En psychologie et en sciences cognitives, le terme blob renvoie à un carrefour conceptuel fascinant, reliant l’étude de la cognition basale non neuronale, les neurosciences de la perception visuelle et les dispositifs d’évaluation projective des dynamiques émotionnelles. Qu’il désigne l’organisme myxomycète capable d’apprentissage sans système nerveux, les modules métaboliques du cortex visuel primaire ou les silhouettes asexuées employées dans l’investigation des affects, il invite à déconstruire les cadres rigides de la psychologie traditionnelle pour repenser la subjectivité, la mémoire et le traitement de l’information.
Le Blob en Psychologie et Sciences Cognitives
1. Définition concise
Dans le champ de la psychologie contemporaine et des sciences cognitives, le substantif blob désigne principalement trois réalités distinctes mais épistémologiquement interconnectées : un modèle biologique paradigmatique de la cognition basale incarné par l’amibe acellulaire Physarum polycephalum, une structure neuroanatomique fonctionnelle du système visuel spécialisée dans le traitement chromatique, et un dispositif médiateur d’évaluation psycho-émotionnelle et projective structuré autour de figures anthropomorphes neutres (l’Arbre des Blobs).
Dans sa première acception, issue de la psychologie comparée et de la biophysique cognitive, le blob représente un organisme unicellulaire géant dépourvu de synapses et d’architecture neuronale, pourtant capable de mémorisation, de prise de décision stratégique, d’apprentissage temporel et d’habituation. À ce titre, il constitue un analyseur critique majeur pour la psychologie cognitive, repoussant les frontières du vivant apprenant et démontrant que les fonctions de traitement adaptatif de l’environnement précèdent l’apparition phylogénétique du système nerveux central.
Dans sa seconde et troisième acception, le terme réfère, d’une part, aux micro-compartiments modulaires enrichis en cytochrome oxydase découverts dans les couches supragranulaires du cortex visuel primaire (V1), et d’autre part, à un instrument psychologique graphique non verbal conçu pour faciliter l’expression, l’auto-évaluation et l’exploration des états intérieurs au sein de la relation thérapeutique et pédagogique.
2. Étymologie et origines linguistiques
Le mot blob dérive du moyen anglais tardif (vers le XVe siècle), où il possédait une racine onomatopéique imitant le bruit d’une goutte qui éclate ou d’une bulle visqueuse liquide. Employé traditionnellement pour dénoter une masse informe, indéfinie, semi-fluide et sans structure apparente, le mot a oscillé entre le lexique vernaculaire de la matérialité organique et la métaphore descriptive.
L’intrusion du signifiant dans la culture scientifique contemporaine découle directement du cinéma populaire de science-fiction américain avec le film The Blob (1958) réalisé par Irvin S. Yeaworth Jr., mettant en scène une entité amiboïde extraterrestre gélatineuse et invasive dévorant tout sur son passage. Ce toponyme informel a été attribué par les éthologues et les biologistes cellulaires à l’amibozoaire Physarum polycephalum en raison de son étalement plasmodial indéterminé, rampant et dénué de plan corporel fixe.
Dans le domaine des neurosciences, le terme a été introduit par Margaret Wong-Riley (1979) et popularisé par Margaret Livingstone et David Hubel pour caractériser l’apparence tachetée, punctiforme et dépourvue d’arêtes géométriques strictes des agrégats enzymatiques visualisés en histochimie. Parallèlement, dans le contexte de la psychologie humaniste et de l’animation psycho-éducative britannique des années 1980, le psychologue Pip Wilson et l’illustrateur Ian Long adoptèrent délibérément ce nom pour baptiser leurs personnages asexués et malléables (« Blobs »), soulignant l’absence de traits identitaires rigides propice à l’identification projective.
3. Prononciation et forme grammaticale
En langue française, blob est un nom commun masculin, invariable dans ses usages scientifiques courants ou prenant la marque régulière du pluriel graphique (les blobs). Sa transcription phonétique normalisée dans l’alphabet phonétique international (API) est /blɔb/. Le mot conserve sa consonance d’origine anglo-saxonne, avec une voyelle postérieure semi-ouverte arrondie [ɔ] brève suivie d’une occlusive bilabiale sonore [b].
Sur le plan morphosyntaxique, l’utilisation du terme varie selon le cadre théorique convoqué. Lorsqu’il s’applique à l’amibozoaire Physarum polycephalum, il est systématiquement précédé de l’article défini masculin singulier : « le blob » ou « un blob ». Dans les neurosciences corticales, il est préférentiellement mobilisé au pluriel sous l’expression « les blobs de cytochrome oxydase » ou employé comme modificateur au sein du syntagme « système blob / interblob ».
Dans le registre psychométrique et projectif, le substantif fonctionne fréquemment comme une épithète apposée invariable ou un nom propre désignant le système d’intervention (« le test du Blob Tree », « les figurines Blob »). Il s’accorde au féminin uniquement par métonymie contextuelle lorsqu’il fait référence explicite à une créature de fiction (« la bête blob »).
4. Explication conceptuelle détaillée
La mobilisation du concept de blob en psychologie touche au cœur même de la définition de l’esprit, de l’apprentissage et de la cognition incarnée. Traditionnellement, la psychologie générale et les sciences cognitives computationnelles ont fondé leurs modèles sur l’axiome cartésien et neurocentrique selon lequel tout apprentissage véritable requiert un réseau d’interconnexions synaptiques orchestré par un encéphale. L’étude psychophysiologique du blob (*Physarum polycephalum*) vient dynamiter cette frontière en instaurant le champ de la cognition basale (*basal cognition*).
Le blob manifeste une forme de rationalité corporelle sans cerveau, souvent conceptualisée sous le cadre de l’enaction, où le comportement intelligent émerge directement du couplage sensori-moteur de la membrane et des flux cytosoliques. À travers un réseau complexe de veines contractiles animées par des oscillations péristaltiques de l’actomyosine, l’organisme intègre des variables environnementales antagonistes, évalue des gradients nutritionnels et toxiques, prend des décisions d’optimisation spatio-temporelle et consolide des traces mnésiques. Il s’agit d’une psychologie sans neurones, où le substrat de la mémoire réside dans le calibre dynamique des canaux de perfusion et les oscillations chimiques intracellulaires.
Sur le versant des neurosciences perceptives, les blobs du cortex visuel représentent l’incarnation de la ségrégation modulaire du traitement de l’information. Loin d’être une toile neuronale homogène, l’aire V1 fragmente le signal optique incident. Les neurones logés au sein des blobs présentent des champs récepteurs non orientés et chromatiquement opposés (rouge-vert, bleu-jaune), alors que les régions limitrophes dites « interblobs » filtrent l’orientation, les contours et la disparité binoculaire. Cette architecture montre comment le cerveau décompose la scène visuelle en traits primitifs avant toute réintégration perceptive complexe au niveau des voies ventrales de la reconnaissance des objets.
Enfin, sous l’angle de la psychologie clinique et du développement affectif, le concept de blob s’incarne dans les figures corporelles neutres. La forme corporelle informe ou rudimentaire du blob offre un réceptacle psychologique idéal. Dépourvu de genre, d’âge, d’appartenance ethnique et de statut social, le blob devient une surface de projection pure, permettant à la personne d’externaliser des motions pulsionnelles, des détresses inexprimables ou des positions d’attachement sans subir la menace de jugements normatifs ou stéréotypés.
5. Évolution et développement historique
L’histoire scientifique de l’organisme et des modèles associés au blob se divise en trois grandes phases épistémologiques marquant l’évolution des sciences comportementales :
Dans la première moitié du XXe siècle, Physarum polycephalum n’est appréhendé que comme un réactif biologique pratique pour l’analyse biochimique de la mitose synchrone et de la motilité de l’actomyosine. Ce n’est qu’au tournant des années 1990 et 2000 que des chercheurs en biophysique et en sciences cognitives computationnelles, notamment l’équipe japonaise de Toshiyuki Nakagaki et ses collaborateurs (2000), démontrent que le plasmode de Physarum résout le problème du plus court chemin dans un labyrinthe pour atteindre de la nourriture, reliant deux sources d’agar en minimisant la longueur totale de son réseau tubulaire.
Cette percée historique a ouvert la voie aux travaux pionniers de l’éthologue et biologiste française Audrey Dussutour et de son équipe au Centre de recherches sur la cognition animale (CRCA-CNRS) de Toulouse à partir de 2016. Leurs expérimentations ont apporté la preuve irréfutable de formes de plasticité comportementale jusqu’alors jugées impossibles pour une cellule unique : l’habituation chimio-sensorielle à des substances aversives (quinine, caféine) et le transfert inter-individuel direct de cette information mnésique lors de la fusion plasmodiale de deux spécimens distincts.
Sur le plan des neurosciences visuelles, l’histoire débute en 1979 lorsque Margaret Wong-Riley applique pour la première fois la coloration histologique de la cytochrome c oxydase sur le cortex strié de primates et de félins. Deux ans plus tard, en 1981, David Hubel et Margaret Livingstone révèlent que ces taches hypermétaboliques correspondent à des colonnes fonctionnelles spécifiques de traitement des couleurs. Cette découverte a profondément transformé la compréhension de l’architecture fonctionnelle cérébrale, apportant un soutien anatomique de premier ordre aux théories des canaux de traitement parallèle en psychologie de la perception.
En parallèle, le courant de la psychologie relationnelle et de l’intervention de groupe a vu l’émergence des figures Blob dans les années 1980 en Grande-Bretagne. Conçues initialement pour des jeunes marginaux et des populations en difficulté verbale par Pip Wilson, ces représentations ont conquis l’espace psychothérapeutique mondial en devenant des supports de médiation incontournables dans les bilans psychologiques, l’analyse institutionnelle et la thérapie familiale systémique.
6. Fondements théoriques
L’étude et l’application du concept de blob s’appuient sur plusieurs paradigmes théoriques fondamentaux qui structurent la psychologie moderne :
Le premier socle théorique repose sur le modèle de la cognition basale (*Basal Cognition*) et l’hypothèse de l’esprit étendu et incarné formulée par Francisco Varela, Evan Thompson et Eleanor Rosch (l’énaction). Selon cette épistémologie, la cognition ne se définit pas par des représentations symboliques abstraites opérant dans un ordinateur cérébral désincarné, mais par la capacité d’un système vivant autopoïétique à maintenir son homéostasie par des ajustements adaptatifs dynamiques avec son milieu. Le blob cellulaire incarne le paradigme où l’auto-mouvement génère la perception, et où la morphogenèse plastique constitue le calcul cognitif lui-même.
Le deuxième ancrage concerne les théories de l’apprentissage non associatif en psychologie béhavioriste et psychobiologique. Les travaux d’Eric Kandel sur l’aplysie avaient posé les bases synaptiques de l’habituation et de la sensibilisation. Le blob oblige le béhaviorisme expérimental à reformuler ses lois fondamentales : la décroissance progressive d’une réponse d’évitement face à un stimulus répété et inoffensif peut être encodée par des altérations des canaux récepteurs membranaires et du cytosquelette, indépendamment de toute modulation synaptique.
Le troisième fondement théorique s’articule autour de la modularité de l’esprit et de la vision, telle que théorisée par David Marr et Jerry Fodor. Dans cette optique neurocognitive, le système perceptif est constitué de modules autonomes, rapides et hautement spécialisés. Les blobs de la cytochrome oxydase constituent l’ancrage morphologique d’un sous-système de bas niveau dévolu au traitement des contrastes colorés et des basses fréquences spatiales, confirmant que le traitement sensoriel initial opère par dissociation de caractéristiques primitives avant d’atteindre la conscience perceptive globale.
Enfin, le versant expressif des blobs s’appuie sur la théorie de la projection en psychodynamique et sur l’approche de l’évaluation non verbale. Selon le postulat d’incomplétude du stimulus cher aux concepteurs des tests projectifs (comme le Rorschach ou le TAT), une silhouette épurée et polysémique suscite l’externalisation de représentations internes préconscientes ou inconscientes. L’individu ne décrit pas l’image pour ce qu’elle est objectivement, mais pour ce qu’il y investit affectivement, contournant ainsi les mécanismes de défense intellectuels ou la censure verbale.
7. Composantes clés, typologies et dimensions
Pour cerner le concept dans sa pluralité d’expressions, il convient de sérier ses éléments constitutifs et ses déclinaisons méthodologiques :
- Dimensions de la cognition plasmodiale (Physarum polycephalum) :
- Réseau péristaltique rythmique : Système de tubules contractiles assurant la circulation navette du protoplasme sous l’impulsion de gradients de pression intracellulaire induits par l’actomyosine.
- Capacité d’habituation spécifique : Capacité à discriminer des stimuli négatifs récurrents mais inoffensifs (caféine, quinine), à cesser les conduites de fuite associées, et à conserver cette modification comportementale après une période de latence.
- Intégration d’arbitrages multiparamétriques : Mécanismes de prise de décision permettant au plasmode de trouver le compromis optimal entre l’exposition à des conditions hostiles (lumière ultraviolette, déshydratation) et l’accès à un substrat nutritionnel de haute teneur en nutriments.
- Transmission épigénétique et horizontale de traces mnésiques : Phénomène exclusif par lequel un plasmode naïf acquiert l’apprentissage d’un congénère entraîné en fusionnant avec lui pendant un laps de temps minimal d’environ deux à trois heures.
- Typologie anatomofonctionnelle des compartiments visuels (V1) :
- Blobs centraux (cytochrome oxydase riches) : Cylindres verticaux situés préférentiellement dans les couches II et III du cortex strié, caractérisés par une absence de sélectivité d’orientation, une sensibilité accrue aux longueurs d’onde lumineuses et une faible résolution spatiale.
- Zones interblobs (cytochrome oxydase pauvres) : Espaces intercalaires entre les blobs, composés de neurones à sélectivité d’orientation stricte, insensibles à la longueur d’onde, dédiés à l’analyse géométrique des contours et à la stéréoscopie.
- Typologie des configurations projectives de l’Arbre des Blobs :
- Blobs au sommet ou ascensionnels : Silhouettes figurant l’accomplissement, le sentiment d’omnipotence, le leadership ou à l’inverse la fuite défensive vers le haut et l’isolement narcissique.
- Blobs du tronc et de l’effort : Figures engagées dans la grimpe, l’entraide active ou la lutte contre la pesanteur, renvoyant aux processus de résilience, d’effort cognitif et de motivation d’accomplissement.
- Blobs au sol et figures de retrait : Personnages couchés, accroupis, isolés ou en retrait des interactions du groupe, manifestant des affects dépressifs, de l’épuisement émotionnel ou une inhibition anxieuse.
- Blobs relationnels dyadiques : Silhouettes enlacées, s’entraidant ou se disputant une branche, révélant la dynamique des liens d’attachement, les relations d’étayage ou les conflits interpersonnels.
8. Exemples concrets et illustrations cliniques
Pour matérialiser la portée heuristique de ces concepts, examinons des situations concrètes issues de la recherche expérimentale et de la pratique psychologique :
Dans une expérience de laboratoire emblématique conduite au CRCA par l’équipe d’Audrey Dussutour, un blob est placé face à un pont d’agarose recouvert d’une fine couche de caféine amère, séparant l’organisme d’une coupelle de flocons d’avoine dont il raffole. Initialement, le blob déploie une stratégie aversive marquée : il hésite, ralentit drastiquement sa propagation, contourne le pont ou met plus de dix heures à franchir la barrière chimique en réduisant son étalement tissulaire au minimum. Toutefois, après plusieurs jours d’exposition répétée, le blob manifeste une habituation nette : il franchit le pont à une vitesse normale comparable à celle d’un témoin traversant un pont neutre, ayant appris que la substance est amère mais non létale. Si ce blob habitué est ensuite fusionné avec un congénère naïf qui n’a jamais rencontré de caféine, le plasmode combiné résultant manifeste immédiatement la tolérance acquise lors des tests suivants, prouvant l’encodage et la matérialisation physique de la trace mnésique dans le flux protoplasmique partagé.
Sur le plan clinique, considérons l’exemple d’un enfant de 9 ans, Julien, orienté vers une consultation de pédopsychologie pour des troubles du comportement et une inhibition massive de la parole dans le contexte d’une séparation parentale conflictuelle. Confronté à un questionnement direct sur ses émotions, Julien se mure dans le mutisme ou répond systématiquement « je ne sais pas ». Le clinicien lui présente alors l’illustration de l’Arbre des Blobs en lui donnant la consigne ouverte : « Choisis le personnage qui te ressemble le plus aujourd’hui dans ta vie, et entoure celui que tu aimerais être plus tard ». Sans hésitation, l’enfant pointe une figurine située au pied de l’arbre, assise à l’écart, la tête entre les mains, dos tourné aux autres, puis désigne avec anxiété un blob en train de chuter d’une branche élevée soutenu de justesse par une autre main. Cette médiation graphique désamorce l’inhibition : Julien commence à verbaliser la terreur de voir sa mère « tomber de fatigue » et son sentiment d’abandon personnel au pied du foyer familial brisé.
Dans un contexte d’organisation du travail et de coaching d’équipe, l’outil est fréquemment déployé pour auditer le climat socio-émotionnel sans braquer les participants. Lors d’un séminaire managérial confronté à une fusion d’entreprises génératrice d’un stress chronique, chaque membre de l’équipe de direction est invité à identifier anonymement son état sur le plan de l’arbre. L’agrégation des résultats montre une concentration anormale sur les figures de spectateurs passifs ou de personnages pendus dans le vide, rompant l’illusion d’un consensus managérial dynamique et engageant le collectif dans un travail thérapeutique de régulation des angoisses professionnelles et de restauration du soutien mutuel.
9. Mesure, évaluation et méthodologie
La mesure des processus associés au blob mobilise des méthodologies extrêmement rigoureuses et hétérogènes selon la discipline d’ancrage :
Dans le domaine de l’éthologie cognitive de Physarum polycephalum, l’investigation repose sur l’analyse temporelle d’imagerie numérique haute résolution (*time-lapse photography*) et la microfluidique. Les chercheurs mesurent la vitesse d’extension du pseudopode (exprimée en centimètres par heure), la dynamique de rétraction tubulaire en réponse aux stimuli nociceptifs ou chimiotactiques, et l’amplitude des oscillations calciques intracellulaires à l’aide de sondes fluorescentes. L’analyse des réseaux de transport s’effectue via des outils issus de la théorie des graphes mathématiques (mesure de la centralité des nœuds, indice de redondance, coût métabolique du câblage), permettant d’évaluer quantitativement l’efficience algorithmique avec laquelle le blob optimise son occupation spatiale en regard des modèles d’optimisation informatique usuels.
En neurosciences perceptives, l’évaluation des blobs corticaux s’appuie sur des coupes histologiques sériées traitées par spectrophotométrie enzymatique de la cytochrome oxydase, combinée à l’imagerie optique par signaux intrinsèques et à l’électrophysiologie unitaire chez l’animal éveillé. Les électrophysiologistes calculent des indices de sélectivité chromatique et des diagrammes de syntonie d’orientation (*orientation tuning curves*). Un voxel ou une colonne neuronale est formellement catégorisé comme blob si la distribution de sa réactivité enzymatique dépasse un seuil d’écart-type défini par rapport au fond cortical et s’il présente une quasi-isotropie dans ses réponses aux réseaux de stimulation lumineuse orientée.
Dans l’usage des figures de Blobs en psychologie de terrain, la posture méthodologique s’apparente à celle d’un test projectif semi-structuré. Bien qu’il existe des grilles de cotation qualitatives fournissant des tendances herméneutiques sur les postures physiques (les postures ouvertes indiquant l’intégration sociale, les postures fœtales le repli narcissique), l’instrument ne revendique pas une fidélité psychométrique classique au sens de la théorie classique des tests (fidélité test-retest, consistance interne alpha de Cronbach). Son évaluation repose sur l’analyse thématique du discours induit, la confrontation projective entre le Moi actuel (la figurine identifiée comme soi) et le Moi idéal (la figurine convoitée), et l’exploration de la dynamique des relations d’objets dans le transfert clinique.
10. Applications et portée pratique
Les implications pratiques du concept de blob s’étendent de la psychologie clinique et scolaire jusqu’à l’intelligence artificielle et l’ingénierie biomimétique :
En psychothérapie d’enfants et d’adolescents, l’utilisation des Blobs de Pip Wilson sert de brise-glace et de médiateur expressif central. Les enfants souffrant de troubles du spectre de l’autisme (TSA), de mutisme sélectif ou de troubles réactionnels de l’attachement rencontrent des difficultés colossales pour étiqueter verbalement leurs états affectifs. La médiation par des personnages sans visage évite le déchiffrage oppressant des micro-expressions faciales humaines, offrant un tremplin de mentalisation où l’enfant peut désigner du doigt ce qu’il ressent sans avoir à formuler de métaphores linguistiques complexes.
En psychologie du travail et des organisations, le dispositif est largement implémenté dans le diagnostic des risques psychosociaux (RPS), l’analyse des conflits d’équipes et la prévention du burn-out. La simplicité universelle du schéma permet à l’ensemble des collaborateurs d’un service de cartographier sans honte l’isolement d’un poste de travail, la compétition délétère pour le leadership ou la fracture communicationnelle entre la base opérationnelle et la hiérarchie.
En intelligence artificielle bio-inspirée et en robotique cognitive, le comportement adaptatif de Physarum révolutionne la conception des architectures de contrôle distribuées. Les ingénieurs développent des algorithmes de routage pour les réseaux de télécommunications, de logistique ferroviaire et d’exploration autonome de terrains hostiles en s’inspirant directement des lois hydrodynamiques de perfusion du blob. Contrairement aux approches rigides des systèmes experts centralisés, la cognition amiboïde fournit un modèle de résilience absolue : même sectionné en plusieurs fragments, le système conserve sa mémoire, réassemble ses composantes et recalcule instantanément le cheminement optimal.
11. Recherches empiriques et données probantes
Les recherches empiriques consacrées aux différents aspects du blob ont généré des publications fondamentales au sein des plus grandes revues scientifiques internationales :
L’étude matricielle de Toshiyuki Nakagaki, Hiroyasu Yamada et Ágota Tóth, publiée dans la revue Nature en 2000 sous le titre révélateur « Maze-solving by an amoeboid organism », a démontré expérimentalement que lorsque du plasmode de Physarum polycephalum est disséminé uniformément dans un labyrinthe en plexiglas de 30 cm², l’organisme commence par explorer toutes les impasses. Dès lors que deux blocs d’agarose nutritif imprégnés d’avoine sont placés aux deux sorties, le blob rétracte l’ensemble de ses branches mortes pour ne maintenir vivant qu’un unique tube épais reliant les deux points par le trajet le plus direct, démontrant une capacité physique de calcul géométrique distribué.
En 2016, les chercheurs français Romain Boisseau, David Vogel et Audrey Dussutour ont fait paraître dans les Proceedings of the Royal Society B une étude princeps sur l’habituation chez le blob intitulée « Habituation in a non-neural organism ». En soumettant des centaines d’échantillons à des ponts imprégnés de quinine ou de caféine, ils ont mesuré la cinétique de franchissement jour après jour. Leurs résultats ont prouvé une extinction graduelle de la réponse aversive après apprentissage, la persistance de cette habituation après une privation de contact de 48 heures, et une spécificité du stimulus (un blob habitué à la quinine retrouve son inhibition face à la caféine), satisfaisant aux critères psycho-comportementaux universels de l’habituation établis par Thompson et Spencer (1966).
Dans le domaine des neurosciences, les expériences de Margaret Livingstone et David Hubel (1984, 1987) sur le cortex de macaque ont établi par micro-électrodes que les neurones localisés à l’intérieur des taches de cytochrome oxydase de V1 (les blobs) répondent quasi exclusivement à des contrastes de couleur sans sélectivité de forme ou d’orientation spatiale. Ces observations ont constitué le pilier empirique de la théorie du double flux perceptif et du traitement modulaire de la forme et de la couleur, consolidée ultérieurement par les travaux de Semir Zeki sur la spécialisation fonctionnelle du cortex visuel.
12. Considérations culturelles et contextuelles
L’utilisation et la théorisation du blob varient substantiellement selon les cultures scientifiques et les aires socioculturelles :
Dans l’univers francophone, le terme « blob » est devenu un phénomène de société et un vecteur pédagogique sans précédent depuis les initiatives de médiation scientifique menées par Audrey Dussutour et le CNRS, culminant avec l’expérience « Élève ton blob » portée par le CNES et la mission spatiale de Thomas Pesquet en 2021. Des centaines de milliers d’élèves français ont élevé des plasmodes dans leurs classes, transformant la perception populaire de l’intelligence biologique et initiant dès le plus jeune âge une déconstruction des préjugés anthropocentriques sur la conscience et la vie psychique.
Sur le plan transculturel, les figures projectives de Blobs créées par Pip Wilson s’illustrent par une neutralité intentionnelle qui favorise leur utilisation internationale. N’ayant pas de couleur de peau déterminée (les dessins originaux étant en noir et blanc ou monochromes jaunes), ni de vêtements marquant une classe sociale, ni de traits sexuels secondaires, ils éliminent une grande partie des biais culturels inhérents aux tests projectifs figuratifs classiques (tels que le TAT ou la fresque de Corman). Néanmoins, la signification des postures spatiales reste tributaire de représentations culturelles de l’espace : dans les cultures occidentales où la lecture se fait de gauche à droite et où l’ascension verticale est métaphoriquement associée au progrès et à la réussite sociale, la valorisation du haut de l’arbre est prégnante, tandis que dans d’autres traditions anthropologiques, l’enracinement au sol ou l’immobilité peuvent être investis comme des postures de sagesse ou d’harmonie communautaire plutôt que comme des signes d’inhibition ou d’échec.
13. Critiques, controverses et limites épistémologiques
L’extension du concept de blob suscite d’intenses débats épistémologiques et méthodologiques qui traversent la communauté des psychologues et des neuroscientifiques :
La critique majeure adressée aux spécialistes de la cognition basale réside dans l’accusation d’anthropomorphisme ou de dérive métaphorique non contrôlée. De nombreux neuropsychologues traditionalistes objectent que qualifier les ajustements chimio-mécaniques de Physarum « d’apprentissage », « d’intelligence » ou de « mémoire » procède d’un abus sémantique risquant de diluer la spécificité des concepts psychologiques. Pour les tenants du réductionnisme biophysique, l’habituation du blob n’est qu’une désensibilisation de récepteurs membranaires ou un épuisement transitoire de signaux calciques, incapable d’atteindre la souplesse d’un véritable apprentissage associatif conditionné ou d’une représentation mentale déclarative.
Concernant l’organisation neuroanatomique du cortex visuel primaire, l’étanchéité stricte du modèle modulaire « blob / interblob » a été vigoureusement remise en question. Des chercheurs comme Leventhal ou Gegenfurtner ont montré qu’une proportion non négligeable de neurones situés au sein des blobs manifeste une sensibilité à l’orientation spatiale, et que certains neurones des régions interblobs traitent des informations de couleur. Le schéma d’une dichotomie radicale entre voie de la forme et voie de la couleur apparaît aujourd’hui comme une simplification didactique excessive, l’intégration synaptique au sein des couches II/III étant infiniment plus distribuée et interactive que prévu originellement.
Enfin, du côté des outils projectifs, la diffusion massive de l’Arbre des Blobs sur Internet et les réseaux sociaux a engendré des dérives pseudoscientifiques manifestes. Nombre de tests en ligne prétendent dresser un profil de personnalité déterministe ou poser un diagnostic en quelques secondes en fonction du simple numéro de blob sélectionné. Les associations professionnelles de psychologues rappellent avec fermeté que le Blob Tree n’a aucune validité diagnostique intrinsèque hors du cadre d’un entretien clinique approfondi conduit par un praticien habilité, et que réduire une dynamique psychique complexe à une figurine relève de l’illusion psychologique et de l’effet Barnum.
14. Termes associés et distinctions conceptuelles
Afin de prévenir toute confusion épistémologique au sein des sciences psychologiques, il convient de distinguer rigoureusement le terme de concepts voisins :
- Cognition basale vs Cognition neuronale : La cognition basale renvoie aux capacités de traitement de l’information, de mémoire et de plasticité comportementale chez des organismes dépourvus de système nerveux (bactéries, plantes, amibes), tandis que la cognition neuronale requiert des circuits synaptiques et des potentiels d’action pour générer des représentations centrales.
- Habituation vs Fatigue musculaire/Adaptation sensorielle : L’habituation démontrée chez le blob correspond à une modification comportementale centrale persistante, distincte de la fatigue métabolique (le blob reste capable de bouger à vitesse maximale face à d’autres stimuli) et de l’adaptation sensorielle périphérique passive.
- Blobs corticaux vs Colonnes d’orientation : Les blobs de V1 sont des modules punctiformes sensibles à la couleur et à basse fréquence spatiale, tandis que les colonnes d’orientation sont des bandes corticales régulières dont les neurones réagissent sélectivement à l’inclinaison angulaire des contours d’une scène visuelle.
- Test projectif des Blobs vs Test du dessin du bonhomme : Le dessin du bonhomme évalue la maturation schématique corporelle et cognitive chez l’enfant à travers sa propre production graphique, tandis que l’arbre des Blobs propose des stimuli préexistants pour faciliter la projection projective de ressentis sans exiger de compétences praxiques en dessin.
15. Synthèse et points clés
En somme, le terme blob en psychologie et en sciences cognitives s’affirme comme une notion polyvalente et subversive à fort impact théorique :
Sur le plan fondamental, il matérialise l’émergence d’une psychologie comparée élargie, prouvant que des processus cognitifs complexes tels que l’habituation, la sélection adaptative et la transmission d’informations peuvent s’opérer au sein d’une seule cellule sans l’intermédiaire d’aucune structure neuronale.
Dans l’investigation neuropsychologique de la vision, il rappelle que la perception humaine se construit par la ségrégation modulaire précoce des flux d’information au niveau du cortex strié de V1, où les compartiments métaboliques jouent un rôle prépondérant dans l’extraction des composantes chromatiques élémentaires de notre univers subjectif.
Enfin, sur le terrain clinique et psychosocial, il fournit un outil projectif universel, épuré et empathique, qui contourne les blocages de la verbalisation pour permettre aux individus d’élaborer, de représenter et de partager leurs conflits intérieurs ainsi que leurs désirs relationnels.
Références
- Boisseau, R. P., Vogel, D., & Dussutour, A. (2016). Habituation in a non-neural organism. Proceedings of the Royal Society B: Biological Sciences, 283(1829), 20160446. https://doi.org/10.1098/rspb.2016.0446
- Dussutour, A. (2017). Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le blob sans jamais oser le demander. Éditions des Équateurs.
- Hubel, D. H., & Wiesel, T. N. (1977). Ferrier lecture: Functional architecture of macaque monkey visual cortex. Proceedings of the Royal Society of London. Series B. Biological Sciences, 198(1130), 1-59. https://doi.org/10.1098/rspb.1977.0085
- Livingstone, M. S., & Hubel, D. H. (1984). Anatomy and physiology of a color system in the primate visual cortex. The Journal of Neuroscience, 4(1), 309-356. https://doi.org/10.1523/JNEUROSCI.04-01-00309.1984
- Nakagaki, T., Yamada, H., & Tóth, Á. (2000). Maze-solving by an amoeboid organism. Nature, 407(6803), 470-470. https://doi.org/10.1038/35035159
- Wilson, P., & Long, I. (2018). The Big Book of Blob Trees. Routledge. https://doi.org/10.4324/9781315172965
- Wong-Riley, M. (1979). Changes in the visual system of monocularly sutured or enucleated cats demonstrable with cytochrome oxidase histochemistry. Brain Research, 171(1), 11-28. https://doi.org/10.1016/0006-8993(79)90728-5