L’acronyme CCU occupe une position charnière et polymorphe au sein des sciences psychologiques, de la psychiatrie contemporaine et de la médecine comportementale. Dans la littérature internationale, il renvoie principalement à deux réalités cliniques complémentaires : l’unité de soins communautaires (Community Care Unit), fer de lance de la réhabilitation psychosociale résidentielle pour les personnes présentant des troubles psychiques sévères et persistants, et l’unité de soins coronariens ou critiques (Coronary Care Unit / Critical Care Unit), environnement hautement technologique où s’entrecroisent traumatismes somatiques aigus, délirium hospitalier et vulnérabilités émotionnelles extrêmes. Explorer le concept de CCU exige donc une double focale rigoureuse, articulant l’ingénierie du rétablissement en milieu de vie et l’intervention de crise face au stress vital aigu.
CCU (Unités de soins communautaires et critiques en psychologie)
1. Définition concise
Dans le domaine de la réhabilitation psychosociale et de la santé mentale communautaire, une CCU (Community Care Unit) désigne un dispositif résidentiel de transition non hospitalier, médicalisé et pluridisciplinaire, destiné à soutenir l’autonomie, la réadaptation fonctionnelle et le rétablissement de personnes vivant avec des troubles psychiatriques sévères. En psychologie de la santé et psychiatrie de liaison, l’acronyme désigne la Coronary Care Unit ou Critical Care Unit, soit un environnement de soins intensifs générant des stresseurs environnementaux massifs susceptibles d’induire le syndrome de l’unité de soins intensifs (ou psychose de réanimation).
En tant que modèle résidentiel communautaire, la CCU se distingue radicalement de l’asile traditionnel en proposant un encadrement fondé sur l’approche par les compétences de vie quotidienne (life skills), la réinsertion progressive et la désaliénation institutionnelle. Le séjour y est pensé selon une temporalité intermédiaire, servant de passerelle thérapeutique entre l’hospitalisation fermée pour phase aiguë et l’habitat totalement indépendant dans la cité.
Parallèlement, dans le paradigme somato-psychique des unités coronariennes et critiques, la CCU incarne un écosystème de stress extrême où l’altération de l’homéostasie biologique s’accompagne d’un bouleversement des repères sensoriels, d’une détresse existentielle aiguë et d’un risque élevé de séquelles psychologiques durables, tant pour le patient que pour ses proches aidants.
2. Étymologie et origine linguistique
L’acronyme CCU provient de la nomenclature médicale et psychiatrique anglophone. Dans le versant de la psychiatrie communautaire, il s’agit du sigle de Community Care Unit. Le terme « community » dérive du latin communitas (communauté, partage), reflétant le changement de paradigme impulsé lors des politiques de désinstitutionnalisation du second XXe siècle visant à réinsérer la prise en charge au sein du tissu social ordinaire. Le terme « care » puise sa racine dans le vieil anglais caru (souci, attention, sollicitude thérapeutique), tandis qu’« unit » remonte au latin unitas, signifiant une entité organisationnelle cohérente.
Dans sa déclinaison somatique et psychosomatique, CCU abrège Coronary Care Unit (unité de soins coronariens) ou Critical Care Unit (unité de soins critiques). Le mot « coronarien » procède du latin coronarius (en forme de couronne, relatif aux vaisseaux entourant le myocarde), et « critique » trouve son origine dans le grec ancien kritikos (capable de juger, relatif à un moment décisif où l’équilibre vital bascule).
Introduit dans le lexique hospitalier dans les années 1960 lors de la création des premiers centres de surveillance continue cardiaque, le sigle s’est ensuite enrichi, dès les années 1980 en Australie et au Royaume-Uni, d’une signification psychiatrique spécialisée qui a fini par s’imposer mondialement dans la littérature sur le rétablissement en santé mentale.
3. Prononciation et forme grammaticale
Sur le plan phonétique et morphologique en langue française, l’acronyme se prononce généralement lettre à lettre selon la phonologie française [se.se.y] ou, chez certains cliniciens et chercheurs bilingues, selon la phonologie anglaise originale [ˌsiː.siːˈjuː].
Du point de vue grammatical, CCU s’emploie principalement comme un nom commun invariable au féminin (« une CCU », « la CCU »), calqué sur le genre du substantif français « unité » (unité de soins communautaires ou unité coronarienne). Il peut également être employé au pluriel (« des CCU »). Lorsqu’il est utilisé de manière adjectivale ou en complément de nom (« le modèle CCU », « le personnel de la CCU », « le syndrome de la CCU »), il conserve une parfaite invariabilité graphique.
4. Explication conceptuelle détaillée
Comprendre la CCU nécessite de décortiquer les dynamiques spatiales, relationnelles et neuro-émotionnelles qui caractérisent ces environnements thérapeutiques. Dans sa formalisation psychiatrique, la Community Care Unit représente l’aboutissement pragmatique de la théorie du rétablissement personnel (personal recovery). Contrairement aux unités hospitalières aiguës où le pouvoir décisionnel repose quasi exclusivement sur l’équipe médicale et où la priorité absolue est la réduction symptomatique, la CCU psychiatrique opère dans un cadre quasi-domestique. Les résidents y possèdent des appartements individuels ou partagés intégrés à un ensemble résidentiel surveillé 24 heures sur 24, bénéficiant d’un étayage éducatif, social et psychothérapeutique constant sans la rigidité du milieu asilaire.
Le périmètre de la CCU communautaire se définit par un équilibre délicat entre sécurité clinique et responsabilisation graduelle. L’objectif n’est pas d’offrir un asile à vie, mais de contrer le phénomène de chronicisation et d’institutionnalisme décrit par Erving Goffman, dans lequel l’individu perd progressivement ses compétences d’autonomie basale (gestion budgétaire, préparation des repas, hygiène personnelle, navigation dans l’espace public). En restructurant le quotidien autour d’objectifs personnalisés, la CCU vise à restaurer le sentiment d’auto-efficacité (self-efficacy) chez des individus souvent marginalisés par de multiples réadmissions hospitalières.
Sur le versant de la psychologie de la santé, la CCU somatique (unité coronarienne ou critique) constitue un laboratoire écologique d’observation du stress extrême et de la désadaptation cognitive. L’hospitalisation en CCU confronte le patient à la menace imminente de sa propre finitude. Cet environnement hyper-technicisé impose une rupture brutale avec l’environnement ordinaire : privation sensorielle ou, à l’inverse, surstimulation acoustique et lumineuse ininterrompue due aux moniteurs, alarmes de scope, ventilateurs et interventions d’urgence incessantes.
Cette atmosphère génère un tableau clinique spécifique traditionnellement désigné sous le terme de « psychose de la CCU » ou, plus rigoureusement aujourd’hui, de délirium hypoactif ou hyperactif associé au syndrome post-soins intensifs (PICS pour Post-Intensive Care Syndrome). L’appareil psychique du patient y lutte contre l’impuissance acquise, la désorientation temporo-spatiale, des hallucinations transitoires et des angoisses catastrophiques de récidive d’infarctus ou d’arrêt cardio-respiratoire.
Enfin, la CCU somatique modifie en profondeur la dynamique familiale. Les proches d’un patient hospitalisé en unité critique traversent un deuil anticipé potentiel, une sidération traumatique et un état d’hypervigilance chronique. Les interventions psychologiques au sein de la CCU englobent ainsi une prise en charge écosystémique incluant les soignants, eux-mêmes exposés au traumatisme vicariant et à l’épuisement compassionnel.
5. Évolution et développement historique
L’histoire de la CCU s’articule en deux récits parallèles mais profondément instructifs pour l’évolution des soins globaux contemporains. Dans l’univers de la cardiologie et de la médecine d’urgence, la première Coronary Care Unit a été conceptualisée et ouverte au début des années 1960 par Desmond Julian au Royal Infirmary d’Édimbourg, parallèlement aux initiatives de Hughes Day au Kansas. Dès cette période, les pionniers ont constaté que si la télémétrie continue et la défibrillation précoce sauvaient des vies, l’atmosphère oppressante de ces unités générait des décompensations psychiatriques aiguës chez près de 30 % des patients admis. Dans les années 1970, des psychiatres de liaison comme Thomas Hackett et Ned Cassem ont formalisé l’étude de l’anxiété cardiaque et des réactions de déni en CCU, établissant les bases de la psycho-cardiologie moderne.
Sur le versant psychiatrique, le modèle de la Community Care Unit est né dans les années 1980, principalement dans l’État de Victoria en Australie, puis étendu au Queensland et au Royaume-Uni. Face aux échecs de la désinstitutionnalisation sauvage des décennies 1960 et 1970 — qui avait jeté à la rue ou dans les prisons des milliers de personnes sans filet de réadaptation adapté —, les planificateurs sanitaires ont cherché une voie médiane. Il fallait remplacer les lits d’asiles psychiatriques de longue durée par des structures communautaires décentralisées.
Au fil des années 1990 et 2000, les CCU psychiatriques ont troqué leur vision initiale purement comportementaliste et paternaliste contre les principes directeurs du paradigme du rétablissement (recovery model), sous l’influence des écrits de William Anthony et Patricia Deegan. Aujourd’hui, les CCU modernes intègrent des pairs-aidants certifiés, favorisent la co-construction des projets thérapeutiques et font l’objet d’évaluations longitudinales standardisées de leur efficacité clinique et médico-économique.
6. Fondements théoriques
Les bases théoriques de la CCU psychiatrique s’enracinent au confluent de plusieurs courants majeurs de la psychologie contemporaine. En premier lieu figure le modèle vulnérabilité-stress de Joseph Zubin et Bonnie Spring (1977). Ce cadre postule que l’apparition et l’aggravation des épisodes psychotiques résultent de l’interaction entre une vulnérabilité biologique sous-jacente et des stresseurs environnementaux écrasants. La CCU agit précisément comme un modérateur environnemental, offrant un environnement prévisible et étayant qui abaisse le niveau d’allostasie et de stress perçu, permettant ainsi au sujet de mobiliser ses ressources d’adaptation.
Le second pilier théorique est la théorie socio-cognitive d’Albert Bandura, plus particulièrement le sentiment d’efficacité personnelle. Dans les CCU, l’apprentissage vicariant, la persuasion verbale et les expériences de maîtrise active sont systématiquement exploités pour réapprendre des habiletés de vie autonome. Les ateliers de réhabilitation ne sont pas de simples passe-temps occupationnels, mais des plateformes structurées d’entraînement aux compétences sociales et cognitives, restaurant la croyance du patient en ses propres capacités d’agir sur son environnement.
Sur le versant somatique de la CCU critique, les travaux reposent sur le modèle biopsychosocial de George Engel (1977) et la théorie de la privation sensorielle formulée en psychologie environnementale et cognitive. La perte des repères temporels naturels (cycles circadiens perturbés par l’éclairage artificiel continu), couplée à l’invasion sonore discontinue des dispositifs médicaux, induit une surcharge de la mémoire de travail et une altération des processus d’intégration multisensorielle, propices à la survenue d’états confusionnels et d’angoisses de morcellement.
Enfin, la théorie des relations interpersonnelles d’Hildegard Peplau et les concepts d’alliance thérapeutique éclairent la pratique quotidienne des infirmiers et psychologues au sein des CCU. Dans ces contextes où la dépendance physique ou psychologique est majeure, la relation soignant-soigné devient le véhicule thérapeutique fondamental permettant la restauration de la sécurité interne et de l’agentivité.
7. Composantes clés, types et dimensions
L’analyse structurelle des CCU fait émerger des dimensions architecturales, cliniques et organisationnelles précises :
- Configuration environnementale et spatiale : En santé mentale, la CCU adopte une architecture modulaire composée de studios ou pavillons individuels regroupés autour d’espaces partagés (cuisine collective, salles de réunion, jardins thérapeutiques). En unité critique, la CCU est configurée en box individuels vitrés orientés vers un poste central de surveillance afin de concilier veille télémétrique immédiate et préservation minimale de l’intimité.
- Dimension pluridisciplinaire : Les équipes de CCU associent psychiatres ou cardiologues/réanimateurs, infirmiers spécialisés, psychologues cliniciens, ergothérapeutes, travailleurs sociaux et médiateurs de santé pairs (peer support workers).
- Approche par paliers (Step-Up / Step-Down) : La CCU communautaire fonctionne comme un palier intermédiaire : elle accueille des patients stabilisés quittant l’hôpital aigu (step-down) ou soutient des personnes en dégradation progressive dans la communauté pour prévenir une réhospitalisation complète (step-up).
- Axes d’intervention psychothérapeutique : Comprend la remédiation cognitive, la psychoéducation du trouble, les groupes d’entraînement aux habiletés sociales (EHS), la thérapie cognitivo-comportementale des symptômes persistants et la gestion de crise anticipée (plans de crise conjoints).
- Surveillance et régulation du milieu : Contrôle des stimulations environnementales en unité critique (protocoles de réduction du bruit nocturne, optimisation des rythmes veille-sommeil) et régulation de la contingence relationnelle en milieu communautaire.
8. Exemples et cas illustratifs
Pour illustrer concrètement la réalité opérationnelle d’une Community Care Unit, considérons le cas de Marc, 34 ans, diagnostiqué avec une schizophrénie paranoïde depuis une décennie. Après une douzaine d’admissions en hospitalisation aiguë marquées par une perte d’autonomie dramatique, une apathie sévère et un isolement complet, Marc est orienté vers une CCU résidentielle. Durant son séjour de dix-huit mois, l’équipe pluridisciplinaire met en place un plan de rétablissement individualisé : réapprentissage guidé de la confection des repas, gestion autonome de sa médication via un semainier partagé, participation à un programme de remédiation cognitive pour compenser ses déficits attentionnels, et interventions d’un pair-aidant pour restaurer son estime de soi. À sa sortie de la CCU, Marc intègre un logement locatif autonome supervisé avec un suivi en ambulatoire, sans réadmission hospitalière durant les trois années suivantes.
Sur le versant des soins intensifs et coronariens, examinons le cas de Claire, 58 ans, admise en urgence en CCU à la suite d’un infarctus aigu du myocarde avec choc cardiogénique. Dans les 48 heures suivant son admission, Claire développe une anxiété panique intense face aux alarmes sonores continues, interprétant chaque bip comme le signal de sa mort imminente. La nuit suivante, en proie à une privation totale de sommeil, elle bascule dans un délirium aigu hyperactif, tentant d’arracher ses perfusions et manifestant une désorientation complète. L’intervention coordonnée du psychologue de liaison et de l’équipe soignante associe réassurance répétée de l’orientation temporelle par la présence d’une horloge visible, modulation nocturne des alarmes, présence prolongée d’un proche au chevet et restructuration cognitive de ses sensations corporelles, permettant la résolution de l’épisode confusionnel et la diminution drastique de sa détresse post-traumatique.
9. Évaluation et instruments de mesure
La pratique clinique et la recherche au sein des CCU s’appuient sur un éventail d’instruments psychométriques standardisés adaptés aux objectifs de chaque modalité :
- HoNOS (Health of the Nation Outcome Scales) : Échelle de référence mesurant la sévérité des symptômes cliniques, les altérations fonctionnelles et les difficultés psychosociales chez les usagers des CCU communautaires.
- LSP-16 (Life Skills Profile) : Questionnaire évaluant les compétences de la vie courante, structuré autour de l’autonomie, des comportements interpersonnels et de l’intégration communautaire des patients en réhabilitation.
- CAM-ICU (Confusion Assessment Method for the Intensive Care Unit) : Outil gold standard administré aux patients hospitalisés en CCU critique pour dépister rapidement le délirium aigu selon des critères stricts de fluctuation de l’état mental, d’inattention et d’altération de la conscience.
- HADS (Hospital Anxiety and Depression Scale) : Échelle d’auto-évaluation largement validée dans les unités de soins coronariens pour quantifier la détresse émotionnelle sans interférence des symptômes physiques de la maladie cardiaque.
- STORI (Stages of Recovery Instrument) : Échelle évaluant le stade subjectif de rétablissement du résident (moratoire, prise de conscience, préparation, reconstruction, croissance) afin de calibrer les objectifs thérapeutiques en CCU.
10. Applications et pertinence pratique
La portée applicative des CCU s’étend transversalement au sein des politiques de santé publique contemporaines. Dans le système de santé mentale, le déploiement de CCU résidentielles représente une alternative économique et humaine majeure à l’hospitalisation prolongée. En offrant un palier de consolidation, les CCU désengorgent les services d’urgences psychiatriques et les unités d’hospitalisation fermée, tout en réduisant drastiquement le phénomène de « porte tournante » (revolving door).
Au niveau organisationnel, la CCU constitue un terrain privilégié pour le développement de pratiques collaboratives avancées. Le travail en équipe horizontale, l’inclusion formelle des pairs-aidants et l’application des principes de désescalade y modifient profondément la culture soignante en rompant avec les méthodes coercitives traditionnelles telles que l’isolement et la contention mécanique.
Dans les unités de soins coronariens et critiques, la formalisation de la psychologie de la santé a conduit à des transformations architecturales et ergonomiques directes : conception de box insonorisés, protocoles de sommeil protégé (quiet time protocols), intégration de la communication thérapeutique structurée dès les premiers jours et accompagnement standardisé du syndrome d’épuisement professionnel (burnout) des soignants de réanimation.
11. Recherches et données empiriques
La littérature scientifique internationale fournit un corpus solide d’évidences empiriques concernant l’efficacité des CCU. Dans une étude de cohorte rétrospective majeure menée par Meehan et ses collaborateurs (2017) en Australie auprès de 501 usagers admis dans cinq CCU différentes, les résultats ont démontré une amélioration cliniquement et statistiquement significative du fonctionnement social et de la santé mentale mesurée par la HoNOS, ainsi qu’une réduction drastique de plus de 60 % des journées d’hospitalisation en psychiatrie au cours de l’année suivant la sortie par rapport à l’année précédant l’admission.
D’autres travaux longitudinaux, notamment ceux conduits par Parker et al. (2019), ont clarifié les trajectoires des résidents, soulignant que la durée optimale de séjour en CCU se situe généralement entre 12 et 24 mois pour maximiser les gains d’autonomie fonctionnelle sans induire une nouvelle accoutumance institutionnelle. L’amélioration des scores au Life Skills Profile (LSP) prédit de manière robuste le maintien durable en logement autonome.
Dans le domaine des soins critiques et coronariens, les méta-analyses de Needham et ses collègues (2012) sur le syndrome post-soins intensifs ont mis en lumière que près de 50 % des survivants d’une CCU présentent des troubles cognitifs mesurables à un an, et qu’environ un tiers développent un syndrome de stress post-traumatique (SSPT) ou une dépression caractérisée. Les recherches récentes en psycho-cardiologie démontrent par ailleurs que l’anxiété non traitée en CCU après un infarctus majore significativement le risque de récidive et de mortalité cardiovasculaire à court et moyen terme par dérèglement du système nerveux autonome.
12. Considérations culturelles et contextuelles
L’implantation et la perception des CCU varient profondément selon les systèmes socio-sanitaires et les représentations culturelles de la maladie mentale et du soin somatique. Dans les sociétés individualistes anglo-saxonnes (Australie, Royaume-Uni, Nouvelle-Zélande), le modèle de la CCU communautaire est perçu comme une affirmation des droits civiques de l’usager et de son autodétermination, favorisant la vie en milieu ordinaire.
À l’inverse, dans les cultures à forte tradition collectiviste ou familialiste, notamment en Asie de l’Est ou dans certaines régions d’Europe du Sud et d’Afrique, la prise en charge des personnes souffrant de troubles psychiques chroniques demeure traditionnellement dévolue à la sphère familiale élargie. Dans ces contextes, placer un proche dans une unité résidentielle telle qu’une CCU peut être perçu comme un abandon ou une faillite morale de la famille. Dès lors, les CCU implantées dans ces environnements doivent obligatoirement intégrer des modules intensifs de psychoéducation et de soutien aux proches aidants pour assurer une légitimité thérapeutique.
En outre, les populations autochtones, comme les Aborigènes d’Australie ou les Premières Nations au Canada, manifestent souvent une méfiance historique légitime envers les institutions médicales d’inspiration occidentale. Pour être efficientes, les CCU situées dans ces zones territoriales doivent impérativement co-construire leurs programmes avec les aînés de la communauté, incorporer des pratiques de guérison traditionnelles et tenir compte des concepts holistiques de santé émotionnelle, spirituelle et territoriale.
13. Critiques, controverses et limites
En dépit de leurs indéniables succès thérapeutiques, les CCU font l’objet de vifs débats académiques et politiques. La principale critique adressée au modèle résidentiel communautaire repose sur le risque de « transinstitutionnalisation ». Certains chercheurs en sociologie de la santé soutiennent que les CCU, en reproduisant des règles de vie en communauté encadrées par du personnel soignant, ne font que déplacer le contrôle institutionnel de l’asile vers des structures plus petites sans réaliser la véritable inclusion citoyenne défendue par le modèle du logement d’abord (Housing First).
Une seconde limite tient aux critères d’admission souvent très restrictifs des CCU. Les personnes présentant des comorbidités addictives sévères en phase active, des antécédents médico-légaux lourds ou des comportements perturbateurs majeurs sont fréquemment exclues de ces unités par souci de protection du groupe, créant un phénomène d’écrémage où les patients les plus démunis et les plus complexes demeurent confinés dans les services d’hospitalisation de crise fermés.
Sur le plan des unités de soins critiques et coronariens, la controverse persiste quant à la balance technologique et relationnelle. Malgré des décennies de plaidoyer en faveur de soins humanisés et centrés sur la personne, les contraintes d’effectifs, la charge administrative et l’omniprésence des moniteurs électroniques conduisent encore trop souvent à une dépersonnalisation du patient, traité comme une constellation de variables physiologiques plutôt que comme un sujet en détresse existentielle.
14. Termes associés et distinctions conceptuelles
Pour éviter toute confusion terminologique, il convient d’établir des démarcations nettes entre la CCU et d’autres structures apparentées :
- CCU vs Unité d’hospitalisation psychiatrique aiguë : L’unité aiguë est un service hospitalier fermé gérant les urgences psychiatriques immédiates, les crises suicidaires et les décompensations délirantes aiguës avec un mandat de sécurisation et de stabilisation médicale rapide, tandis que la CCU est un milieu résidentiel semi-ouvert axé sur la réhabilitation à moyen terme des compétences de vie.
- CCU vs Foyer de transition (Halfway House) : Le foyer de transition classique offre principalement un toit et un encadrement social de base, souvent sans équipe clinique soignante intégrée 24h/24, contrairement à la CCU qui combine hébergement et soins psychiatriques et psychologiques spécialisés.
- CCU (Community Care) vs PARC (Prevention and Recovery Care) : Les unités PARC proposent des séjours très courts (de 2 à 4 semaines) axés sur la gestion de crise subaiguë pour éviter l’hospitalisation, tandis que la CCU déploie un programme structuré sur une temporalité longue de plusieurs mois à deux ans.
- CCU (Coronary Care) vs USI / ICU (Unité de soins intensifs généraux) : La CCU coronarienne se spécialise exclusivement dans les pathologies cardiovasculaires aiguës nécessitant une surveillance électrocardiographique continue, alors que l’ICU générale prend en charge la défaillance multiviscérale globale (respiratoire, rénale, neurologique, septique).
15. Synthèse et points clés à retenir
La CCU représente une interface clinique fondamentale au confluent des dimensions somatiques, psychologiques et sociales du soin contemporain. Dans sa dimension de Community Care Unit, elle s’affirme comme un maillon irremplaçable du continuum en santé mentale, permettant aux personnes sévèrement invalidées par des troubles psychiques de reconstruire leur identité, d’acquérir des habiletés d’autonomie quotidienne et de réintégrer la communauté citoyenne dans une perspective de rétablissement durable.
Dans sa modalité de Coronary/Critical Care Unit, elle constitue un environnement à très haute vulnérabilité psychologique où l’urgence médicale impose une vigilance constante face au délirium, au traumatisme psychique et à la détresse familiale. Qu’il s’agisse de réapprendre à vivre avec la psychose en milieu communautaire ou de surmonter la sidération d’un accident cardiaque en unité critique, la CCU illustre avec force la nécessité impérieuse de considérer le sujet humain dans toute sa complexité biopsychosociale.
Références
Anthony, W. A. (1993). Recovery from mental illness: The guiding vision of the mental health service system in the 1990s. Psychosocial Rehabilitation Journal, 16(4), 11–23. https://doi.org/10.1037/h0095655
Cassem, N. H., & Hackett, T. P. (1971). Psychiatric consultation in a coronary care unit. Annals of Internal Medicine, 75(1), 9–14. https://doi.org/10.7326/0003-4819-75-1-9
Ely, E. W., Inouye, S. K., Bernard, G. R., Gordon, S., Francis, J., May, L., Truman, B., Speroff, T., Gautam, S., Margolin, R., Hart, R. P., & Dittus, R. (2001). Delirium in mechanically ventilated patients: Validity and reliability of the Confusion Assessment Method for the Intensive Care Unit (CAM-ICU). JAMA, 286(21), 2703–2710. https://doi.org/10.1001/jama.286.21.2703
Meehan, T., Stedman, T., Robertson, S., Drake, S., & King, R. (2017). Community-care unit model of residential mental health rehabilitation services in Queensland, Australia: Predicting outcomes of consumers 1-year post discharge. Frontiers in Psychiatry, 8, Article 213. https://doi.org/10.3389/fpsyt.2017.00213
Needham, D. M., Davidson, J., Wang, H., Hough, C. L., Mehta, S., Giles, D., Maley, J. H., Bienvenu, O. J., Shanholtz, C., & Rubenfeld, G. D. (2012). Improving long-term outcomes after discharge from intensive care unit: Report from a stakeholders’ conference. Critical Care Medicine, 40(2), 502–509. https://doi.org/10.1097/CCM.0b013e318232da75
Parker, S., Hopkins, G., Siskind, D., Harris, M., & Whiteford, H. (2019). A comprehensive cohort description and statistical grouping of community-based residential rehabilitation service users in Australia. Frontiers in Psychiatry, 10, Article 798. https://doi.org/10.3389/fpsyt.2019.00798