fondamental est celui de la théorie de l’inhibition latérale, conceptualisée par Georg von Békésy et Haldan Keffer Hartline (prix Nobel 1967). Si Hartline a modélisé l’inhibition latérale chez les invertébrés, l’application de ce concept à la vision complexe des vertébrés mobilise directement les cellules amacrines. Ces dernières créent des gradients d’inhibition spatiale et temporelle qui accentuent les discontinuités de luminance, améliorent la discrimination des contours et éliminent le bruit de fond neural issu de fluctuations spontanées des photorécepteurs.

Enfin, la théorie computationnelle de la vision, popularisée par David Marr au Massachusetts Institute of Technology (MIT), postule que toute tâche perceptive obéit à des contraintes algorithmiques rigoureuses. Dans ce cadre, la cellule amacrine est analysée comme une unité de calcul analogique distribuée. Grâce à ses dendrites indépendantes capables de libérer du GABA ou de la glycine en réponse à des dépolarisations locales graduées, elle résout des calculs non linéaires complexes tels que la détection de corrélation temporelle ou le filtrage passe-bande spatio-temporel avant toute émission de potentiel d’action conventionnel vers le cortex cérébral.

7. Composantes clés, types et dimensions

La diversité des cellules amacrines est telle qu’elle dépasse celle de tout autre groupe cellulaire de la rétine. Bien qu’elles partagent une localisation fondamentale au sein de la couche nucléaire interne et de la couche plexiforme interne, on les classifie selon leur morphologie spatiale, leur étendue dendritique et leur neurochimie :

  • Cellules amacrines à champ étroit (narrow-field) : Présentant un diamètre dendritique restreint (souvent inférieur à 100 micromètres), elles sont majoritairement glycinergiques. Leur rôle central est d’assurer des interactions verticales précises et une ségrégation stricte entre les couches sous-laminaires ON et OFF. L’archétype est la cellule amacrine AII.
  • Cellules amacrines à champ moyen et large (medium- et wide-field) : Leurs ramifications peuvent s’étendre sur plus d’un millimètre à travers la rétine. Elles utilisent principalement le GABA comme neurotransmetteur classique et sont responsables de l’intégration d’informations à longue distance et de l’inhibition de suppression contextuelle périphérique.
  • Cellules amacrines étoilées (Starburst Amacrine Cells – SAC) : Disposées en deux populations miroirs (l’une dans la sous-couche ON, l’autre dans la sous-couche OFF), ces cellules possèdent des arborisations dendritiques symétriques très denses. Elles libèrent à la fois du GABA et de l’acétylcholine et constituent l’élément clé générateur de la sélectivité directionnelle chez les cellules ganglionnaires.
  • Cellules amacrines dopaminergiques : Bien que peu nombreuses en valeur absolue, ces cellules déploient de vastes champs et libèrent de la dopamine de manière paracrine. La dopamine adapte l’état fonctionnel de la rétine aux cycles circadiens et au passage d’une vision nocturne (scotopique) à une vision diurne (photopique) en régulant la perméabilité des jonctions communicantes.
  • Cellules amacrines polyaxoniques : Cas particulier défiant l’étymologie stricte, ces cellules possèdent de longs processus très fins assimilables à des axones axonaux authentiques, capables de générer de véritables potentiels d’action sodiques sur de vastes distances pour coordonner des réponses réflexes étendues.

8. Exemples et cas illustratifs

Pour illustrer concrètement le fonctionnement d’une cellule amacrine, considérons le phénomène neuropsychologique de la détection de direction du regard et du mouvement d’un objet. Lorsqu’une proie ou un prédateur traverse rapidement le champ de vision périphérique d’un sujet, certains neurones ganglionnaires de la rétine déchargent vigoureusement si le mouvement va de gauche à droite, mais restent totalement silencieux si la trajectoire s’inverse. Ce phénomène, appelé « sélectivité directionnelle », n’est pas engendré par le cerveau, mais par les cellules amacrines étoilées (SAC).

Dans cette situation, les dendrites individuelles de la cellule amacrine étoilée répondent de manière asymétrique : le calcium intracellulaire s’accumule préférentiellement vers les extrémités périphériques lors d’un mouvement centrifuge. La cellule libère du GABA de manière orientée et asynchrone, créant une vague d’inhibition en avant du stimulus sur la cellule ganglionnaire dans le sens non préféré (dit nul), étouffant ainsi le signal. Inversement, lors d’un déplacement dans la direction préférée, l’inhibition arrive trop tard pour entraver l’excitation, permettant la transmission instantanée de l’alerte cinétique au colliculus supérieur et au cortex visuel.

Un second exemple clinique et psychophysique marquant concerne l’adaptation à l’obscurité. Lorsqu’un individu pénètre dans une salle de cinéma obscure après avoir marché sous un soleil éclatant, il éprouve une cécité temporaire de quelques minutes. Durant cette phase, la cellule amacrine AII se réorganise fonctionnellement. Sous l’effet de la diminution de la dopamine ambiante, les jonctions gap entre les cellules AII et les cellules bipolaires à cônes s’ouvrent, reconnectant le réseau ultra-sensible des bâtonnets au circuit principal. Ce basculement neurophysiologique orchestré par la cellule amacrine restaure progressivement la vision des formes dans des conditions de très faible luminosité.

9. Mesure et évaluation

L’observation et la mesure des propriétés fonctionnelles des cellules amacrines requièrent des technologies de pointe combinant électrophysiologie fine, imagerie optique et traçage génétique :

L’enregistrement par patch-clamp sur tranches de rétine vivante ou sur montage à plat constitue la méthode de référence pour quantifier les courants membranaires de ces cellules. Les expérimentateurs peuvent mesurer les courants post-synaptiques excitateurs (EPSC) glutamatergiques et les courants inhibiteurs (IPSC) GABAergiques ou glycinergiques sous diverses stimulations lumineuses programmées.

L’imagerie calcique fonctionnelle multiphotonique (microscopie à deux photons), combinée à des sondes fluorescentes génétiquement encodées (comme GCaMP), permet d’enregistrer en temps réel l’activité non pas seulement du corps cellulaire, mais de sous-domaines dendritiques isolés au sein de la rétine intacte lors de la présentation d’indices visuels mobiles ou contrastés.

Chez l’être humain, l’évaluation directe et isolée des cellules amacrines n’est pas réalisable par des électrodes intracellulaires en raison du caractère non invasif requis. Cependant, l’électrorétinogramme (ERG) offre un moyen indirect d’apprécier leur intégrité. Plus précisément, les potentiels oscillatoires (PO) de l’ERG flash correspondent à des décharges rythmiques de haute fréquence superposées à l’onde b, dont la genèse découle quasi exclusivement des rétroactions réciproques entre les cellules amacrines et les cellules bipolaires au sein de la couche plexiforme interne.

10. Applications et signification pratique

L’étude des cellules amacrines transcende la simple curiosité anatomique et s’étend à des champs d’application clinique, pharmacologique et technologique considérables :

En ophtalmologie et en neurologie, l’altération précoce des potentiels oscillatoires de l’ERG est un biomarqueur clinique reconnu de la rétinopathie diabétique débutante et du glaucome, apparaissant souvent avant la survenue de lésions vasculaires visibles à l’angiographie ou de pertes mesurables du champ visuel. Ces cellules hautement métaboliques sont en effet extrêmement vulnérables à l’ischémie, au stress oxydatif et à l’excitotoxicité glutamatergique.

Dans le domaine de l’ingénierie neuromorphique et de la vision artificielle, les algorithmes sous-tendant les capteurs de vision basés sur les événements (Dynamic Vision Sensors ou rétines de silicium) s’inspirent directement des principes de calcul des cellules amacrines. En reproduisant leur mécanisme de différentiation temporelle et d’inhibition latérale, les ingénieurs conçoivent des caméras à ultra-haute vitesse et très faible consommation énergétique, capables d’ignorer les arrière-plans statiques pour ne coder que les variations cinétiques environnementales.

En psychophysique et en neuropsychologie clinique, la compréhension du traitement amacrinien permet de mieux cerner certaines altérations de la perception visuelle observées dans la maladie de Parkinson. La dégénérescence des neurones dopaminergiques affecte également les cellules amacrines à dopamine de la rétine, expliquant les déficits de sensibilité aux contrastes spatio-temporels et les hallucinations visuelles mineures fréquemment rapportés par les patients parkinsoniens.

11. Recherche et preuves empiriques

La recherche contemporaine a bouleversé les conceptions traditionnelles de la cellule amacrine à travers plusieurs vagues d’investigations empiriques menées depuis le tournant du XXIe siècle :

Les études de transcriptomique sur cellule unique (single-cell RNA sequencing), notamment celles conduites par le laboratoire de Joshua Sanes à l’Université Harvard (Shekhar et al., 2016 ; Yan et al., 2020), ont permis d’établir une taxonomie moléculaire exhaustive de la rétine. Leurs résultats indiquent qu’il existe au moins 63 sous-types distincts de cellules amacrines chez les mammifères, chaque classe exprimant une signature génétique univoque, des récepteurs canaux particuliers et des molécules d’adhésion régissant un ciblage synaptique d’une précision nanométrique.

Sur le front de la computation visuelle, les recherches menées par Thomas Euler et son équipe à l’Institut de neurobiologie de Tübingen ont exploité l’imagerie calcique biphotonique pour démontrer que les dendrites des cellules amacrines fonctionnent comme des processeurs indépendants. Leurs publications attestent que la signalisation dendritique n’a pas nécessairement besoin d’envahir le soma de la cellule pour produire une modulation synaptique locale, confirmant empiriquement l’hypothèse de réseaux computationnels massivement parallèles et décentralisés au sein de la couche plexiforme interne.

Parallèlement, les travaux sur les cellules à mélanopsine et les rythmes biologiques ont mis en exergue les interactions synaptiques étroites entre certaines cellules amacrines dopaminergiques et les cellules ganglionnaires intrinsèquement photosensibles (ipRGCs). Ces études révèlent que les cellules amacrines participent à la synchronisation de l’horloge circadienne centrale dans le noyau suprachiasmatique de l’hypothalamus en ajustant la sensibilité rétinienne globale en réponse à l’exposition chronique à la lumière bleue.

12. Considérations culturelles et transculturelles

En tant qu’élément fondamental de la neuroanatomie humaine et animale, la cellule amacrine ne présente pas de variations structurelles directes tributaires de la culture, de l’origine ethnique ou de l’appartenance sociolinguistique des individus. Ses propriétés physiologiques de base sont universellement partagées à travers l’ensemble de l’espèce humaine et conservées avec une remarquable constance évolutive chez les vertébrés.

Cependant, l’impact fonctionnel des circuits amacriniens se reflète dans les études de psychophysique transculturelle explorant la sensibilité aux illusions visuelles et les styles cognitifs d’appréhension des scènes visuelles (focalisation analytique versus perception holistique globale). Bien que ces différences perceptives soient généralement imputées à des facteurs attentionnels et à une plasticité corticale modulée par l’environnement socio-éducatif, le traitement des contrastes et des hautes fréquences spatiales — en partie pré-calibré par les interactions des cellules amacrines — constitue le socle sensoriel matériel indépassable sur lequel ces variations perceptives se déploient.

13. Critiques, débats et limites

La caractérisation et l’interprétation du rôle des cellules amacrines demeurent l’objet de vifs débats au sein de la communauté des neurosciences de la vision :

Le premier débat concerne la classification morphologique versus fonctionnelle. Certains neurobiologistes soulignent qu’une taxonomie fondée uniquement sur le profil génétique ou la microscopie anatomique peut aboutir à une prolifération excessive de sous-types artificiels. Ils soutiennent que plusieurs sous-types décrits dans la littérature pourraient simplement refléter des états dynamiques variables ou des stades de plasticité d’une population cellulaire plus restreinte, plutôt que des classes immuables.

Un second point de controverse classique touche à la notion même d’absence d’axone. La découverte de « cellules amacrines polyaxoniques », dotées de projections morphologiquement et fonctionnellement équivalentes à des axones conduisant des potentiels d’action sur de longues distances, a suscité des critiques épistémologiques quant à la persistance d’une nomenclature obsolète. Certains auteurs suggèrent qu’il conviendrait de requalifier ces cellules pour éviter des confusions conceptuelles chez les étudiants et chercheurs non spécialistes.

Enfin, une limite méthodologique majeure réside dans la difficulté de découpler expérimentalement l’action d’un sous-type amacrinien unique in vivo chez l’animal en mouvement libre. Bien que l’optogénétique et les vecteurs viraux permettent désormais de cibler des promoteurs génétiques particuliers, la redondance des circuits rétiniens et l’existence d’effets compensatoires instantanés rendent ardue l’attribution sans équivoque d’une fonction perceptive précise (par exemple un seuil de détection psychophysique particulier) à un sous-type cellulaire isolé.

14. Termes connexes et distinctions

Pour appréhender adéquatement la place de la cellule amacrine, il importe de la discriminer rigoureusement des autres composants cellulaires de la neuro-rétine :

  • Cellule horizontale : Bien qu’également inhibitrice et orientée latéralement, la cellule horizontale se situe dans la couche nucléaire externe et fait exclusivement synapse avec les photorécepteurs et les dendrites des cellules bipolaires au sein de la couche plexiforme externe, participant à l’organisation centre-périphérie précoce.
  • Cellule bipolaire : C’est le neurone de transmission verticale directe reliant les photorécepteurs aux cellules ganglionnaires. Contrairement aux cellules amacrines dont le rôle principal est modulateur et inhibiteur, les cellules bipolaires transfèrent l’axe excitateur glutamatergique primaire.
  • Cellule ganglionnaire : C’est le neurone de sortie de la rétine. Dotée d’un long axone myélinisé formant le nerf optique, la cellule ganglionnaire génère obligatoirement des trains de potentiels d’action pour envoyer les messages aux structures cérébrales, contrairement à la vaste majorité des cellules amacrines qui fonctionnent par potentiels gradués locaux.
  • Cellule gliale de Müller : Cellule gliale de soutien traversant toute l’épaisseur de la rétine. Elle n’est pas un neurone et ne traite pas l’information synaptique computationnelle, mais assure l’homéostasie métabolique, ionique et architecturale du tissu rétinien.

15. Synthèse et points clés à retenir

En conclusion, la cellule amacrine représente l’interneurone par excellence de la rétine interne, garant de la plasticité et de la finesse de notre vision :

  • Elle est un neurone dépourvu d’axone morphologique classique, effectuant des calculs dendritiques locaux grâce à des synapses bi-directionnelles dans la couche plexiforme interne.
  • Elle constitue la classe cellulaire la plus diverse de la rétine, avec plus de 60 sous-types identifiés par des profils neurochimiques GABAergiques, glycinergiques, cholinergiques ou dopaminergiques distincts.
  • Elle joue un rôle primordial dans la détection du mouvement (sélectivité directionnelle), l’inhibition latérale, le contrôle dynamique du contraste et le basculement fonctionnel entre la vision diurne et nocturne (cellule AII).
  • Ses dysfonctionnements constituent un indicateur précoce d’atteintes neuro-rétiniennes majeures, notamment dans le diabète, le glaucome et certaines affections neurodégénératives comme la maladie de Parkinson.
  • Elle constitue un modèle d’inspiration central pour le développement de processeurs visuels bio-inspirés et la vision informatique contemporaine.

Références

Cajal, S. R. y. (1893). La rétine des vertébrés. La Cellule, 9, 119-257.

Dowling, J. E., & Boycott, B. B. (1966). Organization of the primate retina: electron microscopy. Proceedings of the Royal Society of London. Series B. Biological Sciences, 166(1003), 80-111. https://doi.org/10.1098/rspb.1966.0086

Euler, T., Haverkamp, S., Schubert, T., & Baden, T. (2014). Retinal wiring for direction selectivity: who, where, and how. Nature Reviews Neuroscience, 15(6), 441-455. https://doi.org/10.1038/nrn3738

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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 23). Cellule amacrine : Le pivot de la vision. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=cellule-amacrine-neurobiologie-vision
Looti, Mohammed. “Cellule amacrine : Le pivot de la vision.” Base de données de psychologie en français, 23 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_term=cellule-amacrine-neurobiologie-vision.
Looti, Mohammed. “Cellule amacrine : Le pivot de la vision.” Base de données de psychologie en français. octobre 23, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=cellule-amacrine-neurobiologie-vision.