Le phénomène du travail du sexe masculin, souvent incarné par la figure du call boy ou escort masculin, constitue un champ d’investigation psychosocial et sexologique d’une grande complexité, au croisement de l’intimité marchande, de la gestion de l’identité et de la santé mentale. Longtemps invisibilisée au profit des études sur la prostitution féminine, cette pratique soulève des questions fondamentales sur les mécanismes de clivage psychologique, les dynamiques d’attachement, la stigmatisation sociale et les motivations économiques ou psychologiques des hommes qui marchandent des prestations affectives et sexuelles.
Call boy (Escort masculin)
1. Définition concise
Le terme call boy désigne un homme rémunéré pour offrir des services sexuels, relationnels ou d’accompagnement social à une clientèle masculine, féminine ou transgenre, ces prestations étant généralement organisées sur rendez-vous direct ou par l’intermédiaire d’agences et de plateformes numériques. Contrairement au travailleur du sexe de rue, le call boy opère principalement dans des espaces privés, gérant de manière autonome ou médiée son calendrier, ses tarifs et la nature des interactions consenties.
Sur le plan psychologique et sexologique, le statut de call boy implique une articulation complexe entre performance de genre, scénarisation érotique et régulation des affects. L’activité ne se résume pas à un acte physique mécanique : elle mobilise ce que les sociologues et psychologues nomment le « travail émotionnel », à savoir la capacité à générer un sentiment d’écoute, d’intimité authentique et de valorisation narcissique chez le client, tout en maintenant des frontières psychiques protectrices pour préserver sa propre intégrité psycho-affective.
Dans le discours clinique contemporain, on privilégie souvent le terme de travailleur du sexe masculin indépendant ou d’escort masculin, le vocable « call boy » conservant une résonance historique et culturelle marquée par l’émergence des services téléphoniques et des réseaux d’annonces de la seconde moitié du vingtième siècle.
2. Étymologie et origine linguistique
L’expression anglo-américaine call boy est un nom composé apparu initialement dans le vocabulaire théâtral au début du dix-neuvième siècle (vers les années 1800), désignant le jeune garçon ou l’aide-régisseur chargé d’appeler les comédiens dans leurs loges lorsque leur tour d’entrer en scène approchait (de l’anglais to call, appeler, et boy, garçon). Cette fonction technique soulignait la disponibilité immédiate sur sollicitation verbale ou sonore.
Son glissement sémantique vers le domaine de la sexualité tarifée s’est opéré par analogie symétrique avec le terme call girl, popularisé aux États-Unis dans les années 1930 et 1940 pour désigner une travailleuse du sexe joignable par téléphone plutôt que racolant sur la voie publique. Dès le milieu du vingtième siècle, « call boy » est ainsi mobilisé dans le langage journalistique, sociologique et médical anglo-saxon pour désigner un jeune homme fournissant des prestations sexuelles à domicile ou à l’hôtel, contacté préalablement par le client.
En français, le mot est emprunté tel quel comme anglicisme d’usage dès les années 1960 et 1970, avant d’être progressivement concurrencé ou complété dans la littérature universitaire francophone par les expressions « travailleur du sexe masculin » (TDS) ou « escort masculin », qui atténuent la connotation juvénile et paternaliste parfois associée au mot boy.
3. Prononciation et forme grammaticale
Sur le plan phonétique, le terme s’énonce selon les normes du français international comme suit : /kɔl bɔj/ (ou phonétiquement transcrit « kol-boï »). L’anglicisme conserve l’accentuation tonique sur la première syllabe dans son usage anglophone natif, tandis que l’usage francophone tend à répartir l’intensité de manière égale sur les deux composantes vocaliques.
Du point de vue grammatical, il s’agit d’un substantif masculin. Au pluriel, il prend la marque orthographique anglaise : des call boys (avec ou sans trait d’union selon les variantes éditoriales, bien que l’espacement call boy ou la graphie soudée callboy soient fréquemment attestés dans les publications sociologiques). Les équivalents lexicaux académiques en langue française sont « escort masculin », « accompagnateur tarifé » ou « travailleur du sexe indépendant ».
4. Explication conceptuelle détaillée
Pour appréhender la réalité conceptuelle du call boy, il convient de dépasser la seule matérialité de la transaction pécuniaire et de considérer la triade relationnelle : le prestataire, le client ou la cliente, et l’espace transactionnel. Le travail d’escorting masculin se caractérise par une négociation explicite ou implicite des rôles affectifs et érotiques, où le professionnel déploie des compétences relationnelles sophistiquées. Les études en psychologie sociale soulignent que la prestation s’inscrit fréquemment dans le modèle du Boyfriend Experience (BFE), où le client recherche une simulation globale de romance, de tendresse, d’écoute bienveillante et de valorisation personnelle, surpassant largement le cadre d’un acte sexuel ponctuel.
La structure psychologique du call boy requiert une flexibilité intrapsychique élevée. Contrairement aux stéréotypes réduisant ces hommes à des individus marginalisés ou purement mercantiles, les recherches contemporaines démontrent une hétérogénéité remarquable de profils. On observe des étudiants finançant leur cursus, des professionnels poursuivant une double carrière, ou des individus trouvant dans cette activité une forme de validation corporelle et narcissique combinée à une autonomie d’horaires substantielle.
Cependant, cette activité confronte le sujet à des défis d’autorégulation émotionnelle considérables. La nécessité d’adapter continuellement son registre érotique, son langage et son comportement aux désirs projectifs de clients variés impose une charge cognitive et affective intense. Pour préserver son équilibre, le call boy met souvent en place une imperméabilité psychique entre son identité civile (le « moi authentique ») et son personnage professionnel (le « persona d’escort »). Cette dialectique entre mise en scène du corps et préservation de soi représente le cœur de l’analyse clinique de cette fonction.
5. Évolution historique
L’histoire de la prostitution masculine est millénaire, trouvant des traces documentées dans l’Antiquité grecque et romaine ainsi que dans les civilisations mésopotamiennes, où de jeunes hommes libres ou esclaves offraient des faveurs sexuelles en échange de rétributions ou de protecteurs statutaires. Toutefois, la structuration spécifique du métier sous forme d’escorting moderne remonte à la transition industrielle et à l’urbanisation des dix-neuvième et vingtième siècles.
Au dix-neuvième siècle en Europe et en Amérique du Nord, les réseaux de prostitution masculine opéraient dans des lieux clandestins hautement surveillés par la police des mœurs, tels que les maisons closes spécialisées (notamment l’affaire du bordel de Cleveland Street à Londres en 1889) ou les promenades urbaines. Avec la démocratisation des réseaux téléphoniques d’après-guerre dans les années 1950 et 1960, le modèle du rendez-vous téléphonique confidentiel s’impose. Des agences d’escorts masculins émergent dans les grandes métropoles occidentales (New York, Paris, Londres, Berlin), permettant aux clients – majoritairement des hommes homosexuels ou bisexuels contraints à la discrétion par l’homophobie d’État et sociétale – de solliciter des partenaires en toute discrétion.
Le tournant crucial survient à la fin des années 1990 et au début des années 2000 avec l’avènement d’Internet et des technologies de télécommunication numérique. Les sites spécialisés, les annuaires en ligne puis les applications géolocalisées ont totalement transformé le métier : l’intermédiation par des agences ou des proxénètes a reculé au profit de l’auto-entreprenariat et de l’autogestion numérique, offrant au call boy une maîtrise accrue de sa grille tarifaire, du filtrage préalable de ses clients et de son calendrier.
6. Fondements théoriques
L’analyse psychosociale du call boy repose sur plusieurs cadres conceptuels majeurs de la psychologie clinique, de la sexologie et de la sociologie compréhensive :
La théorie du travail émotionnel d’Arlie Hochschild : Développée à l’origine pour analyser les professions de service, cette grille de lecture met en lumière la façon dont le travailleur façonne, régule et simule ses états affectifs intimes pour produire l’état émotionnel désiré chez autrui. Chez l’escort masculin, ce travail d’acteur intime exige soit un jeu de surface (surface acting, consistant à simuler sans ressentir), soit un jeu en profondeur (deep acting, où le praticien s’efforce d’éprouver une réelle empathie ou bienveillance érotique temporaire pour son interlocuteur).
La théorie du stigmate d’Erving Goffman : Erving Goffman a décrit les mécanismes de gestion de l’identité gâtée chez les individus exerçant des activités socialement dévaluées ou taboues. Le call boy évolue constamment dans une dynamique de contrôle de l’information : sélection des personnes de son entourage autorisées à connaître son activité, usage de pseudonymes, cloisonnement numérique et dissociation spatiale afin d’échapper au discrédit moral.
La théorie des scripts sexuels de Gagnon et Simon : Introduite par John Gagnon et William Simon, cette théorie postule que la sexualité humaine est orchestrée par des scripts culturels, interpersonnels et intrapsychiques. Le call boy agit comme un interprète et un adaptateur de scénarios : il identifie rapidement les scripts fantasmatiques du client (désir de domination, d’initiation, de réassurance narcissique ou de tendresse fraternelle) et improvise une réponse adaptée aux attentes codifiées de la rencontre.
7. Composantes clés, typologies et dimensions
L’exercice de l’activité d’escort masculin se décline selon plusieurs axes multidimensionnels :
- Orientation sexuelle et pratique professionnelle : Distinction fondamentale entre les travailleurs gay-identifiés (dont l’orientation personnelle coïncide avec la prestation auprès d’hommes), les travailleurs bisexuels, et les travailleurs hétérosexuels (parfois désignés sous le terme sociologique de « trade » ou « gay-for-pay »), ces derniers devant opérer une séparation stricte entre leur érotisme privé et leur performance rémunérée.
- Nature de la clientèle : Si historiquement la grande majorité des clients de call boys est constituée d’hommes (homosexuels, bisexuels ou hétérosexuels mariés cherchant des expériences homosexuelles discrètes), une part croissante de la recherche s’intéresse à la clientèle féminine ou aux couples sollicitant un accompagnement érotique ou social partagé.
- Typologie des prestations : Les formats d’intervention varient de la rencontre sexuelle ponctuelle (in-call au domicile de l’escort, out-call à l’hôtel ou chez le client) aux voyages d’agrément, dîners mondains, événements d’entreprise, jusqu’à la prestation de longue durée centrée sur la compagnie intime.
- Degré d’indépendance organisationnelle : Spectre allant du travailleur totalement autonome gérant ses sites et ses communications, au modèle d’agence (plus rare aujourd’hui mais toujours présent pour l’escorting de luxe), en passant par des collectifs d’entraide entre pairs.
- Mécanismes de protection psychologique : Stratégies d’auto-préservation incluant la frontière corporelle (refus de certains actes spécifiques, exigence systématique du préservatif ou suivi du traitement préventif de l’infection par le VIH via la PrEP) et la compartimentation spatio-temporelle stricte de l’activité.
8. Exemples et cas illustratifs
Cas de Julien (nom d’emprunt), 24 ans : Étudiant en master, Julien s’est inscrit sur une plateforme d’escorting masculin pour pallier des difficultés financières d’hébergement. S’identifiant comme homosexuel, il pratique des prestations BFE (Boyfriend Experience) deux soirs par semaine auprès d’une clientèle d’hommes d’âge mûr, cadres supérieurs ou professions libérales. Julien rapporte que l’enjeu principal de ses séances n’est pas tant physique qu’émotionnel : ses clients recherchent une écoute exempte de jugement moral et un sentiment d’attachement temporaire. Pour Julien, la principale difficulté clinique réside dans l’épuisement narcissique consécutif à l’obligation de demeurer en permanence valorisant, positif et attentionné, ce qui l’a amené à consulter un psychothérapeute pour fixer des limites claires à son emploi du temps.
Cas de Marc (nom d’emprunt), 29 ans : Homme hétérosexuel vivant en couple, Marc travaille comme escort masculin auprès d’hommes (« gay-for-pay ») à raison de quelques sessions par mois. Il applique une technique de dissociation cognitive très rigoureuse : il utilise un pseudonyme complet, une ligne téléphonique dédiée, et perçoit son corps durant les prestations comme un « instrument technique de travail » similaire à celui d’un masseur ou d’un acteur de cinéma. Sa compagne est informée de son activité, ce qui constitue selon lui un facteur d’équilibre déterminant. Toutefois, Marc fait état de difficultés ponctuelles de désir dans sa sexualité personnelle privée après des périodes de travail intensif, illustrant l’impact du dédoublement érotique sur l’économie libidinale globale.
9. Mesure, évaluation et méthodes d’investigation
L’investigation scientifique de la population des call boys présente des défis méthodologiques considérables, s’agissant d’une population dite « cachée » ou difficile d’accès (hard-to-reach population). Les chercheurs en sciences humaines et médicales utilisent diverses approches quantitatives et qualitatives :
Méthodes d’échantillonnage ciblées : Les études recourent fréquemment à l’échantillonnage guidé par les répondants (Respondent-Driven Sampling ou RDS) ainsi qu’au recrutement direct via les plateformes en ligne et les forums communautaires. Ces méthodes permettent d’atteindre des travailleurs indépendants n’ayant aucun contact avec les services sociaux ou associatifs traditionnels.
Échelles et inventaires psychométriques standardisés : Pour évaluer la santé psychologique des praticiens, les protocoles de recherche emploient généralement des outils validés tels que l’Inventaire de Dépression de Beck (BDI), l’Échelle d’Anxiété de Spielberger (STAI), ou l’Inventaire d’Épuisement Professionnel de Maslach (MBI adapté aux travailleurs du sexe). Ces échelles mesurent le degré d’usure compassionnelle, le niveau d’anxiété liée au stigmate intériorisé et la prévalence d’affects dépressifs.
Analyses qualitatives phénoménologiques : Les entretiens semi-directifs et l’analyse de discours constituent la référence pour explorer la signification subjective de l’activité, les parcours d’entrée et de sortie, ainsi que la négociation des identités sexuelles et relationnelles face aux normes hétéronormatives ou homonormatives dominantes.
10. Applications et pertinence pratique
L’étude approfondie du travail d’escort masculin comporte des répercussions directes dans plusieurs champs professionnels :
En psychothérapie et psychopathologie clinique : Les thérapeutes accueillant des travailleurs du sexe masculins doivent développer des compétences culturelles et une posture dénuée de tout parti pris moralisateur. La compréhension des dynamiques spécifiques de l’escorting permet d’aborder avec pertinence des thématiques récurrentes telles que le syndrome de dépersonnalisation, la baisse de libido dans la vie intime, la honte intériorisée et l’élaboration de stratégies d’émancipation ou de reconversion professionnelle.
En santé publique et réduction des risques (RDR) : Le ciblage des politiques de prévention des infections sexuellement transmissibles (IST), de l’hépatite virale et du VIH repose sur une collaboration étroite avec les réseaux d’escorts. Le déploiement de la prophylaxie pré-exposition (PrEP) et la mise à disposition de matériel de réduction des risques adapté ont été largement facilités par la prise en compte des particularités logistiques des travailleurs indépendants.
Sur le plan juridique et des politiques sociales : L’analyse des réalités concrètes des call boys alimente les débats sur la décriminalisation, la lutte contre l’isolement social et la protection contre les violences, le chantage ou les agressions physiques dont ces professionnels peuvent être la cible du fait de leur invisibilité institutionnelle.
11. Recherche empirique et preuves scientifiques
La recherche académique sur la prostitution masculine a connu un essor remarquable depuis le début des années 2000. Des chercheurs pionniers tels que Christian Grov, Jeffrey Parsons ou Kaye Wellings ont profondément renouvelé les perspectives scientifiques :
Les travaux de Christian Grov et de son équipe à New York ont examiné les profils des hommes s’annonçant sur Internet pour des services d’escort. Leurs enquêtes quantitatives ont invalidé le postulat selon lequel la totalité des call boys subiraient une détresse psychologique extrême ou des traumatismes d’enfance systématiques. Les données démontrent qu’une proportion significative de praticiens rapporte des niveaux d’estime de soi comparables à la population générale, l’indépendance financière et la flexibilité temporelle constituant des facteurs protecteurs notables.
Néanmoins, les recherches soulignent également des vulnérabilités spécifiques. L’étude longitudinale menée par Jeffrey Parsons sur les travailleurs du sexe masculins a mis en lumière une corrélation entre les contextes d’exercice clandestin et l’augmentation des comportements à risque, notamment la consommation de substances psychoactives (chemsex) utilisée parfois pour faciliter la désinhibition ou supporter de longues heures de prestation nocturne. Ces constats confirment que la régulation de la charge émotionnelle constitue un enjeu sanitaire de premier ordre.
12. Considérations socioculturelles et transculturelles
La perception, la signification et les conditions d’exercice du métier de call boy varient considérablement d’une aire culturelle à l’autre :
Dans les sociétés occidentales industrialisées (Europe occidentale, Amérique du Nord, Australie), le cadre juridique oscille entre des modèles néo-abolitionnistes pénalisant les clients (comme en France ou en Suède), des modèles réglementaristes encadrant le travail du sexe comme profession légale (en Allemagne, en Suisse ou aux Pays-Bas), et des cadres prohibitionnistes stricts (dans la majorité des États américains). Ces cadres législatifs influencent directement le niveau d’isolement psychologique et la vulnérabilité des escorts face aux abus.
En Asie de l’Est et du Sud-Est, les dynamiques d’escorting masculin présentent des singularités notables. Au Japon, l’industrie des hosts dans les clubs spécialisés met en scène de jeunes hommes séduisants fournissant une compagnie affective et relationnelle tarifée à une clientèle quasi exclusivement féminine sans obligatoirement inclure de pénétration sexuelle, ce qui s’inscrit dans un continuum culturel institutionnalisé de l’écoute et du divertissement émotionnel.
Dans les pays où l’homosexualité demeure pénalisée ou sévèrement criminalisée (notamment dans certains pays du Moyen-Orient, d’Afrique ou des Caraïbes), la figure du call boy s’exerce au péril de la liberté individuelle et de la vie. Les hommes qui y recourent ou s’y livrent font face à des risques constants d’extorsion policière, d’emprisonnement et d’agressions homophobes, transformant l’activité en une lutte permanente pour la survie physique et psychologique.
13. Critiques, controverses et limites
Le statut de call boy et son analyse théorique font l’objet de vifs débats au sein des sciences sociales, de la sexologie et des mouvements de pensée politiques :
Le clivage abolitionnisme contre droits des travailleurs du sexe : Les tenants du courant abolitionniste soutiennent que toute forme de prostitution constitue une marchandisation inacceptable du corps humain, intrinsèquement aliénante et violente, y compris lorsqu’elle s’exerce sous la forme apparemment autonome de l’escorting indépendant. À l’opposé, les théoriciens du travail du sexe et les syndicats d’escorts défendent le droit à l’autodétermination corporelle et revendiquent la reconnaissance de leur activité comme un travail légitime méritant une protection juridique, fiscale et sociale à part entière.
Le débat sur l’« agentivité » (agency) : La question du libre arbitre face aux contraintes économiques structurelles demeure au cœur des controverses. Dans quelle mesure le choix d’exercer comme call boy relève-t-il d’une véritable émancipation individuelle ou d’une réponse contrainte à la précarité financière, aux inégalités de classe et aux discriminations sur le marché de l’emploi classique ?
Les controverses relatives à la médicalisation : Plusieurs chercheurs critiquent la tendance historique de la psychiatrie à pathologiser systématiquement les travailleurs du sexe masculins, en cherchant à toute force des dysfonctionnements dans leur développement psychosexuel (conflits œdipiens non résolus, hypersexualité, déviance morale), au détriment d’une compréhension rationnelle des arbitrages socio-économiques et des compétences professionnelles réelles.
14. Termes connexes et distinctions notionnelles
Pour éviter toute ambiguïté terminologique, il est nécessaire de distinguer le call boy de notions connexes :
- Escort masculin : Synonyme contemporain le plus fréquent et le plus neutre, mettant l’accent sur les fonctions d’accompagnement social, d’élégance et de rendez-vous convenu d’avance, sans la connotation restrictive d’âge associée au mot boy.
- Prostitué de rue (ou racoleur de voie publique) : Désigne l’activité exercée directement dans l’espace public urbain (gares, parcs, avenues). Cette modalité se distingue de l’escorting par une précarité matérielle souvent plus marquée, une exposition directe aux contrôles policiers et une moindre marge de manœuvre dans la sélection des clients.
- Gigolo : Terme traditionnellement réservé à un homme séduisant entretenu financièrement par une personne plus âgée ou fortunée (souvent une femme) dans le cadre d’une liaison continue, comportant une part de dépendance matérielle et domestique distincte de la prestation d’escort ponctuelle à la séance.
- Masseur érotique indépendant : Professionnel proposant des soins corporels intégrant une dimension sensuelle ou sexuelle explicite, se focalisant davantage sur la dimension kinesthésique et relaxante que sur l’accompagnement social global propre à l’escort.
- Créateur de contenu pour adultes (cam boy) : Individu diffusant des performances érotiques numériques interactives via des plateformes vidéo ou des réseaux par abonnement sans contact physique direct avec les usagers, bien que certains professionnels cumulent ces deux activités.
15. Synthèse et points clés
L’étude psychologique et sociale du call boy éclaire des pans essentiels du fonctionnement humain contemporain à l’ère numérique :
- Le call boy est un travailleur du sexe masculin opérant principalement sur rendez-vous dans des espaces privés, conjuguant prestations érotiques et travail relationnel de haute intensité (Boyfriend Experience).
- L’exercice de ce métier mobilise des compétences complexes de régulation affective, d’empathie tactique et de compartimentation psychique destinées à préserver l’identité personnelle du sujet.
- L’avènement des technologies numériques a favorisé une transition vers l’indépendance professionnelle et l’autogestion, tout en maintenant des défis majeurs liés au stigmate social et à la gestion du secret.
- Les profils des praticiens sont hautement diversifiés sur le plan sociologique et de l’orientation sexuelle, battant en brèche les simplifications cliniques univoques.
- La santé mentale et la sécurité des escorts masculins dépendent étroitement du cadre juridique de leur pays d’exercice, de l’accès aux dispositifs de réduction des risques sans jugement moral et du soutien par les pairs.
Références
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- Hochschild, A. R. (1983). The Managed Heart: Commercialization of Human Feeling. University of California Press.
- Parsons, J. T., Koken, J. A., & Bimbi, D. S. (2004). The use of the internet by gay and bisexual male escorts: Access, client management, and safer sex. AIDS Education and Prevention, 16(6), 577–592. https://doi.org/10.1521/aeap.16.6.577.53796