Bregma : Repère Clé des Neurosciences

Découvrez le bregma : repère craniométrique clé des neurosciences et de la stéréotaxie, son anatomie, son rôle historique et ses applications cliniques.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 27, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 27, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

Le crâne humain et celui des vertébrés renferment des points de repère ostéologiques d’une précision remarquable, indispensables tant à la compréhension du développement neuro-anatomique qu’à l’investigation expérimentale des fonctions psychologiques et comportementales. Au confluent des sutures coronale et sagittale, le bregma représente l’un des repères crâniométriques et stéréotaxiques les plus fondamentaux de la neurobiologie contemporaine et des neurosciences comportementales.

Bregma : Définition, Anatomie et Rôle en Neurosciences

1. Définition concise

Le bregma constitue le point craniométrique situé à l’intersection précise de la suture coronale et de la suture sagittale sur la calvaria (voûte crânienne). Chez le nouveau-né et le nourrisson, cet emplacement anatomique correspond à la grande fontanelle (ou fontanelle antérieure), une zone membraneuse non ossifiée de forme losangique.

Dans le domaine des neurosciences, de la neuropsychologie expérimentale et de la neurochirurgie, le bregma sert de point d’origine tridimensionnel standardisé (coordonnées [0, 0, 0]) pour la cartographie stéréotaxique cérébrale. Il permet aux chercheurs et cliniciens de localiser des structures cérébrales profondes chez l’animal de laboratoire (notamment les rongeurs) ainsi que chez l’être humain, facilitant l’implantation d’électrodes, la micro-injection ciblée de molécules pharmacologiques ou la manipulation optogénétique de circuits neuronaux sous-tendant les fonctions cognitives et affectives.

Sur le plan développemental, le bregma témoigne de la synostose progressive des os frontaux et pariétaux, constituant un biomarqueur clinique essentiel pour évaluer la croissance crânienne et déceler d’éventuelles anomalies neurodéveloppementales précoces telles que les craniosténoses ou l’hydrocéphalie infantile.

2. Étymologie et origine linguistique

Le vocable bregma puise son étymologie directement dans le grec ancien βρέγμα (brégma), signifiant originellement « sommet de la tête », « partie antérieure du crâne » ou encore « partie humide », dérivé du verbe grec βρέχειν (bréchein, signifiant « humecter » ou « mouiller »). Cette métaphore aquatique des médecins de la Grèce antique renvoie à la croyance selon laquelle cette région crânienne, demeurant molle et palpitante chez le nourrisson, était la plus humide du cerveau ou correspondait à la zone où le cerveau « transpirait » son excès de flegme ou d’humeurs.

Le terme a été intégré dans le corpus médical latin médiéval et de la Renaissance avant d’être formalisé dans la nomenclature anatomique moderne par les pionniers de l’anthropologie physique et de la craniométrie au XIXe siècle, notamment par Paul Broca. Son adoption définitive au sein de la terminologie anatomique internationale (Terminologia Anatomica) a consacré son statut de repère universel pour la morphologie squelettique et les sciences biomédicales.

3. Prononciation et forme grammaticale

En français, le terme se prononce phonétiquement [bʁɛg.ma]. Il s’agit d’un nom commun masculin invariable ou doté d’un pluriel régulier selon les conventions lexicographiques, bien que la forme au singulier prédomine quasi exclusivement dans la littérature scientifique (« le bregma », plus rarement « les bregmas »).

Sur le plan grammatical, il s’emploie principalement comme substantif autonome ou en apposition (« le repère bregma », « le point bregma »). Dans la littérature stéréotaxique anglophone et francophone, il est couramment utilisé comme locution prépositionnelle adverbiale ou adjectivale d’orientation (par exemple : « à 2 mm en arrière du bregma », « coordonnées antéro-postérieures relatives au bregma »).

4. Explication conceptuelle détaillée

Comprendre le bregma nécessite d’analyser à la fois sa constitution ostéologique, sa dynamique ontogénétique et son utilisation instrumentale dans l’exploration des relations entre structure cérébrale et comportement psychologique. La voûte crânienne se forme par ossification intramembraneuse : des plaques osseuses distinctes croissent à partir de centres d’ossification vers la périphérie. Les sutures crâniennes correspondent à des articulations fibreuses qui maintiennent une certaine flexibilité, indispensable pour permettre le passage de la tête fœtale dans le canal pelvien lors de l’accouchement, puis pour accompagner l’expansion rapide du parenchyme cérébral durant les premières années de vie.

Au carrefour des deux os pariétaux et des deux moitiés de l’os frontal primitif (séparées au départ par la suture métopique), le bregma représente la convergence de deux vecteurs de croissance cardinaux : l’axe médio-sagittal et l’axe coronale (transversal). Jusqu’à la fermeture complète de la fontanelle antérieure — qui intervient habituellement entre l’âge de 9 et 18 mois chez l’enfant humain —, cette région présente une souplesse conjonctive remarquable. Une fois la synostose accomplie, le bregma devient une intersection osseuse rigide, identifiable chez l’adulte sous la forme d’un carrefour suturaire visible ou légèrement effacé.

Dans le domaine des neurosciences fondamentales, la boîte crânienne masque les structures sous-jacentes : le cortex cérébral, l’hippocampe, l’amygdale ou les noyaux gris centraux ne peuvent être visualisés directement sans effraction chirurgicale. Le bregma résout cette opacité anatomique en fournissant une balise externe reproductible. En établissant une corrélation spatiale rigoureuse entre la surface osseuse et les coordonnées internes de l’encéphale, le bregma devient l’origine d’un repère orthonormé euclidien cartésien (X, Y, Z), où :

  • L’axe antéro-postérieur (AP) quantifie la distance rostrale ou caudale par rapport au bregma ;
  • L’axe médio-latéral (ML) quantifie la distance vers la droite ou la gauche par rapport à la ligne sagittale passant par le bregma ;
  • L’axe dorso-ventral (DV) mesure la profondeur par rapport à la dure-mère ou à la surface osseuse au niveau du bregma.

Cette géométrie tridimensionnelle standardisée a rendu possible la neurochirurgie stéréotaxique, ouvrant la voie à des avancées majeures dans l’étude des bases neurobiologiques des émotions, de la mémoire spatiale, de l’addiction et des troubles psychopathologiques.

5. Développement historique

L’histoire du bregma s’entremêle avec l’évolution de la médecine, de l’anthropologie physique et de l’instrumentation neuroscientifique :

  • Antiquité et période classique : Hippocrate et plus tard Galien décrivent la région du bregma comme une zone de grande vulnérabilité traumatique et s’intéressent aux fontanelles comme témoins de la physiologie liquidienne céphalique.
  • XIXe siècle et l’essor de la craniométrie : Le médecin et anthropologue français Paul Broca formalise au milieu du XIXe siècle la mesure systématique du crâne pour cartographier les variations morphologiques humaines. Il classe le bregma parmi les points craniométriques fondamentaux, aux côtés du lambda, de l’inion, du ptérion et du nasion. À cette époque, la craniométrie cherche à corréler les mesures squelettiques aux facultés intellectuelles et psychologiques, une approche méthodologiquement fragile mais fondatrice pour l’anatomie topographique moderne.
  • 1908 – L’invention de la stéréotaxie : Le neurochirurgien Victor Horsley et le mathématicien Robert Henry Clarke mettent au point l’appareil stéréotaxique Horsley-Clarke à l’University College de Londres. Ce dispositif permet pour la première fois d’insérer avec précision une aiguille dans une région sous-corticale profonde sans vision directe, en s’appuyant sur des coordonnées crâniennes fixes.
  • Années 1950 à nos jours – Les atlas stéréotaxiques modernes : Avec les travaux pionniers de Spiegel et Wycis chez l’humain, puis la publication en 1982 du célèbre atlas stéréotaxique du cerveau de rat par George Paxinos et Charles Watson (Paxinos & Watson), le bregma s’impose mondialement comme l’étalon d’or absolu de la recherche en laboratoire. Ces atlas cartographient des milliers de coupes coronales, horizontales et sagittales en définissant chaque structure par son écart millimétrique vis-à-vis du bregma.

6. Fondements théoriques et neurobiologiques

Le statut instrumental du bregma repose sur un postulat théorique central des neurosciences contemporaines : le principe d’isomorphisme topologique relatif de l’encéphale chez les vertébrés au sein d’une même espèce et d’une même souche génétique. Ce modèle théorique postule que la disposition spatiale relative des structures cérébrales par rapport aux repères osseux de l’enveloppe méningo-crânienne présente une variabilité suffisamment faible pour permettre une prédiction millimétrique, à condition de calibrer le crâne sur un plan horizontal standardisé.

Dans le paradigme des rongeurs de laboratoire (comme le rat Sprague-Dawley ou la souris C57BL/6), ce plan est matérialisé par l’alignement horizontal strict entre le bregma et le lambda. Lorsque le bregma et le lambda sont ajustés sur une même hauteur horizontale à l’aide d’un appareil stéréotaxique (différence de hauteur égale à zéro millimètre), le cerveau sous-jacent adopte une conformation spatiale géométrique standard, alignée avec les projections des atlas neuroanatomiques de référence.

Sur le plan neuropsychologique, cette standardisation est indispensable pour tester des hypothèses de modularité et de connectivité fonctionnelle. Pour dissocier le rôle de l’amygdale basolatérale de celui de l’amygdale centrale dans le conditionnement de la peur, ou pour isoler les sous-champs CA1 et CA3 de l’hippocampe dorsal dans la consolidation mnésique spatiale, le chercheur doit cibler des volumes de tissu cérébral de l’ordre de la centaine de micromètres. Sans l’invariance relative du bregma, ces manipulations neurophysiologiques et comportementales manqueraient de reproductibilité scientifique.

7. Composantes clés, types et dimensions

L’analyse du bregma se déploie à travers plusieurs dimensions morphologiques, développementales et opérationnelles :

  • Dimension ostéologique : Point d’intersection entre la suture sagittale (séparant les os pariétaux) et la suture coronale (séparant l’os frontal des os pariétaux). Il forme un motif en croix ou en « T » régulier ou irrégulier.
  • Dimension ontogénétique (Fontanelle antérieure) : Chez le nouveau-né, le bregma n’est pas un point rigide mais une lacune conjonctive membraneuse d’environ 2 à 4 centimètres de diamètre, bordée de périoste, pulsatile au rythme du flux artériel et des variations de la pression intracrânienne.
  • Coordonnées tridimensionnelles (Système stéréotaxique) :
    • Axe Antéro-Postérieur (AP) : Définition de l’avancement rostral (+) ou du recul caudal (-) le long de l’axe longitudinal du système nerveux central.
    • Axe Médio-Latéral (ML) : Déplacement vers l’hémisphère droit (+) ou l’hémisphère gauche (-) depuis la suture sagittale médiane.
    • Axe Dorso-Ventral (DV) : Mesure de la profondeur vers les structures ventrales de la base du crâne depuis la surface dorsale du bregma ou depuis la dure-mère.
  • Variantes morphologiques et sutures surnuméraires : Présence occasionnelle d’os wormiens (ou os suturaires épactoniques) au niveau du bregma, créant des variations géométriques locales nécessitant une correction visuelle ou radiologique.

8. Exemples et cas illustratifs

Pour illustrer la centralité opérationnelle du bregma, examinons plusieurs protocoles typiques issus de la recherche en psychologie biologique et de la clinique neurologique :

Illustration 1 : Inactivation pharmacologique de l’hippocampe dorsal chez le rongeur. Un chercheur souhaite tester l’effet de l’inactivation transitoire de l’hippocampe dorsal sur l’acquisition de la mémoire spatiale dans la piscine de Morris. D’après l’atlas stéréotaxique, le sous-champ CA1 se situe aux coordonnées : AP = -3,6 mm, ML = ±2,0 mm, DV = -2,2 mm par rapport au bregma. L’animal anesthésié est fixé dans le cadre stéréotaxique, les barres d’oreille ajustées, et la tête inclinée jusqu’à ce que le bregma et le lambda soient strictement coplanaires. La pointe de la microseringue est placée sur le bregma pour réinitialiser le compteur numérique à zéro. Le bras mécanique est ensuite déplacé de 3,6 mm vers l’arrière et de 2,0 mm vers la droite. Un trou de trépanation millimétrique est percé dans l’os, et la canule est descendue de 2,2 mm sous la dure-mère pour perfuser du muscimol (un agoniste GABAergique). Le test comportemental ultérieur permet de mesurer de manière sélective l’altération de la navigation spatiale.

Illustration 2 : Évaluation clinique néonatale de la fontanelle antérieure. Lors d’un examen pédiatrique de routine chez un nourrisson de 4 mois présentant des pleurs inconsolables et une léthargie, le clinicien palpe délicatement la région du bregma. Une fontanelle antérieure bombée, tendue et non dépressible en position assise oriente vers un syndrome d’hypertension intracrânienne, possiblement lié à une méningite ou une hémorragie méningée. À l’inverse, une fontanelle déprimée en creux au niveau du bregma signe une déshydratation sévère exigeant une réhydratation hydroélectrolytique immédiate.

9. Mesure, repérage et évaluation stéréotaxique

La détection et l’évaluation du bregma font appel à des protocoles méthodologiques stricts :

Chez l’animal d’expérimentation, après incision médiane du scalp et rétraction du périoste, la surface de l’os est asséchée et nettoyée à l’eau oxygénée diluée pour accentuer le contraste visuel des sutures crâniennes. Le bregma est visualisé à l’aide d’un stéréomicroscope chirurgical. Dans les situations où la suture coronale présente une courbure sinueuse ou n’intersecte pas la suture sagittale selon une ligne orthogonale parfaite, les chercheurs adoptent une convention standard : le point de repère retenu est le point d’intersection le plus antérieur de la suture sagittale avec la ligne joignant les segments médians des sutures coronales gauche et droite.

Chez l’humain adulte, la fusion des sutures et l’épaisseur du scalp rendent l’identification directe du bregma difficile sans imagerie médicale. Les neurochirurgiens et neuropsychologues cliniciens ont recours à la tomodensitométrie (TDM) haute résolution ou à l’imagerie par résonance magnétique (IRM cérébrale) tridimensionnelle. Les systèmes de neuronavigation optique sans cadre (frameless stereotaxy) convertissent automatiquement les images volumétriques du patient en coordonnées chirurgicales réelles par recalage de repères cutanés et osseux craniométriques, dont le bregma virtuel.

10. Applications cliniques et portée pratique

Le bregma possède un spectre d’applications très étendu, allant de la neurobiologie préclinique à la psychiatrie interventionnelle :

Optogénétique et chimiogénétique : La manipulation ciblée de populations neuronales spécifiques sous-tendant les comportements anxieux, agressifs ou de récompense nécessite l’injection de vecteurs viraux (comme les AAV portant la canalrhodopsine ou des récepteurs DREADD). Ces injections utilisent exclusivement les coordonnées relatives au bregma pour cibler des noyaux microscopiques tels que le noyau accumbens, l’aire tegmentale ventrale ou l’habenula latérale.

Microdialyse intracérébrale : Dans l’étude des dépendances psychologiques et des troubles de l’humeur, la microdialyse permet de mesurer in vivo la libération de neurotransmetteurs (dopamine, sérotonine, glutamate) en réponse à des stimuli appétitifs ou aversifs. L’insertion précise des sondes de dialyse dépend entièrement du calibrage initial par rapport au bregma.

Neurochirurgie pédiatrique : La surveillance de la fermeture du bregma est fondamentale en neuropédiatrie. Une craniosynostose coronale prématurée (plagiocéphalie ou brachycéphalie) entraîne des déformations crâniennes sévères pouvant restreindre la croissance cérébrale et compromettre le pronostic neuropsychologique si une décompression chirurgicale n’est pas réalisée précocement.

Neuromodulation et stimulation cérébrale profonde (SCP) : Bien que la chirurgie stéréotaxique humaine contemporaine s’appuie fréquemment sur la commissure antérieure (AC) et la commissure postérieure (PC) comme repères intracérébraux de référence (repères de Talairach), les points craniométriques externes comme le bregma demeurent utilisés lors de la planification des trajectoires d’entrée des électrodes pour éviter les zones corticales fonctionnelles éloquentes et les branches de l’artère méningée moyenne.

11. Recherche et données empiriques

La littérature scientifique consacrée à la fiabilité du bregma met en lumière des données empiriques cruciales pour la rigueur expérimentale. Des études méthodologiques menées sur des cohortes de rongeurs ont quantifié la marge de variabilité anatomique entre les coordonnées stéréotaxiques théoriques et la localisation histologique réelle des sites d’injection ou d’enregistrement :

Les travaux de Whishaw et Kolb en neuropsychologie comportementale ont souligné que le poids, l’âge, le sexe et la souche génétique des animaux influencent significativement les distances relatives entre le bregma et les structures sous-corticales. Par exemple, chez des rats pesant 250 g comparativement à des rats de 400 g, la distance antéro-postérieure entre le bregma et l’hippocampe peut varier de 0,4 à 0,8 mm. Cette constatation a conduit à l’introduction d’équations de correction et de facteurs d’échelle (scaling factors) proportionnels à la distance entre le bregma et le lambda (la distance standard bregma-lambda étant couramment calibrée autour de 9,0 mm chez le rat adulte standard).

En outre, les études d’imagerie micro-IRM du rongeur ont démontré que l’erreur de ciblage stéréotaxique guidé par le bregma est inférieure à 150 micromètres lorsque les conditions de nivellement horizontal sont rigoureusement satisfaites, validant l’extrême fiabilité de ce point repère pour l’étude fine des microcircuits corticaux et limbiques.

12. Considérations culturelles et anthropologiques

Au-delà de son rôle instrumental moderne, la zone du bregma occupe une place fascinante dans l’histoire culturelle, l’anthropologie rituelle et la paléoanthropologie. Dans de nombreuses cultures traditionnelles, le sommet du crâne coïncidant avec le bregma a été perçu comme une porte d’entrée spirituelle ou un point de vulnérabilité métaphysique reliant l’esprit individuel au cosmos.

Dans les traditions yogiques et védiques de l’Inde ancienne, le sommet de la tête est associé au Sahasrara (le septième chakra ou chakra coronal), souvent localisé précisément au niveau de la fontanelle antérieure ou bregma, considéré comme le point d’éveil de la conscience et d’élévation psychique suprême. Lors de certains rituels funéraires hindous, la cérémonie du Kapala Kriya consistait à fendre ou percuter le crâne au niveau du bregma pour libérer l’âme (le prana) du défunt.

En anthropologie médico-légale et paléoanthropologique, la morphométrie du bregma et de l’angle frontal permet d’étudier l’évolution crânienne des hominidés depuis les premiers représentants du genre Homo (Homo habilis, Homo erectus, Néandertal) jusqu’à Homo sapiens. L’expansion du lobe frontal chez l’humain moderne s’est traduite par une élévation de la voûte crânienne et une translation postérieure du bregma, reflétant la réorganisation des aires corticales préfrontales impliquées dans les fonctions exécutives complexes, le langage articulé et la régulation socio-émotionnelle.

13. Critiques, controverses et limites méthodologiques

Malgré son statut universel, l’utilisation du bregma en tant que point de référence absolu suscite des débats méthodologiques récurrents dans la communauté des neurosciences et de l’anatomie computationnelle :

  • Variabilité interindividuelle et biais de standardisation : L’un des écueils majeurs réside dans la non-linéarité de la croissance crânienne par rapport au développement encéphalique. Les os du crâne et le cerveau dérivent de feuillets embryonnaires distincts (crêtes neurales et mésoderme pour le crâne, neuroectoderme pour le parenchyme cérébral). Cette dissociation embryologique implique que de petites déviations de courbure suturaire au bregma n’ont pas d’équivalent direct dans l’agencement des noyaux sous-jacents, introduisant un risque d’erreur d’échantillonnage anatomique.
  • Asymétrie suturaire et os wormiens : Dans 5 à 10 % des cas chez les animaux de laboratoire, la suture sagittale ne coupe pas la suture coronale en un point géométrique unique mais sous forme de sutures échelonnées ou ramifiées. Le chercheur est alors contraint d’extrapoler visuellement le point « zéro », ce qui diminue la reproductibilité inter-opérateur des expériences psychophysiologiques.
  • Limites chez l’humain adulte : Chez l’être humain adulte, la distance séparant la voûte crânienne des structures cérébrales profondes (comme le thalamus ou les corps mamillaires) est trop grande pour que le bregma suffise à lui seul à garantir la précision d’une intervention chirurgicale. C’est pourquoi la neurochirurgie stéréotaxique clinique a largement remplacé les repères superficiels par des repères commissuraux internes visualisés en IRM, reléguant le bregma à un rôle d’orientation préliminaire macroscopique.

14. Termes connexes et distinctions conceptuelles

Pour clarifier l’écosystème craniométrique et neuroanatomique, il convient de distinguer précisément le bregma d’autres repères squelettiques et cérébraux majeurs :

  • Lambda : Point craniométrique situé à l’intersection postérieure de la suture sagittale et de la suture lambdoïde (entre les os pariétaux et l’os occipital). Chez le nourrisson, il correspond à la petite fontanelle (fontanelle postérieure). Dans les procédures stéréotaxiques, le lambda sert de point d’alignement pour horizontaliser le crâne par rapport au bregma.
  • Fontanelle antérieure : Équivalent non ossifié du bregma chez le nouveau-né et le jeune enfant. Alors que la fontanelle est une surface fibro-membraneuse dynamique, le bregma désigne l’entité ostéologique ou le point géométrique singulier après ou pendant l’ossification.
  • Pterion : Région en forme de « H » sur la face latérale du crâne, à la jonction des os frontal, pariétal, sphénoïde (grande aile) et temporal. Point de repère chirurgical crucial pour aborder le cercle artériel de Willis et les anévrismes intracrâniens, mais rarement utilisé comme origine stéréotaxique générale.
  • Nasion : Point d’intersection médio-sagittal entre la suture fronto-nasale et les deux os propres du nez. Utilisé comme repère céphalométrique facial et en électroencéphalographie (EEG) dans le système standard international 10-20.
  • Système de coordonnées AC-PC (Talairach) : Système de repérage tridimensionnel humain basé sur la ligne reliant la commissure antérieure (AC) et la commissure postérieure (PC), deux faisceaux de fibres de substance blanche internes, s’affranchissant totalement des repères de la surface osseuse externe comme le bregma.

15. Synthèse et points clés à retenir

En somme, le bregma incarne l’archétype du pont fonctionnel entre l’ostéologie crânienne macroscopique et les neurosciences expérimentales de pointe :

  • Définition anatomique : Carrefour ostéologique situé au croisement de la suture coronale et de la suture sagittale sur la calotte crânienne, correspondant à l’ancienne fontanelle antérieure.
  • Origine stéréotaxique : Point zéro universel des coordonnées tridimensionnelles (AP, ML, DV) utilisé dans les atlas anatomiques pour explorer le système nerveux central chez l’animal de laboratoire.
  • Rôle en psychologie biologique : Outil méthodologique indispensable pour l’implantation chirurgicale ciblée, la micro-injection pharmacologique, les enregistrements électrophysiologiques unitaires et les interventions optogénétiques visant à décrypter les substrats cérébraux des émotions, de la cognition et du comportement.
  • Utilité pédiatrique : La surveillance clinique de sa fermeture permet le dépistage des craniosynostoses, de la déshydratation aiguë et des syndromes d’hypertension intracrânienne chez le nourrisson.
  • Rigueur opératoire : La validité des manipulations stéréotaxiques fondées sur le bregma exige un alignement horizontal parfait avec le lambda et la prise en compte des variations morphométriques liées au poids, au sexe et à la lignée des sujets d’étude.

Références

  • Broca, P. (1875). Instructions craniologiques et craniométriques de la Société d’Anthropologie de Paris. G. Masson.
  • Horsley, V., & Clarke, R. H. (1908). The structure and functions of the cerebellum examined by a new method. Brain, 31(1), 45-124. https://doi.org/10.1093/brain/31.1.45
  • Paxinos, G., & Watson, C. (2014). The Rat Brain in Stereotaxic Coordinates (7e éd.). Academic Press.
  • Standring, S. (Éd.). (2020). Gray’s Anatomy: The Anatomical Basis of Clinical Practice (42e éd.). Elsevier.
  • Whishaw, I. Q., & Kolb, B. (2005). The Behavior of the Laboratory Rat: A Handbook with Tests. Oxford University Press.

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 27). Bregma : Repère Clé des Neurosciences. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=bregma-neurosciences-anatomie
Looti, Mohammed. “Bregma : Repère Clé des Neurosciences.” Base de données de psychologie en français, 27 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_term=bregma-neurosciences-anatomie.
Looti, Mohammed. “Bregma : Repère Clé des Neurosciences.” Base de données de psychologie en français. octobre 27, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=bregma-neurosciences-anatomie.